Y aurait-il anguille sous Roche, à l’Autorité de la concurrence, le gendarme chargé de lutter contre les pratiques déloyales des entreprises ?
Le 21 novembre, cette autorité administrative indépendante a lancé une vaste enquête sur le « fonctionnement de la concurrence dans le secteur du médicament et de la biologie médicale ». L’instruction, qui s’intéressera notamment « à la distribution des médicaments, au mécanisme de régulation de leurs prix, ainsi qu’aux opportunités de développement de l’activité des pharmaciens », devrait déboucher, d’ici un an, sur des recommandations aux pouvoirs publics « susceptibles de dynamiser la concurrence dans la distribution des médicaments et la façon dont leurs prix sont fixés ».
Or, et c’est là que la potion est amère, cette enquête hautement sensible sera menée par un service dont la cheffe, Sarah Subrémon — rapporteure générale adjointe de l’Autorité de la concurrence —, est accessoirement la femme de Michael Lukasiewicz, directeur médical du laboratoire pharmaceutique Roche !
La principale intéressée ne comprend pourtant pas le soupçon de conflit d’intérêts : « La décision de me confier le dossier s’est faite en toute transparence et avec l’aval de la présidence de l’Autorité. » On respire. D’ailleurs, « à la différence d’une enquête contentieuse, qui peut aboutir à sanctionner des entreprises, une enquête sectorielle se veut extrêmement générale, ne débouche que sur un avis consultatif et ne cible aucun acteur particulier ». Les recommandations promettent d’être explosives !
Cordonnier mal chaussé
Quant aux laboratoires, ce ne sont « que des parties prenantes parmi d’autres du marché du médicament ». A se demander s’ils jouent même le moindre rôle.
N’empêche : le fait de confier à l’épouse d’un haut dirigeant de laboratoire pharmaceutique une enquête — même non punitive — sur le secteur de la santé est une pilule que certains cadres maison ont bien du mal à avaler. « L’Autorité de la concurrence ne se prive pas pour donner des leçons aux entreprises, c’est même son cœur de métier, confie l’un d’eux, très remonté. Et ses membres ne sont même pas capables de comprendre lorsqu’ils se retrouvent dans une situation flagrante de conflit d’intérêts ? C’est à désespérer. »
A l’Autorité, qui combat les ententes (entre sociétés), celle qui règne entre collègues n’est pas toujours des plus cordiales…
Faites ce que je dis, pas ce que je fais, xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxe démonstration ?
Dans le Canard enchaîné du 29 novembre.
C'est un village de la Meuse tout ce qu’il y a de plus tranquille. Mandres-en-Barrois, même pas 150 habitants. Lesquels en ont marre. Bure est à deux pas. Leur maire ayant cédé les 220 hectares du bois Lejuc pour qu’y soient creusés des puits d’accès à ce qui sera la plus grande poubelle souterraine nucléaire française, une poignée d’activistes se sont installés à demeure. Ils veillent jalousement sur la forêt. Il faut dire que l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) s’était mise à défricher et à bétonner ce bois en toute illégafité. En mai, la cour d’appel de Nancy a ordonné à l’Andra d’arrêter les travaux.
Pour surveiller les activistes qui surveillent la forêt, il y a des tas de gendarmes. A demeure, eux aussi. Un peloton de surveillance et d’intervention, carrément : un pandore pour deux habitants !
Comme les gendarmes ne sont guère physionomistes, ils n’arrêtent pas de contrôler les mêmes personnes. Non seulement les activistes, mais aussi les villageois les plus innocents qui soient ! Plusieurs d’entre eux sont allés voir le maire. Lequel leur a délivré une belle attestation, qu’ils prennent soin désormais d’avoir en poche afin de pouvoir circuler librement.
Quand « Le Canard » lui demande combien d’attestations il a délivrées, le maire aboie : « Vous êtes de la police ? » Et il raccroche.
Ce n’est pas demain la veille qu’il délivrera la même attestation aux méchants activistes…
France, 2017, il faut une attestation pour se promener quasi-librement dans un village au bord d'un site à visée industrielle… Magnifique, non ? :(
Dans le Canard enchaîné du 29 novembre 2017.
Stéphane Le Foll avait donné le premier coup de hache quand il était ministre de l’Agriculture de Hollande. Emmanuel Macron, lui, prend la tronçonneuse pour tailler dans le statut des « forêts de protection ». Etabli en 1922, ce texte vise à sauvegarder la faune et la flore d’espaces boisés fragiles : aujourd’hui, ces derniers sont menacés par l’avancée des villes et des prédateurs comme les centres commerciaux et les usines. Les plus grands massifs protégés se situent d’ailleurs en Ile-de-France. Concrètement, il est rigoureusement interdit de porter, si peu que ce soit, atteinte à ces écosystèmes.
Mais voilà, quelques semaines avant la présidentielle, Le Foll avait concocté un projet de décret censé vider ce statut de son contenu (« Le Canard », 22/2), vite bloqué par les associations écolos. Vendredi 24 novembre, un groupe de travail était donc convoqué par le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, pour examiner une nouvelle mouture du projet de son prédécesseur.
Celle-ci offre sur un plateau deux cadeaux aux lobbys : les forêts de protection pourront voir tomber leurs arbres si on y découvre des gisements de gypse ou des traces archéologiques. Les carrières de gypse (ou « plâtrières ») dévastent le paysage. Côté archéologie, tout chantier de fouilles commence par un abattage des arbres suivi de l’arrivée des pelleteuses. « Après leur passage, il ne reste plus qu’à déclasser le terrain ravagé pour le rendre constructible », râle un défenseur des biches et des petits oiseaux.
