La cour d'un tribunal doit être majoritairement composée de magistrats en poste (titulaires, non retraités). Or, face à la pénurie (250 magistrats et 484 greffiers font défaut), de plus en plus de jugements sont rendant par des tribunaux incorrectement constitués, sans que l'on sache (ou qu'on le veuille ?) les quantifier…
En annulant, le 8 juillet, un jugement du tribunal de Cusset (Allier), la cour d’appel de Riom a déclenché un fameux bazar. Un prévenu avait été condamné, le 24 janvier, à 5 ans de prison — dont 1 an avec sursis — pour agression sexuelle. Mais son avocat, Yves Levano, a découvert que, sur les trois juges ayant siégé le 24 janvier, seul le président était un « vrai » magistrat. Les deux autres étaient des retraités, l’un magistrat honoraire, l’autre à titre temporaire.
Une justice pleine de trous
Problème : plus de deux retraités au sein d’une « formation collégiale », c’est interdit depuis une décision du Conseil constitutionnel, suivie par la loi Belloubet de mars.
Si l’un des jugements du 24 janvier à Cusset est « illégal », tous ceux rendus ce jour-là par le même tribunal auraient logiquement dû être annulés aussi. Pourtant, ils ne le seront pas, le délai d’appel ayant expiré… Question : combien d’autres jugements « illégaux » ont ainsi été rendus, en France, par des tribunaux « illégaux » ?
« Ces irrégularités sont rares », assure-t-on à la Chancellerie, en se fondant sur celles qui sont « constatées ». Et celles qui passent à l’as ? Tout le monde n’est pas doté d’un avocat vigilant. La preuve : à Cusset, un seul a fait appel…
Or les postes vacants sont nombreux, Fin 2018, 250 magistrats et 484 greffiers faisaient défaut. Selon le rapport sénatorial sur la loi de finances 2019, on arrive même, en comptant les arrêts maladie ou maternité, à « plus de 30 % d’effectifs manquants ». Pour combler ces trous béants, 167 juges honoraires et 508 « à titre temporaire » officient dans les tribunaux de France aux côtés des 8 537 magistrats professionnels.
Vu les contestations qui s’annoncent, il va falloir recruter dans les cours d’appel !
Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.
Comment contourner massivement les contraintes de l'interim ? Créer des associations sans but lucratif nommés Groupement d'Employeurs qui emploient et facturent des heures travaillées aux membres de telles assos (Carrefour, La Poste, Geodis, Auchan, Casino, Intermarché, Vente privée, Danone, Nestlé, Cdiscount, etc.). Ainsi, les employés peuvent facilement bouger d'un client à un autre et ils ont des droits (pas de formation pro, pas de comité d'entreprise, etc.) et une paie au rabais (primes inférieures, pas d'intéressement, etc.). La gestion de ces groupement d'employeurs est déléguée à des sociétés commerciales spécialisées comme D2L dont l'effectivité des prestations semble ne pas être démontrée. Évidemment, les GE perçoivent des subventions (56 000 € par la région Île-de-France) et le CICE.
Ils turbinent pour Carrefour, La Poste, Geodis, etc. Mais sont payés par des “groupements d’employeurs” qui contournent l’intérim. Et engraissent une curieuse officine.
En condamnant, le 8 juillet, La Poste et l’un de ses prestataires (deux responsables ont écopé chacun de 120 000 euros et 6 mois de prison avec sursis) pour recours abusif à la sous-traitance, le tribunal de Nanterre risque de gâcher les vacances de plusieurs patrons de la grande distribution et de la logistique (transport). Leurs méthodes, proches de celles des postiers, ont en elfet alerté l’Inspection du travail et la justice, laquelle a mobilisé l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI).
Chaque jour, des centaines d’employés turbinent dans les entrepôts d’Auchan, Casino, Carrefour, Intermarché, Vente privée, Geodis ou ID Logistics sans y être salariés ni même intérimaires. Ils sont préparateurs de commandes ou conduisent des chariots avec les mêmes horaires et dans les mêmes conditions que leurs collègues, mais leurs droits sont bien inférieurs, et leurs paies au ras des pâquerettes.
Bien que travaillant à temps plein, depuis plusieurs années parfois, ils ne perçoivent ni intéressement ni participation. Leurs éventuelles primes — contrairement à ce que prévoit la loi — sont inférieures à celles de leurs collègues, et ils n’ont accès ni aux prestations du comité d’entreprise ni à la formation professionnelle.
Pour pouvoir disposer de ces salariés low cost, les majors de la logistique, de la grande distribution et du commerce en ligne ont recours à un astucieux stratagème : il leur suffit de devenir membres d’un groupement d’employeurs (GE) — un dispositif initialement réservé aux boîtes de moins de dix salariés mais élargi, en 2011, à toutes les entreprises, quelle que soit leur taille.
CDI ? Non merci !
Ces associations loi 1901 à but non lucratif embauchent des salariés pour les mettra à la disposition de leurs adhérents en leur facturant les heures effectuées. Abracadabra ! les boîtes recrutant ces travailleurs bénéficient de tous les avantages du recours à l’intérim, sans en subir les contraintes.
Exemple : il est interdit d’embaucher un intérimaire pour un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise. Dans certains cas, le travailleur lésé peut même voir son job requalifié en CDI par les prud’hommes. Pas de risques de ce genre avec un salarié de GE.
Parmi les premiers fans de ces groupements d’employeurs ? La Poste, qui — selon des documents consultés par « Le Canard » — a recours depuis des années à des centaines de ces « travailleurs détachés ».
Soucieuses de s’épargner l’administration fastidieuse d’un GE, les entreprises s’adressent au groupe lyonnais D2L, spécialisé dans « le conseil pour les affaires et autres conseils de gestion », et plus particulièrement dans… la création et la gestion de groupements d’employeurs.
Entre autres services, D2L gomme — au moins en partie — les profits des GE, théoriquement « à but non lucratif ». Utile, car un salarié mis à disposition et payé 1 200 euros mensuels par le groupement sera facturé près de 2 200 euros à l’entreprise utilisatrice.
De plus, les GE empochent chaque année plusieurs millions d’euros versés par l’Etat au titre du CICE, voire des subventions. La région Ile-de-France leur a ainsi alloué 56 000 euros à ce jour.
Introuvables conseils
Tout ou partie des bénefs remontent discrètement vers D2L, en vertu de conventions de « conseil en ressources humaines » passées entre les groupements d’employeurs et diverses sociétés du groupe. Or des inspecteurs du Travail ont relevé que, « lors des contrôles réalisés [chez D2L], il est apparu de façon concordante que la prestation de conseils en ressources humaines n’était pas réalisée ». Pisse-froid !
Pour l’Inspection, c’est tout le système mis en place avec GE et grandes boîtes qui relève du « prêt illicite de main-d’œuvre » et du « marchandage » — deux pratiques qui constituent un délit et sortent du cadre légal de l’intérim. Saisi du dossier, le parquet de Bourg-en-Bresse a confié l’enquête aux limiers de l’OCLTI, et les services fiscaux sont entrés dans la danse.
De l’aveu même du PDG de D2L, Guilhem Dufaure de Lajarte, « en permanence, 2 000 personnes travaillent en CDI temps plein, en tant que détachés dans les groupements d’employeurs ». Un business qui lui a permis de s’offrir un hélicoptère, un haras avec ses pur-sang… et d’introduire son groupe en Bourse fin 2014. En voilà un qui gère son compte en banque sans aucun « détachement ».
Parmi les gros clients de D2L, la société ID Logistics, qui, avec ses 20 000 salariés, gère clés en main plus de 300 entrepôts, notamment pour Danone, Nestlé, Cdiscount ou la grande distribution.
