Afin de baisser artificiellement son taux d'endettement, Paris confie plusieurs milliers d'appartements à des bailleurs sociaux en exigeant qu'ils lui règlent d'avance l'intégralité de l'ardoise. Ainsi, les bailleurs sociaux s'endettent, ils seront plus exigeants dans le choix des locataires (car un nombre significatif de retards de loyer les rend vulnérables face à leur banque) et la mairie se prive de leviers d'action en matière de logement social (comment sanctionner quelqu'un qui t'a rendu service ?). Une opération géniale…
Pour une fois, Anne Hidalgo et ses opposants sont d’accord sur un constat : la dette de la Ville de Paris a augmenté d’au moins 50 % depuis les dernières élections municipales. Elle est ainsi passée de près de 4 milliards à environ 6 milliards d’euros entre mars 2014 et fin 2018. Après cette grosse flambée, l’ardoise représente 2 835 euros par Parisien et devrait encore grimper cette année.
Mais ce chiffre ne représente pas la totalité de la dette, car la Mairie a utilisé une savante astuce pour mettre sous le tapis environ 1 milliard supplémentaire. Hidalgo et ses adjoints ont utilisé la filière HLM. En 2015, plusieurs milliers d’appartements propriétés de la Ville ont été reclassés comme logements sociaux et confiés en location de très longue durée (de 55 à 65 ans) à des bailleurs municipaux.
Les organismes HLM ont ensuite été priés de régler d’avance l’intégralité des loyers ! Leur trésorerie étant insuffisante pour assurer le paiement de ce milliard (étalé sur cinq ans), ils ont dû tous souscrire des emprunts.
Ce petit jeu de bonneteau, autorisé par Bercy à l’époque de Hollande, a permis à l’équipe Hidalgo de faire baisser artificiellement le taux d’endettement municipal et de ne pas fâcher les agences de notation, qui font la pluie et le beau temps sur les marchés financiers. Mais de là à passer entre les gouttes…
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
Une étude conduite par le Muséum national d’histoire naturelle met en lumière l'inefficacité connue de la compensation en matière de travaux. 1/4 de la surface est compensée grâce à des astuces et des dérogations. La compensation se fait sur des terrains éclatés, ce qui ne favorise pas la biodiversité. Aucun travail de restauration n'est effectué. Le suivi des compensations est anecdotique et on compense parfois une surface qui compense elle-même une autre surface…
Quand on bétonne un espace vert, on doit compenser les dégâts. En théorie.
Chez les bétonneurs, les amis des espèces protégées et les fonctionnaires spécialisés, c’était un secret de polichinelle : que la compensation, c’est-à-dire l’obligation pour un maître d’ouvrage de compenser la destruction d’un espace vert où vivent moult animaux et végétaux par la restauration d’un autre site, relève de l’enfumage caractérisé, voilà qui leur sautait aux yeux (« Le Canard », 24/7). Encore fallait-il que cela fût scientifiquement établi. Depuis l’étude menée par l’équipe de Fanny Guillet, du Muséum national d’histoire naturelle, et que vient de publier la revue spécialisée « Biological Conservation », c’est chose faite.
Les chercheurs ont étudié à la loupe 25 projets d’aménagement (des routes et des autoroutes, une voie ferrée, des lignes électriques). Lesquels ont artificialisé, bétonné, stérilisé un total de 2 451 ha (dans deux régions, l’Occitanie et les Hauts-de-France). Question : ces destructions ont-elles occasionné, comme la loi l’y oblige, « zéro perte nette, voire un gain de biodiversité » ?
Premier constat : la superficie totale des terrains (garrigues, forêts, champs cultivés, prairies, etc.) qu’ils ont pris en charge pour compenser leurs dégâts n’est que de 577 ha. Ils n’ont protégé que le quart de ce qu’ils ont détruit ! « La logique est celle-ci, dit Fanny Guillet. Si un terrain de 50 ha abrite 300 espèces dûment inventoriées, dont 40 sont protégées, et dont 12 sont menacées ou emblématiques, on ne prend en considération que ces dernières. Comme leur habitat ne s’étend pas sur la totalité des 50 ha, mais seulement une petite partie, on ne compense que cette partie. »
Deuxième constat : ces surfaces de compensation sont souvent éclatées en plusieurs parcelles, ce qui ne favorise pas la biodiversité. Les 25 projets ont été compensés sur 89 sites, une moyenne de 3,88 sites par projet…
Troisième constat : en théorie, le maître d’ouvrage doit proposer de vrais travaux de restauration dans la surface compensatoire : dépolluer, aménager des habitats spécialisés et des corridors biologiques, éliminer les espèces invasives, planter une végétation adaptée aux espèces menacées, etc. Dans la pratique, il se contente d’acheter un espace naturel ou semi-naturel (garrigues, forêts, prairies) et de le faire entretenir quelques années. Seulement 3 % des surfaces de compensation, vraiment dégradées (terrains vagues, friches industrielles, canaux), ont exigé une véritable remise en état. Et 20 % d’entre elles ont nécessité une légère restauration (anciens champs cultivés, prairies, vignes). Pour les 80 % restants, le maître d’ouvrage s’est tourné les pouces ! *il n’y a donc tout simplement aucune compensation dans 80 % des cas**. Bref, sur le papier, la pipistrelle chassée d’ici est contente de savoir qu’ailleurs l’œdicnème criard a trouvé un nouveau gîte. En réalité, tous deux peuvent aller se rhabiller.
Petit rappel : chaque année, 60 000 ha sont bétonnés. En août, le Conseil national de la protection de la nature a été saisi de 30 demandes de compensation. Et 32 en juillet, 85 en juin, 31 en mai… Une par jour.
Ça n’arrête pas !
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
Ce qui fait la valeur d'une compagnie aérienne en faillite (qui ne dispose que d'un sol avion en propre, le reste étant de la location), c'est les créneaux d'atterrissage et de décollage qu'elle détient auprès d'aéroports. Je ne le savais pas.
Quatorze offres de reprise — totale ou partielle — ont été présentées, lundi, à l’administrateur judiciaire qui gère le dossier Aigle Azur. Il faut dire que la compagnie [ aérienne, N.D.L.R. ] possède une jolie pépite : 10 000 droits de décollage et d’atterrissage par an (14 par jour) à Orly, soit 4 % des capacités de l’aéroport. Une aubaine inédite depuis la faillite d’Air Lib, en 2003. « Le trafic aérien est en pleine expansion, et tout le monde cherche à acquérir des créneaux supplémentaires », explique le patron d’une compagnie qui a déposé une offre.
Pour cette même raison de trafic en hausse, « les compagnies manquent de pilotes, de mécaniciens et de personnel navigant, ajoute le connaisseur en question. Il ne devrait donc pas y avoir de problème majeur de reclassement ». En cumulant les offres les plus crédibles — Air France pour les moyen-courriers, Air Caraibes pour les long-courriers —, il resterait quand même 150 salariés sur le carreau. Mais ces offres « sont à parfaire », y compris sur les salaires. « Elles ne seront sûrement pas au niveau en vigueur chez Aigle Azur, parfois supérieur à celui d’Air France », précise ce candidat repreneur.
Le comité d’entreprise examinera les dossiers vendredi 13, avant une audience du tribunal de commerce lundi 16. Bon vol !
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
En 2021, plus aucun État nucléarisé ne sera contraint sur sa production et sa détention d'armes atomiques. Aucun traité est en cours de négociation pour remplacer ceux existants / dénoncés par les USA et la Russie. Dans ce contexte, entre autres, Macron se rapproche de la Russie. Je trouve plutôt sain de pas dépendre uniquement des États-Unis, même si une France indépendante serait beaucoup mieux… Forcément, ce rapprochement ne plaît pas à tout le monde au ministère des Affaires étrangères, entre ceux qui veulent tout miser sur les États-Unis et ceux qui veulent une France indépendante.
