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  • [ Le Capital - édition intégrale | Soleil manga ]

    L'une des œuvres majeures de Marx, Le Capital adaptée en manga. J'en ai appris l'existence dans une vidéo des humoristes du Rire jaune, et je me suis dit pourquoi pas, ça peut être sympa, c'est original, tout ça.

    Le Capital, c'est l'analyse du capitalisme comme modèle de production et de commerce. Le tome 1, le seul totalement rédigé par Marx (les autres ont été finalisés par son pote Engels qui s'est basé sur les notes de Marx) analyse la production capitaliste, c'est-à-dire comment de l'argent sert à produire… de l'argent. Le tome 2 analyse la circulation du capital (production -> commerce -> production, etc.). Le tome 3 analyse la reproduction de l'ensemble et la pagaille que ça génère.

    Un bien a au moins deux valeurs. La valeur d'usage est subjective et dépend de nos besoins : un affamé accordera plus de valeur à un pain qu'à un diamant. La valeur d'échange se veut objective en représentant in fine la quantité de travail, donc de peine, nécessaire à sa production, car, in fine, tout est travail (la fabrication d'une machine-outil ou l'extraction d'énergies, c'est du travail) ou ressource naturelle. La faisabilité d'un troc dépend de la valeur d'usage : si je possède déjà le bien que tu proposes en trouzemille exemplaires, je ne vais pas accepter l'échange. Et puis, combien de sacs de riz équivalent à un ordinateur portable ? Ça dépend de la faim des interlocuteurs. Pour comparer objectivement les valeurs d'usage, il faut une valeur étalon. Ça pourrait être des sacs de blé, mais l'or est quand même plus pratique à transporter car il vaut cher (en valeur d'échange, car son extraction, nettoyage et affinage coûtent du travail), même en petite quantité. L'or devient le médiateur entre un acheteur qui veut acheter un bien sans posséder, sur l'instant, un autre bien qui intéresse le vendeur. Et si l'on pré-pesait la quantité d'or en amont afin de faciliter encore plus les échanges ? Bonjour les pièces de monnaie en or. La quantité d'or sur Terre est finie donc si l'on veut produire plus de pièces afin de permettre au plus grand nombre de personnes de commercer, la valeur d'une pièce augmenterait trop et empêcherait les échanges (on ne peut pas diviser la valeur d'une pièce en une infinité de pièces de valeur inférieure, impossibilité technique). D'autres métaux plus courants que l'or sont alors utilisés dans les pièces, car, ce qui compte, c'est la confiance / croyance partagée que cette pièce représente la valeur qui est gravée dessus (0,10 €, 2 €, etc.) même si la fabrication de cette pièce ne coûte effectivement pas le montant gravé dessus (en 2016, le travail nécessaire à la confection d'une pièce de 2 € coûtait objectivement 0,17 €). Ainsi, on oublie les valeurs d'usage pour tout évaluer avec une monnaie étalon qui mesure la valeur d'échange (ce qui est dommage puisqu'on oublie ce dont chacun de nous a réellement besoin). Les billets puis la monnaie scripturale (écriture virtuelle dans des livres de compte) est le prolongement de cela : l'espérance qu'une banque stocke, mais surtout honorera, la dette mentionnée sur le billet ou l'écriture et que ce montant représentera toujours la même quantité de biens au cours du temps (ce qui, en pratique, n'est pas le cas à cause de l'inflation, l'argent perd de sa valeur). Le but du jeu devient alors d'accumuler le plus d'argent afin d'être sûr de manquer de rien puisqu'il est échangeable contre tout bien ou service (ce qui n'était pas possible avec le troc puisqu'on ne savait pas ce qu'autrui accepterait en échange le jour J).

    Dans ce contexte d'accumulation, comment se faire de l'argent sur tout ce qui est vendu ? Il faut bien le prendre quelque part… Les matières premières ont un coût qui finit par ne plus être négociable… Les machines outils ont une production constante indexée sur l'énergie fournie (qui, elle, a le coût d'une matière première). Il reste donc le travail. Un chameau consomme environ la même nourriture, quelle que soit la charge qu'il transporte, on a donc intérêt à le charger au maximum. Même chose pour un humain, ainsi le coût du travail diminue. On détruit le savoir-faire en utilisant, entre autres, la division horizontale du travail (un salarié contribue à un tout petit bout du produit final au lieu de sa globalité, donc il devient capable de produire très rapidement ce petit bout) et la division verticale du travail (ceux qui décident ne sont pas ceux qui font). Avec cette spécialisation, on obtient des ouvriers remplaçables que l'on peut mettre en concurrence. L'emploi perd de son sens, car le salarié ne sait pas vraiment à quoi sert ce qu'il fait, mais la productivité augmente (plus de biens sont produits sur une même période). L'employé remplaçable perd de sa valeur, ce qui diminue le coût du travail. On peut également mettre la pression sur les salariés afin qu'ils produisent plus en les menaçant de chômage. C'est donc l'exploitation salariale, le travail non-payé, qui génère la plus-value. C'est pour cela que l'on nous bassine sans arrêt avec la réduction du coût du travail. Pour remédier au problème, les salariés devraient recevoir le résultat de leur travail, le travail global, c'est-à-dire la somme du travail nécessaire et de la plus-value (et non leur unique force de travail nécessaire comme c'est le cas)… comme quand ils étaient artisans à leur compte. Si je résume : une société commerciale dans laquelle tous ceux qui y participent sont propriétaires, ont les mêmes emplois (ou à tour de rôle), et perçoivent une part égale des bénéfices (ce qui est assimilable au partage du résultat du travail) et qui ne cherche pas à grossir indéfiniment, mais à satisfaire une demande concrète n'est pas une société commerciale capitaliste ?

    Le gain de l'exploitation humaine obtenu sur chaque bien est faible, donc, pour en vivre, il faut le reproduire massivement… C'est pour cela que la réduction du temps de travail est perçue comme une hérésie : produire la quantité de biens strictement nécessaire ou employer plus de salariés réduisent le gain. Pour ce faire, il faut vendre plus. Pour cela, on peut innover sans cesse, tromper le client (moins de matière pour le même prix, faire croire que la marque est plus importante que le produit pour en retirer du fric, etc.). Mais, la méthode la plus efficace est de produire plus en automatisant. Pour une même quantité de travail global, cela réduit le temps de travail nécessaire… donc ça augmente les profits. Si d'autres sociétés commerciales suivent le mouvement, les bénéfices diminuent, d'où l'intérêt des monopoles, du secret industriel, des nouveaux produits, de remplacer sans cesse les machines-outils par des plus productives, etc. L'automatisation augmente l'endettement. Et, surtout, l'investissement dans des machines réduit la rentabilité, c'est-à-dire les profits divisés par la somme du coût des machines et de la force de travail. Cet indicateur montre qu'il va être de plus en plus difficile d'engranger des profits, donc qu'il sera bientôt difficile d'investir dans l'appareil productif, ce qui rend la société commerciale vulnérable à la concurrence et au remboursement des prêts (bancaires ou actionnariaux ou obligataires). On ne peut pas réduire le nombre de machines car la productivité est basée dessus. En revanche, les machines réduisent la responsabilité des salariés donc la valeur de leur force de travail, ce qui maintient temporairement les profits (c'est vrai uniquement si le salaire est modulable facilement ou si le salarié est licenciable facilement, tiens, tiens)… Mais pour les augmenter, il faut faut pressurer les salariés… ou les licencier… ce qui, dans les deux cas, les empêchent de consommer par manque de revenus. Si cela se généralise, les biens produits ne trouvent plus d'acquéreur, c'est une crise de surproduction. Pour y survivre, il faut pressurer les salariés ou fusionner avec d'autres sociétés commerciales (afin de produire plus - un plus qui ne trouvera pas forcément preneur même si ça peut faire baisser les prix - ou de se débarrasser de concurrents) ou acquérir de nouvelles machines-outils (qu'on ne peut plus se payer seule)… qui réduiront encore la rentabilité… Tout le monde est pris dans ce tourbillon… C'est la contradiction du capitalisme : il faut produire plus pour obtenir des gains et les maintenir face aux autres capitalistes (ce qui n'existait pas auparavant : les sociétés humaines produisaient uniquement ce dont elles avaient besoin pour vivre et se développer - ce qui inclut l'armement, bien sûr -), mais produire plus nécessite toujours de réduire l'humain (réduction des coûts, remplacement par des machines, etc.)… qui est pourtant le seul générateur de la plus-value dans ce système…

    Au final, les prêts contractés pour s'agrandir, se moderniser, acheter des machines, ne peuvent plus être remboursés. Les sociétés commerciales coulent. Le chômage augmente. Les banquiers ne créent plus de monnaie puisqu'elles refusent de prêter vu le risque élevé de non-remboursement. Les déposants veulent récupérer leur argent (pour vivre le temps de leur chômage et par déficit de confiance). Sauf que la banque dispose uniquement d'une petite réserve d'argent qui ne couvre pas toute la monnaie émise (car elle en est un tout petit pourcentage légal). La confiance s'écroule… La puissance publique doit intervenir pour transformer la dette privée en dette publique et la répartir sur les épaules de tous les contribuables… Ainsi, la crise de surproduction entraîne une crise financière.

    La production capitaliste se base sur la finance, mais aussi sur le commerce capitaliste. La rotation du capital, c'est-à-dire le temps nécessaire pour que l'argent génère de l'argent, inclut le temps de production (durant lequel l'argent est transformé en marchandise + la force de travail) et le temps de circulation (durant lequel la marchandise est transformée en argent). Il est impératif de réduire ces deux temps afin d'éviter de se faire doubler. La réduction du temps de circulation est d'autant plus cruciale que la marchandise peut se périmer ou que les prix de vente peuvent fluctuer. D'où il est nécessaire de développer un commerce de gros et de détail qui assume le coût de circulation mais supplante les petits marchés d'échange à l'ancienne. Le producteur vend ainsi très rapidement aux revendeurs en gros (qui revendent aux détaillants), ce qui augmente la cadence de la rotation de son capital. Dans ce commerce-là, tout le monde s'engage à produire ou à revendre ce qu'il n'a pas encore. D'où la bourse pour définir les prix de vente et les mécanismes d'assurance pour se prémunir des fluctuations (cela inclut les produits dérivés sur les marchés financiers). Ce qui amène la spéculation, notamment des transactions sans prise avec le réel.

    D'autres effets sont intéressants à constater. L'argent n'est plus seulement une matérialisation du travail, de la peine qu'un humain se donne ni une contrepartie à un échange, mais aussi un moyen de générer plus d'argent durant le processus de production. Pourquoi faire ? Aucune idée. Il faut produire de la qualité à moindre coût et dans un temps réduit… Qu'est-ce que cela apporte fondamentalement par rapport à produire juste ce qu'il faut dans le temps qu'il faut pour permettre la survie et la satisfaction des besoins des humains ? Aucune idée. Il est nécessaire de garder le contrôle de la connaissance, notamment de faire en sorte que les concurrents n'aient pas connaissance des recettes ou que sous-traitants ne vendent pas les mêmes machines-outils à d'autres sociétés dès que les commandes de la société qui a originalement commandé la fabrication de ces machines-outils diminue (les sous-traitants ont intérêt à faire ça : ils se sont endettés pour produire les machines outils, donc si la commande diminue, le sous-traitant court un risque). D'où les brevets, le secret des affaires, etc. Notons que tout fonctionne en cercle vicieux à cause de la dépendance des sous-traitants… Si la production chute, celle du sous-traitant aussi, ce qui l'oblige à licencier… ce qui réduit la consommation, ce qui affecte la production de son commanditaire, qui réduit donc ses commandes, etc.

    Les financiers et les capitalistes ne suent pas mais récoltent l'essentiel des gains. Égalité entre les hommes, hein ? Injustice fondamentale. Ils ont pris tous les risques, il paraît. La force de travail des salariés ne servirait à rien sans eux. Boarf, avant tout ça, le gus bossait très bien tout seul, ce qui laisse à penser que le capitaliste (parasite) a plus besoin de la force de travail (hôte) que l'inverse. Les capitalistes disent également qu'ils ne forcent personne à vendre leur force de travail au prix qu'ils proposent. C'est vrai, mais quand toutes les sociétés commerciales fonctionnent sur le même modèle, le choix est très restreint. Et construire sa petite société dans ce monde-là nécessite des financements (notons que l'héritage lisse ce prérequis, comme quoi…), surtout pour résister à la concurrence… Donc il faudra produire pour rembourser… Le prix de vente et le nombre de commandes étant définis par les autres sociétés présentes sur le marché, le jeu est vite vu : c'est plus compliqué de ne pas vendre sa force de travail à un requin déjà en place, donc la liberté de choix est restreinte.

    Plutôt que de concentrer la production afin de servir une demande en hausse, ce qui nécessite des moyens de production coûteux dont l'acquisition met l'entrepreneur à la merci d'un financier, on pouvait aussi choisir de répartir cette production en plein d'artisans. Cela répartit les gains et procure du travail utile à plus de personnes. Néanmoins, cela entraîne des incertitudes sur le fait de disposer de tous les produits et services nécessaires à la vie (peur de manquer de quoi que ce soit). C'est précisément pour cela que le socialisme et le communisme prévoient une solidarité compensatrice…

    Bref, ce manga est agréable à lire, j'en recommande vivement la lecture. Les définitions sont plutôt bien posées. Les dessins expriment des émotions qui complètent le texte. Mon seul reproche est que les notions sont présentées dans un ordre qui ne me semble pas être optimal pour permettre de comprendre leur imbrication qui forme le capitalisme, d'où plusieurs lectures peuvent être pertinentes.

    12/08/2019 18:41:51 - permalink -
    - https://www.soleilprod.com/serie/capital-integrale.html
    fiche-lecture
  • A Nice, le proc n’est pas bien frais

    Donc… Une gilet jaune chute toute seule. Puis en fait non. Puis l'enquête est confiée à la compagne du fautif. Puis le procureur déclare qu'il voulait ménager l'exécutif. On ajoute ça aux violences policières durant les manifestations des gilets jaunes niées par Macron et l'IGPN (tiens, tiens) et au meurtre de Steve, lui aussi nié par l'IGPN. Joli tableau. ÉDIT DU 21/08/2019 À 12 H 05 : d'après le Canard enchaîné du 07/08/2019, le sinistère de la Justice envisage de reconvertir le procureur en avocat général à la Cour d'appel de Lyon. D'un côté, il ne serait plus à la tête d'un parquet, mais, de l'autre, il fera partie d'un parquet général, qui a autorité sur les parquets des plus basses juridictions. La différence de salaire brut, 5400-6000 € -> 5200-5400 € hors primes est pas ouf. Du coup, j'ai beaucoup plus de mal à me prononcer que le Canard et d'autres journaux quant à savoir s'il s'agit d'une sanction. FIN DE L'ÉDIT.

    À ceux qui m'opposeront que la gilet jaune était dans un périmètre interdit à la manifestation, je réponds que ces périmètres sont une atteinte disproportionnée à la liberté de manifester. Quand le pouvoir fait en sorte qu'une manifestation circule uniquement là où elle n'aura pas d'impact, alors la liberté de manifester est bafouée. Quand celui qui est visé par la manifestation (l'exécutif dans le cas présent) contrôle implicitement tout un pan de ladite manifestation, alors la liberté de manifester est bafouée.

    C'est vraiment pas marrant, ce boulot de procureur à Nice, et Jean-Michel Prêtre, tenancier en titre, est en train de s’en rendre compte ! Le malheureux avait eu la délicatesse de nier, dans un premier temps, les violences policières lors desquelles Geneviève Legay, 73 ans, brutalement poussée par un flic lors d’une manifestation de gilets jaunes, avait été grièvement blessée. « Elle n’a pas été en contact avec les policiers », affirmait- il. Quinze jours plus tard, devant l’évidence, le proc avait dû reconnaître que le « mouvement brusque d’un policier » avait causé la chute.

    Il avait ouvert une enquête et, sûrement mû par la même pudeur, l’avait confiée à la compagne du commissaire qui dirigeait les troupes mises en cause. Tant de tact a fini devant la Cour de cassation, qui lui a enlevé l’affaire et l’a dépaysée.

    Interrogé par son procureur général sur ses contradictions et ses faux pas, Prêtre a cru habile de déclarer : « Je voulais éviter des divergences trop importantes » avec les déclarations du président de la République, comme l’a révélé « Le Monde » (24/7). Question indépendance, on a vu mieux… Même pas sûr que Macron ait apprécié cette dévotion et ces mensonges trop visibles.

    Juste avant, en décembre, le pauvre proc avait déjà subi une perquisition chez lui, menée par ses redoutables collègues parisiens, les juges Buresi et Tournaire, pour des soupçons d’atteinte à la probité dans la pagaille de la succession du célèbre Negresco. Sans compter d’autres babioles…

    Et voilà que les avocats de Geneviève Legay déposent une plainte contre lui devant le Conseil supérieur de la magistrature. La procédure a peu de chances d’aboutir, mais disons qu’elle incite Belloubet à agir. Voilà comment on récompense un serviteur zélé !

    Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 11:44:06 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?YHmnBQ
  • Russie : ne pas éteindre les incendies car « Les coûts de la lutte […] s’annoncent plus importants que les dommages matériels qu’ils peuvent causer »

    Dans l'est de la Russie, alors que le feu dévaste d’immenses étendues de taïga, aucun moyen d’envergure n’a été mis en place pour l’éteindre ou le contenir. Car les autorités ont fait ce calcul très simple (« Le Monde », 28/7) : « Les coûts de la lutte contre les incendies s’annoncent plus importants que les dommages matériels qu’ils peuvent causer. » Cynisme qui provoque l’« exaspération des habitants des villes atteintes par les fumées ».

    Poutine osera-t-il déclarer à la télé : « Arrêtez de vous indigner, vous suffoquerez moins » ?

