Les services de renseignement ont alerté l’Elysée sur la mainmise de l’ultra-droite et les risques de coagulation du mouvement
Heureusement que les Renseignements généraux ont disparu et que les mouvements sociaux et politiques échappent à toute surveillance officielle ! A la veille du « blocage national contre la hausse du carburant » du 17 novembre, Emmanuel Macron disposait pourtant, sur son bureau, d’au moins deux rapports « à diffusion restreinte », dont « Le Canard » s’est procuré une copie : l’un, rédigé par la Direction du renseignement de la Préfecture de police de Paris (DRPP) ; l’autre, à visée nationale, cosigné par les Directions générales de la police et de la gendarmerie. Leurs conclusions sont similaires : le mouvement est parti pour durer, voire pour « agréger d’autres mécontentements ». Et pourquoi pas une « convergence des luttes » ?
Avant d’aboutir à ces analyses osées, les flics du Renseignement ont filé, en province comme en région parisienne, et depuis au moins trois semaines, les leaders autoproclamés du mouvement.
A côté des plaques
Eric Drouet, par exemple, qui est à l’initiative d’une pétition nationale, est pisté en Seine-et-Marne. Le 10 novembre dans l’après-midi, les poulets de la DRPP le retrouvent sur le parking d’un centre commercial, sur la commune de Collégien. Pendant qu’une quarantaine de manifestants l’écoutent, les flics notent les plaques minéralogiques : « Outre la Seine-et-Marne, les autres départements de la grande couronne étaient représentés. » Puis les poulets entendent Drouet appeler ses comparses à « converger vers le palais de l’Elysée ». Ce que les « gilets jaunes » ont tenté de faire le 17, sans succès, et qu’ils retenteront le 24.
N’ignorant pas grand-chose de ces surveillances parfois peu discrètes, « certains organisateurs ont transmis des consignes de discrétion » à leurs troupes. Finis les messages Facebook, Twitter et autres réseaux sociaux, vivent les messageries cryptées telles WhatsApp ou Telegram ! Et ce « afin de créer un effet de surprise vis-à-vis des forces de l’ordre ».
La « mouvance d’ultra-droite », elle, n’a pas brillé par sa réserve. Partout, poulets et pandores ont identifié une ribambelle de fachos ayant enfilé le gilet jaune sur leurs habituels brassards bruns. C’est ce qui a permis à Macron, lors de son interview à TF1 le 14 novembre, de déclarer : « Je dis méfiance, parce qu’il y a beaucoup de gens qui veulent récupérer ce mouvement. » Pas son genre, évidemment…
A côté, ceux de la « mouvance d’ultra-gauche » — de type zadistes, squatteurs… — passent pour une bande de rigolos. A l’exception d’une poignée de « militants calaisiens » qui, à la faveur des bouchons consécutifs au blocage des routes par les gilets jaunes, « incitent les migrants à se dissimuler dans des poids lourds ». C’est malin…
Dans le Canard enchaîné du 21 novembre 2018.
Une simple puce électronique « made in USA » bloque depuis près d’un an la vente de 24 Rafale supplémentaires par la France à l’Egypte, explique « Challenges » (31/10).
Le comble, c’est qu’elle n’est même pas un composant de l’avion de Dassault mais de son armement. En effet, cette simple puce embarquée sur le missile français Scalp pour permettre son guidage par GPS est utilisée par l’administration Trump comme un levier stoppant toute la vente.
Ce stratagème résulte de la réglementation américaine draconienne Itar (International Traffic in Arms Regulation), qui permet à l’administration US de proscrire purement et simplement l’exportation de matériel militaire dans le monde entier, dès lors qu’une seule pièce est de conception américaine…
Autrement dit, Itar, avec son nom de missile, est l’arme absolue, utilisée à discrétion par Washington pour torpiller les contrats des copains !
Et, singulièrement sous Trump, en plein bras de fer comercial, pour tordre le bras de ses alliés également vendeurs d’armes…
Impérialisme, j'écris ton nom.
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
Une friche. Voilà à quoi ressemblent la police et la justice antiterroriste après vingt ans passés à exploiter la pseudo-piste agricole dans l’affaire Erignac.
La cour d’appel de Paris a confirmé, le 6 novembre, le jugement, rendu le 27 mars 2017, condamnant l’Etat à indemniser plusieurs personnes mises en cause à tort dans l’assassinat du préfet de la Corse. Un non-lieu général avait été prononcé le 30 juin 2016, dix-huit ans après l’ouverture de l’enquête.
Sitôt la mort brutale du préfet, le 6 février 1998, le patron de l’antiterrorisme, Roger Marion — surnommé par ses hommes « Eagle 4 », pour « Il gueule fort » —, avait vendu au ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, cette piste agricole : un réseau de paysans nationalistes. Il en avait également convaincu la juge antiterro Laurence Le Vert, chargée de l’instruction.
En tout, 31 personnes seront mises en examen dans cette procédure hors norme. Perquisitions, interrogatoires, incarcérations, mesures de contrôle judiciaire : rien ne sera épargné aux terroristes supposés comme à leurs proches. Pas même la découverte inopinée d’un sachet d’explosifs dans une bergerie au milieu d’un domaine de 900 hectares. Lors de l’enquête, le gardien dudit domaine avouera avoir déposé le paquet à la demande de Marion. Toutes ces péripéties et autres invraisemblances n’empêcheront pas la juge Le Vert de rendre son ordonnance de non-lieu, quelques jours seulement avant son départ à la retraite, alors qu’aucun acte d’instruction n’est intervenu depuis seize ans.
Quant à Marion, convoqué en mars au titre de témoin assisté par un magistrat, l’ex-superflic, devenu préfet honoraire, est soupçonné de « dénonciation calomnieuse » dans cette histoire de fausse piste agricole.
Une nouvelle affaire qui va s’embourber ?
Entre le mythe du groupe terroriste d'extrême-gauche dit de Tarnac et ça, existe-t-il, en France, une chasse aux sorcières antiterroriste qui n'a pas mal tourné vers le n'importe quoi absolu ? :O
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
A toute blinde et en moins de quatre heures, le vendredi 9 novembre, à la veille du week-end, les députés de la commission des Lois sont revenus à la version initiale de la réforme de la justice. Ils ont donc piétiné tout le boulot des sénateurs, apparemment plus soucieux des libertés qu’eux.