Concession aux écolos : les anciennes forêts de protection, comme celle de Fontainebleau, demeurent toujours « sous protection ». Mais malheur à celles dont le classement est récent, tel le bois de Montmorency. Sous cette ravissante forêt se cache une immense carrière souterraine de 30 km2. Il suffira de faire la jonction entre les bulldozers du sous-sol et ceux de la surface.
Au-delà de ces deux cas (gypse et fouilles), le gouvernement vient, pour la première fois depuis 1922, d’utiliser l’arme absolue : le déclassement pur et simple d’une parcelle de forêt de protection. Ainsi, et en se passant de l’avis de Nicolas Hulot, Stéphane Travert a ouvert aux pelleteuses pas moins de 82 ha de la forêt de Saverne, en Alsace, pour faciliter l’agrandissement d’une usine de fabrication de matériels agricoles.
Bienvenue aux défonceurs de la nature.
:'(
Dans le Canard enchaîné du 29 novembre 2017.
La brusque fermeture de 18 comptes du Front national dans trois banques différentes, qualifiée par Marine Le Pen de « fatwa bancaire », ne traduit pas « un dysfonctionnement des banques (…) et ne laisse pas supposer de discriminations ». C’est ce qu’affirme la Banque de France dans un long communiqué (4 pages) publié le 28 novembre. Mais, alors, pourquoi cette vague de clôtures ? La Banque de France est « incapable » de l’expliquer, a assuré la présidente du FN sur RMC (28/11).
« Incapable » ? Marine Le Pen n’a sans doute pas pris la peine de lire avec l’attention qu’elle mérite la prose de la BdF. Sur le ton hypocfite propre aux banquiers, la Banque de France consacre une demi—page à une hypothèse, et une seule : une fermeture « liée (…) à la lutte anti-blanchiment ». Dans ce cas, explique la BdF, les banques sont « soumises à des obligations très strictes de confidentialité ». Même le client n’est pas informé du motif de la fermeture. Mais la Banque de France n’a « pas pris l’attache avec Tracfin, service compétent dans le domaine de la lutte contre le blanchiment ».
Dans le genre coup de pied de l’âne, c’est bien donné.
Mouiiiiii… La BdF évoque « la conformité aux dispositifs mis en place par les établissements pour gérer leur approche par les risques » dont le blanchiment fait partie. Mais il y a aussi les défaites électorales récentes qui peuvent laisser douter de la solvabilité du FN ou bien les prêts russes qui peuvent sentir le souffre… À suivre.
Dans le Canard enchaîné du 29 novembre 2017.
Ça dégraisse sévère, à l’Assemblée nationale. De mémoire de haut fonctionnaire, « il n’y a jamais eu autant de départs de collaborateurs parlementaires. Beaucoup d’embauches de juin ne se sont pas pérennisées. C’est une hécatombe ». Si, officiellement, les services du Palais-Bourbon n’avancent pas le moindre chiffre, arguant que « les recrutements se poursuivent encore », la moitié au moins des nouveaux députés auraient discrètement changé tout ou partie de leur équipe de collaborateurs. Comment ? En ne renouvelant pas des contrats à durée déterminée Entre eux, les visés parlent d’une « opération chasse d’eau ». Charmant…
Laëtitia Romeiro Dias (LRM, Essonne) a viré ses trois collaborateurs. Sur cinq recrues, Florian Bachelier, le premier questeur (LRM, Finistère), en a déjà écarté deux. Bruno Fuchs (MoDem, Haut-Rhin) a pris le pli : trois contrats non renouvelés. « Il n’y a rien d’illégal, se défend un parlementaire licencieur. C’est souvent du quitte ou double. C’est l’avantage des CDD. »
Sitôt leur élection acquise, les néodéputés ont souvent procédé à un recrutement rapide. « On a embauché des gens avec qui nous avions mené campagne, témoigne un député Marcheur. Je voulais les remercier en les embauchant. J’ai fait une erreur : ce sont des militants de grande qualité, mais, collaborateur parlementaire, c’est autre chose » Résultat : deux départs sur trois ; le survivant est demeuré sur la circo.
Service compris
Plus prévoyants, certains nouveaux élus ont embauché des collaborateurs de députés sortants et/ou battus, dans l’espoir de bénéficier de leur savoir-faire. « J’ai travaillé durant le quinquennat précédent au groupe socialiste, témoigne une ex-petite main. J’ai fait une offre de services a un député En marche ! Je lui ai ouvert toutes les portes, je lui ai appris le fonctionnement et les codes de cette maison, et il me vire. J’ai l’impression qu’il me jalouse. Il m’a dit : “Je te vire parce que c’est moi le député ! ” » Un autre « ancien » raconte : « C’est moi qui ai pris la décision de partir. Il m’a pris pour son larbin : il fallait que j’appelle sa femme, que je m’occupe de son abonnement de téléphone, etc. Lui ne s’intéresse qu’aux dîners et aux Quatre-Colonnes. En fait, il voulait changer le monde, et il s’est retrouvé à se battre pour une virgule dans un texte de loi. »
Forcément, ça crispe.
Dans le Canard enchaîné du 29 novembre 2017.
