Un bel exemple de lutte contre les inégalités d’accès à l’enseignement, dénoncées haut et fort par les ministres Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal ! Les prestigieuses Ecoles centraies de région (Lille, Lyon, Marseille et Nantes), établissements publics créés pour former des ingénieurs de haut niveau, viennent tout juste de… quadrupler leurs frais de scolarité !
Maladroits de scolarité
Dès la rentrée prochaine, les futurs étudiants devront négocier avec leurs parents (ou leur banquier) pour lâcher 2 500 euros par an, contre 615 euros jusqu’à présent, comme l’a rapporté le site Educpros (24/7). Si cette decision du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, dont dépendent les différentes Ecoles centrales, a cueilli à froid leurs élèves, elle réjouit leurs dirigeants, qui réclamaient une hausse des droits d’inscription depuis bien des années.
« Notre budget est de plus en plus contraint, explique Frank Debouck, vice-président du Groupe des Ecoles centrales. Sur la seule Ecole centrale de Lyon, que je dirige, nous avons besoin de rénover le campus, vieux de cinquante ans, mais aussi de financer les nombreuses formations que nous avons ouvertes en quelques années, ainsi que l’augmentation sensible de la taille des promotions. »
Et de rappeler que la réforme de la taxe d’apprentissage en 2014 a provoqué une baisse notable des montants que les grandes écoles d’ingénieurs collectaient par ce biais. « A Lyon, nous avons perdu 400 000 euros d’un coup, sur un budget de 40 millions. Cette hausse des frais de scolarité ne fera que compenser l’argent perdu. »
Heu, lol ? 400 000 € c'est 1 % de 40 000 000…
Il n’empêche. Le dirigeant a beau préciser que les Ecoles centrales accueilent environ 80 % de boursiers et qu’« aucun élève ne sera laissé sur le bord de la route », cette explosion des droits d’entrée ne va-t-elle pas dissuader les étudiants d’origine modeste ou issus des classes moyennes de s’engager dans cette voie ?
D’après une enquête — citée par « Les Echos » (17/5) — réalisée par le site d’éducation spécialisé News Tank, le coût moyen des écoles publiques d’ingénieurs a déjà bondi de 28 % en cinq ans (de 707 euros en 2012 à 908 euros en 2017), et treize d’entre elles ont doublé leurs frais de scolarité.
« Le modèle des écoles d’ingénieurs est en train de rejoindre celui des écoles de commerce, très segmenté, entre élèves boursiers d’un côté et élèves issus de familles aisées de l’autre, déplore Grégory Barrère, du Bureau national des élèves ingénieurs. Il est urgent de repenser le choix des sources de financement des écoles publiques si nous ne voulons pas aller vers un système à l’anglo-saxonne. » Pourquoi ? C’est un modèle qui déplaît au sommet de l’Etat ?
Dans le Canard enchaîné du 1er août 2018.
Sans l’affaire Benalla, le pot aux roses n’aurait peut-être jamais été découvert. Depuis des années, la Préfecture de police (PP) fait un usage immodéré, et surtout illégal, des vidéos enregistrées par les caméras de surveillance dont elle a truffé les rues de Paris. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui tombe des nues, vient de déclencher une enquête et un contrôle sur pièces pour connaître l’ampleur des cachotteries. La Cnil l’a d’autant plus mauvaise qu’elle a réalisé l’année dernière une enquête sur la durée de conservation des vidéos de la police parisienne !
Le rapport est presque achevé, mais il va falloir en durcir les conclusions. Désormais sommé de s’expliquer, docs à l’appui, le préfet de police s’éponge le front : trois de ses flics sont mis en examen pour avoir, le 18 juillet, transmis sous le manteau à Benalla une vidéo tournée deux mois et demi plus tôt, place de la Contrescarpe, par une caméra de la Préfecture de police.
Open barbouzes
Des images qui auraient dû être détruites automatiquement au bout de trente jours en l’absence de réquisition judicaire, comme l’exige la loi. Les auditions menées par la police des polices, auxquelles « Le Canard » a eu accès, lèvent le voile sur un système d’archivage clandestin des vidéos mis en place au plus haut niveau de la PP. Dans le dos de la Cnil et des magistrats, les poulets parisiens ont pris l’habitude de faire leur marché parmi les images capturées par les 2 739 caméras de « voie publique », mais aussi dans celles enregistrées par 33 430 « caméras partenaires » implantées dans des gares, des musées, des grands magasins et des centres commerciaux. Puis de les archiver sur DVD-ROM autant de temps que ça leu1 chante.
Les flics croient pouvoir justifier cette pratique parfaitement illégale en interprétant une note du 21 fémier 2017 signée du directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC) ! Ce document organise la cellule Synapse censée faire de l’analyse stratégique à partir des films vidéo de manifs ou de grands événements. lnvoquant la note du patron de la DOPC, les poulets récupèrent et conservent toutes les images souhaitées. Buffet à volonté !
Cuisiné par les « bœufs-carottes », le patron de Synapse, poursuivi dans le dossier Benalla pour « détournement d’images de vidéoprotection » et « violation du secret professionnel », a juré ne pas savoir que cette pratique était interdite. Mieux : à l’en croire, tous les pontes de la PP étaient dans la même ignorance. Seul le directeur de l’ordre public a reconnu sur procès-verbal, et du bout des lèvres, « une difficulté juridique ». Mais il a fini par làcher le morceau : « C’est une pratique qui concerne toutes les directions de la Préfecture de police qui ont accès au PVPP (systéme de vidéosurveillance de la Préfecture). » D’habitude peu répressive, la Cnil va-t-elle aller jusqu’à punir les directeurs de la PP en les privant du joystick qui leur permet, depuis leur bureau et zoom à la clé, de piloter n’importe laquelle des caméras qui surveillent la capitale ? Ce serait affreux !
