Pour limiter les dépassements d’honoraires des médecins qui ont explosé ces dernières années, la ministre distribue des primes en veux-tu en voilà. Est-ce efficace au moins ?
La ministre de la Santé Agnès Buzyn a « en horreur les dépassements d’honoraires ». Elle le confiait à Libération dès 2011. Pourtant dans son grand projet de loi Ma santé 2022, en cours d’examen au Parlement, pas l’ombre d’une proposition sur le sujet. Est-ce à dire que depuis ce portrait, les médecins respectent tous scrupuleusement les tarifs de consultation “Sécu” ? Au contraire. Depuis l’instauration de la liberté tarifaire en 1980, les dépassements d‘honoraires battent des records chaque année.
En 2012, leur taux moyen avoisine les 55 % en plus du tarif Sécu pour un montant total annuel de plus de 2 milliards d’euros. Dans certaines spécialités, ce taux atteint même 80 %. Parmi les champions, psychiatres, gynécologues, stomatologues et pédiatres. Deux options se présentent aux patients : raquer ou se priver de soins. Lorsque l’ex-ministre de la Santé Marisol Touraine finit par réagir en 2015, le mal est fait : un quart des Français renoncent à consulter un spécialiste. Un tiers, à faire soigner leurs dents. La même année, le contrat d’accès aux soins (Cas) est mis en place pour tenter de réguler les tarifs. En échange de la prise en charge d’une partie de leurs cotisations sociales par l’Assurance maladie, les praticiens s’engagent à limiter leurs dépassements.
Bilan : pour la seule année 2015, le Cas a coûté 183 millions d’euros et permis d’éviter seulement 18 millions d’euros de dépassements chez les médecins adhérents, déplore la Cour des comptes dans un rapport. Pour 1 euro de dépassement évité, la Sécu débourse donc 10 euros !
Un nouveau dispositif prend le relais en 2017. Celui-ci s’appelle Optam, pour option pratique tarifaire maîtrisée, et Optam-CO, pour les chirurgiens et les obstétriciens. Il se veut plus « souple et plus incitatif ». Les praticiens s’y engagent pour un an et non plus trois. S’ils limitent un peu leurs dépassements et augmentent un peu le nombre de leurs consultations au tarif Sécu, les médecins reçoivent une prime. D’après un document interne de l’Assurance maladie, à la fin de l’année 2017, 7 880 médecins se sont partagé 46,9 millions d’euros de prime Optam. Soit 600 euros par tête. A ce montant, partiel, il faudrait ajouter les primes Optam-CO. L’Assurance maladie assure ne pas être en mesure de nous communiquer ces chiffres, mais souligne un bilan positif : la moitié des médecins éligibles ont adhéré (contre 50 % pour le Cas) et 75 % ont tenu leurs engagements. Le taux moyen de dépassements diminue.
Ça, ce sont les chiffres lorsque l’on préfère voir le verre — ou plutôt, le trou de la Sécu, à moitié plein. Pourtant, en 2017, le montant total des dépassements a encore battu un record pour atteindre 5,5 milliards d‘euros d’après la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees). Soit près de 100 millions de plus qu’en 2016. Car si les médecins dépassent en moyenne un peu moins, ils sont aussi de plus en plus nombreux à le faire. 63 % des nouveaux spécialistes s’installent désormais en secteur 2. En Ile-de-France, autour de Dijon ou encore en Alsace, trouver un spécialiste conventionné au tarif Sécu est devenu mission impossible. « Les tarifs Sécu sont trop faibles. Nos loyers et nos assurances sont trop chères », se justifient les syndicats de médecins libéraux. « Les médecins dépasseurs se laissent envahir par l’appât du gain. Moi, j’ai fini ma carrière avec 4500 € par mois avant impôts, ce qui me semble confortable », riposte le Dr Bernard Coadou. Ce généraliste retraité a lancé une pétition pour interdire les dépassements.
Malgré la généralisation, le reste à charge, c’est-à-dire ce qu’il reste au patient à payer de sa poche après remboursement de l’Assurance maladie et de sa mutuelle, est stable. « Il faut se méfier des moyennes. Elles cachent des inégalités qui ont au contraire tendance à s’aggraver », précise Féreuze Aziza, de France Assos Santé, qui défend les droits des patients. « L’accès aux soins est de plus en plus conditionné au fait d’être couvert par une mutuelle. » Or, entre 5 % et 10 % des patients ne sont pas assurés. D’après une récente enquête de la Fédération nationale indépendante des mutuelles, ce seraient même jusqu’à 20 % des ménages modestes et un tiers des étudiants qui s’en priveraient. Un chiffre en rapide augmentation, coïncidant avec une explosion des tarifs des organismes complémentaires, dénoncée notamment par UFC-Que choisir : 47 % d’inflation en dix ans contre 14 % pour l’économie générale. Les personnes âgées, les chômeurs et les indépendants sont les premiers impactés. En marche, vers un système de santé à deux vitesses !
Dans le Siné Mensuel de mai 2019.
Le montant de l’aide à la restauration et à la numérisation des films classiques a été réduit de manière drastique au point de menacer la sauvegarde du patrimoine cinématographique français.
Alors que les promesses de dons pour reconstruire Notre-Dame de Paris alimentent le débat, l’idée de largement abandonner au mécénat privé la préservation du patrimoine cinématographique devrait pour le moins, cette fois, susciter l’indignation.
En janvier, le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) annonçait la réduction drastique de ses aides à la restauration et à la numérisation des films de patrimoine — que l’on appelle aussi de catalogue, de répertoire ou classiques.
En 2009, Sarkozy avait décidé que 750 millions d’euros seraient alloués à la numérisation des biens culturels dans le cadre du grand emprunt. Plusieurs dizaines d’institutions nationales allaient se répartir ce jackpot, dont le CNC.
Un premier plan triennal, puis un deuxième, distribuèrent ainsi, au terme de commissions régulières, une aide sélective qui permit, entre 2012 et fin 2018, de restaurer et de numériser 1 123 films.
Contrairement aux subventions ponctionnées sur le budget de la culture, les aides accordées par le CNC proviennent de taxes. La première correspond à 10,7 % du prix de chaque ticket de cinéma vendu. Les chaînes de télévision sont également assujetties à une taxe depuis 1986, la vidéo depuis 1995, la VOD depuis 2005, Internet depuis 2007, et le câble, le satellite et les opérateurs de téléphonie mobile depuis 2008.
Depuis 2013, le montant de ces recettes est relativement stable, autour de 670 millions d’euros par an. En dépit de cette manne, et d’un opulent trésor de guerre d’environ 700 millions d’euros, le CNC a pensé que sa réforme, fondée désormais sur un important recours au mécénat, passerait auprès des détenteurs de catalogues de films.
Avec l’aval des technocrates de Bercy, le CNC entend créer une nouvelle niche fiscale permettant aux entreprises et aux particuliers de défiscaliser. Un dispositif baptisé « Adopte un film ! » Quelle inspiration !
Le 24 janvier dernier, Gaumont, Pathé, SNC/SND (groupe M6), Studiocanal (groupe Canal+), TF1 Studio (groupe TF1), la Société cinématographique Lyre et les films du Jeudi ont annoncé la création du Syndicat des catalogues de films de patrimoine.
