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  • Pour les réfugiés, la justice vidéo vit des hauts… et des bas

    Suite de : Le Conseil contredit le Conseil.

    Résultat de leurs grèves, de leurs manifs et de leurs protestations contre les audiences vidéo à la Cour nationale du droit d’asile (CNBA) : les avocats ont remporté deux victoires ! Primo, la nomination d’un médiateur, Alain Christnacht, choisi par le Conseil d’Etat et accepté par les deux parties. Il fallait au moins l’ancien négociateur des accords de Matignon en Nouvelle-Calédonie pour espérer un retour au calme ! Car le torchon crame entre la présidente de la CNBA et les défenseurs. La première raffole de ces audiences par caméras interposées ; les seconds dénoncent la distance entre les juges et les demandeurs d’asile, qui les prive de tout regard humain.

    Audiences au rabais

    Ce vaste désordre est dû à la loi de novembre 2018, qui supprime le consentement des réfugiés pour comparaître devant des caméras et institue deux « zones pilotes », où se sont tenues les premières audiences filmées, Nancy et Lyon, tandis que les juges officient à Montreuil (Seine-Saint-Denis), siège de la CNBA. Sauf que le médiateur vient — seconde victoire — de suspendre l’application de cette loi.

    Finie, pour le moment, cette vidéo-justice, qui n’avait qu’un lointain rapport avec « Vidéo Gag »…

    Dans le Canard enchaîné du 8 mai 2019.

    Sun May 19 18:56:31 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?lQKMGg
  • Les bœuf-carottes sont archi-cuits

    Pas un samedi sans des accusations de bavures policières. Depuis le 17 novembre, « Ier acte » des gilets jaunes, l’inspection générale de la police nationale — les bœuf-carottes — laisse mijoter 227 plaintes (chiffre au 30 avril) pour bavures en tout genre (violences avec ou sans armes, injures, etc.). La justice, elle, en a dénombré 291.

    Question : combien d’enquêtes ont abouti à ce jour ? Euh… zéro, reconnaissent poulets et magistrats. A Paris, tout de même, selon l’un d’eux, « une quarantaine de procédures ont été clôturées et retournées au parquet. Elles sont actuellement en cours d’analyse ». Il suffit d’être patient…

    Pourtant, un fin gant candidat à la présidentielle professait, le 13 mars 2017 : « Dès qu’il y a bavure, il doit y avoir une réponse et une sanction. » Si Castaner avait appliqué à la lettre les consignes de Macron dans les cas les plus simples, l’exécutif n’en serait sans doute pas à devoir justifer les violences policières, et les flics eux-mêmes se seraient sans doute moins lâchés.

    Dans son rapport annuel de 2017 (le dernier disponible), l’IGPN indiquait que « la durée moyenne du traitement (des dossiers) s’était allongée de 22 jours » par rapport à 2016. La faute à « une baisse non négligeable d’enquêteurs : de 10 % ». La tendance s’est confirmée en 2018 et, pour 2019, « la priorité des recrutements était la voie publique », observe une huile de Beauvau. Pas les bœuf-carottes… Et les gendarmes ? Ils narguent les flics ! Depuis le 17 novembre, selon leurs propres données, 41 « signalements » ont été effectués, 15 enquêtes enclenchées, 10 classées sans suite, et 5 seulement se trouvent toujours en cours de traitement judiciaire.

    De vrais petits saints, ces pandores…

    Dans le Canard enchaîné du 8 mai 2019.

    Sun May 19 18:41:10 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?D1zZZw
  • Encore une embrouille TLS

    TL;DR : le système GNU/Linux Fedora a désactivé la prise en charge des suites cryptographiques reposant sur l'algorithme de chiffrement symétrique 3DES de la bibliothèque cryptographique (mais pas que) NSS qu'il fournit dans ses paquets. Conséquence : le logiciel Firefox packagé dans Fedora n'est plus en mesure d'accéder, en HTTPS, à des sites web qui proposent uniquement des suites cryptographiques qui incluent 3DES.

    Ce shaarli est surtout l'occasion de réviser les différentes commandes système qui permettent de diagnostiquer ce genre de cas ainsi que d'apprendre à installer un reverse proxy Apache httpd compatible avec un site web de destination qui accepte uniquement 3DES, ce qui est loin d'être aussi trivial qu'on le pense au premier abord.


    Intro

    Il y a quelques mois, un collègue met à jour sa station de travail Fedora 25/26 (probablement) en Fedora 29. Un des sites web dont nous avons la responsabilité cesse alors de fonctionner avec son Firefox 62 : « An error occurred during a connection to siteweb.example. Cannot communicate securely with peer: no common encryption algorithm(s). Error code: SSL_ERROR_NO_CYPHER_OVERLAP ».

    En revanche, cela continue de fonctionner avec son Chrome 72 installé via le paquet rpm récupéré directement sur le site web officiel de Google.

    Aucun problème avec Firefox 62 et 66 sur Ubuntu 18.04 et 18.10 ainsi que sur Debian Stretch.

    L'erreur est plutôt explicite : le client et le serveur n'ont pas d'algorithmes de chiffrement en commun.

    J'utilise les testeurs TLS habituels : le serveur prend en charge uniquement les algorithmes de chiffrement symétrique RC4 et 3DES (la suite cryptographique TLS-RSA-WITH-3DES-EDE-CBC-SHA, pour être précis). Oui, ce site web est un vieux bouzin hébergé sur un système GNU/Linux Debian 4, oui c'est scandaleux, mais si t'es OK pour venir démanteler ce serveur (et surtout tout le bout de SI qu'il contient) gratuitement (si l'on était en capacité d'embaucher, on le ferait ;) ), on prend (attention : il y a des mois de taff, une conduite du changement à mener, etc.). :)

    Mon hypothèse est la suivante : dans la pratique, RC4 a été abandonné il y a quelques années, 3DES vient de l'être dans la bibliothèque cryptographique utilisée par Firefox sur Fedora.


    Quels algos de chiffrement sont disponibles dans les principales bibliothèques cryptographiques ?

    Pour le savoir, utilisons leur utilitaire en ligne de commande.


    Debian 9.9

    $ openssl s_client -connect siteweb.example:443
    140134895833152:error:14094410:SSL routines:ssl3_read_bytes:sslv3 alert handshake failure:../ssl/record/rec_layer_s3.c:1407:SSL alert number 40
    
    $ gnutls-cli siteweb.example:443
    - Handshake was completed

    Je n'ai pas trouvé d'outil en ligne de commande pour manipuler la bibliothèque NSS.

    Notons que ni 3DES ni RC4 apparaissent dans openssl ciphers. En revanche, ils apparaissent dans gnutls-cli -l.

    Notons que curl, qui utilise OpenSSL, ne parvient pas à se connecter à notre site web, alors que wget, qui utilise GnuTLS, y parvient.

    Note : j'ai rencontré un comportement bizarre. Lors de mon diagnostic avec mon ordinateur professionnel il y a quelques mois, GnuTLS (gnutls-cli, wget, etc.) ne parvenait pas à se connecter au site web. Pour y parvenir, il fallait activer les algorithmes de chiffrement dépréciés parmi lesquels se trouvent 3DES avec la commande gnutls-cli --priority LEGACY siteweb.example:443 (gnutls-cli --priority LEGACY -l affichait 3DES alors que gnutls-cli -l ne l'affichait pas). Lors de la rédaction de ce shaarli, cela fonctionne avec mon ordinateur personnel et professionnel… Le seul changement que je vois, c'est la mise à jour de mon ordinateur professionnel vers Debian 9.8 ou 9.9. Pourtant, on constate, dans les snapshots Debian, que le paquet libgnutls30 n'a pas été mis à jour ces derniers mois. De même, la date de dernière modification du fichier /usr/lib/x86_64-linux-gnu/libgnutls.so.30.13.1 est le 6 octobre 2018, ce qui correspond à ce qui est consigné dans /usr/share/doc/libgnutls30/changelog.Debian.gz. Bref, le mystère reste entier…


    Fedora 30

    Avec openssl s_client, le comportement est identique à celui observé précédemment : impossible de négocier une session TLS.

    $ gnutls-cli siteweb.example:443
    *** Fatal error: A TLS fatal alert has been received.
    *** Received alert [40]: Handshake failed
    *** handshake has failed: A TLS fatal alert has been received.

    Il n'est pas possible d'activer 3DES avec gnutls-cli --priority LEGACY, car 3DES ne figure pas dans la liste des algorithmes membres de ce groupe.

    On se souvient que les chaînes de priorité de GnuTLS, c'est comme les profils d'OpenSSL : la liste des suites cryptographiques membres d'un de ces groupes peut changer sans prévenir entre deux versions. Il est possible d'utiliser explicitement la suite cryptographique TLS-RSA-WITH-3DES-EDE-CBC-SHA qui nous intéresse avec la commande suivante : gnutls-cli --priority "NORMAL:+3DES-CBC" siteweb.example:443. Notre site web est alors accessible.


    Conclusion

    On constate une différence de comportement entre deux bibliothèques cryptographiques très utilisées : les suites cryptographiques utilisant 3DES pour le chiffrement symétrique ne sont plus disponibles dans OpenSSL mais continuent de l'être dans GnuTLS.

    On constate également une différence entre deux systèmes GNU/Linux pour une même bibliothèque : les suites cryptographiques embarquant 3DES ne peuvent pas être utilisées avec Fedora 30 et GnuTLS, alors qu'elles le peuvent avec Debian et GnuTLS. Il est également crédible de penser que le retrait de 3DES la priorité LEGACY a eu un impact sur les logiciels qui utilisent GnuTLS en spécifiant ce groupe de suites cryptographiques. Dit autrement : sauf si un logiciel qui repose sur la libgnutls spécifie explicitement l'utilisation de 3DES, 3DES n'est plus disponible.


    Quelle bibliothèque cryptographique est utilisée par tel navigateur web sur tel système ?

    Debian 9.9

    J'utilise la version 60.6 ESR de Firefox, celle packagée dans le dépôt officiel de Debian. L'accès au site web fonctionne. En revanche, si je désactive 3DES en changeant, dans about:config, la valeur de security.ssl3.rsa_des_ede3_sha à false, alors le site web ne fonctionne plus. Cela confirme la piste de la prise en charge ou non de 3DES comme source de notre problème.

    Je pensais qu'un ldd /usr/lib/firefox-esr/firefox-esr suffirait pour démasquer la bibliothèque cryptographique utilisée par Firefox… mais ce n'est pas le cas. Et pour cause : le vrai exécutable de Firefox est libxul.so. Il s'agit d'un objet partagé, comme la plupart des binaires de base. ldd /usr/lib/firefox-esr/libxul.so nous montre que la lib TLS utilisée est /usr/lib/firefox-esr/libssl3.so.

    $ apt-file search /usr/lib/firefox-esr/libssl3.so
    firefox-esr: /usr/lib/firefox-esr/libssl3.so

    La libssl3 est fourni avec le paquet Firefox lui-même.

    Si nous nous amusons à récupérer toutes les chaînes de caractères contenues dans le binaire avec la commande strings /usr/lib/firefox-esr/libssl3.so, nous nous rendons compte que nous sommes en présence d'un bout de la fameuse bibliothèque NSS (« Version: NSS 3.36.7 »). Si nous nous amusons avec objdump -T /usr/lib/firefox-esr/libssl3.so nous nous rendons compte que cette bibliothèque contient bien les fonctions qui permettent d'établir une session TLS avec NSS (« SSL_ResetHandshake », « PR_Read », etc.).

