Dans “Le ministre est enceinte” (Seuil), Bernard Cerquiglini tente de calmer la querelle du genre.
En 2005, on pouvait lire dans « Le figaro » : « Chaussée d’escarpins à talons aiguilles et vêtue d’un coquet tailleur rose, le chancelier allemand a serré la main de Jacques Chirac. » Il s’agissait d’Angela Merkel et non d’une drag-queen… En 1991, à propos d’Edith Cresson, un confrère écrivait : « Le Premier ministre n’est pas vraiment inquiète. »
De ces incohérences, Bernard Cerquiglini, linguiste et universitaire, livre ici une chronique savante et souriante (il est aussi membre de l’Oulipo). Dans la féminisation des noms de métiers, des titres et des grades, qu’il approuve, il voit « un des changements les plus rapides et les plus étendus qu’ait connus notre langue. » Aucun militantisme : entre « purisme androcentriste » et « féminisme rudimentaire », il cultive l’art du compromis. Pour faire accoucher la langue de beaux enfants, cet homme est une vraie sage-femme.
Un peu de culture historique ne nuisant pas, Cerquiglini rappelle qu’avant l’« épuration linguistique qu’effectuèrent les grammairiens du XVIIe siècle », la féminisation des noms de métiers a prospéré sans tapage jusqu’en 1600. En cet heureux temps, personne n’était choqué d’aller chez la « boutonnière », la « poulaillère » et autre « tavernière ». Au sommet de l’Etat, Catherine de Médicis et Anne d’Autriche furent des « ré- gentes » et non des « régents » de France. Les puristes ne restaient pas inertes : Vaugelas s’offusquait d’entendre une femme dire : « Heureuse, je la suis » (il préconisait « je le suis »). A quoi Madame de Sévigné répondait : « Je croirais avoir de la barbe si je disais autrement. » Poil au complément !
Il est vrai que le féminin professionnel était souvent conjugal : l’« ambassadrice » resta longtemps l’épouse de l’ambassadeur. Aujourd’hui, une femme n’a pas besoin de mari pour être « préfète » ou « pharmacienne ». L’affaire est plus disputée pour « auteure », passé aujourd’hui dans l’usage. Mais la querelle persiste avec « autrice », qui heurte moins les esprits que les oreilles. Cerquiglini ne vote pas pour : « Son succès est imrobable. Nous-mêmes, sans pavoiser avons opté pour “auteure”. » Au fait, que reste-t-il des « doctoresses » et des « mairesses » d’antan ?
Dans la partie la plus technique du livre, l’auteur plaide pour un masculin « générique non spécifique », pouvant désigner un groupe mixte, pas exclusivement mâle. Ainsi, « tous les voyageurs sont priés de descendre » ne devrait offenser personne : pas besoin d’alourdir le message avec « tous les voyageurs et les voyageuses ». Ajouter le féminin est possible mais ouvre sur un autre sens : « Les candidats et les candidates passeront une épreuve de natation » souligne que tout le monde est désormais dans le même bain.
Tant pis pour les puristes, qui ne s’appellent plus Vaugelas mais « académiciens ». Cerquiglini raconte avec verve le combat d’arrière-garde mené par ces messieurs-dames de la Coupole, admettant aujourd’hui, l’épée dans les reins, « docteure » et « proviseure ». Quant à l’écriture inclusive, qui n’est pas le vrai sujet du livre, elle n’est pas la tasse de thé de l’auteur, opposé au « point médian » (« les candidat.e.s »).
Heu ? Je ne sais pas si l'erreur vient du Canard ou de l'œuvre, mais « candidat.e.s » n'est pas féminisé avec des points médian (sinon, cela aurait donné : candidat⋅e⋅s).
Certains prétendent que, informée de cette position, Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie française, se serait exclamée : « Heureuse, je la suis ! »
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.
La violence dans les écoles, le philosophe Alain — pseudonyme d’Emile Chartier — n’ignorait pas le problème. Dans son « Propos » du 18 février 1909, il esquissait quelques solutions :
« Tout le monde connaît le mal ; personne n’ose en parler. Les professeurs eux-mêmes rougissent du chahut qu’on leur fait comme d’une maladie honteuse (…). L’administration connaît ces désordres, mais elle veut les ignorer. Elle laisse entendre, dès qu’on la pousse là-dessus, que le professeur est seul coupable. En quoi elle ment… C’est à peu près comme si un gendarme accusait de maladresse ceux qui se laissent assassiner. Non ; le rôle d’un jeune savant est d’instruire, et non pas de faire le garde-chiourme. Aux surveillants, aux censeurs, aux proviseurs il appartient de faire régner l’ordre. Et, dès qu’ils voudront bien agir énergiquement, le professeur fera sa classe en paix. Mais, tout au contraire, ils ont peur de tout, peur des parents, peur des amis des parents, peur du maire, peur du député. »
Difficile de prétendre que cet Emile parlait comme un Chartier !
Je nuance quand même ce texte : ce que cet auteur désigne sous les termes « chahut » et « désordre » devait être d'une ampleur bien moindre que ce que nous constatons de nos jours. Mais, il reste intéressant de constater que la violence dans les écoles et la peur des parents ne datent pas d'hier. Peut-être parce que rien n'a vraiment changé : comme l'exposent Aaron Swartz et Catherine Baker l'école est un lieu qui castre la curiosité naturelle des enfants, qui les formate à être de gentils moutons, qui les traumatise par l'effet de l'autorité et des interminables rabâchages, et les met en concurrence, ce qui génère forcément une forme de violence et de jemenfoutisme que l'on retrouve plus tard dans la société.
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.
En 2019, malgré une hausse de 3,9 milliards des prélèvements “écolos”, les dépenses environnementales vont baisser de 400 millions.
Où passent les taxes « vertes » perçues sur l’essence, ces recettes censées dorloter l’environnement, auxquelles Macron et ses ministres ne cessent de proclamer leur attachement ? Pas toujours dans le financement de la transition écologique, malgré leur doux parfum de chlorophylle. En 2019, la quasi-totalité des nouveaux prélèvements « écolos » sera en effet redirigée vers le budget général de l’Etat, sans la moindre application verte…
Cette mesure ne serait-elle qu’un prétexte pour augmenter la ponction fiscale ? L’examen des documents du budget pour 2019, que les commissions des finances de l’Assemblée et du Sénat sont en train de décortiquer, semble l’indiquer. A vos calculettes !
C’est vert mais pas juste
Côté recettes, l’an prochain, la part écologique des taxes sur les carburants (TICPE) va augmenter de 3,9 milliards par rapport à 2018. Et même de plus de 4,2 milliards, en comptant la TVA (lire ci-dessous).
Côté dépenses et aides aux ménages, censées accompagner la transition écologique, l’évolution est tout autre. Le « chèque énergie » (versé, pour compenser la hausse du prix des carburants, à ceux dont le revenu est proche du RSA) va augmenter de 120 millions par rapport à 2018. Le compte d’affectation spéciale écologie et la mission écologie recevront, pour leur part, 280 millions de plus que l’an dernier. Voilà pour les hausses.
Car la TVA réduite (5,5 %) sur les travaux dans les logements restera la même que l’année dernière (1,1 milliard). De même, l’augmentation du bonus automobile et de la prime de conversion pour acheter des véhicules plus propres sera intégralement compensée par la forte augmentation (300 millions) du malus auto.
Enfin, le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE), qui permet de déduire de son impôt certaines dépenses domestiques réduisant la consommation d’énergie, va, lui, baisser… énergiquement. De 1,68 milliard cette année à 880 millions en 2019, soit 800 millions de moins.
Au total, face à la hausse des ponctions (3,9 milliards) au titre de la transition énergétique, on constate une baisse des dépenses environnementales : 400 millions ! Comble de l’ironie, le budget du ministère de l’Ecologie lui-même est en baisse, à missions constantes, de 23 millions.
Un petit dernier pour la route ? Le rétablissement de 1 milliard de taxe sur le gasoil non agricole va financer… la suppression du forfait social payé par les entreprises sur la participation et l’intéressement !
Le CO2 au service de l’emploi
Ce dévoiement de la fiscalité verte n’est pas inédit. Dans son rapport sur le budget de cette année, le rapporteur spécial de la mission écologie du Sénat, Jean-François Husson, notait ainsi que, sur les 3,7 milliards de prélèvements écologiques supplémentaires, seulement 180 millions étaient affectés aux dépenses nouvelles en faveur de l’environnement. La différence — plus de 3,5 milliards — va donc directement dans les caisses de l’Etat, qui en fait ce que bon lui semble.
