‒ Vous n'avez, à présent, plus le droit d'approcher un établissement scolaire…
‒ Paaarfait ! Et si je viole un juge, je n'aurai plus le droit d'approcher un tribunal ?
:D
Dessin publié dans le numéro février 2019 de Siné mensuel.
Il n’y avait pas grand-chose de bon à attendre d’états généraux pilotés par un gouvernement qui ne cesse de prôner la productivité et la rentabilité comme seuls signes de progrès. C’est donc sans surprise qu’on voit les affligeants résultats de ces Egaiim : l’industrie peut dire merci.
Les États généraux de l’alimentation (Égalim) ont montré la volonté de la FNSEA, de l‘agro-industrie et de la grande distribution de n‘aménager qu‘à la marge le modèle agricole actuel. Le réchauffement climatique, l’extinction en masse de la biodiversité, la politique agricole commune et les traités de libre-échange, c'est-à-dire l’essentiel de ce qui pèse aujourd’hui sur l’agriculture et les systèmes alimentaires, ont été soit exclus, soit repoussés aux marges des débats. À la place de qualité de nourriture. on y a surtout parlé répartition des bénéfices de la malbouffe et concédé aux consommateurs un meilleur étiquetage des productions alimentaires. Comment « décider collectivement d’un changement profond de paradigme », comme l’annonçait le président Macron dans son discours de Rungis, quand on confie la définition de cette mutation aux seules filières agricoles moulées et ligotées par l’agro-industrîe ? Certes, il y a une évolution en ce que les mots de l’écologie — souveraineté alimentaire, biodiversité, agrobiologie, agroforesterie — entrent désormais dans le langage courant agro-industriel. Le greenwashing progresse.
Verdir le productivisme
Dans la « loi alimentation », comme toujours, le diable se cache dans le détail des formulations et l’accès aux financements. On fait un petit pas avec l’interdiction des néonicotinoïdes et on bénit l’arrosage aux pesticides avec « la protection des riverains a proximité des zones à traitement phytos ».
Au courage d’opter résolument pour le bio, on préfère l’objectif de « 15 % de surface agricole bio en 2022 » : prioriser la surface plutôt que le nombre de fermes, c’est faire le choix de la conversion industrielle au bio plutôt que favoriser l’installation de jeunes paysans alors qu’il y a une installation pour deux départs en retraite. C’est le meilleur moyen d’accélérer le développement des fermes intensives. On assiste clairement au démarrage du productivisme bio.
On se gargarise d’un blabla sur la sécurité alimentaire. En la matière, l’insécurité croît avec l’industrialisatton : plus on concentre des animaux, plus on a de risques sanitaires ; plus on appauvrit la génétique — animale comme végétale —, plus on affaiblit les résistances aux maladies ; plus on travaille le volume (de lait, de viande, de légumes) venant de plusieurs sources, plus celui-ci peut être entièrement contaminé par une seule source. Plus on entre dans la standardisation de l’assiette.
On se drape d’audace en annonçant 50 % de bio dans la restauration collective pour 2022 et c’est immédiatement atténué par un « ou sous signe de qualité ou de produit local » : c’est bien connu, le pesticide local est meilleur que l’étranger. On pourrait continuer avec « la labellisation de 50 % de la viande », qui ne veut pas dire grand-chose si on ne sait pas de quelle sorte de label il s’agit. Ne pas annoncer d’emblée des labels avec charte d‘élevage contraignante type bio ou label rouge ouvre l’espace à des labels d’autopromotion type « viande française » ou « viande d’ici » qui ne garantissent rien et servent de cache-sexe aux pires pratiques. En élevage bovin, 50 % de label, ça ne fait que consacrer le bon boulot des éleveurs de vaches allaitantes (53,8 % du troupeau de vaches), et ça ne change rien à la production bas de gamme issue du troupeau laitier intensif (barquettes des supermarchés).
Côté bien-être animal, la révision des modes d’abattage se conclut par un contrôle vidéo « expérimental » des abattoirs laissé à l’initiative volontaire…
Bref, par les portes ouvertes de sa formulation, le texte final permet de continuer l’agriculture industrielle et même plus intense qu’avant. En effet, la loi issue des Égalim sert de tremplin d’accès aux 5 milliards consacrés à l’agriculture du grand plan d’investissement (GPI) de 57 milliards promis par Macron de 2019 à 2022. L’argent est fléché vers la « multiperformance » et la « compétitivité ». En langue industrielle, ça veut dire de plus gros bâtiments d’élevage, de plus grandes surfaces par ferme, plus de matériel et de robots, moins de paysans. Et une part de marché intacte pour l‘industrie et la grande distribution. Une perpétuation du vieux paradigme. »
« Et en même temps », il faut avoir le sens de la nuance, mon bon monsieur !
Dans le numéro de février 2019 de Siné mensuel.
À Troyes, Amiens, Lyon, Grenoble, la justice du travail vient d’attribuer des indemnités de licenciement supérieures au barème imposé par Macron dans sa loi travail. Au motif que leur plafonnement viole le droit international.
Lentement mais sûrement, un des monuments du macronisme triomphant est en train de s'effondrer. Les ordonnances plafonnant les indemnités de licenciement, prises à la hussarde le 23 septembre 2017 par un président à peine élu et bien décidé à réformer le code du travail, viennent d’être déclarées illégales. Ce sont les conseils de prud'hommes qui ont lancé la charge. Quatre d’entre eux ont déjà rendu des décisions allant dans ce sens : Amiens, Troyes, Lyon, Grenoble, le 18 janvier. Tous ont déclaré que l’article introduisant « un plafonnement limitatif des indemnités prud’homales en cas de licenciement sans cause réelle et sérieuse d’un salarié » viole l’article 24 de la charte sociale européenne et l’article 10 de la Convention internationale du travail. Ces deux textes très officiellement ratifiés par la France consolident le droit d’un salarié injustement licencié à obtenir le versement d’« une indemnité adéquate » ou « toute autre forme de réparation considérée comme appropriée ». Et c’est ce qu'ont fait les juges en condamnant les employeurs à verser des dommages et intérêts supérieurs au barème imposé par Macron. Une victoire pour les organisations syndicales, politiques et judiciaires qui luttent pour l'abolition de ces ordonnances iniques et dangereuses.
