Comment, classer, éplucher, synthétiser les quelque 2 millions de textes générés par le grand débat, sans que ça prenne des siècles ? Réunions locales avec comptes rendus, cahiers de doléances, contributions sur le site gouvernemental « grand-debat.fr »… Qui va lire tout ça ? Les cinq « garants » désignés pour s’assurer que « toutes les contributions seront intégrées dans le compte rendu final » ? Non, voyons…
Du coup, les garants ne peuvent rien garantir ? Du coup, ce ne sont plus des garants ? Du coup, on se fiche de nous ?
Après la fin officielle du grand débat, ce 15 mars, ce sont les machines qui vont prendre le relais. Les ordinateurs. L’ intelligence artificielle. Les algorithmes. Et c’est l’institut de sondage OpinionWay, assisté par Qwam, une boîte spécialisée dans les « solutions logicielles innovantes », qui va s’y coller : « La machine lit chacun des verbatim avec une extrême précision et les compare à un dictionnaire de notions — de mots, de groupes de mots, d’idées — dont elle est équipée, explique l’un de ses directeurs. Cela lui permet de trier, classer et sous-classer les idées » (« Libération », 16/2).
Comme d'habitude, ce sont des structures proches du pouvoir qui ont raflé ce marché…
Énième note technique pour le Canard : un dictionnaire de mots et du traitement statistique, ce n'est pas de l'intelligence artificielle (point « Qu'est-ce que réellement l'intelligence artificielle ? »). C'est un algorithme, oui, mais autant qu'une recette de cuisine ou que chacune de nos routines au saut du lit, c'est-à-dire une suite d'instructions… 40% des start-up européennes d'intelligence artificielle n'utilisent pas d'intelligence artificielle (via).
Ah, les gentilles machines ! Elles ont beau ne rien comprendre à ce qu’elles lisent, cela ne les empêche pas de mouliner des masses de données, de les hiérarchiser et d’organiser ainsi les priorités politiques. Ou, comme on dit dans le jargon « civil tech », d’obtenir « une cartographie des thèmes et des propositions ». Par conséquent, si l’expression « supprimer des services publics » revient plus souvent que « renforcer des services publics », la machine conclura que la première proposition l’emporte. Ce qui n’ennuierait certes pas trop Macron !
Juste au moment où les ordinateurs d’OpinionWay se mettent à chauffer et à surchauffer, « Le Monde » (27/2) publie une enquête sur les bugs de l’intelligence artificielle. Laquelle reste plus que faillible, facile à berner, capricieuse, approximative et pleine de défauts, dont l’un des plus distrayants est qu’elle est incapable de faire le distinguo entre une corrélation et une causalité : « Le piège bien connu est de constater qu’il y a plus de morts à l’hôpital et que donc l’hôpital tue… » Heureusement, il est prévu que les synthèses fournies par les algorithmes seront lues et relues par des humains en chair et en os. Ils n’ont pas fini de se marrer.
Le débat sur le grand débat et ses retombées ne va pas manquer de déboucher sur un très, très grand débat !
Tout ça pour ça… Tout cet argent public, tous ce brassage de vent, pour, au final, retenir une minorité des propositions des gilets jaunes, celles qui continueront à endommager notre monde, comme la réduction du nombre de parlementaires ou le RIC ou les réductions d'impôts sans réflexion sur leur usage…
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
L'éditeur américain Mozilla a organisé un beau colloque a Paris (4-5/3) afin de plancher sur la lutte contre les fake news en période électorale. Parmi les experts, surprise ! il y avait les Belges de l'ONG EU DisinfoLab, qui s'étaient distingués cet été en laissant entendre que l'affaire Benalla était une manip russe. Mais aussi les Américains de New Knowledge, qui se sont fait connaître aux Etats-Unis pendant les élections de mi-mandat (midterms) en créant de faux comptes russes, et en France pour avoir également suspecté une influence russe dans la crise des gilets jaunes.
Pour dénoncer les fake news, personne n'est mieux placé que ceux qui les fabriquent !
En même temps, ça fait bien longtemps que Mozilla n'a plus de projet politique donc part dans tous les sens… Ils soutiennent un navigateur web pour le simple fait de soutenir un navigateur web, pour justifier leur existence… L'organisation n'a pas utilisée le pouvoir qu'elle avait sur le marché des navigateurs web pour améliorer les choses…
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Voilà un sujet qu'Emmanuel Macron n’a pas eu le temps d’évoquer pendant les quatorze heures qu’il a passées au Salon de l’agriculture : les méchantes défaillances dans le contrôle sanitaire de notre alimentation. Deux semaines avant que la plus grande ferme de France ouvre ses portes à Paris, la Cour des comptes venait pourtant, dans son rapport annuel, de hacher menu notre système de surveillance de la chaîne alimentaire.
Les magistrats de la Rue Cambon l’ont d'autant plus mauvaise que rien ou presque ne s'est amélioré depuis leur précédent contrôle, en 2013. Ils relèvent ainsi que « des insuffisances subsistent a toutes les étapes », et ce « depuis les autocontroles réalisés par les entreprises jusqu'à la publication des résultats des inspections ».
Premier constat : l'Etat n'a pas assez de troupes pour vérifier la qualité des denrées qui finissent ans notre assiette. Dans les abattoirs de volailles et de lapins, par exemple, « les moyens disponibles en inspecteurs demeurent toujours insuffisants pour se conformer à l'obligation européenne de présence d'un agent des services vétérinaires dans chaque abattoir ». L’Etat manque aussi de bras pour surveiller les commerces d'alimentation, les grandes surfaces et les restaurants. « Un établissement de restauration est donc contrôlé en moyenne tous les quinze ans », déplorent les rapporteurs. Il y aurait bien un moyen de trouver de l'argent pour étoffer les troupes de contrôleurs : augmenter les redevances sanitaires payées par les entreprises, ce que permet la réglementation européenne. Prenez les 55 millions d'euros de redevances perçus chaque année par la Direction Générale de l'alimentation (DGAL, la somme couvre à peine 17 % du coût des contrôles. Et que dire de la Répression des fraudes (DGCCRF), qui se contente de 1 million d’euros annuels au titre d'une redevance à l'import ? Finalement, l’agroalimentaire ne finance que 10 % des contrôles sanitaires de l'alimentation opérés par l'Etat, contre 28 % aux Pays-Bas et 47 % au Danemark !