Selon le Canard enchaîné du 22 novembre 2017, le gouvernement veut se débarrasser, sur 4 ans, de 120 000 emplois publics (50 000 employé⋅e⋅s de l'État, 70 000 employé⋅e⋅s des collectivités territoriales). Il faudra également économiser 26 milliards d'euros (10 milliards pour l'État, 16 milliards pour les collectivités)…
De même, la Sécurité sociale devra économiser jusqu'à 10 milliards d'euros.
C'est trop génial, non ? Des services publics toujours plus rentables et toujours moins utiles socialement… Toujours moins de fonctionnaires, toujours plus de privé… Toujours moins d'État providence, toujours plus chacun⋅e pour sa gueule. C'est tellement triste et navrant. :'(
Les données concernant une journaliste « figuraient illégalement » dans les fichiers de la Direction du renseignement militaire (DRM), vient de révéler le Conseil d’Etat dans un arrêt du 8 novembre. La consœur, Camille Polloni, du site d’information Les Jours, s’était elle-même adressée aux juges. Mais il lui a fallu attendre six ans — et un changement de législation — pour que la procédure parvienne à son terme.
Les juges ont d’abord fait chou blanc dans les services réputés s’intéresser aux activités des journaleux, comme la DGSl et la DGSE (Sécurité intérieure et extérieure) ou la DRSD {l’ex-Sécurité militaire). En revanche, ils ont fait bonne pioche à la Direction du renseignement militaire.
Etrange, car, comme le claironne sa devise, « Renseigner nos armées pour préparer la victoire », le boulot de ce service rattaché au chef d’état-major des armées se résume à savoir si l’ennemi va attaquer par-devant ou par-derrière.
D’autres journalistes étaient-ils concernés ? Quels renseignements étaient stockés ? On ne le saura sans doute jamais. La loi Renseignement, votée en 2015, confie les minces possibilités de recours à une formation spécialisée du Conseil d’Etat qui ne peut dévoiler le contenu de ses trouvailles aux plaignants.
Camille Polloni vient de déposer une plainte auprès du procureur de la République de Paris pour — entre autres délits — « collecte et conservation illégale de données personnelles » et « atteinte à la vie privée et au secret des correspondances ».
Mais la justice ne trouvera pas grand-chose à se mettre sous la dent. Et pour cause : le Conseil d’Etat a lui-même ordonné la destruction du fichier litigieux.
Dans le Canard enchaîné du 22 novembre 2017.
« Nous sommes en marche, et en marche accélérée. Il faut mettre en œuvre la politique voulue parle président de la République ! » s’est exclamé — avec une docilité forçant le respect — Jean Bassères, le patron de Pôle emploi, lors du comité d’entreprise qui a suivi l’élection présidentielle. Cela commencera parla mise en application des vœux du Président sur la surveillance des chômeurs.
Ex-membre de la garde rapprochée du candidat Macron, Bassères vient d’annoncer, pour 2018, le passage de l’effectif des contrôleurs des demandeurs d’emploi à 2 000, contre 200 actuellement. Bassères vient aussi de nommer un directeur général adjoint discrètement militant : Paul Bazin de Jessey, ancien de la Manif pour tous et toujours militant de Sens commun, époux — par ailleurs — de la directrice adjointe du cabinet de Gérald Darmanin, le ministre des Comptes publics. L’argent ne devrait pas manquer pour contrôler les sans-emploi.
Dans le Canard enchaîné du 22 novembre 2017.
Le président Macron avait réuni le gratin, le 14 novembre au soir à l’Elysée, pour plancher sur un projet de loi d’exception. Sur le terrorisme ? Non, sur… l’Olympisme. Un projet répondant aux oukases du Comité international olympique (CIO) avant les Jeux de Paris 2024, qui privatisent rien de moins qu’une partie du droit français.
Premier oukase, l’article 2 de la loi vise à « étendre le champ des éléments relevant de la propriété olympique », et, parmi eux, les « termes “olympique”, “olympien” et “olympienne” ». Ces adjectifs, qui figurent pourtant dans le dictionnaire, seront à l’usage unique du CIO. Le Conseil d’Etat a fait la moue, mais le gouvernement a passé outre. On ne badine pas avec l’exploitation des produits dérivés.
Deuxième oukase : selon les articles 3 et 4 de la loi, le CIO pourra s’affranchir du Code de l’environnement. En affichant, par exemple, ses slogans sur les immeubles classés ou les monuments historiques comme la tour Eiffel ou le Grand Palais. La dérogation est consentie pour sept ans — le temps, pour le CIO, de se faire un peu d’argent.
Troisième oukase : le CIO enverra valser le Code de l’urbanisme pour les constructions temporaires de Paris 2024. Celles qui resteront, tels le village ou la piscine olympiques, verront, pour leur part, les procédures de consultation publique et d’expropriation facilitées.
Seule concession au droit français, les dirigeants du Comité d’organisation des Jeux olympiques (Cojo) devront adresser des déclarations de patrimoine à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Et la Cour des comptes contrôlera leur gestion. Tony Estanguet, futur président du Cojo, ainsi que son directeur général, à qui une note du budget promettait des salaires de 450 000 euros annuels (« Le Canard », 11/10), devront donc rendre des comptes. C’est très sport !
C'est à gerber… :'(
Le projet de loi « relatif à l'organisation des jeux Olympiques et Paralympiques 2024 » sera examiné au Parlement à partir du 6 décembre 2017.
Dans le Canard enchaîné du 22 novembre 2017.
