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  • Urne drôle d'idée

    Le gouvernement de coalition de Nouvelle-Zélande a donné son feu vert à une modification de la loi électorale pour les législatives prévues en 2020 (« Courrier internationale », 4/7). Celle-ci prévoit l'« installation d'urnes électorales à l'intérieur des supermarchés et des centres commerciaux afin qu'il soit plus facile de voter ». La mesure permettrait, selon le ministre de la Justice, d'« insérer plus facilement le vote dans l'emploi du temps chargé des électeurs ».

    On pourra voter avec son ticket de caisse ?

    Je ne sais pas trop quoi penser de cela : que le vote se déroule dans les lieux de vie de la cité (là où les gens se retrouvent pour vivre ensemble), je trouve ça normal. Je déplore que les lieux de consommation de masse soient devenus les quasi uniques lieux de vie de la cité… Qu'il ait lieu dans un temple de la consommation ou dans un bâtiment public, je doute de la qualité d'un vote émanant d'électeurs pressés, car cela signifie qu'ils voteront à l'aveugle, au gré de leur passion et du cirque médiatique. Au final, cette décision est représentative des temps modernes : le politique (décider ensemble des règles communes) recule devant le commerce, le vote devient une anecdote dans la journée d'un consommateur.

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 13:58:32 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?8wJpqA
  • Finale France-Allemagne à Bruxelles

    En apparence, la nomination d’Ursula von der Leyen à la tête de la Commission européenne (lire également p. 7) et de Christine Lagarde a la présidence de la BCE sonne le retour de la belle entente franco-allemande. Mais, dans les couloirs feutrés de Bruxelles, la bataille entre les deux pays continue de faire rage…

    Emmanuel Macron aimerait rendre à la France l’influence perdue lors de la précédente décade. Après tout, les chrétiens-démocrates allemands n’ont remporté que 29 sièges là où le parti d’Emmanuel Macron en compte 21. Pas si loin…

    Chaises musicales

    Après la BCE, le Président veut décrocher une autre timbale : « un commissaire chargé soit des services financiers, soit de l’agriculture », détaille l’un de ses proches. Il vise aussi le nerf de la guerre les 31 grandes directions de la Commission européenne. Avec cinq d’entre elles, la France menait aux points. Mais l’Allemagne, qui n’en détenait que trois, contrôlait les deux plus puissantes : la Concurrence et le Commerce.

    Johannes Laitenberger, responsable de la première, ayant été nommé juge à la Cour de justice de l’Union européenne, la France a exigé de récupérer cette direction de la Concurrence. En septembre, c’est donc Olivier Guersent — actuel patron de la direction des Services financiers — qui régnera sur les fusions en Europe. Une Allemande (Sabine Weyand, adjointe de Michel Barnier sur le Brexit) a obtenu la direction du Commerce. On n’est pas loin de l’échange des espions sur le pont de Glienicke ! Autre pièce maîtresse de l’échiquier bruxellois : le poste de secrétaire général, véritable numéro deux de la Commission. Actuellement occupé par l’Allemand Martin Selmayr, « il doit logiquement revenir à un Français », estime un habitué du Château.

    Martin Selmayr a démissionné. On ne connaît pas encore le nom du remplaçant.


    La présence française auprès des 28 commissaires (un par pays) est également jugée « insuffisante ». Les chefs de cabinet et leurs adjoints ont en effet le pouvoir de peser sur les textes — y compris hors de leur champ de compétences. L’Allemagne dispose de quatre chefs de cabinet et de cinq adjoints ; la France d’un seul chef de cabinet et de deux adjoints.

    L’écart, en vérité, est plus abyssal encore. Car les Allemands dirigent le secrétariat général du Parlement européen, la Cour des comptes européenne, le Conseil de résolution unique (qui gère les crises), la Banque européenne d’investissement et le Mécanisme européen de stabilité !

    Qui gagne toujours, à la fin ?

    Donc Macron compte sur l'indépendance d'esprit vis-à-vis de Merkel de la francophile von der Leyen en soutenant qu'elle a jamais été partisane et elle a su impose rdes choix en Allemagne. De même, il compte sur Lagarde pour éviter les passages en force en matière financière. Lolilol. Nous verrons bien ce qu'il en est. Je suis dubitatif. Par exemple, Lagarde ne pourra pas conduire une politique inflationnaire avec une Allemagne qui vise plutôt la déflation, car le poste ne fait pas le pouvoir.

    Le belge Charles Michel, auquel Macron prête les mêmes idées politiques qu'En Marche !, a été nommé président du Conseil européen.

    Au Parlement européen, aucun français n'a obtenu un poste de (vice-)président. Aucun français est à la tête d'un groupe politique.

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 13:46:28 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?ZACBgw
  • La France, ce pays développé dans lequel on manque de médocs et de manuels scolaires…

    À la lecture croisée de ses deux articles de journaux, je ne peux m'empêcher de me demander : c'est quand que nous arrêtons d'être cons ? Oui, nous-tous, là, chacun d'entre nous, c'est quand que nous arrêtons d'être cons ?


    La pénurie de médocs

    Au secours ! En 2018, plus de 600 médicaments se sont retrouvés en rupture de stock, contre 44 en 2008. Et l’armoire à pharmacie ne s’est pas regarnie depuis. Le 8 juillet, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, a pondu un plan pour lutter contre les pénuries et faire pression sur les labos. Seul hic, « il manque encore les sanctions. Or, sans sanctions, on reste au niveau de l’incantation », déplore Gérard Raymond, le président de France Assos Santé, qui représente les patients.

    Les industriels, eux, produisent de plus en plus à flux tendu, sans se soucier des stocks — sauf quand les médocs sont très chers et très rentables… Et tant pis pour les patients qui ne trouvent plus de cortisone, d’anti-infectieux ou même d’anticancéreux ! Exemple : l’Immucyst, un médicament contre le cancer de la vessie, est en rupture chronique. Il existe bien un médoc alternatif, mais « avec une moins bonne tolérance, ayant entraîné l’arrêt du traitement chez certains patients, d’où une vraie perte de chances », explique dans « Le Monde » (7/7) le pharmacologue Alain Astier.

    Le plan de Buzyn présente tout de même une nouveauté, préconisée par un rapport sénatorial de septembre 2018 : mettre en place une « solution publique » afin de garantir l’approvisionnement. L’Assurance-maladie, Santé publique France ou le Service de santé des armées pourraient ainsi constituer leurs propres stocks en important des médocs et les distribuer en cas de pénurie.

    Tu veux dire que c'est encore le public, donc le contribuable, qui va réparer la merde du privé ? Je croyais que Saint-Marché organisait tout bien l'économie sans intervention humaine ?! :O


    Pilule amère

    C’est la guerre ! Enfin, pas tout à fait : pour l’heure, cette insolente proposition n’en est qu’au stade de l’« expertise », le temps, précise la feuille de route du ministère, que soit étudiée « sa faisabilité ». Le gouvernement ne va pas jusqu’à suggérer de nationaliser la production de médicaments vitaux. De peur de passer pour communiste ? Les Etats-Unis de Trump en prennent pourtant le chemin.