Ça tombe bien : le pédégé d’ID Logistics, président du syndicat patronal, est chargé, par les ministres de l’Economie et des Transports, d’une mission pour « améliorer la compétitivité de la filière logistique ». Initialement prévue pour la fin de mai, la publication de son rapport serait imminente. Encore un retard de livraison…
Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.
La Chine a pris la tête de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture qui défini, entre autres, les normes sanitaires et les rapports Nord-Sud (intéressant pour une Chine qui investit toujours plus en Afrique). La coutume semble être d'acheter des voix. La Chine y aurait consacré environ 150 millions d'euros, notamment à destination des pays africains. Elle aurait saupoudré le tout d'un espionnage des représentants des États membres de la FAO.
Trop occupé à célébrer Emmanuel Macron en faiseur de reines européennes, l’Elysée s’est abstenu de tout commentaire après la raclée encaissée par la candidature française a la direction générale de la FAO — l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Le 23 juin, contre toute attente, Qu Dongyu, le vice-ministre chinois de l’Agriculture, a pulvérisé par 104 voix contre 71 la favorite, Catherine Geslain-Lanéelle, tandis que le candidat géorgien soutenu par Trump n’a obtenu que 12 voix. Malgré un budget limité — 2,2 milliards d’euros —, la FAO joue un rôle central dans la lutte contre la malnutrition (2 milliards d’humains dénutris et 820 millions mal nourris) et dans la définition des normes sanitaires. Son influence est aussi déterminante dans les rapports Nord-Sud. Un bel enjeu pour la Chine.
Une Chine pompe-Afrique
Catherine Geslain-Lanéelle s’est alignée, au départ, avec 4 millions d’euros, destinés à être saupoudrés sous forme d’aides aux pays électeurs — comme au bon vieux temps. Une misère, comparé au budget de son adversaire Qu Dongyu, qui a bénéficié du soutien actif de Xi dinping. Ce dernier n’a pas hésité, chéquier en main, a faire le tour des capitales pour assurer la promo de son champion. Ainsi, le Cameroun prévoyait de présenter un candidat au nom de l’Afrique. L’oncle Xi l’en dissuada en effaçant, à hauteur de 70 millions d’euros, une partie de sa dette.
Selon le témoignage de diplomates français, la manne chinoise a coulé, avec le débit du fleuve Amour : 30 millions (en euros) pour la Côte d’Ivoire, 38 pour le Tchad, 24 pour la Centrafrique, 18 pour le Congo, etc. Au total, estiment ces jaloux de Français, la Chine a déboursé 150 millions.
L‘ingénieux plan Qu
Les sommes ont majoritairement été débloquées après une menus formalité : selon « L’Opinion » (ZB/7), les Chinois auraient obligé les délégués des pays bénéficiaires à photographier leur bulletin de vote dans l’isoloir. Quasiment tous les pays de l’Afrique francophone ont coché le nom de M. Qu sur leurs bulletins. Après la Françafrique, vive la Chinafrique !
D’autres astuces, plus discrètes, ont été découvertes. Ainsi, consultant la géolocalisation de leurs téléphones portables après une visite au siège de la FAO, à Rome, des membres de la délégation française (qui l’ont raconté au « Canard ») ont lu qu’ils se trouvaient à Shanghai. Le diagnostic des services français est sans appel : leurs conversations étaient « dérivées » vers la Chine.
Interrogée par « Le Canard » sur ces facéties, l’ambassade de Chine à Paris lui a adressé un très long laius… qui ne dément aucune de ses informations.
Pour l’empire du Milieu, qui a l’impérieux besoin d’importer une partie de ses denrées alimentaires, la « signature » d’une structure de l’ONU constitue un atout majeur. L’Australie et la Nouvelle-Zélande, qui ont glissé un bulletin pour M. Qu, ont, par exemple, bien compris le profit qu’elles pouvaient tirer de l’exportation de leurs viandes vers le Mékong [ NDLR : dans son numéro du 31 juillet 2019, le Canard reconnaît que cette expression est bancale puisque si le Mékong est de source chinoise, il circule dans d'autres pays, qui ne sont pas l'objet d'un éventuel accord ].
Quant aux States, ils sont soupçonnés d’une belle fourberie contre notre candidate. Trois semaines avant le scrutin, le quotidien londonien « The Guardian » publiait un mémo de l’administration américaine indiquant que Catherine Geslain-Lanéelle se serait engagée, lors de discussions bilatérales, à « ne pas defendre les positions européennes sur la question des biotechnologies et des OGM ».
Cette bévue a entraîné une levée de boucliers chez les écolos européens, qui n’ont pas oublié les formules de la candidate française sur l’utilité des pesticides en Afrique et des OGM pour la planète. Les Chinois ont dû regretter d’avoir déboursé tant d’argent pour battre une adversaire légèrement dévaluée…
Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.
Rappel de quelques magouilles de nos parlementaires avec leur avance de frais de mandat (anciennement indemnité de frais de mandat). Prêt par l'Assemblée, achat d'habitations, spéculation immobilière, etc. Rien de neuf, ça s'ajoute aux autres usages irréguliers de l'IRFM dont on a connaissance : achat de voyages, d'une TV, de places de cinéma, de vins, etc., offrir des cadeaux, s'offrir un complément de salaire, payer les honoraires d'avocats dans des désaccords avec leurs assistants, etc.
Mis à part le homard et les bons pinards, la vraie vedette de l’affaire Rugy, c’est la désormais fameuse IRFM. Cette indemnité représentative de frais de mandat d’un montant mensuel de 5 573 enros est allouée à tous les deputés en plus de leur traitement. En 2013 et en 2014, Rugy a puisé dans cette cassette pour régler sa cotise aux écolos et a profité, du même coup, d’une sympathique ristourne fiscale (6 000 euros) au titre des dons aux partis. Une pratique interdite depuis la loi du 11 mars 1988 relative à la transparence financière de la vie politique — ce que rappelle chaque année la Commission nationale des comptes de campagne. Or, non seulement l’infraction est couverte par la prescription fiscale, mais en plus Rugy a réalisé une banale opération de trésorerie (lire p. 2) entre son compte IRFM et son compte courant.
À saisir très vite
Tel n’est pas le cas pour une quinzaine de parlementaires, actuellement poursuivis par le Parquet national financier. Plus d’une trentaine d’autres ont également joué avec le feu — et la loi — en se servant de leur IRFM pour obtenir de la trésorerie de l’Assemblée des prêts immobiliers à taux zéro afin d’acheter une permanence, parfois transformée en lieu d’habitation. Cette pratique limite a été interdite en 2010.
Cette année-là, François Sauvadet (UDI), actuellement président du conseil départemental de la Côte-d’Or, a fini de rembourser un prêt qui lui avait permis d’acquérir, en 1994, une sympathique bâtisse avec piscine pour 124 000 euros ; il en est toujours le proprio. L’ancien ministre de l’éducation de Sarko Luc Chatel, lui, a acheté sa permanence de Chaumont (Haute-Marne) en 2008 pour 211 000 euros et l’a revendue en 2014 pour 280 000 euros. Petit joueur…
Pour les élus du Palais-Bourbon ayant manqué le coche, une dernière occase est à saisir. Mais, attention ! avant le 1er janvier prochain. Les députés peuvent obtenir un « prêt sur l’honneur » de 18 000 euros au maximum, remboursable soit sur leur indemnité parlementaire, soit sur leur indemnité de frais de mandat (devenue, en 2017, « avance de frais de mandat »). « On ne peut contrôler ce que va faire le député de cet argent, déplore un haut fonctionnaire de l’Assemblée. Il peut s’en servir pour des dépenses personelles », sans rapport avec l'exercice de son mandat.
Une vraie incitation à la debauche…
Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.