Moderne, aussi, et furieusement dans le vent de l’Histoire, cette trouvaille de la justice française : « Pour éviter un procès, écrit “Le Monde” (16/11), HSBC paie 300 millions d’euros. Accusée de blanchiment de fraude fiscale, la filiale suisse du géant britannique a signé un accord avec le parquet national financier. Cette trasaction à l’américaine est une première en France. »
Truauds et fraudeurs savent ce qu’il leur reste à faire.
Ho, la première convention judiciaire d'intérêt public. Ces transactions pénales nouvelle version, qui sont possibles uniquement en matière de corruption et de fraude fiscale ont été instaurées par la loi Sapin 2. J'en avais parlé. Moins d'un an entre l'ajout au corpsus législatif et la première utilisation, ça n'a pas traîné !
Dans le Canard enchaîné du 22 novembre 2017.
Vous n'avez sûrement jamais entendu parler du TB du lait. Pourtant, le « taux butyreux », comme on l'appelle, a fort a voir avec la pénurie de beurre sur laquelle les médias tartinent depuis des semaines. Le TB, c'est la quantité de matières grasses contenue dans le lait. En France, depuis que nos ingénieurs agronomes le mesurent, il n'a jamais été aussi faible : 39,3 grammes par litre soit 1,6 gramme de moins qu’il y a vingt ans. Vu que nos vaches produisent 23,8 milions de tonnes de lait par an, cela lait, a la louche, 38 000 tonnes de matières grasses laitières qui manquent chaque année. Pas de bol : c’est justement avec elles que l'on fabrique du beurre. Ah, la vache !
Durant des lustres, l'industrie laitière a encouragé les éleveurs à produire toujours plus. La sélection génétique et conçu de véritables usines sur pattes, capables de fournir plus de 9 tonnes de lait par an. Sauf que, plus une vache donne, plus ce qui sort du pis est appauvri en matières grasses et en protéines. Quand on est tombé à moins de 30 grammes de protéines par litre, les fromagers, qui n'arrivaient plus a faire leurs frometons, ont demandé à l'institut national de la recherche agronomique (lnra) de trouver dare-dare une solution. D'autant que la protéine de lait exportée sous forme de fromage ou de poudre dégraissée fait du bien a la balance commerciale. Raison pour laquelle, plus le lait est protéiné, plus il est payé cher a l'éleveur.
Les éleveurs ont donc été incités à gaver les pauvres bêtes d’aliments hyperprotéinés, comme le tourteau de soja ou, trouvaille de génie, les farines de viande… jusqu'à ce que les vaches cannibales deviennent folles. Le taux de gras, lui, a continué de fondre comme motte de beurre au soleil, l'lnra conseillant même de verser dans les rations des acides gras polyinsaturés pour bloquer la synthèse de la matière grasse dans la mamelle. Les nutritionnistes baratinaient alors qu'il fallait remplacer le beurre par la margarine pour sauver nos artères.
Depuis, non seulement le beurre a été réhabilité, mais il est désormais estampillé « bon pour la santé ». Les Américains et les Asiatiques, du coup, se sont rués dessus, faisant flamber les prix. Ajoutez-y nos laiteries qui préfèrent fourguer leur beurre à l'étranger car les grandes surfaces refusent de le payer au cours mondial.
A moins que l'lnra nous bricole une vache qui fabrique directement du beurre, ça risque d'aller de mal en pis !
Dans le Canard enchaîné du 15 novembre 2017.
Gérald Darmanin vient de donner le top départ : le prélèvement à la source entrera en vigueur le ler janvier 2019. Moderne, rapide, indolore… c’est ainsi que le gouvernement de François Hollande avait vendu la réforme consistant à imposer les contribuables sur leurs revenus en cours, et non sur ceux de l’année précédente. Un progrès pour les chômeurs et les retraités, sans doute. En revanche, bonjour la corvée pour les entreprises, censées collecter l’impôt à la place du fisc !
Avant d’inscrire cette réforme dans le projet de loi de finances rectificatif, présenté au Conseil des ministres du 15 novembre, Gérald Darmanin a tenu à rassurer les entreprises qui devront s’équiper et se former au maniement de nouveaux logiciels de paie. Dans un rapport rendu le 10 octobre, l’Inspection générale des finances estimait le coût de l’opération entre 310 et 420 millions d’euros au démarrage, puis entre 60 et 70 millions d’euros annuels (formation, maintenance) en période de croisière. Sur la base d’autres études, la sénatrice LR Elisabeth Lamure, présidente de la délégation aux entreprises du Sénat, juge ces hypothèses « extrêmement optimistes » (« Les Echos », 30/10) et évoque, pour sa part, le chiffre de 1,2 milliard d’euros. A quelle source se fier ?
Autre sujet d’inquiétude pour les boîtes : les erreurs ! En cas de mauvaises déclarations, les employeurs, pris entre le marteau fisc et l’enclume salariés, risquent de lourdes amendes. Magnanime, Gérald Darmanin a annoncé une réduction des sanctions de moitié : 250 euros la « défaillance déclarative ». C’est quasiment soldé !
Taxe à la carte
Enfin, l’administration fiscale prendra à sa charge les coûts d’information des contribuables. Bel effort. Mais cela ne rendra pas le choix du taux d’imposition moins complexe. Après examen de la déclaration d’impôt, au printemps 2018, le fisc déterminera le taux d’imposition de chaque assujetti et l’adressera à son employeur. Le salarié soucieux de préserver sa vie privée pourra exiger l’application d’un taux « personnalisé », empêchant la direction de son entreprise de connaître la rémunération de son conjoint. Des fois que cela dissuade son patron de l’augmenter…
En ce qui concerne les revenus exceptionnels (patrimoine, héritage, droits d’auteur, etc.), le fisc puisera lui-même l’impôt correspondant. Deux collecteurs au lieu d’un seul : quelle simplification !
