Les épinards contiennent un simili-stéroïde qui décuple les muscles, l’ecdystérone. :O La légende de Popeye n'est donc pas totalement usurpée. :D Les épinards sont aussi farcis au chlorpyrifos, un insecticide + perturbateur endocrinien…
Que ne ferait-on pas pour garder la première place du podium… La France est la championne de l'épinard en Europe, avec 24 500 tonnes produites par an. Pour que cette production potagère tricolore ne soit pas boulottée par les cochenilles, le ministère de l’Agriculture autorise nos maraîchers à pulvériser un insecticide interdit sur toutes les autres cultures depuis trois ans. Une drôle de dérogation puisque, à l'époque, les toxicologues avaient estimé que la neurotoxicité du chlorpyrifos, de son petit nom, était beaucoup plus maousse que ce qu'ils pensaient, même a faible dose.
En effet, cette substance, qui appartient a la sinistre famille des organophosphorés, ces gaz de combat mis au point pendant la Seconde Guerre mondiale, est désormais soupçonnée de dézinguer un neurotransmetteur crucial pour le développement du cerveau chez l'enfant. Raison pour laquelle neuf pays européens ont interdit l’usage du chlorpyrifos dans les vergers et les potagers, qui en étaient massivement aspergés. Itou en France, sauf, donc, pour les épinards. A l’Agriculture, on jure que les conditions d’utilisation ultra-strictes garantissent l'absence de résidus dans les feuilles. Il n'empêche, si la quantité totale vaporisée dans l'Hexagone a presque été divisée par 63 depuis 2016, on en utilise encore aujourd'hui 2,6 tonnes par an, épandues pour l'essentiel en Bretagne et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. N’en déplaise aux producteurs d’épinards français, la Commission européenne envisage d’interdire l’insecticide une bonne fois pour toutes et pour toutes les cultures.
Il faut dire que les études toxicologiques sont de plus en plus accablantes. Une équipe de chercheurs du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle vient ainsi de découvrir que le chlorpyrifos est, en prime, un perturbateur endocrinien susceptible de provoquer des retards mentaux chez les bambins dont les mères ont été exposées pendant la grossesse. N'en jetez plus…
Une bonne nouvelle, quand même, pour les mangeurs d'épinards frais : a défaut d'être farci de fer — on en trouve nettement moins qu’on le prétend —, le légume popularisé par Popeye recèle une substance aux pouvoirs anabolisants, l’ecdystérone. Après avoir constaté à quel point ce simili-stéroïde décuplait les muscles, l’Agence mondiale antidopage veut l’inscrire sur la liste des produits interdits. Avant le chlorpyrifos ?
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Suite de Mélenchon se moque de la justice (suite). Méluche, attaqué en diffamation, se dérobe aux convocations de la justice. Également attaqué pour non-respect de la LCEN, il est condamné en juillet 2019. Le chèque envoyé au plaignant est siglé France Insoumise. Forcément, l'avocat de Méluche assure que c'est une avance de trésorerie pour éviter un recouvrement forcé durant les vacances de son client. Lol…
Le camarade Jean-Luc Mélenchon est, depuis sept ans, le héros intrépide d’un feuilleton de grand style pour spécialistes du droit de la presse et de l’immunité parlementaire. Tout commence à l’automne 2012 lorsque, rentrant ébloui d’un voyage au Venezuela, Méluche traite sur son blog de « terroriste repenti » et de « tueur repenti » le journaliste du « Monde » Paulo Paranagua. Celui-ci avait osé écrire des articles critiques sur le régime de Chavez.
Journaliste d’origine brésilienne, Paranagua l’attaque en diffamation au pénal mais ne peut le poursuivre au civil, faute de mention du directeur de la publication de son adresse sur le blog de Mélenchon.
Or cette première procédure en diffamation a été déclarée prescrite au terme d’un véritable jeu du chat et de la souris qui a duré plus de trois ans, les juges d’instruction, épuisés, n’ayant jamais réussi à coincer le camarade député Méluche pour le mettre en examen ! Ce dernier s’était dérobé à cinq convocations, obligeant les flics à se déplacer plusieurs fois (« Le Canard », 7/6/17).
Il suffit de se dérober aux convocations en attendant que le délai de prescription s'écoule ? Ça me semble un peu trop facile. N'y-a-t-il pas eu un raté chez les juges ou une contrainte non-utilisée par lesdits juges ?
Le parti paiera
Neuf mois plus tard, le 14 novembre 2016, Mélenchon récidive sur son blog et traite Paranagua de « provocateur » et de « muse dela CIA »… Paranagua l’attaque de nouveau, procédure toujours pendante à ce jour. Mais il l’assigne aussi pour défaut de mention du directeur de publication sur son blog, « L’ère du peuple ».
Cette fois, Mélenchon a bien comparu, le 15 mai, dans cette procédure annexe. Et il a été condamné, le 10 juillet, à verser 1 euro symbolique et 2 000 euros pour les frais exposés. Le journaliste plaignant a ensuite reçu, le 30 juillet, un chèque réglant ce qui lui était dû.
Or ce chèque — de 2 001 euros, tout de même ! — a été émis sur le compte de La France insoumise, ouvert à l’agence de Massy (Essonne) du Crédit coopératif.
En clair : c’est le parti via ses filiales qui a réglé la facture de Jean-Luc Mélenchon. Cette solidarité avec le chef est émouvante.
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
J'ignorais que les placiers existent encore pour collecter les droits d'usage des places de marchés… J'ignorais que cela peut être des délégations de service public. J'ignorais que les villes et les délégataires font appel à des caïds de cité pour tenir les marchés. J'ignorais ces extorsions de fond présumées pour conserver sa place de marché. :O
« Vous savez, Mantes-la-Jolie, c’est spécial… » Jérémie Askinazi, directeur général de Mandon-Somarep (leader des marchés de plein air en Ile-de-France), résume de cette formule énigmatique la drôle de partie financière et judiciaire qui se joue au milieu des 350 étals dressés, trois fois par semaine, dans la très populaire cité du Val-Fourré.
Le lieu est stratégique pour la municipalité : ce marché — le plus grand de France — contribue à la cohésion d’une immense « zone urbaine sensible », parfois touchée par des flambées de violence, comme en 2005. Le quartier est également le fief électoral de Pierre Bédier, l’ancien maire LR de Mantes, qui continue de contrôler la ville et le quartier depuis son fauteuil de président du conseil départemental des Yvelines.
Le marché du Val-Fourré a vu débouler, le 5 avril, une escouade de douaniers. Bien tuyautés, les gabelous se sont concentrés sur les trois placiers embauchés par Mandon-Somarep pour encaisser les droits d’occupation des commerçants.
Dans ce monde où tout se règle encore en liquide, les soupçons de racket sont récurrents. Et, à Mantes-la-Jolie, les douaniers ont fait bonne pioche. Ils ont trouvé dans les poches des trois lascars d’épaisses liasses de billets d’origine non justifiée.
Déballage contrarié
Spectacle étonnant : deux jours après cette descente, les commerçants ont « spontanément » refusé de déballer leurs marchandises en « solidarité » avec les placiers. Touchante unanimité : en 2015, ils s’étaient déjà mis en grève quand le procureur général de Versailles avait décidé de relancer une vieille enquête sur le marché, déjà motivée par des soupçons de racket.
A l’époque, les investigations n’avaient guère avancé. Cette fois, elles ont progressé à grands pas. Quinze jours après la descente des douanes, les placiers ont été mis en examen pour extorsion de fonds et abus de confiance, avant d’être placés en détention provisoire.
Cette fine équipe était en fonction depuis 2013. A l’époque, la mairie gérait l’affaire en régie directe. Mais, pour faire taire une première rumeur de racket (« Le Canard », 8/6 et 9/7/14), la ville avait fini par confier les clés du marché à Mandon-Somarep. Un contrat assorti d’une curieuse condition…
Piston “atypique”
La société devait s’engager à reprendre deux placiers soupçonnés (à tort ou à raison) de malversations par le parquet. Mais aussi le cadre municipal chargé de superviser le marché. « Une demande très atypique », s’étonne encore aujourd’hui Jérémie Askinazi.
Cette démarche de la mairie — qui déclare au « Canard » ne pas envisager, pour l’instant, de se porter partie civile — interroge les poulets. Il ont reçu des témoignages sur les présumées méthodes expéditives du brillant chargé de mission. Plusieurs commerçants ont raconté — mais sans apporter de preuves — qu’il leur aurait réclamé jusqu’à 15 000 euros pour leur accorder une place dans la nouvelle organisation du marché.
L’homme, accusent-ils, leur aurait demandé de venir à la mairie, en dehors des heures d’ouverture au public, pour verser leur obole. Ils devaient ensuite se rendre dans un bureau situé au 1er étage, où ils étaient —— ont-ils certifié — fouillés soigneusement pour vérifier qu’ils ne portaient sur eux aucun moyen d’enregistrement. L’intéressé nie farouchement. En attendant, nouvelle coïncidence deux camions appartenant à des commerçants mécontents de la gestion du marché ont mystérieusement pris feu le 16 juin dernier. Les poulets, qui voient le mal partout, soupçonnent, cette fois, le petit frère de l’un des mis en examen d’avoir joué avec des allumettes…
À croire que l’oseille sauce à la Mantes est devenue un produit inflammable.
Pour avoir la paix dans les cités et les marchés qui s’y tiennent plusieurs fois par semaine, les municipalités et les sociétés gestionnaires embauchent, à l’occasion, des petits caïds qui ont l’habitude de se faire respecter, des commerçants comme des clients.
La société Mandon a touché le gros lot à Chanteloup-les-Vignes : porteur d’un bracelet électronique, le placier s’est fait dessouder en 2016 par la gendarmerie lors d’une tentative de vol d’un distributeur de billets. « On est mal tombés, le salarié n’avait qu’un mois dans la boîte », commente sobrement son ancien patron.
Habilités à encaisser les recettes en liquide, certains de ces braves garçons sont réputés mélanger fonds publics et caisse personnelle. Les plaintes sont fréquentes, mais elles aboutissent très rarement : les preuves manquent souvent et les témoins finissent presque toujours par se dégonfler…
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Veolia a obtenu en avance les détails d'un appel d'offres en Colombie (sans aucune contrepartie, bien entendu) et aurait versé des pots-de-vin pendant 7 ans aux autorités de Bucarest. Toujours aussi classes, les géants de l'eau et de l'assainissement…
Passées inaperçues, les sanctions prononcées par la Banque mondiale à l’encontre du groupe Veolia ont un goût… saumâtre : le 29 mai, l’institution financière internationale a exclu, respectivement pour deux ans et un an, OTV et VWT Brasil, filiales du géant de l’eau et des déchets, de la « liste des sociétés autorisées à participer à des projets qu’elle finance ».
OTV, leader mondial de l’assainissement de la flotte, et Veolia Water Technologies (VWT) Brasil sont accusés d’avoir commis « des actes frauduleux et collusoires » durant leur participation à l’appel d’offres d’une usine de traitement d’eaux usées à El Salitre, en Colombie. Finalement attribué à un concurrent en 2016, le marché devait servir à améliorer la qualité du rio Bogota et à réduire les risques d’inondation. Mais c’est Veolia qui a pris l’eau…
Yankees en embuscade
« Il n’y a eu aucune allégation de corruption au terme d’une enquête très poussée de la Banque mondiale », proteste une porte-parole de Veolia. Le géant du CAC 40 — 25,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 — a seulement obtenu, reconnaît- elle, « un accès prématuré à la documentation de l’appel d’offres via un bureau d’études avec lequel OTV et VWT collaboraient ». Une faveur vénielle…
Dans son rapport annuel 2018, Veolia mentionne en quelques lignes pudiques cette interdiction prononcée par la Banque mondiale. Et n’est guère plus disert sur les menaces d’amendes américaines qui pèsent sur ses comptes. L’organisme de contrôle des marchés financiers (SEC) et le Département de la justice (DOJ) enquêtent sur d’éventuelles violations des lois fédérales américaines dans le cadre d’un dossier de trafic d’influence en Roumanie.
Doté d’un contrat de concession des services de distribution d’eau de la ville de Bucarest, ANB (filiale à 74 % de Veolia Eau) et plusieurs anciens dirigeants, dont deux français, sont soupçonnés d’avoir versé plus de 12 millions d’euros de pots-de-vin entre 2008 et 2015 en contrepartie de décisions favorables des autorités locales.
Malgré l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier en 2017 et plusieurs perquisitions menées à Bucarest, à Aubervilliers (siège mondial du groupe) et même à Prague en 2018, rien ne bouge.
Veolia n’a plus qu’à embaucher un spécialiste du désenlisement ?
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
La carte bancaire des réfugiés en attente de la paperasse ne permettra plus de retirer des espèces, et une taxe de 0,50 € sur chaque transaction sera appliquée après 25 paiements/mois. C'est trop cool : 1. Ça oriente les réfugiés chez les commerçants qui acceptent la carte bancaire… au détriment des autres. 2) Ça oblige les réfugiés à dépenser plus puisque plein de commerçants n'acceptent pas la carte en dessous d'un seuil ; 3) La limite du nombre de paiements interdit d'aller faire ses courses tous les jours… Où les réfugiés vont-il stocker leurs provisions ? Dans les foyers dépassés ? LOL.
C'est une carte bancaire noire, ornée d’un drapeau français et de l’inscription « Ofii », pour Office français de l’immigration et de l’intégration. Egalement siglée « ADA » (allocation pour demandeur d’asile), elle est remise aux étrangers en attente du statut de réfugié. Alimentée de 6,80 euros par personne et par jour, de 10,20 euros pour un couple ou de 17 euros pour une famille avec deux enfants, elle permet des achats de première nécessité.
Mais, le 5 septembre, ce sera fini ! L’annonce en a été faite fin juillet par un courriel de Didier Leschi, le patron de l’Ofii, adressé à ses « chers collègues » les préfets. Dès le 6 septembre, les retraits d’espèces seront supprimés, les achats limités à 25 par mois et taxés au-delà.
L’Etat manque d’AME
Le maître mot pour guider ces nouveautés ? Economies. L'ADA est dans le viseur du gouvernement. Elle a coûté 410 millions en 2018, et, cette année, les 335,8 millions inscrits au budget sont « bien inférieurs au montant attendu », critique le rapporteur de la loi de finances 2019.
« Ces économies mesquines touchent 130 000 personnes, et l’Ofii a tout décidé sans aucune discussion préalable », s’emporte Florent Gueguen, le directeur de la Fnars, qui fédère les associations œuvrant dans le social. « Les réfugiés ne pourront plus acheter sur les marchés où les produits sont moins chers, beaucoup de commerçants n’acceptent les paiements par carte qu’à partir de 10 euros ! » assène une directrice de foyer.