Dans le fameux détroit d’Ormuz, par lequel transite une bonne part du pétrole mondial, un drone américain détruit par les Iraniens. Puis un drone iranien détruit par les Américains. Puis un pétrolier britannique arraisonné par les Iraniens. Puis l’annonce par l’Arabie saoudite qu’elle va accueillir des troupes américaines sur son sol. De part et d’autre, des escarmouches, des mouvements de menton, des intimidations. Le tout fort médiatisé, à coups d’images, de communiqués, de démentis. La tension monte, comme on dit. On joue à la guéguerre. Trump y joue à sa manière habituelle : j’suis capable de tout, je suis imprévisible, mes gesticulations sont illisibles, tremblez !
Sans compter l'envoi (avorté) de bombardiers ricains, les sanctions économiques pesant sur l'Iran, des piratages des systèmes informatiques iraniens et la préparation de 120 000 militaires ricains pour intervenir au Moyen-Orient.
Les Iraniens, eux aussi, jouent leur jeu habituel : le grand Satan américain n’est qu’un gamin, il ne veut surtout pas la guerre, mais, comme il nous a plongés dans une terrible récession, on va lui montrer de quel bois on se chauffe. Et l’Europe, gênée aux entournures depuis que Trump est sorti de l’accord sur le nucléaire, navigue entre deux eaux. Le ministère français des Affaires étrangères a poliment compté les points, appelant « les autorités iraniennes à libérer dans les meilleurs délais le bâtiment et son équipage, et à respecter les principes de liberté de navigation dans le Golfe ».
La France, éternelle vassale des ricains. :)
C’est l’été, on touche du bois pour que cela n’aille pas plus loin et on reprend un sirop d’orgeat.
Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.
Bienvenue dans le monde du micro-dopage. J'en comprends toujours pas l'intérêt à part pour faire vivre des événements sportifs qui rapportent des centaines de millions d'euros voire des milliards… Le sport, un business comme un autre. Le dopage, un moyen comme un autre de faire prospérer ce business.
Le cyclisme n’est décidément plus ce qu’il était : désormais, deux Français — Pinot et Alaphilippe — sont en mesure de remporter le Tour, et, plus incroyable encore, aucune affaire de dopage n’est venue entacher l’édition 2019, du moins pour l’instant.
Ah ! comme il paraît loin, le bon temps de l’EPO, du gouleyant pot belge, des seringues retrouvées dans les poubelles, des coureurs faisant des pompes la nuit dans les couloirs d’hôtel afin de se calmer un peu, des vedettes obligées de freiner dans les virages en montant. Comme elle était savoureuse, cette affaire Festina, avec son soigneur dévoué, Willy Voet, il y a vingt et un ans. On savait se marrer, à l'époque !
Désormais, tout fout le camp. Nos champions marchent à l’eau claire, ou presque, et ne dépassent même plus les motos. Tout juste l’équipe Jumbo-Visma a-t-elle admis — même pas à l’insu de son plein gré — consommer des corps cétoniques, parfaitement autorisés par l’Agence mondiale antidopage (AMA), et dont l’efficacité paraît pourtant aléatoire.
« Selon les experts, les tricheurs sont en minorité dans le peloton et recourent à des microdoses, indétectables mais aux effets incertains », écrit « Le Monde » (17/7). Un coup à arriver sur les Champs-Elysées seulement mardi ou mercredi ! « Les choses se sont considérablement améliorées (…), il n’y a plus de mise en danger de la santé. On est davantage dans le microdosage », assure l’Agence française de lutte contre le dopage. « Le Monde » résume : « Se doper exige plus d’astuce et d’encadrement, mais c’est encore possible. » Ouf !
La France retient son souffle. Une victoire tricolore dimanche prochain gâchée par une micro-affaire de dopage, c’est encore possible ?
Dans le Canard enchaîné du 24 juillet 2019.
Dans ce recueil de trois bandes dessinées inédites, la blogueuse Emma traite du réchauffement climatique sous trois angles : 1) comment en sommes-nous arrivés là ? 2) Flinguer les fausses solutions ; 3) Solutions. Il s'agit d'une compilation de ses lectures, donc il ne faut pas s'attendre à de l'original. Néanmoins, cela remet les idées en place, d'où j'en recommande la lecture.
J'aime assez l'analyse sur l'origine du problème. La machine à vapeur fut d'abord rejetée par les industriels : pourquoi payer du charbon alors que nos machines hydrauliques actuelles nous coûtent rien en énergie ? Selon moi, il y a deux biais : la puissance motrice limitée de l'eau et l'espace géographique limité où un courant suffisant permet d'actionner les machines désirées. Les usines étaient donc proches des cours d’eau, à la campagne. Mais, il était difficile de trouver de la main d'œuvre docile. Les hommes préféraient s'occuper librement de leurs terres. Les femmes commençaient à comprendre leur exploitation. On inventera l'école moderne pour les calmer et les contrôler. Les campagnes de recrutement régulières, la construction de villages ouvriers et tout ce qu'il faut pour attirer le chaland coûtent cher. Les propriétaires d'usines décident de déménager dans les villes en expansion où la main d'œuvre ne manque pas et d'utiliser la machine à vapeur qui fonctionne partout, elle. Le coût du charbon est compensé par la docilité et la productivité du personnel.
J'aime ce rappel des analyses du GIEC :
J'aime bien le dézingage des solutions dites du capitalisme vert :
Les solutions envisagées par l'auteure sont assez classiques : changer nos modes de vie (suppression de la publicité commerciale et de la mode vestimentaire, interdiction de l'obsolescence programmée, consommer moins, etc.) via des prises de décision collectives et solidaires (pour accompagner les destructions d'emplois…), refuser de marchander avec toutes les sociétés commerciales qui réclament un subventionnement avant de se mettre au vert (à quel niveau de résignation faut-il être pour accepter de payer pour que des millions de vie soient menacées ?) et manifester / faire grève / bloquer l'économie, même si l'auteure reconnaît que ça ne fonctionne pas en citant Ségolène Royal qui, quand on l'interroge sur les 2,8 degrés Celsius de hausse de la température moyenne du globe induite par le respect des accords de Paris, répond que la COP21, c'était quand même un « moment historique extraordinaire », comme si le but avait été de passer un bon moment entre potes…
Dans ce livre de la série « un autre regard » de la blogueuse féministe Emma, je retiens deux bandes dessinées inédites que j'ai envie de résumer ici. L'une porte sur la charge émotionnelle, la suite de la charge mentale ménagère. L'autre porte sur le complexe partage du travail domestique gratuit et invisible.
Charge émotionnelle (lien vers la B.D. : Le pouvoir de l'amour):
Répartition du travail productif et du travail reproductif (ÉDIT DU 06/10/2019 À 12 H 10 : lien vers la B.D. : Michelle. FIN DE L'ÉDIT.) :
Ainsi, des femmes sont en couple par nécessité, par dépendance, pas tellement par amour ;
Solutions ?
Également en vente chez Arte si tu acceptes les odieux DRM et le logiciel maison d'Arte.tv…
J'ai déjà évoqué ici-même les années de plomb, c'est-à-dire ces dizaines d'années de violence politique dans toute l'Europe de l'Ouest. J'ai pointé des ressources audiovisuelles concernant quelques groupes militants d'extrême-gauche qui, constatant l'échec des méthodes de contestation politique traditionnelles, avaient fait le choix de commettre des attentats politiques ciblés : Action Directe, et la Fraction Armée Rouge. À présent, voici un documentaire sur l'organisation italienne du même acabit, les Brigades Rouges (BR).
Ce documentaire est plein d'images d'archive et de témoignages de principaux membres actifs des Brigades Rouges qui expliquent en détail leurs stratégies politiques et militaires. C'est très intéressant, même si la deuxième partie de ce film est excessivement centrée sur l'assassinat du politicien Aldo Moro.
