Analyse de la dernière cuvée du fonds de soutien aux médias d'information sociale de proximité.
On n‘est pas rancunier rue de Valois. Alors que l‘an dernier, le Ravi avait communiqué un peu vite les résultats du fonds de soutien aux médias d‘information sociale de proximité (Cf n°154), le ministère de la Culture a bien voulu faire le point sur la 3ème salve.
Si l‘enveloppe reste la même - 1,6 millions d‘euros — le nombre de médias aidés baisse un peu (126 contre 132) comme le nombre de candidats (240 contre 256), ceux ayant touché l‘aide maximale (18 000 euros) étant, eux, en légère hausse. Ce que le ministère appelle un « effet d'apprentissage. Ceux qui ne correspondent pas aux critères ne candidatent plus et la qualité des dossiers des autres progresse ».
Alors, on prend les mêmes et on recommence ? Pas tout à fait puisqu‘il y a « 20 % de nouveaux ». Avec une attention particulière pour ceux intervenant dans les « quartiers » ou en « rural ». Reste que la répartition des médias « pas pareils » est loin d'être uniforme. Si l‘Île-de-France est en tête (avec 18 médias), suivie de peu par l'Occitanie, dans le Nord, seuls 4 médias ont été aidés, « la situation économique et sociale n'encourageant pas à l'émergence de medias dynamiques ».
En Paca, après un très bon cru 2017 (un peu plus de 200 000 euros d‘aide pour 17 médias sur 34 candidats), on assiste à un recul, tant du nombre de candidats (25) que de lauréats (13) et de l'enveloppe allouée (163 640 euros). Sept médias sont aidés depuis le début (dont le Ravi), on compte trois nouveaux. Mais trois autres, aidés jusque-là, se sont vus retoqués « par manque de renouvellement des contenus » ou « parce que les productions ont été jugées d'un niveau insuffisant et de moindre qualité ».
Alors qu‘il n'y a ni rallonge ni nouvelle ligne en vue (sans parler de la nécessité de roder des dispositifs comme celui des « résidences de journalistes »), pas toujours simple donc de toucher le fonds. Alors que toucher le fond, c'est facile. En atteste la précarité de nos médias. Ou les querelles intestines au Média!
Je ne connaissais pas cette aide publique à la presse qui juge apparemment le contenu avant de distribuer les sous… Les montants alloués ne semblent pas être publiés par le ministère de la Culture. Je ne trouve pas le Ravi dans les aides publiques directes à la presse, par exemple. ÉDIT DU 08/04/2020 À 18 H 15 : la liste des médias aidés chaque année (2017 - 2019 à ce jour) est disponible sur le site du MiniCul, mais pas le montant de l'aide (mais si l'on divise le montant total, 1,58 M€ par le nombre de journaux aidés, 130, on obtient une aide moyenne de 12 k€ et comme l'aide est plafonnée à 18 k€ d'après Le Ravi ‒ je n'ai pas réussi à recouper cette info ‒, on se dit que l'écart à la moyenne doit être faible). FIN DE L'ÉDIT.
Dans le numéro de septembre 2018 du Ravi, enquêtes et satire en PACA.
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Je suis le nombre de mois durant lesquels la Méditerranée va devoir encore supporter les rejets de l’usine Altéo de Gardanne (13). Fin juillet, le tribunal administratif de Marseille, statuant sur une série de recours d'associations de défense de l'environnement, a en effet décidé de réduire de deux ans - 24 mois - la dérogation accordée en 2015 par la préfecture à l'industriel dans la gestion de ses rejets en mer.
Tout en mettant fin à 50 années - 600 mois ! - de vomissements de zinc, plomb, arsenic - les fameuses boues rouges - au large de Cassis, dans une zone située en plein cœur du parc national des Calanques, le préfet du gouvernement PS d'alors y avait autorisé, durant une période transitoire de 6 ans (72 mois), un cocktail toujours aussi peu inoffensif pour l’environnement composé notamment d'aluminium, d'arsenic et de fer.
Mais dans 16 mois, fin 2019, l’industriel n'en aura pas encore fini avec la gestion de ses déchets toxiques. Le tribunal l'a enjoint de réaliser d'ici fin janvier - dans 5 mois - une étude d'impact et une enquête publique sur le stockage des résidus de ses boues rouges sur le site de Mange-Garri, à Bouc-Bel-Air. Comme l'a déjà raconté le Ravi (Cf n°133, octobre 2015), cette fois ce sont les humains qui sont directement impactés…
Dans le numéro de septembre 2018 du Ravi, enquêtes et satire en PACA.
Siné (hebdo puis mensuel) fête ses 10 ans. À cette occasion, 3 pages du numéro de septembre 2018 exposent les courriers reçus de la part des lecteur⋅rice⋅s.
Pyramide des âges des lecteur⋅rice⋅s sélectionné⋅e⋅s :
Ça sent le soixante-huitard nostalgique qui s'est fait happer par le système, qui est clairement le fonds de commerce affiché de Siné mensuel, et le trentenaire qui fait son baroud d'honneur après avoir découvert que son taff, son couple et sa banque le brident de partout. Si avec ça on n'arrive pas à lancer une révolution ! Sinon, elle est où la relève ? Occupée à voter Parti Socialiste ou France Insoumise en pensant voter à gauche ?
(oui, je suis au courant que cette pyramide des âges souffre de plusieurs biais : les courriers publiés ont été sélectionnés sans garantie de représentativité sur l'âge, tout le monde ne prend pas le temps d'écrire au journal qu'il lit, le public d'un journal fortement marqué - auteurs, style, etc. - est lui-même fortement marqué, etc.)
World Clean Up Day 1, c’est le nom officiel de la journée du 15 septembre dont l’objectif est que chaque habitant de la planète nettoie les tas de déchets a côté de chez lui. Ce grand ménage est ambitieux, audacieux même, mais il pousse avant tout à réfléchir à nos modes consommation et de production.