Camouflet supplémentaire pour les avocats en colère contre ce texte, la commission des Lois compte pas mal de leurs consœurs, dont la présidente LRM, Yaël Braun-Pivet, fervent soutien d’une réforme qui donne encore plus de pouvoir aux procureurs et aux flics. On dit : merci, maître ?
Réunis le 5 novembre, lors d’une conférence de presse, à Paris, bâtonniers et célèbres pénalistes ont hurlé contre cette « catastrophe », cette « régression jamais vue », « ce triomphe des procureurs ! ». Par avance, la ministre de la Justice avait traité leur colère de « postures ». Pourtant, difficile de leur donner tort, tant le texte semble dicté par le ministère de l’Intérieur.
Grands vainqueurs, les flics et les procs, qui, au détriment des juges indépendants, montent en puissance et acquièrent de nouvelles prérogatives, Dont la généralisation galopante des écoutes téléphoniques, des géolocalisations, des interceptions numériques et autres intrusions dans la vie de chacun.
Sur ce point, lire « Des perquisitions sévèrement contrôlées… par des fantômes ».
Sans trop de garde-fous : les enquêtes conduites par les procureurs sont facilitées. Or elles sont secrètes, sans accès au dossier ni recours. Au nom, sûrement, du respect des droits de la défense !
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
D’un côté, les lecteurs font fête à « La vie secrète des arbres », qui raconte comment ceux-ci communiquent entre eux par leurs racines et s’envoient des messages par champignons interposés. De l’autre, les pouvoirs publics donnent partout le feu vert (si l’on peut dire) aux ratiboisages massifs : haro sur le bois Lejuc pour y creuser, près de Bure, la plus grande poubelle nucléaire du monde ; sur la forêt de Kolbsbeim, près de Strasbourg, pour y faire passer une nouvelle autoroute ; sur la forêt de Roybon, dans les Alpes, pour y installer un Center Parcs rutilant et chacune de ces forêts devient un « territoire en lutte » (1)…
D’un côté, on clame partout que les forêts sont les amies du climat puisqu’elles absorbent moult quantités de C02. De l’autre, le gouvernement fait tout pour transformer l’ONF, qui gère un quart des forêts françaises, en une entreprise qui sacrifie tout à la rentabilité, notamment ses missions de service public (entretien, prévention des incendies, information du public), pour se concentrer sur la production et la vente de bois, planter des douglas (résineux à pousse rapide) partout et, au passage, rendre la vie impossible à ses 9 000 salariés (une cinquantaine de suicides depuis 2005) et mieux les virer (226 postes supprimés l’an prochain) (2)…
D’un côté, le gouvernement s’apprête à lancer à grand tapage le plan d’une — attention les yeux — « stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée » (SNDI), qui ambitionne de faire en sorte que nous autres Français ne soyons plus responsables de la destruction annuelle de 14,8 millions d’hectares de forêt tropicale : le soja dont se nourrissent nos bovins, l’huile de palme dont sont farcis nos aliments, le caoutchouc de nos pneus, etc., tout cela vient de terres conquises sur la forêt (3). De l’autre, ce même gouvernement autorise le champion du CAC 40 Total à importer jusqu’à 550 000 tonnes d’huile de palme dans son usine de La Mède (Bouches-du-Rhône).
Mieux encore : ce plan a toutes les chances de n’être qu’un catalogue de vœux pieux, comme le redoute Clément Sénéchal, de Greenpeace (« Le Monde », 26/8). Ayant consulté sa première mouture, il note que, contrairement à son engagement auprès de l’ONU consistant à mettre un terme à la « déforestation importée » en 2020, le gouvernement a repoussé l’échéance de dix ans. Pratique : en 2030, il ne sera plus aux manettes ! Il note que, en plus, ce plan, qui se gargarise de « finance verte », ne prévoit aucune sanction, aucune mesure réglementaire, ne fixe aucun calendrier de réduction de notre dépendance au soja, n’évoque même pas la baisse de la consommation de viande et de produits laitiers : « Ce texte condense tous les vices classiques des tentatives écologiques en milieu ultralibéral, pour aboutir, in fine, à une démission lamentable de la puissance publique. » Auprès de mon arbre…
(1) « Etre forêts, habiter des territoires en lutte », par Jean-Baptiste Vidalou, Zones, 2017.
(2) « Nos forêts en danger », par Alain-Claude Rameau, Atlande, 2017.
(3) Le WWF vient de sortir un rapport accablant sur la « Déforestation importée ».
Un condensé de quelques compromissions que certain⋅e⋅s osent encore nommer « compromis ».
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
Depuis sa création, en 1976, par le regretté Lionel Stoléru, le Genepi reçoit des subventions du ministère de la Justice. C’est bien le moins. Car cette bande d’étudiants, bénévoles, donne son temps et dispense des cours aux prisonniers. Hélas, depuis quelque temps, c’est la grosse bagarre avec l’administration pénitentiaire.
Déjà, en 2016, Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, avait sucré une partie de sa subvention, avant de se raviser devant le tollé, et voilà que Nicole Belloubet s’y met, comme l’a révélé « Le Monde ». finie la manne du ministère ! Dans une lettre adressée en avril au cabinet de Belloubet, le directeur de la pénitentiaire étalait ses griefs. A commencer par cette campagne, intitulée « La prison nuit gravement à la santé ». Difficile à contredire et pourtant, les reproches furax fusent, du genre : « On ne mord pas la main qui vous nourrit. »
Punis pour insolence
Les impudents ont tenu bon et la ministre s’arc-boute : « Le Genepi développe des thèses très hostiles à la politique publique… » Certes, mais il n’est pas le seul. Les surveillants ou les travailleurs sociaux aussi, dont les syndicats, très virulents, ont la critique bien plus dure que le Genepi. Tout le monde s’en mêle ! Même Taubira, qui a demandé à Belloubet de rétablir la subvention. Et des tas d’associations et de personnalités, alarmées de ce « mauvais signal pour l’engagement des jeunes », soutiennent les jeunes profs.