    En 2018, plus de 800 hostos américains se sont regroupés pour créer une entreprise pharmaceutique… d’intérêt public. Cette société à but non lucratif, baptisée Civica RX, entend « réduire les pénuries chroniques de médicaments qui ont provoqué une crise nationale et ont eu un impact négatif sur la vie des patients depuis plus d’une décennie », explique son site Internet. L’organisation prévoit de commencer par la fabrication de 14 médocs « à prix abordable ». Une idée de malade !

    Il y a rien d'intérêt public là-dedans : tout cela sera in fine facturé au patient. Cela va accroître les inégalités : t'es riche ? On va te soigner, avec médocs sur commande. T'es pauvre ? Adieu. Je ne vois pas de quoi me réjouir.


    Chahut-bahut régional

    Certains lycéens sont plus égaux que d’autres… A la rentrée 2019, les subventions versées par les régions pour les manuels scolaires s’échelonnent de 200 euros par élève (Ile-de-France, Nouvelle- Aquitaine) à… 20 euros (Bretagne, Bourgogne). Depuis la loi Peillon de 2013, chaque région choisit librement le montant de ces aides. Et, lorsqu’il s’agit d’acheter huit nouveaux manuels pour les classes de seconde, et encore huit pour celles de première — du fait des nouveaux programmes —, les inégalités territoriales s’accentuent… « L’Etat nous fait payer une réforme qui nous échappe et qui coûte super cher ! peste Hervé Morin, le président de l’association Régions de France. Alors chaque région se débrouille comme elle peut… »

    En Bretagne, où la subvention pour un lycéen est passée de 33 euros à 20 euros, c’est la dèche : au lycée Jean-Guéhenno (Fougères), pour les élèves de première, ce sera un manuel par classe, soit 5 manuels pour 150 élèves. Au lycée Chateaubriand (Rennes) on recommande carrément les photocopies pour l’histoire-géo en seconde et en première. Quant au lycée Tristan-Corbière (Morlaix), il a trouvé la solution pour la seconde pro : zéro manuel !

    Vivement la rentrée…

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 13:35:39 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?7deySw
  • Raclage des fonds secrets

    Historique des fonds secrets de l'Élysée et de Matignon, des millions de francs en espèces et en bons du trésor en libre service pour le Président et le Premier ministre. Ils s'arrondissaient les fins de mois comme ils pouvaient, les pauvres chous.

    Entre 1958 et 2001 — année officielle de leur suppression sous le gouvernement de Lionel Jospin —, les fonds secrets ont été utilisés à des fins plus ou moins avouables par tous les présidents de la République et les Premiers ministres.

    Tous, à une exception près, ont quitté le pouvoir après avoir vidé les coffres de l’Elysée et de Matignon. Ils n’ont fait que suivre l’exemple du général de Gaulle. Dans les Mémoires de son bras droit, Jacques Foccart, on découvre que le Général signait lui-même les ordres de virement des fonds à la disposition de l’Elysée. En 1969, il n’avait abandonné à Alain Poher, son successeur par intérim, que quelques trombones.

    Filets en lambeaux

    En mai 1981, le directeur de cabinet de François Mitterrand ne retrouva dans les armoires blindées de la Présidence qu’« un coin déchiré de billet de 500 francs ». Quelques jours plus tôt, un Premier ministre nommé Raymond Barre avait envoyé des collaborateurs retirer en liquide — à la paierie générale du Trésor — 10,5 millions de francs, en liasses, à l’effigie de Pascal : soit le solde prorata temporis des crédits alloués pour le reste de l’année 1981.

    A ce jour, Mitterrand est le seul chef de l’Etat qui, en quittant le pouvoir, a rendu le magot. André Rousselet, son ancien directeur de cabinet, Pierre Chassigneux, qui lui succéda, et Michel Charasse ont en effet remis en échange d’un reçu signé par le directeur de cabinet du nouveau président Chirac, Bertrand Landrieu, la somme de 40 millions de francs — soit 8,2 millions d’euros actuels — à Dominique de Villepin, alors secrétaire général de l’Elysée. Il s’agissait du solde, en liquide et en bons anonymes du Trésor, des fonds spéciaux restés inutilisés après quatorze années de présidence.

    Ils utilisaient des espèces et des bons ! Tout ça est anonyme ! TERRORISTES ! MAGOUILLEURS ! Ha, non, pardon, ils étaient la prétendue élite de la Nation, ce raisonnement simpliste ne s'appliquent pas à eux.

    C'est mignon de faire l'éloge de Tonton, mais bon, 40 millions de francs pour 14 ans de trône, c'est très très peu… Si une année c'est environ 10 millions de francs comme mentionné ci-dessus, ça fait 4 ans de réserve sur 14 ans, soit environ 1/3.


    Faut-il préciser que, jusqu’en 2001, à notre connaissance, aucun Premier ministre de droite ou de gauche n’a jamais remis au Trésor public les fonds secrets non utilisés sous son règne ? Détail amusant : à l’occasion d’un procès commercial, Michel Rocard avait dû reconnaître qu’en quittant Matignon il avait fait fabriquer une bibliothèque en chêne pour son domicile privé grâce à une liasse venue des fonds en question. C’était encore le bon temps.

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 13:17:03 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?Py94qQ
  • La coopération militaire Paris-Berlin est hors de prix

    Projets militaires franco-allemands : un nouvel avion de combat, un nouveau char, un nouvel avion de patrouille maritime et un nouveau drone. Et comme la R&D de tout ça coûte un max (25 milliards juste pour l'avion de combat), il va falloir que d'autres pays européens contribuent au financement.

    La facture de l’avion de combat franco-allemand des années 2030 sera très salée. Avant même d’en produire les premiers exemplaires, il faudra investir 25 milliards d’euros pour les études, les recherches nécessaires et la mise au point des prototypes. C’est Christian Cambon, le président de la commission sénatoriale des Affaires étrangères et de la Défense, qui a lâché ce chiffre dérangeant pour le lobby militaro-industriel, lequel, bien sûr, n’en a que faire.

    Quel est le problème ? La réforme des retraites va permettre à l'État de siphonner 138 milliards d'euros d'un seul coup dans les réserves du régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco (salariés du privé, dont les cadres). L'accord de 2017 entre l'État et les caisses Agirc-Arrco permettra d'économiser 180 millions d'euros par an en ponctionnant 10 % d'une retraite pendant 3 ans sauf pour les salariés qui cotiseront un an de plus (63 ans) que l'âge légal (62 ans).


    « Compte tenu de l’état de nos finances publiques, écrit ce sénateur républicain dans un rapport daté du 26 juin, inutile de dire que nous ne sommes pas en mesure de financer seuls un tel projet. » Conclusion : il faudrait que plusieurs pays amis s’y intéressent, acceptent la conception franco-allemande de cet avion de combat destiné à remplacer le Rafale ainsi que le Typhoon et crachent au bassinet. Ce n’est donc pas dans la poche.

    Trois autres projets franco-allemands sont pris pour cible par Christian Cambon : le char de combat du futur, qui devrait remplacer le Leclerc (français) et le Leopard (allemand), un nouvel avion de patrouille maritime et un drone capable de voler à 500 km/h, jusqu’à une altitude de 14 000 mètres. A propos de cette « belle bête », comme on dit àla Direction générale de l’armement, Christian Cambon écrit : « La France dénonce un problème d’obésité [dont la responsabilité incombe aux Allemands]. Avec deux moteurs et un poids de 11 tonnes, ce drone sera trop lourd, trop cher et donc difficile à exporter. »

    Mieux, à en croire ce sénateur méfiant, les Allemands ne respectent pas le 50/50, c’est-à-dire une répartition équitable, sur le plan industriel, des responsabilités incombant à l’Allemagne et à la France. Motif : Berlin veut profiter de cette coopération pour renforcer le poids et le rôle de l’industrie militaire allemande.

