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——————————— Sunday 16, December 2018 ———————————

Les élections dans la fonction publique confirment l’érosion de la CGT - Page 1 | Mediapart

En surface, rien n’a bougé. Les résultats, dévoilés mardi 11 décembre, des élections professionnelles dans la fonction publique n’ont pas bouleversé l’équilibre des forces entre les neuf syndicats représentatifs : la CGT est toujours en tête (avec 21,8 % des voix), suivie par la CFDT (19 %), Force ouvrière (18,1 %) et l’Unsa (11,2 %).

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Plusieurs éléments de ce scrutin sont pourtant dignes d’analyse. La participation, d’abord. Elle est en baisse par rapport à 2014, le premier scrutin où tous les agents de la fonction avaient été appelés à voter tous en même temps. Moins de la moitié des agents publics (49,8 %) ont participé au scrutin, ce qui représente une chute de 3 points.

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Même sans une forte participation, des glissements sont nettement perceptibles. Le perdant des élections est sans conteste la CGT, qui reste en première position, mais recule de 1,2 point (après une baisse de 2,3 points en 2014), alors que la CFDT régresse « seulement » de 0,3 point, et réduit donc l’écart qui la sépare de la centrale de Philippe Martinez.

C’est d’ailleurs Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, qui s’est exprimé le premier mardi, pour annoncer les résultats. Sans s’attarder sur le bilan dans la fonction publique, mais pour se féliciter que son syndicat soit désormais le premier, si l’on additionne le nombre de voix dans les secteurs privé et public.

[…]

Sur le plan national, il ne restait en effet plus que 20 000 voix d’écart entre la CGT et la CFDT, qui était déjà passée en première place dans le privé en mars 2017. L’écart a été comblé, et selon les calculs de la CFDT, il est désormais de 15 000 voix en sa faveur. « Nous ne boudons pas notre plaisir, c’est l’objectif, ambitieux, qu’on s’était fixé, et nous l’avons atteint », savoure Mylène Jacquot.

[…]

Peut-être la CGT attend-elle les résultats définitifs ? Ceux qui ont été communiqués mardi ne le sont pas encore totalement, et il reste peut-être à la centrale de Montreuil un petit espoir : selon Yves Veyrier, FO ne confirme pas le calcul de la CFDT qui la place en première place, tous secteurs confondus. « Nos calculs, basés sur les chiffres qui nous sont remontés, ne donnent forcément pas la CFDT en tête, indique le dirigeant de FO. Les chiffres sont très serrés, et pas encore certains. »

Mais même la représentante de la CFDT refuse de tirer un constat net de ces résultats. « On n’est pas sur une élection de type référendaire, c’est une élection qui est faite sur une multitude de scrutins de proximité », dit Mylène Jacquot. Sa prudence est de mise : à l’hôpital, la CFDT a perdu sa deuxième place, au profit de FO.

Ce dernier limite d’ailleurs les dégâts, malgré la violente crise interne qui l’a secoué ces dernières semaines, avec le départ forcé de Pascal Pavageau, en ne reculant que de 0,5 point, et en conservant sa première position dans la fonction publique d’État (qui regroupe les personnels des ministères, d’institutions comme le Conseil d’État et la Caisse des dépôts, ou les fonctionnaires de La Poste et d’Orange).

Si la place de la CFDT comme premier syndicat de France est confirmée, ça sera bien triste : nous avons beaucoup à perdre avec les syndicats dits réformistes c'est-à-dire plus consensuels et moins vindicatifs… FO va aussi virer dans le courant réformiste, son secrétaire général, Veyrier, en place depuis la fin de Pavageau, pourrait laisser les commandes au réformiste Homez dans trois ans selon le Canard enchaîné du 07/11/2018…

Interpol s’en prend à un grand humaniste

Une fois n’est pas coutume, les flics d’Interpol se soucient des droits de l’homme. Certains régimes peu démocratiques ont pris la fâcheuse habitude d’utiliser l’organisation internationale de coopération des polices pour faire arrêter leurs opposants politiques réfugiés à l’étranger.

