C'est une banderille dont la maison Rothschild se serait bien passée. Chargée d’enquêter sur la cession de fleurons industriels français à des pays étrangers, une commission parlementaire a formulé une proposition assez perverse à l’adresse des banques d’affaires. Olivier Marleix (LR), son président — en accord avec le rapporteur Guillaume Kasbarian (LRM) —, préconise, dans un rapport rendu public le 20 avril (« Le Canard », 25/4), d’élargir le statut juridique qui s’impose aux lobbyistes et autres « représentants d’intérêts ». Il entend ainsi contraindre les professionnels des fusions-acquisitions à détailler leurs activités auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). Au secours, les ennemis de la finance reviennent !
Sauvetage inespéré
Pourquoi ? La commission Marleix a découvert qu’Alstom avait déboursé « 300 millions d’euros d’honoraires » pour un deal de 8,2 milliards d’euros (« Le Canard », 21/3). Une rémunération très au-dessus de la moyenne. Parmi les heureux bénéficiaires, la banque Rothschild, conseil à la fois d’Alstom et de son actionnaire de référence, Bouygues.
La loi Sapin 2 de décembre 2016, relative à la transparence et à la lutte contre la corruption, avait offert une définition claire des obligations imposées aux représentants d’intérêts susceptibles d’exercer une influence sur des membres du gouvernement ou de cabinet ministériel. Mais, par un incroyable tour de passe-passe, le décret d’application, pris le 9 mai 2017 (juste avant le départ de François Hollande), avait exonéré les banquiers d’affaires. Au nom du secret des affaires…
« La transparence appliquée à un métier comme le nôtre devient très rapidement un nid à embrouilles », avait déclaré David de Rothschild devant la commission d’enquête, le 22 mars. « Evidemment, nous avons des conversations avec l’Etat, avait-il renchéri. Mais nous ne vendons pas. Le représentant d’intérêts fait le tour de toutes les administrations pour obtenir le maximum de soutiens. Nous travaillons pour nos clients sur des opérations un peu complexes qui nécessitent de dialoguer. » Un dialogue susceptible de rapporter plusieurs millions.
L’ancien banquier d’affaires Emmanuel Macron en sait quelque chose…
Dans le Canard enchaîné du 2 mai 2018.
La Lettre A a découvert que dans la dernière ligne droite, jusqu’au 21 avril 2017, 2 jours avant le premier tour, le camp Fillon a aspiré les bases de données de la presse française dans l’espoir un peu fou de renverser la tendance. En tout, ils ont dépensé un peu moins de 50 000 euros pour collecter 3,5 millions d’adresses mail.
Techniquement, ils ont loué les fichiers de grands médias nationaux. Ca vous est sûrement déjà arrivé : en souscrivant un abonnement à votre journal préféré, vous avez mécaniquement coché la case “recevoir les offres partenaires”. […]
La société française The Optin Machine, qui a réalisé l’opération, assure avoir agi en conformité avec les règles édictées par la CNIL, la commission nationale informatique et libertés. Traduction : si vous avez été noyé sous les mails fillonistes, c’est que vous étiez plus ou moins d’accord. […]
A qui envoie-t-on les mesures du programme liées à la famille ? Pif, La Croix, 100 000 adresses de lecteurs âgés de 45 ans et plus. La santé ? Paf, Le Figaro Santé et Top Santé, 750 000 personnes. Qui s’intéresse à nos propositions sur la gestion des comptes publics ? Probablement les lecteurs du Figaro, des Echos et de l’Obs. 600 000 adresses supplémentaires. Le pouvoir d’achat ? Aux 190 000 lecteurs de moins de 35 ans de 20 Minutes. Plus inattendu, 500 000 abonnés de 50 ans et plus du site de Météo France ont reçu le programme de Fillon sur la sécurité… Il faudra demander quelques explications à Marie-Pierre Planchon.
Ça fait quand même bizarre, ce genre de chose… Du marketing politique en fonction des lectures… Oui, les publicités sur le Net fonctionnent sur le même principe donc rien de neuf, mais quand même…
Via le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
Les trois magistrats de la chambre sociale de la Cour de cassation qui ont eu les honneurs du « Canard » pour avoir un peu mélangé les genres (lire p. 3) n’ont vraiment pas de bol. A quelques mois près, ces dégourdis auraient pu rester anonymes et passer entre les gouttes. L’article 19 du projet de loi de réforme de la justice prévoit que les noms des juges (mais aussi ceux des greffiers, des avocats et des autres personnes physiques) pourront désormais être occultés dans les décisions de justice pénale ou administrative.
Plus question de savoir si tel ou tel juge est une « peau de vache », tel autre un piètre professionnel ou, au contraire, un magistrat compréhensif. Et impossible, bien sûr, de découvrir ses éventuels conflits d’intérêts…
Cette disposition, appliquée dans des pays aussi démocratiques que la Russie de Poutine, n’a qu’un précédent connu en France : les sections spéciales de sinistre mémoire mises en place par Vichy. Seule était alors rendue publique l’identité du greffier, du procureur et des avocats.
Aujourd’hui, les magistrats se remettent à rêver d’anonymat. Au nom de la « sécurité » et du « respect de [leur] vie privée ». Le Conseil d’Etat a bruyamment approuvé cette mesure, réclamée également par l’Union syndicale des magistrats (majoritaire). A croire que les juges n’ont plus aucune confiance dans l’Etat de droit et dans la loi qu’ils sont chargés d’appliquer…
Mais le gouvernement se montre bien trop timoré. « Le Canard » le proclame haut et fort : pour assurer pleinement la sécurité et la tranquillité des magistrats, la garde des Sceaux doit aller plus loin et ajouter un codicille à son projet de loi en imposant le port de la cagoule — voire de la burqa — dans toutes les audiences.
Ou remplacer les juges par des robots…
Cette revendication de l'USM fait suite à la loi pour une République numérique qui prévoit la publication des décisions de justice en Open Data (mesure toujours pas en vigeur car le décret correspondant n'a toujours pas été édicté).
