Documentaire sur la banque mondiale HSBC.
ÉDIT DU 13/05/2018 À 14H50 : ce shaarli a été lourdement amendé (prise en compte des aides publiques à la presse 2016, correction d'erreurs, actionnariat différent, plus ou moins de flicage, etc.). Les modifications effectuées sont consignées dans ce shaarli. C'est aussi pour cela qu'il y a du texte barré un peu partout avec la correction à côté. FIN DE L'ÉDIT.
ÉDIT DU 23/10/2019 À 21 H 40 : j'ai corrigé l'actionnariat de Marianne (CMI/Kretinsky détient 91 % depuis octobre 2018), j'ai ajouté la part chaque gros actionnaire du Monde et j'ai ajouté le droit d'agrément obtenu en octobre 2019 par les journalistes du Monde leur permettant de verrouiller un poil le capital du journal. FIN DE L'ÉDIT.
ÉDIT DU 08/04/2020 À 15 H 40 : j'ai ajouté les dernières aides financières (publiques et privées) connues pour Fakir, Marianne, Le Monde, Les Jours, Basta !, Politis et La Revue Dessinée. ÉDIT DU 08/04/2020 À 17 H 45 : vérification et éventuelle correction de l'indicateur de flicage pour Le Canard enchaîné, Fakir, Siné mensuel, Mediapart, Numerama, Next INpact, Les Jours, Basta ! et Arrêt sur images. ÉDIT DU 08/04/2020 À 18 H 50 : ajout du journal satirique en PACA Le Ravi. FIN DES ÉDITS du 08/04/2020.
Avant de renouveler mes abonnements à la presse, je me suis posé des questions sur les journaux que j'ai découverts récemment comme Les Jours, La Revue Dessinée, Basta !, etc. Sont-ils indépendants ? Que veut dire être indépendant, etc. J'ai donc décidé de regarder l'arrière-boutique des journaux auxquels j'étais abonné en plus de regarder celle des journaux auxquels je pensais m'abonner. Je partage ma démarche au cas où ça puisse inspirer quelqu'un⋅e. :)
Par presse indépendante, j'entends :
Pour tenter une évaluation objective, j'ai choisi les critères suivants :
Qui possède le journal ? Structure juridique, actionnariat, qui peut entrer dans le capital, est-il possible d’entrer subitement dans le capital, etc. Ce critère est souvent considéré comme étant sans importance.
Le journal est-il un diffuseur de publicité ? La question se sous-divise :
Évidemment, ces critères sont très insuffisants… Ils ne prennent pas en compte :
Les journalistes dits politiques qui font ami⋅e⋅s-ami⋅e⋅s avec les pouvoirs quels qu'ils soient, voire qui font partie de cercles mêlant politicien⋅ne⋅s, industriel⋅le⋅s et journalistes, comme le groupe Bilderberg, dans l'optique, prétendent-il⋅elle⋅s, de dénicher des infos. Je me dis qu'on peut réduire leur influence néfaste en lisant des journaux sérieux qui ne passent pas leur temps à commenter la dernière petite phrase prononcée par un⋅e politicien⋅ne ni à savoir qui, selon les dernières rumeurs parisiennes, a poignardé qui dans tel parti politique ;
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au vert ,sauf celui des aides financières qui est en orange. L'aide postale n'est pas une aide directe : il faut déjà que le journal soit produit, soit en état de marche, pour en bénéficier (elle est versée à La Poste, pas au journal).
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au vert sauf celui des aides financières qui est au rouge à l'orange.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au vert sauf celui des aides financières qui est au rouge à l'orange.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : voyant orange pour l'actionnariat qui dépend d'un homme qui n'est pas journaliste mais gestionnaire. Voyant orange rouge pour la publicité et le flicage. Voyant rouge tendance écarlate en ce qui concerne les aides financières dont ce journal semble dépendre cruellement ;
Qui le possède ?
Actionnaires : les principaux actionnaires sont clairement affichés sur le site web du journal. Les parts sont présentées dans les comptes publiés par le journal (Exemple).
Publicité ? :
Bilan : voyant vert pour l'actionnariat même si je constate une certaine proximité des gros de l'informatique (la SSII Econocom, les fonds d'investissement tech, etc.) et des pubards, d'où j’en déduis un risque de proximité avec les cercles de pouvoir. Voyant publicitaire en orange rouge en raison du flicage massif. Voyant orange vert pour les aides financières (pas orange car ça date donc, tout comme l'actionnariat, on peut admettre un début qui ne va pas dans le bon sens suivi d'une envie de s'en sortir, de faire autrement et mieux).
Qui le possède ?
Actionnaires : entièrement détenue par Humanoïd (frAndroid).
Publicité ? :
Bilan : voyant vert pour l'actionnariat même si je me méfie de la proximité avec le milieu de la pub et celui de la startup nation chère à Macron. Voyant au rouge pour la publicité + le flicage, bien entendu. Voyant au vert pour les aides financières.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : un sans-faute, voyants vert à tous les critères.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au rouge… Actionnaires gestionnaires, actionnariat hyper complexe à dénicher et à comprendre, publicité et flicage, aides financières à gogo…
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : voyants au vert avec une réserve sur le flicage : il n'est probablement pas volontaire, il est probablement causé par l’intégration de la gestion des abonnements dans la structure d’un WordPress, mais ça reste quand même pas cool (réserve nulle depuis la nouvelle version du site web publiée en février 2018). Au préalable, Reflets a essayé de se financer par des dons (qu'on pouvait même faire par virement bancaire, sans un intermédiaire de plus donc), sans succès selon eux.
Qui le possède ?
Actionnaires : L'actionnariat est affiché sur le site web, même si je trouve qu'il faut vraiment creuser pour le trouver.
Publicité ? :
Bilan : voyant au vert pour l'actionnariat même si j'émets des réserves vu la forte connivence avec le PAF. Voyant orange pour le flicage. Voyant rouge concernant les aides financières.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : voyant vert pour la possession du journal. Voyant orange pour le flicage. Voyant orange pour les aides financières (pas rouge pour la même raison que Mediapart : je perçois une envie de s'améliorer dans un contexte pas simple) ;
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au vert, sauf celui pour la pub et le flicage qui est en rouge tendance écarlate.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : voyant vert pour l'actionnariat, voyant rouge pour la pub et le flicage, voyant rouge orange pour les aides financières.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au vert sauf celui du flicage qui s'allume en orange.
Qui le possède ?
Actionnaires : L'actionnariat est publié sur la dernière page de chaque numéro.
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au vert malgré quelques réserves sur d’éventuels papiers sur le monde de l’édition ou de la finance sauf celui portant sur les aides financière qui passe en orange depuis que les aides publiques à la presse 2016 ont été rendu publiques.
Qui le possède ?
Publicité ? :
Bilan : tous les voyants sont au vert sauf celui des aides financières qui est à l'orange.