    Reproche supplémentaire adressé à nos chers voisins : « Les exportations d’armement constituent la partie irritante de notre coopération. Les Allemands, pour des raisons politiques et de concurrence mondiale, et avec une bonne dose d’hypocrisie (…), bloquent actuellement certaines ventes d’armements français », proteste Christian Cambon. Exemples : la France ne peut livrer des radars aux Emirats arabes unis (parce qu’ils contiennent une pièce fabriquée en Allemagne), et il en va de même pour deux corvettes lance-missiles et lance-torpilles, équipées de moteurs Diesel allemands.

    Tient, il n'y a pas que les USA qui pratiquent l'impérialisme…

    Trump vient de signer des contrats d'armement avec Abou Dabi, membre de la fédération des Émirats Arabes Unis.


    A la différence d’Emmanuel Macron, qui a béni ces deux contrats, notamment lors de sa visite présidentielle à Abu Dhabi, en 2017, le gouvernement allemand ne veut plus livrer d’armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats, qui mènent une sale guerre au Yémen et sont sous embargo depuis l’an dernier.

    Le président Macron, lui, n’a pas décrété d’embargo. Il a la bosse du commerce, et c’est elle seule qui le guide…

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 13:04:04 2019 - permalink -
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  • Ce procureur qui repeint l'Elysée en rose

    Affaire Benalla : le directeur de cabinet de Macron ment sous serment, mais le procureur de Paris, nommé au forceps par Macron, classe sans suite les signalements du Sénat…

    Admirable Rémy Heitz !

    Le procureur de Paris vient de classer sans suite le « signalement » du Sénat, qui dénonçait plusieurs faux témoignages devant sa commission d’enquête sur l’affaire Benalla. Principal témoin entendu sous serment, Patrick Strzoda, le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, bénéficie de l’indulgence du magistrat. Car, s’il « a pu effectuer une description incomplète des attributions de M. Benalla », il s’est racheté en transmettant — spontanément, bien sûr — une note de service évoquée par « Libération » (27/6), qui « décrivait toutes les missions » du costaud de la Contrescarpe à l’Elysée. Les extraits de cette note, que « Le Canard » s’est procurée, montrent que Benalla devait assurer la « coordination des services en charge de la sécurité du président de la République ». Soit l’exact contraire des affirmations de Strzoda, qui a donc menti sous serment. Les fonctions de Benalla étaient classées « A », ce qui signifie qu’il avait sous ses ordres une tripotée de galonnés de la police et de la gendarmerie.

    Utile Kohler ?

    Le très pudique procureur n’a sans doute pas osé lire les courriers échangés entre le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, et Philippe Bas, le président de la commission sénatoriale. Sans quoi il n’aurait évidemment pas fait preuve d’une telle indulgence.

    Le 26 juillet 2018, soit le lendemain de l’audition de Strzoda, le président de la commission et ses deux rapporteurs réclament (par écrit) à Kohler huit documents consacrés aux fonctions réelles du Monsieur Muscles de l’Elysée. Le 19 septembre, Kohler en fait livrer six mais conserve au secret les deux principaux. Il assume : « Le strict respect du principe de la séparation des pouvoirs ne me permet pas de joindre les “notes de service portant fiche de poste”. »

    Les sénateurs répliquent en saisissant la Commission d’accès aux documents administratifs (Cada). Informé, le Château capitule. Le 10 octobre, Kohler fournit la note de service demandée, tout en insistant sur le fait qu’il n’obtempère que « dans un souci de bonne administration visant à prévenir la multiplication de procédures inutiles, telle qu’une éventuelle saisine de la Cada ».

    Deux mois et demi de bagarres entre l’Elysée et le Sénat auront donc été nécessaires. Pas vraiment l’ambiance de Bisounours suggérée par le proc Heitz.

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 12:40:40 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?5d6BDQ
  • Des avocats d‘origine douteuse chez Biocoop : c‘est pas bio, les cachetteries !

    Des producteurs qui refourguent à un grossiste des avocats d'Amérique du Sud probablement pas bio comme étant des avocats d'Espagne bio, Biocoop décide de demander à son grossiste défaillant d'exclure des producteurs de ses livraisons tout en reconnaissant que la parlotte n'a pas fait avancer les choses dans le passé, Biocoop ne communique pas sur le sujet auprès de ses clients, Biocoop (centrale d'achat + magasin) se fait une marge de 55 à 66 % sur les fruits et légumes, la rémunération de l'ancien patron dépassait l'écart maximal autorisé mentionné dans le cahier des charges de Biocoop, l'ancien patron démissionne et reçoit un parachute doré équivalent à 18 mois de salaire… C'est joli, Biocoop…

    Un document confidentiel du groupe révèle des “tromperies” et suggère de ne (presque) rien changer.

    Etat dramatique de la filière Espagne sur la filière avocats. Complicité tacite des intermédiaires et des distributeurs en général. » Ce constat alarmiste est issu… d’un document confidentiel émis par la direction générale de Biocoop. Il a été détaillé devant le conseil d’administration du groupe le 28 juin 2018, au siège de la coopérative {dans le XVIe arrondissement parisien).

    A sa lecture, ce jour-là, les administrateurs du premier réseau de magasins bio de France (590 boutiques, pour 1,2 milliard d’euros de chiffre d’affaires) suent à grosses gouttes. Ils ont un méchant doute sur leurs avocats bio importés d’Espagne : une partie d’entre eux viendraient en fait d’Amérique du Sud, ce qui la fiche mal pour l’empreinte carbone. Et, surtout, leur qualité bio est fortement sujette à caution !

    La peau dure

    Pour sortir de cet « état dramatique » et traiter le problème, trois scénarios sont proposés aux administrateurs. Le premier n’est pas piqué des hannetons : « On ne change rien, on considère que nos contrats sont conformes, et les tromperies à la production sont hors de notre responsabilité et de notre contrôle. » Suit en rouge la mention « risque médiatique ». Au cas où un Palmipède fourrerait son bec dans le document ?

    Deuxième suggestion : « création de notre propre station de conditionnement en partenariat avec un local ». En clair, l’idée est de monter une structure d’approvisionnement pour acheter directement les avocats aux producteurs espagnols — et s’assurer cette fois, de leur qualité bio —, sans passer par des grossistes. La troisième proposition, elle, est formulée ainsi : « rapprochement de nos distributeurs pour mettre les points sur les “i”, exiger une totale transparence et une traçabilité efficiente ». Bravo, mais il y a un (gros) bémol, indiqué en rouge lui aussi : « déjà demandé à maintes reprises sans retour satisfaisant ». C’est pourtant cette solution hasardeuse qui a été choisie à la place de l’ouverture, plus coûteuse, d’une station de conditionnement en Espagne visant à limiter le nombre d’intermédiaires…

    Chez Biocoop, le rayon primeur représente beaucoup d’oseille : 20 % du chiffre d’affaires et des bénéfs replets, notamment sur l’avocat. Comme le montrent des documents internes, Biocoop SA s’octroie jusqu’à 30 % de marge brute lors de la revente des fruits et légumes aux magasins de la chaîne. Lesquels peuvent ensuite marger 25 % quand les produits sont achetés localement et 36 % quand ils sont importés. Les boutiques arrondissent encore leur profit quand elles ne répercutent pas les remises — jusqu’à 6,5 % — consenties par Biocoop SA aux magasins, en fonction de leur volume d’achat. Une pratique un zeste éloignée de l’image militante véhiculée par l’entreprise et qui, en interne, fait tiquer. Certains salariés dénoncent, anonymement, « une obsession du rendement et des méthodes importées de la grande distribution ».