Pour rendre les choses encore plus complexes, si, dans la plupart des pays européens, un seul organisme pilote la sécurité sanitaire, la France en aligne trois… qui se marchent sur les pieds : la direction générale de la santé, pour la qualité des eaux, la DGAL, pour les aliments d'origine animale, et la DGCCRF, pour les végétaux.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
La Macronie profite du chantier des Jeux olympiques pour cajoler Unibail, le bâtisseur favori de la Mairie de Paris.
Cinq ans avant l’ouverture des JO de Paris, le numéro 1 mondial des centres commerciaux, le promoteur Unibail, a déjà raflé un joli paquet de médailles. En or massif, s’il vous plaît ! Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) en a fait l’un de ses principaux prestataires privés. Il a prévu d’organiser nombre d’épreuves et de manifestations annexes sur des sites gérés par Viparis, une filiale d’Unibail et de la chambre de commerce spécialisée dans l’organisation des salons professionnels.
Le groupe va ainsi accueillir le handball, le tennis de table et certaines cérémonies olympiques au parc des expositions de la porte de Versailles (que lui concède la Ville de Paris). Viparis hébergera également l’imposant centre de presse dans son deuxième parc des expositions, installé à l’aéroport du Bourget. Pour quel montant ? Sollicité par « Le Canard », le Cojop se retranche derrière le « secret commercial » . C’est pas du Jeu(x)…
Mouais, la critique est facile, mais elle est superficielle. À mon avis, les questions essentielles sont plutôt : 1) avons-nous besoin de ces jeux qui ont perdu leur but original et qui normalisent et massacrent tout sur leur passage ? 2) Si l'on a répondu oui à la question 1), la deuxième question est : où se déroule les épreuves et tout le bazar ? La ville doit-elle construire de nouveaux terrains afin de ne pas solliciter le privé ? Le véritable problème n'est-il pas que le public loue voire délègue la construction de plus en plus de lieux de la vie en commun (prison, stade sportif, musées, infrastructures de transport, etc.) au privé ? Forcément, après c'est le privé qui s'en met plein les fouilles lors d'événements tels que les JO. Mais les JO sont seulement l'une des nombreuses occasions…
Aubaines juridiques
Les JO vont également permettre à Unibail de faire avancer ses propres projets immobiliers. A commencer par celui de la grandiose tour Triangle, prévue à la porte de Versailles, avec la bénédiction de la municipalité. Le bâtiment de 180 mètres doit être inauguré en 2028, mais le constructeur s’est plaint à l’Elysée des multiples recours juridiques déposés par des riverains et des associations écolos, qui lui reprochent de saccager le paysage parisien.
La loi olympique — votée en 2017 — avait déjà accéléré les procédures juridiques et limité les droits des tiers contre les permis de construire. Il s’agissait de garantir l’achèvement de tous les équipements nécessaires avant la cérémonie d’ouverture. Depuis, un décret miraculeux, paru le 12 février au « Journal officiel », a permis d’inclure la tour Triangle dans ce périmètre olympique (« Le Journal du Grand Paris », 24/2).
Résultat : le tribunal administratif devrait être prochainement dessaisi de tous les recours déposés contre le gratte-ciel au profit de la cour administrative d’appel, qui jugera en premier et dernier ressort (sous réserve d’un recours en cassation). A la clé, un an de procédure et de copieuses économies pour Unibail.
Comment un tel prodige a-t-il été possible, alors que la tour Triangle n’est strictement d’aucune utilité pour les JO ? La réponse réside dans un discret amendement à la loi Elan (sur le logement et le numérique), introduit par le Sénat en juillet 2018. Il étend les dispositions « spécial JO » aux immeubles dont la « proximité immédiate [avec un site olympique les rend susceptibles d’en] affecter les conditions de desserte, d’accès, de sécurité ou d’exploitation ».
Serviables sénateurs
Curiosité : cet amendement a été déposé par une quinzaine de sénateurs de province qui n’ont aucun rapport, ni de près ni de loin, avec le dossier des Jeux. Ces élus, tous radicaux de gauche, se sont contentés de porter les valises du gouvernement. Leur petit camarade de parti, Jacques Mézard, alors ministre de la Cohésion des territoires, leur avait demandé de déposer l’amendement à sa place. Sans doute par pudeur…
Que c'est beau, démocratique et tout, la rédaction de la loi. :')
Pour Jean Castex, le délégué interministériel aux JO, ce bazar législatif serait destiné à satisfaire la Préfecture de police. Les poulets souhaitent que tous les chantiers situés à proximité immédiate des enceintes sportives soient terminés avant les Jeux ou suspendus durant les compétitions.
Et, à entendre Castex, seul un louable souci d’économie aurait poussé le gouvernement à préférer l’accélération des travaux à leur arrêt temporaire…
Cette chasse aux dépenses inutiles n’en semble pas moins avoir été taillée sur mesure pour Unibail. Comme le reconnaît le délégué interministériel, un nouveau décret est aujourd’hui à l’étude pour étendre cette procédure à une deuxième parcelle urbaine chère au groupe immobilier. Il s’agit cette fois de la porte Maillot, où la Mairie envisage d’agrandir un palais des congrès préexistant et déjà géré par Unibail.
Il n’y a pourtant aucun site olympique à la ronde. Mais la proximité d’un hôtel dédié à l’hébergement des responsables du Comité international olympique est censée justifier ce passe-droit supplémentaire. A ce compte-là, autant demander aux patrons d’Unibail de récrire eux-mêmes le Code de l’urbanisme…
Gros +1… C'est beau, la loi pour soi…
Fort de ses 62 milliards d’euros d’actifs immobiliers, le groupe Unibail-Rodamco-Westfield ne manque pas d’appuis politiques. A Paris, Bertrand Delanoë lui a accordé des conditions royales pour la rénovation du Forum des Halles, comme l’a récemment relevé la chambre régionale des comptes. L’ancien maire et celle qui lui a succédé, Anne Hidalgo, ont également déroulé le tapis rouge à Unibail pour sa tour Triangle, à la porte de Versailles (lire ci-dessus).