Les décisions de justice sont rendues au nom du peuple, ça ne peut relever de la vie privée, tout comme le travail de tous nos élu⋅e⋅s et leur armada de conseiller⋅e⋅s… Ces gens-là travaillent au nom du collectif, au nom de chaque citoyen⋅ne. Que ces décisions soient publiées dans des revues spécialisées ou en Open Data ne fait pas de différence à mes yeux.
Entre les box sécurisés dans les salles d'audience qui nuisent à la défense, les audiences à distance d'une qualité sonore contestable qui nuisent à la défense et à la qualité des débats et maintenant ça, sale temps pour la justice… :(
Dans le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
Quatre syndicalistes de l’inspection du travail de Seine-et-Marne viennent de se voir menacés par leur direction de sanctions disciplinaires. Manquements aux règles du droit du travail ? Pas vraiment. Ces représentants ont eu le toupet de protester — en des termes jugés excessifs — contre une étrange initiative de leur hiérarchie.
Le 13 février, celle-ci organisait une journée de « convivialité » et de travail dans les locaux d’une grande entreprise privée de Melun : au musée aéronautique et spatial Safran, propriété du groupe de défense éponyme, numéro 1 mondial de la fabrication de moteurs pour avions civils. Le musée, fermé, était mis à la disposition de l’administration.
D’où les questions intempestives des syndicalistes, du type : « A l’avenir, pourra-t-on contrôler librement une entreprise qui nous rend de tels services ? » ou « Et la neutralité de la fonction publique ? On en parle ? », etc.
Les organisateurs ont très mal pris ces insolences, et le ton est monté, les perturbateurs se faisant même traiter de « bande de cons », Aujourd’hui, ce sont eux qui risquent des bricoles, pas leur direction, trop polie pour refuser les petits cadeaux de l’un des plus gros employeurs de la région.
Ha, ouais, quand même… On en est là quoi… L'inspection du taff qui fait amie-amie avec une société qui emploie beaucoup de monde dans une zone géographique… Bon sang…
Dans le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
Rebaptisés “votations citoyennes”, les référendum bidon ont la cote. Anne Hidalgo en a même fait une spécialité parisienne.
Chez les élus locaux, cette nouvelle mode fait fureur. Une décision à prendre sur un sujet qui fâche ? Une petite panne de popularité ? Allez, hop ! une « votation citoyenne » ! Dernier exemple en date : pour tenter de faire oublier ses récents couacs, Anne Hidalgo a prévu. d’organiser, fin mai, un scrutin sur sa politique de lutte contre la pollution à Paris…
La maire ne court pas grand risque : l’appellation « votation citoyenne » ne recouvrant aucune réalité juridique, les organisateurs ont toute latitude pour définir la composition du collège électoral, les questions soumises au vote, voire l’organisation du scrutin (en mairie, dans la rue, sur Internet, au bistrot du coin…). Aucun recours n’est possible pour les mécontents. Les maires peuvent même décider de s’asseoir sur tout ou partie des résultats si ceux-ci ne leur conviennent pas. Open bar !
Electorats sur mesure
Ces derniers mois, ces votations citoyennes ont été accommodées à toutes les sauces, a droite comme à gauche. Les maires de Metz, de Nancy, du Grand-Quevilly, de Creil ou de Thionville en ont organisé pour régler la délicate question des rythmes scolaires. D’autres, à Paris ou à Grenoble [NDLR : ou à Rennes ou à Strasbourg ou à… ], y ont eu recours pour mettre en œuvre des « budgets participatifs » (les citoyens sont invités à proposer des projets qui seront financés et mis en œuvre par la ville). A Nantes, les projets d’urbanisme de la métropole vont être soumis à la même procédure.
J'ai déjà exposé pour quelles raisons je trouve les budgets participatifs fondamentalement anti-démocratiques.
La plupart du temps, la participation à ces consultations est très faible. Dans le XIXe arrondissement de Paris. le réaménagement de l’avenue de flandre a été décidé par 1 900 votants… sur plusieurs dizaines de milliers de citoyens concernés. En 2015, à Valenton (Val-de-Marne), 871 personnes (sur 15 000 habitants) se sont prononcées sur une sombre histoire de découpage administratif. Une poignée d’électeurs qui a suffi au maire PC pour faire fléchir le gouvernement… A Paris, Anne Hidalgo espère entre 100 000 et 150 000 votants sur… 2,2 millions de résidents. Sauf que des petits grains de sable menacent de gripper la machine. Une équipe municipale vient de tester les bulletins qui seront proposés aux Parisiens sur les marchés et dans les rues. Les résultats sont cruels.
Mauvais argument du Canard car à ce jeu-là, je peux prétendre que les dépûté⋅e⋅s actuels ont été élus par moins de 29 % des habitant⋅e⋅s de France… Ça élude les non inscrit⋅e⋅s et les abstentions…
Plébiscites en loucedé
Dans un rapport rendu le 9 avril, les fonctionnaires reconnaissent que certains cobayes interrogés ont eu — quelle idée ! — l’« intuition d’un coup de com’politique ». D’autres ont souligné que ce vote avait « perdu de son sens », puisque l’Hôtel de Ville leur demandait de se prononcer sur des dossiers déjà tranchés par le Conseil de Paris. lnsupportable, cette suspicion…
Les budgets participatifs ont aussi cette caractéristique…
Les mauvais coucheurs n’ont pas apprécié non plus de ne pouvoir répondre par oui ou par non, comme cela est d’usage dans un vrai référendum.
La Mairie les a juste invités à indiquer les actions qu’ils jugeaient prioritaires parmi celles que la Ville avait déjà décidées (alimentation, économies d’énergie, gestion des déchets, interdiction à terme des véhicules polluants).
En gros, ils peuvent choisir entre « Bravo ! » et « Encore ! ». C’est la démocratie pour les nuls…
Gros gros gros +1.
Dans le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
Vu de l’Elysée
« Il n’y a eu qu’un seul vote contre au sein de notre groupe » : c’est le commentaire de Macron après le débat sur le projet de loi Asile et immigration. Lequel a oublié que 14 députés En marche ! s'étaient abstenus également le 22 avril. Le sort du député frondeur Jean-Michel Clément a fait l’objet de toutes les attentions. Le patron du groupe, Richard Ferrand, a proposé à Clément une « mise en congé » du parti plutôt qu’une exclusion, qui aurait débouché sur « un procès en autoritarisme et refus du débat ».