Le parallèle est vite fait avec l’audit en cours sur l’aide médicale de l’Etat (AME), destinée à financer les soins des sans-papiers. Et ce n’est sûrement pas pour en augmenter le budget de 948 millions ! « En fait, il s’agit de dissuader les réfugiés et les étrangers en général de venir en rendant leur vie invivable », reprend Florent Gueguen. Par exemple, en les envoyant dormir dehors ? Ah non, ça, c’est déjà fait…
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Usage de lacrymos et de LBD pour disperser une Fête de la musique, 8 personnes tombées à l'eau, présence de poulets de combats, un commissaire adepte de la force, ordre de cesser l'usage de la force pas respecté, non-respect des règles de l'art en matière de maintien de l'ordre… Pas mal.
Une com’ catastrophique, un flic sacrifié par sa hiérarchie, un travail bâclé par la police des polices, des témoins oubliés, un corps retrouvé là où on ne l’attendait pas…
« On connaît le nom du condamné, mais pas encore la date de son exécution. » Dixit un flic nantais à propos du commissaire qui commandait la calamiteuse opération policière sur les quais de la Loire, le soir de la Fête de la musique.
Pour tenter de faire oublier la désastreuse gestion médiatique qui a suivi la mort par noyade, dans la nuit du 21 au 22 juin, de Steve Maia Caniço, un jeune animateur périscolaire de 24 ans, le ministère de l’Intérieur ne semble avoir d’autre choix que de couper des têtes. Le patron de la police de Nantes, qui, il y a moins de deux mois, a été décoré de la médaille de la Sécurité intérieure, est désormais dans la ligne de mire de sa hiérarchie, laquelle lui reproche d’avoir agi sans discernement.
BAC avec mission
Le commissaire Chassaing a dérogé à la sacro-sainte règle en matière de maintien de l’ordre : ne jamais disperser une foule à proximité d’une étendue d’eau, encore moins de nuit quand la zone, dépourvue d’éclairage, est plongée dans le noir. Qui plus est à coups de lacrymogènes, de grenades de désencerclement et de balles de défense… Dans le mouvement de panique provoqué par les détonations et les nuages de gaz, 11 personnes sont tombées à la baille.
Cette gestion musclée des événements n’a pas étonné au sein de la police nantaise, où le commissaire traîne une réputation d’homme à poigne adepte de la manière forte.
En septembre dernier, il avait mis sur pied une BAC en tenue constituée quasi exclusivement de poulets de combat, au point que des policiers locaux s’étaient inquiétés de la création d’une unité « tontons macoutes » (sic). Le syndicat de gardiens de la paix SGP Police FO avait même tiré la sonnette d’alarme Place Beauvau. Or, parmi la vingtaine de policiers qui sont intervenus sur le quai Wilson à 4 h 00 du matin figuraient de nombreux membres de la fameuse BAC en tenue.
Fait aggravant, sept minutes après les premiers tirs de lacrymo, voyant que la situation s’envenimait, le directeur par intérim de la sécurité publique, qui, derrière les écrans de contrôle de la salle de commandement, supervisait les opérations, donnait l’ordre à Chassaing d’arrêter les lacrymos. Peine perdue. Vingt-cinq minutes plus tard, le patron des flics du département était contraint de réitérer lui-même son ordre sur les ondes. Un dysfonctionnement que l’IGPN, la police des polices, relate avec beaucoup de pudeur dans son rapport. Présenté par Edouard Philippe le 22 juillet — au lendemain de la découverte du corps de Steve — comme dédouanant les forces de l’ordre, la publication de cette enquête a jeté de l’huile sur le feu. Il faut dire que le rapport des bœuf-carottes collectionne aussi les oublis. Nulle trace des souvenirs de plusieurs témoins clés, comme l’a souligné « Libé » (1/8).
Recherches en eau trouble
Egalement passé à la trappe, le témoignage… du commandant des CRS, arrivé sur les lieux avec ses hommes à 4 h 45. Il mentionnait dans son compte rendu d’intervention ce qu’il avait précédemment entendu sur les ondes. En particulier que des gens étaient tombés à l’eau. Même empressement minimal pour retrouver un autre témoin présent sur le quai Wilson et auteur d’un signalement sur la plateforme de l’IGPN. Les fins limiers se sont contentés de lui adresser un mail et, sans réponse de sa part, ont laissé tomber leurs recherches.
Enfin, il y a cette équipe de secouristes de la Protection civile qui, présente à 4 h 13 sur le quai, explique (« Le Monde », 6/8) n’avoir ressenti aucune agressivité de la part de la foule, demeurée calme jusqu’à ce que la dispersion policière, accompagnée d’un épais nuage de lacrymo entremêlé de bruits d’explosion, « crée un mouvement de panique impressionnant ». Dès lors, leur sang n’a fait qu’un tour quand ils ont lu dans le rapport de l’IGPN : « Aucun mouvement de foule n’avait été constaté, et aucun témoin non policier entendu n’avait observé de personne en panique ou en train de courir. »
Partiel, voire partial, le rapport de l’IGPN ne dissipe pas le mystère sur les circonstances de la noyade du jeune Nantais. Après qu’il a adressé un SMS à un ami pour lui dire qu’il rentrait car il ne se sentait pas bien, son téléphone a cessé, selon l’IGPN, de fonctionner à 3 h 36, soit environ une heure avant la charge policière. Un élément qui laisserait le champ libre à d’autres scénarios, comme celui d’un malaise et d’une chute accidentelle avant que les poulets pointent leur nez.
Et donc ? Ça change rien à l'usage disproportionnée de la force et aux 8 personnes tombées à l'eau (ce qui tend à renforcer l'idée selon laquelle Steve est aussi tombé à la baille).
D’autant que, à en croire les pompiers, trois personnes ont chuté dans l’eau avant l’intervention des flics. Et que l’emplacement du corps, plus de 1 km en amont du quai Wilson, intrigue les enquêteurs. « Soit c’est la marée qui a fait remonter le corps, soit il est tombé à un autre endroit », explique l’un d’eux. La disparition de Steve n’a pas fini de susciter des remous.
J'ajoute les propos suivants, qui, selon le même Canard aurait été tenus par le Premier sinistre devant ses proches après sa conférence de presse du 30/07/2019 : « L'utilisation de grenades lacrymogènes et de LBD pour mettre fin à une Fête de la musique, ça pose quand même question. »
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Frais annexes liés aux anciens présidents de la République, aux anciens Premiers ministres et aux anciens ministres de l'Intérieur : 8 millions d'euros/an, minimum.
Matignon vient de publier le coût, pour 2018, des moyens mis à la disposition des anciens Premiers ministres, en réponse à une question écrite de la députée LRM Bénédicte Peyrol (« JO », 30/7). Surprise : leurs factures de voiture, de chauffeur et de secrétariat ont connu des évolutions un brin contradictoires depuis le dernier recensement, effectué pour l’année 2014.
Connu jadis pour son goût de l’apparat et du protocole, Edouard Balladur (1993-1995) semble s’être converti à une austérité relative : Sa Courtoise Suffisance ne coûte plus à l’Etat que 69 000 euros, contre 87 000 euros voilà cinq ans.
En revanche, François fillon (2007-2012) n’a pas beaucoup réduit sa note de frais : elle s’élève toujours — malgré son embauche dans le groupe financier Tikehau Capital — à 103 000 euros, contre 113 000 euros en 2014.
La socialiste Edith Cresson (1991-1992) voit, à l’inverse, sa facture flamber, passant de 43 500 à 90 400 euros par an. L’augmentation est moindre pour Jean-Pierre Raffarin (2002-2005) et pour Dominique de Villepin (2005-2007), qui franchissent pourtant la barre des 110 000 euros annuels.
Quant au record (143 400 euros), il appartient à Bernard Cazeneuve, dernier Premier ministre de François Hollande. Ce chiffre, qui paraît logique vu la date récente de son départ de Matignon, devrait baisser au fil des ans.
Du moins, en principe…
Plutôt qu'un concours "kika consommer le plus", je préfère avoir connaissance du montant total. Allons chercher nous-même l'information : question numéro 16 793, question numéro 16 794, question numéro 16 795, et question numéro 16 796. On constate que la même députée a obtenu les frais liés aux anciens ministres de l'Intérieur et aux anciens présidents de la République. Les frais de protection et de conducteur des anciens présidents de la République n'ont pas encore été communiqués à la députée. ÉDIT DU 23/10/2019 À 20 H 45 : les frais de voiture+chauffeur ont été communiqué. FIN DE L'ÉDIT. Les frais de protection des anciens Premiers ministres ne semble pas apparaître dans la réponse à la question.
Au final, le total des frais annexes liés aux anciens présidents de la République, aux anciens Premiers ministres et aux anciens ministres de l'Intérieur s'élève à 11,8 millions d'euros annuels au minimum (voir la remarque ci-dessus sur les chiffres que nous n'avons pas (encore)).
12 ex-ministres de l'intérieur sont choyés. La réglementation prévoit la protection des anciens premiers ministres. Est-ce pris en compte dans ces chiffres ? Mystère.
Moyens humains, véhicules, frais de transport, d'hébergement et de restauration + véhicule Nicolas Sarkozy :
3 821 165 € en 2018 pour 4 ex-Présidents. Le détail n'est pas communiqué.
Cela n'inclut pas les frais de protection.
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Attention, ça ruisselle sévère ! Je rappelle que cette expression a été dégainée pour la première fois par un humoriste américain afin d'ironiser sur la baisse d'impôt des riches. C'était en 1932 (source).
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
La meilleure considération possible envers les femmes.
Dans le contexte de ce montage, je trouve déplacées les vidéos de femmes qui semblent jouer contre leur camp ("le shopping devrait être remboursé par la Sécu", "je veux qu'il rentre du boulot, lui faire à manger, être une femme soumise"). Quel est le but recherché d'un tel montage ? Il y a des abrutis dans les deux sexes. Des hommes qui semblent jouer contre leur camp, ça existe tout autant.
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
Le meilleur du monde brutal de l'entreprise.
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
L'espèce prétendument la plus intelligente de la planète en action.
Je ne suis pas convaincu par la démonstration des enfants qui, absorbés par leur tablette numérique ne se rendent pas compte du changement de la décoration intérieure, du remplacement de leurs parents, de la présence d'inconnus, etc. Mets-moi un livre ou un journal entre les mains ou fais-moi réaliser une activité manuelle prenante et j'aurais le même comportement. Ça se nomme une activité captivante. Cette vidéo démontre rien.
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
Petit florilège d'abus policiers en 2018 :
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
J'ai assisté à ces spectacles lors de l'édition 2019 du festival off d'Avignon, mais ils sont quasiment tous joués dans toute la France voire, pour certains, dans la francophonie.
Voici mon échelle de jugement (de ce que j'ai le plus apprécié à ce que j'ai le moins apprécié) :s qu'il a vendu car il att
La liste à venir est classée par ordre chronologique, c'est-à-dire l'ordre dans lequel j'ai assisté aux spectacles.
Genre : humour (quasi) solo
Interprètes : Cartouche et Sidney ZAOUI de la compagnie Youpla Boom Productions
Cartouche va nous confier les secrets du bonheur. Rien de neuf ni d'extraordinaire, en fait. Il raconte l'histoire de sa vie (gamin qui subi les choix vestimentaires de sa mère, ado boutonneux, etc.). Il interagit avec le public en imaginant des situations ("tu n'es pas heureux car… ta copine t'as quitté"… … … sur un ado qui n'a pas (encore) de copine :D). Plusieurs séquences vidéos sont projetées dont, ATTENTION DIVULGATION PRÉMATURÉE, un extrait de Rox et Rouky. FIN DE LA DIVULGATION PRÉMATURÉE. Au final, je retiens les conseils banals suivants : dire aux gens qu'on les aime, pratiquer l'étreinte sans contrepartie et se souvenir que le bonheur est relatif (chacun désire des choses différentes et le bonheur né, entre autres, de l'adéquation entre nos actes et nos désirs).
Bref, il s'agit d'un divertissement qui se laisse regarder.
Genre : humour en groupe
Interprètes : François RIVIERE, Antoine BERNARD et Nicolas GILLE de La grosse compagnie
Dans une émission de TV à la Ça se discute (en plus déjantée et avec un présentateur à l'égo surdimensionné), des pénis prennent la parole pour exposer leurs problèmes du quotidien. Les interprètes évitent le terrain archi-galvaudé de la taille, mais on n'échappe pas aux autres grands classiques (la capote, la vulve (mal-)odorante, l'ennemi féminin, etc.). Dans le registre de l'ennemi féminin, du doute, de la peur, je préfère largement le sketch La première fois de Dubosc dans son spectacle Il était une fois… Franck Dubosc (où il compare la peur de la première fois à la peur ressentie par le soldat en pleine guerre du Viêtnam). Le trio d'interprètes est dynamique et débitent des jeux de mots bien sentis. C'est ça, ainsi que l'interaction avec le public (jeune, probablement une colonie de vacances), qui a probablement fait de ce spectacle un bon moment.
Bref, il s'agit d'un divertissement intéressant, mais sans plus.
Genre : mime
Interprète : Julien MELLANO de la compagnie Aïe Aïe Aïe
Critique de l'homme augmenté / virtuel / fusionné avec la machine / solitaire. Inhumain ? J'ai beaucoup de mal à apprécier le mime, mais j'ai été impressionné par les accessoires, les bruitages, la synchronisation entre l'interprète et les bruitages, etc. En revanche, ceux qui ont les yeux sensibles aux changements de l'intensité de la lumière, prenez des lunettes de soleil peu opaques, car les changements brutaux de l'intensité lumineuse sont vraiment très difficiles à supporter. Sur le fond, quelques temps forts sont très intéressants et, d'une manière générale, cet homme isolé et froid m'a glacé le sang, mais je pense qu'il s'agit d'une exagération d'un futur possible qui, du coup, ne convaincra pas.
Bref, je n'ai pas aimé ce spectacle, mais c'est très probablement à cause du genre (mime) et de la torture lumineuse.
Genre : conférence gesticulée / humour
Interprètes : Yves CUSSET et Sarah GABILLON de la compagnie Un jour j'irai
Vulgarisation de quelques raisonnements philosophiques (Schopenhauer, Descartes, Épicure, Freud, etc.), avec beaucoup, beaucoup d'humour. J'en retiens :
Le philosophe pense pendant que les autres dépensent.
