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——————————— November 2, 2019 - Saturday 02, November 2019 ———————————

Quelques rappels sur le conditionnement / la manipulation à l'ère numérique. Les conditionnements traditionnels étaient fondés sur l'effort, la persévérance, la peur du réel, la douleur, etc. C'était explicite. Le conditionnement numérique est implicite, il est fondé sur une profusion de récompenses immédiates, les likes, par exemple, et la peur de l'imaginaire. Ne pas recevoir de récompense frustre. Nous semblons appartenir à des communautés en guerre les unes avec les autres (l'énervement est entretenu volontairement car il génère du clic et de l'adhésion, donc de la participation, qui, elle, fait monter les revenus publicitaires). Nous devenons incapables de réfléchir, car nous sommes sans arrêt interrompus par une notification qui nous fait replonger dans la spirale jeu+récompense qui, elle-même, alimente le business publicitaire. Plein de mécanismes du numérique sont conçus par des ingénieurs pour nous berner : peur de manquer quelque chose d'important, création d'obligations sociales réciproques (spam "rejoins notre réseau", accepte mon invitation FB), approbation sociale (les likes), contenus sans fin et autoplay, distraction de l'attention avant de réaliser l'action désirée, etc.. La possibilité de paramètrer nos joujous numériques, notre cocon, nous donne l'illusion de contrôler nos vies.

On se souvient du commentaire de cet ex de TF1 : son métier était de « vendre du temps de cerveau disponible », soit de récupérer de l'attention pour la vendre à des annonceurs. Dans un Petit Traité sur le marché de l'attention bien torché, Bruno Patino développe cette idée à l'heure d'Internet et des réseaux sociaux. Mais ce sous-titre intelligent a été surtitré *La civilisation du poisson rouge, un titre vendeur montrant qu'il ne connaît rien aux poissons rouges ! Bref, nous ne sommes pas devenus des poissons rouges, mais nous sommes « vidés de notre être, incapables d'attendre ou de réfléchir, noyés dans l'océan des réseaux sociaux et Internet sous le contrôle des algorithmes… » Les éducations traditionnelles étaient fondées sur des conditionnements par peur du réel, douleur physique ou psychique, avec, à la clé, peu de récompenses, mais ils étaient explicites. Les conditionnements numériques promettent, eux, beaucoup de récompenses, mais elles sont virtuelles, occasionnant des douleurs psychiques, surtout par frustration quand on ne reçoit pas de récompenses, ou par peur de l'imaginaire. Les conflits violents sont évités car l'individu ne doit pas abandonner une application, sinon pour passer à une autre qui aggrave sa dépendance. On utilise les vieilles ficelles de l'appartenance à un ou des groupes d'« amis », en compétition entre eux et en guerre avec les autres. Les « like » et les vues sont des bons points distribués à profusion - ils ne coûtent rien et rapportent des informations précieuses sur l'attention et comment la gaver de pub. Patino explique comment la plupart de ces applications enferment leurs utilisateurs dans des cercles de semblables réunis en foules ou groupuscules. Où l'on finit par ne plus voir le reste du monde et se laisser emmener là où les acheteurs d'attention le désirent par de légers « coups de pouce ». Ces derniers utilisent les principaux « biais cognitifs » : le biais de confirmation - on trouve toujours ce que l'on croit savoir sur Internet, le biais de représentativité - un site vous confirme une « vérité » quand mille autres plus sérieux la démentent et le biais « de simple exposition » : une sottise repostée un million de fois écrase une évidence que personne ne diffuse. On peut juste regretter que les moteurs de l'attention (évitement de la douleur, recherche du plaisir) soient considérés comme une boîte noire et que l'utilisation de nos automatismes faciles, plutôt que de notre pensée coûteuse et fatigante, ne soit pas mieux expliquée dans ce « petit traité ».

Dans le Siné Mensuel de septembre 2019.

Après avoir obtenu le renoncement de Casino à implanter un supermarché à l'extérieur de leur village, un groupe de citoyens a constitué une liste électorale pour les municipales de 2014 afin d'aller plus loin. Un projet électoral est construit collectivement, avec les outils d'éducation populaires. Ce projet remporte les élections. Une semaine après la victoire, les citoyens peuvent participer à 8 commissions participatives, environ 250 habitants sur 1 200 y prennent part, soit 20 % de la population. Les élus sont référents des commissions.

Point positif : les citoyens sont montés en compétence. Prise de parole, atelier pour construire le nouveau Plan Local d'Urbanisme (qui doit tenir compte de pleeein de contraintes et d'obligations légales, qui nécessite des compétences en topographie, etc.) qui réuni 430 habitants et usagers du village (environ 1/3), prise de décisions sur les rythmes scolaires, l'éclairage public, la création d'un compost collectif, de logements à loyers modérés, etc.

Points négatifs :

  • Les citoyens ont découvert que les municipalités ont peu de marge d'action au profit de l'État, des intercommunalités et de la loi ;

  • Certains sujets n'ont pas été spontanément soumis à l'avis de la population, comme celui, pourtant critique, de la gestion de l'eau ;

  • Les citoyens ont également constaté que mettre d'accord des gens avec des besoins différents, des envies différentes et surtout des intérêts divergents, c'est éreintant. Exemple : le PLU a épuisé tout le monde durant 2 ans et demi. « Il est plus facile de mettre d'accord sur la couleur des pots de fleurs que de s'attaquer à la propriété privée et à la réduction des zones constructibles » (la loi limite désormais la superficie du terrain d'une maison de lotissement à 500 m², d'autres voulaient être plus radicaux sur les zones naturelles protégées, etc.) ;

  • Certains reprochent le cadre trop rigide, donc peu évolutif, posé avant les élections. Un collectif d'opposition en vue des municipales de 2020 s'est formé en janvier 2019 pour dénoncer que la volonté des habitants n'a pas été mise au centre du débat, que les outils mis en œuvre n'ont pas permis la libre expression de chacun (notamment des gamins qui n'ont pas été consultés avant l'installation d'un gradin sur leur talus bien-aimé alors qu'ils en sont les usagers, par exemple) et que les conditions d'un vrai débat n'ont jamais été réunies (12 habitants tirés au sort pour fignoler le PLU, est-ce représentatif ?).

