D’après les médias, les gilets jaunes sont infiltrés à la fois par l’extrême droite et l’extrême gauche, ce qui revient au même.
Si y a un truc qui me gave, c’est ce cliché pondu par le prêt-à-penser, ou plutôt le prêt-à-éviter-de-penser, qui renvoie dos à dos extrême gauche et extrême droite.
Les extrêmes se rejoignent, il paraît. Vrai pour notre sphérique planète. Tu pars vers l’est, tu pars vers l’ouest, tu finis par te retrouver à la maison, OK. Vrai aussi pour les totalitarismes. Nazisme et stalinisme unis sur le sombre podium méchamment encombré des massacres du XXe siècle. Notez que je compare nazisme et stalinisme et non pas nazisme et communisme.
On dit que le stalinisme était inscrit dans la théorie communiste. Or celle-ci fut trahie, dévoyée au point que rien n’en persista. Les antistal les plus acharnés furent d’ailleurs communistes.
Le nazisme, lui, n’a pas trahi ses principes. Il les a appliqués. Nuance. Et il a fonctionné en servant le capitalisme, au point de lui fournir de la main-d’œuvre gratos. Pour autant, on ne dit pas que le nazisme serait inscrit dans le concept même de capitalisme. Fétide mauvaise foi. Or le stalinisme est au communisme ce que le nazisme est au capitalisme. Une excroissance monstrueuse.
Aujourd’hui, gauchos et fachos se rejoindraient ? Sur quelles valeurs ? Le moteur de l’extrême droite est la haine de l’autre. L’extrême gauche prêche la fraternité universelle. Elles sont aux antipodes sur tout. Pour ne pas le voir, faut être débile. Ou salement malhonnête. Ou les deux.
Dans le numéro de mars 2019 de Siné mensuel.
Lors du carnaval de Nice, la reconnaissance faciale pourra être être testée, mais de façon très limitée.
[…]
« L’expérimentation se déroulera pendant plusieurs dates » du carnaval, a déclaré le premier édile lors d’une conférence de presse le 18 février. Trois principaux objectifs sont mis en avant avec cet essai : l’amélioration des contrôles d’accès, la détection d’une personne d’intérêt au milieu d’une foule et la capacité à en retrouver une au moment du passage aux portiques de sécurité.
[…]
Ainsi, seules six caméras seront utilisées dans ce cadre (sur les 2 350 que compte la ville, soit une caméra pour 145 habitants) et dans un périmètre précis. Juste une partie des lieux dédiés au carnaval sera couverte. En outre, il n’y aura que deux jours d’expérimentation et des panneaux d’information ont été prévus à différents endroits pour informer le public. Enfin, et c’est le point le plus important, la reconnaissance faciale ne fonctionnera que sur un millier de visages, sur la base du volontariat. Les autres finiront floutés.
[…]
Et alors que les conclusions du test sont encore loin très d’être tirées, Christian Estrosi a d’ores et déjà annoncé la publication d’un rapport et le dépôt d’une proposition de loi « qui doit permettre de faire évoluer les lois Informatique et Liberté de 1978 et celle sur la vidéosurveillance de 1995 », en arguant que les pouvoirs publics doivent « utiliser toutes les innovations possibles au service de [la] sécurité ».
[…]
En septembre, l’autorité administrative indépendante estimait que les textes en vigueur « n’apportent pas nécessairement de réponse appropriée à l’ensemble des techniques et usages nouveaux ». Plaidant pour « un réexamen d’ensemble », la CNIL jugeait alors utile de créer de nouveaux « garde-fous » chargés « d’encadrer les finalités pour lesquelles ces dispositifs peuvent être déployés et prévenir tout mésusage des données traitées par leur biais ».
Via le numéro de mars 2019 du Ravi, enquêtes et satire en PACA.
Surprise au comité de rédaction du « Figaro », ce 19 avril à 10 heures. Alexis Brézet, le patron des rédactions, y accueille trois invitées : des représentantes du laboratoire Boiron. Admirable preuve de tolérance quand on sait que le quotidien a publié plusieurs articles anti-homéopathie — la spécialité de Boiron. Au début de 2018, il avait même diffusé une tribune signée par 124 médecins, émaillée de vilains termes tels que « charlatanisme », « tromperie » ou « promesses fantaisistes ».
Egopathie
Heureusement pour la noble cause des granules, « Le Particulier Santé », propriété du « Figaro », a consacré, en janvier, un numéro entier à l’homéopathie, sous le titre « Pourquoi ça marche ». Au milieu : une jolie page de pub pour Oscilococcinum, l’un des produits vedettes de Boiron. Le labo ne lésine pas sur la pub et la communication. Selon le document de référence 2018 du groupe, il a consacré à la « promotion » un quart de son chiffre d’affaires, soit 155 millions d’euros, et a mobilisé sur l’activité 1 116 salariés — un tiers du personnel. Et la recherche pharmaceutique ? Elle pèse un chouia moins lourd : son budget s’élève à… 3,8 millions et elle emploie une armée de 13 personnes.
Un qui n’accablera pas ces producteurs de microbilles sucrées, c’est Xavier Bertrand. Le patron des Hauts-de-France combat avec ardeur le projet gouvernemental de déremboursement de l’homéopathie, actuellement pris en charge à 30 % par la Sécu. Il faut dire que Boiron exploite deux usines dans sa région, à Lambersart et à Villeneuve-d’Ascq.
En prenant cette position « sociale », Bertrand soigne donc ainsi son électorat et son ego. Lequel n’a rien d’homéopathique.
Ces chiffres m'ont scié. J'ai été les vérifier dans le document de référence 2018 de Boiron. La recherche représente donc 0,6 % du chiffre d'affaires de Boiron et 0,3 % de ses effectifs. En nombre de salariés, la promotion occupe la deuxième position derrière la préparation et loin devant les autres postes. En pourcentage du chiffre d'affaires, la promotion représente un peu plus que la préparation et la production industrielle.
Je sais depuis longtemps que les producteurs de médocs passent une grande partie de leur chiffre d'affaires à essayer de convaincre les toubibs de nous vendre leurs médocs (visites de démarchage, séminaires, cadeaux, etc.), mais là, chapeau. Chez Sanofi, pourtant fortement décriée pour avoir fermé des labos et réduit sa recherche, celle-ci représente tout de même 17 % de son chiffre d'affaires en 2018 (source).
Après, ça ne veut pas forcément dire que l'homéopathie nécessite peu de recherche : ces chiffres peuvent aussi signifier que le groupe Boiron vit sur une rente établie (comme l'Oscilococcinum) et effectue moins d'activités de recherche. Néanmoins, quand cette répartition des effectifs est constante depuis au moins 2015 (cf le document de référence des années précédentes), on peut avoir un vrai doute, soit sur la viabilité de l'entreprise à long terme, soit de la nécessité de la recherche dans le domaine de l'homéopathie. Les financiers n'étant pas idiots, le choix est vite fait.
Dans le Canard enchaîné du 24 avril 2019.
Suite de « Les blouses blanches face à un drôle de fichage des gilets jaunes ».
« Tir flashball », « trauma mâchoire », « plaie oreille » : le secret médical est bien gardé.
Et les manifestants blessés ont été inscrits sans le savoir dans le répertoire SI-VIC.Rien à fiche ! Ni l’article du « Canard » (17/4) consacré au fichage des gilets jaunes blessés ni la saisine de la Cnil par l’Ordre des médecins n’ont entamé l’entrain des autorités sanitaires. Celles-ci ont tranquillement renouvelé leur consigne d’archivage des noms des manifestants ayant échoué à l’hôpital le 20 avril. Selon les documents obtenus par le Volatile, des gilets jaunes, des badauds et des journalistes ont de nouveau été fichés par les services d’urgence, qui ont noté leur nom, leur adresse, leur numéro de téléphone, voire la nature de leurs blessures.