On s'aperçoit bien vite qu'à part La Revue Dessinée, Next INpact et Reflets.info, aucun journal ne satisfait totalement à mes critères… Et encore, j'ai majorité Reflets sur le flicage vu les efforts produits… Et, si ça se trouve, je n'ai pas tous les éléments pour trancher sans me faire enguirlander (genre les aides financières…).
À l'inverse, la rubrique Pixels du Monde est la seule à être exclue par mes critères… Marianne n'est pas loin de l'exclusion, mais j'ai envie de tester son contenu, parce que j’en ai entendu du bien, même si, a priori, ma notation ne présage rien de bon…
Pour avancer, j'ai décidé de ne pas laisser passer les journaux financés par la publicité. Je pense qu'elle est plus nocive que quelques subventions raisonnables et tout autant nocive qu'un actionnariat de connivence. Ainsi, Contrepoints, Numerama et Politis passent à la trappe.
À ce jeu-là, on se rend compte qu'on n'a toujours pas de journalisme d'investigation et qu'il va falloir lâcher du lest sur les aides financières pour que certains puissent passer mes critères.
Force est de constater qu’il y a encore énormément de boulot pour que nos lectures en ligne ne soient plus fliquées… Dans ce contexte-là, à quoi bon se priver de Mediapart, Les Jours, Basta !, et Arrêt sur images ? J'espère quand même que la situation va s'améliorer. Par contre, je pense qu'il est normal de récompenser ceux qui font un effort. Ainsi, je paierai plus cher mes abonnements à Next INpact et à Reflets.info.
Voilà, compromis trouvé dans la douleur…
Je note que, comme dans les autres secteurs (agro-alimentaire, fourniture d’éléctricité, etc.), le milieu de la presse est opaque.
Article plutôt clair sur les histoires de courant alternatif, de cosinus phi, même un peu de triphasé à la fin.
Du coup, pour calculer la puissance active (à partir de laquelle les plombs sauteront) d'une alimentation de baie en datacenter :
Infos en plus :
Merci à HS-157 et gizmo pour ces explications. :)
P.-S. : je suis un novice complet sur ce sujet donc ce shaarli peut contenir des énormités. :-
Souvent critiqué pour « être trop timide face aux contenus malveillants, Facebook a durci le ton », assurait « Le Monde » (19/12) dans un article au titre évocateur : « Face aux fausses informations, le discret ménage de Facebook ». L’enthousiasme du quotidien se comprend : c’est lui-même qui, dans le cadre d’un partenariat avec Facebook, a été mandaté par le réseau social (revendiquant 33 millions d’abonnés en France) pour épousseter ses pages.
Au même titre que « l’Agence France-Presse (AFP), BFM-TV, France Télévisions, France Médias Monde, L’Express, Libération et 20 Minutes. » Source.
Mais un lien d’une autre nature rend encore plus prégnante l’empathie entre le journal et la plateforme américaine. Julien Codorniou, le vice-président de Facebook chargé des partenariats, qui vit à Londres, est membre du… conseil de surveillance du « Monde » ! Grand ami de Xavier Niel — le coproprio du quotidien —, Codorniou figure aussi depuis peu à son côté au conseil de surveillance de Mediawan, le fonds d’investissement cofondé fin 2015 par un certain Niel Xavier. Le monde des géants est petit.
L’idylle entre la presse et les caïds du Web ne date pas d’hier. Pour quelques millions — une paille, comparé à ses milliards de revenus — versés à un « fonds d’innovation », Google s’est ainsi assuré la bienveillance de nombreux médias.
Oui, il s'agit très clairement d'une guéguerre d'influence et de positionnements stratégiques pour la suite entre les géants du Net. Voir : « Fake news » : Facebook va rémunérer des éditeurs français et fait sa publicité dans la presse. »
La romance entre Facebook et « Le Monde », elle, a réellement démarré en février 2017. Plusieurs confrères du quotidien sont alors sollicités par le mastodonte du Net pour l’aider à traquer les infos bidon sur ses écrans. Ce n’est pas qu’elles le dérangent tant que ça : en fait, elles assurent même son fonds de commerce en générant un gros trafic sur le réseau. Mais, depuis la présidentielle américaine, les fake news — ces bobards balancés par des plaisantins ou des escrocs — font tache sur le blason du fondateur, Mark Zuckerberg.
Ça décode sec
Au départ, « Le Monde » (6/2) a tout de même été pris d’un doute. « Le modèle proposé par le réseau social ne revient-il pas à faire à sa place le travail de chasse aux fake news ? L’accepter, n’est-ce pas permettre à un Facebook sous pression de montrer patte blanche et faciliter sa communication ? » s’interrogeait le journal. Qui a soulagé illico sa conscience : « Finalement, le pragmatisme l’a emporté… » Le « pragmatisme » financier, surtout !
Car Facebook paie désormais les journaux traqueurs de contenus sales. « Au début, c’était totalement gratuit. Ils sont ensuite revenus vers nous en disant qu’ils allaient rémunérer notre travail », lâche, du bout des lèvres, un chef de « L’Express » à un site spécialisé, NextINpact (26/4). Les autres médias, eux, restent muets sur le sujet.
Prix de ces services ? Huit mois plus tard, la direction du « Monde », interrogée, est toujours aux abonnés absents. Mais c’est bien toute une équipe Web du journal (celle des « décodeurs ») qui a été mise au turbin pour le compte du réseau social. Leur Décodex, « outil de vérification de l’information », a déjà repéré 2 865 infos bidon sur Facebook. Et il y en a pour tous les goûts…
Morbides, par exemple : « Des migrants ont-ils été retrouvés congelés dans un restaurant chinois à Paris ? », « A-t-on retrouvé de la viande humaine dans les produits Mc-Donald’s ? » Ou plus « scientifiques » : « Une femme a-t-elle développé un QI de 220 après avoir bu du sperme tous les jours pendant un an ? », « Un verre de vin rouge peut-il remplacer une heure de sport intensif ? »
Vrai ? Faux ? Au choix !
Le versant complotiste n’est pas oublié : « L’Etat veut-il promouvoir la pédophilie à l'école ?», « Les vaccins envoyés en Afrique contiennent-ils des agents anti-fertilité ? » On ne s’en lasse pas ! Au total, 1 198 pages Facebook relayant les pires fadaises ont été épinglées, et 147 fermées. Ce coup de balai est-il décisif ? Pas vraiment. « Le Monde » lui-même doit reconnaître que les fermetures sont plus souvent liées à des contenus haineux ou racistes qu’à la chasse aux bobards. Mieux, Facebook vient déjà de changer de « stratégie » (sic) contre les fake news. « Des études laissent penser qu’un vocabulaire (de mise en garde) trop fort ou certains visuels (comme une icône rouge) peuvent avoir des effets contreproductifs », a expliqué sans rire la firme, juste avant Noël. Facebook préfère désormais renvoyer dos à dos vérificateurs et faussaires en publiant les deux versions. C’est bien meilleur pour le trafic !