    « Le Canard » a également mis la palme sur un PV du conseil d’administration écornant le sacro-saint principe de « rémunération équitable » revendiqué par Biocoop. En décembre 2017, Claude Gruffat, alors président de Biocoop SA, a exercé un amical lobbying auprès des administrateurs pour que sa rémunération passe de 95 000 à 127 000 euros brut : six fois le plus bas salaire au sein de la coopérative, la où le cahier des charges de Biocoop préconisait un écart maximal de 1 à 5.

    Seize mois plus tard, Claude Gruffat, engagé auprès de Yannick Jadot dans la campagne des européennes, démissionnait de son poste avec dix-huit mois d’« indemnités de fin de mandat » votées par le conseil d’administration. Pour mieux se mettre au vert ?


    Les pieds dans le guacamole

    Interrogé par « Le Canard », Biocoop reconnaît avoir « identifié un problème avec un grossiste » sur l’origine et la garantie bio des avocats. Sauf que ce dernier continue de fournir un tiers desdits fruits verts écoulés par la coopérative sous l’étiquette « Origine Espagne », soit 400 tonnes pour la dernière saison. « Nous lui avons demandé d’exclure de nos approvisionnements deux producteurs sur lesquels nous avions particulièrement des doutes », se justifie le responsable fruits et légumes de Biocoop.

    Et de promettre : « L’objectif est, d’ici à 2023, de ne plus travailler avec ce grossiste que de manière marginale, en dépannage. » Encore quatre ans, donc, d’avocats d’origine douteuse.

    C’est du bio !

    Hum… C'est contradictoire avec la décision votée par les administrateurs. Du coup, dans 4 ans, Biocoop aura-t-il une station d'approvisionnement et alors la discussion avec le grossiste est palliative, en attenant la solution curative ? Je reste sur ma faim… Aucun communiqué est disponible dans la section presse du site web de Biocoop.

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 12:31:01 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?F7A-UQ
  • En attendant… Belloubet

    Laisser des postes vacants dans la magistrature, qui croule pourtant sous les dossiers, paraît être devenu une spécialité de la Chancellerie. La ministre de la Justice et sa puissante directrice adjointe de cabinet, Hélène Davo (en partance pour l’Elysée), sont apparemment incapables d’anticiper. Dernier exemple en date : le non-remplacement d’Eliane Houlette à la tête du fameux Parquet national financier. Son départ à la retraite, fin juin, était tout sauf une surprise. Mais aucun nom n’est sorti, et ce poste ultrasensible est simplement pourvu d’une intérimaire. Quant au célèbre juge Renaud Van Ruymbeke, lui aussi retraité fin juin, il n’est pas remplacé !

    La faute à Belloubet, qui n’a désigné personne, alors que cette tâche lui revient, comme pour tous les postes « hors hiérarchie ». L’exemple vient d’en haut, puisque Macron, qui voulait absolument choisir lui-même le procureur de Paris, avait fait traîner le remplacement de François Molins.

    En attendant, le pôle financier est au bord de l’asphyxie. Mais, heureusement, les vacances judiciaires sont là…

    ÉDIT DU 27/07/2019 À 12 H 20 : Le Canard enchaîné du 17 juillet 2019 expose qu'un paquet de nominations sont en attente de la validation de Macron dans des institutions dépendantes du ministère de la culture : Villa Médicis, le Palais de Tokyo, le CNC (resté une semaine avec un chef par intérim), etc. Ce contexte permet de nuancer une volonté du gouvernement d'étouffer le PNF. FIN DE L'ÉDIT.

    Dans le Canard enchaîné du 10 juillet 2019.

    Mon Jul 22 12:07:07 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?2aQcLw
  • Macron et la presse : la fin de la transparence | _I N T É G R A L E S _ - GuiGui's Show

    La présidence de la République a fait savoir, par l’intermédiaire de Sibeth Ndiaye, conseillère de communication d’Emmanuel Macron, que la salle de presse à l’intérieur de l’Elysée déménagerait d’ici l’été dans une annexe hors du Palais. […]

    D'après le Canard enchaîné du 10 juillet 2019, ce projet a changé de cap. Les agences accréditées (AFP, Reuters, AP et Bloomberg) conserveront cette salle de presse. Les autres (les chaînes d'information en continue, notamment) seront installés dans la nouvelle salle de presse en dehors de l'Élysée.

    Ça ne modifie pas ma conclusion d'alors :

    De même, d'après les propos de journalistes accrédités rapportés par le Canard enchaîné du 28 mars 2018, leur présence ne leur permet pourtant pas de décrocher des entrevues avec les conseiller⋅e⋅s de Macron. Il⋅elle⋅s évoquent « une fois en neuf mois ». Tout ça me laisse à penser que le problème de fond n'est pas le déménagement de cette salle de presse, mais le fait que le pouvoir prend ses distances avec la presse.

    Et, en effet, ce déménagement est une énième mesure contestable du pouvoir élyséen pour se retrancher dans l'ombre, après les journalistes triés sur le volet lors des voyages officiels, après l'interdiction de filmer les ministres dans la cour du Château, après l'étau qui semble se resserrer autour de l'audiovisuel public, etc. J'ai le sentiment que les journalistes n'arrivent plus à collecter les paroles et les actes de Macron à part les journalistes people élogieux de Paris Match.

    Le travail journalistique autour de l'Élysée est évincé par la communication. Et ça, c'est très dangereux, avec ou sans salle de presse au sein du Château.

    Mon Jul 22 11:41:50 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?ksibAw
  • Droit de regard des préfets sur l'inspection du travail et baisse des effectifs ?

    Encore une réforme qui « passe mal », comme l’écrit « Le Parisien » (27/6) : celle de l’Inspection du travail. Selon le journal, les 2 000 fonctionnaires de cette petite corporation (dont une partie a manifesté la semaine dernière), chargés de contrôler les pratiques sociales de toutes les entreprises françaises, craignent une baisse des effectifs et la perte de leur indépendance. L’idée du gouvernement est en effet de donner aux préfets un droit de regard sur les inspecteurs du Travail. Promis-juré par la Direction générale du travail, elle « cherche des solutions ». Quant aux emplois, 20 % des effectifs du ministère du Travail ont déjà été supprimés depuis 2009.

    Et ça va continuer.