Bref, il s'agit de critiques assez communes qui reviennent souvent dans la vie associative et dans les expériences de démocratie participative, selon moi…

Via le Siné Mensuel de septembre 2019.

Des ceintures d'arbres aux États-Unis (1934), en Chine (1978) et en Afrique (2007) afin de lutter contre l'avancée des déserts, les vents de poussière et de sable ainsi que les inondations. Ces initiatives sont hallucinants : 220 millions d'arbres sur 30 000 km² par-ci, 66 milliards sur 500 000 km² (!!!) par-là, et encore 117 000 km² par là-bas. :O

Nous connaissons la propension des hommes à élever des murs entre eux. Nous les connaissons moins comme bâtisseurs de murs naturels, ou plus précisément comme planteurs d’arbres et d’espèces de plantes variés pour contrer les catastrophes écologiques. Les great green wall (« grands murs verts ») empêchent la dégradation des sols. Le premier exemple remonte aux années 1930.

États-Unis
Le projet Shelterbelt a été mis en œuvre pour contrer le Dust Bowl dans les années 1930. Ce vent de poussière destructeur dont l’origine provient de la sécheresse couplée au surlabourage. La terre des plaines du Sud situées à cheval sur le Texas, l’Oklahoma, le Kansas et le Colorado fut ravagée pendant la décennie surnommée Dirty Thirties. Privés de nourriture et plongés dans la misère, des millions d’Américains avaient été contraints de fuir vers l’ouest. John Steinbeck tira son roman Les Raisins de la colère de cet épisode tragique. Sommé de réagir, Roosevelt créa l’une des premières agences environnementales du pays, qui a lancé la plantation de 220 millions d’arbres sur une ligne allant du Canada au Texas, soit une superficie de 29 900 km² pour une largeur de 160 km. Quatre-vingts ans plus tard, cette réalisation constitue l’acte le plus abouti du gouvernement américain pour répondre à une crise écologique.

1934-1942. 8 ans pour planter 220 millions d'arbres.


Chine
Durant le Grand Bond en avant initié par Mao Tsé-toung, les Chinois ont rasé des pans entiers de forêts et anéanti la biodiversité, provoquant la Grand Famine et une augmentation de la température de 2 °C en cinquante ans. Le désert de Gobi tout proche a pu dès lors avancer à sa guise, détruisant les prairies à coup de tempêtes de sable et provoquant des inondations à répétition. 400 millions de Chinois sont aujourd’hui encore concernés. En 1978, l’État prit ses responsabilités et décida de planter une barrière de 4480 km au sud de la Mongolie. Un édifice colossal censé se terminer en 2074. Le défi est si grand qu’en 2018, 60 000 soldats ont été appelés pour s’occuper de 84000 km² (l’équivalent de la superficie de l’Irlande). Aujourd’hui, malgré quelques ratés, 66 milliards d’arbres ont été plantés. D’après les images de la Nasa, 5 % de la superficie du pays est devenue plus verte depuis deux décennies. Pour autant, l’empire du Milieu demeure le plus gros pollueur au monde et ses émissions de CO2 continueront d’augmenter jusqu’à 2030, au moins.

Il s'agit de la Grande muraille verte de Chine.

Un projet similaire est en cours en Afrique : la Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel.

Dans le Siné Mensuel de juillet-août 2019.

Si je conchie sa comparaison entre le traitement judiciaire des animaux et des gilets jaunes (qui, entre autres, mélange comparutions immédiates et procès longs) et que je doute de la véracité de certains de ses exemples, cet article m'a appris des choses à l'heure où les plaintes autour des bruits des animaux (coq, cigales, canards, etc.) se multiplient, notamment que, dans le passé, des animaux ont eu à répondre de leurs méfaits devant des tribunaux laïques et ecclésiastiques, notamment, car il fallait excommunier les animaux de Dieu avant de pouvoir les éradiquer.

Dans l'histoire, les tribunaux ont garanti aux animaux traînés devant la justice plus d’équité que la justice d’aujourd’hui n’en garantit aux gilets jaunes.

Et si les animaux avaient plus de droits que de vulgaires gilets jaunes ? Jusqu’à une époque récente ils ont dû répondre de leurs méfaits devant les tribunaux.

L'éléphant tueur
En 1916, dans le Tennessee, berceau du Ku Klux Klan, un éléphant assassin de son dresseur est condamné à mort et pendu par la trompe à une grue.

L'âne est-il coupable ?
En 2005 dans le nord-est de la Turquie, un âne accusé d’homicide a vu sa peine de mort, prononcée par le conseil des anciens, suspendue pour complément d’enquête. « Chacun est innocent jusqu’à ce que soit rapportée la preuve de sa culpabilité » mais « nul n’échappe à la loi », a déclaré le maire.

Les animaux auraient-ils donc droit à des garanties procédurales auxquelles échappent les humains ?

Les procès d’anirnaux ont été nombreux sous l’Ancien Régime parce qu’on ne pouvait éradiquer limaces, vermines et autres animaux de Dieu sans qu’ils aient été préalablement excommuniés et condamnés.

Il existait deux moyens de traîner en justice un animal. Lorsque l’acte d’un animal est la cause de la mort d’une personne, il était possible d’engager une procédure pénale devant une juridiction laïque qui la plupart du temps aboutissait à la peine de mort. Ou bien, si vous étiez un brave paysan qui a vu ses récoltes détruites par des petits animaux nuisibles, vous pouviez engager une action civile devant les tribunaux ecclésiastiques afin de les excommunier.

Tout cela dans le respect des formes de droit.