La veille, la Direction générale de la santé (DGS) s’était fendue d’un message « important » aux hôpitaux et aux Samu, leur enjoignant d’activer, une nouvelle fois, « l’application SI-VIC pour assurer la saisie des victimes prises en charge dans [leur] ES (établissement de santé) ».
Ce flicage des blessés a été élaboré en 2016 pour les attentats et les « situations sanitaires exceptionnelles ». Mais son usage a été discrètement élargi à un autre type de catastrophe, beaucoup moins sanitaire que politique… La DGS a activé le dispositif SI-VIC lors des manifs des gilets jaunes des 8 et 15 décembre, et le petit jeu a continué les 16 et 23 mars ainsi que le 13 avril, au grand dam de l’urgentiste Gérald Kierzek, qui a dénoncé une forme de « délation ».
« Rien de nominatif», avait tenté de rassurer, dans « Libération » (14/4), Martin Hirsch, le patron de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), en dépit des consignes contraires délivrées par son administration et suivies avec zèle. Plusieurs extraits du fichier, consultés par « Le Canard », montrent qu’aucun détail n’a été oublié, pas même les « chaussettes vertes à petits pois » d’un blessé !
Dans un communiqué, l'AP-HP a finalement reconnu, le 20 avril, que ce répertoire contenait : « sexe, date de naissance / tranche d’âge, nom, prénom, nationalité, adresse ». Mais, attention : « Dans le respect du secret médical, il ne comporte pas de données médicales, c’est-à-dire aucune donnée sur la nature des blessures prises en charge. » Des clous !
Détails embarrassants
Les extraits scrutés par « Le Canard » le confirment : à côté des noms, la case « Commentaires » est truffée d’infos médicales. « Tir flashball : plaie arcade », « tuméfaction ORL : plaie oreille », ou encore « traumatisme main gauche », égrène le fichier du 16 mars. Rebelote le 20 avril : « flashball cuisse », « plaie œil et trauma mâchoire », et aussi « problème au poignet (suite coup de matraque selon le patient) ». Curieux secret médical, vu que les données sont destinées à des services administratifs…
Plus redoutable encore : le SI-VIC est renseigné en temps réel par les hôpitaux. L’inscription d’Untel résidant à telle adresse, pris en charge à 16 h 46 pour un tir de flashball à l’hôpital Cochin, représente une info en or pour les flics qui voudraient le cueillir ou simplement enrichir leur répertoire de manifestants.
Car le décret du 9 mars 2018, encadrant le dispositif SI-VIC, est une vraie passoire. Selon le texte, le fichier est consultable par des « agents habilités » du ministère de la Santé, mais aussi par « les ministères de l’Intérieur, de la Justice, des Affaires étrangères ». Mais pas par le pape, au moins ?
Il existe bien une procédure d’anonymisation, mais seulement pour… les forces de l’ordre ! Selon un message du 19 avril de la DGS, les flics blessés « devront faire l’objet d’une fiche victime SI-VIC qui devra être anonymisée [et ne contenir que leur] numéro de matricule ». Pas comme les gilets jaunes, inscrits sous leur petit nom…
Un numéro de matricule n'équivaut pas à un anonymat. C'est un pseudonyme. Plus facile à compromettre par la hiérarchie que par le citoyen lambda, on est d'accord, mais pseudonyme quand même. Cela reste une donnée nominative.
Anonymes mais pas trop
Dernier dérapage incontrôlé : en décembre 2017, la Cnil avait autorisé ce fichier à condition que « les établissements de santé informent les personnes [victimes et proches] ». Il convenait même de leur « remettre un document d’information ». Des nèfles, là encore ! « Sur mes 15 clients pris en charge dans les hôpitaux parisiens, aucun n’a été averti d’un tel fichage », assure Arié Alimi, avocat de plusieurs gilets jaunes. L’un d’eux, Sébastien Maillet — pris en charge à l’hôpital Pompidou pour une main arrachée —, a déjà porté plainte pour « collecte illicite de données à caractère personnel » et « violation du secret professionnel ». Quant à ce journaliste blessé le 16 mars, il a, lui aussi, été fiché à l’hôpital Bichat… à l’insu de son plein gré : « Je n’ai aucun souvenir d’avoir été prévenu par l’hôpital », raconte-t-il au « Canard ».
Le 20 avril, en pleine manif, la dircab de Martin Hirsch a mobilisé derechef les hostos dans un mail : « Nous vous rappelons qu’il convient de renseigner SI-VIC pour faciliter la régulation sanitaire. » Prudent, le chef des urgences de la Pitié-Salpêtrière, Bruno Riou, lui a répondu : « Sur le plan déontologique, un médecin aurait du mal à remplir nominativement un tel fichier sans avoir recueilli au préalable l’autorisation du patient, sauf à être poursuivi par le patient lui-même ou par le Conseil de l’ordre pour rupture du secret médical. »
Et pour les toubibs rebelles, il y a un fichier ?
Dans le Canard enchaîné du 24 avril 2019.
Le ministère de l’Intérieur s’est rendu compte avec stupeur, il y a peu, que ses désormais célèbres lanceurs de balles de défense (LBD), utilisés pour le maintien de l’ordre, étaient classés par la réglementation internationale en… armes de guerre ! L’explication est toute bête : le LBD, à l’origine, est un lance-grenades militaire bidouillé pour devenir une arme antiémeute. Pas de bol : les règlements internationaux, qui prennent notamment en compte le calibre des engins, empêchent de les classer comme des armes civiles…
La Place Beauvau s’est vue subséquemment contrainte de modifier discrétos un appel d’offres lancé en fin d’année dernière pour l’achat de 1 280 nouveaux LBD. A la demande d’industriels — qui craignaient de voir le marché annulé pour irrégularité —, le ministère a dû biffer toute référence à la réglementation « civile ». Ce qui revient à reconnaître le caractère d’arme de guerre du LBD… Heureusement, son fabricant apporte une précision rassurante. Le LBD, explique-t-il, est « une arme à létalité atténuée » (sic). Une mort allégée, c’est tellement plus doux !
Ce détail risque de fournir une cartouche supplémentaire à tous ceux qui réclament l’interdiction de ces engins au motif qu’ils ont déjà éborgné 23 gilets jaunes en 23 week-ends.
Quitte à flinguer un peu plus la com’ de Castaner…
Je pense que la catégorisation n'est pas importante. Un flic peut tout aussi bien faire des dégâts avec des armes de petits calibres (« civiles », donc), une matraque, un poing américain, etc. Ce qui importe, c'est le contexte et l'intention. Acceptons-nous que les manifestations, découlant d'un droit fondamental, soient encadrées de la sorte (ça, c'est le contexte) ? Acceptons-nous que les maniements autoritaires (découlant d'une pulsion d'autorité) de ces armes (de guerre ou non), que l'on nomme pudiquement « dérapages », soient faiblement sanctionnés (ça, c'est l'intention) ? Bref, il faut distinguer les considérations techniques des considérations éthiques.
Dans le Canard enchaîné du 24 avril 2019.
Deux, cinquante ou même cent milliards d’euros de fraude fiscale en France… Un simple coup d’œil sur les banques de données ne peut que laisser perplexe le contribuable « normal ». Surtout que jamais il n’est précisé par quelle méthodologie et quel miracle ces chiffres peuvent se révéler aussi précis pour une activité par nature clandestine.