Ce film met en exergue plusieurs points communs entre les BR et les autres groupes européens de lutte armée. La doctrine bien entendu (antifascisme, communisme, autogestion, radicalité, lutte armée ciblée et réfléchie avec minimisation des dommages collatéraux, etc.), mais aussi le fonctionnement par vague / génération qui se succèdent quand l'une est démantelée par la police, ainsi que le choix des cibles (politiciens, patrons, presse) et le retournement de l'opinion publique. Je note aussi des différences Exemples : les Brigades Rouges étaient composées de groupes locaux décentralisés. Ils ont séquestré et assassinés des magistrats, des avocats et des gardiens de prison, ce qui n'est pas le cas des autres groupes. Leur mode d'action favori, la jambisation consiste à tirer plusieurs balles dans les jambes d'une victime, ce qui diffère de l'assassinat "propre" habituel.
Mes notes :
Depuis la décision du 30/07/2019 du tribunal de Tours d'ordonner le retrait de 13 compteurs Linky afin de ménager des occupants électrosensibles, je vois circuler des propos incorrects à propos du Linky.
Évidemment, je pense que le tribunal de Tours se trompe sur le fond et la forme. Sur le fond, je ne crois pas à l'électrosensibilité, même si je crois à la nécessité de ne pas s'en moquer, de continuer les recherches et de traiter le mal-être psychologique qui, lui, est bien réel. Sur la forme, il y a plus pertinent pour descendre en flammes le Linky, comme son impact sur la vie privée, les méthodes brutales des sous-traitants d'Enedis (ex-ErDF) pour l'installer, etc. Cette décision est celle d'un tribunal de première instance, donc précaire. Enedis va probablement former un appel et la discussion reprendra. ÉDIT DU 16/08/2019 À 21 H 20 : D'autant que, d'après le Canard enchaîné du 07/08/2019, le 2 août, le tribunal de Nanterre a rejeté la notion de danger imminent (référé) des plaintes de 457 justiciables dont plusieurs dizaines rendaient le Linky responsable de leur hyperthyroïdie, de leur diabète ou de leur épilepsies. FIN DE L'ÉDIT.
À côté de ça, je vois passer des choses du genre "les écolos veulent la transition énergétique, le Linky est installé dans ce cadre-là, donc les écolos devraient vouloir le Linky, il faudrait qu'ils assument leurs idéaux !" (exemple).
En effet, le Linky permet de connaître précisément la consommation électrique d'un territoire à un instant T, donc la quantité de courant qu'il faut injecter dans le réseau à cet instant T. Comme la quantité d'énergie renouvelable produite est fluctuante par essence (l'éolien dépend de la puissance du vent, le solaire de l'intensité lumineuse, etc.), Linky permet de savoir si l'énergie renouvelable produite à un instant T suffit à satisfaire les besoins et donc, à encourager une injection plus fréquente des énergies renouvelables dans le réseau. À titre personnel, je ne crois pas au lien "Linky rend l'injection d'énergies renouvelables plus facile donc cela sera fait". À titre d'exemple, même si leur flexibilité est moins ample, on sait moduler la production d'une centrale nucléaire ou à gaz. Les données de consommation émanant des Linky permettent tout autant d'affiner les programmes de charge des centrales nucléaires ou des centrales à gaz ou… que d'injecter de l'énergie verte dans le réseau. Rien permet d'affirmer que le choix penchera en faveur des énergies renouvelables. ÉDIT DU 11/11/2019 À 13 H 00 : une nouvelle vague de nucléaire, dite EPR 2, est d'ailleurs en cours de construction… FIN DE L'ÉDIT.
Le Linky permet également au consommateur de prendre conscience de sa consommation électrique. Ainsi, ils espèrent que ce même consommateur cherchera à la réduire, ce qui permet de favoriser les énergies renouvelables. Ils l'aideront avec une incitation tarifaire, ce qui, comme d'habitude, réduira uniquement la consommation des pauvres, les riches en ayant que faire. Là-encore, j'émets une réserve entre la faisabilité technique et le choix qui sera fait.
Un rapport de la Cour des comptes de février 2018 expose que cet objectif, la « maîtrise de la demande d'énergie », smart grid ou autre terminologie bullshit sous laquelle on le désigne, ne sera pas tenu : « en l’état actuel des travaux, le système n’apportera pas les bénéfices annoncés en ce qui concerne la maîtrise de la demande d’énergie ». Il expose également que le déploiement du Linky n'est pas justifiable économiquement parlant au regard des bénéfices apportés à la distribution en énergie électrique, mais ce n'est pas le sujet.
Selon moi (je me base quand même sur le rapport de la Cour des comptes, sur ce que j'ai entendu dans le réseau militant Enercoop et sur un reportage d'Envoyé spécial), le Linky sert d'autres intérêts que ceux du citoyen-consommateur de base :
En résumé : oui, on peut s'intéresser à l'électrosensibilité titillée par le Linky, aux prétendues vertus vertes de ce compteur (utilisation plus fréquente des énergies vertes, non construction de sources de production polluantes inutiles) qu'il faudrait d'ailleurs nuancer avec l'empreinte écologique de sa fabrication et de sa pose, ainsi qu'aux prétendus gains pour les fournisseurs d'énergie alternatifs (plus besoin de conserver une provision budgétaire annuelle), mais je pense que c'est mal poser le débat et se concentrer sur l'arbre qui cache la forêt. Pour moi, le Linky c'est business as usual, cela bénéficiera uniquement au business, au commerce et donc aux Puissants de ce monde. C'est sur cela que j'aimerais que nous portions notre attention.
Voilà bien trois instruments qui me gonflent et dont j'essaye de me défaire depuis quelques années. Je documente cela en espérant que ça t'inspire.
Ma détestation des montres vient d'un constat pratique : dans les moments de creux (comprendre : d'ennui), comme dans les transports en commun ou les files d'attente (ou à l'école), je la regardais de manière compulsive (plusieurs fois par tranche de 2 minutes). Bien entendu, à part rendre ce moment encore plus long et ennuyeux, ça ne servait à rien.
Celui qui contrôle l'emploi du temps contrôle l'individu. C'est en partie pour cela qu'un travailleur (salarié ou indépendant) consent à réduire sa liberté : il doit respecter des horaires et des contraintes d'agenda (réunions, déplacements, etc.) indépendantes de sa volonté. Dans un autre registre, quand on constate que la majorité des textes débattus au Parlement français sont des projets de loi (émanant du gouvernement) et que le gouvernement peut moduler le temps des députés (activation de l'examen accéléré d'un texte, possibilité de s'auto-attribuer des créneaux horaires pour ses textes), on comprend bien que le gouvernement est le patron du Parlement qui est un simple bureau d'enregistrement des désidératas du gouvernement.
Cela est sans compter les injonctions multiples à bien utiliser notre temps. Les loisirs sont l'incarnation de cela : il faut consommer notre temps dans des activités que l'on estime être pertinentes. Cela va à l'encontre de la liberté de perdre notre temps, de le dépenser en pure perte. Le temps est fait pour être perdu, sans calcul, sans chercher à le gagner ou à l'échanger (contre du plaisir, de la connaissance, de l'argent, etc.). Tel un bovin dans un champ qui se moque bien du temps qui passe. Nous considérons même que nous gagnons notre temps libre. Nous gagnons nos soirs, nos fins de semaine et nos vacances à la force de notre emploi. Ainsi, notre temps libre se définit comme une propriété privée immatérielle opposée à notre temps contraint (emploi, tâches ménagères, soins aux enfants, etc.). Pourtant, nous naissons avec du temps libre… que nous choisissons plus ou moins de rentabiliser par un emploi ou des loisirs. Je paraphrase grandement Jean Baudrillard (avant-dernière citation).