Avant, les indemnités pour licenciement abusif étaient laissées à l’appréciation des conseils de prud’hommes. Composés à part égale de représentants des employeurs et des salariés, ils intégraient de nombreux paramètres dans leur calcul : âge, santé, situation familiale, contexte professionnel. En règle générale, les juges du travail accordaient un mois par année d’ancienneté. Depuis la nouvelle loi, les indemnités de licenciement sont plafonnées entre un et vingt mois de salaire. L’employeur qui décide de virer un salarié peut ainsi savoir combien ca lui coûtera. Il suffit de le budgéter et l'affaire est terminée, sans autre explication. Un chèque, et dehors ! C’est justement pour lutter contre ces abus que les textes internationaux et européens ont mis en place une série de protections en faveur des salariés. Et c’est en vertu du respect de ces textes que les conseils de prud’hommes ont rejeté les dispositions pro-patronales de Macron, considérant qu’elles violent le droit international. C’est du lourd, d’autant que l‘argumentaire juridique déployé par les juges prud’homaux est bien ficelé.
La contre-attaque a été lancée aussitôt la publication des ordonnances. Dès septembre 2017, avocats et juristes de tous bords ont travaillé collectivement pour examiner les failles du système. Le Syndicat des avocats de France (SAF), notamment, a mis au point une sorte de kit prêt à l‘emploi démontant les ordonnances Macron. Au début de l’année 2018, le SAF l’a posté sur son site. Il l’a ainsi mis à disposition de tous les défenseurs des salariés avec comme mot d’ordre : « Copiez-collez-le dans vos requêtes et faites-nous remonter les décisions ». Une méthode exemplaire et efficace. « Ces décisions ouvrent la voie de la résistance des juges contre cette réforme inacceptable, ce déni de justice », explique Me Isabelle Taraud, du SAF. « Ce plafonnement est en droit français la seule exception, intolérable et incompréhensible, au principe selon lequel celui qui a causé un préjudice doit en assumer la réparation intégrale. Il n’est pas normal que l’employeur ait plus de droits que les autres. » En somme, que les patrons soient plus protégés que les salariés, eux-mêmes réduits à une variable d’ajustement dont on se débarrasse en payant, pas trop quand même. Une brèche s’est ouverte qui risque d'en ouvrir d’autres. « À moins que Macron ne réintroduise plus de justice sociale et supprime ses propres ordonnances », ajoute l'avocate en feignant la crédulité. Elle a raison, on peut toujours rêver.
Lisons nous-même l'article 2 de l'ordonnance qui plafonne les indemnités prudhommales : entre un à dix ans d'ancienneté dans une boîte hors TPE (donc start-ups), l'indemnité est plafonnée à… 1 mois de salaire par année d'ancienneté, soit ce qu'appliquaient en général les juges jusqu'à présent selon cet article. Cette ordonnance change donc la donne majoritairement pour les salariés de TPE et pour ceux ayant une expérience supérieure à 10 ans. Elle retire aussi aux tribunaux la possibilité de sanctionner plus fermement les licenciements indignes. C'est cela le plus injuste : les licenciements banals seront traités comme avant. Le risque financier d'un licenciement indigne est plafonné. L'injustice est accentuée. Bref, je suis d'accord avec la fin de l'article, mais pas sur le cheminement intellectuel qu'il propose.
Ces premières décisions sont une bonne nouvelle, mais attendons de voir si elles sont confirmées par les cours d'appel et, surtout, par la Cour de cassation, dont le jugement de la conformité d'une décision de justice avec la loi est le seul qui vaille.
Dans le numéro de février 2019 de Siné mensuel.
Armé du courage du fanfaron, Macron avait raflé 5 euros aux bénéficiaires de l'allocation logement au cœur de l’été 2017. Une « connerie », aurait—il reconnu depuis. Mais le filou récidive en 2019, la tartufferie en plus.
Dans son principe, la formule de l’aide au logement est assez simple. On calcule d’abord une « dépense éligible » — qui dépend du coût du logement — puis on en déduit une « participation personnelle », variable selon le revenu, pour obtenir le montant de l’aide. Avec l’inflation, il faut ajuster les paramètres de calcul pour maintenir le pouvoir d’achat de l’aide. Si les paramètres clés qui déterminent le montant de la dépense éligible et celui de la participation personnelle ne suivent pas l’inflation, le pouvoir d’achat des aides diminue, tout comme celui des allocataires.
Les gouvernements ont souvent joué sur ces paramètres pour rogner les aides au logement mais sans oser jusqu’à présent faire baisser leur pouvoir d’achat davantage que l’inflation. Au pire, pour un ménage qui parvenait bon an mal an à maintenir le pouvoir d’achat de ses salaires, cela signifiait que le montant en euros de son allocation restait à peu près le même. Le pouvoir d’achat de l’aide était rogné par l’inflation mais de façon difficilement mesurable. La ponction variait selon l’inflation.
Pour un Macron pressé d’économiser ce « pognon de dingue », ce n’était pas assez. D’où sa décision de baisser uniformément ces aides de 5 euros par mois à l’été 2017. Une décision exécutée par ses sbires, mais de façon sans doute assez maladroite et trop visible. « Une connerie » aurait déclaré le chef. Depuis, les techno-salopards ont fourbi leurs armes.
Picsou et les technorapaces
Pour l’année 2019, ils reprennent d’abord les vieilles ficelles. La revalorisation des paramètres de calcul est nulle ou proche de zéro. Une décision qui a été unanimement dénoncée par les associations en octobre 2018. Comme l’inflation prévue est de 1,5 %, c’est une baisse à peu près équivalente du pouvoir d’achat des aides qui est programmée. Mais les technorapaces en rajoutent une couche en changeant le mode de calcul.