Dernière illustration : des notices rouges émises par Interpol à la demande de la Mauritanie à l’encontre de l’homme d’affaires et milliardaire Mohamed Ould Bouamatou ainsi que de son collaborateur. Tous deux Opposants au président Abdel Aziz.

Après avoir collé à chacun un mandat d’arrêt, le 31 août 2017, pour soupçons de corruption, Nouakchott avait obtenu que l’organisation policière basée à Lyon les inscrive dans son fichier des personnes recherchées.

Las, quatorze mois plus tard, Interpol a donné raison aux avocats des deux hommes en considérant que la demande de la Mauritanie était abusive. Non seulement elle a supprimé illico les avis de recherche internationaux visant Mohamed Ould Bouamatou et son bras droit, mais, dans sa décision, elle tire à boulets rouges sur le président Aziz, n’hésitant pas à dénoncer « une dimension politique prédominante dans cette affaire ».

Un odieux procès d’intention !

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.

BFM business et la Chine

Ne disposant pas de chaîne de télé en France pour faire, comme Russia Today, sa propagande gouvernementale, le régime chinois a trouvé un bon débouché, depuis la rentrée : un contrat a été signé avec le groupe BFM, et plus précisément avec la régie publicitaire de BFM Business, la chaîne économique disponible sur le Web et sur la TNT à Paris. Chaque iour, le service français de la chaîne d'Etat Radio Chine Internationale fournit, clés en main, des sujets qui, sous la forme de jités, encensent l'économie et le modèle chinois. Cette séquence très fraîche est diffusée le soir a 23 h 50 dans un magazine spécialisé, intitulé « Chine Eco ». Au passage, des boîtes françaises qui travaillent en Chine sponsorisent ce programme très libre. Le deal avait été proposé à CNews et à France Info, qui l'avaient refusé.

Mais la télé du business BFM, elle, n'a pas hésité à aller à la soupe pékinoise…

Propagande, propagande, le Canard y va un peu fort… C'est de l'influence à l'international. La France en fait tout autant avec le groupe public France Médias Monde.

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.

Banques vertes

Elle est rudement chouette, cette campagne de pub de BNP Paribas. Sur fond vert clair, avec une fleur de pissenlit en gros plan, la banque propose un prêt à taux réduit pour le financement d’une voiture neuve électrique. C’est beau, la banque écolo.

L’ennui, c’est qu’un rapport de l’ONG Oxfam, daté du 24 novembre, explique que les six principales banques françaises font tout le contraire : elles continuent de financer largement les énergies fossiles; Entre 2016 et 2017, elles ont financé le charbon, le gaz et le pétrole à hauteur de 43 milliards d’euros, à comparer à un peu moins de 12 milliards pour les énergies renouvelables. Depuis
la COP21, fin 2015, elles ont même réduit leurs investissements dans les énergies propres.

La pub, ça n’engage que ceux qui y croient.

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.

La réforme des allocations logement risque de faire 1,2 million de perdants

Chacun d’eux devrait y laisser, en moyenne, 1 000 euros par an, à en croire les calculs de la Caisse nationale des allocations familiales. Et il n’y aura quasiment aucun gagnant.

Programmée pour 2019, la nouvelle réforme des aides sociales au logement pourrait pénaliser 1,2 million de malchanceux, qui verront leurs subsides réduits ou carrément supprimés — ce qui représente, en moyenne, 1 000 euros de moins par an pour chaque foyer concerné ! De quoi permettre au gouvernement d’économiser annuellement 1,2 milliard sur l’APL (l’aide personnalisée au logement), l’ALS (alloc dite « de dernier recours ») et l’AFL (versée en fonction de la situation familiale).