Il était peu probable que les mastodontes du secteur acceptent, sans réagir, de voir les aides, qui étaient de 9 millions d’euros en 2018, tomber à 2,8 millions par an jusqu’en 2021. D’autant que les différentes exploitations de ces films restaurés alimentent elles-mêmes les caisses du CNC.
On imagine mal Gaumont, Pathé ou TF1 Studio convaincre de leurs besoins en matière de mécénat. Mais on n’imagine pas plus LVMH, Kering ou L’Oréal soutenir les choix éditoriaux de sociétés aussi remarquables que Carlotta, Le Chat qui fume ou The Ecstasy of films.
Quoi qu’il advienne, les réformes du CNC risquent d’entraîner de lourdes conséquences pour tous les acteurs de la filière, des détenteurs de droits aux exploitants de salles, en passant par les laboratoires, les distributeurs de films ou les éditeurs de DVD et Blu-ray.
À moins d’un sursaut, des pans entiers de notre patrimoine cinématographique s’avèrent donc plus que jamais en péril.
Dans le Siné Mensuel de mai 2019.
La crise européenne qui s’amplifie, due aux divergences entre les pays du Nord et ceux du Sud, pourrait conduire l’Europe vers un nouveau scénario : la sortie de l’Allemagne de la zone euro.
Difficile aujourd’hui d’évoquer une sortie de l’euro sans être catalogue extrémiste démagogue ou crétin irresponsable. Même en italie, la coalition populiste violemment anti-euro pendant la campagne s’est empressée d’écarter cette perspective dantesque sitôt arrivée au pouvoir. Un retour à la lire, forcément dévaluée, aurait fait exploser une dette publique libellée en euros qui culmine déjà à plus de 130 % du PIB… Alors exit l’exit ! Pourtant, le scénario d’une implosion de la zone euro n’est plus si irréaliste aujourd’hui. Depuis la crise de la dette publique de 2010, deux pôles antagonistes se sont nettement reformés. En gros, un modèle allemand au nord et en Europe centrale axé sur les exportations - donc sur la maîtrise des coûts salariaux. Au sud, France comprise, des pays à plus faible croissance plutôt centrés sur la demande intérieure — donc sur le soutien du pouvoir d’achat.
Cette réalité n’est pas nouvelle. Mais, jusqu’à présent, régnait le mythe d’une convergence possible des pays dépensiers et laxistes (Sud) vers le modèle germanique, vertueux et économe. Alors, cahin-caha, pendant près de trente ans, les pays du Sud ont ramé à contre-courant de leurs penchants naturels. Or non seulement ce Graal n’a pas été atteint mais, pire encore, les deux pôles divergent depuis dix ans ! C’est le cocktail explosif de l’eurozone, clivée entre deux logiques de croissance rivales, avec excédents et maîtrise de la dette publique au nord, déficits et dérive de la dette au sud. Et… une monnaie commune ! Le mélange est aberrant et les intérêts contradictoires des deux pôles bloquent toute réforme de fond !
Il suffit que les pays du Sud assainissent leurs finances publiques. CQFD ! Sauf que depuis trente ans, ils n’y parviennent pas ! En partie à cause de leur côté dépensier. Mais surtout parce que les excédents budgétaires des donneurs de leçons — Pays-Bas et Luxembourg en tête - sont abondés par le siphonnage des recettes fiscales des pays déficitaires ! Et si jamais ces derniers s‘avisent de réduire leur taux d’imposition pour limiter l’hémorragie, les premiers répliquent en abaissant les leurs parce que la captation fiscale est l’un des piliers de leur « croissance vertueuse » !
Du coup, la combinaison institutionnelle résolument non-coopérative de l’eurozone et de l’Union européenne est une impasse ! Le Sud y est paralysé parce qu’une sortie de l’euro se heurte au mur de la dette publique. Mais pas le pôle allemand ! Or, s’il était jusqu’à présent inenvisageabie qu’il quitte l’euro, la déliquescence politique de l’Europe couplée à la guerre commerciale que livrent les États-Unis pourrait changer la donne. Plus encore, si l’option d’un Dexit monétaire n’a encore été formulée que par l’AfD (Alternative pour l’Allemagne), elle n’est pourtant plus complètement utopique. D’autant que les conservateurs allemands sont vent debout contre la politique monétaire permissive menée par la BCE et s’alarment des conséquences de la crise de la dette qui se profile. Si ce contexte se confirme, il n’est pas exclu que l’Allemagne se décide à former une deutsche-zone monétaire recentrée sur un pôle régional homogène. Les pays du Sud conserveraient alors l’euro, une dette publique problématique mais libellée dans leur propre monnaie, et bénéficieraient dans leurs échanges commerciaux de sa dépréciation face à la nouvelle devise du Nord. Qu’elle soit souhaitable ou non, cette voie pourrait être la condition de survie d’une Union européenne aujourd’hui paralysée par des divergences à la fois irréductibles et insoutenables.
Je pense plutôt que la sortie de l'Allemagne de l'euro ferait perdre la majorité de la confiance accordée à cette monnaie, ce qui la dévaluera, plombera les importations des pays du sud de l'UE (et comme la France importe son énergie et les babioles de Chine…), et, in fine, plombera les économies de ces pays.
J'ai avant tout sélectionné cet article pour le diagnostic intéressant qu'il pose.
Dans le Siné Mensuel de mai 2019.
Il y a certes beaucoup de raisons d’être eurosceptique. Mais le démantèlement de l’Union européenne livrerait chacun des pays qur la composent au chaos.
Depuis juin 2016, le feuilleton du Brexit est plus dévastateur pour la démocratie qu’il n’y paraît. Plus qu’un caprice insulaire des Britanniques, il pose la question d’être ou ne pas être européen. L’« effet Brexit » alimente la démagogie des populistes européens. *On ne détaillera pas ici la liste des raisons objectives d’être euroscetique, à cause de la non-régulation de la globalisation des échanges, de la mise au crédit des technocrates européens les échecs de politiciens nationaux, et de l’abandon de l’ambition fédérale.
On peut ajouter à la liste : l'absence d'une politique commune au sens noble du terme (vie de la cité) et la faible qualité de la démocratie européenne (déroulement du processus législatif, puissance des lobby, renégociation impossible des traités fondateurs car elle nécessite une unanimité, etc.).
L’Europe s’est construite sur un appétit de paix et de prospérité économique. La paix est acquise mais toujours fragile dès l’instant que l’on attise les feux de la haine de l’Autre. La prospérité, l’UE y a répondu avec la philosophie du bien-être qui relève du cache-sexe néocapitaliste. Elle repose sur l’élévation du niveau de vie, la sérialisatîon des individus via leurs envies consuméristes. Chacun chez soi à compter ses fins de mois et à rêver de son petit accès aux biens de ce monde. Une soumission douce à l’ordre du marché.
L’Europe est née d’une volonté politique au cœur de la guerre froide entre les États-Unis et l’Union soviétique. L’Europe a joué alors un rôle de désescalade idéologique et guerrière tout en devenant une puissance économique internationale. La chute du Mur a Changé la donne en ouvrant la planète aux financiers et aux multinationales, sans contre-pouvoir politique à cette échelle. Handicapée par sa faiblesse politique, l’Europe a été incapable de penser la situation nouvelle. La voie était libre pour l’expansion vorace de la financiarisation du monde et la montée en puissance des entreprises transnationales. On connaît la suite et les bonnes raisons de se révolter qui en découlent. L’austérité pour la majorité, les profits grandissants pour une minorité accouchent de replis identitaires nationaux ou communautafistes. Sous la pression populiste, la Commission européenne veut rétrocéder des responsabilités aux gouvernements nationaux et repousse sine die un scrutin transnational. Un détricotage du projet européen. L’Allemagne profite du tangage pour pousser son avantage en réclamant pour l’Europe le siège de la France au Conseil de sécurité de l’Onu. Enfin, le Brexit, en soustrayant soixante-treize députés, modifie les équilibres politiques.
