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  • Des nouvelles de Steve

    Donc :

    • La principale info du rapport de l'IGPN, la dernière localisation du téléphone de Steve, qui provenait de l'unité locale de la sécurité publique, était fausse car l'IGPN n'avait pas l'autorité pour la vérifier auprès de l'opérateur téléphonique ;

    • Il semble que le sinistre de l'Intérieur n'ignorait pas ce fait lors de son point presse, mais bon, ce n'est pas la première fois qu'il dégaine sans tourner sa langue dans sa bouche au préalable (couou, l'histoire de la Pitié Salpêtrière où, au final, un étudiant a été poursuivi dans sa résidence universitaire et frappé par les flics, en plus du tabassage de manifestants par les flics) ;

    • Steve était bien allongé en bordure de quai. Les témoignages recoupent la preuve technique du point précédent. Réveil en sursaut ? Mouvement de foule ? On ne saura pas, bien que le mouvement de foule suite à l'intervention policière brutale avec gaz et LBD (pour faire stopper une fête de la musique, pour rappel) semble être confirmé ;

    • La chaîne de commandement, notamment préfectorale, était au dodo au lieu d'être dans le centre de commandement ;

    • L'IGPN traîne à entendre les 89 autres personnes qui se plaignent de l'intervention policière… ;

    • Sans compter ce que l'on savait déjà : 8 personnes tombées à l'eau, présence de poulets de combat de la BAC, un commissaire adepte de la force, ordre de cesser l'usage de la force pas respecté, non-respect des règles de l'art en matière de maintien de l'ordre, etc.

    Ces 77 minutes qui accablent la police des polices après la noyade de Steve

    L’enquête judiciaire contredit l’IGPN. Le téléphone du jeune homme “bornait” toujours quand les flics ont chargé !

    Au mieux, c’est une erreur ; au pire, un mensonge… Dans son « rapport de synthèse », rendu public le 30 juillet par Edouard Philippe et Christophe Castaner, l’IGPN, la police des polices, écrit, au sujet de Steve Maia Caniço, disparu la nuit de la Fête de la musique et retrouvé le 29 juillet noyé dans la Loire : « Le téléphone de la personne disparue déclenchait un dernier relais téléphonique à 3 h 16 le 22 juin 2019. » Sous-entendu : soit le téléphone n’avait plus de batterie, soit le jeune homme était tombé à l’eau avec son mobile, qui avait alors cessé d’émettre.

    Dans cette hypothèse, sa chute se serait donc produite plus d’une heure avant l’intervention musclée des forces de l’ordre sur le quai Wilson, à Nantes — manœuvre destinée à faire cesser la musique. L’un des principaux arguments permettant aux « bœuf-carottes » de l’IGPN de conclure, dans leur synthèse : « Il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police de la DDSP 44 (…) et la disparition de M. Steve Maia Caniço. » Un sacré ouf de soulagement pour l’exécutif. Présentant le rapport depuis le perron de Matignon, le Premier ministre, flanqué de son ministre de l’Intérieur, reprend à son compte le 30 juillet les conclusions des bœuf-carottes : « Il n’y a pas de lien entre l’intervention de la police et la disparition » de Steve. Mais Edouard a dégainé trop vite.

    Le téléphone parle

    Selon les informations du « Canard », l’enquête judiciaire établit — et le fait est consigne noir sur blanc dans le dossier — que le portable de Steve a continué d’émettre jusqu’à 4 h 33… soit treize minutes après le début de l’intervention policière ! Plus de temps qu’il n’en faut pour tomber à l’eau, donc. Ce détail horaire a été obtenu par la police judiciaire auprès de l’opérateur téléphonique. L’IGPN, pour sa part, s’était contentée de retranscrire l’heure du dernier SMS envoyé par Steve. La PJ, de son côté, a récupéré l’ultime « ping » (les techniciens des télécoms désignent ainsi le signal qu’envoie régulièrement tout appareil, en mode veille, à la borne téléphonique la plus proche).

    En découvrant cet écart de 77 minutes entre les dires des bœuf-carottes et l’enquête de la PJ, les deux magistrats nantais chargés du dossier l’ont eu tellement mauvaise qu’ils ont demandé, et obtenu, leur propre dessaisissement. Une décision officiellement prise, a déclaré le procureur général de Nantes, pour « garantir la sérénité de l’information judiciaire et l’impartialité objective de la juridiction saisie ». Désormais, ce sont deux juges de Rennes qui mènent l’enquête.

    Le ping de 4 h 38 localise le jeune homme sur le quai Wilson, en bord de Loire. Depuis la publication du rapport de l’IGPN, la PJ a entendu un témoin clé. Ludovic affirme avoir laissé allongé en bordure de quai son ami Steve, avec la promesse de le retrouver plus tard. Peu de temps après, à 3 h 16, il a reçu le dernier SMS envoyé par son pote : « Je suis trop fatigué (…). On peut se retrouver ou quoi ? » Après la charge policière, Ludovic cherchera Steve, en vain.

    Les placards s’entrouvrent

    « Il y a peu de chances que l’on sache comment et pourquoi Steve est tombé à l’eau, reconnaît un enquêteur. On ne peut formuler que des hypothèses : a-t-il été pris de panique après un réveil en sursaut ? A-t-il été victime d’un mouvement de foule provoqué par le grenadage des forces de l’ordre ? Seule certitude : il dormait tout près du fleuve au moment de l’intervention. »

    Commandé par Matignon pour déterminer la responsabilité de chaque acteur public (pas seulement policier), le rapport de l’Inspection générale de l’administration ne devrait pas apporter de réponses. Il se contente de décortiquer les consignes données par la préfecture, cette nuit du 22 juin, leur application par les flics, la responsabilité de la mairie et du port autonome. Après plusieurs reports, il devrait être rendu public au plus tard le 15 septembre. Au moment du bouclage du « Canard », l’Intérieur, tenaillé entre l’opinion publique et les syndicats de police, hésitait encore sur la manière de sanctionner le commissaire commandant la troupe ce soir-là. Le sort du préfet de région, lui, était scellé : « remercié » à court ou moyen terme. Bienvenue au placard !

    En coupant des têtes, le gouvernement pensait éteindre définitivement la polémique qui couve depuis fin juin. Il va devoir assumer ses commentaires précipités et composer avec la très encombrante découverte de la PJ, désormais « cotée » au dossier d’instruction. Avec, en prime, un nouveau coup porté à la crédibilité de l’lGPN, dont le manque de zèle dans l’enquête sur les violences policières en marge des manifs de gilets jaunes, déjà, n’était pas passé inaperçu.

    Pour l’avocate de la famille de Steve, Cécile de Oliveira, « la précipitation du ministre de l’Intérieur à vouloir révéler les conclusions de l’IGPN est étonnante et inadaptée. On ne peut qu’attendre de la loyauté dans la recherche des causes de la mort tragique et vaine de Steve ».

    Y a encore du boulot !


    L'autre casserole des “bœuf-carottes”

    Une autre enquête de l’IGPN a été diligentée à la suite des 89 plaintes pour violences illégitimes déposées par les teufeurs du quai Wilson. Selon leur avocate, Marianne Rostan, seulement deux d’entre eux ont été entendus par les « bœuf-carottes ». Jérémie et Alexandre ont expliqué aux enquêteurs qu’ils étaient tombés à l’eau dès le début de l’opération policière, après l’usage de gaz lacrymogènes et le mouvement de panique qui a suivi.

    D’après leurs témoignages, ils étaient cinq à la baille à ce moment-là — mais seulement quatre à avoir été repêchés par un bateau de secours. Une disparition qu’ils ont immédiatement signalée aux secouristes. Le cinquième était-il Steve ? Alors que l’ensemble des plaignants dénonce la brutalité de la police, qui a canardé la foule au LBD et l’a copieusement enfumée à coups de lacrymos, l’IGPN, dans son premier rapport (administratif), n’avait presque rien vu. Tout au plus relevait-elle « des coups de matraque sur une personne au sol ». Et admettait-elle, du bout de la plume, que ceux—ci pouvaient « constituer (…) un usage disproporfi0nné de la force ».

    Hélas pour le commissaire qui commandait la troupe ce soir-là, l’Intérieur, moins indulgent, a décidé de le sanctionner pour manque de discernement.

    Faudrait savoir, chef !

    Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.


    L‘intérieur savait que le rapport de l‘IGPN clochait

    En découvrant, le 30 juillet, la synthèse du rapport de l’IGPN et les commentaires d’Edouard Philippe et de Christophe Castaner, les flics de la police judiciaire de Rennes sont tombés des nues. Depuis plusieurs jours, eux savaient déjà que le téléphone de Steve Maia Caniço - disparu dans la nuit du 21 au 22 juin à Nantes — « bornait » encore à 4 h 33, soit quelques minutes après le début de la charge policière sur le quai Wilson (« Le Canard », 11/9), et non « à 3 h 16 », comme l’écrivent les bœuf-carottes.