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 12:09:00 2019 - permalink -
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  • Garde à vue hurlante

    Hurler sur un suspect, virer l'avocat de ce suspect qui appelle à un retour au calme… Moi qui croyais que la flicaille est amour, qu'elle défend le citoyen contre les méchants pas beaux et que quand elle fait un usage illégitime de sa force, c'est en fait légitime parce que Jojo le gilet jaune lui a envoyé un molotov dans la tronche. Les exemples sont nombreux. La flicaille est une force oppresant le citoyen, rien d'autre.

    Assez salée, et c’est peu dire, cette enquête du défenseur des droits, Jacques Toubon, signée le 13 juin à propos d’une garde à vue remontant au 3 octobre 2016. Ce jour-là, Grégory Saint-Michel, avocat pénaliste, assiste, au commissariat du XXe de Paris, un client de 65 ans — casier vierge, un peu SDF et accusé de tentative de meurtre. Une bagarre à coups de bouteilles entre deux gars, nantis chacun de 3 grammes d’alcool dans le sang… B., gardien de la paix menant l’interrogatoire, trouve le client trop hésitant et vocifère.

    « Vous n’avez pas à hurler comme ça, ce sont des pressions ! intervient l’avocat. B. rugit : « Je fais ce que je veux, et, si je veux hurler avec vous aussi, je le fais ! » « Je fais ce que je veux, c’est mon audition ! » Stupéfait, l’avocat prévient le flic : « Attention, c’est filmé, ce n’est pas bon pour vous ! » Ameuté par son équipe, le capitaine débarque. Ses collègues coupent la vidéo. Futé ! Mais pas trop : l’enregistrement audio, lui, continue…

    Vert, l'avocat

    « Dégagez, allez ! zou ! ordonne le capitaine à l’avocat. On vous dit de dégager, vous dégagee ! » « On va sûrement pas bosser avec un mec comme vous ! » ajoute l’un des flics. Saisi aux épaules par deux policiers, Grégory Saint-Michel est raccompagné sur le trottoir. « Prends un autre avocat : le tien, il est indigne d’exercer sa profession, conseille, à l’intérieur, un poulet au gardé à vue. T’en prends un autre ou t’en auras pas ! » Le client a tenu bon.

    Et l’avocat a saisi le défenseur des droits. Après avoir écouté l’enregistrement, ce dernier a recommandé au ministre de l’Intérieur des procédures disciplinaires contre les flics fautifs. S’il n’est pas entendu, il pourra essayer le hurlement.

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 12:06:10 2019 - permalink -
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  • Des droits d’auteur un peu trop créatifs

    Rapport de la Cour des comptes sur les sociétés de perception et de répartition des droits d'auteurs. Levier d'influence, sommes non-réparties et ponctionnées, artistes lésés, clientélisme et financement des grosses maisons d'édition, conflit d'intérêt, etc. Rien de neuf pour ceux qui suivent ces sujets…

    La Cour des comptes critique la gestion des sociétés qui les administrent.

    Les 23 sociétés chargées de gérer les droits d’auteur (lettres, musique, cinéma, etc.) sont assises sur un trésor. Car elles ne font pas que redistribuer de l’argent à leurs adhérents. Grâce à la loi de 1985 sur la copie privée, elles disposaient aussi, en 2018, de 183 millions pour financer à discrétion des projets d’action artistique et culturelle. Une somme provenant d’une taxe sur les téléphones, les tablettes et les CD vierges… mais aussi de l’argent dû aux auteurs qu’elles n’ont pu répartir.

    Oui, la redevance pour copie privée est utilisée pour influencer les élus locaux en finançant des festivals et autres activités culturelles locales. Les élus locaux étaient souvent des parlementaires. Ce n'est plus le cas, mais un parlementaire reste toujours sensible au développement de son bled, et reste donc attentif aux volontés législatives des ayants-droit.


    Las ! la commission de contrôle, affiliée à la Cour des comptes, constate, dans son rapport annuel, que ces sociétés n’utilisent que 126 millions d’euros sur les 183. Le reste vient garnir leurs réserves ou passe en frais de gestion, voire de lobbying ou de justice. Ce qui, pour la commission, « relève davantage des frais généraux de l’organisme ».

    Les sociétés de gestion des droits d'auteurs se doivent de rechercher les ayants-droit. Mais, en pratique, leur recherche des ayants-droits est lacunaire, ce qui leur permet de se constituer un bas de laine avec les sommes non réclamées…


    La commission s’interroge surtout sur la répartition des aides. Elle dénonce un certain clientélisme, se caractérisant par « une concentration des montants d’aides accordées au profit d’un petit nombre de bénéficiaires ». Ainsi, à la Société civile des producteurs phonographiques, les majors (branches françaises d’Universal, Sony et Warner) s’auto-attribuent une grande partie des aides à la création.

    Le rapport dénonce aussi des conflits d’intérêts au sein de plusieurs organismes. La Spedidam, la société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes, par exemple, présidée par François Nowak, subventionne plusieurs satellites, telle l’Action musicale, dirigée par… le vice-président du conseil de surveillance de la Spedidam.

    Cette dernière a reçu 220 000 euros de subventions en 2017, dont 75 300 ont servi à rémunérer son directeur, Jean-Philippe Bruttmann, également programmateur de deux autres festivals subventionnés par la Spedidam. L’Action musicale salarie aussi la fille de Nowak (son fils est directeur de la communication de la Spedidam)…

    Le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête sur cette gestion très familiale, qui relève moins de la création que de la procréation.

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 11:54:47 2019 - permalink -
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  • Déflagrants délits à Paris

    Tambouille avec les chiffres parisiens de la délinquance à l'approche des élections municipales ? Cela me rappelle le bidouillage des chiffres de la délinquance à Marseille dénoncé par les poulets eux-mêmes…

    À neuf mois des municipales, les rues parisiennes ne souffrent pas que des travaux. « Le Canard » a mis la palme sur les statistiques de la délinquance compilées par la Préfecture de police depuis le début de l’année. Pour les cinq premiers mois de 2019 — comparés à la même période en 2018 —, le bilan est plutôt violent, selon les flics obsédés de la calculette. Une hausse de 16,4 % pour les « atteintes aux biens » et de 10,7 % pour les « atteintes volontaires à l’intégrité physique » a été relevée. Avec + 42,5 %, le IVe arrondissement est champion dans la première catégorie. Le IIIe détient le record dans l’autre : + 44,8 %.

    C’est dans ce même arrondissement qu’a été enregistrée une hausse record des « vols à la sauvette » : passant de 1 à 15, ils bondissent de… 1 400 %. Loin derrière, le fort bourgeois XVIIe, avec + 187,5 %. Plus grave : le nombre de vols à main armée a grimpé de 2 à 7 dans le XVIIIe, soit 250 % de progression…

    Vertueuses bagnoles

    Du côté des Champs-Elysées, dans le très protégé VIIIe arrondissement (celui de l’Elysée et de l’Intérieur), un effet gilets jaunes se fait sentir : les « dégradations de mobilier urbain » ont bondi de 150 %, et les « destructions, dégradations et incendies volontaires » de 173,8 % — une vraie flambée.

    Seule bonne nouvelle, la baisse des vols de voitures : moins de 10 %. Anne Hidalgo a raison de vouloir limiter la place de la bagnole à Paris…

    Dommagge que Mahjoubi fut forcé de se retirer de la course, car ces chiffres auraient servis ses propositions sécuritaires… :))))

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 11:24:42 2019 - permalink -
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  • Dans le Midi, la guerre des (gazettes) municipales commence

    Tambouille électorale et presse locale comme outil d'influence.