Ça répond, partiellement, à ma question de l'autre jour. Notons que c'est bien pareil pour la fraude sociale ou les trafics de drogue, mais, bizarrement, là, l'État trouve comment évaluer et sévir… Donc attention à ne pas transformer ce constat en "toute façon, on peut rien y faire".
Pour tout simplifier, nombreux, notamment parmi les politiques et les journalistes, sans parler des gilets jaunes, sont ceux qui confondent fraude, optimisation et évasion fiscales. Commençons par le plus simple : la fraude consiste à soustraire à l’impôt tout ou partie d’une matière imposable. L’évasion fiscale se définit comme une pratique consistant à échapper à l’impôt en faisant franchir une ou des frontières à des bénéfices, à des revenus ou à des capitaux. Quant à l’optimisation fiscale, c’est l’exercice qui permet de diminuer l’impôt en profitant des possibilités offertes par les règles et les failles des lois fiscales. Une législation qui ne cesse d’être modifiée et dont la complexité fait un des charmes de l’Hexagone.
L'évasion fiscale est donc une sous-catégorie de la fraude fiscale. Mais elle peut aussi être une sous-catégorie de l'optimisation fiscale : aucune loi interdit de faire remonter, sous-forme de revente de marque, par exemple, le chiffre d'affaires d'une filiale dans une maison mère située dans un paradis fiscal. De même, certaines fraudes fiscales peuvent être vues comme de l'optimisation fiscale. Exemple : les modalités du CIR sont floues donc tout projet de prétendue recherche est défendable. La pratique deviendra fraude quand un tribunal précisera la définition ou les modalités du CIR.
Avec l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, les lois, décrets et autres circulaires supposés lutter contre la fraude se sont multipliés. Parfois dissimulés sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme, ils interdisent par exemple de payer en liquide toute dépense supérieure à 1 000 euros. Et exigent que tout souscripteur à un contrat d’assurance-vie indique la provenance des sommes investies, incitent les agents immobiliers, banquiers, notaires et autres experts-comptables à avertir de leurs soupçons les agents de Tracfin, dépendant de Bercy, etc. Sous Macron, une police fiscale a même été créée, dotée quasiment des mêmes pouvoirs que la douane judiciaire.
Haha… À part lutter contre la fraude fiscale et surtout le blanchiment d'argent sur de l'argent de poche (donc des montants riquiqui), je ne vois pas trop l'intérêt de la limite à 1 000 €. De même, exiger des personnes qui sont rémunérées pour concevoir, valider et héberger les fraudes de cafarder est une garantie de succès, à n'en point douter.
Quel est le bilan de la mise en place d’un tel arsenal ? Personne ne s’en est encore préoccupé : les parlementaires votent sans trop traîner les pieds des textes de plus en plus répressifs mais se gardent bien de tenter d’évaluer l’ampleur des phénomènes constatés. Il y a six mois, comme le rappellent « Les Echos » (18/4), le ministre du Budget, Gérald Darmanin, avait annoncé la création d’un observatoire de la fraude et de l’évasion. Mais il n’est toujours pas né. Aux dernières nouvelles, Macron devrait, lors de sa conférence de presse, en relancer l’idée. Cependant, comme le souligne un haut fonctionnaire des impôts, « cela s’annonce comme un exercice impossible. L’OCDE, qui s’y est risquée pour l’optimisation fiscale, a fait un travail d’une grande rigueur pendant des mois et a seulement pu conclure que, dans les Etats les plus développés (36 pays, au total), elle se situait entre 85 et 205 milliards d’euros ».
Comme quoi, il y a des fois où l’absence de précision est plus scientifique que la précision elle-même…
Dans le Canard enchaîné du 24 avril 2019.
Michel Houellebecq a donc reçu, le 17 avril à l’Elysée, les insignes de la Légion d’honneur des mains de Macron (lire aussi p. 6). Ont eu la chance d’assister à cette cérémonie : Nicolas Sarkozy, le maire du XIIIe arrondissement parisien, Jérôme Coumet, Bruno Le Maire, le chanteur Jean-Louis Aubert, Alain Finkielkraut, Frédéric Beigbeder, David Pujadas et deux journalistes de « Valeurs actuelles ».
Peu après, à l’exception de Sarko, parti très vite, cette belle assemblée éclectique a eu l’immense honneur de visiter les salons de l’Elysée qui viennent d’être réaménagés. Et c’est Brigitte Macron qui leur a servi de guide.
Moment privilégié : le passage dans le salon où succomba le président Félix Faure, le 16 février 1899, pendant (ou après) une fellation pratiquée par sa maîtresse.
« C’est le canapé le plus célèbre de l’Elysée, a lancé alors Brigitte Macron, vous connaissez tous l’anecdote. »
Tout le monde a souri, mais personne n’a osé demander des précisions. Ni rappeler le mot de Clemenceau à propos de Faure : « Il voulut être César, il ne fut que Pompée. »
J'ignorais cette histoire. :O 1899 ! Monica et Bill (1995-1997) peuvent aller se rhabiller, cocoricooooooo. \o/ C'est également le bon moment pour utiliser le mot « épectase ». :D
Dans le Canard enchaîné du 24 avril 2019.
J'étais dans le cortège d'une des manifestations du 1er mai.
Selon mon comptage, les Gilets Jaunes étaient plus nombreux que les organisations syndicales et politiques (CGT, FO, FSU, Solidaires, NPA, FI, CNT).
À mon arrivée au point de départ de la manifestation, tout le monde était en clan, chacun de son côté, en désordre. Bien après l'heure convenue du départ de la manifestation (comme c'est toujours le cas, afin de laisser l'temps aux gens de débarquer), les Gilets Jaunes ont dégainé les premiers et ont commencé à former le cortège sur la route. À ma connaissance, il n'était pas prévu que les Gilets Jaunes prennent la tête du cortège. Mais ils ont été les plus agiles. Bien joué, donc.
Néanmoins, défiler derrière une tête de cortège qui cause du RIC, ça me pose problème. Quand j'ai vu les quelques membres de la CNT et du NPA se mêler aux Gilets Jaunes, j'envisageais même de ne plus participer à cette manifestation. L'anarchisme et l'anticapitalisme sont de nobles courants de pensée, il est hors de question de les diluer dans une absence totale de culture politique et syndicale. Ces gens-là, les Gilets Jaunes, se feraient manger tout cru s'ils avaient à prendre la tête du pays. Il ne suffit pas de brailler prétendument au nom du Peuple pour le diriger.
Visiblement, je n'étais pas le seul à qui cela posait problème puisque les syndicats établis n'ont pas embrayé derrière la tête Gilets Jaunes, creusant ainsi un fossé de plusieurs dizaines de mètres occupé par des militants anti-nucléaire (oui, WTF un premier mai…). Une fois les cortèges des syndicats établis mis en marche (bonjour l'inertie par rapport aux Gilets Jaunes bien plus agiles :O ), la tête Jaune a arrêté de marcher, pour une raison que j'ignore. Cela a eu pour effet de réduire puis d'annuler le fossé, permettant ainsi l'émergence d'un unique cortège. Était-il désiré, vaste question… Cela m'a coûté de défiler derrière une affichette évoquant le RIC…
En passant, il faudra que quelques Gilets Jaunes m'expliquent leur petit numéro. Ça vous a servi à quoi de narguer les flics pacifiques présents à 50-100 mètres dans une rue perpendiculaire fermée par des barrières ? Ça vous a servi à quoi de prendre des selfies ou des photos en entonnant « La police avec nous » ?! Ça vous a donné l'impression d'être virils ? Vous ne l'étiez pas.