Or les documents annexes du budget sont éloquents : la hausse des taxes carbone, indique un codicille au budget de 2018, « contribuera au financement des baisses de la fiscalité pesant sur le travail et le capital en vue de favoriser l’emploi et l’activité ». Mais pas à la protection de la nature ? De même, selon le rapporteur du Sénat, « entre 2014 et 2016, la hausse des produits de la fiscalité énergétique a principalement servi à compenser une partie du coût du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) » accordé aux entreprises.
Macron, dans un entretien accordé, le 4 novembre, à la presse régionale, le reconnaît de manière sibylline : « Je préfère la taxation du carburant à la taxation du travail. »
Pour l’instant, le rapport entre hausse de l’essence et baisse du chômage ne crève pas les yeux…
Comme si la flambée des taxes sur l’essence ne suffisait pas, la TICPE supplémentaire perçue par l’Etat en 2019 — 3,9 milliards — est elle-même… taxée ! La TVA ainsi prélevée rapportera 345 millions d’euros. 4,25 nouveaux milliards vont donc être ponctionnés, sans aucun bénéfice pour l’écologie (voir ci-contre). La fiscalité française n’est jamais en retard d’une absurdité. Depuis près de trente ans, par exemple, une partie de la CSG — environ 2,5 % — réglée par les salariés (c’est-à-dire non perçue par eux) est imposable comme un revenu.
Au fait, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Pourquoi ne pas soumettre la TVA sur la TICPE à la CSG ? Ça rapporterait tout de même quelques centaines de millions de plus à l’Etat !
Segolène Royal réalise une rentrée politique tonitruante en s’élevant notamment contre la flambée des taxes vertes. « Vous ne pouvez pas, du jour au lendemain, taxer d’une façon aussi violente les automobilistes », a-t-elle ainsi déclaré sur RTL (23/10). L’ancienne ministre de l’Ecologie de Hollande sait de quoi elle parle : la suppression de l’écotaxe sur les poids lourds (notamment étrangers), qu’elle a décrétée en octobre 2014, a coûté plus de 1 milliard aux contribuables pour la seule rupture du contrat. A quoi s’ajoute un autre milliard annuel pour compenser les recettes que devaient procurer les portiques — une somme qu’elle avait récupérée… en augmentant la TICPE.
Rien ne vaut le zèle des pêcheurs repentis !
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.
Six mois avant les élections européennes, Emmanuel Macron est un homme seul, à Bruxelles. La droite européenne devait exploser et Macron ramasser les morceaux ? Raté. Les sociaux-démocrates ? Ils feront cavalier seul. Les écolos ? Dany Cohn-Bendit les a dragués en pure perte. « Macron est coincé. Il ne voulait pas s’afficher avec Guy Verhofstadt, le patron des libéraux, trop affairiste a ses yeux, et maintenant il ne fait plus le difficile, les émissaires de LRM défilent dans son bureau », se marre un eurodéputé.
C’est donc avec ce groupe des libéraux, le quatrième en termes d’effectifs au Parlement européen, qu’En marche ! a entamé des discussions en vue du scrutin de mai. Mais, si la vitrine peut séduire, l’arrière-boutique s’avère nette-ment moins reluisante.
Le président du groupe libéral au Parlement européen, l’ex-Premier ministre belge Verhofstadt, déjà cité, se voit régulièrement reprocher ses fonctions d’administrateur au sein de plusieurs sociétés : la Sofina — une holding actionnaire, notamment, de Danone et de GDF Suez —, l’armateur Exmar — spécialisé dans le transport de gaz liquéfié — et le fonds de pension néerlandais APG. Selon Transparency International, ces petites grattes lui procurent un revenu annuel supérieur à 1 million d’euros. Mais il facture aussi la plupart de ses interventions publiques environ 13 000 euros chacune. « Verhofstadt pourrait faire vivre 40 familles grecques », ironisent les socialistes belges.
Le président du parti libéral européen, l’eurodéputé néerlandais Hans Van Baalen, était, lui, administrateur, jusqu’en 2015, de Mercedes-Benz et de la RAI, un lobby automobile. A la suite du scandale du « Dieselgate », il a renoncé à ces fonctions, le conflit d’intérêts devenant trop criant. Autre élu désintéressé : l’eurodéputé libéral allemand Wolf Klinz, administrateur d’un groupe bancaire et d’un lobby financier. Et la liste n’est pas close.
Les affranchis
Le groupe des libéraux abrite d’autres curieux loustics encore. L’ALDE roumaine, petit parti membre de la coalition gouvernementale à Bucarest, est mise en cause dans des affaires de corruption. Son patron, l’ancien Premier ministre Calin Popescu-Tariceanu, est désormais le président du Sénat roumain. Au côté du très controversé leader socialiste Liviu Dragnea, il dirige une campagne incriminant l’indépendance de la justice roumaine. A Bruxelles, la Commission envisage très sérieusement l’ouverture d’une procédure pour infraction à l’Etat de droit.
Parmi les cas plus problématiques, l’ANO, parti du Premier ministre populiste tchèque, Andrej Babis. Ce milliardaire, deuxième fortune et premier employeur du pays, est un ancien collaborateur de la police politique communiste, surnommé « le Berlusconi tchèque ». L’Olaf, l’office antifraudes de Bruxelles, soupçonne son entreprise, Agrofert, d’une fraude de 2 millions d’euros aux… subventions européennes ! Pas question pour autant de prendre ses distances avec lui : l’ANO, avec 80 % des voix aux dernières élections, est le premier parti du pays.
Tous ces libéraux ont un point commun : une aversion profonde pour la notion de régulation. « Ils sont complètement du côté des industriels. Pour leur faire accepter l’idée de normes sociales ou environnementales, c’est la croix et la bannière ! » s’étrangle l’eurodéputée française Tokia Saïfi, du PPE, qui travaille au Parlement européen sur les dossiers de libre-échange.
Pittoresques, les nouveaux amis d’Emmanuel Macron !
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.
Quasiment en secret, elle a donné à la PJ le droit de “réquisitionner” des documents sans l’aval d’un magistrat. Et la Chancellerie veut aller encore plus loin…
Des poulets autorisés à picorer dans la vie privée de leurs concitoyens sans avoir à demander la permission à un magistrat ? Personne ou presque n’est au parfum — même pas les avocats —, mais ce scénario cauchemardesque est déjà une réalité, et il risque fort de se généraliser d’ici à la fin de l’année.
Depuis 2014 — plusieurs documents exhumés par « Le Canard » le prouvent —, la police judiciaire a discrètement reçu le droit de procéder à des « réquisitions » (la remise de documents publics ou privés) sans avoir à solliciter l’autorisation préalable d’un procureur. Le projet de loi de programmation sur la justice, qui sera débattu dans les prochains jours à l’Assemblée, va encore plus loin.
Tampon magique
Au prétexte de « simplifier » le boulot des forces de l’ordre et de les décharger d’une encombrante paperasserie, l’article 30 leur donne le droit de procéder librement à des réquisitions sur la vie privée des justiciables auprès d’organismes publics de type Urssaf, allocations familiales ou Pôle emploi. Pour se justifier, il suffira aux agents de déclarer qu’ils travaillent sur « enquête préliminaire » du parquet.
La garde des Sceaux, Nicole Belloubet, a ardemment défendu cette disposition en octobre devant le Sénat. Elle s’est inspirée de deux précédents. Dès 2014, le procureur de Paris, François Molins avait pris l’initiative de délivrer, en loucedé, une « autorisation permanente » permettant aux poulets de consulter quasiment sans contrainte les enregistrements des caméras de surveillance placées par « les banques, la RATP, la SNCF, les mairies des communes de petite couronne et les réseaux privés de vidéoprotection exploités dans les commerces et les établissements publics ».
Du coup, il suffisait à la PJ de rédiger elle-même les fiches de réquisition. Puis d’y donner un coup de tampon portant la mention « Sur autorisation du procureur de la République », et le tour était joué… Ironie du sort : aujourd’hui, le procureur Molins quitte son poste pour devenir procureur général de la Cour de cassation, le plus haut poste du parquet, où il sera chargé de veiller au respect par la justice de la « volonté du législateur ». Un expert !
Forte du précédent de 2014, la Chancellerie avait rédigé, le 8 septembre 2016, une circulaire ouvrant plus grandes encore les vannes. Passé, lui aussi, totalement inaperçu, ce texte a « simplifié » à tout-va, laissant aux procs le pouvoir de délivrer aux flics et aux gendarmes ces « autorisations permanentes » de réquisitions.
Curiosité débridée
Les possibilités presque infinies d’application de cette circulaire laissent rêveur. Avec elle, la PJ peut, par exemple, farfouiller librement dans les images de vidéosurveillance privées, se procurer les numéros de téléphone de tel ou tel citoyen, le détail de sa facture EDF ou de ses mouvements bancaires. Même traitement pour la liste du personnel d’une société, le nom des voyageurs sur une liaison aérienne ou l’identité des clients d’un site Internet.