Jusqu’à présent, le revenu pris en compte pour le calcul de l’aide était le dernier revenu connu déclaré à l’administration fiscale, le revenu d’il y a deux ans (année N-2). Désormais, ce sera le revenu des douze derniers mois. Pas besoin d’avoir fait l’Ena pour comprendre que si le revenu a suivi l’inflation, il sera plus élevé avec le nouveau mode de calcul et que le montant de l’aide sera, par conséquent, plus faible. Picsou Macron rafle ainsi une partie des hausses de salaire qui ont simplement permis de maintenir le pouvoir d’achat des allocataires. C’est vrai pour ceux dont le pouvoir d’achat a augmenté, mais aussi pour ceux qui l’ont simplement maintenu. Contrairement à ce qu’affirment les mercenaires intellectuels de la macronnerie, cette seule mesure va faire baisser le montant de l’allocation, même pour les ménages à pouvoir d’achat constant et dont la situation financière ne s’est donc pas améliorée. Cette baisse supplémentaire peut être chiffrée, au minimum, à environ 5 € par mois.
Pour les allocataires dont la situation s’est dégradée depuis deux ans, la hausse de l’allocation sera un peu plus rapide qu’auparavant. Mais des mécanismes existaient déjà pour prendre en compte certaines de ces situations. Ce coup de pouce sera loin de compenser la ponction qui sera opérée sur tous les autres. C’est ce qui explique pourquoi le gouvernement table sur une économie d’environ 5 % du montant total des aides, soit environ 1 milliard d’euros.
Macron n’est pas seulement le président des riches, c’est aussi le Termmator des pauvres. Il est vrai que l’un ne va pas sans l’autre, mais c’est difficilement avouable. Alors le brigand prend des gants technocratiques, dans l’espoir de masquer sa turpitude. En bon Gaulois même pas réfractaire, cela s’appelle prendre les gens pour des cons.
« Ils ont les mains blanches », chantait en 1910 Montéhus : « Ça sent le tartuffe, l’avare, le gripp’sous / Voilà c’qu’on appelle des mains de filou ! / Ça sent le roublard, ça sent le malin / Voilà c’qu’on appelle un poil dans la main ! »
Et ça vient nous parler du sens de l’effort…
Dans le numéro de février 2019 de Siné mensuel.
Gros +1.
Dessin publié dans le numéro février 2019 de Siné mensuel.
Il est 0h12. Plusieurs bip retentissent dans mon habitation. Ouais, c'est cette saloperie de détecteur de fumée installé par ma propriétaire. Ce n'est pas le signal d'alarme. Il doit réclamer une nouvelle pile. Dans mes précédents logements, j'ai toujours retiré les piles. Ici, je n'ai pas d'escabeau pour l'atteindre, donc j'ai sans cesse remis cela à plus tard. Cette fois-ci, on y va. Assemblage de tables + chaise, déclipsage du boîtier de son support mural. Tiens, bizarre, il n'y a pas de trappe pour les piles. Trois vis cruciformes à l'arrière, dont une derrière une étiquette. Comme d'habitude, je n'ai pas le tournevis strictement adapté à la taille de la tête de vis, donc je force un peu avec un tournevis plat. Ça s'ouvre. Et, là, surprise : la pile est soudée sur le circuit imprimé.
En vrai, ça a du sens si l'on réfléchit comme les concepteurs et les promoteurs de ces merdes :
Pour le côté lolilol, je t'invite à lire Détecteur de fumée (DAAF) : sécurité incendie dans le logement. Extraits choisis :
Aucune sanction n'est prévue par la réglementation en cas de non-installation du détecteur de fumée.
La compagnie d'assurance ne peut d'ailleurs pas se prévaloir du défaut d'installation du détecteur pour s’exonérer de son obligation d'indemniser les dommages causés par un incendie.
:)))) Oui, je sais, nos politiciens ont choisi d'y aller étape par étape vu que ça risquait de froisser beaucoup de gens, donc dans un premier temps, il n'y a pas de sanctions (loi et/ou assurance), mais il y en aura dans un deuxième temps, quand les logements commenceront à être bien équipés.
Bref, un tournevis plat, faire levier jusqu'à ce que les soudures cèdent, refermer le boîtier et le clipser sur son support mural. Fin de l'histoire en ce qui me concerne.
Je comprends de moins en moins ce monde…
Réprimés à coups de Flashball, bientôt interdits de manifestations, les « gilets jaunes » sont désormais… sur écoute. C’est ce que révèle Le Point, ce jeudi 7 février, dans ses indiscrets. Au total, une centaine de « gilets jaunes » en province et une cinquantaine à Paris et en petite couronne ont été placés sur écoute téléphonique ou sous « espionnage » Internet, précise le journal.
N'oublions pas non plus le fichage des gilets jaunes par les Renseignements territoriaux, les consignes reçues par les magistrats visant à saquer les gilets jaunes, mêmes les innocents et les propos surréalistes prononcés par des juges et des magistrats.
[…]
Pour justifier de ces demandes sans porter atteinte à la liberté de manifester, les deux services de renseignement invoquent la prévention des « atteintes à la forme républicaine des institutions ». […]
Ce motif a été introduit par la loi Renseignement de 2015. Ce texte a été voté sous la bonne excuse de la lutte contre le terrorisme. Approuvons-nous, citoyens, que d'autres citoyens soient considérés comme des terroristes durant leurs activités citoyennes ou reconnaissons-nous que la bonne excuse n'était… qu'une bonne excuse afin de museler les citoyens ?
Via https://twitter.com/FelixTreguer/status/1094567452976054273 via https://twitter.com/vincib/ .
La énième causerie médiatico-politique stérile à propos de l'anonymat sur l'Internet me gonfle… Comme je suis lassé de me répéter, je fais simple et court lorsque je prends la parole AFK (non, pas IRL). Voici environ ce que je raconte.
