La violence. Tu sais ? C’est le truc auquel tu comprends rien et qui te fait faire des trucs improbables qui se terminent dans de la souffrance véritable.
[…]
Un acte violent, c’est de la responsabilité de celui qui le produit !
C’est aussi un truc qui te prend par surprise et auquel on a quand même donné des espèces de « nuances ». Par exemple : mettre un coup de boule à une mamie dans la rue, c’est une « agression ». Shooter dans un yorshire c’est de la « cruauté ». Et gifler un enfant, c’est de « l’éducation ». Mais tu vois bien que même si tu changes de mot, c’est toujours de la violence ?
[…]
Quand tu hurles sur quelqu’un pour lui transmettre une information, t’obtiens un choc traumatique qui engendre un état de sidération. Ça fait que ton cerveau, il imprime plus rien, oui encore moins qu'avant. Parce qu’en fait, il sécrète des produits similaires à de la morphine et à la kétamine ! Non, c’est pas pour être défoncé, c’est pour protéger ton cœur de la crise cardiaque !
[…]
Sans compter qu’à force de réprimer ses émotions à grands coups de sidération le cerveau se développe mal et devient moins capable d’empathie et plus réactif au stress ! Du coup il se met à produire de la violence plus facilement du coup il reproduit le schéma sur les autres et au final ça produit encore plus de gens violents !
[…]
La violence, dans ton cerveau c’est une alarme qui t’indique qu’il y a trop de pression parce que t’as trop de besoins que t’as pas satisfait.
Ok ! Alors tu me lèves le volume de hurlement à 12 et ensuite on va se mettre à tout insulter. Ensuite on va taper 4 fois avec le couteau sur la table, et on va finir par un lancé d’assiette à travers sa gueule, comme ça on va bien finir par se faire comprendre et avec un peu de chance on va finir par remplir un de nos besoins. Comment ça lequel ? Bah je sais pas la question ! J'en ai rien à foutre ! ACTION !
Je voudrais juste revenir sur un tout petit détail ton cerveau, ça te dit un truc ? Bon, en vrai je devrai dire tes cerveaux, parce que en fait t'as des neurones dans ton ventre, dans ta tête, et dans ton coeur.
Pour simplifier, t'as quatre émotions principales : la colère […], la tristesse, […], la peur […], et la joie. Et quand une de ces émotions se manifeste, ce qu'elle veut c'est te pousser à faire un truc. L'émotion, c'est ton cerveau qui te dit : « réagis ! ».
Par exemple, la colère, elle te dit pas : « mais tu vois pas que c'est rouge, connard ! », elle te dit : « J'ai besoin que mes valeurs soient respectées ». […]
La tristesse, elle te dit pas : *gérémiades*, elle te dit : « désormais, je suis disponible pour un renouveau ». Donc en gros quand t'es triste, c'est que ton cerveau a compris que c'était fini, mais pas toi et que si tu commences autre chose, et ben t'arrêtes d'être triste.
La peur, elle te dit pas « Haaaaaaaaaaah ! », elle te dit : « voilà ce qui pourrait arriver si tu ne réagis pas ». Ça veut dire : « bouge ton cul ! »
[…]
Donc en gros c'est 3 signaux qui te disent tous la même chose : « fais une action, pour revenir à ton émotion de base : la joie ». […] C'est la seule de tes émotions que ton cerveau essaie de reproduire en permanence.
Un débat de juin 2016 sur un revenu de base inconditionnel.
Les personnes qui disent « je ne regarde pas la TV » me font marrer. Ça donne un petit côté intellectuel qui ne se laisse pas manipuler facilement. C'est toujours aussi tendance et mignon. Ce qui est marrant, c'est de laisser passer le temps : l'écrasante majorité de ces grands penseurs finira par mentionner, un jour, pour argumenter, un reportage diffusé sur Arte ou France 2 ou… Ho, si tu leur en fait la remarque, l'excuse suivante sera vite dégainée : « nan, mais je l'ai regardé sur Youtube, je n'ai pas la TV, t'es ouf ! ». Oui, enfin tu as regardé un contenu audiovisuel construit au format TV et financé par une chaîne de télévision, donc, bon, à moment donné il faut bien dire ce qui est : tu regardes la TV. Désolé pour ton image de grand intellectuel.
De même, les personnes qui prétendent ne pas regarder la TV, mais qui ont un abonnement Netflix ou qui regardent quelques chaînes Youtube me font tout autant rire : tu regardes un nombre limité de contenus choisis par quelqu'un d'autre que toi, donc tu es toujours dans un mode de diffusion vertical de l'information. Comme avec la tévé, quoi. Nan, parce que, bon, regarder quelques chaînes Youtube mises en avant par le logiciel de Google parmi un nombre infini de chaînes, ça revient bien au même que de regarder l'ORTF dans un monde fini de fréquences hertziennes (et donc de chaînes) : c'est une petite partie du contenu et il t'a été mis sous le nez par quelqu'un d'autre que toi. Quand on me rétorque que « Youtube est moins pire, car il n'y a pas de ministre de l'information ni de chiens de garde », je désespère de l'humanité : il y a le conformisme social auquel tu te soumets ainsi qu'un logiciel dont tu ignores tout de son fonctionnement qui te préconise des contenus à visionner en fonction de ce que tu penses déjà (on nomme ça une bulle), garantissant ainsi que le conformisme social s'applique. Bref, ce n'est pas parce que tu regardes Youtube ou Netflix ou autre que tu n'as pas un comportement similaire à quelqu'un qui regarde la tévé. Désolé pour ton image de grand intellectuel, bis.
Cette distorsion de la réalité à propos de qui regarde la TV ou non fausse un autre débat : celui de la contribution à l'audiovisuel public que personne veut payer. En ce qui me concerne, je suis pour que cet impôt soit inconditionnel : tu possèdes une télé ? Tu payes. Tu ne possèdes pas de TV ? Tu payes. Tu possèdes aucun moyen de visionner un quelconque contenu audiovisuel, pas même Internet ? Tu payes. Pourquoi ?
Parce que la télé publique profite à tout le monde, même aux personnes qui n'en regardent pas les contenus. Les documentaires qu'elle (co)finance alimentent le débat public. Cash investigation, par exemple, rend les gens moins ignorants, et a permis l'ouverture de procès. Les jeux qu'elle finance et diffuse créent de la cohésion sociale (en plus de rendre les gens moins ignorants en fonction des jeux) quand des gens en discutent voire se retrouvent pour les regarder ensemble, notamment les personnes âgées. Même les prétendus (tout est question de point de vue) navets qu'elle finance (comme Plus belle la vie, que l’on me cite souvent en contre-argument), permettent à des gens de se faire plaisir, d'éteindre leur cerveau, et ainsi de ne pas être aigri comme les anti-TV de base. Bref, tout le monde y trouve son compte et la société dans son ensemble y gagne.
La plupart de ces contenus coûtent trop cher à produire pour pouvoir être financés spontanément par du financement participatif, compte-tenu de leur fréquence (notamment). Et rien ne dit que le citoyen financerait des contenus totalement nouveaux qui iraient dans le sens de l'intérêt général, notamment en matière de journalisme d'investigation où le but est justement d'éclairer "de force" le citoyen sur des sujets qu'il ignore afin qu'il demeure citoyen. Si l'on donne au citoyen ce qu'il veut en matière d'information, alors on court à l'uniformisation et à l'affaiblissement de l'esprit critique. De l'autre côté, rien permet d'affirmer que le privé financerait tout ça, surtout les documentaires qui ne vont pas dans le sens de leur business.
Tu chipotes sur la redevance TV quand tu prétends ne pas la regarder, mais tu finances l'école publique même quand tu n'as pas d'enfant, tu finances la recherche scientifique sur une maladie que tu n'auras jamais ou sur un concept que tu n'envisageras jamais d'utiliser, tu finances les infrastructures routières ou maritimes ou télécoms ou… même celles que tu n'utiliseras jamais de ta vie, etc., etc. Ça se nomme « jouer collectif » et, globalement, ça crée une société moins pourrie.
Mais, en vrai, tout le monde profite des choses financées. Exemples : l'école publique profite à tout le monde, même aux personnes stériles, car elles peuvent adopter, bien sûr, mais surtout car elles bénéficient d'une société rendue (un peu) moins ignorante par l'école publique. Tu profites au quotidien de la recherche fondamentale apparemment inutile, etc., etc. Tout le monde profite de la TV pour les raisons indiquées dans le 4e paragraphe ci-dessus.
Pour moi, la question pour décider de financer ou non un service public n'est pas de savoir si nous l'utilisons effectivement, mais si ce service est utile à l'intérêt général et si l'on veut que ce service existe indépendamment du gain individuel immédiat qu'il pourrait nous apporter (autrement dit : l'impôt n'a pas pour but exclusif d'être utile à ta petite personne). Derrière la question de la contribution à l'audiovisuel public se cache la question : veut-on un service public de financement et de diffusion de contenus audiovisuels ? Pour moi, la réponse est oui (pour les raisons exposées dans le 4e paragraphe ci-dessus), donc, pour moi, tout le monde doit financer ce service public, pas uniquement les détenteurs de matériel de réception.
Il reste la question de l'usage des impôts. Si tu penses que l'école publique est malsaine ou que telle ou telle chaîne TV a massivement diffusé du contenu qui est contraire à l'intérêt général ou que tu es scandalisé de constater que 105 k€ ont été gaspillé pour la rénovation du bureau du PDG de Radio France (société commerciale financée à 90 % par la redevance TV), ou que telle infrastructure a coûté trop cher ou que… tu devrais pouvoir l'exprimer et être entendu. Je n'ai pas de problème avec l'impôt, j'ai un problème avec son mauvais usage et l'absence de réel contrôle démocratique de cet usage que la Déclaration des Droits de l'Homme de 1789 m'octroie pourtant. C'est cela qu'il faut changer. Supprimer l'impôt revient à se faire du mal. Contrôler son usage profite à la communauté. Ce n'est pas en t'attaquant à l'impôt que tu te feras entendre sur les dérives de telle ou telle dépense financée avec.
Débat plutôt stérile autour de l'état d'urgence.
Notes :
Un numéro de C dans l'air d'août 2016 sur le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu des personnes physiques. Intéressant à regarder alors que le Canard enchaîné de ce jour expose que Macron hésite à le faire entrer en vigueur au 1er janvier 2019.
Notes :
Une causerie datant de 2014 de Stéphane Bortzmeyer sur les systèmes permettant de prouver qu'une opération a eu lieu ou non, notamment la publication transparente totale.
