Un article sur le village Emmaüs Lescar-Pau. L'une des communautés Emmaüs, c'est-à-dire un lieu où vivre, participer, faire partie d'un groupe. Depuis 2010, les compagnons sont reconnus comme des travailleurs solidaires, qui cotisent pour leur retraite et un accès à la CMU-C. Ce village près de Pau n'est pas auto-géré ni auto-suffisant, mais ça progresse. 130 habitants, 70 éco-constructions, une ferme alternative, une épicerie, un bar, un restau, un journal local, des ateliers, etc. La population inclut des ex-conseillers financiers, des ex-agent immobilier, des enfants de riches, etc. en quête d'un sens à leur vie et à leurs actions.
On pensait trouver des gueules cassées, des abîmés de la vie, des SDF paumés, chez Emmaüs. Mais non : un cadre sup’, un conseiller financier, une agent immobilier…
« Je bossais pour des multinationales, dans un cabinet de conseil en droit. Je n’avais jamais de doutes. Mais aller n’importe où en France pour faire des plans sociaux, un jour, ça vous bouffe. Alors, je suis venu ici. Je me suis mis dans le collectif. J’ai abandonné la pression.
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On était dans l’enclave d’Emmaüs Lescar-Pau. 130 habitants, 70 baraques. Un territoire libéré du capitalisme. Sans doute pas parfait, non, pas une utopie, mais une expérience, sa ferme alternative, ses cochons, ses poules, ses champs pour le blé, ses maisons en éco-habitat. Et son patron-fondateur, Germain. Qui s’était présenté, d’emblée, le matin : « Des chaussures de moine, une tête de missionnaire, mais entre les deux, c’est Satan qui domine. » Un diable, donc, avec un projet politique : « On a de suite voulu faire autre chose que de la gestion du misérabilisme. On veut renverser le système, proposer autre chose. »[…]
« Et alors, comment vous en êtes arrivés là ? », relance le rédac’ chef.
Jean-Pierre, l’ancien conseiller des multinationales, la cinquantaine, poursuit :« Quand j’ai vécu la mort de mon frère dans mes bras, ça a tout changé. Je suis d’abord venu pour quinze jours, puis je suis rentré, j’ai tout vendu, tout liquidé, et je suis revenu. Ici, je fais plein de choses dont je ne me pensais pas capable. Quand on arrive au village, on est un peu consommateur, on a besoin de se refaire. Puis on devient acteur. Ici, si quelqu’un veut créer quelque chose, il le fait. »
Telma, une jeune quadra, a elle aussi fait sa révolution.
« J’avais envie de changer de vie. Avant, j’étais agent immobilier, je ne doutais de rien : je travaillais de 8 heures à 21 heures, et je ne voyais pas mon enfant. J’ai eu beaucoup d’argent, mais je ne profitais pas de la vie avec lui : on avait de l’argent, mais pas de temps. Je suis arrivée il y a cinq ans, un peu par hasard, et je ne suis pas repartie. »
Les mêmes histoires se succèdent, avec ça à chaque fois : la quête d’un sens, fuir des vies qui n’offraient plus d’horizon, étouffantes. […]
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Marzena, elle, a débarqué à Emmaüs à 20 ans, en 1996, depuis sa Pologne natale : « Ici, c’est pas le chemin classique de la société : on n’est pas là pour un patron ou pour des bénéfices. Ailleurs, les gens sont formatés à ça. On est devenus des robots, juste bons à bosser et payer. Je ne veux pas de cette vie-là.[…]
Via le numéro 89 (juin-août 2019) de Fakir.