L'un de nos ennemis redoutebies, celui des océans et de notre devenir commun demeure le plastique. Les rapports des scientifiques se suivent et se ressenblent, la plastification de notre planète est en cours, et elle aura des conséquences redoutables. Quelques chercheurs travaillent sur une alternative. En France, une chercheuse, Soraya Bornaz, ingénieure en modélisation physique, consacre tout son temps à un bioplastique. « Ce plastique existe, j'en ai fabriqué », nous explique-t-elle. Elle le produit à partir de la chitine, une molécule que l‘on trouve dans l’exosquelette des crevettes, des écrevisses et des insectes. elle a installé son labo dans une petite salle de l'École des ponts, à Paris, sans financement. « Je suis seule en France, j'ai deux collègues en Espagne. On se débrouille comme on peut. » Après un processus de désacétylation de la chitine, on obtient du chitosan. C’est la molécule brûleuse de graisse que l’on trouve partout. Pour gagner du temps et de l‘argent, elle achète directement le chitosan sur les sites en ligne de diététique. Après ? Elle mélange le chitosan à de l’acide acétique et obtient une pâte qui sèche et devient du plastique nouvelle génération.
Toutes les qualités
Les propriétés de cette chitine sont hallucinantes.
Primo, elle apsorbe les métaux lourds. En inde, elle est utilisée pour purifier l’eau.
Deuxio, elle est utilisée comme engrais. En Égypte, on a développé une filière de recherche et de développement pour l’utiliser comme tel. imaginez un sac plastique que vous jetteriez dans votre jardin pour
aider les plantes à pousser.Tertio, elle est un bon antibactérien. On la retrouve d’ailleurs dans la composition des gels intimes. Bref, le remède miracle qu’on l‘on cherchait depuis des années était sous nos yeux. Reste à voir le temps de dégradation dans la nature du sac biopiastique. « C'est ce sur quoi je travailie. Mais quoi qu’il en soit, comme c’est comestible, ce ne fera aucun mal à la biodiversité, bien au contraire », ajoute Soraya Bornaz.
Ouais, le cyanure aussi, c'est comestible. La « raw water » aussi.
Seul bémol : les ressources en chitine. Si les crevettes et autres crustacés sont les fournisseurs de la sacre-sainte molécule, il y a fort à parier que ces espèces seront pêchées en masse et disparaîtront rapidement des fonds marins.
Non, sans blaaaaaaaague ?!
Certains ont déjà commencé à miser sur les insectes, comme l‘usine de fabrication Ynsect à Évry. Reste d’autres molécules comme l’amidon —— déjà exploité « et la gélatine ou la lignine qui, à leur tour, pourraient être étudiées. Mais la nature a plus d'un tour dans son sac et nous a proposé une alternative : les champignons. De récentes études ont par exemple montré que la chitine contenue dans les pieurotes était exploitable**. Or. pour développer ces champignons, il faut des arbres et donc créer des forêts. Bingo ! On résout plusieurs problématiques en un seul coup.
On déplace le problème, oui. Aura-t-on assez de ces champignons ? Pour en avoir assez, faudra-t-il faire une monoculture des arbres sur lesquels ils se développent ? Planter des arbres alors qu'on les massacrent afin d'obtenir des champs pour cultiver de quoi nourir la viande que nous consommons, c'est une blague ?!
L’avenir peut ne pas être si sombre que prévu. Mais pour ça, il faut aider les scientifiques comme Soraya Bornaz et ses collégues à aller plus loin et plus vite.
Je retiens que tout ça sonne très bullshit… Autant que le pastique « plastique réutilisable » de Coca Cola, qui est du plastique couplé à des matières végétales, comme le maïs, ce qui cause d'autres problèmes (déforestation et consommation d'eau pour les cultures, etc.)… Sans compter qu'il reste toujours des microparticules de plastique dans le mélange… qui ne sont pas biodégradables, qui polluent les océans et s'infiltrent dans les sols, etc. Ça me fait halluciner, tout ce que nous sommes prêt à faire pour ne surtout pas changer sérieusement nos petites habitudes…
Dans le Siné mensuel de septembre 2018.
Séquencer les gènes est une avancée majeure de la biologie. Mais qui pose problème : ce n'est pas parce que l'on a séquencé des gènes que l'on comprend comment ils fonctionnent et comment s'en servir. la suite nécessaire s'est révélée plus compliquée que le séquençage de l'ADN lui-même, et ceci pour des résultats spéculatifs. L'effort de recherche industriel qui parvint au séquençage du génome humain - une prmeière en biologie - a provoqué l'intrusion d'investisseurs et de financiers, et la sélection parmi les chercheurs, de leaders pour lesquels l'argent passe avant la recherche. Pour justifier les investissements, il fallait promettre de l'argent, pas des connaissances ! On promit donc de guérir toutes les maladies génétiques. Mais - malheur pour le bizness-plan ! - celles-ci sont nombreuses, la plupart rares et atteignent des patients qui n'ont pas les moyeens de payer. De plus, transférer des gènes dans des cellules est bien plus difficile en pratique qu'en théorie, et souvent nocif. À côté de succès isolés, le « génie génétique » médical connaît de très nombreux échecs et reste bien loin de la rentabilité. Aussi, les start-up qui s'apprêtaient à séquencer des millions de génomes cherchent-elles d'autres débouchés. Certaines en ont trouvé, loin de la science, dans des applications de police et de sécurité ; d'autres exploitent, sans scrupules, la crédulité de publics qui ne comprennent pas grand-chose à leur activité. On raconte aux gens ce qu'ils veulent savoir de leurs origines : de quels villages d'Afrique venaient les ancêtres des Noirs américains. Avez-vous des ancêtres scandinaves ? Quel est le pourcentage de vos ancêtres juifs, trucs ou papous ? Le problème est que ces « résultats » proposés sur Internet contre un échantillon de mucus buccal et plus ou moins d'argent, sont totalement bidonnés. Aucune technique ne permet de reconstituer une généalogie à partir d'une séquence d'ARN, encore moins d'affirmer où et comment vivaient de lointains ancêtres.