    J'aurais voulu m'assurer que c'est bien cette bibliothèque qui est utilisée pour établir des connexions TLS, mais je ne suis pas parvenu à mes fins avec ltrace qui permet de tracer les appels aux bibliothèques. ltrace -f firefox-esr est bien trop lent, Firefox est inutilisable (on parle de plusieurs dizaines de minutes pour ouvrir un Firefox vierge, et impossible de manipuler les onglets). ltrace -p <PID_Firefox> -l /usr/lib/firefox-esr/libssl3.so et ltrace -p <PID_Firefox -e SSL_ResetHandshake avec un ltrace par processus Firefox, retournent rien, aucun appel. C'est le cas de plein de binaires (wget, curl, gnutls-cli, etc.) alors que ça fonctionne avec d'autres (openssl s_client, ls, etc.)… Je n'ai pas l'explication.

    Un autre moyen de débusquer la lib NSS (libssl3.so) est d'utiliser strace -f -e open,openat firefox-esr. C'est d'ailleurs la piste que j'ai choisie initialement. En passant, rappelons-nous que la différence entre ldd et strace, c'est que la première commande montre la théorie, c'est-à-dire ce qui se passerait si on appelait le linker en exécutant ce binaire. C'est une simulation. La deuxième commande montre ce qui s'est réellement passé. La théorie peut être contournée par le programme lui-même. En surchargeant « LD_LIBRARY_PATH », par exemple. C'est d'ailleurs ce que fait Firefox. Pour observer cela, il suffit d'utiliser la commande suivante : tr '\0' '\n' < /proc/<PID_Firefox>/environ | grep LD_LIBRARY_PATH. Sur le processus Firefox parent, la variable d'environnement n'existe pas. En revanche, elle est bien positionnée sur les processus enfant. On comprend maintenant un peu mieux ce que fait le mini-binaire /usr/lib/firefox-esr/firefox-esr . ;)

    Pour identifier libxul.so, j'ai utilisé ncdu /usr/lib/firefox-esr/ pour chercher l'objet ayant une occupation sur le disque crédible pour un navigateur moderne alors que le binaire firefox-esr occupe seulement quelques kilooctets.


    Fedora 30

    Mon collègue utilise la version 66 de Firefox, celle packagée dans le dépôt officiel de Fedora. L'accès à notre site web ne fonctionne pas. La valeur de security.ssl3.rsa_des_ede3_sha est bien « true ».

    Identifions la bibliothèque TLS utilisée par Firefox :

    $ whereis -b firefox
    firefox: /usr/bin/firefox /usr/lib64/firefox /etc/firefox
    
    [ comprendre le script /usr/bin/firefox ]
    
    $ strace -f -e open,openat /usr/lib64/firefox/firefox 2>&1 | grep -E '(ssl|tls|nss)'
    openat(AT_FDCWD, "/usr/lib64/firefox/libssl3.so", O_RDONLY|O_CLOEXEC) = -1 ENOENT (No such file or directory)
    openat(AT_FDCWD, "/lib64/libssl3.so", O_RDONLY|O_CLOEXEC) = 4
    openat(AT_FDCWD, "/usr/lib64/firefox/libnss3.so", O_RDONLY|O_CLOEXEC) = -1 ENOENT (No such file or directory)
    openat(AT_FDCWD, "/lib64/libnss3.so", O_RDONLY|O_CLOEXEC) = 4
    openat(AT_FDCWD, "/usr/lib64/firefox/libnssutil3.so", O_RDONLY|O_CLOEXEC) = -1 ENOENT (No such file or directory)
    openat(AT_FDCWD, "/lib64/libnssutil3.so", O_RDONLY|O_CLOEXEC) = 4
    […] 
    
    $ rpm -qf /lib64/libssl3.so
    nss-3.43.0-1.fc30.x86_64

    On constate que, là aussi, le binaire firefox surcharge LD_LIBRARY_PATH. Mais, contrairement à Debian, la bibliothèque NSS n'est pas livrée avec le paquet firefox donc elle est introuvable à l'emplacement indiqué, donc le linker se rabat sur la bibliothèque NSS livrée par le paquet nss et installé dans le dossier système.

    Je me suis heurté à la même limite concernant l'utilisation de ltrace.

    J'ai obtenu la certitude que c'est la libssl3 est bien la lib utilisée pour effectuer des échanges TLS en virant le paquet nss sans virer les paquets qui dépendent de lui avec rpm -e --nodeps nss et en utilisant la lib NSS de mon Debian. Notre site web fonctionnait alors très bien.


    Ubuntu

    Notre site web fonctionne sur un système Ubuntu 16.04 avec un Firefox 62 ainsi que sur un Ubuntu 18.04 avec un Firefox 65.

    Sur le Firefox 65, la bibliothèque TLS utilisée est /usr/lib/firefox/libssl3.so, fournie par le paquet firefox.


    Conclusion

    • Il faut être très prudent dans les conclusions que l'on tire en utilisant ldd / ltrace / strace : ldd c'est la théorie, une simulation, strace, c'est la pratique, une description factuel de ce qui s'est passé ;

    • Dans le cas présent, la comparaison entre deux systèmes d'exploitation différents n'a pas permis de conclure à un problème sur le système Fedora de mon collègue. En effet, il s'agit, d'un côté, d'une librairie packagée dans le paquet Firefox (Debian / Ubuntu), et de l'autre d'un paquet séparé (Fedora). La version n'est pas du tout identique : NSS 3.36.7 sous Debian, NSS 3.43.0 sous Fedora 30 . Bref, on peut rien conclure : est-ce Firefox qui a viré 3DES de sa lib NSS ou le mainteneur Fedora ? ;

    • Pour répondre à la question du point précédent, j'ai tenté de lire le changelog Fedora du paquet nss avec rpm -q --changelog nss, mais il y a rien d'intéressant (« Update to » telle version, « Rebuild for » tel événement majeur, etc.). J'ai aussi lu les notes de versions du projet NSS jusqu'à la version 3.20, sans succès. Vu la différence de version, je penche pour un changement côté Fedora.

    • En téléchargeant la dernière version (66.0.3) de Firefox sur le site web de Mozilla et en l'utilisant sur un système Debian, on constate que notre site web fonctionne toujours. D'après strace, la bibliothèque utilisée est celle fournie dans l'archive. strings ne permet pas de récupérer la version ni beaucoup d'info, un nettoyage ayant été fait, il faut croire. En tout cas, tout laisse à penser que c'est Fedora qui a changé les drapeaux de compilation de la lib NSS qu'elle fournit dans son dépôt, pas Firefox.


    Et Chrome, alors ?

    Ben oui, mon collègue rapporte que notre site web est toujours accessible avec Chrome 72 sous Fedora 29. Comment est-ce possible ? La première idée qui vient à l'esprit est que Chrome utilise une autre bibliothèque cryptographique. Laquelle ?

    $ whereis google-chrome
    google-chrome: /usr/bin/google-chrome /usr/share/google-chrome /usr/share/man/man1/google-chrome.1.gz
    
    $ file /usr/bin/google-chrome
    /usr/bin/google-chrome: symbolic link to /etc/alternatives/google-chrome
    
    $ file /etc/alternatives/google-chrome
    /etc/alternatives/google-chrome: symbolic link to /usr/bin/google-chrome-stable
    
    $ file /usr/bin/google-chrome-stable
    /usr/bin/google-chrome-stable: symbolic link to /opt/google/chrome/google-chrome
    
    $ file /opt/google/chrome/google-chrome
    /opt/google/chrome/google-chrome: Bourne-Again shell script, ASCII text executable
    
    [ comprendre ce script … ]
    
    $ file /opt/google/chrome/chrome
    /opt/google/chrome/chrome: ELF 64-bit LSB shared object, x86-64, version 1 (SYSV), dynamically linked, interpreter /lib64/ld-linux-x86-64.so.2, for GNU/Linux 3.2.0, BuildID[sha1]=0da5431fb81fa27f574e46f3bb0d66397b34ed74, stripped
    
    $ ldd /opt/google/chrome/chrome | grep -E '(nss|ssl|tls)'
    libnss3.so => /lib64/libnss3.so (0x00007fe1ff5f2000)
    libnssutil3.so => /lib64/libnssutil3.so (0x00007fe1ff5bf000)
    libgnutls.so.30 => /lib64/libgnutls.so.30 (0x00007fe1fe11b000)



    Ainsi Google Chrome utiliserait la lib GnuTLS ? Pourtant, nous avons vu qu'il faut spécifier explicitement 3DES (seul ou parmi une liste) pour que cet algorithme de chiffrement symétrique soit utilisable. Google ferait-il ça ?

    Je trouve curieux que GnuTLS ne soit pas indiquée comme dépendance de Chrome dans le .deb et le .rpm fournis par Google… Pour savoir cela, il faut consulter le fichier nommé « control » dans le dossier « DEBIAN » en utilisant un gestionnaire d'archives pour ouvrir le .deb. Pour le rpm, il faut utiliser la commande rpm -qp --requires <fichier_rpm>. Ceci dit, ce n'est pas une référence fiable : le rpm mentionne une dépendance à libssl3 >= NSS 3.28, alors que cette librairie n'est pas du tout utilisée…

    En cherchant sur le web, je constate que, si GnuTLS fut utilisé, il semblerait qu'aujourd'hui, ce soit BoringSSL, un fork maison d'OpenSSL suite à l'affaire Heartbleed, qui l'est.



    Pourquoi ldd et strace ne voient aucun appel à cette bibliothèque ? Peut-être parce qu'elle est compilée statiquement alors que ldd et strace permettent uniquement d'identifier les chargements dynamiques ? Vérifions :

    $ strings /opt/google/chrome/chrome
    […]
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/tls13_client.cc
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/tls13_server.cc
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/tls13_both.cc
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/dtls_record.cc
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/tls_record.cc
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/dtls_method.cc
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/tls_method.cc
    ../../third_party/boringssl/src/ssl/tls13_enc.cc
    ../../third_party/boringssl/src/crypto/cipher_extra/e_tls.c
    […]
    TLS_RSA_WITH_NULL_SHA
    TLS_RSA_WITH_3DES_EDE_CBC_SHA
    TLS_PSK_WITH_AES_128_CBC_SHA
    TLS_ECDHE_PSK_WITH_AES_128_CBC_SHA
    TLS_RSA_WITH_AES_128_CBC_SHA
    TLS_ECDHE_RSA_WITH_AES_128_CBC_SHA
    TLS_ECDHE_ECDSA_WITH_AES_128_CBC_SHA
    TLS_PSK_WITH_AES_256_CBC_SHA
    TLS_ECDHE_PSK_WITH_AES_256_CBC_SHA
    TLS_RSA_WITH_AES_256_CBC_SHA
    TLS_ECDHE_RSA_WITH_AES_256_CBC_SHA
    TLS_ECDHE_ECDSA_WITH_AES_256_CBC_SHA
    […]
    LS_AES_128_GCM_SHA256
    TLS_RSA_WITH_AES_128_GCM_SHA256
    TLS_ECDHE_RSA_WITH_AES_128_GCM_SHA256
    TLS_ECDHE_ECDSA_WITH_AES_128_GCM_SHA256
    TLS_CHACHA20_POLY1305_SHA256
    TLS_ECDHE_PSK_WITH_CHACHA20_POLY1305_SHA256
    TLS_ECDHE_RSA_WITH_CHACHA20_POLY1305_SHA256
    TLS_ECDHE_ECDSA_WITH_CHACHA20_POLY1305_SHA256
    […]
    TLS_AES_256_GCM_SHA384
    TLS_RSA_WITH_AES_256_GCM_SHA384
    TLS_ECDHE_RSA_WITH_AES_256_GCM_SHA384
    TLS_ECDHE_ECDSA_WITH_AES_256_GCM_SHA384
    […]
    TLSV1_ALERT_ACCESS_DENIED
    TLSV1_ALERT_DECODE_ERROR
    TLSV1_ALERT_DECRYPTION_FAILED
    TLSV1_ALERT_DECRYPT_ERROR
    TLSV1_ALERT_EXPORT_RESTRICTION
    TLSV1_ALERT_INAPPROPRIATE_FALLBACK
    TLSV1_ALERT_INSUFFICIENT_SECURITY
    TLSV1_ALERT_INTERNAL_ERROR
    TLSV1_ALERT_NO_RENEGOTIATION
    TLSV1_ALERT_PROTOCOL_VERSION
    TLSV1_ALERT_RECORD_OVERFLOW
    TLSV1_ALERT_UNKNOWN_CA
    TLSV1_ALERT_USER_CANCELLED
    TLSV1_BAD_CERTIFICATE_HASH_VALUE
    TLSV1_BAD_CERTIFICATE_STATUS_RESPONSE
    TLSV1_CERTIFICATE_REQUIRED
    TLSV1_CERTIFICATE_UNOBTAINABLE
    TLSV1_UNKNOWN_PSK_IDENTITY
    TLSV1_UNRECOGNIZED_NAME
    TLSV1_UNSUPPORTED_EXTENSION



    En effet, ça ressemble quand même bien à ce que l'on trouve dans une bibliothèque cryptographique.