Durant toute sa retraite, la montre de ma grand-mère demeura sur son buffet. Elle n'était pas femme de discours, donc il est inenvisageable qu'elle ait tenu les propos que je viens d'énoncer. Néanmoins, dans sa réponse à mon interrogation sur cette curiosité (montre sur le buffet), autant dans ses mots que dans ses expressions non verbales, on pouvait lire que la montre symbolisait pour elle toute l'aliénation qu'elle avait subie tout au long de sa vie. Une vie passée à se presser pour le compte d'autrui. C'est cela qui m'a poussé à m'interroger sur ce simple objet qu'est la montre.
Cela fait plus de 7 ans que je ne porte plus de montre (tiens, un calcul du temps qui passe). Au début, j'ai remplacé l'addiction à la montre par l'addiction au téléphone mobile. Mais cela fait bientôt 2 ans que je n'ai plus d'ordiphone.
Bien sûr, sur mon poste de travail, j'ai un agenda numérique qui me rappelle mes contraintes. Oui, j'ai du mal à ne pas regarder l'horloge affichée par mon ordinateur. Oui, j'ai un environnement de vie qui fait que relâcher ma vigilance aura peu d'impact négatif, à commencer par le fait que je ne dépends plus des transports en commun. Oui, je pense qu'on ne peut pas échapper au calcul du temps qui passe par des moyens dérivés comme la luminosité d'une pièce, le départ de collègues, et, bien sûr, l'alternance du jour et de la nuit. Oui, mes actions sont encore excessivement liées à l'heure : s'il n'est pas 13 h ou 20 h, je me retiens de manger. Pourquoi se retenir si l'on a faim ?
Je pense que le réveil-matin n'est pas la chose la plus saine qui soit. Il casse nos rêves et nos phases de sommeil (parfois profond). À cause de lui, on se réveille grincheux. Les rêves sont importants pour notre plaisir, la construction de nos désirs et pour imaginer notre possible futur. Oui, je sais qu'il existe des applications mobiles et des gadgets pour calculer l'heure idéale du réveil en fonction de notre cycle de sommeil. Je ne veux pas de cela, car il s'agit encore d'un piètre palliatif pondu par notre société industrielle pour réparer la merde qu'elle a générée (jour permanent avec les ampoules et l'électricité, écrans, emploi à heure fixe, etc.). Je préfère être plus radical (au sens propre, me concentrer sur la racine du problème) et me passer de réveil-matin. C'est Johndescs qui, en praticien, m'a inspiré cette démarche.
Évidemment, un réveil sans réveil est possible seulement si nous avons l'espoir que des activités que nous estimons être positives nous attendent. Si tu estimes que ton boulot est inutile ou inintéressant ou pénible ou… alors tu n'arriveras pas à te lever sans réveil. Quand j'étais dans cette situation, même un réveil ne suffisait pas. Oui, avoir un emploi sans contact avec le public (donc sans horaires contraintes pour une raison valable) permet de traverser plus facilement la phase d'apprentissage du sans réveil. Bien sûr, un lever sans réveil repose sur la construction d'habitudes, donc, entre autres, sur une régularité dans l'heure du coucher. J'avoue programmer un réveil-matin pour les lendemains de cuite et autres nuits courtes.
Cela fait bientôt 2 ans que je n'utilise plus de réveil-matin sauf exceptions présentées ci-dessus.
L'apprentissage m'a paru compliqué. Il faut apprendre à se faire confiance. Dans l'attente, ayant peur de rater le coche, on se réveille souvent trop tôt. Ce n'est pas grave en soi : il suffit d'arriver plus tôt à son emploi (si celui-ci, ainsi que le moyen de transport le permettent…), d'en sortir plus tôt (même remarque) et de se coucher plus tôt. J'imagine que vivre à la campagne (chant du coq, oiseaux, etc.) et/ou en compagnie d'un autre être humain doit simplifier cet apprentissage.
J'écris sur les prévisions météo courantes. Je n'écris pas sur la vigilance météo (ni sur l'étude du climat), c'est-à-dire la prévision et l'annonce massive de situations dangereuses pour l'être humain. Je trouve que c'est utile d'anticiper les galères qui vont nous tomber sur le coin du museau, même si l'on pourrait m'objecter que la nature a toujours fait le tri parmi les animaux et que vouloir échapper à une catastrophe naturelle avec notre prétendue technologie est d'une prétention sans nom.
Depuis mon plus jeune âge, j'ai constaté que les prévisions météorologiques sont souvent fausses malgré des modèles mathématiques toujours plus sophistiqués. Même quelques heures auparavant. C'est particulièrement vrai en ce qui concerne les petites averses et les températures réelles. J'ai vécu, littéralement, aux quatre coins de la France, ce qui exclu une anomalie locale. J'accorde donc, aux prévisions météo, une crédibilité extrêmement limitée.
Ces prévisions, malgré leur lucidité relative, provoquent de la tristesse voire des angoisses à l'avance. Ho non, il va pleuvoir toute la semaine prochaine, c'est triste ! Ho non, chaleurs élevées toute la semaine prochaine ! À quoi cela sert-il ? Demain sera ce qu'il sera, point. On verra bien. Remplacer la peur de l'inconnu par une peur de l'incertain, quelle idiotie ! Je me souviens d'un proche totalement angoissé par l'annonce d'une pluie (pas d'une averse) le jour de son déménagement (ouais, parce que les biens que l'on possède finissent par nous posséder, big up Fight Club, mais c’est un autre problème). Au final, il s'est agit d'une averse de faible intensité et de courte durée que quelques morceaux de tissu ont permis de tenir éloignée des précieux biens de ce proche. Tout cette angoisse et ce mal-être pour quelque chose qui n'est pas arrivé !
Je suis un animal d'intérieur qui doit parfois se déplacer dans les rues. Je ne pratique pas d'activités de plein-air sensibles aux conditions météo. Cela me permet d'être plus détendu, c'est sûr. On constate que cette obsession pour les conditions météo provient, comme celle pour la montre, à notre rapport au temps qui passe : c'est parce que nous avons des activités contraintes par autrui (école, emploi, courses, loisirs) que nous avons cette nécessité de prévoir les conditions météo au moment de les réaliser. Un certain désir de confort dans la réalisation de nos contraintes, aussi, sans doute.
Néanmoins, je dois reconnaître qu'il s'agit d'un sujet de discussion facile et sans risque… … … Peut-être est-ce pour cela qu'il est si répandu ? Et j'avoue que je pratique la causerie météo, ne serait-ce que pour faire remarquer à mon interlocuteur que sa prédiction était fausse. Ça m'amuse.
J'ai beaucoup de mal à ne pas aller vérifier, sur les sites web météo, la température affichée par mon thermomètre. C'est totalement stupide puisque mon thermomètre est plus proche de moi que n'importe quel autre, mais c'est ainsi… Sans surprise, j'ai encore des progrès à faire.
Si l'on s'intéressait à Laura Fessel, l'ancienne ministre des sports que la Commission des infractions fiscales de Bercy a décidé de ne pas poursuivre en justice pour les ponctions non déclarées au fisc dans la caisse de sa société commerciale de perception de ses droits à l'image en tant que sportive de haut niveau ? Après tout, c'est une potentielle fraude fiscale et un potentiel abus de bien social.
On pourrait aussi s'intéresser à Marlène Schiappa, secrétaire d'État à l'égalité entre les femmes et les hommes et de lutte contre les discriminations, qui a utilisé le secrétariat de son sinistère (ainsi que le fichier d'adresses emails de celui-ci) pour faire la publicité de son livre présenté comme étant personnel, sans lien avec son sinistère ? La CNIL et le Premier sinistre ont décidé que c'était pas grave.
On pourrait également se souvenir des travaux illégaux, à Paris et à Arles, de Françoise Nyssen, l'ancienne sinistre de la culture. La justice planche toujours sur ce sujet. Selon le Canard enchaîné, cela ne l'affecte pas : lorsque sa maison d'édition, Actes Sud, a remporté un prix Goncourt, elle a accueilli ses invités à une petite fiesta avec une affichette « Ici, les mezzanines ». L'abus du pouvoir, c'est être en capacité de te moquer des investigations judiciaires en cours contre toi comme si tu y étais immunisé.