Bref, ce spectacle est tout simplement fabuleux, prodigieux, génial. Je recommande très vivement d'y assister. Il illustre que les raisonnements philosophiques ne sont pas forcément chiants comme la mort. En revanche, je ne suis pas certain que ce spectacle donne à voir une image satisfaisante de la femme, car celle présente sur scène a peu l'occasion de débiter des propos intéressants. Elle est cantonnée au rôle de la chouette puis de la croyante qui parle à dieu (Yves Cusset, bien entendu) puis…
Genre : humour
Interprète : Yves CUSSET de la compagnie Un jour j'irai
Compte-tenu de l'autre spectacle joué par l'interprète (La philosophie enseignée à ma chouette), je m'attendais à une conférence gesticulée sur les manières de s'engager dans la politique c'est-à-dire la prise de décisions collective pour l'organisation de la vie en commun). Il n'en est rien, il s'agit d'un spectacle humoristique qui, certes, dénonce la passivité de chacun lorsqu'il s'agit de penser collectivement. L'interprète débitera donc des évidences comme la droite, c'est naturel, tout homme inerte penche vers la droite ; l'asile ou la naissance, c'est bien pareil : on vient de rien, sans papier et on existe quand même, donc la peur des réfugiés relève du n'importe quoi ; on est tous engagé politiquement en fait : engagés dans une vie de merde individualiste, nous allons tous dans la même direction : métro, boulot, dodo, vie de merde. C'est le parti politique extrêmement majoritaire en France. J'ai beaucoup apprécié la mise en scène d'un membre de la PAF (Police Aux Frontières) qui interprète une révision du Déserteur de Boris Vian pour signifier son refus d'obéir au rejet des réfugiés, c'était juste magnifique.
Bref, il s'agit d'un spectacle drôle mais pas innovant qui permet néanmoins de passer un bon moment. Mais si tu dois choisir entre ce spectacle et La philosophie enseignée à ma chouette, choisis le deuxième sans hésiter.
Genre : humour seul en scène
Interprète : Ludovic MONROE
La chute d'un gus bien éduqué à qui son école de commerce surfaite lui a ancré dans la tête qu'il est un sur-adapté qui peut prétendre à des emplois prestigieux. Évidemment, il se découvre sous-adapté, perdu dans la folie des postes dits à responsabilité, et isolé. je retiens quelques trucs : il vaut mieux désirer être moyen et remplacer le désir de la performance par la performance du désir (vivre intensément ses vrais désirs) ; La psychothérapie a pour but de soigner un traumatisme passé. La psychanalyse a pour but de parler, le psychanalyste étant l'intermédiaire entre soi et son soi profond. Les thérapies courtes ont une fâcheuse tendance à devenir longues. La thérapie comportementale est un truc à regarder. Je suis déçu : je m'attendais à une critique de la performance ou de la mesure permanente de soi (avec la notation en entreprise et les objets connectés à la maison) qui conduit à la folie.
Bref, il s'agit d'un divertissement qui se laisse regarder.
Genre : théâtre engagé
Interprètes : Agnès GUIGNARD, Denis JOUSSELIN, Francesco MORMINO et Leila SCHAUS de la compagnie Théâtre du centaure
Un spectacle féministe revendicatif et incisif. Le franc-parler est-il la conséquence de l'origine luxembourgeoise de cette compagnie théâtrale ? En tout cas, c'est fortement appréciable. Il faut reprendre le vocabulaire : une femme peut aussi baiser un homme ; est-ce le pénis qui pénètre ou le vagin qui entoure ? La femme doit se ré-approprier son corps. Celle que l'on injurie de salope est libre : elle a réduit les frontières entre elle (son corps) et l'extérieur. Elle se donne en spectacle. On ne peut plus rien lui prendre, car elle donne déjà tout. L'homme ne peut plus désirer la pénétrer, puisqu'il n'y a plus de dedans et de dehors clairement établi. Il faut se réapproprier nos emplois du temps… et ce spectacle illustre que le refus des patrons sera tenace (celui mis en scène propose espaces de pause, d'amener le chien au bureau, etc. pour éviter une demi-journée hebdomadaire d'absence). Quand on demande en mariage, on croit dire qu'on aime, qu'on veut partager la vie de l'autre et plein d'autres attentions gentilles… mais on dit rien de tout cela, le mariage en lui-même n'a pas cette signification. Cette troupe traite aussi de la violence conjugale et du mal-être profonds des gamins qui naîtront d'une telle union.
Bref, je recommande vivement d'assister à ce spectacle.
Genre : comédie humoristique
Interprètes : Mathias SENIE, Eugénie DE BOHENT, Mathieu MOCQUANT, Perrine LENZINI, Thibault DENISTY et Hortense DU BERNARD de la compagnie Des oh et des bah
Les interprètes simulent des entretiens d'embauche. Je m'attendais à une satire, mais on est plus proche d'une comédie. Forcément, il y a l'entretien d'embauche classique du mec hyper diplômé que l'on fait chier pour un trou d'un mois dans son CV. Il y a l'entretien tout aussi classique du bluffeur qui n'a pas du tout les compétences requises. Puis vient le recruteur imbu de sa personne. Et puis, il y a les entretiens plus inattendus. Celui conduit par un robot (même s'il est cliché et que les robots actuels dysfonctionnent déjà beaucoup moins que ça). Un entretien amoureux dans lequel la femme se met à son avantage et le mec ignore ses réponses, sauf celles sur les pratiques sexuelles (qui sont perçues comme des compétences). « ‒ Vous faites quoi, là ? ‒ Je calcule si vous êtes plus rentable qu'une pute ! Alors, menu à volonté Flunch 12,90 € plus […] ». Il obtiendra une période d'essai de 3 mois. Et enfin… un entretien entre un ovule snobe et le spermatozoïde gagnant. L'accueil en musique (Le bal masqué de la Compagnie créole) était sympa. Considérer chaque membre du public comme un chercheur d'emploi et lui octroyer un travail d'une heure (avec un représentant du personnel désigné :D) l'est tout autant. Le duo était dynamique. j'ai beaucoup rigolé.
Bref, je recommande d'assister à ce divertissement.
Genre : comédie
Interprètes : Nicolas GILLE et Benoît GAUDRIOT de La grosse compagnie
Un gus débarque chez son ami au bord du suicide (Le mal-aimé de Claude François est diffusée) car sa copine (qui est amie avec le protagoniste qui vient d'entrer) l'a quitté. Chacun expose son opinion sur les amis qui gravitent autour d'une femme en couple, entre celui qui croit à une sincère amitié et l'autre non. On enchaîne sur des clichés : les femmes veulent ceci et cela et c'est contradictoire. Le plus marrant étant « elles veulent de la douceur, de la prévenance, etc., mais un coup de bite brutal de temps en temps, ça ne se refuse pas ». Ensuite, une histoire folle se met en place où l'ami essaye de savoir ce qui s'est passé, et, au fil des réponses loufoques et des quiproquos, on a de plus en plus l'impression que l'ami a craqué et qu'il a buté sa copine. Je ne peux pas détailler la suite, mais l'angle d'attaque m'a vraiment surpris, et je suis entré sans trop de peine dans l'histoire.
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe : au final, le gus tue son ami qu'il pense être coupable de meurtre… avant de recevoir un appel téléphonique de la copine… durant lequel il avoue ne pas être intéressé pour plus qu'une amitié… prouvant ainsi que l'amitié entre les hommes et les femmes existe. Finalement, on découvre que tout cela (le suicide, les réponses loufoques, le meurtre de l'ami) est une mise en scène (et un coup de chance pour le meurtre) du prétendu suicidé destinée à connaître les vrais sentiments de l'ami (voudrait-il avoir des relations sexuelles avec sa copine quand celle-ci le quitterait ?). FIN DE LA DIVULGATION.
Bref, je recommande d'assister à ce divertissement.
Genre : théâtre contemporain
Interprètes : Théa ANCEAU, Ronan BACIKOVA, Fanny BIZOUARD-BACHELIN, Antonio BRUNETTI, Marie-Anne FAVREAU, Sacha GUITTON, Eleonore HAENTJENS, Jean HUSSON, Lucie JOUSSE, Paul LUNEAU, Lisa MARIE-ROSSO et Mathieu RIBET de compagnie Conspi Hunter
En 1953, un poète du Parti communiste de l'Union soviétique est envoyé dans un hôpital psychiatrique afin d'expliquer aux malades la Grande Révolution et le régime stalinien, car, après tout, personne doit être en dehors de la société (et, surtout, car personne doit ignorer l'existence du Grand Camarade Staline). Ainsi, la doctrine de Lénine est résumée à « construire un pays où personne ne foutra plus personne dans la merde » (et Staline est présenté comme un ami de Lénine). Ce mantra sera récité en boucle aux malades. Le poète explique les kolkhozes, ces expropriations de terres afin de moderniser le pays dans le but de pouvoir faire face aux pays capitalistes (les États-Unis connaissent un boom économique depuis les années 1920). Puis, il explique comment on a voulu commencer à vouloir séparer les indésirables (les koulaks expropriés, les diplomates, les vagabonds, etc.) du reste de la société et à rechercher une certaine forme de pureté (trier les malades mentaux avec une méthode scientifique, interdire des relations sexuelles ou en autoriser d'autres, etc.). On se rend compte que les fous ne le sont pas autant que ça : ils ont bien perçu les dérives du régime stalinien. Puis l'hôpital apprend la mort du Grand Staline, la fin de tout…
Bref, il s'agit d'un spectacle que l'on peut voir, mais sans plus. Le spectacle ne se suffit pas à lui-même pour comprendre la période présentée, il faut des connaissances supplémentaires (sur le pourquoi des kolkhozes, par exemple), ce qui est dommage.
Genre : théâtre engagé
Interprètes : Héléna VAUTRIN, Frédéric GUITTER et Seb LANZ de la compagnie DDCM - La Vie Moderne
On pouvait s'attendre à une analyse critique habituelle de l'école. Raté ! Ce spectacle prend l'école comme élément dans un tout : l'économie libérale. En effet, en 1995, lors du State Of The World Forum, environ 200-500 dirigeants, économistes et scientifiques exposent la conclusion qu'au 21e siècle, deux dixièmes de la population active mondiale suffiront à maintenir l'activité économique. Dans ce contexte, comment gouverner 8/10 de la population mondiale qui sera sans emploi donc sans revenus dans le système actuel ? Réponse : le tittytainment, un mélange d'aliments et de nourriture de l'esprit provoquant une léthargie, mais aussi « tits », les seins en anglais, ce qui fait penser à une actualisation de l'expression latine « Panem et circenses » (« Du pain et des jeux »), ce qui renvoie aux divertissements douteux et anesthésiants (téléréalité, séries télévisés, jeux d'argent, etc.) qui pullulent de nos jours. Dans ce contexte-là, l'école est inutile, on la rationalise avec les sciences de l'éducation, puis on laisse les sociétés commerciales vendre leur modèle (privation lente de l'école) puis, en fait, on se rend compte que s'attaquer à l'école sert à rien : il suffit d'envelopper en permanence le citoyen dans du divertissement et, hop, ça nettoie le cerveau sans cristalliser d'opposition.
Évidemment, on cite le théoricien de l'économie libérale, Adam Smith « Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu'ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. » afin d'illustrer que les comportements individualistes actuels ne sont une dérive, mais bien le comportement escompté. On cite son condisciple David Hume : « Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt » qui signifie que la passion de l'humain précède et domine sa raison, ce qui nous condamne.
À la sortie, j'étais perplexe : ce spectacle n'est-il pas lui-même du tittytainment ? Après tout, cette pièce est dérivée d'un livre afin de le rendre accessible et, surtout, une femme se trémousse, prend des poses suggestives et simule un orgasme… Alors, oui, elle récite aussi des propos des théoriciens de l'économie libérale, mais assez peu, en comparaison.
Bref, il s'agit d'un spectacle intéressant (mais sans plus), même si les idées qui y sont développées ne sont pas nouvelles. Attention : il y a beaucoup de texte à lire sur un écran et certains passages sont modérément écrits petit, donc essaye de trouver une place en fonction de ton niveau de vision. ;)
Genre : conférence gesticulée
Interprète : Franck CHEVALLAY de la compagnie Sol en scène
Vulgarisation de la création monétaire via le regard d'un fou interné qui conte, à son médecin, la micro-société marchande fondée par les patients au sein de l'établissement ainsi que son désarroi.
Dans cet hôpital psychiatrique, pour tout service qu'on lui rend, Mémoire, un patient amnésique, distribue un coquillage. Cela lui permet de se souvenir qu'il a une dette envers quelqu'un qui lui présente un coquillage. Montre-lui le coquillage et il te rendra service. Quand Mémoire disparaît, personne sait où trouver des coquillages (qui doivent être rares, sinon c'est falsifiable et alors tout le monde peut réclamer un service à Mémoire) et puis il faut faire taire ce concours qui consiste à savoir qui a le plus gros coquillage. Quelqu'un propose d'utiliser des morceaux de sucre, car ils sont tous taillés à l'identique. Problème : le personnel médical distribue du sucre le lundi… donc les sucres perdent de leur valeur (inflation), alors que les coquillages étaient rares dans cet hôpital (mais pas au bord de mer, tout est relatif). Puis, puisqu'entre patients tout s'échange avec du sucre, un patient se met à prêter du sucre moyennant intérêt afin de faciliter la vie de tout le monde. Puis il se met à prêter du sucre qu'il n'a pas… car il sait que demain, il détiendra réellement les morceaux de sucres qu'il a prêté aujourd'hui car il attend les retours et les intérêts des prêts antérieurs. Quand on lui détruit ses réserves de sucre par vengeance (payer la location de sucre que le gus n'a pas, c'est dingue !), ce gus décrète que ça n'a pas d'importance, car il a consigné, dans un carnet, qui lui doit des sucres, donc, si besoin, il fera jouer son droit de nantissement et obtiendra ainsi les sucres, qu'il pourra distribuer aux gens qui en réclament. Et si un nombre élevé de patients ne remboursent plus ? Tout s'écroule…
Dans notre monde, les banques rendent aussi de vrais services : protéger des dépôts d'argent (surtout avant la dématérialisation, le fait qu'elles aient des coffres dans plusieurs villes permet aux particuliers et professionnels de ne pas transporter d'énormes sommes entre deux villes en risquant une attaque armée de leur calèche par des bandits) et prêter de l'argent qui existe (qu'elles ont dans leur coffre). Mais, c'est aussi parti en sucette avec les prêts d'argent qui n'existent pas puis les prêts d'argent qui n'existent pas à des gens qui ne peuvent pas rembourser couplés à des taux d'intérêt progressifs exorbitants couplés à des produits financiers dérivés et autres magouilles afin d'assurer ces prêts extrêmement dangereux, prêts qui seront échangés sur toute la planète… Oui, c'est bien la crise de 2008, dite des subprimes qui est ainsi résumée. Et quand les emprunteurs qui ne peuvent pas rembourser se mélangent avec des gens qui veulent récupérer leur dépôt, comment faire puisque l'argent des dépôts n'existe pas (il est seulement une ligne dans un carnet comptable) et que l'argent tout aussi virtuel prêté ne permettra pas d'encaisser d'intérêts (ce qui aurait pu permettre de distribuer l'argent aux déposants qui le réclament) ? Les titres de créances ne valent plus rien. Les titres financiers qui les assurent ne valent plus rien. Et comme ces titres financiers ont été échangés sur toute la planète, tout s'écroule pour ceux qui en détiennent encore (le film Margin call résume très bien ce petit jeu des chaises musicales (voir mes notes sur ce film)).