    Après ça, n'oublie pas de ne pas jeter ton plastique de pique-nique dans la nature, de faire pipi durant ta douche, et de bien éteindre la lumière en quittant une pièce. Merci d'avance. :))))

    Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 11:29:08 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?Fce58Q
  • Passe-moi le sel

    Imaginez l’estampille « bio » sur du sel minier obtenu par fracturation hydraulique. La même méthode que l'industrie pétrolière utilise pour extraire son gaz de schiste. Inconcevable ! C'est pourtant ce que vient de proposer la Commission européenne. Même le sel de mine travaillé à l'explosif pourra être certifié bio.

    Cette histoire qui ne manque pas de sel débute il a deux ans avec le toilettage de la règlementation européenne sur l'agriculture biologique. Six cents petits exploitants de marais salants sur la côte atlantique en profitent pour demander à Bruxelles que le sel marin artisanal récolté a la main bénéficie du label bio. Jusqu'à présent, n'étant pas considéré comme un produit agricole, le sel ne peut profiter de l'alléchante étiquette « AB ».

    Sauf que en février, la dernière mouture du futur cahier des charges a été la goutte d'eau pour les artisans sauniers. Déjà, ils avaient failli s'étrangler en découvrant que Bruxelles mettait dans le même panier bio les sels marins artisanaux et industriels. Deux méthodes de production aux antipodes.

    D’un côté, des petits bassins d'une dizaine de metres carrés sur lesquels les paludiers, équipés d'outils en bois, collectent plusieurs fois par semaine les grains de sel à la surface de l'eau. De l'autre, d’immenses bassins jusqu'à une dizaine d'hectares d'où l'on retire une fois par an a l'aide de robots moissonneurs le « gâteau de sel » collé au fond. Séché, ce sodium industriel, à l'inverse de son homologue tradi, est saupoudré d’anti-agglomérants comme le E535.

    Désormais, comme on l'a vu, Bruxelles envisage d'accorder au sel minier, aussi utilisé pour déneiger les routes ou dans les lave-vaisselles, la fameuse certification bio. A la manœuvre, les deux premiers producteurs de sel industriel en Europe, l'allemand Esco (Cérébos) et le groupe français Salins (La Baleine), qui extrait ses 100 000 tonnes par an de Camargue mais aussi d'une gigantesque mine en Meurthe-et-Moselle.

    Le plus salé dans tout ça, c'est que, pour vendre leur reduction, qui est actuellement de 20 000 tonnes par an, les petits saliniers de Noirmoutier de l'île de Re et de Guérande devront attendre trois ans, alors que la période de conversion imposée à l'industrie minière ne dépasse pas un an. Une distorsion de concurrence qui risque de faire disparaître un métier ancestral et les paysages de cartes postales qui vont avec. Si certains fonctionnaires de la Commission à Bruxelles pouvaient se transformer en statues de sel…

    Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 11:24:17 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?18GQEw
  • Abandonner ses enfants en forêt, l'étrange rite initiatique néerlandais | Slate.fr

    Au Pays-Bas, un rite initiatique marque l'indépendance des enfants : une marche nocturne en forêt. Évidemment, c'est encadré, il y a du ravitaillement à mi-parcours, un campement tout prêt à la clé, etc. Je trouve le concept intéressant, même si c'est trop encadré et que cela apprend pas grand-chose à l'enfant (comment établir un campement ? comment faire du feu ? comment se débrouiller seul, en somme).

    Il est 22 heures et la nuit tombe. À l'orée de la forêt, une camionette s'arrête sur le bord de la route. Trois silhouettes frêles en émergent et aussitôt, dans un crissement de pneus, la camionnette fait demi-tour, laissant ses trois pèlerins complètement seuls. Il y a deux garçons de 12 et 11 ans, une fille de 12 ans. Pour atteindre leur camp, situé à plusieurs heures de marche, ils n'ont en leur possession qu'un rudimentaire GPS. Ils se mettent en route, comme l'ont fait avant eux leurs frères et sœurs, leurs parents. C'est la nuit de leur «largage», ce rite iniatique qui marque la fin de l'enfance, pratiqué depuis des générations aux Pays-Bas.

    […]

    Au pays des tulipes, les laisser se perdre dans la forêt signifie « larguer vos enfants dans la nature. Vous vous assurez bien sûr qu'ils ne meurent pas mais sinon, vous les laissez se débrouiller », explique une mère au New York Times.

    […] À la moitié du chemin, ils ont croisé un ravitaillement, où on leur a ôté leur GPS pour les laisser entièrement abandonnés à leurs instincts. […] Ils arriveront finalement au camp à plus de 2 heures du matin.

    […] Dans la perspective néerlandaise, le rôle du parent n'est pas éternel. Vient un moment où il ne se mêlera plus de la vie de ses enfants. Ce moment est signifié à l'enfant quand on l'abandonne dans la forêt. «C'est toi livré à toi-même. Ça te fait sentir que tu es le seul aux commandes», ajoute un adulte encadrant la procédure.

    Même si la paranoïa parentale commence à atteindre ce rite millénaire et que les portables ou les gilets réfléchissants ont fait leur apparition au cas où, il n'en reste pas moins que le «largage» reste une étape-clé dans l'éducation d'un enfant. «Ça nous apprend à continuer à marcher, même dans les moments difficiles, continuer à avancer», affirme Stijn au sortir de sa nuit initiatique.

    Via le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 11:07:14 - permalink -
    - https://www.slate.fr/story/180003/abandonner-enfants-enfance-adolescence-foret-rite-pays-bas-tradition
  • La réforme des retraites est déià pipeautée

    Comment préparer l'opinion à bosser jusqu'à 69 ans (44 ans de cotisation) pour toucher une retraite à taux plein ? Avec la bonne vieille astuce politicienne d'organiser la fuite d'un calcul qui semble trop beau pour être vrai mais qui permet de semer l'idée dans la tête des citoyens. Absence d'étude d'impact sérieuse avant le vote de la loi. Évidence que des retraités vont perdre au change.

    Jean-Paul Delevoye a glissé, dans son rapport sur la réforme des retraites, des phrases invisibles ! C’est ce qu’a découvert un collectif d’économistes qui a passé au scanner les 130 pages dudit rapport (« Le Parisien », 25/7).

    Tout part d’un échange entre le Haut-Commissariat à la réforme des retraites et le Conseil d’orientation des retraites (COR). Celui-ci estime nécessaire une « simulation » des effets de la réforme. Mais, compte tenu de la complexité d’un système qui regroupera 42 régimes spéciaux, le Haut-Commissariat répond que cette simulation ne sera disponible qu’en… 2024 ! En clair, le Parlement est prié de voter la réforme dès 2020 et les futurs retraités, d’applaudir sans avoir une idée de son impact.

    Que des gagnants !

    Pour éviter cette bouffonnerie, Delevoye et ses collaborateurs fabriquent neuf « cas types » qui sont regroupés à la fin du rapport. il y a là un mini-panel de la société française, du malchanceux qui a enchaîné boulots et chômage à la bûcheuse qui a commencé en bas de l’échelle et termine cadre. Miracle : personne n’est perdant ! Même le collectionneur de petits jobs gagnerait plus qu’aujourd’hui. Inespéré, pour Un dispositif qui, au lieu de s’appuyer sur les 25 meilleures années, calcule les pensions sur l’ensemble de la carrière, y compris les millésimes calamiteux (petits boulots, chômage, etc.).

    Y aurait-il un truc ? Les experts qui ont décortiqué les neuf cas types sont arrivés à une conviction : en utilisant les paramètres actuels de niveau et de durée de cotisation, ce bilan doré sur tranche est impossible. Pour l’obtenir, il faudrait soit augmenter les cotises, mais Macron ne veut pas en entendre parler, soit augmenter la durée de cotisation (43 ans), laquelle est censée ne pas bouger jusqu’en 2035.

    Les conseillers de Delevoye ont fini par l’avouer du bout des lèvres : leurs pseudo-simulations ont été effectuées sur une base de 44,3 ans de cotisation pour les retraités nés à partir de 1990. Soit une discrète rallonge de 15 mois travaillés. Ni vu ni connu…

    Croissance du rab

    Pour avoir une retraite équivalente à celle d’aujourd’hui, les heureux « bénéficiaires » de la réforme devront donc avoir commencé à travailler dès l’âge de 18,6 ans. Quant aux diplômés qui n’entreront dans la vie active qu’à 25 ans, il leur faudra bosser jusqu’à 69 ans avant de prendre leur retraite. On est loin de l’âge légal de 62 ans, et même de l’âge pivot de 64 ans.

    Les collaborateurs de Delevoye admettent mezza voce cette petite entourloupe, absente du rapport remis à Edouard Philippe. Le texte du haut-commissaire précise seulement, sans donner de chiffres, que les gains en espérance de vie devront être répartis pour deux tiers en temps supplémentaire au boulot et un tiers de plus à la retraite. Sans la curiosité de quelques experts indépendants, le Parlement aurait voté la prochaine loi sans connaître l’existence de cette miraculeuse clause écrite à l’encre sympathique. Et ça n’aurait pas été sympa…

    Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 11:06:32 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?ZEUMGw
  • Frondeurs au piquet

    Un énième exemple d'un député pénalisé par l'exécutif pour ses prises de position (vote contre le CETA). Cela s'est déjà produit sur la loi asile & immigration. Séparation des pouvoirs, où es-tu ? Article 27 de la Constipation : un député n'a pas à voter selon les désidératas de son parti ou d'une portion de son électorat ou de qui que ce soit s'il⋅elle n'est pas en accord avec la position défendue.

    « Taper pendant trois ans contre leur camp n’a pas fait réélire les frondeurs socialistes, a commenté Macron à propos du vote sur le Ceta. C’est une leçon à retenir. »

    La leçon a été si vite retenue que l’Elysée a approuvé le principe de représailles contre les huit députés En marche ! qui ont voté contre le traité. Ces rebelles ne sont pas (encore) exclus, mais ils sont mis sur la touche.

    Premier visé : le député du Val-de-Marne Jean François Mbaye, qui s’est investi dans les sujets de bioéthique et devait à ce titre siéger au sein de la commission spéciale bioéthique de l’Assemblée. Il a été « retiré » de cette commission.

    Les huit autres « frondeurs » savent à quoi s’attendre.

    Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 10:52:18 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?ng6Deg
  • L’hospitalité suisse n’est plus ce qu’elle était

    La cour suprême suisse autorise la levée du secret bancaire pour des demandes groupées. La décision judiciaire est donc définitive. Pas de soucis à s'faire : les prévoyants ont déjà migré leurs avoirs, hein.

    À qui faire encore confiance ? Le fisc français vient d’obtenir du tribunal fédéral de Lausanne qu’UBS lui communique les coordonnées bancaires de 40 000 contribuables français soupçonnés d’avoir eu un « comportement fiscal illicite » entre 2010 et 2015 (« Le Point », 27/7).

    Selon Bercy, ils auraient caché au fisc quelque 10 milliards d’euros. Qui pourraient ainsi venir gonfler les 8 milliards déjà récupérés par Bercy et sa cellule de régularisation des avoirs des évadés fiscaux.

    C’est un nouveau pan du sècret fiscal helvétique, déjà mal en point, qui tombe. La Suisse, si elle avait fini par accepter de coopérer sur des cas individuels, se refusait jusqu’à présent à répondre à des « demandes groupées ». Les banques suisses redoutent que de nombreux pays ne multiplient ces lancers de filets fiscaux.

    UBS, elle, a fait savoir qu’elle allait « analyser très soigneusement les considérants du verdicts ». Une consolation quand même pour la banque suisse, qui a été condamnée au début de l’année en France à 4,5 milliards d’amende pour avoir démarché illégalement des clients dans l’Hexagone : le tribunal de Lausanne a interdit que la nouvelle fournée de noms transmis au fisc français vienne encore alourdir le dossier, toujours en appel.

    On se console comme on peut.

    Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 10:39:17 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?TkaPjg
  • Les riches n’ont pas le mal de mer

    À trop vouloir prendre des mesures symboliques, le retour au réel est parfois brutal. Les trois taxes (sur les yachts, les voiture de luxe et les biens précieux) votées à l’été 2017 pour compenser la (quasi-)suppression de l’ISF (3 milliards en moins pour les caisses de l’Etat) ne rapportent que des queues de cerise. Le rapporteur du budget à l’Assemblée, Joël Giraud (LRM), fidèle partisan de ces taxes, vient d’en faire la constatation dans son rapport annuel.

    La surtaxe sur les yachts de plus de 30 mètres immatriculés en France n’a ainsi permis de ramasser que… 86 700 euros. Soit 115 fois moins que les 10 millions escomptés. Il faut dire que seuls sept navires naviguent sous pavillon français. Et que seuls deux des propriétaires de ces navires poussent le patriotisme jusqu’à acquitter la taxe, les cinq autres refusant mordicus de payer. Et même s’ils réglaient leur facture fiscale, ils ne paieraient que 225 000 euros. Soit 40 fois moins que le montant prévu lors du vote de la taxe !

    C’est un peu mieux pour les 3 387 véhicules assujettis à la « taxe additionnelle sur les voitures sportives », qui ont rapporté 15 millions d’euros, soit la moitié de ce qui était escompté.

    Quant à la « taxe sur les biens précieux » (lingots, pierres précieuses, etc.), elle est apparemment passée aux oubliettes.

    Vite, un avis de recherche !

    Tout est génial dans cet article : suppression d'une taxe ; ajout de nouvelles taxes inapplicables et invérifiables qui ne rapportent rien, ce qui contribuera à l'accroissement des inégalités et à des coupes budgétaires dans les services publics pour rééquilibrer le truc ; nos élus font mine de découvrir que les riches immatriculent leurs bateaux de plaisance à Malte et autres lieux arrangeants alors que c'est connu du grand public depuis plusieurs années ; des riches qui refusent de payer une taxe, fut-elle idiote… je peux refuser de payer certaines taxes de mon choix, moi aussi ?

    Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.

    12/08/2019 10:31:44 - permalink -
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  • La Communication NonViolente au quotidien | Editions Jouvence

    Un livre sur la communication non-violente (CNV) rédigé par son concepteur. Un militant m'a parlé de cette méthode il y a quelques années, donc j'ai eu envie d'approfondir ce sujet.

    La CNV est une manière de s'exprimer et de mener à bien des interactions humaines qui renforce notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer à autrui le désir d'en faire autant. Contribuer sans contrepartie au bien-être d'autrui contribue à notre bien-être (satisfaction procurée par un geste désintéressé). Résoudre nos différends sans violence (au sens large). La CNV n'est pas une méthode pour forcer quelqu'un à faire quelque chose ou pour l'y conduire par la ruse et la connaissance des failles humaines. Selon moi, la CNV est l'une des méthodes pour mettre en pratique le premier des accords Toltèques, « que votre parole soit impeccable ».

    La CNV s'oppose aux actions effectuées dans l'attente d'une contrepartie c'est-à-dire des actions effectuées afin de ne pas éprouver de honte ou de la culpabilité, de se dégager de contraintes, d'obtenir quelque chose en échange d'un geste. Elle s'oppose aussi aux insultes, au dénigrement, aux reproches, aux diagnostics et aux jugements qui expriment qu'autrui est une mauvaise personne ou qu'une action est bonne ou mauvaise. La communication non-violante s'oppose à tout déni de responsabilité, c'est-à-dire effectuer une action en prétextant qu'autrui en est à l'origine (« je l'ai giflé, car il a fait ceci… »), ou en invoquant une force impersonnelle (« je l'ai fait car il fallait que ça soit fait ») ou en justifiant le présent par un passé rendu immuable (« je picole car je suis un alcoolo ») ou en invoquant la pression d'un groupe (« je fume car toute la bande de potes fume »), ou en invoquant des pulsions incontrôlables (« j'ai mangé ce chocolat parce que c'était plus fort que moi ») ou en se cachant derrière une quelconque autorité (hiérarchie, ordres, règlements, etc.). Enfin, la communication non-violente s'oppose aux exigences, c'est-à-dire à toute demande formulée à autrui que celui-ci ne peut refuser sans risquer une quelconque sanction.

    Pour ce faire, le principe clé est de faire la différence entre ce que j'observe (les faits), mon interprétation et mes déductions des faits, les sentiments que les faits génèrent en moi en rapport avec mes valeurs et mes souhaits, les besoins que cela soulève et ce que je demande à autrui pour satisfaire mes besoins et accroître ainsi mon bien-être. Selon l'auteur, nous confondons tout en permanence (fait et opinion, opinion et sentiment, etc.) dans notre expression quotidienne, ce qui rend les échanges humains imbitables. Évidemment, la réciproque s'impose : dans ce qu'exprime autrui, il faut distinguer ce qu'il observe, ce qu'il interprète, les sentiments que ça génère en lui… Il faut donc apprendre à écouter les bonnes informations dans les propos d'autrui (je vais y revenir dans quelques paragraphes).

    « Elle est irresponsable », « il se croit seule au monde », « tu ne m'aimes pas », « tu es toujours occupé », etc. Tout cela sont des interprétations, des déductions, des évaluations, pas des faits. « Tu ne m'as pas donné de tes nouvelles ces deux derniers mois » (équivalent de « tu ne m'aimes pas ») , « les trois dernières fois où je t'ai proposé une activité, tu as dit que tu ne voulais pas y participer » (équivalent de « tu fais rarement ce que je veux »), sont des faits. Les opinions se détectent facilement : emploi de « tu es » et d'adjectifs sans mise en contexte, emploi de verbes du champ lexical de l'évaluation, etc.

    Il ne faut pas mélanger une opinion (« je sens que ce n'est pas bien de mettre la musique aussi forte ») et un sentiment (« cette musique m'inconforte voire m'énerve »). Les phrases « je sais que … » expriment souvent des opinions et des jugements. Il convient d'éviter les phrases génériques pour décrire nos sentiments comme « je me sens mal / bien / con ». « Je me sens incompris » est une évaluation (du niveau de compréhension d'autrui), « je suis en colère / frustré » est un sentiment. Se sentir ignoré peut être agréable dans certaines situations, ce qui montre que ce n'est pas l'origine du mal-être.

