Enfin un syndicaliste payé à sa juste valeur ! Patrick Del Grande, le président de la minuscule fédération CFTC du bâtiment et des travaux publics, y émarge au discret salaire mensuel brut de… 17 000 euros. Sa numéro 2, Caroline Tykoczinsky, gagne à peine moins. Leurs salariés, eux, se plaignent d’être payés « une misère ».
Même la Sécu s’est offusquée. Comme la plupart des organismes sociaux, elle rembourse en enffet aux employeurs les heures que les représentants syndicaux passent à siéger et à travailler au sein des instances. Or le président et son adjointe collectionnent les mandats. Ils ont l’un et l’autre présidé la caisse primaire d’assurance-maladie (CPAM) de Meurthe-et-Moselle, dont ils sont toujours conseillers.
Del Grande vient aussi d’être réélu à la tête de la caisse des allocs et siège à l’Urssaf ou encore à la caisse de retraite de la branche, la Carsat… « Leur rémunération exorbitante est largement financée avec cet argent public », résume Jérôme Karsenti, l’avocat de la CPAM. Selon lui, Caroline Tykoczinsky a « exagéré les déclarations [d’heures passées à siéger dans tous ces machins] pour gonfler les rem boursements » versés par la Sécu à la CFTC.
Mais que fait la justice ? Une enquête est ouverte au parquet de Nancy depuis 2007, et Del Grande a été mis en examen, en 2012, pour une histoire de salaire surévalué à la CFTC et à Pôle emploi. Les deux intéressés n’ont pas répondu à nos questions. Dommage : la mafiingale aurait pu tenter d’autres syndicalistes. Quant à la direction nationale de la confédération chrétienne, elle reste muette. Les calottes
sont coites.
Dans le Canard enchaîné du 11 avril 2018.
Panique à bord ! Alors que les élections européennes arrivent à grands pas (mai 2019), Macron n’a toujours pas réussi à se faire des amis pour constituer un groupe et exister au Parlement européen. Sans groupe, hélas, pas d’argent, pas de postes clés (présidents de commission, coordonnateurs, rapporteurs, etc.) et aucune chance de peser sur les positions et les nominations de la Commission…
Macron a d’abord rêvé d’une romance avec Merkel. Mais le parti de la Chancelière, la CDU, n’a aucune envie de quitter le PPE (Parti populaire européen), qui rassemble en Europe les mouvements de sa sensibilité. Scheisse ! Et En marche ! ne peut pas non plus rallier le PPE, qui abrite tous les partis conservateurs, parmi lesquels le Fidesz de Viktor Orban…
Erasmus, à l’aide !
Le rêve allemand évanoui, Macron et ses émissaires se sont tournés vers l’Espagne dans l’espoir de monter une alliance avec Ciudadanos. Un parti jeune, progressiste et libéral : c’était parfait. Mais l’Elysée a mis un certain temps à comprendre que, pour son chef, le jeune et fringant Albert Rivera, les élections enropéennes n’étaient pas une priorité. Les rencontres n’ont débouché sur rien de concret. No pasarân, Manuel !
Et l’Italie ? Le PD transalpin (Partito democratico, centre gauche) s’est montré réceptif. Problème : les Macron boys ont pris langue au même moment avec le Mouvement cinq étoiles de Beppe Grillo. Révélés par le journal italien « Il Foglio », les contacts entre les deux formations ont douché le PD, dont un dirigeant a fustigé l’« amateurisme » de l’Elysée. Les contacts pris avec les partisans de Beppe Grillo ont semé la zizanie jusque dans le camp Macron, Europe En Marche pendant un communiqué de fin de non-recevoir très vif, retiré par LRM. Ciao ragazzi !
SOS amitié
La logique aurait voulu que l’Elysée contacte le groupe libéral européen (Alde), sorte d’auberge espagnole où cohabitent des centristes de gauche et de droite de tous pays, plus quelques eurosceptiques (FDP allemand). Mais Macron n’a pas souhaité rencontrer son chef, le Flamand et ancien Premier ministre Guy Verhofstadt. « Il n’est pas assez docile, [le Président] s’en méfie », raconte un eurodéputé français.
Après cette histoire belge, Dany Cohn-Bendit a convaincu Macron de tenter un rapprochement avec les Verts européens, moyennant l’appui de quelques Grünen allemands. Mais l’initiative de (Cohn-Bendit a eu très peu d’écho. L’Elysée a laissé entendre que Pascal Canfin, ancien ministre (EELV), pourrait se rallier. Furax, l’intéressé a fait savoir qu’il n’avait jamais été approché !
Macron mise sur son grand discours au Parlement européen, le 17 avril, pour susciter l’envie. Il comptait faire une allocution jupitérienne et tourner les talons. Seulement, le président du Parlement européen, Antonio Tajani, lui a rappelé qu’il était dans les usages de débattre avec les élus. « Une chose est sûre, prévient l’eurodéputé Vert Pascal Durand : si Macron persiste dans son attitude bonapartiste, ça ne marchera pas en Europe. »
Ça peut même finir à Waterloo.
Dans le Canard enchaîné du 11 avril 2018.
Deux petits articles glissés dans l’accord signé en 2017 entre les caisses de retraite complémentaire — l’Agirc (cadres) et l’Arrco (salariés) — sont passés inaperçus. Ils risquent pourtant de devenir très populaires auprès de quelque 300 000 salariés candidats, chaque année, à la retraite. Et pour cause : ils font reculer d’un an l’âge légal de la retraite à taux plein. Après le psychodrame de la hausse de la CSG sur les pensions, le succès est assuré !
Aux termes de ces articles, les futurs retraités qui, à partir de 2019, auront 62 ans — âge légal de départ — verront leur pension complémentaire amputée de 10 % pendant trois ans. Même s’ils ont cotisé le nombre de trimestres nécessaire ! Seule façon d’échapper à cette punition : travailler une année de plus.
L’entourioupe a commencé en novembre 2017, lorsque les partenaires sociaux gérant l’Agirc et l’Arrco ont conclu un accord pour sortir du déficit. A cet effet, les articles 98 et 99 — noyés parmi 155 autres — créent un explosif « coefficient de solidarité », siphonnant un dixième des pensions complémentaires Agirc-Arrco à partir de l’an prochain.
En 2020 le même sort sera réservé à la génération 1958 — arrivant à l’âge de 62 ans —, en 2021 à celle de 1959, etc. Le régime Agirc-Arrco va ainsi permettre d’économiser 180 millions d’euros par an.
Chômeurs très abattus
Le représentant du Medef ne cache d’ailleurs pas son but : « inciter les assurés à partir à la retraite plus tard que l’âge légal », a-t-il déclaré aux « Echos » (29/3), Des syndicats ont également signé l’accord, mais pas FO ni la CGT.
Les mécontents qui ne veulent pas voir leur pension baisser devront donc travailler une année de plus. Quand ils feront jouer leurs droits, leur pension complémentaire sera à taux plein. L’accord prévoit aussi que les candidats retraités bossant deux années de plus gagneront, à l’issue de ces deux ans, un bonus de 10 % sur leur retraite — voire 20 % pour trois ans de plus. Sauf que ces bonus ne seront accordés que pendant un an !
Quant aux chômeurs, ils n’auront pas le choix : ceux qui auront acquis les trimestres nécessaires pour partir à taux plein seront priés de liquider leur retraite illico avec, donc, un abattement de 10 % sur leur pension complémentaire.
Il leur suffira de retrouver du travail pour pouvoir cotiser une année de plus !
Dans le Canard enchaîné du 11 avril 2018.
Proportionnelle, nombre de parlementaires, cumul… La cuisine du chef Macron tourne à la tambouille politicienne.
Les ordinateurs de l’Intérieur sont formels : l’introduction d’une part de proportionnelle pour les législatives — fixée à 15 % par Emmanuel Macron et couplée à une baisse de 80 % du nombre de parlementaires — ne devrait pratiquement rien changer. Appliquée au résultat des élections de juin 2017, cette dose de proportionnelle n’écornerait que très légèrement la majorité de 58 % des sièges remportée par les seuls candidats LRM. Le parti présidentiel se retrouverait avec environ 205 sièges sur un total de 404.
« Dans ce cas, nous restons majoritaires sans avoir besoin du MoDem et de François Bayrou, et c’est ça le plus important », confesse au « Canard » une huile gouvernementale.
Allez savoir pourquoi, Bayrou » qui revendiquait 25 % de députés à la proportionnelle — n’apprécie guère la plaisanterie… (lire p. 2).
Fiefs a l’encan
L’élection de 61 députés à la proportionnelle va permettre aux petits partis de grappiller quand même quelques s1èges. Mais ils devraient en reperdre à peu près autant avec les 343 places qui seront at— tribuées au scrutin majoritaire. Et pour cause : plus les circonscriptions seront étendues, plus les fiefs électoraux des petits partis se retrouveront dilués dans des territoires dominés par les grands partis.