Pour autant, doit-on tourner le dos à l’Europe ? Trente ans après la chute du Mur, la recomposition géopolitique du monde oblige à repenser la place de l’Europe. Aujourd’hui, les États-Unis de Trump et la Russie de Poutine ont tout intérêt à voir l’UE s’effondrer. Côté américain pour prendre des marchés et contenir l’essor chinois, côté russe pour reprendre de l’influence sur l’Europe de l’Est. Les pays émergents — Chine, Brésil, Inde, Russie, Afrique du Sud, Mexique, Indonésie, Turquie — veulent prendre leur part des marchés. On peut objecter n’avoir n‘en a faire de la bagarre entre capitalistes, certes, mais la politique n’est jamais loin de l’économie. La politique, c’est même fait pour encadrer l’économie, et non pour lui servir la soupe. L’UE — 500 millions de consommateurs — a plus de poids pour réguler les échanges internationaux qu’un de ses membres. D’autant plus de poids si ces consommateurs sont des citoyens actifs pesant à Bruxelles par le vote et les mouvements sociaux. Les combats fondamentaux — droits de l’être humain, lutte climatique, protection de la biodiversité, gestion des migrants — se jouent au niveau européen [ NDLR : voire mondial ]. Le risque réel d’un démantèlement de l’Europe sous la poussée nationaliste ou populiste livrerait chacun des pays qui la compose au chaos des ambitions des nouveaux marchands de lendemains qui chantent. Alors, oui, l’UE est un sacré merdier mais le moins pire à condition de s’en mêler en votant pour des europhiles. Au bal des candidats, le choix est difficile.
Dans le Siné Mensuel de mai 2019.
Qu’est-ce qui caractérise le populisme ? Quelles sont ses origines et les raisons de son retour actuel ? Bertrand Badie, professeur à Sciences-Po Paris, et Dominique Vidal, journaliste, qui ont dirigé Le retour des populismes (La Découverte, 2018) ont répondu à nos questions.
On entend souvent parler de populisme, mais comment le dend conscience que l’homme blanc néfinir ?
Bertrand Badie : Il n’y a pas d’idéologie populiste, de régime populiste, de système populiste, pas même de doctrine, ni de politique publique populiste. Il y a des situations populistes, quand surgit une forte crise de défiance des gouvernés à l’égard de leurs institutions. Quand le peuple les juge incapables de le protéger contre une menace plus ou moins fantasmée**, qui va donner libre cours à ceux qui attisent cette peur, cette défiance, pour en faire une arme électorale et arriver au pouvoir.Dominique Vidal : Le populisme, ce sont surtout des pratiques, des discours que l’on retrouve désormais d’un bout à l’autre de la planète : Trump, Netanyahou, Orban, Kaczynski, Modi, Bolsonaro… Tous présentent des caractéristiques spécifiques, mais aussi des points communs. D’abord le culte du chef — un certain nombre de mouvements populistes portent même le nom de leur leader : « péronisme », « nassérisme », etc. Ensuite la volonté de dépasser le clivage droite-gauche. Troisième aspect commun : le mépris de la démocratie représentative, présentée comme un instrument des élites contre le peuple. Dernière caractéristique : le refus des institutions supranationales et le repli sur l’État-nation.
Vous avez titré l’introduction de votre livre « L’éternel retour ». Sommes-nous face à un mouvement récurrent ?
B. B. : Le populisme naît et disparaît depuis la fin du XIXe siècle, depuis que les peuples ont quelque chose à dire et y sont autorisés. Nous distinguons quatre vagues de populisme. Le moment fondateur, à la fin du XIXe siècle, touche des pays très différents : la Russie, les États-Unis, et la France à travers le boulangisme. À chaque fois, on retrouve des facteurs communs. La Russie est alors une société rurale qui commence à être bousculée par une forte occidentalisation qui menace la vieille tradition slavophile, les sociétés paysannes traditionnelles. Au même moment, à l’autre bout du monde, aux États-Unis, la paysannerie jusque-là dominante dans la société américaine est secouée par un capitalisme bancaire qui se met en place sur la cote est des États-Unis, projette de restructurer le pays, construit des chemins de fer, de nouveaux sites urbains, annexe des terres. La société rurale américaine se crispe, le premier parti populiste du monde, le People’s Party, est créé. Son candidat à l’élection présidentielle, en 1896, a failli être élu. La deuxième vague naît pendant l’entre-deux-guerres, en Allemagne, en Italie, en Europe centrale. Une troisième vague va se développer, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, dans des sociétés récemment décolonisées. On y découvre des figures emblématiques, différentes de celles déjà vues dans les précédentes vagues : Nasser en Égypte, Nehru en Inde, Sukarno en Indonésie… Toute une série d’acteurs qui vont s’appuyer sur le peuple, pour dénoncer une hégémonie post-coloniale qui continue à s’affirmer malgré une décolonisation formelle. La quatrième vague, c’est aujourd’hui.[…]
La peur est donc le moteur du populisme…
B. B. : Nous vivons dans un contexte de peur, dont celle de la mondialisation. Aujourd’hui il n’y a plus d’identité claire. Nous sommes « dans le monde », et il faut admettre à quel point ce changement total d’univers est source d’angoisse. Quand vous avez peur et que des « prophètes du mensonge » vous disent que vous avez raison d’avoir peur, vous entrez dans une situation quasiment hystérique [NDLR : car ça flatte le sentiment de supériorité : on avait bien vu que quelque chose n'allait pas ]. Le prophète convertit ce sentiment en xénophobie, en racisme, en exclusivisme… Trump n’a pas été élu aux États-Unis sur la définition d’un programme politique ou un diagnostic du monde, mais grâce à des tweets qui lui permettaient de toucher le peuple américain la où ça faisait mal, en jouant de la peur du Blanc sur le point de devenir minoritaire. Quand Trump propose de construire un mur qui va coûter des milliards pour arrêter la venue de ceux qui ne sont pas des Blancs au sens anglosaxon du terme, il est applaudi des deux mains. La pathologie de notre monde est bien là : on ne gouverne plus avec des programmes mais avec des images. Et les images les plus payantes sont celles de la peur et du fantasme**.C’est aussi une crise de la démocratie !
B. M : La crise est quadruple. La crise économique et sociale, avec une explosion des inégalités : 80 % des richesses qui vont à 1 % de la population, à l’échelle mondiale ! Ensuite, la crise psychosociale, le passage des Trente Glorieuses aux trente douloureuses, qui provoque une déstructuration des individus. Avec le chômage, la précarité, la retraite forcée, toute l’estime de soi vacille. Troisième élément, la crise d’identité.
B. B. : On prend conscience que l’homme blanc n’est plus dominateur comme il l’était autrefois. Une page se ferme !
D. V : Enfin, la crise de la démocratie, qui a une toile de fond : l’absence d’alternative. C’est fondamental. C'est la caractéristique commune de toutes les victoires populistes : l’absence de force polilique capable de donner un horizon au combat contre la mondialisation libérale. Et d’abord à gauche : divisée comme jamais, celle-ci ne parvient plus à répondre aux attentes de l’électorat populaire.Le populisme profite-t-il des effets dévastateurs de la mondialisation ?