La conseillère justice de Macron tente de trouver une sortie. En attendant, les portes des taules se claquent au nez des « genepistes », qui continuent de revendiquer leur indépendance, « choqués qu’un partenariat avec l’administration puisse être conditionné par l’absence de critique et de réflexion sociétale ».
Les taulards vont adorer !
Une illustration supplémentaire qui me permet d'alimenter mon moulin d'appel à la prudence concernant les subventions et les réductions d'impôts dans le milieu associatif.
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
Un gorille surgit dans l’église de Verdun, le 6 novembre, et brandit sa plaque de flic pour ordonner d’accélérer la messe d’enterrement. Motif : l’arrivée imminente du Président, en « itinérance mémorielle », obligeant la maréchaussée à neutraliser la rue. Pour ne pas gêner le cortège présidentiel, même les morts doivent se mettre « en marche » !
En six jours, la caravane élyséenne, forte d’une quarantaine de véhicules, a sillonné neuf départements de l’est et du nord de la France. « Le Président avait exclu l’emploi de l’hélicoptère, trop dispendieux. On a donc slalomé pour éviter les ”gilets jaunes” », raconte un participant du Macron Tour.
On reparle d'écologie (est-ce que cette consommation d'énergie fossile et cette pollution au CO2 sont justifiées ou même justifiables) ? :))))
A chaque étape, rameutées des quatre coins du pays, pas moins de six unités de CRS (65 hommes chacune, et une vingtaine de véhicules) étaient chargées de tenir à distance les grincheux et autres contestataires. Des troupes locales — jusqu’à 200 poulets et pandores — s’occupaient de la circulation et faisaient le vide autour de Jupiter. Sans compter les poilus du Président : une soixantaine d’hommes du GSPR, chargés de lui filer le train, ainsi que des membres de la CRS 01 et les tireurs d’élite du Raid et du GIGN, perchés sur les toits. Ça en fait, du monde, dans la tranchée !
On reparle du « pognon de dingue » ? :))))))
Fausse nonne, vrai kebab
Si le dispositif n’a pas empêché Macron de se faire chahuter, ses poulets se sont montrés impitoyables. A Pont-à-Mousson le 5 novembre, ils ont plaqué au sol une fausse nonne qui entendait exorciser Emmanuel. Il s’agissait en fait d’un étudiant de 20 ans qui, après être passé à confesse, a été relâché.
Le lendemain, à Reims, une écolo a écopé d’une garde à vue. Son crime ? Avoir tagué sur les marches de la mairie : « On veut des coquelicots, halte au pesticide glyphosate. » Le procureur, ayant jugé l’affaire de la plus haute importance, a convoqué la protestataire en janvier.
Le 8 novembre, enfin, sans doute impatient de voir ressortir Macron de l’hôtel de ville d’Arras, un citoyen a vociféré : « Va te faire égorger, fils de pute ! » Aussitôt dit, aussitôt interpellé ! Montant dans le fourgon, l’impudent a juste eu le temps de lancer à sa moitié : « Prends mon kebab, je pars en garde à vue. »
Finalement, c’est lui qui a dégusté !
Cet article illustre une toute partie du problème qu'il y a à désigner, par suffrage, un homme (ou une femme) providentiel censé nous guider, nous protéger, décider en dernier ressort en plus haut-lieu : cette désignation, par sa conception même, le met à l'écart des autres, au-dessus des autres, il est quelqu'un d'exceptionnel qui mérite une protection renforcée, une attention particulière, un service aux petits soins alors qu’il est juste une petite merde de plus parmi 7 milliards d’autres. La déconnexion des élites commence comme ça. Il serait temps de réviser notre conception du pouvoir et surtout la manière de l'incarner (ou non).
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
La nouvelle a tourné en boucle sur les radios et les chaînes d’info continu, la semaine demière : Macron venait d’échapper de justesse à un attentat. Sous le sceau du secret-défense, la Place Beauvau expliquait aux journalistes que, ce 7 novembre, la DGSI avait démantelé « un groupe paramilitaire d’ultradroite » qui s’apprêtait à attaquer le Président, en pleine « itinérance mémorielle » du côté de Charleville-Mézières (Ardennes).
De l’info puisée à la meilleure source, mais à prendre avec des gants. Entre eux, les flics du Renseignement intérieur appellent ça le « cadeau de bienvenue » : lorsqu’un nouveau patron prend la tête de la boutique, ses hommes lui offrent sa petite affaire. Il y a dix ans, l’histoire de Tarnac, montée à la hâte au moment de la création de la DCRI, avait saturé les médias sur le thème du « terrorisme d’ultragauche »… avant de finir en eau de boudin.
Fachos fêlés
Nicolas Lerner n’a pas dérogé à la tradition : trois semaines après son arrivée à la DGSI, le 17 octobre, il y a eu droit. Un joli paquet-surprise avec, cette fois, la mention « terrorisme d’ultradroite ».
Quatre zinzins se revendiquant « survivalistes », que nos contre-espions surveillaient gentiment, ont donc été opportunément interpellés puis déférés pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».
Le prétexte de la DGSI pour réaliser le coup de filet du 7 novembre ? Le cerveau de la bande, un retraité de 62 ans, avait annoncé ses intentions sur les réseaux sociaux et quitté son domicile de l’Isère pour retrouver ses complices, à une heure de route de la caravane présidentielle. A l’intérieur de la 406 Peugeot des suspects : trois sacs de couchage, des matelas de camping, une paire de gants en cuir noir et un couteau de cuisine en céramique, censé servir d’arme pour attaquer Macron.
Le nouveau secrétaire d’Etat à l‘Intérieur, Laurent Nuñez, qui, pour avoir dirigé seize mois la DGSI, connaît la musique, a préféré la jouer très modeste (le « JDD », 11/11) : « Il faut rester prudent, car l’enquête est en cours, mais il semble que le président de la République était pour eux une cible potentielle, même si le projet n’était pas abouti. » On a connu plus convaincu.
Lui-même, en juin 2017, avait reçu comme cadeau de bienvenue le démantèlement d’un groupuscule, déjà qualifié d’« ultradroite », qui menaçait de s’en prendre à Mélenchon et à Castaner, alors porte-parole du gouvernement.
Des zozos utiles, ces fachos ?