« C’est un divorce temporaire par consentement mutuel », a expliqué Ferrand, dimanche soir à l’issue des débats, devant quelques députés à la buvette de l’Assemblée. Avec à la clé la possibilité pour Clément de revenir au groupe d'ici quelques mois.
Tout ça peut ça !
Ces gens-là se moquent du monde ! Une mise en congé n'est pas un signe d'autoritarisme et de refus du débat… Mais bien sûr ! Un divorce temporaire… Mais ouiiii, c'est c'laaaaa ! Consentement mutuel… Je ne doute pas que le député était aussi consentant qu'une plan cul de Weinstein ! Putain, lire ces idioties me procure des pulsions de meurtre ! :@
L’asile pour députés
Le ministère de l’Intérieur s’est donc félicité d’avoir « tenu » sa majorité lors du vote, à l’Assemblée le 22 avril, sur le projet de loi Asile et immigtatien. Un seul député Marcheur, on le sait, a voté contre Mais 99 des 312 députés de La République en marche se sent signalés par leur absence lors du débat final et n’ont même pas donné de procuration de vote à l’un ou l'autre de leurs cellègues.
En outre, 9 élus du « nouveau monde » ont voté contre l’amendement — le plus controversé — faisant passer la durée maximale de rétention pour un étranger en attente d’expulsion de 45 à 90 jours.
Sitôt fait, leur chef, Richard Ferrand, les a appelés un par un et les a invités à se « conformer au choix du groupe et à ses décisions collectives ».
Sinon. c’est la mise en rétention ?
Les propos de Ferrand et la sanction appliquée au député Clément sont une violation complète de l'article 27 de notre Constipation (oui, c'est voulu ;) ) : tout mandat impératif est nul. Un⋅e député⋅e n'a pas à voter selon les désidératas de son parti ou d'une portion de son électorat ou de qui que ce soit s'il⋅elle n'est pas en accord avec la position défendue. C'est un principe vital de notre République et il est sans cesse baffoué par les partis politiques quelle que soit leur orientation politique ! Et nous nous laissons faire !
Dans le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
ÉDIT DU 7 MAI 2018 À 21H55 : hop, petit mail envoyé à Richard Ferrand et à Macron (mais ça a foiré, l'adresse mail en ma possession permet seulement d'émettre des mails, pas d'en recevoir (oui, ça casse le principe d'horizontalité des échanges sur Internet, mais on n'est plus à ça près)) :
Bonjour Richard et Emmanuel (si le présent mail vous parvient…)
J'écris ceci en tant que citoyen.
Dans le Canard enchaîné du 25 avril 2018, page 2, j'ai lu les propos suivants :
- « Le patron du groupe, Richard Ferrand, a proposé à Clément une « mise en congé » du parti plutôt qu’une exclusion, qui aurait débouché sur « un procès en autoritarisme et refus du débat » […] « C’est un divorce temporaire par consentement mutuel », a expliqué Ferrand, dimanche soir à l’issue des débats, devant quelques députés à la buvette de l’Assemblée » ;
- « En outre, 9 élus du « nouveau monde » ont voté contre l’amendement — le plus controversé — faisant passer la durée maximale de rétention pour un étranger en attente d’expulsion de 45 à 90 jours. Sitôt fait, leur chef, Richard Ferrand, les a appelés un par un et les a invités à se « conformer au choix du groupe et à ses décisions collectives ». »
Je m'interroge : en plus d'être moralement inacceptables, ces pratiques ne sont-elles pas contraires à l'article 27 de notre Constitution ? Un⋅e député⋅e n'est pas obligé⋅e (et ne doit pas l'être) de voter ni de s'exprimer ni de conduire des travaux selon les instructions de son parti politique ou d'une portion de son électorat ou de qui que ce soit d'autre s'il⋅elle n'est pas en accord avec lesdites instructions. Certes, Richard n'a rien obligé, il a « juste » prévenu en amont et sévi en aval, nuance, probablement.
Je pense que l'interdiction du mandat impératif est un principe absolument essentiel pour la bonne santé de notre République. Or, il est sans cesse bafoué par tous les partis politiques… N'est-il pas temps que cela cesse ?
Sur la forme, je ne comprends pas en quoi une mise en congé est moins un refus autoritaire de débattre qu'une exclusion… L'insincérité (le « wording » devrais-je dire) actuelle, sans doute… De même, j'éprouve des difficultés à appréhender la notion de « divorce temporaire » qui m'apparaît être un oxymore. Enfin, je m'interroge à nouveau : le « consentement » du député Clément était-il aussi univoque que celui des femmes abusées par M. Weinstein ?
Il est temps d'arrêter de prendre les citoyens et les citoyennes pour des imbéciles… sur la forme comme sur le fond !
Bonne journée.
FIN DE L'ÉDIT DU 7 MAI 2018 À 21H55.
L’affaire n'a pas fait grand bruit au-delà du port de la Goulette, mais près de 2 000 personnes — des femmes, en grande majorité — ont défilé, le 10 mars à Tunis, pour réclamer l’égalité des sexes en matière d’héritage. Comme dans d’autres pays musulmans, la femme tunisienne n’a droit, en effet, qu’à une demi-part successorale. « Au garçon, la part de deux filles », commande ainsi le Coran. Une disposition « sacrée » que la Commission des libertés individuelles et de l’égalité, en Tunisie, pourrait remettre en question.
Ce séisme législatif est dénoncé comme une hérésie par les conservateurs et pourrait, ainsi que l’écrit le journaliste et écrivain algérien Kamel Daoud, constituer « la plus grosse révolution juridique dans le monde dit arabe depuis des siècles » (« Le Point », 19/04. Car, comme le rappelle le vice-président du Conseil français du culte musulman, « les versets du Coran, révélation divine, s’ils peuvent être interprétés, ne peuvent être abrogés » (« Le Monde », 24/4). Et sont donc défendus par des traditionalistes qui jongleht entre legs testamentaire (« wasyya »), héritage transmis par la loi (« warth ») et donation de son vivant (« atyya ») pour dire que l’héritage coranique est égalitaire, car l’homme a payé la dot et prend en charge le foyer.