    Conclusion :

    Google Chrome 72 sous Fedora 29 continue d'afficher notre site web car il utilise une bibliothèque interne et que Google n'a pas désactivé 3DES dans celle-ci.


    Un reverse proxy côté serveur

    Même si la bibliothèque NSS ne prend plus en charge 3DES uniquement sur Fedora, même si la majorité des navigateurs peuvent toujours accéder à notre site web "3DES-only", nous avons décidé d'installer un reverse proxy HTTP en frontal de notre site web "3DES-only". De toutes façons, c'était un point dans notre liste des choses à faire, cette histoire n'a fait que nous le remettre à l'esprit.

    Pour ce faire, nous utiliserons Apache httpd sur un système GNU/Linux Debian. Parce que c'est ce qu'on connaît, parce que c'est ce qu'on a en prod'.

    La question qui se pose est : quelle configuration pour notre reverse proxy ?


    Sans TLS

    On pourrait se passer de TLS entre le reverse proxy et le site web. Ce n'est pas très cool, mais les deux serveurs sont sur le même réseau, branchés au même commutateur, donc bon… Si l'on se fait pirater à ce niveau-là, il y a des choses bien plus lucratives à faire qu'espionner les conversations entre ce futur reverse proxy et ce site web.

    Mais cela ne fonctionnera pas, car notre site web propose des redirections HTTP aux navigateurs web, soit en utilisant la balise HTML meta refresh, soit en utilisant la fonction header de PHP. Dans les deux cas, le protocole indiqué dans l'URL à laquelle le navigateur doit se rendre est parfois « https ». On obtiendrait donc une boucle infinie : notre proxy discute en http avec notre site web, celui-ci le redirige vers une URL HTTPS, on transmet au client, celui-ci revient discuter avec le proxy en https, le proxy discute en http avec le site web, qui lui dit de revenir en https, etc.


    Avec OpenSSL sur un système Debian 9

    Comme une majorité de personnes, nous utilisons le module mod_ssl d'Apache httpd. Celui-ci repose sur OpenSSL… qui, comme nous l'avons vu au début de ce shaarli, ne prend plus en charge 3DES quand elle est fournie par le système de paquets d'un système Debian 9.

    Tentons quand même avec cette configuration Apache httpd minimale :

    SSLProxyEngine on
    ProxyPass "/" "https://backend-siteweb.example/"
    ProxyPassReverse "/" "https://backend-siteweb.example/"



    Notre navigateur affiche une page d'erreur « 502 - proxy error ». Le journal d'erreur du virtualhost Apache httpd consigne :

    [proxy_http:error] [pid 30044] (103)Software caused connection abort: [client 127.0.0.1:34358] AH01102: error reading status line from remote server backend-siteweb.example:443
    [proxy:error] [pid 30044] [client 127.0.0.1:34358] AH00898: Error reading from remote server returned by /


    Avec GnuTLS sur un système Debian 9

    Le module mod_gnutls permet à Apache httpd d'utiliser la bibliothèque GnuTLS pour établir les connexions chiffrées. Au début de ce shaarli, nous avons vu que 3DES n'est pas (encore) désactivé dans cette bibliothèque quand elle est fournie par le système de paquets d'un système Debian 9. La documentation de mod_gnutls est disponible ici.

    Pour installer ce module :

    • apt-get install libapache2-mod-gnutls ;

    • a2dismod ssl && a2enmod gnutls && systemctl restart apache2.



    Sa configuration est un peu plus complexe.

    Pour activer TLS entre le proxy et le site web (« GnuTLSProxyEngine »), il faut également activer TLS entre le client et le proxy (« GnuTLSEnable »). Dit autrement, il n'est pas possible de communiquer de manière non chiffrée (HTTP) avec le client tout en communiquant de manière chiffrée (HTTPS) avec le site web. Ce comportement est plutôt inattendu et diffère de celui de mod_ssl. Notons qu'il est parfois difficile de se rendre compte de ce point : si la destination du proxy est un vieux site web, une communication HTTP non chiffrée est tentée par mod_proxy_http après l'échec de l'établissement de la connexion TLS et aucune erreur TLS est consignée dans le journal d'Apache httpd.

    « GnuTLSEnable » impose de préciser la valeur des directives « GnuTLSCertificateFile », « GnuTLSKeyFile » et « GnuTLSPriorities ». Si les deux premières sont habituelles, la dernière est plus suprenante… Sans elle, un systemctl restart apache2 échoue sans rien consigner côté systemd/journald. Mais le journal d'erreur du virtualhost indique clairement « GnuTLS: Host 'siteweb.example:0' is missing the GnuTLSPriorities directive! ».

    De la même façon, « GnuTLSProxyEngine » impose de préciser la valeur de la directive « GnuTLSProxyPriorities ». Sans elle, le journal d'erreur du virtualhost consigne « Host 'siteweb.example:0' is missing the GnuTLSProxyPriorities directive! mgs_hook_post_config: loading proxy credentials for host 'siteweb.example:0' failed, exiting! ».

    Même si le certificat x509 du site web est signé par une autorité de certification publique reconnue, « GnuTLSProxyEngine » impose de préciser un catalogue contenant les certificats des autorités de certificats publiques reconnues. Je vais utiliser /etc/ssl/certs/ca-certificates.crt qui est généré et maintenu à jour par le paquet Debian ca-certificates. Bout de conf' à utiliser dans le virtualhost : « GnuTLSProxyCAFile /etc/ssl/certs/ca-certificates.crt ». Sans cela, le journal d'erreur du virtualhost indique :

    [gnutls:warn] [pid 7562] load_proxy_x509_credentials: no CA trust list for proxy connections, TLS connections will fail!
    [gnutls:warn] [pid 7565] [remote 192.0.2.1:443] gtls_check_server_cert: The certificate is NOT trusted. The certificate issuer is unknown. 
    [proxy_http:error] [pid 7565] (104)Connection reset by peer: [client 127.0.0.1:38258] AH01102: error reading status line from remote server backend-siteweb.example:443
    [proxy:error] [pid 7565] [client 127.0.0.1:38258] AH00898: Error reading from remote server returned by /

    Les deux dernières lignes indiquent que l'échec de l'initialisation de la connexion TLS n'a pas empêché mod_proxy_http de tenter une connexion HTTP. Un tcpdump confirme cela : une requête non chiffrée est envoyée au port 443 du site web de destination. Ce comportement est totalement différent de celui de mod_ssl.



    Au final, la configuration minimale pour ce reverse proxy est :

    <VirtualHost *:443>
      ServerName siteweb.example
      ServerAdmin www@exemple
    
      GnuTLSEnable on
      GnuTLSCertificateFile /chemin/vers/certification/x509.crt
      GnuTLSKeyFile   /chemin/vers/cle/privee.key
      GnuTLSPriorities NORMAL
    
      GnuTLSProxyEngine on
      GnuTLSProxyPriorities NORMAL
      GnuTLSProxyCAFile /etc/ssl/certs/ca-certificates.crt
      ProxyPass "/" "https://backend-siteweb.example/"
      ProxyPassReverse "/" "https://backend-siteweb.example/"
    
      ErrorLog /var/log/apache2/siteweb.example/error.log
      CustomLog /var/log/apache2/siteweb.example/access.log combined
    </VirtualHost>


    Avec OpenSSL sur un Debian 8

    Sur un système GNU/Linux Debian 8, la prise en charge des suites cryptographiques qui utilisent 3DES comme algorithme de chiffrement symétrique n'est pas désactivée dans OpenSSL. On peut donc utiliser mod_ssl de la manière la plus basique qui soit :

    <VirtualHost *:443>
      ServerName siteweb.example
      ServerAdmin www@exemple
    
      SSLEngine on
      SSLCertificateFile /chemin/vers/certification/x509.crt
      SSLCertificateKeyFile /chemin/vers/cle/privee.key
    
      SSLProxyEngine on
      ProxyPass "/" "https://backend-siteweb.example/"
      ProxyPassReverse "/" "https://backend-siteweb.example/"
    
      ErrorLog /var/log/apache2/siteweb.example/error.log
      CustomLog /var/log/apache2/siteweb.example/access.log combined
    </VirtualHost>

    Au final, nous avons retenu cette solution. Raisons : mod_gnutls est plus capricieux que mod_ssl, il a des comportements inattendus (ne pas interrompre mod_proxy_http quand la connexion TLS n'a pas pu être établie), il est moins documenté et nous avons l'habitude de mod_ssl.

    Sat May 11 19:31:56 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?zHR4uQ
  • Cash investigation - Sociétés HLM : loyer modéré pour business démesuré (intégrale) - YouTube

    Cash Investigation enquête sur les logements sociaux.

    Mes notes :

    • Pots de vin (3-4 k€), falsification de documents (fiches de paie, feuille d'imposition, etc.) et recours à des rabatteurs afin d'obtenir un logement social parmi 1,3 millions de demandeurs, 3 à 8 ans d'attente. Ces faits ont été reconnus par la société HLM en question ;

    • Location de logements sociaux au loyer plus élevé dans une ville dans laquelle 45 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté et où seulement 1 % des demandeurs de logements sociaux sont en capacité d'en payer le loyer. Objectifs : mixité sociale, attirer les classes moyennes des villes alentours. Du coup, difficulté à trouver des locataires donc logements vides. Impuissance de la mairie. Équilibre difficile entre mixité, accès au logement, rentabilité ;

    • Sur-facturation des charges durant des années voire des décennies. Il faut dire que la réglementation est une plaie : tonte de la pelouse, arrosage des plantes et entretien de l'ascenseur = charges récupérables auprès des locataires ; élagage des arbres ou remplacement des portes d'un ascenseur = charges irrécupérables. Néanmoins, la société est clairement en tort sur certains points : non, on ne récupère pas les charges pour l'entretien d'un espace vert inexistant ou pour un personnel inexistant, non, on ne récupère pas une partie de la rémunération des cadres su siège, etc. Faits reconnus par la société en question. Seulement 10 % des locataires qui ont trop payé ont été indemnisés, les autres ayant décidé de ne pas se joindre à l'action collective ;

    • Une autre société HLM a comme stratégie de se développer (la société compte plus de cadres spécialisés dans le développement que dans le logement social), de jouer à la spéculation foncière (achat d'un grand domaine inconstructible, achat d'un ancien site industriel classé, etc.), de se mettre à l'hôtellerie de luxe (ce que la loi interdit pour les sociétés de l'habitat social) plutôt que d'entretenir ses logements sociaux (mousse extérieur, humidité intérieure, balcons qui menacent de s'effondrer, etc.). Cette stratégie ne fait pas l'unanimité entre les cadres de la société, qui, après l'enquête de Cash, a reconnu l'absence d'entretien durant une décennie sur un immeuble précis (elle va d'ailleurs réaliser les travaux sans augmentation de loyer… sauf pour les futurs locataires). Je note que les exemples de Cash sont loin d'être tous percutants (exploiter un hôtel en attendant sa démolition pour construction de logements sociaux, ouais, boarf, ça ne me semble pas être scandaleux au possible).
    Fri May 10 23:48:01 2019 - permalink -
    - https://www.youtube.com/watch?v=a78Tz6pJtmc
  • Triomphant et déjà fragile

    On peut être social-démocrate et gagner un scrutin national. Si, si. Manuel Valls pourrait y réfléchir ! Le contre-exemple a une belle gueule, de l’endurance et a, durant ses dix mois de gouvernement, mené une politique de gauche ambitieuse : augmentation sur deux ans de 36 % du salaire minimum et accès universel au service national de santé.

