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  • Payer en espèces, c'est participer au blanchiment d'argent, aux paradis fiscaux et au financement de la mafia russe

    Miam entre collègues. Une collègue me demande si j'ai une carte bancaire. Je réponds que oui, mais pas à l'instant, car j'essaye de payer un maximum en espèces. Et là, un autre collègue (par ailleurs vice-président du bidule qui m'emploie) intervient, sans rire :

    Donc tu participes au blanchiment d'argent, aux paradis fiscaux et au financement de la mafia russe.

    Je note… En 2018, payer en espèces est considéré par certaines personnes gorgées de responsabilités comme du financement de la mafia russe.



    C'est à ranger à côté d'un autre collègue (par ailleurs chef de service), qui a déclaré (à propos de demander si un choix est éthique ou non) :

    Le bien, le mal, c'est Daesh

    Je note… En 2018, s'intéresser aux notions d'éthique et de morale, c'est faire l'apologie de Daesh.



    Ceux et celles qui composent ce monde me désespèrent de plus en plus jour après jour…

    Mon Jun 25 14:50:15 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?dcs44g
  • [Linky] "Envoyé spécial" du jeudi 14 juin 2018 - France 2 - 14 juin 2018 - En replay

    Mes notes (enrichies par mon survol du rapport 2018 de la Cour des comptes sur le Linky) :

    • Objectifs annoncés : facturation plus juste (plus besoin de profils-type, ni d'attendre un an avant un relevé et une régularisation) et maîtrise du réseau : la consommation va augmenter (voitures électriques, toujours plus d'objets électriques dans nos domiciles, etc.), le réseau ne pourra pas suivre si l'on ne planifie pas des évolutions voire si l'on n'est pas capable de réguler la demande en quasi temps réel (sisi, c'est dans le rapport de la Cour des comptes : « Les gains résultent essentiellement de la réduction des pertes non techniques, obtenue par la limitation de la puissance disponible dans la période d’absence d’occupation des logements […] […] […] L’effacement permet pour une zone géographique la mise hors tension à distance d’équipements électriques, avec l’accord des usagers concernés, afin de limiter la consommation lorsque celle-ci est trop élevée. La mise en place de mécanismes d’effacement permet d’éviter de construire des capacités de production qui ne seraient utilisées que quelques heures par an, aux périodes de pointe. ») ;

    • Objectifs que l'on peut déduire de la démarche d'Enedis : la supervision en quasi temps réel permettra de réduire les coûts en personnel pour les opérations courantes (relevés manuels annuels, changement de puissance, etc.), de réduire le risque d'impayés (dû à la régularisation annuelle), de réduire les fuites dans le réseau (branchage sauvage et/ou lignes dégradées) et d'acheter et de vendre en flux tendu (donc au meilleur prix) l'énergie manquante (ou au contraire le trop produit) ;

    • La communication entre un Linky et l’un des 2200 postes de distribution se fait en utilisant la techno CPL, donc sans opérateur télécoms. En revanche, chaque compteur Linky peut être un relai dans la communication ;

    • La plupart des arguments mis en avant dans ce docu sont du pipeau :

      • Le Linky disjoncte dès que la puissance souscrite est atteinte alors que les anciens compteurs permettaient une tolérance ? Ben oui, on n'avait pas une technologie permettant une granularité aussi fine dans les années 70/80 ! Contrairement à ce que dit le documentaire, la famille citée ne paiera pas plus pour la même consommation, mais elle paiera sa surconsommation habituelle par rapport à son abonnement sous-dimensionné ! ;

      • Le Linky émet des ondes et un léger champ électrique. Oui, comme ton téléphone portable, comme ton four à micro-ondes, comme tes plaques de cuisson à induction, comme les trouzemilles réseaux Wi-Fi qui t’entourent en permanence, etc. !

      • Le déploiement des Linky est imposé ? Oui, par la loi (et non par Enedis), qui ne précise aucune sanction pour le⋅a consommateur⋅rice quand il⋅elle refuse le compteur (sur sa propriété privée, seul motif de refus valable), mais qui prévoit des pénalités pour Enedis pour tout compteur non déployé après 2024 (date espérée de la fin de la pose du Linky dans tous les domiciles). En revanche, la brutalité des sous-traitants d'Enedis (harcèlement, agressivité, menaces, etc.) est injustifiable !
    • Le risque pour la vie privée m’apparaît être sérieux. Linky relèvera la consommation une fois par heure à partir du 1er juillet 2018 et permet de descendre à une granularité d'une fois toutes les dix minutes. Partant de là, on peut imaginer de la publicité ciblée (forte conso en hiver -> pub pour tout ce qui permettra d'améliorer l'isolation), de l'identification des comportements (la lumière allumée régulièrement la nuit, c'est de l'insomnie (ta mutuelle et ton assurance sont au courant ?) ou la préparation d'un acte politique, tout comme la détention de livres a faillit l'être dans l'affaire dite du groupe de Tarnac ? Une conso très faible durant tes heures de présence à domicile obligatoires durant un arrêt maladie, c’est normal ? La CPAM est au courant ?), etc. Enedis a même une équipe qui bosse sur de nouveaux services : la fabrique numérique d'Enedis. À l'ère du numérique, ces données de consommation valent de l'or, donc elles seront revendues. L'éthique n'entrera pas dans l'équation des décideur⋅euse⋅s ;

    • Le rapport 2018 de la Cour des comptes sur le Linky est trèèèès instructif. Tout comme Envoyé spécial, je retiens cette phrase de conclusion : « Néanmoins, l’analyse bénéfices-coût au niveau de la distribution ne peut à elle seule justifier économiquement le projet et, en l’état actuel des travaux, le système n’apportera pas les bénéfices annoncés en ce qui concerne la maîtrise de la demande d’énergie. »

    • Une question éthique se pose : s'il faut contrôler la consommation, qui seront les consommateur⋅rice⋅s visés par le mécanisme d'effacement (arrêt à distance d'équipements électriques gourmands afin d'éviter une pointe de consommation que le réseau ne pourrait pas encaisser), mécanisme qui cessera un jour d'être du volontariat ? Est-ce que les riches seront autant visés que les pauvres, même si l'on peut considérer que ces derniers ont une probabilité plus élevée de posséder des équipements vieillots qui consomment à mort ? Est-ce qu'il y aura un abonnement premium garantissant une absence d'effacement moyennant finances ?
    Sun Jun 24 21:26:46 2018 - permalink -
    - https://www.francetvinfo.fr/replay-magazine/france-2/envoye-special/envoye-special-du-jeudi-14-juin-2018_2791053.html
  • Surveillance chinoise (suite)

    Suite de En Chine, ne bouge pas une oreille.

    « Les gens de confiance peuvent marcher tranquillement sous les cieux, ceux qui ne sont pas dignes de confiance ne peuvent pas faire un seul pas. » Voilà ce qu’on peut lire au fronton de la mairie de Suqian, une ville de 4,7 millions d’habitants située entre Pékin et Shanghai. Ce n’est pas un voeu pieux, c’est devenu la stricte réalité.

    Prenons le cas de M. Jiang, habitant de Suqian. M. Jiang n’est pas digne de confiance, il a traversé au vert, le 3 mai, au croisement de la rue du Lac-de-l’Ouest et de l’avenue du Peuple. Depuis, raconte « le Monde » (16/6), son visage a été affiché sur des écrans à des dizaines de carrefours. Non seulement M. Jiang est désigné à la vindicte populaire comme un mauvais citoyen, mais en plus il a perdu 20 points sur sa note de confiance, qui en comptait originellement 1 000. Après l’enquête des « Echos », dont « Le Canard » avait rendu compte la semaine dernière, celle du « Monde » apporte de nouveaux éléments à charge dans la description de la frénésie de contrôle qui s’empare de la Chine. Pour se racheter, comme M. Jiang va être amené à le faire, on peut donner son sang, ce qui rapporte 50 points, ou obtenir, grâce à un comportement exemplaire, la distinction de « travailleur modèle », aussi gratifiante. En fonction des points dont on dispose, on peut avoir un accès prioritaire à l’hôpital ou une réduction sur sa carte de transports publics.

    L’enquête décrit une société où chacun se méfie de l’autre. Selon un spécialiste, les notes de moralité, rendues publiques, permettraient de rétablir cette fameuse « confiance », brisée depuis l’entrée dans le capitalisme.

    Rétablir la confiance par la défiance, vaste programme, comme aurait dit le Général !

