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  • Écoles d‘ingénieurs : les frais d'entrée effraient !

    Un bel exemple de lutte contre les inégalités d’accès à l’enseignement, dénoncées haut et fort par les ministres Jean-Michel Blanquer et Frédérique Vidal ! Les prestigieuses Ecoles centraies de région (Lille, Lyon, Marseille et Nantes), établissements publics créés pour former des ingénieurs de haut niveau, viennent tout juste de… quadrupler leurs frais de scolarité !

    Maladroits de scolarité

    Dès la rentrée prochaine, les futurs étudiants devront négocier avec leurs parents (ou leur banquier) pour lâcher 2 500 euros par an, contre 615 euros jusqu’à présent, comme l’a rapporté le site Educpros (24/7). Si cette decision du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, dont dépendent les différentes Ecoles centrales, a cueilli à froid leurs élèves, elle réjouit leurs dirigeants, qui réclamaient une hausse des droits d’inscription depuis bien des années.

    « Notre budget est de plus en plus contraint, explique Frank Debouck, vice-président du Groupe des Ecoles centrales. Sur la seule Ecole centrale de Lyon, que je dirige, nous avons besoin de rénover le campus, vieux de cinquante ans, mais aussi de financer les nombreuses formations que nous avons ouvertes en quelques années, ainsi que l’augmentation sensible de la taille des promotions. »

    Et de rappeler que la réforme de la taxe d’apprentissage en 2014 a provoqué une baisse notable des montants que les grandes écoles d’ingénieurs collectaient par ce biais. « A Lyon, nous avons perdu 400 000 euros d’un coup, sur un budget de 40 millions. Cette hausse des frais de scolarité ne fera que compenser l’argent perdu. »

    Heu, lol ? 400 000 € c'est 1 % de 40 000 000…


    Il n’empêche. Le dirigeant a beau préciser que les Ecoles centrales accueilent environ 80 % de boursiers et qu’« aucun élève ne sera laissé sur le bord de la route », cette explosion des droits d’entrée ne va-t-elle pas dissuader les étudiants d’origine modeste ou issus des classes moyennes de s’engager dans cette voie ?

    D’après une enquête — citée par « Les Echos » (17/5) — réalisée par le site d’éducation spécialisé News Tank, le coût moyen des écoles publiques d’ingénieurs a déjà bondi de 28 % en cinq ans (de 707 euros en 2012 à 908 euros en 2017), et treize d’entre elles ont doublé leurs frais de scolarité.

    « Le modèle des écoles d’ingénieurs est en train de rejoindre celui des écoles de commerce, très segmenté, entre élèves boursiers d’un côté et élèves issus de familles aisées de l’autre, déplore Grégory Barrère, du Bureau national des élèves ingénieurs. Il est urgent de repenser le choix des sources de financement des écoles publiques si nous ne voulons pas aller vers un système à l’anglo-saxonne. » Pourquoi ? C’est un modèle qui déplaît au sommet de l’Etat ?

    Dans le Canard enchaîné du 1er août 2018.

    Mon Aug 6 18:23:08 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?V72Zaw
  • Caméras de surveillance textes, mensonges et vidéo

    Sans l’affaire Benalla, le pot aux roses n’aurait peut-être jamais été découvert. Depuis des années, la Préfecture de police (PP) fait un usage immodéré, et surtout illégal, des vidéos enregistrées par les caméras de surveillance dont elle a truffé les rues de Paris. La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui tombe des nues, vient de déclencher une enquête et un contrôle sur pièces pour connaître l’ampleur des cachotteries. La Cnil l’a d’autant plus mauvaise qu’elle a réalisé l’année dernière une enquête sur la durée de conservation des vidéos de la police parisienne !

    Le rapport est presque achevé, mais il va falloir en durcir les conclusions. Désormais sommé de s’expliquer, docs à l’appui, le préfet de police s’éponge le front : trois de ses flics sont mis en examen pour avoir, le 18 juillet, transmis sous le manteau à Benalla une vidéo tournée deux mois et demi plus tôt, place de la Contrescarpe, par une caméra de la Préfecture de police.

    Open barbouzes

    Des images qui auraient dû être détruites automatiquement au bout de trente jours en l’absence de réquisition judicaire, comme l’exige la loi. Les auditions menées par la police des polices, auxquelles « Le Canard » a eu accès, lèvent le voile sur un système d’archivage clandestin des vidéos mis en place au plus haut niveau de la PP. Dans le dos de la Cnil et des magistrats, les poulets parisiens ont pris l’habitude de faire leur marché parmi les images capturées par les 2 739 caméras de « voie publique », mais aussi dans celles enregistrées par 33 430 « caméras partenaires » implantées dans des gares, des musées, des grands magasins et des centres commerciaux. Puis de les archiver sur DVD-ROM autant de temps que ça leu1 chante.

    Les flics croient pouvoir justifier cette pratique parfaitement illégale en interprétant une note du 21 fémier 2017 signée du directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC) ! Ce document organise la cellule Synapse censée faire de l’analyse stratégique à partir des films vidéo de manifs ou de grands événements. lnvoquant la note du patron de la DOPC, les poulets récupèrent et conservent toutes les images souhaitées. Buffet à volonté !

    Cuisiné par les « bœufs-carottes », le patron de Synapse, poursuivi dans le dossier Benalla pour « détournement d’images de vidéoprotection » et « violation du secret professionnel », a juré ne pas savoir que cette pratique était interdite. Mieux : à l’en croire, tous les pontes de la PP étaient dans la même ignorance. Seul le directeur de l’ordre public a reconnu sur procès-verbal, et du bout des lèvres, « une difficulté juridique ». Mais il a fini par làcher le morceau : « C’est une pratique qui concerne toutes les directions de la Préfecture de police qui ont accès au PVPP (systéme de vidéosurveillance de la Préfecture). » D’habitude peu répressive, la Cnil va-t-elle aller jusqu’à punir les directeurs de la PP en les privant du joystick qui leur permet, depuis leur bureau et zoom à la clé, de piloter n’importe laquelle des caméras qui surveillent la capitale ? Ce serait affreux !

    Résumons :

    • Des vidéos conservées au-delà du délai légal (source). La Préfecture de police de Paris a confirmé. Elle n'avait pas le choix, la vidéo ayant fuité sur des comptes Twitter pro-En Marche, plusieurs journaux ont pu constater que la vidéo provient d'une caméra fixé sur un lampadaire (car, oui, le délai de conservation est porté à 6 mois pour les caméras portatives que les flics ont sur eux, R241-4 du Code de la sécurité intérieure, source). Il y a peut-être d'autres vidéos, soumises, elles à un délai de 6 mois, mais y'a au moins une vidéo dont la durée de conservation est illégale ;

    • Benalla a été spontanément contacté par la PP afin que les images lui servent de preuve suite à la médiatisation de son affaire : « Le soir de la révélation par le quotidien de son implication dans les violences du 1er mai, le chargé de mission aurait reçu « un appel vers 22 heures de quelqu’un à la préfecture de police ». « Alexandre, on a la vidéo du gars et de la fille en train de jeter des projectiles sur les CRS, est-ce que tu la veux pour te défendre ? » lui aurait dit le fonctionnaire. ». Source. La caste de copains, quoi ;

    • Toute la procédure d'accès et d'extraction des images prévue par la loi et la réglementation a été bafoué. C'est bien beau de prévoir des procédures, un registre de consignation des enregistrements et de leur destruction, et tout et tout, quand elle peut être contournée les doigts dans le nez ;

    • L'encadrement pour l'accès aux images n'a pas été bafoué une seule fois, mais plusieurs. La presse évoque même une sorte de routine. La loi n'est donc pas respectée ;

    • Comme d'habitude, la CNIL a œuvré dans l'inefficacité absolue, ce qui signifie que l'un des contre-pouvoirs est totalement aveugle à de pareil faits.

    Si seulement cela peut servir de leçon à toutes les personnes qui ordonnent la pose de toujours plus de caméras dans l'espace public tout en nous promettant que les vidéos seront stockées de manière sécurisée (quoi que ça veuille dire), que leur consultation ne sera pas open bar car il y aura un registre de consignation, qu'elles seront seulement extraites et visionnées sur réquisition judiciaire, etc. Pipeau. En voici une démonstration parmi tant d'autres.


    36 000 yeux espions

    Les policiers parisiens qui ont accès aux images captées par les 36 169 caméras installées dans les rues, le métre, les grands magasins ou les sous-bois sont censés être eux-mêmes surveillés de près. Depuis 2009, un comité d’éthique — composé de persannalités et d’élus nommés par la Ville de Paris et par la Préfecture de police (PP) — est chargé de traquer les abus et de veiller au respect de la vie privée des millions de personnes filmées chaque année. Sauf que ce comité, créé à la demande de l’équipe Delanoë, semble plus tenir du guignol que du gendarme…

    Depuis neuf ans, ses membres n’ont réussi à pondre que deux rapports d’activité, dont le plus récent date de… 2014. Ils ne se sont même quasiment jamais réunis en 2015 et en 2016, malgré les plaintes récurrentes des élus Verts au Conseil de Paris. Depuis, un miracle est survenu : comme l’avoue pudiquement la Mairie, le comité fonctionne « de nouveau depuis le 2 février 2017 ».

    « Fonctionne » est un bien grand mot : ses membres sont dénués de tout pouvoir. Ils n'ont pas le doit de farfouiller dans les ordinateurs de la Préfecture ou de regarder les images archivées dans la salle de commandement de la PP, reliée aux 36 000 caméras.

    En pratique, leur compétence se limite à traquer les caméras qui sont en positien de filmer l’intérieur des appartements (c’est iliégal) et à défendre le droit d’accès des citoyens aux images qui les concernent (une centaine de demandes par an). Et, pendant que le comité d’éthique joue les utilités, le parc de caméras grossit. Depuis 2009, elles ont été multipliées par environ 33 ! Avec l’aide discrète de la Mairie de Paris, qui a obligeamment branché sur la Préfecture ses propres appareils installés dans des parkings et des cités HLM. Mais aussi la collaboration de la RATP, de la SNCF et des patrons de centres commerciaux.

    En toute « éthique », bien entendu…

    Encore un contre-pouvoir bien utile, tiens…

    Dans le Canard enchaîné du 1er août 2018.

    Mon Aug 6 18:12:35 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?vnoQSQ
  • VIDEO. Regardez en avant-première le documentaire "Comment je suis devenue invisible"

    Ce documentaire tourné en 2015 et diffusé en 2016 est un retour d'expérience d'une journaliste qui tente de vivre avec des pratiques du 21e siècle sans pour autant être surveillée en permanence.

    Il y a du bien et du moins bien dans ce film. Les risques sont plutôt bien exposés (flicage par les services numériques, flicage vidéo d'État dans la rue, flicage à usage commercial par les cartes de fidélité et les cartes bancaires, flicage par les compagnies de transport, etc.). En revanche, les bouts de solution sont donnés à toute vitesse (et parfois pas du tout, comme le nom de l'application pour chiffrer ses appels téléphoniques, impossible pour un téléspectateur de noter quoi que ce soit. De même, j'ai un peu de mal à accepter la présente de charlatans de la protection d'identité ainsi que la réponse totalement à côté de la plaque (concernant les solutions possibles) de la présidente de la CNIL.

    Ce que j'aime beaucoup dans ce documentaire, et ce qui le différencie de nombreux autres, c'est qu'il nous force à admettre qu'il faut faire des compromis (c'est-à-dire choisir quelle surveillance est inévitable pour conserver notre mode de vie) et nous adapter en permanence, car il n'y a pas de solution miracle qui résout tous les problèmes d'un coup. Le documentaire expose également qu'il faut agir dans le domaine politique pour changer la législation. Et ça, c'est très rare dans un documentaire.