Bercy avait pourtant une solution beaucoup plus simpie dans ses tiroirs : taxer directement les contribuables par prélèvement mensuel. Mais, ainsi que l’inspection l’admet dans son rapport, l’administration fiscale n’a pas les capacités techniques de collecter ces sommes en moins de deux ou trois mois ! Or Bercy souhaite, grâce à cette révision, remplir ses caisses fissa. C’est même une idée fisc !
Dans le Canard enchaîné du 15 novembre 2017.
Ya plus de respect ! Dans la soirée du 24 octobre, à la veille d’un vote (finalement reporté) sur le glyphosate, de dangereux activistes se sont attaqués à la façade du Parlement européen et de la Commission de Bruxelles. Des écolos désespérés ? Pas vraiment. Armés d’un puissant matériel vidéo, des lobbyistes y ont projeté des images géantes en faveur du pesticide : « Glyphosate is safe » (« sans danger »), clamait l’une. Une autre affichait des chiffres impressionnants : « 3 300 études » parleraient en faveur du glyphosate, « une seule » serait contre ! Une énorme intox : des centaines d’études mettent en évidence la dangerosité de l’herbicide…
L’action était menée par le plus gros lobby européen des pesticides, l’European Crop Protection Association (ECPA), qui a filmé son œuvre et balancé la vidéo sur YouTube et Twitter. Le genre d’opération commando qui aurait valu à Greenpeace un débarquement policier immédiat. Mais nos lobbyistes n’ont pas été inquiétés. Après le Parlement et la Commission, ce soir-là, ils ont projeté la même propagande sur la façade du Conseil de l’Union européenne. Une virée en toute impunité.
Deux eurodéputés, le Français Eric Andrieu (PS) et le Belge Marc Tarabella (socialiste), s’en sont émus dans un courrier adressé, le 6 novembre, au président du Parlement, Antonio Tajani : « La façade du Parlement n’est pas un paillasson ! (...) Quelles sont les sanctions que prévoit le Parlement européen vis-à-vis de cette organisation ? »
Vandales peinards
Deux jours plus tard, en conférence des présidents, la réunion des chefs de groupes politiques, le président Tajani a promis « une réaction appropriée »… dès que les services du Parlement auront identifié l'« auteur de cette action ». Défense de rire ! L’« auteur », en effet, est très difficile à trouver : l’ECPA a pris soin de signer sa vidéo, avant de la poster sur son compte Twitter ! Michal Kicinski, l’un des lobbyistes en chef de l’ECPA, s’y met d’ailleurs tranquillement en scène.
Trois semaines après ce squat mural, la Commission européenne, elle, n’a toujours pas porté plainte. « Nous étudions toutes les options », explique-t-elle, sibylline, au « Canard ». Les lobbyistes doivent claquer des dents…
Dans le Canard enchaîné du 15 novembre 2017.
Pressions de la hiérarchie, logiciel de rédaction des procédures détourné… Des poulets dénoncent un bidouiIlage généralisé des chiffres de la délinquance. Ils en ont ras les plumes !
Encore un règlement de comptes, ce week-end, à Marseille. Bilan : un mort de plus, soit neuf depuis le début de l’année. D’après les statistiques du ministère de l’Intérieur, pourtant, la sécurité dans la ville ne cesse de s’améliorer. En prenant ses fonctions cet été, le nouveau préfet de police a bien pris soin de le rappeler : « La délinquance est en baisse continue depuis 2012. » Et de chiffrer la diminution à « 60 % pour les vols avec violences, 20 % pour les atteintes aux personnes ». Un vrai triomphe !
De quoi inciter Macron à revenir passer ses vacances d’été dans le coin et à rassurer les organisateurs des JO de 2024, qui ont choisi Marseille pour accueillir les épreuves de voile. Mais voilà qu’une trentaine de poulets dela Direction départementale de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône — réunis au sein d’un collectif informel — dénoncent une drôle de bouillabaisse dans les statistiques de la délinquance. La Bonne Mère aurait-elle fait trop de miracles ?
Infractions rebaptisées
« Le Canard » a rencontré une dizaine de gardiens de la paix qui, tous, racontent avoir subi des pressions de leurs chefs pour maquiller les chiffres. « Histoire de diminuer les atteintes aux personnes, on te demande, par exemple, quand la victime n’est pas blessée, de requalifier les vols à l’arraché en “vols simples”, déplore l’un d’eux. Si tu ne cèdes pas, c’est l’enfer, tu te fais sacquer pour ta notation, on te refuse tout ce que tu demandes et on te sucre ta prime au mérite. »
Les PV « arrangés », sur lesquels « Le Canard » a mis le bec, sont édifiants. Telle victime dont la serrure de l’appartement a été forcée avec un pied-de-biche retrouvé près de la porte repart avec une plainte pour « dégradation ou détérioration volontaire du bien d’autrui causant un dommage léger ». En lieu et place d’une « tentative de cambriolage », qui aurait inutilement alourdi les statistiques…
Et, quand la troupe rechigne à minorer les délits, la hiérarchie repasse derrière. Le logiciel de rédaction des procédures de la police nationale (LRPPN), dans lequel les flics enregistrent leurs procès-verbaux, possède en effet une « chatière » qui permet de requalifier, après coup, la gravité de l’infraction. Un comble quand on sait que le LRPPN, qui abreuve la Place Beauvau de statistiques**, a notamment été conçu pour empêcher la triche.