    En voilà un endroit où il fait bon vivre !

    Dans le Canard enchaîné du 20 juin 2018.

    Sun Jun 24 12:08:51 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?2b4K8w
  • L'« axe des volontaires » contre l’immigration clandestine

    On n'a peut-être pas encore vu le plus beau dans ce qu’il est convenu d’appeler la « crise migratoire ». Selon « Le Monde » (17/6), l’Autriche, « qui assurera pour six mois la présidence tournante de l'Union européenne, serait (…) en négociation avec des pays des Balkans pour y installer un camp — ou des camps — de rétention pour les déboutés du droit d’asile en attente de leur éventuel renvoi vers leur pays de départ ». Quant au ministre autrichien de l’Intérieur, il a déjà constitué, avec ses collègues allemand et italien, un « axe des volontaires » contre l’immigration clandestine.

    Des « camps », un « axe » germano-austro-italien : des mots qui fleurent bon.

    Jusque-là, tout va bien, jusque-là, tout va bien, jusque-là…

    Dans le Canard enchaîné du 20 juin 2018 (le titre est de moi).

    Sun Jun 24 12:02:41 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?M0JnLA
  • Contre la beauté

    Star mondiale de l’art contemporain, le plasticien Anish Kapoor décida, voilà deux ans, d’acheter a prix d’or le Vantablack, une couleur noire obtenue à partir de nanotubes de carbone 3 500 fois plus fins qu’un cheveu, qui, serrés les uns contre les autres, absorbent la lumière à 99,965 % et créent le plus noir de tous les noirs. Ce noir est désormais sa propriété privée.

    Avant d’être l’un des plus importants promoteurs de l’art contemporain en Angleterre, le collectionneur et marchand d’art Charles Saatchi a été le publicitaire qui a orchestré l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher.

    L’été dernier, la superstar américaine Jeff Koons présenta au Louvre, dans la salle de « La Joconde », lors d’un dîner qui se voulait très chic, une collection de sacs Vuitton où étaient reproduits la Joconde, un champ de blé de Van Gogh, un Fragonard, etc. Il décréta que ces sacs étaient des œuvres d’art.

    Pour Annie Le Brun, ces trois épisodes sont révélateurs d’une guerre implacable qui se joue actuellement, guerre menée contre la beauté, contre tout ce dont on ne peut pas extraire de la valeur, guerre qui a pour but de tout transmuter en espèces sonnentes et trébuchantes. Il ne suffit pas, en effet, aux premiers de cordée de régner sur des empires industriels, d’avoir amassé des fortunes inouïes, d’afficher la morgue de qui a la « certitude d’appartenir au très petit nombre vivant quasiment au-dessus des lois », encore leur faut-il nous imposer leur vision de l’art.

    Cet « art des vainqueurs » dispose d’une armada d’artistes-entrepreneurs, de galeristes-rabatteurs, de critiques d’art-promoteurs et de commissaires-prescripteurs qui « travaillent dans le même sens » : évacuer toute velléité critique, « faire l’impasse sur toute notion de beauté et de laideur », brouiller les pistes en organisant la « porosité du monde de l’art avec ce dont, par essence, il se difi”érenciait auparavant, le luxe, la mode, le design, la publicité », organiser un tel tapage à propos d’une poignée de gros malins tels Jeff Koons ou Damien Hirst, que les voilà internationalement tenus pour les grands artistes de ce temps, vu qu’ils sont les plus cotés.

    Dérisoire, cette guerre qui ne concernerait que le petit milieu de l’art contemporain ? Non, car il s’agit au fond de neutraliser, de détourner, de pervertir, voire d’annihiler tout nouveau langage, toute nouvelle expression qui pourrait s’opposer à la rationalité marchande. Ainsi, quarante ans après, les codes et le vocabulaire visuel de la révolte punk continuent d’être exploités par les industriels du luxe. Ainsi, alors que, « des siècles durant, arts et traditions populaires ont constitué le plus formidable barrage contre la laideur », le milliardaire Bernard Arnault s’est emparé du Musée national des arts et traditions populaires, le premier musée ethnographique, créé en 1937 sous le Front populaire. Il s’appelle désormais Maison LVMH-Arts, Talents, Patrimoine.

    Le Front populaire dans un sac Vuitton… faut-il vous l’emballer ?

    Laurent Obertone évoque aussi ce sujet dans son livre La France Big Brother (mon avis), notamment sous l'aspect "l'art moderne est excluant, il a pour but de permettre à une élite qui a déjà réussi dans d'autres domaines de désigner ce qui provoque des émotions ou non, et, ce faisant, qui est dans le coup et qui ne l'est pas (si tu partages l'avis, t'es in, sinon t'es out), ce qui permet d'uniformiser les sensibilités".

    Dans le Canard enchaîné du 20 juin 2018.

    Sun Jun 24 11:57:05 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?-HVyBw
  • Les États-Unis se retirent du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU - France 24 - Liens en vrac de sebsauvage

    Je ne vois pas de problème. Avec la peine de mort toujours en vigueur dans plusieurs États, la torture, le camp de Guantánamo, l'espionnage numérique de masse, les frappes par drone sans procès, la politique impérialiste ainsi que la politique migratoire et anti-IVG de Trump, les États-Unis ont une vision très étriquée des droits de l'Homme depuis des décennies.

    Ce départ lève l'hypocrisie qui consiste à vouloir apprendre les droits de l'Homme aux autres quand on ne se les applique pas à soi-même. La France devrait en prendre de la graine.

    Sur ce point, je rejoins ambassadrice de Washington à l'ONU :

    « Pendant trop longtemps, le CDH a protégé les auteurs de violations des droits de l’homme et il a été un cloaque de partis pris politiques », a-t-elle fustigé en s’en prenant particulièrement à la République démocratique du Congo (RDC), qui y siège, tout comme au Venezuela, à la Chine, à l’Egypte ou à l’Iran.
    Le CDH est certes « imparfait », s’est émue l’ancienne diplomate américaine Suzanne Nossel. « Aucun instrument multilatéral ne peut être pur ou presque parfait (…). Ses défauts sont les défauts des Etats membres qui sacrifient parfois les droits humains au profit d’objectifs politiques ou économiques », a-t-elle assuré, déplorant la décision de Washington.

    Oui, l'ONU a toujours été à géométrie variable. Notamment quand 5 États peuvent mettre le monde à feu et à sang ou s'y opposer. Notamment quand une guerre devient propre car elle se déroule sous mandat de l'ONU. Fumisteries.

    On rappellera que l'Arabie Saoudite (entre autres) est membre du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, ce qui en démontre la valeur, aussi élevée que celle d'une Légion d'honneur distribuée à tout-va aux copains et copines.

    Pour l'instant, la presse relate que les États-Unis n'ont pas claqué la porte par honnêteté, mais en répression aux résolutions prises contre l'Israël. Je pense surtout que c'est un joli écran de fumée qui arrange bien les ricain⋅e⋅s. Coup double.

    Sun Jun 24 10:09:57 2018 - permalink -
    - http://sebsauvage.net/links/?jmCZyQ
  • Étienne Klein : la structure fondamentale de la matière : le boson de higgs [EN DIRECT] - YouTube

    WOW, superbe vulgarisation chez Thinkerview. Je recommande.