L’ancien président d’Unibail Guillaume Poitrinal a aussi ses entrées à l’Elysée. Après avoir été chargé de diverses missions par François Hollande, il est désormais régulièrement consulté par Emmanuel Macron. Un ancien du groupe siège d’ailleurs au Conseil des ministres : le porte-parole du gouvernement (et candidat à la Mairie de Paris), Benjamin Griveaux. Directeur de la communication et des affaires publiques du groupe immobilier de 2014 à 2016, Griveaux veillait alors avec un soin jaloux aux intérêts de son employeur à Matignon, à Bercy et au Parlement…
*Soupirs*
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Se vantant d’être le « pitbull » de Trump, l’avocat Michael Cohen a, dix ans durant, endossé les turpitudes de son grand homme et couvert ses frasques. S’il s’apprête à purger 3 ans de prison à partir du 6 mai, c’est notamment pour avoir menti devant le Congrès afin de continuer de couvrir son patron…
C’est dire qu’il connaît la bête de très près. « J’ai honte parce que je sais qui est M. Trump. C’est un raciste. C’est un escroc. Et c’est un tricheur. » C’est en ces termes que Michael Cohen décrit désormais son ex-boss, à l’occasion d’une audition par une commission parlementaire le 27 février. Il faut dire que Trump l’a laissé tomber comme une vulgaire chaussette dès ses premiers démêlés judiciaires par procuration, et que Cohen a donc accepté de collaborer à l’enquête du procureur Mueller sur les ingérences russes dans la campagne de 2016.
Cohen, qui se disait jadis « prêt à prendre une balle » pour Trump, ne le flingue pas à la légère. « Un raciste » : « Il m’a dit que les Noirs ne voteraient jamais pour lui car ils étaient trop stupides. » « Un escroc » qui ne « briguait la présidence » que « pour faire grandir sa marque ». Et qui a continué de négocier en sous-main son projet juteux de Trump Tower à Moscou pendant la campagne électorale… « Un tricheur » invoquant une exemption médicale imaginaire pour échapper à la conscription : « Tu penses que je suis stupide ? Je n’allais pas partir pour le Vietnam. » Trouvant « formidable » que WikiLeaks s’apprête à un grand déballage sur Hillary Clinton à l’été 2016, et se réjouissant des contacts directs entre son équipe et le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, aujourd’hui accusé d’avoir été alimenté par des agents russes… « Un tricheur », enfin, qui a prié son indispensable avocat Michael Cohen de dédommager sur ses fonds propres deux de ses ex-maîtresses pour qu’elles la bouclent. Avant de le rembourser en douce par chèque… « Mentir à la première dame est l’un de mes plus gros regrets », lâche Cohen aujourd’hui.
C’est cette dernière manœuvre pour couvrir — encore et toujours — Trump qui envoie Cohen en prison. Et qui lui vaut d’être traité par la Maison-Blanche de « criminel déshonoré ». Miroir, mon laid miroir…
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Encore une entrevue avec Natacha Polony, journaliste et rédactrice en chef de Marianne.
Mes notes :
Bon, je vais faire court : je me suis fait entourlouper une fois de plus en voulant rémunérer la création.
Au hasard d'une navigation sur mon site web de vente de films sans DRM préféré, les Mutins de Pangée, je tombe sur un film qui m'intéresse. Par flemme, je remets l'achat à plus tard. Un mois plus tard, ce film n'est plus proposé à leur catalogue.
Quelques semaines plus tard, ce film me revient en tête. Je le trouve sur Youtube (pas la plateforme de VOD payante, juste Youtube standard). Toujours pas chez les Mutins. Je le visionne.
Encore plus tard, je m'aperçois qu'il est en vente sur la boutique Arte. Comme je l'ai trouvé intéressant et qu'il traite une thématique qui l'est insuffisamment à mon goût, je décide de passer à la caisse.
Sauf que la boutique d'Arte utilise des DRM…
Lors d'une tentative de visionnage en streaming, Firefox me demande si je veux installer la prise en charge des DRM. Ce que je refuse.
Pour télécharger le film, il faut utiliser le logiciel d'Arte… Bon, c'est un AppImage donc il fonctionne sous Debian GNU/Linux et c'est pratique. Le téléchargement s'effectue sans problème. Le visionnage peut avoir lieu sans connexion Internet. En revanche, le logiciel tente en permanence de se connecter aux serveurs d'Arte… Arte sait donc a minima que son logiciel est utilisé… Reste à identifier ce que le logiciel moucharde…
Le film est découpé en environ 2600 fichiers avec quatre listes de lecture, une pour l'audio, une pour la vidéo, une pour les sous-titres français et une qui assemble le tout. C'est le format HLS (HTTP Live Streaming). La liste de lecture vidéo fait référence à un fichier clé qui est stocké en local. Les listes de lecture audio et sous-titres ne font pas référence à une quelconque clé. Les listes de lecture sont illisibles avec vlc, mplayer, ffplay, etc.
Vu que je possède la clé en local, il est évident que je peux déchiffrer le contenu. Néanmoins, je n'ai pas trouvé comment faire. J'ai utilisé ffmpeg, hls-fetch, openssl directement à la main, etc. Sans succès.
Bref, je suis déçu… Inscription obligatoire sur le site web (avec une collecte inutile du prénom + nom), DRM, logiciel imposé qui flique l'utilisateur, etc. Pas merci, Arte. :( J'aurai dû me contenter de la version Youtube. Je suis trop naïf.
La corbeille était bien remplie : les investisseurs internationaux se sont rués sur l’emprunt de 7 milliards lancé par la France le 19 février. En un clin d’œil, les financiers du monde entier ont proposé 31 milliards. Et en acceptant un taux d’intérêt riquiqui : 1,6 % sur trente ans, couvrant à peine l’inflation !
Explication du mystère : pour sortir de la crise de 2008, les banques centrales — BCE en tête — font tourner la planche à billets afin de relancer l’activité. Et il y a tellement d’argent que les occasions d’investir manquent. Les emprunts publics des Etats restent les plus sûrs, même ceux des pays qui ne sont pas des modèles de rigueur financière. Et, depuis que l’Allemagne a considérablement réduit ses emprunts — pour cause d’excédent budgétaire —, la France, réputée pour sa capacité à lever des impôts et, donc, à rembourser, est devenue la chouchoute de la finance.
D’autant plus qu’une étude de la Banque de France (« Les Echos », 26/2) vient de révéler que la baisse des taux devrait permettre à la France de diminuer les remboursements annuels de sa dette d’environ 12 milliards d’ici à 2021, soit le montant du cadeau fait par Macron aux gilets jaunes.