Au Quai d’Orsay, où s’agitent des “néoconservateurs” à la mode américaine et dans certains ministères, des membres de l’appareil d’Etat estiment extravagante toute négociation avec Vladimir Poutine.
Nouvel échange téléphonique entre Poutine et Macron, dimanche 8 septembre. Et, les jours suivants, Jean-Yves Le Drian, patron du Quai d’Orsay, ainsi que florence Parly, ministre des Armées, ont rencontré leurs homologues à Moscou. C’était « une étape importante », s’enflamme un conseiller de l’Elysée, dans la réorientation des relations franco-russes, déjà bien ébauchée avec Vladimir Poutine, aimablement reçu au fort de Brégançon le 19 août, peu avant le G7. Alors, tout va bien ? Non, car ce « rapprochement diplomatique et politique » avec le Kremlin est plutôt mal perçu en Macronie. Au Quai d’Orsay, au ministère des Armées et « au sein de l’appareil d’Etat en général, affirme un diplomate, le virage russe de Macron est souvent contesté et mal digéré ».
Au programme des discussions que les deux ministres français allaient avoir à Moscou — s’ils en avaient le temps… — figuraient les rapports conflictuels entre la Russie et l’Ukraine, l’interminable guerre de Syrie, l’Iran, la Libye et les sanctions européennes, dont Macron souhaite voir la fin. Un autre dossier délicat devait, en principe, être abordé : celui des armes nucléaires. Selon l’analyse que des diplomates et des généraux font, à Paris, de la situation actuelle, « la planète sera en absence totale de régulation (sic), à partir de 2021, sur les armes stratégiques, [et] l’Europe sera nue par rapport aux deux super-puissances nucléaire [sans compter] la montée en capacités de la Chine ».
Traduction de cette vision peu réjouissante de notre avenir : en 2021, ni les Etats-Unis ni la Russie ne seront plus tenus par un quelconque traité bilatéral de réduction des armes nucléaires. Le dernier en date a été dénoncé par Washington, il n’était guère respecté par Moscou, et aucun autre traité ne sera désormais négocié… sauf, miracle. C’est ce message inquiet, « validé » par Macron, que Florence Parly a transmis, en substance, à Sergueï Choïgou, le ministre russe de la Défense, quand elle lui a téléphoné, le 3 septembre, durant plus d’une heure.
A en croire un expert du ministère des Armées qui a accès aux dossiers géopolitiques de l’équipe Macron, la situation est, en effet, « périlleuse » : en 2021 — année maudite, décidément —, plus aucun Etat nucléaire ne se sentira « bridé » et empêché de développer son arsenal : « Ce sera, dit-il, une foire d’empoigne caractérisée sans précédent [et plus grave que celle du temps de] la guerre froide Est-Ouest, parce qu’elle sera généralisée. » Et de conclure qu’ « il faut sortir de ce statu quo de défiance » vis-à-vis du Kremlin et de la Maison-Blanche. Avec Pékin, on verra plus tard ?
Mouais… À part le Pakistan, la Corée du Nord et Israël, les acteurs restent inchangés depuis la guerre froide, mais oui, ça représente 50 % d'augmentation (6 pays -> 9 pays).
Une “secte” diplomatique
Cette volonté de raccrocher les wagons avec Moscou et de rechercher, selon l’Elysée, les « pistes de coopération possibles pour éviter une aggravation du désordre international » est de plus en plus contestée. Notamment au sein du ministère des Affaires étrangères et, plus modérément, au ministère des Armées. Au Quai d’Orsay, les plus hostiles sont ceux que l’on qualifie à juste titre de « néoconservateurs ». Ces diplomates sont opposés à tout réchauffement des relations avec la Russie ou avec l’Iran, mais ils refusent de se déclarer « atlantistes et alignés sur les Etats-Unis », comme s’en défend l’un d’eux, qui, en revanche, admet que tous soutiennent « le plus souvent la politique israélienne ». Faucons en diable, ils occupent au ministère des postes à haute responsabilité, et les diplomates qui ne les aiment guère les ont baptisés « la secte » (selon une enquête de « Marianne », 12/7).
Leur égérie fut, jusqu’à son décès, voilà sept ans, Thérèse Delpech, une experte reconnue des questions nucléaires et stratégiques. Au moment où Bush s’apprêtait à envahir l’Irak, en 2003, cette éminente collaboratrice du Commissariat à l’énergie atomique avait voulu convaincre deux journalistes du « Canard » que Saddam Hussein était à deux doigts de posséder l’arme nucléaire. Croyait-elle vraiment à cette justification de la guerre qu’allait mener la Grande Amérique pendant seize ans ? Toujours est-il que cette tentative d’entraîner « Le Canard » sur ce terrain douteux n’était pas glorieuse.
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
Donc :
L’enquête judiciaire contredit l’IGPN. Le téléphone du jeune homme “bornait” toujours quand les flics ont chargé !
Au mieux, c’est une erreur ; au pire, un mensonge… Dans son « rapport de synthèse », rendu public le 30 juillet par Edouard Philippe et Christophe Castaner, l’IGPN, la police des polices, écrit, au sujet de Steve Maia Caniço, disparu la nuit de la Fête de la musique et retrouvé le 29 juillet noyé dans la Loire : « Le téléphone de la personne disparue déclenchait un dernier relais téléphonique à 3 h 16 le 22 juin 2019. » Sous-entendu : soit le téléphone n’avait plus de batterie, soit le jeune homme était tombé à l’eau avec son mobile, qui avait alors cessé d’émettre.
Dans cette hypothèse, sa chute se serait donc produite plus d’une heure avant l’intervention musclée des forces de l’ordre sur le quai Wilson, à Nantes — manœuvre destinée à faire cesser la musique. L’un des principaux arguments permettant aux « bœuf-carottes » de l’IGPN de conclure, dans leur synthèse : « Il ne peut être établi de lien entre l’intervention des forces de police de la DDSP 44 (…) et la disparition de M. Steve Maia Caniço. » Un sacré ouf de soulagement pour l’exécutif. Présentant le rapport depuis le perron de Matignon, le Premier ministre, flanqué de son ministre de l’Intérieur, reprend à son compte le 30 juillet les conclusions des bœuf-carottes : « Il n’y a pas de lien entre l’intervention de la police et la disparition » de Steve. Mais Edouard a dégainé trop vite.
Le téléphone parle
Selon les informations du « Canard », l’enquête judiciaire établit — et le fait est consigne noir sur blanc dans le dossier — que le portable de Steve a continué d’émettre jusqu’à 4 h 33… soit treize minutes après le début de l’intervention policière ! Plus de temps qu’il n’en faut pour tomber à l’eau, donc. Ce détail horaire a été obtenu par la police judiciaire auprès de l’opérateur téléphonique. L’IGPN, pour sa part, s’était contentée de retranscrire l’heure du dernier SMS envoyé par Steve. La PJ, de son côté, a récupéré l’ultime « ping » (les techniciens des télécoms désignent ainsi le signal qu’envoie régulièrement tout appareil, en mode veille, à la borne téléphonique la plus proche).
En découvrant cet écart de 77 minutes entre les dires des bœuf-carottes et l’enquête de la PJ, les deux magistrats nantais chargés du dossier l’ont eu tellement mauvaise qu’ils ont demandé, et obtenu, leur propre dessaisissement. Une décision officiellement prise, a déclaré le procureur général de Nantes, pour « garantir la sérénité de l’information judiciaire et l’impartialité objective de la juridiction saisie ». Désormais, ce sont deux juges de Rennes qui mènent l’enquête.
Le ping de 4 h 38 localise le jeune homme sur le quai Wilson, en bord de Loire. Depuis la publication du rapport de l’IGPN, la PJ a entendu un témoin clé. Ludovic affirme avoir laissé allongé en bordure de quai son ami Steve, avec la promesse de le retrouver plus tard. Peu de temps après, à 3 h 16, il a reçu le dernier SMS envoyé par son pote : « Je suis trop fatigué (…). On peut se retrouver ou quoi ? » Après la charge policière, Ludovic cherchera Steve, en vain.