En juin, la Commission des libertés individuelles et de l’égalité dira si oui ou non une famille tunisienne peut équitablement répartir son héritage entre filles et fils. Comme l’écrit Daoud, il s’agirait alors de « sortir le Coran du législatif pour le reléguer à l’intime ».
Et de célébrer un vrai printemps arabe…
Dans le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
C'est reparti pour un tour ! Bruno Le Maire vient d’annoncer la énième réforme de la formule de calcul du taux d’intérêt du Livret A (« Les Echos », 21/4). Motif : l’actuelle est — comme les précédentes — inapplicable quand les taux descendent trop bas et que le résultat est contrariant pour les quelque 56 millions de détenteurs. « Chaque fois qu’on modifie le taux, on est obligés de déroger à la règle », a reconnu le ministre des finances.
Pour satisfaire à la fois les épargnants — qui veulent garantir leur bas de laine — et les offices HLM — qui veulent un financement bon marché —, le taux sera désormais la moyenne entre l’inflation et le taux du marché à court terme (Eonia).
Mais, attention, à partir du début de 2020 seulement. Les prévisions de hausse des taux annoncent, à cette date, un Li— vret A à 1,1 %. C’est—à,—dire ap— paremment supérieur au 0,75 % actuel. Pas question de braquer les petits épargnants, même si ce taux sera inférieur aux 2,25 % qu’aurait procurés la formule actuelle. Gain pour les HLM : 675 millions par an.
Le ministre des finances conservera le droit de déroger à l’application de la formule si le résultat ne lui convient pas. Exactement comme aujourd’hui.
Tout changer pour que rien ne change ?
Waooouh, je me rends compte que je ne savais rien sur le livret A, en fait ! :O
Sources : https://fr.wikipedia.org/wiki/Livret_A et https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/industrie-financiere/20120222trib000684383/ou-va-vraiment-l-argent-du-livret-a-.html
Dans le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
Un autre de ses soutiens salue le «challenge» possible : «Qu’est-ce qui d’ordinaire s’offre aux anciens Premier ministre de la France, qui sont souvent un peu tricard lorsqu’ils sortent de Matignon ? questionne-t-il. Un rôle de vieux sage ? Un strapontin au Quai d’Orsay ? Qu’un ancien Premier ministre d’un pays se porte candidat dans une grande ville européenne d’un autre pays, c’est l’Europe dans cinquante ans ! C’est quelque chose d’atypique qui peut aussi plaire !»
Cette Europe sera sans moi. Car son existence signifierait qu'on aura été plus loin que jamais dans l'aristocratie : on aura acté, de manière encore plus forte qu'aujourd'hui, qu'il y a des gens bien plus compétents que d'autres pour piloter un pays et que la France ou l'Espagne ou l'Estonie ou la Grece, ça ne change pas grand'chose, ça se gère bien pareil, rien à faire des spécificités locales. Cela signifie que cette classe-là sera uniquement là pour avoir le pouvoir et se comporter en gestionnaire. Il n'y aura plus de politique, c'est-à-dire plus d'envie commune, plus de projet partagé. On sera dans la gestion tout ce qu'elle a de plus froide : des chiffres et de la rentabilité.
On a déjà ce jeu des chaises musicales dans l'administration française : un jour t'es au service comptabilité, le lendemain t'es aux ressources humaines, le surlendemain t'es à la direction des achats, etc. Un jour t'es à Radio France, le lendemain au CSA, le surlendemain à l'IGAS, etc. Ça permet de faire durer des carrières, au détriment de la qualité du travail accompli.
Non, décidément, une internationale des élites qui joue aux chaises musicales à l'échelle de l'Europe, ça ne me tente pas.
Via le Canard enchaîné du 25 avril 2018.
Des fois, des personnes te font douter, donc il faut réviser ce que t'as déjà écrit.
Wake on lan est un mécanisme permettant d'allumer un ordinateur via le réseau. Pour ce faire, la carte réseau reste allumée et attend la réception éventuelle d'un paquet UDP formaté nommé magic packet. Cela suppose que la carte mère prenne en charge cette fonctionnalité et que cette fonctionnalité soit activée dans le BIOS / UEFI.
Dès que l'émetteur du magic packet et la machine allumée sont dans deux réseaux distincts, il faut :
Exemple :
wakeonlan, qui est packagé, dans Debian GNU/Linux dans le paquet nommé… … … wakeonlan ;Si la machine à allumer était dans le même réseau que la machine émittrice, alors la commande suivante fonctionnerait : wakeonlan 00:00:5E:00:53:00.
Si le routeur dispose d'une association (temporaire ou permanente) entre la MAC de la machine à allumer et son IP, alors la commande suivante fonctionnera wakeonlan -i 198.51.100.1 00:00:5E:00:53:00.
Si le routeur autorise le transfert de paquets à destination d'une adresse IP de broadcast, alors la commande suivante fonctionnera wakeonlan -i 198.51.100.255 00:00:5E:00:53:00.
Sur du matos H3C, le transfert de paquets IP vers une adresse de broadcast, ça se dit ip forward-broadcast. En fonction des modèles, il est possible de spécifier une ACL pour autoriser une seule IP source à balancer ce type de paquets.
Cette commande se positionne uniquement sur l'interface du routeur qui se trouve dans le réseau où sont situées les machines que l'on souhaite allumer à distance (le réseau B, dans mon exemple). Elle est inutile sur l'interface du routeur située dans le réseau depuis lequel seront envoyés les magic packets (le réseau A, dans mon exemple).