    Bref, je trouve que c'est un bon documentaire pour mettre le pied à l'étrier à quelqu'un. Évidemment, comme dans toute vulgarisation, il y a pas mal d'oublis et d'erreurs…

    Je retiens :

    • Le kit de survie en ville sensible avec le GPS qui fait volontairement faire des détours, les sous-vêtements qui indiquent la présence de lecteurs RFID dans les parages, le parapluie qui empêche le flicage vidéo de détecter et suivre les mouvements grâce à 256 LED infrarouge, entre autres ;

    • Déjouer la surveillance avec du maquillage. Je connaissais, mais je n'avais pas compris qu'il faut peindre en foncé ce qui est supposé être clair et inversement. Je me demande si cela fonctionne encore à l'heure où, comme le dit un intervenant dans ce documentaire, les caméras sont devenues très précises, au point de comparer la textures et les différentes courbures (visage, nez).
    Sun Aug 5 23:29:20 2018 - permalink -
    - https://www.francetvinfo.fr/internet/securite-sur-internet/video-regardez-en-avant-premiere-le-documentaire-comment-je-suis-devenue-invisible_1371885.html
  • [ Pour tout résoudre, cliquez ici ] L'aberration du solutionnisme technologique. Evgeny Morozov | FYP Editions - Questions de société - Prospective - Cultures numériques - Nouvelle économie

    Un livre qui cause de l'inconscience technologique (on va résoudre tooooous nos problèmes avec la technologie genre un pad, un wiki, un réseau social !), du réductionnisme que constitue une analyse chiffrée de tout, du paternalisme numérique, mais pas que, qui nous empêche de comprendre le monde et d'interagir avec lui, de la ludification de tout dans l'optique de faire participer le citoyen que l'on dénude de tout sens civique, de nos comportements de rats de laboratoires qui réagissons uniquement à des impulsions constamment renouvelées émises par nos joujous numériques, etc.

    Si je devais résumer ce livre en quatre phrases :

    • « Science sans conscience n'est que ruine de l'âme » ;

    • Il ne suffit pas d'acheter sa nourriture à Biocoop pour résoudre les problèmes de la paysannerie et de la production alimentaire, il faut déconstruire les processus et les structures cachés derrière la jolie façade du supermarché, quel qui soit ;

    • L'inefficacité nous protège de l'inhumanité du taylorisme et des marchés financiers (entre autres) ;

    • La technologie ne devrait pas apporter de réponses fermes, mais plutôt de nouvelles questions, de nouveaux débats, de nouvelles délibérations.

    Bien que ce livre soit pompeux, que son auteur soit excessivement agressif dans la manière de présenter les théories et les auteurs qu'il va tenter de déconstruire, il est rigoureux et sourcé, donc j'en recommande vivement la lecture, notamment aux personnes qui pensent qu'un outil numérique (Wikipedia, Internet, le fact-checking, etc.) peut, en lui-même, en dehors d'une analyse plus poussée, résoudre un problème complexe. Comme ceux qui pensent que l'on peut remplacer les agents de la DGCCRF par une FAQ sur le net : un moteur de recherche ne sait pas analyser une situation et y appliquer des compétences juridiques, il sert uniquement à pointer de l'information. Ce n'est pas le même service. Comme ceux qui pensent traiter les problèmes de solitude, de rejet, de manque de confiance en soi dans les relations amoureuses en vendant des poupées gonflables hyper giga mega réalistes. Ce n'est pas du tout la même chose (sans compter la réduction amour = sexe).

    Mes notes ci-dessous.

    Généralités :

    • L'auteur déconstruit deux courants de pensée qui sont liés : le solutionnisme et le webcentrisme.

      • Solutionnisme : idéologie consistant à vouloir quantifier et optimiser tout problème immédiat, de manière superficielle, sans questionner l'éthique de la solution proposée, sans s'intéresser aux structures (sociales, économiques, politiques, économiques, historiques, etc.) dans lesquelles s'inscrit le problème. Recherche de la perfection, de l'efficacité et d'une récompense immédiate en tout temps, pour toute chose, car l'efficacité est considérée comme étant supérieure à l'éthique. Le tout s'inscrit dans la certitude que nous vivons une époque formidable et unique dans l'histoire qui suffit à justifier la solution incomplète proposée. Le solutionniste voit souvent des problèmes où il n'y en a pas. Exemple : vouloir réduire les conflits et l'inefficacité des systèmes politiques est une erreur, car la vie en commun cause des divergences difficilement arbitrables d'où en ressors une vision arbitraire de la politique menée d'où l'on se sent impuissant. La politique est justement le nom de l'on donne à la manière de débarre et de gérer ces conflits.

      • Webcentrisme (que l'auteur aurait dû nommer « internet-centrisme…) : déterminisme technologique. Idéologie selon laquelle ce n'est pas Internet qui doit être régulé, normé, etc., mais les structures existantes qui doivent évoluer. Inutile de préserver la vie privée, Internet l'a transformé en vestige du passé, il faut faire avec ! Non, les échanges numériques de contenus sous droit d'auteur ne doivent pas être régulés, c'est à l'industrie du disque de s'adapter ! Même chose pour le monde de l'édition ou la politique ! L'auteur n'admet pas que les outils techniques comme Internet soient considérés comme étant figés, sur lesquels les hommes ne pourraient rien, comme si ces outils étaient externes à l'histoire, à la culture et aux pratiques humaines. Le webcentrisme est la croyance en laquelle toute chose doit forcément adopter les caractéristiques que l'on prête à Internet (ouverture, transparence, horizontalité, etc.) sans qu'il y ait besoin de s'interroger, car cela découle naturellement. Pourtant, n'y a-t-il pas des cas où l'horizontalité aide à la prise de décision, étant entendu que l'horizontalité la ralentit ? Même remarque pour les autres qualités prétendument intrinsèques à Internet. L'auteur nous invite à faire la distinction entre ce que permet une technologie et ce que nous en faisons. L'auteur note avec malice que la plupart des qualités que l'on associe à Internet sont fantasmées. L'horizontalité ? Essaye d'envoyer un mail au président de la République ou à un chef d'entreprise : t'auras des intermédiaires humains entre toi et lui. L'ouverture ? Celles des normes pour construire le réseau, oui, mais pas le fonctionnement des entités qui jouent sur le net. Le collaboratif d'égal à égal ? Sur Wikipedia / OpenStreetMap, t'as des petits chefs qui censurent et décident de la ligne éditorial.

    • Selon moi, l'auteur n'est pas technophobe. Comme il l'expose, il est de ceux qui préfèrent la cuisine basse température ou la cuisine moléculaire, qui reposent sur de la technologie (circulateurs thermiques, impression de papier comestible, seringues, etc.) et qui contribuent à perfectionner un art et des pratiques, à une cuisine assistée par une application smartphone voire par un ensemble de caméras qui te corrigent le moindre de tes mouvements afin de les optimiser. De même, je préfère une ville intelligente bardée de capteurs (sous réserve de respect de la vie privée) dans laquelle les capteurs récoltent des informations, mais où la décision de s'il faut changer quelque chose, quoi et comment est prise par les citoyens, pas par une machine.

    • L'auteur déconstruit les "politiques du chiffre". D'abord, car toute donnée, y compris chiffrée, doit être interprétée dans son contexte socio-éco-politique. Que nous dit le taux de présence à l'Assemblée nationale ou le taux de réussite à l'école ou le taux d'incarcérations ? Exemple des tendances Twitter : Twitter a fait des hypothèses sur ce qu'est une tendance dans un échange d'idées. Il a choisi une mesure résultant de son hypothèse, il réalise la mesure puis il diffuse ce qui en résulte. Ce n'est donc pas une analyse statistique de tout ce qui est échangé sur le réseau Twitter, juste le regard au travers d'un filtre prédéfini en amont qui biaise la réalité. On réduit donc la qualité d'une information. Ensuite, car chiffrer ne permet pas de résoudre un problème. On mesure les inégalités, les émissions carbones, la hausse de l'obésité et puis ? On a des chiffres, mais plus de compréhension de notre monde. On ignore ce qui se passe derrière notre arrivée d'eau potable, derrière notre arrivée électrique, derrière la collecte de nos ordures, derrière le mot cloud… Or, ce qui se passe derrière tout ça (les processus, les structures, etc.) pourrait avoir un impact environnemental, bien plus qu'une réduction d'une consommation individuelle. Enfin, les chiffres restent dans le carcan de nos normes. Exemple : pour réduire notre impact environnemental, ne devrions-nous pas remettre en question nos pratiques comme laver notre linge après un unique usage, cesser d'utiliser la clim et changer nos méthodes de construction, etc. au lieu de mesurer et réduire nos consos ? Enfin, les chiffres sont une absence de sens qui nous paralyse : « que faire ?! » Sans compter l'effet trompe-œil : réduire notre consommation de graisse ne dit rien de notre consommation de sel. Réduire notre consommation en eau ne dit rien sur la qualité de la production et de la qualité du circuit de livraison… S'il perd 40 % de la flotte, nos petites économies ne pèseront pas lourd.

    • Pour l'auteur, l'autosuivi avec des capteurs corporels constitue du solutionnisme car c'est basé sur une politique du chiffre et ça ne prend pas en compte le contexte socio-économique. En effet, que fait-on des pauvres ou des malades qui n'ont pas le temps de se mettre à l'autosuivi, car ils font plusieurs jobs pour survivre ? Et s'ils s'y mettent, que vont-ils découvrir ? Qu'ils manquent mal avec trop de graisse, par manque de revenus pour se payer mieux ? Qu'ils ne vont jamais au club de gym car l'adhésion est chère et qu'ils manquent de temps ? L'autosuivi profite aux riches et aux bien portant. Pour les autres, ça sera une prime d'assurance en hausse, une confirmation de leur impuissance en ce monde qui déclenchera peut-être une dépression. Sans compter que les capteurs peuvent relever de la prophétie autoréalisatrice : si les capteurs de qualité du sommeil détectent un truc qui nous a échappé jusque-là, cela peut générer de l'anxiété… à même de causer des troubles du sommeil…

    • Pour déconstruire la prédiction du crime, l'auteur la considère comme une incapacité morale. Elle empêchera le citoyen d'être disposé à l'honnêteté. Elle mettra la morale en pilote automatique. Dès lors, la responsabilité sera transférée au créateur de l'objet qui était censé empêcher ce citoyen de faire une action. Pour se protéger, ce créateur aura tendance a vouloir toujours plus maîtriser et contrôler le citoyen.

    • La mémoire infinie constituera une tyrannie de commodités sociales. L'auteur cite l'exemple d'une personne qui prend toute sa vie en note et en photo (1 toutes les 30 secondes). Lors de l'anniversaire d'un ami, celle-ci s'est senti obligée de faire un discours avec tout un tas de références à des moments vécus avec son ami… C'est quand même la moindre des choses, non, quand on a une bonne mémoire ? Je pense pour ma part que l'on entrera dans une tyrannie du non pardon et de la rancune. La nostalgie ne consiste pas à se souvenir de tout avec précision, mais consiste à sélectionner des moments forts d'un temps révolu et à les déformer.

    • La ludification, c'est-à-dire de faire de toutes les situations du quotidien un jeu avec des récompenses, fera que la réflexion et l'éthique ne détermineront plus la vie politique. Elles seront remplacées par une combinaison d'incitations (et non plus d'arguments) qui seront détournées pour le profit d'un petit nombre de personnes. Cela constitue une fuite de nos responsabilités citoyennes. Deviendrions-nous incapables de résoudre des problèmes qui n'auraient pas étaient transformés en jeu au préalable ? La ludification constitue une coercition douce. L'URSS attribuait des points et des badges aux étudiants afin de les forcer à la récole dans les champs.

    • L'auteur nous parle également des infrastructures de contrôle. Il compare ainsi le métro de New York à celui de Paris. L'architecture de celui de New York est construit pour éviter toute fraude (les portiques sont complets, impossible de jouer à saute-mouton avec). Celui de Paris est plus libre et repose sur des contrôles a posteriori (et un peu de surveillance, l'auteur oubli de le mentionner). L'auteur expose que l'architecture de New York constitue du solutionnisme : elle a était construite dans un but chiffré de rentabilité sans se poser plus de questions. L'auteur trouve cela dangereux car il pense que nous allons devenir incapable d'avoir un bon comportement quand l'infrastructure ne nous y contraindra pas.