La finance n’est plus l’ennemie de Macron — pas plus, d’ailleurs, qu’elle ne l’était de Hollande : la réduction du déficit pendant son quinquennat a été due pour moitié, selon la Cour des comptes, à la baisse des taux d’intérêt.
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
La peu voyante mais efficace Commission des clauses abusives (CCA) a cessé ses activités le 14 février. Ce jour-là, par un vote à l’unanimité, ses 22 membres et son président, Vincent Vigneau, ont fait savoir par courrier à Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, qu’ils cessaient de siéger. Il faut dire qu’avec ses 25 000 euros annuels cette institution coûtait un pognon de dingue !
La CCA examinait et véfifiait les contrats proposés aux consommateurs : un travail fort utile, tant chacun néglige les interminables et obscures « conditions particulières » dont raffolent assureurs, fournisseurs d’accès à Internet, opérateurs téléphoniques et autres vendeurs…
Relevant et analysant tout ce qui lui semblait « abusif », la Commission le signalait aux autorités compétentes. Son rapport, transmis aux cours et tribunaux, alimentait les juges, qui piochaient dedans pour comprendre les contrats et étayer leurs décisions.
Hélas, tout cela revenait bien trop cher ! Entre l’énorme indemnité annuelle de 1 600 euros versée à son président et les royales vacations de ses membres, professeurs de droit, magistrats ou consommateurs, allant de 25 à 70 euros la séance… Pour Bercy, une division par cinq de ce budget somptuaire s’imposait.
« La Commission prend acte de l’impossibilité de poursuivre ses travaux, écrit son président, faute de budget suffisant… » Et d’évoquer « des conséquences dommageables, au détriment des consommateurs ».
Indignation à Bercy, où l’on allègue une reconduction du budget de l’an dernier : 5 000 euros, plus 4 000 euros de frais de fonctionnement. Très légère erreur : l’an dernier, la CCA n’ayant été renouvelée qu’en juin, elle avait travaillé durant cinq mois à peine. D’où cette enveloppe réduite.
Avec ou sans une clause abusive ?
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
De gros poufs rouges siglés Coca-Cola et des canettes de soda à volonté. Le 31 janvier à Bucarest la première « réunion informelle » du Conseil de l'Union européenne, dont la Roumanie détient la présidence pendant six mois, était sponsorisée par la multinationale américaine ! Sur les banderoles, on pouvait même lire : « La firme Coca-Cola est fière de soutenir la première présidence roumaine du Conseil de l’Union européenne. »
Pour rappel, le Conseil de l'Union européenne est le co-législateur européen avec le Parlement européen. Un peu comme le Sénat est le co-législateur de l'Assemblée nationale.
Si incroyable que cela puisse paraître, tout pays qui préside cette instance politique a le droit de nouer des accords de sponsoring avec qui lui chante. Du moins, pour les « réunions informelles » — comprenez : celles qui n'ont pas pour vocation d'adopter un texte mais seulement de discuter pour se mettre d'accord.
En 2011, lors de la présidence polonaise, Coca-Cola avait déjà été choisi comme partenaire. Contacté par « Le Canard », le secrétariat général dudit Conseil explique, un brin embarrassé : « Il ne s'agit pas de financements mais d'avantages en nature. » Nous voilà rassurés.
Après avoir remporté un appel d'offres, Coca-Cola Roumanie sera donc, jusqu'à la fin juillet, l'un des partenaires « platinium » de la présidence roumaine. Un mélange des genres effervescent, vu que la création d’une taxe sur les produits sucrés et la mise en place d’un étiquetage nutritionnel plus limpide pour le consommateur devraient bientôt figurer au menu des discussions du Conseil de l'Union européenne, chargé de négocier et d'adopter les textes législatifs de l'UE. Or les fabricants de soda ont décidé de torpiller ces deux mesures mises sur la table au nom de la lutte contre le diabète sucré et l'obésité, qui frappe désormais 17 % d’Européens. Rappelons que le sucre est encore plus délétère absorbé sous forme liquide et qu'une canette de Coca-Cola en contient l'équivalent de sept morceaux. Quand on aime…
Furibarde contre ce « lobbying déguisé », l'ONG Foodwatch, qui pourfend la malbouffe, vient de se tendre d’une lettre ouverte au gouvernement roumain pour lui demander de mettre fin illico à ce parrainage. Et de lancer, dans la foulée, une pétition afin que les « réunions informelles » du Conseil de l'Union européenne ne puissent plus être sponsorisées.
Du côte de Coca-Cola Roumanie, on assume, tout en précisant qu'il y a d'autres partenaires, comme l'association des brasseurs roumains… Deux lobbys qui pétillent !
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
La réforme de la justice a suscité une adhésion massive ! Lors de sa lecture définitive à l’Assemblée, elle a été adoptée, le 19 février, par 31 voix « pour » et 11 « contre »… sur 577 députés. C’est dire le nombre d’élus LRM qui préféraient ne pas voir ça…
Non seulement cette loi accroît sans modération les pouvoirs de la police et du parquet au détriment de juges indépendants, mais elle dissout aussi les tribunaux d’instance dans ceux de grande instance. Après la disparition des commissions d’action sociale et des tribunaux du contentieux de l’incapacité, il ne restera bientôt presque plus rien de la « justice de proximité », ces juges de paix fins connaisseurs des particularités locales.
Autre nouveauté : la création d’une « juridiction nationale des injonctions de payer », dédiée à une procédure qui, déjà expéditive, va encore accélérer. Confrontées à des échéances impayées, les banques, assurances, sociétés de crédit et de recouvrement adressent aujourd’hui au juge d’instance une requête avec justificatifs. Après vérification, le magistrat peut délivrer une « injonction », et il n’y a plus qu’à envoyer un huissier encaisser l’argent ou saisir les biens ; le mauvais payeur a un mois pour faire opposition. En cas de contestation (une procédure concernant 4 % des 470 000 injonctions délivrées chaque année, dont la moitié tourne autour de 2 000 euros), l’affaire passe en audience.