    Dès le 23 juin, l’unité locale de sécurité publique spécialisée dans les enquêtes est saisie pour disparition inquiétante. Aussitôt, elle demande à l’opérateur téléphonique de lui communiquer les derniers appels et SMS de Steve. Ses conclusions, très parcellaires, sont reprises telles quelles par l’IGPN, qui n’a pas, alors, le pouvoir d’interroger l’opérateur.

    Entre-temps, la justice a dessaisi la sécurité publique locale, jugée trop impliquée, au profit de la PJ de Rennes. Celle-ci ausculte fissa toute la téléphonie de Steve : non seulement ses appels et ses SMS, mais aussi le fameux « bornage ». Le jour du point presse organisé sur le perron de Matignon, l’Intérieur est donc en mesure de savoir que la principale information du rapport de l’IGPN était erronée. Mais peut-être Castaner a-t-il lu trop vite…

    Une bataille de casquettes

    Ne manquait plus que le rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) pour caraméliser définitivement les bœuf—carottes… Le 13 septembre, l’IGA — censée débusquer les dysfonctionnements de la haute administration — cogne comme une sourde sur le commissaire C., chargé d’évacuer les teufeurs le 22 juin. Castaner n’a d’autre choix que de lui demander de décamper. « C’est dingue ! s’étrangle un chef flic. L’IGA s’est tapé le sale boulot qu’aurait dû faire l’IGPN. Les “bœuf” n’ont même pas évoqué le manque de discernement du commissaire dans la manière de gérer la dispersion. »

    Quant au préfet, malgré une salve de reproches émanant des deux inspecteurs généraux de l’Administration, il passe entre les gouttes. En tant qu’autorité investie du pouvoir de police, « la préfecture disposait de moyens réglementaires pour davantage prendre en compte la sécurité de l’événement », note pourtant l’IGA. Une différence de traitement qui a fait hurler les deux syndicats de commissaires. Lesquels ne se privent pas de souligner qu’en pareilles circonstances, d’ordinaire, « les autorités préfectorales sont dans les salles de commandement et/ou à l’écoute des ondes radio ». Et non dans leur lit.

    Message reçu par Castaner. Le commissaire fautif ne sera pas « muté d’office » - avec le sceau d’infamie, d’une sanction —, mais juste envoyé à Bordeaux, « dans l’intérêt du service ». Sa principale occupation, désormais ? Rédiger des rapports.

    Et pas pour l’IGPN.

    Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.

    October 20, 2019 at 3:13:19 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?Jr84IQ
  • Les bonnes surprises du budget

    Quand un sinistre invente de l'argent magique basé sur des recettes fiscales passagères, une croissance économique pas encore avérée et des taux d'intérêt bas afin de te vendre l'équilibre de son budget 2020…

    « On a de bonnes nouvelles, la chance sourit aux audacieux » : c’est ainsi que Gérald Darmanin résumait, mardi, l’équation budgétaire de 2020 devant des députés de la majorité, à une semaine de la présentation du budget en Conseil des ministres.

    Explication du ministre des Comptes publics : « On a d’abord des rentrées fiscales qui sont bonnes, on n’a pas de baisse du rendement fiscal. L’impôt à la source, c’est une divine surprise, parce que cela rapporte 1,5 milliard de plus que ce qui était prévu, et 800 millions de plus que ce qui était escompté avant l’été (700 millions). »

    Ça ne va pas durer, car il s'agit principalement de recettes fiscales temporaires. Cumul de l'impôt 2019 et de l'impôt exceptionnel 2018 (qui n'était pas une année blanche pour ceux qui ont eu des revenus exceptionnels), avance de trésorerie (les crédits d'impôts sont versés en cette fin d'année alors que l'impôt est collecté depuis janvier), fin des retardataires (dans l'ancien système, environ 1 milliard d'euros arrivait avec un an de retard voire plus, ce qui n'est plus possible avec le prélèvement à la source), etc.


    Autre point positif, selon Darmanin : « Des taux d ’intérêt très très bas, voire négatifs, donc on gagne de l’argent. On arrive même à gagner de l’argent en empruntant. Ce qui va nous faire au moins 1,5 milliard d’économies en 2020. »

    Ce qui augmente notre dépendance vis-à-vis des marchés financiers et qui va faire exploser le service de la dette lorsque les taux vont remonter, ce qui justifiera des coupes sombres dans les budgets sociaux, comme d'hab'. Mais, oui, pour l'instant tout va bien.


    Et d’ajouter : « Par ailleurs, la croissance se confirme à 1,4 %, alors que l’on tablait il y a encore deux mois sur 1,3 %. 0,1 point de PIB, c’est 2 milliards de PIB en plus. Les recettes sur 2 milliards, c’est à peu près la moitié. Ce qui nous fait récupérer 1 milliard. »

    Sauf que le calcul du PIB devient définitif au bout de 3 ans. Dans 3 ans, nous saurons si nous sommes véritablement à 1,4 % de croissance (la croissance étant le nom d'une variation positive du PIB). En attendant, il s'agit de prévisions, donc de flan.


    Conclusion du ministre :

    « Si on fait l'addition de tout, on est même au dessus des 3 milliards d'économies que l'on cherchait pour boucler le budget. »

    Bravo ! Le gouvernement va pouvoir être plus généreux avec les urgentistes et associés.

    En résumé : il faut être idiot ou manipulateur pour tenir les propos débités par notre sinistre de l'Action et des Comptes Publics.

    Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.

    October 20, 2019 at 2:55:38 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?BPwgtA
  • Des nouvelles des municipales 2020 : ça va (encore) voler très bas

    Une alliance semble se former entre les Marcheurs et l'UDI en vue des municipales. La majorité renforcerait donc son emprise locale (dans les villes) puis au Sénat puisque les maires participeront, avec d'autres locaux, à l'élection sénatoriale de 2020. Si cette alliance parvient à rafler une majorité au Sénat en plus de l'Assemblée, la deuxième moitié du quinquennat sera douloureux puisque Macron aura toute latitude et aucune opposition pour faire voter des textes liberticides, destructeurs de la protection sociale (chômage, santé, services publics) et réducteurs de la démocratie (comme la réforme de la Constitution).

    Macron est déjà en train de dévier à l'extrême-droite sur les questions de sécurité et d'immigration afin de rafler des voix aux RN. Et il tape fort d'emblée… Il s'agit d'être aussi démago et idiot que le FN tout en ressassant des évidences nichées au sein de propos creux, sans véritable solution, sauf celles qu'on a déjà essayées des centaines de fois.

    Bayrou en pleine guerre des centres

    Vedette américaine du « campus » du parti présidentiel, François Bayrou est arrivé à Bordeaux en fulminant, furieux de la façon dont la Macronie traite les candidats du MoDem aux municipales (lire plus loin). Il a toujours en travers de la gorge la désignation par Macron, contre son avis, de Sylvie Gouiard, ex-MoDem passée à l’UDI, comme commissaire européenne. Du haut de la tribune, il s’est contenu, se bornant à mettre en garde LRM contre ses mauvaises manières et à donner une leçon sur la fonction de maire, qui dépasse les querelles d’appareil et d’étiquettes.

    Mais il a tu — et on comprendra pourquoi — l’énorme contrariété qui l’étreint : l’élargissement de la majorité présidentielle. Passe encore que Laurent Hénart, du Parti radical, et que Franck Riester, avec Agir, aient rejoint la majorité. Passe encore que Jean-Yves Le Drian annonce comme imminente la constitution d’une aile gauche à En marche !. Ce que Bayrou a en travers du gosier, c’est l’arrivée très prochaine dans la majorité de l’UDI, son ennemie. Cette formation de centre droit, fondée par Jean-Louis Borloo, est aujourd’hui pilotée par Jean-Christophe Lagarde. Lequel est tout près de conclure un accord de gouvernement avec Macron soi-même, qui compte ainsi engranger le maximum d’élus en vue des sénatoriales. Ce ralliement paraît d’autant plus insupportable à Bayrou que l’UDI pèse plus lourd électoralement que le MoDem.

    L’UDI compte, certes, moins de députés (28, contre 38 au MoDem) mais davantage de sénateurs (11 contre 5). Et, surtout, beaucoup plus de mairies : l’UDI détient 1 ville de plus de 100 000 habitants (Amiens), 4 villes de plus de 20 000 habitants et 60 de plus de 10 000. Le MoDem ne détient que Pau (avec Bayrou) et 50 villes de 10 000 habitants.

    Autrement dit, Bayrou, qui s’attribue le mérite d’avoir fait élire Macron, est en passe de perdre son statut de partenaire privilégié.

    Et, pour tout arranger, les pompiers de Pau, qui réclament des primes et des renforts, lui empoisonnent sa vie de maire depuis des semaines…


    Un président régalien

    Le régalien, y a que ça de vrai ! C’est, en tout cas, ce que Macron veut mettre en avant dans la campagne… des municipales. Pour lui, le régalien, ce n’est pas les finances, la diplomatie, la Défense, la Justice mais l’Intérieur. Il a l’intention de mettre l’immigration et la sécurité au cœur de la campagne. Deux sujets sur lesquels il a, paraît-il, beaucoup travaillé, cet été, avec Castaner.