Méthode traditionnelle : un organisme centralisé désigné par la loi, le marché, etc. à qui l'on fait confiance. La confiance repose sur la réputation de l'organisme qui souhaite continuer à exister. Évidemment, la confiance est irrationnelle, elle se donne et se retire sans forcément de bonnes raisons. Or, tout organisme qui a du pouvoir sera tenté de l'utiliser pour céder à des pressions internes comme l'appât du gain ou pour faire stopper des pressions externes (tentative de régulation, tentative d'intimidation, etc.). Pour amoindrir les aspects néfastes d'un organisme centralisé, on met en place de la supervision, des contre-pouvoirs, etc., ce qui fait qu'un système centralisé n'est pas aussi simple (à comprendre) qu'on le fait croire ;
Autre méthode : tout est public, tout le monde peut vérifier. Exemples :
J'accorde aucun égard au politicien, mais j'éprouve un profond respect pour l'homme qui, après avoir avalé de force un grand nombre de couleuvres (« je me surprends tous les jours à me résigner, à m'accommoder des petits pas »), s'émancipe d'un gouvernement-carcan dans lequel il n'a pas pu faire autant que l'enjeu écologique le nécessite.
Un homme qui dénonce le poids des lobbys (exemple : Thierry Coste, de la Fédération nationale des chasseurs, était présent, sans invitation, à la réunion gouvernementale du 27 août 2018 sur la chasse) et des postures politiciennes (notamment au Sénat).
Un homme qui « ne veut plus se mentir » et qui renoue ainsi avec son estime de soi. Un homme qui ne veut plus servir de caution morale : « je ne veux pas donner l'illusion que ma présence au gouvernement signifie qu'on est à la hauteur sur ces enjeux-là », « si je les [ Macron et Philippe ] avais prévenu [ de sa démission ], peut-être qu'ils m'en auraient encore une fois dissuadé ».
Un homme qui en a marre des prétendus petits compromis qui sont en réalité de vraies compromissions éthiques qui ne permettent pas de changer l'issue : « Petit à petit, on s'accommode de la gravité et l'on se fait complice de la tragédie qui est en cours de gestation. »
Hulot fait appel à la responsabilité collective. C'est l'ensemble de la société qui doit porter ses contradictions :
Posons-nous une question centrale sur notre propre responsabilité sur nos propres contradictions. En tant que citoyen, on peut aussi se poser la question. Ça va vous paraître là aussi totalement dérisoire, mais quand j'vois qu'on continue à jeter ses mégots par terre, que le petit geste élémentaire… est-ce que notre société est bien prête à des grands changements ? Est-ce qu'on est prêt à remettre en cause nos modes de consommation, nos modes de production ?
[…]
Tout l'été, les résistances anti-éoliennes, alors, OK, on ne veut pas d'éoliennes, on ne veut pas de centrales nucléaires, on ne veut pas de centrales thermiques. Comment on fait si l'on additionne tous les refus ?! Ceux qui critiquent, à tort ou à raison, qu'est-ce qu'ils proposent ? Qui vient enrichir le débat écologique ? Qui vient apporter ses pièces pour construire la société de demain, le modèle de demain ?!
Un homme humble : « peut-être n'ai-je pas su convaincre, peut-être n'ai-je pas les codes », « ‒ Aviez-vous les épaules pour être ministre ? ‒ Peut-être pas, la question vaut d'être posé, peut-être pas ».
J'espère que mon départ provoquera une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde.
Causerie datant de 2016 dans laquelle Stéphane Bortzmeyer interroge l'infrastructure actuelle de ce que l'on nomme, à tort, objets connectés : une architecture centralisée est-elle nécessaire ?
Qu'est-ce qu'un objet connecté ? Tout ce qui n'est pas perçu comme un ordinateur alors qu'il en a les propriétés mathématiques. Un réfrigérateur est un ordinateur équipé d'un refroidisseur. Un smartphone est un ordinateur équipé d'un téléphone. La notion d'ordinateur s'efface au profit de la fonctionnalité principale vendue ;
La sécurité est parfois difficile à implémenter : ces objets n'ont pas de générateur de nombre pseudo-aléatoires ni d'interface utilisateur permettant la saisie d'un mot de passe ;
Une architecture centralisée présente des avantages :
Excellente causerie de Stéphane Bortzmeyer datant de juin 2016 qui essaye d'examiner dans quelle mesure les caractéristiques techniques et organisationnelles de l'Internet facilitent ou découragent l'application des Droits Humains.
J'en recommande fortement le visionnage. En prolongement, il est possible de lire le livre « L'aberration du solutionnisme technologique ».
De l'autre, une technologie n'est pas neutre, elle a forcément un impact et des conséquences indépendamment des gens qui l'utilisent. On parle de déterministe technologique. Exemple : le choix français en matière de nucléaire civil empêche sa démocratisation (pour des raisons techniques et organisationnelles genre la sécurité). La technologie peut fermer des portes dans sa conception même. C'est l'idée que Larry Lessig développe dans son « Code is Law ». L'existence ou non d'une infrastructure routière limite un déplacement en voiture. Dans le nord des USA, certaines plages étaient uniquement accessibles via de petites routes sinueuses dans le but d'interdire, par l'infrastructure, les transports en commun dans le but inavoué d'avoir des plages réservées aux Blancs (seules personnes équipées d'une voiture à l'époque) ;
En vrai, il faut nuancer :
Quelques exemples d'interactions entre l'infrastructure d'Internet et les Droits Humains :
J'ai un peu de mal avec l'hypocrisie qui consiste à exposer qu'une arme à feu aurait une seule fonction, tuer, donc qu'il faudrait en contrôler l'usage, tout en exposant qu'un couteau aurait plusieurs usages, donc qu'il serait neutre. Le couteau a une seule fonction : trancher, transpercer ou déchirer des tissus ou des objets. On peut s'en servir pour se nourrir, pour se défendre ou pour se venger. Comme une arme à feu.
Et dans les deux cas, on peut y appliquer des considérations éthiques : ce n'est pas forcément bien de tuer un animal, même pour se nourrir. C'est pour cela que je trouve ténu le lien entre une technologie et des usages et entre ces usages et des Droits Humains qui justifieraient, ou non, d'interdire ou de contrôler la technologie. Exemple : les personnes qui exposent qu'Internet c'est mal parce que tout le monde peut s'y exprimer. Non, Internet le permet, mais ne l'impose pas. L'aspect maléfique relève de leur perception alors que la société a déjà décidé que la liberté d'expression est une bonne chose en 1789 puis en 1948 et revenir sur cette liberté ne ferait pas disparaître Internet.
Documentaire de 2015-2016 sur la restauration collective (crèches, écoles, sociétés commerciales, EHPAD).
Je note quand même quelques biais de raisonnement comme le "c'est parce que c'est de la bouffe industrielle éloignée du terroir local que les gamins ne finissent pas les assiettes", comme si lesdits gamins avaient un repas tellement plus qualitatif chez eux…
Un documentaire de 2017 sur l'excision.
Ce guide a pour objectif la réappropriation citoyenne d'une partie du droit pénal, celui utilisé par la répression policière courante (en manifestation, par exemple). Il couvre exclusivement le pénal, il n'apprend pas à rédiger des documents juridiques, et il ne couvre pas les cas pointus (aide des sans-papiers, aide au logement, etc.) ni ce qui sort de la répression usuelle de l'État comme les crimes de sang, les crimes financiers, etc. Il est actualisé sur un site web dédié.
Il est disponible en téléchargement gratuit, au format PDF sur le site web dédié.
Je trouve l'initiative excellente. Malheureusement, il n'atteint pas la qualité du guide d'autodéfense numérique, car il manque d'explications globales concernant la machine policière et judiciaire, il n'explique pas bon nombre de termes qui tombent comme des cheveux dans la soupe, et qu'il est fouillis (exemple : il expose que deux mécanismes sont environ similaires… sans en exposer les différences…).
Néanmoins, on y apprend des termes et des choses intéressantes qui peuvent servir à décrypter ce que les médias nous présentent.
J'en recommande le survol aux personnes qui passent leur temps à geindre que l'informatique c'est trop compliqué avec plein de décisions à prendre en permanence dans un environnement qui évolue en permanence. Elles découvriront que c'est tout pareil pour la loi. :)
Mes notes ci-dessous.
Déroulé d'une emmerde judiciaire :
Pour un suspect, il y a deux types d'interrogatoire : l'audition du suspect libre / audition libre et la garde à vue. Dans le premier cas, tu es convoqué et tu n'es pas contraint de rester, dans le deuxième, tu es amené de force et contraint de rester. L'audition libre permet au flic d'avoir moins de paperasse à remplir et de formalités à accomplir ;
Garde à vue (gav) : le délai max. avant prolongation court à partir de l'appréhension (donc s'il y a eu un contrôle d'identité, elle compte dans les 24 h). Un écrit doit t'être remis avec : infraction reprochée, motif de la garde (maintien à disposition, éviter l'effacement de preuve, etc.), la durée, le droit à un avocat, à un médecin, à un interprète, de prévenir un proche ou un employeur (par oral ou écrit, le flic ou toi, mais sous surveillance et pour une durée de 30 min), de se taire, de répondre aux questions ou de faire une déclaration, d’avoir un avocat, de voir un médecin, etc. Un PV doit consigner tout le déroulement (heures de repas, d'audition, de repos, prolongation, etc.). Les règles d'établissement de l'identité sont les mêmes que pour un contrôle. On a le droit à un entretien de 30 min avec un avocat. Chaque prolongation de la gav donne droit à un tel entretien. Toi et ton éventuel avocat n'avait pas accès au PV d'interpellation, ni aux déclarations des témoins (c’est donc difficile de se défendre)… Les flics ont plein de stratagèmes à leur disposition pour retarder l'arrivée de l'avocat et avancer l'heure de l'audition (qui est normalement fixée à deux heures après le contact établi avec un avocat), mais tu peux refuser de parler tant que l'avocat n'est pas là (et même s'il est là). Refuser la prise d'une photo et des empreintes digitales est un délit ;
Résumé des différentes procédures qui peuvent t'amener dans un commissariat : retenue suite à une vérification d'identité (4 h max), retenue douanière (24 h renouvelables), retenu pour les étrangers (16 h max), témoignage (4 h max), audition libre (pas de max), garde à vue (24 h renouvelables sur appel téléphonique au procureur puis au juge des libertés et de la détention pour renouveler au-delà de 96 h dans les cas de bande organisée, terrorisme, etc.), et retenue judiciaire (24 h max, si t'es en attente d'un procès et que la police te soupçonne de ne pas respecter ton contrôle judiciaire) ;
Suites possibles d'une garde à vue :
Alternatives à un procès. Elles reposent toujours sur le chantage : reconnais ta culpabilité et je serai peut-être gentil et/ou on évitera peut-être un procès qui laissera une trace dans ton casier judiciaire.