À la fin de la manif', l'occupation de l'espace, notamment les points hauts de la place, montrait clairement qui sont les chefs de file : les Gilets Jaunes. Ils étaient la force dominante jusque dans l'occupation de l'espace. C'est incontestable. Cela m'a attristé. Des gens sans culture politique, sans culture des luttes sociales, qui veulent juste consommer et défendre leur petit intérêt personnel… Mais peut-être suis-je mauvaise langue car j'ai toujours eu très peur des mouvements / actions individuelles sans logique et/ou doctrine détaillée, car je ne parviens pas à concevoir où cela peut nous mener, quel est l'idéal visé, quelles sont les étapes pour y parvenir, etc.
Les discours des uns et des autres m'ont permis à la fois de planer et de déprimer.
Planer car tout ce beau monde décrivait des situations sociales qui sont intolérables, donc je me sentais dans un milieu plutôt familier. La totalité des orateurs avaient une éloquence, un ton, et une flamme qui brûlait en eux. Et ça, ça fait chaud au cœur.
Déprimer car cela fait 15 ans que j'entends les mêmes choses, mots pour mots. Les mêmes concepts vagues et creux qui, par leur vacuité théorique n'ont pas permis et ne permettront pas d'engager des actions concrètes. Oui, oui, protégeons bien nos fonctionnaires, nos retraités, nos SDF, nos travailleurs, etc. On a compris. Et concrètement, on fait quoi, on fait comment ? Ça fait 15 ans que je vois la CGT chanter « on lâche rien » alors qu'elle n'a cessé de perdre les luttes… De même, je désapprouve beaucoup de ce qui a été prononcé. La palme revient à FO qui souhaite résorber le chômage (première ânerie) par une relance de la croissance du PIB (deuxième ânerie) par la consommation (troisième et quatrième âneries, économique et écologique).
Puis les Gilets Jaunes ont souhaité s'exprimer en utilisant la sono de la CGT, comme l'ont fait les autres organisations syndicales établies. La CGT a d'abord refusé. Puis elle a demandé à ce qu'un représentant Gilets Jaunes soit désigné parce que faire défiler 50 orateurs, ça ne va pas être possible (même si ce dernier point est factuellement vrai, ces gens-là n'ont toujours pas compris que les Gilets Jaunes ne veulent pas de porte-parole ?). Un gus s'est auto-désigné (alors qu'une partie de la foule souhaitait plutôt écouter une certaine Magalie) tout en se présentant à la foule comme tout sauf un représentant du mouvement. Ça s'est terminé par un début de chant de la Marseillaise de la part d'une partie des Gilets Jaunes… Pour signifier une résistance à l'oppression de la méchante CGT ? Ce regain patriotique m'a écœuré. J'ai jamais pu tolérer la Marseillaise.
Je n'ai vraiment pas compris cet épisode. De quoi la CGT avait-elle peur ? Elle ne joue pas sur le même créneau, sur le même territoire que les Gilets Jaunes, quoi qu'on en dise : à l'heure actuelle, un Gilet Jaune ne peut pas totalement intervenir pour défendre un collègue opprimé ni participer à tout un tas de comités dans lesquels se décident les conditions de travail (CHSCT, comité de pilotage, etc.). Je peux comprendre que la demande de parole des Gilets Jaunes paraît gonflée : elle signifie quand même un peu "CGT, vous avez assuré la logistique, vous avez apporté le matos, on va se contenter de l'utiliser comme des parasites". De l'autre côté, la mutualisation est une chose noble dont plusieurs représentants syndicaux ont fait l'éloge, y compris celui de la CGT… Comprendra qui pourra.
À mon avis, la CGT s'est portée préjudice. Les Gilets Jaunes présents retiendront (et diffuseront) l'idée que ça ne sert à rien de rejoindre un quelconque syndicat car il s'agit de structures verticales remplies d'inertie qui défendent leur bout de gras jusqu'à une sono tout en baratinant comme un politicien qu'un monde meilleur plus fraternel est accessible si l'on s'unit. Les syndicats s'affaiblissent dans cette démarche. La prétendue alternative (les Gilets Jaunes) est immature politiquement parlant et en termes de conduite d'une lutte sociale, donc nous allons tous collectivement y perdre, comme dans toute guerre de pouvoir.
Donc ouais, ça causait de convergence des luttes, et dix minutes plus tard, ça se mettait dessus pour un accès à un microphone… Un accès à un microphone ! Je veux bien que « Macron dégage », mais qu'est-ce qu'on fera ensuite avec des gus incapables de se partager un microphone ?! Comment espérer construire une force politique ? C'est dans ces moments-là que la raison revient aux anarchistes : il faut avant tout lutter contre la recherche du pouvoir, l'exercice du pouvoir, toute forme d'autorité, l'autoritarisme, et toutes les velléités et les soifs de pouvoir. Tant qu'on n'aura pas franchi ce cap', il n'y aura pas de monde meilleur. Telle est ma conviction.
Une fois de plus, je ne me suis pas reconnu dans une quelconque force en présence… Ni CGT, ni FO, ni Gilets Jaunes… Je ne sais toujours pas comment le prendre… Quand tu penses que tout le monde est idiot, c'est généralement que t'es au moins aussi idiot…
Ça rapporte beaucoup, beaucoup d’argent, les avions de combat signés Dassault. Vous voulez acheter 36 Rafale ? Ça vous fera 7,8 milliards d’euros. C’est ce qu’a fait l’Inde. Dassault a jubilé, le gouvernement français aussi, et remercié largement un intermédiaire providentiel, Anil Ambani, industriel indien milliardaire, lequel ne connaît rien à l’aéronautique : il fait plutôt dans les télécoms, étant notamment proprio d’une boîte française, Reliance Flag Atlantic France, qui exploite un câble sous-marin entre l’Europe et les Etats-Unis. Mais c’est un ami intime de Modi, le Premier ministre indien…
Alors, en 2015, au moment où les négociations entre la France et l’Inde s’enlisaient, où les 126 Rafale initialement commandés à Dassault à condition qu’ils soient fabriqués en Inde et garantis qualité France allaient être jetés aux oubliettes, le milliardaire Ambani a aimablement joué les entremetteurs. Et deux miracles se sont ensuivis.
Le premier est que sa boîte française, qui avait de très sérieux démêlés avec le fisc, car, domiciliée aux Bermudes, elle présentait des comptes pas très clairs et qu’il lui avait été signifié un redressement fiscal de 151 millions, a vu ce redressement ramené à 7,3 millions (« Le Monde », 14/4). Juste au moment où Jean-Yves Le Drian, alors ministre de la Défense, annonçait triomphalement la vente de 36 Rafale, jusqu’alors invendables !
Le second miracle ? Puisque, au nom du made in India, la moitié de la valeur du contrat doit être attribuée à des entreprises indiennes, c’est, entre autres, le groupe privé Reliance, appartenant au très aimable Ambani, qui a été retenu par Dassault pour effectuer sur place ces quelques menus travaux.
En Inde, l’« affaire Rafale » fait tous les jours la une des journaux, Rahul Gandhi, l’opposant numéro 1 du Premier ministre, accusant ce dernier de corruption. En France, pas de vagues. Le Rafale, monsieur, c’est du sérieux !
Dans le Canard enchaîné du 17 avril 2019.
En septembre 2008, la Commission européenne publie le règlement qui encadre l'agriculture biologique. Dans le document, il est indiqué que, pour fertiliser ses sols, le paysan « bio » ne doit pas utiliser d'excréments provenant d'« élevages industriels », mais Bruxelles laisse le soin à chaque Etat membre de préciser ce qu'est un « élevage industriel ». Ce que font illico les Belges, les Néerlandais et les Allemands. Mais pas les Français.
