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  • On ne va pas en faire un fromage !

    Les enfants manquent de calcium. Mais la solution est dans le fromage. C'est, en substance, ce que nous apprend une récente enquête du Crédoc, le Centre de recherche pour l'étude et l’observation des conditions de vie. « Entre 2010 et 2016, la part d'enfants de 3 à 5 ans qui ne couvrent pas leurs besoins en calcium est passée de 4 a 20 %. » Et le Crédoc d’en rajouter une louche : « Les besoins calciques sont de moins en moins couverts » chez les minots. En cause ? « La baisse de consommation de lait au petit déieuner, mais aussi de yaourts et de fromages en fin de repas. » Sauf que ladite étude est en fait un sondage réalisé auprès des parents de 784 enfants et financé par le groupe Bel, géant de la fromagerie industrielle avec des joyeusetés comme Babybel, Kiri ou La Vache qui rit. Voila un gage d'objectivité.

    Le crédoc, c'est l'organisme qui, en 2009, a publié une étude tout aussi bidon sur l'usurpation d'identité en collaboration avec un consultant rémunéré par Fellowes, le fabricant de broyeuses à documents. Cash Investigation a démoli tout ça.


    Cela fait longtemps que le lobby fromager a fait du manque de calcium son montra our nous inciter à consommer plus de frometon. Sauf que la dernière étude réalisée par les autorités sanitaires sur le sujet dit l'inverse. « D'après les données mesurées (…), la consommation de produits laitiers est globalement restée stable chez les enfants de 6-17 ans » peut-on lire dans le rapport publié en 2017 par l'agence nationale Santé publique France. Autre curiosité, dans l'étude commandée par Bel, la tranche d’âge passée à la moulinette, celle des moins de 6 ans est la seule pour laquelle Santé publique France ne dispose pas de chiffres sur la consommation calcique. Le Crédoc pousse aussi le bouchon quand il affirme qu'un enfant qui n'atteint pas les « apports nutritionnels conseillés » (ANC) en calcium est automatiuement carencé.

    « En fait, les ANC sont des valeurs repères, volontairement majorées pour englober l'ensemble de la population. A titre individuel, ne pas les atteindre ne signifie pas forcément que l'on est en déficit de calcium », s'agace un nutritionniste.

    Ce que ne dit pas non plus le Crédoc, c'est que, du calcium, on n'en trouve pas seulement ans les produits laitiers. Une portion de chou frisé apporte l’équivalent de 2,3 verres de lait ; pour une demi-boîte de sardines, comptez deux verres ; et certaines eaux minérales sont trois fois plus chargées en calcium que le lait. En prime, le calcium dans les produits lactiques est parfois plus difficile à assimiler que celui contenu dans beaucoup de légumes.

    Après La Vache qui rit, la vache qui ait la tête ?

    Dans le Canard enchaîné du 22 mai 2019.

    Fri May 31 12:24:36 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?rKlH_A
  • Critiquer nuit gravement aux associations

    On ne badine avec le respect dû aux grands serviteurs de la Macronie. L’Uniopss, union des organismes sociaux à but non lucratif, qui fédère une kyrielle d’établissements de santé ou de centres d’accueil et d’hébergement, vient d’en faire les frais. En mars, son président, Patrick Doutreligne, présente les comptes annuels devant le conseil d’administration. Ils sont très mauvais. Et pour cause : il y manque une subvention de 50 000 euros que le haut-commissaire gouvernemental à l’Economie sociale et solidaire, Christophe Itier, a rayé d’un trait de plume. Depuis une éternité, l’Uniopss percevait chaque année cette subvention afin de former les animateurs des institutions sociales qu’elle fédère.

    Devant son conseil d’administration atterré, Doutreligne rapporte alors un entretien surréaliste qui s’est déroulé quelques mois plus tôt avec Itier. « Comment voulez-vous que je donne une subvention à quelqu’un qui a dit du mal de moi ? » avait lancé le haut-commissaire. Doutreligne lui avait reproché, près d’un an auparavant, de développer « souvent un discours très négatif sur les associations ». Et notamment de vivre dans le « vieux monde ». Qu’on se le dise : un responsable social, ça ferme sa gueule ou ça renonce aux aides de l’Etat.

    Encore une énième illustration… Les gens, participez au financement de ce qui vous tient à cœur, bon-sang, ça limite grandement la dépendance ! Ne comptez sur personne d'autre que sur vous-même pour financer ce que vous aimez ! Personne le financera à votre place, ni l'État, ni les collectivités territoriales, ni les autres gens. Personne. Cela ne vaut pas dire pour autant que l'on doit laisser passer le genre d'actions dépeintes dans cet article, mais qu'il vaut mieux ne jamais s'être mis à genoux plutôt que d'avoir à s'en relever, car cela ne nécessite pas le même effort.

    Dans le Canard enchaîné du 22 mai 2019.

    Fri May 31 12:08:09 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?P7VeAw
  • Violences policières interdites d‘assises ?

    Les flics auteurs de violences contre des manifestants peuvent-ils se retrouver aux assises ? Question explosive alors que, depuis des mois de manifs, les bavures commises à l’encontre des gilets jaunes s’accumulent… Réponse : dans un réquisitoire du 27 février, le parquet de Paris propose de renvoyer en correctionnelle un policier pourtant accusé d’un crime.

    Place de la République, le 15 septembre 2016, Laurent Théron, syndicaliste SUD-Santé, manifeste contre la loi Travail. Les CRS chargent ; après une déflagration, l’homme ressent une intense douleur à l’œil droit et ne peut plus l’ouvrir. Après son hospitalisation en urgence à l’Hôtel-Dieu, diagnostics et expertises s’enchaînent des mois durant, jusqu’à cette conclusion, le 22 mars 2017 : le voilà « définitivement aveugle de l’oeil droit ».

    Le parquet sur les dents

    Confiée à l’IGPN — la police des polices —, l’enquête établit que la blessure est due au lancer non conforme d’une grenade à main de désencerclement (GMD), effectué par un CRS qui n’en avait pas reçu l’ordre. Le parquet de Paris poursuit d’abord ce brigadier-chef pour avoir « volontairement commis des violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ». Un crime jugé aux assises et puni de 15 ans de réclusion criminelle lorsque l’acte a été commis par une personne dépositaire de l’autorité publique

    Infirmité ? Mon œil !

    Mais, le 27 février dernier, revirement du même parquet. Dans son réquisitoire définitif, pourtant très sévère envers le brigadier, il requalifie juridiquement les faits, « dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice ». En clair, et afin que le policier échappe aux infamantes assises, le procureur tempère : « aucune expertise n’a établi une incapacité permanente », et le syndicaliste aurait évoqué la « possibilité de se faire poser un implant ». La perte définitive d’un globe oculaire (remplacé par un œil de verre) ne serait donc pas « permanente » ?

    « Je suis très étonné de ces réquisitions de pure opportunité », s’indigne Julien Pignon, l’avocat de Laurent Théron, qui, derrière le cas de son client, voit se profiler ceux des dizaines de gilets jaunes mutilés et des policiers qui les ont blessés…

    Les deux juges d’instruction chargés de l’affaire ont décidé, le 22 mai, de ne pas suivre l’avis du procureur et de renvoyer l’affaire devant les assises…

    Au final, cela termine bien grâce aux juges d'instruction indépendants, mais cela illustre, une énième fois, la laisse du pouvoir exécutif autour des cous des parquets pénaux ainsi que la volatilité de la farce que nous nommons « justice » (faiblement coupable un jour, lourdement coupable un autre jour, etc.).

    Dans le Canard enchaîné du 22 mai 2019.

    Fri May 31 12:01:27 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?hUM_kA
  • Le tourisme vu par France 2 : otages, ô désespoir

    Soucieux d’appuyer le propos du ministre des Affaires étrangères, qui, le 10 mai, avait accusé deux otages français d’avoir pris « des risques majeurs » en se rendant dans le parc de la Pendjari (Bénin), le journal de France 2 n’a pas hésité à recycler des images d’archives. Et d’une drôle de manière…

    Le lendemain de la sortie de Jean-Yves Le Drian, le jité de Laurent Delahousse propose un reportage choc : « Zones dangereuses : un tourisme qui fait polémique ». En manque d’exemples probants pour dénoncer ce tourisme irresponsable qui met en danger la vie de nos militaires, la chaîne publique ressort les images, tournées six mois auparavant, d’un couple de retraités lillois, Jean-Noël et Claudine, en goguette en Mauritanie. D’emblée, le décor est planté : « Des voyageurs français en quête d’aventure, loin du tourisme de masse, comme ici, en Mauritanie, une zone sous haute surveillance. Sur ces images, quatre brigades de gendarmerie se positionnent et assurent leur sécurité… » De vrais inconscients !