    Le hasard fait bien les choses, sur la Côte d’Azur. A neuf mois des élections municipales, et alors que le richissime Iskandar Safa s’apprête à racheter le journal « Nice-Matin », un autre milliardaire, Xavier Niel, surgit pour, lui aussi, acquérir le quotidien !

    D’un côté, l’homme d’affaires Safa est le meilleur allié d’Eric Ciotti — député LR des Alpes-Maritimes et candidat contre le maire sortant de Nice, Christian Estrosi (LR aussi). De l’autre, ledit Estrosi mène, depuis six mois, un lobbying d’enfer dans le Tout-Paris, expliquant qu’une reprise de « Nice-Matin » par Safa serait tragique pour sa ville. L’inespéré Xavier Niel serait donc le sauveur…

    Le patron de Free ne cache pas, en tout cas, ses penchants macronistes. Et Estrosi a sonné l’alarme en des termes choisis auprès du Président et de son entourage. Primo, Safa est un marchand d’armes. Deuzio, il représente un marchepied pour la droite musclée de Ciotti, voire pour le RN, lui qui fricote avec l’extrême droite et possède déjà « Valeurs actuelles ». Macron est très sensible, ces derniers temps, a ce genre d’arguments.

    Salade provençale

    Le chef de l’Etat, qui vient de lancer son offensive en Méditerranée, planche sur la meilleure manière de barrer la route électorale Nice-Marseille au RN et à ses futurs alliés. Vue de l’Elysée, la solution semble toute trouvée : des candidatures communes avec la droite modérée. A Nice, c’est Estrosi l’heureux élu. L’idée est de le voir former un joli tandem avec le député LRM Cédric Roussel, lequel vient de déclarer sa candidature et fait monter les enchères.

    Depuis quand appartient-il au Président de la Ripoublique de gérer la tambouille électorale ?! Rien de neuf, je sais, mais ça me révolte toujours autant…


    Pour les partisans du maire de Nice, ce Roussel ferait un futur premier adjoint idéal. Et pour cause : deux sondages qu’ils ont commandés discrètement montrent qu’une liste commune Estrosi-Roussel pourrait décrocher près de 49 % des suffrages dès le premier tour ! Sans liste commune, en revanche, la bataille ferait rage en triangulaire ou en quadrangulaire avec Ciotti et le lepéniste Philippe Vardon — un identitaire bon teint.

    Safa barder !

    A Marseille aussi, l’alliance est en marche. Ici, l’Elysée mise plutôt sur la fin du gaudinisme. Un accord avec Martine Vassal, patronne LR des Bouches-du-Rhône et copine de Jean-Claude Gaudin, emballé moyennement les Marcheurs ; ceux-ci préféreraient un rapprochement avec le patron LR dela région Sud, Renaud Muselier, grand ami d’Estrosi. L’œil rivé sur la carte électorale et les résultats des européennes, Macron aimerait que « Mumuse » l’aide à monter une liste commune très ouverte à Marseille, y compris avec des figures du PS local ! Si Muselier ne conduit pas lui-même cet attelage, il serait au moins assuré, en échange, du soutien présidentiel pour les élections régionales de 2021…

    C’est dans ce joyeux contexte que le journal « Nice- Matin » et une part minoritaire du quotidien marseillais, « La Provence » ont subitement éveillé l’intérêt des milliardaires du pays ! Et que le groupe public belge Nethys, qui détient 34 % de « Nice-Matin » et 11 % de « La Provence », est devenu l’objet des convoitises du macroniste Xavier Niel…

    A « Nice-Matin », c’est même une vraie pièce de boulevard qui se joue. Dans le cadre d’un plan de sauvegarde du quotidien, Iskandar Safa devait racheter les 34 % de Nethys d’ici au mois d’octobre — le pacte d’actionnaires du journal prévoyant de le faire monter à 100 % du capital en février 2020. Mais, il y a quinze jours, Niel a claironné qu’il négociait en direct avec Nethys et rachetait ses parts. Une fois l’accord signé, Estrosi lui a adressé un message de congratulations. Le 28 juin, Niel a néanmoins fait passer, pour la forme, une offre à l’administrateur judiciaire de « Nice- Matin ».

    Chez Les Républicains, un cacique se marre : « Il va quand même falloir bien réfléchir. Qui met le plus d’argent en publicité dans “Nice-Matin” ? La région de Muselier et la métropole d’Estrosi ? ou Eric Ciotti ? C’est clairement les premiers ! »

    Tout de suite les sordides questions financières…

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 11:13:47 2019 - permalink -
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  • Le gouvernement nous mène en bas taux

    Dette publique, taux négatif, prime d'émission pour contourner les restrictions de l'UE, etc.

    Une fois n’est pas coutume, dans son rapport sur « la situation des finances publiques », publié le 25 juin, la Cour des comptes balance, entre les lignes, une bonne nouvelle : le gouvernement n’aura pas à racler les fonds de tiroir pour financer la baisse d’impôt sur le revenu (5 milliards) promise par Macron à l’issue du grand débat. Son secret ? La décroissance des taux d’intérêt et les économies qu’elle entraîne sur le remboursement de la dette : « jusqu’à 4 milliards en 2020 », estime Didier Migaud, le président (PS) de la Cour des comptes. En 2021, le conte de fées se poursuivra. A en croire les prévisions de la Banque de France, la charge de la dette devrait encore baisser de 8 milliards. De quoi financer quelques beaux cadeaux électoraux à la veille de la présidentielle de 2022…

    Et si le compte n’y est pas ? Du crédit, encore du crédit : l’année dernière, la France a emprunté, en moyenne, à seulement 0,5 %. Et, cette année, le taux est même devenu négatif. Non seulement les acheteurs d’emprunts français ne demandent aucune rémunération au Trésor, mais, en plus, ils ont l’obligeance de lui verser une obole pour le remercier de mettre leurs sous en sécurité.

    Dette limite

    Reste à savoir quand le carrosse redeviendra citrouille. Le jour où les taux se mettront à remonter, le choc sera rude. Au niveau actuel de la dette, selon les prévisions du Trésor, chaque hausse des taux de 1 % alourdira la facture jusqu’à 19 milliards par an**.

    Outre ces funestes perspectives — mais, demain, c’est loin ! — plane un péril, politique celui-ci. Le candidat Macron avait promis de réduire sévèrement la dette, qui, aux termes des critères européens, ne devrait pas dépasser 60 % du PIB. Première étape ? Revenir à 90 % en 2022. C’est mal parti : la coquine ne cesse d’augmenter et, selon l’Insee, a atteint 99,6 % du PIB au premier trimestre de cette année. Dans le même temps, la moyenne européenne, elle, baisse rapidement depuis 2015. Difficile, avec un résultat pareil, d’être pris au sérieux en Europe !