Mouiiiiiii m'enfin si tu supprimes ou stigmatises un écrit à tendance complotiste, tu donnes de la crédibilité aux personnes qui en sont à l'origine auprès de leurs communautés en mode "regardez ! on vous ment ! comme par hasard, les auxiliaires de Facebook qui ont fait supprimer mon contenu sont les grands journaux habituels qui nous cachent la vérité !"), c'est toute l'astuce… Et surtout, tu n'expliques pas les raisons de cette suppression / stigmatisation, ce qui ne fait rien avancer. Bref, ce n'est pas aussi simple. Je n'ai pas de problème à ce que soient affichées les X versions de la vérité les unes à côté des autres.
Dans le Canard enchaîné du 3 janvier 2018.
Pour nuancer un peu La vie est une pute (via) :
Depuis Darwin, l’affaire est entendue. Nous vivons dans une jungle. « Le lion mange l’antilope, les chimpanzés s’entre-tuent, les arbres jouent des coudes pour l’accès à la lumière, les microbes ne se font pas de cadeaux. » Et, pour l’homme, c’est pareil. La seule loi, c’est la loi du plus fort. Ceux qui disent le contraire sont de doux rêveurs. Vu que c’est Darwin qui l’a dit. C’est prouvé, c’est scientifique, circulez.
Pablo Servigne est agronome et docteur en biologie. Il est aussi collapsologue. Ce qui signifie qu’il est persuadé que tout va bientôt s’effondrer. Tout ou, plutôt, notre monde industriel, vorace en énergie et en matières premières, gaspilleur, insouciant, si instable et si fragile. Il l’a écrit dans un livre remarqué (1). Les collapsologues en sont persuadés : il faut se préparer à la catastrophe, au monde d’après. Pas en entassant des provisions et des fusils comme le font les survivalistes américains, mais en constituant dès aujourd’hui des réseaux d’entraide et de soutien.
Servigne le reconnaît : cette façon d’envisager le futur n’a rien de joyeux. Elle est même toxique. Au point d’avoir creusé un fossé entre lui et certains de ses proches. Quelle « sensation étrange que de faire partie de ce monde (plus que jamais !) mais d’être coupé de l’image dominante que les autres s’en font »… Comment vivre avec ça ? Ne pas sombrer ? Surtout que, compter sur l’entraide, l’altruisme, l’association pour s’en sortir, voilà qui semble un peu léger…
En compagnie de Gauthier Chapelle, lui aussi docteur en biologie, il s’est mis à creuser la question (2). Les comportements d’entraide sont-ils si rares et si aléatoires ? Réservés aux dames patronnesses et aux Restos du cœur ? Comment naissent-ils ? Qu’en disent la biologie, les sciences humaines ?
Et de découvrir que l’entraide est beaucoup plus répandue qu’on ne l’imagine. Pour lutter contre le vent, les manchots empereurs se blottissent les uns contre les autres. Les lionnes chassent ensemble. Les arbres connectent leurs réseaux racinaires. On s’entraide au sein d’une même espèce, mais aussi entre espèces. « Le vivant a développé mille et une manières de s’associer, de coopérer, d’être ensemble, ou carrément de fusionner. » Ne s’agit-il là que d’une relecture gentilette et faussement rassurante de la biologie ?
Aucunement. Nos auteurs citent le fameux prince russe Kropotkine, devenu anarchiste en 1872 après avoir constaté que, dans la nature, l’entraide est partout. Dans un climat hostile, notamment, elle accroît les chances de survie. Après le passage de l’ouragan Katrina à La Nouvelle-Orléans, les pillages évoqués par le chef de la police n’étaient que pure invention : au contraire, dans leur grande majorité, les rescapés se sont mutuellement porté secours. Aucun calcul, là-dedans. Aucun « gène égoïste » en action. Juste quelque chose de spontané. L’homme n’est pas forcément un loup pour l’homme. « L’empathie est un mécanisme très profondément ancré en nous. » Nombreuses sont les études scientifiques qui, ces dernières années, vont en ce sens.
Certes, il ne s’agit pas de nier Darwin. Mais de corriger l’idée simpliste qu’on s’en fait. Lui-même l’avait remarqué : ce sont les groupes composés d’individus plus coopératifs qui survivent le mieux. Parés pour l’effondrement ?
(1) « Comment tout peut s’effondrer », Seuil (lire « Plouf! » du 27/5/15).
(2) « L’entraide, l’autre loi de la jungle » LLL, 382 p., 22 €.
Dans le Canard enchaîné du 3 janvier 2018.
En moins d’une semaine, les manifestations ont déjà fait plus de 20 morts en Iran, comme le reconnaissent les autorités elles-mêmes. Les premières manifs parties de la ville sainte de Mashhad, jeudi 28 décembre, ciblaient l’augmentation du coût de la vie, mais, de jour en jour, elles ont touché nombre d’autres villes, grandes ou moyennes. Avec bien d’autres motivations.
En cause, au départ, l’inflation galopante, l’augmentation du prix de l’essence, du pain ou des œufs… Et aussi le chômage massif de la jeunesse diplômée et la corruption généralisée. La colère populaire vise en outre la politique budgétaire rigoureuse du président « réformateur » Rohani, qui, au passage, a commencé à lever le voile sur le financement public des fondations religieuses, exonérées d’impôts, qui plus est… Dans la mire également, la faillite des institutions illégales de crédit islamiques qui ont pullulé sous Ahmadinejad et qui ont ruiné les épargnants.
Certains slogans ciblent désormais les dirigeants : « A bas le dictateur ! », « A bas Rohani ! » ou « Le peuple vit comme des mendiants, le Guide suprême vit comme Dieu ! » Jusqu’au tout-puissant Guide suprême Ali Khamenei, successeur de Khomeyni… « Pardon Seyyed Ali, tu dois partir ! » Certains sièges locaux des Bassidji, la milice redoutée du régime, ont été incendiés.
Face à cet embrasement, le président Rohani durcit le ton. Après avoir affirmé, dimanche à la télévision, que « la population [était] libre de critiquer le gouvernement et de manifester », il a martelé, lundi : « Le peuple iranien répondra aux fauteurs de trouble et hors-la-loi ». Dernier réseau social toléré en Iran, l’application Telegram, qui compte 40 millions d’utilisateurs, a été bloquée. Les conservateurs, qui ont organisé des contre-manifs, imputent certains tirs mortels aux « contre-révolutionnaires », et Khamenei dénonce les « ennemis » de l’Iran.
Les dirigeants iraniens seraient peut-être avisés de se souvenir que la Révolution française est née d’une marche des femmes pour le pain et la révolution tunisienne de 2011 de l’immolation d’un simple marchand de fruits.
Dans le Canard enchaîné du 3 janvier 2018.
