Hurler sur un suspect, virer l'avocat de ce suspect qui appelle à un retour au calme… Moi qui croyais que la flicaille est amour, qu'elle défend le citoyen contre les méchants pas beaux et que quand elle fait un usage illégitime de sa force, c'est en fait légitime parce que Jojo le gilet jaune lui a envoyé un molotov dans la tronche. Les exemples sont nombreux. La flicaille est une force oppresant le citoyen, rien d'autre.
Assez salée, et c’est peu dire, cette enquête du défenseur des droits, Jacques Toubon, signée le 13 juin à propos d’une garde à vue remontant au 3 octobre 2016. Ce jour-là, Grégory Saint-Michel, avocat pénaliste, assiste, au commissariat du XXe de Paris, un client de 65 ans — casier vierge, un peu SDF et accusé de tentative de meurtre. Une bagarre à coups de bouteilles entre deux gars, nantis chacun de 3 grammes d’alcool dans le sang… B., gardien de la paix menant l’interrogatoire, trouve le client trop hésitant et vocifère.
« Vous n’avez pas à hurler comme ça, ce sont des pressions ! intervient l’avocat. B. rugit : « Je fais ce que je veux, et, si je veux hurler avec vous aussi, je le fais ! » « Je fais ce que je veux, c’est mon audition ! » Stupéfait, l’avocat prévient le flic : « Attention, c’est filmé, ce n’est pas bon pour vous ! » Ameuté par son équipe, le capitaine débarque. Ses collègues coupent la vidéo. Futé ! Mais pas trop : l’enregistrement audio, lui, continue…
Vert, l'avocat
« Dégagez, allez ! zou ! ordonne le capitaine à l’avocat. On vous dit de dégager, vous dégagee ! » « On va sûrement pas bosser avec un mec comme vous ! » ajoute l’un des flics. Saisi aux épaules par deux policiers, Grégory Saint-Michel est raccompagné sur le trottoir. « Prends un autre avocat : le tien, il est indigne d’exercer sa profession, conseille, à l’intérieur, un poulet au gardé à vue. T’en prends un autre ou t’en auras pas ! » Le client a tenu bon.
Et l’avocat a saisi le défenseur des droits. Après avoir écouté l’enregistrement, ce dernier a recommandé au ministre de l’Intérieur des procédures disciplinaires contre les flics fautifs. S’il n’est pas entendu, il pourra essayer le hurlement.
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Rapport de la Cour des comptes sur les sociétés de perception et de répartition des droits d'auteurs. Levier d'influence, sommes non-réparties et ponctionnées, artistes lésés, clientélisme et financement des grosses maisons d'édition, conflit d'intérêt, etc. Rien de neuf pour ceux qui suivent ces sujets…
La Cour des comptes critique la gestion des sociétés qui les administrent.
Les 23 sociétés chargées de gérer les droits d’auteur (lettres, musique, cinéma, etc.) sont assises sur un trésor. Car elles ne font pas que redistribuer de l’argent à leurs adhérents. Grâce à la loi de 1985 sur la copie privée, elles disposaient aussi, en 2018, de 183 millions pour financer à discrétion des projets d’action artistique et culturelle. Une somme provenant d’une taxe sur les téléphones, les tablettes et les CD vierges… mais aussi de l’argent dû aux auteurs qu’elles n’ont pu répartir.
Oui, la redevance pour copie privée est utilisée pour influencer les élus locaux en finançant des festivals et autres activités culturelles locales. Les élus locaux étaient souvent des parlementaires. Ce n'est plus le cas, mais un parlementaire reste toujours sensible au développement de son bled, et reste donc attentif aux volontés législatives des ayants-droit.
Las ! la commission de contrôle, affiliée à la Cour des comptes, constate, dans son rapport annuel, que ces sociétés n’utilisent que 126 millions d’euros sur les 183. Le reste vient garnir leurs réserves ou passe en frais de gestion, voire de lobbying ou de justice. Ce qui, pour la commission, « relève davantage des frais généraux de l’organisme ».
Les sociétés de gestion des droits d'auteurs se doivent de rechercher les ayants-droit. Mais, en pratique, leur recherche des ayants-droits est lacunaire, ce qui leur permet de se constituer un bas de laine avec les sommes non réclamées…
La commission s’interroge surtout sur la répartition des aides. Elle dénonce un certain clientélisme, se caractérisant par « une concentration des montants d’aides accordées au profit d’un petit nombre de bénéficiaires ». Ainsi, à la Société civile des producteurs phonographiques, les majors (branches françaises d’Universal, Sony et Warner) s’auto-attribuent une grande partie des aides à la création.
Le rapport dénonce aussi des conflits d’intérêts au sein de plusieurs organismes. La Spedidam, la société de perception et de distribution des droits des artistes-interprètes, par exemple, présidée par François Nowak, subventionne plusieurs satellites, telle l’Action musicale, dirigée par… le vice-président du conseil de surveillance de la Spedidam.
Cette dernière a reçu 220 000 euros de subventions en 2017, dont 75 300 ont servi à rémunérer son directeur, Jean-Philippe Bruttmann, également programmateur de deux autres festivals subventionnés par la Spedidam. L’Action musicale salarie aussi la fille de Nowak (son fils est directeur de la communication de la Spedidam)…
Le parquet de Paris vient d’ouvrir une enquête sur cette gestion très familiale, qui relève moins de la création que de la procréation.
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Tambouille avec les chiffres parisiens de la délinquance à l'approche des élections municipales ? Cela me rappelle le bidouillage des chiffres de la délinquance à Marseille dénoncé par les poulets eux-mêmes…
À neuf mois des municipales, les rues parisiennes ne souffrent pas que des travaux. « Le Canard » a mis la palme sur les statistiques de la délinquance compilées par la Préfecture de police depuis le début de l’année. Pour les cinq premiers mois de 2019 — comparés à la même période en 2018 —, le bilan est plutôt violent, selon les flics obsédés de la calculette. Une hausse de 16,4 % pour les « atteintes aux biens » et de 10,7 % pour les « atteintes volontaires à l’intégrité physique » a été relevée. Avec + 42,5 %, le IVe arrondissement est champion dans la première catégorie. Le IIIe détient le record dans l’autre : + 44,8 %.
C’est dans ce même arrondissement qu’a été enregistrée une hausse record des « vols à la sauvette » : passant de 1 à 15, ils bondissent de… 1 400 %. Loin derrière, le fort bourgeois XVIIe, avec + 187,5 %. Plus grave : le nombre de vols à main armée a grimpé de 2 à 7 dans le XVIIIe, soit 250 % de progression…
Vertueuses bagnoles
Du côté des Champs-Elysées, dans le très protégé VIIIe arrondissement (celui de l’Elysée et de l’Intérieur), un effet gilets jaunes se fait sentir : les « dégradations de mobilier urbain » ont bondi de 150 %, et les « destructions, dégradations et incendies volontaires » de 173,8 % — une vraie flambée.
Seule bonne nouvelle, la baisse des vols de voitures : moins de 10 %. Anne Hidalgo a raison de vouloir limiter la place de la bagnole à Paris…
Dommagge que Mahjoubi fut forcé de se retirer de la course, car ces chiffres auraient servis ses propositions sécuritaires… :))))
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Tambouille électorale et presse locale comme outil d'influence.
Le hasard fait bien les choses, sur la Côte d’Azur. A neuf mois des élections municipales, et alors que le richissime Iskandar Safa s’apprête à racheter le journal « Nice-Matin », un autre milliardaire, Xavier Niel, surgit pour, lui aussi, acquérir le quotidien !