    Emission pirate

    Pour tenter d’endiguer cette montée de la dette, le Trésor use, depuis plusieurs années, d’une petite astuce, autorisée par Bruxelles et appelée « prime d’émission ». Le principe est simple : si le Trésor lance un emprunt de 1 milliard au taux normal du marché, les souscripteurs lui verseront 1 milliard en échange des obligations qu’il émet. Mais, si le Trésor choisit de verser un taux d’intérêt supérieur, alors ces obligations très rémunératrices seront achetées beaucoup plus cher : par exemple 1,5 milliard. Dans ce cas, sera compté comme dette nouvelle le milliard figurant sur l’obligation, et nen le milliard. et demi effectivement récolté !

    Et cela fait augmenter le service de la dette. :))))


    En 2018, note la Cour des comptes, l’Etat a ainsi émis pour 10,8 milliards de dette non comptabilisée par les censeurs européens. Selon le « compte général de l’Etat », publié en marge du budget 73 milliards (l’équivalent de 3 % du PIB) ont été empruntés en douce ces dernières années. Sans cette petite finasserie, le taux d’endettement de la France aurait largement franchi le seuil symbolique de 100 % du PIB, pour avoisiner aujourd’hui les 103 %.

    Et Macron aurait l’air de quoi ?

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 10:59:05 2019 - permalink -
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  • De l’art de bien recaser [ à la délégation interministérielle dédiée à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT ]

    La suppléante de Benjamin Griveaux à l’Assemblée s’est trouvé un point de chute. En avril, Elise Fajgeles avait dû quitter le Palais-Bourbon pour laisser le candidat putatif à la Mairie de Paris reprendre son siège de député de la capitale, après avoir démissionné du gouvernement.

    Ce genre de mécanisme promet un travail législatif de qualité, dis donc. :)))) Tantôt je suis au gouvernement, tantôt à l'Assemblée, tantôt en mission parlementaire pour le gouvernement, tantôt… Comment veux-tu qu'ils étudient sérieusement les dossiers sur lesquels ils sont amenés à se prononcer ?! Je ne crois pas au suivi des dossiers avec le suppléant.


    L’ex-députée a donc été recrutée, le 1er juillet, comme chargée de mission à la Dilcrah, la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. Son contrat doit s’achever en décembre, au moment où la campagne municipale battra son plein.

    Délicate attention : le salaire d’Elise Fajgeles a été fixé à environ 6 000 euros, soit l’équivalent de ses anciennes indemnités parlementaires.

    La Dilcrah est un refuge très prisé. En 2014,1’écologiste Cécile Duflot avait déjà usé de la même ficelle pour recaser sa suppléante PS. Avis aux amateurs…

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 10:46:28 2019 - permalink -
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  • UE-Mercosur : volaille aïe aïe aïe !

    Quelques infos sur l'accord de libre-échange signé fin juin 2019 entre l'Union Européenne et le Mercosur.

    Pas d'inquiétude, car tout est prévu. Ça fait vingt ans qu’ils en discutent en secret, alors, vous pensez bien… Non seulement l’accord historique signé vendredi entre l’Union européenne et le Mercosur, marché commun réunissant Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay, va « dans la bonne direction », comme l’a dit Macron, mais il sera exemplaire en matière d’environnement et de biodiversité. Comme 90 % des droits de douane entre ces deux immenses marchés vont tomber, l’Europe va pouvoir exporter ses bagnoles, ses pièces détachées, ses produits chimiques, ses médicaments, ses parfums, ses sacs Vuitton, son speck tyrolien, son champagne, etc. Et Brésil et consorts vont pouvoir nous envoyer 100 000 tonnes de volaille par an et 99 000 tonnes de bœuf, pas une de plus, et des fruits, du café instantané, des jus d’orange, et 180 000 tonnes de sucre, et de l’éthanol, et des métaux rares…

    Evidemment, les grincheux grinchent. Les agriculteurs, tous syndicats confondus, de la FNSEA à la Confédération paysanne, qui dénoncent cette « course folle à la concurrence ». Les écolos de tout poil, Nicolas Hulot et Yannick Jadot en tête, qui rappellent que le Brésil est le plus gros consommateur de pesticides du monde, que 31 % de ceux dont ils usent sont interdits en Europe, qu’en prime le fou furieux Bolsonaro en a fait homologuer 239 nouveaux depuis janvier, que là-bas les boeufs sont dopés à coups d’antibiotiques et d’hormones de croissance, que l’élevage bovin est avec le soja transgénique le principal responsable du saccage de la forêt amazonienne (400 hectares détruits chaque jour), que pour Bolsonaro le réchauffement climatique n’est qu’« un complot marxiste », etc.

    Il y a aussi les 340 ONG, les 600 scientifiques européens, les deux organisations représentant 300 groupes indigènes brésiliens qui dénoncent les violations des droits humains et les attaques contre les indigènes et les minorités…

    Mais bon. Pour faire plaisir à l’Europe, Bolsonaro a promis de respecter l’accord de Paris sur le climat et, avec ses amis sud-américains, il s’est engagé aussi à « lutter contre la déforestation ». C’est vague et ça ne mange pas de pain, mais pourquoi ne pas les croire sur parole ? En prime, ils assurent qu’ils ne nous enverront pas de viande aux hormones, bref, arrêtons de douter de leur bonne foi et ouvrons grand ce marché « ouvert, équitable, durable » de 777 millions de consommateurs qui fera la nique à Trump.

    Ho bah, s'il a promis ! Tout va bien, alors ! Ça me suffit amplement !


    Quand chacun des Etats membres et le Parlement européen auront ratifié cet accord, alors, que vogue… sur les océans mille armadas de porte-conteneurs !

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 10:34:42 2019 - permalink -
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  • Apple News en prend plein la pomme

    Ils espéraient tous en croquer, mais ils déchantent. L’agrégateur d’infos d’Apple, Apple News, déçoit les éditeurs de presse qui espéraient se refaire la cerise avec l’application de la marque à la pomme. Las ! trois mois après son lancement aux Etats-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne, les revenus sont maigres, et d’autant plus maigres qu’Apple se garde jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires généré par les abonnements. Sans oublier les fichiers des clients et leurs numéros de carte bancaire. Les éditeurs se retrouvent comme les reines des pommes. Apple, ç’a eu payé ?

    Les éditeurs français, en tout cas, sont prévenus.

    Tu veux dire que ça se déroule comme avec iTunes et comme avec l'App Store ?! Incroyable, Apple n'a pas changé de modèle économique depuis plus de 15 ans ! Peut-être parce que ça lui profite ? Totalement incroyable. Et l'intermédiaire qu'il est détient les informations cruciales (fichier client). Oui, c'est le cas de tous les intermédiaires qui ont envahi notre vie. Notons que la presse papier externalise la gestion de sa base d'abonnés, et que cela leur a posé un pépin en 2016.

    La presse se réveille, incroyable.

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 10:23:24 2019 - permalink -
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  • Changer le monde, qu’ils disaient

    Ils ont poussé leur cri, fait connaître leur révolte, rédigé des rapports qui furent autant de brûlots, pétitionné à qui mieux mieux. Ils ont fustigé leur école, sa « violence symbolique », sa « ritualisafion de l’angoisse ». Fichtre. Ils étaient opposés à la notation et ont même fait annuler leur classement de sortie. Tout ça pour ça.

    Ha bah si tu ne cites pas un peu de Bourdieu, tu ne peux pas être membre de l'élite. Mais après, tu découvres le contrôle social présent dès l'origine de l'école moderne, et encore après, quand t'as un travail enviable, tu te dis que, finalement, ça a du bon, la reproduction sociale.