Plus ahurissant encore : ce sont parfois les « cellules contrôle qualité », mises en place pour corriger les erreurs de saisie au niveau des commissariats, qui travaillent à embellir les courbes de la délinquance ! « C’est très grave, s’offusque l’un des policiers marseillais qui ont accepté de parler. Cela s’apparente à un faux en écriture puisque l’on modifie [ainsi] l’intitulé de l’infraction qui figure sur la plainte de la victime. » Sur plusieurs documents consultés, des vols de téléphones, entre autres, deviennent, un ou deux jours plus tard, des « infractions non constituées », qui ne figureront jamais dans les stats des flics. Que fait la police ?
Même tambouille pour les affaires non résolues, qui, au bout de trois mois, finissent tamponnées de la mention poétique « vaines recherches ». Une manip d’autant plus revigorante pour le taux d’élucidation qu’elle concernerait, de l’aveu de nos flics, plus de la moitié des plaintes enregistrées dans les commissariats des Bouches-du-Rhône ! « Toutes les “vaines recherches” finissent pêle-mêle dans de grands sacs plastique stockés au palais de justice, où aucun magistrat n’ira fourrer son nez. » Au parquet, certains juges s’étonnent des différences entre leurs propres statistiques et celles des policiers. Ils sont bien suspicieux…
Le pastis déborde
Mais la goutte d’eau qui a fait deborder le verre de pastis de tant de poulets marseillais, c’est le sort connu par l’un des leurs : pour avoir refusé de tremper ses plumes dans la magouille, ce dernier a été harcelé par ses chefs. La police des polices a recueilli des témoignages accablants confirmant l’ampleur de la triche. Sept mois plus tard, les « bœuf-carottes » semblent s’être endormis sur le dossier.
Pour les réveiller, le syndicat CGT de la police s’est fendu d’un tract portant cet avertissement : « Collègue, attention, si on te demande de changer des qualifications d’infractions pour que ta hiérarchie ait de bonnes statistiques, tu risques une condamnation de 225 000 euros et 10 ans de prison. » Ni une ni deux, le patron de la sécurité publique départementale a déclenché, pour se couvrir, une enquête interne sur les tricheries. Manque de bol, le commandant chargé de l’audit s’est fait pincer par ses collègues, il y a quatre ans, alors qu’il bricolait la « main courante informatisée » pour gonfler le taux de présence de ses troupes sur la voie publique… Voilà un expert en sta— tistiques tout désigné !
Dans le Canard enchaîné du 15 novembre 2017.
Un document du Pentagone remis récemment au Congrès a évalué le coût des opérations militaires extérieures menées par les Etats-Unis depuis 2001, en Afghanistan, en Irak, en Syrie, etc. A savoir : 6 000 milliards de dollars. Pour permettre à chacun d’apprécier le côté extravagant de ces dépenses pour des guerres sans gloire et à fonds perdus, 6 000 milliards de dollars représentent 200 fois les actuels PIB (produit intérieur brut) cumulés du Mali, du Niger et du Tchad. Les pauvres n’ont jamais de chance…
Dans le Canard enchaîné du 15 novembre 2017.
Mardi 7 novembre, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a lancé un pavé dans la mare numérique. Sur LCI, elle a annoncé qu’elle travaillait à « renforcer notre arsenal législatif » pour convaincre les Google, Apple, Facebook, Amazon et compagnie — les « Gafa », dans le jargon du milieu — de retirer de leurs réseaux les messages racistes, antisémites et autres appels au meurtre. En droit français, ces Gafa ne sont considérés que comme des hébergeurs. Ils ne peuvent donc être poursuivis qu’au terme de procédures d’une complexité décourageante. Une situation d’autant plus absurde que les journaux, eux, sont pénalement responsables de la moindre ligne publiée.
En privé, des collaborateurs de la garde des Sceaux confient qu’elle souhaite s’inspirer de la législation allemande. Adoptée cet été par le Bundestag, la loi y oblige les plateformes à supprimer, en moins d’une journée, les messages haineux. Et, au cas où l’hébergeur aurait oublié de cliquer, l’amende pourrait atteindre… 50 millions d’euros. Le seul langage compréhensible par les géants du numérique !
50 millions d'euros pour des sociétés qui en gagnent des milliards et qui savent qu'aucun⋅e juge ne leur prendra 50 millions par message (sinon ça serait de l'acharnement judiciaire qui serait annulé par les plus hautes Cours)… Brassage de vent.
Face à cette offensive, Google a mobilisé son lobbyiste de choc, l’ancien haut fonctionnaire Benoît Loutrel, qui a longtemps présidé l’Arcep, l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes. Il a aussitôt commencé le siège de plusieurs membres de cabinets ministériels, et il multiplie les déjeuners en ville. Ainsi, le 9 novembre, il s’est tapé la cloche en compagnie du conseiller numérique du ministère de la Culture, Pierre-Emmanuel Lecerf.
A tous, les dirigeants français des entreprises américaines récitent la même leçon : « Ce n’est pas au moment où la France parie sur le numérique qu’il lui faut adopter une législation trop contraignante. Nos investissements en dépendent aussi. »
Les investissements, peut- être, mais pas leurs impôts ! Les Gafa échappent, comme on le sait, grâce à des montages sophistiqués, à la rapacité du fisc hexagonal.