Cette commande ne nuit pas à l'étanchéité des réseaux (virtuels ou non). Tous les paquets IP de broadcast ne seront pas transférés dans tous les réseaux sur lesquels ip forward-broadcast a été activé. Dans mon exemple, seuls les paquets IP émis depuis tout réseau (dont le réseau A) et ayant 198.51.100.255 comme IP de destination seront transférés dans le réseau B. Les paquets destinés à 192.0.2.255 ne seront pas transférés dans le réseau B. Les paquets destinés à 198.51.100.255 ne seront pas transférés dans le réseau A. Les paquets IP avec une IP destination = 255.255.255.255 ne seront pas transférés en dehors de leur réseau d'émission.
Arnaud Lagardere continue de vendre les pépites de son groupe pour essayer de le rendre — enfin — présentable aux yeux de ses actionnaires et de ses financiers. Dernière fournée en date ? Le 3 mai, il fera adopter par l’assemblée générale des actionnaires la cession de ses chaînes de télévision (Gulli, TiJi), de ses radios internationales ainsi que de la plupart de ses magazines (« Elle », « Télé 7 Jours », etc.). Ses radios en Europe centrale viennent d’être cédées pour 73 millions d’euros.
Seul rescapé de la grande braderie, selon son porte-parole, Ramzi Khiroun, l’« environnement sacré » de papa : Europe 1, « Paris Match » et « Le Journal du dimanche ». L’opération (censée être conclue à la fin de l’année — le temps presse !) devrait rapporter environ 500 millions. Officiellement, il s’agit de se défaire des activités les moins rentables pour investir dans les deux piliers du groupe : la distribution dans les gares et les aéroports ainsi que l’édition, deux domaines dans lesquels le sportif Arnaud est numéro 3 mondial.
A la découpe
Mais, dans ce jeu de bonneteau, les résultats ne sont pas à la hauteur des sacrifices. Le bénéfice net du groupe reste scotché aux alentours de 170 millions (comme au début des années 2000), et ce essentiellement grâce à la découpe du groupe par appartements. En 2017, les ventes de morceaux de l’empire ont représenté, comme en 2016, près de la moitié des profits. Le chiffre d’affaires, lui, s’est effondré : il n’est plus, en euros constants, que 44 % de ce qu’il était à la mort de Jean-Luc, en 2003. En 2017, le voici à son plus bas niveau historique : 7,1 milliards d’euros. « Il faut du temps pour moderniser des activités traditionnelles comme l’édition », plaide Khiroun.
Ça me rappelle le film « Pretty Woman ». Acheter en gros, revendre à la découpe, ça ne produit pas de valeur, ça coule des sociétés et des emplois, mais ça rapporte gros à quelques personnes. On peut aussi citer la présence de Bernard Arnault et du fond d'investissement Colony dans Carrefour, dont la volonté d'un retour sur investisement est l'une des causes de la vente puis rachat de Dia (filiale de Carrefour) et le licenciement massif actuel à Carrefour…
Juste une question de temps, vraiment ? C’est oublier les investissements désastreux d’Arnaud dans sa branche Sports & Entertainment, qui a englouti près de 1 milliard. Ou dans la presse, qui a « brûlé » près de 2 milliards.
Bonne action
Seuls les dividendes versés par la boîte continuent de bien se porter : nonobstant le résultat de l’année, ils restent invariablement fixés, depuis 2007, à 1,30 euro par action. En 2009, ils représentaient même près d’un dixième de la valeur boursière du titre — contre 4 %, en moyenne, pour les sociétés du CAC 40. « Une véritable rente », commente un boursier.
Pourquoi cette générosité ? Parce que Arnaud Lagardère est endetté à hauteur d’environ 250 millions — le chiffre exact est tenu secret — auprès des banques. Et que ses emprunts sont garantis par la valeur de ses quelque 10 millions d’actions. Si la cote de ces papiers tombait au-dessous de 25 euros — à 20 euros, par exemple —, la garantie ne serait plus que de 200 millions, et les banques réclameraient à Arnaud un « appel de marge » pour combler la différence, soit environ 50 millions à payer cash. Il est donc capital que l’action se tienne. En 2017 , le groupe distribuera en dividendes la quasi-totalité de ses profits. Rien à voir, bien sûr, avec une volonté du patron : « Ce sont les actionnaires qui, en assemblée générale, votent eux-mêmes le montant du dividende », explique Khiroun. Et le timide Arnaud ne fait que se plier à leur volonté. Admirable !
Dans le Canard enchaîné du 18 avril 2018.
Avec sa promesse de campagne d’instaurer le « reste à charge zéro » pour les lunettes et les soins dentaires, Macron n’a pas tapé dans l’oeil des opticiens, mais dans leur portefeuille. Leurs syndicats font les gros yeux. Ils prétendent qu’ils pourraient perdre 1 milliard d’euros dans la réforme. Ils ont claqué la porte de la concertation avec la Sécurité sociale, le 10 avril, dénonçant une tentative de « réaliser des économies sur la santé visuelle des Français ». En réalité, ils craignent surtout de voir fondre leurs marges, dignes de celle de l’industrie du luxe (233 %, en moyenne, de taux de marge brute, selon « Que choisir »). Même pour les beaux yeux du président Macron, ils ne veulent pas travailler à l’œil — un comble pour la profession.
Les Français, eux, ne sont pas aveugles et cherchent à comprendre pourquoi la France demeure une exception en matière d’optique : le budget lunettes dans l’Hexagone est, en moyenne, supérieur de 50 % à la moyenne européenne.
Faute de transparence, ils pourraient bien rester sourds aux regards noirs des opticiens.
Dans le Canard enchaîné du 18 avril 2018.
Ah, quel naufrage pour l’antiterrorisme, cette relaxe générale prononcée, le 12 avril, au procès dit « Tarnac » ! Comment qualifier autrement ces dix ans de procédure, de filatures plus ou moins légales, de mensonges policiers, d’errance et d’aveuglement judiciaires et politiques ? Soupçonnés d’avoir saboté des caténaires de la SNCF, les prévenus avaient immédiatement été taxés de « dangereux groupe terroriste » par Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur.
Dès le début, « Le Canard », avait révélé les trouvailles des avocats de la défense, Claire Abello et Jérémie Assous, démontrant les failles, les erreurs ou les boniments des flics et du juge d’instruction. Autant d’arguments retenus par le tribunal, mené par la présidente Corinne Goetzman.