    Résultat : Pedro Sanchez et son parti, le PSOE, se retrouvent largement en tête, avec 123 députés, soit 38 de plus qu’en 2016, tandis que le grand parti de droite conservatrice, le Parti populaire, s’effondre et perd plus de la moitié de ses sièges (66). L’extrême droite fait son entrée au Parlement (24 députés), sans être en mesure d’y avoir de l’influence.

    La majorité absolue en Espagne étant de 176 députés, Sanchez va devoir nouer des alliances. Son allié d’extrême gauche, Podemos, montrant d’inquiétants signes de faiblesse (42 sièges), il va falloir trouver des renforts chez les Basques et les nationalistes catalans (dont 5 sont élus et en prison), qui ont obtenu 22 sièges. Et le PSOE sera de nouveau à la merci d’un vote de défiance, le parti refusant toujours aux Catalans un référendum d’autodétermination. En février, ce sont les Catalans qui ont fait tomber Sanchez, en votant contre le budget.

    De quoi faire réfléchir aux « charmes » de la proportionnelle intégrale.

    De quoi réfléchir également aux apports et aux limites de Podemos : gouvernement instable depuis des années, bipartisme encore bien présent, misère suffisamment prégnante pour que l'extrême-droite perce, etc. Donc ouais, la hausse du SMIC de 36 % découle de cette misère, pas tellement de l'action de Podemos…

    Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

    Fri May 10 16:14:58 2019 - permalink -
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  • Fraude aux allocations familiales en 2018

    La Cour des comptes a reçu de Macron la mission de chiffrer l’évasion et la fraude fiscales. La Caisse d’allocations familiales, elle, ne cesse de traquer les fraudeurs aux prestations sociales. Les derniers résultats, dont rend compte « Le Figaro » (26/4), sont édifiants. « L’impact financier [des] manœuvres frauduleuses (au nombre de 44 897) représente 304,6 millions d’euros sur les 73,2 milliards versés en 2017 aux 12,7 millions d’allocataires. » Si l’on compte bien, cela donne 1 fraudeur pour 283 allocataires, et une fraude totale qui représente 0,40 % des allocations distribuées.

    C’est beaucoup et peu à la fois !

    Je conteste le résumé « 1 fraudeur pour 283 allocataires » : un même allocataire peut commettre plusieurs manœuvres frauduleuses sur plusieurs prestations sociales. C'est d'ailleurs ce qui est mentionné à la fin de l'article du Figaro cité par le Canard. Pour 2018, la Cnaf déclare 0,35 % d'allocataires-"fraudeurs" soit 44 450 soit 1 allocataire sur 286.

    On notera aussi le ratio qui est présenté par le Canard : fraudes de 2018 sur le montant total des prestations 2017… Pourtant, le montant total des prestations versées en 2018 est mentionné à la fin du même rapport : 90,2 milliards d'euros. Donc le montant total des fraudes 2018 représente (304,6/90200)*100 = 0,33 % du montant total des prestations.

    Alors, les journalistes, vous pouvez vous remuer un peu, svp ?

    J'ai envoyé le courriel suivant au Canard :

    Bonjour,

    Je réagis à l'article suivant publié dans le bandeau gauche de la 8e page du numéro 5139 du 30 avril 2019 du Canard :

    La Cour des comptes a reçu de Macron la mission de chiffrer l’évasion et la fraude fiscales. La Caisse d’allocations familiales, elle, ne cesse de traquer les fraudeurs aux prestations sociales. Les derniers résultats, dont rend compte « Le Figaro » (26/4), sont édifiants. « L’impact financier [des] manœuvres frauduleuses (au nombre de 44 897) représente 304,6 millions d’euros sur les 73,2 milliards versés en 2017 aux 12,7 millions d’allocataires. » Si l’on compte bien, cela donne 1 fraudeur pour 283 allocataires, et une fraude totale qui représente 0,40 % des allocations distribuées. C’est beaucoup et peu à la fois !

    Cet article manque de rigueur sur deux points :

    • 44 897 manœuvres frauduleuses, cela ne signifie pas 44 897 fraudeurs : un même allocataire peut commettre plusieurs manœuvres frauduleuses sur plusieurs prestation familiales. C'est d'ailleurs mentionné à la fin de l'article du Figaro auquel le Canard fait référence. Dans son rapport 2019, la Cnaf déclare 0,35 % d'allocataires-"fraudeurs" en 2018 soit 44 450 allocataires soit 1 allocataire sur 286.

    • Pourquoi évoquer, et utiliser dans votre calcul, le montant total des prestations versées en 2017 alors que celui de 2018 est disponible dans le même rapport de la Cnaf (90,2 milliards) ?! Donc, la fraude totale représente 0,33 % des allocations distribuées en 2018.

    Bonne journée.

    Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

    Fri May 10 15:38:13 2019 - permalink -
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  • Grève de plaisanterie

    Se faire représenter dans les manifs en restant chez soi est désormais possible : il suffit de payer 15 euros sur le site Wistand (BFMTV, 24/4) : « Une fois la manifestation commencée, le manifestant rémunéré est géolocalisé toutes les trentes secondes afin que le client puisse vérifier sa bonne implication. » Moyennant quelques euros supplémentaires, on peut même demander au « manifestant » de porter un tee-shirt avec le message äe son choix.

    Moralité réjouissante : plus il y aura de manifs, moins il y aura de chômage.

    Je suis tout seul à trouver cela insensé ? :O Déléguer un acte de contestation à une personne précaire prête à tout pour survivre… On en est vraiment là…

    Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

    Fri May 10 15:10:44 2019 - permalink -
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  • Gilet blessé, gilet fiché ?

    Blessés lors d’un défilé, les manifestants — gilets jaunes ou non — qui se retrouvent à l’hôpital, à Paris comme partout en France, sont souvent fichés et fliqués : ce rappel du « Canard » (24/4) — documents à l’appui — n’a pas ravi Jérôme Salomon. Le directeur général de la Santé a adressé, le 25 avril, un mail agacé à plusieurs responsables de services d’urgence, pour tenter d’y présenter l’usage de l’application SI-VIC sous un jour plus avenant.

    D’abord, insiste-t-il, il s’agit d’« un système d’information non médical ». A condition d’oublier que, dans la case « commentaire », peut être spécifiée la nature des blessures, telles que « plaie œil et trauma mâchoire »… Ce fichage est, dit-il, destiné avant tout à permettre aux victimes de « bénéficier de leurs droits », les infos étant transmises au ministère de la Justice.

    Et pas au ministère de l’Intérieur ? Cela ne peut avoir lieu, ajoute-t-il, que « dans le cadre de la Ciav (Cellule intermirfistéfielle d’aide aux victimes) », laquelle est « activée exclusivement en cas d’attentat ». Ce qui permet alors aux agents des directions nationales de police judiciaire d’« avoir accès aux informations ( et non à l’outil) ». Saveureuse nuance…

    Et voici le plus beau : « Il est vrai que le droit d’information des patients n’a pas pu être mis en œuvre », reconnaît Jérôme Salomon, qui souligne un « point de faiblesse ». Mais, comme cela a « été signalé à la Cnil (Commission nationale informatique et libertés) », qui a laissé faire, tout va bien.

    Tout va même très bien : « Je rappelle que SI-VIC a été institué par la loi, il n’y a donc pas lieu d’avoir le consentement des patients. » Manquerait plus qu’on leur demande leur avis !

    Bourre-pifs à Toulouse

    En plus du SI-VIC, il existe des systèmes de fichage régionaux, tel Cat@log, développé par le Samu 81 du CHU de Toulouse et l’agence régionale de santé (ARS) Occitanie. Ce logiciel a aussi été activé — c’est un tic — lors des manifs des gilets jaunes. Y sont recensés, là encore : nom, prénom, âge, sexe et nationalité des blessés, ainsi que les blessures et leur gravité.

    Lors de la manif du 19 janvier, au-dessous des identités, on peut lire, par exemple : « Fracture nez-TC avec PC (traumatisme crânien avec perte de connaissance) » ou « multiples coups à la tête », « flashball dans les côtes », etc.

    Très pratique, car ce Cat@log est « parfaitement connecté avec le système Sinus du ministère de l’Intérieur », précise un dossier de presse de l’ARS. Sans compter que « d’autres acteurs de la chaîne de secours peuvent également avoir accès a ce dénombrement et au dossier médical des victimes, dont l’ARS, la préfecture, les services départementaux d’incendie et de secours, la gendarmerie »…

    Tout cela, bien entendu, pour le plus grand bien des victimes !

    Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

    Fri May 10 15:04:48 2019 - permalink -
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  • Macron menacé par une décote de popularité

    Un résumé de l'avancée de la réforme des retraites.

    En même temps qu’il a rendu hommage, lors de sa conférence de presse, à Jean-Paul Delevoye, son haut-commissaire à la réforme des retraites, Emmanuel Macron a envoyé ses propositions ad patres. Le Président a annoncé que le projet de loi sur le futur système unique serait prêt dès cet été. Or Delevoye affirme lui-même que, à ce jour, il n’a pas rédigé la moindre ligne du rapport censé inspirer la loi. Il ne pourra d’ailleurs pas le remettre au gouvernement sans en avoir soumis les conclusions aux syndicats ouvriers et patronaux. Tous ces camarades sont convoqués pour juin.

    Comment ce texte hyper-complexe, destiné à regrouper 42 régimes et des centaines de professions (des petits rats de l’Opéra aux marins de commerce), pourra-t-il être bouclé à temps ? Simple : pendant que Delevoye mène les palabres, Matignon et la Direction de la Sécurité sociale (DSS), qui depend notamment de Gérald Darmanin, s’occupent secrètement du boulot de fond (« Le Canard », 24/4). Les conseillers d’Edouard Philippe chargés des questions sociales ainsi que la patronne de la DSS ont tous été les conseillers de Fillon (dont le programme prévoyait de privatiser la Sécu) et de Laurent Wauquiez. Grand acquis social en perspective !

    Le Président met le grand braquage

    Le Président n’a pas attendu que son haut-commissaire lui suggère des mesures pour sortir ses cartes. L’ex-médiateur de la République souhaitait proposer un « coefficient de majoration » — un bonus de 10 % sur la future pension — pour les salariés qui, ayant assez cotisé pour partir à 62 ans, travailleraient plus » longtemps. L’Elysée et Matignon ont préféré un système punitif. L’âge légal sera maintenu en principe, à 62 ans, mais il sera vivement conseillé aux futurs retraités de patienter jusqu’à l’âge « pivot » de 64 ans. Faute de quoi ils subiront une décote de leur pension… jusqu’à ce que mort s’ensuive. Incitatif !

    S’ajoute à cet arsenal — qui s’applique essentiellement aux salariés du privé — le hold-up opéré sur les réserves de leurs régimes complémentaires, Agirc et Arrco. L’opération rapportera… 138 milliards au gouvernement. Soit 47,3 % du budget de l’Etat ! Grâce à ce braquage sans précédent, la France pourrait afficher en 2025 un budget en excédent.

    ÉDIT DU 01/09/2019 À 12 H 20 : les réserves d'Agirc-Arrco sont de 71 milliards. Le reste, c'est les autres régimes : 22 milliards pour les commerçants et artisans, 16 milliards pour les indépendants, 5 milliards pour les travailleurs de la Banque de France, etc. Le total s'élève à 129 milliards d'euros. D'où le Canard sort son 138 ? Bonne question. Apparemment, les réserves des indépendants et des commerçants ne seront pas aspirées. FIN DE L'ÉDIT.