Je suis dubitatif : si tout le monde connaît la combine (quand elle est publiée dans un journal national à grand tirage, on peut aisément estimer qu'elle est connue de longue date par tout le gratin politicien et journalistique), quel en est l'intérêt ? Le⋅a politicien⋅ne sait que c'est du flan (donc le nouveau dirlo en poste ne peut pas se faire mousser), le⋅a citoyen⋅ne aussi (donc l'effroi se dissipe rapidement)…
Interpréter les propos de l'ex-patron de la DGSI dans le sens qui arrange alors qu'il y a toujours une prudence dans l'expression de ces gens-là tant que l'enquête est en cours (sauf quand le terroriste est musulman, mais c'est un autre problème), c'est pas fameux non plus.
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
Incroyable mais vrai ! Une des annexes au projet de loi de finances pour 2019 donne quelques occasions de sourire : celle qui détaille, en 55 pages, le coût de fonctionnement et le nombre de réunions des 887 « commissions et instances consultatives placées directement auprès du Premier ministre ou des ministres ».
Le lecteur y apprend ainsi que l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, composé de 16 membres, ne s’est réuni qu’une seule fois l’an dernier. Coût de fonctionnement annuel dela commission : 210 000 euros. Ça fait cher les retrouvailles.
Dans le même genre, les 47 membres de l’Observatoire national de la politique de la ville ne se sont concertés que deux fois en 2017, pour un coût de fonctionnement de 310 000 euros — en augmentation de 82 % par rapport à 2016, où l’instance s’était pourtant réunie quatre fois.
Quant à la commission interministérielle des données d’origine spatiale, rattachée au Premier ministre, dont le coût de fonctionnement pour l'année 2017 a été évalué à 19 000 euros, elle n’a pas jugé utile d’organiser la moindre réunion en 2017. A moins que ses 5 membres aient eu la tête dans la lune…
Les 10 membres de l’Observatoire des jeux — dont le coût de fonctionnement atteint 90 000 euros — se sont, eux, surpassés, puisqu’ils se sont retrouvés à trois reprises en 2017. Tout comme les 26 membres de l’Observatoire national de la vie étudiante. Coût de fonctionnement de leur instance : 327 000 euros. Pour bien observer, rien ne vaut la prise de recul !
A se demander pourquoi la « commission centrale des appareils à pression » (ça a existé) ainsi que la « commission des phares » ont été supprimées. Elles en faisaient vraiment beaucoup moins que les autres ?
Je propose la création d'un observatoire sur les observatoires Théodule. \o/
Je note néanmoins de la mauvaise foi dans cet article : le nombre de réunions d'un groupe ne permet pas d'exprimer la quantité de travail produite en amont par ledit groupe, une réunion sert souvent à se mettre d'accord sur des détails et à trancher les différends.
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
C’est en catimini qu’EDF est en train d’acquérir des terrains aux abords de ses centrales nucléaires : 140 ha près de celle de Belleville, 116 ha à Saint-Laurent-des-Eaux, 120 ha à Chinon…
Pourquoi pareille frénésie foncière (relevée par le Réseau Sortir du nucléaire, le 31 octobre) ?
Pour préparer le démantèlement des réacteurs, des opérations exceptionnelles de grand carénage… et le « développement des nouveaux moyens de production décarbpnnée » (« Le Parisien », 7/11), explique benoîtement EDF.
En clair, pour accueillir les six EPR que l’électricien rêve de construire avant 2050. Rêvons : d’ici là, l’EPR de Flamanville, dont la construction a commencé en 2007 et dont le chantier n’en finit pas de ne pas finir, aura peut-être produit son premier kilowattheure…
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
Les pénuries de médicaments continuent, et c’est même de pire en pire : 530 médocs ont été en rupture de stock en 2017, soit dix fois plus qu’il y a dix ans ! Et on ne parle pas de pastilles pour la gorge. Des médicaments traitant des cancers ou la maladie de Parkinson (le Sinemet) manquent à la pelle. Mais comment est-ce possible ?
En 2016, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, avait pourtant pris le problème « à bras-le-corps ». Et sorti un décret imposant à l’industrie pharmaceutique de mettre en place des « plans de gestion de la pénurie ». Las ! leur contenu est resté plan-plan. Résultat : l’industrie, que l’on sait torturée par le bien public, continue de produire à moindre coût, c’est-à-dire à flux tendu. Exemple : MSD ne possède qu’une seule usine dans le monde produisant le Sinemet, et celle-ci a un problème de mise aux normes…
Un rapport du sénateur Jean-Pierre Decool (apparenté à droite) vient donc de proposer 30 mesures supplémentaires. Un arsenal maniant la carotte — des exonérations fiscales — et le bâton : nationaliser la production de quelques médicaments vitaux, qui seraient confiés aux pharmacies des armées ! Un crime de lèse-business dont le lobby pharmaceutique ne veut pas entendre parler.
Il faut peut-être arrêter de lui demander son avis ?
Dans le Canard enchaîné du 14 novembre 2018.
Quelques chiffres :
Je reformule : une marche pour dire "arrêtons de foncer obstinément dans le mur, changeons drastiquement de modèle de société" a rassemblé environ 42 500 personnes là où une journée d'action pour dire "mouin mouin mon pouvoir d'achat, moi pas content car je vais payer plus cher mon énergie fossile qu'on me vend déjà moins chère que ce qu'elle coûte car son exploitation est subventionnée, mouiiiiiin, rien à foutre du climat et des autres, moi vouloir argent donc moins de taxes, d'impôts et de cotisations sociales" a rassemblé 290 000 personnes, soit un facteur d'environ 7 (environ 2,5 si l'on mélange les chiffres les plus favorables à chaque mouvement, même si leur source diffère).
Pour moi, la messe est dite : des actions concrètes pour lutter contre notre massacre écologique, ça sera pour demain, aujourd'hui chacun⋅e d'entre nous est plus occupé⋅e à penser à sa petite personne, à ses petits intérêts économiques (certain⋅e⋅s auront le culot de nommer ça « survie au quotidien »), à s'arrimer coûte que coûte à un mode de vie que la planète ne peut soutenir. Continuons ainsi, tout va bien se passer.
Aller, bonne semaine quand même.