D’un côté, l’homme d’affaires Safa est le meilleur allié d’Eric Ciotti — député LR des Alpes-Maritimes et candidat contre le maire sortant de Nice, Christian Estrosi (LR aussi). De l’autre, ledit Estrosi mène, depuis six mois, un lobbying d’enfer dans le Tout-Paris, expliquant qu’une reprise de « Nice-Matin » par Safa serait tragique pour sa ville. L’inespéré Xavier Niel serait donc le sauveur…
Le patron de Free ne cache pas, en tout cas, ses penchants macronistes. Et Estrosi a sonné l’alarme en des termes choisis auprès du Président et de son entourage. Primo, Safa est un marchand d’armes. Deuzio, il représente un marchepied pour la droite musclée de Ciotti, voire pour le RN, lui qui fricote avec l’extrême droite et possède déjà « Valeurs actuelles ». Macron est très sensible, ces derniers temps, a ce genre d’arguments.
Salade provençale
Le chef de l’Etat, qui vient de lancer son offensive en Méditerranée, planche sur la meilleure manière de barrer la route électorale Nice-Marseille au RN et à ses futurs alliés. Vue de l’Elysée, la solution semble toute trouvée : des candidatures communes avec la droite modérée. A Nice, c’est Estrosi l’heureux élu. L’idée est de le voir former un joli tandem avec le député LRM Cédric Roussel, lequel vient de déclarer sa candidature et fait monter les enchères.
Depuis quand appartient-il au Président de la Ripoublique de gérer la tambouille électorale ?! Rien de neuf, je sais, mais ça me révolte toujours autant…
Pour les partisans du maire de Nice, ce Roussel ferait un futur premier adjoint idéal. Et pour cause : deux sondages qu’ils ont commandés discrètement montrent qu’une liste commune Estrosi-Roussel pourrait décrocher près de 49 % des suffrages dès le premier tour ! Sans liste commune, en revanche, la bataille ferait rage en triangulaire ou en quadrangulaire avec Ciotti et le lepéniste Philippe Vardon — un identitaire bon teint.
Safa barder !
A Marseille aussi, l’alliance est en marche. Ici, l’Elysée mise plutôt sur la fin du gaudinisme. Un accord avec Martine Vassal, patronne LR des Bouches-du-Rhône et copine de Jean-Claude Gaudin, emballé moyennement les Marcheurs ; ceux-ci préféreraient un rapprochement avec le patron LR dela région Sud, Renaud Muselier, grand ami d’Estrosi. L’œil rivé sur la carte électorale et les résultats des européennes, Macron aimerait que « Mumuse » l’aide à monter une liste commune très ouverte à Marseille, y compris avec des figures du PS local ! Si Muselier ne conduit pas lui-même cet attelage, il serait au moins assuré, en échange, du soutien présidentiel pour les élections régionales de 2021…
C’est dans ce joyeux contexte que le journal « Nice- Matin » et une part minoritaire du quotidien marseillais, « La Provence » ont subitement éveillé l’intérêt des milliardaires du pays ! Et que le groupe public belge Nethys, qui détient 34 % de « Nice-Matin » et 11 % de « La Provence », est devenu l’objet des convoitises du macroniste Xavier Niel…
A « Nice-Matin », c’est même une vraie pièce de boulevard qui se joue. Dans le cadre d’un plan de sauvegarde du quotidien, Iskandar Safa devait racheter les 34 % de Nethys d’ici au mois d’octobre — le pacte d’actionnaires du journal prévoyant de le faire monter à 100 % du capital en février 2020. Mais, il y a quinze jours, Niel a claironné qu’il négociait en direct avec Nethys et rachetait ses parts. Une fois l’accord signé, Estrosi lui a adressé un message de congratulations. Le 28 juin, Niel a néanmoins fait passer, pour la forme, une offre à l’administrateur judiciaire de « Nice- Matin ».
Chez Les Républicains, un cacique se marre : « Il va quand même falloir bien réfléchir. Qui met le plus d’argent en publicité dans “Nice-Matin” ? La région de Muselier et la métropole d’Estrosi ? ou Eric Ciotti ? C’est clairement les premiers ! »
Tout de suite les sordides questions financières…
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Dette publique, taux négatif, prime d'émission pour contourner les restrictions de l'UE, etc.
Une fois n’est pas coutume, dans son rapport sur « la situation des finances publiques », publié le 25 juin, la Cour des comptes balance, entre les lignes, une bonne nouvelle : le gouvernement n’aura pas à racler les fonds de tiroir pour financer la baisse d’impôt sur le revenu (5 milliards) promise par Macron à l’issue du grand débat. Son secret ? La décroissance des taux d’intérêt et les économies qu’elle entraîne sur le remboursement de la dette : « jusqu’à 4 milliards en 2020 », estime Didier Migaud, le président (PS) de la Cour des comptes. En 2021, le conte de fées se poursuivra. A en croire les prévisions de la Banque de France, la charge de la dette devrait encore baisser de 8 milliards. De quoi financer quelques beaux cadeaux électoraux à la veille de la présidentielle de 2022…
Et si le compte n’y est pas ? Du crédit, encore du crédit : l’année dernière, la France a emprunté, en moyenne, à seulement 0,5 %. Et, cette année, le taux est même devenu négatif. Non seulement les acheteurs d’emprunts français ne demandent aucune rémunération au Trésor, mais, en plus, ils ont l’obligeance de lui verser une obole pour le remercier de mettre leurs sous en sécurité.
Dette limite
Reste à savoir quand le carrosse redeviendra citrouille. Le jour où les taux se mettront à remonter, le choc sera rude. Au niveau actuel de la dette, selon les prévisions du Trésor, chaque hausse des taux de 1 % alourdira la facture jusqu’à 19 milliards par an**.
Outre ces funestes perspectives — mais, demain, c’est loin ! — plane un péril, politique celui-ci. Le candidat Macron avait promis de réduire sévèrement la dette, qui, aux termes des critères européens, ne devrait pas dépasser 60 % du PIB. Première étape ? Revenir à 90 % en 2022. C’est mal parti : la coquine ne cesse d’augmenter et, selon l’Insee, a atteint 99,6 % du PIB au premier trimestre de cette année. Dans le même temps, la moyenne européenne, elle, baisse rapidement depuis 2015. Difficile, avec un résultat pareil, d’être pris au sérieux en Europe !
Emission pirate
Pour tenter d’endiguer cette montée de la dette, le Trésor use, depuis plusieurs années, d’une petite astuce, autorisée par Bruxelles et appelée « prime d’émission ». Le principe est simple : si le Trésor lance un emprunt de 1 milliard au taux normal du marché, les souscripteurs lui verseront 1 milliard en échange des obligations qu’il émet. Mais, si le Trésor choisit de verser un taux d’intérêt supérieur, alors ces obligations très rémunératrices seront achetées beaucoup plus cher : par exemple 1,5 milliard. Dans ce cas, sera compté comme dette nouvelle le milliard figurant sur l’obligation, et nen le milliard. et demi effectivement récolté !
Et cela fait augmenter le service de la dette. :))))
En 2018, note la Cour des comptes, l’Etat a ainsi émis pour 10,8 milliards de dette non comptabilisée par les censeurs européens. Selon le « compte général de l’Etat », publié en marge du budget 73 milliards (l’équivalent de 3 % du PIB) ont été empruntés en douce ces dernières années. Sans cette petite finasserie, le taux d’endettement de la France aurait largement franchi le seuil symbolique de 100 % du PIB, pour avoisiner aujourd’hui les 103 %.