    • Au final, l'auteur nous expose qu'aucune des solutions modernes que nous trouvons géniale n'est vraiment innovante. Le LiquidFeedback du Parti Pirate est l'équivalent des réunions des permanences locales d'un parti politique traditionnel, des enquêtes et des sondages qui y circulent pour connaître les sujets d'intérêt de la base. Il faut plus qu'une plateforme comme cela pour politiser les citoyens avant l'action. De même, toute l'action du Parti Pirate, l'idée de croire que les gens peuvent transcender les partis, constituer leurs propres petits groupes pour défendre leurs intérêts particuliers, découle de la philosophie du volontarisme veille de plusieurs décennies. Il n'y a rien de neuf non dans l'autosuivi : Galton comptait et notait les femmes qu'il croisait et son ennui, Fletcher comptait sa mastication pour trouver celle qui serait idéale, etc. Tout ça prend place fin 19e siècle, début 20e… Le télégraphe, la radio, le cinéma et la TV ont aussi étaient perçues comme des manières de communiquer plus, de manière plus ouverte et de partager des cultures différentes, donc de réduire les malentendus entre peuples et ainsi de créer une meilleure humanité… Au final, même ce débat sur la technologie et le déterminisme technologie n'est pas nouveau : Voltaire et Rousseau avait déjà débattu dessus. Rousseau pensait que le progrès est libérateur. Voltaire non. Kant pensait que le progrès technique entraîne forcément un progrès moral, donc qu'il n'y a pas de déterminisme.



    Je pense que l'auteur se trompe sur plusieurs points :

    • Je pense que le besoin de réparer les choses (politique, éducation, culture, transmission du savoir, etc.) est induit par le côté encapacitant d'Internet, de sa structure qui incite à être actif, au faible coût pour intervenir sur le réseau. Ainsi, contrairement à l'auteur, je ne pense pas qu'une culture "je veux réparer le monde" constitue du webcentrisme.

    • L'auteur nous explique que les webcentristes sont des imbéciles, car ils ne voient pas la fin de leur invention. Il prétend que si l'on retournait dans le passé, qu'on informait les bidouilleurs de radios que leur techno sera supplantée, ils réagiraient forcément en mettant fin à leur invention, pas en voulant imposer à tout prix leur invention, comme ce que l'on fait aujourd'hui avec Internet. Je réponds que c'est impossible : Internet et ses caractéristiques leur seraient inconcevables. Nous passerions pour des fous et ils ignoreraient complètement notre tentative de les informer.

    • L'auteur confond parfois les usages qu'Internet peut avoir (casino, La Poste, supermarché, etc.) et ses propriétés (acentré, favorisant l'horizontalité, etc.).

    • L'auteur confond parfois le fait que nous nous engouffrions dans des pratiques technocratiques au motif que c'est nouveau, avec l'envie de tenter des choses. C'est ainsi le cas quand il évoque le parti pirate et sa volonté de faire de la politique autrement.

    • Pour nous faire constater la folie actuelle, l'auteur nous expose qu'il n'y a pas si longtemps encore, l'innovateur était considéré comme un tricheur, comme un hérétique. Je réponds que c'est la conséquence d'un contexte religieux pesant, pas d'une prise de conscience morale des sociétés passées.

    • L'auteur se contredit parfois, notamment quand il expose qu'on ne devrait pas réclamer la transparence pour la transparence, avant de le faire lui-même à propos des algorithmes Facebook qui devraient être connus de tous compte tenu de leur impact sur nos vies, ou quand il expose qu'une démocratie autre que représentative ne peut pas fonctionner car les citoyens ne sont pas omniscients, ils ont autre chose à faire… parce que les politiciens sont plus omniscients, peut-être ?



    Divers :

    • L'auteur confond solutionnisme et avis divergeant. Tout dépend de ce que l'on cherche à obtenir. Exemple : en ce qui me concerne, Yelp (une agglomération de l'avis des foules sur des restaurants) convient beaucoup plus à mes désirs qu'un guide gastronomique. Simplement, car je n'aime pas manger raffiné, je me moque de manger, je mange par nécessité. Suis-je solutionnisme pour autant ?

    • Problème de la démocratie liquide : comment, sur quels critères expertiser l'expert à qui l'on délègue tel ou tel sujet ? Où les trouver ? Celui qui gueule plus fort ? Celui qui est dans la même caste que la mienne ?

    • Automated Insight & Narrative Science pondent des articles de presse automatiques. L'auteur prédit que, bientôt, nous allons avoir des articles personnalisés selon les centres d'intérêt de chacun grâce au pistage. Ainsi, on renie toute volonté de changement, de s'ouvrir d'un citoyen.

    • Le numérique est-il vraiment synonyme de désintermédiation ? On passe d'un réseau de pair voire d'une agence matrimoniale à Meetic. On a ajouté un intermédiaire. On passe certes d'un éditeur+libraire+diffuseur à Amazon+opérateur réseau. On a concentré des fonctions, des rôles dans un même acteur. Sans compter tous les intermédiaires numériques (FAI, hébergeurs, fournisseurs de services)… Pour aller à la librairie, j'utilise une route financée par mes impôts.

    • Il existe des systèmes d'exclusion brutale (que l'on nomme « stratégie du videur ») ou une ambiance d'exclusion (exemple : un restaurant qui choisi sa clientèle par le prix, l'obligation de réserver, l'exigence d'une certaine tenue vestimentaire, des menus raffinés qui dissuadent les gens humbles, etc.). L'auteur cite par exemple les plages américaines réservées à telle ou telle communauté sur lesquelles il n'est quand même pas interdit de tenter de s'intégrer, alors que la stratégie du videur, préventive, ne donne aucun espoir. La stratégie du videur donne plus de contrôle à l'entité qui l'emploie. Dans le monde numérique, le videur a besoin de plus de données sur nous afin de mener à bien son tri.

    • L'auteur expose que le Printemps Arabes a été amoindri par l'horizontalité des militants utilisant Internet, car, quand il a fallut se structurer pour entrer dans le processus d'élection, vlam, le mouvement s'est heurté à son incompétence en la matière et a donc perdu face à des partis déjà très bien structurés pour ce type de combat. Mon avis est qu'il est très réducteur de penser qu'Internet a eu un impact décisif sur le Printemps Arabe, qui était avant tout un ensemble de révolutions conduites par des gens AFK motivés.
    Sun Aug 5 19:31:53 2018 - permalink -
    - http://www.fypeditions.com/resoudre-laberration-du-solutionnisme-technologique-evgeny-morozov/
    fiche-lecture
  • 99 dessins pour ne plus faire de fautes - - Sandrine CAMPESE (EAN13 : 9782360753611), Éditions de l'Opportun : découvrir, rire et surprendre

    Ainsi que 99 nouveaux dessins pour ne plus faire de fautes.

    L'auteure nous propose d'utiliser des dessins mnémotechniques afin de se souvenir de la graphie des mots. J'ai trouvé l'idée originale, d'où ma lecture de ces deux ouvrages. D'autant que je me trouve trop dépendant des correcteurs orthographique et grammatical…

    Ces livres se concentrent essentiellement sur les homophones, c'est-à-dire des mots qui se prononcent de la même façon, mais qui s'écrivent différemment (cession / session, pause / pose, quand / quant, détonant / détonnant, etc.), et sur des mots qui ont une orthographe proche mais un sens différent (exhausser / exaucer, discerner / décerner, collision / collusion, hiverner / hiberner, etc.). On y trouve aussi des rappels de règles d'utilisation des mots (comme le bon usage des verbes apporter un objet / amener une personne ou de naguère / jadis (plus vieux dans le temps) ou le fait que « autre alternative » et « double alternative » sont des pléonasmes), des rappels orthographiques (connexion, accueil, câlin, aborigène, marc de café, acquit de conscience, etc.) voir des rappels concernant des noms propres (Victor Hugo, Simone Weil (philosophe) / Simone Veil (IVG), etc.).

    Ces livres devraient être lu par les opposants à la féminisation des mots et des expressions voire à toute forme d'évolution de la langue. Les nombreuses explications de l'auteure leur montrerait que notre langue a beaucoup évolué, avec de nombreuses guéguerres de linguistes / grammairiens : sens dessus dessous (c'en -> sans -> sens pendant plus de 7 siècles), amende / amande et ancre / encre (qui ont pris l'orthographe de l'autre au fil des siècles), etc.

    Sat Aug 4 12:47:52 2018 - permalink -
    - https://www.editionsopportun.com/produit/82/9782360753611/99-dessins-pour-ne-plus-faire-de-fautes
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  • Contre l'état d'urgence - Paul Cassia - Dalloz - Grand format - Dalloz Librairie PARIS

    Ce livre nous propose un bilan de l'état d'urgence qui a été instauré en France entre le 14 novembre 2015 et le 31 octobre 2017.

    Il s'agit d'un bilan à mi-parcours : le livre ayant été publié en 2016, il ne prend pas en compte les derniers dénouements comme la censure constitutionnelle du fait que les préfets pouvaient autoriser les contrôles d'identité + les fouilles de bagages + les fouilles de véhicules sur de longues durées (24 heures renouvelables) et sur de larges zones géographiques (jusqu'à l'intégralité du département), ou le projet de loi « renforçant la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme » qui transpose toujours plus de mesures exceptionnelles de l'état d'urgence dans le droit ordinaire, ou la confirmation que le régime des perquisitions administratives est soi-disant conforme à notre Constitution sauf la copie / saisie de données informatiques qui nécessite une autorisation d'exploitation d'un juge (administratif) et qui ne peut pas être conduite si la perquisition ne permet pas de découvrir des infractions.

    J'avais besoin de ce livre-bilan afin de sortir mon nez du guidon, d'avoir un panorama de tout ce qui a été fait pendant l'état d'urgence, et de m'en souvenir à l'avenir. En cela, ce livre, bien qu'un peu pompeux à lire, atteint son objectif : il donne une vision plutôt claire de tout ce merdier.

    Je retiens : une législation d'exception inutile pour lutter contre le terrorisme, mais qui a bien servi contre des militants, un emballement de tous bords politique pour conduire une course à l'armement législatif, et des autorités de contrôle (Parlement, Conseil d'État, Conseil constitutionnel) dépassées par les événements.

    Ci-dessous, mes notes.

    Généralités :

    • Nous avons entendu beaucoup d' hyperboles (fin de l'état droit, etc.), mais qu'est-ce que l'état d'urgence ? C'est l'ajout et l'activation d'une législation exceptionnelle. L'état de droit est conservé, mais des garanties changent et les mesures répressives sont élargies à tout le monde au lieu d'être cantonnés à des suspects prévus par la loi (fiscalité, immigration, etc.). C'est un nouvel équilibre entre libertés individuelles et ordre public (ce dernier a toujours été privilégié par la France, par tradition). Dès sa création en 1955, les députés sont honnêtes sur la nature de l'état d'urgence : l'état d'urgence institue un état intermédiaire entre la situation normale et l'état de siège. Le second perturbe trop la vie du pays, la première ne permet pas de répondre au climat d'insécurité car le gouvernement est « entravé par le fait que le régime normal dans un pays de liberté a pour fondement le respect strict des droits individuels » ;

    • L'article 15 de la Convention européenne des droits de l'homme, ratifiée en 1974 par la France, prévoit qu'un État peut déroger aux droits et libertés qu'elle protège en cas de péril tout ça. La France a indiqué au Conseil de l'Europe que l'état de siège, l'article 16 de notre Constitution (plein pouvoir au Président) et l'état d'urgence entre dans ce cadre (#CEDH #dérogation);

    • Rappelons qu'il n'y a pas de définition de ce qu'est le terrorisme en droit français ;

    • Les mesures aggravées de l'état d'urgence (perquisitions, fouilles, etc.) sont prises dans un deuxième décret que celui qui instaure l'état d'urgence. Ce deuxième décret précise les territoires d'application de ces mesures aggravées.