Chez nous, l'Institut national de l'origine et de la qualité, qui réglemente les labels, dont l'estampille « AB », aura attendu dix ans pour, en décembre dernier, apporter la précision. A partir de janvier 2020, il sera formellement interdit au paysan français en filière bio de faire pousser son blé ou ses fraises sur un sol enrichi avec des matières organiques issus d'animaux « élevés en cage ou en système caillebotis ou grille intégral ». Ce qui concerne l'essentiel des poules pondeuses et la quasi-totalité des cochons. C'est là que le consommateur qui accepte de dépenser plus d'oseille pour acheter du bio, garanti sans pesticides ni engrais chimiques, découvre qu'une grosse partie des céréales, des légumes et des fruits poussent avec des fertilisants produits dans des porcheries et des poulaillers industriels.
C'est la panique chez les maraîchers, les céréaliers et les vignerons en agriculture biologique : où trouver l'azote pour engraisser le sol ? Rappelons qu'un agriculteur qui se convertit au bio perd jusqu’à 30 % de ses rendements quand il arrête les engrais chimiques. La Fédération nationale d'agriculture biologique a donc lancé un sondage auprès de ses adhérents pour évaluer les conséquences de la restriction. D'après les premiers retours, la moitié des fientes utilisées sortent de poulaillers industriels.
Au 1er janvier, ceux qui n'auront pas trouvé d’autres sources d'approvisionnement risquent d’être déclassés, c'est-à-dire interdits de vendre en bio. Un comble, alors que le gouvernement s’est donné comme objectif de doubler les surfaces cultivées en bio d'ici à 2022, pour atteindre les 4 millions d’hectares. La FNSEA, le principal syndicat agricole, qui compte bien désormais exploiter le filon du bio, sonne le tocsin. « On va multiplier par trois les importations de céréales, de légumes et de fruits bio ! » assure l'un de ses vice-présidents, Etienne Gangneron. A, zot alors !
Dans le Canard enchaîné du 17 avril 2019.
L'information risque de chiffonner les opposants à la privatisation d’Aéroports de Paris qui se réfèrent à l’exemple des autoroutes. Selon eux, ces rubans bitumés coûtent moins cher aux usagers lorsqu’ils restent propriété de l’Etat.
Erreur, les chiffres du ministère des Transports et des sociétés d’autoroutes concordent. Dans le public, les péages ont, depuis 2011, augmenté non pas plus lentement mais un peu plus vite que dans le privé : 14,3 % en moyenne, contre 13,8 % pour les axes aux mains des bétonneurs.
Face aux 9 000 km d’autoroutes concédés, par vagues successives et jusqu’en 2006, à ces derniers, l’Etat conserve en effet deux petites autoroutes, d’une longueur totale de 250 km environ. Il s’agit de l’A43 (autoroute de la Maurienne, menant au tunnel du Fréjus) et d’une partie de l’A40 (« autoroute blanche », ralliant le tunnel du Mont-Blanc).
Leurs profits n’inspirent pas la pitié : en 2017 (dernier chiffre connu), la société publique gérant l’A40 a réalisé un bénéfice net égal à 31 % de son chiffre d’affaires. Mieux que Vinci (29,7 %) dans les trois sociétés concessionnaires (ASF, Cofiroute et Escota) auxquelles il est lié. L’A43, contrôlée par une autre boîte publique, a fait un peu moins bien : 21 %.
Péage de raison
Alors que, dans les années ayant suivi la privatisation (2006 à 2010), les péages publics avaient moins augmenté que les privés, la tendance, dès 2011, s’est inversée, grâce à quelques « coups de pouce ». En 2015, alors que Ségolène Royal décrète le gel des péages privés, elle augmente les péages publics de 1,1 %. En 2013, déjà, le gouvernement PS avait doublé la redevance domaniale (payée par les autoroutes privées et publiques), d’où un sursaut des tarifs de 1,2 %.
Interrogé sur cette hypocrisie tarifaire, l’actuel ministère des Transports invoque les « lourds investissements réalisés par les sociétés publiques ». Tiens ? l’argument préféré des sociétés privées… Au fait, avec de si « lourds investissements », d’où viennent ces bénéfices géants ? Parmi les explications, cette douceur dont bénéficient les sociétés publiques : elles peuvent répercuter dans leurs tarifs l'tégralité de l’inflation, contre 70 % seulement dans le privé.
Le service public n’aurait pas droit à de petits privilèges ?
Mouais… Comparer deux autoroutes à un ensemble d'autoroutes ne me paraît pas pertinent : moins il y a d'élements dans l'ensemble, plus il est difficile de mettre en place une péréquation (des autoroutes rapportent de l'argent, d'autres en perdent, le total s'équilibre), donc il faut taxer plus partout pour entrer dans les frais. Contrer l'argument d'investissement en sortant le chiffre d'affaires d'une seule année n'a pas plus de sens. Le reste des arguments (la montée constante des tarifs depuis 2011, par exemple) me semble recevable. Il faudrait tout de même vérifier que les prestations sont identiques, notamment l'état des autoroutes concernées.
Dans le Canard enchaîné du 17 avril 2019.
L’arrestation à Londres, le 11 avril, de Julian Assange, le fondateur de « WikiLeaks », est le résultat, comme chacun sait, des multiples pressions exercées parles Américains sur l’Equateur, qui avait accueilli le célèbre lanceur d’alerte dans son ambassade. A la Maison-Blanche, au Pentagone et à la CIA, où l’on déteste tous ceux qui critiquent les guerres américaines, on a aussitôt sabré le champagne.
Seconde victoire américaine, dès le lendemain : le 12 avril, les juges de la Cour pénale internationale renoncent à enquêter sur les crimes de guerre commis par les troupes US en Afghanistan et sur les prisons secrètes de la CIA (en Pologne, en Roumanie, etc.) où l’on torturait allègrement les détenus afghans et autres. La encore, les magistrats ont cédé aux pressions US.
Ce n’est peut-être qu’un hasard, mais l’annonce, en 48 heures, de tels résultats force l’admiration. La politique étrangère américaine est d’une remarquable efficacité, même si, en ce qui concerne l’extradition de Julian Assange que réclame Washington, ce n’est heureusement pas encore gagné. Trump et les siens ne lui pardonnent pas les révélations de « WikiLeaks » (télégrammes diplomatiques et documents) sur les comportements des troupes américaines en Irak et en Afghanistan.
Cette victoire obtenue par la Grande Amérique sur le petit Assange a valu à ce dernier le rappel de certains faits. Mais, quelles que soient les accusations portées contre lui, justifiées ou non, son arrestation et son éventuelle extradition représentent une très mauvaise nouvelle pour la presse, et pour tous les journalistes. Une presse qui s’est naguère régalée des documents fournis par Assange, dont personne n’a jamais mis en doute l’authenticité.
Dans le Canard enchaîné du 17 avril 2019.
Un contrat de 17 centrales, sans que le Congrès ait pu vérifier l’usage exclusivement civil de l’énergie produite…
À Washington, la question a été posée par des élus démocrates : les Etats-Unis vont-ils aider les Saoudiens à construire 17 centrales nucléaires « civiles » mais permettant — pour peu qu’on le dissimule — de produire le combustible nécessaire à la fabrication de bombes ? A la demande de ces opposants méfiants, la Commission de contrôle et de réforme de la Chambre des représentants — présidée par l’un des leurs, Elijah Cummings (car les démocrates y sont majoritaires) — va devoir déterminer si les Etats-Unis s’apprêtent en fait à livrer une technologie « sensible » à leurs alliés saoudiens.