Par exemple, les Hauts-de-Seine comptent aujourd’hui 13 « circos » (dix LEM, deux LR et une PCF). Demain, avec un département réduit à seulement 7 ou 8 circonscriptions, ce sont les communistes qui devraient passer à la trappe. Même constat dans l’Allier ou les Bouches-du-Rhône.
Au FN, Louis Aliot, le compagnon de Marine Le Pen, et ses alliés Emmanuelle Ménard et Gilbert Collard pourraient être rayés de la carte électorale. Une partie des sièges détenus par La France insoumise risquent également de connaître le même sort.
De quoi, sûrement, faire sangloter l’Elysée…
La ficelle du chef
Pour réduire encore les effets de l’introduction de la proportionnelle, le gouvernement pense avoir trouvé une astuce d’une kolossale finesse.
Au lieu de voter deux fois, — une fois pour la proportionnelle et une fois pour le scrutin majoritaire —, l’électeur ne mettrait qu’un seul bulletin dans l’urne, et son vote serait crédité en même temps pour le candidat choisi et pour la liste nationale que celui-ci soutient. L’Elysée et Matignon espèrent ainsi éviter un éventuel effet « défouloir » de ce nouveau mode de scrutin qui conduirait des électeurs à voter LRM au scrutin majoritaire et pour un autre parti au scrutin de liste.
A part ça, comme disait Macron le 5 juillet a la tribune du Congrès, à Versailles, la mise en place d’« une dose de proportionnelle » va permettre à « toutes les sensibilités [d’être] justement représentées » au Parlement…
Le casse-tête des ciseaux
Selon tous les experts consultés, le passage a 343 circonscriptions départementales — soumises au scrutin majoritaire — semble relever de la mission quasi impossible. Du moins sans piétiner les règles d’équité établies par le Conseil constitutionnel.
Par exemple, ledit Conseil a décidé, en 2009, que l’écart maximal de population entre deux « circos » d’un même département ne devait pas dépasser 20 %. Mais, avec seulement 343 députés élus au mode majoritaire, cet écart augmenterait mécaniquement, pour atteindre de 39 à 41 % dans certains départements, à en croire les calculs des conseillers de Gérard Larcher.
Des calculs aussi innocents et désintéressés que ceux de Macron.
Lozère de rien
Encore plus ennuyeux : si la norme d’au moins un député par département annoncée par le Premier ministre devait être respectée, les 76 000 habitants de Lozère pèseraient aussi lourd à l’Assemblée que les 290 000 personnes résidant dans l’Orne. Et ce n’est qu’un exemple…
Dans le système à 577 députés, l’élu de la circonscription la plus peuplée (la 6e de Seine-Maritime) représentait 2,4 fois plus d’électeurs que son collègue de la moins peuplée (la 2° des Hautes-Alpes). Demain, avec la réforme, cet écart pourrait atteindre un facteur 4 !
Pour échapper à ce piège, le gouvernement aimerait s’affranchir, dans certains cas, des limites départementales et créer de nouvelles circonscriptions à l’échelle des régions. Mais il faudrait qu’il obtienne que le Conseil constitutionnel accepte de revoir sa jurisprudence. En raison de l’« ampleur de la réforme envisagée », explique aujourd’hui un conseiller de Matignon.
Comme si c’était le genre des conseillers, d’accepter de manger leur chapeau…
A se taper le cumul par terre
Autre réforme, mais cette fois symbolique, de Macron : la limitation du cumul dans le temps des mandats électoraux, qui ne pourront pas excéder le nombre de trois. « Symbolique » est bien le mot.
Et d’un : cette disposition ne concernera qu’une infime minorité d’élus. Aujourd’hui, elle ne toucherait, par exemple, que 12 sénateurs. Et tous les maires et les patrons de collectivités de moins de 9 000 habitants en seraient exonérés, soit 95 % d’entre eux. Et de deux : le compteur repartira de zéro en cas d’interruption du mandat durant un laps de temps qui devrait être fixé à un an.
Il suffira donc à un élu de troquer pour un moment son fauteuil de maire contre celui de président de la métropole ou de la communauté urbaine concernée pour en ressortir vierge de tout cumul. Les parlementaires nommés au gouvernement se verront reconnaître la même virginité à la fin de leurs fonctions ministérielles.
Dernière entourloupe : le décompte devrait commencer par un coup d’éponge général. Sauf revirement de dernière seconde du gouvernement, le premier mandat pris en compte sera celui obtenu à l’issue des prochaines élections. Un maire élu pour la première fois en 2001 pourrait, si les électeurs le veulent, rempiler pour trois mandats de plus à partir de 2020 et rester en place jusqu’en… 2038.
Soit trente-sept ans de mandat sans interruption !
Merci, Macron !
Ce qui m'apparaît important, c'est de refuser la réduction du nombre de parlementaires surtout au motif de faire des économies. Moins de député⋅e⋅s, c'est moins de représentation. Une même personne ne peut pas représenter plus de 70 000 personnes, c'est impossible. Alors cette personne représentera son parti et votera tout ce qu'il lui demande de voter. Il est impossible de se sentir concerné par les problèmes et préoccupations, tous différents, de 70 000 personnes. Il est impossible d'éprouver de l'empathie pour une masse, informe, de 70 000 personnes. Il est impossible d'être à l'écoute, par téléphone, courrier, mail ou présentiel, de 70 000 personnes, ça ne loge pas dans un agenda, même en travaillant 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Il est impossible d'être proche de 70 000 personnes, de les connaître, de savoir ce qu'elles font (et je ne parle pas uniquement du travail), de savoir de quelle (absence de) régulation auraient besoin ces personnes dans leurs activités, etc. À 70 000 personnes, on ne travaille plus à une échelle humaine, mais à une échelle industrielle avec des statistiques, des suppositions, des profils démographiques, etc., bref, des outils qui permettent de traiter de la masse : "ma circo est environ composée de tels types de personnes, il faudrait donc faire ça et ci". C'est aussi cette abstraction, mais pas que, qui donne l'impression que nos politicien⋅ne⋅s sont hors du réel. C'est cette abstraction qui donne aussi, en partie, du pouvoir aux lobby qui eux, sont palpables, existent physiquement devant l'élu⋅e. Mais ces représentant⋅e⋅s pourraient être complétés par des citoyen⋅ne⋅s bien vivant⋅e⋅s eux⋅elles aussi et ça permettrait de créer du lien entre élu⋅e⋅s et citoyen⋅ne⋅s. En tout cas, je le pense.
Il est grand temps de proclamer que l'important, c'est chaque citoyen⋅ne, individuellement, et de se donner les moyens de les écouter. C'est une piste pour améliorer notre démocratie représentative en attentant possiblement mieux (démocratie directe, démocratie liquide, etc.).
Dans le Canard enchaîné du 11 avril 2018.
Il y a au moins deux raisons pour lesquelles le gouvernement ne veut pas s'engager publiquement en faveur d'une reprise de la dette de la SNCF - 46 milliards, en hausse de 3 milliards chaque année.
La première tient au traité de Maastricht. « Si nous annonçons la reprise de la dette, la Commission européenne nous l'imputera immédiatement », explique un ministre.
La seconde est stratégique : le gouvernement veut attendre la fin des négociations avant de dévoiler la totalité de son jeu.
« Il faut que chacun y mette du sien », a ainsi avoué Elisabeth Borne dans une interview à "Sud Ouest Dimanche" (8/4). Avant d'annoncer une reprise de la dette, nous devons nous assurer que celle-ci ne va pas se reconstituer. Les français ne comprendraient pas que l'on annonce dans dix ans une nouvelle dette de la SNCF. Nous voulons donc nous assurer que la SNCF ne s'endettera plus. »
Une solution est envisagée en haut lieu, inspirée de ce qui fut réalisé pour le Crédit lyonnais : créer, à côté de la SNCF, une « structure de défaisance » de la dette. Elle serait en partie abondée par une taxe sur les billets de train !
Une taxe de plus, voilà une idée qu'elle est bonne pour que les usagers du rail se mettent à leur tour en grève, au moins de billets !
La troisième raison est politique : démontrer que le public c'est nul, ce n'est pas efficace, ça s'endette de partout, donc on arrête les gamineries de gauchos et on laisse le privé gérer tout ça et tout ira beaucoup mieux pour tout le monde (usagers, salariés, tout le monde on vous dit).
Dans le Canard enchaîné du 11 avril 2018.
« La main de l’État ne tremblera pas », déclarait Sébastien Lecornu, secrétaire d’État à la transition écologique, le 20 mars, lors de sa rencontre avec la délégation issue du mouvement anti-aéroport.
Ouais, Valls disait pareil. C'est curieux de retrouver cette petite phrase ici, dans un contexte politique où les autorités rapprochent de plus en plus la contestation politique du terrorisme afin de lui appliquer les mêmes mesures en dehors de l'état de droit.