Résumons :
Si seulement cela peut servir de leçon à toutes les personnes qui ordonnent la pose de toujours plus de caméras dans l'espace public tout en nous promettant que les vidéos seront stockées de manière sécurisée (quoi que ça veuille dire), que leur consultation ne sera pas open bar car il y aura un registre de consignation, qu'elles seront seulement extraites et visionnées sur réquisition judiciaire, etc. Pipeau. En voici une démonstration parmi tant d'autres.
Les policiers parisiens qui ont accès aux images captées par les 36 169 caméras installées dans les rues, le métre, les grands magasins ou les sous-bois sont censés être eux-mêmes surveillés de près. Depuis 2009, un comité d’éthique — composé de persannalités et d’élus nommés par la Ville de Paris et par la Préfecture de police (PP) — est chargé de traquer les abus et de veiller au respect de la vie privée des millions de personnes filmées chaque année. Sauf que ce comité, créé à la demande de l’équipe Delanoë, semble plus tenir du guignol que du gendarme…
Depuis neuf ans, ses membres n’ont réussi à pondre que deux rapports d’activité, dont le plus récent date de… 2014. Ils ne se sont même quasiment jamais réunis en 2015 et en 2016, malgré les plaintes récurrentes des élus Verts au Conseil de Paris. Depuis, un miracle est survenu : comme l’avoue pudiquement la Mairie, le comité fonctionne « de nouveau depuis le 2 février 2017 ».
« Fonctionne » est un bien grand mot : ses membres sont dénués de tout pouvoir. Ils n'ont pas le doit de farfouiller dans les ordinateurs de la Préfecture ou de regarder les images archivées dans la salle de commandement de la PP, reliée aux 36 000 caméras.
En pratique, leur compétence se limite à traquer les caméras qui sont en positien de filmer l’intérieur des appartements (c’est iliégal) et à défendre le droit d’accès des citoyens aux images qui les concernent (une centaine de demandes par an). Et, pendant que le comité d’éthique joue les utilités, le parc de caméras grossit. Depuis 2009, elles ont été multipliées par environ 33 ! Avec l’aide discrète de la Mairie de Paris, qui a obligeamment branché sur la Préfecture ses propres appareils installés dans des parkings et des cités HLM. Mais aussi la collaboration de la RATP, de la SNCF et des patrons de centres commerciaux.
En toute « éthique », bien entendu…
Encore un contre-pouvoir bien utile, tiens…
Dans le Canard enchaîné du 1er août 2018.
Ce documentaire tourné en 2015 et diffusé en 2016 est un retour d'expérience d'une journaliste qui tente de vivre avec des pratiques du 21e siècle sans pour autant être surveillée en permanence.
Il y a du bien et du moins bien dans ce film. Les risques sont plutôt bien exposés (flicage par les services numériques, flicage vidéo d'État dans la rue, flicage à usage commercial par les cartes de fidélité et les cartes bancaires, flicage par les compagnies de transport, etc.). En revanche, les bouts de solution sont donnés à toute vitesse (et parfois pas du tout, comme le nom de l'application pour chiffrer ses appels téléphoniques, impossible pour un téléspectateur de noter quoi que ce soit. De même, j'ai un peu de mal à accepter la présente de charlatans de la protection d'identité ainsi que la réponse totalement à côté de la plaque (concernant les solutions possibles) de la présidente de la CNIL.
Ce que j'aime beaucoup dans ce documentaire, et ce qui le différencie de nombreux autres, c'est qu'il nous force à admettre qu'il faut faire des compromis (c'est-à-dire choisir quelle surveillance est inévitable pour conserver notre mode de vie) et nous adapter en permanence, car il n'y a pas de solution miracle qui résout tous les problèmes d'un coup. Le documentaire expose également qu'il faut agir dans le domaine politique pour changer la législation. Et ça, c'est très rare dans un documentaire.
Bref, je trouve que c'est un bon documentaire pour mettre le pied à l'étrier à quelqu'un. Évidemment, comme dans toute vulgarisation, il y a pas mal d'oublis et d'erreurs…
Je retiens :
Un livre qui cause de l'inconscience technologique (on va résoudre tooooous nos problèmes avec la technologie genre un pad, un wiki, un réseau social !), du réductionnisme que constitue une analyse chiffrée de tout, du paternalisme numérique, mais pas que, qui nous empêche de comprendre le monde et d'interagir avec lui, de la ludification de tout dans l'optique de faire participer le citoyen que l'on dénude de tout sens civique, de nos comportements de rats de laboratoires qui réagissons uniquement à des impulsions constamment renouvelées émises par nos joujous numériques, etc.
Si je devais résumer ce livre en quatre phrases :
Bien que ce livre soit pompeux, que son auteur soit excessivement agressif dans la manière de présenter les théories et les auteurs qu'il va tenter de déconstruire, il est rigoureux et sourcé, donc j'en recommande vivement la lecture, notamment aux personnes qui pensent qu'un outil numérique (Wikipedia, Internet, le fact-checking, etc.) peut, en lui-même, en dehors d'une analyse plus poussée, résoudre un problème complexe. Comme ceux qui pensent que l'on peut remplacer les agents de la DGCCRF par une FAQ sur le net : un moteur de recherche ne sait pas analyser une situation et y appliquer des compétences juridiques, il sert uniquement à pointer de l'information. Ce n'est pas le même service. Comme ceux qui pensent traiter les problèmes de solitude, de rejet, de manque de confiance en soi dans les relations amoureuses en vendant des poupées gonflables hyper giga mega réalistes. Ce n'est pas du tout la même chose (sans compter la réduction amour = sexe).
Mes notes ci-dessous.
Généralités :
L'auteur déconstruit deux courants de pensée qui sont liés : le solutionnisme et le webcentrisme.