    Désert compris

    Problème : lorsque France 2 avait suivi ce couple et narré son périple, au début de l’année, c’était pour illustrer un propos totalement contraire ! Il s’agissait de saluer la réouverture au tourisme du « train du désert » reliant Nouakchott à Zouerate, au cœur du Sahara mauritanien. Et, dans ce sujet-là, Jean-Noël et Claudine n’étaient que de sympathiques globe-trotteurs profitant d’une région de nouveau ouverte ! Ambiance décontractée, musique orientale, décors de carte postale, soirées au coin du feu…

    Train d’enfer

    Dans le reportage diffusé le 14 janvier, la caméra filme « deux amoureux du désert ». Jean-Noël réalise son « rêve d’enfant », Claudine a les cheveux au vent, et France 2 s’émerveille : « Une jolie manière, pour notre couple, de célébrer ses quarante-six ans de mariage. » Mieux : « Ils sont sereins, bien loin d’un possible risque terroriste », précise le journaliste. Et de laisser la parole à Claudine, tout sourire : « A partir du moment où il a été décidé que ce circuit était ouvert, c’est qu’il y a de la sécurité. » Et, si les gendarmes locaux accompagnent la sortie pédestre, « c’est pour s’assurer que les touristes sont bien en sécurité. La balade peut commencer »… Tout va pour le mieux.

    Changement radical de ton dans le reportage de mai 2019. Cette fois, les deux mêmes Lillois se montrent d’une imprudence choquante : « A bord de leur train, qui traverse le Sahara, ces touristes rencontrés en janvier dernier ne pensent pas au risque terroriste… »

    Heureusement, France 2 est là pour le leur rappeler !

    Énième confirmation que l'on peut faire dire ce que l'on veut à des images. :)

    Dans le Canard enchaîné du 22 mai 2019.

    Fri May 31 11:51:18 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?zt8UoQ
  • Le gag de la baisse du nombre de fonctionnaires

    Pervers comme ils aiment l’être, les magistrats de la Cour des comptes ont profité de leur rapport sur l’exécution du budget 2018 pour mettre quelques points sur les « i ». Contrairement à ce que Bruno Le Maire et Gérald Darmanin avaient claironné lors du vote du budget, le nombre de fonctionnaires de l’Etat n’a pas baissé… mais a augmenté de 206 postes en équivalent temps plein ! Soit, par rapport à l’objectif que s’était fixé le gouvernement — moins 324 postes —, un écart de 530 emplois !

    Et encore, le gouvernement a été incapable de transmettre à la Cour l’évolution des effectifs des opérateurs de l’Etat qui, comme Pôle emploi, assurent des missions de service public. La loi de finances assurait que 1 200 emplois devaient disparaître, mais, faute de données fournies par l’Etat, les magistrats de la Cour ont dû reconnaître qu’ils étaient incapables de vérifier la réalité de cette suppression…

    De toute façon, ces chiffres sont dérisoires par rapport au nombre de fonctionnaires d’Etat — 2,427 millions —, mais franchement comiques par rapport aux objectifs que s’était fixés le candidat Macron lors de la campagne électorale. Il s’était engagé à supprimer en cinq ans 120 000 emplois dans les trois fonctions publiques, dont 50 000 pour celle de l’Etat.

    Et voilà pourquoi, lors de sa récente conférence de presse, le chef de l’Etat a laissé entendre qu’il abandonnait l’objectif de suppressions d’emplois publics. Il lui restait pourtant trois ans à l’Elysée pour réussir à tenir son engagement. Sans rire !

    Cette chronologie est intéressante, en effet, mais je ne pense pas qu'elle explique en totalité l'annonce de Macron qui, pour moi, est un coup de com' temporaire destiné à calmer la populace, le diable se cachera dans les détails.

    Dans le Canard enchaîné du 22 mai 2019.

    Fri May 31 11:44:09 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?iYcbrQ
  • Autodéfense au Sénat

    Qu'on se le dise, les sénateurs prennent très au sérieux la question du harcèlement au travail… mais pour se protéger eux-mêmes ! En cas de litige avec un collaborateur parlementaire, le sénateur qui l’emploie n’aura pas un son à débourser pour sa défense. Ses frais d’avocat seront désormais pris en charge, à hauteur de 50 000 euros, au maximum, par une assurance maison. Tandis que le pauvre assistant parlementaire, lui, devra se débrouiller tout seul.

    La bonne nouvelle a été annoncée le 10 mai aux élus par l’Association pour la gestion des assistants de sénateurs (Agas). Cette structure interne, qui établit les contrats et les fiches de paie des assistants parlementaires, a passé un marché avec une société d’assurance, la Smacl, offrant « une protection juridique au bénéfice des sénateurs en leur qualité d’employeurs ». Entré en vigueur le 1er janvier, le contrat donne des garanties en or aux sénateurs qui malmèneraient leurs salariés. En cas de litige, les parlementaires resteront libres de choisir leur avocat, mais la facture sera directement réglée par l’assureur. Avec une limite, tout de même : l’élu qui sera éventuellement condamné aux prud’hommes paiera lui-même l’amende.

    Même pas mal

    Plus formidable encore, annonce l’Agas dans son courrier, les sénateurs pourront bénéficier « des services d’un professionnel des relations publiques en vue de prévenir ou de réparer toute atteinte à la réputation suite à un litige et qui résulterait, par exemple, (…) d’articles de presse ». En clair, les élus auront droit à une campagne de com’ — de 5 000 euros, au maximum — pour redorer leur blason, même si les faits sont avérés ! Dernière douceur : l’assurance couvre les élus jusqu’à cinq ans après la fin de leur mandat. Qui dit mieux ?

    Le syndicat CGT des collaborateurs parlementaires s’est étouffé en découvrant ce joli marché. « C’est totalement inégalitaire, dénonce l’un de ses membres au “Canard”. Nous, les assistants, n’aurons jamais de tels moyens financiers pour nous défendre ! Et, en plus, cette protection des sénateurs est payée sur des fonds publics. »

    Le progrès social au Sénat, ce n’est pas un vain mot.

    Que c'est beau, que c'est propre… D'un certain côté, c'est la suite logique de la massification de la protection juridiques dans les contrats d'assurance de M. ToutLeMonde : viens pas me chercher des noises, surtout si t'es pas très argenté, car j'ai de gros biscottos, je me suis prémuni contre tout et tous ! Sortir les muscles en permanence afin de dissuader. Folie de notre époque…

    Dans le Canard enchaîné du 22 mai 2019.

    Fri May 31 11:35:03 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?swPLnw
  • Tour d’horizon sur HTTPS et les en-têtes de sécurité - Alsacreations

    Vaaache le nombre de technos web dédiées à la sécurité qui ont fleuri cette décennie… :O

    Je découvre :

    • HSTS preload list : liste des sites web compatibles HTTPS intégrée aux navigateurs web. Cela permet aux navigateurs de s'y connecter directement en HTTPS, même si l'utilisateur a saisi ou a cliqué sur une URL HTTP. Objectif : réduire le risque de fuite de contenu non-chiffré en évitant les attaques par repli ("non, ce site web n'est pas disponible en HTTPS, reviens en HTTP") que HSTS ne permet pas de combattre lors de la première connexion à un site web (et lorsque les informations HSTS conservées dans le cache du navigateur web ont expiré) ;

    • SubResource Integrity (SRI) : intégrer une somme de contrôle des fichiers scripts et CSS dans le lien qui conduit à eux. Le navigateur vérifie l'intégrité du fichier téléchargé à l'aide de cette somme de contrôle avant d'exécuter le script ou d'appliquer le style. Objectif : se prémunir d'un prestataire (CDN) malveillant ou qui se ferait pirater ;

    • Referrer Policy : entête HTTP qui permet d'indiquer aux navigateurs web les informations de provenance (referer) qu'il peut communiquer aux sites web vers lesquels tu fais un lien : peut-il dire qu'il vient de ton site web ? Peut-il dire de quelle URL précise il vient ou peut-il seulement communiquer le domaine ? ;

    • X-XSS-Protection : entête HTTP qui permet de demander aux navigateurs web de bloquer les attaques XSS banales / simplistes.
    Sun May 26 17:31:05 2019 - permalink -
    - https://www.alsacreations.com/article/lire/1723-tour-horizon-https-et-en-tetes-de-securite.html
  • HTTP Content Security Policy : théorie et pratique

    Théorie

    Content Security Policy (CSP) est un entête HTTP (la version sous forme d'attribut dans la balise XHTML « meta » est incomplète) qui permet, à un site web, de fournir, à un navigateur web, des instructions portant sur l'origine des contenus de ce site web. Exemple : "le seul javascript que tu peux exécuter sur ce site web doit provenir de https://jscdn.example". Cela fonctionne avec une politique par défaut couplée à une liste blanche des contenus autorisés à être récupérés. Cela va très loin puisque ça permet d'indiquer l'origine des scripts javascript, des images, des polices de caractère, la destination d'un formulaire web, les pages qui peuvent être incluses dans une balise XTML frame, etc.

    Le but de tout cela est d'empêcher le navigateur web du visiteur d'un site web d'inclure et de charger des contenus malveillants, notamment des scripts javascript qui peuvent ensuite servir à tromper l'utilisateur d'un site web, à voler des données (dont des identifiants), à usurper un contenu, etc.

    Évidemment, les autorisations sont transitives : si un script JS autorisé tente de charger un JS pas autorisé dans la politique, ça ne fonctionnera pas. De même, la politique est appliquée après la modification du DOM par un script JS, donc il est inutile de tenter de modifier une balise avec du JS autorisé dans l'intention de charger un script JS non autorisé, par exemple.