Et Macron aurait l’air de quoi ?
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
La suppléante de Benjamin Griveaux à l’Assemblée s’est trouvé un point de chute. En avril, Elise Fajgeles avait dû quitter le Palais-Bourbon pour laisser le candidat putatif à la Mairie de Paris reprendre son siège de député de la capitale, après avoir démissionné du gouvernement.
Ce genre de mécanisme promet un travail législatif de qualité, dis donc. :)))) Tantôt je suis au gouvernement, tantôt à l'Assemblée, tantôt en mission parlementaire pour le gouvernement, tantôt… Comment veux-tu qu'ils étudient sérieusement les dossiers sur lesquels ils sont amenés à se prononcer ?! Je ne crois pas au suivi des dossiers avec le suppléant.
L’ex-députée a donc été recrutée, le 1er juillet, comme chargée de mission à la Dilcrah, la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT. Son contrat doit s’achever en décembre, au moment où la campagne municipale battra son plein.
Délicate attention : le salaire d’Elise Fajgeles a été fixé à environ 6 000 euros, soit l’équivalent de ses anciennes indemnités parlementaires.
La Dilcrah est un refuge très prisé. En 2014,1’écologiste Cécile Duflot avait déjà usé de la même ficelle pour recaser sa suppléante PS. Avis aux amateurs…
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Quelques infos sur l'accord de libre-échange signé fin juin 2019 entre l'Union Européenne et le Mercosur.
Pas d'inquiétude, car tout est prévu. Ça fait vingt ans qu’ils en discutent en secret, alors, vous pensez bien… Non seulement l’accord historique signé vendredi entre l’Union européenne et le Mercosur, marché commun réunissant Brésil, Argentine, Paraguay et Uruguay, va « dans la bonne direction », comme l’a dit Macron, mais il sera exemplaire en matière d’environnement et de biodiversité. Comme 90 % des droits de douane entre ces deux immenses marchés vont tomber, l’Europe va pouvoir exporter ses bagnoles, ses pièces détachées, ses produits chimiques, ses médicaments, ses parfums, ses sacs Vuitton, son speck tyrolien, son champagne, etc. Et Brésil et consorts vont pouvoir nous envoyer 100 000 tonnes de volaille par an et 99 000 tonnes de bœuf, pas une de plus, et des fruits, du café instantané, des jus d’orange, et 180 000 tonnes de sucre, et de l’éthanol, et des métaux rares…
Evidemment, les grincheux grinchent. Les agriculteurs, tous syndicats confondus, de la FNSEA à la Confédération paysanne, qui dénoncent cette « course folle à la concurrence ». Les écolos de tout poil, Nicolas Hulot et Yannick Jadot en tête, qui rappellent que le Brésil est le plus gros consommateur de pesticides du monde, que 31 % de ceux dont ils usent sont interdits en Europe, qu’en prime le fou furieux Bolsonaro en a fait homologuer 239 nouveaux depuis janvier, que là-bas les boeufs sont dopés à coups d’antibiotiques et d’hormones de croissance, que l’élevage bovin est avec le soja transgénique le principal responsable du saccage de la forêt amazonienne (400 hectares détruits chaque jour), que pour Bolsonaro le réchauffement climatique n’est qu’« un complot marxiste », etc.
Il y a aussi les 340 ONG, les 600 scientifiques européens, les deux organisations représentant 300 groupes indigènes brésiliens qui dénoncent les violations des droits humains et les attaques contre les indigènes et les minorités…
Mais bon. Pour faire plaisir à l’Europe, Bolsonaro a promis de respecter l’accord de Paris sur le climat et, avec ses amis sud-américains, il s’est engagé aussi à « lutter contre la déforestation ». C’est vague et ça ne mange pas de pain, mais pourquoi ne pas les croire sur parole ? En prime, ils assurent qu’ils ne nous enverront pas de viande aux hormones, bref, arrêtons de douter de leur bonne foi et ouvrons grand ce marché « ouvert, équitable, durable » de 777 millions de consommateurs qui fera la nique à Trump.
Ho bah, s'il a promis ! Tout va bien, alors ! Ça me suffit amplement !
Quand chacun des Etats membres et le Parlement européen auront ratifié cet accord, alors, que vogue… sur les océans mille armadas de porte-conteneurs !
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Ils espéraient tous en croquer, mais ils déchantent. L’agrégateur d’infos d’Apple, Apple News, déçoit les éditeurs de presse qui espéraient se refaire la cerise avec l’application de la marque à la pomme. Las ! trois mois après son lancement aux Etats-Unis, en Australie et en Grande-Bretagne, les revenus sont maigres, et d’autant plus maigres qu’Apple se garde jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires généré par les abonnements. Sans oublier les fichiers des clients et leurs numéros de carte bancaire. Les éditeurs se retrouvent comme les reines des pommes. Apple, ç’a eu payé ?
Les éditeurs français, en tout cas, sont prévenus.
Tu veux dire que ça se déroule comme avec iTunes et comme avec l'App Store ?! Incroyable, Apple n'a pas changé de modèle économique depuis plus de 15 ans ! Peut-être parce que ça lui profite ? Totalement incroyable. Et l'intermédiaire qu'il est détient les informations cruciales (fichier client). Oui, c'est le cas de tous les intermédiaires qui ont envahi notre vie. Notons que la presse papier externalise la gestion de sa base d'abonnés, et que cela leur a posé un pépin en 2016.
La presse se réveille, incroyable.
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Ils ont poussé leur cri, fait connaître leur révolte, rédigé des rapports qui furent autant de brûlots, pétitionné à qui mieux mieux. Ils ont fustigé leur école, sa « violence symbolique », sa « ritualisafion de l’angoisse ». Fichtre. Ils étaient opposés à la notation et ont même fait annuler leur classement de sortie. Tout ça pour ça.
Ha bah si tu ne cites pas un peu de Bourdieu, tu ne peux pas être membre de l'élite. Mais après, tu découvres le contrôle social présent dès l'origine de l'école moderne, et encore après, quand t'as un travail enviable, tu te dis que, finalement, ça a du bon, la reproduction sociale.
Aujourd’hui, les énarques mutins de la promotion Senghor (2002-2004) sont de gentils petits, raconte « Challenges » (27/6) dans une amusante enquête. L’un des leurs, Emmanuel Macron, est à l’Elysée. Il y a fait venir ses potes Aurélien Lechevallier, conseiller diplomatique, Jérôme Rivoisy, à la Direction générale des services, Franck Paris, conseiller Afrique, Stanislas Cazelles, conseiller outre-mer, Marie Fontanel, au pôle santé. Tous ces grands révoltés semblent ne pas trop mal s’habituer aux ors du palais présidentiel. Sibyle Veil est pédégée de Radio France, Amélie Verdier est directrice du budget. Dans le privé, les Senghor tentent de se remettre comme ils peuvent du stress post-traumatique ressenti à la sortie de leur école.
Sébastien Proto est directeur de la stratégie et membre du comité exécutif de la Société générale. Marguerite Bérard-Andrieu, major de la promo, dirige les réseaux BNP Paribas. Boris Vallaud, Romain Grau, Olivier Becht et Julien Aubert sont députés. Gaspard Gantzer, dernier dircom de Hollande, est candidat à la Mairie de Paris. Le fait de n’avoir aucune chance ne le refroidit nullement. N’ a-t-il pas dirigé le service de presse de la Mairie de Paris à l’époque de Delanoë ?