Tous ces arrangements à l'exception de la CRPC ne sont pas inscrits au casier judiciaire. La CRPC est dangereuse car si elle n'aboutit pas, l'aveu de ta culpabilité sera difficile à nier devant le tribunal alors que le procureur est obligé d'ordonner une poursuite après une CRPC ;
Notons que, si le procureur décide de classer sans suite, la victime peut te traîner devant le tribunal en procéder à une citation directe (si l'affaire est jugeable en l'état) ou en déposant une plainte avec constitution de partie civile (ce qui permet à un juge d'ouvrir une information judiciaire s’il le souhaite) ;
Au tribunal correctionnel.
Il y a plusieurs types de jugement :
Le jugement est rendu immédiatement ou en délibéré (différé). Il se compose de motifs (« attendu que ») et du dispositif (infraction, peine choisie, texte appliqué, etc.). Le juge peut utiliser ou éliminer des preuves selon sa seule intime conviction. Le jugement complet se nomme « minute ». Il est public en théorie, mais difficile à se procurer en pratique. Tu peux être reconnu non coupable et payer des dommages et intérêts (troubles psychiques, légitime défense, etc.) ou être reconnu coupable et être dispensé de peine. Le tribunal peut aussi prononcer la relaxe (fin des poursuites, ce que l'on nomme acquittement aux assises, en matière criminelle ou non-lieu quand un juge d'instruction clôt son enquête sans poursuivre) ;
Sorties du tribunal :
Peines
Il existe des peines principales prévues par le Code pénal (amendes, prison), des peines complémentaires en plus ou en remplacement des peines principales (interdiction du territoire français, suivi socio-judiciaire, bracelet électronique, privation de droits civiques, interdiction de fréquenter certains lieux, interdiction d'exercer certaines professions, etc.), qui ne sont pas mentionnés à chaque article du Code pénal et d'autres peines dont certaines, comme le Travail d'Intérêt Général (TIG), permettent d'éviter la taule : contrainte pénale (contrôle et assistance socio-éducatif) ; TIG (dans une association ou une administration, non rémunéré, cumulable avec un emploi, le prévenu doit être volontaire) ; jours-amende (xx € par jour, x jours = montant à payer à la fin) ; stage de citoyenneté (le prévenu doit être volontaire) ; sanction-réparation (exemple : réparer un bien dégradé) ;
Sursis (avec ou sans mise à l'épreuve), sursis-TIG et ajournement (avec ou sans mise à l'épreuve) : épée de Damoclés, au moindre faux pas, c'est la taule ou l'amende.
Appel. Tout le monde peut faire appel : prévenu, Parquet, partie civile. La partie civile peut le faire uniquement sur les dommages et intérêts, les autres sur une peine, plusieurs, sur les dommages ou sur tout. Plusieurs parties peuvent faire appel. Une partie qui fait appel a un mois pour se désister. Si le prévenu purge une peine de prison décidée en première instance, on considère qu'il est encore en détention provisoire en attendant l’appel, donc il peut adresser une demande de mise en liberté au greffe de sa taule. Une partie peut faire un appel incident : un appel joint à un autre appel qui est automatiquement retiré si celui auquel il est joint est retiré. Cela permet de mettre la pression à la partie qui a fait appel, souvent la partie civile, en lui faisant courir un risque, qu'elle peut éviter en retirant son appel ;
Fichiers
FAED (Fichier Automatisé des Empreintes Digitales) : empreintes digitales des 10 doigts des suspects et des détenus + traces & motifs relevés au cours d'enquêtes. La durée de conservation est de 25 ans… On peut s'en faire effacer avant la fin de ce délai en s'adressant au procureur… ÉDIT DU 05/09/2023 : il y a eu de "récentes" évolutions. FIN DE L'ÉDIT ;
FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques). Conçu pour contenir l'ADN des délinquants sexuels en 1998, étendu aux vols, aux menaces, aux dégradations et à plein d’autres infractions dès 2003… Il regroupe les suspects, les coupables et d’autres personnes. Durée de conservation : entre 25 (suspects) et 40 ans (coupables)… On peut s'en faire effacer avant ces délais en s'adressant au procureur… En théorie, les empreintes des suspects doivent être effacés s'ils sont innocentés (relaxe, acquittement, non-lieu, abandon des poursuites). Pour savoir si tu dois donner ton ADN ou non, il y a 4 cas :
Divers :
‒ My engine's making a weird noise. Can you take a look?
‒ Sure, juste pop the hood.
‒ Oh, the hood latch is also broken.
‒ OK, juste pull up to that big pit and push the car in. We'll go get a new one.
I'm sure the economics make sens, but it still freaks me out how quick companies are to replace computing devices instead of trying to fix them.
Just make sure all your friends and family are out of the car, or that you've made backup friends and family at home.
:')
Une excellente causerie de Benjamin Bayart qui date de 2014. Au-delà de ses sujets habituels, il y expose plein de choses très très intéressantes : la technologie n'est pas magique, le terrorisme est une émanation de profonds problèmes sociaux, la technologie est utilisée pour contrôler les citoyens afin qu'ils restent passifs et soumis (sans consentement ;) ), la loi antiterrorisme de 2014, la définition du terrorisme, quelques réflexions sur les dangers du chiffrement avec un tiers de confiance, quelques anecdotes sur des flics peu scrupuleux et des pratiques faiblement éthiques chez les gros FAI nationaux, etc.
Je n'ai pas de mots assez forts pour te recommander vivement de visionner cette causerie.
Ci-dessous, une transcription partielle et mes notes. Les chiffres entre parenthèses sont des timecodes destinés aux personnes qui souhaiteraient terminer cette transcription.
(0:05:00) Internet est l'outil dont nos sociétés se sont dotées pour changer. Nos sociétés sont en train de changer depuis longtemps, ont atteint plein de leurs limites, et, en général, quand elles atteignent leurs limites, elles adoptent des outils pour dépasser ces limites. Les parallèles habituels […] sont l'imprimerie au 15e siècle ou l'arrivée de l'écriture il y a quelques millénaires. Ce sont vraiment les mêmes questions, c'est-à-dire des sociétés qui n'arrivent pas à avancer et n'ont pas qui fabriquent un outil exprès c'est-à-dire qu'on n'a pas demandé à une armée de chercheurs qu'est-ce qu'il faut inventer pour débloquer la société et ils sont venus en disant « on a trouvé, on va faire Internet ! ». On invente en permanence tout un tas de cochonneries, la majorité d'entre elles ne prend pas et quand, à un moment, il y a un besoin fort d'un outil et que l'outil apparaît, il est adopté très vite, absorbé et recraché par la société sous une autre forme. Je prends un exemple qui est un de ceux que j'aime bien : dans l'imprimerie, on cite souvent Gutenberg, 1445. Il faut savoir que l'imprimerie existe depuis bien plus longtemps que ça, que simplement, ça n'avait pas pris, la mayonnaise n'avait pas pris. En particulier, l'imprimerie avec des caractères mobiles ça a été inventé en Corée plusieurs siècles avant ce qu'a fait Gutenberg, ça se faisait avec des caractères en argile, c'était un bordel indémerdable, parce que les caractères cassaient dès qu'on appuyait trop, mais ça avait été fait. Simplement, ça n'a pas pris, parce qu'il n'y avait pas de besoin. Quand Gutenberg arrive avec son petit jeu de Lego en plomb pour imprimer, ça prend parce que c'est le début de la renaissance et qu'il y a de plus en plus de savoir à diffuser et que le moine copiste ce n'est pas bien, ce n'est pas assez rapide pour diffuser le renouveau de connaissances. (0:06:52)
(0:13:05) Il y a deux grands volets dans la littérature de science-fiction. Il y a tout ce qui relève du mythe de Frankenstein qui est, en gros, le créateur attaqué et détruit par sa créature. Alors, selon que l'on est dans la psychologie hollywoodienne, il gagne à la fin c'est-à-dire qu'il arrive à détruire sa créature. Si on est dans du plus réaliste, il n'y arrive pas, ça finit mal et tout le monde meurt. […] L'autre pan relativement classique [ de la littérature de science-fiction ], c'est plutôt la science-fiction de type Isaac Asimov, où le créateur n'est pas détruit par sa créature. Et, en fait, on n'a pas d'exemple dans l'histoire de l'humanité où le créature a été détruit par sa créature. Les Américains ne se sont pas fait péter la bombe atomique à la gueule : ils ont fait exprès de la poser sur le Japon. Ce n'est pas la bombe atomique qui est devenue folle et qui a décidé d'attaquer : les Américains ont fait exprès. On a des exemples d'accidents, plein, c'est innombrable, mais de créature se révoltant contre son créateur, on n'a pas d'exemple. Mais c'est quand même un mythe que l'on utilise souvent et que l'on agite souvent dans le monde de l'informatique. Vous verrez, il y a plein de films de science-fiction, il y a plein d'articles dans la presse où on vous explique que, en gros, les méchants ordinateurs vont prendre le contrôle. C'est Terminator. […] Ça reste un mythe relativement classique : on va se faire dominer par cette saloperie d'ordinateur. Et, d'ailleurs, dans la presse, quand on essaye de vous parler des problèmes de vie privée, d'espionnage, des révélations d'Edward Snowden sur ce que fait la NSA, quand on essaye de vous parler de Google, quand on essaye de vous parler de telle ou telle grande entreprise qui manipule vos données personnelles à votre insu et fait telle ou telle chose pas vraiment louable avec, on essaye toujours de vous le présenter comme la créature (Internet, Google), qui se rebelle contre son créateur (l'humanité). Cette lecture est fausse. Les ordinateurs de Google ne sont pas devenus méchants un matin au réveil, il ne leur ait pas poussé des crocs, ils ne se sont pas fait vampiriser, ils n'ont pas bu le sang d'un démon, ils n'ont pas égorgé une jeune fille vierge dans un pentacle, rien. […] Le mythe de Frankenstein avec lequel on essaye de vous faire peur est faux. C'est le contraire du mythe de Frankenstein : on est beaucoup plus proche du mythe de la bombe atomique, c'est-à-dire qu'on a fait exprès. Quand Google décide de collecter des données sur vous à votre insu, ce n'est pas parce que les machines se sont rebellées et sont parti en guerre contre l'humanité, on a fait exprès. On a sciemment construit des machines dont le but est de collecter vos données personnelles. Ce n'est pas par mégarde que la NSA espionne la totalité de l'humanité, ce n'est pas par accident, ce n'est pas parce que leur enregistreur est parti en vrille, ils ont fait exprès. Ils se sont dotés de budgets colossaux pour y arriver, ils se sont donnés des moyens juridiques et techniques immenses pour réussir à le faire. Ne voyez pas Internet comme la créature qui se rebelle contre son créateur, mais vraiment comme la créature qui est utilisée par les puissants pour se rebeller contre vous.