Le Canard soutient une pente glissante. Faut-il sanctionner les intermédiaires techniques (hébergeur, fournisseur de réseaux informatiques, fournisseur d'accès à Internet) ou la personne qui a tenu les propos litigieux (et ses complices) ? Je rappelle qu'en presse papier, les intermédiaires, c'est l'imprimerie, le distributeur et les points de vente. Faut-il sanctionner tout cela pour un propos tenu dans un quelconque canard ? C'est pour cela que la distinction entre intermédiaire technique numérique et éditeur fut posée en droit français en 2004.
Ce qu'il faut faire, c'est faire admettre aux GAFAM qu'elles sont des éditeurs de contenus et qu'elles abusent du statut légal d'hébergeur. Facebook s'accorde le droit de censure privée pour virer des photos de seins ou des photos historiques, donc Facebook est un éditeur, car il choisit le contenu qui est diffusé. Facebook et Twitter s'accordent le droit de sélectionner (par le biais d'un programme informatique, mais c'est sans importance) les contenus qui seront visibles par les un⋅e⋅s et les autres, donc Facebook et Twitter sont des éditeurs en droit français. Si elles sont des éditrices, alors elles respectent l'intégralité de la loi qui leur est applicable, pas juste ce qui leur plaît.
La question est donc : comment mettre en œuvre cette requalification ? Aucun⋅e juge ne requalifiera une de ces sociétés en éditeur, car, vu le nombre de contenus litigieux présents en ligne, ça serait une sanction disproportionnée donc injuste. La France pourrait s'équiper d'une loi qui requalifierait de force après une période tampon. La nationalité de ces sociétés poserait alors question puisque leur droit local aménage différemment la liberté d'expression… Quelle vision de ce qu’est la liberté d’expression doit l’emporter ? Si l'on ne tombe pas d'accord, faut-il que chaque Fournisseur d'accès à Internet français filtre ce que les citoyen⋅ne⋅s français⋅e⋅s consultent et écrivent ? Comme les contenus sont disponibles au même endroit (Facebook, Twitter, etc.), il faudrait du filtrage (par URL) hautement liberticide (le FAI, une société privée, saurait qui a lu tel contenu très précis à tel moment…) afin de les différencier et d'en interdire l'accès…
La loi allemande évoquée ci-dessus met la pression sur tous les hébegeurs, pas juste sur les GAFAM. Elle met donc à risque la profession d'hébergeur en elle-même, ce qui conduira inexorablement vers une plus grande concentration des acteurs : seuls les gros acteurs sont à même de salarier des censeur⋅euses à plein temps et d'encaisser les éventuelles sanctions… Des gros acteurs qui pourront se permettre de ne pas prendre en compte les desiderata de tel ou tel État. Perdu ?
Dans le Canard enchaîné du 15 novembre 2017.
Désormais, grâce à la loi de finances 2018, en buvant un verre d’eau, nous allons financer ce noble sport qu’est la chasse. Selon l’article 54, en effet, les six agences de l’eau chargées du réseau hydrique français (Seine-Normandie, Rhône-Méditerranée, Rhin—Meuse, Artois-Picardie, Loire-Bretagne et Adour-Garonne) vont devoir donner entre 30 et 37 millions à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage. Autant que le ministère de l’Environnement n’aura pas à débourser…
Le Canard "oublie" d'exposer que le même article de la même loi dispose que 240 à 260 millions d'euros seront fléchés vers l'agence de la biodiversité. ;) Mais la répartition entre les deux sera,, à terme,, du resort des ministres de l'écologie et du budget…
Ces agences sont intégralement financées par une redevance prélevée sur la facture d’eau de l’usager (0,35 euro le mètre cube en 2016 sur le bassin Rhin-Meuse), ainsi que par des taxes de dépollution payées par les industriels et les agriculteurs. « Avec cet argent, nous devons réduire la pollution dans les rivières, construire et faire tourner des stations d'épuration, remplacer les canalisations fuyantes, anticiper le changement climatique… Quel rapport avec la chasse ? » s’énerve François Sauvadet, président de l’agence Seine-Normandie.
Il a sans doute oublié que les chasseurs affirment être de meilleurs protecteurs de la nature que les écolos !
La loi de finances 2018 est toujours en discussion au Parlement français donc ça peut évoluer.
Dans le Canard enchaîné du 8 novembre 2017.
En 1887, lors du « scandale des décorations », organisé par Daniel Wilson, gendre du président de la République Jules Grévy, les tarifs allaient « de 5 000 francs pour le Mérite agricole à 50 000 ou 100 0OO francs pour une Légion d'honneur », rappelie « Le Parisien » (5/11). L'enquête « établira 20 000 transactions » en six ans. De là, cette boutade qui courait Paris : « Avant, on était décoré content. Aujourd’hui, on n'est décoré que comptant »
Avec la réforme que concocte l'Elysée, on pourra payer par carte de crédit ?
Dans le Canard enchaîné du 8 novembre 2017.
Vu d’un comptoir de bistro, le démantèlement d’une centrale nucléaire, c’est tout ce qu’il y a de plus simple. On démolit, on nettoie, on sème du gazon, et basta. Mais, concrètement, c’est autre chose. C’est un invraisemblable foutoir. Il faut d’abord mettre le réacteur à l’arrêt définitif. Ça ne se fait pas comme on arrête une automobile. Les barres d’uranium (le combustible) continuent de cracher furieusement leur radioactivité. Pendant cent mille ans, et plus.