Les bourgeois, c’est comme les cochons…
Je mets de côté ces noms. C'est toujours utile après coup pour identifier qui tire les ficelles, quels sont les réseaux d'influence, et pour contre-argumenter à propos des gouvernements prétendumment constitués de personnes provenant de la société civile (voir : 1er gouvernement Philippe, 2e gouvernement Philippe).
Dans le Canard enchaîné du 3 juillet 2019.
Je découvre la pollution sonore des océans par les navires de commerce, la prospection pétrolière, etc. Cela génère du stress voire des lésions auditives chez les animaux. Ça les désoriente puisque ça brouille leur sonar interne. Ça atrophie leurs facultés de communication (portée réduite, obligation de changer de fréquences pour échanger entre eux, etc.).
Vous vous imaginez, enfermé dans une pièce sombre, avec une sono a trois cents décibels,sans pouvoir sortir ? Les poissons, dans la mer, c'est ça, désormais.
C'était pendant notre dossier sur « Les vraies dents de la mer », la pêche électrique. Je prenais mon petit déj à l’Assemblée, un peu dans le gaz, à la table d’à côté Cédric Villani s’en allait. Il est bizarre, comme député, il s’habille bizarre, il parle bizarre. Mais y a sans doute un paquet de monde qui me trouve, moi aussi, bizarre comme député. Ça incline à la tolérance. « Tiens, François, je te présente Aurore Morin. Elle s'occupe d'une ONG, l'IFAW, un Fonds international pour le bien-être animal… »
J’aime bien ça, qu’on me fasse la conversation pendant que je trempe ma tartine dans le café au lait : pas de temps perdu ! Elle m’a donc causé du trafic d’ivoire, des reventes interdites en France, du contournement sur Internet, et — ça rentrait dans notre sujet — de la « pollution sonore des océans ».
Ma prise de notes était sommaire, avec le croissant au beurre dans une main, Cyril a donc rappelé Céline Sissler-Bienvenu, la directrice de l’antenne française d’IFAW…
En 2001, après le 11 septembre, des chercheurs ont mesuré le taux de stress des mammifères marins autour de New York. Ils se sont aperçus que celui-ci avait baissé. Ils ont tout de suite fait la corrélation avec la baisse du fret maritime, qui s'était nettement ralenti dans la foulée des attentats : les sources sonores des bateaux provoquaient le stress des mammifères. C’est à partir de là, en gros, qu'on a commencé à travailler sur la pollutian sonore des fonds marins. Aux Etats-Unis, les premières autopsies des dauphins et baleines échoués sur les plages ont montré une chose étonnante : certains avaient des lésions auditives, des hémorragies cérébrales dans les zones concernées par l'ouïe. En étendant ces recherches, on a obtenu les mêmes résultats dans plusieurs régions du monde.
On a fini par comprendre : ils s'échouent parce qu'ils cherchent à échapper au bruit. Chez nous, le sens le plus développé, qui nous sert a tout instant pour nous repérer, c'est la vue. Chez eux, c'est l'ouïe. Ils fonctionnent par écholocation, et avec une pareille nuisance sonore, ils sont perdus. Ils ne savent plus où aller.
Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un bruit peut se propager dans un océan entier, il se diffuse beaucoup mieux dans l'eau que dans l’air. Deux baleines bleues sont capables de communiquer d'un océan à un autre ! Ou plutôt étaient capables. On estime qu'aujourd'hui leur portée est réduite de 90 %… Imaginez une discothèque, avec de la musique très, très forte, dont les portes sont fermées et dont vous ne pourriez jamais sortir : pour les poissons, la pollution sonore, c'est exactement ça.
D’où il vient, ce bruit ? Du fret maritime, d'abord. Du bruit des moteurs, bien sûr, mais aussi des bulles : quand les hélices tournent, elles forment des millions de bulles. Quand celles-ci éclatent, elles créent des ondes qui peuvent parcourir des centaines de kilomètres. Et on a 60 000 navires qui sillonnent la mer chaque jour, un peu partout autour du globe. 10 % de ces navires provoquent 90 % du bruit, parce qu'ils sont trop vieux, mal entretenus… Le bruit, il vient des sonars de la marine, aussi. Ils sont extrêmement puissants. Mais là, quand on veut en savoir plus, on se heurte à la Grande Muette. Pas moyen de discuter. Enfin, il y a la prospection sismique sous-marine. Ceux qui cherchent du pétrole, en gros. Là, c'est ponctuel, mais c'est très, très violent.
Au-delà des mammifères, toute la faune est touchée, jusqu'aux crustacés. Toute la chaîne alimentaire, en fait, y compris les hommes puisque les niveaux de pêche diminuent a cause de ça. Et le nombre de dauphins qui s'échouent sur les plages ne cesse d’augmenter. On en a vu huit cents en France cette année. »
Mouais… Le niveau des pêches diminue surtout à cause du productivisme qui ne laisse pas le temps à la poiscaille de forniquer. La pollution sonore, ça joue, je ne dis pas, mais moins, je pense.
Que faire, alors, on lui demande ?
« La chance qu'on a, c’est qu'on peut facilement identifier les 10 % de bateaux les plus bruyants. Mais personne ne pense encore vraiment la pollution sonore comme une vraie pollution. On peut aussi réduire la vitesse des bateaux, ce qui fait baisser le niveau de bruit, et de consommation de carburant, au passage… Pour l'instant aucun cadre ne réglemente ça. En tout cas, on en est persuadés : la pollution sonore, c'est une menace émergente. Mais contrairement aux autres formes de pollution, ou au changement climatique, on peut la réduire très rapidement. »
Pour une fois, ça nous changeait du destin habituel…
Dans le numéro 88 (janvier-avril 2019) de Fakir.
Les femmes pilotes vont-elles être bientôt interdites de voler sur les 737 Max ? Depuis que l’avion phare de Boeing est cloué au sol, après deux crashs qui ont causé la mort de 346 personnes, on en apprend de belles.
Les pilotes se plaignent d’abord que, contre tous les usages, le constructeur américain ne les ait pas avertis de la présence d’un logiciel anti-décrochage, le MCAS, pour économiser une coûteuse formation sur des simulateurs.
Ils ont reçu, le 19 juin, le renfort d’un retraité des plus célèbres, Chesley Sully Sullenberger, l’homme qui a posé son Airbus A320 en panne de moteur sur l’Hudson en 2009.
Sully a assisté à une reconstitution des vols mortels et a assuré, devant la Chambre des représentants qu’il avait compris « comment les équipages ont pu être submergés d’alertes et d’avertissements sans avoir suffisamment de temps pour régler le problème » (« Wall Street Journal », 19/6).
Non seulement ils n’avaient pas été formés à de tels incidents sur simulateur, mais, en sus, le manuel de bord rédigé par Boeing, après le premier crash du Max, recommandait, en cas de malfonctionnement du logiciel, de le débrancher. Et de stabiliser l’avion manuellement avec une roue et une manivelle censée agir sur le stabilisateur de queue pour aider à changer l’angle du nez de l’avion.
Ou comment, de l’avionique la plus sophistiquée, on revient à de la mécanique basique. Problème, pour tourner une roue à la manivelle, il faut avoir du temps et, surtout, une force physique considérable quand l’avion pique du nez à pleine vitesse.
Lors d’un test, en mai, deux pilotes hommes ont eu la plus grande difficulté à bouger quoi que ce soit. D’où la question : les femmes pilotes ont-elles la puissance musculaire nécessaire pour l’exercice ? D’où la nécessité de faire passer les pilotes par des simulateurs. « Ils doivent développer une mémoire musculaire de leurs expériences afin qu’elle leur soit immédiatement accessible à l’avenir », a plaidé Sullenberger.