Alors, c'est vrai que, quand je me fais espionner par ma saloperie de téléphone, j'ai l'impression que mon téléphone m'espionne. Il y a un côté Frankenstein, mais ce n'est pas vrai. Derrière, il y a quelqu'un qui a décidé que mon téléphone allait m'espionner. La question derrière tout ça est de savoir qui contrôle. Et, qui contrôle, dans l'ère du numérique ce n'est pas quelque chose d'évident. Avant le numérique, on fabriquait très très peu d'engins destinés à contrôler l'utilisateur de l'engin. Dans le numérique, c'est classique. […] Qui est muni d'un lecteur de DVD à la maison ? Vous avez tous constaté comme moi que quand on met la galette dans le mange-disques, il commence par diffuser de la pub pour Vivendi ou équivalent et on voudrait appuyer sur menu pour aller directement au menu pour faire play pour voir le film. On ne peut pas. Je vais vous donner un scoop : techniquement, on peut. C'est-à-dire que vous prenez un ordinateur normal, s'entendant pas sous Windows, avec un logiciel de lecture de vidéos normal, s'entendant libre, donc typiquement VLC, vous mettez la galette dans le mange-disques, vous pourrez passer les pubs, aucun problème. Vous pourrez directement faire menu et faire play sur le film en zappant toutes les pubs. Donc, ça n'est pas que c'est physiquement impossible, c'est un choix du logiciel qui est dans le lecteur de DVD que vous avez acheté. Vous avez acheté un lecteur de DVD, c'est votre lecteur de DVD à vous, qui est dans votre salon, sous votre TV, vous lui dites zappe cette merde, il ne veut pas. Donc il obéit à quelqu'un qui lui a dit de ne pas zapper ça. Et ce quelqu'un n'est pas vous. Pour ceux d'entre vous qui sont munis de moyens de transport autres que pédestres, on va dire vélo, moto, voiture, je ne sais pas si vous avez tenté, mais faites l'expérience si vous n'y êtes pas trop attaché : donnez l'instruction à votre voiture d'aller toucher le mur, plus ou moins fort. Elle le fera ! Elle le fera, même si c'est dangereux. Parce qu'elle obéit à vous. Mais le lecteur de DVD, ce n'est pas pour satisfaire à des besoins de sécurité pour vous qu'il refuse, c'est pour les intérêts de quelqu'un d'autre. Ça, c'est une question de qui à le contrôle. À qui obéit l'objet que vous êtes en train d'utiliser. Avant le monde du numérique, des objets de ce type-là, des objets qui sont conçus, pensés par des ingénieurs et des armées de directions marketing, pour empêcher leur utilisateur de faire quelque chose, ce sont des objets relativement rares. L'exemple-type c'est la paire de menottes. On sent bien que ce n'est pas fait pour que l'utilisateur en fasse complètement ce qu'il veut. Encore que, ça dépend, si l'on considère que l'utilisateur, c'est le policier, il a encore un certain contrôle. Ce sont vraiment des objets très rares qui sont destinés à entraver, qui ne sont pas d'un usage courant, que la majorité des gens n'achète pas, on est vraiment sur une catégorie très très particulière d'objets. De nos jours, c'est devenu beaucoup plus courant. Votre téléphone refuse d'installer un certain nombre d'applications. Votre lecteur de DVD refuse de passer la pub. Moi, je vous prédis que, d'ici peu, votre téléviseur refusera de zapper pendant la pub. Refusera de baisser le son pendant la pub. Ce n'est pas délirant, c'est faisable. C'est faisable, ça fait bander plein de directeur marketing, ça finira par se faire. Si l'on n'y prend pas garde, ça finira par se faire. (0:21:30)
(0:23:36) En fait, pour moi, il y a un élément clé : quand l'ordinateur se comporte mal vis-à-vis de vous, que l'ordinateur soit un téléphone ou que l'ordinateur soit un portable… même votre machine à laver qui est maintenant bardée d'informatique, elle finira par mal se comporter. Pour le moment, la salle fois où ma machine à laver me dit qu'un truc est interdit, c'est quand je veux ouvrir la porte pendant qu'il y a de l'eau. C'est le seul moment, et c'est pour des raisons de sécurité pour le parquet. Mais, un jour, vous verrez, ce sera autrement, ce sera pour m'interdire de faire la lessive quand je suis prié de regarder la propagande officielle à 20 heures. Ça viendra. Quand le monstre informatique essaye de vous mordre, il est commandé, c'est une marionnette. Il obéit à des intérêts. Ce n'est pas votre ordinateur qui s'est rebellé contre vous. C'est bien l'impression qu'on en a. Moi, quand mon téléphone m'obéit pas, j'ai bien l'impression qu'il s'est rebellé contre moi, surtout que je suis informaticien, je sais comment ça se démonte, je sais comment ça se programme, mais cette impression est trompeuse : ce n'est pas le monstre de Frankenstein, c'est bien pire. (0:24:43)
(0:21:34) Il y a un point qui est intéressant à comprendre qui est que la société d'avant Internet extrêmement verticale et elle correspond à un modèle où les gens sont essentiellement passifs, consommateurs et soumis. Alors, passif et soumis, dans d'autres contextes, ça peut être très drôle, mais dans ce contexte-là, je ne suis pas fan. D'habitude, je caricature ça avec une phrase clé que j'ai lâché pour la première fois dans une interview il y a très longtemps qui est « l'imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d'écrire ». En fait, le numérique vous met en capacité de faire plein de choses. Il vous donne du pouvoir sur plein de sujets. En particulier le pouvoir de vous exprimer. Il y a quelques années, ça valait encore le coup que je pose la question dans la salle « qui a déjà été publié dans la presse écrite ? ». En général, il y a deux-trois mains qui se lèvent. Dans un public universitaire, un petit peu plus à cause des revues de recherche. Quand je demande qui a déjà écrit sur Internet, tout le monde lève la main parce que tout le monde a au moins posté des commentaires ou un billet de blog ou un message sur Facebook, tout le monde a déjà publié sur Internet, quasiment. Internet est un outil sur lequel vous êtes structurellement beaucoup moins passif. Et il y a beaucoup de gens en ce bas monde qui ont avantage a ce que vous restiez structurellement passifs en particulier, pour faire simple, tous ceux qui étaient le haut du panier dans le monde d'avant qui aimeraient bien que le monde ne change pas de manière à ce qu'ils restent le haut du panier. Le haut du panier va changer puisque les structures de la société vont changer. Les puissants anciens aimeraient bien rester puissants et pour ça aimeraient que vous restiez dans un modèle passif de consommation. (0:23:30)
(0:25:30) C'est un extrait clair [ du Discours de la servitude volontaire d'Étienne de la Boétie ]. […] L'autre forme c'est, en gros : cessez de servir, et vous serez libre. Cessez d'obéir aveuglément et vous serez libre. C'est l'essentiel du discours d'Étienne de la Boétie. (0:26:06)
Voir ma fiche de lecture du « Discours de la servitude volontaire ».
(0:26:13) Quelle est la conséquence de tout ça ? Il y a des gens qui fabriquent tout un tas de choses merveilleuses dans le monde du numérique, et qui fabriquent ces choses-là pour leurs intérêts et pas pour les miens. Et c'est pour moi, depuis plus de 20 ans, un élément clé. Le numérique prend une place énorme dans ma vie depuis 20 ans, ça prend une place énorme dans la vie de tout le monde, depuis un peu moins, et moi je sais depuis plus de 20 ans que je ne veux pas laisser la place énorme que prend le numérique sous le contrôle de quelqu'un d'autre que moi. C'est ma vie, je ne veux pas qu'elle soit sous le contrôle de quelqu'un d'autre que moi. (0:26:56)
(0:27:02) Vous connaissez tous Harry Potter ? Le petit con avec des lunettes rondes, là. Ayez bien en tête que ce n'est pas vrai. Je sais que c'est triste, c'est décevant, ne montrez pas ma conférence aux petits enfants, mais Harry Potter, ce n'est pas vrai, la magie n'existe pas. Tout ce que vous manipulez comme bibite électronique autour de vous qui a l'air plus ou moins magique n'est pas magique. En général, c'est même plutôt simple. Alors, qu'on s'entende : pour quelqu'un qui vit dans la pampa reculée et qui sait ni lire ni écrire, c'est une notion de simplicité relativement éloignée parce qu'il manque pas mal de connaissances, mais c'est beaucoup moins compliqué à comprendre que des mathématiques un petit peu poussés. Les mathématiques de première année d'université sont plus complexes à comprendre que 99 % de la programmation informatique. Le 1 % restant est assez aride, il faut reconnaître, mais encore ça va : bien fâché, on peut lire le bon bouquin. Donc, il faut bien comprendre que rien n'est magique, la magie n'existe pas. Vous, je ne sais pas, mais moi, quand j'étais petit, j'ai démonté le réveil-matin pour voir comment il marchait. Alors, il marchait moins bien après, mais j'ai compris qu'il marchait avec des cochonneries d'engrenages et de ressorts, et du coup, je voyais mieux ce que ça faisait. J'ai pas tout compris, mais à peu près. Depuis tout petit, je suis comme ça, je veux comprendre comment ça marche et la première étape c'est je vois un truc comme tout le monde, le dernier machin à la mode qui apparaît et je fais « ho, c'est génial ! » et, en général, dans la minute qui suit, c'est « comment ils ont fait ? » et j'ai immédiatement envie d'aller démonter et d'aller regarder. C'est une des raisons pour lesquelles je ne fais quasiment que du logiciel libre, je n'utilise, à part sous la torture, que du logiciel libre. Parce que, régulièrement, ça me prend comme une envie de pisser, j'ai envie de savoir comment c'est fait parce que je ne comprends pas ce que je vois et je vais aller trifouiller dans le code jusqu'à ce que je vois l'endroit et que je fasse « OK, c'est pour ça que ça fait ça ! ». Soit parce qu'il y a un effet que je trouve très spectaculaire, soit parce qu'il y a un bug qui est tellement manifeste que c'est pas possible que le mec n'ait pas fait exprès. Ce n'est jamais magique et c'est toujours accessible. Après, on ne peut pas être expert en tout et on ne peut pas savoir tout faire, mais, dans notre monde, le meilleur moyen de s'assurer que vous soyez passifs et soumis face à un univers qui essaye de vous contrôler et de vous diffuser de l'information, c'est de faire en sorte que vous ne compreniez pas comment ça marche, pour que vous ne puissiez pas agir dessus. Et ça, c'est un des thèmes centraux de ce qui se fait ici : […] le but premier [ de l'Ubuntu Party ] […] est de vous apporter un certain nombre de libertés et de garanties dans les logiciels que vous utilisez. Dans les libertés et les garanties qu'on vous apporte, il y a le droit de vous en servir, ce qui a l'air complètement évident quand on le dit comme ça, il n'empêche que mon lecteur de DVD je n'ai pas le droit de m'en servir. Je lui dit que je veux qu'il passe au menu et il me répond interdit. Ça, un logiciel libre ne doit pas le faire. J'ai le droit de regarder comment ça marche. Vous avez tous repéré, sur à peu près tout ce que vous achetez de nos jours, il y a une étiquette qui cache une vis et qui dit « vous irez en prison si vous enlevez l'étiquette ». C'est-à-dire que si vous essayez de le démonter pour savoir comment ça marche, vous serez punis. Au moins, ils sont polis, ils disent « on annulera la garantie », ce que je peux comprendre parce qu'objectivement, le réveil marchait moins bien. Mais, ça n'a pas à être interdit : si j'ai envie de démonter le réveil, il marchera moins bien, mais je serai moins con. L'un dans l'autre, ça se vaut. Au prix de l'heure de cours, un réveil… Pour moi, c'est un élément fondamental : on doit pouvoir savoir comment ça marche.