Les placards s’entrouvrent
« Il y a peu de chances que l’on sache comment et pourquoi Steve est tombé à l’eau, reconnaît un enquêteur. On ne peut formuler que des hypothèses : a-t-il été pris de panique après un réveil en sursaut ? A-t-il été victime d’un mouvement de foule provoqué par le grenadage des forces de l’ordre ? Seule certitude : il dormait tout près du fleuve au moment de l’intervention. »
Commandé par Matignon pour déterminer la responsabilité de chaque acteur public (pas seulement policier), le rapport de l’Inspection générale de l’administration ne devrait pas apporter de réponses. Il se contente de décortiquer les consignes données par la préfecture, cette nuit du 22 juin, leur application par les flics, la responsabilité de la mairie et du port autonome. Après plusieurs reports, il devrait être rendu public au plus tard le 15 septembre. Au moment du bouclage du « Canard », l’Intérieur, tenaillé entre l’opinion publique et les syndicats de police, hésitait encore sur la manière de sanctionner le commissaire commandant la troupe ce soir-là. Le sort du préfet de région, lui, était scellé : « remercié » à court ou moyen terme. Bienvenue au placard !
En coupant des têtes, le gouvernement pensait éteindre définitivement la polémique qui couve depuis fin juin. Il va devoir assumer ses commentaires précipités et composer avec la très encombrante découverte de la PJ, désormais « cotée » au dossier d’instruction. Avec, en prime, un nouveau coup porté à la crédibilité de l’lGPN, dont le manque de zèle dans l’enquête sur les violences policières en marge des manifs de gilets jaunes, déjà, n’était pas passé inaperçu.
Pour l’avocate de la famille de Steve, Cécile de Oliveira, « la précipitation du ministre de l’Intérieur à vouloir révéler les conclusions de l’IGPN est étonnante et inadaptée. On ne peut qu’attendre de la loyauté dans la recherche des causes de la mort tragique et vaine de Steve ».
Y a encore du boulot !
Une autre enquête de l’IGPN a été diligentée à la suite des 89 plaintes pour violences illégitimes déposées par les teufeurs du quai Wilson. Selon leur avocate, Marianne Rostan, seulement deux d’entre eux ont été entendus par les « bœuf-carottes ». Jérémie et Alexandre ont expliqué aux enquêteurs qu’ils étaient tombés à l’eau dès le début de l’opération policière, après l’usage de gaz lacrymogènes et le mouvement de panique qui a suivi.
D’après leurs témoignages, ils étaient cinq à la baille à ce moment-là — mais seulement quatre à avoir été repêchés par un bateau de secours. Une disparition qu’ils ont immédiatement signalée aux secouristes. Le cinquième était-il Steve ? Alors que l’ensemble des plaignants dénonce la brutalité de la police, qui a canardé la foule au LBD et l’a copieusement enfumée à coups de lacrymos, l’IGPN, dans son premier rapport (administratif), n’avait presque rien vu. Tout au plus relevait-elle « des coups de matraque sur une personne au sol ». Et admettait-elle, du bout de la plume, que ceux—ci pouvaient « constituer (…) un usage disproporfi0nné de la force ».
Hélas pour le commissaire qui commandait la troupe ce soir-là, l’Intérieur, moins indulgent, a décidé de le sanctionner pour manque de discernement.
Faudrait savoir, chef !
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
En découvrant, le 30 juillet, la synthèse du rapport de l’IGPN et les commentaires d’Edouard Philippe et de Christophe Castaner, les flics de la police judiciaire de Rennes sont tombés des nues. Depuis plusieurs jours, eux savaient déjà que le téléphone de Steve Maia Caniço - disparu dans la nuit du 21 au 22 juin à Nantes — « bornait » encore à 4 h 33, soit quelques minutes après le début de la charge policière sur le quai Wilson (« Le Canard », 11/9), et non « à 3 h 16 », comme l’écrivent les bœuf-carottes.
Dès le 23 juin, l’unité locale de sécurité publique spécialisée dans les enquêtes est saisie pour disparition inquiétante. Aussitôt, elle demande à l’opérateur téléphonique de lui communiquer les derniers appels et SMS de Steve. Ses conclusions, très parcellaires, sont reprises telles quelles par l’IGPN, qui n’a pas, alors, le pouvoir d’interroger l’opérateur.
Entre-temps, la justice a dessaisi la sécurité publique locale, jugée trop impliquée, au profit de la PJ de Rennes. Celle-ci ausculte fissa toute la téléphonie de Steve : non seulement ses appels et ses SMS, mais aussi le fameux « bornage ». Le jour du point presse organisé sur le perron de Matignon, l’Intérieur est donc en mesure de savoir que la principale information du rapport de l’IGPN était erronée. Mais peut-être Castaner a-t-il lu trop vite…
Une bataille de casquettes
Ne manquait plus que le rapport de l’Inspection générale de l’administration (IGA) pour caraméliser définitivement les bœuf—carottes… Le 13 septembre, l’IGA — censée débusquer les dysfonctionnements de la haute administration — cogne comme une sourde sur le commissaire C., chargé d’évacuer les teufeurs le 22 juin. Castaner n’a d’autre choix que de lui demander de décamper. « C’est dingue ! s’étrangle un chef flic. L’IGA s’est tapé le sale boulot qu’aurait dû faire l’IGPN. Les “bœuf” n’ont même pas évoqué le manque de discernement du commissaire dans la manière de gérer la dispersion. »
Quant au préfet, malgré une salve de reproches émanant des deux inspecteurs généraux de l’Administration, il passe entre les gouttes. En tant qu’autorité investie du pouvoir de police, « la préfecture disposait de moyens réglementaires pour davantage prendre en compte la sécurité de l’événement », note pourtant l’IGA. Une différence de traitement qui a fait hurler les deux syndicats de commissaires. Lesquels ne se privent pas de souligner qu’en pareilles circonstances, d’ordinaire, « les autorités préfectorales sont dans les salles de commandement et/ou à l’écoute des ondes radio ». Et non dans leur lit.
Message reçu par Castaner. Le commissaire fautif ne sera pas « muté d’office » - avec le sceau d’infamie, d’une sanction —, mais juste envoyé à Bordeaux, « dans l’intérêt du service ». Sa principale occupation, désormais ? Rédiger des rapports.
Et pas pour l’IGPN.
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Quand un sinistre invente de l'argent magique basé sur des recettes fiscales passagères, une croissance économique pas encore avérée et des taux d'intérêt bas afin de te vendre l'équilibre de son budget 2020…
« On a de bonnes nouvelles, la chance sourit aux audacieux » : c’est ainsi que Gérald Darmanin résumait, mardi, l’équation budgétaire de 2020 devant des députés de la majorité, à une semaine de la présentation du budget en Conseil des ministres.
Explication du ministre des Comptes publics : « On a d’abord des rentrées fiscales qui sont bonnes, on n’a pas de baisse du rendement fiscal. L’impôt à la source, c’est une divine surprise, parce que cela rapporte 1,5 milliard de plus que ce qui était prévu, et 800 millions de plus que ce qui était escompté avant l’été (700 millions). »
Ça ne va pas durer, car il s'agit principalement de recettes fiscales temporaires. Cumul de l'impôt 2019 et de l'impôt exceptionnel 2018 (qui n'était pas une année blanche pour ceux qui ont eu des revenus exceptionnels), avance de trésorerie (les crédits d'impôts sont versés en cette fin d'année alors que l'impôt est collecté depuis janvier), fin des retardataires (dans l'ancien système, environ 1 milliard d'euros arrivait avec un an de retard voire plus, ce qui n'est plus possible avec le prélèvement à la source), etc.
Autre point positif, selon Darmanin : « Des taux d ’intérêt très très bas, voire négatifs, donc on gagne de l’argent. On arrive même à gagner de l’argent en empruntant. Ce qui va nous faire au moins 1,5 milliard d’économies en 2020. »
Ce qui augmente notre dépendance vis-à-vis des marchés financiers et qui va faire exploser le service de la dette lorsque les taux vont remonter, ce qui justifiera des coupes sombres dans les budgets sociaux, comme d'hab'. Mais, oui, pour l'instant tout va bien.