Dans le jugement de 314 pages, courent ses critiques contre les « stratagèmes » policiers. Du PV 104, base de l’accusation, il ne reste, sous sa main, rien ou presque. Bourré d’inexactitudes. fait de bric et de broc, de déclarations recueillies auprès de policiers couverts par le secret-défense. « Impossible », donc, aux juges d’en « vérifier la véracité ». Le PV 104 devient « sans valeur probante ». La juge parle même de « déloyauté ». C’est glorieux !
De ces dix ans d’une procédure désormais en lambeaux, il faudra retenir le coût énorme et inchiffrable. Il faudra surtout retenir ce jugement. Il dit aux magistrats que leur devoir est de contrôler les policiers, et non de se laisser « contrôler » par eux. Il dit aux politiques de ne pas se mêler de justice, ce qu’a également martelé le procureur.
Et puis quoi, encore ?
Ce jugement expose aussi qu'on ne peut condamner une personne pour ses écrits (l'insurrection qui vient) ou sur les écrits (affiches, brochures, livres) trouvés à son domicile, car ils ne prouvent pas un passage à l'acte.
Ce jugement illustre aussi que des délais de prescription courts et une justice rapide sont indispensables pour que la justice soit juste. En effet, aucun des flics antiterros qui ont accepté de participer au procès étaient capables de se souvenir de la filature au-delà de choses déjà mentionnées dans le PV 104. Tu m'étonnes, on est 10 ans après. 10 ans ! Comment veux-tu te défendre quand tout ce qu'on te reproche se fonde sur de vagues souvenirs "ouais, on était en filature, peut-être qu'il⋅elle étaient ici ou là, ouais, il était peut-être telle heure, etc.". Or, la précédente législature a rallongé les délais de prescription en matière pénale…
Ce jugement, qui se fonde beaucoup sur l'absence de preuves, est une véritable torgnole. En effet, le tribunal aurait pu condamner à de la prison ferme dont la durée correspondrait à la détention provisoire déjà effectuée. Ainsi, la flicaille n'aurait pas été désapprouvée et les gauchistes n'auraient pas crié victoire. Or, ce n'est pas l'option qui a été retenue par les juges, ce qui, pour moi, est un révélateur fort qu'il⋅elle⋅s sont confiants dans la justesse de leur verdict.
Notons que plusieurs prevenu⋅e⋅s ont été reconnu⋅e⋅s coupable pour avoir refusé un prélèvement ADN et un prélèvement des empreintes génétiques (source) : 500 € avec suris pour Becker, dispense de peine pour Coupat et Lévy, relaxe pour Burnel, Rosoux et Hauck. Argumentation du tribunal :
Sur les huit prévenus, six étaient poursuivis pour refus de prélèvement ADN, lors de leur garde à vue en 2008. Là encore, la présidente fait du droit, rappelant qu’« en l’absence d’indices graves ou concordants, le refus de prélèvement est légitime ». Mathieu Burnel et Benjamin Rosoux, poursuivis pour ce seul délit, sont relaxés, ainsi qu’Elsa Hauck, pour laquelle le tribunal a estimé que ces indices n’étaient pas réunis. […] Julien Coupat et Yildune Lévy sont déclarés coupables de refus de prélèvement ADN, mais dispensés de peine, compte tenu notamment de l’ancienneté des faits et de leurs situations personnelles stables. Seul Christophe Becker, qui avait également refusé de donner ses empreintes, écope de 500 euros d’amende avec sursis, qui s’ajoutent aux quatre mois de prison avec sursis pour le recel de quatre cartes d’identité et une tentative de falsification.
Je me demande si cette décision est conforme à celle de la CJUE. La gravité des infractions devait-elle être appréciée par le tribunal ou être prévue par la loi ?
Ni le parquet, ni les prévenu⋅e⋅s n'ont fait appel donc ce jugement est devenu définitif.
Dans le Canard enchaîné du 18 avril 2018.
Affreuse nouvelle : nous sommes en retard sur la Chine ! Voyez l’histoire de M. Ao. Il est recherché pour « crime économique ». Il se croit très malin en allant au concert de Jacky Cheung, qui a lieu dans un stade à 100 km de chez lui, à Nanchang, province de Jiangxi.
A la sortie, les flics lui tombent dessus. Le stade était bardé de caméras de vidéosurveillance. Le logiciel de reconnaissance faciale l’a identifié parmi les 50 000 spectateurs. Quand aurons-nous un flicage aussi efficace ? Pourquoi se priver de pareil outil ? La Chine a prévu d’être équipée de 600 millions de caméras d’ici à 2020 : pourquoi ne suivons-nous pas son exemple ? Seuls ceux qui ont quelque chose à se reprocher renâcleront, non ?
C’est prouvé : pareil flicage promettrait de rendre ce monde plus vivable… Voyez ce qui se passe à Jinan, dans le Shandong. Les caméras repèrent les piétons qui traversent au vert. Sitôt commise l’infraction, leur photo s’affiche sur leur portable. Et, moins de vingt minutes après, toutes vérifications policières faites, cette photo s’affiche en grand sur l’écran au carrefour, avec leur numéro de carte d’identité et leur adresse. Savoureuse humiliation publique, qui renforce heureusement les vertus citoyennes !
Encore mieux : à Pékin, dans les toilettes du parc du Temple du ciel, le système de reconnaissance faciale permet de s’assurer que l’usager ne prend pas plus de deux feuilles de papier-toilette. Pour se resservir, il doit attendre neuf minutes. La reconnaissance faciale ne se focalise pas que sur les visages. ..
Dans le Canard enchaîné du 18 avril 2018.
Plus il exporte de poulets congelés vers le Moyen-Orient, plus le groupe Doux touche de subventions européennes : 400 euros par tonne, pas moins. Et plus le poulet est imprégné d’eau, plus il pèse lourd… Le tribunal administratif de Rennes vient de condamner Doux, en liquidation judiciaire, à payer une amende de 82 millions d’euros, pour avoir beaucoup trop gonflé ses poulets à la flotte. Amende qui s’ajoute à ses quelque 40 millions de dette…
Mais ce n’est pas grave. Le volailler va s’en sortir. Il va investir 55 millions dans « un nouvel outil d’abattage-découpe » à Châteaulin, avec l’appui sonnant et trébuchant des collectivités locales (« L’Humanité », 13/4). Et ce au nom des quelque 1000 emplois à sauver, évidemment.