Cette « astrologie du passé » est donc pure imposture !
Dans le Siné mensuel de septembre 2018.
Ma tante Henriette, elle gueule quand il n’y a plus d’épicerie dans son bled, mais c’est la première à courir à l’hypermarché à cinq bornes. Moins cher, plus rapide, le chaland (même de gauche !) file chez Leclerc, et après lui le déluge. C’est vrai que les vieux, en plus d’être pingres, sont souvent pressés. Alors certes, ils regrettent leur coopette, le sourire de la crémière, mais ni ses prix ni sa file d’attente. Côté téléphonie, elle est passée chez SFR, l’Henriette. Parce que c’était moins cher que chez Orange. Orange, ultime avatar d’un lointain service public. Mais voilà, SFR, ça dléconne tout le temps. Pourquoi ? C’est une boîte gérée par un requin. Un type qui presse le citron, puis la pulpe, puis les pépins. Oh, question management, France Télécom (Orange) n’est pas en reste, certes ! Mais SFR, c’est l’incarnation de la vanité de l’ouverture à la concurrence. C’est moins cher… mais ça marche pas. Et qu’est-ce qu’elle fait l’Henriette quand ça marche pas ? Elle appelle les PTT… Orange quoi. Parce qu’en se vautrant sur les offres SFR, elle a pas bité qu’elle quittait le service public, qu’elle plongeait dans le matigot de l’offre et de la demande. Et quand la dame marocaine de la plateforme Orange lui explique tout ça, elle l’engueule, l’Henriette. Pourquoi ? Parce qu’elle veut rien comprendre. Pour les pigeons comme elle, la SNCF a créé Ouigo. Une filiale lowcost avec du personnel moins formé, des prestations à la carte selon des règles incompréhensibles. Alors l’Henriette, elle va se précipiter, elle et toutes les autres alouettes qui vont s’écraser dans le fameux miroir. Dans quelques années, Ouigo sera privatisé, ses tarifs auront explosé, le personnel pas forcément compétent, les retards seront la règle. Et l’Henriette ira se plaindre aux « fainéants » de la SNCF… qui'l’enverront chier. Bien fait pour sa gueule.
Gros gros +1.
Dans le Siné mensuel de septembre 2018.
On a beau le savoir, c’est toujours bien d’en avoir confirmation : les dirigeants d’entreprise, qu’ils soient français ou européens, qu’ils se présentent comme des amis de la planète ou non, se fichent du dérèglement climatique comme de leur premier coup de soleil.
Voyez BusinessEurope, le Medef européen. Il rassemble toutes les organisations patronales des Vingt—Sept. C’est le sémillant Pierre Gattaz qui le préside depuis peu. La semaine dernière, le site Euractiv a publié un mémo interne qui fournit à ses membres les éléments de langage qu’ils devront utiliser à Bruxelles lors des prochaines discussions sur les réductions d’émissions de C02 (« Libération », 20/9). Trois bons conseils.
Un, tant qu’il s’agit d’un blabla sans conséquence, c’est-à-dire sans aucun effet sur la législation européenne en vue de 2030 (car ils voient loin…), ne pas hésiter à être « plutôt positif » sur la nécessité de réduire les émissions.
Deux, dès que des mesures concrètes de réduction d’émissions sont envisagées, « utiliser les arguments habituels, selon lesquels nous ne pouvons agir seuls dans un marché mondialisé et ne pouvons pas compenser pour les autres ».
Trois, pour freiner, retarder, empêcher les mesures de réduction mettre en doute les calculs en « demandant plus de transparence », réclamer des « études d’impact », agiter le « risque de créer de l’instabilité ».
Cocasse, non ? Depuis l’accord de Paris sur le climat, en 2015, on entend tous les jours dans les médias les patrons expliquer que, loin de voir dans la lutte contre le dérèglement climatique une entrave à l’activité économique, ils la considèrent, eux, comme une formidable opportunité et se posent en leaders du combat pour un monde moins ravagé par les gaz à effet de serre.
L’enfumage, c’est tout un art…
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
Coucou la revoilà,la défiscalisation des heures supplémentaires ! Sarkozy l’avait inventée en 2007 pour torpiller les 35 heures. En 2012, Hollande l’avait supprimée parce qu’il ne fallait rien garder de l’héritage. Mais elle a la vie dure : la défiscalisation revient, sous le joli nom de « désocialisation », dans le budget 2019.
Evidemment, à la mode Macron : un peu de Sarko — on supprime les cotisations sociales des salariés sur le temps de travail au-delà de 35 heures par semaine ; et — « en même temps » — les heures sup continueront d’être soumises à l’impôt sur le revenu, comme l’avait voulu Hollande.
Un peu de pouvoir d’achat, mais pas trop de trou budgétaire : ce travail de dentellière bute toujours sur la même absurdité. Depuis la mise en place des 35 heures, à partir de 2000, l’Etat verse chaque année aux entreprises (en réductions de charges) une quinzaine de milliards. Et, « en même temps » que l’Etat (c’est-à-dire le contribuable) dépense cet argent pour réduire le temps de travail, il en dépense encore plus — 2 milliards chaque année — pour inciter à son augmentation.
Sapeur Camember, réveille-toi, ils sont devenus fous !