    Inefficacité et dérives des mesures utilisées

    • Les mesures les plus utilisées durant l'état d'urgence ont été les perquisitions administratives, les assignations à résidence et les interdictions de séjour. Les deux dernières ont permis de boucler chez eux les contestataires politiques (COP 21, loi Travail). Les premières ont permis aux services de mettre à jour leurs bases de données. C'est pour ça que, dès novembre 2015, un régime de copie des données numériques locales et distantes a été introduit dans la loi. Les attentats contre Charlie et celui du Bataclan ont été organisés depuis la Belgique… À laquelle notre état d'urgence ne s'applique pas… Les terroristes sont venus en France au dernier moment, en mission éclaire. La DGSI l'a déclaré au Parlement : « Il n'y a pas de cellule logistique en France ». À quoi bon les perquisitions, alors ? ;

    • À quoi servent les assignations à résidence ? 81 % des assignés à résidence étrangers en attente de renvoi vers leur pays se font la malle. Durant l'état d'urgence, on a donc bien enfermé des innocents, sinon ils se seraient tiré pour commettre leur acte ou s'enfuir. De même, le couple de policiers tué le 13 juin 2016 à Magnanville était voisin de leur meutrier. L'assassin du curé de l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray portait un bracelet électronique, il était dans son délai de sortie de quatre heures par jour et dans son périmètre de sortie (liberté conditionnelle, soupçonné d'appartenir à une association de malfaiteurs en relation avec entreprise terroriste) ;

    • 88 % des perquisitions conduites jusqu'en mai 2016 ont visé des personnes irréprochables sur le plan pénal. 100 % de ses perquisitions n'avaient aucun lien avec le terrorisme ;

    • Et là, dans cette précipitation, il a fallut obéir à une politique des quotas comme le révèle le syndicaliste Alexandre Langlois, en poste aux Renseignements Territoriaux des Yvelines. « Lorsque l'État d'urgence a été décrété, notre chef de service nous a réunis pour nous transmettre les instructions ministérielles. Il nous a dit : « Maintenant, il faut faire des perquisitions administrative en masse. On doit donner au ministère un nombre de perquisitions à faire. Organisez-vous, il nous fait trois objectifs par nuit ! » Les premiers temps, ça allait. Les gens que l'on choisissait étaient des suspects sérieux. Petit à petit, on a fait le tour et le choix des objectifs a été de moins en moins pertinent ». L’état d’urgence s’éternise. Une nouvelle réunion a lieu. « Il nous a été dit : “Là, il faut ralentir la cadence. Il faut qu’on tienne sur le temps médiatique. Alors n’en faites pas trop car après on n’aura plus personne. Désormais, ce sera une perquisition par nuit ! Il faut que ça dure !” Mais, même comme cela, c’est devenu n’importe quoi. Je me souviens que pour l’un des perquisitionnés, cela reposait sur le simple fait qu’au travail, il avait refusé de serrer la main d’une femme mais c’était sa supérieure. Donc peut-être qu’il avait refusé de serrer la main, non pas parce que c’était une femme mais parce qu’il ne s’entendait pas avec son chef. C’est plutôt léger comme soupçon. Notre travail, en principe, c’est de faire la part des choses entre les gens vraiment dangereux et ceux qui ne le sont pas. Les commissariats locaux désignent eux aussi des objectifs à perquisitionner. « Mais, eux, leur filon d’islamistes s’est épuisé encore plus vite que nous, poursuit Alexandre Langlois. Alors pour remplir les quotas, certains ont fini par mettre sur la liste des gens qui n’avaient rien à voir avec l’islam radical ou le terrorisme. Les mauvais coucheurs de leurs circonscriptions, les petits délinquants qui leur pourrissent la vie, ceux insuffisamment condamnés à leur goût, etc. Les collègues des commissariats me racontaient : “Tiens, lui, le juge ne lui a pas mis le compte. Très bien, on va aller péter sa porte.” Voilà, c’est ça, l’état d’urgence. » Plusieurs policiers, dans différents services de renseignement, nous ont confirmé la pertinence très aléatoire des cibles choisies pour les perquisitions nocturnes. Sollicité par mail, le ministère de l’intérieur n’a pas répondu à notre proposition de commenter nos informations. (source)

    • Tout l'arsenal de l'état d'urgence a pour effet de transférer une dangerosité collective, une responsabilité collective vers l'individu. De même, on mélange le comportement passé et des intentions futures présumées pour prendre des mesures de restriction de libertés (c'était déjà le cas lors de l'interdiction du spectacle de Dieudonné en 2014…) ;

    • L'état d'urgence a été appliqué aux départements d'outre-mer alors que les services de renseignement n'avaient pas d'alerte concernant ces localités ;

    • Le championnat de foot, qui a justifié une prolongation de l'état d'urgence pouvait être traité par la loi 2016-564.

    Malgré tout, l'état d'urgence est élargit sans cesse… sans plus de résultats :

    • L'élargissement des mesures répressives a été permanent en moins d'un an. On est passé d'une fouille des bagages autorisée par le procureur à une fouille autorisée par le préfet ; On est passé d'une fouille autorisée pour les véhicules et lieux de transport en commun (loi 2016-339) à une fouille de tout véhicule en tout lieu ; On est passé d'une interdiction de sortie du territoire limitée dans le temps en 2014 à une interdiction renouvelable à l'infini en 2016, etc. ;

    • On a un pêle-mêle de dispositions législatives : geler les avoirs financiers de personnes susceptibles de financer le terrorisme (loi antiterro de 2014) ; sanctionner l'entrave au blocage de site web faisant l'apologie du terrorisme (loi de réforme pénale de 2016) ; utiliser les techniques de renseignement (comme les données de connexion) pour prévenir le maintien d'une association dissoute (article 6.1 de la loi du 3 avril 1955 modifiée par la loi du 20 novembre 2015) ; le ministre de l'Intérieur peut ordonner le filtrage des sites web faisant l'apologie du terrorisme sans avis de la personne qualifiée de la CNIL, avis qui est nécessaire si l'on utilise la LCEN modifiée par la loi antiterro de 2014 (II de l'article 11 de la loi du 3 avril 1955 modifiée par la la loi du 20 novembre 2015) ;

    • Manuel Valls nous a vendu un attentat déjoué avant l'Euro… C'est vrai, mais ce n'est pas grâce aux mesures de l'état d'urgence, mais grâce au travail judiciaire des flics et juges dans le cadre d'une procédure judiciaire. Même chose pour Boulogne-Billancourt-Argenteuil ; La commission d'enquête parlementaire a identifié 10 projets d'attentats entre janvier 2015 et juin 2016, dont 5 se sont déroulés durant l'état d'urgence, et un seul lui semble réaliste (cas de MIK de Tours), bien qu'on lui prête de nombreuses intentions… ;

    • La DGSI et la DGSE ont déclaré au Parlement que toutes les mesures de l'état d'urgence sont inutiles, qu'il faudra utiliser d'autres méthodes pour endiguer le terrorisme. Voir : http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20160215/etr.html#toc3 . Elles sont rejointes par la NSA pour indiquer que le chiffrement rend la surveillance de masse de plus en plus inefficace. Voir : Attendats et chiffrements.

    Les autorités de contrôle sont défaillantes :

    • Dès 1999, le Conseil constitutionnel a restreint son interprétation de l'article 66 de notre Constitution qui prévoit que le juge judiciaire est garant des libertés individuelles. Petit à petit, il rattache la vie privée, la liberté d'aller et venir, l'inviolabilité du domicile, la retenue administrative durant une perquisition, la fouille de bagages & véhicules, etc. à d'autres articles Constitution et de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen. Il fait la différence entre une privation de liberté (qui nécessite un juge judiciaire) et une restriction (qui n'en nécessite pas). Cette différence est parfois contestable : une assignation de 12h (compromis entre les 8h voulu par le gouvernement et les 16h voulues par l'opposition) est une restriction, au-delà ce serait une privation. Ouais, les politiciens ont obtenu ce qu'ils voulaient, quoi.

    • Comme on le constate au point précédent, le Conseil constitutionnel et le Conseil d'État ont transpiré pour justifier des mesures de l'état d'urgence… Ainsi, les dispositions législatives des perquisitions conduites entre le 14 et le 20 novembre 2015, placées sous le cadre de 1955, étaient illégales. Le Conseil constitutionnel l'a reconnu, mais il a refusé de les abroger, car ça aurait eu des effets démesurés. De même, l'interdiction de sortie du territoire, reconnue constitutionnelle, pourrait ne pas être conforme à la convention européenne des droits de l'homme qui dispose que toute personne peut quitter tout territoire… Le gouvernement craint son illégalité depuis le début… On peut supposer que les abrogations consenties (voir début de ce shaarli) l'ont été avec l'accord du gouvernement ;

    • Dans la loi de 1955, des délais étaient prévus pour que la justice administrative se prononce sur des interdictions de séjour et assignations. Si le délai était dépassé, cela profitait aux victimes de ces mesures : les mesures prenaient fin. Aujourd'hui, on fait confiance aux référé-liberté et référé-suspension… Qui ne s'appliquent pas à tout (notamment pas aux perquisitions qui ne peuvent être suspendues puisque elles sont terminées avant que le juge soit saisi…) et dont le délai prévu par les textes, 48h, est indicatif. Beaucoup de dossiers ont ainsi traîné durant l'état d'urgence…

    • Un juge judiciaire saisi a priori ne pourrait peut-être pas éviter les dérives que nous avons connues, car il sera saisi sur des notes blanches émanant des services de renseignement et il n'aura pas le temps de mener une enquête… Or, ces notes sont bâties exclusivement à charge et pour faire peur. Le livre expose le cas d'une personne accusée de monter des vidéos mettant en scène des référents religieux impliqués dans le djihad, de tenir des prêches à caractère prosélyte prônant l'instauration de la charia et le djihad armé, et de s'être rendu récemment en Syrie… Le juge administratif saisi après coup a constaté que tous ces éléments étaient faux… Ces notes blanches sont difficiles à démonter puisque l'accusé doit prouver ce qu'il n'a pas fait… ;

    • Malgré tout ça, 8 des 9 interdictions de séjour prises à l'encontre de militants anti loi Travail ont été cassées par les tribunaux. De même pour de nombreuses assignations à résidence de militants écolos. Notons l'argument employé devant le Conseil d'État pour justifier les assignations à résidence de militants écolos : leur mouvement contestataire pourrait détourner l'attention des flics, ce qui nuit à la lutte contre le terrorisme donc augmente le risque d'atteinte à l'ordre public…

    Divers :

    • Le fichier des personnes recherchées dont les fiches S sont une sous-section est maintenu par 13 agents, qui ajoutent des fiches suite à des soupçons émis par la famille et/ou les amis. Ces soupçons sont souvent n'importe quoi… ;

    • Un cavalier législatif, c'est-à-dire l'insertion, dans un texte en débat au Parlement, d'une disposition qui n'a aucun lien / rapport avec l'essence du texte en débat ne peut pas être retoqué lors d'une QPC. Seule une saisie du Conseil constitutionnel par le Parlement permet de faire analyser cette disposition…
    Sat Aug 4 12:39:57 2018 - permalink -
    - https://www.librairiedalloz.fr/livre/9782247168750-contre-l-etat-d-urgence-paul-cassia/
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  • Décision n° 2017-682 QPC du 15 décembre 2017 - Communiqué de presse | Conseil constitutionnel

    Ho, je n'avais pas suivi : la deuxième version du délit de consultation habituelle de sites web faisant l'apologie du terrorisme, introduite dans la loi relative à la sécurité publique de 2017, a été censurée par le Conseil constitutionnel en décembre 2017.

    Sat Aug 4 11:54:46 2018 - permalink -
    - https://www.conseil-constitutionnel.fr/actualites/communique/decision-n-2017-682-qpc-du-15-decembre-2017-communique-de-presse
  • | NOTHING TO HIDE

    Documentaire datant de 2017, sous licence CC-BY-NC-ND, qui traite de l'acceptation de la surveillance de masse dans nos sociétés et qui argumente contre le fameux « je n'ai rien à cacher ». J'ai participé à son financement participatif et j'en suis satisfait, car je le trouve compréhensible par le grand public. Les personnes interrogées sont intéressantes : Louis Pouzin, Jérémie Zimmermann, Fabrice Epelboin, Thomas Drake (lanceur d'alerte de la NSA avant Snowden), Vera Lengsfeld (personne espionnée par la Stasi), Joël Domenjoud (activiste écologiste français assigné à résidence sans jugement lors de la tenue de la COP 21 à Paris suite à des notes extrêmement floues qui peuvent tout et rien dire provenant des services de renseignement, notes qu'il a pu récupérer), etc.