Gonflé un jour, gonflé toujours !
Dans le Canard enchaîné du 18 avril 2018.
J'ai lu plusieurs choses sur le fait de « tuer les stars », et, au début, si je comprenais l'enjeu général --notamment dans la communauté à laquelle j'appartiens-- j'étais toujours un peu mal à l'aise vis-à-vis de certains de ces discours parce qu'ils m'évoquaient ce truc, un peu oedipien, de tuer le père. Ça m'évoquait une nécessaire lutte périoque où les plus jeunes coupent la tête des plus anciens. Je pense qu'on peut donner de la place aux jeunes bénévoles sans qu'il faille dispenser pour cela le sang des anciens, précisément parce que ces derniers ont une place et un savoir qui est utile, dans le système. Les supprimer périodiquement ne supprime pas le problème, je crois.
Aussi, cette réflexion-là part d'une situation abusive et toxique --en fait exceptionnelle. On retrouve systématiquement des schémas, mais ça reste exceptionnel (tous les présidents d'asso ou porte-paroles n'abusent pas systématiquement de leur pouvoir, et, well, heureusement !). […]
[…]
Le podcast [2] consiste en une conversation entre trois femmes, qui ont en commun de mener la barque d'une petite entreprise et d'être mamans --seules ou non. Elles discutent autour du mythe de ces mères qui, telles des super-héros, gèrent sans problème les enfants, leur travail, leur vie personnelle. Elles discutent de la valeur du travail des femmes (et de la manière dont elles sont souvent par défaut forcées de faire comme si leur travail n'était pas important dans le couple, pour faire passer les enfants devant), elles discutent du privilège qu'elles ont de pouvoir se poser la question de comment équilibrer le travail avec les enfants, elles discutent de l'importance de dire la difficulté, la fatigue, la frustration.
Quand s'occuper des enfants est vu comme facile et normal (et c'est tout le mythe des mamans super-héros), d'une part il est difficile de demander de l'aide ou de dire que c'est dur (parce qu'on n'est pas cru), d'autre part ça entretient la non-culpabilité des papas qui ne prennent pas grand-chose en charge. D'où l'importance pour ces femmes de dire à quel point elles galèrent tous les jours.
[…]
Donc c'est possible. Ce que cette réaction de surprise joyeuse de mon interlocutrice signifiait, c'est qu'elle pouvait se projeter dans ce type de style de vie, parce qu'en fait, il ne s'agit pas d'avoir une capacité exceptionnelle à abattre du travail. Ni de faire des sacrifices impossibles. Il s'agit juste de travailler beaucoup et d'être organisé. C'est tout. Ce n'est pas une histoire de porter une cape.
Ce qu'elle signifiait aussi, c'est que, elle comme d'autres devaient me considérer comme un super-héros. Et, j'ai une mauvaise nouvelle : je suis juste une brute de travail un peu têtue. Ce que je fais n'est ni facile, ni normal. Ça n'advient pas par magie et ça me demande des efforts, des choix vis à vis de mon travail, de l'organisation. Je peux fatiguer, d'ailleurs, je suis terriblement lasse.
Faire le lien entre ces éléments m'a inspiré la réflexion suivante : penser que lae président·e/lae super-bénévole/etc. est un·e super-héros, ça encourage à se reporter sur lui ou elle (c'est pas pour moi, je ne suis pas un super-héros), et donc ça accentue la starification, puisque plus iel fait (puisque les autres se défaussent), plus iel est en lumière.
« Tuer les stars », ça consiste aussi à recevoir et comprendre ce récit qui dit « je suis comme vous, juste, j'alloue du temps et du travail à cette cause », et qui rend possible (moyennant les efforts nécessaires) ce qui semblait insurmontable. Ça consiste en descendre soi-même du piédestal pour permettre aux autres de briller, de s'épanouir, de développer des projets. Mais sans disparaître, sans quitter l'association, sans démissionner. Juste casser cette barrière psychologique qui dit : ce n'est pas à ma portée.
L'autre effet bénéfique de ce mouvement, c'est que ça nous permet de dire : je suis fatigué. Parce que nous sommes des humains, en réalité, nous fatiguons. Imaginer que nous sommes des super-héros, ça nous coince aussi dans une situation assez violente symboliquement où, puisqu'il est un super-héros, alors le super-bénévole ne pleure pas, il ne souffre pas, il n'est pas fatigué. Ça n'offre aucun espace pour dire cette difficulté quand elle arrive pour tirer la sonnette d'alarme.
On est trop souvent --à tort-- considérés comme des sortes de machines. J'en ai fait l'expérience, un peu, de ces discours qui envoient une injonction à faire ça ça ça ça ça et ça, alors, qu'en réalité, on est en train de ramer. Trop souvent, le super bénévole ou le président est une personne dont les ressources sont inépuisables et dont la capacité à assurer est ce sur quoi on se repose. Le super-bénévole ne connait ni fatigue, ni peine de cœur, ni rien. Il ne pleure pas --donc il n'a pas besoin d'être consolé. C'est le dernier recours sur lequel on se repose, de la même manière que les mamans sont ce dernier recours sur lequel on se repose, right ? Mais même les mamans galèrent et fatiguent. Elles font de leur mieux pour traverser cette peine de cœur sans en faire souffrir leurs enfants parce qu'elles, leur rôle est de consoler, pas d'être consolées. Nous, notre rôle est de prendre soin des associations, pas d'être pris en charge par les associations, d'autant que naturellement, on répugne à consoler le chef. Sauf que nous fatiguons, c'est un fait.
Parce que nous fatiguons, nous avons d'autant plus besoin que se lève non pas un nouveau super-héros, mais toi, toi toi et toi aussi.