Je pense que l'auteur se trompe sur plusieurs points :
Divers :
Ainsi que 99 nouveaux dessins pour ne plus faire de fautes.
L'auteure nous propose d'utiliser des dessins mnémotechniques afin de se souvenir de la graphie des mots. J'ai trouvé l'idée originale, d'où ma lecture de ces deux ouvrages. D'autant que je me trouve trop dépendant des correcteurs orthographique et grammatical…
Ces livres se concentrent essentiellement sur les homophones, c'est-à-dire des mots qui se prononcent de la même façon, mais qui s'écrivent différemment (cession / session, pause / pose, quand / quant, détonant / détonnant, etc.), et sur des mots qui ont une orthographe proche mais un sens différent (exhausser / exaucer, discerner / décerner, collision / collusion, hiverner / hiberner, etc.). On y trouve aussi des rappels de règles d'utilisation des mots (comme le bon usage des verbes apporter un objet / amener une personne ou de naguère / jadis (plus vieux dans le temps) ou le fait que « autre alternative » et « double alternative » sont des pléonasmes), des rappels orthographiques (connexion, accueil, câlin, aborigène, marc de café, acquit de conscience, etc.) voir des rappels concernant des noms propres (Victor Hugo, Simone Weil (philosophe) / Simone Veil (IVG), etc.).
Ces livres devraient être lu par les opposants à la féminisation des mots et des expressions voire à toute forme d'évolution de la langue. Les nombreuses explications de l'auteure leur montrerait que notre langue a beaucoup évolué, avec de nombreuses guéguerres de linguistes / grammairiens : sens dessus dessous (c'en -> sans -> sens pendant plus de 7 siècles), amende / amande et ancre / encre (qui ont pris l'orthographe de l'autre au fil des siècles), etc.
Ce livre nous propose un bilan de l'état d'urgence qui a été instauré en France entre le 14 novembre 2015 et le 31 octobre 2017.
Il s'agit d'un bilan à mi-parcours : le livre ayant été publié en 2016, il ne prend pas en compte les derniers dénouements comme la censure constitutionnelle du fait que les préfets pouvaient autoriser les contrôles d'identité + les fouilles de bagages + les fouilles de véhicules sur de longues durées (24 heures renouvelables) et sur de larges zones géographiques (jusqu'à l'intégralité du département), ou le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » qui transpose toujours plus de mesures exceptionnelles de l'état d'urgence dans le droit ordinaire, ou la confirmation que le régime des perquisitions administratives est soi-disant conforme à notre Constitution sauf la copie / saisie de données informatiques qui nécessite une autorisation d'exploitation d'un juge (administratif) et qui ne peut pas être conduite si la perquisition ne permet pas de découvrir des infractions.
J'avais besoin de ce livre-bilan afin de sortir mon nez du guidon, d'avoir un panorama de tout ce qui a été fait pendant l'état d'urgence, et de m'en souvenir à l'avenir. En cela, ce livre, bien qu'un peu pompeux à lire, atteint son objectif : il donne une vision plutôt claire de tout ce merdier.
Je retiens : une législation d'exception inutile pour lutter contre le terrorisme, mais qui a bien servi contre des militants, un emballement de tous bords politique pour conduire une course à l'armement législatif, et des autorités de contrôle (Parlement, Conseil d'État, Conseil constitutionnel) dépassées par les événements.
Ci-dessous, mes notes.
Généralités :
Inefficacité et dérives des mesures utilisées
Et là, dans cette précipitation, il a fallut obéir à une politique des quotas comme le révèle le syndicaliste Alexandre Langlois, en poste aux Renseignements Territoriaux des Yvelines. « Lorsque l'État d'urgence a été décrété, notre chef de service nous a réunis pour nous transmettre les instructions ministérielles. Il nous a dit : « Maintenant, il faut faire des perquisitions administrative en masse. On doit donner au ministère un nombre de perquisitions à faire. Organisez-vous, il nous fait trois objectifs par nuit ! » Les premiers temps, ça allait. Les gens que l'on choisissait étaient des suspects sérieux. Petit à petit, on a fait le tour et le choix des objectifs a été de moins en moins pertinent ». L’état d’urgence s’éternise. Une nouvelle réunion a lieu. « Il nous a été dit : “Là, il faut ralentir la cadence. Il faut qu’on tienne sur le temps médiatique. Alors n’en faites pas trop car après on n’aura plus personne. Désormais, ce sera une perquisition par nuit ! Il faut que ça dure !” Mais, même comme cela, c’est devenu n’importe quoi. Je me souviens que pour l’un des perquisitionnés, cela reposait sur le simple fait qu’au travail, il avait refusé de serrer la main d’une femme mais c’était sa supérieure. Donc peut-être qu’il avait refusé de serrer la main, non pas parce que c’était une femme mais parce qu’il ne s’entendait pas avec son chef. C’est plutôt léger comme soupçon. Notre travail, en principe, c’est de faire la part des choses entre les gens vraiment dangereux et ceux qui ne le sont pas. Les commissariats locaux désignent eux aussi des objectifs à perquisitionner. « Mais, eux, leur filon d’islamistes s’est épuisé encore plus vite que nous, poursuit Alexandre Langlois. Alors pour remplir les quotas, certains ont fini par mettre sur la liste des gens qui n’avaient rien à voir avec l’islam radical ou le terrorisme. Les mauvais coucheurs de leurs circonscriptions, les petits délinquants qui leur pourrissent la vie, ceux insuffisamment condamnés à leur goût, etc. Les collègues des commissariats me racontaient : “Tiens, lui, le juge ne lui a pas mis le compte. Très bien, on va aller péter sa porte.” Voilà, c’est ça, l’état d’urgence. » Plusieurs policiers, dans différents services de renseignement, nous ont confirmé la pertinence très aléatoire des cibles choisies pour les perquisitions nocturnes. Sollicité par mail, le ministère de l’intérieur n’a pas répondu à notre proposition de commenter nos informations. (source)
Malgré tout, l'état d'urgence est élargit sans cesse… sans plus de résultats :
Les autorités de contrôle sont défaillantes :
Divers :
Ho, je n'avais pas suivi : la deuxième version du délit de consultation habituelle de sites web faisant l'apologie du terrorisme, introduite dans la loi relative à la sécurité publique de 2017, a été censurée par le Conseil constitutionnel en décembre 2017.