Les sangsues interdites de séjour
Des sangsues et des chenilles ont ainsi été interdites de séjour par jugement contradictoire avec un certain succès.

En 1522, Me Barthélemy Chassanée a réussi à faire annuler la citation délivrée aux rats, qui infestaient la région, par le diocèse d’Autun. Il a justement fait valoir le caractère discriminatoire de poursuites dirigées contre une minorité de rats isolés et surtout un délai de comparution insuffisant au regard du danger encouru par les rats pour se rendre au tribunal avec leur courtes pattes, au risque d’être agressés par des chats.

Le tribunal puis la cour lui ont donné raison.

La truie assassine
La truie de Falaise a eu moins de chance en 1386 après avoir tué une petite fille. Placée en détention provisoire elle a été assistée d’un avocat et a reçu notification par huissier de tous les actes de la procédure. C’est donc à l’issue d’une décision inattaquable qu’elle a été nouée, écartelée, mutilée puis brûlée vivante sur la place publique.

Il en va de même du pourceau de Saint-Quentin en 1557, condamné à être enfoui vivant dans une fosse pour avoir dévoré un petit enfant.

Le perroquet royaliste
La réinsertion du condamné est déjà au cœur de la réflexion judicaire. Un perroquet qui criait « Vive le roi » en 1794 a été placé par jugement en rééducation pour apprendre a dire « Vive la République » sous peine de mort, mais toute la famille de ses propriétaires, irrécupérable, a été condamnée à mort à l’issue d’une procédure expéditive.

L'ours voleur de miel
L’Etat peut cependant se retrouver accusé et accusateur.

En 2008, un ours perd un procès face à un apiculteur en Macédoine. Les juges du tribunal de Bitola ont retenu la culpabilité de l’ours pour vol de miel dans des ruches et l’ont condamné à verser à l’apiculteur la somme de 140 000 denars (2 300 euros). L’ours voleur n’étant pas solvable, c’est l’État macédonien qui a dédommagé le malheureux apiculteur.

Au risque de jugements sévères, tous ces animaux ont bénéficié de procès équitables à l’issue de procédures contradictoires.

Allez faire un tour a la 23e chambre des comparutions immédiates : les gilets jaunes y sont traités pire que des chiens !

Dans le Siné Mensuel de juillet-août 2019.

Résumé de la réforme Blanquer 2019. Obligation d'instruire dès 3 ans qui était déjà quasi une réalité (97,7 % des enfants de 3 ans étaient scolarisés avant la réforme). 26 000 enfants supplémentaires devront, principalement, être accueillis… dans des écoles surchargées. Génie ! L'obligation de l'État d'accueillir des élèves de 3 ans devient celle des parents de les instruire ou de leur trouver une école. Forcément, les familles se tourneront vers les écoles privées… que les villes devront subventionner toujours plus en s'endettant toujours plus. La réforme du Bac change rien, mais le jeune déscolarisé est désormais obligé de se trouver une activité agréée jusqu'à ses 18 ans, les missions locales d'insertion y veilleront. Bref, rien de concret, à part un renforcement du désengagement de l'État.

Instruction obligatoire dès 3 ans, obligation de formation de 16 ans à 18 ans : avec ces deux mesures, Blanquer et Macron nous la jouent Jules Ferry à l'envers.

Abaisser l’âge de l’instruction obligatoire de 6 ans à 3 ans : c'est la mesure phare de la loi Blanquer sur « l’école de la confiance ». L’objectif n’est pas démesuré : pour les moyennes et grandes sections de maternelle (4 et 5 ans), le taux de scolarisation est de 100 % depuis longtemps et il est très proche (97,5 %) pour les petites sections (3 ans) : « 26 000 enfants qui n’allaient jamais à l‘école maternelle vont y aller ». Une vraie fake news pour deux raisons.

D’abord, instruction obligatoire ne signifie pas scolarisation obligatoire. L’instruction peut être donnée par les familles, en dehors de tout cadre scolaire ; elle fait alors l’objet d’un contrôle. Surtout, le code de l’éducation prévoyait déjà l’obligation pour l’État d’accueillir les enfants dès l’âge de 3 ans dans une école maternelle (article L113-1), une obligation non respectée. Qu’à cela ne tienne, il suffit de changer la règle. Car avec la loi Blanquer/Macron, le sens de cette responsabilité est tout bonnement inversé et celle-ci incombe désormais aux familles. En clair, les familles qui ne feront pas la preuve qu‘elles délivrent une instruction à leurs bambins dès 3 ans pourront être sanctionnées. Exit l’obligation de scoiarisation pour l’Etat, vive l'obligation d’instruction pour les familles !

Faute de moyens supplémentaires, la loi autorise désormais la scolarisation des enfants de maternelle avec ceux de l’école élémentaire. En avant pour une surcharge accrue cles écoles primaires, du moins pour ceux qui n‘ont pas les moyens d'aller dans les maternelles privées, aux frais des contribuables désormais. Car avec cette mesure. plus d’une centaine de millions d’euros de subventions publiques vont tomber dans l’escarcelie des maternelles privées que les mairies seront désormais obligées de financer.

Normal ? La loi contraint les communes à financer, à égalité, les écoles publiques et privées (forfait à la tête). Si l'on baisse l'âge de l'instruction, alors plus d'enfants seront scolarisés, potentiellement dans le privé, surtout si le public ne peut pas absorber la charge, donc oui, l'argent ira au privé. De ce que je lis par ailleurs, la compensation de l'État sera insuffisante, donc les communes vont s'endetter.


Quant à la massacrante « réforme » du lycée, elle ne va certainement pas ramener plus de jeunes au lycée. Elie risque au contraire de rejeter aux marges du système scolaire encore plus de lycéens à qui l’on aura fait miroiter la « liberté de choix » et qui devront faire avec une offre de « spécialités » le plus souvent lndigente, sauf dans les centres«villes des grandes agglomérations. Beaucoup de désillusions et de défections en perspective.