    Comme tout entête, il peut être positionné par le site web (via la fonction header() de PHP, par exemple) et par le serveur web (module headers d'Apache httpd, par exemple). Il y a un ordre (source) : un entête positionné par une application PHP peut être écrasé par un entête positionné dans la configuration principale du serveur web, qui peut lui-même être supplanté par un entête positionné dans la configuration déportée du serveur web (dite htaccess). Évidemment, il y a des pièges (nous en observerons un plus bas)…

    Par défaut, en l'absence d'un entête CSP, les navigateurs web appliquent aucune politique : tout contenu peut être téléchargé depuis n'importe où et utilisé. Évidemment, ça ne veut pas dire qu'une ressource, notamment un script Javascript, peut accéder à n'importe quelle ressource distante, car un autre mécanisme, Cross-origin resource sharing (CORS), empêche cela, j'y reviendrai à la fin de ce shaarli.

    L'interprétation de cet entête par les navigateurs web est plutôt strict, donc dès que l'on commence à l'utiliser, il vaut mieux avoir doublement vérifié toute les ressources téléchargées directement ou indirectement sur le site web. Exemple : par défaut, CSP bloque l'exécution du Javascript inline (c'est-à-dire positionné dans la balise XHTML « script ») et l'utilisation de la fonction Javascript « eval() ». Néanmoins, un mécanisme de rapport existe : un navigateur web qui a bloqué du contenu à cause d'une CSP peut le signaler en envoyant un blob JSON à un formulaire web indiqué dans la CSP.


    Pratique

    Intro

    D'un côté, nous avons une application web Java (Tomcat) derrière des frontaux Apache httpd qui effectue une authentification centralisée (Single Sign-On, SSO). Convenons qu'elle est accessible par une seule URL : https://sso.example/ .

    De l'autre côté, nous avons un portail internet Java (Tomcat) derrière des frontaux Apache httpd qui inclu (avec une balise XHTML « iframe ») la plupart des sites web que nous mettons à la disposition de notre communauté. Convenons qu'elle est accessible par une seule URL : https://portailweb.example/ .

    Il faut être identifié et authentifié (par le SSO) sur le portail web pour que les onglets "contenant" les sites web apparaissent (car on ne présente pas les mêmes à tous nos utilisateurs). Cette authentification n'est pas transitive : le site web inclus ne sait pas si un utilisateur est authentifié sur le portail ou non, il réinterroge toujours le SSO. Nous faisons cela car, d'un point de vue fonctionnel, la plupart des sites web inclus doivent pouvoir être appelés directement (en dehors du portail). Si nous utilisions le portail web comme un proxy SSO, alors les sites web ne pourraient plus être consultés en dehors du portail.

    Or, la durée de conservation du ticket délivré par le SSO est variable en fonction des sites web, ce n'est pas le SSO qui peut l'imposer aux applications (enfin si, mais la marge est grande). Donc, il est possible que le portail web continue à considérer qu'un utilisateur est connecté alors que le SSO ne le considère plus de son côté. Ainsi, quand le site web inclus dans le portail interrogera le SSO, celui-ci l'informera que l'utilisateur n'est plus authentifié. Ce site web inclus redirigera alors l'utilisateur vers notre SSO. On aura donc le SSO inclus dans notre portail web.

    Voyons comment configurer nos frontaux Apache httpd pour tenir compte de tout ça.


    X-Frame-Options et CSP frame-ancestors

    Ces deux entêtes HTTP permettent d'indiquer à un navigateur web qu'un site web peut être inclus (ou non) dans un autre. Elles permettent d'éviter les attaques de type clickjacking genre j'inclus, sur mon site web, le formulaire de ton site web qui octroie des privilèges à un compte utilisateur et je le camoufle derrière du XHTMl/CSS qui te promet ceci ou cela… Tu cliques, comme t'es identifié sur ton site web, ça passe et tu octroies implicitement des droits au compte que j'ai désigné dans la requête. Suite logique des attaques CSRF, attaques que l'on contre facilement avec un token stocké dans la session…

    Comme le laisse deviner son nom préfixé par « X- » (pour expérimental), X-Frame-Options est un entête déprécié qui a été remplacé par l'attribut « frame-ancestors » dans la deuxième version de CSP. Source : la norme CSPv2.

    Évidemment, tous les navigateurs ne prennent pas en charge tous les entêtes ni tous les attributs et valeurs pour chaque entête. Les navigateurs "récents" (Firefox >= 36, Chrome >= 39, Safari >= 10, Edge >= 15) prennent en charge CSP frame-ancestors et X-Frame-Options. Les "vieux" navigateurs (IE, Edge >= 12, Firefox >= 18) implémentent uniquement X-Frame-Options. Notons que même les versions récentes de Safari, Chrome et Opera ne prennent pas en charge la valeur « ALLOW-FROM » de X-Frame-Options. Sources : 1, 2.

    Lors de la résolution des problèmes évoqués ci-dessous, il m'avait semblé qu'il fallait les deux entêtes pour couvrir fonctionnellement notre parc, notamment les machines qui avaient un Firefox pas à jour. En rédigeant ce qui précède des mois après, je suis beaucoup plus sceptique : je pense que nous devrions pouvoir cesser notre utilisation de X-Frame-Options sans impact sur nos utilisateurs, car nous n'avons pas d'aussi vieilles versions de Firefox en circulation et que X-Frames-Options tel que nous l'utilisons (avec l'attribut « ALLOW-FROM ») n'est pas prise en charge par Safari, Opera et Chrome. Donc ça sert uniquement pour IE et les versions mobiles de navigateurs, lesquels ne sont pas dans notre périmètre.

    Tu l'as compris : la suite de ce shaarli va traiter de la mise en pratique de CSP uniquement sous l'angle d'un seul de ses attributs, frame-ancestors.

    Une dernière note : en cas d'inclusions multiples (site 1 inclus site 2 qui inclus site 3), les navigateurs web, comme la norme le leur permet, peuvent interpréter différemment la somme des CSP (celle du site 3 puis du site 2 puis du site 1) et la comparaison de l'origine (faut-il comparer site 3 avec site 1 ou site 3 avec site 2 ou… ?).


    Configuration de base

    Par défaut, il était impossible d'intégrer notre SSO à tout site web. Nous croyions que c'était à cause d'une interprétation stricte des navigateurs web de l'absence de CSP/X-Frame-Options. Nous verrons, dans le point suivant, que ce n'est pas ça du tout.

    Pour pallier à ça, voici le bout de conf' que l'on avait ajouté dans la configuration du virtualhost de nos frontaux SSO :

    Header always set X-Frame-Options "SAMEORIGIN"
    Header always set Content-Security-Policy "frame-ancestors 'self' *.example"

    On notera que ces deux entêtes ne signifient pas la même chose. La première, pour les vieux navigateurs, indique que seul notre SSO peut s'inclure lui-même (nous verrons plus bas que ce n'est pas ce que nous voulons). La deuxième, pour les navigateurs web récents, signifie que notre SSO peut s'inclure lui-même ou être inclus par tout site web dont le nom termine par « example » (portailweb.example, autresiteweb.example, etc.). Du coup, le comportement sera différent entre les "vieux" et les "jeunes" navigateurs web. Mais c'est dans cet état que j'ai repris le flambeau.


    Multiples X-Frame-Options contradictoires

    Le premier problème a été un navigateur web Safari qui indiquait ce qui suit dans sa console lorsqu'on consultait notre portail web :

    Multiple 'X-Frame-Options' headers with conflicting values ('SAMEORIGIN, DENY') encountered when loading 'https://sso.example/'. Falling back to 'DENY'.
    
    Refused to display 'https://sso.example/' in a frame because it set 'X-Frame-Options' to 'SAMEORIGIN, DENY'.

    Comme nous venons de le décrire, nous avions pourtant un unique « Header always set X-Frame-Options "SAMEORIGIN" » dans la configuration de nos Apache httpd. D'où peut donc bien venir ce « DENY » ?!

    Le code de notre SSO positionne lui aussi cet entête avec la valeur « DENY » (on observe cela en capturant le trafic réseau entre le frontal web et le SSO). Cet entête est conservé par le mod_proxy_ajp d'Apache httpd (ce qui est normal). Notre bout de configuration ne l'écrase pas car le mod_proxy (ajp ou http) utilise la table globale pour stocker les entêtes HTTP récupérés depuis le backend (c'est par ici pour les explications). Or, la directive que nous avons ajoutée indique de positionner l'entête dans la table « always ». Oui, c'est un comportement inverse à celui du mod_fcgi_proxy utilisé avec PHP-FPM qui, lui, peuple la table always et non la table par défaut…

    Pour résoudre ce problème, soit on utilise le bout de configuration suivant :

    Header set X-Frame-Options "SAMEORIGIN"

    Soit le bout de conf' suivant qui a l'avantage de laisser moins de marge d'appréciation :

    Header unset X-Frame-Options
    Header always set X-Frame-Options "SAMEORIGIN"
    Header always set Content-Security-Policy "frame-ancestors 'self' *.example"

    Notons que nos navigateurs, plus récents, utilisent CSP frame-ancestors et ignorent donc X-Frame-Options conformément à la norme, ce qui fait que nous n'avions pas identifié ce problème avant qu'un utilisateur se ramène avec son Mac + Safari.


