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——————————— Sunday 25, June 2017 ———————————

Le titre parle de lui-même : les punchlines du genre = esclavage doivent cesser. La notion d’exploitation suffit largement. En effet, plutôt que d’utiliser une catégorie aussi lourde de sens et IMPROPRE dans ce contexte, il serait plus judicieux de s’employer à repolitiser la notion d’exploitation auprès du grand public.

Premièrement, les « on ne veut pas être esclaves » je trouve que cela sonne implicitement comme « on ne veut pas avoir un statut de nègres ». Qu’importe que vous vous en défendiez, la symbolique de l’esclavage est fortement imprégnée de l’image du « noir » pour des raisons historiques évidentes. Et on n’a pas besoin d’avoir l’intention de faire référence à cette histoire explicitement pour au fond y renvoyer. Pas la peine également de dire « il n’y a pas que les noirs qui furent esclaves », car cela ne change pas le fait que la traite occidentale s’est construite sur un imaginaire racialiste et négrophobe censée fonder sa légitimité, là où d’autres traites étaient purement opportunistes (on prenait des Africains, mais pas uniquement, le but étant de trouver de la main d’œuvre là où c’était possible. Dans le cas de la traite occidentale, il a été décidé pour des raisons raciales que c’était le destin des Africains et on a racialement figé leur être dans cette condition). Ce terme « d’esclave » n’est donc pas neutre.

Si on considère que parler d' »exploitation » ne suffit pas et qu’il faut parler « d’esclavage » pour dénoncer le néo-libéralisme galopant, c’est bien la preuve du net recul des idées anti capitalistes dans la société et donc de la défaite des gauches radicales sur le plan idéologique. L’exploitation, et avec cette loi, le durcissement des conditions de celle-ci, est la raison d’être de l’injustice du système capitaliste. Mais il y a différents niveaux ou différents systèmes d’exploitation, l’esclavage étant la forme la plus brutale. Si être sous-payé relève bien d’une condition très dure, l’esclavage va bien au-delà : c’est travailler gratuitement pour le profit d’autrui. Nous le savons tous, je ne vous apprends rien, mais il convient de le rappeler. Pourquoi ? Parce que la condition de possibilité et de pérennité d’un tel système où celui qui travaille ne reçoit aucun salaire est la suivante : une brutalité inouïe et l’établissement de l’horreur la plus absolue comme norme. Il n’y a pas d’esclavage sans atrocités physiques et psychiques, ce n’est pas possible. Bien sûr le capitalisme sous la forme du salariat, et notamment du bas salariat, abime les corps et les esprits. Il tue même, assez souvent. Mais cela n’a tout de même rien à voir avec l’esclavage où il s’agit d’une guerre totale faite au corps, à l’esprit, à la vie toute entière : la liberté (d’union, de déplacement, de parole, de tout), n’existe pas. Les mots, surtout ceux si chargés d’histoire – une histoire que l’on peine encore à reconnaître et à réparer – ont donc un sens qu’il convient de respecter. S’il devient impossible de montrer le caractère injuste du capitalisme, sans se référer à la forme la plus brutale de l’exploitation, c’est qu’effectivement le capitalisme a idéologiquement gagné, y compris chez les militants anti capitalistes. L’exploitation serait donc devenue une norme incontestable dans son principe même : il faudrait prouver qu’il y exploitation brutale, féroce, pour crier à l’injustice. Misère…

[…]

En lien direct avec ce qui vient d’être dit, l’usage du terme esclavage illustre le nombrilisme occidental, même des exploités, dans leur façon de penser les choses. Cela ça révèle l’incapacité à penser nos situations d’exploités ici, comme malgré tout bénéficières d’un système impérialiste et post esclavagiste qui a saccagé durant des siècles et continuent à saccager une vaste partie du monde. Dépossession en humains, en ressources, pillage, génocides, viols, esclavage, le tout pour asseoir la domination de quelques empires devenus nations. Domination dont nous profitons des fruits, maigres en comparaison aux classes dominantes, mais bien réels en comparaison avec la situation des travailleurs du Sud. Alors, il n’est pas possible – et beaucoup d’entre vous le savent – de détruire le capitalisme en pensant uniquement à nos nombrils d’exploités ici, mais de privilégiés à l’échelle internationale. Bien sûr, nos luttes ici sont légitimes, et ce n’est pas parce qu’il y a pire ailleurs qu’il ne faut pas lutter ici, mais elles ne peuvent pas dans leurs termes – et donc dans leur contenu, la forme entrainant le fond – faire l’impasse sur les points que j’ai développés, me semble-t-il.

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