Pour plus d'infos, lire Blanquer mitonne un bac à l‘ancienne.


Pas de problème : une loi fera l’affaire pour ces décrocheurs. Passé l’âge de l’instruction obligatoire, la loi Blanquer inscrit l'obligation de formation de 16 ans à 18 ans. Les jeunes déscolarisés devront ainsi se débrouiller pour trouver un stage ou un contrat d’apprentissage, faire un service civique, occuper un emploi ou être dans un « dispositif d’accompagnement ». Les missions locales d’insertion veilleront au respect de l'obligation, tout comme Pôle emploi. L’avenir de ces jeunes est bien tracé…

Dans le Siné Mensuel de septembre 2019.

Résumé : sur les 5 dernières années, le nombre de points de vente presse a diminué d'environ 2,5 % par an. Les kiosques parisiens ont été les plus touchés par la crise de la presse. Au niveau national, un tiers des points de vente gagnent très bien leur vie, un tiers normalement et un tiers pas bien, sachant qu'ils peuvent exercer ou non des activités en parallèle. On est passé d'un marché de journaux à grand tirage à une diversité des publications sous forme de magazines qui écrivent sur le temps long. Les magazines génèrent 70 % du chiffre d'affaires. Des opportunistes utilisent le réseau de distribution pour vendre des objets sans trop de rapport avec la presse comme les râpes à fromage (quid des figurines et des modèles miniatures ?) que certains distributeurs voudraient ne plus être obligés de diffuser. C'est l'un des points de la réforme de la loi Bichet d'octobre 2019, les autres étant l'ouverture à la concurrence du réseau de distribution Presstalis (vu ses difficultés) et la fusion des régulateurs actuels avec l'ARCEP. La "presse" se divise en 3 catégories : la presse d'Information Politique et Générale (IPG), soit environ 50 titres dont la loi Bichet de 1947 impose la diffusion, les produits journalistes agréés (commission paritaire) qui sont tout aussi éligibles aux aides à la presse soit 3000-3500 titres et le reste.

Je suis dubitatif face à cette obligation de diffusion de la presse IPG. Fakir et le Ravi sont classés IPG et je les trouve jamais dans plusieurs points presse de ma ville (environ 100 000 habitants). Siné mensuel, lui aussi classé IPG, est disponible depuis très récemment dans mon point de vente presse préféré. Cette obligation est-elle appliquée ? Son application est-elle contrôlée ? Existe-t-il des dérogations ?


Quelle est l’évolution des points de vente de journaux en France ?
Il y a 23 627 points de vente au 31 mai 2019. Contre 26 000 ou 27 000 il y a cinq ans… Et le chiffre, malheureusement, continue de décliner. Ces points de vente sont assez hétérogènes : pour certains, la presse est l’activité première du magasin, pour d’autres, plus petits, c’est plus accessoire. Mais tous participent à la capillarité du réseau en France.

Il y a trente ans, les ventes de quotidiens et d’hebdos généralistes représentaient l’essentiel de vos ventes. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas…
Il n’y a plus qu’une dizaine de quotidiens nationaux… En revanche, les magazines représentent l’essentiel du chiffre d’affaires : 70 % au niveau national, 20 % presse quotidienne. Les 10 % restants, ce sont divers produits, imprimés ou pas, qui sont livrés également par les messageries de presse. La France est le pays qui propose l’offre la plus riche et qui vend le plus de magazines au monde !

À Paris, il y a maintenant de « nouveaux kiosques ». Ils vendent aussi des porte-clés, des billets de bus, etc. Bonne nouvelle ?
Les kiosques parisiens se sont pris la crise de la presse quotidienne nationale de plein fouet. Ils en étaient les principaux vendeurs. Alors, est-ce qu’on est content de vendre autre chose que de la presse quand on a la presse attachée au coeur ? Pas forcément. Après, il y a des modèles économiques qui font que, hélas, on n’a pas vraiment le choix… Au niveau national, un tiers des marchands de journaux gagnent très bien leur vie, un tiers normalement, et un tiers pas bien. Parmi ce dernier tiers, la plupart sont à Paris.

Oui, mais vous reconnaissez que certains abusent du système et que vous êtes parfois obligés de distribuer des objets qui n’ont rien à voir avec la presse comme — c’est assez pittoresque — des râpes à fromage ou des pastilles Pulmoll.
En 1947, à la sortie de la guerre, la loi Bichet donnait à tous les éditeurs le droit d’utiliser le réseau pour diffuser la presse quotidienne, nationale et régionale. Il y avait quelques magazines, mais très peu. C’était une volonté de garantie démocratique. La loi de 1947 a permis aux éditeurs d’enrichir l’offre, c’était très bien. Cette loi va être rediscutée dans les semaines à venir, nous y reviendrons. Mais au fil du temps, il y a des petits malins ou des opportunistes — et, pour certains, tricheurs —, qui ont compris qu’il y avait un magnifique réseau assez corvéable et qui l’ont utilisé. Ils ont compris qu’il suffisait de mettre un produit, imprimé ou pas, comme une râpe à fromage, dans les tuyaux de la messagerie pour que 23 000 marchands la proposent en même temps !

[…]

Vous ne croyez pas à la mort de la presse papier.
La presse a subi des secousses, comme toutes les activités économiques dans ce pays et dans le monde. Elle n’y a pas échappé. Une fois qu’on a dit ça, les gens continuent de lire. S’ils y trouvent leur compte, ils vont continuer de lire. La problématique, c’est le temps dont ils disposent aujourd’hui. Des concurrences sont venues prendre (le la place, non pas en termes d’information, de culture etc., mais en termes de temps. Le temps disponible a été atomisé par l’arrivée d’Internet, des téléphones mobiles, etc. Le temps passé auparavant sur la lecture papier a été explosé. Les chaînes d’infos omniprésentes, comme les radios… Tout cela concurrence la presse ; pour autant le papier n’est pas mort ! La presse s’est toujours très bien vendue le week-end, ça reste le cas. Et on va vers des temps de lecture de plus en plus long. L’info chaude, les news, on a tous des téléphones mobiles et des notifications qui vibrent toutes les cinq secondes dans notre poche; évidemment, on n’a plus la même appétence pour tels ou tels journaux. Pour autant, on achète des magazines à 19 euros. C’est bien pour les lire, ce n’est pas pour dépenser de l’argent ! C’est à ça qu’il faut s’adapter. C’est pour ça que je suis optimiste.