    Un problème d'origine

    Quand nous nous rendons sur notre portail web, la console de développement des anciens navigateurs web, ceux qui ne prennent pas en charge CSP frame-ancestors, affiche :

    Refused to display 'https://sso.example' in a frame because it set 'X-Frame-Options' to 'SAMEORIGIN'.

    Dans les normes du web, une origine, c'est un protocole d'accès (http, https, etc.) + un nom d'hôte (sso.example) + un port. Ainsi, https://portailweb.example:443 n'a pas la même origine que https://sso.example:443 car le nom d'hôte est différent. Même chose avec http://portailweb.example:443 et https://portailweb.example:443 (le protocole change) ainsi qu'avec https://portailweb.example:443 et https://portailweb.example:8443 (le port change).

    OK, indiquons clairement que notre portail web peut inclure notre SSO. Changeons la config' du virtualhost du frontal de notre SSO pour celle-ci :

    Header unset X-Frame-Options
    Header always set X-Frame-Options "ALLOW-FROM https://portailweb.example"
    Header always set Content-Security-Policy "frame-ancestors 'self' *.example"

    Cela fonctionne. \o/


    Plusieurs autorisations dans un X-Frame-Options

    Ce qui devait arriver est arrivé… Notre SSO doit aussi être inclus par un autre site web que notre portail web.

    L'ennui, c'est que, contrairement à CSP, « X-Frame-Options » peut contenir un et un seul « ALLOW-FROM », et ne peut pas contenir un joker (« *.example »), donc, in fine, un seul site web peut être autorisé.

    On ne va quand même pas utiliser la valeur « ALLOWALL », sinon tout site web pourrait inclure notre SSO, bonjour l'absence de sécurité…

    On ne peut pas renoncer à l'une ou à l'autre des inclusions (c'est-à-dire recoder l'un des sites web afin de se passer des iframes) dans un délai raisonnable…

    Le module headers d'Apache httpd permet d'ajouter des entêtes de manière conditionnelle, en fonction de l'existence (ou non) d'une variable d'environnement ou d'une expression rationnelle (qui peut porter sur la valeur d'une variable d'environnement). Parmi la liste des variables d'environnement disponibles, « HTTP_REFERER » retient mon attention.

    Si le navigateur web charge notre SSO à partir de notre portail web, alors le referer aura « […]portailweb.example[…] » pour valeur. S'il charge le SSO depuis l'autre site, le referer sera différent. On n'a plus qu'à insérer un entête « X-Frame-Options » en fonction de la situation.

    Changeons encore une fois la config' du frontal de notre SSO :

    Header unset X-Frame-Options
    Header always set X-Frame-Options "ALLOW-FROM https://portailweb.example" "expr=%{HTTP_REFERER} =~ m#portailweb.example#"
    Header always set X-Frame-Options "ALLOW-FROM https://autresiteweb.example" "expr=%{HTTP_REFERER} =~ m#autresiteweb.example#"
    Header always set Content-Security-Policy "frame-ancestors 'self' *.example"

    Cela fonctionne. \o/

    Notons que cela fonctionne partiellement avec les extensions de navigateur qui bidouillent le referer afin de préserver la vie privée. Si l'extension est configurée pour effacer totalement le referer, alors notre SSO ne sera pas chargé. Si elle est configurée pour tronquer le referer afin de conserver uniquement le domaine (et d'effacer le reste de l'URL), notre SSO sera chargé. La première configuration est peu courante, car elle casse beaucoup de sites web, donc nous ne la supportons pas. À l'impossible nul n'est tenu.


    Bonus : le bookmarlet shaarli et une politique CSP

    L'application web shaarli peut être utilisée avec un bookmarlet, c'est-à-dire un bouton qui déclenche un bout de Javascript qui ouvre un pop-up contenant la page "ajout d'un lien" de shaarli et qui y pré-rempli certains champs (titre, URL, etc.).

    Avec Firefox, mon bookmarklet ne fonctionne plus sur certains sites web (Github, par exemple) depuis quelques années, c'est-à-dire depuis que Debian empaquette une version de Firefox qui implémente CSP et/ou depuis que la CSP de ces sites web est devenue bloquante.

    Je l'ai écrit dans l'introduction de ce shaarli : par défaut, CSP bloque le javascript inline. Or, le bookmarklet shaarli n'est rien de plus qu'un bout de Javascript exécuté dans le contexte d'exécution d'un site web…

    Si j'installe un reverse proxy Apache httpd entre mon Firefox et Github, que je le configure pour remplacer l'attribut « script-src github.githubassets.com; » contenue dans la CSP de Github par « script-src 'unsafe-inline' github.githubassets.com; » (toujours avec le module headers), le bookmarlet shaarli fonctionne.

    C'est un problème connu. La norme impose que les bookmarklets ne soient pas affectés par le traitement de CSP. Visiblement, Firefox n'avance pas sur ce sujet.

    Une extension Firefox qui remplace le bookmarklet existe… Mais pouvons-nous avoir confiance en Aeris ? :))))


    Quelques mots sur HTTP CORS

    Par défaut, un certain nombre d'objets web ne peuvent pas demander à un navigateur web d'émettre des requêtes vers une ressource distante qui n'a pas la même origine (même protocole, même domaine, même port, voir ci-dessus pour plus d'infos) qu'eux. C'est le cas pour les API XMLHttpRequest (AJAX) et Fetch, les polices chargées avec @font-face en CSS, les textures WebGL, les canevas HTML5, etc. Liste complète chez Mozilla. La politique par défaut des navigateurs web est donc « même origine ». Les autres objets (une image, une vidéo, une feuille CSS, une inclusion, etc.) ne sont pas concernés, elles ne sont pas bloquées par défaut.

    HTTP Cross-Origin Resource Sharing (CORS) est un ensemble d'entêtes HTTP, de la forme « Origin: » et « Access-Control-* », qui permettent de débrayer ce comportement et d'autoriser un navigateur web qui exécute un objet récupéré sur un site web A à émettre des requêtes destinées à un site web B. Évidemment, c'est le site web qui veut être accessible, le site B dans mon exemple, qui doit positionner des entêtes CORS autorisant le site web A ou tous les sites web.

    Cela est utile dans des contextes ou des données sont exposées par des API qui peuvent être consultées en temps réel (XMLHttpRequest). Dans ces contextes, les données sont rarement sur le même domaine que le code qui les formate et les présente (architecture frontend / backend, fournisseurs différents, agrégation de fournisseurs de données, etc.).

    Exemple : positionner l'entête « Access-Control-Allow-Origin: * » sur ton site web autorise d'éventuels objets XMLHttpRequest placé sur tout site web à émettre des requêtes destinées à ton site web. Évidemment, on peut préciser une seule origine avec « Access-Control-Allow-Origin: https://front.example.com » + « Vary: Origin ». On a le droit qu'à un seul domaine, mais on peut le faire varier en fonction du header « Origin » inséré par le navigateur web à l'aide de l'insertion conditionnelle d'un entête, comme nous l'avons vu précédemment.

    Notons qu'il existe deux types de requêtes XMLHttpRequest / Fetch : des requêtes simples / principales contenant des données utilisateur et des requêtes préliminaires qui ne contiennent pas de données utilisateurs mais qui servent à interroger le serveur web sur les méthodes HTTP (GET, POST, etc.), les types de contenus (application/x-www-form-urlencoded, etc.) et les entêtes qu'il supporte. Les requêtes préliminaires sont obligatoires quand la requête principale utilise des méthodes, des types de contenus et des entêtes qui ne sont pas dans la norme de l'API Fetch. Elles sont générées automatiquement par le navigateur web avant l'émission de la requête principale codée par le développeur de l'application web.

    Pour plus d'informations, je recommande la lecture de l'excellente page de Mozilla : Cross-origin resource sharing (CORS) - HTTP | MDN.

    Sun May 26 17:15:33 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?h5lwlw
  • Expérience de Stanford — Wikipédia - GuiGui's Show - yakmoijebrille

    Je ne sais pas trop pour quelles raisons tu cites mon shaarli, qui date de 2016, mais soit.

    Le numéro 22 de La Revue Dessinée (ce que j'en retiens) évoque justement cette expérience et le livre qui la conteste auquel tu fais référence. Dans ce qui suit, je vais beaucoup m'appuyer sur ce numéro de LRD.

    Pour ma part, je suis mitigé.

    Oui, Zimbardo aurait eu des convictions qui lui viendraient de son enfance dans le Bronx où il se serait intensément interrogé sur "l'origine du mal" en vivant la violence quotidienne de cet arrondissement de New-York. Il a aussi été influencé par la fin des années 60, le début des années 70, la violence institutionnelle de l'armée américaine et de tout l'appareil d'État, notamment au Vietnam. Bref, il aurait orienté son expérience pour servir l'une de ses croyances, en quelque sorte. Fort bien, la psychologie expérimentale peut entraîner des conclusions subjectives, contrairement aux sciences dures.