    Le magot permettra notamment de financer le cadeau que Macron va offrir aux fonctionnaires : la prise en compte des primes dans le calcul des retraites. Toujours grâce à ce pactole, agriculteurs et travailleurs indépendants pourront cotiser moins que leurs collègues du privé pour toucher le « minimum contributif » de 1 000 euros annoncé par Macron. Le céréalier beauceron à la retraite percevra plus que la caissière de Carrefour. Cela, évidemment, sans aucune arrière-pensée électoraliste.

    Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

    Fri May 10 14:57:38 2019 - permalink -
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  • Du beurre pour les canons

    Cocorico ! En 2018, la France de Macron a dépassé la Russie de Poutine en matière de dépenses militaires. C’est ce que montre le rapport annuel de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), rendu public ce lundi 29 avril.

    Dans une ambiance générale où les galonnés de tous les pays obtiennent quasiment tout ce qu’ils réclament aux politiques, les Etats-Unis font un carton : 649 milliards de dollars (4,6 % de mieux en un an) consacrés par Trump à soigner les militaires, soit autant que les huit autres pays les plus dépensiers. Suivent la Chine, l’Arabie saoudite (en partie avec l’achat d’armes françaises), l’Inde et la France. Outre la Russie, le Royaume-Uni et même le Japon sont derrière nous. Banzaï !

    Selon les experts, cette grande victoire militaire française s’explique notamment par la multiplication des opérations menées tous azimuts par nos troupes : « Barkhane » au Sahel, « Chammal » au Levant et « Sentinelle » chez nous. Et pas question de relâcher l’effort : Emmanuel Macron a annoncé l’an dernier son intention de faire passer les gâteries aux armées de 1,77 % du PIB aujourd’hui (soit plus de la moitié du déficit budgétaire) à 2 % en 2025.

    Et, pour les hôpitaux, ce sera combien ?

    France : 63,7 milliards de dollars USD (54 milliards d'euros) pour les bidasses en 2018. Si je calcule bien, (54/2283)*100, ça fait 2,4 % du PIB. C'est d'ailleurs ce que calcule le Sipri sus-cité par le Canard… Et, selon la même source, c'est environ stable depuis 20 ans (2,3 %, 2,4 %, 2,2 %, etc.).

    Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

    Fri May 10 14:50:21 2019 - permalink -
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  • Let it Mahjoubi

    Ça pullule, les candidats à la candidature à la Mairie de Paris. Pour se faire remarquer, le macronien Mounir Mahjoubi, ancien secrétaire d’Etat chargé du Numérique, a décidé de jouer la surenchère sécuritaire. Pas facile, vu qu’Anne Hidalgo a annoncé, en janvier, la création d’une police municipale de 3 400 agents.

    Mais Mahjoubi a plus d’une astuce high-tech dans son sac. Une fois élu, promet-il (le « JDD », 28/4), voilà ce qu’il fera découper Paris en 240 quartiers, mettre dans chacun d’eux deux flics à disposition 24 h sur 24 et, surtout, un drone équipé d’une caméra qui se rendra à toute vitesse « sur les lieux signalés ».

    Et comment seront-ils signalés, ces lieux ? Par des boutons bleus. On installera dans les rues 20 000 boutons bleus d’urgence grâce auxquels le premier quidam venu pourra appeler les forces de l’ordre. Génial, non ?

    Ah ! mais ça ne suffit pas ! « Je distribuerai aussi des boutons portables aux Parisiens et aux Parisiennes qui se sentent vulnérables : les personnes âgées, celles qui ont déjà été agressées ou menacées… » Soit des boutons par millions.

    Mais ça ne suffit toujours pas ! Il déploiera aussi « massivement une nouvelle génération de caméras de vidéosécurité capables de détecter tous les dangers ».

    Tout cela ne serait-il pas un peu orwellien ? Pas du tout : « Il n’est question, ici, ni de flicage, ni d’intrusion dans la vie privée, ni de manipulation de l’opinion. »

    Formidable Mahjoubi. Il a tout pour lui : la vision totalitaire et la novlangue qui va avec.

    Pas étonnant pour un type né en 1984…

    Je n'ai jamais eu confiance en Mahjoubi en tant que secrétaire d'État chargé du numérique. Il ne laissera d'ailleurs pas un souvenir inoubliable de son passage à cette fonction. Mais là, j'avoue qu'il fait très fort avec ses propositions liberticides venteuses car intenables financièrement et son mensonge simplet "il y'a la gentille vidéosurveillance d'un côté et il y a le flicage de l'autre côté avec une cloison bien étanche entre les deux".

    Dans le Canard enchaîné du 30 avril 2019.

    Fri May 10 14:26:26 2019 - permalink -
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  • Mon avis sur quelques films

    L'enquête (2015)

    Fiction inspirée de l'histoire vraie de Denis Robert, le journaliste qui, au début des années 2000, a levé le lièvre Clearstream, la chambre de compensation luxembourgeoise qui permet à des organismes, dont des banques, de s'échanger des titres financiers parfois en toute opacité (comptes bancaires non publiés, comptes jumeaux, etc.), ce qui rend possible toutes les magouilles (blanchiment d'argent, financement du terrorisme / libération d'otages, etc.).

    Ce film traite également de l'affaire Clearstream II, la guéguerre EADS-Thales et Villepin-Sarkozy visant à impliquer des politiques et des industriels innocents dans les commissions/rétrocommissions du contrat des frégates vendues à Taïwan à l'aide d'une liste trafiquée de comptes non-publiés hébergés chez Clearstream. La liste trafiquée est basée sur celle fourni par une source à Denis Robert, d'où son implication dans cette histoire.

    Je trouve que ce film restitue bien le caractère de Denis Robert (recherche de la vérité, jusqu'au-boutiste, combatif, etc.) et l'acharnement dont il a fait l'objet de la part des institutions financières (plus de 60 procès judiciaires, tous remportés…). L'affaire Clearstream II est beaucoup moins bien expliquée que la première (il faut dire qu'elle est aussi bien plus complexe), mais comme elle me semble moins importante vu qu'il s'agit d'un empoisonnement entre puissants de ce monde, ça me va.

    J'en recommande vivement le visionnage.


    Into the wild

    Apparemment, tous les gens qui m'entourent ont vu ce film à sa sortie. Je devais vivre dans une grotte…

    Fiction inspirée de l'histoire vraie de Christopher McCandless, un gus fraîchement diplômé, intrépide, débrouillard et cultivé (il lisait Thoreau, Tolstoï, London) qui décide de vivre une aventure de solitude volontaire à travers les USA (l'Alaska était sa définition finale) afin de revenir à une vie plus authentique, loin du consumérisme et de la violence familiale, et de retrouver ses instincts naturels.

    J'aime bien la première partie de la cavale de Chris que je considère comme étant une ouverture d’esprit : visiter le pays, discuter librement avec des voyageurs-hippies rencontrés ici ou là, se former pour son aventure, etc. Même si Chris est trop aveuglé par son projet de solitude pour se rendre compte du présent, des gens qui l’apprécient, etc. Je considère la deuxième partie comme étant une fuite en avant. On découvre un gamin rongé par la violence et les mensonges de sa famille qu'il ne parvient pas à oublier, même dans sa solitude. Point de libération dans ces conditions…

    J’ai également apprécié les nombreux et jolis paysages.

    Je retiens les citations approximatives suivantes :

    • Une vie heureuse est une vie retirée à la campagne avec des gens qui nous font du bien et à qui ont fait du bien ainsi qu’un travail utile ;

    • Dieu a mis de la joie de vivre en tout, donc il n'y a pas besoin des autres pour être heureux, car ce n'est pas la seule source de joie de vivre ;

    • Le bonheur est réel seulement s'il est partagé.

    J'en recommande vivement le visionnage.


    Chasing Mavericks

    Fiction inspirée de l'histoire vraie de Jay Moriarity qui, à 8 ans, se découvre une passion pour le surf au point de vouloir surfer, à 15 ans, l'une des plus grosses vagues du monde au spot de Mavericks.

    J'ai beaucoup aimé ce film simple qui dépeint la passion et la détermination d'un ado (mais aussi la jalousie d'un autre…). Et puis bon, de jolis paysages ont, là aussi, été filmés.

    Je retiens les citations approximatives suivantes :

    • C'est parce que tu vois uniquement le côté gentil des gens. La plupart d'entre nous restent obnubilés par la litanie des « pourquoi ? » et des « si j'avais su », et on cherche toutes les raisons pour lesquelles on a fait fausse route ;

    • Les quatre piliers pour construire un être humain sont le physique, le mental, l'émotionnel et le spirituel ;

    • La différence entre la peur et la panique, c'est qu'on peut identifier la peur en tant que signal positif et la combattre avant qu'elle devienne une panique paralysante / limitante.

    J'en recommande vivement le visionnage.


    Don Jon

    Un beau gosse accro aux films pornographiques va découvrir qu'on peut prendre son pied en baisant à deux.

    Je suis très mitigé sur ce film.

    D'un côté, j'aime beaucoup l'environnement qui boucle (travail, sport, église, etc.) avec les mêmes séquences afin de marquer les semaines qui passent. Cela me rappelle un peu le film Un jour sans fin (toute proportion gardée !).

    De l'autre, environ tout est bidon :

    • Les raisons du protagoniste de préférer le porno au sexe (pour la première fois avec une partenaire) : capote (déjà entendu trouzemille fois) ; quand elles acceptent la fellation, elles expédient ça c'est en échange d'un cuni, ce qu'il n'aime pas faire ; pas de levrette la première fois, car elles veulent te voir donc ça part en missionnaire où c'est le mec qui doit faire tout le boulot, où les seins sont flasques et où tu ne peux pas toucher son fessier vu qu'il est collé au lit ; Et surtout : le porn permet de s'abandonner, car il y a rien à faire ni à penser.

    • Les raisons de la rencontre avec la veuve : sa copine ne veut pas du tout entendre parler de porn, donc il regarde ce type de film dans sa caisse et lors de son cours du soir (mais bien sûr…).

    • Il paraît qu'un homme qui fait le ménage dans son appart', ce n'est pas sexy… Il doit faire appel à une employée précaire… Merci Scarlett Johansson pour cette déclaration…

    Le débat trouzemille fois entendu "porno de merde standardisé versus porno de qualité qui construit un imaginaire positif" est expédié… De même, l'élément narratif "une veuve va initier le protagoniste au fait que le sexe c'est l'abandon réciproque à l'autre, pas l'abandon égocentrique moderne" est très bien vu, mais il est lui aussi expédié (genre le protagoniste apprend en une seule leçon, sans plus de conseils ni de détails). L'addiction au porno qui existe, qui est traitée dans les centres d'addictologie depuis une dizaine d'années en France (exemple : Paul Brousse à Paris) est minorée et moquée. Dommage.

    Je suis déçu : la thématique était intéressante, l'angle d'attaque aussi, mais tout cela arrive trop tard et est bâclé. On préfère te montrer un mec moderne qui pecho à tout-va sans en retirer le moindre plaisir et des culs/seins pendant plus de 2/3 du film… Dommage.

    Bref, il s’agit d’un film que l'on peut regarder, mais sans plus.


    Il est de retour

    Tonton Adolf a voyagé dans le temps jusqu'à notre époque tout en perdant la mémoire. Que penserait-il de notre époque ? Avons-nous réellement laissé derrière nous les idées qu'il affectionnait ?