B. B. : Nous sommes entrés dans un monde où le clivage gauche-droite n’a pas disparu, mais où est apparu un nouveau clivage, mondialiste-souverainiste. Il y a des souverainistes de droite, des souverainistes de gauche, des mondialistes de droite, mais pas de mondialistes de gauche. Il manque une case. Pourquoi ce mondialisme de gauche n’arrive pas à se constituer ? Parce que la base électorale des partis qui pourraient le promouvoir est celle qui est le plus frappée par cette mondialisation, qui a spontanément une méfiance à son égard qu’elle assimile a la perte d’emploi, au chômage, à la régression du pouvoir d’achat… Il manque une politique mondialiste de gauche, capable de proposer une autre mondialisation, de la gérer, de la réguler avec solidarité et multilatéralisme. La mondialisation, bien conçue, peut être un vecteur de progrès et réconcilier la gauche avec son identité intemationaliste. Mais ça, les partis de gauche n’ont pas le courage de le dire. Il est tellement plus simple d’expliquer que la mondialisation c’est l’horreur…Pour vous, Bannon et le Kremlin sont à la manœuvre derrière les populistes ?
B. B. : Bien sûr. Mais nous parlons trop de l’Europe. Si la pathologie était uniquement européenne, l’Europe se soignerait et peut-être guérirait-elle. Le populisme aujourd’hui est un phénomène mondial. C’est autant Duterte aux Philippines que Trump, Erdogan, Poutine, Bolsonaro… Voilà le plus inquiétant ! Pour la première fois de l’histoire de l’humanité nous assistons à un phénomène politique totalement mondialisé, qui dépasse tous les clivages Nord-Sud, et autres. Trump est le plus inquiétant. Les États-Unis ont porté la mondialisation, ils lui ont donné sa première forme, sa première configuration, ses premières orientations. Aujourd’hui, cette super-puissance qui couvre 40 % des dépenses militaires mondiales, qui a une capacité financière, monétaire, culturelle absolument ahurissante devient la première contestataire de la mondialisation. Voilà un retournement du monde, considérable et unique. Définir une politique européenne, admettons qu'on y parvienne ou qu’on le veuille, face a des États-Unis adeptes de l’America first, relève de l’impossibilité absolue. Le principal effet du trumpisme est de clouer l’Europe. Trump démantèle le multilatéralisme économique, politique, social, culturel, et personne ne réagit. Le populisme triomphe aux États-Unis comme nulle part ailleurs, et c’est une très mauvaise nouvelle : nous sommes, semble-t-il ici, dans une tendance de long terme.Pour vous, qu’est-ce qui nous rapproche des années trente, qu’est-ce qui nous en éloigne ?
B. B. : La problématique centrale dans l’entre-deux-guerres était totalement différente : le revanchisme. Certes, avec la mondialisation, il y a la volonté de prendre sa revanche par rapport à la marginalisation que l’on subit, ou la perte des avantages que l’on avait autrefois, mais le phénomène n’est pas comparable. Du coup, cette différence donne au populisme d’aujourd’hui des allures, je l’espère, moins violentes que pendant l’entre-deux-guerres, mais en même temps beaucoup plus universelles. --Aujourd’hui, toute altérité devient suspecte. Il y a comme un rayonnement mondial de la défiance. De ce point de vue, le populisme est beaucoup plus destructeur dans son extension qu’il ne l’était pendant l’entre-deux-guerres**.[…]
Dans le Siné Mensuel de mai 2019.
Il est temps de rétablir quelques vérités…
(Macron) ‒ Grand débat : vos propositions sont les bienvenues !Personne ne se soustrait aux règles de la République
(Macron) ‒ Mais qui êtes-vous, monsieur ?
(Benalla ?) ‒ Bah Patron ! … C'est moi !Il n'y a pas de violences policières en France !
(Flic à un manifestant gisant sur le sol) ‒ Dernière sommation ! Nous allons faire usage de la force ! … … … Uhuhu !La violence est chez les gilets jaunes !
(Macron devant des gilets jaunes qui chantent et dansent ) ‒ Cette violence ! C'est insupportable ! C'est un complot des russes ?!Nous agissons pour l'écologie et le climat
(Macron à un homme d'affaires / financier) ‒ Il y a un pognon de dingue à faire avec les aéroports… Vous reprendrez bien un peu de glyphosate ?Le pouvoir d'achat est en hausse
(Volaille en train de se faire déplumer) ‒ Je la sens pas trop, la hausse !
(Macron ?) ‒ Faites un effort d'imagination !Nous luttons contre l'évasion fiscale !
(Homme d'affaires / financier avec des valises débordantes de billets) ‒ Je vais aller en prison ??
(Macron) ‒ Mais non ! Vous, c'est de l'optimisation fiscale ! Ça n'a rien à voir ! <3 <3Nous sommes pour le service public…
(Macron, tapant sur des profs et des infirmiers en manifestation) ‒ Parce qu'un défouloir est toujours utile !… et protégeons la liberté d'expression !
(Flic serrant un citoyen) ‒ Il a tweeté que vous étiez un con !
(Macron) ‒ Pas de fake news dans mon royaume !
Gros +1.
Dessin publié dans le numéro de mai 2019 de Siné mensuel.
C’est le nombre officiel de personnes « mortes dans la rue » en 2018. Le chiffre, impressionnant, est néanmoins très en deçà de la réalité. Des personnes ou personne ?
Le 2 avril, dans un parc parisien, on rendait un hommage public aux 566 morts de la rue en 2018. 566 noms égrainés par des récitants, c’est long, très long. Certains sont anonymes : « Femme de 41 ans », d’autres sont simplement un pseudo : « Jojo, l’ours ».
Peu de monde, peu d’élus pour assister à cette triste litanie qui nous rappelle le cuisant échec des politiques sociales en direction des sans domicile fixe. C’est long, 566 noms, mais il y en a en réalité beaucoup plus. Pour cet hommage, seuls les « morts dans la rue » sont recensés. Pas ceux décédés à l’hôpital ou dans un hébergement provisoire par exemple. Par ailleurs, beaucoup de maires de province ne déclarent pas les morts de la rue pour ne pas nuire à l’image de leur belle ville. Lorsqu’on croise ce chiffre avec ceux de l’Institut de veille sanitaire et de l’Inserm, on obtient pour l’année 2015 le chiffre ahurissant de 6 730 morts de personnes sans domicile fixe. Soit dix fois plus que l’estimation relayée dans la presse. Ce 2 avril, des affichettes rappelaient aussi que si la moyenne d’âge de la mortalité en France se situe aux alentours de 82 ans, elle est de 48 ans pour les SDF.