    Ne pas faire porter la responsabilité de nos sentiments à autrui. « Papa est malheureux que tu aies de mauvaises notes à l'école » est une motivation par la culpabilisation, l'enfant cherchera à échapper à la culpabilité, pas à s'impliquer dans son travail. Il convient de lier un sentiment à une explication de ce qui se passe en nous (quel est le besoin insatisfait) en utilisant « parce que / car » suivi d'autre chose que « tu / vous » : « tu m'as déçu en ne venant pas ce soir, car je voulais te parler d'un truc qui me préoccupe », « lorsque je trouve l'évier plein de vaisselle sale, je me sens agacé car j'ai besoin d'ordre et de propreté », « quand tu es arrivé 30 minutes en retard, j'ai été contrarié, car je voulais m'en tenir à mon emploi du temps afin d'avoir la sensation d'avoir accompli quelque chose de ma journée ».

    Exprimer clairement ce que nous attendons de l'autre pour satisfaire nos besoins. Ne pas dire « je veux que tu passes moins de temps au taff » à la place de « je veux que tu passes moins de temps au taff afin de passer plus de temps avec moi », car, dans la première formulation, autrui peut très bien quitter le taff plus tôt et s'inscrire à un club de golf, ça respecte le souhait formulé. Exprimer des actions concrètes : « je veux être traité plus équitablement » ne permet pas à l'autre d'agir… Sur quel plan ? Par rapport à qui ? Etc. Ne pas émettre d'exigence, autrui satisfait notre demande seulement s'il a envie de contribuer à notre bien-être. On peut argumenter, bien entendu, mais seulement après avoir compris la raison précise du refus de notre demande. Plus on interprète un refus comme un rejet, plus les gens se braqueront lors de nos demandes ultérieures, car ils sentiront que ce sont des exigences.

    Laisser l'autre s'exprimer. Lui laisser le temps et l'espace. Ne pas juger. Ne pas conseiller. Ne pas rassurer. Laisser nos sentiments de côté (pas de « ho, ma pauvre chérie ! »). Ne pas surenchérir (« c'pas pire que ce qui m'arrive »). Ne pas raconter d'histoires équivalentes (c'est le tour de parole d'autrui, pas le tien !). Ne pas moraliser (« tu pourrais tirer parti de ça si tu … »). Ne pas consoler (« tu as fait de ton mieux ». Ne pas clôturer le sujet (« remet-toi et passe à autre chose ! »), autrui le fera de lui-même (il arrêtera de parler). L'empathie, c'est chercher le sentiment et le besoin de l'autre. Exemple : au jugement « je suis moche ! » émis par quelqu'un, ne pas répondre « mais non, tu es trés belle », car cela met encore plus la pression, mais s'intéresser au sentiment et au besoin sous-jacents (« tu es déçu de la tête que t'as aujourd'hui ? », besoin d'attention ? Besoin d'un nouveau style vestimentaire ? Etc.). On ne peut pas arranger les choses à la place d'autrui. Afin d'être sûr d'avoir bien écouté et compris l'autre, on peut paraphraser et reformuler. On peut également poser des questions, mais uniquement sur les faits, les sentiments, les besoins ou les demandes qu'autrui formule. Il convient d'éviter les questions vagues (« que veux-tu que je fasse ? », « à quoi fais-tu allusion ? », etc.).

    Si nous ne savons plus offrir d'empathie, alors c'est que nous en manquons et il faut alors s'administrer les premiers soins : questionner nos sentiments et nos besoins.

    Je recommande la lecture de ce livre, car je trouve très pertinentes la séparation faits / interprétations / sentiments / besoins ainsi que l'analyse du déni constant de nos responsabilités. Il est court (80 pages) et il va à l'essentiel. Il est une introduction aux stages et formations payants animés par le réseau d'associations officielles et officieuses, donc il ne faut pas s'attendre à des miracles à sa lecture (comprendre : la lecture ne suffit pas, il faut pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer).

    11/08/2019 12:42:16 - permalink -
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    fiche-lecture
  • [ Comment se faire des amis et influencer les autres | Les éditions Québec-Livres ]

    Un livre de développement personnel centré sur les relations avec autrui. Aaron Swartz l'évoque en des termes élogieux dans l'un de ses écrits compilés dans le livre Celui qui pourrait changer le monde. Sans cela, je ne l'aurai pas lu.

    Au final, pour améliorer ses relations avec les autres, il y a un unique principe à retenir : montrer leur importance aux gens. Rien est plus important pour quelqu'un que sa propre importance. C'est ce qui pousse quelqu'un à financer la rénovation d'un hôpital (et autres actions au service des autres), à revendiquer son statut social et hiérarchique, à désirer une grosse baraque, etc. Toute personne désire qu'on lui accorde de l'attention, qu'on s'intéresse à elle et que l'on parle d'une seule chose : d'elle, de ses doutes, de ses soucis, de ses souvenirs, afin qu'elle puisse démontrer son importance à travers ses expériences, etc. Quelqu'un ne veut pas reconnaître qu'il a tort parce que cela porte atteinte à son importance. Personne veut t'aider pour réaliser quoi que ce soit, mais tout le monde veut savoir comment t'aider va servir ses intérêts, affirmer son importance et flatter son égo.

    Tous les principes de vie suivants sont déclinés de ce qui précède (tout ce qui n'est pas en gras est un ajout personnel) :

    • Ne critiquez pas, ne condamnez pas, ne vous plaignez pas. Ne pas se justifier en permanence. Chercher la motivation à l'origine de quelque chose qui ne nous plaît pas et proposer une alternative ;

    • Complimentez honnêtement et sincèrement. « Complimentez » a ici le sens d'« encouragez ». Cela montre que vous n'êtes pas indifférent à quelqu'un, ce qui la rend importante et permet de créer des liens ;

    • Suscitez un vif désir de faire ce que vous proposez. En mettant en avant ce que l'autre va y gagner (meilleur délais de livraison, satisfaction, statut social, échapper à la honte, etc.). Pour ce faire, se baser sur les désirs d'autrui. Toujours exprimer rapidement ce que l'on peut apporter à autrui (c'est normalement le principe d'une lettre de motivation, par exemple) ;

    • Intéressez-vous réellement aux autres. Parler de ce que l'autre veut. Demander conseil. Louvoyer. Offrir du temps ;

    • Ayez le sourire. Le bonheur apparaît quand on fait semblant de le connaître. Pleure, personne pleurera avec toi. Ris, et tout le monde rira avec toi. Distribuer un sourire aux gens, surtout à ceux qui ne sourient pas, car ils en ont besoin ;

    • Rappelez-vous que le nom d'une personne revêt pour elle une grande importance. Se souvenir de chaque nom ;

    • Sachez écouter. Encouragez les autres à parler d'eux-mêmes. Montrer de l'attention ;

    • Encore une fois, parlez à votre interlocuteur de ce qui l'intéresse. Se renseigner au préalable sur les intérêts de quelqu'un ;

    • Faites sentir aux autres leur importance et faites-le sincèrement. Ça peut être un compliment ou du temps passé. Sans contrepartie exceptée la satisfaction d'avoir fait un geste désintéressé ;

    • Évitez les controverses, c'est le seul moyen d'en sortir vainqueur. Ne cédez pas à votre première impulsion : ça sera une réaction néfaste de défense. Maîtrisez votre colère. Commencez par écouter. Laisser les antagonistes parler à loisir sans opposer de résistance. Poser des questions pour comprendre. Cherchez des terrains d'entente. Soyez honnête Chercher ses erreurs et les reconnaître. Réfléchissez avec soin aux idées de vos antagonistes sans chercher à bâcler la discussion afin de dissiper une frustration. Remerciez sincèrement vos adversaires pour leur intérêt, car ils ont pris le temps de s'intéresser aux mêmes choses que vous. Ajournez votre action pour laisser aux deux parties en présence le temps d'examiner en détail le problème. Ne pas dire que X est supérieur à Y. Présenter X. Les autres se feront un avis ;

    • Respectez les opinions de votre interlocuteur. Ne lui dites jamais qu'il a tort. Même si t'es absolument sûr de ton fait, invite la personne à examiner la situation avec toi. Vérifie qu'il partage le même angle de vue, le même objectif, car un raisonnement est seulement valable dans un ensemble d'axiomes. Utiliser des formules souples plutôt que des oppositions franches : « il me semble que …», « je crois savoir que …», « peut-être que … », etc. Ne pas dire « tu t'es fait rouler … ». La personne le sait, mais ne veut pas l'admettre sous la contrainte. Personne a envie d'être ami avec un "je sais tout". Laisser les autres reconnaître que l'existent a des problèmes avant de proposer mieux, sinon autrui se braquera devant la mise en cause de son travail passé. Autoriser un écart entre ce que l'on souhaite et ce qui sera mis en œuvre ;

    • Si vous avez tort, admettez-le promptement et énergiquement ;

    • Commencez de façon amicale. En mode "on est pote, toi et moi, j'aime ce que tu es, j'aime ce que tu fais, j'aime ce que tu me proposes (la beauté et le calme d'un appartement à louer, par exemple). Cela permet d'ouvrir une discussion pour converger sur les points de désaccord ;

    • Posez des questions qui font dire oui immédiatement. L'orgueil oblige chaque personne à ne pas se laisser reprendre un non qu'elle aurait prononcé. Exemple : ‒ Votre moteur chauffe trop ! - Vous avez besoin de moteur qui chauffent moins que la norme untelle, c'est exact ? ‒ Oui. ‒ Cette norme ne dit-elle pas que la température d'un moteur bien conçu peut atteindre 22 degrés Celsius en sus de la température ambiante ? ‒ Si, mais vos moteurs chauffent plus que ça ! ‒ La température ambiante est de 24 degrés. Si l'on y ajoute 22 degrés, ça fait 46 degrés. ne craignez-vous pas de vous brûler quand vous manipulez de l'eau à 46 degrés ? ‒ Si. ‒ Dans ce cas, comme avec l'eau, vous devriez éviter de toucher au moteur tant qu'il est chaud ;

    • Laissez votre interlocuteur parler tout à son aide. Il passe sa colère, sa frustration, il exprime ses idées refoulées, etc. et ensuite il passe à autre chose ;

    • Laissez à votre interlocuteur le plaisir de croire que l'idée vient de lui. Solliciter les conseils d'un client pour la confection d'un logo ou d'un moteur. Ne voyant pas comment faire mieux, ledit client se convaincra de lui-même de la qualité du produit qu'il dénigrait jusque-là. Semer des propositions à haute voix, l'air de rien, afin qu'elle germe et que des gens se les approprie et les diffuse en se faisant passer pour l'auteur ;

    • Efforcez-vous sincèrement de voir les choses du point de vue de votre interlocuteur. Le groupe de jeunes ne désire pas arrêter son feu dans le parc. Le mieux à faire c'est de lui indiquer très poliment comment le faire en limitant les risques (virer les feuilles mortes et sèches à proximité, aller sur la partie sablée la prochaine fois, etc.) ;

    • Accueillez avec sympathie les idées et les désirs des autres. Il désire un minimum d'indisponibilité de son escalier mécanique afin de satisfaire ses clients ? Lui dire que l'immobiliser 8 h pour réparation est rien comparé à une immobilisation plus longue si la machinerie se dégrade encore plus. Elle veut jouer sur piano ? Lui dire que pour atteindre la perfection, elle doit se couper les ongles. Il se prétend malade et ne veux pas chanter ? Rappeler que la rupture de l'engagement lui coûtera 2 000 € ;

    • Faites appel aux sentiments élevés. Tout le monde a une très haute opinion de lui-même, même le plus grand criminel. Un gus veut rompre son bail avant terme ? Lui dire qu'il est un homme d'honneur, lui laisser le temps de la réflexion, tout en lui disant que s'il maintient sa décision, tu t'inclineras… en reconnaissant que t'as eu tort sur l'opinion que t'avais de lui. Un mauvais payeur ? Mentionner sa probité ;

    • Démontrez spectaculairement vos idées. Frappez la vue et l'imagination. Comme à la TV, dans les spectacles, etc. Lancer des pièces en l'air en disant "c'est de l'argent jeté par la fenêtre" afin de rendre l'expression palpable. Pour obtenir un rendez-vous avec un monsieur pressé qui se croit important, lui préparer un formulaire qu'il aura juste à remplir "ok pour un rdv le … à …" et une enveloppe de service (en entreprise) pré-rempli ;

    • Lancez un défi. Les gens ont besoin de montrer qu'il se surpasse. Dire des choses comme « seul un as peut faire ça » ;

    • Commencez par des éloges sincères ;

    • Faites remarquer erreurs et défauts de manière indirecte. Boss qui offre un cigare à des employés qui fument dans un espace non fumeur en disant « vous me ferez plaisir en allant fumer dehors ». Ne pas dire à un enfant « T'es faible en algèbre », mais « En poursuivant tes efforts, tu poutreras en algèbre ». Ne pas dire que le texte préparé ne convient pas à l'occasion (conférence de vulgarisation), mais dire qu'il est parfait pour une revue scientifique, car il est très (trop) complet ;

    • Mentionnez vos erreurs avant de corriger celles des autres. "J'ai très souvent mal orthographié ce mot et ça m'a coûté des clients, donc je pense reconnaître que ce mot est mal orthographié" ;

    • Posez des questions plutôt que de donner des ordres. « Ne croyez-vous pas que … ? », « Ne conviendrait-il pas de … ? », « Ça ne serait pas mieux si… ? », « Pouvons-nous faire… ? » ;

    • Laissez votre interlocuteur sauver la face. Pas de réprimande en public. Il reconnaît une erreur ? Dis-lui qu'il fera mieux la prochaine fois et, si possible, donne-lui immédiatement une nouvelle mission afin de lui montrer ta confiance ;

    • Louez le moindre progrès et louez tout progrès. Soyez chaleureux dans votre approbation et prodigue dans vos éloges. Pas d'hypocrisie, pas de flatterie, le juste milieu ;

    • Donnez une belle réputation à mériter. Pour développer une qualité chez quelqu'un, faire comme s'il l'avait déjà. Je veux vous vendre telle merde, donc recevez-moi car je sais que vous êtes prêt à écouter et à changer d'avis quand les faits le justifient ;

    • Encouragez. Que l'erreur semble facile à corriger. Rappeler à quelqu'un ses qualités et ses dispositions ("mais siiii, tu sais faire ça, regarde, c'est déjà un peu ce que tu fais, change ce petit truc et tu y seras") ;

    • Rendez les autres heureux de faire ce que vous suggérez. Récompense qui intéresse l'autre. Pas de fausse promesse. Sachez exactement ce que vous voulez que l'autre fasse. La récompense vendue doit correspondre aux désirs d'autrui : contribuer à l'image de l'entreprise (ça renforce l'importance du gus), nommer quelqu'un responsable de l'étiquetage, c'est bidon, mais permet d'assouvir son désir de reconnaissance et que le boulot soit bien fait (contrairement à avant).

    Ce livre est bien conçu, avec des résumés de fin de chapitre et une mise en forme qui permet de retrouver rapidement un contenu, etc. Il est donc facile à relire. Je pense également qu'il contient beaucoup d'analyses véridiques sur la condition humaine, et, à ce titre, je trouve qu'il est intéressant à lire.

    L'auteur travaillait sur tout ça depuis 1936, donc autant dire que le style date d'une autre époque et que toutes les suggestions, je pense à un modèle de lettre mettant en avant le désir d'autrui, ne peuvent pas être reprises telles quelles de nos jours (ça se voit, quoi). Les histoires qui introduisent les principes sont ennuyeuses, surtout quand l'auteur en enchaîne 8 d'un coup. Le style est prétentitieux en mode "moi j'ai connu tout le gratin"… Le livre est très axé sur le monde professionnel. Enfin, beaucoup de points sont redondants et reviennent dans plusieurs principes.

    10/08/2019 16:10:56 - permalink -
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    fiche-lecture
  • Réduire sa traçabilité bancaire

    Des traces ? Origine de la réflexion

    Lors de mon dernier déménagement (qui impliquait un changement de région), je me suis interrogé : quelles entités ont connaissance de ma nouvelle localisation ?

    Évidemment, il y a l'opérateur de téléphonie mobile (ça fait plus de trois semaines que ton téléphone est accroché aux mêmes antennes GSM, donc tu n'es probablement pas en vacances). Évidemment, en cas de souscription à une réexpédition du courrier entre l'ancienne et la nouvelle adresse postale, La Poste (et sa filiale de valorisation des données personnelles, Mediapost) a l'information. Il y aurait eu tous les services Internet que j'utilise si je n'utilisais pas le VPN d'un FAI associatif. Il y a l'opérateur réseau (ADSL, câble, fibre) : comme ils sont en oligopole, tu tombes toujours sur les mêmes, donc ils voient bien, dans le dossier client, que t'es passé de telle adresse à telle adresse. Même raisonnement pour les fournisseurs d'énergies. Il y a tous les acteurs auxquels il faudra communiquer la nouvelle adresse (assurance, mutuelle, sécurité sociale, etc.). Et puis, il y a la banque et, en cas d'utilisation d'une carte bancaire, les réseaux de Visa, MasterCard, etc. Au final, cette liste comporte peu d'acteurs du numérique, alors que l'attention des pro-vie privée se concentre sur eux. Évidemment, il faut distinguer les acteurs vitaux qui disposent de la nouvelle info sans que je la leur communique (j'aime bien me les représenter mentalement comme des acteurs qui savent où je suis avant ma famille et mes amis), comme mon opérateur de téléphonie mobile ou ma banque, et les autres. C'est dans ce contexte que la traçabilité bancaire devient intéressante à examiner.