On pourrait aussi s'intéresser aux réceptions des Macron qui réunissaient, à Bercy, midi et soir, le Tout-Paris au temps où notre président était sinistre de l'économie. On parle de dizaines de réceptions, de 80 % de l'enveloppe budgétaire 2016 du sinistère consommée par et pour un seul homme. C'était pour expliquer ses réformes aux puissants… Moquez-vous de nous ! Ces réceptions ont permis à Macron de tisser et d'entretenir des liens avec les gens qui ont fait son ascension. Rien à voir avec sa fonction de ministre. Ces faits sont connus depuis janvier 2017, confirmés en mai 2018 par Christian Eckert et vérifiés par plusieurs journaux depuis et… pas de réactions exceptée une nomination à la tête de l'État ! Deux poids, deux mesures ? Il faut dire que l'impunité du chef de l'État, ça aide, ça réduit le nombre de belliqueux potentiels.
On pourrait également s'intéresser à la probité de tellement d'autres élus et nommés, locaux comme nationaux…
Le très officiel Institut national d’études démographiques vient de publier un rapport qui explique pourquoi « la France a la plus forte fécondité d’Europe ». Réponse des auteurs : « Beaucoup de gens pensent que c’est (…) parce que les immigrées font beaucoup d’enfants. Les statistiques racontent une autre histoire. » « Le Monde » (11/7) précise : « Si un nouveau-né sur cinq a une mère issue de l’immigration, la contribution de ces femmes ajoute seulement 0,1 enfant à la moyenne nationale », laquelle est de 1,9.
Pas de quoi sonner le tocsin.
Dans le Canard enchaîné du 17 juillet 2019.
Corinne de Bilbao, ancienne directrice de General Electric France, a reçu la Légion d'honneur. Trouzemillième illustration que la légion du déshonneur n'est pas une récompense mais un hochet permettant au pouvoir de s'assurer de la fidélité de pans de la société. Rien d'étonnant : Napoléon l'a conçu pour cet usage.
Certains diront que c'est trop facile de taper sur cette pauvre directrice générale de General Electric France, car elle n'avait pas le choix, il y avait les actionnaires et la pression de la maison-mère. Sinon, c'était toute la société qui fermait, bien entendu ! Je sais, mais dans l'imaginaire des dominants, on aime bien nous vendre ces sièges comme étant des postes prestigieux à haute responsabilité, qui en justifierait la rémunération hors sol. La responsabilité, c'est aussi assumer de n'avoir pas su vendre et imposer une ligne directrice protectrice des emplois aux actionnaires et à la maison-mère.
Notons qu'en avril 2019, Hugh Bailey, conseiller d'Emmanuel Macron au sinistère de l'économie, a pris la tête de General Electric France. La beauté de l'entre-soi.
Une légion d’honneur électrisante ! Ex-directrice générale de la branche française de General Electric (GE) de mars 2016 à avril 2019, Corinne de Bilbao a été élevée au grade de chevalier de la Légion d’honneur, sur le contingent de Matignon, au sein de la promotion du 14-Juillet. C’est notamment sous son règne que GE France n’a pas tenu sa promesse de créer 1 000 emplois avant juin 2018, faite au moment du rachat d’Alstom, quatre ans plus tôt…
Cette DG très investie sur le front social n’a quitté son poste qu’un mois avant l‘annonce [ NDLR : fin mai 2019 ] des 1 000 suppressions d’emplois dans l’usine de turbines de Belfort, décision qui était de fait dans les tuyaux depuis des mois… Or la grande chancellerie de la Légion d’honneur stipule que « les légionnaires œuvrent au bénéfice de la société » et « contribuent au bien public par la création d’emplois », entre autres, rappelle le site de « Marianne » (15/7).
C’est réussi ! Promesse non tenue, médaille due.
Dans le Canard enchaîné du 17 juillet 2019.
Les aménageurs du territoire sont obligés de naturaliser (mot moderne dénué de signification détecté !) des zones afin de compenser les dégâts qu'ils infligent à d'autres zones. C'est parfaitement stupide et inefficace. Mais voilà que l'on se met à compenser la destruction d'une zone qui compensait elle-même la destruction d'une autre zone… Le suivi de ces dites compensations est très insuffisant donc leur sanctuarisation n'est pas garantit… Les avis des autorités chargées de la protection de l'environnement sont contournés…
Et si l'on arrêtait de penser con (compenser) pour penser socialement utile, intérêt commun, tout ça ?
Stop à l’artificialisation des terres ! Le gouvernement l’a promis à l’issue du premier Conseil de défense écologique (le 23 mai) : 60 000 hectares bétonnés chaque année, ça suffit. Sauf qu'on pourra continuer de bétonner grâce à la com-pen-sa-tion. Héritage du Grenelle de l’environnement et obligation réglementaire depuis 2016, ce savant mécanisme oblige les aménageurs qui détruisent des espaces verts à acheter en contrepartie des « actifs naturels ».
Ainsi, si un promoteur comble une mare où barbote la grenouille agile, espèce protégée, il devra acheter un terrain gorgé d’eau jusqu’à deux fois et demie plus grand et le « re-naturaliser » (sic). Et hop ! voilà comment on obtient le « zéro artificialisation nette ». Reste une question : cette nouvelle mare vertueuse et grouillante de biodiversité est-elle à jamais sanctuarisée ? Prenons deux exemples.
Près de Lyon, entre Tarare et L’Arbresle, les élus locaux ont autorisé le bétonnage de 47,5 hectares de terres agricoles le long de l’A89, afin d’y bâtir moult hangars et grandes surfaces. Or, sur ce territoire, se trouvent une haie et deux mares censées être protégées puisqu’elles compensent les dégâts occasionnés en 2013 par ASF, une filiale de Vinci, lors de la construction de cette même A89. Harold Levrel, économiste à AgroParisTech, est formel : « Dans la loi de 2016, il est clairement mentionné que les mesures compensatoires doivent durer aussi longtemps que l’impact. Il s’agit ici d’un cas de délit environnemental flagrant ! » En septembre dernier, l’Autorité environnementale a beau avoir émis un avis négatif sur ce projet, l’opération suit son cours.
Même histoire dans l’Essonne. A Palaiseau, la Société du Grand Paris veut construire un viaduc pour la future ligne 18 du métro. Un de ses piliers se situera dans une zone humide abritant l’étoile d’eau, discrète plante aquatique protégée. Or cette étoile avait été transplantée la en 2011, avec mille précautions, pour compenser la construction d’un centre de recherche d’EDF dans le nouveau quartier de l’Ecole polytechnique de Palaiseau. Malgré l’avis négatif du Conseil national de la protection de la nature, l’arrêté préfectoral a été délivré le 20 décembre 2018. La préfecture indique au « Canard » que cet arrêté « prescrit de nouvelles mesures de compensation en réponse aux impacts sur l’étoile d’eau ». Ainsi, il est prévu de compenser la destruction d’une zone qui était destinée à compenser la destruction d’une autre zone. Génial !
Grandeur rature
Depuis le 25 mars est accessible sur Géoportail, le site de l’IGN, la carte des quelque 3 000 sites abritant des « mesures compensatoires ». Un merveilleux outil insensément compliqué. Quand on cherche, près de Lyon, la fameuse mare ayant servi à compenser les travaux de l’A89, on ne la trouve nulle part.