    Première oraison de Macron sur le sujet, au dîner de la majorité du 3 septembre.

    « La crise n’est pas finie, a-t- il de nouveau affirmé. La société reste fragile. Les gens ne se sentent pas écoutés. Il y a une crise à la fois sociale et démocratique. Si on ne parle pas des sujets régaliens, on les laisse à l’extrême-droite, et la présidentielle sera compliquée. On va au devant de nouveaux problèmes, on se prépare d’autres crises. »

    Pour résorber cela, ne faudrait-il pas plutôt conduire une politique sociale (réduire les inégalités, combattre les injustices, faire à nouveau de la protection sociale, etc.) ? Bah nooooon, donner à tout le monde l'envie de taper sur tout le monde, ça demande moins d'efforts et ça paie immédiatement… … …


    Devant l’ensemble du gouvernement réuni le lendemain en séminaire, le chef de l’Etat a remis le couvert.

    « Il faut investir le rêgalien, a-t-il lancé à ses ministres. N’imaginez pas que ce n’est pas une préoccupation des Français parce que ça ne fait pas la une des médias. »

    En tout cas, c’est une préoccupation de Macron.

    Macron était mûr pour les idées du FN (tout en utilisant des entourloupes verbales pour les exposer), l'attentat récent à la Préfecture de Police de Paris va lui donner l'occasion de faire un nouveau virage sécuritaire et de renforcement des communautarisme par agitation de la haine de l'autre. Super…

    Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.


    Immigration : le bourgeois Macron s'en prend aux bourgeois !

    Ne soyez pas naïfs ! L’immigration est un sujet qui préoccupe les Français. Le gouvernement doit s’en emparer et montrer que le FN n’a pas le monopole de cette question. » Depuis des semaines — et « Le Canard » s’en est fait l’écho —, Emmanuel Macron martèle ie même message à ses ministres et aux dirigeants de la maiorité. Lundi soir, ce sont les députés macronistes réunis au ministère des Relatiens avec le Parlement qui y ont eu droit. Agrémenté de quelques formules a l’emporte-pièce :

    « En prétendant être humanistes, nous sommes parfois laxistes. »

    Ou encore ;

    « Il faut regarder les choses en face. Les bourgeois de centre-ville, eux, sont a l'abri : ils ne sont pas confrontés à la réalité sociale. Réfugiés et immigrés vivent dans les quartiers populaires, là où les classes populaires rencontrent déjà le plus de difficultés (…). Il faut donc être lucides, un parti bourgeois n’a pas d'avenir, il nous faut ancrer notre projet et le partager avec les classes populaires. » Ces « classes populaires » qui — suivez son regard — placent souvent Le Pen en tête aux élections et risquent de mal voter aux municipales puis, surtout, en 2022.

    Le seul moyen d'obtenir une vraie mixité sociale, c'est une politique de réduction de la misère et des inégalités qui permettrait à des pauvres (qui ne le seraient donc plus autant) d'emménager dans les beaux quartiers actuellement réservés aux riches (qui ne le seraient donc plus autant) et inversement. La mixité forcée (logement sociaux dans les beaux quartiers, etc.) est une idiotie à long terme, on ne peut pas forcer des gens qui se pensent être différents et qui vivent des vies opposées, à vivre ensemble sur un même territoire.


    Après avoir rappelé son attachement au « droit d’asile sans naïveté », le chef de l’Etat a affirmé que le sujet était mal traité : « On accueille mal et en intègre mal (…). Il faut donc être plus humains mais aussi plus efficaces lorsqu’il s'agit de reconduire aux frontières. »

    Enfin, Macron a souligné que les demandes d’asile en France n’ont jamais été aussi élevées, alors qu’elles n’ont jamais été aussi faibles en Europe.

    « Il nous faudra regarder, a-t-il ajouté, quelles propositions jailliront du débat sur l’immigration qui va se tenir à l’Assemblée (et au Sénat) afin que notre pays rejoigne les standards européens et ne soit ni plus ni moins attractif que les autres. »

    Comment cette prise de position sur l’immigration a-t-elle été reçue par ses troupes ? Prudemment, Gilles Le Gendre a indiqué, lundi soir, qu’elle pourrait « irriter » certains députés macronistes.

    De toute façon, Macron n’a pas l’air de se faire d’illusions. Quelques jours auparavant, il avait confié à des visiteurs que « trop de gens se défilent sur cette question, même au gouvernement ».

    Et il avait conclu :

    « Il faudrait un Chevènement. On n’a plus personne de cette veine-là, de cette gauche chevènementiste, clemenciste. C’est donc à nous de nous emparer du sujet. »

    Ça, c’est une idée qu’elle est bonne : après tout, Chevènement n’a que 80 ans, seulement quatre de plus que Clemenceau quand il est revenu au pouvoir (mais pas pour s’occuper de l’immigration).

    Transmis à Castaner pour qu’il commence à faire ses valises…

    Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.

    October 20, 2019 at 2:35:05 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?2EHpNw
  • La Chine voile ses musulmans

    En Chine, camps d'enfermement pour environ 1 millions d'ouïghours (sunnites turcophones) et des rohingyas. L'opinion publique est faussement rassurée, les djihadistes sont légitimés dans leur victimisation. Tout va bien.

    Pour protester contre la répression exercée par Pékin au Tibet, il est de bon ton de porter la khata blanche du dalaï-lama — écharpe de soie offerte en signe de bienvenue — , comme le firent de nombreuses personnalités dans le monde, à commencer par Emmanuel Macron. A l’inverse, comme le relève « Libération » (5/9), « qui sait qu’en Chine des enfants sont séparés de leurs parents et enfermés dans des camps pour la seule raison qu’ils sont nés ouïghours ? ».

    En janvier 2018, en visite en Chine, le président français, interrogé sur le sort réservé à cette ethnie sunnite turcophone, avait refusé de s’exprimer, affirmant qu’il ne souhaitait pas « donner publiquement de leçons de droits de l’homme à la Chine » car « cela [était] totalement inefficace » (Huffington Post, 10/1/18).

    Dans la région du Xinjang, où vivent les Ouïghours, les autorités chinoises sont, elles, d’une efficacité redoutable. Ainsi, selon les chiffres des experts des Nations unies, près de 1 million de personnes sont internées dans des camps à des fins de « transformation par l’éducation », selon la jolie formule des autorités.

    Le 17 mai 2018, le « Washington Post » publiait les témoignages de détenus ouïghours soupçonnés de séparatisme ou de terrorisme par Pékin.

    Pour les hommes interrogés, violences physiques, barbe rasée de force, obligation de boire du vin, de manger du porc. Voile interdit pour les femmes. Prénoms musulmans prohibés pour les enfants.

    Même genre de sévices pour les musulmans rohingyas, qui ont fui l’ouest de la Birmanie par centaines de milliers après avoir été mis au ban de ce pays bouddhiste. Ou pour les 2 millions de musulmans de l’Etat d’Assam, déchus de la nationalité indienne et menacés d’être déportés au Bangladesh sans que la communauté internationale ose « donner des leçons de droits de l’homme ».

    En Birmanie, la militante autoritaire des droits des humains Aung San Suu Kyi a été contrainte de composer avec l'armée, sur ce sujet comme sur d'autres.


    Alors ? Realpolitik et intérêts commerciaux ? Pas seulement. Même s’il a reculé sur certains fronts, le terrorisme islamiste a remporté une victoire collatérale. Alors qu’une partie de l’opinion craint désormais que tout musulman soit un poseur de bombe — Ouïghours ici, Rohingyas là, Indiens apatrides ailleurs — et estime que les opprimer revient finalement à combattre le terrorisme, les djihadistes ont tout loisir de beugler que l’islam est persécuté partout dans le monde.

    Une autre façon d’égorger la vérité ?

    Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.

    October 20, 2019 at 2:21:08 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?oO8r3Q
  • Les petits gestes | Grise Bouille

    Parce qu’il est toujours important de rappeler que le péril écologique est d’abord une affaire de responsabilités personnelles, et pas du tout un problème systémique nécessitant un renversement des structures de production et de pouvoir.

    Énorme +1 pour l'ironie.

    October 18, 2019 at 1:37:38 PM UTC - permalink - https://grisebouille.net/les-petits-gestes/
  • Brexit et chute du cours boursier de la livre sterling

    Dans son édito du 4 septembre 2019, le Canard enchaîné expose que le Brexit, entre autres (un ralentissement économique est aussi évoqué) serait à l'origine d'un décrochage du cours boursier de la livre sterling d'environ 20 %. Vu que j'ai déjà exposé cet élément, je voulais me repencher sur la question.

    D'un côté, on constate une chute du cours du change livre/euro après le référendum du Brexit. Ce décrochage se constate aussi sur le cours du change livre/dollar américain. Pourquoi ai-je choisi le dollar US ? Car il fallait une monnaie hors Union européenne et que les États-Unis sont, de loin, la première puissance économique mondiale, mais ce constat se confirme avec le cours livre/yen.