Salauds de pauvres
Demain, avec la nouvelle juridiction, fini le contrôle des juges d’instance ! Les deux magistrats et la vingtaine de greffiers affectés au nouveau tribunal feront tourner une procédure sur Internet entièrement « dématérialisée ». Pour le plus grand bonheur des organismes de prêt et de recouvrement, amis des surendettés…
« La balance penche en faveur des organismes de prêt et de recouvrement. Cela revient à retirer des droits et l’accès au juge pour les consommateurs, s’indigne Gilles Sainati, du Syndicat de la magistrature. Tout sera automatique, on supprime ce qui pouvait faire tampon et amortir la détresse financière des gens ! »
Et encore : au départ, les audiences devaient être totalement supprimées. Belloubet, la garde des Sceaux, a fini par admettre qu’il fallait les conserver pour les 4 % de contestations et les demandes en délais de paiement. « Les pauvres gens vont se casser les dents sur ce cybertribunal », ajoute Gilles Sainati. Comme si tout était fait pour les décourager.
Qu’en pense le Conseil constitutionnel, saisi de la loi dès son adoption ?
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
Il a osé qualifier d’échec stratégique la guerre menée en Syrie sous l’égide des Américains.
Auteur d’un article « militairement incorrect » paru en février dans la revue « Défense nationale », le colonel François-Régis Legrier est menacé de sanctions. Avec l’aval de l’Elysée, la ministre Florence Parly a demandé à l’état-major des armées de convoquer et de punir cet insolent. La revue qui a publié ce texte n’a pourtant rien d’un manifeste antimilitariste. Hébergée dans les célèbres locaux de l’Ecole militaire, elle est éditée sous la responsabilité du général de réserve Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef, et de Thierry Caspar-Fille-Lambie, ancien inspecteur général des armées, et tous deux sont censés savoir lire. Aujourd’hui, après les reproches véhéments de Parly, ils reconnaissent avoir « manqué de discernement », et le sulfureux article a été retiré du site Internet de la revue.
Cette tempête sous les képis a provoqué un certain malaise dans la hiérarchie militaire et au Quai d’Orsay, où de nombreux diplomates partagent le constat dressé par le colonel Legrier sur la guerre menée en Syrie par la coalition internationale, dont la France fait partie. Mais, à entendre d’autres officiers, le colonel n’aurait jamais dû rédiger un article dans lequel il pose cette impertinente question : « Victoire tactique, défaite stratégique ? » Les lecteurs militaires ou civils de « Défense nationale » pourraient en déduire que Macron est un mauvais chef de guerre, ce qui serait désolant pour sa réputation.
« La bataille de Hajin a été gagnée, écrit le colonel, mais (…) à un coût exorbitant et au prix de nombreuses destructions. Certes, les Occidentaux, en refusant d’engager des troupes au sol, ont limité les risques et, notamment, [celui] d’avoir à s’expliquer devant l’opinion (…). Extrêmement à l’aise pour remplir les grands états-majors multinationaux d’une ribambelle d’ofiiciers, les nations occidentales n’ont pas eu la volonté d’envoyer 1 000 combattants aguerris régler en quelques semaines le sort [de Hajin] et d’épargner à la population des mois de guerre. »
Villes et villages détruits
Vient ensuite ce constat : « Nous avons donné à la population une détestable image de ce que peut être une libération à l’occidentale (…). La question qui se pose est de savoir si [cette libération] ne peut se faire qu’au prix de la destruction des infrastructures (hôpitaux, lieux de culte, routes, ponts, habitations, etc.). C’est là l’approche assumée, sans complexe, hier et aujourd’hui, par les Américains, ce n’est pas la nôtre (…). La bataille ne se résume pas à détruire des cibles comme au champ de foire. » En résumé, le colonel met indirectement en cause l’Elysée, qui a admis, en Syrie comme en Irak, la conception américaine de la guerre : détruire depuis le ciel, et grâce à l’artillerie, les villes et villages détenus par des djihadistes. Remarque d’un expert militaire : « En incriminant ainsi l’allié américain, cet officier a franchi la ligne blanche. » Peut-être, mais n’a-t-il pas raison ?
D’octobre 2018 à février 2019, le colonel a été, en Irak et aux frontières de la Syrie, le patron de la task force « Wagram » (avec ses canons Caesar — de 6 à 8 coups à la minute), et il sait de quoi il parle. Depuis leur entrée en action, en 2016, ces canons à très longue portée (42 km) ont balancé 10 000 obus pour la reconquête de Mossoul, en Irak, et 3 500 pour la reprise de Baghouz, en Syrie. On doit reconnaître à cet artilleur une relative franchise quant aux ravages provoqués par sa propre artillerie.
Pour sa défense, face à la ministre Parly et aux généraux qui l’accusent de « manquement au devoir de réserve », le colonel pourrait invoquer les encouragements lancés à ses subordonnés par le général François Lecointre, chef d’état-major des armées. A diverses reprises, et le 18 janvier encore, il les a incités « à prendre le temps d’écrire (…) et à tirer les enseignements » de leurs missions. Car, dit-il, « lorsqu’elle se porte sur le fait militaire, la pensée n’a pas pour vocation unique d’explorer la conduite de la guerre. Elle permet également (…) d’explorer les pistes qui permettent de l’éviter ou de la prévenir ». Le général Lecointre osera-t-il défendre un officier qui l’a pris au mot ?
Par le plus grand des hasards, un rapport de la mission d’assistance des Nations unies donne indirectement raison au colonel Legrier. Publié le 24 février, ce texte pointe le nombre record de civils afghans tués l’an dernier — 10 998, parmi lesquels 927 enfants. Les talibans, les terroristes de Daech et ceux d’Al-Qaida ne sont pas les seuls responsables de ces massacres. Le rapport de l’ONU incrimine explicitement l’antiterrorisme aérien pratiqué par l’US Air Force.
Donald Trump va pouvoir encore clamer que l’ONU fait partie des ennemis de la Grande Amérique.
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
Si l'entrée en vigueur de la loi Alimentation, le 1er février, n’a pour l’instant pas provoqué l’explosion des prix annoncée, les paysans ne devraient pas pour autant récolter beaucoup de blé… A en croire une minutieuse étude publiée le 21 février, le noble objectif de la loi — obliger les enseignes à augmenter leurs marges pour mieux rémunérer les agriculteurs — est bloqué en rase campagne.