D’autres exemples de titres qui marchent bien ?
Toutes les ventes sont en baisse. Mais il y a encore des titres qu’on dit « de niche » qui ont du succès. Je ne sais pas si ce terme est approprié. Peut-être qu’on l’emploie parce que ce sont des tirages qui n’ont plus rien a voir avec ce qu’on a connu. Mais en réalité ce sont des titres à centres d’intérêt, de savoir, de culture. L’histoire par exemple marche bien. Même si nous ne sommes plus du tout sur les mêmes volumes de ventes qu’on a connus auparavant.

[…]

Alors, à quoi va servir cette réforme [N.D.L.R : de la loi Bichet ] ?
Précisons qu’au moment où je vous réponds, la loi n’est pas encore votée. je suis désolé, mais pour que vos lecteurs comprennent, je dois entrer un peu dans la technique. Les marchands de journaux reçoivent la bagatelle de plus de 6000 titres ! Du Monde à la râpe à fromage, dont nous avons parlé précédemment. Il y a une cinquantaine de titres classés « information politique et générale [IPG] » dont fait partie Siné Mensuel. Ceux-là, pour nous, ils sont importants parce que ce réseau a été construit autour de ces titres. Nous avons toujours dit que le marchand doit s’interdire d’avoir un droit sur leur diffusion [ N.L.D.R : la loi Bichet l'interdit ]. Ils appartiennent au débat, à la culture démocratique. Si on enlève ces titres, il en reste 6000. Sur ces 6000, entre 50 et 60 % ont la commission paritaire, c’est-à-dire qu’ils sont considérés comme des produits journalistiques, à base d’articles, et bénéficient à ce titre de la TVA réduite à 2,10 % au lieu de 20 %, des aides au portage ou à la distribution postale. Ces titres-là, je continue à dire qu’ils doivent rester visibles, et à arriver dans les points de vente. Nous n’avons jamais dit autre chose.

Vous souhaitez pouvoir intervenir sur les autres produits.
Sur tout ce qui n’est pas la presse… Sur tous les produits qui n’ont pas de commission paritaire, soit environ 40 % de ce qu’on doit vendre. Il ne s’agit pas de choisir à la place de mes confrères mais de leur dire : « Vous avez le droit de le refuser. » Ça ne veut pas dire qu’ils vont le refuser, mais ils n’ont pas d’obligation à continuer à le recevoir. On peut reprendre l’exemple de la râpe à fromage par exemple, ou des pastilles Pulmoll. C’est sur ces produits-là que je peux avoir mon mot à dire.

Cerise sur le gâteau, la concurrence devrait être ouverte aux messageries de presse d’ici 2025. Donc les coopératives risquent de disparaître au profit de boîtes privées qui ne verront que le profit et ce sera la fin des petits éditeurs.
Dans la chaîne de distribution, personne ne se passe de titres qui font des ventes et qui participent à l’économie du système, fussent-ils petits… Parce que plein de petits, ça finit par faire un chiffre d’affaires extrêmement important ! Dans cette filière, on a collectivement intérêt à se parler, à se dire les choses et a sortir du catastrophisme ambiant : quel que soit le titre qui m’est livré, que ce soit un petit ou un gros, ce qui m’intéresse, c’est que j’aie un client qui veuille l’acheter.

Dans le Siné Mensuel de septembre 2019.

Résumé : tous les êtres vivants ne disposent pas d'un cerveau au sens où on l'entend chez l'humain. Les enfants des quartiers défavorisés sont curieux, mais ils ont des problèmes d'attention et de motivation liés à leur environnement. Toutes les émotions se traduisent corporellement. L'intelligence artificielle ne sait pas conceptualiser. Il faut l'entraîner avec des millions d'images là où un humain est plus rapide. Elle sait à peine reconnaître des objets déformés. Elle est dépourvue d'émotions, qui sont des signaux positifs que l'on peut maîtriser afin de réagir au mieux à une situation qui nous dépasse (ayant une autre source, je n'ai pas extrait la question-réponse qui en traite). L'intelligence artificielle est le nom donné à simple logiciel de statistiques et de probabilités assisté par des humains précaires. L'empathie, ça s'apprend par la pratique qui, seule, reprogramme notre cerveau.

Tous les êtres vivants ont-ils un cerveau ?
Non. Les escargots, par exemple, ont des ganglions, sorte d’ensembles de cellules nerveuses, mais on ne peut pas vraiment parler de cerveau.

[…]

Pour les enfants des quartiers défavorisés,la science est-elle un univers complètement étranger ?
Ils ont une curiosité bien plus grande, ils ne sont pas inhibés. Mais ils ont des problèmes d’attention. Chez eux on se coupe la parole, ou bien la télé est tout le temps allumée. L’éducation à l’attention est mieux gérée dans les milieux favorisés. Malheureusement, les élèves les plus difficiles ne sont plus la, ils ont déjà été orientés. On voit des gamins très doués, surtout les filles je dois dire. Mais c’est difficile, la motivation tout d’un coup peut disparaître. […]

[…]

Du point de vue du cerveau, qu’est-ce qu’une émotion ?
Une émotion est traduite en motricité, en hormones, on change d’expression, on transpire, on rougit, le coeur bat… Toutes les émotions sont traduites corporellement. Même quand on ne le veut pas.