Les femmes et les hommes de la rue appartiennent à ces catégories de gens que l’on aimerait ne plus croiser, un peu comme les personnes très âgées, planquées dans des institutions. Ils sont aussi, depuis les promesses de Sarkozy — zéro SDF dans deux ans —, un enjeu pour les politiques qui sont jugés sur leur capacité à gérer la grande misère. Alors, depuis quelques années, ce qui ressemblait à de l’artisanat de l’aide sociale confié à de multiples petites associations et bénévoles est devenu une « sorte d’industrie », comme me le confie Charly, ancien SDF et militant du collectif Les Morts de la rue. « On sait que l’on est la matière première et le gagne-pain de cinq ou six grosses boîtes qui gèrent l’aide quotidienne, les maraudes, les foyers d’hébergement, l’accès aux soins, l’accès aux droits ; des boîtes qui ont racheté progressivement toutes les petites associations, qui grossissent et se font de la concurrence. C’est que la soupe doit être bonne », conclut Charly. Au fil du temps, ces énormes groupes du social ont imposé leurs normes et leurs exigences pour « faciliter » la gestion dela misère. Ainsi dans ce centre d’accueil de Bastille géré par le Secours catholique, il faut prouver sa présence à Paris depuis trois mois en fournissant des justificatifs (on se demande lesquels quand on dort dans la rue) pour obtenir un rendez-vous. Ici, le SDF doit impérativement arriver entre 18h45 et 19 heures sinon les portes se ferment et il passe la nuit dehors. Dans cet autre à Aubervilliers, comme dans beaucoup de foyers qui ont créé leurs propres règles de vie, il faut se lever à 6 heures pour être à la rue à 6h45. L’hébergement, c’est la nuit ! Pas le jour. Charly connaît des centaines d’anecdotes sur ce pouvoir que prend l’institution sur la personne dépendante d’elle. Un peu comme si la société se vengeait des SDF en les punissant par mille petites obligations et mille petits tracas créant souvent des situations de concurrence entre les gens à la rue et entraînant des conflits.
Chacun a pris conscience, ces dernières années, que le basculement de la vie ordinaire à la rue tenait à peu de choses. Une séparation, une maladie invalidante, une perte d’emploi, l’accumulation de dettes. La vieille image du clochard mi-bohème mi-artiste a fait long feu. Certes les SDF sont souvent des femmes et des hommes abîmés par la vie, et souvent dès leur enfance, mais ils ne demandent guère plus que la dignité et le respect. D’être autre chose qu’une statistique morbide, un enjeu pour Macron (ne laisser personne dans la rue) ou la matière première des nouvelles usines du social.
Dans le Siné Mensuel de mai 2019.
Des HLM qui restent vides faute d’habitants à loger, des immeubles récents promis à la démolition… Bienvenue dans les déserts français, ces territoires qui ne cessent de perdre des habitants pour cause de chômage de masse.
Montluçon est champion de cette situation ubuesque, avec 18 % d’habitations inoccupées, dont près d’un millier de logements sociaux (« Le Monde », 1/6). La crise y tourne au cercle vicieux : la baisse du nombre de locataires appauvrit les organismes de HLM ; puis les bailleurs augmentent les loyers et économisent sur l’entretien ; enfin, les habitants ne peuvent plus payer et débarrassent le plancher, et ainsi de suite…
A l’inverse, d’autres sociétés de HLM se portent comme un charme, et leurs finances sont jugées plutôt « dodues » par l’Ancols, le corps d’inspection du logement social. Parmi elles : Domnis, une boîte gérée par des œuvres charitables chrétiennes très conservatrices, comme la Fondation Jérôme-Lejeune (anti-IVG) ou l’Ordre de Malte. Elle gère 11 000 appartements à Paris et en banlieue, une zone où les candidats-locataires ne manquent pas vraiment.
Les inspecteurs ont découvert que Domnis n’était pas toujours très charitable : son parc compte deux fois moins de bénéficiaires de l’allocation logement que les autres boîtes de HLM, et la loi Dalo (Droit au logement opposable) n’y est appliquée qu’au compte-gouttes.
En prime, la machine à piston y fonctionne à merveille : l’Ancols y a débusqué 13 appartements attribués, à Paris, à des candidats dépassant les plafonds de ressources. Notamment un studio de 29 m2, loué à la fille du directeur général de Domnis trois fois moins cher que le prix du marché. Charité bien ordonnée…
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
En Algérie, ça se gâte sérieusement. Le Conseil constitutionnel a été contraint, ce week-end, de reporter sine die la bouffonnerie qui se préparait pour le 4 juillet : une élection présidentielle avec, en tout et pour tout, deux candidats inconnus.
Dans le même temps, comme l’écrit « Libération » (30/5), « depuis l’accès de Gaïd Salah (le chef d’état-major) au pouvoir, une vague d’arrestations inquiète ONG et politiques ».
Pour Kamel Eddine Fekhar, militant des droits de l’homme détenu à Ghardaïa, dans le Sud, depuis deux mois, c’est trop tard, signale « L’Humanité » (25/5) : il est mort le 28 mai, au 50e jour d’une grève de la faim.
Le Printemps arabe nous a pourtant illustré qu'aucune révolution est facile, évidente, rapide et réussie.
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
Enquête préliminaire pour détournement de fonds publics visant Gérard Collomb à propos des emplois de son ex-compagne dans la ville de Lyon.
Au cabinet du maire de Lyon, on prédit (en des termes gastronomiques choisis ) que « l’histoire va faire des grattons ». Un rapport provisoire de la chambre régionale des comptes d’Auvergne-Rhône-Alpes est consacré à la gestion de la ville de Lyon. Pas encore public et n’ayant pas reçu la réponse des intéressés, il vient d’échouer sur le bureau du Parquet national financier. Lequel a décidé d’ouvrir une enquête préliminaire pour détournement de fonds publics. Gérard Collomb, affirment les rapporteurs, aurait fait bénéficier son ex-compagne de plusieurs emplois municipaux depuis plus de vingt ans.
Compagne municipale
En 1995, Collomb se lance à la conquête de la mairie de Lyon. Tête de liste, il remporte cette année-là trois arrondissements, notamment le IXe, dont il devient le maire. Au sein du groupe PS de la municipalité lyonnaise, trois permanents sont recrutés. Parmi eux, Meriem Nouri, alors compagne de l’ex-ministre de l’Intérieur, exerce à temps partiel des fonctions de secrétariat et d’accueil. Quatre ans plus tard, désormais séparée du maire de Lyon, elle est embauchée en tant que contractuelle.
Jusqu’en 2014, — année de sa titularisation —, elle va occuper toute une série d’emplois : à la mairie du IIIe, à celle du IVe, parfois au cabinet du maire, parfois à l’accueil, ou dans une bibliothèque municipale, etc. « En 2006, se rappelle un élu lyonnais, elle présentait au public la maquette de l’aménagement des berges de la Saône. »
Gégé contre-attaque
Les magistrats de la chambre régionale des comptes ont, en outre, constaté que l’ex-Mme Collomb avait bénéficié d’une rémunération complémentaire, payée en heures sup. « Je n’ai pas attendu Gérard Collomb pour travailler pour la ville de Lyon, a-t-elle indiqué au “Canard”. Cela fait trente ans que j’y suis employée. Et je travaille plus qu’il n’en faut. Je gagne moins de 1 500 euros par mois. Alors on m’a donné des heures supplémentaires… »
Il suffit de travailler « plus qu'il n'en faut » pour toucher des heures sup' ?! Intéressant à savoir. Je pense que beaucoup de personnes seraient intéressées. :))))
Ayant pris connaissance du rapport provisoire de la chambre régionale des comptes, Collomb trouve, lui, que les magistrats poussent le bouchon (lyonnais) un peu loin. Surtout à dix mois des prochaines municipales.