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
L’Institut national de l'audiovisuel, dont le siège est à Bry-sur-Marne (Val-de-Marne), loue des bureaux dans Paris, près de la gare de Lyon, mais va bientôt déménager dans le plus accueillant VIIe arrondisse-ment. L'augmentation de loyer n’est pas faramineuse (de 77 500 à 90 000 euros par an), mais le bail est audacieux : l’INA, entreprise publique, va louer ses nouveaux locaux à Molotov, le roi privé de la télé par Internet, avec lequel il est par ailleurs en affaires. Depuis cet été, l'INA a lancé sa chaîne sur la plateforme vidéo Molotov, où sont diffusés ses archives et les moments cultes de la télé.
Après le partenariat public-privé, le partenariat public-privilégié !
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
Avez-vous déjà entendu parler des agents de plumaison et d'épilation ? Pour ne pas perdre trop de temps, en début de chaîne d'abattage, à débarrasser les poulets de leurs plumes et à rendre imberbes les cochons, l’industrie volaillère et charcutière a trouvé la solution : les pauvres bêtes, une fois zigouillées, sont automatiquement plongées dans un bain chimique contenant, au choix, de l'alkylaryl sulfonate de sodium ou de l'éter d’éther alkyltriglycolique.
Un traitement au poil qui n’est pas mentionné sur l'étiquette des filets de porc ou des cuisses de poulet en barquettes, tout comme les autres « auxiliaires technologiques » dont raffole l’industrie agroalimentaire, pour produire plus vite et plus facilement ses aliments transformés : antimousse dans l'eau de lavage des légumes congelés, agents de clarification pour jus de fruits ou décolorants dans les huiles alimentaires… N'en jetez plus !
Si ces auxiliaires technologiques sont cachés, c’est parce qu'on ne les consomme pas en tant qu'« ingrédients alimentaires » mais sous forme de résidus indésirables. Dès lors, les industriels ont obtenu de Bruxelles qu’ils échappent à tout étiquettage. Avec déjà 300 additifs à indiquer, cela aurait fait beaucoup de noms sur la boîte. Une goûteuse exemption que l’association Foodwatch vient de dénoncer. De plus, tous les auxiliaires technologiques ou presque peuvent être commercialisés dans l'Union européenne sans que les agences sanitaires aient leur mot a dire. Seuls les agents de décontamination, utilisés, par exemple, pour laver les salades en sachets, les enzymes pour faciliter la décantation du vin et les solvants d'extraction qui permettent d'extraire l'huile des graines de tournesol ou de colza doivent montrer patte lanche avant d'être mis sur le marché.
Une fois n’est pas coutume, la France a fait du zèle en concoctant sa propre liste d’auxiliaires technologiques « soumis à autorisation préalable ». Cocorico ! Sauf que la Répression des fraudes ne contrôle pas, ensuite, pour voir s’il reste des résidus dans les produits. Et, surtout, un auxiliaire technologique retoqué par l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation peut très bien, s'il est fabriqué chez l'un de nos voisins qui se contente d'appliquer la réglementation européenne, revenir dans nos assiettes en toute légalité.
On est dans les choux (de Bruxelles) !
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
L'assistant vocal Alexa équipe désormais certains fours à micro-ondes. Grâce à cette invention indispensable, il est possible de faire cuire un épi de maïs en prononçant à voix haute les mots « épi de maïs ». Le four règle alors lui-même le temps de chauffe. Le Huffington Post (21/9) raconte que, lors d'une démonstration, quand on a demandé à Alexa de prolonger la cuisson de trente secondes, l'assistant vocal a fait diffuser par le haut-parleur des chansons du groupe rock Thirty Seconds to Mars (« Trente secondes vers Mars »).
C'est plus poli que « Va te faire cuire un oeuf ! ».
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
Pas moins de 790 millions d’euros. C’est, selon la Cour des comptes, ce qu’aura coûté le musée de la Fondation Louis Vuitton, situé dans le bois de Boulogne, à Paris. Et non pas 100 « petits » millions, comme l’avait promis Bernard Arnault au moment de lancer le chantier. « Un projet immobilier au coût non maîtrisé », déplore la Cour, qui, dans un rapport d’observation provisoire que s’est procuré « Le Canard », confirme des calculs naguère effectués par « Marianne » (13/5/17). L’amour des arts, ça ne se contrôle pas…
Annonçant la création de la Fondation et du musée, Renaud Donnedieu de Vabres, alors ministre de la Culture, avait lancé à Bernard Arnault : « Lorsqu’ils seront officiellement saisis de votre projet, les services de l’Etat l’examineront avec un intérêt très positif. » Aujourd’hui, le même Donnedieu siège au conseil d’administration de la Fondation. Lequel, selon la Cour, a tout d’un organe croupion : deux de ses six membres n’y ont jamais siégé, et il n’a jamais eu à débattre de la convention passée avec la Mairie de Paris prévoyant que la Ville reçoive 1 million d’euros annuel pour l’occupation de son terrain et récupère le musée au bout de cinquante-cinq ans. Cette redevance, note la Cour, correspond au montant brut annuel des cinq plus gros salaires de la Fondation.
C’est pas du luxe !
Derrière le flamboyant musée d’art contemporain imaginé par l’architecte américain Frank Gehry et réalisé par Vinci, les magistrats ont débusqué une **astucieuse opération d’optimisation fiscale***.
Aux termes de la loi, toute entreprise a, en effet, droit à une ristourne fiscale — 60 % du montant de son mécénat pour une fondation ou une association, dans la limite de 0,5 % de son chiffre d’affaires : une niche qui coûte 930 millions par an à l’Etat. Détail amusant : Jean—Jacques Aillagon, naguère ministre de la Culture et père de cette mesure, est aujourd’hui conseiller de François Pinault, fondateur du groupe de luxe Kering et grand rival d’Arnault. Le monde est petit.