Et d’ajouter : « Par ailleurs, la croissance se confirme à 1,4 %, alors que l’on tablait il y a encore deux mois sur 1,3 %. 0,1 point de PIB, c’est 2 milliards de PIB en plus. Les recettes sur 2 milliards, c’est à peu près la moitié. Ce qui nous fait récupérer 1 milliard. »
Sauf que le calcul du PIB devient définitif au bout de 3 ans. Dans 3 ans, nous saurons si nous sommes véritablement à 1,4 % de croissance (la croissance étant le nom d'une variation positive du PIB). En attendant, il s'agit de prévisions, donc de flan.
Conclusion du ministre :
« Si on fait l'addition de tout, on est même au dessus des 3 milliards d'économies que l'on cherchait pour boucler le budget. »
Bravo ! Le gouvernement va pouvoir être plus généreux avec les urgentistes et associés.
En résumé : il faut être idiot ou manipulateur pour tenir les propos débités par notre sinistre de l'Action et des Comptes Publics.
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
Une alliance semble se former entre les Marcheurs et l'UDI en vue des municipales. La majorité renforcerait donc son emprise locale (dans les villes) puis au Sénat puisque les maires participeront, avec d'autres locaux, à l'élection sénatoriale de 2020. Si cette alliance parvient à rafler une majorité au Sénat en plus de l'Assemblée, la deuxième moitié du quinquennat sera douloureux puisque Macron aura toute latitude et aucune opposition pour faire voter des textes liberticides, destructeurs de la protection sociale (chômage, santé, services publics) et réducteurs de la démocratie (comme la réforme de la Constitution).
Macron est déjà en train de dévier à l'extrême-droite sur les questions de sécurité et d'immigration afin de rafler des voix aux RN. Et il tape fort d'emblée… Il s'agit d'être aussi démago et idiot que le FN tout en ressassant des évidences nichées au sein de propos creux, sans véritable solution, sauf celles qu'on a déjà essayées des centaines de fois.
Vedette américaine du « campus » du parti présidentiel, François Bayrou est arrivé à Bordeaux en fulminant, furieux de la façon dont la Macronie traite les candidats du MoDem aux municipales (lire plus loin). Il a toujours en travers de la gorge la désignation par Macron, contre son avis, de Sylvie Gouiard, ex-MoDem passée à l’UDI, comme commissaire européenne. Du haut de la tribune, il s’est contenu, se bornant à mettre en garde LRM contre ses mauvaises manières et à donner une leçon sur la fonction de maire, qui dépasse les querelles d’appareil et d’étiquettes.
Mais il a tu — et on comprendra pourquoi — l’énorme contrariété qui l’étreint : l’élargissement de la majorité présidentielle. Passe encore que Laurent Hénart, du Parti radical, et que Franck Riester, avec Agir, aient rejoint la majorité. Passe encore que Jean-Yves Le Drian annonce comme imminente la constitution d’une aile gauche à En marche !. Ce que Bayrou a en travers du gosier, c’est l’arrivée très prochaine dans la majorité de l’UDI, son ennemie. Cette formation de centre droit, fondée par Jean-Louis Borloo, est aujourd’hui pilotée par Jean-Christophe Lagarde. Lequel est tout près de conclure un accord de gouvernement avec Macron soi-même, qui compte ainsi engranger le maximum d’élus en vue des sénatoriales. Ce ralliement paraît d’autant plus insupportable à Bayrou que l’UDI pèse plus lourd électoralement que le MoDem.
L’UDI compte, certes, moins de députés (28, contre 38 au MoDem) mais davantage de sénateurs (11 contre 5). Et, surtout, beaucoup plus de mairies : l’UDI détient 1 ville de plus de 100 000 habitants (Amiens), 4 villes de plus de 20 000 habitants et 60 de plus de 10 000. Le MoDem ne détient que Pau (avec Bayrou) et 50 villes de 10 000 habitants.
Autrement dit, Bayrou, qui s’attribue le mérite d’avoir fait élire Macron, est en passe de perdre son statut de partenaire privilégié.
Et, pour tout arranger, les pompiers de Pau, qui réclament des primes et des renforts, lui empoisonnent sa vie de maire depuis des semaines…
Le régalien, y a que ça de vrai ! C’est, en tout cas, ce que Macron veut mettre en avant dans la campagne… des municipales. Pour lui, le régalien, ce n’est pas les finances, la diplomatie, la Défense, la Justice mais l’Intérieur. Il a l’intention de mettre l’immigration et la sécurité au cœur de la campagne. Deux sujets sur lesquels il a, paraît-il, beaucoup travaillé, cet été, avec Castaner.
Première oraison de Macron sur le sujet, au dîner de la majorité du 3 septembre.
« La crise n’est pas finie, a-t- il de nouveau affirmé. La société reste fragile. Les gens ne se sentent pas écoutés. Il y a une crise à la fois sociale et démocratique. Si on ne parle pas des sujets régaliens, on les laisse à l’extrême-droite, et la présidentielle sera compliquée. On va au devant de nouveaux problèmes, on se prépare d’autres crises. »
Pour résorber cela, ne faudrait-il pas plutôt conduire une politique sociale (réduire les inégalités, combattre les injustices, faire à nouveau de la protection sociale, etc.) ? Bah nooooon, donner à tout le monde l'envie de taper sur tout le monde, ça demande moins d'efforts et ça paie immédiatement… … …
Devant l’ensemble du gouvernement réuni le lendemain en séminaire, le chef de l’Etat a remis le couvert.
« Il faut investir le rêgalien, a-t-il lancé à ses ministres. N’imaginez pas que ce n’est pas une préoccupation des Français parce que ça ne fait pas la une des médias. »
En tout cas, c’est une préoccupation de Macron.
Macron était mûr pour les idées du FN (tout en utilisant des entourloupes verbales pour les exposer), l'attentat récent à la Préfecture de Police de Paris va lui donner l'occasion de faire un nouveau virage sécuritaire et de renforcement des communautarisme par agitation de la haine de l'autre. Super…
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
Ne soyez pas naïfs ! L’immigration est un sujet qui préoccupe les Français. Le gouvernement doit s’en emparer et montrer que le FN n’a pas le monopole de cette question. » Depuis des semaines — et « Le Canard » s’en est fait l’écho —, Emmanuel Macron martèle ie même message à ses ministres et aux dirigeants de la maiorité. Lundi soir, ce sont les députés macronistes réunis au ministère des Relatiens avec le Parlement qui y ont eu droit. Agrémenté de quelques formules a l’emporte-pièce :
« En prétendant être humanistes, nous sommes parfois laxistes. »
Ou encore ;
« Il faut regarder les choses en face. Les bourgeois de centre-ville, eux, sont a l'abri : ils ne sont pas confrontés à la réalité sociale. Réfugiés et immigrés vivent dans les quartiers populaires, là où les classes populaires rencontrent déjà le plus de difficultés (…). Il faut donc être lucides, un parti bourgeois n’a pas d'avenir, il nous faut ancrer notre projet et le partager avec les classes populaires. » Ces « classes populaires » qui — suivez son regard — placent souvent Le Pen en tête aux élections et risquent de mal voter aux municipales puis, surtout, en 2022.
Le seul moyen d'obtenir une vraie mixité sociale, c'est une politique de réduction de la misère et des inégalités qui permettrait à des pauvres (qui ne le seraient donc plus autant) d'emménager dans les beaux quartiers actuellement réservés aux riches (qui ne le seraient donc plus autant) et inversement. La mixité forcée (logement sociaux dans les beaux quartiers, etc.) est une idiotie à long terme, on ne peut pas forcer des gens qui se pensent être différents et qui vivent des vies opposées, à vivre ensemble sur un même territoire.