Soucieuse de justifier cette entorse aux principes judiciaires, la Chancellerie s’était appuyée sur les plaintes de poulets qui râlaient contre le « temps consacré à l’accomplissement des diligences formelles ou d’exercice des droits (sic !)».
Un souhait exaucé dans le respect le plus parfait, bien sûr, de l’autorité de la justice et de la liberté des citoyens.
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.
Enfin un budget qui va augmenter franchement : celui affecté aux barbouzes de la DGSE. En 2019, « la Piscine », sise boulevard Mortier, à Paris, devrait ainsi disposer de 342,922 millions d’euros pour financer ses investissements et de 465,281 millions pour payer son personnel.
A la fin de l’année prochaine, si l’on en croit les documents budgétaires du projet de loi de finances, la DGSE devrait compter 5 843 salariés. Et embaucher 200 ingénieurs ou techniciens, pour la plupart experts en cyberespionnage, en écoutes téléphoniques et en big data. Avis aux chômeurs…
Pour apprécier la générosité du gouvernement, il suffit de rappeler les sommes attribuées en 2018 à la DGSE : 285,62 millions pour les investissements et 445,6 millions pour le personnel. A comparer aux 342,922 millions et aux 465,281 millions de 2019. Soit 76,98 millions de mieux. Quel autre service de l’Etat peut se flatter d’une telle hausse de crédits ? La DGSE dispose aussi d’une autre source de financement qui, comme son budget propre, ne donne lieu à aucun débat devant les assemblées parlementaires : celui dit « des fonds spéciaux ». Leur enveloppe a été fixée pour 2019 à 67,19 millions d’euros.
Ces millions sont en principe, et ce depuis 2002, destinés à financer les actions clandestines de la DGSE, ainsi que celles de la DGSI (le Renseignement intérieur) et de la DRM (le Renseignement militaire). Il est d’usage que la dotation initiale soit régulièrement abondée par le budget de l’Etat au cours de l’année, pour atteindre près de 75 millions.
Sans plus de débat parlementaire ni plus d’explications venues du gouvernement.
Le budget 2018 de la DGSE était déjà en hausse par rapport à 2017 : +40 millions pour les salaires , +50 millions pour les investissements.
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.
Dès le début, j’ai « expliqué que ça me blessait, j’ai dit qu’on ne pouvait pas rire de la Shoah, mais on est passé des blagues sur la Shoah à des saluts hitlériens, puis on invente un jeu qui s’appelle le “freespa” (contraction de “Frisbee” et “kippa"), le lancer de kippa, qu’on jette par terre. » Rose, 20 ans. étudiante en deuxième année de médecine à l’université Paris-XIII, a porté plainte, le 20 octobre, pour injures antisémites (Europe 1, 29/10).
Harcelée par un groupe d’élèves de sa fac, la jeune femme a dû renoncer à se rendre au week-end d’intégration annuel, de peur d’être de nouveau prise pour cible. « Vous, les Juifs, vous n’avez pas d’humour », lui a répliqué l’un des petits rigolos.
C’est vrai, quoi, c’est marrant comme tout, de classer sur Facebook les Juifs de la promotion avec un chiffre et une appréciation : « Juif niveau 31, impliqué mais capacité à traîner avec des guys », « Juive niveau 75, prestige 4, prête à tout pour sa communauté », « Juif niveau 2, il sait qu’il y a une fête qui s’appelle shabbat ». Mais n’est-ce pas encore plus tordant que de vouloir baptiser le week-end d’intégration de l’année prochaine « Auschwitz 2019 » ou « Rafle 2019 » , avec une photo d’un étudiant juif brûlant dans les flammes, comme en attestent les captures d’écran des conversations recueillies sur les réseaux sociaux ?
Une « blague » qui s’inscrit dans un comique de répétition. Le 17 octobre, des tags nazis ont été retrouvés dans les toilettes de l’université Panthéon-Assas (Paris-II). Cinq jours plus tôt, c’est dans une salle de classe de l’école de commerce HEC qu’une série de croix gammées ainsi qu’une inscription « Juden », en lettres rouges majuscules, ont été découvertes sur les murs. Là encore, des jeunes dénués de la moindre capacité d’autodérision l’ont mal pris.
Tout comme ont osé s’émouvoir des jeunes de Tolbiac (Paris-I) membres de l’Union des étudiants juifs de France, après que leur local a été saccagé, en mars, avec des inscriptions au mur telles que « A mort Israël ».
Aucun humour, décidément.
Yep, c'est pour rire. Comme les cartes postales antisémites dans les années 1920 n'étaient pas sérieuses, c'était juste "comme ça", "dans l'air du temps"… et puis c'est parti en sucette, mais, promis, c'était tonton Adolf le seul et unique très très vilain mézaaaaant pas beau, surtout pas toutes les ordures, y compris de la société civile, qui lui ont préparé le terrain, l'air du temps, les cervelles. Bis repetita ?
Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.
Les brésiliens ont tiré le gros lot. Ils ont choisi pour président un phénomène tropical. Un député vulgaire, méprisé par ses pairs, paresseux qui, prétendant combattre le « politiquement correct » et le « système », a multiplié les provocations pour faire parler de lui, critiqué les médias et traité les journalistes d’imbéciles. Ce n’est pas en France qu’on connaîtrait pareil hurluberlu !
Un homme soi-disant « neuf », élu depuis vingt—sept ans et passé par une dizaine de partis sans avoir déposé plus de deux propositions de loi ! Le nouveau président du Brésil est un cas qui, en plus de cumuler tous ces avantages, s’assume ouvertement raciste dans une société métissée, homophobe — il préfère que son fils meure dans un accident plutôt que de le voir vivre avec un moustachu —, pleinement misogyne — il a eu une fille, « fruit d’une petite faiblesse » —, voire pire, quand il explique à une journaliste qu’il ne la violera pas parce qu’elle « ne le mérite pas », elle est trop « moche ».
Surtout, comme le dit joliment « Le Figaro » (31/10), habile dans la litote, Jair Bolsonaro est « démocrato-sceptique ». Il a un petit doute sur la démocratie, assimilée à la corruption des années Lula. Il lui préfère les régimes autoritaires où les armes, qu’il veut en vente libre, sont entre les mains des militaires qui gouvernent. Il a la nostalgie des généraux qui ont mis le pays au pas entre 1964 et 1985, mais il garde son esprit critique : plutôt que de beaucoup torturer, l’ armée aurait mieux fait de tuer la racaille communiste, dit-il.
En attendant, le vieux Le Pen est aux anges, qui prie pour ne pas mourir avant de voir la vague brune submerger vieux et nouveau mondes. Fifille Marine a adressé ses plus vives félicitations à Bolsonaro. L’Intemationale populiste est en train de s’étendre, de Trump à Salvini, d’Orbàn à Duterte. Et l’extrême droite, parfois venue de la gauche, s’installe comme une alternative à la démocratie avec ses têtes de Turc genre « le Juif Soros ». Quand le peuple a peur de l’insécurité, de l’immigration et s’indigne de la corruption, il vote pour qui prétend la combattre, même si le remède est pire que le mal. Il n’y a pas que le pronunciamiento qui amène les dictateurs au pouvoir : il y a les urnes, aussi.
La démocratie est de moins en moins à la mode, assimilée à un « système ». Place donc au « président antisystème », comme le dit encore « Le Figaro », qui a tout un tas de synonymes en magasin pour ne pas écrire « facho ». Les ennemis de la démocratie ont le vent en poupe, comme dans les années 30. Ils ont de la chance, le peuple n’a pas de mémoire. Le Brésilien a oublié les généraux, l’Allemand de l’Est Hitler, l’Italien Mussolini. A moins que ce ne soit l’inverse, que tous aient la nostalgie de ces hommes du pire. Saudade !
Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.
Bientôt, les habitants de Vittel ne pourront plus boire d’eau de Vittel : seul Nestlé Waters, la filiale spécialisée du géant suisse Nestlé, aura le droit de pomper l’eau qui se trouve dans la nappe phréatique située sous leurs pieds. Et il l’exportera à bon prix en Allemagne ou en Suisse sous la marque Vittel Bonne Source. Santé !
Jusqu’à présent, les 18 000 habitants des 45 communes situées autour de Vittel (Contrexéville, Bulgnéville, etc.) buvaient l’eau pompée 200 mètres sous terre dans l’immense nappe des grès du trias inférieur (37 200 km²), qui s’étend jusqu’au sud de l’Allemagne. Sous Vittel, celle-ci forme une poche isolée, imperméable et, du coup, très préservée des pollutions… Cette eau minérale et très pure fait la renommée de cette « Bonne Source ». Problème : elle se recharge très lentement et pas assez. Son niveau baisse de 5 à 10 cm par an. Le Bureau de recherches géologiques et minières a constaté que la nappe se vidait peu à peu et calculé qu’elle perdait chaque année 1,2 million de mètres cubes. Or deux clients consomment, à eux seuls, la moitié des 3,3 millions de mètres cubes qui y sont pompés chaque année : les fromageries Ermitage et l’usine Nestlé de Vittel, qui en avale 750 000 m3, soit autant que tous les habitants de Vittel.