À mon avis, il n'y a pas que la technologie qui n'est pas magique, mais tout ce qui nous entoure. Toute chose peut être expliquée. La nature, les réactions humaines, les pensées, les processus politiques, etc. Tout. Il faut avoir la curiosité de s'y intéresser. Rien est magique, tout s'explique, tout peut se comprendre.
Pour moi, il y a tout un tas de mouvements comme ça qui ont tendance à vouloir se réapproprier un certain nombre de savoir ou de savoir-faire. Soit parce qu'on ne veut pas se laisser contrôler, soit parce qu'on sait très bien comment ça marche.
J'ai mis l'exemple des AMAP. […] Une AMAP, c'est une Association pour le Maintien de l'Agriculture Paysanne. […] Le principe est assez simple : un agriculteur dans son coin, au lieu d'être agriculteur redevient paysan, la différence étant qu'il ne fait pas juste pousser du blé, il fait pousser plusieurs choses et il ne fait pas pousser du blé pour vendre à Nestlé qui fabriquera des BN, mais il fait pousser des choses pour que ses clients mangent. Donc il va faire pousser un peu de viande, il va faire pousser des légumes, il va faire pousser des fruits… Ben si, c'est pareil, la viande, ça pousse, ça se nourrit avec ce qu'on fait pousser, c'est pareil. Et il va vendre le produit de sa ferme à un certain nombre de clients systématiques qui se sont engagés à acheter toutes les semaines et qui sont les adhérents de l'association. Et du coup, il fait un peu pousser ce qu'on lui demande, vous savez d'où ça vient, vous savez comment ça a été fait, ça a été fait par lui, et pas par n'importe qui puis transporté à dos de camion à travers toute l'Europe. Parce que, voyez, la frite de chez McDo, y'a deux chances sur trois qu'elle ait poussé en Picardie, qu'elle ait été épluchée en Espagne, transformée en frite surgelée en Roumanie et qu'elle soit revenue pour être servi dans en région parisienne. Le principe de l'AMAP, c'est le contraire : juste vous savez par qui ça a été produit, ça a été produit par lui. Ça ne dit pas que c'est bio, même si, en général, c'est bio. Ça veut dire que ça a été produit par lui, vous le connaissez, vous savez ce qu'il fait et si vraiment vous n'aimez pas la Batavia, vous lui dites d'en faire un peu moins […]. Ça correspond à ce qu'on appelle du circuit court chez les écolos parce que ça fait qu'en termes de transport et de consommation de pétrole, c'est un peu mieux. Mais, surtout, ça correspond au fait de savoir comment c'est fait. Vous savez tous, parce qu'on vous a tous expliqué que le steak haché ne pousse pas dans les arbres, que la tomate est un fruit, que ces trucs-là, en général, ça se met dans la terre, on y met de l'eau, on attend et ça pousse. Vous savez. Quand on vous demande comment a poussé tel morceau de votre manger, vous ne savez pas, en moyenne. Le poulet que vous avez acheté au supermarché, vous ne savez pas avec quoi il a été élevé, vous ne savez pas si la viande a été lavé à l'eau de Javel, vous ne savez pas grand-chose. Se réapproprier pas tellement un savoir secret, technique et compliqué, juste savoir comment c'est fait. C'est pour moi le même mouvement que quand on décide de passer sur du logiciel libre, qui est de se réapproprier comment marche notre informatique ou ce que nous faisons dans la fédération FDN qui est de décider de se réapproprier la façon dont nous faisons notre réseau.
Aujourd'hui, le réseau est l'intermédiaire par lequel vous accédez à tout. Même si vous voulez trouver une AMAP près de chez vous […], vous passerez par Internet pour la trouver. Internet est en train de prendre une place vraiment centrale et, pour moi, cela justifie, qu'on se réapproprie le fait de savoir comment il marche. […] Et pour moi, tout ça relève du même mouvement. J'aurai pu citer des centaines de choses qui relève du même mouvement : les gens qui se demandent comment est produite leur énergie, les gens qui se demandent comment sont produits les textiles… J'ai des copines qui se demandent quelles variétés de gras elles se tartinent sur la gueule quand elles se maquillent et qui, du coup, ont décidé qu'elles allaient apprendre comment on fait du maquillage. Juste pour savoir comment c'est fait, et pour savoir que ce n'est pas fait avec de la baleine morte, par exemple. Et cela correspond, je pense, à un mouvement de fond dans la société qui est une forme de développement de la curiosité et de la volonté de comprendre les circuits auxquels ont s'adresse, pour savoir à peu près ce qu'on manipule. Pour moi, tous ces mouvements-là se ressemble et correspondent à une volonté, en gros, de reprendre la main, en général, consécutive à des abus. On n'a jamais eu autant de questions sur l'Internet libre et ouvert ou sur les logiciels libres que depuis qu'Edward Snowden a révélé que les États-Unis espionnaient la totalité de la planète et étaient d'accord avec un grand nombre de gouvernements occidentaux pour espionner le bout qui leur échappe. Ça, ça fait que les gens commencent à se dire « OK, finalement, mon copain barbu un peu débile qu'est fou d'ordinateurs et qui me dit "ho mais tu devrais chiffrer tes emails parce que tout est espionné rends-toi compte !" en vrai, il n'est pas parano, il est juste mieux informé ». Ça, c'est en train de percer. De la même manière, le mouvement des AMAP ne s'est jamais autant développé qu'à l'époque de la vache folle. Quand les gens ont compris, qu'en fait, dans les élevages industriels, on nourrissait les vaches avec du mouton et que, globalement, ce n'était pas la méthode habituelle, ils ont commencé à s'affoler. […] Il y a une tendance de fond dans notre société à vouloir reprendre la main, à comprendre comment ça marche, généralement parce qu'on s'est fait avoir et que, comme le dit une célèbre citation, « on ne peut pas mentir 1000 fois à 1000 personnes ». (0:38:15)
Notions abordées : VPN pour nettoyer son accès à Internet (notamment contourner les filtrages) ; Construire des réseaux Wi-Fi très haut débit (30 mégas symétrique) ; Opérer des réseaux (ADSL, etc.) afin de savoir comment ils fonctionnent ; Surveiller les politiques concernant le déploiement de la fibre optique en France :
(0:46:45) On sait bien que, comme dans tout projet qui brasse plusieurs milliards, il y a des gens qui vont taper dans la caisse. Ce qu'on aimerait juste, c'est que, bien qu'ils tapent dans la caisse, le projet ait quand même lieu, qu'il y ait quand même à la sortie un réseau en fibre optique qui marche. Les gens qui se rincent au passage, à la rigueur, ce n'est pas tellement notre problème, car il y a des gens dont c'est le boulot de s'occuper de ça. (0:47:03)
Les assos de la FFDN sont des lieux d'apprentissage, ce qui produit des gens beaucoup moins facile à manipuler et à contrôler sur les sujets investis par l'association. Exemple : la censure DNS.
(0:52:14) La définition dans la tête de nos politiques de ce qu'est du terrorisme est en train de changer. Quand j'étais petit, mais j'étais peut-être naïf à l'époque, je croyais que le terrorisme c'était quand un groupuscule mue par une idéologie et des revendications politiques essayait d'imposer ses vues par la terreur, éventuellement en tuant des gens. Par exemple : tant que je dis « la neutralité du net est strictement nécessaire », je suis un activiste. Si je me mets à exécuter tous les dirigeants de France Télécom jusqu'à ce que la neutralité du net soit protégée, je deviens un terroriste. Dans ma définition de quand j'étais petit, c'était ça. C'est en train de changer. En gros, on a tendance à appeler terroriste à peu près n'importe qui qui se met à tuer et qu'on n'arrive pas à classer ou dans le crime passionnel ou bien dans le crime crapuleux. Typiquement, une armée de débiles qui met le feu à une synagogue, ils ont rien revendiqué et on les classe terroristes. Ils ont rien revendiqué, c'est juste une armée de débiles qui a mis le feu. Je ne suis pas sûr que ça puisse se classer terrorisme, mais dans la terminologie actuelle, oui. Mohammed Merah qui décide d'aller tuer des gens alors qu'il a rien revendiqué politiquement, je veux dire il n'est pas membre d'une mouvance politique qui demande l'extermination des Juifs, il a juste décidé d'aller exterminer des gens. Il est dangereux sans l'ombre d'un doute, il faut lutter contre sans l'ombre d'un doute, mais dans mon vocabulaire habituel, ça ne rentrait pas dans terroriste, aujourd'hui oui.
