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——————————— Sunday 10, December 2017 ———————————

Un vrai Robespierre de la fiscalité, ce Xavier Niel ! Interrogé par « Vanity Fair » (décembre 2017), le patron de Free et coproprio du « Monde » et de « L’Obs » assène : « Je pense qu’il faut surtaxer les yachts et les voitures de luxe. Ce serait sain. » Pas de chance, l’entretien a été réalisé avant la sortie des « Paradise Papers ». Dans lesquels figuraient les documents de bord du « Phocéa ». Naguère propriété de Tapie, ce voilier géant appartient désormais à Niel, qui l’a fait immatriculer… à Malte,

Une île où l’on « surtaxe » avec beaucoup de modération. Car on y aime vraiment les bas taux.

Niel, comme Tapie avant lui, se défendra qu'il loue le bateau à une société croisiériste, donc que ce bateau n'est pas à usage personnel, donc que ça ne compte pas vraiment, circulez, y'a rien à voir. Faites ce que je dis, pas ce que je fais, énième épisode.

Dans le Canard enchaîné du 6 décembre 2017.

Il ne manquait que le froid glacial au pauvre, au malheureux, au miséreux tribunal de Bobigny, qui aura décidément tout connu : pannes de lumière, fuites d’eau, WC hors d’usage… Et maintenant le chauffage, qui a rendu l’âme il y a dix jours, a obligé le président à annuler des audiences, le 4 décembre. La faute aux canalisations qui fuient mais qui, prises dans le béton et recouvertes d’amiante, ne sont pas faciles à réparer… Ô merveille de l’architecture !

« On va nous installer des souffleries à chaleur, raconte Cyril Papon, greffier et délégué CGT, mais, pas de bol, au tribunal pour enfants, l’armoire électrique ne le permet pas, ils vont continuer de se les geler… ».

Le deuxième tribunal de France peut aussi s’enorgueillir d’un système d’archivage sans pareil, à voir les milliers de cartons empilés qui ornent les murs, menacent de dégringoler ou s’affaissent carrément (voir la photo). Dans la salle d’attente des juges pour enfants, il arrive souvent que les gens qui s’ennuient fouillent dedans et lisent les dossiers, dans le respect de la sacro-sainte confidentialité !

Tant qu’ils ne s’en servent pas pour faire un petit feu et s’y réchauffer…

Wooh, quand même… Quand on te dit que la Justice n'a pas de moyens, ce n'est pas forcément de l'éxagération…

Dans le Canard enchaîné du 6 décembre 2017.

Voila une cochenille asiatique qui passe sa vie à baver sur les arbres. Si la femelle du Kerria lacca, qui s’épanouit dans les forêts tropicales, recouvre de ses sécrétions tout ce qu'elle touche, c’est d'abord pour protéger son nid. En séchant, la salive de cette fausse chenille donne une croûte visqueuse qui fait le bonheur de l'industrie agroalimentaire.

Récoltée sur le tronc des arbres, la précieuse bave est concassée puis purifiée par extraction à chaud à l’aide d'un solvant. La masse pâteuse ainsi obtenue est ensuite mélangée avec de l'alcool éthylique, métylique, butylique, amylique, de l'ammoniaque, de la soude caustique, de la potasse, du borax, des carbonates alcalins… — n’en ietez plus ! —, pour en faire une chouette gomme d'enrobage, de couleur orangée ou blond doré. On en retrouve un peu partout, jusque sur les bûches de Noël ! Une ]oyeuseté qui, sur les étiquettes, est pudiquement signalée « shellac » ou « E904 ».

C'est l'une des cachotteries pointées par Foodwatch. L'ONG, poil à gratter de l'agroalimentaire, a eu la bonne idée de sortir un catalogue « spécial arnaques de fêtes », où elle décortique 20 produits qui, du foie gras au saumon en passant par la bisque de homard, composent habituellement le menu des deux réveillons. Une hotte dans laquelle figure donc une bûche de chez Picard café-noisette… enrobée de shellac. La pâtisserie industrielle raffole de la salive de Kerria lacca, tout comme les confiseurs pour le glaçage des macarons, des chocolats et d'une kyrielle de bonbons chocolatés comme les célèbres Smarties.

Grâce à la bave de cochenille, les fruits et les légumes exotiques brillent comme es sous neufs sur les étals de nos supermarchés. Avant d'embarquer sur les porte-conteneurs, avocats, ananas, papayes ou mangues sont souvent enduits de shellac. Un film protecteur moins cher que la cire d’abeille. En dehors de notre assiette, le E9O4 sert, pêle-mêle, à enrober les médicaments, à traiter le bois, à fabriquer les vernis à ongles et les laques à cheveux.

On comprend maintenant pourquoi, les soirs de réveillon, après avoir englouti la bûche ou pioché dans les boîtes de chocolats, l’envie nous prend parfois de faire la danse de la (co)chenille…

Dans le Canard enchaîné du 6 décembre 2017.