Relayé par divers élus, des représentants de l’État et des éditorialistes, un discours binaire s’est mis en place : sur les 1 650 hectares de la ZAD, il y aurait d’un côté les occupants impliqués dans un projet agricole, prêts à se régulariser, et, de l’autre, des militants présentés comme « anarchistes », « d’extrême gauche » ou « altermondialistes », rejetant tout cadre légal.
[…]
L’assemblée des usages, une instance collective des « usager·e·s » de la ZAD, a fait parvenir à la préfecture une proposition de convention provisoire collective. Ils acceptent de signer avec l’État une forme précaire de bail régularisant leurs activités mais pas sur une base individuelle, ni exclusivement pour des projets agricoles.
Je ne comprends pas pourquoi ce devrait être des terres agricoles, surtout après les études qui expliquent qu'il ne faut pas construire l'aéroport, car ça écraserait tout un bocage avec une faune et une flore riches… Si on suit la logique, on pourrait s'attendre à ne pas voir pousser des champs qui ravagent le coin et normalisent le paysage avec une monoculture…
Ils ont créé en février une association loi 1901 « pour un avenir commun dans le bocage », habilitée à signer ces documents, et sollicité un rendez-vous auprès de la MSA, la mutuelle agricole indispensable pour obtenir le statut officiel d’agriculteur. « C’est ce cadre collectif qui peut assurer le maintien d’une vision du territoire soucieuse des communs, du soin au vivant, d’une vision paysanne et de la place nécessaire aux expérimentations sociales », écrivent-ils dans un communiqué. Cela correspond aussi à leur vision agro-écologique de la culture des terres, selon un principe de rotation des parcelles qui évite leur morcellement. L’État, lui, voudrait des conventions d’occupation précaire individuelle. Mais « nous ne pouvons envisager un tri sélectif de la richesse et de la diversité des projets actuels », contestent ces habitant·e·s.
[…]
Dans le cadre légal, un paysan doit passer devant une commission agricole, la CDOA, pour obtenir l’autorisation officielle d’exercer son activité. Si son projet est jugé économiquement viable, il peut légalement s’installer et toucher des aides. Pour Mickaël, ce cadre est contraignant : « Tu as des objectifs chiffrés à atteindre, alors que les projets collectifs sont toujours mouvants. » Surtout, il s’inquiète d’y perdre sa flamme militante. « C’est vite fait d’être pris dans un cadre uniquement professionnel. Tu n’as plus le temps d’aller aux réunions, tu as une livraison à faire, tu dois t’occuper de tes enfants. Ça arrive très vite. Je ne voudrais pas faire que ça. »
Maraîchage, culture de plantes médicinales, production et transformation laitière : la plupart des activités paysannes sur la ZAD ne peuvent être régularisées en l’état, car pour s’affilier à la MSA, il faut déclarer des parcelles. Or, personne ne sait encore ce qu’elles vont devenir. L’État annonce vouloir les vendre mais qui va les acheter ? En exigeant des habitant·e·s de la ZAD qu’ils ou elles se régularisent, l’État leur demande un acte aujourd’hui impossible à concrétiser. […]
[…]
[…] On n’est pas là pour faire la guerre à l’État. C’est pour changer les croyances. Le capitalisme a tout défoncé. Partout dans le monde, on voit les mêmes voitures, les mêmes bâtiments. C’est hyperoppressant. On peut pas faire le même schéma pour tout le monde » À quelques mètres de sa tourelle, il a creusé un puits dans l’argile, avec ses mains, pour s’approvisionner en eau et profiter de cette grotte fraîche en été. « C’est un endroit magique. C’est génial pour y jouer de la musique, au frais, à l’intérieur de la terre. » Une merveille de poésie décrite comme une potentielle cache d’armes et un départ de souterrains secrets dans une note de police publiée dans le Journal du dimanche en décembre. Son constructeur n’en revient toujours pas.
[…] D’ailleurs, ce mot de « friches », il le conteste : « C’est anthropocentré et formulé dans le but de répondre à nos besoins. »
C'est vrai que les grands esprits se rencontrent. Le 26 mars, Vincent Bolloré traînait France 2 devant le tribunal de commerce de Paris, pour un reportage trop regardant sur son commerce africain. Deux jours plus tard, Macron faisait porter par une escouade de députés LRM sa belle proposition de loi sur le secret des affaires à l’Assemblée, adoptée en procédure accélérée par 46 voix contre 20.
Le lien entre les deux ? Le même fond de sauce : le business est une chose trop précieuse pour que quiconque de l’extérieur vienne y fourrer son nez. Et la même logique : les journalistes, ce sont comme des concurrents. Il convient donc de ne plus se contenter de poursuivre ces curieux devant le juge pénal (ou civil) de la diffamation, mais de les amener petit à petit à se soumettre à la seule justice qui vaille, la justice commerciale ! A l’heure de l’entrepreneuriat triomphant, la question n’est plus de savoir si ce que ces scribouillards écrivent est exact, mais si leur prose porte atteinte aux affaires et à leur confidentialité !
Lorsque Bolloré réclame, sans rire, 50 millions d’euros à France 2 devant le tribunal de commerce, ce grand libéral se dit que ces juges non professionnels, et plus sensibles au business, vont mieux prendre la mesure de son préjudice. L’enquête de la Deux relève de la loi sur la presse de 1881, mais le milliardaire la contourne et vient pleurnicher, pour « dénigrement » de son boulot d’entrepreneur, le Code de commerce à la main. Grâce à une manoeuvre similaire, Conforama a obtenu, il y a deux mois, la condamnation de « Challenges », coupable d’avoir osé dévoiler ses déboires financiers. Et la proposition de loi Secret des affaires vient tout simplement finir le travail.
Tribunal d’un commerce agréable
Ce texte réjouissant est en route pour le Sénat. Très faux derche, il ouvre la porte à toutes les fenêtres. Il dit à la fois que « l’obtention du secret des affaires est illicite lorsqu’elle intervient sans le consentement de son détenteur légitime » (la bonne blague) et s’il viole les mesures prises pour « en conserver le caractère secret », mais aussi que cette protection tombe s’il s’agit « d’exercer le droit à la liberté d’expression et de communication, y compris le respect de la liberté de la presse ». Bon courage aux magistrats pour trancher ce cruel dilemme. Faites vos jeux, la course à la jurisprudence est déjà ouverte !
A l’audience Bolloré contre France 2, il y a dix jours, le débat a précisément porté sur la compétence des Codes et des tribunaux. Les avocats de la chaîne publique ont exigé que le tribunal de commerce soit dessaisi au profit du tribunal de grande instance, tandis que ceux de Bolloré réclamaient de régler son compte à France 2, là, sur-le-champ.
Ironie de l’histoire, comme l’a révélé « Télérama » (28/3) : en 2014, la société de production Upside, une filiale d’Havas, du groupe Bolloré, avait été attaquée par une boîte d’e-commerce, Groupon, pour un reportage diffusé sur… France 2. Où ? Devant le tribunal de commerce. Et qu’avaient fait les avocats d’Havas ? Ils avaient plaidé l’incompétence de ce tribunal, répété que l’affaire relevait du droit de la presse…, et ils avaient gagné !
Dire que Bolloré avait bien gardé ce secret.
Dans le Canard enchaîné du 4 avril 2018.
Jean-Claude Mailly, qui avait annoncé son retrait de la vie syndicale dès qu’il aurait abandonné son fauteuil de secrétaire général de FO, ne tiendra pas longtemps parole. Car il vient de s’autodésigner représentant de Force ouvrière au Comité économique et social européen (Cese), à Bruxelles.
Même la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, qui s'est engagée à le coacher dans sa nouvelle carrière, a été estomaquée par la rapidité de la manœuvre. Mailly, qui cédera sa place lors du congrès de FO, du 23 au 27 avril, aurait en effet dû attendre que le poste se libère, au début de l’été. Puis que son successeur, Pascal Pavageau, le nomme.
La prochaine étape devrait être sa candidature au perchoir du Cese, qui réunit des représentants des syndicats et des patrons de l’ensemble de l’Union européenne. Pour y parvenir, il pourra compter sur le soutien de Macron et de sa ministre du Travail.
Le syndicalisme indépendant mène à tout.
Dans le Canard enchaîné du 4 avril 2018.
Le 3 avril, à l’heure où bouclait « Le Canard », les négociations sur la réforme constitutionnelle et institutionnelle se poursuivaient encore entre l’Elysée et le président du Sénat, Gérard Larcher. Malgré la persistance de points de friction. un accord semblait probable. Au moins sous la forme d’ une cote mal taillée qu‘il sera toujours temps d’ajuster entre l’annonce des projets gouvernementaux — prévue ce mercredi — et le débat parlementaire du mois de juin.
La majorité sénatoriale envisageait une concession de taille sur l’instauration de la proportionnelle à l’Assemblée. Opposée d’abord à tout dépassement du seuil de 10 %, elle paraissait prête à accepter la barre de 20 % voulue désormais par Macron — au lieu des 25 % exigés au départ par François Bayrou. Environ 80 députés seraient élus de cette manière, le Château étant d’accord pour ne réduire que d‘un quart le nombre de parlementaires, au lieu du tiers prévu.