Aujourd'hui, il y a des mouvements qui font très peur à nos politiques dans ce qu'on appelle les révolutions arabes, en particulier la Syrie aujourd'hui, où, à force que les insurgés n'arrivent pas à dégager le pouvoir en place, ça fait plusieurs années de guerre civile et où, en gros, les seuls qui bougent pour aller aider les insurgés à dégager le pouvoir en place sont des gens qui, pour le coup, ont une vraie revendication politique qui sont les islamistes extrémistes qui veulent un État théocratique, etc. Eux, ils ont de vraies revendications politiques. Et il se trouve que tous les gamins en France qui se sentent proches des gens qui sont dans la guerre civile là-bas et qui se disent tel le chevalier blanc je vais y aller pour libérer le bon peuple de l'oppression de Bachar el-Assad, qui ont l'impression de partir faire la guerre d'Espagne, pour les gens à qui ça parle. Ils se sentent comme les gentils qui vont faire tomber le tyran, voyez. Quand ces gamins-là partent, ils ne sont pas forcément bien conscient dans le camp de qui ils vont aller se battre et on les classe terroristes. (0:55:18)
Je suis plus prudent sur le cas Merah : il y a eu des revendications de ses actes (ce qui ne démontre rien), il a tenu des propos lors de ses assassinats filmés avec sa GoPro (ce qui ne démontre rien), etc. Inversement, son avocat a déclaré que ses crimes ont eu lieu dans le cadre de ses contradictions et de ses difficultés psychologiques (ce qui ne démontre rien).
Autres notions abordées : le filtrage prévu par la loi se contourne facilement en faisant un détour par l'étranger ; Le blocage par la police sans juge est un problème. Le secret qui entoure la liste des sites web filtrés permet également de masquer les abus policiers ; des diffuseurs de pédoporn sont difficiles à faire fermer en Russie (collusion entre la Mafia et le pouvoir politique en place) et aux USA (qui n'ont pas la même définition que nous de ce qu'est la liberté d'expression, notamment pour les dessins).
(1:08:27) Ha, oui, tient, dans les trucs qu'ils ont mis dans la loi, j'ai trouvé ça drôle : Internet est une circonstance aggravante. Si vous faites l'apologie du terrorisme, c'est illégal, mais il faut savoir que c'est plus grave de le faire sur Internet. Jeudi matin, j'étais interviewé dans la radio. Si j'avais fait l'apologie du terrorisme dans la radio, c'était moins grave que si je le fais sur ma page perso. Dans la tête de nos politiques, tout ce qui est écrit sur Internet est lu par un milliard de personnes, c'est bien connu. Vous avez tous un milliard de lecteurs de vos blogs. Comme tout ce qui sera mis sur Internet sera lu par un milliard de personnes, c'est beaucoup plus grave que de le dire à la télévision ou à la radio où il n'y a que quelques millions d'auditeurs. (1:09:13)
En 2016-2017, on a retrouvé cette asymétrie dans la volonté d'allonger le délai de prescription des écrits numériques.
Lecture d'un article du Figaro publié juste après l'entrée en vigueur de la loi qui rapporte les propos d'un commissaire de police affirmant que les récits de confrontation entre les écolos et la police font croître la rumeur et le désir de vengeance, à l'instar de ce que nous connaissons avec l'islamisme radical. Cet article fait dire à Benjamin Bayart que la police commence déjà son lobbying pour étendre les mesures anti-terroristes aux écolos. Ce qui s'est précisément produit durant l'état d'urgence postérieur à cette conférence…
(1:16:26) Je ne sais pas si vous avez suivi le vote au Sénat ? Les plus précis d'entre vous en matière de politique savent que l'on a renouvelé y'a pas longtemps un tiers du Sénat. Que donc les sénateurs ont pris leur poste le mercredi. Donc, on a connu la composition de la commission des Lois le mercredi soir. Que le texte du projet de loi contre le terrorisme y a été discuté le jeudi matin. Possibilité d'aller discuter avec les sénateurs pour essayer de leur expliquer ce qu'il y avait dans le texte : néant. Le texte a été voté en une journée au Sénat le lundi d'après. Possibilité pour les sénateurs de travailler sur le texte et de préparer : néant. Ça, c'est les conditions du débat démocratique en France. (1:17:18)
Suite à une question du public, Benjamin Bayart énonçait les recours possibles. Depuis, les choses ont avancé :
(1:25:44) Il y a quelques années de ça, 5-6 ans, un truc comme ça, quand se préparait ce qui allait devenir LOPPSI, donc filtrage du pédoporn par la police sans passer par la justice. Ça faisait des années que la police et la gendarmerie voulaient le faire et que tous les opérateurs freinaient autant qu'ils pouvaient parce que ça fait chier tout le monde et que […] les opérateurs ne veulent pas faire ça. À chaque fois, ils essayaient de discuter avec la direction juridique et ils obtenaient des arguments juridiques, mais vaseux. Donc, y'a eu quelqu'un qui a eu l'idée de réunir un petit peu des gens des équipes techniques de tous les opérateurs pour savoir « OK, est-ce que le filtrage sur décision administrative pose un problème technique ? Si oui, lequel ? ». Il se trouve que le mec qui organisait ça est un copain de longue date donc il m'a demandé si je voulais venir en tant que président d'association militant dans ce domaine-là. Il se trouve qu'à l'époque je bossais chez Numericable, donc j'avais des idées de comment fonctionne le câble dans ce genre de merdier, donc je pouvais apporter un peu de savoir technique. Mais c'était bien en tant que président d'association que j'étais invité à être là. Vous imaginez ce que j'ai expliqué pendant la réunion sur le filtrage c'est pas bien, voilà pourquoi c'est pas bien, voilà pourquoi ça ne marche pas, pourquoi techniquement ça fout la merde, en plus juridiquement c'est complètement bancal, il ne faut pas faire comme ça, si vous voulez faire fermer le pédoporn, ce que je comprends, faîtes fermer les sites, filtrer ça ne sert à rien. Ce que j'étais venu dire en expliquant les problèmes techniques que ça pose. La réunion était un jeudi après-midi. Comme toujours, quand, en tant que président d'association, je vais dans ce type de réunion, je pose ma demi-journée parce que, l'air de rien, ce n'est pas le boulot de mon patron, donc je pose ma demi-journée pour aller faire le guignol. Quand on pose son jeudi après-midi et qu'on travaille dans une grosse boîte, en général on pose le vendredi en RTT comme ça, ça fait un week-end bien. Du coup, le vendredi j'étais assis sur mon tas de gravats à la maison en train de bricoler quand j'ai reçu un coup de fil du PDG de Numericable qui était fraîchement nommé. Donc celui-là, je ne l'avais pas encore eu au téléphone. Je connaissais assez bien le précédent, mais pas celui-là. Bon, pas du PDG, parce que c'est quand même un monsieur important donc c'est sa secrétaire qui m'a appelé en me disant « Monsieur Bayart ? Je vous passe machin ». Et qui m'a demandé pourquoi j'avais tenu des propos pro-pédophile. *Donc, ça veut dire que côté police ou côté gendarmerie, il y a quelqu'un a qui mes propos n'ont pas plu qui a décidé qu'il allait transmettre ça à mon patron avec comme objectif que je me fasse virer. Que le lendemain matin de la réunion, j'ai eu un coup de fil de mon patron, du PDG de la boîte, pas de mon chef qui, en gros, m'expliquait que ça ne se passerait pas… Bien évidemment, je lui ai répondu que j'y étais en tant que président d'association et que s'il voulait qu'on en discute, j'étais tout à fait à sa disposition, mais que ce que je raconte en tant que président d'association, ça ne regarde que moi. Et globalement, il m'a expliqué que je serai convoqué dans son bureau et que ça ne se passerait pas comme ça. Je pense que derrière le coup de fil, il a demandé mon dossier aux RH et qu'il a trouvé […] la lettre de démission que j'avais remis deux semaines plus tôt. Donc, l'affaire en est restée là vu que j'avais démissionné, il allait pas me lourder. Mais voilà, les méthodes de la police et de la gendarmerie en France sont celles-là. Si vous vous opposez à leur projet de loi, ils tapent en dessous de la ceinture. J'ai déjà vu faire, ce n'est pas une légende urbaine. Et ce n'était pas du troufion de base qui était dans la réunion, c'était plutôt du gradé. (1:29:24)
(1:30:30) La liste similaire sur les systèmes mis en place en Grande-Bretagne […] ou en Australie […] a fuité. Systématiquement. Je crois que c'est la liste du système allemand qui avait été étudié entre autre par les gars du Chaos Computer Club. Je crois. Je sais que c'est eux qui avaient fait l'étude, mais je ne sais plus si c'est la liste de chez eux… non, les Allemands ne sont pas du genre à filtrer comme ça, ça doit être sur la liste australienne. En gros, il y avait à peu près la moitié de la liste qui contenait de la merde c'est-à-dire des trucs qui n'ont rien à faire là. Le site web d'un dentiste, on ne comprend pas bien ce qu'il faisait là. Peut-être sa machine a été vérolé à une époque, mais là, on ne comprenait pas ce que ça foutait là. Des sites web expliquant comment contourner la censure du gouvernement. Ce n'est pas du pédoporn, hein, c'est comment contourner la censure du gouvernement. Ce n'est pas classé pédoporn, ça n'a rien à foutre là. Il faut savoir que la méthode australienne pour filtrer, ce n'est pas pédoporn, c'est pédoporn et porn trop crade. Porn trop crade, c'est super flou, est-ce qu'on prend les critères de DSK ou de Christine Boutin ? Ça ne donne p)as tout à fait le même résultat. […] Sur ce qui concerne vraiment le pédporn, ils ont contacté les gens qui opèrent les réseaux ou les ordinateurs qui hébergeaient ces sites-là tels que référencés. 70 % étaient fermés dans les 24 heures et 95 % était fermé dans la semaine. Donc, ça veut dire que quand la police a décidé d'inscrire sur la liste noire, elle n'a pas fait l'effort de contacter le légitime propriétaire de la machine qui s'était fait piraté pour poser du pédoporn dessus, pour essayer de faire fermer le site. (1:32:39)
(1:33:25) Oui. Je vais essayer de te faire une réponse plus longue que « oui ». Je suis persuadé qu'on est très gravement dans la merde depuis 2008 parce que je vois trois crises se superposer dont, pour moi, chacune permet de mener à quelque chose de pas glop comme situation. Je ne sais pas si ça refera la deuxième guerre mondiale. J'en sais rien de la forme que ça prendra. Mais trois crises qui se résolvent mal de manière systématique.