    Oui, il y a eu une scénarisation de l'expérience : le fait que Zimbardo joue le directeur de la prison, le fait de prétendre que c'est sa collaboratrice / petite amie qui l'a ramené à la raison et lui a fait stopper l'expérience, etc. Quel impact concret cela a-t-il eu sur l'expérience ? On relate aussi que Zimbardo a orienté les comportements des cobayes, notamment en étant lui-même le directeur de la fausse prison et en avalisant implicitement, par ce biais-là, le choix fait par les cobayes gardiens de recourir à une escalade de la violence afin d'assouvir leur besoin d'autorité. Je m'interroge : la hiérarchie pénitencière et la hiérarchie policière n'en font-elles pas tout autant ? N'orientent-elles pas les comportements des flics et des matons ? De part leurs discours, les hauts-gradés, notamment le sinistre de l'Intérieur, n'avalisent-ils pas des comportements détestables des flics ? Donc, pour moi, cela n'est pas un argument suffisant pour réfuter Zimbardo.

    Des expériences ultérieures mieux bâties ont confirmé certaines des conclusions de l'expérience de Zimbardo. Exemple : en 2010, celle de Campbell-Meiklejohn, à Cambridge, montre que la soumission à une opinion majoritaire active le système de récompense de notre cerveau. Donc l'obéissance dans les pires actions trouve bien son origine, en partie, dans l'environnement (l'idée majoritaire), ce qui va dans le sens de Zimbardo et de son "il n'y a pas de mauvaises personnes, juste des personnes au mauvais endroit, dans le mauvais carcan".

    Enfin, l'expérience de Zimbardo semble avoir été utilisée par l'armée américaine pour mieux oppresser les prisonniers, notamment Irakiens (remember Abu-Graib) dans les guerres post-2001. Difficile de prétendre alors qu'elle est une fraude scientifique en totalité.

    Sun May 26 13:43:29 2019 - permalink -
    - http://fabienm.eu/shaarli/?6sllCw
  • Les sites classés, laisse béton

    Le massif du Mont-Blanc, les gorges de l’Ardèche, la dune du Pilat… Tous ces joyaux du tourisme made in France font partie des 2 700 sites classés selon la loi du 21 avril 1906. Quelque 1,1 million d’hectares de paysages français, soit 2 % du territoire, sont ainsi protégés de l’appétit des promoteurs. De façon simple et diablement efficace : tout projet d’aménagement notable envisagé sur ces sites — défrichage, agrandissement d’un bâtiment, création d’une passerelle — doit obtenir l’aval du ministère de l’Environnement, et passer sous les fourches caudines des inspecteurs des sites classés. Les changements mineurs, quant à eux, sont confiés au préfet.

    Un projet de décret, daté du 12 avril, signé par le Premier ministre, Edouard Philippe, et le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, prévoit que toute autorisation d’aménagement sera désormais délivrée localement par le préfet, lequel, on le sait, est généralement un ardent défenseur de l’environnement, insensible aux pressions amicales des notables et des entrepreneurs du coin… ll s’agit de « prendre les décisions au plus près du territoire afin de favoriser le dialogue avec les porteurs de projets », explique au « Canard » le cabinet du Premier ministre, ajoutant que cette décision est « dans la ligne de ce qui a émergé du grand débat ». Ah bon ?

    Parer au plus préfet

    Alexandre Gady, professeur à la Sorbonne (« Le Figaro », 5/4), s’inquiète : « Dans des lieux à forte pression immobilière, où des projets sont repoussés avec constance depuis plusieurs années, comme en Val de Loire ou sur la Côte d’Azur, on risque d’assister à un bétonnage de sites exceptionnels. »

    Ce que confirme David Couzin, président de l’Association des inspecteurs des sites et des chargés de mission paysage : « On va voir fleurir les projets d’hôtels cinq étoiles dans les prochains mois, je peux vous le dire ! Les promoteurs connaissent les ficelles locales pour faire passer des projets qu’on repousse depuis des années. Par exemple, dans les Pays de la Loire, l’agrandissement du stade du FC Nantes, des aménagements pour touristes sur le lac de Grand-Lieu, une passerelle géante au-dessus de l’Erdre, etc. Ce décret va mettre en l’air un dispositif qui a un siècle et qui a permis de sauvegarder les paysa- ges remarquables et leur biodiversité. »

    Le nouveau monde sera moche, ou ne sera pas !

    Hum… J'avais jamais trop pensé à ça : les décisions prises à l'échelle locale sont facilement influençables par les gens et entrepreneurs du coin, la proximité permettant de connaître les ficelles. Mais, d'un autre côté, les décisions prises à des échelles supérieures sont influençables par les grosses sociétés commerciales (inter)nationales via les réseaux d'amitié et les cercles de pouvoir. Pas de solution idéale si ce n'est de renforcer un contre-pouvoir judiciaire ? On notera que la loi Macron de 2015 a réduit les délais et les possibilités d'action des associations de défense de l'environnement en matière de construction, y compris sur sites classés…

    Dans le Canard enchaîné du 15 mai 2019.

    Sun May 26 12:47:15 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?iCHU5w
  • La CGT prépare sa lutte finale

    La CGT, combien de divisions ? Tandis que les premiers délégués faisaient le pied de grue, lundi 13 mai au matin, devant l’accueil du congrès de la confédération à Dijon, les opposants à Martinez procédaient, eux, à d’ultimes réglages au cours d’une dernière réunion… à Montreuil. Pour la première fois depuis la Libération, l’opposition de gauche au secrétaire général représente une force menaçante.

    Elle compte — excusez du peu — des fédérations comme celles de la chimie, du commerce et des services, ainsi que des bastions historiques, telles les unions départementales du Nord, des Bouches-du-Rhône, du Val-d’Oise et du Val-de-Marne. Il y a deux mois, ces opposants envisageaient encore de mitonner une candidature contre Martinez. Finalement, ils ont décidé de lui laisser un sursis. Mais, d’ici là, la météo syndicale s’annonce très agitée. En témoignent deux démonstrations de force mêlant, le 27 avril à Paris puis le 1er mai à Marseille, ces opposants aux gilets jaunes et aux Insoumis.

    Tapioca englué

    Afin de calmer ces impatients, Martinez a d’ailleurs laissé entendre qu’il pourrait partir à mi-mandat. Le secrétaire général sortant doit aussi composer avec un courant « modéré », qui continue de prôner la défense des acquis sociaux par le dialogue. Présent dès la veille de l’ouverture du congrès, Bernard Thibault, qui fut le patron de la CGT pendant quatorze ans, ne s’est pas privé de fustiger, au cœur de sa fan zone, une direction qui ne sait qu’appeler à des manifs et un secrétaire général dont « les épaules ne sont pas assez larges ». Heureusement, on reste entre camarades.

    A la veille de l’ouverture du congrès, le moustachu sermonnait les partisans d’une CGT plus tournée vers le combat anticapitaliste, nostalgique de la Fédération syndicale mondiale, qui régnait avant la chute du mur de Berlin. Mais sa seule stratégie, depuis son intronisation, est précisément celle des rouges vifs : enchaîner les journées d’action.

    Merci, patron !

    « Douze depuis l’arrivée de Macron. Et qu’a-t-il obtenu pour les salariés ? Rien ! » tempête l’un des leaders « réformistes ». Bref, nul ne sait quelle ligne suit Martinez. A part la sienne, évidemment. « Depuis son arrivée, il y a quatre ans, il passe deux jours par semaine à tourner en province pour préparer sa réélection. Il ferait mieux de penser une vraie stratégie », maugrée l’un des anciens salariés de la Confédération. Marcher nuit gravement à la pensée.

    Autre souci pour lui : ses « gauchistes » espèrent faire de ce congrès une tribune pour dénoncer son comportement à l’égard des salariés de la CGT, jugé autoritaire. En conséquence, le Général Tapioca vient de retirer la gestion du service d’ordre à la fédération — insuffisamment docile — qui en était chargée. Les remplaçants, recrutés en urgence avant le 1er Mai par l’union régionale d’Ile-de-France, n’ont guère été à la hauteur. La sécurité du congrès a donc été confiée à un privé, fournisseur attitré de la mairie de Dijon, laquelle est dirigée par l’ex-ministre PS du Travail François Rebsamen. Celui-là même contre lequel Martinez avait lancé ses troupes dans la rue.

    Exemples d'autoritarisme : Martinez purge la CGT comme un vrai libéral et La CGT combat héroïquement ses ennemis de l’intérieur.


    Ah, qu’il est doux d’avoir des ennemis à gauche quand ceux de droite sont trop forts !

    L'érosion de la base de la CGT au profit de celle de la CFDT fait s'affoler les loups du troupeau CGT, rien de neuf.

    Dans le Canard enchaîné du 15 mai 2019.

    Sun May 26 12:37:15 2019 - permalink -
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  • La Matmut mutualise ses bonnes affaires de famille…

    Le patron de la mutuelle cultive sa passion pour les bagnoles, les avions et ses enfants.

    Qui a tué le nouveau géant français de l’assurance mutualiste ? En moins de quatre mois, le mariage d’AG2R La Mondiale et de la Matmut, qui devait réunir 16 000 collaborateurs, s’est transformé en divorce.