    Aujourd’hui, les énarques mutins de la promotion Senghor (2002-2004) sont de gentils petits, raconte « Challenges » (27/6) dans une amusante enquête. L’un des leurs, Emmanuel Macron, est à l’Elysée. Il y a fait venir ses potes Aurélien Lechevallier, conseiller diplomatique, Jérôme Rivoisy, à la Direction générale des services, Franck Paris, conseiller Afrique, Stanislas Cazelles, conseiller outre-mer, Marie Fontanel, au pôle santé. Tous ces grands révoltés semblent ne pas trop mal s’habituer aux ors du palais présidentiel. Sibyle Veil est pédégée de Radio France, Amélie Verdier est directrice du budget. Dans le privé, les Senghor tentent de se remettre comme ils peuvent du stress post-traumatique ressenti à la sortie de leur école.

    Sébastien Proto est directeur de la stratégie et membre du comité exécutif de la Société générale. Marguerite Bérard-Andrieu, major de la promo, dirige les réseaux BNP Paribas. Boris Vallaud, Romain Grau, Olivier Becht et Julien Aubert sont députés. Gaspard Gantzer, dernier dircom de Hollande, est candidat à la Mairie de Paris. Le fait de n’avoir aucune chance ne le refroidit nullement. N’ a-t-il pas dirigé le service de presse de la Mairie de Paris à l’époque de Delanoë ?

    Les bourgeois, c’est comme les cochons…

    Je mets de côté ces noms. C'est toujours utile après coup pour identifier qui tire les ficelles, quels sont les réseaux d'influence, et pour contre-argumenter à propos des gouvernements prétendumment constitués de personnes provenant de la société civile (voir : 1er gouvernement Philippe, 2e gouvernement Philippe).

    Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.

    Mon Jul 15 10:10:02 2019 - permalink -
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  • Les poissons en discothèque

    Je découvre la pollution sonore des océans par les navires de commerce, la prospection pétrolière, etc. Cela génère du stress voire des lésions auditives chez les animaux. Ça les désoriente puisque ça brouille leur sonar interne. Ça atrophie leurs facultés de communication (portée réduite, obligation de changer de fréquences pour échanger entre eux, etc.).

    Vous vous imaginez, enfermé dans une pièce sombre, avec une sono a trois cents décibels,sans pouvoir sortir ? Les poissons, dans la mer, c'est ça, désormais.

    C'était pendant notre dossier sur « Les vraies dents de la mer », la pêche électrique. Je prenais mon petit déj à l’Assemblée, un peu dans le gaz, à la table d’à côté Cédric Villani s’en allait. Il est bizarre, comme député, il s’habille bizarre, il parle bizarre. Mais y a sans doute un paquet de monde qui me trouve, moi aussi, bizarre comme député. Ça incline à la tolérance. « Tiens, François, je te présente Aurore Morin. Elle s'occupe d'une ONG, l'IFAW, un Fonds international pour le bien-être animal… »

    J’aime bien ça, qu’on me fasse la conversation pendant que je trempe ma tartine dans le café au lait : pas de temps perdu ! Elle m’a donc causé du trafic d’ivoire, des reventes interdites en France, du contournement sur Internet, et — ça rentrait dans notre sujet — de la « pollution sonore des océans ».

    Ma prise de notes était sommaire, avec le croissant au beurre dans une main, Cyril a donc rappelé Céline Sissler-Bienvenu, la directrice de l’antenne française d’IFAW…

    En 2001, après le 11 septembre, des chercheurs ont mesuré le taux de stress des mammifères marins autour de New York. Ils se sont aperçus que celui-ci avait baissé. Ils ont tout de suite fait la corrélation avec la baisse du fret maritime, qui s'était nettement ralenti dans la foulée des attentats : les sources sonores des bateaux provoquaient le stress des mammifères. C’est à partir de là, en gros, qu'on a commencé à travailler sur la pollutian sonore des fonds marins. Aux Etats-Unis, les premières autopsies des dauphins et baleines échoués sur les plages ont montré une chose étonnante : certains avaient des lésions auditives, des hémorragies cérébrales dans les zones concernées par l'ouïe. En étendant ces recherches, on a obtenu les mêmes résultats dans plusieurs régions du monde.

    On a fini par comprendre : ils s'échouent parce qu'ils cherchent à échapper au bruit. Chez nous, le sens le plus développé, qui nous sert a tout instant pour nous repérer, c'est la vue. Chez eux, c'est l'ouïe. Ils fonctionnent par écholocation, et avec une pareille nuisance sonore, ils sont perdus. Ils ne savent plus où aller.

    Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un bruit peut se propager dans un océan entier, il se diffuse beaucoup mieux dans l'eau que dans l’air. Deux baleines bleues sont capables de communiquer d'un océan à un autre ! Ou plutôt étaient capables. On estime qu'aujourd'hui leur portée est réduite de 90 %… Imaginez une discothèque, avec de la musique très, très forte, dont les portes sont fermées et dont vous ne pourriez jamais sortir : pour les poissons, la pollution sonore, c'est exactement ça.

    D’où il vient, ce bruit ? Du fret maritime, d'abord. Du bruit des moteurs, bien sûr, mais aussi des bulles : quand les hélices tournent, elles forment des millions de bulles. Quand celles-ci éclatent, elles créent des ondes qui peuvent parcourir des centaines de kilomètres. Et on a 60 000 navires qui sillonnent la mer chaque jour, un peu partout autour du globe. 10 % de ces navires provoquent 90 % du bruit, parce qu'ils sont trop vieux, mal entretenus… Le bruit, il vient des sonars de la marine, aussi. Ils sont extrêmement puissants. Mais là, quand on veut en savoir plus, on se heurte à la Grande Muette. Pas moyen de discuter. Enfin, il y a la prospection sismique sous-marine. Ceux qui cherchent du pétrole, en gros. Là, c'est ponctuel, mais c'est très, très violent.

    Au-delà des mammifères, toute la faune est touchée, jusqu'aux crustacés. Toute la chaîne alimentaire, en fait, y compris les hommes puisque les niveaux de pêche diminuent a cause de ça. Et le nombre de dauphins qui s'échouent sur les plages ne cesse d’augmenter. On en a vu huit cents en France cette année. »

    Mouais… Le niveau des pêches diminue surtout à cause du productivisme qui ne laisse pas le temps à la poiscaille de forniquer. La pollution sonore, ça joue, je ne dis pas, mais moins, je pense.


    Que faire, alors, on lui demande ?

    « La chance qu'on a, c’est qu'on peut facilement identifier les 10 % de bateaux les plus bruyants. Mais personne ne pense encore vraiment la pollution sonore comme une vraie pollution. On peut aussi réduire la vitesse des bateaux, ce qui fait baisser le niveau de bruit, et de consommation de carburant, au passage… Pour l'instant aucun cadre ne réglemente ça. En tout cas, on en est persuadés : la pollution sonore, c'est une menace émergente. Mais contrairement aux autres formes de pollution, ou au changement climatique, on peut la réduire très rapidement. »

    Pour une fois, ça nous changeait du destin habituel…

    Dans le numéro 88 (janvier-avril 2019) de Fakir.

    Sun Jul 14 12:15:47 2019 - permalink -
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