Autre sac de lest lâché par l’Elysée : les maires des communes de moins de 5 000 habitants échapperaient à la limitation du cumul des mandats dans le temps (pas plus de trois). De plus, les compteurs seraient remis à zéro après les prochaines élections. En clair : même élu depuis plus de vingt ans, un maire, un député ou un sénateur pourrait encore se représenter trois fois…
Conclusion provisoire : la perspective d’un référendum constitutionnel. à l’issue toujours incertaine, s’éloigne. Au grand soulagement du Château…
Que c'est beau, l'intérêt du peuple défendu par de braves chevaliers… :( Concours de taille de zboub entre politiciens, ouais… :( Le débat démocratique se résume à du racket "je suis Larcher, je peux te nuire, donc négocions". Lamentable… Qu'est-ce que tu veux faire avec ça… … …
Dans le Canard enchaîné du 4 avril 2018.
Depuis son entrée en vigueur provisoire en septembre 2017, la capitulation de la France (oui, je sais, Paris bricole un "veto climatique" qui n'est pas prévu dans le texte, donc dont l'application dépendra de la volonté des acteurs en présence d'où je nomme ça « capitulation ») et la saisie de la CJUE par la Belgique au sujet des tribunaux arbitraux, je me demandais où en est le CETA, cet accord de libre échange entre l'UE et le Canada.
Entrevue avec deux exégètes amateurs. Les questions sont de plus en plus mal formulées et mal enchaînées par Thinkerview, mais les pistes de réflexion apportées par Benjamin Bayart et Alexis Fitzjean O Cobhthaigh sont très très intéressantes. J'en recommande vivement le visionnage. Ci-dessus, je tente de résumer les pistes de réflexion que j'estime être pertinentes.
Droit à une expression politique et à une contestation politique en cours d'érosion ?
On utilise l'état d'urgence pour emmerder les écolos pendant la COP21. En revanche, quand ils viennent jouer à la ba-balle, pendant la coupe d'Europe je crois, là, non, autorisation de manifester, de se rassembler, de faire la fête au stade, etc. Donc, en fait, pour la contestation politique, on utilise l'état d'urgence et l'antiterrorisme, et pour les rassemblements sportifs, ça c'est plus important donc on l'autorise pendant l'état d'urgence. C'est important. Ça dit des choses sur l'état de la société. C'est-à-dire que le droit à une expression politique et à la contestation politique n'est plus reconnu. […] Quand tu supprimes cette chaîne de contestation politique, quand il n'y a plus de négociation possible, c'est-à-dire qu'on peut manifester, ça ne change rien, les manifestations peuvent être pacifiques ou violentes, ça ne change rien, ça veut dire que la décision du pouvoir politique n'est plus négociable, donc qu'il n'y a plus de politique.
Rétention des données de connexion.
C’est aussi le cas avec l’arrêt, plus récent, Tele2 Sverige du 21 décembre 2016[33] qui a précisé, dans un sens restrictif, la jurisprudence résultant de l’arrêt Digital Rights Ireland de 2014 invalidant la directive de 2006 sur la conservation des données au motif que la possibilité donnée aux États membres d’imposer aux opérateurs de communications de conserver l’ensemble des données de connexion des utilisateurs pour une durée maximale comprise entre six mois et deux ans méconnaissait le droit au respect de la vie privée des personnes et le droit à la protection des données personnelles[34]. Cette décision pouvait faire l’objet de deux interprétations : une interprétation souple selon laquelle la collecte et la conservation indifférenciées de données sont possibles à condition d’être justifiées par des objectifs sérieux et d’être assorties de garanties suffisantes ; une interprétation stricte conduisant à écarter toute forme de collecte et de conservation indifférenciée des données, y compris pour des motifs d’intérêt général. Dans son étude annuelle 2014[35], puis en formation juridictionnelle[36], le Conseil d’État avait pris position en faveur de la première interprétation. Par son arrêt Tele2 Sverige,la Cour de justice n’a pas retenu cette analyse et elle a considérablement réduit la marge d’appréciation des États en ce qui concerne la possibilité d’ordonner la conservation des données de connexion, y compris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme ou la criminalité organisée.
Fonctionnement de nos institutions.
Privacy Shield et positionnement de la France.
Neutralité du net.
Facebook / Cambridge Analytica.
Comment savoir si un service te trahira un jour ?
Esprit critique et manipulations.
À partir de la version 2.0 d'Enigmail, extension pour le logiciel Thunderbird qui permet de chiffrer / signer ses mails afin d'en assurer la confidentialité, l'authenticité et l'intégrité, les icônes dans la fenêtre de rédaction d'un mail, celles qui permettaient de voir en un clin d'œil si un mail allait être chiffré et/ou signé et de changer ce comportement, disparaissent…
Il est possible de les retrouver, en version amoindrie, en cliquant droit sur la barre de menus, puis « Personnaliser ». On glisse les icônes « Chiffrer le message », « Signer le message », « Joindre ma clé publique » et « Infos de chiffrement Enigmail » sur la « barre d'outils courrier ». Puis on « Termine » nos modifications.
ÉDIT DU 07/04/2018 À 12H35 : avant, j'avais écris qu'il faut créer une nouvelle barre d'outils et y ajouter les icônes Enigmail. Or, cela n'est pas permanent pour une raison qui m'échappe. En effet, à la prochaine ouverture de la fenêtre de rédaction d'un mail, la barre d'outils nouvellement crée est toujours présente, mais elle ne contient plus aucune icône… Bug relevé sur Thunderbird 52.7.0 packagé dans Debian Stretch. Bref, il vaut mieux ajouter les icônes Enigmail à la barre d'outils courrier…FIN DE L'ÉDIT.
Je déplore ce choix… J'ai une petite pensée pour les débutant⋅e⋅s qui vont se demander WTF et se dire "rooooh, ce que j'ai appris lors d'un café vie privée / crypto party, ça ne fonctionne plus, pffff c'est nul, vas-y, je laisse tomber leur délire, là !"… … … Pourquoi, même dans le monde du logiciel libre, on se sent obliger de changer l'aspect visuel et le comportement de nos interfaces graphiques tous les 2 ans ?! Ça m'énerve, mais ça m'énerve !
Docu-fiction relatant la vie de Karl Marx dans les années 1843 à 1848, de la censure du journal dont il était devenu rédac'-chef jusqu'à la publication du Manifeste du parti communiste avec Engels. Forcément, ce film relate partiellement la vie de contemporains de Marx : l'ami Engels, l'anarchiste Proudhon qui inspira Marx sur la propriété, le militant socialo-idéaliste Weitling, etc. On entrevoit également Bakounine.
Ce film montre le génie de deux hommes qui ont fait avancer la pensée, mais aussi leur recherche (soif ?) du pouvoir intellectuel assouvie en "écrasant" les théories concurrentes (la charge contre Proudhon, et surtout celle contre Weitling et son idéalisme et sa non-théorisation de la lutte à venir, sont virulentes).
Je retiens quelques points :
Néanmoins, en faisant quelques recherches, j'ai l'impression que ce film s'octroie quelques libertés scénaristiques, notamment sur les apports de Mary Burns à la pensée de son mari Engels, sur le démantèlement du journal Rheinische Zeitung, sur la rencontre entre Marx et Proudhon, et sur la prétendue causalité entre le Manifeste et la révolution de 1848.
Hahahaha. :'D
‒ That cluster was known to the ancients as the five sisters.
‒ The red one is a supergiant, and will probably explode within the next million years.
‒ Wow!
There are too many status LEDs in my room.
That one is a variable star which pulses every 30 seconds. Its name comes from a Greek word meaning "smoke alarm."
Bon, il existe déjà des centaines de tutoriels sur ce sujet, donc je vais faire vite.
Soit une machine virtuelle qui IOwait à mort puis qui remonte automatiquement / en lecture seule. Il est impossible de le remonter en écriture avec les commandes usuelles. Je décide de reboot la machine virtuelle proprement depuis le système d'exploitation. Le shell distant m'est retiré, des démons sont arrêtés, mais ça reste bloqué à ce stade, pendant plus de 10 minutes. Je force un reboot côté hyperviseur. Au reboot, je tombe dans l'initramfs puisque le système de fichiers de la racine est en vrac… Je lance un fsck -y, je reboot… Reboot OK. Quelque temps après, j'essaye d'installer un logiciel et…
# apt-get install ncdu
Lecture des listes de paquets... Erreur !
E: Splitting of file /var/lib/apt/lists/security.debian.org_dists_stretch_updates_InRelease failed as it doesn't contain all expected parts 0 1 0
E: Les listes de paquets ou le fichier « status » ne peuvent être analysés ou lus.
Si je lance un apt-get update, j'obtiens l'erreur suivante :
Impossible d'ouvrir le fichier /var/lib/apt/lists/partial/security.debian.org_dists_stretch_updates_main_binary-amd64_Packages.xz - open (13: Permission non accordée) [IP : 2a04:4e42:1d::204 80]
Solution :
# rm -f /var/lib/apt/lists/* /var/lib/apt/lists/partial/*
Retentons :
# apt-get update
[…]
Lecture des listes de paquets... Erreur !