    D'un autre côté, on constate que le décrochage du cours livre/euro avait commencé en 2015, et surtout que ce cours était historiquement haut en 2014 (alors que Cameron était déjà en train de négocier avec l'UE), donc, inéluctablement, ça allait redescendre, et ça permet d'annoncer une baisse notable de 20 % du cours alors que, si l'on prend les valeurs d'avant ce pic historique, on mesure une baisse moins vendeuse de 2 à 10 %, qui, du coup, peut être totalement expliquée par une fluctuation de l'activité économique. On constate aussi un décrochage du cours du change de l'euro en dollar américain : - 20 % entre mi-2014 et 2015-2016 et 2019… Comme quoi, pas besoin d'un Brexit.

    Bref, cet élément me semble peu concret. Un cours boursier est basé sur une évaluation marchande et approximative de l'économie d'un territoire mêlée à une estimation de la confiance en l'avenir (car, dire que c'est la dèche ne signifie rien : si c'est la dèche mais que demain offre des opportunités, alors il est l'heure d'investir, au contraire). Un cours boursier repose sur trouzemilles abstractions. Difficile de démêler et d'isoler les différents facteurs.

    Mes images de cours de bourse proviennent de https://www.boursorama.com/ . Pourquoi ? Premier résultat dans un moteur de recherche.

    October 16, 2019 at 7:50:16 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?hAszyQ
  • Allemagne, année facho

    L'extrême-droite progresse dans les élections régionales allemandes. Dans le parlement du land de Sarre, l'AfD obtient 38 députés contre 45 pour la CDU (elle en avait obtenu 14 en 2014). Dans le Brandebourg, elle obtient 23 sièges contre 25 pour le SPD (11 en 2014). Jusque-là, tout va bien. Jusque-là, tout va bien. Jusque-là…

    Quelle baffe pour Angela Merkel ! La Chancelière, venue de l’Est, doit s’en mordre chaque jour les doigts. Dans un élan de générosité « Mutti » (maman) avait lancé, le 31 août : « Wir schaffen das » (nous y arriverons), sous-entendu à intégrer les migrants affluant sur le sol allemand. Les citoyens de l’ex-RDA, le pays disparu d’Angela, lui ont répondu trois fois « nein ». Le 1er septembre, les électeurs des Länder de Saxe et du Brandebourg ont voté à 27 % et à 23 % pour l’AfD (Alternative pour l’Allemagne). Deux ans plus tôt, le parti anti-euro, devenu parti anti-migrants, avait déjà expédié 93 députés au Bundestag avec un score de 12,6 %. Une première depuis 1933…

    La chrétienne-démocrate, qui dirige le pays depuis quatorze ans, n’a pas réussi à endiguer cette vague brune, malgré une situation économique florissante et un taux de chômage au plus bas. Le ressentiment des « Ossis » (Allemands de l’Est) à l’égard de celle qu’ils considèrent comme une « traîtresse » a toujours été palpable, y compris dans la ville où elle a grandi, Templin, au nord de Berlin.

    Cet argument est à double tranchant. D'un côté, le chômage est bas en Allemagne à cause des contrats courts et jetables qui précarisent les gens. Les chiffres étant maquillés, le taux de chômage n'est pas un indicateur fiable. Donc, oui, situation économique florissante, mais à quel prix et avec quel bonheur ? De l'autre, oui, les électeurs de l'extrême-droite sont essentiellement des personnes qui ont peur de perdre leur niveau de vie actuel, donc qui se replient sur elles. Des blessées de la croissance économique et de la régression de la solidarité, en somme.


    L’heure de vérité approche. Si les chrétiens-démocrates n’en sont pas encore à réclamer son départ, les sociaux-démocrates, eux, pourraient faire chuter le quatrième gouvernement Merkel. Le SPD, partenaire de coalition de la Chancelière, doit élire une nouvelle présidence. Les résultats de ce vote seront connus le 26 octobre, veille des élections régionales en Thuringe, un autre Land de l’Est, où le score de l’AfD est d’ores et déjà acquis.

    Pour remonter le moral de son amie Angela, à qui la ville de Leipzig a décerné un diplôme honoris causa, Christine Lagarde a loué son « sens du devoir » (le « JDD », 1/9). Réponse de la Chancelière : « Je ne savais pas que cet éloge funèbre serait précédé d’un processus d’évaluation scientifique. »

    Même à l’agonie, la dame de Berlin ne perd pas le sens de l’humour…

    Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.

    October 14, 2019 at 10:59:24 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?C6aCvQ
  • Boulevard à l’Elysée

    La procédure judiciaire sur les sondages de l'Élysée avance. \o/ Rappel : en 2007-2012, l'équipe de Sarko fait réaliser pour 10 millions d'euros de sondages qui ont peu à voir avec la fonction présidentielle, mais beaucoup à voir avec la vie personnelle et l'image de Sarko. Ces marchés publics sont-ils légaux ? Comme d'habitude, l'immunité protège l'ancien chef d'État… :(

    Ça promet. La date du spectacle n’est pas encore connue. Mais il aura bien lieu, avec comme titre encore provisoire : « L’absent a toujours raison ». Le casting vient d’être précisé par le juge Tournaire. Dans son ordonnance du 29 août, au sujet de l’affaire des sondages de l’Elysée (2007- 2012), il renvoie devant le tribunal correctionnel l’ex-secré-taire général du Château Claude Guéant, l’ancienne directrice de cabinet Emmanuelle Mignon, les conseillers Patrick Buisson et Julien Vaulpré, le publicitaire Jean—Michel Goudard et le sondeur-politologue Pierre Giacometti. De sacrées vedettes !

    On se poile à l’avance en imaginant les entrées et sorties des avocats de cette fine équipe, multipliant les effets de manches pour expliquer que l’Elysée n’est pas dans le pays réel, que la présidence de la République échappe au droit commun et que la justice n’a donc pas à s’occuper de la légalité des marchés publics. Non mais !

    On se régale aussi de la future qualité des dialogues, lorsqu’il s’agira d’expliquer pourquoi l’argent du contribuable (pas loin de 10 millions) a servi à demander à des centaines d’« échantillons représentatifs » ce qu’ils pensaient du divorce d’avec Cécilia, de la possibilité d’un mariage avec Carla ou de la grossesse de Rachida Dati. Et rien sur le sexe des anges ?

    La star, espérée par Anticor (à l’origine de la plainte), ne sera toutefois pas présente. Nicolas Sarkozy — puisqu’il s’agit évidemment de lui — bénéficie de l’immunité présidentielle. Il sera cependant, à n’en pas douter, la vedette de ce vaudeville politico-financier.

    En se débrouillant bien, il va pouvoir dédicacer ses bouquins à la sortie du tribunal.

    Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.

    October 14, 2019 at 10:33:42 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?9Q1Jjw
  • Inde : 2 millions de musulmans rayés du « registre de la citoyenneté »

    Tout à son délire de transformer l’Inde en pays exclusivement hindou, le Premier ministre Modi a fait rayer du « registre de la citoyenneté » 2 millions de musulmans vivant dans l’Etat de l’Assam. Un chiffre insuffisant pour les durs de son parti, qui prétendent que de nombreux musulmans ont produit de faux documents pour rester citoyens, tandis que des Indiens « authentiques » ont été exclus. Pour compléter cet imbroglio nauséahond, « Le Monde » (3/9) cite l’exemple d’une famille « coupée en deux » dans laquelle trois frères et sœurs ont été évineés du registre, « tandis que la mère et une autre sœur y figurent ».

    Modi soit ce genre de registre !

    Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.

    October 14, 2019 at 10:27:11 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?8uM4zg
  • Des éoliennes dorées sur tranche

    Coût de la première tranche du parc éolien en mer français : 22,3 milliards. Prix d'achat de l'électricité produite : 131-155 €/megawattheure. Prix de marché de l'électricité (toutes sources confondues) : 51 €/megawattheure.

    Brasser du vent peut s’avérer fort onéreux ! Les six premiers parcs éoliens offshore, implantés dans la Manche et l’Atlantique, vont mobiliser une manne d’argent public supérieure aux estimations initiales : 22,3 milliards d’euros sur vingt ans ! Encore s’agit-il d’une évaluation minimale.

    Jusqu’à présent, le gouvernement avait gardé ce chiffre secret. Mais la Commission européenne a mangé le morceau. Le 26 juillet, Margrethe Vestager, commissaire à la Concurrence, a validé les subventions accordées par les autorités françaises aux six parcs marins. Passé inaperçu, le document accompagnant cet avis fournit tous les détails des prix, non sans les assortir de quelques commentaires assassins…

    Sélectionnés en 2011 et en 2012 à l’issue de deux appels d’offres, les aménageurs de ces fermes éoliennes se verront octroyer une subvention de 3 à 4,9 milliards d’euros par parc, sous forme de « tarifs garantis » d’achat d’électricité. Cette aide compensera la différence entre le coût de l’électricité produite à partir de l’énergie éolienne en mer et le prix de marché de l’électricité durant vingt ans, ce dernier chiffre — 51 euros le méga-wattheure — étant resté jusque-là inédit…

    Silence, on tourne

    Si la Commission a donné son feu vert, elle n’en critique pas moins un coût « élevé en regard d’autres projets éoliens en mer développés à l’heure actuelle avec des technologies plus récentes, dans d’autres pays enropéens mais également en France ». Le 10 décembre 2018, en effet, EDF a remporté un nouveau marché à Dunkerque en proposant un prix de rachat record de 44 euros le méga-wattheure, soit trois fois moins que ce qu’affichent les six parcs de la Manche et de l’Atlantique ! Selon le tableau publié par la Commission, les « tarifs garantis » d’achat s’échelonneraient de 131 euros pour Dieppe-Le Tréport a 155 euros pour Saint-Brieuc.