Depuis 2009, préfecture et conseil départemental ont mis en place une commission de l’eau chargée de trouver le moyen de préserver la précieuse ressource. Et, en juillet dernier, ladite commission a trouvé la solution miracle : les habitants de Vittel et des alentours n’auront qu’à s’abreuver à partir des nappes situées sous les communes de Valfroicourt et Attignéville, à 15 km et 20 km delà.
Dialogue de source
Il suffira de construire un système de canalisations, certes légèrement coûteux, évalué au doigt levé entre 8 et 17 millions d’euros. Le contribuable paiera. Et, grand seigneur, Nestlé mettra la main à la poche, on ne sait pour combien. En attendant, des maires de municipalités concernées, comme Christian Franqueville, le maire de Bulgnéville, s’énervent : « On nous dit qu’il s’agit de préserver l’emploi. Mais, quand Nestlé a repris l’usine de Vittel, en 1992, il y avait 4 000 emplois. Il n’y en a plus que 900 ! On peut accepter de ne plus boire cette eau, mais il faut de vraies compensations. »
Contacté par « Le Canard », Franck Perry, le maire de Vittel, préfère le silence. De son côté, la préfecture confirme la tenue d’une concertation publique, qui devrait commencer début décembre.
Et glou et glou…
C'est à ce genre de projets que l'on mesure la stupidité et l'avidité humaine : une ville qui s'est fait allègrement déposséder de la nappe phréatique la plus proche ne pourra plus puiser son eau dans celle-ci sans qu'une société privée ne l'embouteille au préalable dans du plastique polluant, et ce, afin de laisser une quantité suffisante de cette eau à la disposition de ladite société privée dans l'optique qu'elle continue de réaliser une plu-value sur l'extraction de l'eau et la pollution plastique induite. C'est beau.
Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.
La réforme de la Constitution promise par Macron ne verra sans doute pas le jour avant janvier 2019, ou à la saint-glinglin. Pourtant, elle a déjà pris son envol lors du vote de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2019. Les députés ont été priés de faire comme si. L’article 7 de la réforme stipule en effet que « les projets de loi de financement de la Sécurité sociale et de finances (jusqu’ici séparés) [pouvaient] être examinés conjointement » par le Parlement. Pour l’opposition et certains syndicats, ces quelques mots annoncent l’annexion du budget de la Sécu par celui de l’Etat.
Sans attendre, quelques fouineurs ont déniché dans le projet de loi un tableau de chiffres retraçant les projections comptables pour chaque branche. Dans les trois années suivant 2019, le résultat de l’exercice tient à trois chiffres : 0,00. C’est-à-dire ni trou ni bénéfice. Un « ex—patron de la Sécu reformule : « Dorénavant, la Sécurité sociale n’affichera pas d’excédents, car ils seront versés en amont à l’Etat. » Les commentaires du gouvernement figurant en annexe de la loi a propos des prestations familiales sont d’ailleurs assez clairs : « Le solde de la branche restera équilibré, après prise en compte des transferts à l’Etat. »
Caisses de traite
Mais, pour qu’il y ait siphonnage — pardon, transferts —, encore faut-il qu’il y ait bénefs. Dans ce domaine, c’est la fête assurée : les allocations familiales, l’allocation personnalisée au logement et sept autres allocs (dont celles destinées aux personnes âgées et aux veuves) seront augmentées de 0,3 % seulement, soit beaucoup moins que le coût de la vie. Idem pour les retraités du régime général, dont la pension est « désindexée » de l’inflation. Au total, 6 milliards s’envoleront en 2019 du bas de laine des caisses sociales au profit de Bercy.
Avant même l’intégration totale au budget de l’Etat, les ponctions vont commencer par la fin des compensations. Depuis 1994, la loi imposait au gouvernement de reverser aux caisses de Sécurité sociale le manque à gagner résultant des allégements de cotisations patronales. C’est fini : les articles 5 et 7 stipulent que les allégements décidés par le gouvernement s’effectueront désormais sur le dos de la Sécu, et ce dès le rétablissement de l’exonération des cotisations pour les heures supplémentaires. Ces allégements représentent aujourd’hui une cinquantaine de milliards par an.
La Sécu est en passe de devenir l’une des plus belles vaches à lait de la République.
Dans le Canard enchaîné du mercredi 31 octobre 2018.
L'affaire Mélenchon braque les projecteurs sur le rôle des procureurs, qui enquêtent et perquisitionnent à peu près comme bon leur semble. Le contrôle des juges des libertés, qu’ils mettent en avant, reste souvent illusoire…
Depuis le coup de chaud de Mélenchon et ses accusations baroques contre le pouvoir politique, le gouvernement et le parquet de Paris brandisent, tel le saint sacrement, la décision du juge des libertés et de la détention (JLD) ayant autorisé les 17 perquisitions effectuées le 17 octobre. Et pour cause : ce magistrat est supposé totalement indépendant, contrairement au procureur, placé sous l’autorité de la ministre de la Justice et à l’origine des demandes de perquises.
Pas sûr que cela suffise à faire taire les soupçons. Le plus souvent, les juges des libertés se contentent de donner un coup de tampon machinal sur les demandes présentées par les procureurs. Cet automatisme n’a pas échappé à la commission des Lois du Sénat, qui a récemment déploré le « contrôle souvent trop formel » exercé par ces magistrats.
Les copieurs du palais
« Les JLD sont démunis : le dossier qui leur est présenté reste très partiel. ils ne peuvent donc pas toujours vérifier si l’atteinte à la vie privée des justiciables reste bien proportionnelle aux infractions soupçonnées », constate un procureur général. Et d’ajouter : « En général, il y a une pression très forte des enquêteurs, et le Juge des libertés finit par céder pour ne pas prendre le risque d’être accusé d’avoir fait échouer les investigations. » Imparable…
Dans les affaires de terrorisme, les JLD font souvent preuve d’une belle plasticité. En décembre 2015, par exemple, le juge des libertés de permanence au tribunal de Montpellier s’est contenté de copier-coller l’arg‘umentaire du procureur pour autoriser la fouille du domicile d’un couple présenté par des voisins comme des sympathisants de Daech. En janvier 2018, la Cour de cassation a sèchement rappelé tout le monde à l’ordre : dans un arrêt, elle a répété que les motivations des JLD devaient être « adaptées et circonstanciées », et qu’elles constituaient « une garantie essentielle » pour les libertés individuelles.
D’autres juges des libertés ont tenté de la jouer rebelle : après avoir réclamé en vain les éléments « précis » censés les justifier, ils ont retoqué des perquises ou des écoutes. Mal leur en a pris : les récalcitrants ont carrément été sommés par le procureur — qui n’en a pourtant pas le droit — de justifier leur veto devant une escouade de policiers furibonds. le qu’ils ont refusé aussi sec !
Dans les affaires politiques ou financières, en revanche, les JLD hésitent un peu moins à se pousser du col. Les demandes de perquisitions « prestigieuses » — chez un fillon ou chez un Mélenchon —— sont, en général, examinées de plus près que les dossiers visant un banal réseau de cambrioleurs. Depuis sa création, en décembre 2013, le parquet national financier a ainsi essuyé quelques (rares) refus pour des visites domiciliaires. Un JLD de Nanterre a également envoyé sur les roses le procureur qui lui demandait, en 2013, une perquisition chez Michèle Alliot-Marie, dont le père était soupçonné d’abus de confiance. « Le JLD a estimé qu’il fallait ouvrir une instruction, se souvient un enquêteur. Du coup, les perquises ont eu lieu un an après. »
Justiciable baladé
La plaisanterie ne fait sans doute que commencer. Très inspiré par le ministère de l’Intérieur, le projet de loi de programmation de la justice de Nicole Belloubet renforce (encore) les prérogatives des parquets. Ceux-ci mènent déjà près de 95 % des enquêtes judiciaires, sans la moindre intervention d’un juge d’instruction. Et sans que les avocats puissent demander le moindre acte ni assister aux perquisitions (voir encadré).
Une disposition — refusée par le Sénat mais qui devrait être rétablie par l’Assemblée — va même étendre encore la possibilité, pour les procureurs, de procéder à des perquisitions, à des écoutes téléphoniques, à des interceptions électroniques ou à des géolocalisations. Jusqu’à présent, les faits reprochés devaient être punissables d’au moins 5 ans de prison (en pratique : la grande criminalité ou le terrorisme). Désormais, ce sera 8 ans seulement — une limite permettant d’englober la quasi-totalité des infractions passibles de la correctionnelle...