Bruno Le Maire fait depuis plusieurs jours le siège de l’Elysée pour obtenir la désindexation non seulement du smic mais aussi des minima sociaux.

Le ministre de l’Economie souhaite que le salaire minimum et un certain nombre d’allocations cessent d’augmenter en fonction de la hausse des prix.

Le sujet est explosif. Jusqu’à présent, Macron a botté en touche. Mais — ballon d’essai ? — le gouvernement a tout de même annoncé que la prime de Noël resterait au même niveau, comme en 2015 et en 2016.

Macron attend sans doute de voir si ce genre de mesure « désindexe » sa courbe de popularité…

… … … :'(

Dans le Canard enchaîné du 6 décembre 2017.

Faisant fi de sa majorité présidentielle pléthorique, l’Assemblée vient, en toute discrétion, d’infliger à Macron un joli camouflet. Durant la campagne, ce dernier avait promis que « l’indemnité représentative de frais de mandat (IRFM) sera[it] intégrée à l’indemnité parlementaire et, à ce titre, fiscalisé ». Il n’en sera rien : la nouvelle réglementation, adoptée le 29 novembre par le bureau de l’Assemblée, ne contraint nullement les députés à déclarer dans leurs revenus cette IRFM, qui leur permet de régler divers frais (loyer, transport, repas) liés à leur fonction. Et les parlementaires se sont gardé quelques privilèges.

Au grattage et au trrage

Comme par le passé, ils peuvent piocher dans les 5 373 euros qui leur sont alloués chaque mois pour payer, dans le cadre de leur mission, « leurs transports aériens ». Mais le nouvel arrêté de questure ne dit rien sur les cartes de fidélité permettant aux voyageurs de s’envoyer en l’air aux frais de la princesse. Avec leur carte Club 2000 d’Air France, réservée aux meilleurs clients de la compagnie, les députés bénéficient de menus avantages (embarquement prioritaire, surclassement…) et accumulent des miles. Ils se sont « engagés sur l’honneur » à ne les utiliser que lors de leur missions. Un engagement qui ne manque pas d’air !

Désormais, les élus peuvent aussi puiser dans l’IRFM pour s’offrir les services d’avocats dans le cadre de conflits du travail les opposant à leurs collaborateurs ! Ces derniers, eux, n’ont droit à rien.

Si les députés ne peuvent plus payer leur adhésion à leur parti en puisant dans leur IRFM, l’utiliser pour régler leurs cotisations aux groupes politiques est permis. C’est pourtant grâce à ce procédé qu’entre 2003 et 2014 le groupe UMP du Sénat avait reversé en loucedé quelque 15 millions d’euros à certains de ses membres. La justice enquête…

C’est désormais la déontologue seule — ce qui la laisse perplexe — de l’Assemblée qui vérifiera les dépenses des élus. Lesquels seront contrôlés par tirage au sort au cours de leur mandat. Les privilégiés radiographiés la première année n’auront, ensuite, plus rien à craindre jusqu’à la fin…

Premier arrivé, premier servi ?

Avant, les parlementaires pouvaient dépenser leur IRFM comme il⋅elle⋅s le souhaitaient la somme allouée. Certain⋅e⋅s parlementaires, comme le député Alain Tourret, s'en servaient pour rembourser des prêts personnels, pour réaliser des achats de biens immobiliers à usage personnel, pour offrir des cadeaux à la famille et/ou aux ami⋅e⋅s, pour se faire un complément de salaire, pour se payer des vacances, etc. Seule la presse faisait tomber quelques magouilleur⋅euse⋅s par-ci, par-là, et encore…

Maintenant, l'indemnité sera toujours versée en intégralité aux élue⋅e⋅s… qui en feront toujours ce qu'il⋅elle⋅s en veulent… En revanche, il⋅elle⋅s devront conserver des justificatifs pour les maigres contrôles que devra réaliser, la⋅e seule déontholoque de l'Assemblée ou le comité de déonthologie du Sénat (qui est composé… de sénateur⋅rice⋅s… qui vont donc juger leurs pairs ;) ). Seule la presse fera toujours tomber quelques magouilleur⋅euse⋅s. Ça change tout, non ? Mais puisqu'on nous assure que la moralisation de la vie politique est en marche

Moi aussi, je vais demander à mon employeur⋅euse de me payer des soi-disants frais pros sans justificatifs préalables… La fin des régimes privilégiés, ce n'est pas encore pour aujourd'hui. :(

Dans le Canard enchaîné du 6 décembre 2017 et https://www.publicsenat.fr/article/politique/frais-de-mandats-les-senateurs-font-presque-comme-les-deputes-80573 .

Toujours plus haut, toujours plus fort ! Mercredi 29 novembre, le tyran nord-coréen a fait tirer un missile balistique intercontinental qui a volé 53 minutes et atteint une altitude de 4 475 kilomètres.