E: Problem parsing dependency 47
E: Erreur apparue lors du traitement de mount (NewVersion2)
E: Problem with MergeList /var/lib/dpkg/status
E: Les listes de paquets ou le fichier « status » ne peuvent être analysés ou lus.
De même, dpkg ne semble pas être en forme :
dpkg --get-selections
dpkg: erreur: analyse du fichier '/var/lib/dpkg/status' vers la ligne 6135 paquet 'mount' :
champ « Pre-Depends », référence à « libc6 » : version contenant « »
En effet, si l'on ouvre /var/lib/dpkg/status avec un éditeur de texte, on constate qu'il est corrompu : y'a du n'importe quoi en plein milieu du fichier, après le paquet « mount ». La fin du fichier est également tronqué (il se termine en plein milieu d'une description d'un paquet).
Le fichier /var/lib/dpkg/status-old permet de gérer ce genre de cas… Sauf qu'il est corrompu lui aussi (il commence en plein milieu d'une description d'un paquet). Pas aux mêmes endroits, mais corrompu tout de même. Les deux fichiers ne permettent pas d'avoir une vue d'ensemble correcte des paquets installés…
On peut tenter de reconstruire le fichier status avec un script, à partir des infos contenues dans /var/lib/dpkg/info, mais je n'ai aucune idée de la fiabilité et de la viabilité de cette méthode.
J'ai une sauvegarde du fichier status en date du 10 décembre 2017. Je décide de l'utiliser. Mais, si je tente d'installer un paquet, je reçois des milliers de lignes de la forme :
Use of uninitialized value $value in substitution (s///) at /usr/share/perl5/Debconf/Format/822.pm line 65, <__ANONIO__> line 1.
Use of uninitialized value $item in hash element at /usr/share/perl5/Debconf/DbDriver/File.pm line 85, <__ANONIO__> chunk 10.
Use of uninitialized value $value in substitution (s///) at /usr/share/perl5/Debconf/Format/822.pm line 65, <__ANONIO__> line 589.
Use of uninitialized value $value in substitution (s///) at /usr/share/perl5/Debconf/Format/822.pm line 65, <__ANONIO__> line 18841.
Use of uninitialized value $value in substitution (s///) at /usr/share/perl5/Debconf/Format/822.pm line 65, <__ANONIO__> line 18842.
Use of uninitialized value $value in substitution (s///) at /usr/share/perl5/Debconf/Format/822.pm line 65, <__ANONIO__> line 18843.
Use of uninitialized value $value in substitution (s///) at /usr/share/perl5/Debconf/Format/822.pm line 65, <__ANONIO__> line 18844.
Je dispose d'une sauvegarde complète de cette machine en date du 10 décembre 2017. Je pourrais tout restaurer d'un coup pour en finir… D'autant que rien a changé sur la machine depuis cette date… Mais d'un côté, c'est "amusant" d'essayer de s'en sortir. D'autant que cette machine sert environ à rien, donc ce n'est pas grave si elle devient instable dans quelques mois à cause de ma tentative de réparation…
Je décide de mettre à jour les paquets, afin que la version indiquée dans le fichier status corresponde à ce qui est réellement installé. Ben, oui, la version mineure de Stretch, 9.4, est sortie entre ma sauvegarde du fichier status et aujourd'hui.
# apt-get upgrade
# apt-get dist-upgrade
Évidemment, je ne me focalise pas sur la palanquée d'erreurs qui est affichée et je refuse toutes les demandes de remplacement de fichiers de conf'.
Maintenant, je vais m'occuper des erreurs suivantes :
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « libapache2-mod-php5 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php-auth » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « softhsm » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « mysql-client-5.5 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-mysql » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « libsofthsm » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « libclamav7 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-pspell » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « softhsm-common » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-json » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-readline » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-intl » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « libiperf0 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « mysql-server-core-5.5 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-mcrypt » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « libperl5.20 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « apache2-mpm-prefork » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-imap » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-cli » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-gd » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « linux-image-3.16.0-4-amd64 » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-common » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
dpkg: avertissement: le fichier contenant la liste des fichiers du paquet « php5-sqlite » étant manquant, il est considéré qu'aucun fichier du paquet n'est actuellement installé
Nous pouvons déjà faire semblant de désinstaller les paquets qui n'existent plus dans Stretch (il est possible que certains paquets aient déjà été supprimés lors de l'upgrade/dist-upgrade précédent, auquel cas il faut les retirer de la liste au compte-gouttes) :
# apt-get remove libapache2-mod-php5 php5-mysql php5-pspell php5-json php5 php5-cli php5-readline php5-intl php5-mcrypt php5-imap php5-gd php5-common php5-sqlite libsofthsm linux-image-3.16.0-4-amd64 apache2-mpm-prefork php-auth mysql-client-5.5 mysql-server-core-5.5
Continuons avec les logiciels que je n'utilise plus dans cette version :
# apt-get remove softhsm softhsm-common
Terminons en réinstallant les paquets encore utilisés, mais qui sont en erreur :
# apt-get install --reinstall libclamav7 libiperf0
Attaquons-nous maintenant aux avertissements suivants (extrait) :
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/uucp/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/games/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/mail/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/www-data/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/list/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/proxy/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/gnats/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/news/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/bin/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/sys/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/backup/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/daemon/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/nobody/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/irc/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/man/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
debconf: Attention : corruption possible de la base de données. Tentative de réparation en rajoutant la question manquante base-passwd/system/user/lp/shell/_bin_sh/_usr_sbin_nologin.
Pour réparer, utilisons la commande suivante :
# /usr/share/debconf/fix_db.pl
Et voilà, nous avons enfin terminé ! \o/
Après la mise à jour de mon Tiny Tiny RSS (agrégateur de flux RSS), le script de mise à jour des flux RSS (« update_daemon2.php ») que j'exécute avec systemd crachait ceci dans les logs :
Apr 1 18:58:20 hostname update_daemon2.php[827]: PHP Fatal error: Uncaught PDOException: There is no active transaction in /var/www/ttrss/classes/rssutils.php:1177
Apr 1 18:58:20 hostname update_daemon2.php[827]: Stack trace:
Apr 1 18:58:20 hostname update_daemon2.php[827]: #0 /var/www/ttrss/classes/rssutils.php(1177): PDO->commit()
Apr 1 18:58:20 hostname update_daemon2.php[827]: #1 /var/www/ttrss/classes/rssutils.php(190): RSSUtils::update_rss_feed('85', true, false)
Apr 1 18:58:20 hostname update_daemon2.php[827]: #2 /var/www/ttrss/update.php(199): RSSUtils::update_daemon_common(50)
Apr 1 18:58:20 hostname update_daemon2.php[827]: #3 {main}
Au début, seuls deux flus RSS étaient concernés. Puis, progressivement, tous les flux ont été concernés…
On peut supposer qu'il y a une requête SQL mal formée dans le lot de requêtes qui forme la transaction SQL qui est validée à la ligne 1177 de rssutils.
La meilleure façon d'avoir de la visibilité sur cela est de se connecter à l'interface web de ttrss avec un compte disposant des droits d'administration et d'aller dans le menu « Actions » -> « Configuration » -> « Système » et de constater une erreur SQL qui se produit juste avant un commit SQL. Il est vain de modifier les fichiers index.php et update_daemon2.php pour y ajouter « error_reporting(-1); » en espérant voir l'erreur apparaître dans les logs du serveur web, car ttrss stocke les erreurs dans sa base de données…
Dans mon cas, cette manipulation a mis en évidence l'erreur suivante : Unknown column 'width' in 'field list'. Probablement une colonne qui a été ajoutée lors d'une mise à jour… Pour savoir laquelle, il suffit de chercher dans les fichiers du dossier « schema/versions/mysql » (ou pgsql) : grep -Ri width .. Il s'agit de 126.sql.
Il suffit de rejouer ce fichier sans la requête « update ttrss_version set schema_version = 126; » et c'est gagné.
On peut jouer les autres fichiers SQL afin de s'assurer que la base de données de Tiny Tiny RSS soit OK : mysql -u <user> -p <nom_bdd_ttrss> < 127.sql. Si une modif' a déjà été effectuée, alors la transaction SQL échouera et la base de données ne sera pas écrasée.
Très beau texte de François Ruffin, à lire en intégralité.
« Vous parlez des Whirlpool, des Goodyear, des Parisot, des Abélia, mais pourquoi vous ne parlez pas de nous ? »
C’est Claude et Patrice, des quinquas, au téléphone, qui nous ont reproché ça. Alors, on a pris rendez-vous avec eux : qu’est-ce qu’ils voulaient nous raconter ?
« On était chauffeurs chez Mory-Ducros, de 1980, tous les deux, jusqu’à la fermeture, en 2014. Ils ont supprimé l’agence d’Amiens, elle se trouvait à la Zone, y avait quand même 75 personnes qui desservaient le département. En France, on était 5000.