La Chancellerie entend, à l’inverse, limiter davantage le rôle des juges d’instruction. Le justiciable souhaitant saisir directement un magistrat instructeur devra dorénavant se lancer dans un véritable parcours du combattant.
Depuis 2007, la loi lui impose déjà de soumettre au préalable sa plainte au procureur, lequel dispose de trois mois pour décider d’ouvrir ou non une enquête. Demain, ce sera six mois ! Et, si le proc l’envoie balader, le plaignant ne pourra rien faire avant d’avoir réitéré sa démarche devant le procureur général… Les ministres et responsables politiques soupçonnés de traîner quelques casseroles y gagneront, au passage, un précieux répit. Merci qui ?
Aujourd'hui, aucun texte ne prévoit la présence d’un avocat lors d’une perquisition. Le 10 octobre, pourtant, le Sénat a adopté, à l’occasion de l’examen du projet de loi de programmation de la justice, une disposition mettant fin à cette anomalie.
Le gouvernement s’y est farouchement opposé et n’a pas caché son intention de faire supprimer cette modification par l’Assemblée. Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, a expliqué sans rireaux sénateurs que cette avancée des droits de la défense constituerait « une complexification majeure de la procédure pénale ». Son projet de loi entend renforcer les pouvoirs des parquets, pas ceux de la défense, nuance…
Ho bah oui, c'est vrai que la reste de la procédure pénale est tellement simple que ça serait une hérésie de rajouter une surcouche protégeant les droits de l'accusé⋅e. Quand une complexification est utilisée comme rhétorique d'un foutage de gueule.
Dans le Canard enchaîné du 31 octobre 2018.
Bonjour,
Je réagis à l'article suivant publié dans le bandeau gauche de la 8e page du numéro 5112 du 24 octobre 2018 du Canard :
C’est une première : le procureur de la République de Paris a assigné, le 8 novembre, au tribunal de grande instance de Paris neuf opérateurs (SFR, Orange, Free, Bouygues Telecom, etc.) pour qu’ils bloquent le site d’extrême droite Démocratie participative, en raison de ses contenus haineux à caractère raciste, antisémite et homophobe.
Il leur enjoint de bloquer l’accès dans un délai de quinze jours sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard. il est fou, ce procureur !
Depuis toujours, les Gafa et les opérateurs nous expliquent en chœur que bloquer un site est tout ce qu’il y a de plus techniquement impossible.
Ce qui n’empêche pas Facebook de bloquer « L’origine du monde », de Courbet, tellement shocking !
Cet article mélange plusieurs choses et traite le sujet de manière très partielle et sans finesse. Ce n'est pas le première fois que ce sujet, pourtant crucial à notre époque numérique, est malmené par le Canard. Étudions-le un peu plus en détail ensemble, voulez-vous ?
En France, le blocage d'un service numérique par les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) est réalisé par l'effacement de l'adresse du service de l'annuaire technique des FAI. Ainsi, quand un abonné Free ou Orange ou autre saisira l'adresse « democratieparticipative.biz » dans son navigateur Internet, l'annuaire du FAI répondra à ce dernier que le site web n'existe pas, empêchant ainsi son accès.D'un côté, cette technique produit l'ablation d'un site web entier pour un FAI donné. Il n'est pas possible de bloquer une et une seule page d'un site web, ni même un ensemble de pages, c'est tout ou rien, et cela s'applique à l'ensemble des abonnés (pas de distinctions pour les avocats, parlementaires, chercheurs, journalistes, etc. que l'on notre législateur cherche parfois à soustraire à ces blocages). Ainsi, elle n'est pas utilisable sur tout site web à forte audience sur lequel le contenu est mutualisé (Facebook, LeMonde.fr, Wikipédia, etc.) sous peine d'interdire tout accès à ce site web connu, donc de perdre des clients.
De l'autre, le blocage qui naît de cette technique se contourne très facilement : il suffit de paramétrer son ordinateur pour utiliser un autre annuaire, puisque rien contraint à utiliser celui de son FAI.
Ho, bien sûr, côté FAI, il existe une technique de blocage plus efficace qui consiste à lire l'intégralité des communications afin de discerner (par mots-clés, par adresse, etc.) les accès à du contenu problématique et ainsi d'interrompre automatiquement la communication de manière dynamique et en temps réel. Elle se nomme Deep Packet Inspection.Elle permettrait aux FAI de bloquer une page d'un site web donné sans faire l'ablation du site web entier.
Cette technique est très intrusive, elle va au-delà de l'ouverture d'une enveloppe postale, par exemple. En fonction de son paramétrage, elle peut fouiller dans les communications chiffrées donc confidentielles. Son utilisation n'est pas souhaitable dans une démocratie, car elle servira immanquablement à tracer qui lit quel contenu, quand, à quelle fréquence, qui échange avec qui, quand, à quelle fréquence, quels sujets sont abordés, et à bloquer toute forme d'expression jugée dissidente. Pas de retour en arrière possible après son déploiement, la boîte de Pandore sera ouverte et seule son paramétrage fera foi. À ce jour, seuls des États faiblement démocratiques l'ont utilisé (Syrie, Lybie, Iran, Maroc, etc.).
Sur ce sujet, je vous conseille de vous rapprocher de vos confrères de Reflets.info, qui ont abondamment documenté cette technique et ses dérives [1], notamment en Lybie (emprisonnement et torture d'opposants politiques).
Concernant les Gafa, faut-il les classer comme hébergeurs de sites web ou comme éditeurs de sites web, c'est-à-dire, par analogie, comme imprimeurs/distributeurs/points de vente ou comme éditeurs ? Si l'on les classe comme hébergeurs, alors on ne peut pas exiger d'eux un contrôle des contenus, car ne décidant pas des contenus diffusés, ils ne peuvent en être co-responsables. Si l'on les classe comme éditeurs, on ne pourra plus leur reprocher de censurer des contenus selon leurs critères (comme l'œuvre de Courbet ou des travaux de vos confrères) au-delà des exigences légales, car un droit de regard éditorial discrétionnaire naît du statut d'éditeur (par analogie, une maison d'édition papier choisit qui et quel contenu elle veut publier). En revanche, il n'est pas acceptable que ces entités jouent sur les deux tableaux comme elles le font en ce moment (refus de la responsabilité éditoriale tout en censurant des contenus).On peut difficilement considérer les Gafa comme des hébergeurs, en cela que ces sociétés commerciales prennent des décisions concernant les contenus (mise en avant de certains contenus, choix de ce qui sera affiché sur le mur de telle ou telle personne, censure, etc.).
On peut difficilement les considérer comme des éditeurs, car la responsabilité qui leur incomberait alors serait disproportionnée donc injuste (j'ai aucun doute sur le fait que les plus hautes juridictions judiciaires en décideraient ainsi). En effet, comment lire une telle masse de contenus et en valider les conformités légales, une par État dans lequel la plateforme numérique est présente, avant publication ?! Même en intensifiant le recours à des fermes de petites mains sous payées, méthode actuellement utilisées par les Gafa, cela semble impossible (et quand bien même, je ne désire pas que ces sous-emplois de la misère se développent encore plus).
Comme dans d'autres secteurs, la question qui se pose ici est celle de la concentration des acteurs, alors, que, pourtant, chaque citoyen pourrait disposer de son lieu d'expression dont il serait l'éditeur donc le responsable légal. Cela se nomme site web personnel, blog, et toutes les techniques pour les interconnecter afin d'échanger des contenus. La volonté de simplicité exprimée par les citoyens fait que ce modèle ne s'est pas développé après 2005, ce qui engendre les dérives dont nous parlons.
Actuellement, des réflexions ont lieu, aussi bien dans la société civile que chez nos élus, afin de définir un nouveau statut pénal pour les plateformes numériques comme les Gafa, à mi-chemin entre hébergeur et éditeur. Je vous invite vivement à prendre connaissance de ces ébauches de réflexions politiques [2].
Notons que la responsabilisation des intermédiaires techniques (FAI, hébergeurs) nous ferait glisser vers une censure automatisée de droit privé plus vaste que ce que prévoit la loi. En effet, si le FAI et l'hébergeur sont en capacité de bloquer des communications et des contenus, mais qu'ils ne le font pas pour certains types ou par erreur, ils deviennent co-reponsables de ces communications et de la publication de ces contenus puisqu'ils avaient les moyens techniques de les empêcher. S'ils ne les ont pas empêchées, c'est donc qu'ils approuvent ces communications et ces contenus, non ? Donc ils sont complices, non ?Ces entités voulant prendre aucun risque, cela entraînerait mécaniquement de la censure préventive de tout ce qui pourrait éventuellement déranger qui que ce soit où que ce soit.