    Certaines scènes ont été tournées dans la rue, sans prévenir les badauds de la finalité des images. Ainsi, ceux-ci, pensant parler à un personnage satirique, se confient sur la baisse du QI prétendument due à l'immigration, sur les prétendues racailles du quartier, sur le manque d'autorité de l'État, etc. L'acteur fut surpris de la rapidité avec laquelle les gens se confient en fonction des mots clés employés, mais pour moi, cette expérience a peu de valeur : en présence d'un faux Adolf, j'aurais aussi répondu des trucs trashs mais bidon puisque j'aurais été en présence d'une satire grossière…

    Les situations comiques sont plutôt nazes… Rien de neuf, rien d'imaginatif. La critique des médias n’est également pas novatrice (TV dégénérée qui endort au lieu de montrer l'abîme qui se prépare, chaîne TV qui se rend compte que laisser parler tonton Adolf, ça fait des revenus publicitaires bien plus juteux que de le licencier, problème de la co-responsabilité, etc.).

    Je retiens les citations approximatives suivantes :

    • Je suis un monstre ?! Dans ce cas, il s'agirait de condamner aussi tous les gens qui m'ont accordé leur voix. Étaient-ils donc tous des monstres ? Non, c'était des gens ordinaires. […] Le peuple me suit. Pourquoi à votre avis ? Parce que lui et moi sommes de même nature. Nous avons les mêmes valeurs ;

    • Vous ne pouvez pas vous débarrasser de moi, je suis une part de vous-même, de vous tous.

    Ce film comporte aucune critique des idées chères à tonton… Tout est basé sur le seul rejet de son personnage… Comme s’il était le seul à tenir ce genre de discours et que c’était de ça qu’il fallait s’inquiéter.

    Au final, je suis plutôt déçu : à part une prétendue audace et une prétendue impertinence, que reste-t-il à ce film ? Il manque de profondeur.

    Bref, il s’agit d’un film que l'on peut regarder, mais sans plus.


    La crème de la crème

    Deux étudiants et une étudiante d'une école de commerce fondent un réseau de prostitution.

    Ce film dépeint la théorie selon laquelle le marché matrimonial / de l'amour est comme tout autre marché économique : y'a une demande, y'a une offre, y'a un prix, y'a des règles, etc. Les femmes ne veulent pas d'un mec qui leur plaît, mais d'un mec qui plaît à la majorité d'entre elles. Ce conformisme permet de sécuriser leur investissement. Cela fait augmenter la demande, donc le prix. Or, le prix est souvent perçu comme une évaluation de la qualité, donc seul le haut de gamme des mecs s'en sort et baise. Pour contourner ça, il faut des faire-valoir (rémunérées) de plus en plus jolies / mignonnes afin de faire monter la côte du mec, donc sa gamme, ce qui permet de le rendre intéressant selon cette théorie.

    Le milieu des écoles de commerce est plutôt bien décrit : clubs et polos, dont le polo BDE, pour exister, se constituer un réseau plutôt qu'étudier, etc. En revanche, je ne crois pas aux jeunes qui écoutent de la variété française des années 60-90 en permanence (en soirée, en voiture, à la maison, etc.) même s'il semblerait que les soirées variété française étaient tendances il y a quelques années, y compris dans les plus grands clubs parisiens. Bref, ça sent le film français.

    Quelques citations approximatives :

    • Mais non, tu n'es pas amoureux, tu l'aimes pour te faire une frayeur. Un amour d'été avec une prolo et ça sera retour à Versailles. Et ça, elle le sent ;

    • Sans formation, sans grande école, sa progression de carrière est limitée. Pas la tienne. Profite de sa beauté maintenant, et, en échange, elle profitera de ton blé demain, quand sa beauté sera fanée et sa carrière limitée. C'est une transaction très courante, ça se nomme le mariage. Sans mariage, il n'y a pas d'équilibre donc pas de deal : sa beauté, donc son prix dépasse tes capacités actuelles. Plus tard, ton prix, issu de ta réussite, dépassera sa beauté. C'est pour ça qu'il faut dealer sur le long terme ;

    • Un mec gentil baise jamais. Un mec baise parce qu'il est beau ou parce qu'il est drôle, mais gentil, ce n'est pas suffisant. Tout le monde peut jouer le gentil ;

    • Quel parfum homme pour attirer quel genre de fille ? Dior Homme pour la petite fille attentive qui aura envie de vous cajoler le soir après une dure journée de travail (la mère) ; Dior Dune pour la jeune cadre dynamique qui mange des sushis et qui habite dans un loft, successful, mais avec ses failles (la femme) ; Diesel, c'est le genre garce, la recherche sans cesse d'un dominateur (la fille).

    Ce film vaguement provocateur se termine à l'eau de rose (en plein conseil de discipline, la prolo se laisse rouler une pelle par le bourgeois qu'elle n'a cessé de repousser… … … Crédibilité au top).

    Bref, il doit y avoir plus intéressant à regarder…


    Les Animaux fantastiques II : Les crimes de Grindelwald

    Deuxième film de la nouvelle trilogie qui prend place dans le monde magique de J. K. Rowling, des décennies avant la naissance d'Harry Potter.

    Comme le premier film, celui-ci m'a également ennuyé. Il est narratif, descriptif, lent.

    La seule chose que j'ai appréciée dans ce film, c'est l'évolution d'Albus Dumbledore puisque l'on est passé d'un jeune homme qui a recherché le pouvoir totalitaire avec Grindelwald à un homme lâche mais réfléchi qui deviendra un vieux sage.

    Bref, il doit y avoir plus intéressant à regarder…

    Sat May 4 21:03:54 2019 - permalink -
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  • Mes notes de La Revue Dessinée numéro 22 de l'hiver 2018-2019

    Démographie du Japon

    • Population en baisse car natalité en baisse et immigration strictement contrôlée ;

    • Impôts chers (car moins de tête pour répartir la charge) + endettement pour payer les retraites, mais c'est toujours galère / pas à l'équilibre à l'heure actuelle ;

    • Des villages sont totalement vides. Les autorités tentent de convaincre les vieux qui y vivent encore de déménager notamment pour les regrouper au sein d'un même quartier où ils seront prétendument mieux chouchoutés ;

    • C'est notamment pour tout cela que les robots compagnons de vie sont perçus comme une bénédiction.


    Trump et le climat

    • Les projets "crades" (oléoduc géant Keystone, forages pétroliers sur 90 % des côtes américaines, annulation de la fermeture de centrales charbon, suppression des budgets des instituts de recherche sur l'environnement) et le greenwashing (Alliance du charbon propre avec l'Australie, la Chine, l'Indonésie, le Japon, la Pologne et l'Inde) connaissent un nouveau souffle grâce à Trump, le président qui a évolué dans le monde du catch, donc de la mise en scène, de la frime, de l'illusion ;

    • Néanmoins, les instructions de Trump ne sont pas suivies au niveau local : militants, maires, et agences fédérales tentent de saboter la machine. US Climate Alliance (regroupe les États). Climate Mayors (regroupe les maires).


    80 km/h

    • Les accidents liés à une mise en danger (comme la vitesse excessive) concernent plutôt un profil sociologique bien particulier : un homme, célibataire, campagnard, ouvrier peu qualifié, travaillant de plus en plus loin de chez lui, avec une voiture ancienne donc non équipée des sécurités, empli de stress à libérer, circulant sur des routes de campagne potentiellement moins bien entrenues que celle de la grande agglomération fréquentée par le cadre supérieur. Il y a une différence de mortalité sociologiquement marquée (homme/femme, riche/pauvre, etc.). Cette forme de mise en danger, découlant de l'inadéquation entre l'état de la route et la vitesse, permet à ce profil-type de se sentir exister, de compenser le manque de valorisation sociale ("sur ces routes-là, ce sont eux les chefs, c'est dans leur fief, ils connaissent") ;

    • Ce passage aux 80 km/h exacerbe le sentiment d'abandon des campagnes : ils désirent ce mode de vie (refus de la métropolisation), ils sont "pauvres", ils doivent bosser de plus en plus loin de chez eux, les transports en commun sont inexistants et voilà qu'on leur rajoute une contrainte de plus, même minimale ;

    • Des villages ont déjà testé des aménagements visant à faire réduire le nombre d'accidents sur la route malgré la vitesse (platanes coupés pour dégager la vue, routes élargies, virages adoucis, etc.) ou à responsabiliser l'automobiliste en retirant une partie du confort (retrait des guides lumineux, retrait des stop sur les routes perpendiculaires + priorité à droite ou autre signalisation nécessitant une réflexion donc un potentiel ralentissement). Rien à faire, la vitesse et le nombre d'accidents ne diminuent pas ;


    Corse et mafia

    • 1990 : le mouvement nationaliste éclate en deux entités rivales : A cuncolta naziunaluta, la façade légale du FLNC (Front de Libération Nationale Corse) canal historique (les plus radicaux) et le mouvement pour l'autodétermination (MPA) qui est la façade légale du FLNC canal habituel. Les deux mouvements sont aujourd'hui dissous et se retrouvent dans le FLNC Union des Combattants. Néanmoins, des animosités existent encore, comme entre les ex-MPA et le gang du Petit Bar ;

    • 2010 : assassinat d'Antoine Nivaggioni, le bras droit de Alain Orsoni, ex-chef du MPA. Une fois le MPA dissous, l'État français avait confié à la société commerciale fondée par Nivaggioni la sécurité des ports et des aéroports de Corse. :O But de l'assassinat : guerre de succession après la mort de Jean-Jérôme Colonna, le parrain de la Corse-du-Sud. Auteurs : le gang du Petit Bar (Santoni, son bras droit Coppolani, etc.) ;

    • En 2018, le procès de cet assassinat a été le lieu de la première application du statut de repenti. Repenti : fournir des informations relatives au crime organisé, au trafic de stup' et du terrorisme, sans avoir participé à un projet criminel ayant entraîné la mort ou une infirmité permanente. Ce statut (nouvelle identité, indemnisation dégressive sur 3 ans, etc.) est financée par les biens saisis aux criminels (le chiffre de 500 k€ en 2014 circule, mais le ministère ne dit rien). Les principaux protagonistes ont fait appel.
    Sat May 4 16:25:09 2019 - permalink -
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  • L'entraide : l'autre loi de la jungle, la vraie loi de la société

    Extraits d'un entretien entre François Ruffin et Pablo Servigne, docteur en biologie et auteur d'un bouquin sur la collapsologie (mon avis sur ce concept qu'il n'a pas inventé) et d'un nouveau sur l'entraide, livre qui se veut plus idéologique que scientifique, c'est assumé, l'auteur veut proposer une autre mythologie moins agressive.

    Pablo Servigne : […] Pierre Kropotkine, géographe, anthropologue, zoologue, et anarchiste. C’est un prince russe, lui, né à Moscou en 1842, d’une grande famille aristocratique, mais avec une nourrice française, et elle lui donne le goût des Lumières. A dix-neuf ans, il renonce au confort de la cour impériale, il préfère les sciences. Le livre-clé de Darwin, De l'origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, vient de paraître, et Kropotkine l’a adoré. Il part alors en Sibérie pour ses recherches, mais qu’est-ce qu’il observe ? Presque l’inverse de Darwin. Qui survit ? Non pas les plantes ou les animaux les plus forts, mais ceux qui coopèrent le plus. En fait, Darwin avait fait ses observations dans les milieux tropicaux, où il y a l’abondance, l’abondance de chaleur, de lumière. Là ou le vivant peut perdre son énergie en guerre, en compétition. En milieu hostile, dans le froid de la Sibérie, il n’y a pas d'énergie à perdre, il faut s’entraider pour survivre.

    François Ruffin : Mais tu relèves que Darwin lui-même avait eu cette intuition, de la sélection naturelle par l’entraide…

    Pablo Servigne : Oui, il faut relire Darwin, c’est magnifique, vraiment délicieux. Il voyait, par exemple, le sacrifice de l’abeille ouvrière, elle défend son nid, elle vous pique, elle laisse son dard et elle meurt. L’individu se tue pour défendre le groupe. Là, Darwin se gratte la tête, il se dit : « C'est pas possible, ça ? Comment l'altruisme a pu être sélectionné ? Alors qu'il sacrifie sa descendance ? Et ça dure pourtant depuis des millions d'années ? Ça ne colle pas avec ma théorie. » En 1871, il propose donc une idée : « Il ne fait aucun doute que les tribus qui possèdent de nombreux membres qui sont toujours prêts a aider les autres et a se sacrifier pour le bien commun sortiraient victorieuses des autres tribus. Et cela serait de la sélection naturelle. » Donc, c’est la sélection naturelle au niveau du groupe (et pas de l’individu), c’est la cohésion du groupe, la coopération qui permettent de survivre mieux que les autres.