Après avoir rappelé son attachement au « droit d’asile sans naïveté », le chef de l’Etat a affirmé que le sujet était mal traité : « On accueille mal et en intègre mal (…). Il faut donc être plus humains mais aussi plus efficaces lorsqu’il s'agit de reconduire aux frontières. »
Enfin, Macron a souligné que les demandes d’asile en France n’ont jamais été aussi élevées, alors qu’elles n’ont jamais été aussi faibles en Europe.
« Il nous faudra regarder, a-t-il ajouté, quelles propositions jailliront du débat sur l’immigration qui va se tenir à l’Assemblée (et au Sénat) afin que notre pays rejoigne les standards européens et ne soit ni plus ni moins attractif que les autres. »
Comment cette prise de position sur l’immigration a-t-elle été reçue par ses troupes ? Prudemment, Gilles Le Gendre a indiqué, lundi soir, qu’elle pourrait « irriter » certains députés macronistes.
De toute façon, Macron n’a pas l’air de se faire d’illusions. Quelques jours auparavant, il avait confié à des visiteurs que « trop de gens se défilent sur cette question, même au gouvernement ».
Et il avait conclu :
« Il faudrait un Chevènement. On n’a plus personne de cette veine-là, de cette gauche chevènementiste, clemenciste. C’est donc à nous de nous emparer du sujet. »
Ça, c’est une idée qu’elle est bonne : après tout, Chevènement n’a que 80 ans, seulement quatre de plus que Clemenceau quand il est revenu au pouvoir (mais pas pour s’occuper de l’immigration).
Transmis à Castaner pour qu’il commence à faire ses valises…
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
En Chine, camps d'enfermement pour environ 1 millions d'ouïghours (sunnites turcophones) et des rohingyas. L'opinion publique est faussement rassurée, les djihadistes sont légitimés dans leur victimisation. Tout va bien.
Pour protester contre la répression exercée par Pékin au Tibet, il est de bon ton de porter la khata blanche du dalaï-lama — écharpe de soie offerte en signe de bienvenue — , comme le firent de nombreuses personnalités dans le monde, à commencer par Emmanuel Macron. A l’inverse, comme le relève « Libération » (5/9), « qui sait qu’en Chine des enfants sont séparés de leurs parents et enfermés dans des camps pour la seule raison qu’ils sont nés ouïghours ? ».
En janvier 2018, en visite en Chine, le président français, interrogé sur le sort réservé à cette ethnie sunnite turcophone, avait refusé de s’exprimer, affirmant qu’il ne souhaitait pas « donner publiquement de leçons de droits de l’homme à la Chine » car « cela [était] totalement inefficace » (Huffington Post, 10/1/18).
Dans la région du Xinjang, où vivent les Ouïghours, les autorités chinoises sont, elles, d’une efficacité redoutable. Ainsi, selon les chiffres des experts des Nations unies, près de 1 million de personnes sont internées dans des camps à des fins de « transformation par l’éducation », selon la jolie formule des autorités.
Le 17 mai 2018, le « Washington Post » publiait les témoignages de détenus ouïghours soupçonnés de séparatisme ou de terrorisme par Pékin.
Pour les hommes interrogés, violences physiques, barbe rasée de force, obligation de boire du vin, de manger du porc. Voile interdit pour les femmes. Prénoms musulmans prohibés pour les enfants.
Même genre de sévices pour les musulmans rohingyas, qui ont fui l’ouest de la Birmanie par centaines de milliers après avoir été mis au ban de ce pays bouddhiste. Ou pour les 2 millions de musulmans de l’Etat d’Assam, déchus de la nationalité indienne et menacés d’être déportés au Bangladesh sans que la communauté internationale ose « donner des leçons de droits de l’homme ».
En Birmanie, la militante autoritaire des droits des humains Aung San Suu Kyi a été contrainte de composer avec l'armée, sur ce sujet comme sur d'autres.
Alors ? Realpolitik et intérêts commerciaux ? Pas seulement. Même s’il a reculé sur certains fronts, le terrorisme islamiste a remporté une victoire collatérale. Alors qu’une partie de l’opinion craint désormais que tout musulman soit un poseur de bombe — Ouïghours ici, Rohingyas là, Indiens apatrides ailleurs — et estime que les opprimer revient finalement à combattre le terrorisme, les djihadistes ont tout loisir de beugler que l’islam est persécuté partout dans le monde.
Une autre façon d’égorger la vérité ?
Dans le Canard enchaîné du 11 septembre 2019.
Parce qu’il est toujours important de rappeler que le péril écologique est d’abord une affaire de responsabilités personnelles, et pas du tout un problème systémique nécessitant un renversement des structures de production et de pouvoir.
Énorme +1 pour l'ironie.
Dans son édito du 4 septembre 2019, le Canard enchaîné expose que le Brexit, entre autres (un ralentissement économique est aussi évoqué) serait à l'origine d'un décrochage du cours boursier de la livre sterling d'environ 20 %. Vu que j'ai déjà exposé cet élément, je voulais me repencher sur la question.
D'un côté, on constate une chute du cours du change livre/euro après le référendum du Brexit. Ce décrochage se constate aussi sur le cours du change livre/dollar américain. Pourquoi ai-je choisi le dollar US ? Car il fallait une monnaie hors Union européenne et que les États-Unis sont, de loin, la première puissance économique mondiale, mais ce constat se confirme avec le cours livre/yen.
D'un autre côté, on constate que le décrochage du cours livre/euro avait commencé en 2015, et surtout que ce cours était historiquement haut en 2014 (alors que Cameron était déjà en train de négocier avec l'UE), donc, inéluctablement, ça allait redescendre, et ça permet d'annoncer une baisse notable de 20 % du cours alors que, si l'on prend les valeurs d'avant ce pic historique, on mesure une baisse moins vendeuse de 2 à 10 %, qui, du coup, peut être totalement expliquée par une fluctuation de l'activité économique. On constate aussi un décrochage du cours du change de l'euro en dollar américain : - 20 % entre mi-2014 et 2015-2016 et 2019… Comme quoi, pas besoin d'un Brexit.
Bref, cet élément me semble peu concret. Un cours boursier est basé sur une évaluation marchande et approximative de l'économie d'un territoire mêlée à une estimation de la confiance en l'avenir (car, dire que c'est la dèche ne signifie rien : si c'est la dèche mais que demain offre des opportunités, alors il est l'heure d'investir, au contraire). Un cours boursier repose sur trouzemilles abstractions. Difficile de démêler et d'isoler les différents facteurs.
Mes images de cours de bourse proviennent de https://www.boursorama.com/ . Pourquoi ? Premier résultat dans un moteur de recherche.
L'extrême-droite progresse dans les élections régionales allemandes. Dans le parlement du land de Sarre, l'AfD obtient 38 députés contre 45 pour la CDU (elle en avait obtenu 14 en 2014). Dans le Brandebourg, elle obtient 23 sièges contre 25 pour le SPD (11 en 2014). Jusque-là, tout va bien. Jusque-là, tout va bien. Jusque-là…
Quelle baffe pour Angela Merkel ! La Chancelière, venue de l’Est, doit s’en mordre chaque jour les doigts. Dans un élan de générosité « Mutti » (maman) avait lancé, le 31 août : « Wir schaffen das » (nous y arriverons), sous-entendu à intégrer les migrants affluant sur le sol allemand. Les citoyens de l’ex-RDA, le pays disparu d’Angela, lui ont répondu trois fois « nein ». Le 1er septembre, les électeurs des Länder de Saxe et du Brandebourg ont voté à 27 % et à 23 % pour l’AfD (Alternative pour l’Allemagne). Deux ans plus tôt, le parti anti-euro, devenu parti anti-migrants, avait déjà expédié 93 députés au Bundestag avec un score de 12,6 %. Une première depuis 1933…
La chrétienne-démocrate, qui dirige le pays depuis quatorze ans, n’a pas réussi à endiguer cette vague brune, malgré une situation économique florissante et un taux de chômage au plus bas. Le ressentiment des « Ossis » (Allemands de l’Est) à l’égard de celle qu’ils considèrent comme une « traîtresse » a toujours été palpable, y compris dans la ville où elle a grandi, Templin, au nord de Berlin.