Cela entraînerait aussi une concentration des acteurs. En effet, seuls les acteurs importants seront à même de salarier des censeurs à plein temps, de développer des programmes informatiques de censure, et d'encaisser les éventuelles sanctions découlant d'une erreur d'appréciation ou informatique. Or, nous l'avons déjà dit, c’est précisément la taille des acteurs qui leur permet de ne pas prendre en compte les desiderata de tel ou tel État et de s'affranchir de telle ou telle législation. Balle dans le pied. Perdu ?
Fondamentalement, ce qui m'ennuie le plus, ce n'est pas que des propos injurieux, haineux, racistes, antisémites, homophobes, complotistes, etc. soient accessibles par Internet, c'est que des personnes soient suffisamment désorientées, suffisamment mal dans leur peau pour y avoir recours en étant convaincues de leur légitimité, tels nos ancêtres qui s'envoyaient des cartes postales ouvertement antisémites dans les années 1920. Il est là, le vrai problème. Qu'est-ce que l'on fait pour comprendre cela et y remédier ? Rien. Qu'est-ce que l'on peut faire ? Arrêter l'individualisation, recréer du lien social, recréer des projets communs, chercher à tendre vers une société plus égalitaire, etc. Seules des actions de cet ordre dissuaderont les humains de chercher et de pointer du doigt leurs différences et de s'entre-tuer. Sauf que c'est un travail de longue haleine. Il est bien plus facile de bloquer des contenus, j'en conviens.Je ne pense pas que la censure (tant du côté des FAI que du côté des éditeurs numériques que du côté des diffuseurs audiovisuels que du côté des éditeurs de presse papier, etc.) soit la solution. D'un côté, les propos haineux, racistes, homophobes, etc. continueront d'exister dans l'esprit des citoyens et continueront d'être échangés, que se soit au bistrot du coin ou sur des plateformes numériques moins connues. La censure confortera les auteurs de tels propos dans leur sentiment d'exprimer des vérités qui dérangent. De l'autre côté, la censure dérive toujours. Les bons sentiments derrière le blocage de contenus haineux, racistes, homophobes ne sont qu'un prétexte à une censure qui sera étendue avec le temps. L'enfer est pavé de bonne intention, attention à ce que nous souhaitons.
J'espère vous avoir éclairé et que vos prises de positions à ce sujet seront plus fines à l'avenir. Je souhaite ardemment que ce sujet complexe de blocage des contenus et de statut pénal des différents acteurs d'une communication électroniques soit vulgarisé dans la presse afin que chaque citoyen puisse en comprendre les enjeux et prendre position. Un travail pour le Canard ?
Cordialement.
[1] Deep Packet Inspection sur Reflets.info ;[2] Régulation des contenus : quelles obligations pour les géants du Web ?, Intermédiaires techniques : un éléphant, ce n'est pas une souris en plus gros, Un tiers médiaire.
On les appelle « chargés de contenus ». Ils remplacent les journalistes, mais ils n’en sont pas. Ce sont de jeunes stagiaires ou des autoentrepreneurs. Ils sont chargés de pondre des articles à la chaîne. « Articles », le mot n’est guère approprié. Des bouche-trous à mettre entre les pubs : du contenu. Forcément bienveillant envers les annonceurs. Chez Reworld, on ne fait pas vraiment la différence entre journalisme et publicité.
Le hic, c’est que Reworld est en passe de devenir le premier groupe de presse magazine français. Il a déjà racheté « Pariscope » (l’a coulé), « Be » (l’a coulé), « Auto Moto », « Maison & Travaux », « Union », « Le Journal de la maison » et aussi « Marie France », « Gourmand », « Vie pratique », « Télé Magazine », « Papilles », « Disney Fun », etc.
Il s’apprête à absorber des dizaines de titres de la filiale française de Mondadori, comme « Science & Vie », « Auto Plus », « Grazia », « Biba », « Closer », « Télé Star »… Et les salariés de Mondadori grimpent aux rideaux. Ils n’ont pas envie de se retrouver sur le pavé pour être remplacés par des chargés de contenus.
Or c’est la tactique de Pascal Chevalier et Gautier Normand, les deux entrepreneurs d’Internet qui ont repris Reworld voilà six ans : pousser les journalistes en place à déguerpir en prenant la clause de cession et les remplacer par des employés au rabais, dociles et sans scrupule. Les rares journalistes qui se sont accrochés à leur poste s’en sont mordu les doigts, comme l’ancien rédac chef d’un magazine racheté par Reworld : « Il n’y a aucune reconnaissance, là-bas, aucun respect. Je ne connais personne qui est heureux d’y travailler (…). Un conseil : ne bossez jamais pour eux » (« Libération », 12/10).
Jeudi 18, quelques centaines de salariés de Mondadori ont manifesté devant le ministère de la Culture pour demander au nouveau ministre, Franck Riester, de bloquer le dépeçage annoncé de leurs magazines.
Quelle drôle d’idée… La liberté d’entreprendre , c’est sacré, voyons !
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Le décret devait sortir au 4e trimestre 2017. Personne n’en a encore vu la couleur. C’est dire tout l’intérêt porté à la justice (dite « contentieux social ») qui concerne les plus pauvres. Elle traite environ 20 000 litiges par an, opposant les conseils généraux aux organismes sociaux au sujet du RSA, des pensions de retraite ou de handicap, de la couverture maladie universelle complémentaire, de l’aide médicale d’Etat ou encore de la prise en charge en Ehpad ou en institut spécialisé.
Jusqu’ici, ces dossiers étaient traités par les commissions d’action sociale, départementales puis centrale (CCAS), en appel. La loi les a supprimées en 2016, transférant les cartons de paperasse aux tribunaux judiciaires et administratifs. Rendez-vous le 1er janvier 2019. En attendant, les démunis peuvent s’asseoir sur leurs réclamations.
Défense indigente
La dernière audience de la CCAS s’est tenue le 26 septembre, et les juges qui la composaient s’alarment du sort de leurs dossiers. « Le personnel de la CCAS — six ou sept personnes — n’est même pas transféré dans les nouvelles structures, alors qu’elles ont les compétences en la matière », s’inquiète Patrick Mony, qui y siégeait. « Et que deviendra toute notre jurisprudence dans les juridictions appelées à nous remplacer ? » renchérit Jean-Michel Belorgey, ancien conseiller d’Etat et désormais ex-président de la CCAS. Sans parler de quelque 1 000 dossiers en errance, qui devront attendre au mieux l’an prochain pour être réglés…
Il s’agit là d’aides souvent vitales pour les plus démunis. Ceux-ci, soulignent Mony et Belorgey, « n’ont guère d’armes pour batailler face aux organismes sociaux. Il faut sans cesse rééquilibrer ». D’autant que le droit en la matière est des plus compliqués. Qui doit payer ? Le département de naissance ? De domicile ? Celui où l’on atterrit un jour, au hasard d’un foyer ?
Recours impossible
Mais, le pire, c’est ce décret ! Il va instaurer un « recours administratif préalable obligatoire » (Rapo) pour les justiciables, avant toute saisine du tribunal administratif. Le Rapo est cette démarche qui rend aujourd’hui dingues les automobilistes, depuis l’instauration du forfait post-stationnement.
Ils doivent le déposer par Internet, et l’efficacité est très moyenne. Dans le cas du decret, « c’est un filtre destiné à décourager les plus pauvres, qui seront écrasés par ces Rapo… » se fâche Belorgey. Mais ceux-ci rassurent, dit-on, les tribunaux administratifs, qui redoutent de crouler sous les demandes. Sabrer dans les aides sociales, bien des politiques en rêvent.
Voilà une élégante façon de leur faire plaisir !
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Le Tchèque Kretinsky est très russe-compatible. Alerte dans les services !
En France, Daniel Kretinsky n’a qu’un problème : la prononciation de son nom, que ses partisans s’évertuent à rectifier en disant : « Schrétinsky ». Pour le reste, tout baigne pour le jeune milliardaire tchèque, qui enfonce à coups de millions des portes que lui ouvrent volontiers les derniers patrons de la presse française. Après Yves de Chaisemartin, qui a cédé l’hebdo « Marianne » pour 6,5 millions d’euros, après Lagardère, qui largue ses revues (« Elle », « Télé 7 Jours », etc.) et pourrait ajouter Virgin Radio à la liste, c’est au tour du banquier Matthieu Pigasse d’avouer qu’il commerce avec l’ami « Schrétinsky » et lui cède des parts dans « Le Monde ». Le « quotidien de référence », rien que ça…
Cette annonce, la semaine dernière, a assommé la rédaction et même le patron du directoire, Louis Dreyfus, qui ignorait ce qui se tramait. Les négociations entre Paris et Prague avaient pourtant commencé avant l’été…
C'est ce qui arrive quand une société commerciale n'appartient pas à ceux et celles qui font, mais à des personnes distinctes, à des financiers, qui n'ont que faire de l'avenir de la structure.