Documentaire datant de 2017, sous licence CC-BY-NC-ND, qui traite de l'acceptation de la surveillance de masse dans nos sociétés et qui argumente contre le fameux « je n'ai rien à cacher ». J'ai participé à son financement participatif et j'en suis satisfait, car je le trouve compréhensible par le grand public. Les personnes interrogées sont intéressantes : Louis Pouzin, Jérémie Zimmermann, Fabrice Epelboin, Thomas Drake (lanceur d'alerte de la NSA avant Snowden), Vera Lengsfeld (personne espionnée par la Stasi), Joël Domenjoud (activiste écologiste français assigné à résidence sans jugement lors de la tenue de la COP 21 à Paris suite à des notes extrêmement floues qui peuvent tout et rien dire provenant des services de renseignement, notes qu'il a pu récupérer), etc.
Ce film expose les arguments habituels contre le fumeux « je n'ai rien à cacher » : on dit « je n'ai rien à cacher » de peur d'avoir à admettre que la surveillance de masse existe vraiment et de passer ainsi pour un fou coiffé d'un chapeau en aluminium ; en moyenne, 60 % des gens d'une population enfreignent régulièrement la loi (oui, les entorses au code de la route, ça compte) ; la surveillance détruit l'intimité, ces moments où nous sommes vraiment nous-mêmes seul ou à plusieurs, où nous expérimentons, où nous créons, où nous vivons ; si ta vie actuelle est sans intérêt, peut-être que, demain, tu te révolteras contre un projet d'expropriation de tes terres ; la surveillance octroie un pouvoir démesuré aux États qui peuvent devenir des États policiers très rapidement.
Ensuite, ce documentaire soumet une personne quasi lambda à une surveillance d'un mois de son téléphone et de l'historique de navigation web de son ordinateur. Lorsqu'on lui dresse son profil une fois l'expérience terminée, cette personne semble déstabilisée et mal à l'aise. Pourtant, il n'a rien fait de foufou, en effet. Notons que cette personne a demandé à ce que son graphe social (avec qui il échange, quand, à quelle fréquence) n'apparaisse pas. Notons bien que quand c'est un service numérique ou un État qui te flique, tu n'as pas ce choix.
Enfin, le film dresse une petite liste des outils habituels pour se protéger (Signal, TOR Browser, Duck Duck Go, profiter du droit européen pour demander à une société commerciale de te communiquer toutes les données qu'elle détient te concernant, etc.).
Un livre de Tristan Nitot, publié sous une licence libre (CC BY-NC), qui nous cause de la surveillance marchande et étatique des services numériques. Les risques qui pèsent sur nos données personnelles (piratage, constitution d'un dossier à charge à partir de ce que nous publions en ligne afin de nous faire chanter, employé malhonnête, dénonciation de comportements aux autorités par les services numériques selon leur propre morale interne, surveillance étatique) sont très bien exposés. Les pistes évoquées pour éviter de subir tout ça se trouvent dans un consensus acceptable donc atteignable par des débutants… même s'il ne me paraît pas sain d'encenser le modèle économique d'Apple basé sur la vente de matérielle plutôt que la revente en douce de nos données personnelles.
Je recommande la lecture de ce livre par des débutants.
Mes notes :
Je relève quelques fautes :
La quatrième de couverture de ce livre évoque l'analyse des injures (qui « renfermeraient des mystères »). Il n'en est rien, il y a des dictionnaires des injures pour ce faire. Non, ce livre nous expose ce qu'est une injure, dans quel contexte, quelles est sont ces utilités, etc. Malgré cela, ce livre est intéressant.
Mes notes :
Un documentaire, datant de 2013 (sortie française : 2016), centré sur les USA, qui nous cause des conditions générales d'utilisation des services numériques, de la non préservation de notre vie privée par ces mêmes services, de la police prédictive qui arrête des manifestants avant qu'ils agissent en Angleterre durant le mariage princier, et de la surveillance de masse pratiquée par les États, notamment US, sous couvert de tous ces services numériques via lesquels nous vivons et racontons nos vies sans nous poser de questions.
À de rares moments, ce documentaire est difficile à suivre en cela qu’il semble décousu, et il peut rendre extrêmement défaitiste la personne qui le visionne en cela qu'il balance de gros pavés dans la figure qui laissent à penser que l'adversaire est trop grand, que tout est perdu, qu'on ne peut rien faire, sans tenter de contrebalancer cette émotion. Malgré cela, j'en recommande le visionnage.
Mes notes :
SirMaiden: Est ce que coucher avec un robot c'est tromper ?
Bernardo8: Je pense pas
SirMaiden: d'accord
Bernardo8: Je pense qu'on est plus sur de la masturbation
SirMaiden: mais genre un robot très humanoide quand meme
Bernardo8: tant qu'il a pas une réelle conscience je pense pas
Bernardo8: pourquoi y'a un robot qui te fais de l'oeil ?
SirMaiden: Ahah non c'est une question philosophique qu'on aura a se poser un jour
SirMaiden: Ouais mais ta meuf peut se poser des questions
SirMaiden: vis a vis du robot c'est sur qu'on s'en tape
SirMaiden: Genre imagine ta meuf qui te dit qu'elle s'est tapé un robot qui ressemble a brad pitt osef ?