C'est la nouvelle façon de faire le trottoir et de racoler le consommateur : des carrés de pub peints au pochoir. Tu m’achètes, chéri ? Au lieu de marcher le nez en l’air, le nouveau citadin avancera les yeux rivés au sol. Et tant pis pour son temps de flânerie disponible. Publié le 24 décembre au « Journal officiel », signé par cinq ministres, un décret gouvernemental désigne Bordeaux, Lyon et Nantes comme villes où seront expérimentés, pour une période de dix-huit mois, les « marquages publicitaires éphémères au sol »**.
Lyon applaudit, Nantes et Bordeaux protestent et dénoncent l’invasion de cette « pollution visuelle ». Les promoteurs de ces « graffitis propres » répondent que les marquages, faits au pochoir avec de la peinture biodégradable, sont écolos à 100 %. Un fils de pub s’indigne, dans « Le Parisien » (30/12) : « Si les élus combattent la publicité [sur la chaussée] , qu’ils l’interdisent dans tous les espaces pu- blics. » Chiche ?
La guérilla urbaine s’annonce sans pitié. Des mini-ZAD de 2,50 m², inspirées de Notre-Dame-des-Landes, vont—elles pousser sur nos trottoirs pour empêcher la pub d’y atterrir ? Maire de Bordeaux, Juppé se voit bien en Lider maxime de la résistance. Quant à Nicolas Hulot et à Gérard Collomb, ministres signataires du décret, s’ils persistent dans leur politique à la petite semelle, ils risquent le supplice des plumes et du goudron. Les plus radicaux des opposants pourraient même utiliser les chiens : après le caniveau, apprenez—leur la pub de trottoir.
Pffff… On n'y échappera pas… Trottoirs. Toilettes. Pub qui nous espionne… Tout pour nous vendre des merdes qui nous servent à rien. Tout pour nous voler notre temps (de pensée, de flânerie, etc.). :(
Dans le Canard enchaîné du 3 janvier 2018.
Doublement des sanctions, obligation de remplir un rapport d’activité, surveillance renforcée : les demandeurs d’emploi vont trinquer.
Pour les fêtes, Emmanuel Macron n’a pas oublié les demandeurs d’emploi. Ainsi entend-il aussi leur témoigner son affection dès l’entame de 2018. Mais c’est de l’amour vache.
Dans un document de travail envoyé le 14 décembre aux partenaires sociaux, le gouvernement avait prévenu : il leur proposerait « une réforme du barème et des modalités de sanction [de certains demandeurs d’emploi] dans les semaines qui viennent ». Cala s’annonce musclé.
« Le Canard » s’est procuré la note confidentielle sur laquelle travaille Antoine Foucher, un ancien du Medef et le directeur de cabinet de la ministre du Travail, Muriel Pénicaud. En matière de contrôle des chômeurs, un durcissement des sanctions se profile bel et bien.
Actuellement, en cas de recherche d’emploi insuffisante, de refus d’une action de formation ou d’une aide pour trouver le fameux job, le chômeur se voit, théoriquement, infliger une réduction de 20 % de son allocation chômage, pour une durée de deux à six mois. En cas de « manquements » répétés, elle passe à 50 %, pour la même durée.
Mais, « dans les faits, les sanctions pour ce type de manquements sont très réduites », assure un syndicaliste.
Surveiller et punir !
La nouvelle réforme concoctée par le ministère du Travail promet une addition autrement sévère. Si Pôle emploi estime que le chômeur ne recherche pas assez activement du travail, ou s’il refuse une formation, ou encore s’il décline deux offres d’emploi jugées raisonnables, ses allocations seront d’amblé réduites de 50 %, pour une durée de deux mois ! S’il récidive, elles seront carrément supprimées, pour la même durée de deux mois.
La note étudiée par le ministère du Travail se garde bien de préciser ce qui caractérise « une insuffisance de recherche d’emploi » ou « une offre d’emploi raisonnable ». Sûrement des détails…
Deuxième innovation évoquée dans cette note : les chômeurs — ces présumés fainéants — vont devoir rendre des comptes, et serrés. Chaque demandeur d’emploi sera donc bientôt tenu de remplir un rapport d’activité mensuel, listant l’ensemble des démarches effectuées pour favoriser son retour à l’emploi. L’occupation risque de s’avérer déprimante.
L’idée est directement inspirée par… Pierre Gattaz. Lors d’une conférence de presse, le 17 octobre, le président du Medef suggérait l’exercice d’« un contrôle journalier » des chômeurs. Avant de nuancer : « Journalier, hebdomadaire ou mensuel, c’est un truc (sic) qu’il faut débattre. »
Le Medef exaucé
Le « truc » fait partie des idées phares du gouvernement pour mesurer l’« intensité de la recherche d’emploi » de ceux qui n’en ont pas. L’objectif est d’aider les équipes chargées du « contrôle de la recherche effective d’emploi » au sein de Pôle emploi à détecter les chômeurs dont le rapport d’activité leur paraîtrait trop mince. Et, pour faciliter la tâche des contrôleurs — qui sont aujourd’hui 200 —, Macron va multiplier les effectifs par cinq en cinq ans, comme il l’a annoncé. En voilà, des jobs nouveaux !
Et si les chômeurs oublient de remplir leur rapport d’activité ? Hop ! c’est la radiation express… Qui a dit qu’il n’existait pas de moyen simple, efficace et humain d’inverser la courbe ?
Je pense que le contrôle par écrit des chômeur⋅euse⋅s est un chiffon rouge pour nous énerver : le gouvernement n'en veut probablement pas (trop chronophage à contrôler, des chômeurs / précaires savent à peine écrire, etc.), mais va l'utiliser comme un pivot dans la négociation afin d'obtenir des compromis tellement en défaveur des travailleur⋅euse⋅s qu'il ne les aurait pas obtenus autrement.
Les syndicats pourront jouer entre mi-janvier et mi-février puis le tout sera inséré dans un projet de loi qui traitera aussi de la formation pro et de l'apprentisage et qui sera examiné au Parlement.
Vu l'étendue des sujets de négociation, on va forcément perdre des bouts… :( Peut-être sur le fonctionnement ou la parité de l'Unedic ? :(
Dans le Canard enchaîné du 27 décembre 2017.