Cet argument est à double tranchant. D'un côté, le chômage est bas en Allemagne à cause des contrats courts et jetables qui précarisent les gens. Les chiffres étant maquillés, le taux de chômage n'est pas un indicateur fiable. Donc, oui, situation économique florissante, mais à quel prix et avec quel bonheur ? De l'autre, oui, les électeurs de l'extrême-droite sont essentiellement des personnes qui ont peur de perdre leur niveau de vie actuel, donc qui se replient sur elles. Des blessées de la croissance économique et de la régression de la solidarité, en somme.
L’heure de vérité approche. Si les chrétiens-démocrates n’en sont pas encore à réclamer son départ, les sociaux-démocrates, eux, pourraient faire chuter le quatrième gouvernement Merkel. Le SPD, partenaire de coalition de la Chancelière, doit élire une nouvelle présidence. Les résultats de ce vote seront connus le 26 octobre, veille des élections régionales en Thuringe, un autre Land de l’Est, où le score de l’AfD est d’ores et déjà acquis.
Pour remonter le moral de son amie Angela, à qui la ville de Leipzig a décerné un diplôme honoris causa, Christine Lagarde a loué son « sens du devoir » (le « JDD », 1/9). Réponse de la Chancelière : « Je ne savais pas que cet éloge funèbre serait précédé d’un processus d’évaluation scientifique. »
Même à l’agonie, la dame de Berlin ne perd pas le sens de l’humour…
Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.
La procédure judiciaire sur les sondages de l'Élysée avance. \o/ Rappel : en 2007-2012, l'équipe de Sarko fait réaliser pour 10 millions d'euros de sondages qui ont peu à voir avec la fonction présidentielle, mais beaucoup à voir avec la vie personnelle et l'image de Sarko. Ces marchés publics sont-ils légaux ? Comme d'habitude, l'immunité protège l'ancien chef d'État… :(
Ça promet. La date du spectacle n’est pas encore connue. Mais il aura bien lieu, avec comme titre encore provisoire : « L’absent a toujours raison ». Le casting vient d’être précisé par le juge Tournaire. Dans son ordonnance du 29 août, au sujet de l’affaire des sondages de l’Elysée (2007- 2012), il renvoie devant le tribunal correctionnel l’ex-secré-taire général du Château Claude Guéant, l’ancienne directrice de cabinet Emmanuelle Mignon, les conseillers Patrick Buisson et Julien Vaulpré, le publicitaire Jean—Michel Goudard et le sondeur-politologue Pierre Giacometti. De sacrées vedettes !
On se poile à l’avance en imaginant les entrées et sorties des avocats de cette fine équipe, multipliant les effets de manches pour expliquer que l’Elysée n’est pas dans le pays réel, que la présidence de la République échappe au droit commun et que la justice n’a donc pas à s’occuper de la légalité des marchés publics. Non mais !
On se régale aussi de la future qualité des dialogues, lorsqu’il s’agira d’expliquer pourquoi l’argent du contribuable (pas loin de 10 millions) a servi à demander à des centaines d’« échantillons représentatifs » ce qu’ils pensaient du divorce d’avec Cécilia, de la possibilité d’un mariage avec Carla ou de la grossesse de Rachida Dati. Et rien sur le sexe des anges ?
La star, espérée par Anticor (à l’origine de la plainte), ne sera toutefois pas présente. Nicolas Sarkozy — puisqu’il s’agit évidemment de lui — bénéficie de l’immunité présidentielle. Il sera cependant, à n’en pas douter, la vedette de ce vaudeville politico-financier.
En se débrouillant bien, il va pouvoir dédicacer ses bouquins à la sortie du tribunal.
Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.
Tout à son délire de transformer l’Inde en pays exclusivement hindou, le Premier ministre Modi a fait rayer du « registre de la citoyenneté » 2 millions de musulmans vivant dans l’Etat de l’Assam. Un chiffre insuffisant pour les durs de son parti, qui prétendent que de nombreux musulmans ont produit de faux documents pour rester citoyens, tandis que des Indiens « authentiques » ont été exclus. Pour compléter cet imbroglio nauséahond, « Le Monde » (3/9) cite l’exemple d’une famille « coupée en deux » dans laquelle trois frères et sœurs ont été évineés du registre, « tandis que la mère et une autre sœur y figurent ».
Modi soit ce genre de registre !
Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.
Coût de la première tranche du parc éolien en mer français : 22,3 milliards. Prix d'achat de l'électricité produite : 131-155 €/megawattheure. Prix de marché de l'électricité (toutes sources confondues) : 51 €/megawattheure.
Brasser du vent peut s’avérer fort onéreux ! Les six premiers parcs éoliens offshore, implantés dans la Manche et l’Atlantique, vont mobiliser une manne d’argent public supérieure aux estimations initiales : 22,3 milliards d’euros sur vingt ans ! Encore s’agit-il d’une évaluation minimale.
Jusqu’à présent, le gouvernement avait gardé ce chiffre secret. Mais la Commission européenne a mangé le morceau. Le 26 juillet, Margrethe Vestager, commissaire à la Concurrence, a validé les subventions accordées par les autorités françaises aux six parcs marins. Passé inaperçu, le document accompagnant cet avis fournit tous les détails des prix, non sans les assortir de quelques commentaires assassins…
Sélectionnés en 2011 et en 2012 à l’issue de deux appels d’offres, les aménageurs de ces fermes éoliennes se verront octroyer une subvention de 3 à 4,9 milliards d’euros par parc, sous forme de « tarifs garantis » d’achat d’électricité. Cette aide compensera la différence entre le coût de l’électricité produite à partir de l’énergie éolienne en mer et le prix de marché de l’électricité durant vingt ans, ce dernier chiffre — 51 euros le méga-wattheure — étant resté jusque-là inédit…
Silence, on tourne
Si la Commission a donné son feu vert, elle n’en critique pas moins un coût « élevé en regard d’autres projets éoliens en mer développés à l’heure actuelle avec des technologies plus récentes, dans d’autres pays enropéens mais également en France ». Le 10 décembre 2018, en effet, EDF a remporté un nouveau marché à Dunkerque en proposant un prix de rachat record de 44 euros le méga-wattheure, soit trois fois moins que ce qu’affichent les six parcs de la Manche et de l’Atlantique ! Selon le tableau publié par la Commission, les « tarifs garantis » d’achat s’échelonneraient de 131 euros pour Dieppe-Le Tréport a 155 euros pour Saint-Brieuc.
Et encore ! pour le contribuable, cela aurait pu être pire ! Il a fallu qu’en 2018 Edouard Philippe menace les industriels d’enterrer tout le programme pour que ceux-ci acceptent des prix de rachat plus modestes (« Le Canard », 8/5). A l’origine, EDF, Engie et l’espagnol Iberdrola espéraient empecher 200 euros par méga-wattheure**…
Ces coûteux champs de moulins à vent devraient commencer à tournoyer en 2020 ou en 2021. Une transition énergétique à la française qui débutera avec dix ans de retard sur bien des pays européens…
… Ce qui n'est pas forcément un tort : le temps permet d'affiner les techniques, les outils, les méthodes d'exploitation, etc.
Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.
Un article alarmiste sans éléments concrets mais qui permet néanmoins de faire le point sur Tracfin : qui est tenu de lui signaler quoi, hausse des déclarations de soupçons, effectifs, collaboration avec les autres services fiscaux internationaux et de renseignement français, moyens techniques, dérive potentielle (la directrice est une inspectrice des finances, plus une magistrat), etc. À rapprocher de la création en cours d'un 7e service de renseignement fiscal au sein de Bercy.
Écoutes téléphoniques, géolocalisation, fonds secrets… Tracfin espionne les contribuables sans réel contrôle.