L'interprète tacle l'Union Européenne qui interdit à la Banque Centrale de prêter aux États. Ainsi, les banques privées octroient des prêts délirants afin de se faire du blé, puis, quand tout va mal, elles viennent pleurer auprès des États (si l'on tombe, tout tombe : le commerce, les emplois, votre légitimité de chef d'État, etc.)… qui sont obligés d'emprunter à un taux non-nul aux banques privées afin que celles-ci aillent se refinancer à taux quasi-nul auprès de la Banque Centrale Européenne en posant en garantie les titres de créance des États emprunteurs (les banques privées se font ainsi des bénéfices sur la propre merde qu'elles ont semée !)… L'interprète explique cette situation par le lobby bancaire qui a su tirer parti de la difficulté pour des États européens (ou des personnes) à se mettre d'accord. Exemple : la France a toujours plutôt voulu une politique d'émission fréquente de monnaie, politique dite inflationniste, là où l'Allemagne a toujours plutôt voulu une politique déflationniste lui permettant d'épargner. Les contraintes économiques des deux États (croissance, commerce extérieur, taux d'épargne, etc.) ne sont pas identiques, donc la politique monétaire (inflationniste, déflationniste, etc.) ne peut pas être identique. Comment mettre d'accord tout ce beau monde ?
L'auteur rappelle que, si les banques privées créent de la monnaie scripturale (dématérialisée) qui n'existe pas en accordant des prêts, seules les banques centrales créent de la monnaie fiduciaire (pièces et billets). Le coût de production de certaines pièces (1 et 2 centimes d'euros, principalement) dépasse leur valeur d'échange (le prix indiqué dessus) donc les États s'endettent auprès des banques privées pour créer cette monnaie-là avant de la revendre aux banques privées (voir Pourquoi la fabrication de pièces rapporte des millions à l’Etat). Lol…
J'aime beaucoup cette imitation d'un banquier Florentin du 14e siècle pour justifier pourquoi personne n'a pu (ou voulu) arrêter les banques quand on a découvert qu'elles prêtaient de l'argent inexistant : « si el senior Banco y tombe, tout lé monde y tombe ». Hé oui, X n'est pas """"riche"""" dans l'absolu, mais parce qu'une banque lui doit xxxxx €, argent qu'elle ne détient pas tant que Y et Z ne remboursent pas leurs crédits, et même alors, puisque l'argent n'est qu'une ligne dans un livre comptable. Tout le monde dans la même roue à hamster.
Bref, je recommande très vivement d'assister à ce spectacle. L'interprète est tout simplement fabuleux. Il joue à merveille ses personnages et il nous emporte dans son histoire vulgarisatrice. J'ai presque été déçu que l'auteur s'arrête là, car je le sens tellement capable de vulgariser d'autres notions compliquées et hallucinantes de la finance.
Genre : conférence gesticulée
Interprète : Julian AUGÉ de la Coopérative citoyenne
Pourquoi être propriétaire de son logement ? Pour l'interprète, les arguments qu'ont lui ressasse (les taux d'intérêt son bas, la location permet de mettre de l'argent de côté, posséder son bout de terre offre une stabilité au cas où, etc.) ne sont pas convaincants. Il n'est pas prêt à être propriétaire, la notion même de propriété le dérange.
Peut-être, faut-il, comme le propose Bernard Friot, se débarrasser de la notion de propriété privée lucrative tout en conservant celle de propriété privée d'usage ? Sûrement faut-il, comme l'écrivit Antonio Gramsci, lutter contre l'hégémonie culturelle qui permet aux dominants de contrôler les dominés en leur faisant rêver d'avoir tout pareil qu'eux ? Tu sais, toutes ces formules toutes prêtes sur le bonheur d'être propriétaire que l'on ressasse à chaque repas de famille. Louis XIV utilisait déjà cette stratégie. Peut-être faut-il privilégier les coopératives d'habitants avec droit d'usage qui existent déjà ? Peut-être faut-il privilégier l'autoconstruction dans laquelle les matériaux sont fournis mais où il faut mettre collectivement la main à la patte ?
Je note également cette analyse dont j'ai oublié le nom de l'auteure. Les parties communes sont un espace de frictions plutôt indéfini, car elles sont l'intermédiaire entre l'espace public et l'espace privé donc les uns et les autres projettent tous leurs fantasmes et désirs dans cet espace, notamment les clichés racistes, de classe (pauvre / riche), etc. Le critère de race revient souvent dans les sondages (qu'est-ce qui vous effraie ?) alors que les critères sociaux prédominent.
Bref, je suis très mitigé… L'auteur pourrait raccourcir le récit de son expérience personnelle et exposer plus en détails les problèmes de la propriété. En l'état actuel, ce spectacle peut parler seulement aux convaincus, à mon avis.
Genre : théâtre classique
Interprètes : Agathe BOUDRIERES, Anthony MAGNIER, Xavier MARTEL, Caroline NOLOT, Laurent PAOLINI, Eugénie RAVON, Loic RENARD et Victorien ROBERT de la compagnie Viva
Pièce classique de Molière dont il est bon de se remémorer les différentes morales. Un homme, Alceste, déteste la flatterie et la lâcheté. Mais il en pince pour une femme qu'il sait pourtant être médisante et dont il aura la preuve qu'elle fricote avec d'autres hommes. Au final, personne a raison et ni lui ni la belle n'auront ce qu'ils désirent. Je me reconnais dans le protagoniste misanthrope notamment quand il expose la nécessite d'exprimer à Oronte que son sonnet est bof (ce qui est plutôt vrai…). Du coup, cette vérité blesse, mais ça reste une vérité (qui peut permettre de s'améliorer). J'apprécie également les arguments de l'ami d'Alceste : la critique négative entraîne un cercle négatif ; supporter les autres, c'est faire preuve de philosophie, car sans tares, la vertu est inutile ; on supporte les tares chez ses amis, ses amours, etc. Même si l'on estime que c'est une faiblesse, pour quoi s'interdire de la généraliser ? ; Au fond, la misanthropie est un amour propre et un amour des autres que la personne n'arrive pas à exprimer (« je vous aime pour vous quereller »). Je note que l'expression « c'est le mal / tare du siècle » revient souvent dans la bouche des personnages à la pensée négative pour désigner l'ouverture "au plus grand monde" des belles lettres, ce qui tend à illustrer que chaque époque, de Molière jusqu'à nous en passant par nos grand-parents, est persuadée de sa décadence qui provoquera son délitement. Comme quoi…
Bref, il s'agit d'un bon divertissement qui est interprété avec dynamisme et justesse.
Genre : spectacle engagé
Interprètes : Aurélien AMBACH ALBERTINI et Alessandro DI GUISEPPE de la compagnie Triple AAA
Vous êtes un hyper riche, un puissant de ce monde et vous êtes là pour célébrer ce qui s'est bien déroulé en 2018 : bénéfices et dividendes records, violences policières pour calmer les jaunes, chômage et précarité en hausse, management brutal, mensonges politiciens, etc. Quand le capitalisme est une religion comme une autre… Les vidéos diffusées pour montrer les lauréats sont hallucinantes voire flippantes : un gilet jaune pacifiste éloigné des flics reçoit un coup de LBD dans les couilles ; Pub pour une culotte vibrante pas encore commercialisée qui analyse les matchs de foot afin de faire ressentir à la femme la passion ressentie par son homme ; Se faire tatouer une pub sur le bras afin d'obtenir de la bouffe gratos ; En Chine, une société commerciale laisse le choix à ses employés qui n'ont pas atteint leurs objectifs : manger des cafards, boire leur urine, boire de l'eau des toilettes, se faire fouetter avec une ceinture OU une baisse de leur salaire.
Bref, je recommande vivement ce spectacle, même si je le trouve moins captivant que le déjanté Croissance, reviens ! des mêmes interprètes. En passant, je suis toujours aussi mal à l'aise avec le concept « le sexe, c'est sale » véhiculé par l'expression « Doigts d'Or ».
Genre : théâtre musical engagé
Interprètes : Renata ANTONANTE, Audrey BOMMIER, Lucas LEMAUFF et Pablo SEBAN de la compagnie All'arrabbiata
Une énième critique éculée de notre mode de vie, de notre société, mais, cette fois-ci, en chanson et danse. Je retiens trois choses. 1. « On ne change pas le monde, on change sa place dans le monde ». 2. Une personne regarde un robinet fuir. La droite française proposerait de réparer en soudant… donc en éliminant la fonctionnalité d'un robinet… La gauche française ferait environ de même. L'extrême-gauche proposerait que la personne se bouge les fesses, mais se bouger les fesses, c'est devenir autonome donc ça fait perdre sa légitimité au gouvernement donc l'extrême-gauche ne veut pas ça au fond d'elle. 3. Un riche abrite un pauvre sous son parapluie. En vrai, il lui marche littéralement dessus, lui demande de cirer ses pompes, etc. Mais comme il fournit un parapluie, le pauvre devrait se taire.
Bref, bien que la critique formulée ne soit pas innovante, le choix de la musique, de la danse et de la métaphore filée rend ce spectacle innovant et intéressant.
Genre : comédie humouristique
Interprètes : Céline DAVITTI et Chris VERNET de Bloody Moon Production
Une femme ne parvient pas à obtenir les relations sexuelles qu'elle désire. Elle est en mode "personne ne m'aime", "toute façon les hommes préfèrent les brunes et pensent que les blondes sont connes" et autres clichés. En boîte de nuit, elle ne connaît pas les codes en vigueur et elle se comporte comme une allumeuse provocante, ce qu'elle n'est pas, donc forcément… Elle se procure un exemplaire du Kamasutra. Non, ce livre n'évoque pas seulement les positions du coït, mais aussi les manières de séduire, de vivre en tant que personne cultivée, les devoirs et privilèges de l'épouse, etc. Le contraste entre cette époque et cette culture et nous est frappant… Les us et coutumes ont bien changé… ce qui provoque le rire.
Bref, il s'agit d'un divertissement qui se laisse regarder.
Genre : conférence gesticulée / théâtre engagé
Interprètes : Chantal RAY et Gérard VOLAT de la compagnie Remue-méninges
Nous ne sommes pas en démocratie, il nous faut reprendre le pouvoir, refaire des choses, seul et en collectif, etc. Forcément, on convoque Voltaire et Rousseau. Forcément, on évoque la démocratie athénienne et ses limites dénoncées à l'époque par, entre autres, Aristophane (corruption présumée des tribunaux grecs paperassiers, aristocratie, etc.). On évoque la souveraineté du peuple et de l'individu. On estime cette dernière compromise par les puces et les nanopuces que l'on présume bientôt obligatoires. Comme solution, on évoque les trucs habituels : auto-organisation, AMAP, circuits courts, etc.
Bref, je suis très mitigé au sujet de cette conférence gesticulée bien rythmée qui n'apprendra pas grand-chose à ceux qui ont étudié la question, mais, visiblement, elle a de l'effet sur les personnes qui ignorent la problématique (je pense à la personne âgée à côté de moi, totalement sidérée, renversée, par ce qu'elle a entendu, comme si un nouveau monde s'ouvrait à elle…).
Genre : comédie
Interprètes : Elza PONTONNIER et Thom TRONDEL
Une femme tient une agence matrimoniale. Elle fait sortir tous ses clients masculins avec une même complice… qui les rejettera… lui donnant ainsi l'occasion de continuer à prodiguer des conseils très lucratifs. Et voici Luc Le Pen (fils d'Hervé, grand entrepreneur de la région fictive, pas de Jean-Marie ;) ), gars très maladroit, naïf, qui exerce un métier pas ouf (vendeur de porte-manteaux) et qui a le bilboquet comme loisir. En avant pour l'arnaque habituelle…
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe. Sauf que la complice a un empêchement de dernière minute. Notre coach se retrouve donc au restaurant avec Luc… qui lui avoue en être amoureux. Vu qu'il est radin et bruyant dans ce resto de luxe (c'est bien connu, toutes les femmes veulent être invitées dans ce genre d'endroit pour un premier rendez-vous, d'après la coach), le repas tombe à l'eau… Mais elle apprend que Luc possède 20 k€ en assurance-vie… et lui propose donc des cours supplémentaires. Mise en situation dans la rue. Il suit ses conseils pour l'inviter au bar… elle refuse… il fait du """"chantage"""" : « vous m'avez dit que ça marche à chaque fois votre truc donc soit vous acceptez, soit c'est que vos conseils sont bidons et on arrête-là ». Ils vont au bar. Défoncés, ils vont chez elle. Ils parlent. Il continue d'être maladroit, mais ça a plus aucune importance. Ils dansent. Ça parle bilboquet ("j'ai un gros bilboquet, vous voulez le voir ?") pour de vrai, loin du jeu de mot. Et, finalement, ils baisent. Le lendemain matin, le téléphone sonne. la complice laisse un message sur un répondeur à l'ancienne (où l'on entend le message durant son enregistrement). Luc comprend qu'il est un pigeon. Et le masque tombe : elle l'aimait bien. Oui, il est maladroit, oui ceci et cela, mais il la faisait rire et il parlait de son boulot et de son bilboquet avec tellement de passion que ça compensait, et il est si gentil… Mais c'est trop tard. Elle se reconvertit dans un business de mise en relation entre particuliers et artisans… tout en continuant les arnaques genre un "forfait rapidité" à un prix exorbitant pour réparer une fuite d'eau dans l'heure. Luc vient la voir, car il a reçu une pub. Il comprend qu'elle n'a pas vraiment changé, mais un peu quand même… Elle lui avoue son amour… Tout semble bien… Il va lui chercher à manger (car elle est totalement fauchée, elle n'a pas mangé depuis 3 jours, dit-elle). Pendant ce temps-là, elle téléphone à sa complice : "il est revenu, ce con, on va le plumer !". FIN DE LA DIVULGATION.
Bref, ce spectacle est à mourir de rire. Les acteurs sont vraiment à fond. Ils sont dynamiques. Ils jouent jusqu'au bout. Ils improvisent et ça part parfois en sucette quand le/a partenaire n'arrive pas à se retenir de rire et peine à reprendre le fil. Génial ! Je recommande très vivement d'assister à ce divertissement.