Bernardo8: ben ouais c'est un peu comme un gode élaboré
SirMaiden: Mais genre il parle et tout
SirMaiden: Il est réaliste
SirMaiden: Si tu sais pas tu crois que c'est un humain normal
Bernardo8: ha mais si le robot a une consience élaborée là ouais c'est chaud
SirMaiden: ouais c'esst une IA un peu
Bernardo8: s'il passe le test de Turing c'est tromper
SirMaiden: ahah meilleure détermination qu'on m'ait sorti pour l'instant
SirMaiden: Et si il le passe mais que c'est un robot exprès pour le cul ?
Bernardo8: ben c'est comme aller voir une pute
SirMaiden: Pas faux
SirMaiden: Ca me plait bien comme solution
Bernardo8: à ton service
:')
Une entrevue entre Snowden et Lessig (Jónsdóttir ne parle quasiment pas) à propos de la démocratie, des manières de la faire renaître, de la corruption, de nos peurs que la classe dirigeante utilisent pour nous contrôler, de l'espoir, du militantisme.
J'apprends rien de nouveau, mais la détermination et l'espérance d'autrui sont toujours belles à voir. :) J'ignorais que Snowden était aussi guimauve : il évoque la création d'une fraternité au-delà les frontières permettant ainsi de s'extraire de la notion de classes sociales et de résister tous ensemble. :)
Je note trois points :
Un documentaire, datant de 2016, centré sur l'Allemagne, qui nous cause de la médecine numérique : capteurs corporels, télémédecine, etc.
#Mastodon is a bit like the New World for the discontented british people in the 16th-17th centuries: some move because they want more freedom, some (Puritans on the Mayflower) because they want to be the persecutors, not the persecuted like they were in England / on Twitter.
Il y a de tout dans ce reportage, du bon, comme du mauvais…
Docu-fiction sur les Suffragettes, mouvement pour revendiquer le droit de vote des femmes au Royaume-Uni au début du 20e siècle. Ce film illustre assez bien qu'un combat pacifique ne suffit pas toujours à se faire entendre et que la violence / terreur (destruction de vitrines, de boites aux lettres et d'une partie du réseau télégraphique) est parfois utile. Ce film illustre bien la violence exercée sur ces femmes : ignorées par leur mari et par les politiciens, réprobation sociale, campagnes de presse pour les humilier et porter atteinte à leur intégrité, agressions sexuelles au taff et dans la rue, tabassage par les flics, isolement et rupture de leur vie de famille, etc.
Bon film, à voir.
La vie d'un couple d'artistes résidant en RDA espionné par la Stasi sur ordre d'un ministre qui a un mauvais présentement à leur encontre. Ce film illustre à la fois l'étendue de la surveillance d'alors, sauf à l'encontre des vénérables hauts dignitaires du vénérable parti, bien entendu, et la possibilité de lui échapper (utilisation d'une machine à écrire différente, sentimentalisme d'un espion, impossibilité de contrôler tous les espaces, etc.). Nous pouvons également constater le chantage "vous collaborez ou nous faisons en sorte que vous ne puisez plus exercer votre art en RDA, donc que votre vie devienne aussi ennuyeuse que la mort".
Comment savoir si une personne ment selon la Stasi ? Elle ne s'énerve pas de l'injustice de son interrogatoire, elle répète mot pour mot ses justifications apprises par cœur et elle est arrogante (« vous pouvez vérifier mon alibi en faisant ci ou ça »).
Bon film, à voir.
Bousti : Les amis, c'est comme les règles. Ça débarque toujours un peu à l'improviste, mais on est rassuré de les voir.
:D
Dans les commentaires :
T'es rassurée 10min et puis après tu rages pendant 5 jours xD
Quand ils sont là t'évites de baiser aussi
Quand ils sont là c'est sodomie ?
:')
Benoît Delépine a rencontré pour Siné Mensuel Pierre Jouventin, éthologue, ancien directeur de recherche au CNRS, spécialiste en écologie comportementale et auteur de L’Homme, cet animal raté. Entretien.
Pourquoi ce titre pour votre livre : L’homme, cet animal raté ?
Parce que notre espèce est incapable de s’adapter à long terme à son milieu comme le fait n’importe quel animal moins intelligent. Comme directeur de recherche au CNRS et comme directeur de laboratoire d’écologie, j’ai passé quarante ans à suivre les animaux sauvages dans la nature. Après avoir étudié de près une vingtaine d’espèces, passé plus de huit ans en Antarctique et sur les îles qui l’entourent, trois ans en forêt équatoriale au Gabon, j’ai voulu appliquer mes connaissances à l’animal le plus énigmatique, celui qui s’est « autodomestiqué », comme disait Konrad Lorenz, c’est-à-dire à l’homme. Donc je l’étudie en naturaliste dans ce livre en appliquant les découvertes récentes en paléoanthropologie, génétique, écologie scientifique, éthologie…À votre avis, si on mettait les êtres humains les uns contre les autres debout, quelle serait la surface géographique qu’ils occuperaient ?
Je ne sais pas.On n’est pas loin de 8 milliards, et donc à quatre par mètre carré, ça tient dans le Lac Léman. Comment expliquez-vous que des quasi-bactéries qui tiennent dans le lac Léman aient réussi à foutre en l'air la planète aussi vite ?