Développer une mémoire musculaire ?! :O C'est similaire à la mémoire de l'eau prônée par les homéopathes, j'imagine ?
Boeing, pour l’heure, juge que les pilotes n’ont pas besoin de simulateurs et que visionner une vidéo leur suffira. Il n’est pas prévu non plus de tester leur force, ni même d’avoir un débat public sur ce sujet, histoire de ne pas tomber dans le « sensationnalisme ». Et, pour que ses avions ne tombent pas par terre, qu’a prévu le constructeur de Seattle ?
Heu, ça va bien, le Canard enchaîné ?! Un constructeur préconise un contournement manuel afin d'économiser des sous (déjà, c'est hallucinant), ce contournement nécessite une musculature (les lois de la physique sont incontournables, elles), et t'en conclus que les femmes pilotes vont être exclues ?! Soit tu fais de l'interprétation malsaine, soit c'est vraiment ce qui est envisagé chez l'équipementier ou dans les compagnies aériennes. Dans les deux cas, c'est triste et c'est du n'importe quoi…
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
Chassez-le par la porte, il revient par la fenêtre ! Alors que Bercy tente de réfréner les ardeurs de Huawei en France, le géant chinois des télécommunications lorgne toujours les cercles de pouvoir. Invités le 8 juillet par l’équipementier à sa troisième « soirée singulière » au musée du Quai Branly, Bruno Le Maire et Agnès Pannier-Runacher, sa secrétaire d’Etat, ont jugé plus sage de décliner.
Plusieurs membres de cabinets ministériels ont également été approchés par le communicant Xavier Hurstel afin de participer à un déjeuner-débat le 9 juillet au Cercle de l’union interalliée. Le thème ? « Quelle contre-offensive pour Huawei face à la stratégie américaine ? » Comme l’indique le carton, les convives de ce gueuleton animé par Renaud Girard, chroniqueur international au « Figaro », trinqueront à « l’invité d’honneur, Ken Hu en personne, président en exercice de Huawei ». Tchin-tchin !
Rocher connecté
Il n’en a pas fallu davantage pour que les grandes oreilles se dressent et fassent part de leurs craintes aux pouvoirs publics. « Si la 4G posait des problèmes de secret des correspondances, la 5G, elle, touchera à la souveraineté », concède un membre du cabinet d’Agnès Pannier-Runacher. Grâce à cette technologie, les débits seront multipliés par dix, et le temps de connexion sera réduit ; des robots pourront pratiquer des opérations à distance ; les voitures prendront leur autonomie ; les maisons et les villes deviendront intelligentes.
La 5G fait aussi revenir l'être aimé, fait repouser les cheveux et guérrit le cancer (c'est Verizon, opérateur américain, qui s'avance sur ce dernier point via un bien curieux raccourcis mental). Ça serait bien que les journalistes vérifient ce genre de promesses marketing avant de les relayer…
Mais celui qui contrôle les réseaux pourrait aussi tout paralyser : la circulation, les transactions financières et les communications. Pas question que cet honneur revienne à la Chine, ont décrété les USA, qui viennent d’interdire tout équipement venu de ce pays touchant à la 5G.
Le 26 juin, le Sénat examinera le projet de loi renforçant les contrôles. Un opérateur devra obtenir du Premier ministre une autorisation préalable à l’installation de ce type d’équipement. Le dispositif législatif est censé être adopté avant le lancement, à l’automne, des enchères pour la 5G sur le sol hexagonal.
La proposition de loi, qui devrait être définitivement adoptée ce mois-ci, oblige cette demande d'autorisation uniquement pour les opérateurs d'importance vitale et leurs fournisseurs. Reste à voir comment cela va s'appliquer concrétement puisque les ondes n'ont pas vraiment de frontières claires.
En attendant, chacun de leur côté, les téléphonistes français mènent leurs petites expérimentations avec du matériel… chinois. Le plus avancé, c’est Xavier Niel. Son réseau Monaco Telecom activera la 5G sur le Rocher dès le mois de juillet. Avec du matériel Huawei. « Plus sûr, et moins cher », résume un opérateur.
En voilà un qui mérite d’être invité au déjeuner de l’Interalliée !
Qu'est-ce que c'est que ce charabia ?! Est-ce vraiment un article de presse ?! :O
Les bénéfices vantés de la 5G sont du pipeau complet de la part des opérateurs qui espèrent ainsi, en prétendant spécialiser les usages, contrecarrer la neutralité du net. Et je te parle même pas des enjeux sociétaux en matière de réseaux de télécommunications, des laissés-pour-compte, de la fracture numérique, etc. Tout ça est balayé par ce baratin technologique…
Tous les réseaux sont vitaux, filaires comme sans-fil, industriels, civils, et militaires, pourquoi se réveiller uniquement à propos de la 5G ?! On ne se plaint pas des infrastructures ADSL et fibres optiques qui reposent sur du matériel Cisco (équipementier américain). La NSA, ça vous dit quelque chose ? Même chose pour Juniper (autre équipementier américain). Pourtant, en 2016, on y découvrait une porte dérobée. On parle des pare-feux Checkpoint (Israël) présents un peu partout ? Défiance à géométrie variable.
La 5G toucherait à la souveraineté ? Pas plus que le branche énergie d'Alstom, que l'on a vendu à General Electric. Pas plus que la puce GPS américaine embarquée dans nos missiles Scalp qui nous empêche de les exporter sans l'aval des ricains. Pas plus que notre Défense qui dépend de logiciels Microsoft (américain). Bref, pas plus que tant d'autres choses. La souveraineté en matière d'équipements de télécommunication, c'était Alcatel… que l'on a laissé fusionner avec l'américaine Lucent puis être rachetée par le finlandais Nokia. Quel manque de mise en perspective !
Tout ce baratin et ces mesures sont l'avatar d'une guerre économique avec les Chinois, mais c'est plus vendeur de parler de souveraineté.
La seule information utile de cet article, c'est que Bercy est enfumé (par Orange, comme à la bonne époque des débats sur la neutralité du Net ?) sur les enjeux de la 5G. Je suis navré de constater que le Canard l'est tout autant…
Notons que cela fait suite à la discussion, fin 2018, entre Bercy et Drahi (SFR) afin que ce dernier renonce à équiper son cœur de réseau de matériel Huawei.
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
Liquidation totale, tout doit disparaître ? Les Nouvelles Editions indépendantes (LNEI), le groupe de médias de Matthieu Pigasse, prend l’eau. Un mois et demi après l’arrivée de son directeur de choc, Emmanuel Hoog, recruté pour resserrer les boulons, l’immeuble commence à ressembler à une copropriété promise à la vente à la découpe.
CDD qui valsent, CDI défilant pour signer une rupture conventionnelle, radios et journaux à la diète, festivals amputés, voire annulés… Aux « Inrocks » comme à Radio Nova, en passant par Rock en Seine et Biarritz en été, Pigasse a quitté ses santiags de rockeur pour rechausser ses mocassins de banquier ! Manifestement frustré de n’avoir pu en faire autant lorsqu’il dirigeait l’AFP, son exécutant Hoog met un zèle particulier à couper les têtes et les budgets.
Nova pas très bien
Dans les bureaux de la maison mère, la direction du développement s’est vue liquidée, la semaine dernière, et celle de la publicité a été désossée. Et him ! cinq personnes en moins ! Aux « Inrocks », dont le déficit est devenu chronique, le secrétariat de rédaction est désormais également touché par la cure d’amaigrissement. Longtemps dans les petits papiers de Matthieu Pigasse, Elisabeth Laborde, la directrice du magazine, est plus près de la porte que de l’augmentation.