Genre : comédie
Interprète : Seb MATTIA et Pierre DAVERAT de la compagnie Crazy et salon Marengo
Un ado moderne (donc ultra-connecté) et un père seul dépassé par le mode de vie de son gamin. Au final, malgré, des activités et des goûts différents, père et fils ont les mêmes problématiques à affronter : obligations et contraintes, volonté de pécho, etc. Le reste (la mode, le vocabulaire, les manières de résoudre un problème - utiliser une appli ou se sortir les doigts -), ce qui diffère entre deux générations, est secondaire, en fait. Forcément, on enchaîne cliché sur cliché à propos des ados, mais les comédies sont dynamiques et ils improvisent, au point d'être parfois incapables de tenir la réplique (je pense à l'adulte qui bombarde l'ado de déodorant… il en met trop et se prend donc le retour…).
Bref, il s'agit d'un divertissement intéressant qui m'a fait passer un bon moment.
Genre : théâtre classique
Interprètes : Léonore CHAIX, Daniel JEAN, Stéphane MIQUEL, Ulysse ROBIN, Clara STARKIER, Isabelle STARKIER et Cédric ZIMMERLIN de la compagnie Isabelle Starkier
Pièce de Molière. Un bourgeois, monsieur Jourdain, veut se faire passer pour noble en utilisant son fric pour prendre des cours de danse, de musique, de philosophie, de chevalerie, de science, etc. C'est ainsi que Jourdain découvre qu'il fait de la prose sans le savoir. Forcément, il se fait avoir… Un noble tente de l'abuser en prétextant faire ses louanges dans la cour du roi. Il achète tout bien (et service) dont on lui confirme que les nobles en font de même… Il se retrouve ainsi avec un costume ridicule. Il refuse l'union de sa fille avec le fils d'un bourgeois local. Ses proches s'attellent alors à inventer le fils d'une altesse turque qui voudrait épouser sa fille (qui n'est évidement personne d'autre que le prétendant initial éjecté par le père :D ). Je trouve cette pièce de Molière moins travaillée que les autres que je lui connais, mais j'imagine qu'affirmer qu'un bourgeois pète plus haut que son cul, ça a dû faire du bruit, à l'époque. La troupe est inventive et dynamique et a introduit quelques anachronismes pour mon plus grand plaisir.
Bref, il s'agit d'un divertissement, mais sans plus.
Genre : théâtre contemporain
Interprètes : Éléonore JONCQUEZ et Fannie OUTEIRO de la compagnie Théâtre du fracas
Un entretien d'embauche pour un poste à la direction de la communication. Une madame parfaite se présente. Toute lisse, sans aspérités. Toute joyeuse. Comment l'aider à être elle-même ? Quelles sont ses souffrances ? Quelle est son infirmité honteuse ? Qui est-elle ? Se connaît-elle elle-même ? Il n'est pas facile de laisser tomber les trouzemilles artifices que l'on a mis en place entre soi et son soi profond.
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe. Entretien d'embauche mené par une aveugle. Candidate : une grande blonde plantureuse. Questions banales d'entretien d'embauche : vos qualifications, vos expériences, gnagnagna… La candidate répond les convenances habituelles. La recruteuse lui dit que c'est plat, que ça sent l'ennui, le vide. Elle lui demande qui elle est au fond d'elle. La candidate ne comprend pas la question, donc elle récite ses qualités, ses prétendus défauts ("je suis gourmande", lol)., gnagnagna. Après plusieurs mises sous pression de la recruteuse ("sinon on arrête là") et des dizaines de minutes d'hésitation et de fuite, elle finit par se lâcher : elle déteste son père, sa crasse permanente, la fumée de sa cigarette, son visage écaillé, etc. C'est pour ça qu'elle veut travailler dans cette société qui commercialise de la Javel. Le masque tombe : madame parfaite et propre sur elle n'est pas si propre que ça, il y a de la souffrance en elle. C'était la question de la recruteuse, car nos souffrances en disent plus sur nous que les discours convenus. La recruteuse lui demande ce qui la passionne. Chant, poterie, etc. La recruteuse lui demande de chanter afin de sentir la passion. La candidate hésite, hésite, hésite… Sous la pression de la recruteuse ("qu'avez-vous à perdre ? par contre, si vous ne le faites pas, vous perdez l'opportunité de ce poste"), elle chante et se donne en spectacle en chantant une chanson à moitié paillarde qui dit en substance qu'elle est flemmarde et qu'elle préfère « rester sous la couette à faire des galipettes ». La recruteuse se met à danser… et chute. Elle refuse l'aide de la candidate pour se relever, mais elle n'arrive pas à retrouver le chemin de son bureau. De force, la candidate finie par l'aider. La recruteuse lui demande ce qui l'a poussé à faire ça. La candidate répond les conneries habituelles, genre aider les autres, gnagnagna. La recruteuse lui fait avouer que c'est la pitié de voir une pauvre aveugle galérer qui a déclenché son geste. C'est une attitude de mépris total, et la recruteuse l'a senti lorsque la candidate lui a tendu la main. La recruteuse rappelle ce précepte de la philosophie grecque : connais-toi toi-même. Elle propose à la candidate de l'entraîner pour y parvenir. Ça suppose de laisser son égo de côté et d'accepter son infirmité, celle que l'on cache tous (ex : je me trouve moche). La candidate finira par l'avouer : elle se trouve idiote, ignorante et elle a confiance en elle uniquement sur son physique. Voilà donc la peur de madame parfaite… Pour briser l'égo, il faut vivre une humiliation. Comme celle de l'aveugle qui comprend très vite qu'il devra recourir aux autres pour avancer tout en devant supporter leur mépris mélangé à la pitié. La recruteuse demande à la candidate d'enlever ses vêtements ("qu'est-ce que ça peut faire, je suis aveugle ?!"). Après plusieurs pressions, elle le fait au son de la musique Girls just want to have fun (tout en étant cachée derrière une chaise de bureau et en conservant sa culotte, ne rêve pas, petit mâle). La recruteuse lui demande de parler d'amour. La candidate répond en parlant de sexe avec son mec, etc. La recruteuse lui demande de la séduire. La candidate répond qu'il faut éprouver des sentiments, gnagnagna. La recruteuse rétorque que cette réponse est humiliante, que, là encore, la candidate la voit comme une infirme répugnante alors qu'il y a des caractéristiques plaisantes en elle comme en chacun d'entre nous, et qu'il est possible d'aimer une part de chacun d'entre nous. De plus, « vous m'avez raconté vos ébats en long et en large, mais, alors, quand il faut parler d'amour, là, y'a plus personne ». Après moult essais, la candidate parvient à énoncer les qualités du corps et de l'esprit de la recruteuse et les envies qu'elle a tout en passant ses mains sur la recruteuse afin de sentir ceci ou cela. Étape finale pour se connaître soi-même et se sentir vivant : affronter la mort. La candidate prend le flingue dans le tiroir du bureau. Il y a une seule cartouche. Il faut appuyer, et pendant la pression, se sentir vivante, se sentir exister. La candidate presse, la balle part dans sa tête, fin du jeu. La recruteuse a un seul regret : quel était le nom de cette candidate ? Elle lui a pas demandé. Je trouve que cette fin offre une vision alternative à celle de Fight Club selon laquelle on pourrait se connaître soi-même au prix de longs efforts. FIN DE LA DIVULGATION.
Bref, je recommande très vivement d'assister à ce spectacle. Je n'ai pas les mots… C'est fabuleux, prodigieux, totalement génial… Ça m'a totalement retourné.
Genre : conférence gesticulée
Interprète : François CLAVIER de la compagnie Vue sur la mer
Mise en scène et interprétation de ce texte du 16e siècle d'Étienne de la Boétie qui préfigure l'époque des Lumières (ma fiche de lecture). La liberté est naturelle chez l'humain comme chez les autres animaux (exemple de l'éléphant qui négociera à grands cris son ivoire contre sa vie sauve face à un braconnier). Comment se fait-il, alors, qu'il soit asservi par quelques humains médiocres intellectuellement et en sous-nombre pour mener un quelconque combat ? Comment recouvrer notre liberté ?
République = res publica = chose publique. Une monarchie n'est pas adaptée pour gérer la chose publique en cela qu'il n'y a rien de public dans ce mode de gouvernance mais la volonté privée d'un seul. Comment expliquer la servitude ? L'humain a une paresse naturelle et est soumis aux coutumes et aux habitudes. On peut endormir les masses laborieuses avec des jeux, des loisirs (théâtre, etc.), des festins et des récompenses. Un tyran n'agit pas seul : il a 5-6 personnes envieuses de son statut qui sont très proches de lui, qui sont complices et qui le servent dans l'espoir de pécho des biens (richesse), un statut social et l'espérance de dominer à leur tour autrui en échange. 600 personnes dociles entourent ces 5-6 personnes. 6000 personnes flattées, ravies de gérer les deniers "publics" et de gouverner une province, entourent ces 600 personnes. Etc, etc. C'est ainsi que la servitude se propage de proche en proche dans la population. Qui n'a jamais entendu « lui, faut aller dans son sens, car il connaît les bonnes personnes » ?
Comment se libérer ? Il faut préserver la liberté afin que d'autres en fasse l'expérience, car si l'on connaît la liberté, on y renoncera uniquement sous la contrainte. C'est le Peuple qui fait et défait les tyrans : investiture, soutien, flatterie, attention. Il ne s'agit donc pas d'aller décapiter le tyran, de tout lui retirer, mais plutôt de ne rien lui donner. Cessons d'obéir aveuglement et nous serons libre.
Bref, je recommande vivement d'assister à ce spectacle. L'interprète est fidèle au texte.
Genre : théâtre classique
Interprète : Xavier REIGNAULT de la compagnie Conte en chemin
Mise en scène du célèbre réquisitoire de Victor Hugo contre la peine de mort. Je n'ai pas accroché. J'ai lu le livre original à l'école (on devait même rédiger une lettre destinée à Hugo qui devait contredire ses arguments), mais, aujourd'hui, ses arguments (anxiété du temps qui passe, ne plus revoir sa famille, l'enfant qui ne te reconnaît plus, car les adultes lui lavent le cerveau, la perte de liberté, ennui, face à soi-même, etc.) me laissent pantois, principalement car ils pourraient être utilisés pour dénoncer la prison et pas seulement la peine de mort. La seule différence est que le prisonnier lambda sait qu'il recouvrera sa liberté un jour, donc l'espoir continue de le porter, ce qui n'est pas le cas d'un condamné à mort.
Bref, il s'agit d'un spectacle qui se laisse regarder. Je trouve que cette interprétation est plutôt fidèle à ce dont je me souviens du texte, mais ce n'était pas l'avis d'autres spectateurs qui pensaient notamment que l'interprète a coupé des longueurs qui permettent au lecteur de ressentir la pesanteur du temps qui passe.
Genre : monologue comique
Interprète : Matt GUEIREDO de la compagnie On ne laisse pas bébé dans un coin
Un gus seul sur une scène, micro à pied en main, éclairé par un unique projecteur, qui débite des prétendues piques inspirées du quotidien. De l'humour noir, en somme. Il cause de sexe, du handicap, des végétariens / végans / flexitarien, de la pédophilie, de tonton Adolf (Hitler), de l'obésité, etc. La description promettait un spectacle qui flirte avec les limites du politiquement correct. Il en est rien : le gus débite des banalités sans imagination dans des thématiques vues et revues. Moi qui suis un public facile (ceux qui me connaissent savent que je rigole à environ n'importe quoi), j'ai rigolé une ou deux fois seulement. Les propos sont neutres, même pas acides… Si c'est ça être à la limite du politiquement correct, ça signifie que la liberté d'expression est très encadrée.
Bref, il s'agit d'un spectacle à fuir comme la peste. L'humour noir, ça se travaille.
Genre : théâtre contemporain
Interprètes : Marie BOURIN, Antoine COGNIAUX, Sami DUBOT, Thomas DUBOT, et Léa ROMAGNY de la compagnie Greta Koetz
Un repas entre amis. Tout le monde est propre sur lui, tout le monde est gentil, tout le monde est lisse. On discute documentaire télévisé, littérature, etc. Et puis tout va basculer, les pulsions de chacun vont s'exprimer.
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe. Un des protagonistes (dépressif, qui n'a pas été au taff depuis longtemps) annonce qu'il va mourir ce soir et qu'il veut être mangé par sa femme, devant ses amis-témoins. C'est la fin des discussions de surface. On va enfin ordonner de se taire au gus qui monopolise la parole et qui a un avis sur tout. Une convive prépare un prétendu gâteau absolument infecte. Nous sommes perdus dans un tas d'actions incohérentes et libératoires émanant des pulsions refoulées de chacun. On peut être seul, même au sein de ses amis. FIN DE LA DIVULGATION.
Le public est progressivement intégré à l'action. On nous offre des amuse-gueules, puis on nous prend à partie, puis on se sent comme cet ami muet à table puis… J'ai halluciné sur la débauche de moyens mis en œuvre : le décor, la nourriture, le piano et l'accordéon, la pluie de farine, etc.
Bref, je recommande vivement d'assister à ce divertissement.
Genre : théâtre contemporain
Interprète : Eva RAMI de la compagnie L'éternel été
L'interprète nous résume une vie, sa vie, celle d'une personne qui se cherche. Son père pessimiste et autoritaire, sa mère passive qui tente d'infléchir les positions de son mari, sa grand-mère attentionnée ("pense à manger, hein ?") qui dénonce que tout va trop vite. Son père veut qu'elle fasse des études afin de devenir avocate ou docteure. Elle veut faire du théâtre, car c'est là qu'elle se sent exister. Elle en fait en cachette, avec ses amis. Puis au conservatoire, toujours avec ses amis. En parallèle de ses études. Le rythme est intenable. Elle s'engage à fond dans le théâtre. Ses profs de théâtre sont soit blasés, soit un peu engagées. Elle est une fille perdue et hypersensible (une prof de théâtre lui dira qu'elle contient ses émotions) qui se conforme à ce que la société attend d'elle. Puis, dans un élan émancipateur (Je vole de Sardou, en somme), vient le temps de la provençale qui monte à Paris. On lui fera croire qu'elle doit vendre son cul pour percer. Elle refusera. Bien lui en a pris, vu son succès actuel.
Bref, je recommande très vivement d'assister à ce divertissement. Il est plein d'humanité. Il m'a beaucoup parlé. Je me suis fait percer à nu. Il m'a ému plusieurs fois aux larmes.
Comme l'année dernière, j'ai assisté à l'édition 2019 du festival off de théâtre et de spectacle vivant d'Avignon. Ici, je vais donner mon avis sur le festival en lui-même. Pour lire mon avis sur les spectacles auxquels j'ai assisté, c'est par là.