    […]

    Pablo Servigne : C’était chez lui [ NDLR : Darwin ] une intuition. Une intuition formidable, de ce qu’on appelle aujourd’hui « la sélection de groupe ». Mais lui n’avait pas les matériaux pour une démonstration. Nous les avons, désormais. Depuis quelques années, en sociobiologie, il y a tellement de découvertes formidables, sur l’entraide, ses multiples formes, chez les êtres vivants, humains compris… Et aussi, on a déformé Darwin. Dans l’Angleterre victorienne, avec l’essor du capitalisme, les philosophes, les dirigeants avaient besoin d’une justification biologique : hop ! Darwin !
    […] c’est la thèse de Jean-Claude Michéa, que je trouve assez pertinente : les philosophes comme Hobbes, comme Smith, comme Hume, tous les fondateurs du libéralisme, ils étaient traumatisés par les guerres de religion au Moyen Age. Ils se sont dit : « Quel système politique on peut mettre en place, le plus neutre possible ? Sans éthique, sans religion, surtout pas ! Vraiment le minimum syndical. C'est quoi ? C'est l'économie, c'est le marché. On est tous égoistes. » Ils étaient déçus de la nature humaine. Cent-vingt ans de carnages, c’est horrible, et les guerres civiles sont les plus atroces des guerres. Donc tu sors de là, tu as perdu toute confiance dans ton prochain. Après ça, ils en tirent des leçons : la nature humaine est mauvaise, et la nature tout court est une arène impitoyable, où on se massacre tous. Donc: 1) il faut un marché, pour qu’on s’entende entre égoïstes. 2) il faut un État fort pour contrôler le marché. Voilà notre inconscient collectif, notre mythologie. Charles Darwin est relu à cette lumière, lui-même sélectionné, détourné. Il offre un socle scientifique, biologique, à cette mythologie : la sélection par la compétition, par la prédation.

    Hum, donc, d'une part, on ne savait pas tout d'où des théories incomplètes et, d'autre part, on a trouvé ce qu'on a bien voulu chercher.


    […]

    Françosi Ruffin : Alors, allons-y : qu’est-ce qui, dans la nature, relève de l’entraide ?

    Pablo Servigne : Tout. Presque tout. On pourrait prendre mille exemples, chez les abeilles bien sûr, les étourneaux, mais aussi le mutualisme entre les anémones de mer et des escargots, entre des récifs coralliens et les poissons-clowns, etc. […] La respiration, elle est issue d’une fusion bactérienne ancestrale, c’est une association. Et que font nos cellules ? Elles collaborent pour former un organisme, avec une division du travail. Notre corps ne peut pas vivre sans microbiote. […] Les arbres, en réalité, sont connectés par des champignons, les mycorhizes. Donc, déjà, il y a une entraide entre arbres et champignons : les champignons apportent à l’arbre de l’eau, des nutriments, et lui fournit des sucres aux champignons, de l’énergie. […] Dans un bois, tu as de vieux arbres, immenses, qui ont leur vie derrière eux, qui ont accès au soleil, et tu as les jeunes pousses qui galèrent. Eh bien, les grands arbres transmettent des sucres aux jeunes arbres. Ce sont les allocations familiales ! Ils se transfèrent des sucres, des minéraux, entre espèces, un sapin transfère des sucres à un bouleau malade, qui galère à l’ombre. C’est la Sécurité sociale, des millions d’années avant nous ! L’entraide est un facteur d’innovation dans le vivant, dans son évolution, depuis 3,8 milliards d’années : les plus coopératifs survivent. Ça n’est pas un petit fait divers, c’est le phénomène massif. L’autre loi de la jungle, la compétition, elle existe bien sûr, mais plutôt ponctuellement. Pourquoi ? Parce qu’elle est source de stress, elle est épuisante, dangereuse, elle coûte aux espèces…


    […]

    François Ruffin : Mais est-ce que, pour rétablir la balance, Kropotkine et toi, vous ne faites pas tout basculer du côté de la coopération ? Contre la compétition ?

    Pablo Servigne : Tu n’as pas tort. La sélection naturelle est un équilibre, ou plutôt une conjugaison, entre ces deux forces: la compétition, l’association. À l’intérieur d’un groupe, la première prime souvent : la sélection favorise les individus les plus aptes, souvent les plus égoïstes, les plus agressifs. Mais cette force provoque des conflits, en biologie on la qualifie de « perturbatrice ». La deuxième force, l’association, agit de l’extérieur des groupes, elle favorise les groupes constitués d’individus plus coopératifs, voire altruistes, qui rendent le collectif globalement plus efficace. Voilà l’essence de la nouvelle sociobiologie. C’est résumé en une formule lapidaire par David et Edward Wilson : « Au sein d’un groupe, l’égoïsme supplante l'altruisme. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Tout le reste n‘est que commentaire. »


    […]

    Pablo Servigne : Encore une fois, il y a la couche culturelle. Depuis 70 000 ans, on se raconte des histoires, et on y croit à mort. Depuis quatre siècles, notre récit, c’est « L'homme est rationnel et égoïste », même s’il n’est ni rationnel ni égoïste. En tout cas il n’est pas que ça. Ensuite, on vit en milieu d’abondance. Ici, dans les pays industrialisés, on est globalement très riches. On peut se permettre d’être individualistes, égoïstes. Pourquoi ? Grâce au pétrole. On en consomme tous énormément, pour nous nourrir, nous déplacer, nous instruire, nous chauffer, etc. Nous, les Européens moyens, c’est comme si on disposait de cinq cents esclaves énergétiques. On est tous des pharaons : toi, cinq cents esclaves ! Moi, cinq cents esclaves ! Elle, cinq cents esclaves ! On est très nombreux dans cette salle, en fait ! On est hyper riches, et on peut se permettre de dire à notre voisin : « Je n’ai pas besoin de toi. J’ai des esclaves énergétiques, je m’en fous, je peux manger sans toi. » C’est comme pour les tropiques de Darwin : en milieu d’abondance, une culture de l’égoisme peut émerger. Depuis des décennies, on a poussé dans cette direction à fond. Mais en milieu de pénurie, comme dans la Sibérie de Kropotkine, les solidarités se renforcent.



    Servigne explique également que l'entraide, ce n'est pas bon ou mauvais (on peut s'entraider pour massacrer quelqu'un, par exemple), que ça se travaille, et qu'il y a des règles :

    • Il faut prévoir des sanctions pour les égoistes et/ou des récompenses pour les altruistes ainsi qu'une faible tolérance aux abus, sinon le pot commun s'épuise ;

    • Il faut être spontané dans les échanges. Réfléchir réduit l'entraide ;

    • Il faut utiliser le puissant levier de la réputation afin d'influer sur les comportements et favoriser ainsi l'entraide ;

    • L'entraide diminue quand la taille d'un groupe augmente (désigner un énnemi commun permet de souder les gens… pour le meilleur ou le pire). Pour pallier à cela, le groupe doit avoir des règles précises (qui servent, entre autres, à dire qui est membre du groupe et qui ne l'est pas), un gardien des règles et une compréhension des arrivées et des départs dans le groupe.

    Tout cela me rappelle les travaux d'Elinor Ostrom autour des communs et l'évolution de la confiance dans une société humaine.


    […]

    Pablo Servigne : C’est le grand débat de l’inné et de l’acquis. Dans nos comportements, qu’est-ce qui relève de la nature ? Qu’est-ce qui relève de la culture ? Par exemple, si vous êtes plus radin que votre collègue, c’est dû à quoi ? A votre patrimoine génétique, ou à votre environnement ? Ces questions sont aujourd’hui dépassées : le déterminisme génétique a vécu, on sait désormais qu’il y a une interaction, constante, de tous les instants, entre les gènes et l’environnement. L’épigénétique, c’est la science de ces relations, de comment un gène se modifie, s’adapte. En fait, les gènes sont la comme un répertoire, comme un catalogue de possibles, et ils vont s’activer en fonction des activités, des connexions nerveuses avec le cerveau, des interactions avec nos neurones. Eh bien, l’entraide, c’est pareil…

    Je ne crois pas une seconde à l'épigénétique. Il y a des interactions entre l'environnement et les gènes, c'est sûr, mais cela se fait sur le long terme. Je ne crois pas à l'activation / désactivation de gènes quasiment à la demande.


    François Ruffin : C’est-à-dire ?

    Pablo Servigne : C’est un possible qui existe en nous, en chacun de nous, dans notre patrimoine génétique, dans la société, et qui peut ou non s’activer. Nous pourrions dessiner, concevoir des institutions, des normes sociales, qui favorisent l’émergence de comportements altruistes, pro-sociaux. C’est ça, surle papier, l’art de la politique, permettre ça, plutôt que prôner une compétition déjà présente partout. Quand j’entends les gens dire : « Avec l’effondrement, on va tous s’entretuer, c'est la nature humaine », je réponds « non ! ». La nature humaine n’est ni bonne ni mauvaise, ni altruiste ni égoïste. Nous avons les deux, les deux sont en magasin. C’est la culture néolibérale, moderne, qui va faire qu’on peut s’entretuer. Mais on peut sortir de ça, et on a de gros leviers en nous, et ça peut aller très vite, potentiellement. C’est pas gagné, mais on vient ouvrir une brèche dans l’imaginaire.

    Dans le numéro de novembre 2018 - janvier 2019 de Fakir.

    Fri May 3 19:56:45 2019 - permalink -
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  • Violences conjugales : re-libération de la parole, bien. Et après ?

    • Il y a trente ans déjà, en 1989, lors de la toute première campagne de sensibilisation aux violences conjugales, une « vague de libération de la parole » s'était produite. Une ligne d'écoute téléphonique temporaire avait été ouverte, le temps de recueillir « la parole des femmes afin que les pouvoirs publics concernés trouvent des solutions quand elles n'existaient pas ». Elle fut aussitôt saturée. Des milliers de femmes témoignèrent pour la première fois des violences qu'elles subissaient.

    • Les violences faites aux femmes ont déjà été « grande cause nationale » en 2010.

    • En 2017, 130 femmes ont été tuées par leurs compagnons. 21 hommes ont été tués par leur partenaire.

    Dans le numéro de mars 2019 de Siné mensuel.

    Fri May 3 16:58:37 2019 - permalink -
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  • Pénaliser l'anti-sionisme ?

    Finkielkraut est considéré en France comme un philosophe profond et original ; dans les pays anglosaxons, des personnes comme lui ou BHL seraient relégués au rang de parleurs dans des programmes de variétés de l'après-midi, entre l'éleveur de serpents à sonnette et la femme qui a trouve l'amour en entrant chez les béndictines.

    Finkielkraut est tout au plus un publiciste réactionnaire qui a fait son fonds de commerce en instrumentalisant les accusations d’antisémitisme pour salir les meilleurs (Morin, Menuet, Siné). Cela dit, les attaques antisémites dont il a été l’objet dans une des manifestations des gilets jaunes sont inadmissibles et doivent être condamnées sans équivoque. De telles attaques salissent les gilets jaunes.