Encore bénéficiaire lors de son rachat, en 2015, Radio Nova est elle aussi entrée dans le rouge. La gestion tape-à-l’œil de Pigasse et son pari d’embaucher des têtes d’affiche (Edouard Baer entre 2016 et 2018) sont passés par là : de quelque 500 000 auditeurs il y a trois ans, la station se rapproche aujourd’hui de 350 000, malgré une récente amélioration. Elle est désormais déficitaire : « près de 2 millions d’euros de pertes », dixit un cadre. La pub baisse, les opérations spéciales se raréfient. La fameuse tournée d’été de Radio Nova vient d’être annulée — et ce n’est pas la seule.
Biarritz en été, créé l’an passé, a été déprogrammé il y a trois semaines, au grand dam de la mairie, qui n’a rien compris. Quant au célèbre festival parisien Rock en Seine, tombé dans l’escarcelle de Pigasse il y a deux ans, il pourrait être organisé sur deux jours plutôt que trois à partir de l’été 2020.
En nommant Emmanuel Hoog, début mai, Pigasse avait lancé : « Je me réjouis de son arrivée car il a une expérience et une expertise qui correspondent parfaitement à nos trois métiers, qu’il s’agisse de l’information, de la culture ou de la télévision. »
Il avait oublié le quatrième : le nettoyage à haute pression !
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
Trump envoie des bombardiers en Iran puis renonce puis il renforce les sanctions économiques iraniennes tout en conduisant des opérations de piratage informatiques de systèmes iraniens, le tout en menant une escalade verbale. Visiblement, quelques généraux raisonnés parviennent encore à lui faire entendre raison. Pendant ce temps, l'Iran dépasse la limite imposée d'uranium qu'elle stocke et celle d'enrichissement de l'uranium, afin de faire reculer les sanctions économiques américaines, prétend-elle. Jusque-là, tout va bien, jusque-là tout va bien, jusque-là…
À Washington, les attachés militaires français ont décrit leur influence jusque dans l’état-major des armées US..
Le Pentagone, qui vient de perdre son patron, Patrick Shanahan — contraint de démissionner après une dispute conjugale trop bruyante — , abrite un nid de « colombes », et l’on ne se doutait guère de leur importance. Les attachés militaires français en poste à l’ambassade de France, eux, s’y sont intéressés, au fil des mois, et ils ont transmis à Paris des informations sur leur rôle lors du dernier épisode de la confrontation Washington-Téhéran.
A en croire ces officiers français, un courant grandit au sein du Pentagone et jusque dans l’entourage du chef d’état-major des armées, Joseph Dunford, et de son adjoint, le général Paul Selva. Ces « colombes » — ou ces généraux modérés, si l’on préfère — sont loin de partager les positions des « faucons » proches de Donald Trump (Mike Pompeo, le patron des diplomates US, John Bolton, le conseiller à la sécurité nationale, et la cheffe de la CIA, Gina Haspel), qui pressent le Président de donner une bonne leçon aux Iraniens.
A la différence de ces partisans forcenés d’une bonne guerre, les colombes préconisent une solution moins brutale à la crise, toujours selon les officiers français en poste à Washington. A savoir la recherche d’ « un consensus international » — c’est-à-dire essentiellement politique — afin de protéger la circulation, dans le Golfe, des pétroliers et des méthaniers. Et les officiers français de rapporter, comme preuve de cette démarche, les propos récemment tenus par le général Paul Selva devant ses subordonnés : « Il est urgent que la communauté internationale établisse une réponse collective, [même si les Etats-Unis] ont un rôle important a jouer. »
Foudre de guerre ou pas ?
Que ce général, qui sera promu chef d’état-major des armées dans quelques mois, se permette d’accorder un tel rôle à la communauté internationale a mis en fureur tous les va-t-en-guerre des Etats-Unis. La semaine dernière, ces faucons avaient pourtant failli l’emporter. Ils jubilaient : Donald Trump venait enfin de donner l’ordre de bombarder trois sites militaires iraniens. Mais, au dernier moment, le Président avait soudain annulé l’opération.
Explication fournie à la presse par Trump, qui jouait les humanistes : « J’ai demandé combien il allait y avoir de morts, un général m’a répondu : “150” » (une précision si remarquable qu’elle prête à sourire). Autre « révélation » présidentielle : « C’est sans doute un général vraiment stupide qui a donné l’ordre d’abattre notre drone. » Cet avion sans pilote vaut 123 000 dollars [ NDLR : 123 millions, d'après le Canard enchaîné de la semaine suivante ], mais sa destruction ne méritait pas que l’on déclenche une guerre, laisse entendre Trump.
Dimanche 23 juin, lors d’un entretien sur la chaîne NBC, Trump exonérait de nouveau les dirigeants iraniens de toute responsabilité dans la destruction du drone américain. « Ils veulent négocier et conclure un accord avec nous », disait-il. Cependant, un peu plus tard, il menaçait encore l’Iran d’« un anéantissement du genre jamais vu ». Mais, pour l’heure, il ne s’agit que de prendre de nouvelles sanctions économiques (« dures et durables », précise Trump) contre ce pays. Et de poursuivre des opérations de cyberguerre. Le 20 juin déjà, au moment où des avions US s’en allaient bombarder, des experts américains en cyberattaques s’en prenaient au siège d’une unité de renseignement et à des systèmes informatiques iraniens.
A tenir des propos aussi contradictoires, Trump ne serait-il vraiment qu’un bravache ? Certains jours, oui, et d’autres, non. Et les experts en trumpologie nous assurent que ce président ne veut pas la guerre. « Trump est un faux dur, et c’est tant mieux », titrait le « Los Angeles Times », le 24 juin. Mais de peur qu’on lui reproche sa reculade, Trump a voulu convaincre ses alliés dans la région — Arabie saou— dite, Israël, Emirats arabes unis — qu’il ne renonçait pas à mettre « l’Iran a genoux ». A en croire des diplomates français, le super-faucon John Bolton a rencontré, le 24 juin, le Premier ministre israélien avec pour mission de l’assurer que l’Iran restait l’ennemi préféré du Président. Tandis que Mike Pompeo, lui, se rendait en Arabie pour y rencontrer le toujours souriant prince héritier, MBS, puis à Dubai, dans les Emirats.
Aux uns et aux autres, ces deux émissaires devaient jurer que Donald Trump n’est pas qu’un foudre de guerre verbale. Et qu’il peut mieux faire…
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
D'après la Cour des comptes et le ministère du Travail, Pôle emploi coûte à l'assurance-chômage autant que les économies anoncées par le gouvernement pour une inefficacité notoire sauf sur les contrats aidés. L'État ne compensera plus les dépenses mises sur le dos de la Sécu et celle-ci devra verser 20 milliards d'euros à l'État sur 4 ans. Bref, attendons-nous au refrain habituel du trou abyssal de la sécurité sociale et de l'assurance-chômage à cause des salauds de pauvres, de feignasses et de malades… :(
Laurent Berger a fait le buzz dans les médias avec sa grosse colère contre le projet de réforme de l’assurance-chômage présenté le 18 juin par Edouard Philippe et Muriel Pénicaud. En privé, le secrétaire général de la CFDT est encore plus virulent !