Je refuse toujours d'assister au festival officiel (dit festival in) pour les raisons que j'évoquais l'année dernière : le prestige, la prétention et la haute culture, ce n'est pas pour moi.
J'adore toujours autant la parade (défilé dans les rues) qui marque le début du festival. C'est toujours un moment agréable et un bon endroit pour voir les comédiens défiler, faire des trucs hallucinants et distribuer des tracts. Mais, cette année, la parade n'a pas été ma seule source d'inspiration pour me rendre à des spectacles : conseil de collègues, marque-page publicitaire fourni par ma librairie préférée, parcours du catalogue numérique, etc. Les sources de pub se diversifient.
J'adore toujours autant que les rues de l'intra-muros s'animent avec des chants, des danses, des mini-spectacles sans prétention.
J'ai toujours beaucoup de mal avec le coût écologique des affiches placardées absolument partout en 20 exemplaires qui se décrochent à la première pluie. Une affiche pour un même spectacle par-ci, par-là serait suffisante. Certains trouvent que le bottin papier qui recense les spectacles est tout aussi inutile, mais je ne suis pas de cet avis : en en déposant un dans les lieux de vie en commun (la salle de pause de ton lieu de taff, par exemple), ça permet de toucher des gens qui n'auraient pas fait la démarche de consulter le catalogue numérique. Là, le catalogue papier est sous leur nez. Certains y jettent un coup d'œil et se laissent tenter.
J'ai toujours vraiment beaucoup de mal avec la distribution de tracts dans la rue. Il est toujours impossible de faire 50 mètres sans se faire interrompre. Je ne suis pas toujours disponible pour recevoir ces tracts : des fois, je réfléchis, d'autres fois je divague, et encore d'autres fois, je suis pressé.
Comme l'année dernière, je confirme que, durant le festival, tout lieu devient un lieu de représentation. Cette année, j'ajoute à ma liste le gymnase d'un collège-lycée, un appartement et un bar. L'année prochaine, je découvrirai peut-être que même une cave peut accueillir une représentation, qui sait ? :P
Je confirme qu'il faut arriver au moins 30 minutes avant le début d'un spectacle, car, même si t'as réservé ta place, comme elle n'est pas numérotée (sauf exception), cela permet d'avoir une très bonne place dans la file d'attente et donc de pouvoir choisir ton siège. C'est important si tu souhaites être au premier rang car t'es malvoyant ou malentendant, par exemple. Sans compter que, dans de nombreux théâtres, des sièges ont des angles morts avec la scène (pilier, etc.). Dans certains théâtres, il faut se méfier des deuxième et troisième rangs qui sont à la même hauteur que le premier, ce qui signifie que, si t'es petit et que tu t'y installes, tu vois essentiellement des têtes.
Un truc que je n'avais pas percuté l'année dernière, c'est que ce festival est aussi celui des spectacles vivants. Ça veut dire qu'il ne s'y joue pas que des pièces de théâtre, mais aussi des conférences gesticulées, des spectacles de magie, des monologues comiques, de l'humour seul en scène, etc.
Deux conseils utiles. Le premier, c'est de toujours prêter attention à la date de début et de fin d'un spectacle, car certains spectacles ne sont pas joués durant toute la durée du festival. De même, il faut prêter attention aux spectacles qui sont joués seulement les dates paires ou impaires. Attention : ce n'est pas les jours (lundi = impair, mardi = pair), mais bien les dates (16 juillet = paire, 17 juillet = impaire). C'est logique, dimanche = 7 et lundi = 1, donc il y aurait un couac, même si beaucoup de spectacles sont en relâche tous les lundis. Le deuxième conseil, c'est que les places vendues via le web (sur BilletReduc, par exemple), ne permettent pas toujours l'accès à la salle de spectacle : il faut parfois les échanger sur site avant la représentation.
Compte-tenu de l'affluence imprévisible (des spectacles "intellos" sont complets en semaine et en fin de semaine, des divertissements sont complets en semaine mais pas en semaine et inversement, des divertissements en soirée sont parfois moins complets en semaine qu'en fin de semaine, etc.), il est très recommandé de réserver ta place. Cela se fait en présentiel ou par téléphone. Dans les deux cas, il faut donner un nom et un numéro de téléphone. Il faut aussi donner son nom pour qu'il soit imprimé sur le ticket d'entrée. Je déteste donner ce type d'information. On ne sait pas à quoi ça sert (n'importe quel identifiant temporaire, genre un nombre imprévisible, ferait l'affaire, et, dans le cas du nom imprimé sur le billet, c'est pour une éventuelle réclamation ou un désistement, m'a-t-on dit, ce qui me convainc qu'à moitié) ni ce qui sera fait de ces infos (dans un futur plus sombre, j'ai pas forcément envie que l'on ait des traces qui disent à quels spectacles j'ai assisté) ni combien de temps elles seront conservées. Bref, je trouve que c'est très limite vis-à-vis de la loi de 1978 sur les fichiers nominatifs (et du RGPD, si l'on veut paraître moderne). J'ai choisi de ne pas réserver et de retenter ma chance en présentiel, encore et encore et encore. L'inconvénient, c'est que c'est extrêmement chronophage et sans garantie de résultat. Quand je n'avais plus trop le choix, j'ai demandé s'il était possible de réserver puis d'acheter une place sans donner de nom. La réponse est très majoritairement négative. Alors, j'ai décidé de donner un nom d'emprunt (et pas de numéro de téléphone), généré au pif, différent à chaque spectacle afin qu'on ne puisse pas recouper les différents spectacles auxquels j'ai assisté. Attention à ne pas utiliser l'identité d'une personne que tu connais, sinon c'est de l'usurpation d'identité, ce qui est interdit. (J'avais aussi pensé à donner les quatre premières lettres du résultat de la fonction mathématique sha256 avec mon pseudo et le nom du spectacle en arguments. Exemple : echo -n 'GuiGui-LPEAMC' | sha256sum | head -c 4 soit e2c9 pour ce spectacle. Un mélange entre un pseudo et le nom d'un spectacle permet de garantir que le pseudo que je donne est différent à chaque spectacle, ce qui empêche de recouper les spectacles que j'ai vus… Sauf que comme je suis le seul à utiliser cette méthode, il est en fait extrêmement facile de me tracer). À ceux qui voudraient me dire que tout ça sert à rien puisque je publie ici-même la liste des spectacles auxquels j'assiste. D'abord, rien permet à qui que ce soit d'affirmer que je publie la liste complète. ;) Ensuite, dans des temps plus sombres, je publierai rien, mais il faudra que la possibilité d'assister à des spectacles sans donner son nom ait perduré, et on la fait perdurer en étant majoritaire à ne pas donner son nom dès aujourd'hui. Enfin, mon audience ici n'est pas forcément identique à celle que je cherche à éviter. Ce n'est pas parce que je parle de quelque chose à un cercle (famille, amis, collègues, lecteurs de mon shaarli), que j'ai envie que l'info déborde du cercle dans lequel je l'ai rendu publique. Sans compter qu'ici, je bénéficie d'un pseudonymat tout relatif.
L'avantage de mon comportement décrit au point précédent est que ça permet de créer des liens. Je pense à cette guichetière qui m'a appliqué le tarif OFF (alors que je n'ai pas la carte de réduction, car, là aussi, il faut communiquer une identité…) après m'avoir vu tenter plusieurs fois d'obtenir une place. Je pense à cette autre guichetière qui avait sorti une place du lot en vente ce soir-là, car elle supposait que j'allais encore re-re-re-tenter ma chance ce soir-là. Je pense à ces guichetiers qui ont monté un petit sketch comique "‒ ha, tiens, monsieur je-n'ai-pas-de-nom, tu penses qu'il a réservé cette fois ? ‒ Ha bah non, tu penses bien. ‒ Ça va être le running-gag de l'été. ‒ je peux peut-être prendre un pseudo. ‒ waaaah t'es trop ouf de lui avoir demandé un pseudo". :D
Dans la continuité, je conchie les théâtres suréquipés en caméras de flicage vidéo et/ou équipés en agent de sécurité privés qui fouillent les sacs. Je ne supporte pas ce monde où l'on suspecte tout le monde en permanence et dans lequel on souhaite se protéger de tout le monde en permanence. Je pense au théâtre du train bleu et au théâtre des carmes (oui, le théâtre qui a vu naître le festival OFF…), par exemple. Le nom d'un troisième théâtre m'échappe… Je le rajouterai quand ça me reviendra.
Dans l'un des rares lieux de représentation où les places sont numérotées, un spectateur plutôt âgé expliquait que les places numérotées, c'est trop bien, ça évite de devoir galoper et d'attendre entre les spectacles. Il préconisait une généralisation de ce système, avec choix du siège durant la réservation sur le web. Je suis fasciné par la capacité des gens à trouver quelque chose de génial dès lors qu'il y a un bout de technologie au milieu, comme si sa seule présence avait le pouvoir de tout rendre fantastique et de résoudre magiquement les problèmes de fond. Si tu leur créais un site web qui désigne les prochaines victimes de viol, ils te diront que le viol c'est trop bien. Perso, les places numérotées ne me tentent pas. Quid des réservations qui sont annulées ? Cela me prive d'une meilleure place qui est pourtant libre le jour J. On m'a vendu une place numérotée sur un zoli schéma… qui évidemment ne mentionnait pas les gros piliers qui empêchent de voir la scène depuis certains sièges ni le fait que les deuxièmes et troisièmes rangs sont à la même hauteur que le premier (coucou les têtes du premier rang si t'es petit) ni le bout de scène qui sera réellement utilisé par l'artiste (alors que, de visu, tu le devines en fonction des objets présents sur scène). Bref, si un schéma n'est pas la réalité, il est en revanche la porte ouverte à des entourloupes commerciales. Quid du flicage ? Je n'ai pas envie d'utiliser un site web de réservation (voir ci-dessus pour les raisons, sans compter que ça peut tomber en panne, que ça exclu les personnes non-équipées, et que c'est abstrait alors que j'aime les échanges de main à main) ni qu'il associe mon numéro de carte bancaire, mon identité et d'autres infos à un siège précis, infos qui seront connues par une tripoter d'acteurs techniques… Enfin, je trouve qu'attendre avant un site web est plutôt agréable. C'est un mec impatient qui écrit ça ! Ça permet de se vider l'esprit, de se préparer au spectacle, etc.
Quand tu n'as pas réservé, ça sert à rien de t'enregistrer sur la liste complémentaire. Tu pourras acheter les places seulement quand tout le monde (ou presque) sera entré dans la salle de spectacle. Donc, tu auras une place pas top : dans les escaliers, angle mort avec la scène, etc. De plus, quand tu arriveras dans la salle, le spectacle aura souvent commencé.
Au guichet de certains théâtres (et autres lieux de représentation), il est possible d'acheter directement ta place pour une date future sans réservation préalable. Je parle bien d'une vraie place, pas d'un ticket échangeable le jour J. Normalement, elles sont mise en vente en présentiel 45 minutes - 1 heure avant le début de la représentation. Néanmoins, on m'a vendu une place pour une représentation qui avait lieu deux jours plus tard dans un cas, et une semaine plus tard dans un autre cas. J'ai aussi essuyé des refus ("en vente 1 heure avant uniquement"). Bref, il ne faut pas hésiter à demander…
Je constate que les gens assistent à des spectacles engagés. Exemples : la salle qui accueillait une représentation du Discours de la servitude volontaire peut contenir 49 personnes et elle a été complète tous les jours. Plus d'un millier de personnes ont donc assisté à ce spectacle. Même chose pour un spectacle de vulgarisation de raisonnements philosophiques dont la salle peut accueillir 149 personnes. Ça permet de nuancer l'idée reçue selon laquelle les gens voudraient seulement consommer du divertissement.
Dans les banalités, je me suis fait reconnaître par des artistes. Forcément, assister à deux de leurs spectacles deux années de suite… :D
À l'année prochaine ?
J'ai un serveur distant avec tout son disque dur chiffré à l'exception de /boot. Il a un uptime plutôt élevé. Je souhaite le redémarrer afin d'appliquer les mises à jour de sécurité (du noyau, des librairies, etc.). Comme à chaque fois, une inquiétude m'envahit : quelle est la phrase de passe qui permet d'ouvrir ce conteneur et donc de démarrer le serveur, déjà ?
Il suffit d'utiliser la commande cryptsetup luksOpen --test-passphrase /dev/<PARTITION_CHIFFRÉE>. Une mauvaise passphrase affichera « Aucune clé disponible avec cette phrase secrète. ». Une bonne phrase de passe (il peut y en avoir plusieurs, c'est un des principes clés de LUKS) arrêtera le programme avec un code retour égal à zéro. Le manuel expose bien que le conteneur ne sera pas activé / ouvert, donc c'est sans risque.
On peut vérifier que la console distante (VNC, KVM, etc.) est accessible et qu'elle permet bien la saisie de tous les caractères de notre passphrase (azerty OK ? Chiffres OK ? Caractères non alphanumériques OK ?) puis on peut redémarrer ce serveur avec l'esprit tranquille. \o/
Déjà 10 ans… On notera que Youtube a été plus fiable que le site web officiel pour conserver ces vidéos dans la durée…
Je n'arrive pas à retrouver une chanson à la guitare sans prétention (juste un gars devant sa webcam) qui moquait le « casse-toi pauv' con » de 2008. Quelques-unes des paroles : « Casse-toi pauv' con, c'est moi l'patron […] J'parie que t'as pas voté pour moi […] T'es qu'une grosse tache avec tes vaches, t'es qu'un bouffon, avec tes moutons […] Je suis le président des fran… chouillards ». Si quelqu'un a ça sous la main, je prends.