    Une banque est un point de passage obligé, donc elle va récolter et concentrer beaucoup d'informations. Que tu règles en chèque, par virement bancaire ou en carte bancaire, ta banque sait qui est ton propriétaire, quels sont tes fournisseurs d'énergies, quel est ton opérateur réseau, quel est ton opérateur de téléphonie mobile, quel est ton marchand de nourriture, à quelles organisations tu fais des dons, quelles activités tu pratiques en club, si t'es à la recherche de l'amour ou de cul via un site web de rencontre, etc. Ta banque sait où te trouver. Tes paiements par carte bancaire révèlent où tu zones et quelles sont tes habitudes (courses tous les deux jours, troquet tous les matins pour un café, etc.). Si tu payes en espèces, les retraits aux guichets ou aux distributeurs automatiques révèlent ta localisation (tu viens régulièrement aux mêmes distributeurs… hum, tu dois habiter ou travailler ou consommer pas loin). Bref, en ce qui me concerne, ma banque en savait autant que Google (mes pensées les plus sombres sont partagées entre différents moteurs de recherche, mais mes achats les plus sombres sont connus par ma banque).

    Sans compter que toutes ces informations, même anonymisées, peuvent être croisées et elles permettent alors de retrouver l'identité précise d'une personne à partir de son numéro de carte et du lieu et de la date de quatre de ses achats. Pratique, en cas de fuite côté commerçant (deuxième moitié du ticket de caisse) ou côté banque ou côté individu (première moitié du ticket de caisse, ticket du distributeur automatique), etc.

    Pour répondre à la question initiale, ma banque est clairement, avec mon opérateur mobile, l'un des deux acteurs les mieux informés de mon déménagement. Avant même le fournisseur d'énergie, l'opérateur réseaux, etc., elle savait que j'étais dans telle ville (paiements CB, retraits d'espèces) et, au bout d'un mois, avec le versement de mon salaire, elle était en mesure de savoir que ce n'était pas un déplacement temporaire.


    Motivations pour réduire mes traces financières

    Cette réflexion en a amené une autre : comment réduire ma traçabilité bancaire ? Comment faire en sorte que ma banque en sache le moins possible sur mon compte (jeu de mots détecté) ?

    Quatre autres motivations ont dynamisé cette réflexion (bullshit détecté).

    La première, c'est la simplicité. Le paiement par CB, les virements, tout ça, là, c'est d'une complexité folle… Qui comprend vraiment comment tout cela fonctionne, quels sont les acteurs ? Et les dysfonctionnements : la carte bancaire muette, le paiement sans contact qui échoue, le terminal de paiement dans les choux, etc. Tout cela est perte de temps. Mais surtout, tout ce virtuel, tout cet abstrait nous éloigne de l'échange entre humains, je trouve. J'apprécie beaucoup d'être revenu à quelque chose de palpable : j'ai cet objet que je désire dans ma main, tu as ces pièces de monnaie dans ta main, affaire conclue. J'apprécie également de compter pour faire l'appoint, "casser" des billets, donner plus pour échanger de la monnaie, discuter avec le commerçant pour savoir ce qui nous arrange (non, aujourd'hui j'ai vraiment besoin que tu me casses ce billet ; ha, aujourd'hui t'es en manque de ferraille, voilà pour toi, etc.). Je trouve que les espèces sont un moyen de recréer du lien. Certes, c'est un lien faible, mais je ne suis visiblement pas capable de mieux. Merci de ne pas me parler de la transmission de microbes et de virus : les alliages de métaux des pièces sont conçus pour limiter leur propagation. Et notre peau est conçue comme une barrière. C'est juste normal d'avoir plein de saloperies sur nous.

    La deuxième motivation, c'est l'esprit de contradiction. Quand je vois les banques (limite de retrait, limite de dépôt, etc.), nos gouvernants (le paiement en espèces à un professionnel est plafonné à 1 000 € depuis 2015, arrêt de l'émission de billets de 500 € depuis 2019, etc.), et nous tous (quelle société commerciale paye encore ses employés en espèces ? Quel particulier propriétaire accepte de percevoir ses loyers en espèces ? Qui paye encore ses achats en espèces ?), nous imposer des restrictions à tour de bras sur l'utilisation des espèces, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il est important d'aller à contre-courant : quand une chose est restreinte ou interdite, c'est qu'elle est vraiment utile et qu'elle émancipe vraiment les gens. Aucune raison de s'en priver, donc.

    La troisième motivation, c'est que les intermédiaires de paiement, ça coûte aux commerçants. Location (ou achat) du terminal de paiement, abonnement Internet pour que le bignou communique avec la banque, abonnement auprès de la banque, frais sur chaque transaction, réparation d'éventuels dysfonctionnements du terminal de paiement, etc. Tout ce qu'il faut pour faire chier une personne simple qui veut juste se lancer dans le commerce. Tout ce qu'il faut pour tuer le petit commerce, réduire le nombre d'acteurs, qui, du coup, parce qu'ils deviennent des puissances financières, deviennent incontrôlables et nuisibles à la société (non-respect du droit du taff, non-respect du client, non-respect de la fiscalité, etc.). Oui, les commerçants payent pour certains services bancaires (encaissement d'espèces au-delà d'un seuil, fourniture d'espèces par la banque, etc.), mais ça me semble moins coûteux que le système carte bancaire payant aux deux bouts, par le commerçant et par l'usager de la carte bancaire.

    La quatrième motivation, c'est que l'utilisation d'espèces fait chier les banques et remplie les caisses de l'État. Les banques privées peuvent émettre de la monnaie scripturale (écriture virtuelle dans des livres de compte) en accordant des prêts, mais elles ne peuvent pas créer de la monnaie fiduciaire (pièces et billets). Ça, c'est du ressort des banques centrales nationales et européenne et des imprimeurs / fondeurs agréés. Les banques privées achètent les pièces et les billets à l'État dont elles dépendent. Et comme il ne faut pas 2 € de camelotes pour produire une pièce de 2 €, l'État encaisse un bénéfice. Sans compter la logistique des transferts de fond entre les agences et l'approvisionnement des distributeurs automatiques de billets. Au moins, ça rentabilise les prétendus frais de gestion de compte.


    Comparaison des différents moyens de paiement

    Depuis le début de ce shaarli, je considère les espèces comme ZE solution à la traçabilité. Oui, mais, en même temps, le choix est restreint.

    Les paiements en crypto-monnaie sont tracés : la divulgation de l'association entre mon identité et mon adresse Bitcoin permet de retrouver toutes mes transactions passées et futures, leur horodatage, leur montant et avec qui elles ont eu lieu (si les adresses Bitcoin sont elles aussi publiquement associées à des identités) et à quelle fréquence. Exemple : sur son blog, Stéphane Bortzmeyer indique que l'adresse Bitcoin « 1HtNJ6ZFUc9yu9u2qAwB4tGdGwPQasQGax » est sienne. L'historique des transactions de cette adresse est public. Si l'un des donateurs de Stéphane révèle aussi publiquement que telle adresse Bitcoin est la sienne, et qu'il apparaît dans cet historique, soit l'un des deux ment sur l'association entre une adresse Bitcoin et son identité, soit l'un des deux s'est fait pirater, soit on est certain qu'une transaction a eu lieu entre ces deux personnes. Oui, il est possible d'avoir plusieurs portefeuilles et même des sous-clés, mais paye ta complexité pour quelqu'un qui recherche la simplicité. De toute façon, comme il est très difficile et énergivore d'obtenir des unités d'une crypto-monnaie populaire (donc acceptée par quelques commerçants, sinon ça sert à rien), il faut convertir des euros en crypto-monnaie. Les organismes de change réclament une identité (copie de la carte nationale d'identité, par exemple), comme leurs petits camarades. Certes, ils n'ont pas l'historique de mes transactions, mais la fréquence de change donne une idée de mon rythme consommation, donc de mon train de vie. Enfin et surtout, aucun petit commerce du coin de ma rue accepte les crypto-monnaies (ouais, y'a bien des cartes de débit en Bitcoin… adossées à un réseau comme Visa, donc traces de partout).

    Les paiements en carte bancaire sont tracés : de qui, à qui, où, à quelle seconde, combien, à quelle fréquence. Les banques (du débiteur et du créditeur) disposent des informations puisqu'elles apparaissent sur nos relevés. Les réseaux Visa, MasterCard et autres également. Il paraît que ces acteurs voient uniquement passer des numéros de transactions imbitables, mais je n'en suis pas convaincu, et ça ne change pas trop le problème : ils connaissent l'heure, le montant et les numéros de compte engagés dans la transaction. Si la transaction se déroule sur le web, des intermédiaires de paiement en tout genre qui disposent des mêmes informations (Stripe, etc.) viennent très souvent se greffer. Enfin, la détention d'une CB est facturée par la banque en sus des frais de tenue d'un compte. Payer pour se faire tracer, en somme. Et, comme écrit ci-dessus, le commerçant doit payer lui aussi. L'identité (prénom + nom) de l'usager d'une carte bancaire est stockée dans la puce de ladite carte. En 2012, cette information (et l'historique des 20-120 dernières transactions) était accessible en NFC (= sans contact). Je ne sais pas si le terminal de paiement récupère cette information et l'imprime sur le ticket de caisse conservé par le commerçant, auquel cas le commerçant connaît l'identité de son client. Lors de transactions ponctuelles (non-récurrentes) sur le web, le commerçant peut stocker, pour un futur achat, le numéro de la carte, sa date d'expiration, le CVC et le nom de l'usager dans sa base de données si l'on ne décoche pas la case KiVaBien. Dans le cas d'un achat sur le web, le commerçant a connaissance de l'identité via l'adresse de facturation, de toute façon. En revanche, la plupart de nos achats en boutique ne sont pas liés à un contrat écrit nominatif, donc si le terminal de paiement stocke le nom de l'usager, le commerçant obtient bien une info supplémentaire sur son client.

    Les paiements par prélèvement / virement bancaire sont tracés : de qui, à qui, à quelle seconde, combien, à quelle fréquence. Seule la localisation est inconnue (reléguée aux FAI ;) ). Notons que, pour les prélèvements, l'heure de la transaction est insignifiante car l'ordre de prélèvement est très souvent émis automatiquement. Les banques disposent des informations. Si la transaction se déroule via le web, il n'y a plus d'intermédiaires de paiement… à condition de refuser la validation d'une transaction par saisie d'un code reçu par SMS, sinon l'opérateur mobile devine qu'une transaction est en cours… En revanche, je ne sais pas comment fonctionne le réseau SEPA ni quels acteurs sont derrière (juste les banques ou trouzemilles autres acteurs privés ?)… La prise en compte des virements par les commerçants est bien longue à côté de l'immédiateté d'un paiement CB. Le commerçant et le client connaissent l'identité (prénom + nom) et l'adresse postale (déclarée à leur banque respective) de l'autre. Tout cela apparaît dans les détails d'un virement / prélèvement dans l'espace personnel du site web de la banque. Ce n'est pas forcément très grave car un virement ou un prélèvement est souvent associé à un contrat écrit nominatif (loyer, fourniture d'énergies, etc.) ou à une adresse de livraison, mais pas toujours. Pour émettre des prélèvements, il faut payer un abonnement et mettre en œuvre toute une machinerie branchée à l'outil de comptabilité. Notons que, même si tous les acteurs ne l'imposent pas, le prélèvement bancaire suppose d'envoyer une autorisation de prélèvement à sa banque, ce qui fait un petit côté paperasse chiante. Je suis également sceptique sur la sécurité : la date d'expiration d'une CB est une protection relative en cas de désaccord avec un marchand ou en cas de renouvellement tacite et dissimulé d'un abonnement, par exemple. La simple connaissance de mon RIB permet de prélever sur mon compte bancaire. En théorie, il faut autoriser le débiteur auprès de sa banque et un débit frauduleux est remboursé par la banque. En pratique, les banques laissent tout le monde prélever, ce qui peut être difficile à gérer si mon RIB est récupéré dans la base de données piratée d'un site web marchand. Le blocage d'une CB me paraît palpable comparé au blocage d'ordres de prélèvement multiples qui peuvent arriver depuis n'importe où… Comment change-t-on de RIB puisqu'il est composé, entre autres, d'un numéro qui identifie la banque et d'un numéro qui identifie un compte dans cette banque ?

    Les paiements en chèque sont tracés : de qui, à qui, où (ça se falsifie), quel jour (ça se falsifie), combien, à quelle fréquence. Les banques disposent des informations. Il n'y a pas d'autres acteurs. Enfin… Tout comme le virement / prélèvement, je ne sais pas si les banques s'échangent directement les infos sur les flux financiers ou si des intermédiaires sont impliqués. En revanche, un chèque, c'est chiant à remplir (les petits commerçants n'ont pas de machine qui complètent le chèque en imprimant dessus), et chiant à déposer pour le commerçant. Sans compter la lenteur pour payer des achats sur le web. Comme les moyens précédents, le commerçant connaît ton identité et ton adresse postale (c'est écrit dessus)… Et il exige souvent de voir une pièce d'identité afin d'éviter les fraudes. Alors, oui, j'accorde ma confiance au commerçant, mais, même avec ça, ce n'est pas forcément souhaitable qu'il connaisse mon identité. Raison : déni plausible. Quand le bruit des bottes retentira, j'ai pas envie que ma librairie préférée associe mes saines lectures à mon nom + prénom + adresse postale, par exemple. L'une des banques sait quel jour (et, avec la surveillance vidéo, quelle minute) est déposé le chèque.

    Les paiements en espèces ne sont pas tracés… pas directement, du moins. En revanche, il y a des témoins des transactions. Mais, la surveillance symétrique (je sais que tu étais présent à telle heure et ce que tu faisais là et toi tu sais que j'étais présent à la même heure et ce que je faisais) me dérange moins qu'une surveillance asymétrique massive. Il y a le flicage vidéo du commerçant et de la voirie (c'est bien pareil que les traces numériques conservées par les commerçants et les fournisseurs d'accès à Internet). La banque (voire les réseaux Visa, MasterCard, etc. en cas de retrait aux distributeurs automatiques) sait d'où sont retirées les espèces. Ça révèle où tu étais tel jour à telle heure. Le fait d'aller à un / deux / trois distributeurs et/ou guichets, ça dit dans quel secteur géographique tu vis. La banque sait quel montant tu retires et à quelle fréquence. Retirer 200 €/semaine, par exemple, ça donne une idée de ton train de vie. Si tu ne prévois pas un événement, tu devras retirer subitement plus d'espèces. La banque devinera un usage imprévu et son montant approximatif. Lisser les retraits, c'est-à-dire retirer plus que nécessaire, toujours la même somme, à la même fréquence, ça permet de gérer les imprévus… mais tu rageras en cas de cambriolage et de non-dépense du surplus… Je me suis demandé si les banques ne pouvaient pas consigner automatiquement, avec des scanners, à qui elles distribuent les billets (qui sont numérotés) et pour le compte de qui elles les encaissent. Cette traçabilité existe entre les banques centrales et les banques privées (des enquêtes journalistiques, comme celle sur un potentiel financement de la campagne électorale 2007 de Sarkozy par Kadhafi, en esquissent les contours) et probablement pour les grosses coupures distribuées aux particuliers. Mais, il apparaît très difficile de la généraliser et, surtout, d'en extraire une information utile : ce n'est pas parce que l'argent distribué à M. X revient en banque par le biais de Mme Y que cela signifie que X connaît Y : l'argent a changé plusieurs fois de main, surtout pour les petites coupures qui servent à faire le rendu, à casser des coupures plus grosses, etc.

    Au final, aucun moyen de paiement est satisfaisant (ho, tiens donc, quelle surprise !), mais les espèces et les virements / prélèvements bancaires sont ceux qui virent le plus d'intermédiaires - voire le plus d'informations dans le cas des espèces - tout en restant pratiques.


    Retour d'expérience. Le positif.

    Cela fait bientôt deux ans que je paye quasi exclusivement en espèces et par virement bancaire. Sur cette période, j'ai fait 5 exceptions, 5 paiements par CB sur Internet, car je n'avais visiblement pas trouvé d'alternative.

    Évidemment, mes usages s'y prêtent. Il me semble impossible de réduire ses traces sans changer son mode de consommation tellement l'univers bancaire est le cœur du système de production et de consommation standard.

    Je reçois un unique revenu par virement bancaire.

    Je consomme peu… Un loyer (avec énergies incluses) payé par virement bancaire, des abonnements réseau et mobile payés par prélèvement bancaire, de rares services numériques payés par virement bancaire, de la nourriture, de la presse, des livres, et tout le reste payé en liquide… et c'est à peu près tout…

    J'achète très peu sur le web, car, comme je l'ai écrit plus haut, j'aime le palpable (je vois ce que j'achète, le commerçant voit mon pognon), la simplicité (coucou les transporteurs de colis qui te rendent la vie infernale), la réduction des arnaques (tu retournes physiquement le produit, pas besoin de dialoguer par formulaire web, réseaux asociaux ou autres conneries pour obtenir un bon de retour, pas de frais de renvoi, etc.) et la non-traçabilité (mon identité, mon adresse postale et mon historique des achats ne sont pas stockés dans une base de données qui se fera forcément pirater un jour).

    Je vis dans un centre-ville vivant et bien organisé dans lequel l'on trouve tout à proximité : presse, bazar, droguerie, mercerie, chausseur, marché, etc. Bref, tout plein de commerces à taille humaine et accueillants qui donnent pas juste envie de prendre les articles, de payer viteuf et de s'enfuir.

    Il faut vraiment se sortir de la tête le préjugé qui voudrait que, lorsque l'on paye en espèces, on emmerde le commerçant et les autres clients. Entre les cartes muettes et les différents dysfonctionnements, j'ai souvent plus vite fait de dégainer l'appoint que d'autres de payer avec leur CB sans contact. Ben, oui, à force on connaît le prix (Canard enchaîné ? 1,20 €) et l'on additionne mentalement les prix affichés en rayon, donc on prépare la monnaie en avance.

    De même, il faut vraiment s'ancrer dans la tête que tous les produits ne sont pas forcément exposés dans les rayons d'une boutique et qu'il est très souvent possible de commander le reste du catalogue… et ainsi, de payer en espèces et sous une fausse identité (un prénom + nom est souvent demandé pour commander). Bref, il ne faut pas hésiter à demander au commerçant s'il expose l'intégralité de son catalogue.