Il a le sentiment, explique-t-il, d’être tombé dans le traquenard tendu par le gouvernement. Celui-ci avait assuré qu’il se mettrait aux manettes de l’assurance-chômage seulement si les syndicats et les patrons n’arrivaient pas à tomber d’accord. Or, dans le même temps, Edouard Philippe avait imposé aux négociateurs une « lettre de cadrage » empêchant de facto tout consensus. A l’arrivée, la note n’est pas vraiment ruineuse pour les employeurs, alors que les chômeurs vont en baver. « On a l’impression que ce gouvernement récuse toute négociation », s’étrangle Berger. A ses yeux, d’ailleurs, Macron avait une bonne occasion de mettre en application son discours prononcé le 11 juin devant l’Organisation internationale du travail, au cours duquel il avait reconnu avoir commis « une erreur fondamentale [en] considérant qu’il y avait des sachants et des subissants ».
Hold-up sur ordonnance
Il y a aussi des « braquants ». L’assurance-chômage est pillée par l’Etat comme jamais. Chaque année, il lui faut verser 3 milliards pour le fonctionnement de Pôle emploi (soit 55 % du budget total de ce service public). A cette obole vont s’ajouter les 3,4 milliards d’économies annoncées par Edouard Philippe. Les 240 000 chômeurs qui, selon Berger, vont perdre leur indemnisation peuvent être fiers…
Plus fort encore : l’économiste Hadrien Clouet rappelle que, l’an dernier, la hausse de la CSG destinée à compenser la suppression des cotisations à l’assurance-chômage est intervenue dès le 1er janvier, alors que lesdites cotisations n’ont été supprimées qu’en octobre 2018. L’Etat (et non l’Unédic) s’est embourbé les neuf mois de trop-perçu, soit 6 milliards.
Ce pillage des fonds sociaux par Bercy va se prolonger. Un ancien dirigeant de la branche maladie de la Sécurité sociale rappelle au « Canard » que, pour la première fois, l’Etat ne compensera plus les dépenses mises sur le dos de la Sécu. L’exonération des cotisations sur les heures supplémentaires, par exemple, va coûter plus de 3 milliards à cette dernière. Mieux, la loi de programmation de la Sécurité sociale, votée fin 2017, prévoit que, de 2018 à 2022, l’organisme versera une contribution totale de 20 milliards à l’Etat.
Initialement, il s’agissait de reverser à Bercy les excédents que la bonne gestion macronienne ferait tomber dans ies caisses. Selon les dernières projections, ces excédents attendus devraient se transformer en déficit. Mais la ponction, elle, va perdurer. Interdiction absolue de le répéter aux personnels des hôpitaux, et en particulier à ceux des urgences !
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
« Les impôts locaux « ont quintuplé en trente ans » ; telle est la première conclusion de l’étude rendue publique par La Banque postale, le jeudi 20 juin. Ses conclusions, passées inaperçues dans la presse, à l’exception de « L’Opinion » (21/6), expliquent pourtant le ras-le-bol fiscal qui s’est emparé de bien des contribuables hexagonaux.
De 1986 à 2018, la part de la fiscalité locale est passée de 10,4 % à 14,8 % du total des prélèvements obligatoires. Cette explosion s’explique évidemment par les lois successives de décentralisation et les transferts par l’Etat de nombreuses dépenses qu’il prenait auparavant en charge, mais aussi par l’intercommunalité qui devait faire baisser les dépenses des communes mais qui, dans la plupart des cas, les a au contraire multipliées, de même que les charges de personnel. A preuve, ce seul pourcentage : depuis 2011, les prélèvements des collectivités locales ont progressé en moyenne de 3 % par an. Et même de 4 % sur les quatre dernières années.
Jusqu’en 2010 — année de sa suppression —, la taxe professionnelle, payée par les entreprises, avait, elle, augmenté de 60 %, et, depuis son abrogation, les impôts locaux payés par les sociétés de 22 %.
Faut—il rappeler que les impôts locaux, qui ne tiennent que très partiellement compte du montant des revenus des ménages, sont beaucoup plus injustes que l’impôt sur le revenu ou les cotisations sociales ? Mais, avec la suppression promise par Macron de la taxe d’habitation, la France va sûrement se doter d’un système de financement des collectivités locales aussi simple que juste. Promis, juré, craché !
Il faut dire que la décentralisation, c'est moins de contribuables pour payer la même chose, donc forcément, le montant payé par chaque contribuable est plus élevé. Avant, et en simplifiant, il y avait un budget national dédié à la culture, par exemple, financé par 67 millions de personnes. Il était ensuite réparti en fonction des besoins, donc les lieux culturels bien-portants étaient ignorés, et les lieux culturels mal en point étaient financés. Désormais, il faut financer les activités culturelles d'ordre national (celles qui ne peuvent pas être rattachées à un lieu précis), et les activités culturelles de son lieu de résidence. Forcément, il y a moins de contribuables pour payer la note puisque c'est l'activité culturelle du coin, donc elle est annexée sur le nombre d'habitants. Forcément, le montant par tête est plus élevé, surtout dans les petits bleds, ce qui favorise les métropoles surpeuplées. Et forcément, certains territoires précaires ne parviennent pas à leurs fins, donc les contribuables ont l'impression de se faire arnaquer alors que c'est lié à la disparition du système de péréquation national.
L'autonomie ne fait pas tout.
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
Après le nouveau retard annoncé pour le réacteur EPR de Flamanville, le président d’EDF , Jean-Bernard Lévy, souhaitait mettre les pieds dans le plat au conseil d’administration du 28 juin et poser la question iconoclaste : doit-on tout arrêter ? Une provoc, bien entendu, pour manifester sa mauvaise humeur.
L’Autorité de sûreté nucléaire vient en effet de demander à EDF de consolider huit soudures, dont la rupture, écrit-elle, « ne peut plus être considérée comme hautement improbable ». La note déjà salée, et qui est passée de 3 à 11 milliards, serait donc encore alourdie. Et les délais seraient de nouveau allongés, au moins jusqu’en 2022. Pas mal, pour un réacteur qui devait entrer en service en… 2012 !
Peu probable pour autant que le chantier soit stoppé. Lévy lui-même devrait insister pour dire que « ce n’est pas une option privilégiée ».
« Flamanville a déjà coûté très cher, a commenté François de Rugy, le 21 juin, en marge d’une visite à Alençon. Il faut être sérieux : on ne peut pas mettre comme ça 11 milliards d’euros à la poubelle. Pour les antinucléaires, ce serait un trophée ! »
Et, pour Rugy l’écolo, Flamanville, c’est un chemin de croix.
Il faudrait être bas de plafond pour argumenter sur la fin du nucléaire en utilisant l'EPR, ce serait comme flinguer un protocole Internet (HTTP) en jugeant une seule implémentation perfectible (Internet Explorer), même si l'on peut piocher dans ce projet industriel des éléments utiles pour contester le nucléaire, comme le soin qu'EDF accorde à la sécurité (soudures, pourcentage de carbone dans les cuves d'acier, etc.) ou le coût réel du bouzin.
Et il faut être un politicien pour ne pas vouloir admettre une série d'erreurs (un modèle vendu en dessous de son coût de revient afin d'attirer le chaland, affairisme de la famille Bolloré, laisser-faire des gouvernements, etc. voir ici pour plus de détails) et stopper. Navrant.
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
Baisser les impôts, ça peut rapporter gros. Aux contribuables concernés, bien sûr. Mais — plus surprenant — également aux finances publiques. C’est ce que montre le rapport de la Cour des comptes consacré au budget de la Sécurité sociale, publié le 20 juin.