    • Lois de la physique qui ne correspondent pas avec ce qu'on observe. Soit changer la loi, soit constater qu'elle a raison mais qu'on ignorait un des éléments qui la compose ;

    • Une interaction entre particules fondamentales se matérialise (se transmet) par un champ dans l'espace. Ces champs sont caractéristiques de l'interaction subie par une particule. Dans le monde de l'infiniment petit, il y a 3 interactions :

      • L'interaction électromagnétique, matérialisée par un échange de photons). Quand deux électrons se repoussent par la force électrique, ils s'échangent des photons (de masse nulle) en permanence ;

      • L'interaction nucléaire faible (responsable de la désintégration d'un neutron en protons / électrons, responsable de la consommation lente de son hydrogène par le soleil, etc.), matérialisée par les bosons W+, W- (de masse élevée, ce sont des particules lourdes) et Z0 (masse nulle) ;

      • L'interaction nucléaire forte (à l'intérieur d'un noyau, entre les quarks), matérialisée par les gluons ;

      • La gravitation est si faible au niveau des particules qu'on ne la prend pas en compte.
    • Si la masse des particules qui matérialisent une interaction est nulle, alors la portée de cette interaction est infinie. À l'inverse, si la masse est élevée, la portée de l'interaction est très faible (un millionième de milliardième de mètre) ;

    • Nom des particules qui ne subissent pas l'interaction forte : leptons. Nom de la catégorie des particules qui la subissent : hadron ;

    • Ces interactions sont décrites depuis la 2e moitié du 20e siècle dans le modèle standard de la physique des particules. Problème : si les équations de ce modèle sont correctes, alors la masse de toutes les particules qui matérialisent une interaction devrait être nulle, donc l’interaction devrait être d'une portée infinie. Si ces particules ont une masse nulle, alors les particules qui la subissent doivent aussi avoir une masse nulle. Or, les électrons, les bosons, etc. ont une masse non nulle ;

    • En 1964, Englert, Brout et Higgs font l'hypothèse que le modèle standard des particules est correct, mais que nous nous trompons sur la définition de la masse : masse et matière ne sont pas forcément imbriquées. Une particule n'a pas une masse du simple fait qu'elle est une particule de matière, mais elle en acquiert une via une interaction avec le vide… qui n'est en fait pas vide. Un champ (de Higgs) serait présent en tout point de l'univers. Toutes les particules auraient une masse nulle et c'est l'intensité de l'interaction avec ce champ qui donne une impression de masse ;

    • La masse d'un corps n'est pas forcément égale à la masse des corps qui le constitue. Exemple : dans le corps humain, la somme des masses de nos particules élémentaires (électrons et quarks) représentent quelques pourcents de notre masse totale. Notre masse principale vient de E=mc² : nos particules interagissent violemment entre elles, ces interactions déploient une certaine énergie qui correspond à une masse effective ;

    • En juillet 2012, on observe des signaux de la présence du boson de Higgs. Donc toute l'hypothèse se confirme. Le modèle standard est désormais complet : toutes les particules exigées pour son fonctionnement ont été détectées. Les collisions dans le LHC ont permis de reproduire des conditions de l'univers primitif qui n'existent plus aujourd'hui comme la température (l'univers s'est considérablement refroidi). Ainsi, nos bosons de Higgs ont une durée de vie de 10^-23 secondes ;

    • À la naissance de l'univers, le champ de Higgs n'existait pas, donc les particules élémentaires n'avaient pas de masse, donc elles se déplaçaient à la vitesse de la lumière, donc la théorie de la relativité générale nous dit que ces particules n'avaient pas de temps propre puisqu'aucun révérenciel temporel ne peut leur être associé. Tout d'un coup, le champ de Higgs apparaît dans tout l'espace, les particules élémentaires se couplent plus ou moins intensément à ce champ, ce qui leur donne une masse non nulle, qui engendre un temps propre. Qu'est-ce qui a déclenché ça ? Peut-être une rupture spontanée de symétrie ;

    • Le modèle standard ignore la gravitation. Or, si l'énergie augmente, la gravitation va intervenir. Nouvelle question : comment résoudre le modèle standard et la relativité générale ? ;



    • Matière noire ? Si la force qui décrit le mouvement des galaxies est la gravitation, comment expliquer que, pour prévoir ces mouvements, il nous faut ajouter à nos calculs de relativité 10 fois plus de masse que celle que l'on observe ? On présume l'existence d'une matière noire, d'une matière qui n'émet pas de lumière et qui agirait sur la gravitation des galaxies. Cette matière noire n'est qu'une explication parmi d'autres ;

    • Hypothèse de l'inflation ? Le principe d'inertie énonce qu'un corps qui est soumis à aucune force a un mouvement rectiligne et uniforme. Or, en tout point de l'univers, il y a la gravitation donc tous les corps présents dans l'univers subissent au moins une force. Donc le principe d'inertie n'est pas observable. Ou alors la gravitation n'est pas une force ? Einstein démontre cela : la gravitation n'est pas une force, mais une déformation de l'espace-temps. La terre aurait un mouvement inertiel (rectiligne), la courbure de l'espace-temps la fait tourner autour du soleil. L'univers observable est plat (pas 2D, mais on ne constate pas une courbure généralisée). Pourquoi c'est plat ? Inflation. Dans l'univers primordial, les distances ont augmenté de 10^50 dans un temps restreint de 10^-32 secondes. Donc, en moins d'un instant, l'univers a acquit la moitié de sa taille observable. Dans ces conditions, il est possible que nous observions une portion seulement de l'univers, car la courbure généralisée échappe à notre observation ;
    Sat Jun 23 22:51:10 2018 - permalink -
    - https://www.youtube.com/watch?v=KJQl--wHQSM
  • Parcoursup, loi Orientation et Réussite des Étudiants, et réforme du lycée

    Je cherchais des textes argumentés sur tout ça. Parmi ce que j'ai lu et écouté, je retiens et je conseille la lecture de (liste non ordonnée) :

    • Parcoursup : vers la nouvelle université capitaliste et l’accentuation des inégalités ;

    • Idéologique, injuste, infaisable: Parcoursup, largement refusé, va-t-il imploser? ;

    • La réforme Macron de l’université ;

    • Qu’en est-il des trajectoires sinueuses?.

    Je retiens :

    • Accroissement du nombre d'étudiant⋅e⋅s. Essentiellement fabriqué par les barrières imposées à l'entrée des grandes écoles et par la démocratisation scolaire de la moitié des années 85 qui n'a pas été accompagnée des moyens nécessaires ;

    • Les universités manquent de moyens pour augmenter leur capacité d'accueil, notamment dans les secteurs d'avenir (droit, social, santé, sport)… Ce que l'on nomme filières en tension, lolilol ! Manque exacerbé par l'autonomie des universités (loi LRU) qui les a mises en concurrence ;

    • Le tirage au sort injuste d'Admission Post-Bac (APB) dans les filières "non sélectives" est surjoué, semble-t-il, puisqu'il concernait 1 % des environs 800 000 lycéen⋅ne⋅s en 2017… ;

    • La non-optimalité d'APB semble également surjouée puisque ce que le gouvernement nomme « échec d’orientation » est en réalité une réorientation après la première année qui concernerait 50 à 55 % des étudiant⋅e⋅s. Où est l'échec d'avoir tenté une filière, d'avoir compris que ça ne correspond pas à ses aspirations et/ou à ses compétences et recommencer ? D'autant que la méthodologie et les filières sont différentes entre le lycée et l'université… Prévoir ce qui va t’intéresser relève de la divination… ;

    • Solutions (à part augmenter les moyens des universités, bien entendu) ? Soit on fait la carte scolaire (affectation en fonction du lieu de résidence) qui engendre des inégalités territoriales (école de pauvres, école de riches) donc de la tension sociale (des catégories de personnes qui ne se connaissent pas). Soit on fait une sélection au mérite comme dans les grandes écoles, ce qui entraîne un système malsain de compétition et d’absence de réflexion sur le fond des choses. Soit on fait de l'appairage de vœux hiérarchisés par l'étudiant⋅e (c'était APB, avec un classement en plus dans les filières sélectives, donc au mérite) et on génère du stress chez les futur⋅e⋅s étudiant⋅e⋅s en liste d'attente tout l'été en attendant que des étudiant⋅e⋅s plus haut dans la hiérarchie se désistent pour un de leur choix plus prioritaire. Soit on fait des critères à mi-chemin entre le mérite, le lieu d'habitation et autres (c'est Parcoursup). En plus de ça, on peut décider d'avoir des critères uniformes à l'échelle nationale ou des critères locaux ou les deux (Parcoursup est dans ce cas). Si les critères ne sont pas centralisés, on est dans un système dans lequel deux diplômes avec le même intitulé ne signifient pas la même chose et on retombe sur le problème des inégalités territoriales… ;

    • Parcoursup est une généralisation à toute l'université du principe de classement déjà appliqué dans les grandes écoles et dans les filières "en tension" ;

    • Quels sont les problèmes de Parcoursup ?
      • Les universités manquent de moyens humains pour examiner les dossiers… C'pas grave, un programme informatique qui fera le tri. Du coup, les CV et les lettres de motivation seront ignorés. Bah du coup, on retombe sur un système au mérite. Ha, ben non, parce qu'avec les autres critères ubuesques, notamment le lieu de résidence, ce n'est pas forcément les mieux noté⋅e⋅s qui seront les mieux classé⋅e⋅s ;