Ces données explosives proviennent des ordinateurs de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), qui distribue lesdites aides. Le cabinet du ministre du Logement, Julien Denormandie, assure au « Canard » qu’il n’a pas connaissance de ces chiffres. Mais il refuse de livrer le résultat de ses propres calculs.

Précaires plumés

Le ministère ajoute, sans rire, qu’il ignore le nombre de personnes censées être touchées par sa propre réforme et qu’il ne connaît que le montant des économies réalisées. En réalité, le gouvernement veut éviter de mettre de l’huile sur le feu auprès d’allocataires déjà passablement énervés par la réduction mensuelle de 5 euros de l’APL appliquée depuis 2017. La prochaine ponction s’annonce autrement rude… Présenté par Macron et Denormandie comme « une mesure de justice sociale (sic) », le changement consiste à verser les aides en fonction non plus de la situation antérieure des demandeurs (calculée sur l’année n-2) mais de leurs revenus actuels. Le calcul sera révisé tous les trimestres et plus ou moins lissé sur douze mois, histoire de prendre en compte les changements professionnels et familiaux.

Soucieux de mettre en évidence la pureté des intentions gouvernementales, Denormandie a cité le cas d’un jeune diplômé entrant dans la vie active avec un bon salaire et qui continuerait de toucher des allocs calculées sur ses maigres revenus d’étudiant des années écoulées. Mais ce genre d’oiseau reste trop rare pour permettre de réaliser de substantielles économies

Le nouveau mode de calcul va surtout plumer les précaires. En fonction des CDD ou des contrats saisonniers qu’ils réussiront à décrocher, ils pourraient être soumis au régime de la douche écossaise : un trimestre avec APL, un deuxième avec un petit bout d’allocs et le troisième avec… des clous !

En fait, cette réforme ne fera quasiment aucun gagnant. Même chez les personnes dont les ressources financières se dégradent brutalement, après des années plus prospères. La Cnaf prend déjà en charge ces situations en temps réel, sans tenir compte des revenus plus élevés encaissés durant les exercices précédents.

Cailloux informatiques

Heureusement pour les allocataires, l’application de la réforme se heurte à d’inextricables problèmes informatiques. Ainsi, la Cnaf s’avère incapable de prendre en compte, trimestre par trimestre, les revenus des commerçants et des autoentrepreneurs (un statut très fréquent chez les précaires) ou d’intégrer le versement des pensions alimentaires.

La réforme a donc été découpée en tranches. Seuls les cas les plus simples seront soumis, l’an prochain, au nouveau régime. Et la mise en route a été opportunément retardée : prévue initialement pour le 1er janvier prochain, elle a d’abord été remise au printemps, puis au mois de juillet, voire à l’automne.

Tous ces pépins techniques devraient permettre au gouvernement de calmer le jeu. Le ministère du Logement ne cesse d’ailleurs de répéter que son dispositif n’est pas tout à fait calé et que sa réforme peut encore être… réformée.

En espérant que, d’ici à l’été, les gilets jaunes et autres râleurs seront devenus aveugles, sourds et muets…

Dans le Canard enchaîné du 5 décembre 2018.

Grâce aux malheurs de Carlos Ghosn, Nissan espère brider Renault

Le constructeur japonnais n'attendait qu'une occasion de s'afranchir de son sauveteur.

Les très médiatiques déboires judiciaires et fiscaux de Carlos Ghosn n’ont pas désolé tout le monde. Pour Nissan, associé à Renault dans l’« Alliance », ils constituent une l’occasion en or de remettre les pendules à l’heure. Car le constructeur japonais acceptait de moins en moins de se trouver sous la tutelle du français.

L’histoire commence en 1999. Avec plus de 20 milliards d’euros de dette, Nissan est au bord de la faillite. Louis Schweitzer, alors président de Renault, envoie son bras droit, Carlos Ghosn, à Tokyo. L’idée : redresser Nissan, que l’ex-régie vient d’acquérir et où elle va investir 5 milliards. Renault prend 43 % du capital du japonais, alors que ce dernier doit se contenter de 15 % chez Renault — et cela sans droit de vote.