    Ce film expose les arguments habituels contre le fumeux « je n'ai rien à cacher » : on dit « je n'ai rien à cacher » de peur d'avoir à admettre que la surveillance de masse existe vraiment et de passer ainsi pour un fou coiffé d'un chapeau en aluminium ; en moyenne, 60 % des gens d'une population enfreignent régulièrement la loi (oui, les entorses au code de la route, ça compte) ; la surveillance détruit l'intimité, ces moments où nous sommes vraiment nous-mêmes seul ou à plusieurs, où nous expérimentons, où nous créons, où nous vivons ; si ta vie actuelle est sans intérêt, peut-être que, demain, tu te révolteras contre un projet d'expropriation de tes terres ; la surveillance octroie un pouvoir démesuré aux États qui peuvent devenir des États policiers très rapidement.

    Ensuite, ce documentaire soumet une personne quasi lambda à une surveillance d'un mois de son téléphone et de l'historique de navigation web de son ordinateur. Lorsqu'on lui dresse son profil une fois l'expérience terminée, cette personne semble déstabilisée et mal à l'aise. Pourtant, il n'a rien fait de foufou, en effet. Notons que cette personne a demandé à ce que son graphe social (avec qui il échange, quand, à quelle fréquence) n'apparaisse pas. Notons bien que quand c'est un service numérique ou un État qui te flique, tu n'as pas ce choix.

    Enfin, le film dresse une petite liste des outils habituels pour se protéger (Signal, TOR Browser, Duck Duck Go, profiter du droit européen pour demander à une société commerciale de te communiquer toutes les données qu'elle détient te concernant, etc.).

    Fri Aug 3 23:14:32 2018 - permalink -
    - https://nothingtohidedoc.wordpress.com/
  • Livre Surveillance:// de Nitot - C & F Éditions

    Un livre de Tristan Nitot, publié sous une licence libre (CC BY-NC), qui nous cause de la surveillance marchande et étatique des services numériques. Les risques qui pèsent sur nos données personnelles (piratage, constitution d'un dossier à charge à partir de ce que nous publions en ligne afin de nous faire chanter, employé malhonnête, dénonciation de comportements aux autorités par les services numériques selon leur propre morale interne, surveillance étatique) sont très bien exposés. Les pistes évoquées pour éviter de subir tout ça se trouvent dans un consensus acceptable donc atteignable par des débutants… même s'il ne me paraît pas sain d'encenser le modèle économique d'Apple basé sur la vente de matérielle plutôt que la revente en douce de nos données personnelles.

    Je recommande la lecture de ce livre par des débutants.

    Mes notes :

    • Les données personnelles affectent la relation de pouvoir entre un citoyen et l'État et entre un citoyen et une société commerciale qui publie un service numérique. Exemples : comment puis-je avoir confiance en une société commerciale si je ne peux pas comprendre comment elle prend des décisions me concernant ? Comment vais-je réagir face à Facebook qui cachent certains messages de mes amis et m'en montre d'autres sans que je sache pourquoi ? Ces relations déséquilibrées sont frustrantes, car elles créent chez chacun de nous un sentiment de faiblesse et d'impuissance. La surveillance étatique augmente la défiance du citoyen envers l'État.

    • La vie privée est relative à un cercle d'individus : je partage ce que je veux, à qui je veux. En cela, nous avons tous quelque chose à cacher à quelqu'un.

    Je relève quelques fautes :

    • Le GPS ne permet pas de nous localiser. Le positionnement GPS est passif, l'équipement (comme un smartphone) récupère des ondes émises à touuuut le monde par des satellites et effectue une triangulation. Ce sont certaines applications qui font fuiter la position GPS, ce n'est pas une propriété intrinsèque d'un récepteur GPS ;

    • Le croisement des données personnelles de différents citoyens, bien que possible, serait imaginaire. Heeeeeeeeeeeeu… Quand on voit que quelques gros acteurs (Google, Facebook, Amazon, etc.) dominent l'écosystème numérique, c'est évident qu'un tel croisement se fait, juste nous n'en avons pas encore d'illustration, tout comme nous refusions de croire à une surveillance de masse étatique avant que Snowden nous montre les documents qui attestent son existence.
    Fri Aug 3 15:48:16 2018 - permalink -
    - https://cfeditions.com/surveillance/
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  • Injuriez-vous ! - Julienne FLORY - Éditions La Découverte

    La quatrième de couverture de ce livre évoque l'analyse des injures (qui « renfermeraient des mystères »). Il n'en est rien, il y a des dictionnaires des injures pour ce faire. Non, ce livre nous expose ce qu'est une injure, dans quel contexte, quelles est sont ces utilités, etc. Malgré cela, ce livre est intéressant.

    Mes notes :

    • Existe-t-il une différence entre insultes et injures ? Il n'y a pas d'accord entre les linguistes. Le droit français reconnaît seulement les injures. Contrairement au juron, l'injure et l'insulte présupposent un destinataire, c'est toute la différence entre un « putain ! » ou « merde ! » (jurons) et « putain, va ! » ou « grosse merde, va ! » (injures). Les injures forment un ensemble de mots et d'expressions plus vaste que les insultes, car elles reposent sur l'interprétation de l'énonciation (« pauvre cloche ! » peut être vu comme une insulte ou comme une injure, car elle ne nécessite pas d'interprétation : « ta mère est plus souvent au bistrot qu'au boulot » est une injure, car il faut interpréter). L'injure peut être perçue comme étant plus intentionnelle que l'insulte dans la volonté de blesser autrui ;

    • Les injures permettent de faire court quand il n'est pas possible d'établir un dialogue sur le temps long. Exemple typique : deux automobilistes s'injurent, car ils n'ont que quelques secondes pour échanger à propos de leur différend ;

    • Les injures reposent sur des tabous, sur des non-dits. C'est pour cela qu'elles sont très souvent à connotation sexuelles. Les injures sont donc des marqueurs de l'évolution de nos sociétés ;

    • Injurier peut être vu comme de l'anti-politesse, c'est-à-dire refuser le langage courant normé pour lui préférer, celui tout aussi normé, des tabous. D'où un petit côté « cool » quand cela est bien fait. De même, l'injure, tout comme le langage courant, permet d'identifier l'appartenance sociale d'une personne. Que dire de l'outrage envers le président de la République (qui n'existe plus depuis 2013) ? Un président peut poursuivre quelqu'un pour outrage tout en étant lui-même couvert de toute procédure pénale ;

    • Injurier peut tout aussi signifier que l'on essaye de s'auto-convaincre de notre propre domination (ce qui explique, là encore, la connotation sexuelle de la majorité de nos injures). C'est le principe même de l'humiliation, objectif recherché des injures. De même, nos peurs transparaissent au travers les injures que nous disons : peur de la passivité (« pédé »), de la crasse (« salope », « grosse merde », « sale chien »), de l'inceste (« va niquer ta mère »), de notre animalité (« fils de chien », « sale chien »), de la liberté sexuelle d'autrui (« pédé », « fils de pute », « salope », « sale chienne »). À ce sujet, voir : « Et tout le monde s'en fout #9 - La salope » ;

    • Une injure prend forme dans un contexte socio-culturel complexe : pays (un « sale chien » n'aura pas d'effet en Angleterre où le chien n'est culturellement pas perçu comme un truc crade qui doit rester en dehors du lieu de vie, « vache, va ! » n'aura pas d'effet en Inde où cet animal est vénéré) voire communauté (un « mange tes morts » ou « nique tes morts » sera perçu comme très véhément dans la communauté Manouche, compte-tenu de leur culture de grand respect des morts), temporalité (« démocrate » était une injure y'a encore 3 siècles), politique (« sale coco » fonctionne mieux aux USA qu'en France), etc. C'est l'habitus, qui doit être partagé entre l'injurieur et l'injurié, qui permet de distinguer ce qui est une injure ou non et de lui donner un sens. De même, des accords tacites ou non entre personnes peuvent rendre caduques des injures (injures sexuelles dans un contexte intime, « negro » quand c'est dit par un Noir, des mouvements sociaux ont repris à leur compte les injures proférées à leur égard, etc.) ;

    • « pédé », diminutif de pédéraste signifiait pédophile. « salope » est la juxtaposition de « sale hoppe », « hoppe » étant le nom lorrain de la « huppe », un oiseau réputé comme vivant dans la crasse. « poulet » vient du déménagement temporaire de la préfecture de Paris durant la Commune (1871) dans une caserne construite sur l'île de la Cité qui est… un ancien marché volaillé, avant que nous transposions aux flics les préjugés que l'on prête aux volailles (manque d'intelligence) ;

    • En droit français, le juge ne recherchera pas la véracité d'une injure, car ce n'est pas le sujet. Notons que la notion d'outrage envers des fonctionnaires met en exergue le fait que notre société considère que la fonction prévaut sur le reste.
    Fri Aug 3 15:07:06 2018 - permalink -
    - http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Injuriez_vous____-9782359250527.html
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  • Les Nouveaux Loups du Web - film 2013 - AlloCiné

    Un documentaire, datant de 2013 (sortie française : 2016), centré sur les USA, qui nous cause des conditions générales d'utilisation des services numériques, de la non préservation de notre vie privée par ces mêmes services, de la police prédictive qui arrête des manifestants avant qu'ils agissent en Angleterre durant le mariage princier, et de la surveillance de masse pratiquée par les États, notamment US, sous couvert de tous ces services numériques via lesquels nous vivons et racontons nos vies sans nous poser de questions.

    À de rares moments, ce documentaire est difficile à suivre en cela qu’il semble décousu, et il peut rendre extrêmement défaitiste la personne qui le visionne en cela qu'il balance de gros pavés dans la figure qui laissent à penser que l'adversaire est trop grand, que tout est perdu, qu'on ne peut rien faire, sans tenter de contrebalancer cette émotion. Malgré cela, j'en recommande le visionnage.

    Mes notes :

    • En 2000, la société commerciale Toysmart fait faillite et vend sa base de données clientèle : 195 000 clients avec leur identité, adresse postale, leurs factures, leurs habitudes d'achat, leur situation familiale, etc. ;

    • Les réglages par défaut des services numériques sont une plaie, car ils laissent volontairement accessibles beaucoup plus d'infos que ce que la plupart d'entre nous désirent. Sans compter que cela évolue en permanence : Facebook a rendu accessible de plus en plus de données entre 2005 et 2010 sous couvert des réglages par défaut ; Google a regroupé nos données accumulées sur leurs différents services alors que son PDG, Éric Schmidt, déclarait, 2 ans auparavant, que c'était un cauchemar donc que Google ne ferait jamais ça ;

    • En 2011, les USA tentent d'adopter une loi protectrice de la vie privée. Édulcorée sous l'action des lobbies, elle se contente d'apporter quelques garanties contre l'usurpation d'identité et le démarchage sauvage… sauf si les clients y consentent… dans les conditions générales d'utilisation de plusieurs dizaines de pages ;

    • « Total Information Awarenes » est le nom d'un programme lancé en 2002 par le gouvernement US visant à collecter toutes les transmissions numériques. Le but avoué est de faire le lien entre les activités bancaires, l'achat de billets d'avion, les activités en ligne, etc. pour lutter contre le terrorisme. Ce programme a, soi-disant, été abandonné en 2003 sous la pression des médias et du Congrès… Jusqu'à ce qu'on découvre, une décennie plus tard, que le développement de l'infrastructure sous-jacente a continué et a servi de base aux programmes de surveillance de masse de la NSA ;

    • On peut penser que la « doctrine du tiers », c'est-à-dire le fait que les citoyens US sont espionnés en direct par des sociétés commerciales privées plutôt que par le gouvernement (qui utilise les sociétés commerciales comme rebond) permet de contourner le 4e amendement en plus de faire des économies. Oui, il faut toujours se souvenir que la Constitution US est bâtie sur une défiance envers l'État, les droits qu'elle accorde (expression, vie privée, port d'arme, etc.) s'appliquent vis-à-vis de l'État… pas des tiers ;

    • La société commerciale américaine Carrier IQ produit un logiciel espion installé sur nombre de smartphone Android, notamment aux USA. Le FBI reconnaîtra, devant le Congrès, qu'il a pu avoir accès '""""par mégarde"""" à des données collectées via ce logiciel dans le cadre de sa coopération avec les opérateurs télécoms US ;

    • L'empire médiatique de Rupert Murdoch était lié à la police et à un cercle fermé de politiciens dans le piratage de boîtes vocales téléphoniques dans l'optique d'obtenir des scoops. Ces pratiques ont perduré plus de 10 ans avant d'êtres révélées !