C’est tout l’objet de mon livre. L’Histoire commence il y a quelques milliers d’années alors que notre espèce est vieille de 300 000 ans et la famille humaine de 2,5 millions d’années. À partir de la révolution néolithique, il y a seulement 10 000 ans, on se sédentarise en passant à l’élevage et à l’agriculture. On change radicalement de mode d’exploitation de la nature et de démographie. Au lieu de faire un enfant tous les quatre ans, les femmes mettent au monde presque tous les ans. Tous les animaux savent éviter de se trouver en surnombre et se régulent alors que, sur notre voiture, il n’y a pas de marche arrière. De nombreuses personnalités se rendent compte qu’on va dans le mur mais, collectivement, c’est le déni. Surtout par ceux qui nous dirigent et dont le mandat ne dépasse pas cinq ans. Le système capitaliste est fondé sur la compétition. Si celle-ci est naturelle, il existe une autre force naturelle : la coopération. Aujourd’hui, le social, qui est indispensable à notre équilibre, est mis sur la touche et il ne reste que la compétition car elle rapporte. Et c’est pour cette raison que l’écologie est une science subversive, remettant en question un « développement infini dans un monde fini ».Vous démontrez que l’homme est un animal qui, pour survivre, s’est mis à chasser en petits groupes parce qu’il était relativement faible dans la savane. Votre théorie est que chasser à plusieurs, en poursuivant les grands animaux, a peu à peu fait grossir le cerveau de l’homme, et lui a fait gagner ce qu’on appelle une forme d’intelligence. Aujourd’hui, à 8 milliards, on conserve ce cerveau qui nous permet de nous entendre avec une dizaine de personnes, les amis, la famille… On est efficace en petits groupes mais dès qu’on est plus nombreux, on n’arrive plus à concevoir sur le long terme.
Pendant plus de 95 % de notre existence, nous avons été le seul primate qui chassait en groupe. Comme les loups avec qui nous partagions la même niche écologique de chasseur coopératif du gros gibier. On est sorti de la forêt pour coloniser la savane et se trouver devant une nourriture abondante, c’est-à-dire les grands herbivores mais aussi des carnivores dangereux. Dans ce milieu ouvert, l’homme ne pouvait survivre et se nourrir qu’en bandes. Il a donc grandement développé au cours de son évolution les techniques de chasse et les liens sociaux. Je pense, contrairement à ce qui est dit partout, que l’animal le plus proche de nous n’est pas le chimpanzé ni le bonobo, bien que génétiquement ce soit indéniable. Aux plans social et psychologique, nous sommes plus proches du loup par convergence écologique, seule à expliquer notre originalité de primate super-prédateur.Si on était si proche que ça psychologiquement du chimpanzé, on aurait des chimpanzés domesfiqués.
Bien sûr ! Pourquoi cohabitons-nous si bien avec des chiens mais pas avec des chimpanzés ? Parce que les chiens sont très proches de nous malgré les appa— rences. Ils ont le sens de la hiérarchie sociale et de l’entraide. Pourquoi et comment l’homme a-t-il « inventé » le chien ? Les hommes préhistoriques ont d’abord trouvé dans leurs tanières de jeunes loups. ils se sont aperçus que les loups s’intégraient au groupe, défendant le campement. Ils multipliaient par trois la prise de gibier, d’après les études effectuées dans des clans de chasseurs-cueilleurs. À partir de cette association avec le descendant du loup, le perfectionnement des armes de jet et surtout l’agriculture, les hommes pouvaient nourrir beaucoup plus d’enfants. Pourquoi ne pas en être resté au loup ? Quand il devient mature socialement vers 3 ans, il essaie de monter dans la hiérarchie du clan, c’est-à-dire dans la famille qui l’a hébergé, et il entre parfois en conflit avec les humains. Du coup, nos ancêtres ont sélectionné les louveteaux les plus dociles de chaque portée, et ils ont obtenu des loups qui restent infantiles et ne remettent jamais en question l’autorité du chef de meute : le chien est donc un « ado éternel ».C’est pour ça que le football est le sport mondial : ce sont de petites bandes de mecs qui s’affrontent. On revient donc au schéma de base de l’être humain. C’est une bande d’une dizaine de personnes chassant une proie…
Dans tous les domaines humains, c’est la base biologique sur laquelle reposent la sexualité, le pouvoir, l’amitié. Le football est un développement hypertrophié de la défense collective de la tribu.On connaît la célèbre phrase : « L’homme est un loup pour l’homme. » Mais l’homme est pire qu’un loup pour l’homme.
Cette phrase a été reprise de l’Antiquité par Thomas Hobbes qui considérait que les hommes étaient tellement méchants qu’il fallait les protéger, et donc qu’il fallait un État pour y parvenir. Je pense comme vous et Rousseau que c’est l’inverse : « L’homme est naturellement bon mais la société actuelle le rend méchant. » En effet, les chasseurs-cueilleurs étaient nomades et travaillaient deux à trois heures par jour d’après les ethnologues (ce que j’ai pu constater chez les Pygmées). Après la révolution néolithique, le temps contraint exige trois fois plus de travail. La nourriture augmente et la population aussi. il faut alors stocker les réserves contre les pillards et les sociétés dites « égalitaires » deviennent inégalitaires. Les chefs, jusque-là symboliques, deviennent des tyrans. La violence a toujours existé mais la guerre apparaît seulement au néolithique, puis l’armée et la police. L’individu s’inquiète et les dirigeants lui font expliquer par des penseurs comme Hobbes qu’il faut un État pour le protéger, puisque l’homme est namrellement mauvais…En plus le cerveau humain rétrécit !
C’est classique chez les animaux domestiqués. Ils perdent jusqu’à un tiers de leur cerveau : le chien par rapport au loup, le porc par rapport au sanglier, la poule domestique par rapport à la poule bankiva. On oublie de signaler que l’homme actuel a moins de volume de cerveau que l’homme de Cro-Magnon et de Néandertal…D’ailleurs, vous avez vécu avec un loup…
À ma connaissance, je suis le seul à avoir élevé un loup non pas dans un enclos à côté de la maison, mais à l’intérieur. Dans mon livre Kamala, une louve dans ma famille, je raconte que, sans l’avoir recherché, notre famille a vécu en meute. Ce que nous avons découvert, c'est que le loup défend ses proches. Quand nous nous approchions d’un balcon, notre louve nous tirait par le pantalon. On l’a compris seulement quand on est allés se baigner en rivière. Ma femme se jetait à l’eau, et la louve sautait à son tour pour la ramener à la rive dix fois de suite. J’ai tout photographié et filmé (http://pierrejouventin.fr). Bref, à l’inverse de ce qui dit Hobbes, le loup est altruiste et donne une leçon à l’homme !Quand on se rend compte de notre évolution, ou non-évolution, elle explique beaucoup plus de choses que la philosophie ! Un milliardaire qui gagne 100 milliards, c’est ridicule. On se dit : « Pourquoi a-t-il besoin de 100 milliards ? Il n’arrivera jamais à les dépenser. » Il s’en fout, il fait partie d’un petit groupe et ne se rend pas compte du bordel qu’il a créé.