Bientôt, ils vont compter nos pièces dans notre porte-monnaie », s’agace un flic de la PJ. Même du côté des poulets spécialisés dans la délinquance financière, en trouve que Tracfin « est en train de devenir un monstre a la curiosité insatiable et échappant à tout contrôle ». Conçu pour lutter « contre les circuits financiers clandestins » et le blanchiment, cette petite boutique est sans doute la plus méconnue parmi les services de renseignement français. Placé sous la tutelle de Bercy, il s’est aujourd’hui mis en tête d’épier, grâce aux algorithmes, les dépenses et rentrées d’argent des Français. Après les barbouzeries en tout genre sur les téléphones et les ordinateurs, place à la police des comptes en banque. Dépensez, vous êtes fiiqué !
C’est simple : pour Tracfin, tout retrait d’espèces supérieur à 1 000 euros suivi d’un transfert bancaire est considéré comme suspect. Des centaines de milliers d’opérations sont transmises automatiquement par les établissements bancaires au service anti-blanchiment.
De surcroît, banquiers, notaires, commissaires aux comptes, greffiers de commerce, agents immobiliers et même avocats sont tenus de jouer les balances dès qu’ils tiquent sur une transaction : le Code monétaire et financier leur enjoint de cafter à Tracfin. L’an passé, on dénombrait 80 000 « déclarations de soupçon », contre 30 000 il y a cinq ans. Belle inflation !
Tracfin est ainsi devenu le principal auxiliaire du fisc : 90 % des « contrôles programmés » par la Direction nationale des enquêtes fiscales ont comme source une info issue de ce service. En 2018, ce mouchardage aurait permis de collecter près de 300 millions d'euros. Mais les espions de Bercy ne s'arrêtent pas là : ils balancent aussi aux autres services de renseignement. « Nous sommes les seuls à travailler avec tout le nmnde », se vante l’un de ses chefs. L’an passé, pas moins d’un millier de notes secrètes ont été filées à la DGSE et à la DGSI. Mais, chut ! secret—défense…
Liaisons dangereuses
Même à l’étranger, Tracfin piste les contribuables à leur insu. Le plus petit service de renseignement troque ses infos avec les cellules fiscales de 160 pays. Deux ou trois fois par an, tout ce petit monde se réunit au sein du groupe Egmont (châ— teau bruxellois où un premier rassemblement eut lieu en 1995)… Ce club d'échanges, désormais à Toronto, dispose même d’une base de données commune cryptée. Un agent de Tracfin confie : « Lorsqu’on apprend que des Anglais blanchissent en France, on le fait savoir à Londres. »
Et tout ça loin des regards indiscrets : les 170 agents de Tracfin sont soumis au secret-défense. Certains sont carrément détachés de la DGSE et de la DGSI afin de jouer les officiers de liaison. Avec les moyens ad hoc : fonds secrets (environ 150 000 euros annuels) et lignes d’écoute non judiciaires (une vingtaine), sans oublier l’accès aux factures téléphoniques détaillées et a la géolocalisation. Pratique, pour « tracer » un détenteur de carte bancaire…
Quel genre de contrôle s’exerce sur ces contrôleurs de vie privée ? Fort léger. La délégation parlementaire au renseignement se contente de rencontrer le patron de Tracfin et de prendre connaissance de son rapport d’activité. Quant à l’Inspection des services de renseignement, personne à Bercy ne se rappelle en avoir vu un représentant… A l’inverse, le pouvoir exécutif couve l’officine d’Etat d’une attention particulière. C’est pourquoi l’Elysée n’a guère goûté, l’an passé, d’apprendre dans la presse que Tracfin avait enquêté sur un oligarque russe lié à Alexandre Benalla. Cette cachetterie a valu au patron de l’agence d’être débarqué en juillet.
Bien renseigné
Il est vrai qu’une note sur le sujet avait été transmise au Parquet national financier. L’an passé, Tracfin a adressé 1 038 signalements aux juges — soit 51 % de plus qu’en 2017 ! Ce qui a permis à la justice d’accrocher à son tableau de chasse Cahuzac, Balkany, Le Pen… « Nous sommes capables de transmettre un dossier clés en main aux juridictions concernées », assure, un poil vantard, un cador de Bercy. Une cinquantaine de dossiers actuellement instruits au Parquet national financier ont été nourris par Tracfin. Même pas besoin de procédures compliquées pour saisir la justice : une disposition du Code monétaire taillée sur mesure le permet.
L’arrivée en juillet à la tête de l’officine d’une inspectrice des finances — et non d’un magistrat, comme son prédécesseur — a créé quelques remous. « On peut craindre une reprise en main de l’outil par le politique », préviennent des hauts fonctionnaires. La feuille de route de la nouvelle taulière est claire : rendre Tracfin encore plus puissant, en absorbant la Direction nationale des enquêtes fiscales et le renseignement douanier. Pas gagné…
L’ambition non dissimulée est de « créer une sorte de NSA à Bercy » — autrement dit, un Big Brother à la française. Des outils pour y parvenir ? La collecte, toujours plus vaste, de métadonnées et l’intelligence artificielle. La patronne va devoir claquer un pognon de dingue pour renouveler son système informatique. Ce joujou, qui a coûté 15 millions d’euros, est déjà « sous-dimensionné ».
Il va en falloir, des rentrées fiscales…
Les orpailleurs de Montreuil
Depuis quatre ans, les attentats et menaces islamistes ont conduit à une hausse des moyens et des effectifs, passés d’une centaine d’agents à 170. Une division dédiée à la lutte contre le financement du terrorisme a même été créée, en 2015. Mais, à en croire une méchante langue de la PJ, les tuyaux qu’elle a fournis sont d’un diamètre limité. En tout cas, grâce à ces renforts, pas moins de 25 fonctionnaires opèrent un tri, chaque matin, à Montreuil, dans le bunker de Tracfin, parmi les « signalements » en tout genre. « Pour trouver une pépite, nous sommes obligés de filtrer le fiux de toute la rivière », justifie l’un des chefs. A force de mouliner de plus en plus de données, le service pond toujours davantage de notes de renseignement : 3 300 en 2018, soit deux fois plus que l’année précédente ! Au risque de s’y noyer. Ou de n’attraper que les petits poissons. Les gros, eux, savent comment échapper au filet.
Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.
En gros, Macron va la jouer "c'pas ma faute, c'est celle du méchant Sénat pas gentil" et, si ça ne marche pas, la réforme consistera uniquement à ajouter une dose de proportionnelle aux élections législatives. Ce dernier point permettra l'entrée de petits partis au Parlement (RN, NPA, DLF, Les Patriotes, etc., bonjour), de redécouper les circonscriptions électorales afin de s'offrir un matelas de voix pour la présidentielle de 2022, et de rendre encore moins claires les règles de l'élection législative afin que le citoyen soit encore plus paumé. Tout bénéf', quoi (je suis ironique).
Sur les autres sujets de cette révision constitutionnelle, je reprends ce que j'ai déjà écrit :
La patate chaude de l'échec
Juste après la présentation du nouveau projet de révision constitutionnelle, le 28 août en Conseil, le chef de l’Etat a donné à ses ministres quelques éléments de langage pour défendre la réforme.
« Dans vos interventions médiatiques, leur a-t-il dit, mettez l’accent sur la proportionnelle, sur la réduction du nombre de parlementaires et sur la réforme du Cese, parce qu’elle répond à un besoin de représentation des citoyens et de la société. »
Macron voulait surtout préparer ses ministres à la probable offensive de Larcher contre le projet.
« En absence d’accord, a-t-il insisté, il faudra souligner la responsabilité du Sénat, rappeler que nous avons fait un certain nombre d’avancées dans sa direction et dans ce qui est ressorti du grand débat, ce qui têmoignait de notre volonté de consensus. C’est la majorité sénatoriale qui a choisi d’empêcher la réforme. »
S’il n’y croit pas lui-même…
Une fleur à Bayrou
En tout cas, Macron planche déjà sur la parade. Constatant que le Sénat bloque toute révision constitutionnelle, le gouvernement dénoncera le conservatisme indécrottable de la Haute Assemblée et proposera une seule réforme : un changement de scrutin pour les législatives qui relève de la loi ordinaire et de la seule Assemblée nationale, où les macronistes ont une large majorité.