    Et encore ! pour le contribuable, cela aurait pu être pire ! Il a fallu qu’en 2018 Edouard Philippe menace les industriels d’enterrer tout le programme pour que ceux-ci acceptent des prix de rachat plus modestes (« Le Canard », 8/5). A l’origine, EDF, Engie et l’espagnol Iberdrola espéraient empecher 200 euros par méga-wattheure**…

    Ces coûteux champs de moulins à vent devraient commencer à tournoyer en 2020 ou en 2021. Une transition énergétique à la française qui débutera avec dix ans de retard sur bien des pays européens…

    … Ce qui n'est pas forcément un tort : le temps permet d'affiner les techniques, les outils, les méthodes d'exploitation, etc.

    Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.

    October 14, 2019 at 10:24:25 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?dD--rQ
  • La cellule anti-banchiment de Bercy se rêve en Big Brother

    Un article alarmiste sans éléments concrets mais qui permet néanmoins de faire le point sur Tracfin : qui est tenu de lui signaler quoi, hausse des déclarations de soupçons, effectifs, collaboration avec les autres services fiscaux internationaux et de renseignement français, moyens techniques, dérive potentielle (la directrice est une inspectrice des finances, plus une magistrat), etc. À rapprocher de la création en cours d'un 7e service de renseignement fiscal au sein de Bercy.

    Écoutes téléphoniques, géolocalisation, fonds secrets… Tracfin espionne les contribuables sans réel contrôle.

    Bientôt, ils vont compter nos pièces dans notre porte-monnaie », s’agace un flic de la PJ. Même du côté des poulets spécialisés dans la délinquance financière, en trouve que Tracfin « est en train de devenir un monstre a la curiosité insatiable et échappant à tout contrôle ». Conçu pour lutter « contre les circuits financiers clandestins » et le blanchiment, cette petite boutique est sans doute la plus méconnue parmi les services de renseignement français. Placé sous la tutelle de Bercy, il s’est aujourd’hui mis en tête d’épier, grâce aux algorithmes, les dépenses et rentrées d’argent des Français. Après les barbouzeries en tout genre sur les téléphones et les ordinateurs, place à la police des comptes en banque. Dépensez, vous êtes fiiqué !

    C’est simple : pour Tracfin, tout retrait d’espèces supérieur à 1 000 euros suivi d’un transfert bancaire est considéré comme suspect. Des centaines de milliers d’opérations sont transmises automatiquement par les établissements bancaires au service anti-blanchiment.

    De surcroît, banquiers, notaires, commissaires aux comptes, greffiers de commerce, agents immobiliers et même avocats sont tenus de jouer les balances dès qu’ils tiquent sur une transaction : le Code monétaire et financier leur enjoint de cafter à Tracfin. L’an passé, on dénombrait 80 000 « déclarations de soupçon », contre 30 000 il y a cinq ans. Belle inflation !

    Tracfin est ainsi devenu le principal auxiliaire du fisc : 90 % des « contrôles programmés » par la Direction nationale des enquêtes fiscales ont comme source une info issue de ce service. En 2018, ce mouchardage aurait permis de collecter près de 300 millions d'euros. Mais les espions de Bercy ne s'arrêtent pas là : ils balancent aussi aux autres services de renseignement. « Nous sommes les seuls à travailler avec tout le nmnde », se vante l’un de ses chefs. L’an passé, pas moins d’un millier de notes secrètes ont été filées à la DGSE et à la DGSI. Mais, chut ! secret—défense…

    Liaisons dangereuses

    Même à l’étranger, Tracfin piste les contribuables à leur insu. Le plus petit service de renseignement troque ses infos avec les cellules fiscales de 160 pays. Deux ou trois fois par an, tout ce petit monde se réunit au sein du groupe Egmont (châ— teau bruxellois où un premier rassemblement eut lieu en 1995)… Ce club d'échanges, désormais à Toronto, dispose même d’une base de données commune cryptée. Un agent de Tracfin confie : « Lorsqu’on apprend que des Anglais blanchissent en France, on le fait savoir à Londres. »

    Et tout ça loin des regards indiscrets : les 170 agents de Tracfin sont soumis au secret-défense. Certains sont carrément détachés de la DGSE et de la DGSI afin de jouer les officiers de liaison. Avec les moyens ad hoc : fonds secrets (environ 150 000 euros annuels) et lignes d’écoute non judiciaires (une vingtaine), sans oublier l’accès aux factures téléphoniques détaillées et a la géolocalisation. Pratique, pour « tracer » un détenteur de carte bancaire…

    Quel genre de contrôle s’exerce sur ces contrôleurs de vie privée ? Fort léger. La délégation parlementaire au renseignement se contente de rencontrer le patron de Tracfin et de prendre connaissance de son rapport d’activité. Quant à l’Inspection des services de renseignement, personne à Bercy ne se rappelle en avoir vu un représentant… A l’inverse, le pouvoir exécutif couve l’officine d’Etat d’une attention particulière. C’est pourquoi l’Elysée n’a guère goûté, l’an passé, d’apprendre dans la presse que Tracfin avait enquêté sur un oligarque russe lié à Alexandre Benalla. Cette cachetterie a valu au patron de l’agence d’être débarqué en juillet.

    Bien renseigné

    Il est vrai qu’une note sur le sujet avait été transmise au Parquet national financier. L’an passé, Tracfin a adressé 1 038 signalements aux juges — soit 51 % de plus qu’en 2017 ! Ce qui a permis à la justice d’accrocher à son tableau de chasse Cahuzac, Balkany, Le Pen… « Nous sommes capables de transmettre un dossier clés en main aux juridictions concernées », assure, un poil vantard, un cador de Bercy. Une cinquantaine de dossiers actuellement instruits au Parquet national financier ont été nourris par Tracfin. Même pas besoin de procédures compliquées pour saisir la justice : une disposition du Code monétaire taillée sur mesure le permet.

    L’arrivée en juillet à la tête de l’officine d’une inspectrice des finances — et non d’un magistrat, comme son prédécesseur — a créé quelques remous. « On peut craindre une reprise en main de l’outil par le politique », préviennent des hauts fonctionnaires. La feuille de route de la nouvelle taulière est claire : rendre Tracfin encore plus puissant, en absorbant la Direction nationale des enquêtes fiscales et le renseignement douanier. Pas gagné…

    L’ambition non dissimulée est de « créer une sorte de NSA à Bercy » — autrement dit, un Big Brother à la française. Des outils pour y parvenir ? La collecte, toujours plus vaste, de métadonnées et l’intelligence artificielle. La patronne va devoir claquer un pognon de dingue pour renouveler son système informatique. Ce joujou, qui a coûté 15 millions d’euros, est déjà « sous-dimensionné ».

    Il va en falloir, des rentrées fiscales…


    Les orpailleurs de Montreuil

    Depuis quatre ans, les attentats et menaces islamistes ont conduit à une hausse des moyens et des effectifs, passés d’une centaine d’agents à 170. Une division dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme a même été créée, en 2015. Mais, à en croire une méchante langue de la PJ, les tuyaux qu’elle a fournis sont d’un diamètre limité. En tout cas, grâce à ces renforts, pas moins de 25 fonctionnaires opèrent un tri, chaque matin, à Montreuil, dans le bunker de Tracfin, parmi les « signalements » en tout genre. « Pour trouver une pépite, nous sommes obligés de filtrer le fiux de toute la rivière », justifie l’un des chefs. A force de mouliner de plus en plus de données, le service pond toujours davantage de notes de renseignement : 3 300 en 2018, soit deux fois plus que l’année précédente ! Au risque de s’y noyer. Ou de n’attraper que les petits poissons. Les gros, eux, savent comment échapper au filet.

    Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.

    October 14, 2019 at 10:14:09 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?cYg3WA
  • Des nouvelles de la révision de la Constitution

    En gros, Macron va la jouer "c'pas ma faute, c'est celle du méchant Sénat pas gentil" et, si ça ne marche pas, la réforme consistera uniquement à ajouter une dose de proportionnelle aux élections législatives. Ce dernier point permettra l'entrée de petits partis au Parlement (RN, NPA, DLF, Les Patriotes, etc., bonjour), de redécouper les circonscriptions électorales afin de s'offrir un matelas de voix pour la présidentielle de 2022, et de rendre encore moins claires les règles de l'élection législative afin que le citoyen soit encore plus paumé. Tout bénéf', quoi (je suis ironique).