— Ils ont tout liquidé d’un coup ?
— Non, ils ont commencé par la moitié, en 2014. Mais ils ont prévenu : ‘‘Si vous manifestez, si vous faites grève, on licencie les 5000.’’ En plus que monsieur Montebourg, celui-là on le retient, il nous a servi la même leçon, de ‘‘sagesse’’, de ‘‘responsabilité’’, qu’il ne fallait pas nuire au reste de l’entreprise. C’est pour ça qu’il n’y a pas eu de mouvement important. Le mot d’ordre, c’était : ‘‘Restez chez vous !’’
— Mais ça n’a pas sauvé la boîte ?
— Non. L’année d’après, ils balançaient tout.
La deuxième moitié. Tout ça, c’était un truc de l’actionnaire, Arcole.[…]
— En revanche, excusez-moi, mais c’est normal qu’on ne parle pas de vous, vous ne pouvez pas nous le reprocher : si les salariés eux-mêmes ne se bougent pas, c’est pas nous qui allons le faire à votre place ! »
Claude et Patrice opinaient.
« Y a pas eu un jour de grève ?
— Non.
— Un feu de palette ?
— Non. ‘‘Faut pas, faut pas…’’, nous disaient même nos délégués. On nous a jetés, même pour l’honneur on n’a pas réagi…
— C’est comme si vous aviez consenti à votre propre meurtre ?
— Voilà.
— Comme si vous en étiez les complices… Mais maintenant, vous accepteriez qu’on tourne une petite vidéo ?
— Ça serait compliqué…
— Ou de grimper sur une estrade pour raconter ça ?
— C’est difficile, on a retrouvé un employeur, en CDD…[…]
J’en ai marre.
Je rencontre une dame qui travaille au RSI, le truc des artisans, qui me livre des documents et tout, mais qui ne veut pas témoigner parce que ceci cela. Idem dans une chaîne de supermarchés, faut pas livrer le nom de l’enseigne, ni des caissières. Idem pour un gars, dans une usine que vous ne saurez pas laquelle. Idem, encore, au Secours populaire, la double peine de la misère, la misère et la honte de la misère. C’est tout un monde souterrain qui ne veut pas, qui n’ose pas se dire, motus et bouche cousue, c’est toute une France invisible et qui se rend invisible.
Règne de la peur, peur du chômage, de la sanction, peur aussi du regard des autres, la peur et les mille lâchetés qu’elle entraîne.[…]
Toujours, à l’Assemblée, montant au micro, je tremble.
Ma voix chevrote.
À cause de quoi ?
Une illégitimité, encore, toujours, à être là, « petit » face aux « grands », pas à ma place.
Comme si j’avançais sur une corde raide, aussi, entre le formidable et le ridicule, sans filet, avec la peur de chuter, et d’être aussitôt piétiné.
La politesse, également, qu’on m’a enseignée, une docilité, la violence qu’il faut se faire, à soi, à son éducation, pour casser leurs codes de bonne conduite, non je n’attendrai pas mon tour, non je ne vous livrerai pas à l’avance ma question, non je n’emploierai pas à mon tour votre langue molle et creuse, anesthésiante.[…]
C’est une idée qui me traverse, je vais mal l’énoncer, avec des à-peu-près : on se sent d’une classe inférieure, d’une caste, presque d’une race inférieure.
Quand on regarde Emmanuel Macron à la télé, au hasard, mais ça pourrait être François Fillon pareil, ou Bernard Arnault, quand on les écoute, dans leurs phrases, dans leurs corps, dans leurs intonations, dans leur gestuelle, on lit ça : que le pouvoir leur est naturel, que la domination leur est acquise, une autorité qui va de soi, comme si les rênes du monde étaient entre leurs mains depuis le fond des temps et pour l’éternité. Et nous, à côté, moi en tout cas, j’éprouve une infériorité. Il nous manque un truc. Causer comme eux, avec leur voix posée, sûre d’elle, leur ton calme et qui nous gronde pourtant, avec des silences au milieu, on n’y arrive pas, une assurance qui fait défaut.[…]
On le dit, on le répète :
« Les hommes naissent libres et égaux en droits. Mais dans les faits et les fortunes, non. »
Sauf qu’il y a pire, je crains : dans nos propres têtes, nous ne sommes pas leurs égaux.
Alors, je viens chercher quoi, à l’Assemblée ?
Et j’espère vous ramener quoi, par contagion ?
De l’assurance.
Que, à me voir apostropher ministres et PDG, ça vous contamine. Que vous trembliez moins devant votre hiérarchie, ou plutôt que, malgré le tremblement, vous défendiez votre collègue, que vous parliez en égaux à votre chef, ou à votre maire, ou au président de je ne sais pas quoi.
En égaux, rien de plus.
Déjà, c’est fait, on a dupé Bernard Arnault, on l’a cinématographiquement ridiculisé, ça le ramène sur terre, parmi nous.
D’ailleurs, c’est lors d’un entretien en tête-à-tête avec ma députée, une socialiste, que j’ai songé : « Elle est nulle ! Pourquoi pas moi ? »
Et là, maintenant, je vois de près le PDG d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, qui sue, qui hésite, qui se défile, « vos salariés sont à cinquante mètres, allez les rencontrer ! » je lui dis, lui à un mètre de moi, son malaise qui transpire, comme un poisson sorti de son aquarium.
Et le Président de la République, sur le site de Whirlpool, on se met en travers de son chemin, on l’alpague pour les contrats aidés, nos corps se heurtent, à peine mais un peu, sacrilège.
Et la ministre de la Santé, qui me persifle, qui me traite de mytho à demi-mots, et j’encaisse, je me tasse sur mon siège, un peu honteux, avant de repartir au micro : « Je continuerai à le dire, et de plus en plus fort si nécessaire, parce que vous êtes sourde à la douleur des familles », applaudi par les miens, et c’est elle qui se tait.
Le Parlement, c’est l’occasion, chaque jour, de joutes sans danger : seul l’orgueil s’y blesse.
Ça fatigue, ça épuise, les conflits, avec la masse hostile contre nous.
Qu’y gagne-t-on, néanmoins ? De l’assurance.
D’autres, dans le groupe, prennent cette assurance techniquement, par la maîtrise des budgets, par la connaissance des législations, des règlements, des alinéas.
Mais c’est la même chose, au fond : détenir les armes, les armes intellectuelles, spirituelles je dirais, pour bientôt les combattre, les convaincre d’égal à égal.Sans cela, sans cette assurance, nous ne changerons rien demain.
Quelle est la source, avant tout, de la Révolution française ? C’est la montée en puissance de la bourgeoisie, pendant un siècle : à force de lire, d’écrire, de s’enrichir, elle prend confiance, elle s’estime l’égale des aristocrates, et s’en va réclamer ses droits aux États généraux.
Mais même la grande jacquerie, partie de Picardie en 1358, quelle en est la cause ? C’est la bataille de Poitiers, deux ans plus tôt, en 1356. Face aux troupes anglaises, et malgré le surnombre, l’affrontement tourne à la débâcle.
Les nobles officiers ont fui, lâchement fui, abandonnant le terrain et le roi, au vu et au su de leurs paysans-soldats. La honte ! La déculottée !
Les jambes à leur cou ! Et après ça, de retour sur leurs terres, ils voulaient jouer aux seigneurs ?
Ils souhaitaient que les manants réparent leurs châteaux ? Terminée, l’obéissance ! Cette supériorité des maîtres, les Jacques n’y croyaient plus, et c’était le préalable à leur révolte.
On connaît tous la maxime de La Boétie : « Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »
Eh bien, à notre modeste mesure, nous participons à ça.
À remettre notre gauche debout.
À nous afficher comme leurs égaux.
À les faire chuter de leur piédestal, à l’occasion.
Qu’on vous offre cet exemple, malgré le tremblement, comme représentants. Qu’en un mouvement historique, et forcément lent, dont nous ne sommes qu’une étape, on fasse émerger une nouvelle élite, nous, vous, confiante, face à l’internationale des riches et de leurs supplétifs.
C’est un choc psychologique, qu’il faut.
Le noeud est dans nos cerveaux.
Que nous soyons conscients de notre force commune, d’abord.[…]
C’est notre tour d’apporter cet oxygène, et à la force de nos bras, de nos pieds, de nos porte-à-porte, nous avons conquis ça : une tribune régulière.
Rien de plus, rien de moins.
Nous ne passerons pas une loi, bien sûr, ils nous retoqueront le moindre amendement, ça va de soi. Et le travail législatif relève, pour moi, du simulacre, pour prolonger notre effort idéologique : les propositions de loi, les interventions dans l’hémicycle, les interpellations en commission ne visent pas à transformer le réel maintenant. Mais à dire, à répéter, à faire savoir que ce monde-là, nous n’en voulons plus. Et que nous en préparons un autre.