    • Je note quelques fautes : en français, on dit « chiffrement », pas « cryptage » ; il est faux de parler d'anonymat dans la manière dont Google promettait d'exploiter les cookies dans sa première politique de confidentialité en 2000 : c'était déjà du bluff intégral. Un cookie est un identifiant unique plus ou moins temporaire de tel navigateur sur tel ordinateur. Dans un tel contexte, il n'y a pas d'anonymat.
    Thu Aug 2 23:26:59 2018 - permalink -
    - http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=222226.html
  • #19867 - DTC Dans Ton Chat - BashFR - Humour perles citations

    SirMaiden: Est ce que coucher avec un robot c'est tromper ?
    Bernardo8: Je pense pas
    SirMaiden: d'accord
    Bernardo8: Je pense qu'on est plus sur de la masturbation
    SirMaiden: mais genre un robot très humanoide quand meme
    Bernardo8: tant qu'il a pas une réelle conscience je pense pas
    Bernardo8: pourquoi y'a un robot qui te fais de l'oeil ?
    SirMaiden: Ahah non c'est une question philosophique qu'on aura a se poser un jour
    SirMaiden: Ouais mais ta meuf peut se poser des questions
    SirMaiden: vis a vis du robot c'est sur qu'on s'en tape
    SirMaiden: Genre imagine ta meuf qui te dit qu'elle s'est tapé un robot qui ressemble a brad pitt osef ?
    Bernardo8: ben ouais c'est un peu comme un gode élaboré
    SirMaiden: Mais genre il parle et tout
    SirMaiden: Il est réaliste
    SirMaiden: Si tu sais pas tu crois que c'est un humain normal
    Bernardo8: ha mais si le robot a une consience élaborée là ouais c'est chaud
    SirMaiden: ouais c'esst une IA un peu
    Bernardo8: s'il passe le test de Turing c'est tromper
    SirMaiden: ahah meilleure détermination qu'on m'ait sorti pour l'instant
    SirMaiden: Et si il le passe mais que c'est un robot exprès pour le cul ?
    Bernardo8: ben c'est comme aller voir une pute
    SirMaiden: Pas faux
    SirMaiden: Ca me plait bien comme solution
    Bernardo8: à ton service

    :')

    Thu Aug 2 13:01:40 2018 - permalink -
    - https://danstonchat.com/19867.html
  • Meeting Snowden - Les Mutins de Pangée

    Une entrevue entre Snowden et Lessig (Jónsdóttir ne parle quasiment pas) à propos de la démocratie, des manières de la faire renaître, de la corruption, de nos peurs que la classe dirigeante utilisent pour nous contrôler, de l'espoir, du militantisme.

    J'apprends rien de nouveau, mais la détermination et l'espérance d'autrui sont toujours belles à voir. :) J'ignorais que Snowden était aussi guimauve : il évoque la création d'une fraternité au-delà les frontières permettant ainsi de s'extraire de la notion de classes sociales et de résister tous ensemble. :)

    Je note trois points :

    • On a réduit peu à peu les discussions que nous jugeons sérieuses. Parler de la corruption en politique est jugé insensé. Pareil pour la préservation d'acquis sociaux. Ce sont les institutions qui ont fait cela. Ces mêmes institutions que nous, les peuples, trouvons obsolètes ;

    • La candidature de Lessig à la primaire présidentielle s'est faite plomber par le Parti démocrate lui-même. Il savait qu'il n'avait aucune chance d'être élu président, il voulait néanmoins participer aux débats TV de la primaire afin d'y expliquer en quoi la corruption du système politique US empêche tout autre changement, que c'est donc la source des autres maux constatés. Le parti avait fixé des règles : Lessig devait collecter 1 million d'intentions de vote et un certain nombre de points dans les sondages. Quand il a réussi, le parti a changé les règles du jeu, l'excluant de fait ;

    • Je suis en désaccord avec Snowden : les États-Unis n'ont pas convaincu les États alliés de les suivre dans la folie de la surveillance de masse à la suite de la publication des documents emmagasinés par Snowden, ces États procédaient déjà à des opérations de surveillance de masse, soit en solitaire, soit en collaborant avec les USA (et entre eux) pour échanger des informations sans trop violer leurs législations respectives. C'est le cas de la DGSE française et du GCHQ UK. C'est ça qui a fait que les politicien⋅ne⋅s ont faiblement condamnés les actions de la NSA : ils savaient voire ils en ont été les complices. Ce qui a poussé les législateurs UK, français, suisses, etc. à adopter des lois permettant de protéger leurs services de renseignement, c'est la volonté de se protéger d'une partie du peuple qui grondait suite à l'affaire Snowden.
    Wed Aug 1 22:58:34 2018 - permalink -
    - http://lesmutins.org/meeting-snowden
  • Médecine 3.0 Le patient, le médecin et la machine 2016 - YouTube

    Un documentaire, datant de 2016, centré sur l'Allemagne, qui nous cause de la médecine numérique : capteurs corporels, télémédecine, etc.

    • Enjeux supposés : nécessité économique (99 milliards d'euros par an d'économies envisagées en Allemagne, comme s'il n'y a que ça qui compte), désenclaver les territoires ruraux avec la télémédecine (comme si la technologie était le point de passage obligé pour résoudre ce problème…), réaliser des études épidémiologiques (comment si, jusqu'à ce jour l'humanité n'avait pas su réaliser des études et soigner les gens sans fliquer tout le monde…), simplifier les procédures (mais bien sûûûûr), etc. ;

    • Quelles données sont collectées par les capteurs corporels ? C'est souvent très flou pour l'acheteur. Où sont stockées les données ? En local, sur le gadget lui-même ? Sur un serveur (cloud) en Europe ? Ailleurs dans le monde ? Qui peut y avoir accès et selon quelle procédure ? On nous vante une protection à 100 % factice (un piratage est toujours possible), sans plus de réponse. Pourra-t-on consentir librement à la collecte de nos données tout en sachant qu'un refus nous exposera éventuellement à une diminution nos soins alors que nous nous accordons à dire que la santé est notre bien le plus précieux ? À quoi servent ces capteurs ? Apportent-ils vraiment quelque chose ? Si l'on collecte nos pas quotidiens pour le plaisir de compter, ça a aucun intérêt. Quid de la pollution engendrée par la fabrication puis le renouvellement régulier (obsolescence programmée) de ces millions de gadgets et de leurs consommables (piles / batteries) ? ;

    • L'individualisation extrême de la médecine signe-t-elle le début de la responsabilité de nos maladies et donc la fin des systèmes de santé solidaires ? Les mutuelles proposent déjà des contrats moins chers pour les mutualistes détectés comme étant en bonne santé par des capteurs corporels… À quand les malus pour les autres ? Autant sanctionner les fumeurs ou les personnes en surpoids dès aujourd'hui. Ne plus mutualiser le risque est idiot puisque c'est la raison d'être des assurances / mutuelles (lire le bloc « Dangerosité (ou non) du Big Data & l'usage qu'en font les compagnies d'assurances. ») !

    • En France, la mise en réseau de nos données de santé (carnet de santé, résultats d'examens, etc.) est en œuvre depuis plusieurs années. C'était le Dossier Médical Personnel, devenu Dossier Médical Partagé. La carte vitale et l'autorisation explicite d'accès pour chaque médecin accordée par le citoyen sont la clé dus système. Le documentaire expose que l'on peut refuser le DMP, que 280 000 français⋅e⋅s l'ont déjà fait. Je n'ai pas réussi à identifier la source de ce chiffre. Je comprends même l'inverse, à savoir qu'il faut que chaque citoyen qui le souhaite crée explicitement son DMP avant d'en donner accès aux différents professionnel de santé ;

    • Allemagne : la mise en réseau des données de santé sur un service centralisé est prévu pour 2018 :

    • Suisse : la plupart des consultations se font par téléphone ou par visioconférence. Les caisses d'assurance ont un tarif préférentiel incitatif. Les médecins n'exercent plus une profession libérale, mais sont employés par de grosses sociétés commerciales qui leur évitent le risque qu'il y a à ouvrir un cabinet (lol !). Le secteur est concentré entre quelques grosses sociétés commerciales, la rotation du médecin qui prend en charge l'appel fait disparaître la relation de confiance, et ce système deviendra peu à peu le système de santé réservé aux pauvres ;

    • Il y a pas mal de bullshit dans ce reportage : poser la question "est-ce que les capteurs corporels vont nous permettre de nous passer de médecins est idiote… comme si les chiffres collectés se suffisaient à eux-mêmes pour poser un diagnostic… quand on voit le niveau des échanges sur Doctissimo où le cancer ou autre pathologie inquiétante est prédit à tout le monde… ; le vendeur d'oreillettes connectées qui explique qu'elles sont mieux qu'un gadget visuel qui obstrue la vue que nous utilisons en permanence, car notre ouïe est plus souvent disponible… Mouais enfin j'ai autant pas envie de me faire faucher par une voiture ou de ne pas entendre une sollicitation orale que de percuter un mur… ; un journaliste sociologue (kézako ?) qui explique que, grâce aux capteurs corporels, les termes cancers et diabète ne voudront plus rien dire tellement les maladies seront personnalisées… Mouais, ça deviendra des catégories de maladies, car il n'y aura pas autant de maladie sans tronc commun qu'il y a d'êtres humains sur terre.
    Wed Aug 1 01:08:46 2018 - permalink -
    - https://www.youtube.com/watch?v=DUIzabzB-CU
  • [Mastodon]Bortzmeyer sur Twitter : "#Mastodon is a bit like the New World for the discontented british people in the 16th-17th centuries: some move because they want more freedom, some (Puritans on the Mayflower) because they want to be the persecutors, not the persecuted like they were in England / on Twitter."

    #Mastodon is a bit like the New World for the discontented british people in the 16th-17th centuries: some move because they want more freedom, some (Puritans on the Mayflower) because they want to be the persecutors, not the persecuted like they were in England / on Twitter.

    Tue Jul 31 10:13:59 2018 - permalink -
    - https://twitter.com/bortzmeyer/status/1024203004277415936
  • Demain, tous crétins ? - Le film

    Il y a de tout dans ce reportage, du bon, comme du mauvais…

    • On constaterait une baisse du QI chez les bidasses des pays nordiques de l'UE. On constaterait une hausse de 600 % en 20 ans de l'autisme, de l'hyperactivité et des déficits de l'attention en Californie (dont un tiers seulement s'expliquerait par des définitions scientifiques qui englobent de plus en plus de choses) ;

    • On sait que le crétinisme (petite taille, retard mental, gonflement de la thyroïde) était dû à un manque en iode durant la grosesse ;

    • Des substances chimiques (brome, chlore, fluore) se confondent avec les hormones thyroïdiennes et se fixent sur les récepteurs. Les produits qui en contiennent sont nommés « perturbateurs endocriniens » ;

    • Ces perturbateurs endocriniens se retrouvent dans le PCB (aujourd'hui interdit), dans les retardateurs de flammes (qui ne sont plus obligatoires dans les produits pour bébés et les canapés, en Californie depuis le milieu des années 2010), les pesticides, les cosmétiques, les emballages, les produits de cuisson anti-adhésif, etc. ;

    • Y'a aussi beaucoup de flan dans ce reportage : il est trèèèès alarmiste dans le ton employé, il nous présente des études qui établissent des corrélations sans établir de lien de cause à effet voire des corrélations indirectes, il fait référence au seul QI comme mesure de l'intelligence tout en t'expliquant qu'un point de QI en moins c'est 2 % de productivité humaine en moins (taktak c'est mathématique, tavu !), il octroie des compétences de chercheur et de médecin à un prof du primaire qui devient habilité à te faire un topo sur l'évolution des troubles de l'attention et des « maladies » (sans plus de détails) sur 20 ans, il présente des études dans lesquelles la méthode scientifique n'est a priori pas respectée car plusieurs choses peuvent changer au sein des groupes testés notamment corréler une déficience mentale à un lieu d'habitation gorgé de pesticides ne dit pas où les personnes passent l'essentiel de leur temps (quid du travail ?) ni ce qu'elles mangent (local ou importé de loin ?).
    Mon Jul 30 22:26:52 2018 - permalink -
    - https://www.demaintouscretins.com/
  • Mon avis sur quelques films visionnés en juillet 2018

    Les Suffragettes

    Docu-fiction sur les Suffragettes, mouvement pour revendiquer le droit de vote des femmes au Royaume-Uni au début du 20e siècle. Ce film illustre assez bien qu'un combat pacifique ne suffit pas toujours à se faire entendre et que la violence / terreur (destruction de vitrines, de boites aux lettres et d'une partie du réseau télégraphique) est parfois utile. Ce film illustre bien la violence exercée sur ces femmes : ignorées par leur mari et par les politiciens, réprobation sociale, campagnes de presse pour les humilier et porter atteinte à leur intégrité, agressions sexuelles au taff et dans la rue, tabassage par les flics, isolement et rupture de leur vie de famille, etc.