Faut commencer par les laisser refroidir deux ans dans une piscine juste à côté du réacteur. Vidanger tous les circuits (pleins d’eau radioactive). Décontaminer tous les autres bâtiments. Les détruire. Puis s’attaquer au bâtiment réacteur, celui qui contient les cuves, une fois qu’il a perdu un peu de sa radioactivité. Le casser… Expédier les déchets dans différents centres de stockage. Tout cela avec des risques d’accidents du travail très élevés : il faut découper, démonter, transporter des milliers de tonnes de métaux et de béton un peu, beaucoup, beaucoup trop radioactifs. Tout cela nécessitant des équipes très spécialisées. Tout cela pouvant prendre jusqu’à trente ans…
Les deux tiers des 58 réacteurs français arrivent aujourd’hui en fin de vie. Autant d’énormes chantiers qui devraient bientôt démarrer. Financièrement, un vrai gouffre. EDF prétend avoir provisionné des fonds suffisants (il faudra, d’après ses calculs, 75 milliards), mais on sait que sous-évaluer les coûts est une tradition sacrée, chez l’électricien, actuellement endetté jusqu’au cou…
Comment sortir de ce guêpier ? Des dizaines de physiciens, militants, experts ont débattu de ce sujet (et de bien d’autres) lors du 3e Forum social mondial antinucléaire, qui s’est tenu la semaine dernière à Paris. « Pourquoi ne pas renoncer au démantèlement ? » s’est demandé Dominique Malvaud, de Stop nucléaire Drôme-Ardèche. Non seulement lancer sur les routes françaises de nombreux convois débordant de déchets radioactifs ne lui paraît pas ce qu’il y a de plus rassurant, mais « tous ces chantiers vont offrir à des multinationales comme Bouygues ou Vinci un très juteux marché. Pendant un siècle, elles vont se payer sur nous ! ».
Et de proposer de sanctuariser les centrales : on ôte les combustibles, qu’on envoie à la Hague (comme cela se fait aujourd’hui), on surveille et on entretient le reste. « Oui, mais de nombreux réacteurs sont dans des zones inondables, rétorque le physicien nucléaire Bernard Laponche. Compliqué de les y laisser en l’état. » Alors, mettre certains bâtiments sous sarcophage ? « Eux aussi seront fabriqués par Bouygues ! » Et ils finiront par s’effriter, fuir, s’écrouler — aucun béton n’est éternel…
Démanteler ou sanctuariser ? Faire des centrales nucléaires d’immenses poubelles définitives ou les raser pour en éparpiller partout les déchets ? Voilà un nouveau casse-tête, un de plus, que nous offre l’industrie nucléaire, et qui risque de nous occuper jusqu’à la fin du siècle. Et dire qu’EDF rêve de prolonger ce petit jeu en construisant 40 nouveaux EPR !
Dans le Canard enchaîné du 8 novembre 2017.
Un puissant vent d’éthique souffle sur les laboratoires pharmaceutiques. L’idée a germé au sein de MedTech, une organisation européenne rassemblant des fabricants de matériels médicaux : dans un « code de bonne conduite », ces industriels ont entrepris de moraliser les conférences au soleil… Et ça décoiffe. A partir du 1er janvier, ils n’inviteront plus aucun toubib à des congrès. Du moins, pas directement ! Car — c’est l’astuce — les labos rémunéreront des organismes « tiers », lesquels inviteront les médecins à leur place. Beaucoup plus malin, quand il s’agira de contourner d’assommantes obligations de transparence…
Pour son prochain congrès, prévu en mars, la Société francophone du diabète (SFD) — une société savante rassemblant des pontes de la discipline - jouera ainsi les gentils intermédiaires. Les laboratoires Roche et Abbott, qui fabriquent, entre autres, des lecteurs de glycémie, n’inviteront plus directement les médecins. Signataires du fameux code de bonne conduite, ces deux labos paieront la SFD, qui, en retour, invitera les toubibs. « Le but est qu’il n’y ait plus de contact direct entre le laboratoire et le médecin invité, explique benoîtement au “Canard” le Pr Pierre Fontaine, chef de service au CHRU de Lille et président de la SFD. Cela crée une plus grande distance. » Et une plus grande opacité…
En France, le montant des cadeaux aux toubibs, tels que les invitations aux congrès, est rendu public sur une base de données en ligne. Indispensable pour pister les conflits d’intérêts. Avec un financement indirect, le nom du labo bienfaiteur disparaîtra comme par enchantement. « Si quelqu’un a la curiosité de faire la recherche par médecins, à terme, c’est effectivement le nom de la société savante qui apparaîtra », reconnaît le Pr Fontaine, qui pronostique la « généralisation de ce mode de financement ».
Un « code d’éthique » qui brouille la transparence ? La pilule va être un peu dure à avaler…
La loi de transparence qui crée la fameuse base de données (transparence.sante.gouv.fr) et oblige la publication des contrats entre medecins et labos n'est jamais vraiment entrée en application faute de décret (voir : http://shaarli.guiguishow.info/?wsOkDQ , http://shaarli.guiguishow.info/?3PkwNA et http://shaarli.guiguishow.info/?W3xolQ ) qu'elle est déjà contournée… Manifique…
Dans le Canard enchainé du 8 novembre 2017.