    Évidemment, il faut déchirer sérieusement les tickets des distributeurs automatiques, car ils contiennent des informations dont on a écrit plus haut qu'elles permettent de remonter jusqu'à une identité précise… Dans une moindre mesure, il convient de faire de même avec les reçus de caisse. Mais ça, ces deux points sont aussi vrais avec le paiement par CB.


    Retour d'expérience. Le négatif.

    Évidemment, il y a des inconvénients au paiement en espèces (j'ai déjà évoqué ci-dessus le principal inconvénient du virement bancaire, à savoir la lenteur de prise en compte par le destinataire).

    Les distributeurs automatiques de billets de ma banque (elle est populaire ;) ) ont une qualité de service déplorable : ils fonctionnent presque jamais. « Guichet momentanément indisponible » avant mon arrivée, ticket non imprimé, « centre d'autorisation pas accessible pour le moment » après la saisie du code et du montant désiré, redémarrage complet de l'ordinateur (Windows + l'applicatif) entre le client précédent et moi, voire non-distribution des billets alors que mon compte bancaire est débité réparée après une réclamation longue et pénible. J'ai signalé tout cela à ma banque par LRAR en avril 2019. 5 mois plus tard, je suis forcé de constater l'absence totale de progrès.

    Et les limites absurdes, on en parle ? Le distributeur qui implémente l'algorithme glouton, ça donne un distributeur qui distribue majoritairement des coupures de 50 € pour tout montant de retrait supérieur à 50 €… Vachement pratique pour payer un Canard enchaîné à 1,20 €. D'autres distributeurs, comme ceux de la Banque Postale, par exemple, laissent le choix entre une majorité de billets de 50 € ou une majorité d'un mix 10 € - 20 €… Ha mais oui, je ne peux pas retirer plus de 300 €/semaine dans une banque concurrente et je suis limité à 3 retraits par mois dans une banque concurrente (peu importe les montants) sous peine de frais supplémentaires (1 €). Bref, le seul moyen que j'ai trouvé, c'est de retirer en plusieurs fois le montant désiré en utilisant des seuils pertinents. Exemple : demander 80 € me procurera 1 * 50 €, 1 * 20 € et 1 * 10 €, sauf les jours de chance où les billets de 50 € manquent à l'appel et où je reçois donc des billets de 20. Demander 40 € permet d'être sûr d'avoir au maximum des billets de 20 €. C'est hyper pénible pour récolter un montant lissé limitant les traces (voir ci-dessus), mais ça fonctionne.

    Pourquoi je me laisse ainsi maltraiter par ma banque ? Parce que c'est pareil ailleurs, toutes pourries, et qu'il est impossible de construire quelque chose de plus éthique.



    Évidemment, il va y avoir très bientôt de gros inconvénients au paiement par virement bancaire (et CB) via le web, puisqu'au prétexte d'une directive européenne (qui impose rien), les banques privées vont tenter d'imposer une validation des transactions avec leur application mobile remplie de mouchards et qui dépend des Google Apps (bonjour la nécessité de posséder un smartphone fabriqué en épuisant les ressources minières de la planète, adieu les systèmes d'exploitation mobiles personnalisés et plus respectueux de la vie privée comme Lineage OS) ou avec des boîtiers USB qui fonctionnent seulement sous Windows et Mac OS avec trois tonnes de merde dans le navigateur web.


    Pistes d'amélioration

    J'ai du mal à concevoir comment je pourrais aller plus loin…

    Segmenter mes transactions entre plusieurs comptes et utiliser des cartes bancaires prépayées ? Boarf, les lois anti-criminalité / anti-terrorisme ont tué le concept, c'est fliqué de partout (activation via Internet, donc déclinaison d'un bout d'identité), virement bancaire comme seul moyen de provisionner le compte, etc.). Bref, les banques verront toujours les virements d'approvisionnement…

    Ouvrir un compte non-publié chez Clearstream ? Je n'ai pas le prestige requis. :D

    On pourrait partager des moyens de paiement (CB, virements) au sein d'un groupe d'amis. C'est Titi qui est fliqué mais le bien profite à Toto et inversement. Ça permet également de casser l'analyse des habitudes de consommation et de déplacement. Mais ça nécessite aussi d'être partageur et d'avoir des amis partageurs tendance communards. Lors d'achats sur le web, il faut prêter attention à ce que l'adresse de facturation soit bien celle du payeur. J'ai le souvenir d'une commande Materiel.net bloquée car l'émetteur du virement bancaire n'était pas la personne mentionnait comme adresse de livraison + adresse de facturation. De toute façon, il vaut mieux que le payeur soit aussi l'adresse de livraison, sinon le commerçant sait que le payeur et le bénéficiaire du bien se connaissent. ;)

    Lisser encore plus mes retraits d'espèces en retirant tout mon salaire ? C'est risqué et un coffre-fort ne protège pas contre la vulnérabilité humaine de son propriétaire.

    Être plus rigoureux sur le lissage de mes retraits d'espèces afin de dissimuler mes imprévus ? Oui, j'ai encore du travail à ce sujet.


    Conclusion

    Au final, malgré le fait que ça soit bien la grouille (aucune solution satisfaisante) et que ça semble contraignant, je t'invite vivement à reprendre goût aux choses simples, à revenir au commerce local, à payer un maximum en espèces, ou, à défaut, par virement bancaire. Cela réduit ta traçabilité, c'est moins compliqué au quotidien que ce que l'on imagine, et la palpabilité du réel est agréable (non, je n'ai pas consommé de drogues avant d'écrire cette conclusion perchée, deal with mes émotions !).

    09/08/2019 15:38:50 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?bW2jdw
  • Et si l'on se détendait sur le vote électronique ?

    Le vote électronique déchaîne les passions. L'argument clé de ses détracteurs est que l'ajout d'un ordinateur dans le processus rend le vote opaque (le citoyen ne sait pas quelle version du logiciel anime la machine, il n'a pas accès au code source de ce logiciel pour vérifier son fonctionnement, et quand bien même il y aurait accès, la compréhension de son fonctionnement nécessite des compétences poussées alors qu'un vote papier, c'est simplement des enveloppes et une urne) et moins sécurisé (toute machine se pirate, surtout si elle est connectée à Internet, et encore plus si son fabricant et/ou son exploitant est soudoyé pour la paramétrer de manière à favoriser tel ou tel candidat…).

    J'étais de cet avis très tranché et radical… et puis j'ai participé aux élections professionnelles de la fonction publique du 6 décembre 2018. J'ai tenu une urne durant une heure (assesseur) et j'ai contribué à dépouiller deux urnes. Il y avait plusieurs scrutins afin de renouveler plusieurs organes. Tous les scrutins sauf un étaient papier. Ils étaient tous accessibles en présentiel ou par correspondance (en envoyant son enveloppe par La Poste aux ressources humaines de l'établissement). Un scrutin national se déroulait exclusivement via le web. Je parlerai très peu de ce dernier scrutin, car je ne remplissais pas les conditions pour être électeur et il n'était pas piloté au niveau local (traduction : difficile d'observer quoi que ce soit).

    Ceux qui dénoncent les compétences nécessaires pour comprendre la complexité des machines à voter, avez-vous compris les règles d'un scrutin papier ? Nan, parce que c'est d'une complexité folle ! Le mode de scrutin, les modalités de participation (prof', administratif, durée du contrat, temps de présence effectif, etc.), les interprétations des règles, etc. C'est juste imbitable. Les jours précédant le scrutin, j'ai étudié le peu de documents fourni et, à la fin, j'avais le niveau d'un écolier qui récite sa leçon, autrement dit, j'avais environ rien compris. Cela signifie que le jour J, j'étais à la merci de ceux qui donnaient les consignes et veillaient à les faire appliquer, c'est-à-dire la direction des ressources humaines de mon établissement, c'est-à-dire l'organisateur, par procuration, des scrutins lui-même. Impartialité, vraiment ? Les règles d'un scrutin papier sont tellement limpides qu'il y avait des erreurs sur les listes d'émargement : tel collègue administratif n'était pas dans le bon collège (changement de catégorie, B -> A, dans les 6 derniers mois), tel autre collègue n'apparaissait pas (il avait pourtant une ancienneté de trois mois, insuffisante pour la majorité des scrutins, mais suffisante pour l'un des scrutins), etc.

    Notons que nos petites associations (dont certaines se vantent d'être inclusives pouet pouet), ne font pas mieux… ARN, par exemple, définit ainsi le nombre de membres (présents ou représentés) nécessaire pour prendre une décision : « ARRONDI(RACINE( MEMBRES )*2) ». Même chose chez Nos Oignons sauf que le coefficient multiplicateur est 2,5. Ma mère ne sait pas ce qu'est une racine carrée. Mon père ne sait pas quelle touche d'une calculatrice permet de la calculer. Mon pote ne sait pas ce que signifie « MEMBRES » ? Nombre de membres actifs ? Ma pote se demande quel type d'arrondi ? Supérieur, inférieur, au plus proche ? Tout cela n'est évidemment pas explicité. Vérifiable par tous, hein ? Tout cela sera évidemment interprétable différemment en fonction de la vitesse du vent ou du nombre de membres présents à l'assemblée. Tu la sens la règle stupide inventée pour coller à la réalité ? En moyenne, le nombre de membres est 50. En moyenne, 15-20 adhérents participent aux assemblées, hop chions une formule dont le résultat tombe dans cette fourchette.

    À ce stade, je ne conçois pas trop ce que changerait le vote électronique. Il y aura des bugs dans les machines à voter ? Comme il y en a chez les humains… Vérifier et contester demandera des compétences approfondies ? Comme maintenant. Oui, l'urne électronique ajoute nécessairement de la complexité, mais elle peut aussi réduire le nombre d'erreurs grâce à une mémorisation et une application stricte des règles du jeu, donc match nul, non ? La seule chose tangible qui change, c'est que l'on donne du pouvoir aux développeurs informatiques en sus des juristes… Chacun son charabia, en somme…

    Passons à mon rôle d'assesseur d'une heure. Déjà, les urnes étaient en bois / métal donc pas transparentes. Premier couac : ma binôme était présente, mais quand elle a vu qu'un pigeon allait tenir l'urne, elle est partie. J'ai consigné son absence dans le procès verbal. Un collègue m'expliquera qu'elle est blasée de son taff, qu'elle se sent inconsidérée, etc. ce qui l'amène à une certaine fainéantise permanente. D'autres urnes étaient dans le même cas. Deuxième couac : un électeur n'apparaît pas sur ma liste d'émargement alors qu'il a bien toutes les caractéristiques pour voter à ce scrutin. Les consignes indiquaient que les listes d'émargement étaient figées après le 19 novembre, donc j'ai refusé son vote. L'organisateur du scrutin, les ressources humaines, a constaté qu'il apparaissait sur la liste d'émargement de son ancienne catégorie (B), donc qu'on allait le transférer sur ma liste (catégorie A). J'ai trouvé cela contestable, car un collègue de mon service n'est pas venu voter au motif qu'il n'apparaissait pas sur la liste d'émargement et qu'il était trop tard pour contester cette liste. Par souci d'égalité, ma conviction était de refuser son vote, mais, bon, soit. J'ai consigné cet événement dans le procès verbal. Je retiendrai que les règles sont interprétables au doigt mouillé et qu'une liste d'émargement figée ne l'est pas forcément. Le reste de mon tour de garde s'est bien passé. Quand je vois la virginité des autres procès verbaux, je me dis que soit je suis malchanceux, soit je suis tatillon. Je passe la main à ma successeure en essayant de lui expliquer les quelques règles que j'aurais voulues que mon prédécesseur explique au novice que j'étais.

    Je me suis interrogé sur la manière de truquer mon urne, notamment dans le cas où un seul assesseur est présent. Déjà, les assesseurs tournants (deux par urnes par heure), ça limite le temps de fraude possible… mais avec des complices, ça passe. Ensuite, la disposition physique du bureau de vote semble également limiter la fraude : nous étions en carré dans une grande salle, chaque pair d'assesseurs voit les autres urnes de la salle. Et comme toutes les urnes ne sont pas sollicitées au même moment, les assesseurs inoccupés peuvent déporter leur regard sur leurs voisins. Notons que les malvoyants sont exclus de cette possibilité de surveillance réciproque, donc le mythe du vote papier vérifiable par tous, merci bien. La réalité, c'est que la plupart des assesseurs inactifs sont plongés dans leur smartphone ou un livre ou dans une discussion. À plusieurs reprises, j'ai approché ma main contenant une enveloppe de la fente de mon urne : aucune réaction. Si je bourre l'urne sans signer, ça se verra. Si je bourre et que je signe, il faut que je sois sûr que l'électeur correspondant ne viendra pas voter, sinon, ça se verra. À l'échelle de mon établissement, c'est facile : les agendas sont publics. Mais à l'échelle d'une circonscription électorale… On peut aussi se positionner sur le dernier créneau horaire, là où quasi aucun électeur viendra.

    Cela me semble être pareil avec les machines à voter : si une liste d'émargement est tenue à l'écart, le recomptage montrera la fraude. Si le vote est conditionné à la saisie d'une information confidentielle ou biométrique, alors il faudra dérober cela et voter en s'assurant que l'électeur ne se présentera pas. Même merde. En présence d'une liste d'émargement séparée, et, par rapport au vote papier, le vote électronique facilite """"uniquement"""" l'altération des voix. L'impression d'un reçu ("vous avez bien voté pour X") ou tout autre mécanisme de vérification postérieur par l'électeur est vain, car le logiciel peut comptabiliser une voix pour Y et afficher une voix pour X (sans compter que certaines solutions compromettent le secret du vote). L'altération des voix nécessite la complicité du fabricant de l'urne électronique et/ou de ses exploitants (les gus qui installent et paramètrent la machine pour chaque élection). Et là, je doute : ça en fait, des gens à mettre dans la boucle… Même les projets secrets à fort intérêt (comme le projet Manhattan) ne sont pas secrets pour tout le monde (Staline savait)…

    Je reviens quelques heures plus tard pour assister au dépouillement.

    Nous attendons que les urnes de notre site géographique distant soient rapatriées… Par les ressources humaines… Ceux qui disposent des clés des cadenas des urnes et de 45 minutes de trajet en compagnie des urnes et des listes d'émargement… Il est très probable que le détenteur des clés fut le DRH et que les membres des ressources humaines mobilisés pour le déplacement ne pouvaient donc pas ouvrir les urnes sans complicité de la hiérarchie, mais, encore une fois, le vote repose sur la confiance… Comme le vote électronique ?

    Une collègue jusqu'à alors inconnue et moi-même dépouillons une urne. Deux personnes pour une urne, ça fait un peu juste, ça se soudoie facilement. Mais d'un autre côté, je ne pense pas que la corruption fonctionne dans une relation un-à-un avec un statut hiérarchique identique (le risque encouru est trop grand pour une seule personne), sauf si la personne soudoyée se rend compte que les corrompus sont majoritaires autour d'elle (effet mouton). Nous sommes tous les deux inexpérimentés et nous tentons tant bien que mal d'appliquer les consignes, notamment sur le double comptage. Quand des incertitudes se présentent (seul exemple dont je me souviens mais pas le seul : quel vote compte, celui par correspondance ou en présentiel ?), nous demandons au DRH ce qu'il convient de faire. D'un côté, c'est cool, car ça garantit une application homogène des consignes pour tous les dépouillements en cours. De l'autre, ça permet aux ressources humaines d'orienter le résultat en décidant quelles voix comptent ou non…

    Je participe au dépouillement d'une deuxième urne, bien plus conséquente (car plus d'électeurs potentiels). Nous sommes une dizaine de personnes, dont des chefs de sections locales de syndicats. Cool. On dompte deux fois le nombre de bulletins total, le nombre de bulletins pour chaque syndicat ou blanc ou nul. Cool. À la moindre divergence, quelqu'un d'autre recompte… et nous avons recompté 3 ou 4 fois. Cool. Un collègue déchire partiellement un bulletin en même temps que l'enveloppe, on le consigne afin que le bulletin ne soit pas considéré comme nul lors d'un éventuel futur recomptage. Par mégarde, je "jette" un bulletin d'une collègue dépouilleuse… À la fin, nous constatons un écart d'une voix dans les totaux. Pour une raison qui m'échappe lors de la rédaction de ce shaarli, nous n'étions plus en mesure de recompter, donc, après une discussion publique entre moi et la collègue, nous décidons collectivement de nous faire confiance, à moi et à la collègue, et d'attribuer la voix au syndicat que nous croyons être désignés par ce bulletin de vote fantôme et nous le consignons sur le procès verbal. Bref, beaucoup de surveillants et des erreurs isolées qui ne permettent pas d'influer sur le résultat.

    Ensuite, les ressources humaines récoltent tous les procès verbaux des dépouillements et les saisissent dans un ordinateur. Un ordinateur et du code perfectible sont déjà dans la place ! L'ordinateur connaît le mode de scrutin, les listes de candidats et le nombre total de voix pour chaque, il peut en déduire quelles listes gagnent des sièges et qui, à l'intérieur de chaque liste, siégera (les noms sur les listes sont ordonnés, pour rappel et des quotas minimums sont prévus pour les perdants). Cette phase-là n'était pas publique, l'écran de l'ordinateur n'était pas visible par tous. Les ressources humaines étaient seules aux commandes.

    Le président et le directeur général des services de l'établissement, en leur qualité de tenanciers des bureaux de vote, demandent aux présents de signer au hasard les procès verbaux définitifs, ceux issus de l'ordinateur, ceux qui mentionnent les gagnants. Ils sont épuisés et veulent en finir rapidement. Malins, ils sollicitent des gens avec lesquels ils ont eu des désaccords par le passé. Cette stratégie vieille comme le monde permet de renforcer la légitimité de l'organisateur du scrutin ("regardez, même mes """"opposants"""" ont signé, donc y'a pas de magouille !") et, en cas de contestation gagnante, de réduire la crédibilité du signataire, ce qui est tout bénéf' s'il s'agit d'un syndicaliste ("pourquoi t'as signé cette merde, t'es pas légitimé à défendre mes droits !"). Je suis sollicité. Je n'aime pas que l'on me presse et je n'avais pas participé au dépouillement du scrutin concerné, donc je me sentais illégitime à signer. Mais, pour faire bonne figure, j'exprime ma volonté de signer les procès-verbaux des scrutins que j'ai dépouillés. Je compare les chiffres (votants, nuls, blancs, voix pour chaque syndicat) avec ceux que j'avais consigné sur un bout de papier (j'ai constaté que personne d'autre n'a comparé avec un bout de papier, tous semblent avoir une excellente mémoire…). Ça correspond. Je signe.