      • On continue la guéguerre entre les universités commencée avec la LRU… Avec la loi ORE, chaque université doit continuer être attractive, donc chacune propose des parcours et des diplômes différents. Avec la réforme du lycée, les options dès la seconde (déjà existantes) et le contrôle continu pour 40 % de la note finale du Bac créeront des parcours différenciés qui seront ou non excluants. C'est cohérent. C'est individualisé, comme un cocon. C'est une illusion… ;

      • C'est un changement profond de mentalité : les lycéens n'entreront plus à l'université pour acquérir le savoir, mais pour « devenir les entrepreneurs de leur orientation post-bac cherchant à maximiser leur capital scolaire, pour maximiser leur capital économique futur ». Le⋅a lycéen⋅ne se propose à plusieurs universités, comme il se proposera plus tard à plusieurs sociétés employeuses, qui l’acceptent ou non… On passe d'un système d'affectation avec des critères contestables (comme la place du vœu dans la hiérarchie de l'étudiant⋅e ou la préférence aux étudiant⋅e⋅s de l'académie sur ceux⋅celles d'en dehors l'académie) qui faisait une proposition sur un de leur vœux à 98 % des bacheliers et proposait leur premier vœu à 60 % de ces mêmes bacheliers à une bourse d'échange dans laquelle le ministère s'efface derrière une logique d'offre et de demande. C'est de la compétition, pure et dure. C'est de la futilité. Adieu la possibilité de flâner et celle de se tromper puis de se réorienter, non, faut savoir ce que tu veux, maîtriser ton destin. ;

      • Parcoursup a été appliqué avant que la loi soit votée… Démocratie, où es-tu ? ;

      • Tout ceci sert aussi à créer et préserver une élite au sein de la classe moyenne (non, parce que les gosses de riches, vont dans les grandes écoles ou dans le privé, faut pas déconner), comme ce qu'on voit dans les grandes écoles. C'est aussi du contrôle social : les universités ont toujours été des lieux de contestation sociale. Le savoir donne du pouvoir, donc autant choisir à qui on le donne, de préférence à des gens qui ne remettront pas en cause l'élite actuelle, car ils en font partie. C'est de la reproduction sociale des élites. Les exclu⋅e⋅s seront la merde de ce monde prête à servir à tout.

    Bref, encore une fois, on ne traite pas les vrais problèmes comme l'accroissement du nombre d'étudiant⋅e⋅s ou l'échec de la politique de mise en concurrence des universités… C'est un choix, c'est voulu, ce n'est pas une erreur.

    Sun Jun 17 23:28:33 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?juQTOQ
  • Fake loi

    Tous les journaux l’ont écrit, les radios et télés l’ont annoncé, les réseaux sociaux en frémissent encore : une loi destinée à lutter contre les fake news va entrer en vigueur. En même temps, « vigueur » est peut-être un bien grand mot. Pas un ténor de la politique ne s’est risqué à saluer cette naissance. Pas un juriste de renom, pas un professeur de droit, pas une association de journalistes. Les commentateurs les plus aimables ont observé que ce texte ne servirait à rien.

    D’autres, moins optimistes, craignent des effets pervers : un petit coup de canif dans la liberté d’expression, la création d’un label de vérité d’Etat, ou encore, plus amusant, un résultat à l’exact opposé du but poursuivi. Une information estampillée de « faux officiel » s’en trouvera valorisée, et ne manquera pas d’exciter la curiosité.

    En apparence simple initiative parlementaire, le texte d’origine a été déposé par le groupe LRM de l’Assemblée. En réalité, il venait tout droit de l’Elysée. Traumatisé par la circulation d’informations malveillantes pendant sa campagne, et par l’expérience funeste de Hillary Clinton, Macron tenait absolument à cette loi. Difficile, d’ailleurs, de soutenir que la flambée virale, sur le Net, d’imputations diffamatoires ne mérite pas une réponse. Mais l’idée d’une procédure judiciaire, ultrarapide en période électorale, pour ordonner le retrait d’une information a été presque unanimement saluée comme vraisemblablement inapplicable, peut-être dangereuse, et sûrement inefficace. Sur cette base solide, le texte a poursuivi son bonhomme de chemin.

    Mascarade mondaine

    La commission des Lois a entendu par dizaines des juristes, des avocats, des experts divers, des journalistes, des informaticiens. Ils ont été écoutés poliment : tous ou presque ont soutenu que la démarche n’était pas la bonne. Au terme de cette mascarade mondaine, les disciplinés députés n’ont tenu aucun compte des avis qu’ils avaient sollicités. Egalement consulté, le Conseil d’Etat, dans les termes choisis qui font son charme, a observé que « le droit français contient déjà plusieurs dispositions visant en substance à lutter contre la diffusion de fausses nouvelles ». Et de noter que rapporter devant un juge la preuve de la fausseté d’une information ne sera pas une promenade de santé. Au total, selon le Conseil, « la réponse du juge des référés, aussi rapide soit-elle, risque d’intervenir trop tard (…), voire à contretemps ».

    Et c’est ainsi, au bout du chemin de croix, que ce chef-d’œuvre législatif, conspué de tous bords, a été triomphalement adopté à l’Assemblée grâce aux seules voix des macronistes. Il est probable que ce texte ne fera pas trop de mal. Il ne fera même rien du tout. Sauf nous rappeler la forte maxime de Montesquieu : « Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. »

    ÉDIT DU 24/06/2018 À 11H12 : la proposition de loi n'a pas été définitivement adopté le 7 juin. Déjà car il n'y a que l'Assemblée nationale qui l'a étudié, ensuite parce que les créneaux impartis dans l'agenda parlementaire ont été dépassé. L'étude de ce texte par l'Assemblée continuera le 3 juillet et les jours suivants. Puis par le Sénat a une date inconnue. FIN DE L'ÉDIT DU 24/06/2018 À 11H12.

    Que c'est beau, la soi-disant démocratie : tout le monde est contre ? D'accord, faisons ça !

    Que c'est beau, le corporatisme de la presse. Les journalistes, même ceux et celles des journaux que j'apprécie comme le Canard, sont toujours prompts à nous exposer en détail en quoi les lois qui visent leur profession sont malsaines. Dommage qu'il⋅elle⋅s ne fassent pas de même avec les autres lois…

    Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.

    Sun Jun 17 17:41:23 2018 - permalink -
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  • À l’aide, les sondeurs !

    « Quatre français sur dix jugent le niveau des aides sociales trop élevé. » C’est le verdict des « Echos » (8/6) commentant un sondage Elabe qui devrait fournir du biscuit aux partisans des purges dans les minima sociaux. Mais, vu de plus près, les supporteurs du « trop d’aides » ne sont pas si nombreux : pour l’allocation de chômage, ils sont 34 % de sondés à trouver les sans-emploi excessivement secourus. Et pour les allocations familiales ? Seulement 25 % de cobayes protestent. Pour le logement : 22 %. La pauvreté : 15 %. La santé, la vieillesse, les retraites : moins de 10 % !

    Alors, comment arrive-t-on à ce chiffre de 40 % ? Une seule explication : certains estiment les autres trop soutenus « en général ». Mais, lorsqu’on descend dans le détail (santé, emploi, grand âge, etc.) et que l’on se sent soudain très concerné, l’indignation décroît.

    Pour le coup, ce sont peut-être les sondeurs — et quelques journalistes — qui auraient besoin d’aide pour prendre la vraie mesure de la psychologie française…

    Ne faisons pas de procès aux Echos, car nombre d'autres journaux ont choisi de relayer ce sondage sous ce titre et d’en tirer la même conclusion : BFM, l'Express, Europe 1, Sud-Ouest, Liberation, Valeurs actuelles, le Figaro, etc.

    Ensuite, il faut mettre ces titres en relation avec une déclaration off d'un conseiller gouvernemental relayée par le Canard enchaîné :

    Pour éviter que les oppositions se coagulent contre ces économies budgétaires [ 7 milliards d'économies sur les minima sociaux d'ici à 2022 ], il était prévu qu'aucune donnée chiffrée ne devait sortir avant que l'opinion soit préparée par des sondages opportuns et par une communication gouvernementale justifiant par avance ces mesures. Au nom de l'efficacité et de la nécessaire réforme. »

    Elabe et la presse subventionnée se sont chargées des sondages, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Agnès Buzyn et les médias aux ordres habituels (Europe 1, RTL, etc.) se sont occupés de la communication gouvernementale.

    Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.