C’est en mars 2018 que le prince héritier Mohammed Ben Salmane (MBS) a fait savoir à Trump que son royaume voulait diversifier ses ressources énergétiques et réduire sa consommation de pétrole afin d’en exporter davantage. Le 6 novembre, la première pierre de la première centrale US a été posée en présence du toujours souriant MBS. Quant à la construction des seize autres, elle sera en principe effective d’ici à 2032.
Généraux en renfort
L’heureux signataire de ce splendide contrat est un conglomérat militaro-industriel américain dont le chef de file est IP3 International Corporation. Une firme fort respectable, puisque neuf anciens généraux figurent à sa direction, en compagnie d’une bonne dizaine de civils. Mais l’opposition démocrate, qui voit le mal partout, croit déceler quelques conflits d’intérêts entre l’équipe Trump et ces groupes privés. Reste le plus gênant dans cette exportation de centrales : la haute administration américaine n’est pas autorisée à transférer, ni légalement ni, à plus forte raison, clandestinement, des technologies nucléaires à des pays tiers sans l’assurance — car le Congrès américain doit effectuer des vérifications préalables - que l’énergie produite sera bien à usage civil. Et qu’elle ne permettra jamais aux clients de fabriquer des bombes. Mais, comme c’est dommage, le Congrès n’a pas été saisi de ce dossier…
Trump, lui, ne moufte pas, mais son ministre de l’Energie, Rick Perry, a tenté de calmer le jeu. Selon lui, les craintes de voir les Saoudiens jouer avec le feu nucléaire sont imaginaires. Pour justifier cette sympathique coopération, il avance un argument commercial et… humaniste : « Si les Etats-Unis [avaient refusé] tout partenariat avec l’Arabie, celle-ci aurait pu se tourner vers la Russie ou la Chine (…), deux pays qui se fichent complètement de la non-prolifération nucléaire. » Alors que la Grande Amérique, elle, est insoupçonnable…
Les dirigeants de la firme IP3 International Corporation le jurent aussi. A les en croire, leurs activités sont « respectueuses de la paix dans le monde ». Mais la Commission de contrôle, elle, demeure méfiante, et, après avoir publié un rapport préliminaire, elle poursuit ses investigations en interrogeant les militaires et les hommes d’affaires embauchés par IP3, ainsi que plusieurs anciens conseillers qui ont travaillé jadis auprès de Reagan, de Bush junior et d’Obama.
Quelques semaines avant la conclusion de ces emplettes nucléaires, MBS, le futur roi d’Arabie, s’était un peu lâché, lors d’un entretien sur la chaîne CBS, en mai 2018 : « Si l’Iran développe une bombe nucléaire, nous en ferons autant, aussi vite que possible. » Alors, merci, Donald Trump ?
Je n'aime pas ces écrits hypocrites qui laissent entendre que certains pays (Arabie Saoudite, Iran, etc.) seraient trop fous (de Dieu, généralement) et trop différents des occidentaux pour accéder à une prétendue sagesse de la bombe nucléaire… Je constate que 8 États au moins aussi fous (d'argent, de pouvoir, de Dieu, etc.) ont déjà la bombe depuis plus de 70 ans pour certains… Entre fous, on pourrait envisager de partager.
Dans le Canard enchaîné du 17 avril 2019.
Delevoye refuse de regarder les détails qui tuent.
Plus que deux séances de négociations avec chacune des huit organisations syndicales et patronales, et Jean-Paul Delevoye pourra rédiger son fameux rapport sur la réforme des retraites. Le commissaire du gouvernement s’est attaqué à ce chantier avec la foi d’un bâtisseur de cathédrale, mais Macron posera les dernières pierres : les décisions difficiles ont été courageusement remises à plus tard.
La principale concerne la future valeur du point de retraite. Delevoye a refusé de fournir le moindre chiffre aux syndicats : ni celui du prix d’achat de ce point, lorsque les intéressés constitueront leur bas de laine pour leur retraite, ni celui de la valeur de chaque point dans le montant de la pension. Ce mutisme suscite l’ire des syndicalistes : « On nous demande pratiquement, affirme l’un des interlocuteurs favoris de Delevoye, de signer un blanc-seing au gouvernement. Or on ne sait même pas si ces chiffres seront votés avec la réforme en 2020 ou si le gouvernement attendra de les annoncer en 2025 lors de sa mise en application. »
Autre décision laissée en suspens : la part de la richesse nationale consacrée à la retraite. Le haut-commissaire s’est refusé à préciser si le gouvernement conserverait le taux actuel, fixé à 13,8 % du PIB. La réponse réside précisément dans la valeur du point. La diminuer permettrait de contraindre les sexagénaires flemmards à rester plus longtemps au boulot… sans toucher au totem de l’âge légal. Il suffirait de réduire de quelques centimes cette valeur, et le tour serait joué.
Châtier les fainéants
La France pourrait alors entrer dans les canons de l’OCDE, qui, au doigt mouillé, a établi à 12 % du PIB le coût idéal des retraites. Avec 13,8 %, elle en est relativement loin. « Tout le problème, indique l’ex-président d’un régime de retraite, est que les pays de l’OCDE qui sont à 12 % ont des taux d’invalidité plus élevés de 2 à 2,5 % que celui de la France. Et cette invalidité sévit surtout chez les personnes âgées. » Vaut-il mieux être un vieux salarié invalide ou un jeune retraité en bonne santé ? La question n’a pas été retenue pour le grand débat. Dommage…
Delevoye s’est également refusé à préciser si le futur système unique géré par l’Etat avalerait tout cru l’ensemble des régimes. Matignon a déjà prévu des gâteries pour les populations électoralement sensibles. Ainsi des professions libérales (assises sur des réserves impressionnantes) et des agriculteurs, qui conserveraient leurs régimes spéciaux. En revanche, les 70 milliards de réserves que l’Agirc-Arrco (les régimes complémentaires des salariés de base et des cadres du privé) avait économisés pour faire face aux périodes de vaches maigres vont tomber dans les caisses de l’Etat. Un braquage légal…
Ces gens-là réfléchissent à l'envers. Ils fixent un coût maximal puis ils bidouillent pour ne pas le dépasser. Ils ne se demandent pas quel système de santé ils veulent pour ensuite en calculer le coût puis identifier des solutions de financement. Non, il faut d'abord calculer et voir ensuite ce qu'on peut se permettre pour ce montant prédéfini… Le politicien est pourtant censé offrir une vision, un but, quelque chose de plus que le terre-à-terre… Quelle tristesse…
Dans le Canard enchaîné du 17 avril 2019.
Les hostos parisiens ont noté avec zèle le nom des blessés de certaines manifs.
Les hôpitaux parisiens fichent-ils les blessés qui débarquent aux urgences pendant les manifs des gilets jaunes ? La réponse, en dépit des cris d’orfraie de leur direction, est oui. Le patron de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), Martin Hirsch, l’a pourtant assuré, main sur le cœur, dans « Libération » (14/4) : « On peut faire remonter le nombre de blessés dans le cadre des manifestations, mais on ne transfère rien de nominatif. »
Ça crève les yeux ! Comme le prouve le document ci-contre, la direction générale de l’AP-HP a bel et bien transmis, le 16 mars, la consigne à tous les hôpitaux de la capitale d’inscrire les « identités » des blessés — et pas seulement leur nombre — dans un fichier, baptisé SI-VIC, qui se balade jusqu’au ministère de l’Intérieur…
Instructions SI-VIC
Mis en place après les attentats de 2015, ce fichier devait faciliter le décompte et l’identification des victimes d’attentat. Mais l’article de loi voté en décembre 2016 ratisse beaucoup plus large et évoque « une situation sanitaire exceptionnelle ». D’ailleurs selon la Direction générale de la santé (DGS), le fichier a déjà servi « plus d’une centaine de fois », lors de l’ouragan Irma ou des accidents de bus scolaire.