Judy, Lola, Sofia et moi par Robin D’Angelo (Goutte d’Or)
C’est l'un des rares jobs où les femmes sont plus payées que les hommes. Les féministes pourraient s’en réjouir, mais il n’y a pas de quoi. Parce qu’il aimait consommer du porno, le journaliste Robin D’Angelo a décidé d’aller voir derrière la caméra comment ça se fabrique. Il a plongé dans le monde du porno amateur français. Et ce qu’il a découvert est à pleurer.
On est loin du plaisir chanté par l’ex-pornstar Céline Tran dans sa bio très médiatisée, « Ne dis pas que tu aimes ça » (Fayard). On est au cœur de la misère du monde. De petits producteurs sans le sou et plutôt d’extrême droite sont à la recherche permanente d’actrices pour renouveler leur vivier. Dans des appartements minables, ils font tourner des jeunes filles fracassées dans leur enfance. Pas toujours jolies mais toujours exploitées. Le journaliste ne trouve pas de quoi bander, et il n’est pas le seul. Les hommes bandent mou et les actrices souffrent. L’une d’elles s’évanouit parce qu’un acteur a essayé de lui enfoncer le poing dans le vagin, une autre met trois jours à se remettre d’un « bukkake », un « vide-couilles » où une bande de males ejaculent sur une femme livrée à leur plaisir.
Dans ce monde du sexe misérable, il n’y a ni glamour ni excitation, pas même celle de la transgression. Il y a juste la douleur de femmes qui subissent une violence plus ou moins admise. Quand elle est trop grande, ou pas assez consentie, certaines actrices arrivent à se plaindre et réclament alors plus d’argent. Le porno amateur, ou l’acceptation de l’autodestruction pour payer les fins de mois. « Je comprends pas pourquoi les gens ils disent : “Merci, Jacquie et Michel”! C’est Michel qui se fait péter l’cul ? Non, c’est Lola. Alors, merci, Lola ! » résume ladite Lola, l’une des héroïnes de ce road-porn.
Celui qui profite de ce monde de misère, c’est pourtant bien Michel, 60 ans, ex-enseignant de Tarbes et fondateur du site de vidéos amateur Jacquie et Michel, qui règne en maître sur le secteur. La niche du porno amateur a fait sa fortune : 15 millions de chiffre d’affaires en 2016. Lui, au moins, a eu du cul dans la vie. Merci qui ?
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.
Le concept est simple : *les Sugar Daddy ou Sugard Mama, hommes et femmes fortunés, offrent de l'argent ou des biens à des personnes bien plus jeunes qu'elles, les Sugar Babies, en échange d'une « relation ». Une prostitution qui ne dit pas son nom.
Graphisme sobre et épuré, Sugardaters.fr est un de ces sites de rencontre entre des hommes murs, aux portemonnaies plutôt bien garnis appelés ici Sugar Daddy, comprenez « Papa-Gâteau » avec des jeunes femmes, étudiantes pour la plupart, ayant des difficultés à boucler les fins de mois. La version « Maman-gâteau » existe aussi d’ailleurs. « Le SugarDating, c’est la recherche d’une histoire romantique et d’attraction hasée sur le respect et la confiance », précise la page d’accueil du site martelant a de nombreuses reprises que son utilisation est interdite « aux activités d’escorte ou similaire » et « pour vendre ou acheter des services sexuels » (1).
En octobre dernier, une enquête pour « proxénétisme aggravé » a été ouverte par le parquet de Paris contre le site Richmeetbeautiful.fr qui n’avait pas hésité à installer des panneaux publicitaires mobiles aux abords des facultés franciliennes pour inviter les étudiantes a sortir avec un Sugar Daddy ou une Sugar Mama plutôt que de souscrire des prêts étudiants !
En quelques clics je deviens à mon tour une grande Sugar Baby de 20 ans. La photo est obligatoire, c’est même la condition pour avoir accès à celle d’un Sugar Daddy. Je choisis l’option lunettes de soleil. Mon profil à peine validé que je reçois déjà un premier message de Darlands, 49 ans, homme d'affaire londonien, qui juge ma photo tronquée : « sexy ». En parallèle, je tente ma chance en suivant les pertinentes recommandations du site : « N'attendez pas qu'un homme vienne vous parler, et soyez la première a envoyer un message, vos rencontres n'en seront que meilleures ! » Un judicieux conseil, sans lequel je n'aurais peut-être jamais fait la connaissance de VT BM, 33 ans, qui à un classique « Bonjour comment ca va ? », répond un gracieux « As-tu une belle chatte qui aime l'argent ? ».
Par jour, seulement cinq demandes de contact sont possible, alors j'en profite au maximum en approchant pêle—mêle un médecin, un artiste et un fonctionnaire. Ils ont entre 33 et… 80 ans. Un mail me notifie qu'un membre me donne accès à ses photos privées. En cliquant, je prépare toujours mon esprit au pire, mais entre selfies peu avantageux et photo mal cadrés, y a rien de très croustillant. Le soir venu, le site s'active et je reçois mes premières demandes « d'arrangement », bel euphémisme ! VT BM est sans aucun doute le plus entreprenant : il me propose, non sans m'avoir auparavant poétiquement évoqué sa passion pour les « chattes ahsolument parfaitement épilées », 1500 euros par mois pour une relation exclusive avec lui afin que je m’occupe de « ses testicules ». Charitable, il se dit prêt à monter à 2000 euros si je suis vierge. A côté de ça, Darlands me propose 200 livres la nuit, en plus des frais de déplacement jusqu'à Londres. Pour TomThor, parisien, la cinquantaine, c'est plus arrangeant de venir a moi, et le pauvre projette avec entrain des dates pour me retrouver à Marseille, où il promet de « bien me traiter ».
HiddenCharms, tente une approche un peu plus romantique : « Coucou, tu es merveilleusement belle », m'écrit—il. Ce belge de 61 ans m’assure avoir travaillé à la Commission Européenne. Ses réponses sont longues et soignées. Il me dit ne pas payer les Babies et ne pas « avoir nécessairement de relations sexuelles » avec elles. Mais il finance tout de même le déplacement, le logement et des sorties pharaoniques à base de « cocktails et musique live » aux demoiselles en échange de leur compagnie. A savoir à quelle sauce je serais mangée sur place… Jim58, 60 ans, joue lui aussi sur son patrimoine pour espérer construire une relation à long terme avec moi : l'homme d'affaire danois m'énumère tous les caractéristiques et avantages qu'il y a a vivre dans sa « splendide villa en bord de mer » située sur la Côte d'Azur. J'ai presque l'impression qu'il veut me la vendre !