Tout doit disparaître
Dès le mois de juin, Xavier Niel, l’autre cogérant du « Monde », apprend que son acolyte Pigasse veut liquider sa participation dans le quotidien (un tiers de la holding Le Monde libre). Motif : il a besoin d’argent frais pour solder ses dettes. Un emprunt bancaire (environ 30 millions), tout d’abord, contracté en 2010 pour le rachat du « Monde » et que lui garantit… Niel. Une seconde dette, ensuite, qui lui a servi à reprendre avec le même Niel la part de Pierre Bergé : ce dernier, malade, avait consenti à ses potes une ristourne de 10 millions et un échelonnement du paiement sur cinq ou six ans. Mais Bergé est décédé il y a un an…
Cet été, Pigasse explique soudain à ses partenaires que tout est réglé et qu’il a trouvé un bel acheteur. Fin juillet, il lève le voile sur son identité : Daniel Kretinsky ! A ce moment-là, Pigasse est prêt à vendre la totalité de ses actions du « Monde » à l’homme d’affaires tchèque. Il en veut 100 millions d’euros (« Libé », 23/10).
Problème : sur le papier, Kretinsky deviendrait alors cogérant du journal. Si Pigasse ne garde pas au moins une action, une sévère menace plane même sur l’avenir de la commandite du « Monde ». Ce système de contrôle où les associés sont seuls maîtres à bord avait été imposé pour verrouiller le pouvoir du duo Niel-Pigasse (Bergé n’avait pas voulu faire partie de cette commandite). Le scénario d’un Kretinsky copropriétaire fait s’étrangler Niel. Tollé garanti dans la presse ! Au mois d’août, Pigasse recule. Il envisage de ne céder que 49 %, de ses parts, au maximum, à Kretinsky. Un mois plus tard, ce projet de participation minoritaire rassure, pour un temps, un « honorable correspondant » de la France à Prague, qui se fait confirmer la nouvelle par le premier cercle politique du milliardaire. Mais personne n’en doute : dans un second temps, le quadragénaire tchèque va vouloir tout racheter à Pigasse et s’asseoir à sa place.
Ça sent le gaz
Depuis qu’il a débarqué, il y a huit mois, le Tchèque pressé est dans les radars des services français. Importateur majeur de gaz russe en Europe avec son groupe EPH, Kretinsky grenouille en effet dans la zone d’influence de Moscou. Or l’offensive médiatique et politique pour étendre ladite zone dans toute l’Europe n’a échappé à personne. Ce n’est pas écrit sur son CV, mais Kretinsky est proche du jeune ministre de l’Economie russe, Maxime Orechkine.
Les deux hommes partagent même une passion désintéressée bien de chez nous : la Société générale. Orechkine a travaillé pendant sept ans (2006-2013) pour la filiale de la banque française en Russie, la Rosbank ; Kretinsky, lui, fait régulièrement appel au satellite de la Société Générale en Tchéquie, Komercni Banka, pour ses investissements. Quant à ses liens avec un autre jeune richissime tchèque, Petr Kellner, très implanté dans les milieux d’affaires russes, ils soulèvent d’autres saines interrogations…
Politiquement, les premiers signes donnés par le futur actionnaire du « Monde », autoproclamé « proeuropéen », font rêver. A peine « Marianne » payé, il a installé à sa tête la réac souverainiste Natacha Polony. On peut trouver plus procuropéen… Kretinsky rachèterait aussi volontiers une gazette politique très fraîche, « Valeurs actuelles », mais l’hebdomadaire n’est pas à vendre. « Il s’est renseigné dessus. Il est bien droitier, c’est sûr », se marre un patron de presse qui l’a rencontré plusieurs fois. Lequel conclut : « Il adore aussi les tabloïds et veut savoir s’il est possible d’en lancer en France. »
Voilà qui ne devrait pas calmer les journalistes du « Monde », qui rencontrent ce jeudi Niel et Pigasse. Ce sera surtout pour les deux hommes l’occasion de se croiser… Ils ne se parlent plus.
Besoin d’un traducteur tchèque, peut-être ?
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Pauvres députés macronistes ! Le 29 mai, en compagnie d’une poignée de députés LR, une trentaine d’entre eux avaient rejeté l’amendement déposé par Matthieu Orphelin, député LRM proche de Hulot, qui vise à interdire le glyphosate d’ici à 2021. Leurs électeurs les avaient alors vivement interpellés. Six mois auparavant, le président Macron ne s’était-il pas engagé par écrit à faire interdire le glyphosate « au plus tard dans trois ans » ? Pourquoi trahir cette promesse ? Pourquoi refuser de l’inscrire dans la loi ?
Le 15 septembre, rebelote : un amendement du même tonneau est rejeté par 42 députés (dont les mêmes 34 macronistes). Depuis, comme le raconte « Le Monde » (19/10), ils vivent l’enfer. Dans la rue, on les apostrophe : « Vous êtes tous vendus aux lobbys ! Honte a vous d’être avec Monsanto ! » Ils reçoivent des mails indignés par centaines. On les présente comme les « 42 salopards ». Et parfois, forcément, ça dérape (insultes et menaces de mort). Heureusement, l’ex-ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a exprimé son soutien à ces députés « injustement insultés, bafoués, caricaturés sur les réseaux sociaux »…
Du coup, ils s’échinent à expliquer en chœur qu’ils sont « profondément » contre le glyphosate, mais qu’il faut y aller mollo, sans « braquer les agriculteurs », car la situation sur le terrain est complexe, les voilà réduits à « faire la pédagogie de leur vote »… La députée de l’Isère Cendra Motin a ce mot magnifique : « On demande aux gens de nous croire sur parole. Or ils ne croient que les actes… »
Ah, les gens ! Indécrottables !
Qu'il⋅elle⋅s sont mignon⋅ne⋅s. :') Cependant, ça en dit long sur l'état de délabrement de notre démocratie…
On notera qu'un baratin similaire est en train de se mettre en œuvre en opposition à la volonté de Ruffin de désigner publiquement les responsables du rejet préalable d'une proposition de loi concernant la rémunération (actuellement scandaleusement basse) des accompagnateur⋅rice⋅s scolaires des enfants handicapé⋅e⋅s et l'accueil de ses mêmes enfants dans nos écoles publiques.
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
La « personne » de Jean-Luc Mélenchon n’est pas seulement « sacrée », elle est aussi changeante. Ainsi, le même homme qui, en mars 2017, en pleine affaire Fillon, déplorait que « personne ne respecte plus rien : ni les politiques, ni les juges, ni la police, ni les journalistes » en vient à son tour, en vociférant, à vouer chacune de ces corporations aux gémonies.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Classique. :)
Fillon, qui était à l’époque, lui aussi, sous le coup d’une enquête préliminaire, hurlait alors au complot politico-médiatique et au « cabinet noir ». Mélenchon, qui, lui, a droit à deux enquêtes du même ordre, l’une sur les comptes de sa campagne présidentielle et les grosses factures de son ex-directrice de la communication Sophia Chikirou, l’autre sur les assistants des eurodéputés de son parti, en fait trois fois plus.
Ces enquêtes me semblent être parfaitement légitimes. La facturation via une association qui n'était pas déclarée comme étant microparti, donc pas sujette à la transparence en usage, ce n'est pas cool. La surfacturation éventuelle non plus, car une partie est payée par les citoyen⋅ne⋅s par le jeu du remboursement des frais de campagne.
L’ami « du bruit et de la fureur » éructe, pour sa part, contre « une opération de police politique », un sombre complot de la « caste » et du « parti médiatique », allié dans ses basses œuvres au « système judiciaire lié au système politique ». Tous contre lui, mais lui pas tout à fait seul contre tous, car, comme il l’a éructé lors de la perquisition à son domicile, « [il est] plus que Jean-Luc Mélenchon, [il est] 7 millions de personnes ».
Peut-être faudra-t-il revoir le comptage. Les spectaculaires emportements de l’éruptif chef de La France insoumise ne font pas forcément fuir le client. Sans aller jusqu’à en redemander, ils sont habitués à sa bileuse intempérance. Mais ce nouvel accès d’une grande violence tombe juste au moment où, jouant l’ouverture et l’apaisement, il entendait rassembler à gauche pour élargir ses rangs. Faire peur pile quand on veut rassurer peut un rien égarer. Et des sondages lui font déjà perdre des soutiens (lire p. 2) et de la popularité. Pour avoir trop forcé la note, Mélenchon risque, là encore, de la payer.