J'avais des scrupules à parler de ma fatigue, j'avais peur que ça envoie une sorte de signal : si elle elle fatigue, et nous ? J'avais peur que ça décourage. Mais j'observe, à voir les messages (merci merci merci) que je reçois depuis une semaine (« comment puis-je t'aider ? ») qu'en réalité peut-être que c'est ça que c'est le contraire. En fait, c'est bien, ça dit : c'est juste du temps et du travail, pas des super-pouvoirs.
Voilà, après des années de discussions et quelques essais ratés, je suis connecté à la maison avec une fibre optique via Free. C'est plus compliqué que ça n'en a l'air, notamment en raison de la multiplicité des acteurs, qui ne communiquent pas, ou guère.
L'immeuble est récent, avec un mur porteur pas évident à percer, mais, en théorie, il y avait des fourreaux pour passer la fibre. Mais il n'y avait pas de plan correct de ces fourreaux, il a fallu procéder par essai/erreur. On glisse l'aiguille dans les fourreaux. Si elle ressort, c'est que ça passe, on crie « c'est bon, je la vois », on y attache la fibre et on la fait passer. À noter que deux aiguilles ont été testées, l'une, trop rigide, n'allant pas assez loin. Il a fallu utiliser le fourreau du câble téléphonique en cuivre, le seul un peu libre, et il ne restait pas beaucoup de place. L'aiguille passait seule, mais pas quand elle tirait la fibre. Les techniciens de Free m'ont demandé « vous avez du liquide vaisselle ? » Je leur ai donné du Mir, ils ont enduit l'aiguille et la fibre avec… et c'est passé. On oublie souvent que les solutions de haute technologie ne sont pas forcément les meilleures.
J'ai été sympa, le fourreau où passait le câble TV inutilisé a été laissé intact, au cas où le locataire suivant veuille l'utiliser…
Après, il a fallu connecter en bas, dans le sous-sol. La fibre était bien là, illuminée par le laser installé dans l'appartement, mais était cassée. Un coup de soudure, pas mal de recâblage (elle n'était apparemment pas à l'endroit indiqué) et c'est reparti.
C'est une banalité de parler de pouvoir médical et de dire que le médecin se sent souvent placé au dessus des autres humains. Mais ici, dans les deux pays, David a en effet réussi à avoir la totalité des pouvoirs, médical, mais aussi économique, administratif, policier et judiciaire (il pouvait punir, et il ne s'en privait pas). Tout partait pourtant d'une idée sympathique, celle de la « médecine sociale », l'idée, en rupture avec la médecine pasteurienne, qu'on ne pouvait pas considérer la maladie comme le résultat de la seule action des microbes, mais qu'il fallait prendre en compte tout l'environnement. Mais cette idée a vite mené à un dérapage qu'on doit pouvoir qualifier de totalitaire. Le médecin s'est en effet senti en droit de réorganiser toute la société selon ses vues, évidemment sans jamais demander leur avis aux habitants.
Jean-Joseph David était-il gentil ou méchant ? Il traitait bien les indigènes, mais comme un éleveur traite bien son troupeau. Il ne les considérait pas comme des citoyens, même pas complètement comme des humains, quand il parlait d'« améliorer la race » ou bien d'amener beaucoup d'enfants à l'âge adulte pour que la France ait beaucoup de tirailleurs. Et ses utopies ont parfois eu des conséquences graves. Il était clairement mégalomane (« la mégalomanie est une maladie tropicale », note un ancien des interventions en Afrique à l'auteur) mais était aussi le produit de son époque (la culture du Pharo, où tous ces médecins coloniaux étaient formés par d'anciens coloniaux) et de l'éloignement (depuis Yaoundé, le gouverneur français le laissait faire ce qu'il voulait).
Tout vindicatif qu’on soit, on ne peut pas lutter seul.
[…]
Ces interactions très minimes font que dans mon activité associative, il est très difficile d’avoir du reward, ces retours qui te donnent l’énergie pour continuer. Une grande partie de ce reward étant purement intellectuel, dans le fait de lire ou d’apprendre des choses intéressantes. Il est aussi dans le retour des équipes de l’ARCEP, quand notre réponse est bonne, c’est précieux. Il y a quelques mails du type : « c’est important ce que tu fais ». Ça, ça dit : « tu es seule mais pas tout à fait : on est avec toi ». Le reste tient dans : rester têtu.
Evidemment, chaque retour est important et donne envie de donner de l’avant. Chaque mail qui dit que c’est intéressant est lu et apprécié. Il y en a peu, mais heureusement qu’il y a ça.
Mais là je botte en touche. J’ai vraiment l’impression de m’entêter pour pas grand chose. Ça me rend grognon.
Ces derniers mois, j’ai pris plusieurs coups. Le premier a été de comprendre qu’en fait, très peu de personnes trouvent intéressants les travaux que je mène. La régulation des télécoms, ça ne soulève pas les foules depuis le début. La revue de presse, ça fait deux ans qu’on devrait avoir bien plus de bénévoles, mais à l’AG de La Quadrature…la table pour en discuter est vide.
Vide.
C’est dur de ne pas le prendre personnellement.
L’impression que ça donnait en sortie d’AG, c’est d’être obsolète. J’ai l’impression d’être comme ces vieux paysans qui s’acharnent encore à moissonner à la charrue alors que tous les petits jeunes ont une moissonneuse-batteuse. Obsolète.
Mais à la limite, mettons qu’on s’en fout des gens et que de toutes façons, ça m’intéresse. Ce qui est factuellement vrai.
[…]
Ça fait trois ans que je mène la barque de la régulation des télécoms, que je ne m’essouffle que maintenant est symptomatique qu’on arrive à une limite : la solitude, combinée à peu de retours sur un travail solitaire dont les prises sur l’avancée des luttes s’identifie mal, accentue la solitude […]
Ça donne très envie de laisser tomber, juste pour arrêter d’avoir ce sentiment de s’acharner pour rien, qu’au moins ça cesse de creuser la solitude –l’autre problème, pour lequel les solutions sont loin d’être simples.
Pour ceux et celles qui se demandent ce qu'est un IRR :