La première, c'est la crise de la finance. On connaît le scénario, on l’a testé en 29. On libéralise la finance à la fin du 19e siècle, ça crée des bulles qui explosent jusqu'à un grand krach en 1929 qui se traduit par une dépression terrible de l'économie, donc une explosion du chômage et de la misère, donc une montée des extrêmes dans toute l'Europe jusqu'à la prise du pouvoir par un certain nombre de gouvernements fascistes que ce soit en Italie, en Espagne ou en Allemagne. Tout ça nous amène à la guerre et ça n'est qu'à la sortie de la guerre qu'on calme le jeu en régulant la finance. Le timing est : 1929 le grand krach boursier ; 1936, en France, la misère est suffisamment prégnante pour que la gauche soit élue, ça s'appelle le Front Populaire et c'est une gauche molle et, après la gauche molle, c'est l'extrême-droite. […]
La deuxième crise, c'est la fin du pétrole. On a passé le pic de la production pétrolière. C'est une loi mathématique assez simple : comme il y a une quantité finie de pétrole, et qu'au début de l'humanité on n'utilisait pas de pétrole, à un moment la production monte puis elle finira par descendre et revenir à zéro parce qu'on aura consommé tout le pétrole, donc il y a un maximum. […] Et, a priori, tous les calculs montrent que, peu ou prou, on a passé le pic de production du pétrole. On est dessus, on est juste avant, on est juste après, ce n'est pas très clair, mais c'est un détail dans l'histoire : on a passé le pic de production du pétrole, il n'est pas dans 80 ans. […] Ça, ça veut dire qu'on s'oriente vers un système de la fin de l'énergie gratuite. Toute l'économie moderne repose sur l'idée que l'énergie est gratuite. Je sais, tu vois ton litre d'essence à 1,40 € et tu te dis « il se gourre, Bayart, ce n'est pas gratuit ». Si, 1,40 € le litre d'essence, c'est gratuit. On se permet d'importer des couverts en plastique de Chine. C'est-à-dire qu'on paye du pétrole pour mettre dans des bateaux pour transporter un truc qui n'a pas de valeur. On se permet de transporter en camion de l'eau pour te la liver dans des bouteilles. Ça veut dire que l'essence qui a servie à faire rouler le camion a moins de valeur que le prix de la bouteille que t'as acheté. Le prix de la bouteille que t'as acheté, vu ce que les marques dépensent en publicité pour te faire acheter machin plutôt que truc en matière d'eau en plastique, il y a beaucoup plus cher de publicité dans le lot, beaucoup plus cher de marge du commerçant que de camion, et regarde combien ça a coûté de transporter de la flotte, en camion, de la flotte, le truc qui vaut rien, il en tombe du ciel en permanence ! Chez nous, ça ne vaut rien. Il y a des pays où ça vaut cher, mais chez nous, ça ne vaut rien, il y en a partout, il suffit d'arrêter de la saloper et on peut la boire. On transporte ça en camion… l'énergie est gratuite ! Le fait que l'énergie cesse d'être gratuite aura des conséquences partout. D'abord sur qui pourra récupérer la dernière goutte de pétrole, ça, ça va faire deux ou trois guerres qui feront passer celles d'Irak pour une plaisanterie. Donc, voilà, je ne vois pas comment on peut changer complètement de modèle économique sans que ça se traduise par une situation merdique. […] Si ça se trouve, la guerre, ce sera juste pour occuper les zones habitables après le réchauffement climatique et les inondations des côtes. On ne va peut-être pas se calmer sur la consommation d'énergie donc l'économie ne s'effondrera pas tout de suite, mais on aura le réchauffement climatique, donc l'effondrement viendra du réchauffement climatique. Je ne vois pas comment on peut sortir de là sans un conflit.
Et la troisième, c'est ce que je décris en permanence qui est le fait que la société est en train de changer à cause d'Internet ou en se dotant d'Internet et quand dans une société qui change, les puissants de demain ne seront pas les mêmes que les puissants d'hier et que t'es jamais dans une situation où les puissants changent sans qu'ils se battent. Or, comme ils sont puissants, quand ils se battent, ça fight dur.
Et ça, ce sont les trois crises que je vois se superposer et j'ai l'impression que les trois vont avoir lieu sensiblement en même temps. Je ne sais pas s'il y en a une qui précipitera les deux autres. Si l'on part en guerre à cause du pétrole ou du climat, du coup les puissants qui en ressortiront seront ceux qu'Internet aura désigné plutôt que ceux de la société d'avant. Je ne sais pas comment ça va se gauler tout ça. Moi je suis très pessimiste pour ces trois trucs-là. D'un autre côté, l'histoire ne se répète jamais. Typiquement, la crise de 29 était dans la tête de tous les dirigeants du monde en 2008. Le lendemain du jour où y'en a un qui avait fait la connerie de laisser tomber Lehman Brothers , ils se sont tous dit « ho, merde, on est reparti comme en 29 » et ils ont essayé de faire des choses. Ce qu'ils ont essayé, ce n'était pas terrible, ce n'était pas suffisant, c'était pas… Mais ils y ont tous pensé. Et, ça peut suffire. Le simple fait de voir le mur peut permettre d'éviter le mur. Donc, je ne fais pas de prophétie, je suis nul en prophétie. Moi, je suis très inquiet. Mais, je ne peux pas te dire que dans 2 mois et 12 jours, ça sera la guerre, j'en sais rien, je n’en suis absolument pas sûr, et si ça se trouve, on va trouver les bonnes solutions, on va se montrer intelligent, nos politiques vont faire leur boulot, on va arrêter de gaspiller le peu de pétrole qu'il nous reste et on va se mettre à le gérer intelligemment, etc., etc., et ils vont arrêter que la croissance reviendra et du coup, ils résoudront une partie du problème de l'économie moderne et peut-être même qu'ils respecteront un peu de démocratie au passage, on sait jamais. Juste, là, je ne vois rien qui indique qu'on en prend le chemin. (1:40:29)
(1:44:46) Nos policiers ont envie d'avoir ça depuis longtemps. Ils ont eu beaucoup de mal à le faire voter sur LOPPSI, ça a été dur, parce que la gauche s'y était opposée, en expliquant que filtrer Internet sans juge c'est mal, etc., etc. […] À tel point que la loi est passée y'a deux ans et les décrets expliquant comment on allait faire leur filtrage magique ne sont toujours pas publiés et que donc elle n'est toujours pas appliquée. Mais, il y a deux ans, on était en procédure d'urgence pour la faire passer parce que c'était urgent. Mais elle n'est toujours pas appliquée. Là, ils se disent que, en faisant bien peur au bon peuple sur le terrorisme et en faisant 3 articles dans la presse tous les jours sur les gamins qui s'auto-radicalisent, la loi elle est bien passée et, là-dessus, ils avaient bons. C'est-à-dire que pendant la période où la loi se débattait, on t'en parlé 3 fois par jour des gamins qui s'auto-radicalisent et qui partent faire le djihad en Syrie. Ça fait combien de temps que tu n'en a pas entendu parler à la télé ? Précisément depuis que la loi est votée, on en parle plus. Ce n'est pas les journalistes qui décident d'en parler ou de ne pas en parler, en fait, c'est juste que la police ne fait plus de communiqué dessus. Parce que les chiffres de 300 jeunes qui, 500 jeunes qui machin, ce n'est pas les journalistes qui les inventent, hein, c'est le ministère de l'Intérieur qui les publie, donc il fait des communiqués de presse. […] Donc, en gros, les policiers ont arrêté de communiquer sur le sujet, donc les journalistes ont arrêté de relayer et ils se sont re-intéressés à [ autre chose ] . […] Est-ce que nos policiers ont envie de nous pousser vers un État fasciste, je ne crois pas. Je crois qu'ils ont envie d'avoir cet outil-là parce qu'ils ont l'illusion qu'il sera utile. Je préfère, moi, penser que c'est ça, je ne suis pas totalement certain, mais j'aime mieux penser ça sinon après je suis triste. Est-ce que nos politiques l'ont voté pour tout contrôler parce que c'est tous des dégueulasses, j'aime mieux penser que non. J'aime mieux penser que nos politiques ont voté ça parce qu'ils croient vraiment que peut-être ça pourrait marcher. (1:47:14)
(1:54:44) Pour le coup, on sort de mon domaine de spécialité. Je suis un spécialiste du réseau. Je suis certain de ce que j'explique quand je dis que le filtrage, 1) ça ne marchera pas, 2) ce sera liberticide. Je suis certain parce que je suis dans mon domaine. Comment on fait pour empêcher les gamins de partir faire le djihad, là je ne suis pas dans mon domaine, je veux bien préciser la limite.