« Gérard a déclenché une enquête interne dont les conclusions seront rendues fin juin, précise un élu de sa majorité. Il a demandé également à ses services de saisir la justice pour faire la lumière. »
Et gagner du temps ?
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
La start-up qui avait payé un remède 13 millions d’euros au Téléthon a été rachetée illico 7,7 milliards par le laboratoire suisse Novartis !
C'est le médicament le plus cher du monde : 2,1 millions de dollars (1,86 million d’euros) pour le Zolgensma, qui vient d’être autorisé aux Etats-Unis et débarquera bientôt en France, à un prix forcément dément. Pour Novartis, qui fabrique ce médoc destiné a combattre une grave maladie génétique des nourrissons, cela ressemble au casse du siècle : à en croire les analystes, ce remède devrait lui rapporter 2 milliards de recettes par an. Mais le plus dingue, comme l’a raconté le site de « L’Express » (3/6), c’est que cette thérapie génique a été largement inventée, en France, par le Généthon, le laboratoire de recherche du Téléthon, qui a cédé son brevet pour une bouchée de pain. Bref, cette montagne de profits est due à la générosité publique ! Cocorico ! Ou plutôt cocori-con…
Avec des chercheurs de l’Inserm, le Généthon a travaillé des années sur l’amyotrophie spinale, qui paralyse les muscles et le système respiratoire des bébés. L’équipe a découvert que l’injection d’un certain « vecteur viral » pouvait corriger le gène défaillant. « On a déposé des brevets pour se protéger, mais, à partir de la, les découvertes deviennent publiques, expligue Laurence Tiennot-Herment, la présidente de l’AFM-Téléthon. Les données sont publiées dans la littérature scientifique et dans des congrès. La compétition s’ouvre, et c’est le plus rapide qui gagne. » Le mieux financé, surtout… Car l’étape suivante coûte une fortune. Alors que le Généthon avait dépensé « de 12 à 15 millions d'euros » afin de mener ses recherches sur des souris, une start-up américaine, Avexis, a levé 500 millions de dollars pour réaliser des essais cliniques et finaliser l’invention, permettant d’éviter la mort aux bébés. A ce stade, la jeune pousse américaine n’a pas encore besoin de détenir le brevet français.
Culbute du siècle
Le 8 mars 2018, le Généthon, hors course, cède les droits de son brevet à Avexis pour 15 millions de dollars (13,3 millions d’euros), auxquels s’ajoutent entre 3,75 et 5 % de royalties. Une paille, vu la suite du feuilleton ! Un mois plus tard, le 9 avril, la start-up — qui n’a que le Zolgensma dans sa corbeille de mariée — est rachetée par le géant suisse Novartis pour… 8,7 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros) ! « On s’effondre dans son fauteuil en découvrant des montants pareils ! » s’indigne Alain-Michel Ceretti, le président de France Assos Santé, qui fédère les associations de patients. Au bout de la spirale, le prix du médicament est totalement déconnecté de son coût de recherche-développement. En fait, il l’est tellement que Novartis propose aimablement aux assureurs américains (qui jouent, outre-Atlantique, le rôle de la Sécu) d’étaler le paiement de chaque médoc sur cinq ans !
Pour la France, c’est une réussite sur toute la ligne : non seulement la découverte lui. échappe, mais, en plus, la Sécu devra payer le remède au prix fort (une centaine de bébés pourraient en bénéficier chaque année). Le 22 mai 2018, au cours d’un déjeuner organisé par le Club de l’Europe (une boîte de lobbying), le patron de Novartis France avait déjà évoqué, devant une brochette de députés, sénateurs et associations de patients, le coût du futur Zolgensma : « Il a parlé de 800 000 euros pour la France, mais ce sera peut-être plus, vu le prix délirant obtenu aux Etats-Unis » [ NDLR : le prix est de 2,1 millions de dollars pour une seule prise ], raconte un des participants.
La bourse ou la vie
Face aux milliards de profits déjà encaissés par les actionnaires d’Avexis, les 15 millions payés pour le brevet au Généthon ont l’air d’une mauvaise blague… « On est allés au bout de la négociation, assure la présidente de l’association. L’important, pour nous, c’était que le traitement voie le jour. » Une autre boîte, Regenxbio — qui possédait le brevet du vecteur viral —, s’est tout de même mieux débrouillée : Avexis a acheté les droits pour 260 millions de dollars, sans compter les royalties…
D’autres brevets de médicaments innovants inventés en France grâce à la recherche publique ont déjà été rachetés par des start-up étrangères. Mais, cette fois, les montants crèvent les plafonds. « On tire la sonnette depuis des années pour éviter ce scénario, assure Laurence Tiennot-Herment. Je ne compte plus les ministres et les présidents (y compris Emmanuel Macron) que l’on a interpellés pour les convaincre de créer une filière française des thérapies géniques, qui irait de la recherche jusqu’à l’industrialisation et qui permettrait de maîtriser le coût du médicament. Sinon, on est dépossédés de nos brevets. »
Voire tondus comme des moutons…
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
Sur le papier, la nomination d’une jeune ambassadrice au poste de secrétaire générale de la conférence mondiale de l’Organisation des Nations unies sur les femmes était séduisante. Le Quai d’Orsay, qui s’est maintes fois fait taper sur les doigts en raison de sa réticence à nommer des femmes à des postes à responsabilités, avait l’occasion de calmer les critiques. Sauf que, chez les diplomates, le profil de la promue fait jaser.
Delphine O — c’est son nom — devient, à 33 ans, la plus jeune ambassadrice de la Ve République, en dépit d’un pedigree plutôt mince. Au cours de sa brève carrière, la jeune femme a occupé un seul poste à l’étranger : chargée des discours au consulat général de France à New York. En revanche, jusqu’en avril, elle siégeait à l’Assemblée nationale en tant que suppléante En marche ! de l’ancien secrétaire d’Etat au Numérique, Mounir Mahjoubi, remplacé depuis à ce portefeuille par… Cédric O, frère de la diplomate. Le monde est petit.
Diplomatie du karaté
Cette promo express agace d’autant plus au Quai qu’elle intervient après d’autres nominations, un brin politiques, imposées par le Château. En décembre, Yann Wehrling, illustrateur de formation, sans expérience internationale (en 2017, il suivait une formation d’anglais financée par le conseil régional d’Ile-de-France), en a profité. Cet ancien secrétaire national des Verts, puis secrétaire général du MoDem — le parti allié de Macron —, a été propulsé ambassadeur délégué à l’environnement. Autre ascension diplomatique : celle de Pascal Cagni, ancien haut cadre d’Apple. Celui qui fut l’un des premiers convives des dîners de levée de fonds du candidat Macron a été nommé, dès septembre 2017, ambassadeur délégué aux… investissements internationaux. En mai dernier, enfin, Laurence fischer, ex-championne du monde de karaté et membre de plusieurs missions humanitaires, qui avait appelé à voter pour le futur président, est devenue ambassadrice pour le sport.
En marche !, un moteur à piston ?
Je pense que c'est plus compliqué de cela.
Tout pouvoir politique tente de placer des pions qui lui sont acquis un peu partout dans l'administration afin que celle-ci, aidée par son statut protecteur, ne lui mette pas des bâtons dans les roues dans l'application du programme du candidat-président. Macron a annoncé cela (spoil system à l'américaine) dans son programme. Donc c'est forcément des copains qui sont nommés puisqu'on renonce sciemment à nommer au mérite ou au sort.