    Les rares slogans antisémites entendus dans les rassemblements des gilets jaunes ont fourni l’occasion à certains politiciens français de relancer une campagne visant à pénaliser non pas les propos racistes et donc aussi antisémites (ils le sont déjà dans plusieurs lois), mais ce qu’ils appellent des propos antisionistes. Le député Sylvain Maillard vient de proposer un projet de loi dans ce sens, et affirme: « On a le droit de critiquer le gouvernement israélien, mais pas de remettre en question le droit de l’État [d’Israël] d’exister. Personne ne remet en question le droit a l’existence de la France ou de l’Allemagne. »

    Doublement faux : contrairement à la France ou à l‘Allemagne, l’État d’Israël est le produit d’une colonisation, et nombreux ont été les États colonialistes dont on a refusé la légitimité (la Rhodésîe ou l’Afrique du Sud, pour ne donner que deux exemples). De même que l’existence ne fait pas le droit, la non-existence ne signifie pas l’absence du droit à exister, connue l’ont montré le sort de dizaines d’États colonisés qui sont devenus souverains.

    Deuxième erreur: l’antisionisme est originellement une idéologie juive et pas une invention d’islamo-gauchistes. Quand, au tournant du XXe siècle, le sionisme a vu le jour, l’immense majorité des Juifs s’y étaient opposés : les religieux pour des raisons théologiques, le mouvement ouvrier juif (en particulier le Bund) par socialisme… et les Juifs bourgeois d’Europe occidentale par peur de perdre leurs droits civiques.

    L‘antisémitisme est une forme de racisme et doit être combattu sans répit — d’autant plus qu en Europe et aux États-Unis, il relève la tête, ou plutôt, sort au grand jour. L’antisionisme, lui, est une opinion politique, la forme spécifique de l’anticolonialisme en Palestine-Israël. Cette opinion n’est pas seulement légitime ; de mon point de vue, elle est juste. Quand Emmanuel Macron avait, en 2017, fait l’amalgame, il voulait caresser les dirigeants du Crif dans le sens du poil. Quand Sylvain Maillard propose son projet de loi, il veut dédouaner les dirigeants israéliens du véritable problème de ces dernières années : leur tentative de renforcer un front des États européens d‘extrême droite (Hongrie, Pologne, Slovaquie, etc.) et senmi-totalitaires, pour affaiblir la « vieille Europe », attachée à une certaine conception du droit et des droits et donc critique face a la politique plus raciste que jamais de Benyamin Netanyahou.

    Dans le numéro de mars 2019 de Siné mensuel.

    Fri May 3 16:45:01 2019 - permalink -
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  • Les talons aiguilles par Carali

    Quand elle était jeune, ma mère portait souvent des talons aiguilles. Je devais avoir sept-huit ans quand lui ai posé un jour cette question et sa réponse m'avait un peu laissé sur le cul.
    ‒ Ça ne te fait pas mal de marcher sur la pointe des pieds ?
    ‒ Il faut souffrir pour être belle.

    Ma mère souffait donc tous les jours, et moi j'ai tout de suite haï les talons aiguilles. Je me demandais comment elle faisait pour marcher un peu soulevée par l'arrière du pied sans tomber en avant. Chaque fois qu'elle en portait, je ne pouvais pas m'empêcher d'avoir les yeux rivés dessus et de les associer immédiatement à la douleur.

    Plus tard, les premières questions sont arrivées. Pourquoi les femmes s'imposent-elles cette souffrance quotidienne ? Comment ont fait les hommes pour convaincre les femmes qu'elles étaient plus belles dans la douleur ? D'où a surgi cette idée stupide de leur foutre deux petites échasses sous les talons, ces prothèses ridicules pour leur faire gagner quelques centimètres juste pour paraître d'une taille qu'elles n'ont pas ? Est-ce un handicap d'être en moyenne moins grandes que les hommes ? Est-ce pour pallier à juste titre un sentiment de domination des grands cons que nous sommes ? Marcher sur la pointe des pieds, cette position antinaturelle, ne provoquerait-il pas des dégâts sur la colonne vertébrale et ailleurs ? Depuis, j'ai toujours trouvé les femmes à talons plats incomparativement plus naturelles et séduisantes.

    Quand, plus tard, j'ai pris conscience du pouvoir qu'avaient les hommes sur les femmes et dont ils abusaient copieusement, j'ai haï les talons aiguilles encore plus. Comment se fait-il que cette manipulation d'un sexe sur l'autre a longtemps été à sens unique ? Pourquoi les femmes n'ont-elles jamais eu l'idée d'imposer aux hommes des contraintes à la con pour les rendre plus séduisants ? Une pince à longe sur le nez ? Une demi-barbe pour avoir le choix des calins avec ou sans poils ? S'épiler les aisselles ? Des prothèses sous les talons valent bien une aiguille à tricoter plantée et qui traverse les joues ou la peau du cou. Mon beau-père le faisait bien, lui, sur scène du temps de ses spectacles de mahie pour plaire à son public. Ça aurait pu faire partie des canons de beauté masculine s'il y avait eu plus de justice. les hommes de certaines peuplades africaines se foutent bien des os dans le nez et des plateaux sous la lèvres, pourquoi pas nous ?

    Il existe fort heureusement aujourd'hui des modes encore plus nases que les talons aiguilles et qui ridiculisent les mecs autant que les femmes, comme celle du pantalon baissé sur le bas des hanches qui laisse apparaître la raie des fesses et qui traîne par terre avec tous ses plis sur les chaussures. Cette mode stupide est en train de passer, peut-être depuis qu'on a appris qu'elle provenait des taulards qui descendaient leur froc pendant les promenade pour signifier leur disponibilité sexuelle et affective. En prison, ça se comprend, mais ailleurs, ça n'a aucun sens. Pire encore, les vêtements volontairement déchirés pour imiter les habits de la misère. Insupportable. Mais comment en est-on arrivés là ? On décade à mort et tout le monde s'en fout.

    C'est tout de même curieux que parmi les femmes qui se sont imposé les talons aiguilles et autres opérations de chirurgie esthétique pour avoir de plus gros seins et des peaux de visage trafiquées soient parfois les mêmes que celles qui gueulent contre le port du voile. Mais lorsqu'un barré entoure un pont d'un tissu qui le rend moche à pleurer, tout le monde applaudit. Ça sent la fin d'un cycle.

    Je partage l'essentiel de cette B.D. : oui, les femmes à talons plats et aux petits seins naturels sont incomparablement plus attirantes et séduisantes. La comparaison talons / voile est bien sentie. Pour le pantalon qui traîne par terre avec des plis sur les chaussures, je pratique. Motif : la flemme de faire des ourlets et la standardisation en œuvre dans les commerces de fringues qui fait que les pantalons sont rarement taillés pour mes pattes…

    Dans le numéro de mars 2019 de Siné mensuel.

    Fri May 3 16:28:56 2019 - permalink -
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  • Les « super-donneurs » de caca

    Les lecteurs de Siné mensuel connaissent déjà les bienfaits des greffes de matières fécales couramment utilisées pour traiter les diarrhées récurrentes, les maladies inflammatoires de l'intestin et d'autres troubles intestinaux. Pour les diarrhées récurrentes, le taux de guérison dépasse les 90 %. D'après un récent article de Frontière in Cellular and Infection Microbiology, il existerait des « super-donneurs » de caca dont les résultats sont encore meilleurs. Ces dernières défèquent « plus riche » en bactéries, virus et champignons. Ils fournissent ainsi un microbiote intestinal nécessaire à la production de molécules chimiques qui font défaut chez les malades. Leurs selles pourraient même aider à prévenir d'autres maladies : asthme, allergies, affections cardiaques, Alzheimer, sclérose en plaque et même cancers ! Il ne reste qu'à percer le secret de ces « super-donneurs » de caca.

    Je ne crois pas un mot de l'avant-dernière phrase, mais waaaoooh pour le reste. :O Je me mets à imaginer un film romantique où un don du sang permettant de sauver l'un des tourtereaux serait remplacé par un tel don de microbiote fécale. Ça serait si chou. J'ai même la réplique d'un film porno : « non, pas de sodomie, franchement, j'aimerai beaucoup, comme toute personne dans un porno, mais je suis super-donneur de caca ».

    Dans le numéro de mars 2019 de Siné mensuel.

    Fri May 3 15:55:06 2019 - permalink -
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  • La FNSEA dicte sa loi

    Les élections aux chambres d'agriculture qui se sont déroulées du 7 au 31 janvier sont remarquables par leur record d'abstention (53,48 %). Dans cette version agricole de la crise des corps intermédiaires, la FNSEA passe sous les 50 % des suffrages exprimés dans un tiers des départements. Un désaveu qui ne l'empêche pas de plastronner comme syndicat majoritaire, car les règles électorales lui assurent la suprématie dans quatre-vingt-une chambre d'agriculture sur quatre-vingt-dix. En effet, la liste arrivée en tête prend d'office la moitié des sièges puis partage la seconde moitié avec les autres listes. Avec un quart ou un tiers des voix, on rafle 75 % des sièges. Avec les voix d'un quart des agriculteurs, la FNSEA va donc continuer d'imposer au pays sa vision industrialo-chimique de l'agriculture. Les insectes n'ont plus qu'à se tenir à l'écart des champs et les consommateurs à digérer sans broncher du glyphosate et autres substances cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques.

    Dans le numéro de mars 2019 de Siné mensuel.

    Fri May 3 15:42:15 2019 - permalink -
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  • France : la loi du genre

    Jusqu'en 2016, la loi française imposait aux personnes transgenres de prouver « le caractère irréversible » de leur transition pour obtenir le changement de la mention de sexe sur leur état civil. Irréversible comme une ablation de l'utérus ou des testicules. Certains tribunaux se contentaient d'une mastectomie (ablation des seins). Tout ça pour une malheureusement petite lettre. Or, sans papiers d'identité en accord avec son genre, difficile de prendre l'avion ou même de récupérer un colis à la poste. On vous en a parlé dans Siné Mensuel numéro 48. La France a d'ailleurs été condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme pour la stérilisation imposée aux trans. Aussitôt votée, aussitôt critiquée, la loi de 2016 entendait faciliter le changement d'état civil : la demande s'effectue toujours auprès d'un tribunal, mais la présence d'un avocat n'est plus obligatoire et « l'absence de preuve médicale ne peut constituer un refus ». « La formulation de la nouvelle loi reste vague et globalement ne fait qu'entériner des pratiques qui avaient déjà fait jurisprudence. Nous voulions aller plus loin », déplore Jules, coprésident de l'association OUTrans. « On se rend compte que certains tribunaux comme celui de Versailles ne respectent pas la nouvelle loi et continuent de rejeter des dossiers au motif qu'il manque des certificats médicaux ! » L'association recommande de dénoncer systématiquement ces situations auprès du Défenseur des droits. Pour le moment, ce dernier ne s'est pas exprimé sur le sujet. La loi de 2016 devait également simplifier le changement de prénom en mairie, mais là encore les pratiques varient. Anne Hidalgo, maire de Paris, a annoncé en novembre la formation des agents municipaux à l'accueil des personnes trans. Ailleurs, c'est souvent à la gueule du client. « En mairie comme au tribunal, on a basculé sur une évaluation totalement arbitraire fondée sur le physique des personnes », s'inquiète Jules. « Il y a quelques mois, j'ai lu dans le compte-rendu d'une audience que le requérant s'était présenté avec une belle barbe au tribunal et que, donc on pouvait lui accorder le changement de ses papiers. Que se serait-il passé s'il s'était rasé ? » L'association OuTrans continue à lutter pour un changement d'état civil libre et gratuit en mairie, sur simple déclaration, y compris avant l'âge de la majorité. Elle dénonce également les pratiques des équipes hospitalières des parcours de transition abusivement appelés « officiels » qui considèrent encore la transidentité comme une maladie psychiatrique. En dehors de ces parcours pris en charge intégralement par la Sécurité sociale, les personnes trans peuvent s'adresser à des praticiens exerçant en libéral. Les associations partagent les coordonnées de médecins bienveillants. Cependant, et en particulier pour les actes chirurgicaux, les dépassements d'honoraires représentent un écueil pour les personnes précaires. Bilan : pour les droits des personnes trans, la France écope d'un « peut mieux faire ».

    Dans le numéro de mars 2019 de Siné mensuel.

    Fri May 3 15:36:23 2019 - permalink -
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