    Sur les autres sujets de cette révision constitutionnelle, je reprends ce que j'ai déjà écrit :

    • La fin de l'entrée automatique des anciens présidents au Conseil Constitutionnel est une chimère si l'on ne repense pas l'institution dans sa globalité ;

    • La réforme du Conseil supérieur de la magistrature est un désastre complet pour l'indépendance de la justice ;

    • La baisse du nombre de parlementaires est une hérésie. Il nous faut précisément l'inverse si l'on veut avoir une chance que les citoyens soient mieux entendus et représentés ! Moins d'élus = moins de représentativité et plus de professionnalisation du rôle politique, car cela signifie moins de temps pour traiter les sujets, donc on aura des technocrates spécialisés sur des sujets précis, ignorants sur les autres sujets (ce qui laisse la porte grande ouverte aux lobbys professionnels) et loin des réalités du terrain et des citoyens par manque de temps. Il est impossible d'être à l'écoute, par téléphone, courrier, mail ou présentiel, de dizaines de milliers de personnes, ça ne loge pas dans un agenda, même en travaillant 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Il est impossible d'être proche de dizaines de milliers de personnes, de les connaître, de savoir ce qu'elles font (et je ne parle pas uniquement du travail), de savoir de quelle (absence de) régulation auraient besoin ces personnes dans leurs activités, etc. À plusieurs dizaines de milliers de personnes, on ne travaille plus à une échelle humaine, mais à une échelle industrielle avec des statistiques, des suppositions, des profils démographiques, etc., bref, des outils qui permettent de traiter de la masse ;

    • Du peu qu'on en sait à l'heure actuelle, l'acte II de la décentralisation sera de même nature que l'acte I de 1982 : un transfert de compétences à un millefeuille dépossédé des financements permettant de les exercer ;

    • La modification des modalités du RIP, le tirage au sort au Cese et la limitation dans le temps du cumul des mandats sont des hochets agités devant les citoyens. Oui, c'est intéressant pour les citoyens, mais il ne faut pas brader les autres points afin d'obtenir ces trois-là, car le deal n'est pas à l'avantage des citoyens. Il faut se méfier du miroir aux alouettes.


    La patate chaude de l'échec

    Juste après la présentation du nouveau projet de révision constitutionnelle, le 28 août en Conseil, le chef de l’Etat a donné à ses ministres quelques éléments de langage pour défendre la réforme.

    « Dans vos interventions médiatiques, leur a-t-il dit, mettez l’accent sur la proportionnelle, sur la réduction du nombre de parlementaires et sur la réforme du Cese, parce qu’elle répond à un besoin de représentation des citoyens et de la société. »

    Macron voulait surtout préparer ses ministres à la probable offensive de Larcher contre le projet.

    « En absence d’accord, a-t-il insisté, il faudra souligner la responsabilité du Sénat, rappeler que nous avons fait un certain nombre d’avancées dans sa direction et dans ce qui est ressorti du grand débat, ce qui têmoignait de notre volonté de consensus. C’est la majorité sénatoriale qui a choisi d’empêcher la réforme. »

    S’il n’y croit pas lui-même…


    Une fleur à Bayrou

    En tout cas, Macron planche déjà sur la parade. Constatant que le Sénat bloque toute révision constitutionnelle, le gouvernement dénoncera le conservatisme indécrottable de la Haute Assemblée et proposera une seule réforme : un changement de scrutin pour les législatives qui relève de la loi ordinaire et de la seule Assemblée nationale, où les macronistes ont une large majorité.

    Il s’agirait d’introduire une forte dose de proportionnelle sans changer le nombre de députés : 577. Le projet initial prévoit 15 % de députés élus au scrutin de liste, et il pourrait atteindre 20 % (soit 115 députés) pour complaire à l’ami François Bayrou. Intérêt supplémentaire de l’opération : procéder à un redécoupage aux petits oignons des circonscriptions.

    Mais il y a urgence : il faudrait adopter ledit projet rapidement, afin de procéder à un redécoupage avant juin 2021 , soit un an avant le scrutin.

    Bah ! Macron ne pourra pas refuser ça à Bayrou… Surtout après lui avoir fait avaler la couleuvre Goulard.

    Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.

    October 14, 2019 at 9:50:43 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?gCkZkg
  • Hongkong : « « Un mouvement en eaux troubles » agité par « des mouvances politiques identitaires et d’extrême droite » » ?

    Après l’« Huma », c’est l’hebdomadaire « L’Humanité Dimanche » (22/8) qui se met à avoir de sérieux doutes sur les millions de manifestants réclamant plus de démocratie à Hongkong. « Un mouvement en eaux troubles » agité par « des mouvances politiques identitaires et d’extrême droite » et par des « adeptes » du scénario de déstabilisation jadis ourdi par Thatcher.

    Mais aussi attisé par les Eglises chrétiennes locales. - Sans compter, bien sûr, le parti de l’étranger, prodiguant ses « supports financiers ». Ainsi, Joshua Wong, « icône de la jeunesse rebelle », est aussi le « récipiendaire favori de fondations américaines droits-de-l’hommistes en lien avec [une] émanation de la CIA »…

    Damned !

    J'aime le monde d'aujourd'hui. Il me rappelle les années 60. À l'époque, au moindre mot / geste de travers, t'étais taxé de communiste. Booooooouh les méchants rouges, c'est rien que des méchants pas beaux qui sont tenus en laisse par un méchant dictateur pas gentil. Pendant ce temps, l'ultra-libéralisme, tempéré à la sortie de la guerre (on pense aux nationalisations, par exemple), reprenait sa place. Est-il mieux en termes de souffrance humaine ? J'en doute. Mais boooooouh fallait avoir peur du rouge, c'était eux les méchants pas beaux, pas le gentil capitaliste qui crée de l'emploi trop bien !

    C'est la même chose aujourd'hui. Booooooouh le méchant musulman qui va nous grand-remplacer ! Booooooouh les crevures de droits-de-l'hommistes qui veulent tout nous interdire et nous voler ! Booooooouh une main étrangère dans tous les mouvements sociaux (gilets jaunes, Hongkong, printemps arabe, etc.) ! Ouais, le citoyen est trop con pour avoir envie de se révolter, c'est une évidence ! Booooooouh t'es d'extrême-droite, toi, même que tu regardes Thinkerview et que t'as lu Céline, alors !

    Et, à l'inverse, il suffit de regarder béatement Thinkerview ou de lire béatement Fdesouche ou d'écouter béatement Zemmour pour pouvoir se coller l'étiquette de libre penseur persécuté…

    Et après tout ça, notre espèce s'auto-désigne « animal pensant ». Laisse-moi rire !

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 3:49:25 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?VhYRNQ
  • Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État à l'écologie : « Nous n’avons pas d’alternative à l’économie de marché. »

    Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique, est catégorique (« Le Monde », 27/8) : « Nous n’avons pas d’alternative à l’économie de marché. » Ce qui est la reprise littérale d’une célèbre phrase prononcée le 25 juin 1980 par la Première ministre britannique Margaret Thatcher à propos du capitalisme ultralibéral ( « there is no alternative ») !

    Etre macronienne et en même temps thatchérienne, avec Wargon, c’est possible !

    C'est plus clair, comme ça ? Du coup, on va se contenter d'une écologie de marché, c'est-à-dire une « écologie non punitive » (comprendre « non contraignante ») chère à Ségo et à d'autres. « Notre maison brûle » et nous allons regarder ailleurs encore longtemps.

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 3:29:58 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?I4r88w
  • Certains voyages en avion ont un drôle d’air

    L'air à l'intérieur des avions est-il parfois gorgé de substances issues de la combustion des huiles de moteur ? 1 vol sur 2000 est concerné soit 18 500 vols par an (sur une base de 37 millions de vols en 2017, sachant que je mélange des chiffres de l'agence anglaise avec ceux de l'ASN donc lala). L'OCI évoque des incidences sur la sécurité des vols. la FAA dit que tout va bien et les constructeurs d'avions démentent mais prennent des mesures…

    Avoir mal au cœur en avion ou y renifler des odeurs gênantes peut gâcher un voyage. Et signifier que l’atmosphère, dans la cabine, est d’une pureté douteuse, pour ne pas dire préoccupante.

    L’air respiré dans l’appareil vient de l’extérieur et passe par les réacteurs. Il s’y charge parfois — à cause d’un manque d’étanchéité des circuits — de particules d’huile de lubrification des moteurs. Cette huile chauffée à haute température (le liquide de refroidissement peut aussi être impliqué) produit des substances susceptibles d’affecter le système nerveux.

    Ce phénomène, les constructeurs le connaissent. La preuve ? Dans une lettre du 7 juin adressée à la compagnie portugaise TAP, dont « Le Canard » a eu connaissance, Airbus indique qu’il se produit surtout « au démarrage ». Le 27 mai, Air France lui a consacré une journée d’études, en ses locaux du Bourget. Selon les chiffres britanniques officiels, ce type d’incident, englobé sous l’appellation. plus large de « fume event », concerne 1 vol sur 2 000.