L’Institut de recherche et d’innovation (IRI, qui a étudié des dizaines de millions de tickets de supermarché, relève que l’instauration d’une marge minimale de 10 % sur quelque 4 000 « produits d’appel » vendus par les grandes surfaces n’a eu aucun effet sur les prix. Contrairement aux prévisions alarmistes — Michel-Edouard Leclerc annonçait « une perte de pouvoir d’achat de 1 milliard pour les consommateurs » —, le coût du « Caddie moyen » entre le 15 janvier et le 15 février est resté stable.
Marge ou creve
Pourtant, le prix facturé par les industriels des produits d’appel — ces marques nationales (Coca-Cola, Ricard, Nescafé, Nutella, etc.) longtemps vendues à prix quasi coûtant pour attirer la clientèle — a bel et bien augmenté : entre 1 et 10 %. Le surcroît de chiffre d’affaires sert, théoriquement, à mieux rémunérer leurs fournisseurs agricoles. Sauf que, explique une porte-parole de l’IRI, « les étiquettes n’ont globalement pas augmenté, car la hausse sur les produits visés par la loi a été compensée par la baisse des prix d’autres produits, notamment ceux mis en vente sous les marques de distributeurs, proposés par les grandes surfaces ».
« En pleine crise des gilets jaunes et du pouvoir d’achat, il ne s’agit pas de faire fuire les clients, confirme Michel-Edouard Leclerc. Il faut compenser les hausses par des baisses, pour que les prix ne montent pas. »
Surfaces et attrapes
Une mesure qui, paradoxalement, peut bénéficier aux grandes surfaces. Exemple : obligée par la loi d’augmenter de 10 % le prix des Petit LU, une enseigne pourra baisser d’autant le prix de ses propres petits-beurre. « Les marques de distributeurs ne sont pas soumises aux marges minimales », précise Richard Girardot, président de l’Association nationale des industries alimentaires.
Ce n’est pas chez Carrefour qu’on le contredira: « Nous accordons à nos clients une prime allant jusqu’à 1,50 euro sur chaque produit concerné par la hausse de marge, explique une responsable de la chaîne. A quoi s’ajoute une réduction de 10 % concernant les futurs achats de ces produits. » Des avantages qui ne seront accordés que lors de la prochaine visite, histoire de fidéliser la clientèle…
« Le distributeur fait ce qu’il veut de son surcroît de marge », confirme Patrick Bénézit, un proche collaborateur de Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Et d’ajouter : « Nous avons toujours pensé qu’une partie de la hausse des marges profiterait aux consommateurs. La grande question est de savoir s’ils vont nous en rendre aussi une partie. » Il y a bien eu quelques accords sur le lait, « mais ils restent encore au-dessous du prix de production ».
Lors des grandes négociations annuelles entre industriels et grandes surfaces (qui se terminent le 28 février), « les distributeurs ont demandé aux industriels de l’agroalimentaire de baisser leurs prix en moyenne de 3 % par rapport à 2018. Et la moitié d’entre eux ont déjà signé », indique Richard Girardot. Voilà qui ne va pas forcément favoriser les producteurs agricoles !
Et si — affreuse hypothèse — les distributeurs ne faisaient pas « ruisseler » sur les paysans leur surcroît de marges commerciales ? Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture, prévient : « La DGCCRF va faire 6 000 contrôles. En cas d’anomalie, d’exagération, il y aura des sanctions pécuniaires. » Invité par « Le Canard » à fournir des précisions, son conseiller en communication a fait savoir que, « trop occupé au Salon de l’agriculture, il n’a[vait] pas le temps de répondre ».
Il a déjà commencé les contrôles dans les stands ?
Renforcer les marques distributeurs donc la nourriture bas de gamme en utilisant une loi visant à maintenir en vie les producteurs de nourriture un peu plus saine… Jolie culbute, il faut le reconnaître…
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
Cela va mieux entre l’Italie et la France. La preuve, notre ambassadeur a repris l’avion pour Rome. Et, surtout, comme nous l’apprend « Le Parisien » (13/2), « magistrats transalpins et français [se sont réunis mercredi et jeudi derniers] à Paris pour évoquer le sort des ex-activistes d’extrême gauche réfugiés dans l’Hexagone ».
C’est l’une des ohsessions du ministre italien de l’Intérieur, le néofasciste Matteo Salvini : récupérer les « brigadistes » des années 70, qui seraient une quinzaine en France. Après tout, Salvini a réussi son coup avec la Bolivie pour Cesare Battisti.
Pourquoi pas avec la France ?
Dans le Canard enchaîné du 20 février 2019.
Il va être encore moins facile pour le gouvernement d’expliquer pourquoi il veut privatiser Aéroports de Paris (ADP). La boîte, qui gère notamment Roissy et Orly, vient en effet de publier ses résultats, et ils sont excellents. Propulsé en 2018 numéro 1 mondial de la gestion aéroportuaire (« Le Figaro », 15/2), ADP a vu son bénéfice progresser de 6,9 % en un an. Tout comme le dividende qu’il va verser à l’Etat ‘ environ 180 millions.
C’est là que le bât blesse. Le gouvernement prévoit de vedre ses 50,6 % du capital d’ADP pour environ 7,5 milliards (après indemnisation des actionnaires minoritaires) et de les placer à 2,50 % pendant cinquante ans pour financer des start-up innovantes.
Mais ce revenu — environ 185 millions, soit le montant d’ores et déjà atteint par le dividende en 2018 — restera fixe pendant un demi-siècle. Au contraire du dividende, qui, lui, n’arrête pas d’augmenter. Il a ainsi plus que doublé en dix ans (82 millions en 2009) et a de très beaux jours devant lui : ADP prévoit d’augmenter de moitié le nombre de ses voyageurs d’ici à 2030. L’Etat va donc enregistrer un manque à gagner de plus en plus important au fil des ans.
Il y a au moins un talent qu’on ne peut enlever à l’Etat : se faire rouler des qu’il privatise ses pépites.
Gros +1, malheureusement…
Dans le Canard enchaîné du 20 février 2019.
Depuis des mois, le journaliste Alain Jeannin et des petits copains de France Télés mitraillent sur Twitter pour défendre le projet minier de la Montagne d’or, en Guyane, « une mine responsable », « un bel avenir et du travail » (22/1 ). Explication : Jeannin est le secrétaire général adjoint du syndicat des journalistes SGJ-FO de France Télés. Or les camarades FO de Guyane se sont déclarés pour le projet, qui va créer « 4 000 emplois », selon eux. Aux écoles qui s’êtonnent de voir un syndicat de journalistes soutenir le projet industriel d'un groupe russo-canadien, SGJ-FO répond : « On ne soutient pas les mines ni les multinationales, on informe sans diaboliser la filière française. »
Nuance !