Fiscalité cosmétique
Arnault a tiré un profit maximal de la loi Aillagon. Ainsi, 27 de ses sociétés (La Samaritaine, le joaillier Chaumet, les champagnes Moët & Chandon, la chaîne de cosmétiques Sephora, le couturier Christian Dior ou le groupe Les Echos…) ont versé, en onze ans, 863 millions d’euros à la fondation du groupe. Et, grâce à la défiscalisation, LVMH a récupéré 518,1 millions. L’Etat — donc le contribuable — aura ainsi financé aux deux tiers le musée du bois de Boulogne.
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
Macron n’a toujours pas digéré la précipitation avec laquelle Collomb a annoncé, le 18 septembre, son départ du gouvernement au printemps 2019, pour se lancer dans les municipales à Lyon.
« Il n’y avait pas d’urgence », s’est-il indigé devant des conseillers.Et le ministre de l’Intérieur vient d’aggraver son cas. Le 23 septembre, « La Dépêche du Midi » a publié des confidences de l’hôte de Beauvau recueillies lors d’un déjeuner, le 7 septembre. Collomb commence par un mea culpa :
« On n’a pas bien traité un certain nombre de problèmes, comme l’accueil des mineurs isolés, les 80 km/h. »Puis il passe à l’attaque :
« Les provinciaux — et j’en suis — ont déjà une tendance naturelle à considérer que les Parisiens ont la grosse tête, les snobent. Or, des expressions comme la “nouvelle grammaire de la politique” ou la “start-up nation”, ils ne s’y reconnaissent pas… »Interrogé pour savoir s’il s’en est ouvert à Macron, le premier flic de France sort le calibre :
« Si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s’isoler. Car, par nature, l’Elysée isole. »Seconde salve :
« Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore lui parler. Ceux qui parlent franchement à Macron sont ceux qui étaient là dès le début : Ferrand, Castaner, Griveaux et moi. D’ailleurs, il va finir par ne plus me supporter. » C’est déjà le cas de Brigitte Macron. Assise entre Ferrand et Collomb, lors de la journée d’hommage aux victimes du terrorisme, le 19 septembre, elle n’a pas échangé un mot avec le ministre. Pour l’un de ses collègues du gouvernement, le divorce avec Macron est consommé et le ministre de l’Intérieur pourrait être « libéré » avant le mois de mai 2019, pour redonner du souffle à la fonction.
« Lorsque vous annoncez le moment de la fin, commente-t-il, c’est déjà la fin. »
Un propos très fin.
Le stratège
Pourquoi le ministre de l’lntérieur a-t-il annoncé si tôt sa volonté de quitter son poste en mai 2019, au risque de mettre le pagaille au sein du gouvernement ?
Primo, selon un membre de sa garde rapprochée, parce qu’« il voit bien qu’à Lyon Laurent Wauquiez et son équipe préparent très activement la reconquête de la ville, dont ils veulent faire un symbole de la renaissance de la droite. Il surveille aussi tout le petit jeu de Marion Maréchal. Du coup, il se dit qu’il faut impérativement accélérer. Ce n’est pas pour rien que son association politique s’appelle “Prendre un ttemps d’avance”… » Secundo, Collomb a voulu envoyer un message aux macronistes locaux. « Georges Képénékian, le maire de Lyon, et David Kimelfeld, le président de la métropole, ont tous les deux tenu des propos ambigus qui montraient qu’ils étaient prêts à tuer le père et étaient tentés par l'idée de se présenter eux-mêmes à la municipalité… Collomb se devait deny de calmer rapidement leurs velléités. »
Entre deux réunions sur la menace terroriste ?
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
Tels des gamins oubliés par le Père Noël, les hôpitaux ont regardé tous les jouets offerts par Macron avec son grand plan Santé, décliné mardi dans le budget de la Sécu. Cruelle déception : à peine « quelques miettes », se désole un responsable de la Fédération hospitalière de France (FHF), regroupant tous les hôpitaux publics. Au lieu d’augmenter de 2,3 % — comme l’avait annoncé Darmanin en juillet —, le budget de la santé, a claironné Macron, gonflera de 2,5 %, soit une rallonge de 400 millions. Sauf que la réalité est moins rose.
Avec le vieillissement de la population, en effet, en plus de l’inflation et d’autres assommantes considérations, les dépenses de santé augmentent mécaniquement de 4 % par an. Afin de limiter la hausse à 2,5 %, les hôpitaux devront encore réaliser… près de 1 milliard d’économies. « La rallonge de Macron diminue juste le montant des économies qu’on nous réclame, et de très peu, déplore la FHF. Les 400 millions serviront surtout à financer les assistants médicaux (qui épauleront les généralistes). Pour les hôpitaux, il restera, à tout casser, 150 millions. » Une goutte d’eau dans un océan de maux.
Certes, le plan Macron prévoit de désengorger les urgences en réorganisant la médecine de ville. Mais cette belle ambition mettra « au moins cinq ans » à porter ses fruits, a illico réagi le Pr Grimaldi, sur le site de « L’Obs » (l9/9). En attendant, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, qui depuis des mois agitait son futur plan, n’a plus de martingale. Une grève ? Une crise dans les Ehpad ? Un cri d’alarme des soignants ? Patience, psalmodiait—elle, le plan Santé soignera l’hôpital, ce grand malade « à bout de souffle ».
La potion fait déjà merveille. Le 20 septembre, deux jours après sa grande annonce, les hôpitaux psychiatriques de Rouen, Niort et Auch ont voté la grève. Le même jour, des syndicats ont manifesté au CHU de Nancy. Le lendemain, le CHU de Saint-Etienne a voté la grève générale. Et, le 4 octobre, la CGT appelle à une grève nationale et reconductible dans tous les Ehpad, hôpitaux et hôpitaux psychiatriques.
C’était donc ça, le « big bang » de la santé promis par Macron ?