    Selon les communiqués officiels, « des divergences de valeurs, de vision et de méthode » ont ruiné cette union. Mais les « valeurs » ont bon dos… Une bagarre féroce a très vite opposé les équipes dirigeantes des deux mutuelles. Les patrons d’AG2R ont constaté que Daniel Havis, le président de la Matmut, ne voulait sûrement pas « mutualiser » le pouvoir, cherchant à évincer deux de leurs dirigeants — ce que le groupe, contacté par « Le Canard », dément. Et ils ont découvert une gestion pour le moins clanique…

    Rejetons pas rejetés

    Figure incontournable de la mutualité française, Havis, l’homme aux quatre enfants, aux huit Porsche et aux deux avions, qui se vante de gagner 450 000 euros par an, règne depuis vingt-six ans sur la Matmut. Avec le zélé soutien de son épouse, Elisabeth, qui, jusqu’à sa retraite, en 2018, cumulait les fonctions de directrice générale adjointe de la caisse et d’admirfistratrice de plusieurs filiales du groupe normand.

    En bon père de famille, Daniel Havis s’est aussi occupé de la carrière de ses enfants. L’aînée, Emilie, travaille pour Visaudio, le réseau mutualiste d’optique et d’audition, dont le conseil de surveillance est présidé par son papa. Le deuxième, Maxime-René, a été bombardé, entre 2013 et 2015, chargé de com’ d’Imsa Racing, l’écurie d’endurance alors sponsorisée à grands frais par la Matmut. Le troisième, Arthur, a été coopté au directoire de Visaudio, tandis que son épouse, Natacha, a été embauchée à la Matmut dans l’équipe de placements immobiliers. Le benjamin, Hector, s’est fait nommer juré du Prix international Matmut de l’orchestre de jazz. Explications de la Matmut : ils ont tous « des formations, des diplômes, des parcours professionnels… » C’est pas beau, l’esprit de famille ?

    Havis a d’autres passions. Le rugby, par exemple. Après avoir cumulé 9 millions de pertes, le MTG XV de Montauban, dont la mutuelle était actionnaire et Havis vice-président, a dû déposer le bilan en 2010. Vilain plaquage.

    Désormais, le mutualiste s’entiche d’avions. Le 17 avril 2015, la Matmut a pris le contrôle de Phenix, petite compagnie d’aviation d’affaires installée au Havre. En dépit d’une situation économique précaire, la société s’est dotée d’un appareil quasiment neuf, immatriculé F-HMUT. Pour les « opérations d’assistance » et les « rapatriements sanitaires », précise sa direction.

    En trois ans, Phenix a accumulé 1,95 million de pertes ! Matmut Développement, la filiale portant la compagnie aérienne (rebaptisée « Air Matmut » en interne), affiche 3 millions de dettes au compteur.

    Et le décollage, c’est pour quand ?

    Encore un exemple qui illustre pourquoi les frais de gestion des mutuelles dépassent ceux de la sécurité sociale. Salaires mirobolants, entre-soi idéal pour prendre de mauvaises décisions, sponsor sportif et actionnaire pour le prestige / l'image, matraquage publicitaire avec Chevallier et Laspalès, etc. Forcément, tout ça, ça coûte un « pognon de dingue », et c'est répercuté sur les cotisations, contrairement à la sécu…

    Dans le Canard enchaîné du 15 mai 2019.

    Sun May 26 12:21:38 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?mrbXsg
  • Bataille de nains

    On est fort à cheval sur les principes, chez les patriotes et autres frexiters, on est fier, chacun défend ses idées. Simplement, un sou est un sou, et certains n’oublient pas la règle d’airain des élections européennes : les candidats qui n’obtiennent pas 3 % ne sont pas remboursés de leurs frais de campagne, et ceux qui n’atteignent pas 5 % n’ont aucun élu. Alors, quand les sondages sont un peu faiblards, forcément, on cherche des alliances.

    Florian Philippot, qui se traîne aux environs de 2 %, est allé voir ses copains Asselineau et Dupont-Aignan pour leur proposer d’intégrer leur liste en bonne place, avec certains de ses partisans, en échange d’un petit magot : 400 000 euros pour Debout la France, 300 000 euros pour l’UFR. Hélas, ces trois grands esprits se snobent. Le bureau national (!) d’Asselineau s’est prononcé contre la proposition de Philippot, et Debout la France l’a refusée avec dédain. Depuis, Asselineau a traité Philippot d’« escroc politique », et, entre Philippot et Dupont—Aignan, l’ambiance est glaciale.

    L’union de la droite hors les murs n’est pas pour demain, même en y mettant le prix.

    Ho ? Je croyais que y'a que la gauche qui se disperse façon puzzle dans des guéguerres d'égo et d'idéologie. Tous les journaux, y compris le Canard, l'ont écrit / dit en boucle, donc c'est que ça doit être vrai ! M'auraient-ils mentit par omission ?!

    Dans le Canard enchaîné du 15 mai 2019.

    Sun May 26 12:07:54 2019 - permalink -
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  • L’Ethiopie file un mauvais coton

    Lire l'étiquette d’un vêtement avant de l’acheter est devenu une habitude, histoire de ne pas enfiler trop facilement ce joli tee-shirt bariolé cousu par des esclaves à l’autre bout du monde. Souvent, aussi, la question se pose : mais, au fait, combien gagne l’ouvrier qui a assemblé cette petite robe fleurie ?

    Le 7 mai, le Centre Stern pour les affaires et les droits de l’homme de l’université de New York a répondu à cette question. Et le résultat de son rapport est glaçant. Bien loin derrière la Chine, qui paie ses petites mains 326 dollars mensuels, le Kenya (207) ou le Bangladesh (95), l’Ethiopie emporte la palme des ouvriers du textile les plus mal payés du monde, avec un salaire moyen équivalent à 23 euros mensuels.

    Et que les grincheux ne viennent pas expliquer que cette aumône est en rapport avec le coût de la vie, car, note encore ce rapport, même en Ethiopie, cette somme « ne suffit pas pour vivre » (« Le Point », 8/5).

    Ce qui explique que les ouvrières, jeunes paysannes venues à la ville pour la plupart, quittent leur atelier au bout d’un an, épuisées par les conditions de travail et les grèves incessantes, et dégoûtées par leur semblant de revenu.

    Ces parcs industriels, qui emploient 70 000 personnes, ont attiré 2,5 milliards de dollars d’investissements étrangers directs (Chine, Inde) au cours de ces neuf mois. Et l’exportation du « made in Ethiopia » rapporte chaque année 103 millions de dollars de devises au pays.

    Le nom des marques qui ne répugnent pas à sous-traiter avec Addis-Abeba ? Guess, H&M, Calvin Klein, notamment. Mais difficile de remonter la piste jusqu’aux ateliers de misère.

    Sur le site de vente H&M, par exemple, et alors que la marque suédoise se fait fort d’informer sa clientèle de la provenance d’un pull ou d’un chemisier, la Chine, la Roumanie, la Turquie, la Birmanie ou le Cambodge se bousculent, au milieu de quelques articles mystérieux sobrement estampillés : « Malheureusement, les informations relatives aux fournisseurs et aux usines de fabrication ne sont pas disponibles pour ce produit. »

    C’est ballet, ça…

    J'en étais resté à l'Ouzbekistan et la collecte du coton sous forme de travail forcé par la dictature…

    Puisque les salaires ont diminué, les prix de vente auraient dû diminuer… ou alors la richesse a été captée en chemin, par des actionnaires, par exemple, mais je n'ose y croire, cette sauvagerie ne peut pas avoir cours dans un système capitaliste. De même, tout cela fait écho à notre industrialisation au 18e siècle : ils exploitent des femmes (les hommes préférant posséder la terre, travailler au plein-air, hors des contraintes idiotes des possédants), qu'ils font venir à la ville (où elles sont désorientées, mises en concurrence, etc.), à qui ils construisent des villes ouvrières, etc. Bref, on retrouve toute l'analyse de Marx…

    La chaîne d'exploitation de l'homme par l'homme m'effraie… L'occident exploite la Chine, l'Inde, le Bangladesh, etc. qui, eux-mêmes, exploitent l'Ouzbekistan et l'Éthiopie…

    Dans le Canard enchaîné du 15 mai 2019.

    Sun May 26 12:00:18 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?y6znrw
  • DVWA - Damn Vulnerable Web Application

    Damn Vulnerable Web App (DVWA) is a PHP/MySQL web application that is damn vulnerable. Its main goals are to be an aid for security professionals to test their skills and tools in a legal environment, help web developers better understand the processes of securing web applications and aid teachers/students to teach/learn web application security in a class room environment.

    Licence : GPL.

    Attention : le niveau de sécurité activé par défaut, « impossible », empêche toute attaque. Il faut le réduire en utilisant l'interface web.

    Via https://www.it-connect.fr/installation-de-mod_security-devant-un-serveur-web-apache/ .

    Sat May 25 23:24:54 2019 - permalink -
    - http://www.dvwa.co.uk/
  • Société horizontale de contrôle diffus, pouvoir et puissance, techno-nounou et transhumanisme

    Très intéressante entrevue avec Alain Damasio, écrivain de dystopies technologiques.