L'anonymat, ou plus exactement le pseudonymat (car l'anonymat est très difficile à atteindre, sur Internet comme AFK), est la manière normale d'établir des liens sociaux. On se connaît AFK depuis X temps. Avant, tu ignorais mon existence. Pourtant, je n'étais même pas un anonyme à tes yeux que je pouvais déjà te nuire ! Puis on s'est rencontré. J'étais un anonyme. Je t'ai dit que je me prénomme Y et tu m'as crû sans même me demander un document d'identité. T'ai-je donné mon vrai prénom, au moins ?! Je suis devenu un pseudonyme. À ce nom-là, tu as associé une description physique, des compétences, des défauts, des qualités, des souvenirs, des sentiments, des propos qui t'ont marqué positivement ou négativement, etc. C'est tout ça que tu nommes Y. Ça change quoi que Y ait pour valeur « grosloulou42 » ? Ça reste le même paquetage de concepts, je reste la même personne. Ça change quoi que nous ayons fait connaissance via un intermédiaire (l'air AFK) ou via d'autres intermédiaires (des ordinateurs, un réseau de communication, etc.) ? Tu as obtenu une description physique, le reste est inchangé. Tu noteras que ce pseudonymat AFK ne m'a pas empêché de tenir des propos qui t'ont interloqué / blessé à propos de Z.
Quand je n'ai pas le temps et / ou si je dispose d'une attention limitée (et c'est souvent le cas dans notre monde moderne…), je fais simple et court : Y'a X temps, j'étais un inconnu pour toi. Y'a Y temps, ta copine / ton copain était aussi un⋅e inconnu⋅e. Pourtant, maintenant, vous baisez ensemble… Tu baises avec un⋅e ex-inconnu⋅e qui t'as dit qu'il⋅elle se prénomme Y et tu t'en portes bien ! L'anonymat n'est pas dangereux. Vous vous êtes découverts. Tu noteras qu'il⋅elle peut toujours te faire souffrir, alors qu'il⋅elle n'est pourtant plus un⋅e anonyme.
Le directeur du groupe Audiens est parti avec un beau parachute doré.
Que les gros salaires lèvent le doigt ! Après l’augmentation maousse du président de la Macif, révélée par « Le Canard » (23/1), un autre groupe de complémentaires retraite et de santé clôture ses comptes 2018 sur un bel exploit de tiroir-caisse.
Chez Audiens, le patron, Patrick Bézier, est parti, en juin 2018, avec un parachute en or massif : douze mois de salaire, soit 300 000 euros net, qui s’ajoutent aux indemnités légales. Le directeur général n’était, jusque-là, pas trop maltraité : en 2017, son salaire culminait à 422 000 euros brut annuels, selon les éléments recueillis par « Le Canard ».
Pas mal, pour un groupe de protection sociale à but non lucratif ! Au total, entre son salaire, ses indemnités de départ à la retraite et un énorme solde de tout compte (congés payés, etc.), ce patron très protégé a ainsi touché 1,9 million brut en 2018. De quoi tutoyer certains dirigeants du CAC 40…
Malhonnêteté du Canard : les sommes légalement dues ne peuvent pas être valablement prises en compte…
Générosité bien ordonnée
Le méritant dirlo, qui était aux manettes d’Audiens depuis quinze ans, a aussi eu droit à deux retraites chapeaux, l’une au titre de l’article 39 du Code général des impôts, l’autre au titre de l’article 83. De quoi faire saliver les nombreux précaires qui cotisent chez Audiens : le groupe gère les congés spectacles des intermittents ou encore les caisses de retraite des pigistes…
Notre nouveau retraité n’a pas encore tiré sa révérence : il est toujours « conseiller spécial » de la nouvelle patronne, Odile Tessier, et président d’Audiens Care, le pôle santé du groupe. Mais ces deux casquettes sont portées « à titre bénévole », assure Patrick Bézier. C’est beau ! Quant au montant de ses émoluments, Patrick Bézier trouve « plus honnête de parler en net, et même en net après impôts (sic) », et tout est question de point de vue, explique-t-il au « Canard » : « Audiens regroupe une dizaine d’institutions de retraite, de prévoyance, etc. Je touchais un salaire pour diriger chacune d’elles. Ramené à chaque société, ça fait des montants très raisonnables. » Défense de rire ! « Par exemple, pour diriger la mutuelle d’Audiens, j’étais payé 5 000 euros par mois. » Une aumône. Et certains reprochent encore aux mutuelles d’augmenter leurs tarifs pour payer leurs copieux frais de gestion…
Les conditions très dorées de son départ, elles, ont été fixées « il y a un peu plus de dix ans, quand les choses allaient bon train, ajoute Bézier, et tout a été approuvé en conseil d’administration ». Sympathique de la part des syndicats et du patronat, qui gèrent paritairement le groupe ! « Il a très bien manœuvré, pendant des années, pour se mettre tout le monde dans la poche, notamment la CGT, qui y joue un rôle clé », estime un ancien de la maison.
Et, si Audiens est « à but non lucratif », Patrick Bézier juge ses émoluments « dans la norme »… du secteur lucratif : « On fait le même métier que des groupes d’assurances où les dirigeants touchent, eux, des stock-options. »
Vive le nivellement par le haut !
Pour rappel, j'ai approfondit la question des frais de gestion des assurances-santé et ceux de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (comparaison public / privé, proportion des cotisation, utilisations, etc.) dans un autre shaarli.
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Jusqu'au 27 février, Laurent Montet crevait l’écran. C’était un « expert » cathodique reconnu. L’un de ces spécialistes « vus à la télé » qui écument les plateaux en donnant leur avis sur tout. Son truc à lui, c’était la criminologie. Avec un titre ronflant de « docteur » et un CV accumulant diplômes universitaires, travaux et publications long comme un casier judiciaire de grand bandit, Montet avait ses entrées partout : LCI, NRJ 12, C8… Dès qu’il y avait un crime, Montet venait en expliquer le sens.
En 2014, d’ailleurs, il avait ouvert Forcrim, « l’école professionnelle des criminologues en France », permettant de valider des masters et de préparer son entrée dans la profession. La scolarité coûtait cher et l’expert demandait aux étudiants de payer leur inscription au plus vite, et si possible en mandat cash. Forte des conventions signées avec de nombreuses uni— versités, la haute école de criminologie parisienne a attiré nombre d’étudiants. Transformés en pigeons.