    Bon film, à voir.


    La vie des autres

    La vie d'un couple d'artistes résidant en RDA espionné par la Stasi sur ordre d'un ministre qui a un mauvais présentement à leur encontre. Ce film illustre à la fois l'étendue de la surveillance d'alors, sauf à l'encontre des vénérables hauts dignitaires du vénérable parti, bien entendu, et la possibilité de lui échapper (utilisation d'une machine à écrire différente, sentimentalisme d'un espion, impossibilité de contrôler tous les espaces, etc.). Nous pouvons également constater le chantage "vous collaborez ou nous faisons en sorte que vous ne puisez plus exercer votre art en RDA, donc que votre vie devienne aussi ennuyeuse que la mort".

    Comment savoir si une personne ment selon la Stasi ? Elle ne s'énerve pas de l'injustice de son interrogatoire, elle répète mot pour mot ses justifications apprises par cœur et elle est arrogante (« vous pouvez vérifier mon alibi en faisant ci ou ça »).

    Bon film, à voir.

    Mon Jul 30 11:37:31 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?tVykvg
  • #19862 - DTC Dans Ton Chat - BashFR - Humour perles citations

    Bousti : Les amis, c'est comme les règles. Ça débarque toujours un peu à l'improviste, mais on est rassuré de les voir.

    :D

    Dans les commentaires :

    T'es rassurée 10min et puis après tu rages pendant 5 jours xD
    Quand ils sont là t'évites de baiser aussi
    Quand ils sont là c'est sodomie ?

    :')

    Fri Jul 27 20:07:47 2018 - permalink -
    - https://danstonchat.com/19862.html
  • L'homme, un animal si proche du loup

    Benoît Delépine a rencontré pour Siné Mensuel Pierre Jouventin, éthologue, ancien directeur de recherche au CNRS, spécialiste en écologie comportementale et auteur de L’Homme, cet animal raté. Entretien.

    Pourquoi ce titre pour votre livre : L’homme, cet animal raté ?
    Parce que notre espèce est incapable de s’adapter à long terme à son milieu comme le fait n’importe quel animal moins intelligent. Comme directeur de recherche au CNRS et comme directeur de laboratoire d’écologie, j’ai passé quarante ans à suivre les animaux sauvages dans la nature. Après avoir étudié de près une vingtaine d’espèces, passé plus de huit ans en Antarctique et sur les îles qui l’entourent, trois ans en forêt équatoriale au Gabon, j’ai voulu appliquer mes connaissances à l’animal le plus énigmatique, celui qui s’est « autodomestiqué », comme disait Konrad Lorenz, c’est-à-dire à l’homme. Donc je l’étudie en naturaliste dans ce livre en appliquant les découvertes récentes en paléoanthropologie, génétique, écologie scientifique, éthologie…

    À votre avis, si on mettait les êtres humains les uns contre les autres debout, quelle serait la surface géographique qu’ils occuperaient ?
    Je ne sais pas.

    On n’est pas loin de 8 milliards, et donc à quatre par mètre carré, ça tient dans le Lac Léman. Comment expliquez-vous que des quasi-bactéries qui tiennent dans le lac Léman aient réussi à foutre en l'air la planète aussi vite ?
    C’est tout l’objet de mon livre. L’Histoire commence il y a quelques milliers d’années alors que notre espèce est vieille de 300 000 ans et la famille humaine de 2,5 millions d’années. À partir de la révolution néolithique, il y a seulement 10 000 ans, on se sédentarise en passant à l’élevage et à l’agriculture. On change radicalement de mode d’exploitation de la nature et de démographie. Au lieu de faire un enfant tous les quatre ans, les femmes mettent au monde presque tous les ans. Tous les animaux savent éviter de se trouver en surnombre et se régulent alors que, sur notre voiture, il n’y a pas de marche arrière. De nombreuses personnalités se rendent compte qu’on va dans le mur mais, collectivement, c’est le déni. Surtout par ceux qui nous dirigent et dont le mandat ne dépasse pas cinq ans. Le système capitaliste est fondé sur la compétition. Si celle-ci est naturelle, il existe une autre force naturelle : la coopération. Aujourd’hui, le social, qui est indispensable à notre équilibre, est mis sur la touche et il ne reste que la compétition car elle rapporte. Et c’est pour cette raison que l’écologie est une science subversive, remettant en question un « développement infini dans un monde fini ».

    Vous démontrez que l’homme est un animal qui, pour survivre, s’est mis à chasser en petits groupes parce qu’il était relativement faible dans la savane. Votre théorie est que chasser à plusieurs, en poursuivant les grands animaux, a peu à peu fait grossir le cerveau de l’homme, et lui a fait gagner ce qu’on appelle une forme d’intelligence. Aujourd’hui, à 8 milliards, on conserve ce cerveau qui nous permet de nous entendre avec une dizaine de personnes, les amis, la famille… On est efficace en petits groupes mais dès qu’on est plus nombreux, on n’arrive plus à concevoir sur le long terme.
    Pendant plus de 95 % de notre existence, nous avons été le seul primate qui chassait en groupe. Comme les loups avec qui nous partagions la même niche écologique de chasseur coopératif du gros gibier. On est sorti de la forêt pour coloniser la savane et se trouver devant une nourriture abondante, c’est-à-dire les grands herbivores mais aussi des carnivores dangereux. Dans ce milieu ouvert, l’homme ne pouvait survivre et se nourrir qu’en bandes. Il a donc grandement développé au cours de son évolution les techniques de chasse et les liens sociaux. Je pense, contrairement à ce qui est dit partout, que l’animal le plus proche de nous n’est pas le chimpanzé ni le bonobo, bien que génétiquement ce soit indéniable. Aux plans social et psychologique, nous sommes plus proches du loup par convergence écologique, seule à expliquer notre originalité de primate super-prédateur.

    Si on était si proche que ça psychologiquement du chimpanzé, on aurait des chimpanzés domesfiqués.
    Bien sûr ! Pourquoi cohabitons-nous si bien avec des chiens mais pas avec des chimpanzés ? Parce que les chiens sont très proches de nous malgré les appa— rences. Ils ont le sens de la hiérarchie sociale et de l’entraide. Pourquoi et comment l’homme a-t-il « inventé » le chien ? Les hommes préhistoriques ont d’abord trouvé dans leurs tanières de jeunes loups. ils se sont aperçus que les loups s’intégraient au groupe, défendant le campement. Ils multipliaient par trois la prise de gibier, d’après les études effectuées dans des clans de chasseurs-cueilleurs. À partir de cette association avec le descendant du loup, le perfectionnement des armes de jet et surtout l’agriculture, les hommes pouvaient nourrir beaucoup plus d’enfants. Pourquoi ne pas en être resté au loup ? Quand il devient mature socialement vers 3 ans, il essaie de monter dans la hiérarchie du clan, c’est-à-dire dans la famille qui l’a hébergé, et il entre parfois en conflit avec les humains. Du coup, nos ancêtres ont sélectionné les louveteaux les plus dociles de chaque portée, et ils ont obtenu des loups qui restent infantiles et ne remettent jamais en question l’autorité du chef de meute : le chien est donc un « ado éternel ».

    C’est pour ça que le football est le sport mondial : ce sont de petites bandes de mecs qui s’affrontent. On revient donc au schéma de base de l’être humain. C’est une bande d’une dizaine de personnes chassant une proie…
    Dans tous les domaines humains, c’est la base biologique sur laquelle reposent la sexualité, le pouvoir, l’amitié. Le football est un développement hypertrophié de la défense collective de la tribu
    .

    On connaît la célèbre phrase : « L’homme est un loup pour l’homme. » Mais l’homme est pire qu’un loup pour l’homme.
    Cette phrase a été reprise de l’Antiquité par Thomas Hobbes qui considérait que les hommes étaient tellement méchants qu’il fallait les protéger, et donc qu’il fallait un État pour y parvenir. Je pense comme vous et Rousseau que c’est l’inverse : « L’homme est naturellement bon mais la société actuelle le rend méchant. » En effet, les chasseurs-cueilleurs étaient nomades et travaillaient deux à trois heures par jour d’après les ethnologues (ce que j’ai pu constater chez les Pygmées). Après la révolution néolithique, le temps contraint exige trois fois plus de travail. La nourriture augmente et la population aussi. il faut alors stocker les réserves contre les pillards et les sociétés dites « égalitaires » deviennent inégalitaires. Les chefs, jusque-là symboliques, deviennent des tyrans. La violence a toujours existé mais la guerre apparaît seulement au néolithique, puis l’armée et la police. L’individu s’inquiète et les dirigeants lui font expliquer par des penseurs comme Hobbes qu’il faut un État pour le protéger, puisque l’homme est namrellement mauvais…

    En plus le cerveau humain rétrécit !
    C’est classique chez les animaux domestiqués. Ils perdent jusqu’à un tiers de leur cerveau : le chien par rapport au loup, le porc par rapport au sanglier, la poule domestique par rapport à la poule bankiva. On oublie de signaler que l’homme actuel a moins de volume de cerveau que l’homme de Cro-Magnon et de Néandertal…

    D’ailleurs, vous avez vécu avec un loup…
    À ma connaissance, je suis le seul à avoir élevé un loup non pas dans un enclos à côté de la maison, mais à l’intérieur. Dans mon livre Kamala, une louve dans ma famille, je raconte que, sans l’avoir recherché, notre famille a vécu en meute. Ce que nous avons découvert, c'est que le loup défend ses proches. Quand nous nous approchions d’un balcon, notre louve nous tirait par le pantalon. On l’a compris seulement quand on est allés se baigner en rivière. Ma femme se jetait à l’eau, et la louve sautait à son tour pour la ramener à la rive dix fois de suite. J’ai tout photographié et filmé (http://pierrejouventin.fr). Bref, à l’inverse de ce qui dit Hobbes, le loup est altruiste et donne une leçon à l’homme !

    Quand on se rend compte de notre évolution, ou non-évolution, elle explique beaucoup plus de choses que la philosophie ! Un milliardaire qui gagne 100 milliards, c’est ridicule. On se dit : « Pourquoi a-t-il besoin de 100 milliards ? Il n’arrivera jamais à les dépenser. » Il s’en fout, il fait partie d’un petit groupe et ne se rend pas compte du bordel qu’il a créé.
    Lorsque j'étudiais sur le terrain un babouin forestier, le mandrill, j’ai vécu un moment dans une tribu de Pygmées. Là-bas, le chef, c’était celui qui allait planter la lance sous le ventre de l’éléphant ou qui parlait au nom des autres. S’il abusait de son pouvoir, les membres du groupe ne lui accordaient plus d’attention. Rien à voir avec nos présidents français qui peuvent déclencher une guerre sans consulter personne…

    Avant l’élection présidentielle, Macron se disait européen, quand tout le monde était contre l’Europe… Il assume ! Il assume le fait de gagner de l’argent ! Et tout le monde se dit : il assume, donc il croit en ce qu’il dit. Ça change un peu la donne.
    Notre cerveau est tellement gros qu’il est difficile de savoir quand quelqu’un ment, surtout s’il est aussi doué que Macron qui s’est marié avec sa professeur de théâtre !