« Activer ce fichier pendant des manifs à caractère social, c’est une dérive grave et une menace pour les libertés individuelles », dénonce au « Canard » Christophe Prudhomme, le porte-parole des médecins urgentistes (Amuf).
Ce mail du samedi 16 mars à 17 h 15 a été adressé par l’« administrateur de garde » au siège des hostos parisiens, à tous ses homologues — des cadres de permanence dans chaque hôpital. En copie du courriel figuraient plusieurs huiles du siège : Anne Rubinstein, directrice de cabinet de Martin Hirsch, ou encore Arnaud Poupard, son « conseiller pour la sécurité ». Outre le décompte des victimes en « UA » (urgence absolue) et en « UR » (urgence relative), le mail rappelait bien — en gras et souligné — la nécessité d’inscrire les noms dans le fichier SI-VIC.
Buzyn : pas de buzz !
« C’est un scandale ! On n’est pas la pour fliquer et dénoncer des gilets jaunes », s’insurge le docteur Gérald Kierzek, urgentiste et chroniqueur sur LCI, qui, un mois après le mail, a relancé la polémique dans un tweet rageur daté du samedi 13 avril, alors qu’il était de garde à l’Hôtel-Dieu. « Consignes à l’instant d’appeler l’administrateur de garde si patients #Gilets Jaunes aux urgences… Et puis quoi, encore (…) ?»
Déjà, selon Mediapart (11/1), la DGS avait activé le dispositif SI-VIC lors des manifs des gilets jaunes des 8 et 15 décembre. Mais elle avait dégonflé la polémique en assurant que, en vertu d’un décret de mars 2018, les flics avaient accès au fichier « uniquement (…) en cas d’attentat ». On est prié de le croire sur parole. Car, en réalité, ce décret, signé par Edouard Philippe, ne fait pas la distinction entre les cas et ouvre grand les vannes : « Les agents des agences régionales de santé, du ministère de la Santé et des ministères de l’Intérieur, de la Justice et des Affaires étrangères (…), habilités à cet effet par leur directeur, sont autorisés à accéder aux données (…) dans la stricte mesure où elles sont nécessaires à l’exercice des missions qui leur sont confiées. » Une vraie passoire !
L'AP-HP, elle, répond au « Canard » que ce dispostif « respecte le secret médical » et a fait l’objet d’une « déclaration à la Cnil » en décembre 2017.
Le plus farce, c’est qu’après cette première alarme Agnès Buzyn avait juré, le 7 février sur Europe 1, qu’un tel fichage relevait de la fiction. Elle répondait, ce faisant, à une tribune signée par une centaine de personnalités qui exigeaient que le ministère de la Santé publie le « vrai chiffre » des gilets jaunes blessés. Impossible de le déterminer, avait rétorqué Buzyn : « Je ne demanderai jamais aux soignants de ficher les malades qui arrivent ! »
En effet, ce ne serait vraiment pas civique…
Dans le Canard enchaîné du 17 avril 2019.
Certes, les Français se sont donné un ex-banquier comme chef de l’Etat, mais depuis quand revient-il aux banques de décider qui se présente aux élections en fonction de ce qui sert, ou pas, leur image et leur compte de résultat ? Quand la démocratie devient l’otage des banques, l’incitation aux braquages n’est pas loin !
Elles n’aiment pas les petits qui n’ont pas le sou parce qu’elles craignent de ne pas rentrer dans leurs frais, elles ne goûtent pas les extrêmes, qui font peur aux braves gens, parce qu’elles redoutent d’abîmer leur image. A ce rythme, il va bientôt falloir annuler les scrutins, faute de candidats.
L’argent n’a pas d’odeur, mais les prêteurs prétendent avoir du nez. Résultat, ils ne prêtent plus à grand monde, sauf au respectable parti du Président ainsi qu’au PS et à LR, parce qu’il y a encore peu ils étaient à l’Elysée. En revanche, tous ceux qui ne sont pas assurés d’obtenir 3 %, le minimum requis pour être remboursé de ses frais de campagne par l’Etat, sont priés d’ aller mendier ailleurs. Le pauvre Benoît Hamon en a fait les frais (bancaires), sommé d’hypothèquer ses biens personnels et d’avoir trois sondages au-dessus de 7 % pour toucher une obole. Il n’est pas le seul. Le très centriste Jean-Christophe Lagarde voulait emprunter 1,5 million d’euros, il n’a eu droit à rien. L’UDI apportait 56 parlementaires en garantie (une manne annuelle de plus de 2,1 millions), les banques lui ont expliqué qu’elles craignaient la dissolution. Au guichet de la mauvaise foi, elles sont sans rival…
Pour les partis qui n’ont pas de parlementaires, c’est pire. Le NPA de Philippe Poutou a dû renoncer à se présenter, carrément. La campagne de souscription n’a pas permis de réunir le million d’euros nécessaire. Mélenchon a eu plus de succès. Mais revient-il au militant de se saigner pour voir en piste le candidat pour lequel il souhaite voter ? A chaque élection, les Le Pen se plaignaient de devoir faire le voyage à Moscou pour trouver de l’argent, comme autrefois les communistes. Ils n’en ont plus le droit. Personne ne le regrette, mais à quoi rime l’idée de ne pas leur avancer le pognon que l’Etat, de toute façon, remboursera à un parti assuré d’obtenir près de 20 % des voix ?
Qu’on ne compte pas sur les banques pour favoriser l’offre électorale et la vie démocratique, elles ne se font pas payer pour ça.
François Bayrou, en son temps, avait proposé de créer une « banque de la démocratie » pour pallier l’impéritie de celles en place. Il en avait même fait une condition pour rallier Macron en 2017. Macron avait topé, la loi a été votée, et la mesure a été… abandonnée.
Et le grand débat ne lui a pas encore redonné du crédit, c’était bien la peine.
Problème pas nouveau mais je trouve intéressant de s'y replonger.
Dans le Canard enchaîné du 10 avril 2019.
Au XIXe siècle, caché derrière l’automate connu sous le nom de « Turc mécanique », qui subjuguait les salons en disputant contre un humain de superbes parties d’échecs, il y avait un nain bossu qui tirait les ficelles. De nos jours, derrière nos écrans, c’est la même chose : des myriades de tâcherons du clic s’activent dans l’ombre. Combien sont-ils ? Entre 40 millions et des centaines de millions, c’est dire si on n’en sait rien. Ils vivent dans les pays du Sud, Inde, Indonésie, Madagascar, bref, les pays « émergents ». Ils, n’ont aucun droit, aucune représentation syndicale. Ils sont payés à la tâche : pour un faux « like », un tâcheron malgache touche 0,006 dollar…
Dans un livre-enquête très fouillé (1), le sociologue Antonio Casilli montre que l’intelligence dite « artificielle » ne repose pas que sur des puces en silicium et des algorithmes géniaux tout droit sortis des cerveaux de la Silicon Valley.