Le doctorat de Montet ne valait rien, sauf en Côte d’Ivoire (« Le Parisien », 28/2). Tous les partenariats brandis par l’expert étaient faux ou périmés. Et les cinq années d’études n’ont aucune valeur en France. C’est pour cela qu’une trentaine d’étudiants s’étaient portés partie civile, ayant perdu — selon l’avocat général — « de l’argent, du temps et l’estime de soi » (« L’Est Eclair », 1/3). Comme ces étudiants étrangers désormais dans l’impossibilité de justifier leur présence en France.
Il y a quelques années, Montet avait déjà été rappelé à l’ordre par la justice, sans en tenir compte. « C’est un usurpateur des lois. C’est un escroc », a tonné le ministère public, le 27 février, dans son réquisitoire. Alors, révocation du sursis antérieur, 3 ans ferme et arrestation à l’audience.
On est curieux de voir quel « expert » viendra nous expliquer le cas Laurent Montet à la télévision…
Le bullshit lolilol de la semaine.
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Comment, classer, éplucher, synthétiser les quelque 2 millions de textes générés par le grand débat, sans que ça prenne des siècles ? Réunions locales avec comptes rendus, cahiers de doléances, contributions sur le site gouvernemental « grand-debat.fr »… Qui va lire tout ça ? Les cinq « garants » désignés pour s’assurer que « toutes les contributions seront intégrées dans le compte rendu final » ? Non, voyons…
Du coup, les garants ne peuvent rien garantir ? Du coup, ce ne sont plus des garants ? Du coup, on se fiche de nous ?
Après la fin officielle du grand débat, ce 15 mars, ce sont les machines qui vont prendre le relais. Les ordinateurs. L’ intelligence artificielle. Les algorithmes. Et c’est l’institut de sondage OpinionWay, assisté par Qwam, une boîte spécialisée dans les « solutions logicielles innovantes », qui va s’y coller : « La machine lit chacun des verbatim avec une extrême précision et les compare à un dictionnaire de notions — de mots, de groupes de mots, d’idées — dont elle est équipée, explique l’un de ses directeurs. Cela lui permet de trier, classer et sous-classer les idées » (« Libération », 16/2).
Comme d'habitude, ce sont des structures proches du pouvoir qui ont raflé ce marché…
Énième note technique pour le Canard : un dictionnaire de mots et du traitement statistique, ce n'est pas de l'intelligence artificielle (point « Qu'est-ce que réellement l'intelligence artificielle ? »). C'est un algorithme, oui, mais autant qu'une recette de cuisine ou que chacune de nos routines au saut du lit, c'est-à-dire une suite d'instructions… 40% des start-up européennes d'intelligence artificielle n'utilisent pas d'intelligence artificielle (via).
Ah, les gentilles machines ! Elles ont beau ne rien comprendre à ce qu’elles lisent, cela ne les empêche pas de mouliner des masses de données, de les hiérarchiser et d’organiser ainsi les priorités politiques. Ou, comme on dit dans le jargon « civil tech », d’obtenir « une cartographie des thèmes et des propositions ». Par conséquent, si l’expression « supprimer des services publics » revient plus souvent que « renforcer des services publics », la machine conclura que la première proposition l’emporte. Ce qui n’ennuierait certes pas trop Macron !
Juste au moment où les ordinateurs d’OpinionWay se mettent à chauffer et à surchauffer, « Le Monde » (27/2) publie une enquête sur les bugs de l’intelligence artificielle. Laquelle reste plus que faillible, facile à berner, capricieuse, approximative et pleine de défauts, dont l’un des plus distrayants est qu’elle est incapable de faire le distinguo entre une corrélation et une causalité : « Le piège bien connu est de constater qu’il y a plus de morts à l’hôpital et que donc l’hôpital tue… » Heureusement, il est prévu que les synthèses fournies par les algorithmes seront lues et relues par des humains en chair et en os. Ils n’ont pas fini de se marrer.
Le débat sur le grand débat et ses retombées ne va pas manquer de déboucher sur un très, très grand débat !
Tout ça pour ça… Tout cet argent public, tous ce brassage de vent, pour, au final, retenir une minorité des propositions des gilets jaunes, celles qui continueront à endommager notre monde, comme la réduction du nombre de parlementaires ou le RIC ou les réductions d'impôts sans réflexion sur leur usage…
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
L'éditeur américain Mozilla a organisé un beau colloque a Paris (4-5/3) afin de plancher sur la lutte contre les fake news en période électorale. Parmi les experts, surprise ! il y avait les Belges de l'ONG EU DisinfoLab, qui s'étaient distingués cet été en laissant entendre que l'affaire Benalla était une manip russe. Mais aussi les Américains de New Knowledge, qui se sont fait connaître aux Etats-Unis pendant les élections de mi-mandat (midterms) en créant de faux comptes russes, et en France pour avoir également suspecté une influence russe dans la crise des gilets jaunes.
Pour dénoncer les fake news, personne n'est mieux placé que ceux qui les fabriquent !
En même temps, ça fait bien longtemps que Mozilla n'a plus de projet politique donc part dans tous les sens… Ils soutiennent un navigateur web pour le simple fait de soutenir un navigateur web, pour justifier leur existence… L'organisation n'a pas utilisée le pouvoir qu'elle avait sur le marché des navigateurs web pour améliorer les choses…
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Voilà un sujet qu'Emmanuel Macron n’a pas eu le temps d’évoquer pendant les quatorze heures qu’il a passées au Salon de l’agriculture : les méchantes défaillances dans le contrôle sanitaire de notre alimentation. Deux semaines avant que la plus grande ferme de France ouvre ses portes à Paris, la Cour des comptes venait pourtant, dans son rapport annuel, de hacher menu notre système de surveillance de la chaîne alimentaire.
Les magistrats de la Rue Cambon l’ont d'autant plus mauvaise que rien ou presque ne s'est amélioré depuis leur précédent contrôle, en 2013. Ils relèvent ainsi que « des insuffisances subsistent a toutes les étapes », et ce « depuis les autocontroles réalisés par les entreprises jusqu'à la publication des résultats des inspections ».