    Dans « Envoyé spécial » (France 2), le 26 avril 2018, des pilotes, stewards et hôtesses accusaient le « syndrome aérotoxique » — dixit certains experts — d’avoir détraqué leur santé et leur carrière. Le 29 juillet, Eric Bailet, ex-pilote d’EasyJet, a saisi le tribunal de Toulon pour voir reconnue comme maladie professionnelle une affection neurologique qu’il estime avoir contractée dans le cockpit. Deux juges d’instruction parisiens l’ont reçu le 9 mai dernier. D’autres navigants ont saisi d’autres juridictions. Tous pensent que cet air vicié pourrait affecter leur équilibre, leur concentration, et même provoquer des malaises.

    Zéro malaise

    Alors qu’en 2015 un rapport de l’Organisation civile internationale (dépendant de l’ONU) allait jusqu’à évoquer des « incidences sur la sécurité du vol », constructeurs et compagnies assurent au « Canard » que la sûreté à bord n’est pas impactée. « L’air des cabines est sain » (Boeing, citant plusieurs études, menées notamment par l’agence gouvernementale américaine). « Il n’y a pas de corrélation entre les malaises et les odeurs, même si ces dernières font l’objet d’« investigations techniques » (Airbus). « Tous nos avions sont équipés de filtres “high efficiency particulate air”, et nos équipages sont formés pour faire face à un “incident fumée” » (Air France). Moins serein, un pilote syndiqué au SNPL reconnaît les « bons résultats des analyses réalisées à la demande du comité hygiène et sécurité d’Air France » mais regrette que les prélèvements ne soient pas toujours effectués au moment des incidents. Quant aux soucis de santé des navigants, « ils peuvent, suggère-t-il, être sous-déclarés. S’avouer malade, c’est risquer son emploi ».

    Les expertises se poursuivent. Sur certains appareils, le changement des huiles moteur est envisagé. Et l’installation de nouveaux filtres à particules chimiques promise.

    Tout de suite, ça détend l’atmosphère…

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 3:15:01 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?E_7YLw
  • Avis de déchets

    Des bennes à ordures « intelligentes » : c'est la fierté du district de Xicheng, à Pékin. Avis aux déviunis qui jetteraient n’importe quoi n'importe comment ! Selon « Courrier international » (22/8), les habitants doivent désormais « scanner leur visage avant de déposer leurs déchets triés ».

    Gare au tri sélectif des bons citoyens !

    Est-ce l'un des critères de notation du vaste système de surveillance chinois nommé « crédit social » ?

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 3:05:09 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?HIm91Q
  • La pelle du large

    Des voleurs de sable sur les plages italiennes… O_O

    La ville italienne de Cabras, en Sardaigne, est réputée pour sa plage immaculée. Et accessoirement pour ses voleurs de sable, contre lesquels elle a lancé une cohorte de « gardiens de sable ». Avec un arsenal de poursuites pénales : « La collecte de sable, coquillages ou galets est passible de 6 ans de prison en Italie », explique « Le Parisien » (25/8), qui rappelle que, « en France, les amendes peuvent atteindre 1 500 euros ».

    Que fait le garde des Sceaux ?

    J'en ai entendu parler à plusieurs reprises, mais je m'interroge : qui extrait du sable des plages pour son intérêt personnel ? Des sociétés commerciales qui exercent dans l'extraction de sable ? Si oui, quel est le gain attendu ? Des permis en moins à acquérir ? Est-ce des sociétés commerciales qui exercent dans le BTP ? Si oui, quel est le gain financier obtenu ? La peine prévue en France semble plutôt proportionnée pour sanctionner des particuliers. Y'a vraiment des particuliers qui extraient du sable des plages afin de réaliser leurs travaux ?

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 3:01:52 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?FBCpbg
  • Forêts protégées : Le Maire rase gratis !

    Double discours du gouvernement français : d'un côté, pleurer sur la déforestation de l'Amazonie pour cause d'agriculture intensive, de l'autre virer des arbres protégés au Kazakhstan afin d'extraire de l'uranium pour nos centrales nucléaires en injectant de l'acide dans la roche. Mais, après tout, c'est pas grave, « c'est une toute petite parcelle ». Les petits compromis forment les grandes compromissions.

    En plein trémolo présidentiel sur la « forêt qui brûle » et la biodiversité, le gouvernement français ne s’est pas vanté de ce succès : lors d’un discret déplacement au Kazakhstan, le 30 juillet, Bruno Le Maire a obtenu des nouveaux dirigeants du cru le déclassement d’une forêt protégée : 382 ha sont désormais promis à la destruction…

    Ces arbres, appelés saxaouls, font pourtant l’objet d’un moratoire au Kazakhstan : depuis 2017, les au— torités locales en interdisent la découpe et la vente. « Au début de cette année, les Kazakhs ont même prolongé cette protection jusqu’en 2022 », précise au « Canard » l’un des journalistes de Novastan, le site spécialiste de l’Asie centrale qui a révélé l’info.

    Las ! cette parcelle boisée est implantée… sur des terres riches en uranium. Et, lorsque Orano (ex—Areva) a obtenu le permis d’exploiter le minerai en octobre 2018 (via une coentreprise locale), le décret kazakh obligeait de conserver les arbres. Or la technique d’extraction retenue par le géant du nucléaire (qui consiste à injecter de l’acide dans la roche) impose d’abord un « nivellement » du site, et donc la disparition des végétaux.

    Une embûche que la visite de Bruno Le Maire, assortie de la promesse d’une « compensation » financière par Orano, a permis de lever : dès le lendemain de la venue du ministre français, le gouvernement du Kazakhstan publiait un décret qui transformait cette zone forestière’protégée en… zone minière. Adieu, les saxaouls !

    Orano jure que le site sera « réaménagé au plus près (sic) de sa configuration initiale » à l’issue de son exploitation. Au cabinet de Bruno Le Maire, on insiste sur le « caractère absolument stratégique » de cette mine d’uranium pour le nucléaire tricolore, et l’on avance cette justification :« 302 ha détruits sur une steppe boisée de 700 000 ha, c’est quand même une toute petite parcelle ! »

    Un argument qui va faire fureur en Amazonie !

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 2:53:35 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?hhccfw
  • Les petites mains d‘Apple avaient de grandes oreilles

    Apple transmet des enregistrements audios réalisés par Siri (iPhone, HomePod, iWatch, etc.), la liste des contacts et la localisation de ses clients à des sous-traitants polonais précaires. Évidemment, c'est uniquement pour améliorer le service rendu à l'utilisateur en augmentant la compréhension de Siri, Apple le jure, donc c'est forcément vrai. Évidemment, un nombre « élevé » d'enregistrements a lieu sans que l'utilisateur prononce la phrase d'activation « Dis Siri », donc des parties de jambes en l'air, des rendez-vous chez le médecin ou chez l'avocat sont enregistrés et écoutés par des oreilles bien humaines. L'occasion de rappeler que tous les géants du numérique précédent de la même façon.


    Formidables GAFA, qui se font prendre à mentir les uns après les autres… Facebook vient de reconnaître avoir enregistré des conversations d’usagers sur son application Messenger et avoir payé des sous-traitants pour les retranscrire, histoire d’optimiser le ciblage publicitaire. Un aveu qui survient juste un an après que son patron, Mark Zuckerberg, a juré le contraire — sous serment — devant le Congrès américain.

    Avant le flagrant délit de pipeautage de Facebook, deux autres géants du numérique, Google et Amazon, avaient déjà dû faire amende honorable pour un motif similaire.

    Amazon :

    • Les enceintes Echo d'Amazon enregistrent les conversations de leurs utilisateurs (même si celui-ci ne prononce pas la phrase d'activation) et des sous-traitants précaires d'Amazon les analysent afin de, soi-disant, corriger la compréhension qu'en a Alexa… ;

    • Comme ceux d'Apple, les sous-traitants d'Amazon disposent aussi de la localisation du client d'Amazon, de ses contacts, etc. ;

    • Amazon conserve indéfiniment les enregistrements et les transcriptions associées en parfaite infraction avec le droit européen.



    Google :

    • Les enceintes Google Home et l'application mobile Google Assistant enregistrent les conversations… même sans avoir reçu l'ordre d'activation « OK Google » ;

    • Google constitue une liste de nos achats à partir de la commande vocale et des emails de validation de commande reçus sur une boîte emails GMail. Elle sert probablement à peaufiner le ciblage publicitaire, même si Google se refuse à le reconnaître. Pourtant, Google avait juré qu'il n'analyse pas le contenu des emails.



    Le Canard ne le mentionne pas, mais Microsoft est aussi de la partie :

    • L'assistant vocal Cortana enregistre les conversations et les transmet à des sous-traitants y compris les prétendues erreurs (quand l'utilisateur ne prononce pas le mot-clé de déclenchement), ce qui conduit à écouter des enfants ou des parties de jambes en l'air… ;

    • Cortona est aussi présent sur la Xbox, donc les possesseurs de Xbox sont enregistrés… ;

    • Les utilisateurs de Skype ayant recours à la traduction sont aussi enregistrés.



    Évidemment, ça part d'un bon sentiment (améliorer le service fourni), mais, bizarrement, aucune de ces sociétés commerciales prévoit ses faits dans ses conditions d'utilisation, ce qui est totalement illégal dans l'Union européenne (et en France depuis 1978…). Sans compter que l'enfer est pavé de bonnes intentions.