L’Etat voit double

Après 21 000 suppressions de postes et la fermeture de nombreuses usines, Nissan retrouve des couleurs, au point de dépasser son sauveteur. En Bourse, aujourd’hui, la boîte japonaise vaut près de deux fois Renault (32 milliards contre 18). Géant économique mais pouvoirs de nain ? Nissan le vit de plus en plus mal. La crise éclate en 2015. Emmanuel Macron, alors ministre des finances, prépare sa candidature à la présidentielle. Désireux de gommer son image d’ancien banquier millionnaire, il choisit d’apparaître comme un défenseur acharné des participations publiques. A ce titre, il entend faire bénéficier les actions de l’Etat chez Renault du droit de vote double que permet la loi Florange, et ce malgré l’opposition absolue du conseil d’administration de la boîte et de son patron, Ghosn.

Les Japonais, eux, se sentent trahis : ils n’ont jamais admis qu’à contrecœur la présence de l’Etat au sein de l’Alliance. Et voilà ce dernier qui, sans même les avoir prévenus, pose ses pieds sur la table ! Nissan menace alors de faire capoter le mariage.

Macron recule en lui accordant, notamment, une concession qui va fondamentalement changer le caractère de l’Alliance — dans un accord secret, jamais publié mais révélé par « Le Canard » (mai 2016) : Renault, malgré sa quasi-majorité chez Nissan, s’engage à ne jamais s’opposer aux décisions prises par les administrateurs du japonais. A nos questions sur cet étonnant abandon de souveraineté, un conseiller de Macron avait, à l’époque, répondu : « Peu importe, puisque c’est le même homme — Ghosn — qui est à la tête de Renault et de Nissan. »

Défaites sur tatami

Oui, mais voilà : aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Ghosn a été viré de chez Nissan. Et avec l’approbation des deux administrateurs nommés par Renault, bien sûr contraints par l’accord secret de voter comme les Japonais. Au même moment, le conseil d’administration de Renault a choisi, lui, d’épargner Ghosn, qui reste président, quoique provisoirement « empêché » !

Selon l’économiste Elie Cohen, ex-membre du conseil d’analyse économique de Matignon, « Ghosn maintenait le statu quo dans l’Alliance. Sa chute fait aujourd’hui apparaître la réalité du rapport de force et libère les Japonais. Ils demandent maintenant que les pouvoirs dans l’Alliance soient rééquilibrés en leur faveur ». D’où la lettre à ses salariés de Hiroto Saikawa, patron par intérim de Nissan, qui, le 26 novembre, a réclamé « une relation plus juste avec Renault ». Comme personne n’acceptera d’être minoritaire, « ce sera la parité à 50/50 entre les deux sociétés, estime Elie Cohen. Les décisions devront alors être prises à l’unanimité. C’est-à-dire que nous avons perdu le contrôle de Nissan qu’avaient obtenu Schweitzer et Ghosn ».

Pour rétablir son pouvoir, que le gouvernement français le veuille ou non, Nissan possède plusieurs atouts. Dont celui-ci, parfaitement imparable : le groupe — même si cela viole le règlement de l’Alliance — peut augmenter sa participation dans le constructeur français en achetant des actions sur le marché. Au-delà de 25 % de participations de Nissan chez Renault ce dernier, aux termes de la loi japonaise, perdrait la totalité de ses droits de vote dans sa filiale ! Au judo, cela s’appelle ippon.


Renault, société hollandaise

Qui gouverne chez Renault, aujourd’hui ? L’instance dirigeante du groupe n’est plus localisée en France mais dans une discrète coquille néerlandaise appelée RNBV. En 2002, la société Renault SA lui a délégué la quasi-totalité de ses pouvoirs. RNBV a donc les mains libres pour agir dans le cadre du droit boursier néerlandais, beaucoup plus favorable aux sociétés.