La presse ne cesse de se faire l'écho depuis 2 ans qu'En Marche, par sa jeunesse, manque de personnes en interne à même de tenir des postes-clés. Cela conduit soit à recruter ailleurs (et donc à se rendre vulnérable à d'autres partis politiques), soit à prendre ce qu'il y a en interne. La deuxième solution, en plus de former des "professionnels" dont on manque, permet d'acquérir la fidélité des personnes concernées et/ou de récompenser les soutiens de la première heure, ce qui est toujours appréciable si l'optique est d'obtenir une administration obéissante, une réélection, etc.
Ce n'est pas un hasard si ces nominations se déroulent dans la diplomatie française : il suffit de blablater, parlementer, rencontrer les autres ambassadeurs du monde, gratter du papier, etc. C'est un début de carrière, en somme.
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
Ancien ministre sous Mitterrand, sous Chirac-Jospin puis sous Hollande, Michel Sapin s’est laissé aller à quelques confidences dans une interview à « Libération » (25/5). Ainsi, alors que dans les années 80 il occupait le poste de trésorier du PS, il tombe, à la buvette de l’Assemblée, sur son homologue du RPR, l’ancien ministre Robert Galley. Et Sapin de raconter : « Il me demande : “C’est quoi, cette affaire qui vous touche, les carnets d’Urba ? Tout est noté. Il ne faut jamais faire ça !” Il me raconte que, lui, pour le financement, il fait tout en liquide, dans une petite mallette. Je lui réponds qu’il y a alors forcément de la perte. Il me rétorque : “Oui. Quand la première mallette est remise, je sais qu’il y aura 50 % de déperdition.” Et il me raconte ça très librement, à la buvette. »
Voilà qui explique mieux pourquoi, à l’époque glorieuse du parti gaulliste, Jacques Chirac et les siens ne payaient jamais aucune dépense par carte bancaire ou par chèque. Mais seulement avec des liasses de billets à l’effigie de Pascal et autres… Un effet de la « déperdition », comme disait Robert Galley.
Si ce n’est de l’évaporation…
Ho bah tiens donc ! Quand les politiciens nous expliquent que les espèces sont seulement utilisés par les criminels dont les terroristes, ils parlent en spécialistes du sujet, en fait ! :) Ou alors, peut-être y a-t-il des bons criminels et des mauvais criminels ?
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
S'il y avait un sondage au sein du gouvernement sur les chances de voir aboutir la réforme constitutionnelle, le non l’emporterait probablement à 80 %. L’Elysée et Matignon ont beau afficher un optimisme de bon aloi, Macron comme Philippe ne croient guère à l’aboutissement de cette réforme, encalminée depuis près d’un an pour cause d’affaire Benalla.
C’est du moins ce qu’il ressort des confidences que les deux hommes ont faites, ces derniers jours, à leurs proches comme à plusieurs visiteurs.
« Si le Sénat est au clair et se montre fiable dans sa volonté de trouver un accord sur la réforme, celle-ci se fera, a résumé Macron. Mais il n’est pas question de passer trois mois à débattre pour constater un désaccord. »
Et le chef de l’Etat d’expliquer à ses interlocuteurs : « C’est pour cela que j’ai demandé à Philippe et à Ferrand de voir sur quoi les sénateurs sont prêts publiquement à s’engager. On jugera sur pièces. »
Bloqué de chez bloqué
Les barons de la Macronie ne brillent pas non plus par leur optimisme sur le sujet.
« J’ai une confiance très limitée dans la parole des Républicains », a affirmé le président de l’Assemblée, Richard Ferrand, lors d’un petit déjeuner à l’hôtel de Lassay, le 29 mai. Et le même d’ajouter, un peu plus tard, cette fois devant des députés LRM :
« Le président du Sénat dit » vouloir aboutir, mais il multiplie les lignes rouges. Et, quand je vois la capacité des Républicains à tenir un compromis, je souhaite bon courage à Edouard. »
A vrai dire, depuis un an, le rapport de force n’a pas bougé et le problème reste le même : le gouvernement doit composer, comme on le sait, avec le Sénat, donc avec la droite, qui y est majoritaire, s’il veut obtenir la majorité des trois cinquièmes au Congrès pour faire passer sa réforme constitutionnelle. Laquelle, outre la fin de l’entrée automatique des anciens présidents au Conseil constitutionnel et la réforme du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), comprendrait désormais l’acte II de la décentralisation, la modification du référendum d’initiative partagée (RIP) et l’entrée de citoyens tirés au sort au Conseil économique, social et environnemental (Cese).
Le pouvoir doit aussi se soumettre au bon vouloir du Sénat, dont le vote conforme est nécessaire pour adopter les lois organiques. C’est-à-dire, en l’occurrence, la limitation dans le temps du cumul des mandats et la baisse du nombre de députés et de sénateurs.
À mon avis :
Question qui tue
Reste une interrogation (au moins). Si ça bloque sur les deux textes précités, faut-il maintenir le troisième volet : l’instauration d’une dose de proportionnelle [ NDLR : aux élections législatives ], qui relève de la loi ordinaire. pour laquelle l’Assemblée a le dernier mot ? Bayrou y tient, à sa proportionnelle. Et, pourtant, le patron des députés MoDem, Patrick Mignola, répond négativement.
« Ce doit être tout ou rien, explique celui qui est aussi rapporteur de la réforme constitutionnelle. La révision est un bloc. Soit on vote ensemble parce qu’on est capables de mettre l’intérêt général au-dessus de l’intérêt partisan, soit la droite et le Sénat refusent de le faire et ils se tirent plusieurs balles dans le pied. Le Sénat passera pour une chambre ultra-conservatrice, qui empêche l’application des conclusions du grand débat. Ils feront des mécontents chez les Français et chez les élus locaux. »
Chantage as usual… Déprimant…
Comme si les Français (et les élus locaux) avaient besoin du Sénat pour être mécontents...
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
Aux yeux de Macron, ce scénario du vote de confiance a un autre avantage : « voir, après les élections européennes, qui est dans la majorité présidentielle et qui ne l’est pas ».
Il s’agit surtout de clarifier les choses du côté des centristes de l’UDI et des ex-LR d’Agir, le microparti de Franck Riester, dont certains députés n’avaient pas voté le budget 2019, à commencer par l’ancienne suppléante du Premier ministre ! Mais aussi d’y voir plus clair sur le côté gauche, alors qu’une autre structure est en voie de création sous l’égide de Le Drian et de Didier Guillaume.
Commentaire présidentiel : « Ainsi, les camps seront définis pour la seconde partie du quinquennal. Un discours de politique générale, ça sert à compter les voix, c’est fait pour ça. »
« Les camps seront définis »… du moins jusqu’aux résultats des municipales.
Pourquoi ai-je envie de vomir ? Le vote de confiance est un contre-pouvoir constitutionnel donné au Peuple lui permettant le contrôle de son gouvernement, pas un jouet servant à vérifier l'obédience des représentants des citoyens par le gouvernement.
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
Enfin une victoire française à l’exportation : celle des millionnaires. « Sur quinze ans, presque 20 % des millionnaires français ont fui l’Hexagone », selon une étude du Cercle des fiscalistes (« L’Opinion », 31/5). « Un phénomène inédit, que l’on ne rencontre dans aucun autre pays de l’OCDE (…), faisant de la France le premier pays exportateur de millionnaires », précisent les auteurs, qui citent le rapport de l’institut de recherche sud-africain New World Wealth.