    Vous donnez aussi des pistes pour s’en sortir : pas plus d’un enfant, mais aussi l’énergie verte, le solaire, etc. Des solutions très difficiles à mettre en œuvre. Sauf de manière quasi autoritaire, on n’y arrivera jamais. Quel homme politique va dire : « À partir de demain, pas plus d’un enfant » ?
    Les Chinois l’ont fait mais ils sont revenus en arrière et le contrôle des naissances n’a, de toutes nmnières, pas bonne presse. Même si les pays industrialisés prenaient conscience de la surpopulation, les pays du tiers-monde — qui ont bénéficié des avancées de la médecine et dont la démographie est explosive — combleraient les vides… Donc l’avenir sur ce point paraît difficile. En revanche, les énergies renouvelables vont nécessairement se développer puisque le capitalisme a trouvé comment en tirer profit. Notre pays est très en retard parce qu’il s’est fourvoyé dans le tout-nucléaire et ne sait plus comment sortir de cette impasse coûteuse…

    Il faudrait aller vers la décroissance. Mais les gens ne vont pas voter pour ça
    Comment arriver à faire avaler à une majorité de gens qu’ils doivent se serrer la ceinture ? Ils préfèrent croire que tout le monde peut devenir riche en bossant comme un fou.

    On a tourné un film, qui va sortir en septembre-octobre, à l’Emmaüs de Pau pendant un mois et demi. Ils vivent une utopie extraordinaire : la décroissance.
    Seules les petites initiatives peuvent marcher dans le contexte actuel. Il faut entrer en résistance et, dans la mesure du possible, ne plus marcher dans ce système qui piège. J’essaie simplement, en fonction des connaissances actuelles et de mon expérience, de comprendre comment, avec un si gros cerveau, notre espèce extraordinaire s’est engagée sur une voie de garage. Je ne vois pas comment on s’en sortira. Mais au train où nous allons, dans quelques dizaines d’années, ça va péter.

    On est trop nombreux pour redevenir des chasseurs-cueilleurs…
    Bien sûr, mais regardez Notre-Dame-des-Landes! La vraie trouille des autorités, ce ne sont pas les « casseurs », comme ils disent. Leur crainte, c’est de voir se développer une contre-société avec des codes radicalement différents. Et, marginalement, cela va se développer de plus en plus. Pas question de prendre le pouvoir comme on l’imaginait en 36. On n’arrivera pas à remplacer nos hommes et femmes politiques qui sont imbattables dans leur pratique de la langue de bois. En revanche, on peut vivre de peu en dehors du système, d’une manière raisonnable qui nous satisfasse.

    La notion de progrès ne vous dit rien qui vaille…
    On nous a piégés avec le progrès. Regardez le grand débat Rousseau contre Voltaire. Voltaire avait raison à son époque : l’avenir était souriant et le progrès libérateur. Mais autant Rousseau se ridiculisait en son temps, autant il redevient d’actualité, parce qu’il a vu plus loin, que ça ne pouvait pas aboutir à une solution durable. Et c’est lui qui est en train de gagner.

    S’ajoute enfin la grande escroquerie de la religion. C’est l’homme qui a inventé Dieu, ça c’est sûr !
    Pour moi, la religion n’est qu’un exemple des dérives qui arrivent à partir du néolithique, comme la guerre, l’armée, l’État… Vous avez une tendance naturelle, même dans un groupe de Pygmées, a choisir un gars courageux qui défend le groupe et devient un ancêtre mémorable. Donc vous l’idéalisez et il devient un modèle. Or le Dieu des trois monothéismes, c’est LE modèle extrême. Pourtant, depuis Darwin, la Création — c’est-à-dire aujourd’hui la biodiversité — s’explique naturellement. Comment croire à un barbu qui surveille à partir du ciel les faits et gestes de tous les habitants de la planète ? Une admiration naturelle et utile, qui stimulait, est devenue une invraisemblance qui aide à vivre.

    Revenons à nos amies les bêtes. On est les plus forts mais pourquoi ne peut-on pas traduire les animaux ?
    Mais si, on les traduit ! C’est mon métier de comprendre ce que disent les oiseaux et les mammifères.

    Vous savez nous dire ce qu’ils ont envie de dire ?
    Quand on connaît bien une espèce, on entre dans sa tête et c’est bien plus facile que pour l’homme. C’est le plus souvent par ignorance que les gens se font mordre. En réalité, un chien vous avertit presque toujours. Aucun ne m’a mordu parce que je vois bien s’il est amical ou pas. Mais chaque animal a un code différent, parfois à l’inverse l’un de l’autre : un chien qui met les oreilles en arrière ou qui bat de la queue manifeste sa joie ; un chat, c’est quand il n’est pas content ! Si vous les étudiez sérieusement, c’est très facile de comprendre les animaux.

    L’orque et le perroquet gris du Gabon ont un langage, dites—vous…
    Tous les animaux communiquent entre eux par des signaux innés, mais les espèces très sociables qui vivent en groupe en permanence doivent apprendre des autres et on peut donc les leurrer. Si vous prenez un jeune mainate ou perroquet et que vous l’isolez de ses congénères, si vous le caressez régulièrement, il vous considère comme un compagnon et vous imite en prononçant les mêmes mots dans le même contexte. Comme les jeunes enfants, il est programmé pour imiter ses congénères mais vous vous substituez à eux pour qu’il vous imite.

    Et les orques s’appellent entre eux ?
    Chaque espèce d’orque possède une signature vocale qui lui est propre, chaque famille a sa signature commune et chaque individu aussi. Sous l’eau, ils ne se voient pas mais quand ils chassent en meute, ils doivent savoir où chacun se trouve pour se coordonner dans leur traque.

    Une anecdote que j’ai adorée dans votre bouquin, c’est la technique du coq pour avoir une poule !
    Quand il veut sauter une poule, le coq émet le cri qu’il pousse quand il a trouvé un ver. Et même s’il n’y en a pas, la poule arrive et hop ! Mais quand il y a un mâle dans les parages, s’il voit un ver, il ne chante pas, pour éviter qu’on le lui pique ! Les corbeaux et les geais, quand ils trouvent quelque chose, le cachent. S’ils voient qu’un congénère les a repérés et risque de venir le déterrer, ils attendent un petit moment qu’il regarde ailleurs, et puis ils le changent de place.

    Le mensonge, c’est une forme d’intelligence quand même.
    Bien sûr. Nous sommes de loin les plus doués dans ce domaine du fait du développement de notre cortex…

    Pour terminer sur une note positive, une action qui a été utile pour notre environnement ?
    J’ai été l’expert en biologie de la délégation française lors des réunions internationales sur la « mise en réserve » de l’Antarctique. Je puis témoigner que nous avons eu une chance extraordinaire d’avoir un Premier ministre, Michel Rocard, qui était amoureux des pôles. Pour une fois, la France, qui est généralement à la traîne en écologie, a été pilote au niveau international. Nous sommes ainsi parvenus à interdire l’exploitation des ressources minérales d’un continent entier jusqu’en 2048 au moins !

    Je ne suis pas d'accord sur plusieurs points.

    Je pense que le déni (écologique, politique, autre) est individuel c'est-à-dire que chacun⋅e voit bien les dégâts que nous provoquons, mais personne n'a envie de se sacrifier, de changer de style de vie, simplement, car il⋅elle n'a pas la certitude d’être suivi, il y a une probabilité non-nulle de trahison. C'est ça qu'il manque aux théories écolos : la certitude que si je joue le jeu, je ne pourrais pas me faire entourlouper voire voler, que je ne ferai pas de vains efforts. Le collectif sert uniquement de justification à la mauvaise conduite (qui n'a jamais dit « je ferai des efforts quand les autres en feront » ?), mais il n'en est pas la véritable cause, selon moi.

    Je pense que l'apparition des États et leur légitimité n'est pas liée à une prétendue gentillesse ou méchanceté de l'humain⋅e, mais pour le besoin de réguler les interactions sociales (donc les comportements) au sein d'une espèce animale éminemment sociale dont le nombre de membres augmentait très vite (ce que décrit l’interrogé). Qui définit les règles de la vie en société ? Qui les fait respecter ? Comment ? Il fallait une émanation de la volonté collective. Vivre en petits groupes, avec des règles spécifiques (tel groupe autorise le vol, un autre l’interdit, tel groupe s'exprime pleinement, tel autre groupe considère que certains types de propos n'ont pas à être tenu, par exemple) est une solution qui marche, mais alors, comment se met-on d'accord sur les règles qui s'appliquent à une interaction entre deux individus issus de deux groupes différents ? Comment gère-t-on l'inflation d'un groupe dont les règles plairaient beaucoup ? De plus, même dans les petites communautés humaines, il y a quelqu'un⋅e qui, par son autorité morale ou ses muscles ou ses mérites, définit les règles de la communauté, il y a rarement une autonomie pure et parfaite des individus couplée à une autorégulation. Bref, l'État, sous sa forme actuelle, était le modèle théorique le plus simple pour satisfaire ces critères. Je parle bien de l'État en tant que modèle, pas des politicien⋅ne⋅s qui sont une des implémentations possibles et dont on pourrait très bien se passer… le jour où l'humain⋅e ne sera plus une grosse feignasse qui aime bien déléguer les bâtons merdeux afin de fuir.

    Que vient faire la notion de progrès dans cette entrevue ? Je ne vois pas le lien avec le reste… Je pense, comme Kant, que le progrès peut être responsable, en tout cas que son usage peut être moralisé. Je ne pense pas que l'humanité soit obligée de mettre en œuvre le pire aspect de ses découvertes. Mais oui, gare aux discours nous récitant que le progrès, la technologie est la solution à tous nos problèmes, car c’est un mirage. Les solutions se trouvent dans les interactions entre individus.

    Pierre Jouventin se contredit : si le chien est la version domestiquée du loup, qui aime bien la hiérarchie, alors l'humain⋅e est plus proche du chien que du loup insoumis, non ?

    Dans le numéro juillet-août 2018 de Siné mensuel.

    Fri Jul 27 13:27:04 2018 - permalink -
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  • Mes notes du Siné mensuel de juin 2018

    • Doux (marque Père Dodu, entre autres), le volailler industriel connu pour avoir gonflé ses poulets avec de l'eau afin de bénéficier de subventions européennes accordées au poids, mis en liquidation judiciaire début 2018 pour la deuxième fois, a été repris par un consortium, Yer Breizh, composé de LDC (Le Gaulois, Loué, Maître Coq, etc.), du groupe saoudien Almunajem, de la coopérative agricole Terrena (via un montage avec Sofiprotéol (huiles, comme Lesieur)), de la coopérative Triskalia (connue pour fraude aux pesticides périmés et empoisonnement de ses salarié⋅e⋅s). Les ex-concurrents de Doux ont su se mettre d'accord sur ce rachat afin d'éviter que MHP, un groupe ukrainien également intéressé pour reprendre Doux, entre sur le marché français. La région Bretagne a financé ce rachat à hauteur de 20,9 millions d'euros, sans compter le paiement des ardoises aux paysan⋅ne⋅s lésé⋅e⋅s par la faillite de Doux. L'État devra rembourser à l'UE les 82 millions d'euros de subventions indûment perçues par Doux dans l’affaire des poulets gonflés à l’eau… ;

    • PMA : en Grande-Bretagne et au Danemark, on donne la possibilité aux enfants de connaître l'identité du donneur de sperme. En Grande-Bretagne, le nombre de donneurs a augmenté suite à cette législation, contrairement à ce que tout le monde imaginait ;

    • Depuis septembre 2017, un mouvement citoyen spontané belge héberge, transporte, nourri des migrant⋅e⋅s. Ce mouvement est né de la répression que le gouvernement belge faisait subir aux migrant⋅e⋅s. Il faut dire que les Belges n'ont jamais eu de délit de solidarité dans leur législation (tant que l'action est à but humanitaire, bien entendu).
    Fri Jul 27 11:39:04 2018 - permalink -
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