Les jours suivants, VT BM, à qui j'ai volontairement oublié de répondre, s'impatiente. Quand j'ai l'audace de lui demander ce qu'il veut faire avec moi, il dresse une liste de fantasmes sexuels si explicites et violents que j'en ai presque la nausée. Je comprends mieux pourquoi il paie si cher. Je le laisse tranquillement se noyer dans ses messages de relance lourdauds et désespérés. Abattue, je quitte le site au bout de deux jours, non sans une pensée pour les étudiantes en situation de précarité qui devront le rouvrir demain…
1 : Par mail, « l'équipe marketing » de Sugardaters, a répondu à nos questions par ce message : « tous les textes de profil sont approuvés manuellement et ne doivent pas contenir d'escorte ni d'invitations similaires. Un filtre automatique envoie tous les messages contenant des mots problématiques aux administrateurs, qui agissent si nécessaire. Tous les utilisateurs peuvent signaler d'autres prcfils en un seul clic. Tous les avis sont examinés manuellement par les administrateurs »
Dans le numéro d'octobre 2018 du Ravi, journal satirique en PACA.
La ville occitane accueille la plus grande décharge de déchets uranifères en Europe : 400 000 m² de boues de décantation. Avec de lourdes conséquences sur la santé des riverains.
L'été dernier, l'acteur Pierre Richard, du haut de ses 84 ans, a gravi l'oppidum de Montlaurès, près de Narbonne, dans l'Aude, par une matinée caniculaire. Son objectif ? Observer par lui-même les étendues de déchets du site de Malvési. « J'ignorais qu'on était pollué au radon ici, avec la mer et la nature, on ne pense pas être exposé à ça », explique-t-il à la rédaction. Et pourtant, ce site est la porte d'entrée en Europe de l'uranium depuis 1959. Le minerai importé de divers pays sous forme de concentré minier (yellow cake) est purifié et transformé sur le site en tetrafluorure d'uranium (UF4). Quels que soient les mots savants : de la merde ! En près de soixante ans, 500 000 tonnes d'uranium purifié ont été produites à Narbonne Malvési. Ce la représente environ le quart de la production mondiale d'uranium traité et c'est l'unique site européen. Tous les déchats solides et liquides de la production d'uranium à Narbonne ont été stockés ici durant les six dernières décennies. Cela constitue la plus importante décharge de déchets uranifères en Europe : 400 000 m² de boues de décentation sont stockés dans des bassins saturés côtoyant les cultures (vignes, céréales), proches des habitations riveraines et des premiers quartiers narbonnais.
André Bories, docteur en sciences, directeur de recherche honoraire à l'Inra et président de l'association Rubresus (association de protection et sauveharde de l'environnement des basses plaines de l'Aude) lutte depuis de nombreuses années pour dénoncer cette pollution : « Orano [ nouveau nom d'Areva, NDLR ] a choisi de retraiter les déchets liquides par un procédé thermique de combustion des nitrates avec du charbon. Ce procédé va valotiliser à 800 °C les effluents dans l'atmosphère. » Ce projet d'incinération a été nomé, sans rire, « Thor », par Orano.
Cerise sur le gâteau, à la suite d'une rupture de digue d'un des bassins en 2004, l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a fait des prélèvements sur les boues qui se sont répandues aux alentours. Le verdict fut inattendu : des éléments radioactifs qui n'auraient jamais dû se trouver là comme le plutonium, l'américium ou le technétium ont été détectés. Le pot aux roses a été rapidement découvert : « En fait, entre 1960 et 1983, Malvési a recyclé en catimini de l'uranium », explique brièvement André Bories. En d'autres termes, le site a pratiqué de l'enrichissement non déclaré, et a contaminé les stocks de boues déjà contaminés par le nitrate. Double peine pour tous ! L'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) a démontré en 2007 la présence de plutonium dans le blé d'un champ voisin. « Il y a du radon 222, un gaz radioactif qui s'échappe en permanence. Ce radon se transforme à son tour en produits radioactifs encore plus toxiques comme le polonium ou le plomb », ajoute André Bories. Quid des impacts sur la santé ? « L'IRSN cite un chiffre de 3000 décès par an en France par cancer du poumon attribué au radon, deuxième cause de cancer du poumon après le tabac. D'après nos calculs, pour le bassin d'habitation narbonnais, soit 80 000 habitants, le nombre de décès serait de 24 par an, soit 720 sur les trente dernières années d'activité maximale du site et 720 supplémentaires pour les trente prochaines années. » Le Radon de la Méduse, c'est une peinture grandeur nature peinte par Orano, que vous pourrez contempler pendant des millions d'années au musée en plein air de Malvési.
Heu ? Depuis quand le plomb est radioactif ? Depuis quand recycler est-il forcément un synonyme d'enrichissement ? Pour le reste : chaaaaud.
Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.
Grâce au caca de vaches, on peut produire de l’électricité et du gaz. Ça s’appelle la méthanisation, une énergie verte que le gouvernement veut favoriser sur tout le territoire. Enfin une bonne idée ? Eh bien non.
Prenez du fumier bien frais et mettez-le à fermenter dans une grosse cuve en béton. Au bout de quelques jours, vous obtiendrez du gaz à base de méthane, à utiliser directement ou servant à produire de l’électricité, racheté a des prix avantageux par EDF. « La méthanisation est un des outils qui permet de verdir le gaz », s’enthousiasmait en mars le secrétaire d’État Sébastien Lecornu, bien décidé à développer cette chouette filière, qui représente aujourd’hui 400 unités en France. L’objectif du gouvernement ? Mettre les gaz pour en avoir deux à trois fois plus…
Georges Baroni, de la Confédération paysanne, a participé à ce raout gouvernemental du 26 mars. Il se marre : « Autour de la table, il y avait la FNSEA, GDF, les industriels… La discussion a vite démarré sur : “Pourquoi ça ne marche pas ?” » Tout simplement, déjà, parce que ça ne rapporte pas assez. Georges Baroni précise : « Sept agriculteurs sur dix qui ont un méthaniseur sont en faillite. » Il y aurait trop de contraintes administratives. En effet : en dessous de 50 tonnes de matière sèche, une simple déclaration suffit. Au-dessus de 100 tonnes, il faut une autorisation. Et qui dit autorisation dit enquête publique et dit emmerdements… Le gouvernement a donc proposé de se passer d’autorisation pour les gros méthaniseurs !