    Sun Jun 17 17:28:27 2018 - permalink -
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  • En Chine, ne bouge pas une oreille

    L'expérience est édifiante. L’hiver dernier, un journaliste de la BBC est allé trouver la police de la ville de Guiyang (sud-ouest de la Chine) pour lui proposer un petit jeu. Il confie aux agents une de ses photos, se perd dans la foule et attend de voir en combien de temps il est retrouvé. Sept minutes plus tard, il est encerclé. Cette histoire est extraite d’une incroyable enquête, publiée par « Les Echos » (6/6), sur la mise sous surveillance de près de 1,5 milliard de Chinois. Les caméras de surveillance dopées à la reconnaissance faciale qui sont installées jour après jour dans les villes et les campagnes font des merveilles. C’est le plus grand et le plus efficace réseau du monde…

    Le deuxième pilier de la surveillance à la chinoise s’appelle le « crédit social ». Ça a l’air banal, dit comme ça, mais c’est terrifiant. Il s’agit de classer les comportements des citoyens en fonction d’une batterie de critères, récoltés via le big data, puis d’en déduire une note en fonction de laquelle on se voit attribuer des droits… ou en perdre.

    Sont notées la promptitude à régler ses factures, les habitudes d’achat et de consommation, mais aussi les relations d’amitié. Vous passez du temps sur les jeux vidéo, une petite bibine à la main ? Vous serez classé personne oisive ou peu digne de confiance, on peut vous empêcher de prendre le train ou l’avion. Le crédit social est encore à l’état d’expérimentation au niveau local, mais 11 millions de Chinois en vivent déjà quotidiennement les conséquences.

    Notons que les USA font quelque chose de similaire pour évaluer la solvabilité des emprunteurs. Des sociétés commerciales comme Acxiom, Equifax, Epsilon, Experian, etc. collectent des données intimes afin de permettre de noter les demandeurs de crédits.


    Le géant américain Facebook a admis récemment avoir noué des accords de partage de données avec l’équipementier Huawei, soupçonné d’être utilisé par Pékin comme instrument d’espionnage (« Wall Street Journal », 7/6). A Sanmen, les personnes téléphonant à de mauvais payeurs tombent immédiatement sur un message les informant que leur interlocuteur est sur liste noire.

    Faut-il pour autant s’inquiéter ? Les dirigeants chinois ne veulent que le bien de leurs ressortissants. « Le sentiment de sécurité est le meilleur cadeau qu’un pays puisse offrir à son peuple », a expliqué Xi Jinping juste avant le XIXe congrès du Parti, à l’automne dernier. Merci qui ?

    Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.

    Sun Jun 17 17:06:59 2018 - permalink -
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  • Des orangs-outans à la FNSEA

    Mais qu'arrivent-ils aux agriculteurs affiliés à la FNSEA, fameux syndicat ami des néonicotinoïdes, du productivisme et de la dérègulation ? Les voilà au coude-à-coude avec les écolos, qui hurlent contre la bioraffinerie de La Mède ! Ils s’insurgent contre Total, qui, pour faire tourner cette raffinerie, va importer 300 000 tonnes d’huile de palme ! Ils veulent « alerter l’opinion publique ». Ils disent que « la nourriture des Français est en danger » (France Inter, 1/6). Et les orangs-outans d’Indonésie aussi, que menace la déforestation due à la plantation frénétique de palmiers.

    Se seraient-ils convertis à l’écologie, à la protection des espèces menacées et de l’environnement ? Non : ils veulent juste protéger leur propre filière française d’huile tirée du colza et leur groupe agro-industriel Avril, qui produit oléagineux et protéagineux, et ne se gêne pas pour importer 200 000 tonnes d’huile de palme par an. Ouf!

    LALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALA !

    Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.

    Sun Jun 17 16:55:31 2018 - permalink -
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  • Des taxés et l’addition

    Chirac s’était battu pendant sept ans à Bruxelles pour obtenir le taux réduit de TVA dans la restauration, avant que Sarkozy l’impose, en 2009. Et voilà-ti-pas que Macron, qui décidément ne respecte rien, veut revenir sur cette grande conquête sociale. Il s’agit de faire des économies. Et notamment de diminuer de 5 milliards les aides aux entreprises, a annoncé le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin.

    Stopper quelles aides ? Les aides pour se lancer et les aides aux TPE / PME ou les aides pour les multinationales du CAC 40 ? D'accord pour les deuxième, pas toujours d'accord pour les premières, ça s'étudie au cas par cas.


    Il faut dire que, depuis des années, les rapports s’empilent pour montrer l’inutilité de la mesure, qui détourne 3 milliards par an des caisses de l’Etat. La dernière en date, menée par l’Institut des politiques publiques (IPP), est la plus cruelle. Contrairement au « contrat d’avenir », signé en 2009 avec la profession, qui prévoyait le partage du bonus en trois parts égales, les bénéfices des restaurateurs ont augmenté de 24 %, contre seulement 4,1 % pour les salaires, les prix ne diminuant que de 1,9 %. Plus grave, la baisse de charges n’a entraîné aucune création d’emplois, alors que les restaurateurs en avaient promis 40 000.

    La cause semble donc entendue, et la TVA avait déjà été remontée à 10 % sous Hollande. Mais Darmanin, après avoir lancé son ballon d’essai, est revenu à plus de prudence. Il y a 175 000 restaurateurs en France qui ne demanderont sûrement qu’à expliquer à leurs centaines de millions de clients leur opinion sur la promesse de Macron de ne pas augmenter les impôts.

    Ho, c'est tout comme le CICE. Ainsi il ne suffit pas de baisser les abominables charges qui pèseraient sur le gentil patronat pour que celui-ci crée des emplois ou répartisse mieux la richesse au sein de ses sociétés commerciales. Qui l'eût crû ?!

    Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.

    Sun Jun 17 16:51:49 2018 - permalink -
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  • Le Premier ministre confirme que la loi se construit dans les ministères

    Autre salve du Premier ministre : il canonne, cette fois, la députée Aurore Bergé et ses amis, qui se sont montrés très offensifs lors de la discussion sur la loi Elan :

    C'est aux députés de se mettre d'accord en amont avec les ministres, plutôt que de débouler en séances avec des dizaines d'amendements. »

    Mais en voilà une bonne idée ! Que la loi soit conçue, en secret, par les conseillers technocrates de Matignon ou, mieux, de l'Élysée, en parfaite contradiction avec la séparation des pouvoirs !

    Rien de neuf… Isabelle Attard parlait déjà de cette concentration du pouvoir à l'Élysée en 2015. Juste une énième confirmation…

    Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.

    Sun Jun 17 16:24:19 2018 - permalink -
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  • Glyphosate : de Rugy sabote son Assemblée | François Ruffin

    Ruffin, comme d'autres avant lui, nous expose l'organisation des débats dans notre parlement, une organisation conçue pour décourager les député⋅e⋅s et de limiter les débats sur le fond sur des sujets de société.

    Qu’on résume : depuis une semaine, sur le projet de loi agriculture, nous siégeons de 9 h 30 le matin à 1 h du matin suivant. Samedi et dimanche compris. Avec, en parallèle, les missions et les commissions. Dans ce tunnel continuel d’amendements, plus de deux mille au total, difficile de deviner quand vont passer les trucs importants. On fait le guet. On perd des centaines et des centaines de votes, à lever la main en cadence. Et après sept jours de cette guerre d’usure, ce mardi, à 1 h moins deux minutes, le président de Rugy décide, arbitrairement, de prolonger les débats. Comme si le glyphosate était un point anecdotique, ou justement parce qu’il ne l’est pas. Parce que, sinon, ça repoussait la discussion au mardi 16 h 30. Et alors, l’hémicycle serait plein, les débats animés sur cette promesse du président Macron, la passion soulèverait les rangs.

    Et ça, il ne faudrait surtout pas.

    […]

    Oui, il faut accuser : le président de Rugy, qui organise lui-même le sabotage du parlement! Comment? Par ces prolongations nocturnes, certes, ces méthodes de cosaques. Mais au-delà: lui qui devrait nous protéger, lui qui devrait préserver le législatif contre l’exécutif, lui s’en fait le complice quotidien pour nous gaver de lois. Car, pour ce projet Agriculture, qui s’annonçait un marathon, de Rugy aurait pu bloquer deux semaines. On serait retournés chez nous le vendredi, en circo, les idées remises au clair. Mais non, il fallait faire vite. Au pas de charge. Parce que, derrière, arrive Elan, sur le logement, et là encore, on bouclera et bâclera en une semaine, samedi et dimanche compris. Et qu’on se souvienne, juste avant, du projet de loi « Asile et immigration », voté en catimini un dimanche soir ! C’est un dimanche, encore, ce dimanche dans la nuit, que fut rejetée la fin des poules en cages, autre engagement du candidat Macron.