[…]

Que les robots deviennent plus intelligents que l’homme, vous y croyez ?
Absolument pas. Par exemple, pour qu’un robot puisse reconnaître un chat, il faut le nourrir de millions de photos de chats. il suffit à un enfant d’en avoir vu deux pour qu’il sache que c’est un chat. La mémoire des objets par exemple. Si je vous dis : une raquette de ping-pong, vous la visualisez, vous imaginez sa couleur, son poids, sa matière. Vous voyez le geste qui va avec. Si maintenant je vous montre une raquette de ping-pong déformée, molle, vous la reconnaissez immédiatement. Le cerveau sait conceptualiser. Avant que le robot n’y arrive… En revanche, les interfaces cerveau-machine sont un grand progrès. Par exemple, vous êtes paralysé et vous pensez à bouger votre bras. Vous y pensez très fort. La machine enregistre les ondes cérébrales qui changent. Elle ne comprend pas ce qui se passe mais elle sait que ça veut dire « bouger le bras ». Et le bras articulé bouge. Voilà une grande avancée pour toutes les personnes handicapées.

[…]

Les gens plus empathiques sont-ils « câblés » différemment ?
Ils le deviennent du fait de leur expérience. Si le cerveau a des constructions pré-établies, les connexions entre neurones sont différentes. Certaines régions deviennent plus importantes que d’autres suivant la vie de l’individu. Par exemple, si vous perdez la vue. La vision dans le cerveau est a l’arrière du crâne, mais ces centres-là ne servent plus a rien. Le toucher envahit alors cette zone, ce qui permet de lire le braille. Il y a une réorganisation continuelle des réseaux de neurones en fonction de ce qui nous arrive.

Dans le Siné Mensuel de juillet-août 2019.

Le fichage du génôme et ses dérives sont en route. OpenSNP, une association soutenue par Google prônant la transparence complète des données génétiques propose un site web sur lequel on peut mettre en libre accès son ADN. Un site web de rencontre, Pheramor évalue la compatibilité génétique des rencontres. Bien qu'interdite en France, la pub pour le fichage de l'ADN se fait sur Youtube auprès d'un jeune public plus demandeur de ses origines que d'autres strates démographiques et lors de l'Eurovision 2019. Le partage de son ADN, comme le partage de photos ou de communications, est une décision collective : elle implique a minima les membres de la famille (au sens large) du partageur, donc ceux-ci devraient avoir leur mot à dire.

L’arbre généalogique, c’est dépassé. Désormais, pour connaître ses ancêtres, il suffit de cracher dans un tube, envoyer le tout à une boîte censée vous révéler tout sur vos origines. Sauf qu’on ne sait pas vraiment à qui on confie sa substantifique moelle et quelles sont les dérives éthiques et politiques de cet énorme business.

En 2018, la police a arrêté « le tueur du Golden State » après des décennies de traque. Joseph De Angelo avait tué douze personnes et violé quarante-cinq femmes en Californie entre 1976 et 1986. Les enquêteurs ne disposaient que d’une empreinte génétique, inutile puisque l’ADN du tueur ne figurait pas dans la base de données du FBI. En revanche, il apparaissait en partie sur l’un des sites à qui des millions d‘Américains confient leur ADN, curieux de découvrir pour une poignée de dollars s’ils ne seraient pas cousins de la reine d’Angleterre, une passion des origines dont Dédé-la- science a souligné, dans ces colonnes, l’inanité.

C’est ce hobby partagé par un parent de De Angelo qui a permis aux policiers d’identifier le tueur en limitant leurs recherches à une seule famille. Mais si ces sites de tests ADN sont utiles pour arrêter les méchants, ils peuvent s’avérer tout aussi pratiques pour cibler n’importe qui, du bénéficiaire d’une assurance santé au solliciteur d’un prêt bancaire.

Ces dérives potentielles n’empêche pas le business de se développer à vitesse grand V : il devrait brasser plus de 25 milliards de dollars par an dès 2021. Bien qu’interdite en France par la loi sur la bioéthique, la pub pour les entreprises qui fournissent ces kits de testing a déboulé chez nous avec tambours et trompettes lors du dernier concours Eurovision organisé à Tel-Aviv et sponsorisé par un géant israélien du secteur, MyHeritage. C’est ainsi qu’on a pu voir le candidat français Bilal Hassani assurer la promo sur YouTube du « kit ADN spécial Eurovision » « super fresh » à 59 euros au lieu de 70… Des dizaines de Youtubeurs partagent, avec un enthousiasme et une incompétence remarquables, des vidéos intitulées : « J’ai testé mon ADN et je n’en reviens pas. » Ou : « On a fait un test ADN, le résultat est surprenant ! » Ces pubs à peine déguisées ciblent les ados, qui constituent, comme par hasard, la part de la population la plus disposée — 85 % des moins de 25 ans selon un sondage — à se faire ficher le génome.

ADN en accès libre

Aux États-Unis, le lobby des testeurs d’ADN est déjà en action : la Coalition pour la protection des données génétiques harcèle les législateurs pour que les règles qui encadrent leur activité soient calquées sur celles qui s’appliquent à Facebook ou Google avec le succès très relatif que l'on sait. Pire, comme le montre le cas du tueur du Golden State, le partage de son ADN n’est pas une décision individuelle : elle implique toute sa famille.

« En théorie, chaque individu qui partage son ADN devrait demander le consentement de ses frères et de ses cousins », précise le médecin David Agus dans le LA Times. C’est mal barré : soutenue par Google, l’association openSNP, qui prône la transparence complète des données génétiques, a créé un site où l’on peut déposer en accès libre son ADN aussi facilement que l’on partage un selfie sur Instagram. Il ne manquait plus que les applis de rencontre comme Pheramor qui « évalue la compatibilité génétique de ses membres » grâce à des « prélèvements buccaux examinés par une équipe de scientifiques. » Une méthode infaillible : vous avez 100 % de chances de tomber sur un(e) neuneu.

Dans le Siné Mensuel de septembre 2019.