Ses attributions sont considérables : selon ses statuts (modifiés en 2017), elle adopte les « plans stratégiques » de l’Alliance, sa politique financière et les « plans produits ». d'ailleurs, les sociétés de produclion partagée (véhicules, plateformes, boîtes de vitesses, moteurs, achat de pièces, etc.), qui ont fait le succès de l‘Alliance, sont ses filiales directes.

A la tête de RNBV : un directoire de 10 personnes — 5 nommées par Renault et 5 par Nissan, en l’absence de tout représentant de l’Etat actionnaire. Son président, avec « voix prépondérante », est celui de Renault, et son vice-président celui de Nissan. Or Carlos Ghosn est aujourd’hui « empêché » chez Renault, et pas encore remplacé chez Nissan. L’Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam) a écrit le 26 novembre à l’AMF pour lui demander de déterminer « qui exerce aujourd’hui le pouvoir sur RNBV [et] qui détient ses actions ». Cette association demande également des éclaircissements sur Stichting Preference Share RN, la fondation, elle aussi néerlandaise, qui coiffe RNBV.

Le patriotisme industriel français n’est pas à la fête


Un grand cachotier

C'est pour avoir tenté de dissimuler ses faramineux revenus officiels par crainte d’un scandale au Japon - et en France - que Carlos Ghosn est aujourd’hui en prison. Le patron de l’Alliance Renault-Nissan n’est pas soupçonné de fraude fiscale, mais il lui est reproché, selon le parquet de Tokyo, d’avoir omis de signaler, dans ses comptes publics annuels, qu’une rémunération égale à celle qu’il touche actuellement (environ 8 millions d’euros) lui serait versée à son départ à la retraite. Ce qui lui rapporterait, le moment venu, près de 40 millions sur cinq ans. Le marché et les investisseurs auraient donc été trompés, en violation de la loi nippone fiel (pour « Financial Instrument and Exchange Law »), adoptée en 2009. Ghosn a, pour sa part, assuré aux enquêteurs que cette pratique lui semblait tout à fait légale. Tout comme la plus-value boursière, qu’il n’avait pas plus déclarée.

La justice ne le poursuit pas (encore ?) pour des abus de biens sociaux — achat, via une filiale de Nissan, de luxueuses maisons à Rio, Beyrouth, Tokyo et Amsterdam, emploi de complaisance pour sa sœur, paiement de son mariage, en 2016, à Versailles — révélés par une enquête interne de la boîte. Le nouveau patron de Nissan, Hiroto Saikawa, a refusé de fournir le moindre détail à ce sujet, pour ne pas envenimer les relations au sein de l’Alliance.

Trop aimable.

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.

Fusion CSA / HADOPI : E_AGAIN, mais avec la présidente de la CNIL ?

Le refus de Frédérique Bredin, ex-ministre PS et actuelle patronne du Centre national du cinéma, de succéder à Olivier Schrameck à la tête du Conseil supêreur cle l'audiovisuel (CSA), en janvier, oblige les conseillers de Macron à changer leur fusil d'épaule. « On a abouti à deux options. Celle qui a le plus de chances de progresser est la candidature discrète mais appuyée de Laurence Franceschini, l’actuelle médiatrice du cinéma », dixit un proche du chef de l'Etat. Qui ajoute : « L’autre option serait le profil plus juridique de la présidente de la Cnil, Isabelle Falque-Pîerrotin, qui pourrait être préféré si la prochaine loi audiovisuelle venait à fusionner le CSA avec l'Hadopi. »

Avec des « si », on mettrait Schrameck à la retraite anticipée !

Dans le Canard enchaîné du 5 décembre 2018.