Premier constat : l'Etat n'a pas assez de troupes pour vérifier la qualité des denrées qui finissent ans notre assiette. Dans les abattoirs de volailles et de lapins, par exemple, « les moyens disponibles en inspecteurs demeurent toujours insuffisants pour se conformer à l'obligation européenne de présence d'un agent des services vétérinaires dans chaque abattoir ». L’Etat manque aussi de bras pour surveiller les commerces d'alimentation, les grandes surfaces et les restaurants. « Un établissement de restauration est donc contrôlé en moyenne tous les quinze ans », déplorent les rapporteurs. Il y aurait bien un moyen de trouver de l'argent pour étoffer les troupes de contrôleurs : augmenter les redevances sanitaires payées par les entreprises, ce que permet la réglementation européenne. Prenez les 55 millions d'euros de redevances perçus chaque année par la Direction Générale de l'alimentation (DGAL, la somme couvre à peine 17 % du coût des contrôles. Et que dire de la Répression des fraudes (DGCCRF), qui se contente de 1 million d’euros annuels au titre d'une redevance à l'import ? Finalement, l’agroalimentaire ne finance que 10 % des contrôles sanitaires de l'alimentation opérés par l'Etat, contre 28 % aux Pays-Bas et 47 % au Danemark !
Pour rendre les choses encore plus complexes, si, dans la plupart des pays européens, un seul organisme pilote la sécurité sanitaire, la France en aligne trois… qui se marchent sur les pieds : la direction générale de la santé, pour la qualité des eaux, la DGAL, pour les aliments d'origine animale, et la DGCCRF, pour les végétaux.
Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
La Macronie profite du chantier des Jeux olympiques pour cajoler Unibail, le bâtisseur favori de la Mairie de Paris.
Cinq ans avant l’ouverture des JO de Paris, le numéro 1 mondial des centres commerciaux, le promoteur Unibail, a déjà raflé un joli paquet de médailles. En or massif, s’il vous plaît ! Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) en a fait l’un de ses principaux prestataires privés. Il a prévu d’organiser nombre d’épreuves et de manifestations annexes sur des sites gérés par Viparis, une filiale d’Unibail et de la chambre de commerce spécialisée dans l’organisation des salons professionnels.
Le groupe va ainsi accueillir le handball, le tennis de table et certaines cérémonies olympiques au parc des expositions de la porte de Versailles (que lui concède la Ville de Paris). Viparis hébergera également l’imposant centre de presse dans son deuxième parc des expositions, installé à l’aéroport du Bourget. Pour quel montant ? Sollicité par « Le Canard », le Cojop se retranche derrière le « secret commercial » . C’est pas du Jeu(x)…
Mouais, la critique est facile, mais elle est superficielle. À mon avis, les questions essentielles sont plutôt : 1) avons-nous besoin de ces jeux qui ont perdu leur but original et qui normalisent et massacrent tout sur leur passage ? 2) Si l'on a répondu oui à la question 1), la deuxième question est : où se déroule les épreuves et tout le bazar ? La ville doit-elle construire de nouveaux terrains afin de ne pas solliciter le privé ? Le véritable problème n'est-il pas que le public loue voire délègue la construction de plus en plus de lieux de la vie en commun (prison, stade sportif, musées, infrastructures de transport, etc.) au privé ? Forcément, après c'est le privé qui s'en met plein les fouilles lors d'événements tels que les JO. Mais les JO sont seulement l'une des nombreuses occasions…
Aubaines juridiques
Les JO vont également permettre à Unibail de faire avancer ses propres projets immobiliers. A commencer par celui de la grandiose tour Triangle, prévue à la porte de Versailles, avec la bénédiction de la municipalité. Le bâtiment de 180 mètres doit être inauguré en 2028, mais le constructeur s’est plaint à l’Elysée des multiples recours juridiques déposés par des riverains et des associations écolos, qui lui reprochent de saccager le paysage parisien.
La loi olympique — votée en 2017 — avait déjà accéléré les procédures juridiques et limité les droits des tiers contre les permis de construire. Il s’agissait de garantir l’achèvement de tous les équipements nécessaires avant la cérémonie d’ouverture. Depuis, un décret miraculeux, paru le 12 février au « Journal officiel », a permis d’inclure la tour Triangle dans ce périmètre olympique (« Le Journal du Grand Paris », 24/2).
Résultat : le tribunal administratif devrait être prochainement dessaisi de tous les recours déposés contre le gratte-ciel au profit de la cour administrative d’appel, qui jugera en premier et dernier ressort (sous réserve d’un recours en cassation). A la clé, un an de procédure et de copieuses économies pour Unibail.
Comment un tel prodige a-t-il été possible, alors que la tour Triangle n’est strictement d’aucune utilité pour les JO ? La réponse réside dans un discret amendement à la loi Elan (sur le logement et le numérique), introduit par le Sénat en juillet 2018. Il étend les dispositions « spécial JO » aux immeubles dont la « proximité immédiate [avec un site olympique les rend susceptibles d’en] affecter les conditions de desserte, d’accès, de sécurité ou d’exploitation ».
Serviables sénateurs
Curiosité : cet amendement a été déposé par une quinzaine de sénateurs de province qui n’ont aucun rapport, ni de près ni de loin, avec le dossier des Jeux. Ces élus, tous radicaux de gauche, se sont contentés de porter les valises du gouvernement. Leur petit camarade de parti, Jacques Mézard, alors ministre de la Cohésion des territoires, leur avait demandé de déposer l’amendement à sa place. Sans doute par pudeur…
Que c'est beau, démocratique et tout, la rédaction de la loi. :')
Pour Jean Castex, le délégué interministériel aux JO, ce bazar législatif serait destiné à satisfaire la Préfecture de police. Les poulets souhaitent que tous les chantiers situés à proximité immédiate des enceintes sportives soient terminés avant les Jeux ou suspendus durant les compétitions.
Et, à entendre Castex, seul un louable souci d’économie aurait poussé le gouvernement à préférer l’accélération des travaux à leur arrêt temporaire…
Cette chasse aux dépenses inutiles n’en semble pas moins avoir été taillée sur mesure pour Unibail. Comme le reconnaît le délégué interministériel, un nouveau décret est aujourd’hui à l’étude pour étendre cette procédure à une deuxième parcelle urbaine chère au groupe immobilier. Il s’agit cette fois de la porte Maillot, où la Mairie envisage d’agrandir un palais des congrès préexistant et déjà géré par Unibail.