Ainsi, parmi les 300 plus riches résidents suisses, on trouve 54 Français, à la tête d’un patrimoine total de 82 milliards d’euros. Les auteurs concluent que, « outre la délocalisation des richesses, l’exil fiscal engendre la délocalisation des cerveaux ».
Heureusement, ceux de Bercy restent en place.
Attendons le prochain rapport, celui qui sera publié dans un journal de gauche et qui démontrera précisément l'inverse de celui-ci et qui sera lui-même contredit par un autre rapport qui sera lui-même… Bref, je sors le pop-corn, il n'y a pas comportement plus adapté en pareille situation.
La tentative d'établir un lien entre richesse et intelligence est tout aussi savoureuse. D'un part, un PDG n'est pas plus intelligent que la moyenne, il est juste très bien conseillé par des dizaines de cerveaux. Malgré cela, les foirages historiques sont légions. D'autre part, les prétendus génies de la Silicon Valley sont loin de tous l'être. Uber, AirB'n'B et autres n'ont rien de génial : ils ont simplement appliqué le précepte de la désintermédiation à un maximum d'activités humaines. Moutons de Panurge, pas inventeurs. Je passe sur les désosseurs, ces prétendus entrepreneurs qui achètent à la casse des sociétés commerciales en grande difficulté, qui y appliquent des purges sociales avant de revendre la société par petits bouts. Arrêtons d'idolâtrer des médiocres anti-sociaux !
La réaction sous-entendue du Canard, « [ Les cerveaux ] de Bercy restent en place », qui signifie qu'il faudrait réduire les impôts des milliardaires, est un non-sens. Une communauté de personnes définit une règle de vivre-ensemble. Une autre communauté, vivant juste à côté de la première, décide d'une autre règle de vivre-ensemble sur le même sujet. Pourquoi diable la seule existence de la deuxième communauté devrait contraindre la première à aligner sa règle de vivre ensemble sur la deuxième ?! Le jour où un pays légalisera l'assassinat ou le viol ou autre, les autres pays du monde en feront de même ? Ce raisonnement est rien d'autre que de la résignation. Pour moi, soit tu es bon joueur et tu acceptes qu'une personne qui a fait fortune en France s'exile, soit tu es mauvais joueur et tu le sanctionnes pour cela, mais en aucun cas tu changes ta législation, car cela serait reconnaître la loi du plus fort, ce que nos systèmes de lois et d'États sont précisément censés limités !
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
Ho, bah tiens donc… Un illustre violent à l'invective très facile est également un miséreux sentimental / social.
En public comme en privé, Rodrigo Duterte balance le mot « homosexuel » comme on crache une insulte. Elu président de la République des Philippines en 2016, responsable de l’assassinat de 30 000 « drogués », traitant de « fils de pute » les grands de ce monde, considérant Hitler et Idi Amin Dada comme ses héros, Duterte a profité d’un déplacement à l’étranger pour faire un curieux « coming out » (« huffingtonpost .fr », 4/6).
Prenant la parole à Tokyo, Duterte a attaqué le sénateur philippin Antonio Trillanes, son principal détracteur, dont il a coutume de rappeler l’homosexualité. « Une maladie », selon le Président. Mais, cette fois, surprise de taille, Duterte a prétendu avoir été lui-même touché par cette « maladie ». « Trillanes et moi sommes pareils, a-t-il expliqué à la communauté philippine de Tokyo, mais je me suis soigné. Je suis guéri. Je suis redevenu un homme avec l’aide de belles femmes. »
Lors de la campagne présidentielle, celui qui prétend être « redevenu » un homme avait plaisanté sur le viol et le meurtre d’une missionnaire australienne, en 1989, dans une prison philippine : « Je me suis dit : “Putain, ils l’ont violée ! Elle était si belle. J’aurais dû passer en premier.” »
Pour mémoire, ce sale mec règne sur plus de 107 millions de personnes…
Dans le Canard enchaîné du 5 juin 2019.
D'un côté, je salue la motivation et le courage de ce militant.
D'un autre côté, je reste sur ma faim : on nous présente quelques noms connus de l'extrême droite anglaise et américaine (Steadman, Turner, Johnson, Spencer, Jorjani, Bannon, , etc.) ainsi que quelques-unes des idées habituelles dans ce milieu (guerre raciale, état ethnique, etc.) et puis… c'est tout. Rien de nouveau.
Enfin, je trouve dommage, quand on a beaucoup filmé en caméra cachée, de ne pas diffuser la vidéo sans commentaire afin de laisser le spectateur se faire un avis sur pièce. Durant la plupart du film, Hermansson nous relate ce qu'il a vu et entendu. C'est son interprétation, nous sommes obligés de lui faire confiance. J'aurais préféré avoir des extraits vidéos plus conséquents afin de mettre les partisans de l'extrême droite face à leurs responsabilités.
Si je connaissais le doxing (publication non autorisée de données personnelles concernant une personne ou un ensemble de personnes) depuis 2011 (dans le cadre de la publication de l'identité et de l'adresse postale de flics français par copwatch-idf), je n'avais pas compris aussi clairement l'un des objectifs de cette action (qui peut être militante ou non) : produire une répercussion sur la vie sociale des personnes qui agissent dans l'ombre voire dans une forme d'impunité, notamment à l'aide de pseudos. C'est un moyen de générer de l'auto-censure.
Marianne qui fait l'éloge de Thinkerview. Que c'est beau, la soumission de la presse par copinage idéologique (on pense environ pareil, on se retrouve, on se fréquente, on ne se tire plus dessus car on se connaît environ, etc.) !
Pour les personnes qui ne savent pas à quoi je fais référence, une petite chronologie :
Entretien avec Alain Damasio écrivain de science-fiction. Elle est complémentaire à celle publiée dans Siné mensuel. J'en recommande le visionnage. :)
On notera que Thinkerview s'est mis à la promo ces derniers temps, mais de là à filmer en gros plan le livre de Damasio et à lui en faire lire un extrait…
Mes notes :
Damasio identifie plusieurs types de contrôles : le contrôle vertical (gouvernement, société commerciale, etc.). L'inter-contrôle (filmer le moindre événement dans la rue, le patron qui se renseigne sur son futur salarié, le salarié qui se renseigne sur son futur patron, la femme qui lit l'historique web de son homme, l'homme qui lit les SMS de sa femme, les voisins qui s'entre-surveillent, etc.). L'intra-contrôle (autocensure comme les fêtes du Festival de Cannes se seraient assagies par peur des fuites vidéos, frein au développement d'une pensée critique, etc.). Tout cela forme un maillage très dense où chacun dont chacun de nous est victime mais aussi acteur, ce qui explique, selon Damasio, l'absence de réel impact des publications de Snowden : le grand public s'est dit "boaaarf, on fait tous ça, c'est booon". Pour réduire l'inter-contrôle, il faut accepter de ne pas tout savoir, accepter de faire confiance (à sa femme, à ses enfants, à ses amis, etc.) et offrir la liberté aux autres** (ton enfant peut en effet consommer de la drogue, c'est son choix, si t'as fait ce qu'il faut pour lui expliquer les mauvais côtés, t'as fait ton maximum ;
Damasio énonce un ensemble de chiffres pour illustrer l'injustice fiscale. L'approximation est au rendez-vous. :(