Macron culte par-dessus tête

Comment se mettre à dos en même temps les représentants des cultes, les athées, les francs-maçons et autres tenants de la laïcité ? Le gouvernement est en passe de réaliser cet exploit avec son projet de réforme de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat, censé marginaliser les islamistes intégristes.

Si les laïcards se méfient de toute remise en cause de ce texte sacré, les religieux ne digèrent pas l’attitude de l’Elysée et du ministère de l’Intérieur. Ces derniers ont d’abord rédigé un avant-projet de loi et l’ont fait fuiter dans la presse, avant d’inviter cathos, protestants, juifs et orthodoxes à venir discuter d’une réforme quasi bouclée à l’avance.

« Nous sommes demandeurs d’une réelle concertation et non pas d’une consultation », tacle le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly. Les représentants de l’islam ne se montrent guère plus aimables. « Il est hors de question qu’il y ait une loi spécifique aux musulmans », avertit, dans « Le Monde » (24/11), Anouar Kbibech, vice-président du Conseil français du culte musulman.

Gâterie pour imams

Macron et Castaner entendent pourtant contraindre les associations gérant les mosquées à quitter le statut de la loi de 1901, jugé trop laxiste. Elles devront adopter le cadre de la loi de 1905, réservé aux associations à but exclusivement cultuel, et qui permet — en principe — un contrôle renforcé des flux financiers.

Pour amadouer les imams, le projet prévoit que leurs associations cultuelles auront désormais le droit de percevoir des revenus immobiliers, tout en bénéficiant d’un régime fiscal ultra-favorable. Jusqu’à présent, la loi de 1905 interdit ce genre de commerce, mais l’Eglise catholique s’en est déjà affranchie et encaisse, en toute impunité, de copieux revenus locatifs.

Cette réforme risque de ne rien régler du tout. Et pour cause : comme les représentants des autres religions, des musulmans animent également un incontrôlable (et influent) réseau de services charitables ou éducatifs.

Dépourvues de but cultuel officiel, ces structures ne peuvent — par nature — être pilotées que par des associations 1901. La nouvelle loi n’empêchera donc pas les excités de donner des cours dans des écoles intégristes, d’organiser des pèlerinages salafistes ou d’encaisser, en toute opacité, le pognon des fidèles, comme le font aujourd’hui certains ensoutanés traditionalistes

Macron souhaite également renforcer la police des cultes pour museler les prédicateurs énervés. Il s’agit de durcir les condamnations en cas de prêches antirépublicains ou appelant à la violence. Mais, cette fois, c’est la hiérarchie catho qui est toutes crosses dehors : « La Croix » (12/11) s’est alarmée de voir ainsi remis en cause le droit des curés à monter en chaire pour qualifier « l’avortement de crime ». Après l’alliance du sabre et du goupillon, celle des mitrés et des barbus ?

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.

Les effarantes erreurs des experts de Bercy sur le commerce extérieur

Selon une note confidentielle des Douanes, le déficit est constamment minoré : 5 milliards en 2017, confirment les statistiques européennes, et pire les années d’avant !

Chaque mois, c’est le même rituel : la Direction générale des douanes publie les chiffres du commerce extérieur. Et ils sont très mauvais. Ainsi, le 8 novembre, la France accusait, pour le 3e trimestre, un déficit de 14,9 milliards d’euros. Affreux. Sauf que la réalité est encore pire !

Pour s’en rendre compte, il suffit d’éplucher les statistiques d’Eurostat sur les échanges intracommunautaires. L’ensemble des pays de l’Union européenne déclare nous avoir acheté un peu plus que ce que nous affirmons leur avoir vendu. A l’inverse, ces mêmes voisins jurent nous avoir vendu beaucoup plus que ce que nous reconnaissons leur avoir acheté. A en croire Eurostat, nos importations annuelles sont sous-estimées de 12 milliards d’euros, et nos exportations de 7 milliards. En clair, notre déficit commercial de 2017 serait minoré de 5 milliards. Une paille, et pas la première du genre !