Le feuilleton de l’incroyable partie de cache-cache de Mélenchon avec les juges d’instruction parisiens, dans une simple affaire de diffamation, continue depuis cinq ans (« Le Canard », 7/6). Depuis 2012, le journaliste du « Monde » Paulo Paranagua poursuit le camarade Méluche pour l’avoir publiquement traité de « tueur repenti », de « terroriste repenti », puis, lors d’une récidive sur son blog personnel, en 2016, de « muse de la CIA », responsable de moult exécutions en Argentine. Sans preuves…
Il faut dire que ce journaliste d’origine brésilienne, jadis militant, avait eu le toupet d’écrire des articles critiques sur le régime de Chavez. Dans deux procédures successives en diffamation intentées par Paranagua en cinq ans, Mélenchon s’est dérobé à sept reprises aux convocations des juges, dont les deux dernières, les 8 octobre et 10 novembre ! Obligeant les flics à se déplacer une demi-douzaine de fois pour tenter de lui remettre sa convoc en main propre…
En 2016, Méluche avait même fini. par bénéficier d’un non-lieu, faute, pour les juges d’instruction, fatigués par ce jeu du chat et de la souris, d’avoir réussi à le coincer pour le mettre en examen ! Une stratégie payante, donc. Après ses nouvelles attaques sur son blog personnel, le 15 novembre 2016, Mélenchon s’était attiré une mise au point cinglante du patron du « Monde », Luc Bronner, dénonçant, le lendemain dans ses colonnes, « une récidive dans l’insulte et la provocation (…) dans des termes totalement inacceptables », ainsi que « certaines accusations à l’évidence diffamatoires ». Face à cet art consommé de la dérobade, le nouvel avocat du journaliste, Me Toledano, vient de réclamer un mandat de comparution contre Mélenchon.
Pour faire venir le Lider maximo de La France insoumise, il faut des demandes maximales !
Je constate que, FI comme FN, on fuit la justice. Comment croire que ces gens-là la renforceront (ou, au moins, ne la raboteront pas) s'il⋅elle⋅s accèdent au pouvoir ?
Dans le Canard enchaîné du 27 décembre 2017.
Par un arrêté passé inaperçu (« Journal officiel », 17/11), Gérald Darmanin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, vient de confier à un algorithme la surveillance de tous les contribuables français. Un programme intelligent, baptisé « modélisation prédictive des fraudes fiscales », censé détecter automatiquement les profils de resquilleurs.
Pendant deux ans — et d’abord à titre expérimental —, CFVR (pour « ciblage de la fraude et valorisation des requêtes ») va brasser, dans le dos des contribuables, des centaines de milliers de données les concernant, « à la recherche d’atypies (sic) ». Une sorte de délit de faciès fiscal.
Une vingtaine de fichiers de la Direction générale des finances publiques (DGFIP) seront ainsi passés au tamis : impôt sur les revenus, comptes bancaires, taxe d’habitation, données patrimoniales, contrats de capitalisation et d’assurance-vie, tout y passera.
Comme c’est encore un peu maigre, le logiciel croisera aussi les données appartenant à « d’autres administrations, nationales et étrangères », et à « des organismes sociaux ». Et, poire pour la soif, il avalera également « des données provenant de bases privées », prévient l’arrêté, sans plus de précisions.
Sollicitée par « Le Canard », la DGFIP n’a rien révélé des superpouvoirs de son algorithme. Silence radio, aussi, du côté de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), qui a donné son
feu vert sans moufter.C’est une habitude de la maison.
La CNIL a émis des réserves et des réclamations. Voir : Fraude fiscale : Bercy va utiliser du « data mining » pour cibler les particuliers.
Dans le Canard enchaîné du 27 décembre 2017.
Premier questeur de l’Assemblée, le député LRM Florian Bachelier est sorti humilié d’une réunion du bureau qui s’est tenue le 20 décembre.
Il voulait renoncer à l’achat, pour 63 millions d’euros, de l’hôtel de Broglie, rue Saint-Dominique, à deux pas du Palais-Bourbon. Proposition rejetée à l’unanimité moins une voix : la sienne !
Il entendait augmenter de 10 % l’enveloppe destinée à la rémunération des collaborateurs parlementaires. Même vote, et même refus, à la quasi—unanimité.
Cette offensive de Bachelier a d’ailleurs conduit le président de l’Assemblée, François de Rugy, à fixer de nouvelles règles : seul le bureau pourra donner son aval à des dépenses excédant 1 million d’euros.
En attendant, les mauvais esprits pourront constater que les députés veulent bien dépenser 63 millions d'euros pour obtenir de nouveaux bureaux mais qu'ils rechignent à en engager 10 pour mieux payer leurs collaborateurs.
En effet, je constate. D'autant qu'une enveloppe plus elevée pour embaucher plus d'assistant⋅e⋅s (afin de couvrir / suivre plus de sujets) et/ou mieux rémunérer ces travailleur⋅euse⋅s acharné⋅e⋅s de l'ombre, ça ne serait vraiment pas du luxe. :'(
[…]
Le ton avait été donné au petit déjeuner entre les membres LRM du bureau, juste avant que celui-ci se réunisse :
« Si la défends les propositions devant le bureau, tu vas dans le mur, tu vas être minoritaire », avait averti Rugy.
« Tu me rappelles l’épisode Chirac-Sarkozy, avait renchéri le vice-président Hugues Renson, quand le premier avait dit au second : “Je décide, il exécute.” Le bureau décide et la questure exécute. »
En dépit de ces mises en garde, Florian Bachelier a tenté un passage eäforce, espérant que les députés de l’opposition iraient dans son sens.
Raté ! Du coup, des députés LRM évoquent une possible démission de leur camarade en janvier, en même temps que celle, déjà programmée, de Thierry Solère.
En toute solidarité…
Ha ouais… Chez En Marche, le simple fait de proposer des idées (un peu) novatrices est un motif d'exclusion… Ça donne envie ! :(
On rappelle les autres cadeaux décidées par la questure actuelle :
Dans le Canard enchaîné du 27 décembre 2017.
La machine à purges massives s’emballe, dans la Turquie du président Recep Tayyip Erdogan, qui avait jadis tenté de survendre à l’Europe une image angélique d’islamiste « modéré ».
Le 24 décembre, 2 756 fonctionnaires turcs ont été renvoyés, perdant jusqu’ à leur couverture santé. Parmi eux, 637 militaires et 105 universitaires, mais aussi des agents des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères.
Accusés, en vrac, de terrorisme, ces bannis ne seront plus jugés en civil mais affublés du nouvel uniforme que porteront les comploteurs présumés (« lemonde.fr », 24/12). Ils rejoindront ainsi les 55 000 personnes arrêtées et les 140 000 limogées ou suspendues de leurs fonctions depuis le « coup d’Etat » manqué du 15 juillet 2016.
Le lendemain, 25 décembre, 17 membres du journal d’opposition « Cumhuriyet » comparaissaient pour la cinquième fois devant la justice, accusés, eux aussi — comme 153 journalistes —, d’avoir fomenté un putsch contre Erdogan. L’un d’eux, Ahmet Sik, emprisonné et à l’isolement depuis le 29 décembre 2016, qui avait notamment révélé les liens entre Daech et Ankara, a été brutalement expulsé de la salle d’audience pour cause de défense « trop politique ». Le journaliste, lauréat du Prix mondial de la liberté de la presse de l’Unesco, a lancé aux magistrats : « Vous serez jugés demain à votre tour. Et je vous souhaite un autre tribunal que le vôtre ! »
Et insolent, en plus…
Dans le Canard enchaîné du 27 décembre 2017.