Il n’y a pourtant aucun site olympique à la ronde. Mais la proximité d’un hôtel dédié à l’hébergement des responsables du Comité international olympique est censée justifier ce passe-droit supplémentaire. A ce compte-là, autant demander aux patrons d’Unibail de récrire eux-mêmes le Code de l’urbanisme…
Gros +1… C'est beau, la loi pour soi…
Fort de ses 62 milliards d’euros d’actifs immobiliers, le groupe Unibail-Rodamco-Westfield ne manque pas d’appuis politiques. A Paris, Bertrand Delanoë lui a accordé des conditions royales pour la rénovation du Forum des Halles, comme l’a récemment relevé la chambre régionale des comptes. L’ancien maire et celle qui lui a succédé, Anne Hidalgo, ont également déroulé le tapis rouge à Unibail pour sa tour Triangle, à la porte de Versailles (lire ci-dessus).
L’ancien président d’Unibail Guillaume Poitrinal a aussi ses entrées à l’Elysée. Après avoir été chargé de diverses missions par François Hollande, il est désormais régulièrement consulté par Emmanuel Macron. Un ancien du groupe siège d’ailleurs au Conseil des ministres : le porte-parole du gouvernement (et candidat à la Mairie de Paris), Benjamin Griveaux. Directeur de la communication et des affaires publiques du groupe immobilier de 2014 à 2016, Griveaux veillait alors avec un soin jaloux aux intérêts de son employeur à Matignon, à Bercy et au Parlement…
*Soupirs*
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Se vantant d’être le « pitbull » de Trump, l’avocat Michael Cohen a, dix ans durant, endossé les turpitudes de son grand homme et couvert ses frasques. S’il s’apprête à purger 3 ans de prison à partir du 6 mai, c’est notamment pour avoir menti devant le Congrès afin de continuer de couvrir son patron…
C’est dire qu’il connaît la bête de très près. « J’ai honte parce que je sais qui est M. Trump. C’est un raciste. C’est un escroc. Et c’est un tricheur. » C’est en ces termes que Michael Cohen décrit désormais son ex-boss, à l’occasion d’une audition par une commission parlementaire le 27 février. Il faut dire que Trump l’a laissé tomber comme une vulgaire chaussette dès ses premiers démêlés judiciaires par procuration, et que Cohen a donc accepté de collaborer à l’enquête du procureur Mueller sur les ingérences russes dans la campagne de 2016.
Cohen, qui se disait jadis « prêt à prendre une balle » pour Trump, ne le flingue pas à la légère. « Un raciste » : « Il m’a dit que les Noirs ne voteraient jamais pour lui car ils étaient trop stupides. » « Un escroc » qui ne « briguait la présidence » que « pour faire grandir sa marque ». Et qui a continué de négocier en sous-main son projet juteux de Trump Tower à Moscou pendant la campagne électorale… « Un tricheur » invoquant une exemption médicale imaginaire pour échapper à la conscription : « Tu penses que je suis stupide ? Je n’allais pas partir pour le Vietnam. » Trouvant « formidable » que WikiLeaks s’apprête à un grand déballage sur Hillary Clinton à l’été 2016, et se réjouissant des contacts directs entre son équipe et le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, aujourd’hui accusé d’avoir été alimenté par des agents russes… « Un tricheur », enfin, qui a prié son indispensable avocat Michael Cohen de dédommager sur ses fonds propres deux de ses ex-maîtresses pour qu’elles la bouclent. Avant de le rembourser en douce par chèque… « Mentir à la première dame est l’un de mes plus gros regrets », lâche Cohen aujourd’hui.
C’est cette dernière manœuvre pour couvrir — encore et toujours — Trump qui envoie Cohen en prison. Et qui lui vaut d’être traité par la Maison-Blanche de « criminel déshonoré ». Miroir, mon laid miroir…
Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.
Encore une entrevue avec Natacha Polony, journaliste et rédactrice en chef de Marianne.
Mes notes :
Bon, je vais faire court : je me suis fait entourlouper une fois de plus en voulant rémunérer la création.
Au hasard d'une navigation sur mon site web de vente de films sans DRM préféré, les Mutins de Pangée, je tombe sur un film qui m'intéresse. Par flemme, je remets l'achat à plus tard. Un mois plus tard, ce film n'est plus proposé à leur catalogue.
Quelques semaines plus tard, ce film me revient en tête. Je le trouve sur Youtube (pas la plateforme de VOD payante, juste Youtube standard). Toujours pas chez les Mutins. Je le visionne.
Encore plus tard, je m'aperçois qu'il est en vente sur la boutique Arte. Comme je l'ai trouvé intéressant et qu'il traite une thématique qui l'est insuffisamment à mon goût, je décide de passer à la caisse.
Sauf que la boutique d'Arte utilise des DRM…
Lors d'une tentative de visionnage en streaming, Firefox me demande si je veux installer la prise en charge des DRM. Ce que je refuse.
Pour télécharger le film, il faut utiliser le logiciel d'Arte… Bon, c'est un AppImage donc il fonctionne sous Debian GNU/Linux et c'est pratique. Le téléchargement s'effectue sans problème. Le visionnage peut avoir lieu sans connexion Internet. En revanche, le logiciel tente en permanence de se connecter aux serveurs d'Arte… Arte sait donc a minima que son logiciel est utilisé… Reste à identifier ce que le logiciel moucharde…
Le film est découpé en environ 2600 fichiers avec quatre listes de lecture, une pour l'audio, une pour la vidéo, une pour les sous-titres français et une qui assemble le tout. C'est le format HLS (HTTP Live Streaming). La liste de lecture vidéo fait référence à un fichier clé qui est stocké en local. Les listes de lecture audio et sous-titres ne font pas référence à une quelconque clé. Les listes de lecture sont illisibles avec vlc, mplayer, ffplay, etc.
Vu que je possède la clé en local, il est évident que je peux déchiffrer le contenu. Néanmoins, je n'ai pas trouvé comment faire. J'ai utilisé ffmpeg, hls-fetch, openssl directement à la main, etc. Sans succès.