Car, dès 2014, dans une note interne, le chef statisticien des Douanes sonnait l’alarme : « Si la France calculait aujourd’hui ses importations en provenance de l’UE en additionnant les exportations vers l’Hexagone publiées par ses partenaires européens, son solde commercial annuel serait dégradé de 10 à 20 milliards selon les années. » Excusez du peu.

Boss des maths

Deux ans plus tard, le patron du département des statistiques et des études économiques (DSEE) des Douanes décortiquait l’erreur dans un rapport confidentiel de 13 pages. Afin de limiter la paperasse, Bruxelles a dispensé de formulaires les entreprises européennes important d’un autre pays de l’UE pour moins de 460 000 euros de biens. A charge pour les gabelous d’estimer, au doigt mouillé, ce flux commercial non déclaré.

Selon la note, il s’agit d’« un modèle fantaisiste » : les douaniers auraient mal exploité les données de TVA déclarées par les entreprises françaises importatrices ainsi que les déclarations fiscales des sociétés européennes exportant en France…

Réagissant, dans un courriel interne, à cette fâcheuse découverte, Hélène Crocquevieille, alors directrice générale des Douanes, explique sérieusement que « ces travaux permettront de faire progresser la qualité des stats du commerce extérieur fournies par la Douane ». Elle s’interroge gravement : « Quand et comment faire état de ces résultats afin de les intégrer dans le chiffre mensuel du commerce extérieur ?» Sans commettre d’erreurs, cette fois ?

Aujourd’hui, le dossier repose sur le bureau du ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin. Et ce dernier prend son temps vu que, chez nos voisins aussi, le chiffre du commerce extérieur est largement frelaté — parfois plus qu’en France. Exemple : en Allemagne, la balance commerciale est « améliorée » d’environ 15 milliards (2 % de ses échanges européens). C’est moins qu’en Grande-Bretagne (2,5 %) et, surtout, qu’en Italie (6,4 %). La Belgique fait figure de modèle, avec une « amélioration » de sa balance des paiements de seulement 800 millions. Fayots ! La Commission européenne avait bien lancé, en 2012, un programme supposé remettre de l’ordre, mais ce projet à plusieurs millions d’euros, baptisé « Simstat », est toujours au point mort.

Il comportait des erreurs de calcul ?

Et c'est avec ce genre de chiffres que l'on vient nous causer de compétitivité internationale donc de suppression d'emplois et de coupes budgétaires…

Dans le Canard enchaîné du 28 novembre 2018.

Vers un “5 étoiles” français ?

Jean-Luc Mélenchon a paru marquer le coup, dimanche 2 décembre sur France 2, quand un représentant des gilets jaunes a évoqué le projet de « s’organiser politiquement ».

C’est en effet une crainte exprimée, depuis deux semaines, au sein des partis de gauche, de droite et d’extrême droite : la constitution d’une liste de gilets jaunes aux européennes (et aux élections suivantes) risquerait de siphonner leur fonds de commerce électoral. A la manière du Mouvement 5 étoiles italien.

L’affaire n’a pas échappé à l’Elysée, qui y a vu une bonne nouvelle. « Si des représentants des gilets jaunes, affirme un conseiller de Macron, se présentent aux élections, ce n’est pas En marche ! qui y laissera des plumes, mais les Insoumis, le Rassemblement national, Debout la France et Les Républicains. »

Les gilets jaunes alliés objectifs de Macron, il fallait y penser ! Pour commencer, il faudrait qu’ils se fédèrent, et ce n'est pas encore d’actualité.

Certes, mais ça illustre une tendance de fond qui, si elle ne se matérialise pas en cette fin 2018, se matérialisera plus tard, à un moment où les derniers gardes-fous à une alliance rouge brune sauteront… bref, ce n'est pas bon signe…

Dans le Canard enchaîné du 5 décembre 2018.

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