Article "piqûre de rappel" inutilement alarmiste. Cet été 2019, 4 réacteurs nucléaires ont du être arrêtés et 7 ralentis à cause de la température extérieure. 4 réacteurs été concernés l'année dernière et 17 lors de la canicule de 2003… L'IRSM, qui assure le suivi technique des centrales aux côtés de l'ASN émet des doutes sur la résistance aux températures actuelles des matériels de sécurité des centrales. Il y a des conflits d'usage de l'eau : l'irrigation et le nucléaire assèchent les fleuves en même temps en plein été. Le nucléaire, comme d'autres industries, rejette des saloperies dans la flotte.

Circulez, y a rien a voir. La com’ d’EDF nous l’a asséné tout l’été : la canicule ne pose aucun problème aux centrales nucléaires, tout serait prévu… Pas si sûr, selon des enquêtes que nous avons consultées.

En cette fin d’été, la France est devenue toute jaune et les cours d’eaux sont quasi à sec. Un phénomène devenu récurrent d’année en année, accéléré par la canicule. Or qui dit manque d’eau, dit problème pour les centrales nucléaires bordant les fleuves. Les centrales, rappelons-le, ne sont rien d’autre que de grosses bouilloires, les réactions nucléaires chauffant l’eau à 330° C. La vapeur actionne les turbines et ça donne de l’électricité ! Or si l’eau ainsi chauffée reste (la plupart du temps !) en circuit fermé, les centrales utilisent aussi un circuit d’eau de refroidissement pour condenser cette vapeur. De l’eau forcément fraîche, qu’elles pompent directement dans les fleuves, entre 2 et 3 m3 par seconde. L’eau prélevée ainsi sera ensuite rejetée, mais pas sans dommages : sa température est plus élevée, ce qui n’est pas sans conséquences sur l’écosystème fluvial, et surtout, pas garantie à 100 % sans produits chimiques ou radioactifs…

Jusqu'ici tout va bien (selon EDF)

Du coup, si le débit est insuffisant (pas assez d’eau pour refroidir sans vider le fleuve !) ou l’eau du fleuve trop chaude, la centrale est logiquement contrainte de s’arrêter. La centrale de Golfech sur la Garonne et le réacteur 4 de la centrale de Tricastin sur le Rhône ont dû s’arrêter lors de la canicule de fin juillet. Sept réacteurs (Saint-Alban 1 et 2, Tricastin 3, Dampierre 5 et 4, Belleville 1, Blayais 3) ont connu une réduction de puissance. Mais pas de souci à en croire EDF qui indique à Siné Mensuel : « Ces adaptations n’ont rien d’exceptionnel en cette période de l’année et n’ont aucun impact sur la continuité d’approvisionnement en électricité. » Ajoutant que « depuis 2008, EDF a développé un programme de modifications dit “grands chauds” sur ses installations afin de leur permettre de faire face aux conséquences du changement climatique, notamment l’augmentation de la fréquence des épisodes de canicule, de sécheresse et de tempêtes. » Tout va bien, alors !

Vite dit. Car question mise en place du programme « grands chauds », EDF s’avance un peu. Dans un avis du 6 février 2019, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) fait le bilan des études d’EDF prouvant que les « matériels de sûreté » tenaient bien le choc en cas de fortes températures. Il en ressort que les experts ne valident pas les calculs d’EDF concernant la température maximale que peuvent encaisser les dits matériels, en particulier ceux installés tout exprès pour faire face aux catastrophes ! Pour Charlotte Mijeon, porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire : « Certains équipements, comme les diesels de secours (utilisés en cas de pépin, une obligation post-Fukushima, NDLR) qui, soit dit en passant, ne sont pas dans un état génial, doivent être aussi refroidis par l’air extérieur. Après les canicules de 2005 et 2006, EDF a mis des matériels en plus pour les refroidir, mais visiblement ça ne suffit pas, et ça inquiète l’IRSN… »

Poissons cuits à l'étouffée

Plus embêtant, la dépendance des centrales à un débit minimum pose des conflits d’usage. Ainsi l’année dernière, le lac de Vassivière dans les Alpes a été quasiment vidé pour maintenir un débit minimum dans le Rhône. Empêchant les gens de se baigner… À force de tirer sur la limite de débit des cours d’eau, les centrales nucléaires pourrissent aussi la vie des poissons. Car, on l’a dit, qui dit centrales nucléaires dit rejet (même faible) de matières radioactives et chimiques dans les fleuves. C’est ainsi qu’on retrouve le fameux tritium dans la Loire qui a fait paniquer tout le monde cet été… Or comme l’explique la porte-parole du Réseau Sortir du nucléaire : « Lorsque la température augmente et que le débit des cours d’eau diminue, l’impact de ces nuisances s’accroît. Les milieux aquatiques, déjà fragilisés, sont mis à rude épreuve par la moindre dilution des polluants et par les rejets d’eau chaude. Ceux-ci agissent comme une barrière qui réduit considérablement les chances de survie des poissons grands migrateurs comme les saumons et truites des mers. » Qui veut manger une petite truite bouillie assaisonnée au tritium ?

Dans le Siné Mensuel de septembre 2019.

L'équithérapie, l'utilisation du cheval comme médiateur thérapeutique afin de compléter des soins médicaux pour des handicaps ou des difficultés physiques ou mantales, prescrite à des détenus. 10 ateliers par an, encadrés par les psychologues et un surveillant de la prison et financés par un hôpital psychiatrique, destinés à des détenus en fin de peine. Notions distillées : confiance, soin à l'autre, affirmation de soi sans violence, cohérence entre son attitude mentale et corporelle, etc.

Des détenus de la maison d’arrêt de Valence (Drôme) suivent des ateliers de médiation avec le cheval. Reportage aux écuries de la Véore.