« Il était triste, penaud, il voulait s'excuser auprès de nous… » De hauts magistrats racontent le coup de fil contrit reçu de Jean-Jacques Urvoas après l'article du « Canard » décrivant la transmission à Thierry Solère d'informations secrètes sur une enquête judiciaire le visant.
La note, d’une page et demie, avait été rédigée par la Direction des affaires criminelles et des grâces, à la demande expresse du ministre de la Justice. Y était relatée l’enquête pour fraude fiscale, trafic d’influence et recel d’abus de biens sociaux… « Si les faits étaient avérés, évidemment, ce serait une affaire très grave en termes d’éthique et de comportement », a prévenu Nicole Belloubet, l’actuelle garde des Sceaux.
La bévue est même pénale, et passible de la Cour de justice de la République (CJR) pour violation du secret professionnel. Saisie par Jean-Claude Marin, le procureur général de la Cour de cassation, la commission des requêtes de la CJR devrait rendre sa décision courant janvier. Merci pour ces étrennes !
Les tuyaux de Beauvau
L’affaire, qui a secoué le monde politique et judiciaire, fournit de solides arguments aux partisans de l’indépendance des procureurs. Elle pourrait même ouvrir la porte à une réforme constitutionnelle, jusqu’ici régulièrement retoquée.
Pourtant, même si la Chancellerie reste bien alimentée par les informations remontant du parquet, elle ne saurait rivaliser avec l’usine à tuyaux que représente la Place Beauvau. A son poste, le ministre de l’Intérieur sait tout — absolument tout — des enquêtes judiciaires. Bien plus que le ministre de la Justice, s’entend. Il a même connaissance de tous les actes programmés par la police judiciaire : perquisitions, gardes à vue, mises sur écoute, entre autres. A bon entendeur…
Chaque jour vers 18 heures, le « dossier ministre », qui contient des « notes d’information » sur les affaires les plus délicates, est déposé sur son bureau. Quand le contenu est particulièrement chaud, le directeur de la police judiciaire et son supérieur, le grand patron du poulailler, viennent de vive voix détailler l’enquête à leur ministre. En dehors des remontées spontanées, le locataire de Beauvau peut réclamer « une note particulière ». « Généralement, c’est urgent, raconte un commissaire. Et on trouve souvent la trace de ce qu’on a écrit quelques jours après dans la presse… »
« Il est illusoire de croire que ces remontées d’infos vont disparaître, fulmine ,un procureur. Si la loi instaurait cette rupture, elles se feraient en douce. A la Justice, où elles sont légales et encadrées, on voit ce qui est arrivé. C’est encore pire à l’Intérieur. »
Dire que Jean-Jacques Urvoas rêvait d’être le premier flic de France…
Intéressant. Évidemment, je ne partage pas l'avis sur "l'encadrement légal ne sert à rien, ça sera détourné, lol" : si elle est bien faite, la loi permettra de poser un cadre et de sanctionner les abus que l'on découvrira.
Dans le Canard enchaîné du 20 décembre 2017.
Ni vu ni connu, le gouvernement a discrètement offert un petit cadeau à un paquet de grands élus : maires de communes de plus de 100 000 habitants, mais aussi présidents de conseil de métropole, de communauté urbaine, de communauté d’agglomération et de communauté de communes de 100 000 habitants et plus. N’en jetez plus !
Dans la nuit du vendredi 15 au samedi 16 décembre, à 1 h 27 du matin, le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, est venu en personne à l’Assemblée soutenir un amendement très aimable envers tout ce beau monde — plus encore que celui qui avait été adopté au Sénat, quelques jours plus tôt.
L’idée est de permettre à l’ensemble de ces présidents d’exécutifs locaux d’obtenir une indemnité supplémentaire allant jusqu’à 40 % de leurs indemnités respectives, « à condition que ne soit pas dépassé le montant total des indemnités maximales susceptibles d’être allouées aux membres de l’organe délibérant hors prise en compte de ladite majoration ».
Traduction de ce jargon par un fin connaisseur : « Dans les collectivités où le maire ou le président a un poids important, ce sont les petits élus qui lui offriront ce cadeau en rognant sur leurs indemnités. »
Joyeux Noël à tous !
Dans le Canard enchaîné du 20 décembre 2017.
Un silence assourdissant ! Emmanuel Macron n’a rien trouvé à dire. Angela Merkel non plus. Et Jean- Claude Juncker encore moins… Après douze ans d’absence, le parti d’extrême droite FPO revient en force au gouvernement en Autriche.
Pour la première fois, le parti conduit par Heinz—Christian Strache arrache six porte-feuilles, dont trois ministères régaliens (Défense, Intérieur et Affaires étrangères).
Grand copain de bal de Marine Le Pen, le nouveau vice-chancelier Strache a longtemps appartenu au groupe néonazi Wiking-Jugend (« Jeunesse viking »). Mais, à part ça, tout est normal !
Histoire de rassurer l’Union européenne, le chancelier conservateur Sebastian Kurz promet que les dossiers européens ne seront pas traités par la ministre des Affaires étrangères FPO. Il prétend aussi que le parti d’extrême droite n’organisera pas de référendum sur la sortie de l’UE (« La Croix », 19/12). Ce très jeune dirigeant (31 ans) sera-t-il capable de maintenir le cap ou bien ne sera-t-il que la marionnette du parti brun ?
Pour sceller leur alliance, les deux leaders autrichiens avaient choisi de se retrouver au mont du Kahlenberg. Chaque année, les identitaires viennent y célébrer la victoire, en 1683, des armées chrétiennes sur les musulmans de l’Empire ottoman.
Ils n’ont pas encore réclamé le retour de l’Empire austro-hongrois, mais cela ne saurait tarder…
Résumons :
Jusque-là, tout va bien dans l'Union européenne ? :-
Dans le Canard enchaîné du 20 décembre 2017.
Le problème avec la théorie du ruissellement, c’est que beaucoup restent à sec. Si, avec la mondialisation, il y a moins de crève-la-faim, plus de riches meurent d’excès, et pas seulement pendant les fêtes. Les pauvres le sont un peu moins, mais les riches le sont bien plus, et les inégalités s’accroissent, la preuve par le premier rapport sur les inégalités mondiales rédigé par Thomas Piketty et une centaine d’économistes. Où l’on apprend qu’entre 1980 et 2016 le 1 % de la population la plus fortunée de la planète a capté 27 % des richesses mondiales produites, et les plus pauvres seulement 12 %.
Les inégalités augmentent, mais de façon très inégale. La palme revient au Moyen-Orient, où les 10 % les plus aisés s’arrogent 61 % des richesses produites. Les émirs qataris et autres princes saoudiens ne sont pas très partageurs. Pareil en Inde, où le système de castes continue de faire des émules. Comme au Brésil, en dépit du passage à la présidence de l’ouvrier Lula. Pas de quoi casser les Brics !