    […]

    Le président de l’Assemblée fait tout, alors, non pour permettre le débat, mais au contraire, pour le miner, pour l’enterrer, pour l’amoindrir. Plutôt que de résister à la toute-puissance de l’Elysée, il agit en porte-flingue.

    « J’y peux rien »

    Je le cite: « Ce n’est pas le Président de l’Assemblée qui décide de l’ordre du jour. »

    Hypocrisie.

    Certes, c’est la conférence des présidents qui en décide. Mais, avec les présidents de commission et les vice-présidents, le groupe En Marche! y est ultra-majoritaire.

    Et si le président de Rugy, face au gouvernement, disait: « Ca suffit. Vous allez cesser ce gavage. Nous ne travaillons plus dans des conditions dignes pour fabriquer la loi. Nous ne pouvons pas siéger sept jours sur sept. Nous prendrons deux semaines pour étudier l’agriculture, et votre Elan sur le logement sera repoussé à plus tard », bref, si le président de l’Assemblée nationale jouait son rôle, c’est-à-dire défendre l’Assemblée nationale, il est évident que la donne en serait bouleversée, que l’exécutif prendrait un peu moins le Parlement pour son paillasson.

    Mais François de Rugy s’est choisi un autre rôle : non pas de résistant au gouvernement, mais de quotidien complice.

    La preuve avec son choix, très personnel celui-là, le fait du prince, de prolonger les débats jusqu’à 2 h du matin.

    Pour s’assurer que l’hémicycle, en pleine nuit, ne serait pas secoué par des polémiques.

    Donc, j’accuse toujours de Rugy.

    Pas seulement sur cet amendement, mais de même sur la loi logement, de même sur asile et immigration, et qu’importe qu’on soit pour ou contre, là n’est pas le souci, c’est juste une question de démocratie.

    J’accuse de Rugy de rendre l’Assemblée morte et morne, de veiller sur elle comme un croque-mort, d’en faire une chambre d’enregistrement des désirs du président. Et de préparer, avec l’Elysée, une réforme constitutionnelle qui ne fera qu’aggraver le mal : tout le pouvoir à l’exécutif.

    Le 6 juin, de Rugy continuait de se dédouaner sur l'Élysée sur France Info…

    Sun Jun 17 16:12:39 2018 - permalink -
    - https://francoisruffin.fr/glyphosate/
  • Journal Fakir sur Twitter : ""On dépense un pognon dingue en aides à la presse pour que les Français lisent @LePoint, alors qu'ils pourraient s'abonner à @Fakir_."(Et c'est le "leader du free market" qui le dit...)… https://t.co/Hxp8KZr5gB"

    "On dépense un pognon dingue en aides à la presse pour que les Français lisent @LePoint, alors qu'ils pourraient s'abonner à @Fakir_." (Et c'est le "leader du free market" qui le dit...)

    Je tousse. Fakir a bénéficié d'environ 13 k€ d'aide publique directe à la presse en 2015 et 20 k€ en 2016 (source). Moins que Le Point, mais je n'aime pas la malhonnêteté.

    Sun Jun 17 16:01:52 2018 - permalink -
    - https://twitter.com/Fakir_/status/1007629007595204608
  • Interfaces réseaux haut-débit, métrologie et compteurs 64 bits

    Un équipement actif de réseau informatique (switch, routeur) stocke, dans des compteurs, le nombre d'octets émis et reçus sur chaque port depuis son démarrage. Afin de mesurer un débit, les outils de métrologie (comme Cacti) interrogent un équipement réseau à intervalle régulier, en utilisant le protocole normalisé SNMP, pour relever les compteurs. Un calcul permet d'obtenir le débit à partir de ces nombres : nouveau relevé (octets) - relevé précédent (octets) / temps écoulé entre les deux relevés (secondes).

    Sur combien de bits sont codés ces compteurs ? Historiquement, 32 bits. Cela signifie qu'un tel compteur peut stocker tout au plus qu'un échange de 4 gigaoctets (on stocke un nombre d'octets sur 32 bits, donc 2^32/1024/1024/1024 gigaoctets) a traversé le port qu'il représente entre deux mesures par le logiciel de métrologie. Si cette quantité est dépassée, le compteur va dans le négatif ou revient à zéro avant de recommencer sa croissance, c'est l'integer overflow habituel. Il y a perte d'information.

    Or, sur des réseaux 1 gb/s voire 10 gb/s, cela arrive très vite. 500 mégabits/seconde = 62 mégaoctets/s. Il faudra donc 65 secondes pour faire déborder le compteur. 2 gb/s = 250 mo/s = 16 secondes. Si le logiciel de métrologie relève les compteurs toutes les 5 minutes, il y a de la perte d'information.

    Les équipements réseaux proposent depuis longtemps des compteurs codés sur 64 bits. 2^64 octets, cela fait 16 exaoctets, soit 16384 pétaoctets, soit 16777216 téraoctets. Quand on sait que les débits les plus élevés de nos jours culminent à quelques térabits/seconde dans la pratique (sur les liaisons transocéaniques) et à quelques dizaines de térabits/seconde en laboratoire, on se dit qu'il y a le temps de voir venir avant de pouvoir transférer une telle quantité de données en 1 minute comme en 5 (intervalles de collecte souvent utilisés dans les logiciels de métrologie).

    Sur des réseaux d'une capacité égale ou supérieure à 1 giga/seconde, il vaut mieux utiliser les compteurs SNMP 64 bits. Ils sont désignés par des OID différents (des index dans le grand tableau multidimensionnel interrogé par SNMP) dans la section ifMIB de la MIB-II normalisée à l'IETF, 1.3.6.1.2.1.2.2.1.(10|16) en 32 bits, 1.3.6.1.2.1.31.1.1.1.(6|10) en 64 bits, donc il faut configurer son logiciel de métrologie pour aller les chercher. Par exemple, avec Cacti, il faut créer un graphe « In/Out bits (64 bits counters) ». Attention : certains équipements les exposent uniquement si on les interroge avec la version 2 du protocole SNMP (de toutes façons, la version 1 ne devrait plus être utilisée et l'on devrait migrer doucement vers la version 3 et ses mécanismes d'authentification plus poussée et de chiffrement, m'enfin bon…).

    Au taff, nous avons des liaisons 1G et 10G et un Cacti qui relève et calcule les débits toutes les 5 minutes. Au cœur du réseau, les graphes ne dépassaient jamais les 100-120 mégas. Les sauvegardes inter-sites géographiques apparaissaient à peine sur les graphes nocturnes. Après un passage en 64 bits, on a découvert que notre cœur de réseau pédale en réalité à 500-700 mégas en heures pleines. Nos sauvegardes inter-sites apparaissent à 2 gb/s pendant des heures. Les anciens graphes étaient plus en dent de scie, moins courbés, moins harmonieux, comparés aux nouveaux. Et surtout, nous mesurons désormais les mêmes débits (entrant / sortant) que notre opérateur vers les Internets.

    Thu Jun 14 23:07:33 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?pIolYg
  • xkcd: Customer Rewards

    ‒ That will be $23.03. Also, I'll pay you 24 cents for your last name, 35 cents for a list of your family members, and $1.20 if you hand me your phone quand let me scroll through your Facebook posts.

    Loyalty cards and rewards account offers get way weirder if you think of them as separate transactions.

    We'll pay you $1.47 to post on social media about our products, $2.05 to mention it in any group chats you're in, and 11 cents per passenger each time you drive your office carpool past one of our billboards.

    Gros +1.

    Thu Jun 14 19:55:44 2018 - permalink -
    - https://xkcd.com/2006/
  • Sans smartphone, point de salut ? - /nick LaPalice

    L’intuition, je l’ai eue assez tôt : si j’ai un smart­phone, je n’arriverai pas à le lâch­er. Pas de smart­phone, pas de prob­lème.