    On ajoute à tout ça que 150 sociétés commerciales dealaient les données personnelles (coordonnées, liste d'""""amis"""") des utilisateurs de Facebook et de leurs """"amis"""" sans leur consentement. Le Canard l'évoquait fin 2018 dans son hors série dédiée à la vie privée, mais j'apprend ici qu'on passe de 60 sociétés commerciales impliquées à 150. Tranquillou…

    Tout cela est connu des militants depuis fin 2017 - début 2018, mais bon… Sans compter les travaux antérieurs du sociologue Antonio Casilli qui montrent que l'expression « intelligence artificielle » masque en réalité un ensemble de petits boulots précaires effectués par des humains : modérer des contenus, affiner la compréhension d'un assistant vocal, valider des captchas, exécuter des actions diverses (comme trier des photos, mais ça va bien plus loin avec Amazon Mechanical Turk), etc.



    Évidemment, tout cela est une toute petite sélection des abus récurrents des géants du numérique en matière de vie privée. On pourrait aussi parler de la dangereuse modération des contenus par ces acteurs privés plutôt que par des juges, de l'impact des financements de nos journaux par ces acteurs (Fond Google pour l'innovation de la presse, fond Facebook pour lutter contre les fake news (voir aussi), fond Facebook pour produire des contenus) ainsi que de leur non-respect des règles communes comme le droit du travail (tout ce travail précaire d'analyse des conversations, les conditions de travail dans les entrepôts d'Amazon), le droit du commerce (monopole, éviction de toute concurrence, etc.) et la fiscalité (elle est une composante de la souveraineté, sans thune, tes convictions ne vont jamais loin).



    Merci à SebSauvage d'avoir pris le temps de faire une liste des abus des géants du numérique.


    Il y a moins d’un mois, Apple s’est retrouvé à son tour sous le feu des projecteurs. « El Pais » puis « The Guardian » ont révélé, grâce à un lanceur d’alerte anonyme, que la multinationale enregistrait les utilisateurs de Siri pour les faire écouter par des sous-traitants, au prétexte d’améliorer son assistant vocal.

    Une très mauvaise pub pour la marque à la pomme, qui a fait du respect de la vie privée l’un de ses arguments de vente. Apple a aussitôt annoncé qu’il suspendait son programme. Et juré que les enregistrements anonymisés puis transmis aux sous-traitants ne concernaient que 1 % des activations de Siri.

    Enregistrements anonymisés, bien sûûûûûûûr. Autant que ceux d'Amazon ? Sans compter que les enregistrements eux-mêmes contiennent des informations permettant de remonter jusqu'à l'utilisateur : sa voix, l'expression d'une adresse postale ou de la météo locale, etc.

    L'anonymat est une impossibilité technique (en plus d'être parfois une impossibilité fonctionnelle, genre ça sert à rien d'être anonyme sur un site web de rencontre…), il serait temps d'intégrer cette information.


    Il y a un pépin

    « Le Canard » a retrouvé les petites mains chargées de travailler sur les requêtes formulées dans la langue de Molière. Une trentaine de Français expatriés à Prague étaient employés à cette mission d’« espionnite » par l’un des leaders mondiaux de la traduction automatique. Les consignes de sécurité étaient strictes : déposer son téléphone portable dans un coffre avant d’entrer dans le local, ne jamais prononcer le mot « Apple » et, une fois dans la pièce, laisser les rideaux baissés afin de se protéger des regards extérieurs.

    Ces sociétés commerciales écoutent des millions de gens dans leur vie intime, mais il ne faut pas regarder ce que font leurs sous-traitants sur leur temps de travail ? Magique.


    « Nous étions embauchés pour six mois, payés 10 dollars de l’heure ; le nom de code, c’était “Cosmos”, raconte l’un des Frenchies. Chacun d’entre nous recevait sur son ordinateur un enregistrement audio et un texte écrit. Il s’agissait d’écouter le message et de vérifier si Siri avait bien compris et transcrit. Ce qui m’a surpris, c’est le nombre de déclenchements accidentels de Siri, beaucoup plus élevé que ne l’avait annoncé Apple. Cela arrivait avec l’iPhone, et plus encore avec l’assistant domestique HomePod. On avait ainsi entre les mains des conversations enregistrées dans les chambres à coucher. Le pire, c’était les montres connectées : on tombait parfois sur des dialogues chez le médecin ou dans des cabinets d’avocats. »

    Pomme dépit

    Pour rompre la monotonie, les petites mains s’amusaient parfois, dans le dos de leur employeur, à retrouver l’identité des personnes enregistrées. « Contrairement à ce qu’a raconté Apple, c’était relativement facile. Le nom de l’utilisateur de l’iPhone ou de l’Apple Watch nous était masqué, mais on se débrouillait avec le sujet de l’enregistrement, qui pouvait durer jusqu’à une minute, la géolocalisation de l’appareil ou encore les noms contenus dans le répertoire téléphonique qui s’affichaient sur notre écran. »

    Plusieurs Français opérant à Prague ont assuré au « Canard » que le programme Cosmos incluait aussi l’écoute des SMS dictés sur iPhone. Autant d’incursions dans la vie privée des utilisateurs dont la firme à la pomme n’avait jamais parlé. Et qu’en dépit des demandes du « Canard » elle n’a pas souhaité commenter. Y avait-il un ver dans le fruit ?

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 1:34:38 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?CJnWcA
  • Bercy atteint par la folie des grandeurs policières

    Un 7e service de renseignement fiscal est en création à la DGFIP. Il pourra collecter des infos, les croiser, les vérifier au-delà des techniques utilisées habituellement par les administrations (y compris les services de renseignement ?). Ce service, décidé sur un coin de table lors d'un conseil de défense (WTF ?!), ne sera pas contrôlé (par une entité externe), comme la majorité des autres services de renseignement de Bercy.

    Darmanin veut renforcer le renseignement fiscal. Au risque de filer des boutons aux poulets.

    Bercy disposait déjà d’au moins six services pour chasser les fraudeurs fiscaux. Il était donc urgent d’en créer un septième ! Après la Direction nationale du renseignement et des enquêtes douanières (pour la traque aux frontières}, après les trois directions spécialisées des services fiscaux, après Tracfin (chargé de la pêche aux infos sur « le blanchiment et le financement du terrorisme ») et après le nouveau service d’enquêtes judiciaires des finances (sur les délits fiscaux, sous le contrôle dun magistrat), voici — alleluia ! — la Mission de renseignement fiscal !

    Le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, a annoncé la bonne nouvelle dans une interview aux « Echos » (23/8). Il a précisé que la Mission — qu’il supervisera lui-même et qui sera chargée de la détection à grande échelle des tricheurs — pourra mener des investigations « au-delà des techniques administratives habituelles ».

    Pour rassurer les inquiets, Bercy a précisé, depuis, qu’il ne s’agirait pas de méthodes coercitives (filatures, écoutes, gardes à vue…). Ses pouvoirs se limiteront, selon un haut fonctionnaire, « à collecter des informations, à les croiser, à les vérifier et à les transmettre aux autorités judiciaires qui décideront d’engager d’éventuelles poursuites pénales ». On est prié de le croire.

    Self-contrôle

    Détail étrange : le montage de ce Meccano, selon les confidences de Darmanin à ses proches, a été discuté et approuvé lors d’un conseil de défense qui s’est tenu à l’Elysée en juin. Entre un point sur la guerre au Sahel et la lutte antiterroriste ?

    Avant même sa mise en place, cette Mission et déjà obtenu un résultat : la relance de la guerre entre Bercy et la Place Beauvau, où des policiers sont eux aussi chargés de récupérer le blé des tricheurs et de faire du renseignement sur la fraude fiscale. « On nous a emmerdés avec les Renseignements généraux, accusés — parfois à juste titre — d’avoir été une police politique, râle un flic jaloux. Leur machin fiscal, c’est quoi ? Et sans contrôle, en plus ! » Parole d’expert…

    Le contrôle de ses propres services d’enquête, en effet, n’est pas le fort de Bercy. Tout ou presque se fait en interne. Une situation difficilement acceptable pour des organismes qui peuvent aller fouiller sans limite dans la vie privée des contribuables.

    Seuls Tracfin et le Renseignement douanier ont, en principe, l’obligation de rendre des comptes à la délégation parlementaire au renseignement. Un contrôle très théorique : cette dernière (quatre députés et quatre sénateurs) dispose de moyens humains limités et concentre son travail sur les géants du renseignement que sont la DGSE et la DGSI.

    Du coup, les contrôleurs ne se montrent guère curieux à propos de Bercy, s’il faut en croire les rapports annuels de la délégation. L’exemple le plus caricatural est offert par Tracfin : les parlementaires se contentent de recevoir une fois par an son patron et de recopier les meilleurs passages du rapport annuel établi par ses adjoints.

    Pourquoi se compliquer la vie à contrôler un organisme de contrôle ?

    Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.

    October 13, 2019 at 12:08:25 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?wN3fsw
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