Elle a beau se dire « artificielle », elle n’a rien d’immatériel : elle a besoin de doigts, ceux des « travailleurs digitaux », non spécialisés, qui filtrent des vidéos, étiquettent des images, transcrivent des documents dont les machines ne sont pas capables de s’occuper, sélectionnent, améliorent, rendent les données interprétables. « Ce travail tâcheronnisé et datafié sert à entraîner les systèmes automatiques », lesquels ont besoin de millions d’exemples pour pouvoir apprendre. Casilli en est convaincu : le « machine learning » tant vanté (la machine censée s’éduquer toute seule et se perfectionner sans cesse) nécessite et nécessitera de plus en plus de ce travail humain invisible, précaire, volatile, externalisé et sous-payé. Nous renvoyant ainsi au XIXe siècle, celui du Turc mécanique, bien avant qu’existent un droit du travail et une protection sociale…
Les tâches de ces travailleurs digitaux ? Elles n’exigent pas de grandes aptitudes, juste le sens commun qui fait défaut aux machines. Par exemple, Amazon Mechanical Turk propose, pour 2 dollars l’heure, « de lire une page Web et noter toutes les adresses e-mail dans un fichier .txt », de « retranscrire le contenu d’un ticket de caisse à partir de la photo de celui-ci », de « sélectionner toutes les images de hot-dogs dans une série de dix images de produits alimentaires »… Chez Über, les chauffeurs passent moins de temps derrière le volant que « devant l’écran de leur smartphone, pour réaliser des tâches informationnelles telles que cliquer, enrichir des parcours GPS, renseigner des tableaux, envoyer des messages, gérer leur score de réputation ». Pour mettre au point son intelligence artificielle Watson, IBM a demandé à 200 000 microtâcherons de faire des choses aussi exaltantes que regarder l’image d’un paysage pour en ordonner les diverses composantes (des nuages, une montagne, un lac, etc.).
Si Casilli ne croit pas que l’intelligence artificielle va détruire autant d’emplois qu’on l’annonce, il constate qu’elle en crée de très stupides…
(1) « En attendant les robots - Enquête sur le travail du clic », Seuil, 400 p., 24 €.
Rien de nouveau. Cela fait plus d'un an que l'on sait également que les assistants vocaux (Alexa, Cortana, Google Assistant / Home, Siri, etc.) sont eux-mêmes assistés par des tâcherons qui écoutent les demandes orales des utilisateurs… C'est intéressant de lire cela dans la presse à grand tirage.
Dans le Canard enchaîné du 10 avril 2019.
Elles sont à la mode, pas chères (quelques dizaines d’euros}, faciles à installer et à consulter depuis son smartphone : les caméras de vidéosurveillance se multiplient dans les commerces et, surtout, chez les particuliers. Un plus pour la sécurité que ce petit instrument qui permet de surveiller a distance ! Consécration, Orange est même en train de lancer son service « Maison protégée », pour les utilisateurs de ses Livebox. Problème : mal paramétrées, ces caméras se révèlent accessibles à n’importe qui, via Internet.
Résultat : qui pensait protéger son intimité abrite chez lui un mouchard à même de dévoiler au plus grand nombre ce qui devait rester dans la sphère privée. Un cambrioleur 2.0 y trouvera, par exemple, de quoi noter quand une personne s’absente de son domicile et ce qu’il peut y avoir d’intéressant à dérober. S’il a un peu de chance, il pourra même visualiser la combinaison du coffre. C’est ballot. Avec la vidéosurveillance à portée de tous, les flippés du cambriolage pensaient se doter d’un gardien ; ils se retrouvent dans un monde orwellien, où qui croit surveiller est surveillé à son insu.
Il est assez simple pour une personne ayant quelques connaissances en informatique de parcourir le réseau Internet à la recherche de ces caméras dont la faiblesse est la sécurité de la liaison qui les relie au smartphone. Nombre de caméras privées sont accessibles, des sites en dressent même des listes. Où l’on découvre, par exemple, la caméra au-dessus de la caisse du plus grand sauna gay de Paris. Ou celles qui filment l’intérieur de plusieurs sex-shops français. De quoi faire sourire tout le monde, sauf les clients qui se retrouvent observés par tout Internet.
Pouvoir débusquer ces caméras a un seul avantage : vous permettre de savoir si votre chambre d’hôtel en recèle une dissimulée. Une famille néo-zélandaise a ainsi eu la désagréable surprise de découvrir qu’elle était filmée dans le logement qu’elle avait loué en Irlande sur Airbnb. Comment déceler les caméras intruses ? Entre autres précautions, un expert interrogé par CNN explique que le mieux est de vérifier le réseau WiFi que vous a fourni le propriétaire pour s’assurer que des caméras connectées à Internet ne sont pas branchées dessus. Malin.
Oui, vérifier dans l'interface de la box (le mot de passe par défaut est souvent valable et il se trouve sur une étiquette sur la box elle-même), la liste des machines connectées. Et pour les plus sioux, airodump de la suite aircrack-ng. :)
Il en va ainsi dans la société de surveillance : même en vacances, le quidam doit jouer les James Bond et vérifier qu’il n’est pas espionné.
Rien de nouveau, mais c'est intéressant de voir cela dans la presse nationale grand public.
Dans le Canard enchaîné du 10 avril 2019.
En Chine, les jeunes adeptes des jeux vidéo sont surveillés de près. « Le Journal du dimanche » (7/4) explique la procédure : « Après trois heures ininterrompues, un message conseille de faire une pause et de ne pas oublier ses devoirs. Si le joueur persiste, il est carrément pénalisé. » A l'aide de la surveillance faciale, qui les identifie individuellement, « les moins de 12 ans sont limités à une heure par jour, deux pour les 13-18 ans. Et personne n'a le droit de se connecter après 21 heures ».
Sinon, ils sont condamnés à lire sur écran les œuvres complètes du président Xi Jinping ?
Dans le Canard enchaîné du 10 avril 2019.
Le nom de code pour cette opération top secrète était « Dragon d’or », mais « Poule aux œufs d’or » aurait pu convenir aussi. Il y a un an, la Direction nationale d’enquêtes fiscales (DNEF) recueillait, auprès d’un informateur, des centaines de milliers de données informatiques provenant d’une société britannique spécialisée dans l’optimisation fiscale offshore. Depuis près d’un demi-siècle, dans 80 pays, Ocra Worldwide propose à 20 000 riches clients — il faut posséder au moins 10 millions d’euros — de placer leur fortune au sein de paradis fiscaux ou d’acheter des avions et des bateaux pour alléger leurs impôts.
Sauf que cette optimisation cache, selon la DNEF, des procédés moins légaux. Parmi les 200 Français qu’a repérés la direction, 55 détiennent, d’après les infos du « Canard », des avoirs non déclarés à l’étranger. D’ici au 15 mai, ces malheureux vont recevoir une « demande de renseignements » de l’administration fiscale leur enjoignant de régulariser leur situation.
Merci les délateurs
Bercy affirme qu’il compte récupérer plusieurs dizaines de millions d’euros. On peut toujours rêver : les 415 compatriotes pincés, il y a trois ans, dans l’affaire des « Panama Papers » ont déjà rapporté, eux, 120 millions. Avec l’opération « Dragon d’or », le fisc espère achever de convaincre les parlementaires que la délation, c’est bon pour les caisses de l’Etat. En 2017, dans la ici de finances, Bercy a fait officialiser la possibilité de rémunérer ses informateurs à titre expérimental. Or la mesure (le test arrive bientôt à échéance) sera reconduite, ou non, en fonction de la quantité d’oseille récoltée…
Odieuse traque aux riches !
Chaud, le peu rapporté suite aux Panama Papers. :O À l'époque, les médias évoquaient des dizaines de milliards d'euros d'arriérés d'impôts. Où est passé la différence ? Informations pourries ou plus d'actualité dans les Panama Papers ? Mauvaise évaluation des médias ? Clémence du fisc ?
Dans le Canard enchaîné du 10 avril 2019.