    Je suis en cure de désintox de mon ordiphone depuis février (c'est-à-dire que je le laisse complètement à la maison, tous les jours). Il y a quelques jours, j'en avais besoin (tout du moins, je le croyais, une réflexion a posteriori m'a permis d'identifier une autre façon de faire sans ordiphone), donc je l'ai apporté au travail. Lors de la sortie "aller chercher à manger", j'ai constaté que je l'avais machinalement apporté avec moi. Je ne me suis pas rendu compte de mon geste et je n'en garde aucun souvenir. Ce que je voulais faire avec mon ordiphone était fait, je savais pertinemment que personne me téléphonerait ou me smserait à midi (et que si c'était le cas, ça pourrait bien attendre le soir), j'ai aucune application distrayante qui pousse à la consommation (Candy Crush, FB, Twitter, etc.) et pourtant, je l'ai pris, machinalement. Je trouve ça assez effrayant.


    […] Plu­u­u­u­u­u­us. Je l’ai tout le temps, ma bat­terie dure cinq heures et je réponds à mes mails dans la minute. Aucune lim­ite, pas même la socia­bil­ité de base : il mange avec moi, il ponctue mes con­ver­sa­tions IRL. Je dés­ap­prends aus­si très vite le droit à la non-réac­tion : si on me demande, c’est tou­jours cru­cial, et si je veux par­ler à quelqu’un, j’attends une réponse immé­di­ate. Tout est à égal­ité, stages, amis ou activ­ités, tout, sauf mon sens des pri­or­ités.

    J’ai mis un an à déchanter. Il y avait une app pour tout, sauf pour me faire lâch­er mon télé­phone, et ça m’épuisait. Et surtout, j’ai décou­vert Dama­sio et sa dis­tinc­tion spin­oziste pouvoir/puissance vis-à-vis de notre rap­port à la tech­nolo­gie. Voici son con­stat : la tech­nolo­gie m’apporte du pou­voir — le GPS me guide, j’ai tou­jours la réponse à tout sous la main — mais me retire de la puis­sance — capac­ité à m’orienter, capac­ité à mémoris­er les choses par moi-même. Et cet équili­bre varie en fonc­tion des indi­vidus.

    Dans le cas de mon ordi­na­teur, j’étais et je reste caté­gorique : c’est un out­il qui m’empuissante énor­mé­ment. Dans le cas du smart­phone, c’était moins évi­dent. Est-ce que c’était juste pra­tique, ou est-ce que c’était indis­pens­able ? Et sans télé­phone, je savais tou­jours aller d’un point A à un point B ? Sans accès à mes mails, je retrou­vais mes ren­dez-vous ? Est-ce que je sup­por­t­ais encore de ne pas avoir accès à une infor­ma­tion immé­di­ate­ment ? […]

    Mon smart­phone, c’était exacte­ment le tech­no­co­con dont par­le Dama­sio : il me per­me­t­tait de me sen­tir en sécu­rité tout le temps, de sat­is­faire immé­di­ate­ment mes besoins, de m’orchestrer un monde sans fric­tion.

    On con­state le même phénomène dans le métro parisien. Le rap­port aux autres est telle­ment dép­ri­mant que les gens se replient sur leur tech­no­co­con, ce qui inten­si­fie encore la sen­sa­tion de tristesse. La tech­nolo­gie nous pro­tège, nous par­le et nous ras­sure. C’est notre Big Moth­er.
    – Alain Dama­sio

    D’ailleurs, c’est la ren­con­tre avec Dama­sio qui m’a le plus ébran­lée : il vit sans agen­da, et sans portable. On avait ren­dez-vous dans un bar de Mar­seille, 7h d’aller-retour depuis Paris pour moi, sans aucune cer­ti­tude qu’il serait là, et sans aucun moyen de le join­dre. Juste un gros espoir. Assise à la ter­rasse d’un café, à le guet­ter, avec tous mes petits pou­voirs bien inutile­ment sur la table, et mon impuis­sance chevil­lée au corps.

    Et je suis arrivée en retard à tous mes ren­dez-vous — quand je suis arrivée6). J’avais per­du plein de réflex­es : enreg­istr­er les numéros impor­tants, not­er l’adresse de l’endroit où je vais, lire un plan (bon, en vrai j’ai tou­jours été nulle, mais la suite va vous sur­pren­dre). C’était inviv­able pour moi et pour les autres : je stres­sais en per­ma­nence d’avoir oublié une infor­ma­tion cru­ciale, je mis­ais sur les WiFi publics avec un suc­cès très relatif, et les gens com­mençaient à être fatigués de m’attendre. Résul­tats des cours­es : l’extrême décon­nex­ion, pas un grand suc­cès. Le shlag, ça fonc­tionne mieux quand per­son­ne n’a besoin de vous join­dre.

    La déconnexion quasi totale fonctionne quand elle est préparée des mois et des mois auparavant (en apprenant aux gens à te contacter par mail, en expliquant qu'une réponse à une question autre que "on va s'boire un verre ?" peut arriver plusieurs semaines après, etc., etc.) ou quand la personne qui la pratique a une autorité morale suffisante (c'est-à-dire est une personne adorée et/ou une personne consultée pour des problèmes persos, etc.) pour pouvoir se permettre un tel comportement.


    […]

    Finale­ment, ce que je ne veux plus, c’est le tech­no­co­con : je veux que l’outil reste un out­il. Être seule sans angoiss­er. Être capa­ble de m’orienter sans suiv­re bête­ment mon GPS, sup­port­er de ne pas répon­dre immé­di­ate­ment à mes mes­sages, avoir la patience de chercher pen­dant 20 min­utes le nom de ce mec, mais si, tu sais, celui qui a écrit ce bouquin là… J’adhère beau­coup à la théorie selon laque­lle ces petits efforts fas­ti­dieux, à la fois per­ma­nents et insignifi­ants, nous aident à con­stru­ire nos briques de mémoire.

    Je pense qu'il est sain d'accepter nos imperfections d'êtres humains. On en a tou⋅te⋅s. On nous fait croire que la technologie permet de les lisser voire de les effacer. Tout ça, c'est du bluff. Je suis convaincu que la solution, c'est la tolérance. Savoir que telle personne a une mémoire vacillante et faire avec en lui rappelant gentiment ses engagements. Accepter que cette conversation va échouer car tu es incapable de te souvenir d'un fait ou d'une théorie philosophique qui aurait pu l'alimenter… tans pis, y'aura d'autres conversations, et d'ici là, y'aura le temps de chercher. Accepter qu'autrui ne soit pas à ta disposition en permanence et te réponde des semaines après.

    Je me souviens de ce mec, la cinquantaine qui m'expliquait qu'au début des années 80, il n'y avait pas le téléphone dans chaque foyer. En revanche, il y avait des cabines téléphoniques dans les rues (un appel depuis ces cabines coûtaient un bras, mais c'pas le sujet). La semaine, il bossait à 600 km de son lieu de vie, donc de sa douce. Et il m'expliquait qu'il et elle arrivaient à se synchroniser pour se téléphoner, tel jour à telle heure, entre deux cabines. Cette histoire m'a scié et m'a fait prendre conscience à quel point c'est inconcevable aujourd'hui. Justement parce qu'on vit dans la certitude que la technologie nous permettra d'avertir autrui de notre retard alors que le plus simple serait de tenir notre engagement et de tout faire pour arriver à l'heure convenue.


    Je veux aus­si con­serv­er la fric­tion que m’a enlevée le smart­phone. La fric­tion, c’est ce laps de temps lux­ueux pen­dant lequel je peux me deman­der si ce que je suis en train de faire est vrai­ment néces­saire ou intéres­sant : devoir taper mon code de carte ban­caire plutôt que de l’enregistrer, oubli­er les événe­ments pas si impor­tants, not­er le titre d’un livre au lieu d’aller voir immé­di­ate­ment de quoi il s’agit, réfléchir au mes­sage que j’ai envie d’envoyer. Pren­dre un peu de recul sur mes actes, et me deman­der s’ils me retirent ou m’ajoutent de la puis­sance.

    […] C’est la démarche qui m’intéresse d’abord : réfléchir à ce que m’apportent mes appareils, et à ce qu’ils m’enlèvent. J’y ai beau­coup gag­né en sérénité, en capac­ité à pri­oris­er mes tâch­es, en capac­ité aus­si à ne pas faire ce qui ne m’intéressait pas. Je ne me sens plus redev­able de ma disponi­bil­ité auprès de qui que ce soit, mais du coup je tiens mes engage­ments et je suis à mes ren­dez-vous. Si j’oublie de faire quelque chose que je n’ai pas pu faire immé­di­ate­ment, je con­state que c’était inutile dans l’immense majorité des cas. Je pense que tout le monde gag­n­erait à faire cette analyse pou­voir / puis­sance et réfléchir à ce qu’on fait par automa­tisme, par facil­ité ou par besoin.