Oui mais voilà : le méthaniseur ne fait pas que recracher du gaz. Une fois le lisier (ou les restes de plantes, de déchets organiques) libéré de son carbone, reste le digestat. Présenté comme « ultra fertilisant », ce digestat est en réalité un concentré de nitrates. Épandu sur les sols, loin de les fertiliser, il les appauvrit. Et pollue les cours d’eau. À Gramat, dans le Lot, des citoyens ont tenté par tous les moyens d’empêcher la construction d’un mégaméthaniseur censé traiter 65 000 tonnes de déchets organiques en plein parc naturel des Causses du Quercy. En février dernier, des scientifiques ont signé une tribune pour alerter sur le risque pour les sols et le patrimoine historique du Quercy. En vain. Jacques Philbert, de l’association Gadel, raconte : « Les épandages ont démarré depuis six mois et il y a déjà des fuites, avec des écoulements en surplomb du gouffre de Padirac. On avait prévu une catastrophe et on ne nous a pas écoutés ! » Et vive l’énergie verte selon Macron !
Je vois que certain⋅e⋅s attendent toujours de trouver l'énergie renouvelable-uber-over-mega-trop-parfaite-sans-défaut-pas-chère… On n'est pas prêt de sortir de l'auberge…
Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.
Depuis les lois issues de l’état d’urgence, les policiers n'ont plus besoin d’invoquer la seule légitime défense pour faire usage de leurs armes. Un simple refus d’obtempérer peut mettre la vie du fuyard en péril. Welcome in the American way of life !
Comment la violence s’instaure dans une société humaine ? Qu’est-ce qui fait la différence entre la criminalité de l’Europe et celle des États-Unis (rapport de 1 à 35) ? Sans doute l’histoire du pays. En France, en revanche, le nombre d’armes à feu est logiquement contrôlé. Les personnes habilitées à en porter (police, armée, sécurité privée sur autorisation et chasseurs) sont répertoriées. Bien sûr, des armes circulent sous le manteau, utilisées à des fins de délinquance voire de terrorisme. L'exemple américain montre que l’usage des armes est une escalade sans fin. Plus il y a d'armes du côté des forces de l‘ordre, plus il y en a du côté de la délinquance, chacun étant persuadé de répondre à l’autre. Jusqu'à récemment, en France, l’usage d'une arme à feu par la police était défini par la légitime défense et donc par la mise en danger du policier lui-même, d’un collègue ou de toute autre personne menacée. Il y avait souvent des abus, des enquêtes de l’IGPN et parfois de sérieux doutes sur la réalité de la légitime défense. Depuis les lois antiterroristes du 28 février 2017, la police est autorisée - entre autres - à sortir le flingue en cas de « périple meurtrier » et lorsqu‘elle ne peut arrêter un véhicule dont les occupants sont « susceptibles de perpétrer des atteintes à la vie ».
On mesure là l’incroyable flou laissé à l’appréciation du policier souvent en stress, parfois jeune ou peu formé. L’usage des armes (autour de 500 fois depuis 2017, en augmentation de 30 %) se banalise et en particulier pour des refus d’obtempérer lors de contrôles de véhicule (1)… C’est le cas de Romain, 26 ans, qui a refusé de s’arrêter au barrage routier et qui a été abattu à Paris en août alors qu’il ne menaçait personne. À l’identique de ce jeune Nantais de 22 ans, le 3 juillet 2018 ou de cet autre le 30 août qui, circulant sur l’A9, a refusé de se soumettre au contrôle routier et a été abattu lors de sa fuite. Les policiers sont finalement dans leur droit, ils peuvent supposer que l’individu en question s’apprête à commettre un délit… Certes, mais on sait que dans la très grande majorité des cas, le refus d’obtempérer des automobilistes est dû à un défaut d’assurance, de permis ou à un état alcoolique.
Si l’on ajoute à ce triste constat la récente autorisation donnée aux policiers de garder leurs armes de service lorsqu’ils sont en civil, on comprend mieux comment s’instaurent sournoisement la banalisation de l’arme à feu, le recours systématique au fusil face à une menace ou à une violence qui, autrefois, auraient pu se régler à coups d’insultes, de bourre-pifs ou de fuite. Merde ! Là aussi, les Américains ont gagné la partie. Il n’y a plus qu’à attendre que les citoyens s'arment légitimement et nous y serons. Un chiffre ? 36252 morts par armes à feu aux États-Unis en 2016 !
(1) 63 % des armes à feu sont utilisées par des policiers sur des véhicules, 25 % sur des animaux, 10 % sur des personnes et 2 % pour le reste.
Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.
Il aura fallu attendre le 18 septembre pour entendre du président de la République un discours politique sur la santé. Depuis sa nomination, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ne dispense que des prêches de gestionnaire qui manquent cruellement de vision politique. Elle s‘est encore récemment moquée des parlementaires de gauche en leur disant qu’ils se nourrissaient de la pauvreté. Tollé à l‘Assemblée nationale ! Mais au-delà du mépris, désormais érigé en principe par La République en marche, de tout ce qui n’est pas de sa pensée libérale, il y a le problème du fond.
L’annonce a été faite par le président Macron dans son discours : la fin du concours en médecine. Ah, la belle annonce à deux balles qui pourrait faire danser dans les facultés… mais qui semble un leurre ! Revenons sur ce concours qui a formaté des générations de médecins névrosés et qui a conditionné tout le système de santé.
Années 70 : le choc pétrolier plombe l’économie mondiale ; la France découvre le chômage et le déficit de la Sécu. La théorie des économistes est alors très simple : en diminuant le nombre de soignants, on régule l’offre et donc on fait baisser la demande. Évidemment, les premiers à soutenir ces idées furent les professeurs et les doyens des facultés de médecine, le plus souvent libéraux et presque tous de droite, comme aujourd’hui.