Les convictions syndicales comme une interférence supplémentaire dans l'information des citoyens ? :)
Dans le Canard enchaîné du 20 février 2019.
Le lobby des semenciers en est très fier. Comme chaque année, le temps du Salon de l'agriculture, qui s'ouvre ce samedi à Paris le groupement national interproiessionnel des semences et des plants (GNIS) va animer une chaîne de télé. « Des émissions percutantes, pédagogiques et sans tabou », dixit le GNIS. Avec pareille ligne éditoriale, nul doute que Village Semence comme s'appelle la chaîne, abordera l'« affaire du colza », qui empoisonne actuellement le groupe Bayer-Monsanto, l’un des plus grands semenciers mondiaux.
D'ici à la fin avril, avant la floraison, 8 000 hectares de colza contaminé aux OGM doivent être coûte que coûte arrachés en France, sinon leur pollen va disséminer un peu partout les gènes manipulés. A quoi s'ajoutent près de 3 000 hectares en Allemagne.
Tout commence à l’automne dernier, lorsque la Répression des fraudes, au cours d'analyses de routine, découvre des traces d'OGM dans des semis de colza de la marque Dekalb, appartenant à Bayer-Monsanto. Vu que, depuis 2008, la France a banni la culture d'OGM sur son sol, le ministère de l'Agriculture ordonne illico à l'agrochimiste de contacter les agriculteurs qui ont déjà semé le maudit colza pour qu’ils détruisent leurs plantations. Un recensement un brin compliqué : les semoirs étant souvent prêtés d'une exploitation à l’autre, Il suffit que l’un d’entre eux ait épandu une seule fois des graines OGM pour que tous les champs où l'engin a servi soient considérés comme suspects.
A ce jour, 800 cultivateurs ont été retrouvés par une boîte de gestion de crise mandatée par Dekalb. Chacun d'eux doit signer des docs confidentiels. Il y est notamment stipulé que l'agriculteur, indemnisé au prix du marché de sa récolte qui n’aura pas lieu, a interdiction de faire du colza pendant « deux ans » et, durant cette période, de « recourir à un travail profond du sol », et ce « pour éviter l'entouissement des semences qui seraient encore présentes ».
Contacté par le Palmipède, Bayer France reconnaît que Delkab n'avait rien détecté lors des autocontrôles et ne sait toujours pas comment un OGM s'est retrouvé dans ses semis de colza produits en Argentine. La firme a bien une certitude, mais elle est sémantique : « Il ne s’agit pas d'une contamination mais d'une présence fortuite. »
Un grain de mauvaise foi ?
Dans le Canard enchaîné du 20 février 2019.
Jusqu'au bout, la France aura été àla traîne dans les négociations qui ont abouti à l’annonce, le 13 février, de l’interdiction définitive de la pêche électrique dans les eaux de l’Union européenne à partir du… 1er juillet 2021. Une éternité pour les fileyeurs français, ceux de Boulogne-sur-Mer notamment, épuisés par cette guerre de la pêche qui remonte à 1998. D’ici à l’échéance, les plus vulnérables auront largement le temps de couler. Car, en attendant de se « reconvertir », le déloyal « ennemi » néerlandais va pouvoir continuer d’écumer sans vergogne les ressources en poisson plat de la mer du Nord avec cette technique radicale, interdite dans de nombreuses parties du monde…
« Heureusement, note Frédéric Le Manach, directeur scientifique de l’association Bloom (lire « Plouf ! », 30/1), dans les mois qui viennent, les Hollandais devront renoncer à leurs licences illégales, soit aux trois quarts environ de leurs 84 chalutiers électriques. »
Chalut à toi !
N’empêche : « On aura deux ans de retard sur l’agenda envisagé par le Parlement européen, qui, vu les dégâts « sur l’écosystème, souhaitait la prohibition de ce ravage des fonds marins dès 2019 », fulmine un député Vert. La faute à la France pas pressée — comme pour le glyphosate ? —, qui n’a jamais considéré ce dossier comme une urgence absolue et a voulu ménager les Pays-Bas dans les ultimes marchandages entre Etats membres. Cela n’a pas empêché le gouvernement de présenter comme un triomphe une concession marginale qui fait rire (jaune) les professionnels : l’interdiction d’utiliser les filets électriques dès à présent dans les eaux territoriales françaises.
Comme si le poisson allait s’arrêter à la frontière… À 12 milles marins (environ 22 km) des côtes tricolores.
Dans le Canard enchaîné du 20 février 2019.
Pour continuer à brûler de la houille dans ses centrales, EDF a dépensé près d'un demi-milliard d’euros et eharbonné dur auprès du gouvernement.
Voilà un engagement électoral de Macron qui a sacrément pris du plomb dans l’aile : les dernières centrales à charbon françaises risquent fort de continuer de produire de l’électricité au-delà de la date butoir de 2022… « Nous avons convaincu le gouvernement de laisser fonctionner nos centrales thermiques, avec une part réduite de charbon », triomphe un responsable d’EDF. Et c’est la fête de l’environnement : alors qu’ils ne fabriquent que 1,4 % de notre électricité, les quatre sites concernés (deux gérés par EDF, deux par l’allemand Uniper) rejettent 24 % du CO2 généré par l’ensemble des centrales. Houille !
Un comble : le ministre de la Transition écologique soi-même est à la manœuvre dans cette petite trahison. Le 10 janvier, le Breton François de Rugy a écrit aux syndicats de Cordemais (Loire-Atlantique) pour les informer que la plus grande centrale à charbon de France, exploitée par EDF, pourrait sûrement continuer de fonctionner après 2022, avec des déchets de bois et 20 % de charbon. Ainsi que le souffle un haut cadre du ministère, « EDF a profité du fait que Rugy soit un élu de la circonscription de Cordemais pour lui fourguer, au nom de la sécurisation de l’approvisionnement électrique, un projet de 2015, en englobant dans la foulée son autre site, au Havre, fief d’Edouard Philippe ».