    Lecteur, as-tu remarqué que j'ai fait partiellement mon boulot ? Je me suis contenté de vérifier le nombre de voix et j'ai fait confiance à ceux qui ont paramétré l'ordinateur pour avoir saisi les bons paramètres de vote (mode de scrutin, etc.). Je n'ai pas vérifié les gagnants. Inversement, je présume fortement que des signataires ont vérifié les gagnants sans avoir participé au dépouillement donc en faisant confiance aux chiffres saisis dans l'ordinateur par les ressources humaines. Et ces inattentions ont leur importance… Un syndicaliste émet une réserve concernant un autre PV : il est quasiment certain que ledit scrutin doit désigner un titulaire et un suppléant. Or, là, deux titulaires et deux suppléants ont été désignés. Il doit s'expliquer à plusieurs reprises, faire face à la fatigue et au scepticisme ambiant, mais, au final, il avait raison ! Quand, en privé, je complimenterai son intégrité, il m'exposera, en somme, que je suis naïf : il n'est pas intègre, il a servi les intérêts de son syndicat. C'était eux, le 2e couple titulaire + suppléant. S'il avait rien dit, lorsqu'il aurait voulu siéger, il se serait fait rembarrer et si la supercherie avait durée, les décisions prises par l'organe auraient été annulées. Il valait mieux contester et espérer que d'autres paramètres de l'ordinateur étaient faussés ayant pour conséquence que son syndicat passe devant et obtienne les deux postes disponibles. Après coup, cela me rassure : la sincérité du résultat d'une élection ne repose pas uniquement sur l'honnêteté et l'intégrité de certaines personnes, mais aussi sur leur désirs et leurs intérêts contradictoires. Quelle meilleure garantie que cela ?

    C'est la fin de la soirée, je discute nonchalamment avec notre directeur des ressources humaines. Il m'expose qu'il est content que ces élections soient terminées, car ses équipes sont épuisées par cette longue journée et les mois de travail préalables. C'est vrai que l'épuisement se lit sur les visages. Certes, ces personnes auront des récupérations pour leur temps de travail supplémentaire, mais quand même. Il m'expose que tout cela coûte de l'argent à l'État, vivement le vote électronique. Je contre-argumente. Fiabilité, possibilité pour le plus grand nombre de vérifier, sécurité, etc. Je ne le convaincs pas, mais il m'a écouté.

    Les jours suivants, je réfléchis… Au final, il existe plein de moyens de truquer ou d'orienter un vote papier sans que ça se voit trop… Et pourtant, en moyenne, cela se passe plutôt bien. Il y a plein de moyens de truquer un vote électronique, surtout en l'absence d'une liste d'émargement séparée. Pourquoi en déduire que cela va forcément se passer plus mal que le vote papier ?

    La sincérité des votes papier auxquels j'ai assisté reposait quand même beaucoup sur l'intégrité des membres des ressources humaines : rapatriement des urnes, applications des règles et prises de décision, saisie des voix et paramétrage de l'ordinateur, etc. Les ressources humaines peuvent avoir intérêt à truquer les votes locaux afin que le syndicat actuel, qui est peut-être consensuel, ne soit pas détrôné au profit des syndicats plus remuants (CGT, FO, etc.). Il peut être difficile, pour un assesseur, de s'opposer aux ressources humaines : ça peut faire une trace dans le dossier du concerné et lui coûter une promotion (changement de grade ou de catégorie, par exemple) ou une mobilité interne (c'est-à-dire un changement de service).

    D'un autre côté, plus il y a de personnes présentes tout au long du scrutin avec des idées politiques diverses, plus la sincérité du scrutin me semble assurée. À condition que tout soit public en permanence. Or, ici, on voit que ce n'est pas le cas (rapatriement des urnes, saisie sur l'ordinateur, etc.). Une autre condition serait la diversité des dépouilleurs et leur rigeur… Le vote électronique (ou le vote à distance, sur le web) réduit drastiquement le nombre d'observateurs, c'est indéniable. Est-ce pour autant que le vote électronique nous fait passer d'une situation vaguement satisfaisante à une situation pire ? Je n'en suis plus convaincu… Et si nous idéalisions le vote papier ?

    La semaine suivante, des rumeurs me parviennent. Des identifiants et des mots de passe permettant de voter au seul scrutin se déroulant sur le web ont été dérobés et utilisés. Chaque personnel et enseignant pouvait récupérer une feuille papier les contenant auprès des ressources humaines. Beaucoup ne l'ont pas fait. Cela n'aurait pas été perdu pour tout le monde. Je suis sceptique… Vu ma source, le tenancier d'un syndicat, je me dis que ça fait partie du jeu de faire tout un foin de quelques événements isolés afin de remettre en cause l'élection. Néanmoins, la semaine d'après, le Canard enchaîné évoque un vol conséquent desdits identifiants+mdp au sein du ministère de l'Intérieur (qui n'est qu'une branche de la fonction publique d'État)… Qu'en penser ?

    Prenons de la hauteur et regardons les élections présidentielles, législatives et européennes.

    Le dépouillement se fait publiquement au niveau des bureaux de vote, puis les chiffres sont remontés à la préfecture puis au ministère de l'Intérieur. Il y a aucun contrôle citoyen lors de ces remontées et agrégations. Peu de personnes sont présentes. Qu'est-ce qui empêche de magouiller les chiffres durant ces étapes ?

    ÉDIT DU 11/09/2020 À 21 H 26. On peut aussi évoquer les magouilles avec les procurations qui semblent avoir émaillées les élections législatives de 2020 dans le sud de la France ? Cette pratique n'est pas nouvelle (exemple : annulation, par le conseil constitutionnel de l'élection de Tessier face à Tapie aux législatives de 1988). FIN DE L'ÉDIT DU 11/09/2020.

    Il y a tellement de moyen d'influencer un scrutin (papier ou électronique) que je ne vois plus l'intérêt de pirater ou truquer une machine à voter… Le mode de scrutin (à un tour, à deux tours, majoritaire, proportionnel, mixte, etc.), le découpage des circonscriptions électorales, le nombre de bulletins mis à disposition dans les bureaux de vote (les petits partis n'avaient pas de bulletins pour les élections européennes, faute de moyens financiers pour les payer ; les piles de bulletins qui disparaissent des bureaux ne sont pas rares), les trouzemilles règles qui régissent un scrutin et qui peuvent être appliquées différemment en fonction des bureaux de vote (le grammage du bulletin de vote, les procurations, etc.), ou, plus simplement une bonne vieille campagne médiatique de dénigrement (coucou Poutou et Méluche, entre autres) puis d'appel au barrage républicain. Tous ces procédés sont légaux (notons que le vote électronique en supprime certains, comme la disponibilité des bulletins), alors qu'un piratage ou un trucage franc font encourir de sévères peines… Pourquoi prendre ce risque-là quand on peut faire autrement ? Néanmoins, les élections annulées de temps à autre par le Conseil constitutionnel illustrent qu'il y a un intérêt qui m'échappe…

    Que le vote soit papier ou électronique, les citoyens sont les dindons de la farce dans les deux cas. Assumons que le vote n'est pas démocratique et passons à autre chose, non ?

    En tout cas, en ce qui concerne le vote électronique, mon avis n'est plus aussi tranché…

    08/08/2019 14:29:09 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?YPBODQ
  • “Judy, Lola, Sofia et moi” de Robin D’Angelo

    Un livre-enquête sur les films pornographiques pro-am (professionnel-amateur) français. On pourrait croire qu'il s'agit d'un style artistique (peu de lumière, intimiste, etc.) ou que des amateurs tournent dans un milieu professionnel, mais il s'agit surtout d'un porno qui répond à une demande commerciale (d'où « pro »), mais dont les moyens de production sont très limités (d'où « am »). Ce modèle économique a émergé au début des années 2000.

    Alors, forcément, on n'est pas surpris d'avoir confirmation de l'absence de contrats de taff, de l'existence de contrats de cession de droits signés avec des autoentreprises à la fin du tournage (utile pour marchander, a posteriori, le consentement des actrices. Tu ne voulais pas les 4 gaillards sur toi ? Allez, 100 € de rabe et on n'en parle plus), des acteurs qui absorbent du Kamagra (Viagra pas cher) ou qui se piquent à l'Edex, au Caverjet et au Bi-Mix pour maintenir leur érection, le non-respect fréquent du consentement féminin (un acteur initialement prévu pour une scène, quatre acteurs au final, une promesse de scène sans rapport anal est rompue par le producteur, actrices fragiles psychologiquement et financièrement, etc.), des blessures infligées souvent aux femmes (elle s'évanouit pendant un fist vaginal ? C'est l'effet d'un orgasme intense dit le producteur… ou d'une plaie de 6 cm dira le docteur. Mais, ce que ne précise pas le livre, c'est que si le diffuseur ajoute le tag « painful », la vidéo se vendra niquel…), la reticence des producteurs à retirer une scène de leurs sites web suite à la demande d'une actrice (au motif des contrats de diffusion ‒ voir ci-dessous ‒ et que des gens lambda la mettront à disposition sur les sites web gratuit ?), la prépondérance des marchés de niches standardisés - les fameux mots-clés - qui tuent l'imaginaire, etc.

    On est toujours aussi peu surpris d'avoir la confirmation de l'existence d'inégalités et de clichés genrés et racistes. L'espérance de vie d'une actrice est de 6 mois à 2 ans, car elle perd de sa valeur marchande après dix tournages environ (le public veut de la nouveauté). Un mec peut tenir 15 ans. Un acteur peine à percer, car il y a trop d'offre tandis qu'une actrice peine à perdurer à cause de la demande du public. Les hommes sont moins rémunérés que les femmes, voire pas du tout quand les producteurs envoient des messages à leurs fans pour mater un tournage et y participer. Le salaire de l'homme est conçu comme un complément au plaisir qu'il tire du tournage. Pour la femme, on achète la marchandise prisée par le marché, son honneur, sa transgression des normes de la sexualité féminine et sa sexualité qui ne se donne pas, mais s'échange. Parfois, les actrices ne sont pas rémunérées non plus en échange d'une mise en avant de la vidéo sur le site web du producteur… Un Noir jouera très rarement un statut social supérieur (médecin, par exemple) et il embrassera moins sa partenaire, cela afin de conforter le cliché de la bestialité du Noir. Les actrices US sont payées plus cher pour une scène avec un Noir car cela détruirait leur carrière. Le Noir est dans le porno pour punir la femme blanche de sa sexualité jugée débridée. La réception sociale sera également différente : l'acteur est perçu comme le héros du quartier, il serre des paluches, l'actrice est drapée d'une mauvaise réputations et reçoit des sourires carnassiers.

    On est un peu plus surpris de découvrir l'existence de réseaux et d'une division horizontale du travail. Des rabatteurs dénichent les potentielles actrices, notamment via les réseaux sociaux (celles qui participent à des shooting, celles qui font des cams, toutes ont des fans… futurs clients potentiels). Les acteurs amènent également de la chaire fraîche en échange de garanties de tournage. Des producteurs dans la dèche produisent les vidéos. Lui est chômeur, tel autre vit des revenus de sa concubine, tel autre vit avec l'aide de sa maman, d'autres exercent leur art en plus d'un métier conventionnel (agent d'accueil, vigile, etc.). Revenus en berne, loyers en retard. Une vraie guerre commerciale doublée d'une politique de la terre brûlée a lieu entre producteurs qui s'échangent parfois des tuyaux et des actrices pour survivre : les gros signent des actrices pour les dix tournages fatidiques, empêchant ainsi les petits producteurs de tourner avec elles (car elle est "périmée", voir paragraphe précédent). Notons que les mœurs des producteurs pro-am différent de celles de ceux du porno-chic qui les ont précédé : mouvement libertaire, contre-culturel et émancipateur pour les ancêtres contre milieu réactionnaire / blasé du monde, pro-FN, homophobe et misogyne pour le pro-am. Les scènes sont découpées, compilées, et revendues à prix cassé à quelques diffuseurs dont le leader actuel est Jacquie et Michel (ne cherchez pas Jacquie, le business est principalement tenu par Michel, ex de l'éducation nationale et son fils ; Jacquie, c'est la première personne qui a envoyé ses photos à Michel quand celui-ci voulait créer un site web après sa formation de webmaster financée par son droit à la formation). Sans originalité, ceux-ci déclinent toute responsabilité pour les illégalités commises sur les tournages, mais ils mettent en place des chartes, cessent de publier des vidéos directement produites par des réalisateurs trop critiqués négativement (pas de panique, ces réalisteurs bosseront en sous-main pour d'autres contractuels de J&M) et tout le baratin habituel. J&M procède par avance sur contrat (1 250 €) et partage du revenu des ventes durant quatre ans (la vidéo ne peut être retirée avant). À cause du jeu de revente de scènes à la découpe, il est difficile d'éviter du porno pro-am qui ne respecte pas le consentement ou le droit du travail… Même Dorcel, le porno-chic à la française revend du pro-am "crade"… J'imagine qu'il doit y avoir moyen de s'en sortir en prêtant attention aux labels et aux gammes, mais bon… Les « tubes », les sites web gratuits comme le réseau MindGeek (PornHub, Youporn, etc.), xHamster, etc., ont pris une place considérable : des producteurs pro-am déclarent que lorsqu'un de ces sites est en maintenance, la fréquentation de leurs sites web chute de 1 300 à 100 visiteurs/jour (j'en doute un peu : seul un léger logo permet parfois d'identifier l'origine des vidéos, je doute que les consommateurs de ces fast-food cherchent aussi massivement à remonter à la source). Les petits producteurs d'aujourd'hui, puissants d'hier n'ont pas vu les tubes débarquer alors qu'ils avaient eux-mêmes contraints la profession à s'adapter une décennie auparavant.

    Les profils des actrices et des acteurs sont ceux que la presse nous a toujours présenté. Une minorité de femmes maîtrise la situation et tourne pour gagner rapidement un fric d'appoint pour des vacs ou autre. Une écrasante majorité est composée de femmes précaires qui dépendent des producteurs pour vivre, au point parfois de """"racoler"""". Certaines viennent de ZUP, sont des oubliées sociales, ont été violées, battues, ont des parents internés en hôpital psychiatrique, etc. D'autres ont un trouble dissociatif de l'identité ou une irrationalité chronique médicalement reconnues. Les producteurs ne vérifient pas, car ça les obligeraient à changer de modèle de """"recrutement"""". Elles débarquent dans ce milieu via des rencontres fortuites. Une majorité d'hommes revendique un choix conscient « pour se vider les couilles », mais derrière, on trouve minoritairement une misère sexuelle dans l'adolescence / début de la vie active, des moqueries, etc. Pour les femmes, le porno est un moyen de chercher son identité / découvrir des trucs, d'acquérir une célébrité pour exister / qu'on s'occupe d'elles (240 fans Twitter qui encouragent), de se venger ("t'as dit que je suis une salope ?! Ouais, je serai la meilleure des salopes !") voire de s'auto-détruire. Certaines jouent les femmes fortes qui maîtrisent, disent refuser les rapports anaux qu'elles détestent à cause de la douleur ou les bukkakes qui leur brûlent les yeux / peau… mais renoncent finalement à faire valoir leur choix face au producteur. Mêmes celles qui prétendent assumer grave ont des idées morbides. Au début, j'étais sceptique face à ces témoignages, car l'auteur à très bien pu les sélectionner afin d'être conforme à l'attente sociale qu'une femme qui tourne dans des pornos est une femme fragile exploitée. Mais, au final, je trouve tout cela crédible : il y a tellement de gens malheureux dans leur taff, qui s'auto-détruisent (burn-out, bore-out, etc.), qui subissent des accidents prévisibles, qui n'ont pas de contrat de taff, qui sont sous-payés, etc. qu'il est statiquement normal de retrouver cela dans le monde du porno bas de gamme… L'auteur explique d'ailleurs que la connaissance des coulisses ne change pas le comportement des fans de pro-am, car le plaisir passe avant l'éthique… comme un consommateur lambda, en fait ? La différence, c'est que les réseaux de la grande distribution (par exemple) sont socialement admis, pas le porno.

    Je ne résiste pas à l'envie de recopier cette phrase tirée de l'entretien téléphonique avec Thibault, le fils de Michel et directeur général du site web Jacquie et Michel : « Mais, du coup, dans ton bouquin, ça va être dur de dépeindre le truc sans que ça soit trop sordide ? »

    Je recommande la lecture de ce livre, car il est pédagogique, même si, plutôt souvent, le ton qui y est employé est gonflant. Tantôt l'auteur en fait des tonnes pour exposer qu'il a fait de nombreuses démarches, qu'il a donné de sa personne sur des tournages (en restant derrière la caméra, faut pas charrier), bref qu'il a tout donné. Tantôt l'auteur devient moralisateur : telle pratique sexuelle est pas cool selon ses critères donc les actrices ne peuvent pas être consentantes et celles qui lui répondent qu'elles le sont, sont des exploitées qui ne peuvent pas répondre autre chose si elles veulent continuer à tourner, donc à bouffer…

    07/08/2019 20:46:20 - permalink -
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  • Futuropolis >> Fiche titre : Cher pays de notre enfance

    J'ai déjà évoqué ici-même les années de plomb, c'est-à-dire ces dizaines d'années de violence politique dans toute l'Europe de l'Ouest. J'ai pointé des ressources audiovisuelles concernant quelques groupes militants d'extrême-gauche qui, constatant l'échec des méthodes de contestation politique traditionnelles, avaient fait le choix de commettre des attentats politiques ciblés (séquestration de PDG et de politiciens, assassinat de politiciens, de juges, de membres de cabinets ministériels, braquages, bombes, etc.) : Action Directe (France), la Fraction Armée Rouge (Allemagne), et les Brigades Rouges (Italie).