Devant nos vidéos, sur Facebook, sur Youtube, il y a des « vues » par milliers, souvent par centaines de milliers, il arrive qu’on dépasse le million. Des internautes écrivent : « Vous me redonnez confiance dans la politique », c’est un bout du chemin, ça. Parfois, nos formules sont reprises ailleurs, « président des riches », « la saignée des emplois aidés », « Robin des bois à l’envers », et l’on n’est même plus certains d’en être l’auteur, peut-être y en a-t-il plusieurs.
Bref, on sème à la volée, un peu tous azimuts.[…]
J’ai longtemps cité ce propos de Philippe Gavi, fondateur de Libération, comme un emblème, lui qui voulait un « quotidien démocratique qui donnera la voix au peuple, aux ouvriers, aux grévistes, aux paysans », qui « ne parlera plus de ‘‘révolution’’ avec des stéréotypes, des idées toutes faites, des affirmations triomphalistes, mais avec toute la force explosive que la parole représente quand l’imaginaire et le réel se fondent avec les mots ».
« Au commencement était le Verbe. »
Ainsi s’ouvre l’Évangile selon Saint-Jean.
Au commencement de la démocratie aussi, se trouve le Verbe. Or le Verbe est aujourd’hui enchaîné, contrôlé, surveillé.[…]
Mais dans les interstices de cet ennui parlementaire, comme le chiendent pousse entre deux pavés, comme le diable surgit de sa boîte, tel est mon rôle, ma petite utilité, à ma mesure, ma pierre à l’édifice, je crois : libérer ma parole pour libérer la vôtre.
Non pas pour dire tout et n’importe quoi, une logorrhée, un comptoir permanent. Au contraire, peu mais bien, les mots qui vont à l’âme, à l’os, au nerf, pour qu’à votre tour, camionneurs de chez Mory, ouvriers de chez Whirlpool, soignants du CHU, vous prononciez les mots qui vous rongent, qui pourrissent en vous, que vous les exprimiez, exprimer au sens littéral, que vous les poussiez dehors, comme un poids, comme une douleur, comme une tumeur. Que Claude et Patrice les aient en face, les dirigeants de Mory-Ducros, et Montebourg dans la foulée, qu’ils balancent leurs quatre vérités, qu’ils échangent en égaux, enfin, sans mépris, sans arrogance.
Et qu’en attendant ce jour, je les représente, symboliquement, que je le fasse à leur place, avec le dirigeant qui me tombe sous le coude.
Je leur rendais visite par curiosité, un peu comme au zoo, à Antoine et ses camarades polytechniciens : à quoi ça ressemble, des X, de près?
« Là, on a Patrick Kron, major de Polytechnique, haut fonctionnaire du ministère de l'Industrie, passé au privé, condamné pour corruption, et qui a ensuite négocié un mariage contraint et forcé avec General Electric. » Ce matin, en Commission des affaires économiques, face à Bruno Le Maire, je pilonne les « X », comme on dit. Tous ces polytechniciens qui ont dirigé l’industrie française, et qui, par pans entiers l’ont détruite : « Avec Pechiney, c’est Jean-Pierre Rodier, Polytechnique toujours… Pour Alcatel, c’est Serge Tchuruk… On pourrait citer, encore, Jean-Marie Messier… » Ça fait des années que ça me démange. Dénoncer « la nullité et la consanguinité des élites françaises » qui, en une histoire toujours recommencée, mènent un à un nos fleurons vers le gouffre, tandis qu’ils accusent « les charges », « le coût de la main d’œuvre », etc. L’ironie du sort c’est que, le soir même, je dîne avec… quatre polytechniciens !
Monsieur le Député, Cher François,
Nous sommes six, même si le cercle, petit à petit, s'élargit. Six amis : Nicolas, Julien, Guillaume, Samuel, Vincent, Antoine, de la même génération que la tienne.
En trois mots, tu nous qualifierais de « petits bourgeois éduqués ». Sociologiquement, nous aurions dû voter avec entrain pour Macron, comme l‘ont fait 90 % de nos amis, collègues, ou anciens camarades de promo. Et nous satisfaire tranquillement des premières mesures annoncées. Pourtant, nous avons voté France insoumise. Il manquait en effet un 4e terme pour nous qualifier : « petits bourgeois éduqués INFILTRÉS ». Infiltrés en Macronie, infiltrés dans le temple du TINA [There Is No Alternative, « Il n’y a pas d’alternative », selon la réplique de Thatcher], infiltrés au milieu d’esprits doués de réflexion et pourtant sourds à la possibilité d'un dépassement de ce système qui nous plombe, fatalistes, par intérêt, par cynisme, par lobotomisation, par inconscience, peu importe en fait. Pour nous, écologie, économie circulaire, relocalisation, partage du temps de travail, éducation… forment pourtant la vraie modernité.
Notre cheminement politique est divers. On compte par exemple un cadre dirigeant qui votait encore Sarko en 2007 et pose maintenant des jours de congés pour manifester contre la loi Travail, ou encore un repenti du LBO qui navigue maintenant dans l‘économie sociale et solidaire. Nos parcours, nous en sommes convaincus, ne sont pas uniques. Nous sommes certains que d'autres, de notre milieu, pensent déjà comme nous ou bien hésitent encore, tâtonnent, mais ne sont pas loin de franchir le pas. Nous sentons que le basculement est possible et que nous pouvons modestement y contribuer. Déjà par notre exemple. Ensuite parce qu’on les connaît par cœur, nos amis et collègues macronistes, ou pour les plus radicaux d’entre eux hamonistes.
Nous avons commencé à réfléchir à des actions possibles, et il nous semble que tenter d'identifier et de fédérer un grand nombre d’infiltrés serait une première étape dans nos cordes.
A bientôt, j’espère.
« Petits bourgeois », je les trouvais modestes, Antoine et ses potes. « Hauts fonctionnaires », ou « grosses têtes », auraient mieux convenu. Mais qu’importe, ça me paraissait une priorité, de les rencontrer. Pourquoi ?
Je les écoutais, ce soir, m’ouvrir comme une fenêtre sur leur milieu : « Y’a trop de cash.
— Qui dit ça ? je m’informais, la bouche pleine de gâteaux apéros.
— Les investisseurs que je rencontre. Il y a trop de liquidités. Ils ne savent pas où le mettre. Ils sont bien embêtés. Alors qu'à côté, il y a six millions de chômeurs… Mais ils cherchent du 20 % de rendement, alors forcément ca limite. » Un coup de rouge, et : « On est entourés de collègues super-éduqués, mais qui sont zéro en politique. Ils se réveillent quand il y a Le Pen au deuxième tour. Ils nous agressent, ils sont antifascistes pendant deux semaines et puis ils se rendorment pendant cinq ans. »Ils me remerciaient d’ être venu, comme un refrain, toutes les dix minutes, « merci ». Faut pas. Je leur rendais visite par curiosité, comme au zoo : à quoi ça ressemble des X, de près ? Ben en fait, ces spécimen-là, ils ressemblaient assez à mes copains, avec des running-blagues et des fous-rires… J’étais là, surtout, par intérêt, comme je leur expliquais alors, comme je complète 1ci :
« Jusqu’à maintenant, j'étais un contre-pouvoir picard, ce qui est quand même assez éloigné des hautes responsabilités. À notre regretté Antoine, un prof d'éco trop humble, je lui disais toujours. “Prépare-toi à devenir préfet, ou directeur de cabinet.” Parce que c’est un problème : si jamais on devait arracher le pouvoir demain, nous n’avons pas l'élite de remplacement.
Il va nous falloir un peuple, animé, dans la rue, c’est une chose. Parce que, un bon président de la République, un Premier ministre vraiment de gauche, ça ne suffira pas. Face a la Commission européenne, aux médias, au Sénat, au Conseil constitutionnel, une poussée populaire sera nécessaire. Mais a l'autre bout, en haut, pour tenir les ministères, les banques, Bercy, les préfectures, combien il nous faudra de cadres à la fois conscients et compétents, dévoués au changement ? Cette élite de remplacement, aujourd’hui, nous ne l’avons pas.
Gramsci me racontait : “La bourgeoisie du XXe siècle a su produire, ou s’allier, tous ces types d’intellectuels, et en grand nombre. D’où toute une série d’écoles spécialisées : pour les ingénieurs, pour le commerce, pour les ressources humaines, pour la politique, pour la magistrature, etc. Cette hégémonie, le prolétariat la conteste aujourd’hui. Comme il aspire, et de façon réaliste, à l’exercice du pouvoir, il forme des intellectuels au niveau hégémonique, par le Parti, par les écoles qu’il met sur pied, par les médias qu’il emploie, par l’éducation de ses militants…”
Je ne sais pas si vous mesurez la difficulté ? Quand j’y songe, ça n’est pas souvent, mais quand ça me vient, c’est un défi vertigineux. En Marche ! arrive aux affaires, c’est facile pour eux : tous les technos de Bercy, toute l’administration, pensent déjà Macron. Et lui, d'ailleurs, il a connu une gradation dans ses responsabilités : haut fonctionnaire, secrétaire de l'Élysée, ministre, maintenant président. Nous, si on l'emporte, on passera si abruptement de l’opposition au sommet ! Et on se formera dans une folle adversité, avec un déchaînement contre nous…
Avec, surtout, cette tâche ardue : transformer, user de ce pouvoir pour bouleverser l’ordre des choses, en profondeur… Quand j'y réfléchis, oui, ce défi m’effraie. Nous ne devons pas l’affronter seuls. Voilà pourquoi je suis ici, ce soir, parmi vous. Parce qu’on a besoin de tous les cerveaux, construits, cadrés, de ce pays. »
« Donc, il s’agirait de bâtir un réseau dans les grandes écoles ? résume efficacement un X.