Dans le Canard enchaîné du 26 septembre 2018.
Gee nous fait un petit rappel sur les acronymes, ces abréviations que l'on devrait prononcer comme un mot ordinaire… même s'il n'y a pas consensus (ONU = onu ou o-haine-u ? RMLL = air-aime-elle-elle ou reumeuleuleu ? MMORPG = mmorpg ou meuporg ?)
Initiales et acronymes peu connus :
Rétroacronyme : on trouve un nom court qui en jette et on utilise les lettres comme initiales pour développer le concept. Exemples : CHATONS (Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires) ou USA Patriot Act -Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act) ;
Acronyme récursif : l'une des lettres est l'initiale de l'acronyme lui-même. Exemple : GNU's Not Unix.
Acronyme récursif imbriqué : GTK : The GIMP ToolKit -> The GNU Image Manipulation Program ToolKit -> The GNU's not Unix Image Manipulation Program ToolKit -> The GNU's not UNiplexed Information and Computing Service Image Manipulation Program ToolKit.
N’empêche, on avait déjà évacué l’idée de train avec Voyages-SNCF : on évacue carrément l’idée de voyage avec Oui-SNCF. Et en soi, ça me semble révélateur d’un mouvement de fond : remplacer le sens par des marques. Vous allez me dire que le mouvement n’est pas neuf. C’est le principe même du capitalisme triomphant que de vouloir transformer tout, absolument tout, sans exception, en produit : les biens matériels, c’est établi, mais la santé, l’éducation… l’amour, même. La moindre parcelle d’activité humaine est sommée de tester sa pertinence face à un « produit » équivalent sur le marché.
Eh bien, quand je vois le TGV devenir inOui, ERDF devenir Enedis ou encore GDF transformé en Engie… je me dis qu’on est passés à la vitesse supérieure.
Parce qu’au départ, nous avions des noms qui avaient des sens : Train à Grande Vitesse, Électricité Réseau Distribution France, Gaz De France… Le problème que le capital a avec le sens des mots, c’est que ce sens fige les choses, qu’il leur donne justement du sens, à ces choses. Qu’il nous permet, en somme, de les analyser par le simple fait qu’elles veulent dire quelque chose, que chacun peut comprendre et donc critiquer par tel ou tel filtre de lecture. Je ne vais pas encore vous citer Franck Lepage, si ? Eh bah si, tiens, je viens de le faire.
[…]
France Télécom était un service public dont on attendait à peu près logiquement qu’il rende un service de télécommunications sur le territoire français (à vue de pif, hein). Mais Orange est une marque. Peu importe alors qu’Orange produise des gadgets connectés qui viendront presque immédiatement grossir nos dépotoirs, ou lance même une banque tout en proposant un service client qui n’a plus grand chose à voir avec un service public.Le TGV était un train à grande vitesse. Mais inOui est une marque, et le fait qu’un voyage Ouigo (la variante pour pauvre), par le jeu des correspondances iniques et des gares à Perpét-les-Oies qu’il faut rejoindre en bus, devienne plus long qu’un voyage en train à vitesse normale (tout en restant plus cher et contraignant), ça n’a pas d’importance. C’est une marque, pas un train à grande vitesse.
ERDF était un service public de distribution d’électricité. Mais Enedis est une marque. Et si Enedis souhaite à l’avenir développer l’exploitation de données personnelles de ses clients via les mouchards Linky, pourquoi s’en priveraient-ils ? C’est une marque, pas un service public.
[…]
Chaque aspect de nos vies doit être marketinguisé jusqu’à la moelle, sinon il ne vaut pas la peine d’être sauvé.Regardez ces stades que l’on est désormais sommés de nommer par le nom de leurs sponsors (pratique pudiquement vendue sous l’anglicisme naming) : au revoir le Palais Omnisport de Paris-Bercy, bonjour « AccordHotels Arena » (le nom le plus ridicule de la décennie, au passage) ; au revoir le Stade Vélodrome de Marseille, bonjour « Orange Vélodrome » ; bonjour encore le « Stade Allianz Riviera » à Nice… Parce qu’après tout, si même nos conversations autour d’événements sportifs ou de concerts peuvent se transformer en page de pub pour des compagnie d’assurance ou de télécom, c’est encore ça de gagné.
Tout doit être un produit.
[…]
Alors continuez donc. Continuez à retapisser les murs en espérant qu’on arrête d’y voir les fissures. Continuez à changer de nom comme le RPR, euh non l’UMP, pardon « Les Républicains » : comme on change la couche pleine de merde d’un moutard dont on se demande s’il finira par être propre un jour.
Je continue pour ma part à espérer qu’on continue à voir le sens à travers la couche de vernis, et qu’on se scandalise un peu plus de la direction qu’il prend, ce sens ; à espérer qu’ils n’aient pas encore réussi à laver totalement nos cerveaux avec ces linceuls en cellophane dont ils habillent notre quotidien, nos voyages, nos rêves, nos désirs.
Gros +1.
En début d'année 2018, Gee a recensé quelques trucs qui font flipper d'un point de vue des libertés…
ÉPISODE 1 : Hikvision
La société chinoise Hikvision possède un cinquième du marché mondial des camérés de surveillance (avec reconnaissance de visages et de démarches). Elle est détenue à 40 % par l'État chinois qui assied ainsi la surveillance généralisée nécessaire au maintien de la dictature. Ses clients incluent l'armée étatsunienne.
En chine, la vidéosurveillance fait partie intégrante d'un système de « crédit social » bien plus flippant : notation des relations d'amitiés, notation du remboursement des crédits (comme aux USA), notation des bonnes actions (comme le don du sang), empêchement de prendre le train ou l'avion, afficher les petites incivilités (traverser une rue au vert) sur des écrans à des dizaines de carrefours, accès prioritaire à l'hôpital pour les "bons" citoyens bien notés, etc. Voir : http://shaarli.guiguishow.info/?Br7PSA et http://shaarli.guiguishow.info/?2b4K8w .