Ce que je retiens des clips qui déchirent :
« J'ai fait des promesses à tour de bras, j'ai promis plus de pouvoir d'achat… et de ce côté-là, pour moi, ça va, je vous remercie. J'ai promis qu'ensemble, tout d'viendrait possible. Aujourd'hui on est dans une merde invisible. Comme quoi, tu vois bien que c'était possible. […] C'est moi le boss, c'est moi le big boss, c'est moi le roi, le king, le king of bling bling […] Moi j'ai pas de pétrole à t'filer, ha non, j'ai juste des potes dans le BTP, ceux qui ont fait des bottes en béton, oui, au mec qui m'a traité de p'tit garçon. Dans ce job, faut maîtriser sa communication. Savoir manier l'bâton, savoir noyer l'poisson. Et pour ça, j'trouve que l'ORTF avait du bon. Maintenant, à la tête de France télévisions, ce sera un ministre de l'information et si ça te plaît pas, ça bah regarde autre chose, pauv'con ! […] »
« Vous avez peur de la guerre ? Bah moi je ferai la guerre à la guerre. Vous voulez la paix ? Alors je ferai la paix à la paix. Vous voulez de l'amour ? Alors je ferai l'amour à l'amour. Et à ma femme aussi sinon elle va gueuler. Bref, j'ai compris, vous voulez un monde meilleur. Alors suivez-moi ! Has been the king of the meilleur world ! C'est moi l'boss, c'est moi l'boss, c'est moi l'big boss. Mais non, t'as rien compris, je suis le mega boss, le super boss, moi. […] Le Stabilo beau gosse. […] Tellement brillant que j'suis fluo. […] T'es le roi, le king, tu fais du training, tu fais des brushings, tu fais du Carla Bruning. Pour vous sortir de la dépression, hé bah moi j'ai la solution : ça sera prozac si t'es ruiné et champagne si t'es blindé. Sinon, franchement, y'a d'quoi s'flinguer. D'ailleurs, j'vends des armes si vous voulez. Certains m'accusent de braser de l'air. Alors ça, c'est extraordinaire. Et pourtant, c'est bien en faisant du vent qu'on lutte contre le réchauffement, non ? Quoi ? J'ai dit une connerie, là ? Pour que le monde soit plus propre, il faut trier vos candidats. La poubelle rose, mettez Ségo, la poubelle rouge, pour Besancenot, et pour moi ? Hé bah je préfère les Mercos. C'est vrai, la planète se réchauffe. Comme ça, c'est tout le temps Ibiza ! Bon, Ok, pour la banquise, c'est chaud, ça pourra pas durer comme ça. Qui s'occupera de la glace ? Me ! Qui s'occupera des phoques ? You ! Le monde, c'est Nico bling bling bling, mes potes, c'est l'patronat, on fait du marketing, pas comme les syndicats. Hé tu vois bien que notre monde est grillé et que maintenant, on l'a tous dans l'cul. Mais t'en fais pas, ça va aller. Ben ouais, j'ai toujours eu une chance de cocu. Sinon, je vous préviens, ça va brûler comme dans un barbecue. […] Il faut quitter la planète Terre. Et ma Rolex que je t'en trouve une autre, hein. On plantera des BM, on f'ra pousser du kérosène. Quoi, j'ai encore dit une connerie, là ?! Je vais sauver vos âmes, I am the only one. Et pour ça j'ai une arme, ma fusée Air Force Oim. L'argent, les femmes et le pouvoir. J'vais y arriver et vous savez pourquoi ? Yé suis Nico Montana et yé vous… embête ! »
MODIF du 01/01/2026 : Gajim permet désormais de configurer la durée de conservation des historiques. Menu Comptes => Modifier le compte… => choisir son compte => onglet Confidentialité => Conserver l'historique de discussion. Quand je l'ai défini à « 1 an », Gajim a bien immédiatement effacé automatiquement les historiques plus vieux. Évidemment, pour récupérer l'espace sur le support de stockage, il faut VACUUM soi-même. FIN MODIF du 01/01/2026.
date -d 'AAAA-MM-JJ' '+%s'. Exemple : date -d '2019-01-01' '+%s' ;sudo apt-get install sqlite3 ;sqlite3 ~/.local/share/gajim/logs.db .dump > sauvegarde_conversations_gajim.sql ;Nettoyer la base de données des conversations Gajim :
$ sqlite3 ~/.local/share/gajim/logs.db
sqlite> DELETE FROM logs WHERE time < <TIMESTAMP_OBTENU_À_LA_PREMIÈRE_ÉTAPE> ;
sqlite> DELETE FROM unread_messages WHERE message_id NOT IN (SELECT DISTINCT(log_line_id) FROM logs) ;
sqlite> VACUUM ;
sqlite> .exit
Un livre qui expose le mal-être, la dissolution et les désastres de nos sociétés occidentales, qui leur oppose une insurrection comme remède, et qui documente le processus révolutionnaire qui encadre cette insurrection. J'ai lu ce livre par esprit de contradiction. Durant le procès judiciaire du groupe dit de Tarnac, L'insurrection qui vient, ainsi que d'autres écrits (tracts, brochures) retrouvés chez les ex-accusés, avaient été retenus comme des éléments à charge. J'ai toujours trouvé ça choquant : en dehors des injures, de la diffamation, de l'appel à la haine, etc. qui peuvent éventuellement faire l'objet d'un traitement différencié (et encore…), je pense qu'il faut juger sur des actes et non des paroles. Voilà pour quelle raison je me suis procuré un exemplaire de ce livre. Le bout de phrase portant sur le sabotage des réseaux de transports qui a fait grincer les dents des enquêteurs est une goutte d'eau dans l'océan de ce que les auteurs préconisent de frauder, de paralyser, et de saboter. Faut-il se servir de cet écrit pour tenir le groupe responsable de tous les actes litigieux se déroulant à leur proximité immédiate ? Le jugement définitif du groupe dit de Tarnac expose que l'on ne peut pas condamner une personne pour ses écrits. Si, ci-dessous, je parle « des auteurs », ce n'est pas tant que je connais ce que recouvre le terme « Comité invisible » (une personne ? Plusieurs?), mais plutôt que j'applique mon préjugé selon lequel un comité est un groupe, donc plusieurs personnes.
La première grande partie de ce bouquin, consacrée à l'analyse des maux qui rongent notre société a rien d'original : l'analyse est plus radicale (elle cherche et attaque la racine des problèmes) et les mots sont plus affûtés, mais le constat dressé est habituel chez l'ultragauche. Gros résumé : nous n'avons plus de projet commun, nous n'avons plus de langage issu d'expériences communes (notamment de luttes), donc nous ne formons plus une société.
Nous sommes devenus des VRP de nous-mêmes : individualisation, personnalisation marketing, affirmation de nos différences. Cette injonction à être quelqu'un (plutôt qu'un collectif) entretient la faiblesse individuelle qui justifie encore plus l'injonction qui justifie une réponse marketing (te faire croire que t'as besoin de béquilles afin de te les vendre, en somme). Nous nous produisons même nous-même : s'entraîner à sourire pour un entretien d'embauche, se blanchir les dents pour avoir une promotion, sortir pour stimuler un esprit d'équipe, apprendre l'anglais pour booster sa carrière, participer à des stages de théâtre afin de devenir des leaders, pratiquer le développement personnel afin de parvenir à la stabilité émotionnelle. En réalité, chacun est lié à des lieux, à des gens, à des émotions, à des souffrances, à des ancêtres, à des langues, à des événements, à des idées, etc. qui ne sont pas de lui et d'où émerge le moi. En somme, le moi est un produit du collectif. Or, les lieux de vie et les relations sociales ont été brisés. Faut-il prôner la liberté de s'arracher à des communautés (famille, par exemple) ou la liberté de s'y mouvoir malgré les oppositions ? Forcément, les auteurs protestent contre la destruction des liens sociaux qui fait que nous sommes personne. Jusque dans l'amour où la pornographie est accusée de tuer notre imaginaire (et que dire des sites web de rencontre qui tuent la rencontre fortuite) et le couple de donner du réconfort "seuls contre tous, contre ce monde de merde" comme si l'amour se privatisait. Forcément, on énonce que la suite du capitalisme, c'est de reconstruire, à sa manière et à son image, les liens sociaux précédents détruits dont il a besoin et de les consommer.
Forcément, les auteurs récitent Marx (Le Capital existe même en version manga) : le capitalisme, c'est l'appropriation privée ou sociale de la plus-value générée par les salariés. C'est aussi la participation à une œuvre commune par des liens qui se tissent entre ceux qui coopèrent au sein d'un même carcan, celui de la production et sous la contrainte managériale. Le salariat est une méthode disciplinaire, comme l'école (voir ici pour les origines de l'école américaine, clairement orientée sur le contrôle social des ouvrières), la prison ou l'armée. Nous avons trop de biens et trop d'emplois sans aucune répartition. Nous-mêmes et les sociétés commerciales érigeons la compétition et la sélection comme un idéal… mais attention, seulement quand chacun à des chances égales, sinon il faut sévir (restreindre artificiellement la concurrence, comme le désirent les mutuelles, par exemple). Récompenser le mérite… seulement quand les chances sont égales, c'est un non-sens.
Forcément, le Comité passe au vitriol les divertissements qui permettent, par le confort, de tuer dans l'œuf les envies de révolte. Les auteurs rappellent que les flics protègent les dominants. Ils rappellent tout autant que la finance (que les auteurs assimilent sans nuance à l'économie…) est incomprise, même par ceux qui la font tourner (on pense aux propos d'Alan Greenspan, ancien président de la réserve fédérale des États-Unis en 2008). Forcément, le Comité tacle les bobos qui communient dans l'illusion d'une humanité retrouvée en buvant leur thé, en parlant ni trop fort ni trop faible, en étant politiquement incorrect juste comme il faut, en binant la terre d'un jardin de quartier avant d'aller regarder un film d'animation. Forcément, on conteste la forme suprême de la civilisation que représenterait l'État-Nation. Forcément, les auteurs dissertent sur la métropole, cette ville que l'on ne cesse de débarrasser de ce qui gêne (saleté, SDF, squats, immigration, contestation, lieux de vie réellements dissidents, etc.). Les ambiances sont prédéfinies. Les rencontres fortuites sont évitées. L'uniformisation des infrastructures est triste mais permet le contrôle de la ville par les flics. Tout est valorisable, tout doit être du patrimoine. Que dire des mégalopoles, dans lesquelles un individu est un parmi des millions… Forcément, le Comité tacle la mobilité professionnelle qui déracine par le déménagement (on retrouve ici la pensée de la philosophe Simone Weil selon laquelle le déracinement met en incapacité de penser et d'agir ou qu'il met en capacité de déraciner toujours plus d'humains - ce qu'elle constate chez les Romains ou l'Allemagne prolétarienne pré-Hitler -). On est arraché au présent et à l'ici par les transports et les technologies de la communication, donc on s'en fout de créer du collectif en un point donné. On aménage son intérieur pour fuir l'infrastructure des villes, pour transporter son petit monde, pour se donner un sentiment de contrôle (on retrouve cette idée du contrôle par la personnalisation chez Damasio). Forcément, enfin, les auteurs dénoncent les platitudes comme « revaloriser les aspects non économiques de la vie » et la pensée moderne qui consiste à contenir les affirmations, à contester les incertitudes et à faire croire que tout est relatif à coup de « c'est ton avis ». Il s'agit là du meilleur moyen de contrôle possible.
L'écologie ou la décroissance (les décroissances, en fait), ou la croissance 0 poursuivent un même objectif : il faut consommer peu afin de pouvoir continuer à consommer. Il faut produire bio afin de pouvoir continuer à produire. Il faut s'auto-contraindre afin de toujours contraindre. L'écologie est la nouvelle idéologie coercitive : il faudra se serrer la ceinture pour elle, se sacrifier pour elle, et les dominants s'autoriseront tout en son nom.
La deuxième grande partie de ce livre expose le processus d'une insurrection désirée par les auteurs.
À ceux qui trouvent que ce qui précède est violent, je recommande la lecture suivante : comment la non-violence protège l’État : essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux. À celles qui trouvent que tout ce qui précédait est choquant, je recommande la lecture de la Constitution du 24 juin 1793 dont l'article 35 stipule « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. ». Cette Constitution n'a pas été appliquée, mais elle illustre que des personnes ont déjà conçue l'insurrection comme un droit des humains.
Notes diverses :
Je recommande la lecture de ce livre, même si je trouve que le discours est râpeux, complexe et plein de sous-entendus. Je ne pense donc pas que le livre se suffise à lui-même : il faut une certaine connaissance des idées dites de l'ultragauche pour l'aborder.
Ce livre fait partie d'une trilogie avec À nos amis et Maintenant.
Un livre qui traite du lien entre les décisions techniques, économiques et organisationnelles prises par les acteurs de l'Internet et les droits humains, et, plus généralement, la manière dont nous faisons société (ce que le terme galvaudé « politique » signifie). Ceux que ça intéresse peuvent regarder les vidéos des dissertations orales de l'auteur sur le même sujet : à Radio France (mes notes) et lors de la JCSA 2018. Plus d'infos sur l'auteur et les débuts d'Internet en France.
Contrairement à d'autres, l'auteur défini les termes de la causerie. Les droits humains sont ceux de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948. Internet est l'interconnexion de plusieurs réseaux informatiques physiques propriétés d'acteurs différents qui doivent se mettre d'accord entre-eux même s'ils n'en ont pas toujours envie et que leurs intérêts divergent.
Ce bouquin est découpé en deux parties. La première explique, de manière très pédagogique, le fonctionnement technique de l'Internet, des câbles dans les trottoirs et les océans aux applications, les acteurs d'Internet et les organes de prises de décisions collectives. La deuxième partie présente des débats d'actualité et tente de les alimenter à l'aide de la culture technique acquise dans la première partie.
L'angle d'attaque de l'auteur est que chaque portion de la technologie, chaque technique impose des fonctionnements, en interdit d'autre, permet, facilite ou restreint l'exercice des droits humains. Les décisions techniques de construire telle ou telle architecture de telle ou telle manière, ou de programmer tel logiciel de telle ou telle façon ont des conséquences. Exemple ? Les logiciels disponibles dans la logithèque et les options activées par défaut dans les logiciels restreignent la liberté de choix de l'utilisateur. Autre exemple ? L'internationalisation c'est-à-dire la capacité technique d'utiliser ta langue, ton alphabet et de lire de droite à gauche, non seulement pour lire et rédiger des contenus, mais aussi pour nommer des services (noms de domaine), des gens (adresses emails) et lire des messages d'erreur, conditionne l'accès à la technologie et à ce qui en découle (savoir, expression, etc.). Autre exemple ? Dans un logiciel, faut-il implémenter une fonctionnalité de censure ou, au contraire, rendre le système le plus incensurable possible ? Autre exemple ? La possibilité technique de conserver des journaux des activités et le choix technique d'envoyer parfois plus d'informations que nécessaire (je pense au protocole web, HTTP) restreignirent le droit à la vie privée… mais facilite l'analyse de problèmes et la chasse aux activités illégales. Dernier exemple ? Le débit asymétrique entre le citoyen et son FAI (choix politique suite à une contrainte technique) qui entraîne le déport de contenus auprès d'autres acteurs (choix technique) qui lui-même entraîne des problèmes de facturation entre les opérateurs, ce qui entraîne des choix techniques douteux (filtrage, bridage, priorisation, etc.). Certains des exemples précédents sont de mon cru, pas de l'auteur.