— Ouais, c’est ça. Dans la Résistance, ils appelaient ça des réseaux dormants (puisqu’il faut toujours que je la ramène avec mes références).
— Y a pas de souci, hein, les gars ? On a plein de relations chez les anciens, et même a l’intérieur. On va vous monter ça. »Et la Fronde partira de Polytechnique…
Dans le numéro 83 (décembre 2017 - janvier 2018) de Fakir.
Les « lobbies de la finance » feraient pression, de l’extérieur, sur nos gouvernants ? Non, c‘est de l'intérieur, et de leur plein gré, qu’ils en sont les complices quotidiens. La preuve par Moscovici.
Je sors de mon entretien avec Nicolas Demorand, sur France Inter, je me suis débrouillé il me semble, j’ai passé le message que je souhaitais, « Paradise papers : les politiques complices », mais la, à la Maison de la Radio, en reprenant l’ascenseur, me vient la réplique qui tue. Trop tard. Et zut.
Nicolas Demorand : « Il y a un chemin contre l'évasion fiscale ? Parce que, effectivement, c’est Pierre Moscovici qui disait hier que “le monde opaque de l’évasion fiscale apparait soudain au grand jour”, c'est le “soudain” qui a été souligné…
— Je pense que maintenant, il faut détourner le regard des entreprises vers le politique. Pourquoi ? Parce que Whirlpool va déjà chercher le coût du travail le moins cher en Pologne, pourquoi on serait surpris qu’ils fassent tous les montages financiers, aussi, pour ne pas payer d’impôts ? Glencore, on l'a vu dans le Cash Investigation, remarquable, d'Elise Lucet, ils n'ont aucun complexe à polluer les terres, les rivières des paysans africains, pourquoi ils en auraient a défiscaliser ? Désormais, ce qu’il faut mettre en lumière, c’est la complicité du monde politique avec les dirigeants économiques. Pierre Moscovici en est une illustration. Qu’il feigne de découvrir ca, ou qu'il dise : “C’est super, il va y avoir une pression de l’opinion, on va pouvoir mettre des mesures en œuvre”, ça n’est pas vrai. Ils en sont aujourd'hui les complices, au moins par leur inaction dans la durée.
— C'est légal, François Ruffin… », m’a relancé Demorand. Et j’ai répondu à sa question. Du coup, j’ai oublié le truc que j’avais sur le bout de l’esprit. Ça me revient la, dans l’ascenseur. Car Moscovici, c’est le Cercle de l’Industrie.
Moscovici a vice-présidé, durant des années, jusqu’en 2012, le Cercle de l’Industrie. Kézako ? Un lobby. Un lobby patronal. Qui, je recopie leur site, « rassemble 40 grandes entreprises françaises » : Total, L’Oréal, Lafarge-Holcim, Dassault, Sanofi, etc. « Créé en 1993, le Cercle de l’Industrie est un lieu de dialogue et d’échanges destiné aux grandes entreprises industrielles… Il se distingue par sa spécificité industrielle, son engagement pour la construction européenne et son bipartisme politique… »
Une fois quittée la vice-présidence du Cercle, Pierre Moscovici le fréquente toujours, mais comme invité. En tant que ministre de l’Economie (le 10 juin 2013), puis comme Commissaire européen aux affaires économiques et financières (8 juillet 2015, 1er juin 2017).
Comment est né ce lobby ? À l’initiative de Dominique Strauss-Kahn, alors ministre de l’Industrie, comme le narrent Véronique Le Bihon et Vincent Giret dans Les Vies cachées de DSK :
Ce petit matin de février 1993, tout le CAC 40 défile en haut des Champs-Élysées. De leurs voitures avec chauffeur, descendent Lindsay Owen—Jones (PDG de L’Oréal), Didier Pineau-Valencienne (Schneider), Vincent Bolloré, Jean Gandois (Pechiney), Louis Schweitzer (Renault), Jean-René Fourtou (Rhône-Poulenc), Bertrand Collomb (Lafarge), François Michelin, Francis Mer (Usinor), Guy Dejouany (Compagnie générale des Eaux), Serge Tchuruk (Total)… À l’appel de leur ministre, Dominique Strauss-Kahn, trente-cinq patrons se rendent au siège de Publicis. Et à sa demande, encore, ils acceptent de verser 200 000 francs chacun pour son futur “Cercle de l’industrie”. C’est que DSK le sait, déjà : les carottes sont cuites. Le Parti socialiste sera balayé aux prochaines législatives. Mieux vaut préparer son reclassement, dès maintenant. « Ministre délégué à l’Industrie et au Commerce extérieur », (…) il a bien rempli son carnet d’adresses, des amitiés sont nées, et une idée : défendre les intérêts des industriels à Bruxelles.
Pour bâtir l’Europe sociale, voilà qui parait urgent à Dominique Strauss—Kahn : créer un nouveau cénacle patronal… « Il est sûr que son travail au Cercle a contribué à asseoir sa popularité parmi les patrons », témoigne Bertrand Collomb, le boss des ciments Lafarge. Il fallait bien, plaiderait-il ensuite, « connaitre la vie des entreprises »…
« Populaire parmi les patrons », il sera ainsi, logiquement, nommé ministre de l’Economie et des Finances du gouvernement Jospin en 1997. Tout comme le « populaire » Jacques Delors le fut du gouvernement Mauroy. Tout comme le « populaire » Moscovici le sera du gouvernement Ayrault. Tout comme le « populaire » Macron du gouvernement Valls. Les patrons choisissent ainsi leurs propres ministres. Parmi leurs lobbyistes…
« Comment Moscovici veut en finir avec l'évasion fiscale. » C’est BFM qui annonce ça, et sans ironie. Et de résumer : « Le commissaire européen aux Affaires économiques a d'abord rappelé son souhait d'établir une “liste noire des paradis fiscaux”, une proposition que Bruxelles doit examiner “dans un mois”. “Il faut des sanctions”, a-t-il martelé, appelant à “frapper au portefeuille” les entreprises et les pays encourageant ce genre de pratiques. » C’est rigolo, non ? Car quelles multinationales sont prises les doigts dans le pot de confiture ?
Total (aux Bermudes) : membre du Cercle de l’Industrie. Dassault (aux Bermudes, à l’Ile de Man) : membre du Cercle de l’Industrie. Lafarge (en Syrie, avec Daesh) : membre du Cercle de l’Industrie. Vous lui faites confiance, vraiment, pour faire la chasse à ses copains ? Pour les traquer financièrement ? Pour leur envoyer Europol aux fesses ? Et sous la houlette de qui ? Du président de la Commission Jean-Claude ]uncker… qui fut, durant dix-huit ans, de 1995 à 2013, premier ministre du Luxembourg ! Ce paradis fiscal, interne à l’Europe qui héberge la lessiveuse Clearstream. Et l’on compte sur ça, pour défendre les peuples contre la Finance ? C’est Al Capone qui se ferait juge d’instruction au parquet financier !
Tout ça prend néanmoins un nouvel éclairage quand on sait que le jeudi 20 juillet, Edouard Philippe se rendait en catimini sur le site Sanofi de Vitry. Il n’avait prévenu ni les salariés ni les Français, ni les médias ni les syndicats. Sur place, il était accueilli par le PDG, Serge Weinberg. A l’initiative de qui, pour mémoire, se déroulait cette visite, discrète sinon secrète ? Du Cercle de l’Industrie.
Interrogé sur la Dépakine, les 14 000 victimes probables, les milliers de postes de chercheurs supprimés, que répondait Edouard Philippe à l’Assemblée ? « On ne doit pas dénigrer une grande entreprise française. » Toujours à propos de Sanofi, Christophe Castaner, porte-parole du gouvernement, avait déjà énoncé : « Il ne faut pas critiquer une entreprise qui réussit. »
Tout est dit. C’est théorisé, presque. Posé comme un dogme. Et ne parlons même plus de « lobby », comme si la pression s’exerçait de l’extérieur sur nos gouvernants. C’est de l’intérieur, et sans pression, de leur plein gré, qu’ils en sont les complices quotidiens. Les dirigeants politiques et économiques ont fusionné. Ils ne forment désormais qu’une seule et même caste.
Dans le numéro 83 (décembre 2017 - janvier 2018) de Fakir.