Il s’agirait d’introduire une forte dose de proportionnelle sans changer le nombre de députés : 577. Le projet initial prévoit 15 % de députés élus au scrutin de liste, et il pourrait atteindre 20 % (soit 115 députés) pour complaire à l’ami François Bayrou. Intérêt supplémentaire de l’opération : procéder à un redécoupage aux petits oignons des circonscriptions.
Mais il y a urgence : il faudrait adopter ledit projet rapidement, afin de procéder à un redécoupage avant juin 2021 , soit un an avant le scrutin.
Bah ! Macron ne pourra pas refuser ça à Bayrou… Surtout après lui avoir fait avaler la couleuvre Goulard.
Dans le Canard enchaîné du 4 septembre 2019.
Après l’« Huma », c’est l’hebdomadaire « L’Humanité Dimanche » (22/8) qui se met à avoir de sérieux doutes sur les millions de manifestants réclamant plus de démocratie à Hongkong. « Un mouvement en eaux troubles » agité par « des mouvances politiques identitaires et d’extrême droite » et par des « adeptes » du scénario de déstabilisation jadis ourdi par Thatcher.
Mais aussi attisé par les Eglises chrétiennes locales. - Sans compter, bien sûr, le parti de l’étranger, prodiguant ses « supports financiers ». Ainsi, Joshua Wong, « icône de la jeunesse rebelle », est aussi le « récipiendaire favori de fondations américaines droits-de-l’hommistes en lien avec [une] émanation de la CIA »…
Damned !
J'aime le monde d'aujourd'hui. Il me rappelle les années 60. À l'époque, au moindre mot / geste de travers, t'étais taxé de communiste. Booooooouh les méchants rouges, c'est rien que des méchants pas beaux qui sont tenus en laisse par un méchant dictateur pas gentil. Pendant ce temps, l'ultra-libéralisme, tempéré à la sortie de la guerre (on pense aux nationalisations, par exemple), reprenait sa place. Est-il mieux en termes de souffrance humaine ? J'en doute. Mais boooooouh fallait avoir peur du rouge, c'était eux les méchants pas beaux, pas le gentil capitaliste qui crée de l'emploi trop bien !
C'est la même chose aujourd'hui. Booooooouh le méchant musulman qui va nous grand-remplacer ! Booooooouh les crevures de droits-de-l'hommistes qui veulent tout nous interdire et nous voler ! Booooooouh une main étrangère dans tous les mouvements sociaux (gilets jaunes, Hongkong, printemps arabe, etc.) ! Ouais, le citoyen est trop con pour avoir envie de se révolter, c'est une évidence ! Booooooouh t'es d'extrême-droite, toi, même que tu regardes Thinkerview et que t'as lu Céline, alors !
Et, à l'inverse, il suffit de regarder béatement Thinkerview ou de lire béatement Fdesouche ou d'écouter béatement Zemmour pour pouvoir se coller l'étiquette de libre penseur persécuté…
Et après tout ça, notre espèce s'auto-désigne « animal pensant ». Laisse-moi rire !
Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.
Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès de la ministre de la Transition écologique, est catégorique (« Le Monde », 27/8) : « Nous n’avons pas d’alternative à l’économie de marché. » Ce qui est la reprise littérale d’une célèbre phrase prononcée le 25 juin 1980 par la Première ministre britannique Margaret Thatcher à propos du capitalisme ultralibéral ( « there is no alternative ») !
Etre macronienne et en même temps thatchérienne, avec Wargon, c’est possible !
C'est plus clair, comme ça ? Du coup, on va se contenter d'une écologie de marché, c'est-à-dire une « écologie non punitive » (comprendre « non contraignante ») chère à Ségo et à d'autres. « Notre maison brûle » et nous allons regarder ailleurs encore longtemps.
Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.
L'air à l'intérieur des avions est-il parfois gorgé de substances issues de la combustion des huiles de moteur ? 1 vol sur 2000 est concerné soit 18 500 vols par an (sur une base de 37 millions de vols en 2017, sachant que je mélange des chiffres de l'agence anglaise avec ceux de l'ASN donc lala). L'OCI évoque des incidences sur la sécurité des vols. la FAA dit que tout va bien et les constructeurs d'avions démentent mais prennent des mesures…
Avoir mal au cœur en avion ou y renifler des odeurs gênantes peut gâcher un voyage. Et signifier que l’atmosphère, dans la cabine, est d’une pureté douteuse, pour ne pas dire préoccupante.
L’air respiré dans l’appareil vient de l’extérieur et passe par les réacteurs. Il s’y charge parfois — à cause d’un manque d’étanchéité des circuits — de particules d’huile de lubrification des moteurs. Cette huile chauffée à haute température (le liquide de refroidissement peut aussi être impliqué) produit des substances susceptibles d’affecter le système nerveux.
Ce phénomène, les constructeurs le connaissent. La preuve ? Dans une lettre du 7 juin adressée à la compagnie portugaise TAP, dont « Le Canard » a eu connaissance, Airbus indique qu’il se produit surtout « au démarrage ». Le 27 mai, Air France lui a consacré une journée d’études, en ses locaux du Bourget. Selon les chiffres britanniques officiels, ce type d’incident, englobé sous l’appellation. plus large de « fume event », concerne 1 vol sur 2 000.
Dans « Envoyé spécial » (France 2), le 26 avril 2018, des pilotes, stewards et hôtesses accusaient le « syndrome aérotoxique » — dixit certains experts — d’avoir détraqué leur santé et leur carrière. Le 29 juillet, Eric Bailet, ex-pilote d’EasyJet, a saisi le tribunal de Toulon pour voir reconnue comme maladie professionnelle une affection neurologique qu’il estime avoir contractée dans le cockpit. Deux juges d’instruction parisiens l’ont reçu le 9 mai dernier. D’autres navigants ont saisi d’autres juridictions. Tous pensent que cet air vicié pourrait affecter leur équilibre, leur concentration, et même provoquer des malaises.
Zéro malaise
Alors qu’en 2015 un rapport de l’Organisation civile internationale (dépendant de l’ONU) allait jusqu’à évoquer des « incidences sur la sécurité du vol », constructeurs et compagnies assurent au « Canard » que la sûreté à bord n’est pas impactée. « L’air des cabines est sain » (Boeing, citant plusieurs études, menées notamment par l’agence gouvernementale américaine). « Il n’y a pas de corrélation entre les malaises et les odeurs, même si ces dernières font l’objet d’« investigations techniques » (Airbus). « Tous nos avions sont équipés de filtres “high efficiency particulate air”, et nos équipages sont formés pour faire face à un “incident fumée” » (Air France). Moins serein, un pilote syndiqué au SNPL reconnaît les « bons résultats des analyses réalisées à la demande du comité hygiène et sécurité d’Air France » mais regrette que les prélèvements ne soient pas toujours effectués au moment des incidents. Quant aux soucis de santé des navigants, « ils peuvent, suggère-t-il, être sous-déclarés. S’avouer malade, c’est risquer son emploi ».
Les expertises se poursuivent. Sur certains appareils, le changement des huiles moteur est envisagé. Et l’installation de nouveaux filtres à particules chimiques promise.
Tout de suite, ça détend l’atmosphère…
Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.
Des bennes à ordures « intelligentes » : c'est la fierté du district de Xicheng, à Pékin. Avis aux déviunis qui jetteraient n’importe quoi n'importe comment ! Selon « Courrier international » (22/8), les habitants doivent désormais « scanner leur visage avant de déposer leurs déchets triés ».
Gare au tri sélectif des bons citoyens !
Est-ce l'un des critères de notation du vaste système de surveillance chinois nommé « crédit social » ?
Dans le Canard enchaîné du 28 août 2019.