« La réforme de la fiscalité du capital (“flat tax”, c’est-à-dire imposition à un taux unique de tous les revenus du capital) a permis de libérer des dividendes qui ont rapporté plus de 1 milliard d’euros de recettes supplémentaire à la Sécurité sociale », souligne « L’Opinion » (24/6).
Explication : les entreprises ont ouvert le robinet des dividendes, désormais taxés à 30 %, alors que sous Hollande la ponction pouvait dépasser 60 %. Ce « cadeau aux riches » (dixit la gauche) a ainsi, dans un premier temps, privé les finances publiques de 900 millions mais leur a rapporté, dans un second temps, 1,3 milliard d’euros supplémentaire. Gain net pour la Sécu : 400 millions. Inversement, les taux astronomiques atteints sous Hollande n’ont jamais produit leur plein effet : « Il a, par exemple, manqué 10 milliards de recettes dans le budget 2014. » C’est que, explique « L’Opinion », « quand il est dans le viseur du chasseur, le lapin reste rarement immobile ».
Avec cette circonstance aggravante qu’en matière fiscale la chasse n’est jamais fermée.
Lisons nous-même ce rapport. Page 19. La Cour des comptes se contente d'établir un lien « probable » entre l'entrée en vigeur du PFU ("flat-tax") et le versement accru de dividendes en 2018. Et elle a bien raison puisque le volume des dividendes, notamment celui des sociétés commerciales du CAC 40, n'arrête pas d'augmenter d'année en année, et ce, bien avant l'entrée en vigueur du PFU. Dit autrement : le volume des dividendes versés aurait augmenté de toutes façon, même avec 60 % de taxes… donc le PFU est un manque à gagner.
Ensuite, pourquoi faudrait-il se réjouir de voir les sociétés commerciales verser toujours plus de dividendes ? Cet argent pourrait aussi rester dans les réserves afin de préparer l'avenir. Il pourrait aussi être reversé aux salariés (actuellement : 65 % des bénéfices vont aux salariés, 35 % aux actionnaires). Cet argent pourrait enfin être réinvesti pour innover. Plus (+) de dividendes versés = accroisement des inégalités. Pas de quoi se réjouir.
Dans le Canard enchaîné du 26 juin 2019.
Les recherches sur nos ancêtres, c'est une série de polars dans lesquels la police scientifique a le beau rôle et où l'ADN est devenu un témoin crucial. prenez les cousins de nos ancêtres sapiens et néandertaliens, les « dénisoviens ». On n'en connaissait qu'un très petit os de la main, mais il avait fourni un ADN qui n'était ni sapiens ni néandertalien. C'est comme ça qu'on les a définis, ces dénisoviens, avant de retrouver leurs gènes chez des populations asiatiques et océaniennes actuelles. Et voilà qu'une mandibule, trouvée au Tibet, datée de 160 000 ans, livre des protéines fabriquées par de l'ADN dénisovien, ce qui permet d'en faire un début de portrait-robot, en attendant mieux. Donc, entre mille et deux mille sièces avant Siné, trois sortes d'humains chasseurs-cueilleurs paléolithiques parcouraient l'Eurasie. Ils se métissaient parfois puisque l'on retrouve des gènes de néandertaliens et de dénisoviens parmi nous, sapiens d'aujourd'hui. Ces divers « paléos », très peu nombreux, avaient en commun des techniques de la pierre taillée. Ils ont vécu de cueillette et de chasse durables, en Afrique puis ailleurs, depuis plus de deux millions d'années, dans des conditions si difficiles que nul d'entre nous n'y survivrait. Donc, respect ! En outre, ils ont presque tout inventé vers la fin de leur ère : sculpture, peinture, musique, danse, masques, bijoux, rituels funéraires (mille sièces avant les gourous monothéistes)… Le problème, comme dans toute enquête policière, c'est que beaucoup d'informations sont perdues. Surtout depuis l'invention de l'agriculture, avec laquelle nous saccageons la planète, et l'explosion démographique du néolithique (âge de la pierre polie), il y a seulement une dizainee de milliers d'années. Dans Retour vers le paléo, préfacé par Jean-Paul Demoule, qui fait autorité, un « team » d'archéologues a le mérite de faire le tri entre le peu que l'on sait, le beaucoup que l'on ne sait pas, et les hypothèses, souvent délirantes, de certains de leurs collègues.
Je prends connaissance de l'Homme de Denisova, découvert à la fin des années 2000.
Dans le Siné Mensuel de juin 2019.
Le premier ministre israélien, Netanyahou, souhaite modifier la constitution de son pays afin d'échapper à la justice qui se rapproche de lui pour des histoires de corruption.
Plusieurs dizaines de milliers de personnes manifestaient le 25 mai à Tel-Aviv contre Benyamin Netanyahou et sa corruption. Que le Premier ministre israélien et sa famille soient gravement corrompus n’est pas un scoop pour les lecteurs de cette chronique, qui ont eu plusieurs fois l’occasion de connaître les quatre dossiers criminels ouverts contre Netanyahou pour corruption et trafic d’influence. Pourtant, ce qui a motivé les nombreux manifestants de Tel-Aviv, ce sont moins les affaires de corruption du Premier ministre que les changements constitutionnels que ce dernier veut faire adopter par un Parlement dont la majorité est totalement à sa botte, changements dont le seul but est d’échapper àla justice et, le moment voulu, à la prison.
Les projets en gestation sont nombreux et variés : depuis la « loi française », qui empêche de traduire en justice un président en exercice (dans ce cas un Premier nünîstre), jusqu’à une loi d’amnistie spécifique pour Netanyahou. Face à l’obstacle que représente la Cour suprême, les agents de Netanyahou ont rédigé un amendement constitutionnel pour abolir une partie des prérogatives de cette institution qui a longtemps été un des garde-fous les plus efficaces contre les dangers d’un absolutîsme de l’exécutif.
« Netanyahou voit se rapprocher les barreaux de la prison et il est déterminé à tout faire pour s’en éloigner. “Tout”, c’est-à-dire détruire totalement l’État d’Israël », écrit l’éditorialiste du Haaretz Abed L. Azab (20 mai). Le Premier ministre actuel n’a pas la souplesse qui caractérisait son prédécesseur, Ehud Olmert, lequel, après une rude bataille juridique, a su accepter qu’il aurait à séjourner plusieurs années en prison (pour des affaires de corruption bien moins graves que celles dent est soupçonné Neteuyahou). Celui-ci ne se considère pas connue le commun des mortels : il se prend pour l’élu de Dieu ou du destin juif, et voit le pouvoir (et les bénéfices matériels qu’il en tire et qui se chiffrent en millions de dollars) comme se propriété privée, ou plutôt familiale.
Contrairement à Olmert, Netanyahou tremble de tout son corps devant l’éventualité d’avoir pour voisins des délinquants de droit commun à la place des multimillionnaires de C&sarée et de Miami. Comme le dit Abed Azab, il est donc prêt a casser la baraque, a provoquer la destruction de l’État et de ses institutions, à prendre le risque d’une véritable guerre civile, pour échapper à la chute et ne pas avoir à revêtir l’uniforme orange des détenus.
Si son emrîronnement politique, dont la majorité des députés du Likoud, se conduit comme un gang mafieux prêt a tout casser pour protéger le boss, Netanyahou, lui, n’a pas l’étoffe d’un Al Capone ou d’un Meyer Lansky : il a peur de la prison, il panique à l’idée de ne plus être le sultan. Il n‘en est que plus dangereux pour la pérennité de l’État et de ses institutions.
Dans le Siné Mensuel de juin 2019.