On a bonne mine
Ce scénario, baptisé « Ecocombust », figurait déjà dans un rapport rédigé en juin (par trois hauts fonctionnaires de l’Ecologie, du Travail et des Finances), dans lequel « Le Canard » a mis son bec. Intitulé « Evaluation de l’impact socio—économique de la fermeture des centrales électriques au charbon », il avait été remisé au fond d’un tiroir par Nicolas Hulot.
Outre l’idée d’Ecocombust, son successeur, lui, y a pioché quantité d’arguments pour justifier la non-fermeture des deux centrales d’EDF. Les 582 emplois menacés à Cordemais et les 261 au Havre sont ainsi évoqués, ou la perte de recettes fiscales pour les collectivités locales, estimée sur les quatre centrales à 83 millions d’euros par an. Sans oublier le risque de plonger la Bretagne dans le noir.
Avec ses 1 800 MW — soit la puissance de deux réacteurs nucléaires —, Cordemais permet aux Bretons qui n’ont pas voulu de centrale atomique chez eux de s’éclairer et de se chauffer lors des pics de consommation hivernaux. Un risque que Réseau de transport d’électricité (RTE), encouragé par EDF, a lourdement souligné, en novembre, dans son bilan prévisionnel pour les cinq prochaines années.
La vérité, c’est qu’EDF n’a jamais cru une seule seconde que ses deux centrales à charbon étaient condamnées à court terme. Comme l’indique le rapport, l’électricien a même budgété une fortune pour prolonger leur durée de vie jusqu’en 2035 : 480 millions ! Sachant que, depuis 2013, plus de 430 millions d’euros ont déjà été dépensés.
Dire que leurs partisans affirment que les énergies carbonées sont, certes, sales mais « pas chères »…
Dans le Canard enchaîné du 20 février 2019.
Un conseiller de l’état-major dénonce la course aux armements les plus fous, pratiquée par trois grandes puissances.
En dix mois, grâce à Donald Trump, [nous avons redécouvert] les abysses de la guerre froide. » Lors de conversations avec ses collègues militaires, ce conseiller de l’état-major français a accusé le président américain de jouer avec le feu. Et il a fait référence à deux décisions que celui-ci a prises, sans même se préoccuper, comme d’habitude, des positions de ses alliés. En mai 2018, Trump a en effet retiré la signature des Etats-Unis du texte qui place toujours sous contrôle international les recherches nucléaires de l’Iran. Puis, en février 2019, il a rompu l’accord avec la Russie qui limitait le déploiement, par les deux pays, des armes nucléaires dites « intermédiaires » (entre 500 et 5 500 kilomètres de portée). « C’est une vraie défaite pour les architectes de la non-prolifération nucléaire (…), et le monde doit apprendre à vivre sur un volcan », se désole le même diplomate. Plusieurs membres de l’état-major des armées en rajoutent, qualifiant l’attitude de Donald Trump de « faute politique ». Car le risque est grand, estiment-ils : chacun va vouloir accroître et moderniser ses stocks d’armes de destruction massive.
Tonton Poutine s'est aussi retiré de l'accord le lendemain. En même temps, il n'avait pas trop le choix vu que l'accord était bilatéral. Mais sa déclaration est intéressante : « la Russie ne prendra plus l'initiative de négociations sur le désarmement avec les États-Unis ».
Les Russes, par exemple. Déjà accusés de posséder un missile — le Novator 9M729 — dont la portée dépasse les 5 500 kilomètres « autorisés », ils continuent de développer leur arsenal. Le ministre de la Défense, Sergueï Choigou, a annoncé la mise au point d’un nouveau missile de croisière et d’une merveille de technologie, le missile intercontinental Avangard, qui sera hypersonique (cinq fois la vitesse du son) et impossible à intercepter, ce dont s’est publiquement félicité Vladimir Poutine.
Donc les USA se sont retirés de l'accord plutôt que de faire constater que la Russie ne le respectait pas… Joli…
Service à deux missiles
Mais les Etats-Unis demeurent les plus ambitieux en la matière. Non content d’avoir lancé, l’an dernier, la production de quelques milliers de mini-bombes nucléaires, le Pentagone prévoit un perfectionnement à grand prix de ses armements. Selon les services français de renseignement, les prévisions de ces paniers percés s’élèvent à 13 000 milliards de dollars d’investissements pendant les trente prochaines années. Parmi les objectifs envisagés : une meilleure efficacité des bombes et des missiles guidés par laser. Par ailleurs, les militaires américains envisagent d’utiliser une charge nucléaire dite « de faible intensité » (70 fois la bombe de Hiroshima, quand même) que pourront projeter les sous-marins, les navires et les avions de l’US Air Force.
Assurance sur la vie de Kim
Malgré la militarisation à outrance, dénoncée par les Américains, de leur marine, de leur aviation et de leur armée de terre, les Chinois préfèrent rester discrets sur le montant de leurs dépenses. Mais, comme chacun s’en doute, ils sont en train de moderniser, eux aussi, leurs armes nucléaires et d’augmenter le nombre des missiles intercontinentanx chargés de répandre le feu sur les cibles les plus éloignées du sol chinois.
Nouveau membre de ce club, le jeune et rigolard Kim Jong-un. Les quelques bombes nucléaires qu’il possède — une cinquantaine, selon les services de renseignement militaire US — et les missiles à longue portée dont il dispose lui ont permis de protéger son régime et sa famille, ce que n’avouera jamais Do— nald Trump, qui s’apprête à le rencontrer au Vietnam les 27 et 28 février et en dit encore le plus grand bien.
L’amiral Robert Abrams, patron des 28 500 militaires américains qui campent en Corée du Sud, reçu le 15 février par la commission des Forces armées du Sénat, s’est montré bien plus méfiant que son président. « Les dirigeants de la Corée du Nord, a-t-il affirmé devant ces élus, n’ont, à ce jour, montré aucun changement vérifiable de leur pratique ni même la volonté de commencer a dénucléariser leur pays. »
Aucun Etat ne l’admettra publiquement, mais cette nouvelle guerre froide engendre des dépenses folles, et la France devra aussi y mettre le prix afin d’améliorer son propre arsenal. Dire qu’on nous rebat les oreilles avec la situation déplorable de la planète et ces trop nombreux pays — africains et autres — où des millions de personnes crèvent de faim et parfois de soif, sans jamais rêver d’armement nucléaire…
Jusqu'ici, tout va bien… Jusqu'ici, tout va bien… Jusqu'ici…
Dans le Canard enchaîné du 20 février 2019.