    Vous avez un parcours assez atypique. Vous avez fait une prépa HEC, ensuite l’Essec… Vous dites qu’à 21 ans, vous découvrez Deleuze et que ça vous a chamboulé.

    Mon père était carrossier et ma mère prof d’anglais. À l’Essec, j’ai subi un choc culturel et sociologique majeur. Je découvre des filles et des fils de chef d’entreprise, d’avocat, de ministre… Tous issus de la strate sociale supérieure, riche, ultrafavorisée… Moi, j’appartiens aux 1 % ou 2 % qui viennent du milieu artisan, ouvrier et qui tombe dans un monde où le capitalisme est l’horizon indépassable de ce qu’on t’apprend. Ce n’est même pas discuté, c’est l’évidence, tout le monde la partage : tu dois faire du profit, « produire de la valeur ». J’ai écrit mon premier livre pour vomir ça. J’avais aussi commencé à lire Foucault, quelques philosophes critiques. Et je tombe sur un petit texte dans L’Autre journal en mai 1990, qui s’appelle « Post-scriptum sur les sociétés de contrôle », de Deleuze. Et là, politiquement, c’est le déclic. À l’époque, j’étais encore arc-bouté sur la vision gauche traditionnelle des méchants : les flics, les médias, le gouvernement… Mais Deleuze montre qu’une mutation profonde est en train de s’opèrer et que nous entrons dans une société de contrôle, moins verticale et plus distribuée, avec des stratégies beaucoup plus insidieuses. Tout le monde devient relais, à son niveau, de ce régime de contrôle. Alors, j’ai écrit La Zone du dehors en me disant qu’il y avait un trou dans la matrice, que les gens ne percevaient pas cette nouvelle emprise. Ça m’a pris trois ans, et, au départ, aucun éditeur n’en voulait. Classique !

    […]

    Sur les Gafa, vous avez dit : « Ce n’est même pas eux qui mettent en place le mécanisme d’aliénation, ils ne t’imposent rien. Il faut interroger cette façon que nous avons de nous piéger nous-mêmes. »

    À mon sens, aucun complot : les Gafa n’essaient pas de nous contraindre à faire ceci ou cela. Ils nous donnent simplement un ensemble d’outils qui vont nous permettre de maximiser notre auto-aliénation. J’appelle ça le « self-serfvice ». Applis, smartphone, bijoux connectés, jeux vidéos addictifs… Nous y plongeons avec délice tout en sentant très bien les degrés de liberté qu’on y perd. Comme si la liberté, par son ampleur et ses possibilités, nous terrorisait…

    Depuis le 16e siècle, La Boétie a théorisé que la servitude est volontaire.


    Vous parlez souvent d’un croisement des courbes entre pouvoir et puissance…

    Les technologies augmentent notre pouvoir sur le monde, on nous les vend d’ailleurs ainsi. Je définis ce pouvoir comme ce que l’outil te permet de faire, c’est-à-dire d’externaliser, de « faire faire ». Tu « fais faire » à la machine quelque chose, Google cherche pour toi… La puissance, c’est ce que nous sommes capables de réaliser avec nos propres capacités (seul ou en collectif) : intelligence, imagination, capacité à mémoriser… À mes yeux, le pouvoir de la techno et la puissance qu’elle nous offre ont longtemps progressé ensemble (Wikipedia empuissante mon écriture par exemple, j’y trouve une info précieuse très vite que je vais métaboliser dans mon récit). Et puis, à un moment, les courbes se sont inversées. On te propose toujours plus de technologies, de gadgets et d’objets, donc plus de pouvoir tandis que ta puissance n’augmente plus : au contraire, elle s’appauvrit. Je prends souvent l’exemple du GPS. Il t’amène où tu veux, sans réfléchir. Tu ne cherches plus à mémoriser où se situe la mer, l’église, telle avenue ou tel café, tu ne formes plus la ville dans ton espace mental. Si je ne mémorise pas ce qu’il y a dans le « Post-scriptum » de Deleuze, comment en parler ? Je vais prendre un smartphone et je vais vous lire le texte ? Non, on a besoin d’ancrer en nous un certain nombre de concepts pour pouvoir penser. Et tous ces petits actes cognitifs, il est important de les maintenir vivants, actifs, sinon tes puissances personnelles se dévitalisent.

    Vous dites aussi que la technologie conjure nos peurs, supprime nos solitudes…

    Il y a cette loi du moindre effort, oui, tout autant que ce rapport à la peur. La volonté de contrôle n’est pas un privilège d’État ou de multinationales. Nous sommes tous pris dans ce contrôle
    croisé. Une femme va vérifier ce que son mec regarde sur Facebook, quel site il a consulté. Lui-même checke les textos de sa copine
    , au cas où. Le patron hacke la vie privée de ses salariés et toi-même, quand tu entres dans une boîte, tu vas commencer par googliser ton patron. On multiplie tous ces petits actes de contrôle mutuel qui, au final, tissent une étoffe de surveillance qui nous colle à la peau. Pourquoi ? Parce que ça répond à une incertitude foncière. Nous sommes dans une société moléculaire, faite de petites particules individualisées mises en compétition, harcelées parfois, faisant face à un monde complexe, difficile à anticiper, incertain. Nous ne formons plus des groupes, mais des grappes. Nous demandons à la techno de nous protéger, de nous filtrer ce monde menaçant par communautés de gens qui pensent comme nous pour éviter le confrontation avec « l’étranger ». Ces boucles d’incertitude-peur-contrôle s’entretiennent et se renforcent.

    Notons que si la technologie amplifie ce type d'action, il n'y a rien de nouveau : la surveillance existait dans les petits villages. Mais, comme le rappelle Stéphane Bortzmeyer, elle était connue de tous et réciproque. Les actions décrites ci-dessus répondent à ces critères. Peut-être n'est-ce pas le fond du problème ?


    Vous êtes très attaché à la colère.

    La colère est un don. L’abbé Pierre disait même qu’elle a été son don le plus précieux. La colère qui est pourtant l’un des sept péchés capitaux ! J’avais adoré ça. La colère est une force extraordinaire. Après, il faut l’architecturer, être capable d’en faire un carburant durable, pas juste un moteur à explosion. J’appelle ça la « rage du sage ». Si tu n’as pas de colère, que veux-tu faire d’important ? Tu ne peux pas changer le monde sans ce feu-là.

    […]

    Un de vos combats, c’est le transhumanisme, qui vous fait hurler !

    Le transhumanisme est l’idéologie terminale des libertariens — aka ceux qui dominent le monde en ce moment, les PDG des Gafa — une sorte d’anartechno—capitalisme. Ils sont convaincus que la technologie peut porter l’humain au stade supérieur, l’améliorer… et nous refourguent ce que j’appelle l’antique désir d’être Dieu : être omniscient, ne plus souffrir de la maladie, « tuer la mort ». Ils méprisent le corps humain, réduit à la viande, comme ils méprisent l’esprit, moins puissant qu’une IA, selon eux. Ils devraient lire Nietzsche : « Le surhumain, c’est l’homme qui va jusqu’au bout de ce qu’il peut. » Tout est déjà en nous, il faut simplement l’éduquer, le nourrir, le déployer.

    Le transhumanisme ne serait qu’un mythe contemporain…

    Un mythe surgit généralement quand une communauté fait face à des phénomènes ou des événements qu’elle ne peut saisir par ses modes d’intellection habituels : les catastrophes naturelles auparavant, les maladies… Le mythe fait le pont avec le chaos et structure pour nous l’incompréhensible. Cette mythopoïèse baisse logiquement quand la science se déploie. L’intéressant est qu’en ayant créé une technosphère bourgeonnante, floribonde, très difficile à assimiler, se fait jour un besoin de mythe propre à notre époque : celui du transhumain et de la singularité.

    Oui, le transhumanisme cherche à combler nos incertitudes et à faire taire nos peurs (de la maladie, de la mort, de ne pas être à la hauteur physiquement et mentalement, etc.). C'est notre mythe moderne… Avant les contes puis la philosophie puis la religion et maintenant, la technologie. Sur ce sujet, je recommande la lecture de L'aberration du solutionnisme technologique.

    Dans le Siné mensuel d'avril 2019.

    Sun May 19 20:49:33 2019 - permalink -
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  • Les crimes d'État de plus en plus assumés

    Les crimes d’Etat existent depuis la naissance des Etats. Ce qui est nouveau, c’est que les gouvernements ont tendance à s’en vanter. La France lève un tabou.

    La récente exécution en Syrie par les États-Unis des frères Fabien et Jean-Michel Clain, impliqués dans l’attentat du Bataclan sur demande de la DGSE a valu de florence Parly une épitaphe assassine : « Si c’est bien le cas, les Français qui se souviennent de ses appels au meurtre et de son rôle dans le pseudo-État islamique, en seront sûrement soulagés. » L’un et l’autre faisaient pourtant l’objet d’un mandat d’arrêt émis en juin 2018 par un juge parisien, qui se retrouve dès lors dans l’incapacité de faire progresser son enquête. Mais c’est une « vieille tradition ».