Bonite est un cheval qui a besoin de voir ce qui se passe autour de lui. Pas moyen de lui imposer longtemps de se retrouver face au mur pour se faire brosser. Mahmoud, 24 ans, le comprend, « personne n’aime ça », et lui non plus. fin juillet, il sortira de prison après plusieurs séjours ces dernières années. Avec Adil et Kader, âgés de 24 et 25 ans, ils ont eu l’autorisation de sortie pour suivre les ateliers d’équicie de Marie Manvieux. L’équicie, c’est un métier de médiation avec le cheval à visée thérapeutique et d’apprentissages sociaux reconnu depuis 2014 au répertoire national des certifications professionnelles. Ce matin de printemps, Marie Manvieux, infirmière depuis dix-huit ans a la prison de Valence, leur propose le cinquième et dernier atelier aux écuries de la Véore, à Beaumont-lès-Valence, dans la Drôme. Cavalière depuis l’enfance, Marie s’est formée deux ans dans le cadre de la formation professionnelle pour « allier mon métier d’infirmière, tourné sur la relation à l’autre, à la relation avec le cheval ». Depuis 2016, elle anime dix séances par an avec des détenus de la maison d’arrêt. Les permissions de suivre les ateliers sont accordées par le juge d’application des peines et demandées dans le cadre d’un suivi psychiatrique par le médecin et les psychologues de la prison. Les ateliers sont d’ailleurs financés par le Valmont, l’hôpital psychiatrique du secteur. Les détenus sont à la moitié ou en fin de peine et ont été choisis comme étant aptes à vivre l’expérience.

S'affirmer

« Je n’y arrive pas, madame! » Mahmoud peine à se faire comprendre de Bonite. L’animal fourre invariablement la croupe tout près des naseaux de sa voisine Tara, très calme entre les mains d’Adil. « Si, vous allez y arriver ! » lui répond Marie. « Vous devez être plus ferme dans votre demande mais sans vous énerver, sans violence. C’est de l’autorité bienveillante, c’est un cadre dont Bonite a besoin pour être rassurée. » Dès le premier atelier, Marie a demandé aux détenus sur quel objectif ils souhaitaient travailler.

Pour Mahmoud, c’est l’affirmation de soi. Seul garçon et petit dernier de la famille après quatre soeurs, « il a du mal à exister », précise Marie. Autrement que par les conneries et la délinquance. La voie est étroite pour certains gars quand on leur rebat les oreilles qu’un homme, c’est fort, et que ça ne pleure pas. « Avant, je ne savais pas parler, je ne mettais que mes couilles en avant », lance Mahmoud. On a du mal à l’imaginer, avec ses cils interminables et sa silhouette frêle. C’est compliqué pour lui de trouver la juste place auprès de Bonite. Il n’a pourtant pas renoncé tout au long des cinq séances à tenter de surmonter sa peur de l’animal le plus inquiet du groupe. Ils sont finalement deux à avoir la trouille. Les gestes aujourd’hui sont lents et d’une extrême douceur.

Adil soulève avec une totale confiance le sabot de Tara en faisant glisser sa main le long de sa jambe. Ce matin, au paddock, l’enclos aménagé près des écuries, Tara s’est spontanément dirigée vers Adil, qu’elle a reconnu. Adil a pourtant failli rater la dernière séance, celle où il va pouvoir monter Tara pour la première fois. Il a fallu plaider sa cause auprès du juge d’application des peines car il s’est battu voici plusieurs semaines et a passé quelque temps au quartier disciplinaire. À le voir prendre soin du cheval, « mon cheval » comme il dit, on sent bien qu’Adil se nourrit pleinement du moment, agit dans le calme avec une totale aisance. De quoi laisser tomber quelques heures les défenses activées en prison. Adil prend son temps aujourd’hui, touche, caresse, gratte, chuchote des mots doux à la jument. Peut-être des réserves pour l’après, la sortie de prison dans un an. « Vous savez faire plein de choses et cette attention à l’animal, c’est votre humanité, vous l’avez en vous, exploitez-la », les encourage Marie. Travailler la confiance, apporter la sécurité a l’animal, être au clair avec son attitude mentale et la posture du corps sont des notions que Marie distille au fur et a mesure. Car le cheval absorbe comme une éponge l’état intérieur de l’homme qui s’approche de lui. Il garde la mémoire de son drôle de destin, celui d’être « la plus noble conquête de l’homme ». Noble sans doute, conquête surtout, puisque l’homme a eu besoin de lui pour se nourrir, se déplacer, travailler la terre et faire la guerre ! D’animal utilitaire et militaire, il s’est transformé en animal de loisir et de compétition sportive. Un destin d’exploité depuis toujours. Le cheval sait depuis le néolithique qu’il peut être mangé par des prédateurs. Pour sa survie, il doit être capable à tout moment de fuir grâce à ses sens hyper développés. Sa peau sent tout, la vue, l’ouïe et l’odorat sont exceptionnels. « Ce qui lui permet de déceler une mâchoire crispée, des phéromones de peur, une augmentation du rythme cardiaque, un visage triste », détaille Marie. « Sa souffrance est muette, explique pour sa part Gina Pitti, dresseuse aux écuries de Berlion, à Montoison. Il n’a que son corps pour parler. » C’est finalement depuis peu que l’homme s’efforce de le comprendre et de tenir compte de ses besoins physiques et psychiques, notamment grâce aux recherches en éthologie. Impossible donc de tricher avec un cheval.

La balade

Pendant la balade sur le dos du cheval pour la première fois, Mahmoud, dont Bonite est guidée par Marie, se laisse porter, ferme les yeux et respire l’air du matin de printemps. Adil et Kader ouvrent grand leurs yeux sur les champs de blé et de coquelicots, entourés des collines du Vercors. Ils discutent avec Fabrice, le surveillant, et Virginie et Barbara, les psychologues, toujours présentes aux ateliers. Parfois, c’est le Spip, un membre du service pénitencier d’insertion et de probation, qui accompagne. L’occasion « de faire passer l’humain avant tout », confie Fabrice. Une goutte d’eau dans l’océan carcéral.

Dans le Siné Mensuel de juillet-août 2019.

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