ÉPISODE 2 : Life on Mars
Marseille, France. « L’Observatoire de la tranquillité publique » rassemble, entre autres, les images des caméras de surveillance, les mains courantes déposées à la police, la météo ou les grandes tendances des réseaux sociaux… tout cela pour anticiper les troubles à l'ordre public et optimiser leur gestion. Caroline Pozmentier, adjointe au maire, évoque un « big data de la tranquillité publique, premier pilier de la smart city marseillaise ».
‒ Mmh… je me demande quelle chute aura cet épisode.
‒ L‘algo ne va faire qu'exacerber les biais présents dans les données d'entraînement et devenir réactionnaire et xénophobe ?
‒ Maaaais non, jsuis sûre que c‘est juste l'adjointe qui a été remplacée par un robot générateur aléatoire de phrases anglichonantes stupides et vides de sens.
‒ Attends, mais ça c'est pas de la SF, ça s'appelle « la politique française ».ÉPISODE 3 : Tits or GTFO
Pour lutter contre le « revenge porn », qui consiste à publier des photos érotiques (supposées rester privées) pour humilier son ex—partenaire, Facebook propose a ses utilisateurs d'envoyer leurs photos intimes (susceptibles d‘être utilisées) à titre de prévention : seul un « hash », un code permettant d‘identifier la photo, sera conservé et permettra, par comparaison, d'empêcher l'ex méprisable de publier la photo en question.
‒ Responsable de l‘anti-Revenge Porn chez Facebook ? MEILLEUR. BOULOT. DU MONDE.
‒ Hé, Jacky ! Vendredi soir, comme d'hab ? Tu nous fais un diaporama best-of chez toi ? Je ramène les cahuètes.
Google a également bien joué en exigeant une copie de documents d'identité avant d'exercer le droit à l'oubli applicable en UE… Tu peux exercer ton droit, mais on te flique en échange.
ÉPISODE 4 : Are You Eighteen?
MindGeek, propriétaire d'une grande partie des sites de streaming porno, devient le plus gros fournisseur de solution de vérification d‘âge (imposée par le gouvernement britannique pour lutter contre la fréquentation des sites pornos par les mineurs). Ces solutions impliquent de numériser son passeport, d‘utiliser le numéro de téléphone ou la carte de crédit pour que le fournisseur certifie l‘âge de son client, ou encore de laisser un algorithme d‘apprentissage automatique analyser le contenu de ses réseaux sociaux…
‒ Et on confirme le piratage massif dont a été victime MindGeek cette nuit… Deux milliards d'identites certifiées ont été rendues publiques, associées aux historiques des recherches et vidéos regardées.
‒ Hoooouu, j'aimerais pas être à la place des gens qui sont sur cette liste ! Hein, chéri ? … chéri ?
‒ Allô ? Oui ? Ce serait pour un aller-simple pour Alpha du Centaure, s'il vous plaît.ÉPISODE 5 : Six Lines
Le Département d‘Immigration étatsunien met en place un algorithme pour détecter les éventuelles menaces posées par des détenteurs de visa aux Etats-Unis en analysant le contenu de leurs réseaux sociaux.
‒ Richelieu a dit : « qu'on me donne six lignes écrites de la main du plus honnête homme, j'y trouverai de quoi le faire pendre ». Moi, je dis : qu'on nous donne accès à l'intégralité de la vie sociale en ligne du plus honnête homme… Haha !
‒ Et jackpot. C'est qui, Richetruc ? C'est le nouveau du cinquième ?
Alors que des analyses de réseaux sociaux ont déjà foiré aux USA et conduit à des arrestations d'innocents (relâchés après d'intenses vérifications). Je crois que c'est le film Nothing to hide qui les mentionne.
ÉPISODE 6 NetFlix and (nil)
Dernier épisode un peu plus léger mais bien plus ironique et « méta ». Le téléphone OnePlus ST n‘intègre pas un DRM qui permet de lire NetFlix ou encore Google Play Movies en haute définition (le constructeur a annoncé qu‘il serait intégré prochainement). Les clients sont donc réduits à visionner des films en basse définition sur un appareil à Fécran d‘une définition immensément supérieure. Tout cela a cause d'une limitation purement artificielle provoquée par l'ineptie du système de protection de l'industrie audiovisuelle.
[…] Mille ans ont passé. Les humains ont perdu le contrôle des DRM. Des milliards d'œuvres sont produites chaque jour mais sont illisibles, stockées chiffrées dans des datacenters auxquels plus personne ne sait accéder. Tout cela est financé par les taxes de copie privée sur les supports numériques. L'industrie du divertissement fonctionne en circuit fermé. Tout est parfait.
Au-delà de ce gag d'un circuit fermé, la pérennité du patrimoine mondial, perturbée par ces protection artificielles et par l'obsolescence technologique très rapide, me préoccupe vraiment.
Une excellente BD de Gee qui traite de Google Home, le mouchard de Google à installer soi-même qui fait aussi assistant vocal, et de Google Clips, l'appareil photo qui filme en permanence afin de détecter le meilleur moment pour prendre une photo…
[…] Comment souvent avec les GAFAM, la réalité rejoint la caricature : le blogueur Artem Russakovskii a révélé sur AndroidPolice.com avoir remarqué un « bug » qui faisait que son Google Home enregistrait absolumment tout le son qu'il captait 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et l'envoyait sur son compte Google…
‒ J't'avais dit de pas écouter !