Jusqu’ici, Kim Jong-un avait montré qu’il pouvait frapper jusqu’en Alaska. Avec ce tir-là, il prouve que New York ou Washington sont à sa portée. Estomaqué, Trump, qui affirmait, lors de sa récente tournée en Asie, que jamais Pyongyang n’aurait une technologie à la hauteur, n’a lâché qu’un faiblard : « On va s’en occuper ». De son côté, Macron a dénoncé ce tir « irresponsable ». Et l’ONU a annoncé de nouvelles sanctions — ce ne sera guère que la 9e fois. Tandis que le président sud-coréen montrait des signes de panique en priant les Etats-Unis de ne pas envisager de frappe préventive. Jamais, depuis la fin de la guerre froide, le monde n’a été si près d’un conflit nucléaire… Mais, bon, puisqu’on y a échappé jusqu’ici, pas de raison de s’inquiéter ?

Le 10 décembre à Oslo, l’association Ican va recevoir le prix Nobel, qui lui a été décerné pour l’abolition des armes nucléaires. Elle a réussi à faire en sorte qu’en juillet pas moins de 122 pays fassent adopter par l’ONU un traité par lequel ils s’engagent ‘a ne jamais fabriquer, ni détenir, ni utiliser la Bombe. Ils ont, en prime, demandé aux neuf pays « nucléaires » de désarmer. Et n’ont reçu que ricanements en retour.

La France a voté contre ce traité, évidemment, comme l’avait fait Hollande. Pour la cérémonie de remise du Nobel, la France, le Royaume—Uni et les Etats-Unis n’enverront pas leurs ambassadeurs, comme il est de coutume. Mais des diplomates de second rang. « Ils aiment tellement leurs armes nucléaires, et n’aiment pas ceux qui essaient de les interdire », a commenté Béatrice Fihn, la directrice d’Ican.

Mais si, voyons, puisqu’ils veulent l’interdire à la Corée du Nord !

Dans le Canard enchaîné du 6 décembre 2017.

« Les prévenus comparaissent comme des animaux en cage », « C’est le symbole de l’obsession sécuritaire ». De Nanterre à Clermont-Ferrand, d’Evry à Toulouse, les avocats se rebellent contre les verres qui désormais ornent, de haut en bas, les box des comparutions immédiates, dejà si charmants. Il s'agirait d’empêcher les agressions de magistrats et de prévenir les tentatives d’évasion, qui, en dix ans, se comptent sur les doigts d’une seule main.

En tête du combat, le Syndicat des avocats de France, qui, un peu partout, multiplie les assignations contre le ministère de la Justice afin que les cages soient supprimées. « A Nanterre, la semaine dernière, le tribunal a dû changer de salle… » plaide Fabien Arakelian, sous le regard du bâtonnier et des confrères. Ce jour-là, avec cinq prévenus dans le box étriqué et autant de policiers, impossible pour quiconque de s’asseoir. « Le président a demandé des chaises, mais elles ne passaient pas par les interstices. Il a donc décidé : “Ça suffit, on ne va pas les laisser cinq heures debout !” »

L’absurde ne s’arrête pas là. Les portes des box donnant sur la salle ont disparu avec le verre. Il ne reste que celles menant au dépôt. « Imaginez un incendie au dépôt : personne ne pourra s’échapper de ce piège, tout le monde brûlera, prévenus et policiers ! » Impossible, bien sûr, de faire venir le prévenu à la barre et, d’un tribunal a l’autre, les images sont les mêmes. Des gens en cage dont la voix ne passe pas les petits trous des vitres triple sécurité. Les juges ne les entendent pas, ils n’entendent pas les juges, pareil pour leurs avocats. « Il y a urgence, poursuit Arakelian. Tous les jours, des prévenus sont jugés en comparution immédiate, dans un box qui entrave leur libre échange avec les avocats, qui attente à la dignité et a la présomption d’innocence. »

Il faut, pour ceux qui ne l’ont jamais vu, imaginer ces personnages, sortis de garde à vue, passés par les geôles du palais, sans lacets ni ceinture, pas lavée, mal peignés. Déjà un peu inquiétants, déjà en dehors du monde normal. Les voilà, fantomatiques, encagés, leur bouche s’ouvrant dans le crachotement de mauvais micros.

« La personne jugée est extérieure à son propre procès, comme l’Etranger du roman de Camus. Il est dans un bocal, il est jugé à distance, décrit l’avocat Gérard Tcholakian dans la revue “Dalloz”. Ce qui est déplorable, c’est que tous, magistrats, avocats, justiciables, nous nous habituons à ces aménagements, nous ne voyons plus ce qui se passe dans nos palais, et nous finissons par accepter l’inacceptable. » En attendant, sans trop d’espoir, le résultat des assignations, avocats et clients continueront de hurler leurs secrets ou de se ployer pour causer tout bas à travers les trous qui leur sont dévolus.

Dans le Canard enchaîné du 6 décembre 2017.

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