URL : https://www.geoportail.gouv.fr/donnees/mesures-compensatoires-des-atteintes-a-la-biodiversite
Sylvain Angerand, de l’ONG Les Amis de la Terre, n’est pas étonné : « La plupart des mesures compensatoires sont émiettées. Une mare par-ci, un bout de prairie par-là… Personne n’est missionné dans les services de l’Etat pour suivre ces mesures, et les associations n’ont ni le temps ni les moyens de le faire. Dire qu’on est capable de garantir la protection d’un espace naturel sur le long terme est irréaliste. Ces deux exemples montrent qu’à court terme on n’y arrive même pas ! »
L‘artificialisation a de beaux jours devant elle.
Dans le Canard enchaîné du 17 juillet 2019.
La France patine à établir ses responsabilités dans le génocide au Rwanda : peu de témoins entendus par la justice, juges successifs sous pression, secret-défense, etc.
À titre personnel, cela me rappelle l'opposition du député Alain Tourret, lorsqu'il était rapporteur de la loi de réforme des délais de prescription en matière pénale, à un article de loi ajouté par le Sénat qui rendait imprescriptible les crimes de guerre liés à des crimes contre l'humanité. Son argument était justement le Rwanda. D'une manière générale, le gouvernement conseille les rapporteurs. Cela va jusque-là, semble-t-il. Plus d'infos sur l'élaboration de cette loi de réforme des délais de prescription en matière pénale.
Pourquoi la chaîne de commandement politico-militaire à Paris n’a-t-elle pas donné l’ordre aux premiers soldats de l’opération « Turquoise » déployés dans l’ouest du Rwanda de stopper les massacres en cours dans les collines de Bisesero, où s’étaient réfugiés des milliers de Tutsis ?
Le 27 juin 1994, un détachement des forces spéciales croise des survivants hagards qui les supplient d’intervenir. Les militaires promettent de revenir au plus vite, mais ce n’est que trois jours plus tard que le sauvetage commence. Entre-temps, des centaines de Tutsis ont été exécutés…
Cela fait quatorze ans que la justice patauge. Le 16 février 2005, six survivants rwandais déposent une plainte devant le tribunal aux armées de Paris, avec le soutien de l’association Survie et de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH). Cinq juges se sont succédé depuis cette date. Cinq officiers supérieurs ont été interrogés avec le statut de témoin assisté. Le dernier juge en date, Michel Raffray, a clos l’instruction, sans avoir organisé de confrontation ni consenti à entendre deux survivants qui sont venus à Paris en juin pour les commémorations.
« Ma petite sœur Joséphine a été tuée le 28 juin et ma fiancée, Catherine, le 29. Si les militaires français étaient restés le 27, ces deux êtres chers seraient encore en vie », a témoigné l’un des deux survivants en question, Eric Nzabihimana, à la tribune d’un colloque commémoratif. La juge d’instruction qui a ouvert l’information judiciaire en 2005, Brigitte Raynaud, est venue témoigner des « obstructions » à l’enquête. Elle a préféré mettre fin à son détachement avec dix mois d’avance, en 2006 : « Les pressions se rapprochaient, j’avais une famille, des enfants, j’ai préféré partir dès lors que ma sécurité n’était plus assurée. »
Depuis qu’Emmanuel Macron a chargé, en avril, une commission d’historiens de faire la lumière sur le rôle de la France au Rwanda, toutes les archives sont censées s’ouvrir enfin par magie. Mais uniquement pour les membres de cette commission, et pas pour les juges ! « C’est humiliant pour les juges d’instruction, qui, dans la procédure de Bisesero comme dans celles touchant des génocidaires vivant en France, se sont vu opposer le secret-défense sur des dizaines de documents ! » explique le président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme, Michel Tubiana. Les avocats ont donc déposé une lettre de protestation sur le bureau du juge Raffray, qui a refusé, le 24 juin, de rouvrir l’enquête.
Ironie de l’histoire : s’il traîne encore deux ans, délai fixé par Macron a la commission pour remettre son rapport, le juge pourra le lire et sans doute y découvrir des documents classés secret-défense utiles à son enquête !
Dans le Canard enchaîné du 17 juillet 2019.
Oups, la DGSE (le renseignement extérieur français) oublie des missiles anti-char inutilisés dans le conflit Afghan dans une base libyenne du maréchal Haftar, que la France assiste contre le gouvernement libyen reconnu par l'ONU. C'est ballot, quand même. Haftar a été en contact avec la CIA et est soutenu par les pays rois du pétrole. La France, éternelle vassale des États-Unis et des pétroliers ?
Un officier confirme qu'une centaine de comandos de la DGSE ont parfois participé à la guerre civile.
« La France est en Libye pour combattre le terrorisme », proclamait Jean-Yves Le Drian dans « Le figaro », le 3 mai. Vrai — des forces spéciales françaises ont traqué des groupes djihadistes dans l’est du pays —, mais surtout faux. Dès 2014, Macron avait en effet choisi son camp. Il estimait que la France devait apporter son soutien au maréchal Haftar, « car il représente la meilleure solution pour la Libye », expliquaient alors plusieurs diplomates macronistes. D’autres rappelaient méchamment que, lors de son exil aux USA, Haftar avait été en contact avec la CIA.
Mais l’essentiel était que, convaincus ou non, le Quai d’Orsay, le ministère des Armées et la DGSE, avec ses commandos, s’étaient vus chargés d’appliquer, avec discrétion, les directives présidentielles. Cela n’empêchait pas Emmanuel Macron de jouer en même temps les diplomates. A deux reprises, il tenta l’impossible — réconcilier le maréchal avec son adversaire, le Premier ministre Fayez al-Sarraj —, sans y parvenir. Dès lors, la suite était prévisible.
Le 4 avril 2019, Haftar lançait une offensive vers Tripoli avec l’intention d’en chasser le gouvernement reconnu par l’ONU et par plusieurs Etats, y compris la France… Et le « double jeu » que le secrétaire général des Nations unies et le Premier ministre libyen reprochaient déjà à Macron s’est poursuivi de plus belle. Sans trop de gêne au sommet de l’Etat car, parmi les fidèles soutiens du maréchal rebelle figurent trois excellents clients et amis de la France : l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et l’Egypte.
Extravagant communiqué ministériel
Mais, par malheur, le 8 juillet, le « New York Times » a révélé que les forces gouvernementales libyennes avaient découvert à Gharyan, dans une base militaire évacuée par les troupes du maréchal Haftar, quatre missiles antichar Javelin fournis à la France par les Etats-Unis. Bon gré, mal gré, Florence Parly a dû réagir, et un communiqué extravagant de son ministère des Armées a été publié, le 10 juillet. Que ce texte, béni par la ministre, contienne une série de gros mensonges n’est guère surprenant, mais que l’on y découvre des arguments d’une stupidité crasse n’est pas à l’honneur de ceux qui l’ont rendu public.
Exemples : « Ces munitions (on n’ose pas écrire “missiles”) endommagées et hors d’usage (…) étaient temporairement (sic) stockées dans un dépôt (re-sic) en vue de leur destruction. » Tant qu’à prendre les Français, et les journalistes, pour des imbéciles, mieux vaudrait montrer un peu d’imagination. Tout est faux : ces 4 missiles (prix officiel : 175 000 dollars pièce) étaient encore emballés dans leur conteneur d’origine. Et le « dépôt » où les ont découverts les forces gouvernementales libyennes est tout bonnement la base de Gharyan, à quelque 60 km de Tripoli, c’est-à-dire la base de départ de l’offensive du maréchal Haftar. Autre affirmation discutable : « Ces armes (que l’on vient de déclarer “hors d’usage”) n’ont pas été transférées à des forces locales. » Et voilà l’armée du maréchal qualifiée de « force locale »…
L’histoire de ces désormais fameux missiles antichar Javelin —— pouvant équiper combattants au sol, blindés et hélicoptères — mérite le détour. En 2011, Paris en avait acheté 380 aux firmes américaines Lockheed Martin et Raytheon, et une partie d’entre eux a été confiée au contingent français engagé en Afghanistan. Après son retour au pays, les missiles (non utilisés) ne regagneront pas directement la France, selon un expert militaire, mais transiteront par la Libye. Et certains — quatre, comme on vient de le constater (ou deux ou trois de plus, allez savoir ?) — sont alors remis aux membres de la DGSE qui opèrent dans le bourbier libyen.