Lorsque j'étudiais sur le terrain un babouin forestier, le mandrill, j’ai vécu un moment dans une tribu de Pygmées. Là-bas, le chef, c’était celui qui allait planter la lance sous le ventre de l’éléphant ou qui parlait au nom des autres. S’il abusait de son pouvoir, les membres du groupe ne lui accordaient plus d’attention. Rien à voir avec nos présidents français qui peuvent déclencher une guerre sans consulter personne…Avant l’élection présidentielle, Macron se disait européen, quand tout le monde était contre l’Europe… Il assume ! Il assume le fait de gagner de l’argent ! Et tout le monde se dit : il assume, donc il croit en ce qu’il dit. Ça change un peu la donne.
Notre cerveau est tellement gros qu’il est difficile de savoir quand quelqu’un ment, surtout s’il est aussi doué que Macron qui s’est marié avec sa professeur de théâtre !Vous donnez aussi des pistes pour s’en sortir : pas plus d’un enfant, mais aussi l’énergie verte, le solaire, etc. Des solutions très difficiles à mettre en œuvre. Sauf de manière quasi autoritaire, on n’y arrivera jamais. Quel homme politique va dire : « À partir de demain, pas plus d’un enfant » ?
Les Chinois l’ont fait mais ils sont revenus en arrière et le contrôle des naissances n’a, de toutes nmnières, pas bonne presse. Même si les pays industrialisés prenaient conscience de la surpopulation, les pays du tiers-monde — qui ont bénéficié des avancées de la médecine et dont la démographie est explosive — combleraient les vides… Donc l’avenir sur ce point paraît difficile. En revanche, les énergies renouvelables vont nécessairement se développer puisque le capitalisme a trouvé comment en tirer profit. Notre pays est très en retard parce qu’il s’est fourvoyé dans le tout-nucléaire et ne sait plus comment sortir de cette impasse coûteuse…Il faudrait aller vers la décroissance. Mais les gens ne vont pas voter pour ça
Comment arriver à faire avaler à une majorité de gens qu’ils doivent se serrer la ceinture ? Ils préfèrent croire que tout le monde peut devenir riche en bossant comme un fou.On a tourné un film, qui va sortir en septembre-octobre, à l’Emmaüs de Pau pendant un mois et demi. Ils vivent une utopie extraordinaire : la décroissance.
Seules les petites initiatives peuvent marcher dans le contexte actuel. Il faut entrer en résistance et, dans la mesure du possible, ne plus marcher dans ce système qui piège. J’essaie simplement, en fonction des connaissances actuelles et de mon expérience, de comprendre comment, avec un si gros cerveau, notre espèce extraordinaire s’est engagée sur une voie de garage. Je ne vois pas comment on s’en sortira. Mais au train où nous allons, dans quelques dizaines d’années, ça va péter.On est trop nombreux pour redevenir des chasseurs-cueilleurs…
Bien sûr, mais regardez Notre-Dame-des-Landes! La vraie trouille des autorités, ce ne sont pas les « casseurs », comme ils disent. Leur crainte, c’est de voir se développer une contre-société avec des codes radicalement différents. Et, marginalement, cela va se développer de plus en plus. Pas question de prendre le pouvoir comme on l’imaginait en 36. On n’arrivera pas à remplacer nos hommes et femmes politiques qui sont imbattables dans leur pratique de la langue de bois. En revanche, on peut vivre de peu en dehors du système, d’une manière raisonnable qui nous satisfasse.La notion de progrès ne vous dit rien qui vaille…
On nous a piégés avec le progrès. Regardez le grand débat Rousseau contre Voltaire. Voltaire avait raison à son époque : l’avenir était souriant et le progrès libérateur. Mais autant Rousseau se ridiculisait en son temps, autant il redevient d’actualité, parce qu’il a vu plus loin, que ça ne pouvait pas aboutir à une solution durable. Et c’est lui qui est en train de gagner.S’ajoute enfin la grande escroquerie de la religion. C’est l’homme qui a inventé Dieu, ça c’est sûr !
Pour moi, la religion n’est qu’un exemple des dérives qui arrivent à partir du néolithique, comme la guerre, l’armée, l’État… Vous avez une tendance naturelle, même dans un groupe de Pygmées, a choisir un gars courageux qui défend le groupe et devient un ancêtre mémorable. Donc vous l’idéalisez et il devient un modèle. Or le Dieu des trois monothéismes, c’est LE modèle extrême. Pourtant, depuis Darwin, la Création — c’est-à-dire aujourd’hui la biodiversité — s’explique naturellement. Comment croire à un barbu qui surveille à partir du ciel les faits et gestes de tous les habitants de la planète ? Une admiration naturelle et utile, qui stimulait, est devenue une invraisemblance qui aide à vivre.Revenons à nos amies les bêtes. On est les plus forts mais pourquoi ne peut-on pas traduire les animaux ?
Mais si, on les traduit ! C’est mon métier de comprendre ce que disent les oiseaux et les mammifères.Vous savez nous dire ce qu’ils ont envie de dire ?