‒ Mais j'ai juste laissé tourner mon microphone, encodé le résultat en format audio compressé, envoyé les fichiers sur les serveurs de Google qui ont horodaté et archivé le tout… J'AI PAS ÉCOUTÉ !Le truc « drôle » ici, c'est que le seul vrai « bug » que l'on peut constater c'est l'enregistrement des fichiers dans l'espace perso de l'utilisateur. Tout le reste, ça n'est pas un bug : c'est la fonctionnalité ! Google Home enregistre et analyse absolumment TOUT ce que son microphone capte, 24 haures sur 24, 7 jours sur 7, et c'est son fonctionnement NORMAL.
‒ Attends, mais normalement, le Google Home n'écoute que si j'ai dit « OK Google », non ?
‒ D'accord, mais s'il n'écoute pas avant… alors comment fait-il pour savoir que tu as prononcé « OK Google » ?C'est toute l'absurdité de la notion « d'écoute » dans ce cas-là ! Pour détecter que vous avez prononcé « OK Google » (ou, par exemple, « Alexa » dans le cas de l'équivalent d'Amazon), le Google Home doit enregistrer et analyser tout ce que son microphone capte… Sinon, ce serait un peu comme si un médecin vous disait cela :
‒ Alors, on va faire un scanner pour détecter une éventuelle tumeur…
‒ Mais alors, je vais être irradié ?
‒ Oui, mais la bonne nouvelle, c'est que le scanner ne fonctionnera QUE SI vous avez une tumeur !
‒ Euuuh… mais du coup le scanner sait DÉJÀ que j'ai un tumeur ?
Spoiler : non. Et en effet, ça serait complètement débile. La seule différence, dans le cas de Google Home, c'est que si son analyse révèle que la phrase ne commence pas par « OK Google », les éventuelles commandes données après ne seront pas traitées comme des commandes à exécuter. Mais il les enregistre tout autant que celles qu'il exécute !Dans le même genre d'idée, Google (oui, encore) a dévoilé un appareil photo, Clips, dont le principe est de détecter lui-même le meilleur moment pour prendre une photo.
En gros, il reconnaît les visages de votre famille, estime à quel moment vous êtes les plus photogéniques et prend alors une photo tout seul comme un grand.
Eh ben que les choses soient claires : pour pouvoir faire son analyse (dont je ne doute pas qu'elle doit être une prouesse technologique remarquable), le Google Clips vous filme. Oui. Il. Vous. Filme. En. Permanence.Pour finir, rappelons que cette problématique du « on doit écouter pour savoir s'il fallait écouter », on la retrouve jusque dans les fameuses lois liberticides qu'on se mange en boucle depuis quelques années (loi Renseignement, Loi Terrorisme, Loi Machintruc, etc.).
En effet, quand bien même votre algorithme de détection des terroristes serait efficace, cela signifie quoi qu'il arrive une perte de vie privée radicale pour 100 % de la population.
De la même manière que même si moins d'un millière des mots que vous prononcez sont « OK Google », Google Home enregistera quand même tous les autres. Et que même si vous n'êtes photogénique que quelques secondes dans la journée… Google Clips vous filmera en permanence.En conclusion : il y a un mouvement général de surveillance massive de la population qui se met en place à la fois par des acteurs privés et étatiques. La première étape pour lutter contre ça, c'est de ne pas participer à notre propre surveillance… [ en n'achetant pas des gadgets polluants inutiles qui enregistrent tout en permanence dans le seul but de mieux te connaître donc de mieux te cibler pour te vendre en permanence une énième merde polluante donc tu n'as pas besoin ].
Gee explique en BD les principes de la compression informatique sans perte d'information. Deux principes : factoriser les répétitions et utiliser un arbre de tri qui permet de coder les symboles les moins utilisés (dans un message donné) sur moins de bits que les symboles les plus utilisés (c'est toute la différence entre la lettre « e » et « w » dans un texte rédigé en français). Pratique pour réviser le B2I / C2I. :D
Excellente planche dessinée.
Le Medef et les gouvernants prônent un contrôle quotidien des chômeurs afin de s'assurer d'une recherche effective d'emploi… alors que ce qui déséquilibre le ratio dépenses/ressources de l'assurance chômage, c'est Pôle emploi… Contrôler plus fermement les chômeurs conduira à endetter toujours plus l'assurance chômage. La France a assez d'argent issu des cotisations pour financer le chômage de tout le monde, année après année. Ce point est d'ailleurs au centre des débats actuels autour de l'assurance chômage.
Dans un même temps, selon un rapport de la DARES et un autre de la Cour des comptes, Pôle emploi est inefficace : en 2015, moins de 15 % des chômeurs ont trouvé un emploi grâce à Pôle emploi, à l'exception des contrats aidés. J'ai déjà relaté cela.
Sur l'humiliation et le contrôle social exercé par Pôle emploi, voir l'excellente conférence de Hacking social au THSF 2017 (mes notes).
L'assurance chômage est, comme son nom l'indique, une assurance : vous cotisez à un droit et vous profitez de ce droit quand vous en avez besoin (en l'occurrence, en cas de perte d'emploi). L'injection à rechercher activement un emploi n'est qu'une des façons qu'à l'État d'attaquer et de dévoyer cette assurance chômage.
Je pense que cette BD fait un raccourci : l'Unedic, n'est pas autogérée. Seuls des membres imminents (membres du sérail, quoi) des fédérations nationales (adieu le niveau local) des syndicats représentatifs (adieu les autres syndicats) ont droit au chapitre. Et les syndicats de travailleurs sont seulement une des trois parties prenantes.
Il conviendrait aussi d'argumenter sur deux points : 1) qu'est-ce qui a mis l'Unedic dans le vert en 2008 ? Les réformes déjà antisociales de Sarkozy (c'était déjà l'époque du "si tu refuses trois taffs, t'es radié) ? 2) Ne peut-on pas dire que ce qui maintient l'Unedic à flot, au moins en partie, c'est justement la réforme permanente de l'usage de cette assurance par le législateur ?