Bref, je suis déçu… Inscription obligatoire sur le site web (avec une collecte inutile du prénom + nom), DRM, logiciel imposé qui flique l'utilisateur, etc. Pas merci, Arte. :( J'aurai dû me contenter de la version Youtube. Je suis trop naïf.
La corbeille était bien remplie : les investisseurs internationaux se sont rués sur l’emprunt de 7 milliards lancé par la France le 19 février. En un clin d’œil, les financiers du monde entier ont proposé 31 milliards. Et en acceptant un taux d’intérêt riquiqui : 1,6 % sur trente ans, couvrant à peine l’inflation !
Explication du mystère : pour sortir de la crise de 2008, les banques centrales — BCE en tête — font tourner la planche à billets afin de relancer l’activité. Et il y a tellement d’argent que les occasions d’investir manquent. Les emprunts publics des Etats restent les plus sûrs, même ceux des pays qui ne sont pas des modèles de rigueur financière. Et, depuis que l’Allemagne a considérablement réduit ses emprunts — pour cause d’excédent budgétaire —, la France, réputée pour sa capacité à lever des impôts et, donc, à rembourser, est devenue la chouchoute de la finance.
D’autant plus qu’une étude de la Banque de France (« Les Echos », 26/2) vient de révéler que la baisse des taux devrait permettre à la France de diminuer les remboursements annuels de sa dette d’environ 12 milliards d’ici à 2021, soit le montant du cadeau fait par Macron aux gilets jaunes.
La finance n’est plus l’ennemie de Macron — pas plus, d’ailleurs, qu’elle ne l’était de Hollande : la réduction du déficit pendant son quinquennat a été due pour moitié, selon la Cour des comptes, à la baisse des taux d’intérêt.
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
La peu voyante mais efficace Commission des clauses abusives (CCA) a cessé ses activités le 14 février. Ce jour-là, par un vote à l’unanimité, ses 22 membres et son président, Vincent Vigneau, ont fait savoir par courrier à Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, qu’ils cessaient de siéger. Il faut dire qu’avec ses 25 000 euros annuels cette institution coûtait un pognon de dingue !
La CCA examinait et véfifiait les contrats proposés aux consommateurs : un travail fort utile, tant chacun néglige les interminables et obscures « conditions particulières » dont raffolent assureurs, fournisseurs d’accès à Internet, opérateurs téléphoniques et autres vendeurs…
Relevant et analysant tout ce qui lui semblait « abusif », la Commission le signalait aux autorités compétentes. Son rapport, transmis aux cours et tribunaux, alimentait les juges, qui piochaient dedans pour comprendre les contrats et étayer leurs décisions.
Hélas, tout cela revenait bien trop cher ! Entre l’énorme indemnité annuelle de 1 600 euros versée à son président et les royales vacations de ses membres, professeurs de droit, magistrats ou consommateurs, allant de 25 à 70 euros la séance… Pour Bercy, une division par cinq de ce budget somptuaire s’imposait.
« La Commission prend acte de l’impossibilité de poursuivre ses travaux, écrit son président, faute de budget suffisant… » Et d’évoquer « des conséquences dommageables, au détriment des consommateurs ».
Indignation à Bercy, où l’on allègue une reconduction du budget de l’an dernier : 5 000 euros, plus 4 000 euros de frais de fonctionnement. Très légère erreur : l’an dernier, la CCA n’ayant été renouvelée qu’en juin, elle avait travaillé durant cinq mois à peine. D’où cette enveloppe réduite.
Avec ou sans une clause abusive ?
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.
De gros poufs rouges siglés Coca-Cola et des canettes de soda à volonté. Le 31 janvier à Bucarest la première « réunion informelle » du Conseil de l'Union européenne, dont la Roumanie détient la présidence pendant six mois, était sponsorisée par la multinationale américaine ! Sur les banderoles, on pouvait même lire : « La firme Coca-Cola est fière de soutenir la première présidence roumaine du Conseil de l’Union européenne. »
Pour rappel, le Conseil de l'Union européenne est le co-législateur européen avec le Parlement européen. Un peu comme le Sénat est le co-législateur de l'Assemblée nationale.
Si incroyable que cela puisse paraître, tout pays qui préside cette instance politique a le droit de nouer des accords de sponsoring avec qui lui chante. Du moins, pour les « réunions informelles » — comprenez : celles qui n'ont pas pour vocation d'adopter un texte mais seulement de discuter pour se mettre d'accord.
En 2011, lors de la présidence polonaise, Coca-Cola avait déjà été choisi comme partenaire. Contacté par « Le Canard », le secrétariat général dudit Conseil explique, un brin embarrassé : « Il ne s'agit pas de financements mais d'avantages en nature. » Nous voilà rassurés.
Après avoir remporté un appel d'offres, Coca-Cola Roumanie sera donc, jusqu'à la fin juillet, l'un des partenaires « platinium » de la présidence roumaine. Un mélange des genres effervescent, vu que la création d’une taxe sur les produits sucrés et la mise en place d’un étiquetage nutritionnel plus limpide pour le consommateur devraient bientôt figurer au menu des discussions du Conseil de l'Union européenne, chargé de négocier et d'adopter les textes législatifs de l'UE. Or les fabricants de soda ont décidé de torpiller ces deux mesures mises sur la table au nom de la lutte contre le diabète sucré et l'obésité, qui frappe désormais 17 % d’Européens. Rappelons que le sucre est encore plus délétère absorbé sous forme liquide et qu'une canette de Coca-Cola en contient l'équivalent de sept morceaux. Quand on aime…
Furibarde contre ce « lobbying déguisé », l'ONG Foodwatch, qui pourfend la malbouffe, vient de se tendre d’une lettre ouverte au gouvernement roumain pour lui demander de mettre fin illico à ce parrainage. Et de lancer, dans la foulée, une pétition afin que les « réunions informelles » du Conseil de l'Union européenne ne puissent plus être sponsorisées.
Du côte de Coca-Cola Roumanie, on assume, tout en précisant qu'il y a d'autres partenaires, comme l'association des brasseurs roumains… Deux lobbys qui pétillent !
Dans le Canard enchaîné du 27 février 2019.