L’Afrique subsaharienne n’est pas mieux lotie, qui voit 10 % de la population s’arroger plus de la moitié des richesses. Aux Etats-Unis, c’est moins de la moitié (47 %). Mais le pays de Mickey et de Donald Trump est celui où les inégalités ont le plus progressé en trente-cinq ans. Les miliiardaires du Net, de l’informatique et du téléphone ne sont pas près de raccrocher.
Cent ans après la révolution bolchevique, la Russie, elle, a le triste privilège de faire aussi bien que les yankees en matière d’inégalités, merci camarade Staline. Et les Chinois ne sont pas loin : 10 % de la population se réserve 41 % des richesses. Sept cents millions de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté mais restent pauvres, merci camarade Mao.
La vieille Europe demeure le continent le moins inégalitaire de tous. Les 10 % les plus aisés ne se partagent que 37 % du revenu global. L’Etat providence n’a plus la cote, mais ses vertus redistributives se font toujours sentir. La progressivité de l’impôt n’a pas eu que des effets négatifs, et, comme le soulignent les auteurs, « les politiques publiques ont un fort impact sur les inégalités ».
Il fallait bien mobiliser 100 économistes pour le découvrir.
Dans le Canard enchaîné du 20 décembre 2017.
Depuis 2014, une start-up choisit les toilettes publiques comme support publicitaire, dans les bars, les cafés, les restaurants mais aussi les théâtres, les musées, etc. Un concept qui séduit les annonceurs.
[…]
Actuellement, Little Corner a tissé un réseau de plus de 1 200 écrans installés dans plus de 200 sites partout en France dont les restaurants Costes, le théâtre Mogador, le Carrousel du Louvre, l'espace Champerret... Mais aussi des bars sportifs qui diffusent les matchs de rugby. Quand on sait que 75 % des gens qui viennent dans un café vont aux toilettes, les pauses pipi des soirs de matchs permettent à l'entreprise d'enregistrer de beaux scores.
La société, qui réalise cette année 1 million d'euros de chiffre d'affaires, prévoit d'ici 2019 un parc d'au moins 8 000 écrans. Elle a déjà convaincu des grands comptes comme Carrefour, BNP, Warner Bros, Orange et tous les VTC de diffuser leurs publicités sur ses supports. « Un publicitaire cherche l'efficacité là où ça marche », indique le dirigeant. Or, selon lui, les messages seraient, sondages à l'appui, bien mieux mémorisés au petit coin qu'ailleurs. Le taux de mémorisation d'un contenu ou d'une marque y serait de 84 %, contre 75 % au cinéma, 30 % à la télévision et 10 % sur Internet. « Aux toilettes, la personne est seule, sans éléments distractifs », commente Efraim Clam et donc plus captive.
Ce dernier a poussé son concept plus loin avec une innovation unique au monde, développée avec son associé Dominique Truel : chaque écran installé est doté de capteurs thermiques intelligents capables de mesurer en temps réel le nombre d'utilisateurs devant l'écran et le temps passé. […] Avec cette technologie, l'entreprise peut vendre à l'annonceur une audience réelle. Ainsi, celui-ci ne paie que le nombre de messages totalement vus, soit 3 centimes d'euro l'unité. L'entreprise verse ensuite un tiers de ces revenus au propriétaire du lieu.
On n'arrête pas le progrès… :'(
Via le Canard enchaîné du 20 décembre 2017.
Quand le⋅a prolo est prié⋅e de pleurer le sort des élites déchu⋅e⋅s. On se moque du monde ! Je trouve ça très victimisant en mode "toi, là, méchant⋅e citoyen⋅ne, tu les a mis au chômage, c'est très très vilain, t'en es conscient ?!". C'est indécent. C'est à gerber.
Si l'on regarde qui a lancé / relayé ça : Le Figaro (famille Dassault, 5e fortune de France), Le Point (Pinault, 7e fortune de France), Orange, Closer (FinInvest, gigantesque holding italienne contrôlée par la famille Berlusconi), Ouest France et RTL (famille Mohn, 39e fortune de France). L'élite financière cherche à défendre les intérêts de ses petit⋅e⋅s camarades de jeu qui l'ont bien aidé, quoi.
N’empêche, ça pose à nouveau la question du train de vie que l’on paye à nos élu⋅e⋅s. Fastueux, il les embourgeoise, ce qui contribue, à mon sens, au fameux détachement des élites et au peu de renouveau des élu⋅e⋅s.
Je copie des extraits de ces tas de merde afin que l'histoire n'oublie pas :
« Tu sers ton pays comme parlementaire et comme ministre, en essayant de faire de ton mieux. Tu consacres une partie de ta vie à ton pays. Il n'y a rien en retour, ni statut de l'élu ni création de passerelles pour permettre de retrouver un emploi », persifle un ancien ministre sous le sceau de l'anonymat dans les colonnes du quotidien. Car contrairement à une idée reçue, les ex-ministres ne perçoivent pas de salaires à vie. Depuis un décret signé en 2012 par Hollande, l'indemnité atteint 9 440 euros brut mensuel pendant trois mois, sous réserve que l'allocataire n'ait pas retrouvé une activité rétribuée et que sa déclaration de patrimoine à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ait été correctement remplie.
Seulement 9000+ euros brut pendant 3 mois. Comme c'est triste. :'( Sans compter les salaires accumulés.
Les députés sont mieux lotis. Une fois leur mandat terminé, les élus touchent une allocation dégressive de retour à l'emploi pendant six mois, le temps pour eux de se remettre en selle.
Ça va bien, le mensonge, le Point ?! Il s’agit d’une allocation dégressive durant 3 ans dont plein salaire pendant 6 mois. On parle donc de 6000 € bruts pendant 6 mois puis 4200 € bruts pendant 6 mois puis 3000 € bruts puis 2400 € puis 1800 € bruts et enfin 1200 € pendant 6 derniers mois. Il s’agit donc d’un régime différent du salariat classique (57 % pendant 2 ans, max 3 pour les personnes "âgées" + salaire plus élevé).
« Je ne rentrais dans aucune case du formulaire. Le conseiller m'a reçue, mais il ne savait pas bien quoi faire pour m'aider », se souvient l'ancienne députée socialiste des Yvelines Françoise Descamps-Crosnier.
Ho, ceux et celles qui ont mis en place ce système découvrent qu'il est inhumain et qu’il ne prend pas en compte les spécificités de chacun⋅e. Comme c'est touchant. :’)
« C'est violent [...] Il y en a qui frisent la dépression, qui n'arrivent plus à joindre les deux bouts. Mais ça, on ne peut se le dire qu'entre nous », se désole dans le Figaro Christophe Cavard qui évoluait dans l'hémicycle sous la bannière de l'Union des démocrates et des écologistes.