Désertions
Puis ce fut le tournant du début des années 80 où, toujours sur les conseils des économistes et des professeurs de médecine, le numerus clausus ou concours de fin de première année de médecine a chuté à moins de 4000 par an ! Délirant mais, à part les syndicats d’étudiants, aucun parti politique n’a protesté ! C’est ainsi qu'a commencé l‘élitisme. Dehors les étudiants qui ont fait philosophie, littérature ou autre! Place à des cerveaux cartésiens beaucoup plus aptes à absorber les seules priorités qui comptaient et qui comptent : la pensée unique des économies de santé. Exit les préoccupations de santé publique, oublié l’accès aux soins, et surtout l’allongement de l'espérance de vie, l’épidémie du Sida du début des années 80 et la dépendance des personnes âgées! Mais alors, me direz-vous, tous ces économistes et éminents professeurs de médecine (si prompts à défendre l’activité privée dans les hôpitaux publics et leur statut privilégié}, pourquoi n‘ont-ils pas prévu et vu ce qui se tramait pour le peuple et le système de santé ? Silence dans les rangs.
En 1995, la sélection est devenue encore plus drastique avec le plan Juppé. Chute du nombre de reçus au concours sous les 3700… Et, ce qui est rare devenant cher, la médecine est devenue le seul métier à connaître un plein emploi très lucratif. Mais surtout les médecins ont massivement déserté les postes trop lourds en termes de charge de travail comme les urgences ou la chirurgie publique !
La nature ayant horreur du vide, les gouvernements successifs ont alors exploité les pays émergents en engageant leurs médecins et en se fichant pas mal de la difficulté de l’accès aux soins dans ces pays. Ce pillage des praticiens a affaibli le système de santé dans de nombreux pays : Algérie, Maroc, Tunisie, Syrie, Mali, Sénégal… C’est l’époque des statuts de médecins à diplômes étrangers, qui fleurissent alors dans les hôpitaux publics. Ces médecins étrangers, payés 30 % de moins que les français, ont des statuts précaires. Le monde économique de la santé ne trouve alors rien à redire, malgré les grèves et les protestations des syndicats et malgré quelques mesures comme celle en 1997 du gouvernement Jospin pour en titulariser une partie. Mais personne ne touche au concours de médecine !
C'est la canicule de 2003 avec ses 20 000 morts en France (80 000 en Europe) qui bouleverse la donne. Au milieu des années 2000, deux ministres de la Santé, Philippe Douste-Blazy et Xavier Bertrand, augmentent le numerus clausus. Mais il est déjà trop tard. Les jeunes voulant faire médecine se retrouvent dans une concurrence délirante et une course au bachotage effrayante. Certains se suicident, d’autres fracassent leur jeunesse dans l’échec des deux premières années sans débouchés !
Tout est prêt désormais pour que fleurissent des boîtes privées très coûteuses de préparation au concours où les enseignants ne sont autres que les professeurs des facultés de médecine généralement payés en liquide ! Et, bien entendu, s’ajoute la réforme des études de médecine qui sursélectionne les étudiants. Comme si, au bout de six ans d’études et cinquante-quatre examens, ils n‘étaient pas déjà triés, ils ont créé un nouvel examen classant et validant en fin d’études avec des conférences privées de préparation! Les étudiants paient et les familles trinquent ! Les laboratoires pharmaceutiques se sont lancés eux aussi dans la préparation de cet examen de fin d'études avec l’intention probable de formater les cerveaux des futurs médecins.
Mafia ?
Du début à la fin donc, la sélection est à tous les étages avec une véritable organisation parallèle d’enseignement. Peut-on parler de mafia ? C’est un système organisé et extrêmement coûteux qui conduit les étudiants à une hypersélection intellectuelle et financière, comme s’il fallait reproduire indéfiniment la sociologie du film Sept morts sur ordonnance !
Pour les familles, les études de médecine sont longues et chères. Les étudiants qui n'ont pu réussir le concours de première année en France partaient en Belgique pour se former mais ce pays a mis fin a cette filière car il formait trop de médecins. Désormais, c’est la filière roumaine qui est à la mode. Mais ca se passe si difficilement pour eux que certains se sont suicides et que le Samu de Metz leur sert de support psychologique.
La disparition du numerus clausus est hélas une réponse insuffisante. C’est sur l’ensemble des études de médecine qu’il faut se pencher. Car il faudra bien une sélection puisqu’il est impossible de former 60 000 médecins par an ! Si on laisse les doyens et les professeurs de médecine décider seuls, il faut craindre le pire car il vont tenter de mettre en oeuvre l’idée qu’ils ont depuis bien longtemps en tête : la privatisation des études de médecine.
Il faut réussir a conduire cette réforme avec les syndicats étudiants et professionnels afin de moderniser le système de santé et cesser de contempler sa déliquescence au profit de systèmes corrompus. Mais je crains que la ministre, professeure de médecine, serve davantage les intérêts des seuls professeurs que celui du pays.
Dans le Siné mensuel d'octobre 2018.
« Une immense fierté », a tranché Macron, solennel, à Paris. « Il faut sou- ligner la qualité et la sérénité qui ont prévalu », a renchéri Philippe, à Nouméa. « Un scrutin dans les meilleures conditions de sérénité et de sincérité », selon la commission de contrôle. Le référendum en Nouvelle-Calédonie, organisé dimanche dans les règles de l’art — question et liste électorale validées par toutes les parties, observateurs de l’ONU sur place, incidents sporadiques —, quel triomphe !
Les voilà bien avancés, les Caldoches et les Kanaks. Tout le monde a gagné ou personne, au choix : les (autoproclamés) loyalistes, qui arrivent en tête, mais aussi les indépendantistes, premiers surpris d’un scrutin si serré et qui n’ont jamais été autant en position de force, et l’Etat, qui conserve pour l’instant son Caillou si stratégique.
« Ce référendum n’a rien résolu », a constaté l’inusable autonomiste Pierre Frogier. « On nous disait que les jeunes Kanaks contestaient leurs aînés, c’est le contraire », a analysé Roch Wamytan, du camp adverse (Calédonie Première, 5/11).
Une « immense fierté » très partagée !
Et un futur bourbier, un. :)
Dans le Canard enchaîné du 7 novembre 2018.