    Via https://twitter.com/aeris22 .

    Wed Jun 13 21:48:12 2018 - permalink -
    - https://lapalice.fr/2018/02/21/sans-smartphone-point-de-salut/
  • L’école de commerce, fabrique de la résignation - /nick LaPalice

    J’ai repris les cours en jan­vi­er sur une « mis­sion » : c’est comme ça qu’on désigne les semaines qu’on passe à imag­in­er des solu­tions inno­vantes pour des gross­es boîtes en mal de « dig­i­tal » (parce qu’en école de com­merce, on est dig­i­taux). Et ça com­mence : la mis­sion est pour une grosse boîte de cos­mé­tiques. Objec­tif : trou­ver de nou­veaux et nou­velles client·e·s. Notre cible : les mil­lenials européen·ne·s, dans les aéro­ports.

    Dans l’idéal, il s’agit de trou­ver une solu­tion qui s’appuie sur les don­nées qu’on a sur eux pour leur pouss­er une offre au bon moment. Tous les moyens sont per­mis : col­lecte de don­nées, bea­cons qui tra­cent leur déplace­ment dans l’aéroport, app qui les flique… Pourquoi on fait comme ça ? Parce que les gens voy­a­gent de plus en plus. Parce qu’on sait qu’ils sont plus vul­nérables quand ils s’ennuient. Parce qu’on peut faire de belles cam­pagnes de dis­play grâce à ces écrans qui rem­pla­cent les affich­es. Parce que les pro­duits de beauté se prê­tent bien à l’ambiance un peu luxe de l’aéroport et du duty free. Parce qu’une entre­prise qui ne croît pas, c’est une entre­prise qui meurt, alors il faut touch­er de nou­veaux et nou­velles client·e·s, à tout prix.

    Très bien, sauf que cha­cun de ces élé­ments va con­tre tout ce que je fais au quo­ti­di­en. Je con­sid­ère l’avion comme un désas­tre écologique. Je lutte con­tre les injonc­tions à la beauté, la plu­part du temps je ne me maquille pas, je ne m’épile pas. Je lutte con­tre la col­lecte de don­nées et le pro­fi­lage qui cherche à nous attein­dre dans nos moments de vul­néra­bil­ité. Je rage sur la con­som­ma­tion élec­trique de ces cen­taines d’écrans qui sont instal­lés dans les métros, les gares, la rue, à un moment où la ten­dance générale devrait être à la décrois­sance si on voulait avoir une infime chance de lim­iter notre impact envi­ron­nemen­tal.

    Et je me retrou­ve à écouter, con­cevoir et présen­ter des plans mar­ket­ing sur la base suiv­ante : puisque ces ten­dances exis­tent, il y a de l’argent à faire dessus. Je le fais parce que c’est là-dessus que je suis éval­uée, parce que finale­ment, ce n’est qu’un jeu, on joue aux consultant·e·s et ils jouent au comex, alors ça ne compte pas vrai­ment… Mais je ne crois pas qu’on puisse impuné­ment jouer au con­sul­tant, tous les jours, sans que ça ait un impact sur la façon dont on appréhende le monde. Et même si je hais la solu­tion que je leur pro­pose, je me rends compte que je n’arrive pas à ne pas défendre sa per­ti­nence quand on la remet en ques­tion au jury d’évaluation. Même si, de fait, cette propo­si­tion est aux antipodes de la société idéale que je pro­jette (si tant est que j’en pro­jette encore une).

    […]

    C’est pour cela que je par­le de dis­so­nance cog­ni­tive. On m’évalue avec la règle tacite suiv­ante : « com­ment max­imiser le retour sur investisse­ment dans telles et telles con­di­tions ». Le pré­sup­posé : chang­er les con­di­tions n’est pas une option. Même si elles te débectent. Le tra­vail des consultant·e·s, c’est de trans­former les con­di­tions et les ten­dances en oppor­tu­nités de crois­sance, et peu impor­tent les con­séquences. Exit le recul cri­tique, exit la réflex­ion sur ce que ça fait de nous en tant que per­son­nes. Un autre point : on tra­vaille sys­té­ma­tique­ment en groupe. Insi­dieuse­ment, ça force à lim­iter la cri­tique et à agir de manière à ne pas trop ralen­tir la marche du pro­jet. On peut se plain­dre, mais pas trop – per­son­ne n’a envie d’être là de toute façon, que ce soit par flemme ou par dés­in­térêt.

    Alors, en qua­tre ans, je me suis résignée, d’autant que je sais qu’il y a de grandes chances que le reste du groupe ne partage pas mes idées. Si quelqu’un les partage, c’est peut-être pire encore, puisqu’on se retrou­ve à se regarder l’un l’autre abdi­quer sans même avoir com­bat­tu. Et voir l’autre abdi­quer valide sa pro­pre abdi­ca­tion. À quoi bon avoir des pudeurs de gazelles pour bien mon­tr­er que « non, non, nous on n’est pas comme ça ». Peu importe ce que tu es, tu par­ticipes. Qu’est-ce qu’on va faire, se met­tre en grève sco­laire pour absence d’éthique du cap­i­tal­isme ?

    […]

    Deux répons­es qu’on me fait sou­vent, c’est que je suis là pour « appren­dre à con­naître l’ennemi», une sorte de cinquième colonne qui paierait de sa per­son­ne pour mieux détru­ire le sys­tème de l’intérieur. Et la deux­ième, un peu dans la même veine, c’est que ce que j’apprends ne me con­di­tionne pas, et que ce n’est qu’un socle clos de con­nais­sances sur des domaines var­iés (mar­ket­ing, finance, etc). Ça ne m’empêche pas d’agir selon mes principes et mes valeurs. Spoil­er : ce n’est pas aus­si sim­ple.

    Il n’y a pas de cinquième colonne. Parce que la reven­di­ca­tion prin­ci­pale de ce sys­tème c’est l’absence d’idéologie – rien de mieux pour couper l’herbe sous le pied de la cinquième colonne. Faire com­pren­dre que le prag­ma­tisme est une idéolo­gie en soi, c’est long, et dans 99% des cas, ça revient à met­tre de grands coups de poings dans un bloc de gelée indif­férent. C’est facile, ça ne fait pas mal. Mais ça n’a aucun impact. Tu peux frap­per aus­si fort que tu veux, la gelée absorbe le coup, se déforme légère­ment le temps de l’impact et revient à son état ini­tial. Tu ne t’es pas fait mal, mais tu t’épuises rapi­de­ment, sans aucun résul­tat.

    Quant à con­sid­ér­er ces années en école comme un socle de con­nais­sances neu­tres, ça ne fonc­tionne pas non plus. Ce qu’on m’apprend, c’est un savoir-être, une manière de penser et d’appréhender le monde. C’est comme ça que l’école de com­merce fait son œuvre : elle t’apprend à te résign­er devant la sacro-sainte neu­tral­ité des « indi­ca­teurs», de la « mesure de la per­for­mance » ; à pass­er du souci sco­laire au sérieux man­agér­i­al, avec les con­séquences qu’on con­naît. Elle sape toute volon­té de révolte en te faisant inté­gr­er, vivre les sché­mas cohérents der­rière le sys­tème en place, que ce soit l’actionnariat, les div­i­den­des, la gou­ver­nance, les plans soci­aux, et j’en passe. En te mon­trant les rouages, en te met­tant en sit­u­a­tion, elle te fait com­pren­dre que c’est ce que toi aus­si tu aurais fait, que la déci­sion « réduire les coûts», « vers­er de hauts div­i­den­des » est la déci­sion la plus froide­ment logique dans ces con­di­tions. Et même si tu tiques, que tu dés­ap­prou­ves, on con­voque TINA : il n’y a pas d’alternative. Ou elle n’a pas sa place ici. Le cap­i­tal­isme, ça se fonde sur le cap­i­tal, et cette vérité crue s’incarne dans le fait que, majori­taire­ment, l’argent va là où l’arbitrage est le plus favor­able. Dans ces con­di­tions, pas de cinquième colonne, plutôt une cinquième roue du car­rosse. Et le car­rosse, ça ne l’empêche pas d’avancer.

    Gros +1.

    Via https://twitter.com/aeris22 .

    Wed Jun 13 21:20:16 2018 - permalink -
    - https://lapalice.fr/2018/02/06/ecole-de-commerce-fabrique-resignation/
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