    Ce que je n'ai pas encore écrit, c'est qu'à cette époque, la violence politique émanait d'un peu partout, y compris de la droite et de l'extrême-droite (attentats à la bombe de 1969 en Italie). On sortait de la deuxième guerre mondiale (donc il y avait des gros bras à canaliser / réintégrer dans le civil) et de la guerre d'indépendance de l'Algérie (l'arrivée de De Gaulle est un quasi coup d'État pour empêcher celui des militaires pro-Algérie française), on était en pleine guerre froide avec une peur des communistes (par ailleurs, le service d'ordre du Parti Communiste n'était pas tendre), sans compter les attentats d'extrême-gauche sus-cités et les attentats dits islamistes à la fin de cette période des années de plomb (1985-1990). Bref, pour beaucoup, la nation était en péril.

    Cette bande dessinée, réalisée par un journaliste et un dessinateur se penche sur le Service d'Action Civique (SAC). Il s'agit d'une association crée en 1960 pour, en façade, soutenir et promouvoir De Gaulle et sa politique dans le contexte explosif sus-mentionné. En réalité, il s'agissait plutôt d'une milice privée qui assurait la sécurité des meetings du parti gaulliste, qui veillait sur les militants gaullistes qui distribuaient des tracts ou qui collaient des affiches (à cette époque, cela se faisait avec des flingues…), qui brisait les grèves des ouvriers, etc. Les membres avaient diverses origines : grand banditisme, anciens de la guerre d'Algérie, politiciens, services secrets, etc. Des membres du SAC ou des correspondants étaient "infiltrés" un peu partout : police, justice, syndicalisme, gouvernement, ORTF, etc., ce qui constituait un puissant réseau d'influence. Le financement du SAC provenait des cotisations des membres (5 francs ;) ), du budget des frais de police du ministère de l'Intérieur (qui sert aussi à rémunérer les indics), de la rémunération pour pose d'affiches électorales pour le compte du RPR, de la Françafrique, du monde des jeux, de la filière belge d'armes et de drogue, etc. Le SAC disposait d'un atelier de fausse monnaie à Seyne-sur-Mer qui profitait aux services secrets (financement de leurs opérations). La pègre aidait l'OAS en échange d'une impunité procurée par le SAC et son fameux macaron bleu-blanc-rouge. Suite à la tuerie d'Auriol en 1982 (Jacques Massié, membre du SAC semble en pincer pour Mitterrand, le SAC veut récupérer des documents, Massié et sa famille sont assassinés par le SAC), l'association est dissoute par le gouvernement Mitterrand et une commission d'enquête de l'Assemblée nationale tente de faire la lumière sur le SAC… sans trop de succès, car les membres du SAC refusent de parler, prétendent que c'est une petite association inactive sans histoire ou s'énervent "vous ne me faites pas peur !". Le SAC, et notamment sa partie Françafrique, survivront longtemps à l'alternance. Lors de son meeting de campagne du 26 janvier 2007, Sarkozy évoque Boulin… pour marquer son appartenance (il s'agissait d'un discours sur la droite en général) ou signifier qu'il détient des informations et qu'il veut mieux ne pas venir le provoquer ? En 2015, la fondation De Gaulle se trouve dans d'anciens locaux du SAC et son président en est Jacques Godfrain, un membre du SAC. Ça en dit long.

    Ce livre se consacre à 3 dossiers liés au SAC (j'exclu l'inintéressante tuerie d'Auriol sus-mentionnée) : les milices patronales, l'assassinat du juge Renaud et l'assassinat du ministre du travail Boulin.

    Commençons par les milices patronales post 1968. La Confédération Française du Travail, qui s'est renommée Confédération des Syndicats Libres après l'assassinat d'un syndiqué salarié, et les sociétés d'intérim Nota et Siter, entre autres, servaient à maîtriser les syndicats salariés, notamment la CGT et la CFDT (jugée très gauchiste à l'époque, les temps changent). Ces milices patronales n'étaient pas constituées uniquement de membre du SAC, mais aussi d'anciens de l'OAS, des truands, etc., tous les milieux où il y avait des gros bras, en fait, mais le SAC en était le noyau dur. Que faisait-elles ? Elles « aidaient les syndiqués [ salariés ] à avoir des malaises » (citation issue de la commission d'enquête de l'Assemblée sur le SAC), elles surveillaient les usines (faux ouvriers qui ne travaillaient pas mais qui rodaient et discutaient en permanence) et les syndiqués (avec des enquêtes d'environnement dans les quartiers d'habitation), elles tabassaient les membres de syndicats salariés (sutout lors de la distribution de tracts à la sortie des usines), elles essayaient de les faire licencier (en leur vendant de l'alcool, interdite sur le lieu de travail, ou en cachant des outils de travail, des forets, par exemple, dans leurs habits civils), elles sabotaient leur voiture (freins…). Il y avait aussi les nervis qui, eux, travaillaient mais qui pouvaient s'absenter à tout moment pour poser des affiches pour les campagnes électorales du RPR, pour escorter des personnalités politiciennes ou pour bastonner des syndicats salariés avec des chaînes de vélo et des matraques. Des policiers membres du SAC fouillaient les poubelles de la CFDT.

    Assassinat du juge Renaud en 1975. Décontracté et incorruptible, il aurait été assassiné par le gang des Lyonnais, car il aurait été en train de prouver qu'une partie de l'argent dérobé lors d'un des braquages du gang, celui de l'hôtel des postes de Strasbourg, aurait servi à financer l'UDR (ex-RPR-UMP-LR), le parti gaulliste. Un proche du gang des Lyonnais donne des détails sur le déroulé de l'assassinat… détails non publiés par la police. Le chef du gang, Edmond Vidal, laisse entendre, lors de son audition, que c'est un acte politique. Comme beaucoup de truands Lyonnais, Vidal dispose de la carte bleu/blanc/rouge passe-droit du SAC. En 2014, il confirme à des journalistes qu'une partie de l'argent du braquage de Strasbourg a financé l'UDR. Le gang échappe aux barrages de police dressés dans toutes la France (grâce au macaron du SAC ?). Quelques jours avant sa mort, le juge Renaud reçoit deux membres du SAC qui l'incitent à la plus grande prudence sur ce dossier, et, le juge souhaite voir en présentiel une amie d'enfance. Le bureau de l'avocat de la famille du juge est incendié après la déclaration de l'avocat dans la presse selon laquelle il est nécessaire de suivre les flux financiers pour comprendre l'affaire. Je note que la greffière du juge Renaud, une amie d'enfance du juge, et un commissaire proche du juge divergent : elles croient au financement de l'UDR via le SAC, lui non.

    Assassinat du ministre Boulin en 1979. Il aurait eu l'intention de balancer le financement du RPR par la Françafrique. À cette époque, la presse, prévenue par le RPR, semble-t-il, se déchaîne sur lui pour un terrain acquis avantageusement auprès d'Henri Tournet, un proche de Foccart (co-fondateur du SAC), ce qui laisse penser à un suicide. Tournet avait sollicité l'aide de Boulin pour construire un lotissement, demande refusée par Boulin. Avant le jour J, Boulin et ses proches ont reçu des menaces et les alertes habituelles. Le jour J, proche du lieu, une témoin le voit dans une voiture en compagnie de mecs à l'expression faciale pas sympa. Dans sa voiture, un mot indique que les clés sont dans sa poche (quel suicidé fait ça ?). Il y a des traces de pas bidirectionnelles entre la voiture et la rive (quel suicidé revient sur ses pas ?). Le procureur Louis-Bruno Chalret, proche du SAC (il connaît également la personne qui menaça le juge Renaud), informé en pleine nuit, dessaisi les gendarmes qui étaient déjà sur place. L'autopsie est bizarre… Le visage en est exclu alors que plusieurs témoins de la famille, dont le kiné de Boulin, l'ont vu dans un sale état lors de la remise du corps post-autopsie. Elle ne cherche pas la présence d'eau dans ses poumons (ça peut être intéressant pour prouver un suicide par noyade, non ?). Elle ne cherche pas d'éventuelles fractures. Les lividités cadavériques (le sang "descend" par gravité et laisse des marques sur la peau) se trouvent sur le dos, alors que Boulin est retrouvé """"en levrette"""" dans l'eau (donc les lividités cadavériques auraient dû se situer dans les jambes, le ventre, le visage, etc.). Il n'a pas absorber une quantité dangereuse de médocs. Des proches de Boulin, le procueur Chalret, Pasqua, etc. sont prévenus avant la découverte officielle du corps par la police. La nuit du meurtre, Achille Peretti, proche de Foccart et de Pasqua, qui lancera Sarko en politique, débarque en pleine nuit chez la famille Boulin et conseille de rendre les dossiers sinon « on va tous y passer ». Le même relayera, à la femme de Boulin, une proposition financière en échange de son silence (cette conversation fut enregistrée).

    Quelques notes :

    • Les affiches électorales du RPR du secteur étaient imprimées à l'usine Peugeot de Poissy, qui fournissait aussi les voitures aux convois gaullistes ;

    • Le SAC milite contre Giscard et pour le compte de Chirac, pendant que ce dernier affiche, en public, son soutien à Giscard ;

    • Le cambrioleur emprisonné Pierre Blaise bénéficie d'une remise de peine après avoir ouvert le coffre-fort du ministère de l'Intérieur (tenu alors par Marcellin) ;

    • Jacques Toubon, aujourd'hui défenseur des droits, défend le SAC en exposant que, quand on refuse l'existence d'une association divergente comme le SAC, on est dans un État totalitaire ;

    Pour faciliter des recherches ultérieures, je note l'identité de quelques membres du SAC : Charles Pasqua, Jacques Foccart (monsieur Françafrique de De Gaulle), Alexandre Sanguinetti, Pierre Debizet, Jacques Godfrain (son nom est aussi donné à la première loi qui criminalise le piratage informatique), Roger Frey, Robert Galley, René Tomasini, Marcel Francisci, Maurice Boucart (filière financière belge du SAC), Paul Comiti, Jean Augé, Jean Schnaebelé.

    En bref, je recommande la lecture de cette bande dessinée, car elle est très pédagogique. Tout comme la dernière bande dessinée d'enquête que j'ai lue, [Grandes oreilles et bras cassés)(/?YNeekw), je n'arrive pas à percevoir l'intérêt de ce format, car je trouve que l'image exprime rien, qu'elle apporte pas d'informations par rapport à du texte, à l'inverse des bandes dessinées de la blogueuse Emma où l'image illustre des émotions.

    07/08/2019 12:39:37 - permalink -
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    fiche-lecture
  • L'homme qui voulait être heureux | Lisez!

    Un livre de développement personnel écrit sous la forme d'un roman. Original.

    Ce livre traite deux grandes thématiques : les croyances limitantes et l'inépuisable « réussir sa vie ».

    La première partie a rien d'original pour qui a lu les accords Toltèques : toute notre vision des choses, toute notre vie est basée sur l'interprétation que nous faisons du monde qui nous entoure. Nous filtrons la réalité car il y a trop d'informations à assimiler par nos cinq sens. Ce que nous retenons dépend des filtres que nous appliquons et donc de nos croyances : si l'on est convaincu que le monde qui nous entoure est hostile, nous retiendront que ce chien semble dangereux, que cet homme a une démarche dangereuse, que ce plancher qui grince est dangereux, etc. Nous croyons en permanence et nous agissons de manière à confirmer nos croyances. Quelqu'un qui se pense inintéressant aura des prises de parole hésitantes, confuses, monotones, etc., ce qui le rendra inintéressant et fera que quelqu'un lui coupera la parole, ce qui confortera sa croyance : il est inintéressant. Prophétie autoréalisatrice et croyance renforcée. Nos croyances ont des effets négatifs et positifs. Même croire que tout le monde est méchant a un aspect positif : l'absence de naïveté et la protection que l'on construit autour de soi nous protégeront, alors que la personne qui pense que tout le monde est tout le temps gentil aura développé aucune protection et sera donc plus vulnérable. Nos croyances viennent de l'enfance, d'autrui, et de la conclusion que nous tirons de nos expériences. Ces conclusions peuvent être inconscientes ou être des généralisations au lieu d'être circonscrites : c'est un échec à un instant T (instant de fatigue ?), dans un lieu donné (était-il propice à cette activité ?), dans un contexte donné, avec un niveau d'expérience donné, etc. Aucune raison de ne pas réessayer après avoir corrigé ce qui fait défaut.

    La deuxième partie est tout aussi classique dans le monde du développement personnel. Qu'est-ce qu'une vie réussie ? Se conformer à ses souhaits. Exprimer ses compétences. Respecter ses valeurs. Donner le meilleur de soi (l'humain s'épanouit dans l'exigence de soi et se complaît dans le laisser-aller). Rester en harmonie avec qui on est. Se consacrer à autre chose qu'à nous-même, même si c'est infime et indirect, comme un sourire pour les autres. Si l'on ne respecte pas nos valeurs, on ressent une gêne, un léger malaise, un sentiment de culpabilité. Comment savoir si l'on est en harmonie avec soi-même ? Si tu te sais mourant, quels moments de la semaine passée conserves-tu ? Si tu gardes seulement 30 % de tes activités, c'est que tu n'es pas en harmonie avec toi-même. Il faut découper ses souhaits en tâches et, pour chaque, associer les compétences requises avant de se demander si l'on les possède, si quelqu'un qui les possède peut nous aider ou si nous pouvons les acquérir. Ressentir qu'on n'arrivera pas à mener une action à bien, c'est l'affirmation consciente qu'il manque une réponse à la question inconsciente « comment puis-je réaliser cela ? ». Il faut s'entourer de gens qui te croient capable de faire ce que tu souhaites. Il ne faut pas se laisser déstabiliser par des gens qui se réconfortent en te rabaissant ou qui ont besoin que tu sois une victime afin d'être ton sauveur ou à qui ton courage leur rappelle leur absence de courage. Les choix qui nous font avancer et nous satisfont sont ceux qui nous coûtent, mais on a toujours le choix, même pour un boulot moins bien payé mais plus épanouissant qui entraîne un logement plus petit, qui, si on quitte son logement actuel, entraîne un éloignement de la famille et des amis. On ne peut pas être heureux si l'on se croit être une victime permanente des événements et d'autrui.

    Quelques notes :

    • Si la forme d'un propos est correcte, il ne peut pas blesser. S'il blesse, c'est que l'interlocuteur est susceptible et c'est son problème ;

    • Nous avons peur de demander des choses à autrui, car nous avons peur du rejet. Celle-ci naît d'une confusion entre le rejet d'une requête (à un instant T, dans un contexte précis, etc.) et celui qu'une personne par absence de considération ;

    • Parfois, il faut renoncer. Ne pas vouloir renoncer, c'est se priver de choisir ;

    • Les gens se voient comme on les voit et ils se conforment à ce que l'on attend d'eux (cf l'étude qui montre que les élèves d'une classe enseignée par un prof à qui l'on a dit qu'ils sont des cancres ont des notes inférieures à une classe témoin dans laquelle le prof a reçu aucune indication concernant ses élèves). Chacun croit que ce qu'il a fait était la meilleure chose à faire, voire la seule possibilité qui s'offrait à lui. Ça ne sert à rien de le lui reprocher, car, se sentant rejeté, il rejetera les arguments et les pistes d'amélioration. Il faut rechercher sa motivation et lui dire qu'il est une bonne personne et que son intention était bonne ;

    • L'argent n'est pas le mal incarné. Il est une amélioration du troc qui permet aux humains de communiquer, d'échanger et de se connecter aux autres. Si l'on gagne de l'argent en mettant en œuvre nos compétences, en respectant nos valeurs et en n'abusant par nos clients / collèges / autre et que l'on dépense cet argent pour permettre à autrui d'en faire de même, alors tout va bien. Si on l'accumule sans raison, cela va moins bien.

    Je suis mitigé voire en désaccord sur les points suivants :

    • Notre vue de l'esprit sur le monde qui nous entoure est construite, en partie, sur l'avis d'autrui. Je ne pense pas qu'il faille ignorer l'avis des autres, même le venin, car l'humain est opaque avec lui-même et il a besoin d'autrui afin d'accéder à son soi profond et savoir qui il est ;

    • Comment savoir si la vie dont on rêve nous rendra heureux ? Après tout, ce rêve est un désir, qui, une fois assouvi, sera remplacé par un autre. Ce rêve est un appât à récompense pour notre cerveau qui en est friand. Il peut donc être un leurre ;

    • Il ne faudrait pas hésiter à demander de l'aide, des conseils, du réconfort, car les gens disent rarement non. Mouaaaaaiiis. Il y a un seuil d'acceptation : les gens acceptent tant que ça ne leur coûte pas trop. De plus, ils proposent souvent des solutions inadaptées (qui ne leur coûtent pas trop). Il est vain de demander des choses situées au-delà de ce seuil d'acceptation ;

    • Pour éviter les oiseaux de mauvaise augure, il faudrait demander conseil et avis sur sa vie rêvée uniquement à des connaisseurs du domaine… Mouaaaais. Ça fait très argument d'autorité. Les connaisseurs n'ont peut-être pas envie d'un concurrent supplémentaire ou, à l'inverse, parce que ce connaisseur est passionné, il peut vendre du rêve inapplicable. Et quid s'il n'y a pas de connaisseurs car le domaine est vaste et personnel ?

    Évidemment, comme tout bouquin de dév' personnel, celui-ci aussi contient son petit lot de propos charlatans qui peuvent être dangereux : un placebo guérirait le cancer, « envoyer de l'amour » (ce n'est pas défini) permettrait de guérir des cellules cancéreuses dans une boîte de Petri.

    Pour conclure, je ne résiste pas à l'envie de recopier cette petite blague : pourquoi un homme éjacule par saccades ? Parce qu'une femme avale par gorgées.