Oui, ça c'est dommage…
On peut, certes, concéder quelques bonnes raisons à cet emportement mélenchonien. Une perquisition matinale avec une escouade de policiers en gilet pare-balles a de quoi émouvoir et énerver. Et le perquisitionné a beau jeu d’ergoter sur le fait que cette perquisition émanant du parquet et non d’un juge d’instruction plus indépendant limitait les droits de sa défense. Ou de déplorer que la loi n’autorise pas la présence d’un avocat. On peut comprendre aussi sa colère contre la divulgation de sa vie privée, même si elle venait à entrer en collision avec l’affaire pour laquelle il était perquisitionné…
Oui, une perquisition est un acte violent, quelle qu'en soit la cible, y compris le⋅a citoyen⋅ne de base. C'est pour ça que j'ai toujours milité pour des gardes-fous puissants, notamment lors de l'état d'urgence 2015-2017. Si cette affaire peut en faire prendre conscience…
Fort de tous ces recevables arguments, il aurait eu tout à gagner à les faire valoir avec l’indéniable talent tribunicien qui est le sien. Mais, au lieu de cela, oubliant que d’autres partis, du MoDem au RN, et leurs dirigeants ont subi aussi des tracas judiciaires, Mélenchon, dont les nerfs lâchent souvent, est parti dans ses diatribes complotistes et ses bouffées aussi délirantes que vociférantes et menaçantes.
Gros gros +1. Mélenchon pouvait réussir une très bonne pédagogie sur la violence d'une perquisition, sur le fait que Macron, Hamon, et les autres n'ont pas été perquisitionné concernant leurs comptes de campagne, etc. Certes, la colère sous le coup de l'émotion est pardonnable, qui n'aurait pas agit ainsi à sa place, mais rien n'excuse la diatribe lors de la conférence de presse, qui pouvait être effectuée au calme, après réflexion, etc.
Complètement défiltré, le Chavez de l’Estaque, après avoir, sans rire, appelé à « faire baisser le niveau de violence qui existe dans cette affaire », a appelé, la bave aux lèvres, ses troupes à « pourrir » les « tricheurs » et les « abrutis » de Radio France. Toujours la cohérence !
…
Et ce n’est pas terminé, car le voilà maintenant qui tente à nouveau de se justifier en écrivant qu’en fait il n’est « pas en guerre, ni contre les médias, ni contre la justice, ni contre la police », c’est juste, ajoute-t-il, que ce qu’il a subi « n’est pas digne ». La boucle est bouclée. Au moins jusqu’à la prochaine bouffée. Elle le serait plus solidement et avec plus de « dignité » si, plutôt que de chercher de foireuses justifications à son numéro de persécuté, Mélenchon s’était simplement contenté de fournir les justificatifs qui lui ont été demandés.
Un autre aspect m'a profondément choqué et révolté : toute la mise en scène autour de l'importance de sa personne (sacrée, représentante de 7 millions de personnes, etc.) et la provocation du magistrat (et vas-y que je répète en boucle que je suis Mélenchon pour me donner de l'importance, et vas-y que je sorte mon écharpe tricolore pour me cacher derrière alors que mon immunité parlementaire est hors champ, etc.). Je déteste que des élu⋅e⋅s se protègent derrière leur soi-disant statut social. Il⋅elle⋅s sont juste des humain⋅e⋅s comme les autres. J'ai toujours été contre toute forme d'immunité des élu⋅e⋅s et contre toute forme de statut pénal distinct pour le Président. Dans le cas de Mélenchon, cela affecte sa crédibilité : lors de sa campagne de 2017, il dénonçait la posture du Président comme surhomme providentiel. C'était même l'un des motifs pour passer à une 6e République avec des pouvoirs constitutionnels plus équilibrés. Comment croire que Mélenchon, une fois élu, mettra en œuvre la 6e République alors qu'en tant que non élu, il jouit et abuse d'un prétendu statut d'homme fort intouchable d'opposition ?
Un dernier aspect ne m'a pas laissé indifférent : le traitement médiatique parfaitement lamentable, comme d'habitude. Ho, un homme a perdu ses nerfs, faisons-en tout un plat et exigeons une conférence de presse immédiate ! Faire réfléchir sur le régime juridique des perquisitions ? Haha. Approfondir les raisons de ces perquisitions ? Lolilol. Par contre, faire défiler les éditorialistes, là, aucun problème.
Édito du Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Deux collègues discutaient de l'appel à la purge lors d'Halloween lancé il y a quelques jours, en expliquant que cela est inspiré du film American Nightmare. J'ai regardé ce film afin de compenser ma carence culturelle. En recherchant ce film sur Allocine afin d'obtenir des infos de base, je suis tombé sur Taxi 5… Et là, c'est le drame.
Afin de satisfaire les pulsions humaines les plus sombres, le gouvernement des USA rend légal tous les délits et crimes chaque année pendant une nuit, entre le 21 et le 22 mars.
Je n'ai pas du tout aimé ce film : il est ennuyeux, les acteurs et les actrices jouent plutôt mal, les actions des personnages sont incohérentes avec la situation vécue, la trame narrative n'est pas travaillée et sonne faux, notamment sur l'aspect social de la purge, etc.
Néanmoins, ce film permet d'illustrer simplement des concepts de la sécurité (informatique ou non) :
Bref, même si tu t'ennuies profondément, je te déconseille le visionnage de ce film.
Onze ans après le dernier, un énième opus de la franchise, sans Naceri ni Diefenthal. Je l'ai regardé par amour du personnage du commissaire Gilbert.
Je n'ai pas du tout aimé ce film : humour vu et revu recyclé des opus précédents, trame narrative pompée sur le premier Taxi, etc. Il y a rien à tirer de ce film.
Bref, même si tu t'ennuies profondément, je te déconseille le visionnage de ce film.
Une biographie de Varian Fry, journaliste américain qui aida des artistes et des penseurs, menacés par l'Allemagne nazie et ses alliés, (Hannah Arendt, Walter Benjamin, etc.) à fuir l'Europe entre août 1940 et août 1941.
Hitler considérait que la décadence est d'abord culturelle. L'art Juif et les courants d'art modernes (comme l'impressionnisme, le cubisme, etc.) étaient considérés comme de l'art dégénéré. Des expositions comparant l'art dégénéré et l'art nazi étaient organisées par Goebbels, chargé de la propagande du 3e Reich. L'art dégénéré, pourtant jugé sans intérêt, était vendu par les nazis.
Varian Fry était membre de l'Emergency Rescue Committee (ERC). Par absence de volontaire, il se porte lui-même volontaire pour une mission de 3 mois en France visant à exfiltrer 200 personnalités. Forcément, la mission est plus compliquée que cela : le gouvernement de Vichy refuse de délivrer des autorisations de sortie du territoire aux réfugiés (d'où la confection nécessaire de faux papiers), le consulat américain refuse de délivrer des visa en masse (malgré l'engagement d'Eleanor Roosevelt auprès de l'ERC), le gouvernement de Vichy décide de collaborer dès l'automne 1940 (ce qui augmente le nombre de candidats au départ et fait perdre à Fry le soutien de l'ECR et du gouvernement américain), l'argent vient à manquer (d'où la mise en œuvre d'un trafic de devises), etc.
Varian Fry n'était évidemment pas tout seul et plusieurs équipes se sont constituées autour de lui.
Varian a été expulsé de France.
Au final, Varian Fry et son équipe ont aidé plus de 1800 personnes en 13 mois, au lieu des 200 en 3 mois prévues initialement.
Via le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
L'institut Elabe vient de réaliser pour « Les Echos » (12/10) un sondage sur le rapport des Français au prélèvement à la source. Il en ressort que 65 % d’entre eux sont favorables à la mise en œuvre de la mesure, tandis que 53 % jugent qu’ils sont bien informés sur son instaurafion et 63 % se déclarent « pas inquiets » concernant les changements à venir.
Petite précision : le sondage a été réalisé auprès d’« un échantillon de 1 010 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus ».
Or, seulement 43 % des foyers fiscaux s’acquittaient de l’impôt sur le revenu en 2017, selon les chiffres de la Direction générale des finances publiques. L’échantillon retenu comprend donc… une majorité de personnes non imposées !
Bravo aux « scientifiques » de la maison Elabe.
En effet, joli effet Nimby : les gens sont toujours très favorables à des choses qui ne changeront rien à leur mode de vie. On a aussi vu ça lors du vote concernant le projet d'aéroport à NDDL. On voit ça lors des sondages sur les prestations sociales (les gens sont favorables à la disparition des aides qui ne leur profitent pas, mais pas de celles dont ils bénéficient). Comme le desinait Pétillon, les français et les réformes…
Dans le Canard enchaîné du 17 octobre 2018.