Autre point de vue de l'auteur : on a rien sans rien, les droits humains eux-mêmes s'opposent parfois les uns aux autres, donc il faut faire des compromis. Échange pair-à-pair ou vie privée (l'IP apparaît dans les échanges) ? Utiliser des services mutualisés par une petite structure (email, framapiaf, searx, etc.) masque l'IP… mais ce sont des services centralisés. Les options par défaut restreignent les utilisateurs avancés, mais permettent l'utilisation du produit ou du service par plus de monde. L'absence de sécurité (notamment dans les appareils connectés) réduit le coût de production, facilite l'utilisation des produits, mais représente un danger pour l'utilisateur (fuite de données personnelles sensibles) et pour la communauté (attaques par déni de service). La dématérialisation de Pôle Emploi permet d'agir tout le temps depuis partout (ça facilite l'exercice des droits), mais ça exclu les illettrés du numérique et les exclus d’un accès décent à Internet (ça complique l'exercice des mêmes droits). Certains des exemples précédents sont de mon cru, pas de l'auteur.
Quelques-uns des thèmes abordés : non-neutralité de la technique, internationalisation, censure, chiffrement, nommage, neutralité du net et des intermédiaires, sécurité, centralisation ou pair-à-pair, rémunération des créateurs de contenus, vente de ses données personnelles, gouvernance (mécanismes de prise de décisions qui affectent des acteurs aux intérêts divergents en dehors des institutions et du formalisme établis), régulation, etc.
Le résumé des différentes opinions au sein de l'IETF au sujet de « faut-il que les droits de l'humain soient inclus dans l'architecture d'Internet ? » est intéressant. Première réponse : non, car les droits humains ne sont pas absolus (les machines ne peuvent pas appliquer quelque-chose d'aussi flou), il y a d'autres outils pour ça, il ne faut pas formuler de fausses promesses (on ne peut pas garantir techniquement la protection de la vie privée, par exemple), et il est parfois nécessaire d'enfreindre des droits humains (Résistance, par exemple). Deuxième réponse : les acteurs de l'Internet ont un pouvoir, donc la responsabilité morale de faire appliquer les droits humains. Troisième réponse : à défaut de pouvoir forcer le respect des droits humains, il faut considérer Internet comme un bien commun protégé au même titre qu'un parc naturel et tout mal qui y est fait doit être sanctionné. Quatrième réponse : on n'est pas sûr des conséquences des protocoles Internet sur les droits humains, il faut collecter des infos et réfléchir. Cinquième réponse : Internet crée de nouveaux droits en lui-même (vivre sans accès à Internet aujourd'hui réduit la liberté d'action).
Je recommande vivement la lecture de ce livre, car il permet de comprendre la technique et les enjeux autour d'Internet. Même les hackers-geeks-nerds-deLaMortKiTue et les professionnels de la profession, quel que soit leur grade, devraient le lire afin de vérifier leurs connaissances, voir de s'ouvrir l'esprit sur certaines thématiques. Le style est sobre (on n'est pas en présence du prix Goncourt, en somme), mais les phrases courtes sont adaptées à la pédagogie. Le ton est dynamique (fun/décontracté, écriture inclusive lisible) et le franc-parler habituel de l'auteur est au rendez-vous, ce qui ne donne pas l'impression de lire un grimoire du 12e siècle et ça, c'est fortement appréciable. Un nombre plutôt élevé de fautes ternissent la lecture, mais elles ont été corrigées dans les réimpressions.
Quelques notes :
Sur son blog, l'auteur expose ses raisons d'écrire un livre plutôt que des articles de blog et il détaille ses choix techniques compte-tenu de l'environnement multi-acteurs de la rédaction d'un livre (séparation texte, sémantique et mise en forme). C'est suffisamment rare pour être instructif.
Un livre qui réfute la tactique de la non-violence comme seule méthode utilisable dans une lutte. L'auteur ne prône pas la violence à tout prix, mais l'idée qu'il ne faut pas s'en priver. Ce livre a été écrit en 2007 par un auteur âgé de 25 ans et traduit en français en 2018, ce qui explique qu'il manque des exemples de luttes récentes. Je ne sais plus par quel canal j'ai eu connaissance de ce livre, mais il m'a intéressé, car la non-violence est au cœur des combats climatiques français de ces dernières années et, à la vue des images de l'oppression policière subie malgré tout par ces pacifistes (exemple), je m'interrogeais sur la pertinence d'une telle stratégie. Le débat activisme violent contre activisme non-violent n'est pas nouveau : il émerge dans les années 1960 (on en trouve même trace dans la chanson Cheveux longs et idées courtes de notre Jojo national) avant de prendre son envol dans les combats climatiques au début des années 2000.
Avant de commencer, il faut constater que personne est d'accord sur la signification des mots. Qu'est-ce que la violence ? Comptabilise-t-on uniquement la violence physique ou psychologique ? Comptabilise-t-on la violence contre des objets (une vitrine, par exemple), car après tout, elle exerce une violence psychologique sur le propriétaire de l'objet ? Si l'on prend en compte tout ce qui blesse ou provoque une douleur, alors un accouchement est violent. Si l'on prend en compte uniquement ce qui ne serait pas naturel et résulterait d'une décision de l'homme, on rappelle que la nature est violente (exemple 1, exemple 2, via SebSauvage), donc que ça ne tient pas. Si l'on examine les considérations morales des conséquences, alors ce qui est violent dépend de la morale du jour et de chacun (certains trouvent violent de payer des impôts, qu'ils assimilent à un vol organisé), et alors l'échec de la non-violence à faire stopper la violence des dominants peut également être interprétée comme de la violence. L'auteur se gardera bien de préciser quelle définition il retient… Deuxième terme, qu'est-ce que l'efficacité d'une lutte ? Là encore, c'est subjectif. L'auteur considère que le combat pour l'indépendance de l'Inde est inachevé car l'Inde est toujours le terrain de jeux de multinationales occidentales. Même chose pour le combat pour les droits civiques des Noirs aux USA : l'égalité complète n'est toujours pas acquise. L'auteur étant anarchiste, tant qu'un combat non-violent n'est pas parvenu à éliminer totalement une oppression, alors il est vain. En revanche, l'auteur félicite n'importe quelle avancée d'une lutte armée, quand bien même son résultat est mitigé ou temporaire (l'exemple le plus frappant concerne les Brigades rouges auxquelles l'auteur attribue la réintégration du Parti Communiste au gouvernement - ce que ne voulaient justement pas les BR -, et quelques avancées sociales alors qu'elles étaient d'époque dans toute l'Europe de l'Ouest).
Le premier argument de l'auteur est que les pro-non-violence falsifient l'histoire en omettant l'impact des luttes armées conjointes à des mouvements pacifiques. Ainsi, les causes auraient triomphées uniquement grâce à la capacité de leurs défenseurs de souffrir avec dignité. On attribue l'indépendance de l'Inde à la seule non-violence de Gandhi, en oubliant la lutte armée parallèlement conduite par l'Hindustan Socialist Republican Association (dont Bhagat Singh et Chandra Shekhar Azad étaient membres). On attribue la signature des traités de non-prolifération d'armes nucléaires aux manifestations pacifiques en oubliant les groupes qui ont commis des attentats comme Direct Action au Canada ou Marco Camenisch en Suisse. Quand on parle du combat pour les droits civiques des Noirs aux USA, on mentionne Martin Luther King en oubliant le Black Panther Party, la Black Liberation Army et des événements comme celui du 7 mai 1963 (et jours suivants) à Birmingham (3 000 Noirs se révoltent contre les violences policières, jettent des projectiles sur les flics et saccages leurs voitures. Après des semaines, la fin de la ségrégation dans les magasins de la ville est décrétée et la Civil Rights Law est votée). Quand on évoque le combat pour faire cesser l'apartheid en Afrique du Sud, on oublie que le prétendu pacifiste Mandela soutenait la lutte armée et qu'il a été impliqué dans des attentats à la bombe et la préparation d'un soulèvement armé. Quand on parle de la guerre au Vietnam, on pense aux gigantesques rassemblements aux USA pour la faire cesser et aux nombreux objecteurs de conscience, en oubliant l'efficacité au combat des viets, les mutineries (assassinats à la grenade d'officiers, sabotages, émeutes, etc.) au sein de l'armée américaine (le Pentagone a estimé qu'environ 3 % des officiers envoyés au combat ont été tués en interne…)., les 174 plasticages de campus universitaires en 9 mois, et les prises d'assaut de camps d'entraînement de l'armée et d'offices du gouvernement. Quand on évoque la deuxième guerre mondiale, on oublie le sabotage des usines et des trains, la révolte aux camps de Treblinka , Sobidor (qui seront fermés suite à ça), Auschwitz (un four crématoire y est détruit en octobre 1944), et la lutte armée dans les ghettos de Varsovie et de Bialystok durant des semaines qui contribuèrent à occuper l'armée nazie déjà à la peine sur le front de l'est). L'auteur égraine d'autres exemples. Bref, les grands événements mélangent tactiques violentes et non-violentes et il est difficile de dire quelles tactiques ont fait pencher la balance (s'il y a en…). Je retiens que, dans un débat, chacun, y compris l'auteur, choisi les détails des événements afin de l'emporter. Je préfère en retenir que la réalité est complexe et qu'il faut décortiquer chaque exemple énoncé à la va-vite.
Le deuxième argument est que les quatre grandes stratégies non-violentes ne fonctionnent pas (plus ?).
Le troisième argument est que la non-violence est l'un des mécanismes de défense des privilégiés. Par privilégiés, l'auteur désigne l'État, et les hommes occidentaux, ceux qui ont une petite vie tranquille basée sur une violence structurelle qu'ils ignorent. Pourquoi accepter la violence systémique et établie des dominants et refuser celle des opprimés ? Le but de ce baratin est de pacifier les opprimés afin de maintenir sa situation, ses privilèges. Ainsi, l'opprimé se voit intimer l'instruction d'attendre que les contestataires privilégiés atteignent une masse critique (car la protestation pacifique repose sur le nombre) pour être sauvé (on reconnaît le triangle dramatique). S'il veut, il peut distribuer des tracts et organiser des manifestations pour attirer la sympathie des privilégiés… Cela n'est pas accessible à ceux qui sont déjà exclus du système (exemple : employées qui enchaînent des boulots de misère donc qui disposent de peu de temps libre). Ceux qui utilisent la violence malgré ces bons conseils ne recevront pas les labels "bon Noir", "gentille femme" (qui fuit son mari violent alors que ça devrait être à lui de fuir), "bon citoyen", etc. qui leur octroieraient l'acceptation sociale. C'est moralisateur, paternaliste et ça participe à contrôler un mouvement (comme le Liberation Support Movement le fit, durant le combat pour les droits civiques des Noirs aux USA, en propageant l'idée que la violence n'est pas la solution). C'est en cela que le refus des moyens de lutte d'autrui quand ils sont violents protégent les dominants dont l'État, en privant les opprimés de légitimité. Tous les individus ou groupes sociaux n'ont pas la liberté de choisir la non-violence, car cela dépend du contexte à un instant T, chaque lutte étant unique : conseiller de désarmer les Indiens d'Amérique face aux colons, c'pas forcément un plan ; des catégories sociales sont plus souvent exposer au faciès, etc. Vouloir propager des moyens de luttes conformes à l'image confortable qu'un privilégié se fait d'une lutte, donc apprendre à l'autre comment lutter, comment lui apprendre à apprendre, c'est prendre sa situation comme une généralité, c'est prendre la grille de lecture qui découle de sa situation comme applicable partout, tout le temps, en faisant fi des différences. L'anti-autoritarisme, c'est d'accepter que des gens rejoignent la cause avec leurs moyens de lutte. Exposer que la violence décrédibilise les femmes relève d'une analyse qui oublie les Amérindiennes, les suffragettes, le sabotage des raffineries par les nigériennes, etc. Associer la femme à la non-violence confirme un rôle social genré. De même, exposer que la violence enlève sa crédibilité au Noir, c'est confirmer son statut social d'homme bestial. De plus, l'État a besoin d'une opposition loyale pour se justifier (qui croirait que tout le monde puisse être d'accord avec un seul ?). Il tolère donc la critique qui ne le menace pas (pétitions, manifestations non-violentes avec itinéraire qui dérange personne, consultations, référendum, etc.). Exemple : en 2004, à New York, le maire avait distribué des badges aux manifestants non-violents. Ceux-ci donnaient droit à des réductions sur le prix d'hôtels, de bouffe, de spectacles. Mais dès que ça sort des rails, olala. La violence fait peur, car nous n'en avons plus l'habitude, car nous avons """"collectivement"""" acté et admis l'emploi d'autres moyens pour régler nos différends (justice, manifestations, etc.). Mais, quand ces conventions sociales de résolution des conflits, présentes dans nos sociétés, dans nos familles, dans nos associations, etc. sont vaines, il apparaît nécessaire d'en changer, de monter d'un cran, et de potentiellement surprendre grâce à la violence, sinon on reste englué dans une contestation agrée par l'État (ou par la famille, les amis, etc.), donc gérée par le dominant. Quand la violence n'est plus en faveur de l'État, elle est dénoncée par celui-ci, comme en Irak ou les USA faisaient publier des articles semblant être rédigés par d'autres Irakiens demandant la fin des guérillas. Ou comme la marche sur Washington de 1963 pour les droits civiques des Noirs où des "chefs" Noirs furent appelés à la rescousse pour calmer les esprits et acheter la manifestation (liste des banderoles autorisées, choses à faire ou non, etc.).
Enfin, l'auteur argumente contre des clichés répandus sur l'activisme violent.
Comment l'auteur envisage-t-il les luttes et le monde post-révolution ? Les luttes doivent être radicales (contrer la source du problème, pas les divers symptômes). Elles doivent faire disparaître toutes les oppressions. On peut envisager des structures locales fédérées à un échelon supérieur. Il faut limiter la hiérarchie et, si elle est nécessaire, avoir des rôles tournants en fonction des compétences. Les organisations sont temporaires durant la révolution. Il convient d'adopter une diversité de philosophies, de modes de vie, de stratégies, avec une diversité des tactiques, violentes comme non-violente, en fonction du contexte précis. Il ne faut pas réprimer les autres courants de pensée de peur de la concurrence, car cela relève de l'autoritarisme de notre culture occidentale. Il faut s'unir sur un objectif (fin du capitalisme, par exemple), plutôt que sur une stratégie ou le type de tactique (violente / non-violente). Il faut faire grandir graduellement l'acceptation des tactiques violentes et/ou radicales, sans fétichiser la violence ni faire croire que le choix est vote ou bombe. Après la révolution, l'auteur imagine des petites communautés humaines qui s'organiseront comme elles le souhaitent. Il faut qu'elles soient petites afin que les membres puissent être d'accord entre eux et ainsi éviter l'apparition d'une structure (l'État) qui force les gens à être d'accord par coercition.
Je recommande vivement la lecture de ce bouquin très documenté, même si le style est lourd (l'impression de ne pas lire naturellement… - est-ce l'effet de la traduction ? -), les répétitions nombreuses et les termes pas clairement définis (voir ci-dessus).