    Plus de 10000 personnes ont été victimes, pendant la guerre d’Algérie, des « corvées de bois », ces sinistres exécutions sommaires camouflées en tentatives de fuite par l’armée française. Maurice Audin, Mehdi Ben Barka et des milliers d’autres figurent sur la liste de ces crimes perpétrés au nom de la raison d’État. La doctrine française date de De Gaulle : « Pas de Français, pas en France, n’avouez jamais ! »

    Il ne s’agit pas de savoir si les victimes de drones auraient pu être interpellées et livrées à la justice. Mais plutôt de l’éviter et de revendiquer comme un succès politique le châtiment immédiat des présumés coupables.

    Il suffit de lire les comptes rendus victorieux pour constater que les armées s’autoproclament justicières et ne laissent aucune place à la présomption d’innocence. Pas d’énoncé des charges, pas de défense, pas de juge : la peine de mort est rétablie sans jugement contre des suspects « évidemment » coupables.

    Cette nouvelle doctrine est née après le terrible attentat des Jeux olympiques de Munich, commis le 5 septembre 1972. Le gouvernement israélien a immédiatement fait savoir qu’aucun des auteurs ne resterait impuni et les a traqués jusqu’au dernier, tué en 1992.

    Longtemps, la France a résisté

    C’est Hollande qui, le premier, a avoué : « J’en ai décidé quatre au moins [d’exécutions], mais d’autres présidents en ont décidé davantage » (Un président ne devrait pas dire ça). D’où une véritable bronca de toute la classe politique, qui ne critique pas les crimes mais leur aveu public.

    Même la digue protégeant les Français contre leur propre armée a cédé : « En cas de frappe contre des objectifs regroupant d’éventuels combattants francophones, la communication restera prudente et évoquera “l’attaque de lieux d’entraînement des terroristes en Syrie” » (conseil de défense restreint du 5 novembre 2015).

    La revendication politique, encore discrète, se profile.

    Bien évidemment, les erreurs judiciaires et les victimes collatérales sont les effets secondaires de cette stratégie de la terreur. Mais il s’agit de faire peur et non de faire justice. Dans un domaine heureusement infiniment moins grave, Ségolène Royal dit-elle autre chose en évoquant des jeunes violentés par la police ? « Ça ne leur a pas fait de mal à ces jeunes de savoir ce qu’est le main- tien de l’ordre, la police, se tenir tranquille. Ça leur fera un souvenir. »

    Des djihadistes aux gilets jaunes, le droit dérive donc doucement et tous les coups sont désormais permis contre des adversaires soupçonnés de ne pas respecter les lois. Mais lorsqu’un État utilise les moyens illégaux de ses adversaires, c’est précisément les méthodes des assassins qu’il légitime. Et ceux-là obtiennent ce dont ils n’osaient rêver : la fin de l’État de droit. « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre et finit par perdre les deux », a écrit Benjamin Franklin.

    Gros +1.

    Dans le Siné mensuel d'avril 2019.

    Sun May 19 19:49:06 2019 - permalink -
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  • Engie, inOui et autres idioties | Grise Bouille - GuiGui's Show

    À l'évocation de cette B.D., du fait que le renommage des services publics n'est pas seulement un artifice de communication mais l'annonce, par la sémantique, d'une dégradation profonde et d'un abandon des services publics, un collègue m'a raconté que, sur l'application Oui.sncf, des horaires sur plusieurs petites lignes TER ont disparu plus ou moins récemment. Le service client semble informer les clients que lesdits TER circulent toujours, que l'équipe Oui.sncf a choisi de ne pas les afficher, mais que l'on peut toujours les trouver et y réserver une place sur le site web / l'application TER (ter.sncf.com). Donc, quand la SNCF se présente sous le nom de son agence de voyage, elle """"oublie"""" de mentionner des horaires sur des petites lignes pas rentables qu'elle aimerait bien fermer avec la bénédiction du gouvernement. Quand elle se présente sous son nom connoté d'une mission de service public, elle mentionne lesdits horaires. C'est avoir tort que d'avoir raison trop tôt, trouzemillième édition ?

    Sun May 19 19:19:55 2019 - permalink -
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  • Auchan : on ferme ici, on ouvre ailleurs

    Treize supermarchés, quatre Chronodrive, deux halles, un hypermarché et un centre de préparation Auchan-Direct ! Pendant qu’Auchan brade tous ces sites déficitaires (quitte à les fermer s’il n’y a pas de repreneurs), et que Carrefour prévoit 3 000 départs « volontaires », les projets d’hyper et supermarchés se multiplient. Par exemple à Alès (Gard), où les ouvriers s’affairent, actuellement, à construire un nouveau centre commercial, dénommé « Porte Sud » — 7 000 m2 avec parkings.

    Pourtant, en septembre, la ville d’Alès a signé avec l’Etat une très alléchante convention-cadre Action cœur de ville, qui lui permettra de toucher 30 millions d’euros sur trois ans. Lancé voilà un an, ce dispositif a pour but de lutter contre la désertification de 222 villes moyennes. Comment ? En soutenant la « vitalité commerciale » du centre-ville, en limitant l’« implantation des surfaces commerciales en périphérie »…

    Selon Rémy Goulet, membre d’un collectif luttant contre ce nouveau centre commercial, « d’un côté, le maire refait des places et des rues avec l’argent de l’Etat ; de l’autre, il envoie les commerces en périphérie ! ».

    La mairie d’Alès est loin d’être la seule à bétonner gaiement. Sur les 222 villes bénéficiaires du dispositif Action cœur de ville, 86 d’entre elles ont autorisé, depuis mars 2018, l’extension de leurs zones commerciales installées en périphérie. Place à de nouveaux Lidl, Brico Cash, Gamm vert, etc. !

    Alès béton !

    A Cahors (Lot), les élus ont approuvé en juillet un projet de retail park (on ne dit plus « centre commercial ») de 6 487 m2. Projet retoqué en janvier par la Commission nationale d’aménagement commercial, qui s’inquiète de l’impact pour le centre-ville… A Perpignan (Pyrénées-Orientales), les élus viennent de resigner un permis de construire pour un nouveau centre commercial déjà retoqué deux fois (8 710 m2). A Arles (Bouches-du-Rhône), les élus ont approuvé l’extension d’un centre Leclerc (8 922 m2), en attendant le méga-complexe Shopping Promenade de 19 000 m2, prévu pour fin 2019…

    La palme revient évidemment à Gonesse (Val-d’Oise), qui croit toujours en son projet mahousse d’EuropaCity (750 000 m2), porté par… devinez qui ? Auchan ! Et ce malgré l’annulation, voilà deux mois, du plan local d’urbanisme. Grâce au dispositif Action cœur de ville, Gonesse va recevoir 1 million d’euros pendant cinq ans pour refaire les pavés du centre-ville, installer une crèche et un « espace vente de producteurs locaux en circuit court ». Admirable, sachant qu’EuropaCity va faire disparaître 80 hectares de terres agricoles… Face à ces aberrations, le ministère de la Cohésion des territoires explique que « le dispositif Cœur de ville se veut incitatif et non mercitif ». En effet !

    Dans le Canard enchaîné du 8 mai 2019.

    Sun May 19 19:07:27 2019 - permalink -
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  • Pénicaud menace un syndicat au portefeuille

    Philippe Louis, le président de la petite Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), vient d’alerter ses troupes. Lors d’une réunion organisée il y a trois semaines avec Muriel Pe'nicaud et ses collaborateurs, une vilaine menace a été proférée à son endroit : la représentativité nationale de la CFTC pourrait être remise en question !

    Depuis 2008, les syndicats sont considérés comme représentatifs s’ils ont recueilli plus de 8 % des suffrages aux élections professionnelles dans les entreprises. Avec 9,48 %, la CFTC est bonne dernière. Il suffirait que la ministre relève ce seuil à 10 % pour que le syndicat catho perde sa place dans le club des cinq.

    Du mou dans la quête

    Pourquoi le ferait-elle ? Parce qu’elle s’alarme du « gauchissement » (sic) de la CFTC, observé notamment lors de ses discussions sur la retraite avec le médiateur Jeau-Paul Delevoye. Philippe Louis a donc ordonné à ses ouailles une plus grande modération à l’égard du gouvernement. Y compris quand Macron entend instaurer un âge pivot à 64 ans et pénaliser ceux qui voudraient partir avant ? Possible : la représentativité permet à la CFTC de participer à toutes les négociations avec le Medef et d’être reçue avec les grands à l’Elysée et à Matignon, mais aussi de toucher de rondelettes subventions. Ainsi, les cotisations des militants ne rapportent que 2 millions à la centrale chrétienne, alors que 17 millions de subventions de l’Etat tombent chaque année dans son escarcelle.

    A comparer avec FO (8 millions de cotises, 20,1 millions d’aides publiques) ou la CGT (13,6 millions de la base, pour 27,5 millions de l’Etat). Sans la manne publique, la CFTC risque fort de devoir mettre la clé sous la porte du presbytère…

    Dans le Canard enchaîné du 8 mai 2019.

    Sun May 19 19:01:08 2019 - permalink -
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