    En bref, ce livre est agréable à lire. Il condense, sous forme de roman, des idées clés du mouvement de dév' personnel. Je ne pense pas que la méthode proposée (découper ses souhaits en actions, etc.) est efficace, entre autres car le narrateur-auteur va trop vite pour suivre la recette et acter ses choix décisifs d'où j'ai du mal à m'identifier à lui, mais, au moins, ce livre ne présente pas les fumeuses tirades vide de sens destinées à s'encourager et à résoudre tous nos problèmes, tirades habituelles dans le milieu.

    06/08/2019 13:18:37 - permalink -
    - https://www.lisez.com/livre-de-poche/lhomme-qui-voulait-etre-heureux/9782266186674
    fiche-lecture
  • Ce pays que tu ne connais pas - Fakir Shop

    Ce livre du député-journaliste Ruffin se présente comme une lettre adressée au Président Macron pour lui présenter les gilets jaunes, et plus largement, la France du bas avec laquelle il a construit zéro lien.

    Ce livre a rien d'original. Ruffin décortique le CV de Macron afin d'illustrer la déconnexion des élites. Cette partie est bigrement pertinente, je vais y revenir. Néanmoins, comme dans Fakir, le style de Ruffin est lourd. Des pages et des pages pour introduire une ouvrière. Une négation du vécu de Macron qui apporte rien (exemple : "t'es resté peinard derrière les murs protecteurs des différentes écoles que t'as fréquenté pendant que moi je me suis ouvert aux autres"). Le « moi, je » habituel de Ruffin. Parfois, je crois percevoir de la jalousie quand Ruffin évoque la belle gueule et le charme de Macron qui lui rendent la vie plus facile au lycée, ainsi que la prétendue « pauvreté » de son style littéraire. Je ne comprends pas en quoi tout cela aide la critique. En revanche, je mesure combien ça alourdit le bouquin.

    Le nombre des interconnexions entre Macron et les politiciens, les médias et les industriels est impressionnant et le rappel de Ruffin est salvateur. Avec ça, Macron peut toujours prétendre, comme d'autres, qu'il s'est fait tout seul…

    • Lors de son stage à la préfecture de l'Oise dans le cadre de ses études à l'ENA, il rencontre Henry Hermand, l'homme d'affaires à la trentaine de zones commerciales. Il lui ouvre son carnet d'adresses de la social-démocratie. Il accordera un prêt de 550 k€ à Macron pour financer l’achat de son premier appartement parisien. Il financera le mariage des Macron et en sera l'un des témoins :

    • Macron fréquente le Bilderberg, où il y rencontre tout le gratin mais surtout le président Henri de Castries (président d'Axa par ailleurs) qui traîne aussi aux Bernardins, également fréquenté par Jean-Pierre Jouyet. C'est lui qui introduira Macron dans la campagne d'Hollande, lui qui suggérera son nom comme secrétaire adjoint de l'Élysée, lui qui poussera sa nomination au ministère de l'économie (il annoncera même sa nomination à Macron) ;

    • Parisot a dit de Macron qu'il était un « précieux relais de la voix des entreprises » lors de son séjour à l'Élysée sous Hollande. Contre Delphine Batho, il relayait la parole de Spitz, le patron de la fédération des assureurs. Il s'obstinait déjà à réformer les prudhommes (il est l'artisan des parties les plus contestées de la loi Travail El-Khomri). Il est « architecte », « moteur » et « porteur » du CICE… alors que Gataz ne tiendra pas parole (la promesse de création d'un million d'emplois est vite passée à la trappe) ;

    • Pascal Houzelot (TF1, Pink TV, Numero 23 - qu'il revendra à Drahi 8 mois plus tard avec une plus-value… Est-ce une spoliation d'une fréquence publique qui n'a pas été utilisée conformément au cahier des charges qui prévoyait un apport de pluralité, pas la diffusion de vieux documentaires et émissions) a organisé des dîners pour la promotion de Macron. Il a également présenté Macron à Xavier Niel… qui fait l'éloge de sa politique dans les médias ;

    • La découpe d'Alstom et la revente de bouts à General Electric sous l'impulsion du ministre Macron a été lucrative pour Bouygues ;

    • Une fois ministre de l'économie et à l'approche de la candidature de Macron, le couple sera invité à dîner, presque chaque semaine chez les Arnault (dont la fille est en couple avec Niel) ;

    • Macron fera fleurir les affaires de Lagardère… Aussi bien depuis chez Rothschild que depuis le ministère de l'économie (vente des parts d'EADS détenues par Lagardère) ;

    • À ses débuts, En Marche ! est financé dans le secret par Hermand (encore lui), le banquier Peyrelevade et l'avocat d'affaires Moulard ;

    • On peut aussi voir une mise en orbite de Macron par Bolloré… Le même qui a profité des appels d'offres probablement arrangés (la justice bosse toujours dessus) avec Havas, dans laquelle Bolloré est actionnaire à 60 % et la garantie d'achat, avant publication de l'appel d'offres, des Bluebus de Bolloré par la RATP ;

    • Bernard Mourad, banquier à la tête de la holding de Drahi, organise, entre autres, l'entretien avec Barbier « ce que je veux pour 2017 » ;

    • Lors de la passation de pouvoir, Macron fend la foule pour saluer une seule personne : Serge Weinberg, président de Sanofi, qu'il a connu, comme d'autres, à la commission Attali (relance de la croissance française en 2007-2008).

    Quelques notes :

    • Bien sûr que les revendications des gilets jaunes ne sont pas nouvelles. Mais, le bas de la classe moyenne qui s'exprime aussi massivement fait disparaître la honte, ce qui libère la parole. Voilà la nouveauté. Ces gens-là se lèvent contre la suffisance de Macron qui n'a cessé de blesser leur égo et leur fierté ("c'est facile de trouver du travail, si vous n'y parvenez pas, c'est que vous êtes rien") ;

    • Sous Hollande, Macron occupait, à l'Élysée, le même bureau que François Perol du temps de Sarko. Perol et Macron, tous deux inspecteurs des finances passés chez Rothschild. Alternance de façade ? Laurence Boone, passée par les banques Barclays et Bank of America remplace Macron. Son collègue Barbéris part pour Amundi, qui gère des actifs pour la Société Générale et le Crédit Agricole. À Matignon, Jérôme Pellet ira chez BNP ;

    • Macron aime la mise en scène contre le réel. Cours de théâtre. Le président de la formation à l'ENS fera de Macron un normalien d'honneur au motif que la presse relaie qu'il a suivi quelques cours là-bas. Bruits évidemment saupoudrés par Macron et son entourage. Macron se vante, notamment dans le journal de Sciences Po de sa formation philosophique à Paris X. Balibar et autres personnes impliquées démentent l'ampleur de son apprentissage. Il a été archiviste, tout au plus, de Ricœur et sa pensée l'a tellement inspiré qu'il ne semble pas en retenir le concept de solidarité… Cela continuera pendant la campagne présidentielle (visite de l'usine Whirlpool d'Amiens sous la pression télévisée de Ruffin) puis durant la présidence (grand débat national, visite en sauveur aux Antilles, etc.) ;

    • Quand les politiciens disent qu'ils vont au contact du Peuple, ils ont raison : ils restent dans la superficialité, la brièveté d'un contact. Ils ne se nourrissent pas du vécu et des problématiques des gens du Peuple. Dans Le petite prince, on lit qu'apprivoiser, c'est créer des liens, c'est faire en sorte qu'une personne ne soit plus semblable à 1000 autres, mais qu'elle soit unique. Mais un politicien ne connaît pas le Peuple, pas plus que le PDG connaît ses salariés. Cette méconnaissance évite l'affect. Mais ce détachement, c'est ce qui rend l'autre inexistant selon la philosophe Arendt. Cette négation de l’humanité de quelqu’un est dangereuse (Arendt a écrit sur la montée des totalitarismes…) ;

    • La social-démocratie, ce n'est pas si mal. Marx a écrit la première déclaration du SPD allemand qui pousse à un vaste plan de sécurité sociale et à l'égalité (chez nous et au nord de l'Europe). Mais c'est un terme galvaudé ;

    • Ado, Ruffin se cherche et peine à trouver sa voie. Il trouve médiocres ses écrits. Il s'apitoyait sur son sort et celui des autres. Aujourd'hui encore, il lit les blessures des autres dans ses blessures.

    Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus. À mes yeux, seul le travail journalistique de rappel minutieux du CV de Macron est intéressant.

    04/08/2019 17:24:43 - permalink -
    - https://www.fakirpresse.info/boutique/accueil/83-ce-pays-que-tu-ne-connais-pas.html
    fiche-lecture
  • Michel LAFON - Eric Dupond-Moretti à la barre, ÉRIC DUPOND-MORETTI

    Ce livre contient les paroles de la pièce de théâtre interprétée par le célèbre avocat pénaliste (entre autres). Je n'ai pas assisté à une quelconque représentation.

    Cette pièce relate son enfance, le début de sa carrière, ses expériences professionnelles et surtout ses coups de gueule.

    La partie sur son enfance est courte : petit fils d'immigrés italiens qui vit la xénophobie de la France des années 60, l'assassinat de son grand-père et la mort de son père cancéreux. Autant d'injustices qui le motiveront, comme l'annonce de l'exécution de Ranucci et son intention de séduire les femmes par les mots, car il ne pense pas être capable de « pécho en teboi ». Le début de sa vie pro est résumée aux galères pour obtenir du travail d'un avocat qui veut se consacrer exclusivement au pénal (il échouera) et la prise sous son aile par l'avocat toulousain Alain Furbury.

    Concernant son expérience professionnelle et ses coups de gueule, les thématiques abordées sont le rôle de l'avocat défenseur, le blâme du rôle institutionnalisé de victime, le tribunal médiatique, la liberté d'expression et la délation, ainsi que la moralisation rampante de notre société (sur des œuvres, la cigarette est effacée du bec de fumeurs notoires comme Malraux ou Gainsbourg ; être vegan ou un gros crevard ; faire du sport, etc.).

    Je regrette que les définitions soient uniquement dégrossies par des exemples et que les prises de position soient aussi peu argumentées et aussi peu nuancées en mode "c'est comme ça et pis c'est tout". Comment convaincre quiconque que les déjà convaincus ?

    • Les lanceurs d'alerte sont assimilés, sans nuance, à la délation ;

    • Élise Lucet est uniquement présentée comme une grande méchante qui force les gens à parler contre leur gré, ce qui nuirait à la présomption d'innocence (que faire d'autre quand les autorités de contrôle sont inefficaces ?) ;

    • Il paraîtrait que, dans les bars populaires du 20e siècle, contrairement aux réseaux sociaux du 21e siècle, on faisait immédiatement taire les imbéciles. Sur la même période, je constate une propagation de l'antisémitisme partout en Europe et l'organisation des ouvriers pour tenir tête à leur patron… :

    • Le tribunal médiatique n'est pas vraiment défini et l'on mélange des pratiques saines comme la mise sous pression d'un procès (que l'auteur nomme procès combat) qui a pourtant permis d'éviter des dérives (Tarnac, libération de militants chopés en manifs), au mouvement #balancetonporc dont le manque de moyens et de considération de la justice ont été le lit, aux mises en scènes par les médias de coupables idéaux, qui, elles, me semblent scandaleuses.

    Quelques notes intéressantes sur le rôle de l'avocat, de la victime et du juge :

    • L'avocat doit être impertinent et insolent. Rectifier un juge ou dénoncer l'agissement d'un flic, ce n'est pas du courage, c'est inclus dans la profession d'avocat ;

    • L'acquittement, ça ne veut pas dire innocent, ça veut dire pas coupable par absence de preuves (ou par présence du doute). C'est le prix de la paix sociale. C'est le prix à payer pour ne pas sanctionner des innocents ;

    • Comment peut-on défendre un assassin d'enfants ou un terroriste ? « Rien n'est plus facile que de dénoncer un être abject. Rien n'est plus difficile que d'essayer de le comprendre » a écrit Dostoïevski. L'accusé a besoin d'une défense car, au tribunal, il devient le faible, tout est bon pour l'accabler, le lyncher ;

    • Le juge rend la justice en fonction de sa morale, alors que c'est celle de l'accusé qui compte. Exemple: pour démontrer que DSK est un proxénète, le juge explique qu'une sodomie sur une femme est forcément un acte payant. Autre exemple : le juge qui refuse sa remise en liberté à un assassin qui a tué l'amant de sa femme au motif que son acte est caractérisé, car il est lui-même infidèle… Quelques mois après, l'avocat appris l'infidélité du juge… et obtient la remise en liberté ;

    • Exiger de lourdes peines comme condition nécessaire pour être en mesure de faire son deuil revient à créer une nouvelle injustice pour soi-disant "réparer" l'acte fautif : la sanction doit être proportionnée, pas être modulée comme la dose d'un médoc administré au plaignant. L'avocat et l'institution ne doivent pas encourager la haine légitime de l'accusé par la victime. Exister en tant que ZE victime n'aide pas à faire le deuil ;

    • Il faut aimer les hommes pour les juger. Il ne faut pas vouloir régler des comptes. Il faut savoir qui l'on est, ne pas détester plus beau ou plus laid que soit, plus cultivé ou plus ignorant, etc. ;

    • Une décision prise à l'unanimité est-elle sage ? L'absence de voix discordantes ne signifie-t-elle pas que l'on est passé à côté de quelque chose ?

    Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus. Les non-initiés sont très peu pris en main dans la définition du rôle de l'avocat, de la victime et de l'institution judiciaire. Le reste n'est qu'une compilation de coups de gueule sans nuance enchaînés au débit d'une mitraillette. On est content quand ça s'arrête. Je recommande plutôt la lecture du recueil de trois plaidoiries de François Sureau orientées sur la question des libertés.

    04/08/2019 11:55:04 - permalink -
    - http://www.michel-lafon.fr/livre/2270-Eric_Dupond-Moretti_a_la_barre.html
    fiche-lecture
  • Salariés accrochés au plafond

    Suite de Les Prud'hommes virent les ordonnances Macron concernant le "barème Macron".

    C'est fait, la Cour de cassation a sifflé la fin de la rébellion d’une quinzaine de conseils de prud’hommes s’opposant au plafonnement des indemnités dues aux salariés en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse.

    Concoctée par le gouvernement Macron, cette mesure est censée favoriser l’emploi en simplifiant le licenciement… Eh oui, les employeurs seraient bien plus enclins à embaucher s’ils n’avaient pas si peur de devoir payer cher pour virer. Hardi et hasardeux !

    Jusqu’ici, les juges appréciaient chaque situation au cas par cas. Aujourd’hui, la loi restreint énormément les indemnités des licenciements abusifs, désormais fixées à un mois de salaire par année d’ancienneté et à vingt mois pour une présence de vingt-neuf ans.

    Dans la majorité des cas, ce plafonnement change environ rien. L'écart apparaît dans les TPE et pour les salariés ayant plus de 10 ans d'expérience. Le plus grave, à mon avis, est que cela empêche les tribunaux de sanctionner fortement les licenciements indignes, plus rares. Or, la proportionnalité de la sanction en fonction de la gravité de l'acte me semble très important si l'on veut pouvoir parler de justice.


    Cela n’a pas empêché les plus hauts magistrats du pays d’estimer cette disposition « compatible avec la convention de l’Organisation internationale du travail ».

    Même si leur « avis » n’est pas contraignant, il dessine l’horizon juridique. À l'humiliation d’être congédié — sans raison, faut-il le rappeler ? — et de pointer au chômage s’ajoutera une compensation limitée. Premier « succès » : sans même attendre la Cour de cassation, les procédures prud’homales ont déjà bien chuté ! Mieux vaut s’écraser et transiger au plus bas plutôt que se lancer dans une interminable et coûteuse procédure, pour zéro bénéfice…

    En période de fort chômage, tout cela serait excellent pour l’emploi !

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    03/08/2019 15:40:33 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?6wq-7g
  • Ça vole, au sommet

    Vols d'œuvres d'art et de vaisselle dans les ministères, à l'Élysée, dans les mairies, dans les ambassades, etc. durant des décennies Moi qui pensais qu'il y'a que les sales pauvres, les bougnoules, les arabes et les allocataires de minimums sociaux qui piquent dans les caisses de l'État. On m'aurait menti ? :O

    Tout de même : 50 000 œuvres disparues, 2 300 plaintes déposées ! C’est le beau bilan, dressé par la Commission de récolement des dépôts d’œuvres d’art, de quelques décennies de vie agitée dans les palais de la République, les ministères, les musées, les mairies et autres ambassades (« Le Parisien », 6/7). L’Etat prête des biens mais ne les revoit pas toujours. Tableaux, meubles, vaisselle, statues, décorations… Envolés, piqués, revendus à l’occasion sur Le Bon Coin. Le haut personnel n’est plus ce qu’il était !

    Rien qu’à Matignon, une soixantaine de plaintes ont été déposées. Mais les dernières « disparitions » concernent l’Elysée : sept vols au total, qui font l’objet de recherches actives des flics de l’art. La découverte de ces larcins date de décembre 2012. Voilà qui innocente d’emblée Macron et son entourage. Et laisse peu d’espoir de retrouver des œuvres chez François Hollande : Pépère n’allait quand même pas jouer le piqueur six mois seulement après son élection !

    Dans ce Cluedo élyséen, il reste de sérieux suspects. Comme le résume le dénommé Jean-Philippe Vachia, patron de la fameuse Commission de récolement : « Jusque dans les années 2000, il faut le reconnaître, nous avions beaucoup de salariés de grandes institutions qui prenaient un souvenir en quittant les lieux. »

    Sarkozy dans le salon Doré avec la clé à molette ? Chirac dans le salon Napoléon-III avec la corde ? A l’Elysée, un « buste en bronze » a notamment été volé, paraît-il. S’il s’agit d’une statue de Kadhafi, ça, c’est du Sarko tout craché ! Parmi les objets disparus, il y a également des « statuettes en bois et en terre cuite ». Holà, ça sent le Chirac à plein nez !

    Gare au Macron : en quittant l’Elysée, il est capable d’embarquer la statue de Jupiter…

    Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.

    03/08/2019 15:25:43 - permalink -
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