Il me semble à moi intuitivement que les gamins qui partent faire le djihad en Syrie, ils ont essentiellement des problèmes avec une société actuelle. C'est-à-dire qu'ils n'ont pas forcément les bons repères, ils considérent qu'ils vivent dans un monde de merde et ils sont en rebeillion contre ce monde de merde, et par certains côté, je peux le comprendre. C'est-à-dire que moi ça me demande une bonne dose d'éducation de me dire autre chose que « je vais aller faire la guerre à tous ces pourris » et de me dire que plutôt que d'aller mettre des bombes, j'vais aller expliquer devant du public ce qui ne me plaît pas, mais ça demande une très grosse part de self control et j'ai une vie stable, j'ai un boulot, je ne suis pas chômiste de père en fils, je suis presque privilégié dans le monde d'aujourd'hui. J'ai du travail, mes parents ont du travail, mes frères et sœurs ont du travail, je vis bien, j'ai même un salaire très confortable. Je suis tout sauf RMIste a temps partiel. Je pense que de laisser comme ça des pans entiers de la population dans la misère, sans repères, à qui on a aucun message à adresser à part des messages de haine qu'on déverse sur eux en permanence, à qui on offre pas de porte de sortie, pas de modèle… Moi, ce qui m'inquiète, ce n'est pas tellement si les gamins choisissent de se radicaliser sur le fait de faire brûler des bagnoles ou sur le fait de faire du djihad ou sur le fait de n'importe quoi d'autre, on s'en fout, c'est qu'ils soient suffisamment paumés et suffisamment dans la merde pour faire n'importe quoi. Moi, ce qui m'intéresse, c'est pourquoi ils veulent partir, pas où ils vont, où ils vont, ça sera une connerie, qu'elle qu'elle soit. J'veux dire, s'ils finissent shooter jusqu'à l'os, drogués sous les ponts, certes, ils ne poseront pas de bombe, mais ça ne sera pas une victoire. Moi, ce qui m'emmerde, c'est ça. La connerie qu'ils décident de faire, que ça soit de la drogue ou du djihad, je m'en fous, en fait. On ne veut pas traiter ça, parce qu'on ne sait pas le traiter. Parce que nos politiques actuels, ils essayent d'appliquer tout le temps la même solution dont ils ont constaté qu'elle ne marchait pas et du coup ils l'appliquent plus fort. Ils sont encore tous en train de t'expliquer que dans la croissance sera revenue, le problème sera réglé. Ce qui est vrai. Si la croissance revenait, si on revenait à 5 % de croissance économique, le problème serait réglé parce qu'il y aurait beaucoup moins de chômage et que, du coup, il y aurait beaucoup moins de violence dans la société. Mais, la croissance ne reviendra pas. Et ils cherchent toujours autour de ça. Et la croissance ne reviendra pas pour des raisons mécaniques : pour obtenir 5 % de croissance, il faudrait que nous arrivions, en gros, à augmenter de 5 % par an la production de pétrole. Ça n'aura pas lieu. Tu peux touiller autant que tu veux, ça n'aura pas lieu. La croissance économique est indexée sur la croissance de la production de pétrole. Ça n'aura pas lieu. […] Une loi intelligente, c'est n'importe quelle loi qui cherche à comprendre pourquoi les gamins partent en dérive plutôt que d'essayer de les empêcher. C'est une des raisons pour lesquelles j'ai toujours trouvé débile d'interdire les drogues. Mon problème, ce n'est pas qu'il y ait de la drogue en vente, mon problème, c'est qu'il y ait des gens qui aillent suffisamment mal pour avoir envie de vivre dans des paradis artificiels. Ce n'est pas le même problème. (1:58:40)
(2:04:55) Mon point de vue sur le chiffrement a peu changé : je n'aime pas le chiffrement, je déteste le fait que ça soit devenu nécessaire. […] Moi, j'aime beaucoup mieux un monde où l'on peut vivre tous tout nu dans la forêt sans se faire la guerre. Je n'aime pas le monde où on est obligé de se promener en armure pour éviter de s'entretuer. […] Ça me hérisse. D'un autre côté, je sais me servir d'un marteau, je sais me servir d'une armure. […]
Le deuxième élément que je n'aime pas là-dedans, c'est le volet sur la signature. Si je chiffre un courrier que je t'envoie, la police sait absolument que c'est à toi que le courrier est destiné. Surtout que toi et ta clé privée vous serez dans la prison, on sera totalement certain que le courrier est adressé à toi et tu ne pourras pas nier. Il y a un côté extrêmement fort d'identification des gens. Bien plus puissant que le cookie Google : le mail que j'ai signé avec ma clé, pour prouver qu'il vient de moi, il vient de moi de manière beaucoup beaucoup plus forte que ce que Google a réussi à authentifier avec un cookie de session. C'est beaucoup plus fiable et beaucoup plus solide. A priori, ça ne peut pas avoir été usurpé. Moi, j'ai toujours du mal à me promener avec un badge sur le front avec ma carte d'identité. […] Je n'aime pas l'idée d'émettre des documents qui sont beaucoup plus authentifiés que n'importe quelle copie de pièce d'identité que tu poses au commissariat. […]
Il y a d'autres morceaux que je n'aime pas dans le lot. Tout ce qui tourne autour des certificats SSL est une source de problèmes. Je refuse le tiers de confiance. Ça, niet. HTTPS partout, ça, oui, très bien, quand on aura une mécanique qui marche partout et où il n'y a pas besoin d'autorité de certification et où les certificats autosignés suffissent, ils garantissent que la communication est chiffrée. […] Le fait que les navigateurs se mettent à reconnaître le HTTPS comme étant chiffré donc offrant une certaine confidentialité, même si c'est du certificat autosigné, je trouve que ça sera un bienfait. Mais, dans la gestion de toutes les pourritures que sont les autorités de certification, le navigateur communautaire qui est Mozilla fait aussi mal que tout le monde. Ils n'ont jamais accepté l'autorité de CACert. Ils ont jamais accepté l'autorité d'une autorité de certification alternative. […] Dans cette tendance très pénible autour des tiers de confiance dans la distribution des certificats, même les gens de la communauté du logiciel libre font n'importe quoi. C'est un problème de fond. On s'est donné du mal et on a soutenu Mozilla de manière à ce que Firefox devienne significatif […]. Et on n'utilise pas ce poids pour améliorer les choses. C'est-à-dire qu'ils utilisent le poids de Firefox pour défendre Firefox et pas pour défendre ce qu'on cherche à défendre, c'est-à-dire un réseau ouvert, un système plus sécurisé pour tout le monde, ça c'est pour moi une erreur très très très grave. (2:11:28)
(2:12:48) Tu veux protéger les citoyens. Tu es trop vieux pour que je te protège de la pédopornographie. Quand tu avais entre 0 et 12 ans mettons, il fallait te protéger de ça pour que tu ne deviennes pas l'enfant maltraité qui est sur la photo. Il y a deux cas de figure. Le pédophile qui va regarder des photos, je ne le considère pas comme victime, à la rigueur on le considère comme victime au sens psychiatrique ou bien comme étant le délinquant, mais pas comme étant la victime. Donc, ce qu'on entend par victime quand on veut protéger quelqu'un du contenu, c'est quelqu'un qui serait tombé par mégarde sur une image de ce type-là et qui se serait fait une fracture de l'œil. […] Du [ contenu ] vraiment affreux comme ça, tu ne tombes pas dessus par mégarde, c'est-à-dire que tu ne tombes pas dessus sous forme d'une publicité sur lci.fr, ils n'ont pas pignon sur rue ces sites-là, ils sont plus qu'ultra confidentiels. […] Qui veut-on protéger de quoi ? Si ce que l'on vise, ce sont uniquement les gens qui pourraient tomber dessus par mégarde et en avoir des haut-le-cœur, ce que je peux comprendre, il y a un moyen très très simple : c'est un filtre désactivable par l'utilisateur. Exactement le filtre [ prévu par la LOPPSI de 2013] qui est un filtre DNS qui se contourne en un clic, où on le rend tellement facile à contourner que l'utilisateur peut dire en un clic je contourne le filtre. La police me dit « attention, ce site est illégal », je décide de ne pas faire confiance à la police et je veux voir et puis si une fois que j'ai vu, j'ai la gerbe, je reviens. Parce que, du coup, j'ai entièrement confiance. Si la police me ment, je peux à tout moment vérifier si elle m'a menti. Si ce qu'on veut, c'est protéger les gens de bonne foi, la méthode que je propose, elle marche, et je sais qu'il n'y aura pas d'abus policier dans cette méthode-là puisque tout le monde aura tout le temps la capacité de vérifier. Si l'on veut protéger d'autre chose, c'est-à-dire empêcher le pédophile d'accéder au contenu, parce que lui il est prêt à faire des efforts pour y accéder, il est parfois même prêt à payer à peu près autant que le pékin lambda est prêt à payer pour du porn - l'air de rien, ça fait un putain de business, le porn ! Il est prêt à payer, lui, pour contourner le filtre. L'idée de payer un VPN ne va pas faire peur, l'idée de faire rebondir ça en Russie, aux États-Unis, à Hong-Kong, à machin, ne va pas faire peur, lui, pour y empêcher d'y accéder, la seule solution, ça va être de la vraie enquête de police, de l'attraper et de le mettre en prison. (2:16:54)
Hum… Si la police collabore à l'élaboration de listes de filtrage, quitte à compléter celles d'éditeurs existants, cela signifie quand même que la police collabore à la publication d'une liste de sites web illégaux… On retourne au point de départ : ça n'est pas plus envisageable que de publier les décisions de filtrage au Journal Officiel.
(2:25:18) J'ai vu des choses sales mais pas immondes à l'époque où j'ai bossé chez les grands opérateurs.
Alors, j'explique sales mais pas immondes : la direction marketing qui a envoyé un mail à tous les abonnés et qui me demande la liste de ceux qui ne l'ont pas lu. Moi je réponds « ben fuck, c'est leur boîte aux lettres, je te donnerai pas l'info ».La direction marketing qui voulait qu'on mette un DNS menteur, tu sais un DNS où, quand le nom de domaine n'existe pas, ça te renvoie sur une page de pub. Au début, je répondais « fuck » puis on m'a dit « mais ce n'est pas toi le chef » donc du coup je disais « bon, d'accord, je veux bien, alors voilà l'architecture DNS que j'ai mise en place, mais je vous préviens elle va changer ». Et du coup, évidemment, étonnement, elle n'était pas compatible avec le logiciel de bidule menteur donc, du coup côté maison d'édition, il se mettait à bosser dessus, mais moi j'avais bien écrit « mais elle va changer » et donc j'attendais qu'ils viennent avec leur livraison et je disais « oui, mais elle a changé ». Et j'ai réussi à repousser pendant 3-4 ans comme ça. Puis, à la fin, je suis parti donc je ne sais pas ce qu'a fait mon successeur. Mais, en fait, ils me faisaient chier pour 80 000 €/an de revenus, un truc ridicule, qu'est-ce qu'on s'en fout. Je ne sais plus si c'était par an ou par mois, mais dans tous les cas, c'est ridicule quand t'es dans une boîte qui bosse en milliards, ce n'est pas le core business, tu ne fais pas un truc sale pour de l'argent de poche. Ce n'est pas immonde, tu n’en es pas à de la surveillance généralisée. Voilà, j'ai fait ce que je pouvais de mon côté pour empêcher et j'espère que les adminsys qui sont venus après moi ont fait ce qu'ils pouvaient pour empêcher […]. (2:27:07)
[20:28] Kaskestion : tu veux jouer ?
[20:46] Linore : j'étais au théâtre dsl
[20:46] Kakestion : alors juste explique moi
[20:47] Kakestion : pourquoi tu fais une activité qui te passionne, t'épanouis, te fais sortir de chez toi, pousse ta créativité et ton inventivité, alors que tu pourrais jouer à ton ordi ?!
Ben alors, pourquoi ?!
Un énième documentaire de 2017 sur le lien entre robotisation et emploi, sur la suppression d'emplois (peu ou fortement qualifiés, aucune différence), le revenu de base, un remplacement éventuel des emplois actuels par du travail créatif et/ou à valeur sociale, etc.
Notes :