Quand on connaît bien une espèce, on entre dans sa tête et c’est bien plus facile que pour l’homme. C’est le plus souvent par ignorance que les gens se font mordre. En réalité, un chien vous avertit presque toujours. Aucun ne m’a mordu parce que je vois bien s’il est amical ou pas. Mais chaque animal a un code différent, parfois à l’inverse l’un de l’autre : un chien qui met les oreilles en arrière ou qui bat de la queue manifeste sa joie ; un chat, c’est quand il n’est pas content ! Si vous les étudiez sérieusement, c’est très facile de comprendre les animaux.L’orque et le perroquet gris du Gabon ont un langage, dites—vous…
Tous les animaux communiquent entre eux par des signaux innés, mais les espèces très sociables qui vivent en groupe en permanence doivent apprendre des autres et on peut donc les leurrer. Si vous prenez un jeune mainate ou perroquet et que vous l’isolez de ses congénères, si vous le caressez régulièrement, il vous considère comme un compagnon et vous imite en prononçant les mêmes mots dans le même contexte. Comme les jeunes enfants, il est programmé pour imiter ses congénères mais vous vous substituez à eux pour qu’il vous imite.Et les orques s’appellent entre eux ?
Chaque espèce d’orque possède une signature vocale qui lui est propre, chaque famille a sa signature commune et chaque individu aussi. Sous l’eau, ils ne se voient pas mais quand ils chassent en meute, ils doivent savoir où chacun se trouve pour se coordonner dans leur traque.Une anecdote que j’ai adorée dans votre bouquin, c’est la technique du coq pour avoir une poule !
Quand il veut sauter une poule, le coq émet le cri qu’il pousse quand il a trouvé un ver. Et même s’il n’y en a pas, la poule arrive et hop ! Mais quand il y a un mâle dans les parages, s’il voit un ver, il ne chante pas, pour éviter qu’on le lui pique ! Les corbeaux et les geais, quand ils trouvent quelque chose, le cachent. S’ils voient qu’un congénère les a repérés et risque de venir le déterrer, ils attendent un petit moment qu’il regarde ailleurs, et puis ils le changent de place.Le mensonge, c’est une forme d’intelligence quand même.
Bien sûr. Nous sommes de loin les plus doués dans ce domaine du fait du développement de notre cortex…Pour terminer sur une note positive, une action qui a été utile pour notre environnement ?
J’ai été l’expert en biologie de la délégation française lors des réunions internationales sur la « mise en réserve » de l’Antarctique. Je puis témoigner que nous avons eu une chance extraordinaire d’avoir un Premier ministre, Michel Rocard, qui était amoureux des pôles. Pour une fois, la France, qui est généralement à la traîne en écologie, a été pilote au niveau international. Nous sommes ainsi parvenus à interdire l’exploitation des ressources minérales d’un continent entier jusqu’en 2048 au moins !
Je ne suis pas d'accord sur plusieurs points.
Je pense que le déni (écologique, politique, autre) est individuel c'est-à-dire que chacun⋅e voit bien les dégâts que nous provoquons, mais personne n'a envie de se sacrifier, de changer de style de vie, simplement, car il⋅elle n'a pas la certitude d’être suivi, il y a une probabilité non-nulle de trahison. C'est ça qu'il manque aux théories écolos : la certitude que si je joue le jeu, je ne pourrais pas me faire entourlouper voire voler, que je ne ferai pas de vains efforts. Le collectif sert uniquement de justification à la mauvaise conduite (qui n'a jamais dit « je ferai des efforts quand les autres en feront » ?), mais il n'en est pas la véritable cause, selon moi.
Je pense que l'apparition des États et leur légitimité n'est pas liée à une prétendue gentillesse ou méchanceté de l'humain⋅e, mais pour le besoin de réguler les interactions sociales (donc les comportements) au sein d'une espèce animale éminemment sociale dont le nombre de membres augmentait très vite (ce que décrit l’interrogé). Qui définit les règles de la vie en société ? Qui les fait respecter ? Comment ? Il fallait une émanation de la volonté collective. Vivre en petits groupes, avec des règles spécifiques (tel groupe autorise le vol, un autre l’interdit, tel groupe s'exprime pleinement, tel autre groupe considère que certains types de propos n'ont pas à être tenu, par exemple) est une solution qui marche, mais alors, comment se met-on d'accord sur les règles qui s'appliquent à une interaction entre deux individus issus de deux groupes différents ? Comment gère-t-on l'inflation d'un groupe dont les règles plairaient beaucoup ? De plus, même dans les petites communautés humaines, il y a quelqu'un⋅e qui, par son autorité morale ou ses muscles ou ses mérites, définit les règles de la communauté, il y a rarement une autonomie pure et parfaite des individus couplée à une autorégulation. Bref, l'État, sous sa forme actuelle, était le modèle théorique le plus simple pour satisfaire ces critères. Je parle bien de l'État en tant que modèle, pas des politicien⋅ne⋅s qui sont une des implémentations possibles et dont on pourrait très bien se passer… le jour où l'humain⋅e ne sera plus une grosse feignasse qui aime bien déléguer les bâtons merdeux afin de fuir.
Que vient faire la notion de progrès dans cette entrevue ? Je ne vois pas le lien avec le reste… Je pense, comme Kant, que le progrès peut être responsable, en tout cas que son usage peut être moralisé. Je ne pense pas que l'humanité soit obligée de mettre en œuvre le pire aspect de ses découvertes. Mais oui, gare aux discours nous récitant que le progrès, la technologie est la solution à tous nos problèmes, car c’est un mirage. Les solutions se trouvent dans les interactions entre individus.
Pierre Jouventin se contredit : si le chien est la version domestiquée du loup, qui aime bien la hiérarchie, alors l'humain⋅e est plus proche du chien que du loup insoumis, non ?
Dans le numéro juillet-août 2018 de Siné mensuel.