Ha bah, voilà ce que ça fait de s'aclimater à un train de vie qui survole les nuages. Comme on dit à un⋅e français⋅e moyen⋅ne sur-endettée : va falloir apprendre à vivre autrement, les petit⋅e⋅s.
Plutôt que de demander la fameuse carte rose bien connue des demandeurs d'emploi, certains élus et ministres optent pour l'entrepreunariat. C'est le cas de Myriam El Khomri. Le porte-étendard de la loi travail peut se targuer aujourd'hui d'avoir monté sa société. « Je n'ai pas connu de difficultés particulières parce que j'ai vite monté ma propre entreprise de conseils aux entreprises dès le mois d'octobre. J'ai commencé à travailler sur plusieurs missions dans le domaine de la qualité de vie au travail », relate-t-elle au Figaro.
Tu complexifies la loi -> tu donnes des conseils. Bien vu. N’empêche, « El-Khomri » et « qualité de vie au travail » dans une même phrase, ça pique.
Mais ce n'est pas donné à tout le monde. « Ce n'est pas simple de retrouver du boulot quand on ne fait pas partie d'un réseau, de la haute fonction publique, qu'on n'est pas énarque », peste un ancien ministre, qui note avec amertume que la fameuse promo Voltaire de l'ENA, celle de François Hollande, ne compte aucun chômeur dans ses rangs.
Bienvenue dans le monde réel dans lequel Pôle Emploi est inefficace, car l'écrasante majorité des recrutements se font par cooptation.
Certains ne se battent même plus pour retrouver un poste dans les plus hautes sphères, mais "pour vivre" : "S'il faut vendre des pizzas, j'irai en vendre. Il faut que je travaille."
Ho, les pôôôôôôôôôôôôvres ! :'(
Emmanuelle Cosse, ancienne ministre du Logement peine aussi à trouver un travail, même si elle est encore conseillère régionale d’Île-de-France. Elle expliquait en août dernier postuler auprès des dirigeants qu’elle a côtoyés lors de ses précédentes responsabilités.
Pantouflage, quand tu nous tiens. :)
Autre voie de reconversion pour les politiques déchus : les plateaux de télévision et les radios, qu’ils fréquentaient assidûment lorsqu’ils avaient un mandat. À droite, Roselyne Bachelot avait montré la voie à suivre en devenant chroniqueuse sur D8 dès 2012. Ses collègues l’ont imité. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy et battu lors des dernières législatives Henri Guaino officie désormais comme éditorialiste à Sud Radio, tandis que Jean-Pierre Raffarin, ancien Premier ministre de Jacques Chirac et longtemps sénateur est, lui, chroniqueur sur France 2.
Du côté des socialistes, le proche de François Hollande Julien Dray et ex-député de l’Essonne jusqu’en 2012 intervient régulièrement sur LCI, tandis que l’ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti fait partie de la bande de l’émission « On refait le monde » sur RTL.
J'ai vécu sans sérénité avec ma seule retraite de députée, 1.400 € par mois".
Holalalala dis donc ! Évidemment, t'avais pas mis d'argent de côté. ;)
"Dans le populisme ambiant, pas le droit de se plaindre, on est obligés de rester silencieux. On ne peut pas dire qu'on galère", soupire un ancien ministre de François Hollande qui préfère rester anonyme.
On en oublierait presque les récents émois de cette parlementaire En Marche, en souffrance, obligée de "manger des pâtes" parce que son salaire de députée est bien inférieur à ce qu'elle touchait dans le privé.
Que ces médias arrêtent de jouer sur les mots : ce sont des nanti⋅e⋅s, qui se sont acclimaté⋅e⋅s à un train de vie superflu qu'il⋅elles ne peuvent plus se payer. Comme on l’explique à un⋅e sur-endetté⋅e lambda : zont qu'à apprendre à redescendre et à vivre plus sainement.
Via https://twitter.com/Monolecte/status/946875690523217920 via https://twitter.com/bortzmeyer .
Je suis curieuse. Je n’y peux rien, même si on dit que c’est un vilain défaut, c’est une partie insatiable de ma personnalité : j’adore découvrir et apprendre de nouvelles choses. Ce qui me transcende lorsque j’apprends, c’est de découvrir un petit quelque chose qui élargira ma vision du monde. Alors je cherche, je lis, j’accumule des connaissances, je découvre de nouvelles façons de penser et parfois, j’ai un déclic, dû à une phrase, un mot, une tournure qui rend évident quelque chose, et mon univers s’agrandit.
Mais pour que cette petite étincelle arrive, pour que je puisse avoir des étoiles dans les yeux en comprenant un nouveau concept, j’ai besoin d’être inspirée.
L’inspiration n’arrive pas toute seule
Heureusement, je suis entourée de personnes qui aiment partager leurs connaissances et leurs découvertes.
[…]
Alors je vous en prie, prenez le temps, régulièrement, d’écrire, de prendre en photo, de filmer, afin qu’il soit possible de retracer ce que vous réalisez. Car quelque part, il y a forcément des personnes qui sont interessées par vos connaissances, pour apprendre elles aussi de vos erreurs et de vos expériences, pour avancer et progresser. Il y aura toujours une personne qui découvrira votre domaine et sera avide de connaissances s’adressant à elle, sans prétention. Simplement pour savoir ce que vous avez vécu, ce que vous savez, ce que vous faites.
« J’ai rien à dire d’intéressant »
Évidemment, dès qu’on parle de diffuser ses connaissances, notre syndrôme de l’imposteur·se arrive à toute vitesse pour nous faire dire « De toute façon, moi, j’ai rien de spécial à raconter ».
Soyons clair·e·s tout de suite : c’est faux
Car même si vous racontiez quelque chose qui avait déjà été dit 1000 fois, c’est la façon dont vous le direz qui fait une différence. Et pour avoir entendu une même idée des dizaines de fois avant qu’une formulation, une métaphore, une image ne s’impose à moi comme une évidence, il aura fallu un certain nombres de personnes qui se seront répétées.
De plus, nous sommes malheureusement bombardé·e·s d’informations inintéressantes nous répétant de grands préceptes qui privilégient pour la plupart d’avantage l’intérêt financier et productiviste que la possibilité de s’écouter et de faire les choses pour son bien-être. Il est donc, à mon sens, très important de semer les alternatives, les expériences individuelles, pour qu’elles prennent de l’ampleur et se fassent davantage entendre.
[…]
Documentez, écrivez, partagez, même si c’est imparfait, même si vous voudriez faire plus, faites-le un peu plutôt que pas du tout, afin que nos horizons puissent s’agrandir et nos connaissances se multiplier <3
Gros gros gros gros +1. J'ai donné des raisons supplémentaires ici (la deuxième moitié du shaarli) et là (le dernier point, à la fin).
Via Johndescs.