Conformément à la volonté élyséenne, ces commandos sont aujourd’hui une centaine à « coopérer » avec l’armée du maréchal Haftar, admettent plusieurs diplomates et officiers. Et les missiles qui ont été oubliés — désinvolture ou faute professionnelle ? — dans une base rebelle, valent à Macron les reproches véhéments de l’ONU et du Premier ministre libyen.
Il ne lui suffisait donc pas d’être accusé d’avoir vendu, comme ses prédécesseurs, des armes françaises qui font merveille au Yémen ?
Dans le Canard enchaîné du 17 juillet 2019.
Quand Macron explique que les militaires conserveront leur régime de retraite spécial mais pas les personnels hospitaliers et les enseignants. C'est sûr que les militaires, c'est toujours utile pour maîtriser une population révoltée et les prochains conflits qui naîtront du bazar climatique.
Ce projet de loi sera visiblement discuté après les élections municipales. Des stratégies permettront, comme d'habitude, de diviser les citoyens impactés par cette réforme afin d'éviter une révolte solidaire. Le gouvernement reconnaît une perte de revenus qu'il ne faut pas éviter, juste rendre « pas trop nette ».
Et encore, cet article ne dit pas un mot sur le siphonnage, par l'État, de 138 milliards d'euros dans les réserves du régime de retraite complémentaire Agirc-Arrco (salariés du privé, dont les cadres).
Emmanuel Macron n’a pas attendu que Jean-Paul Delevoye, son haut-commissaire chargé de la réforme des retraites, présente son projet, ce jeudi 18 juillet, pour lui apporter son soutien lors du Conseil des ministres du 10 juillet.
« Cette réforme-là, il faut la faire, a-t-il scandé. C’est une promesse de campagne et une question de justice sociale. Elle sera difficile, mais elle doit aussi redonner confiance aux jeunes, qui sont persuadés qu’ils n’auront pas de retraite. » Il a toutefois concédé qu’il faudrait avancer très progressivement.
La première étape de la réforme a été celle de « toutes les discussions » conduites par Delevoye. « Il y en aura d’autres, a annoncé Macron. Il pourrait même y avoir une forme de grand débat. Et, ensuite, un projet de loi. » En clair, la discussion de ce projet de loi au Parlement, qui s’annonce périlleuse, n’aura lieu qu’après les municipales.
Le chef de l’Etat a insisté sur le fait que ni les actuels retraités ni les salariés nés avant 1963 ne seraient touchés. Ce qui limitera les risques de manifs. Et, après les ultimes discussions, l’application se fera par « un basculement progressif. Il y aura des transitions ». Mais le but est réaffirmé : « On ne peut pas se contenter d’une réforme à la marge, comme cela a été fait avant moi. »
Son ami Sarko appréciera le compliment.
Philippe, roi du pique-boxing
L’enthousiasme présidentiel est loin d’être partagé par son Premier ministre.
« Ça va être très difficile. On n’y voit pas très clair dans les différents scénarios proposés par Delevoye, a rétorqué Edouard Philippe après l’intervention de Macron. Le travail n’est pas assez abouti. »
La tâche s’annonce donc ardue. « Dans chaque régime spécial se cache une mine. C’est assez technique, et on aura donc du mal à l’expliquer », a enchaîné le locataire de Matignon.
Avant d’aligner le haut-commissaire, qui a la réputation d’être devenu le chouchou du Président :
« La présentation des propositions de Jean-Paul Delevoye ne sera pas la présentation du projet du gouvernement, qui nécessitera beaucoup de concertation, de dialogue et de pédagogie. Car c’est une réforme qui concerne tout le monde, et pas seulement une catégorie de personnes ou une catégorie professionnelle. »
Sans doute le sujet était-il trop compliqué pour M. le Haut-Commissaire.
Ministres en gilet jaune
Après cette « philippique », le Conseil des ministres s’est transformé en bureau des pleurs. Agnès Buzyn a défendu la spécificité des hospitaliers du secteur public par rapport au privé. Aligner les retraites des infirmières sur celles du privé serait, à ses yeux, explosif, « sauf à vouloir se retrouver avec un mouvement social important dans les hôpitaux ».
Jean-Michel Blanquer s’est, lui, déguisé en délégué syndical des enseignants : « Ils ne sont pas très bien payés pendant leur carrière et, ensuite, ils se rattrapent a la retraite. »
Et de mettre en garde : « Il faut faire attention à ce que [la réforme] ne débouche pas sur une perte trop nette de leurs revenus. »
Christophe Castaner et Florence Parly ont ensuite pris la parole pour plaider en faveur de la spécificité des policiers et des militaires.
Ces ministres rebelles gèrent des fonctionnaires qui travaillent massivement dans la « catégorie active », c’est-à-dire exposés à des horaires pénibles ou à des travaux risqués ou difficiles. Sous réserve d’avoir occupé un poste « actif» pendant dix-sept ans, ils peuvent partir cinq ans plus tôt sans décote. Près de la moitié des personnels hospitaliers et la totalité des gardiens de la paix, des douaniers, des matons ou des instits embauchés avant 2003 appartiennent à cette catégorie. Tous redoutent un alignement sur le privé qui les priverait de la possibilité d’un départ anticipé.
Après avoir écouté ces ministres, le chef de l’Etat a balayé tous leurs arguments. Sauf ceux en faveur des militaires, qui, eux, ont des droits particuliers, a-t-il affirmé, au titre d’« un contrat passé entre la nation et ses armées ».
De quoi rendre antimilitaristes tous les autres fonctionnaires !
Dans le Canard enchaîné du 17 juillet 2019.
Le numéro de juin 2019 du Ravi, journal satirique en PACA, remet les idées en place au sujet des communautés.
Fin mai, lors du conseil municipal de Fréjus (83), le maire d’extrême droite David Rachline, a fait voter la prise en charge de ses frais d'avocat dans deux affaires. La première concerne une citation directe pour diffamation contre la nouvelle députée européenne La France insoumise, la fréjussienne Manon Aubry qui a déclaré dans Var-matin, fin avril que « le RN à Fréjus vend le patrimoine de la ville à ses copains ». La seconde concerne un dépôt de plainte contre un Fréjussien qui aurait écrit sur un abribus : « Les magouilles du maire, chez moi, c’est fini. » Et l’opposition d’interroger sur cette dépense inutile d’argent public : « Dire ce que l’on pense de vous, est-ce un crime de lêse-majesté ? […] Il faudrait prendre un peu de hauteur, Monsieur le maire… »
Un maire fait prendre en charge ses frais d'avocat, dans des procédures dont il est à l'origine, par ses contribuables. Admirons le creusement des inégalités entre l'élu et le citoyen. Dans ce genre de situations, pourquoi ne pas également prendre en charge les frais d'avocat du citoyen (avec un montant supérieur à celui de l'aide juridictionnelle, même traitement que l'élu, en somme) ? Comment le procès pourra-t-il être équitable entre un élu assisté qui pourra utiliser tous les artifices et un citoyen qui devra nécessairement compter ses sous ?
Tout ça pour de la possible diffamation, c'est-à-dire quelque chose qui ressemble à "mouin, mouin maîtresse, Manon et le citoyen ont été trop trop mézant avec moi !". Comment un conseil municipal a-t-il pu voter ça ? :(
Pour rappel, quand les citoyens se sont réunis pour financer les frais d'avocat du gilet jaune-boxeur Dettinger, Schiappa avait estimé qu'il s'agissait d'une odieuse complicité. Pourquoi faudrait-il accepter deux poids, deux mesures ?
Dans le numéro de juin 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.