Prenons les propositions de Laurent Wauquiez au sérieux. Après tout, il est le président de LR, un parti sérieux, qui vise sérieusement l’Elysée.
Après l’attaque au couteau de samedi, Wauquiez a pris sa plus belle plume pour écrire à Macron : « Il n’y a plus de place, monsieur le Président, pour cet aveuglement et cette inaction qui n’ont que trop duré. » Et d’« exiger » que Macron prenne les « mesures qui s’imposent ».
La principale : « interner de manière préventive les individus fichés les plus dangereux ». Lydia Guirous, la porte-parole des LR, de préciser dans la foulée la pensée du chef : « Les radicalisés islamistes représentent 4 000 individus sur un total d’environ 15 000 fichés S. Nous ne pouvons pas les laisser dans la nature avant qu’ils passent à l’acte. »
Voyons voir. Le même jour à la même heure, toc toc toc, dans toute la France, des milliers de flics tapent àla porte des 4 000 radicalisés. Hop ! embarqués. Ils n’ont rien à se reprocher ? C’est illégal ? Tant pis. La grande rafle est un succès. Les ennuis commencent. Où les mettre ? Dans un stade ? Dans la même prison ? Ils risquent de se monter le bourrichon. Dans cent prisons différentes, alors ? Admettons. Et ensuite ? Combien de temps y croupissent-ils ? Six mois, un an, vingt ans ? Quand décide-t-on qu’ils ne sont plus dangereux ? Ils signent un papier par lequel ils s’engagent'à rester calmes ? Après vingt ans de détention, alors qu’ils n’ont commis aucun délit ? lmpensable. Ils vont sortir fous furieux. Une seule solution : la perpète. Voilà qui est réglé.
Mais que faire si l’un de leurs proches, qui trouve bêtement cette détention injustifiée, se radicalise à son tour ? et commet un attentat ? Il faut donc rafler aussi les proches. Et les voisins, qui, c’est bien connu, font toujours semblant de n’avoir rien vu, « il avait pourtant l’air si serviable », etc.
Mettons, au bas mot, une dizaine de proches par radicalisé. Nous voilà avec 40 000 emprisonnés à perpétuité… Avec les voisins, on at— teint les 100 000. Et si, malgré tout, un excité passe entre les mailles du filet et commet un attentat terroriste ?
Alors, on entendra Laurent Wauquiez clamer que « cet aveuglement et cette inaction n’ont que trop duré »…
Gros +1. Excellente déconstruction de l'internement préventif des individus fichés sur un autre terrain que le droit, angle d'attaque qui ne marque plus les esprits actuels…
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Au palais de justice d’Aix, la cage des accusés vient d’être démontée. A Paris, le nouveau tribunal était à peine inauguré que, sous la pression des avocats, 9 de ses 14 cages vitrées en ont été ôtées. Quant à la ministre de la Justice, qui hérite ce pataquès de ses prédécesseurs, elle a ordonné la suppression de l’ensemble des boxes ceints de barreaux — oui, comme au zoo — ainsi que le gel de toute nouvelle installation de box transparent.
C'est un bon début \o/
Combien va coûter cette petite plaisanterie ? Selon les chiffres obtenus par « Le Canard » — le prix d’un box équipé d’une vitre de 2,5 cm d’épaisseur s’élevant à 55 000 euros —, l’addition atteint 12,6 millions d’euros pour les 229 enclos dispersés dans toutes les juridictions ! Sans compter leur démolition : d’après l’avis hautement scientifique des ingénieurs qui les ont installés à Paris, le ministère « va sérieusement douiller ».
Quels génies ont conçu ces grosses vitres, fendues d’une ouverture de 15, 25, voire 45 cm ? Pour s’adresser aux juges, les petits prévenus doivent se hausser sur la pointe des pieds, et les grands se courber en deux. La sono étant très fréquemment défectueuse, il n’est pas rare qu’ils soient obligés de hurler pour être entendus.
La bagarre anti-box continue. Tous les jours, des avocats demandent aux juges de « sortir les prévenus des cages ». Souvent ils gagnent, mais pas toujours… Au nom du Syndicat des avocats de France (SAF), Gérard Tcholakian vient de saisir le président de la République pour réclamer la « transposition effective » d’une directive européenne du 9 mars 2016. Cette dernière impose, sauf exception de sécurité, de « s’abstenir de présenter les suspects ou les personnes poursuivies comme étant coupables [par le recours] à des menottes, box vitrés, cages et entraves de métal ».
Les grands experts du ministère de la Justice y pensaient sûrement quand ils ont organisé cette mise en boîte des présumés innocents.
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
« Nous détenons des armes « du Jugement dernier », s’était flatté Vladimir Poutine, le 1er mars, dans un message au Parlement russe. Américains et Européens avaient alors jugé peu sérieux ces propos du candidat à l’élection présidentielle. Erreur : le 8 mai, à Moscou, lors de la grande parade militaire célébrant, comme chaque année, la victoire de 1945, les attachés militaires français et alliés ont découvert plusieurs récentes productions de l’industrie locale. Des « robots de combat » blindés, pilotés a distance et armés de canons crachant des obus (400 coups à la minute), par exemple, et le très moderne avion « furtif » russe, le Sukhoï SU-57.
Mais les vedettes du spectacle furent deux MiG-3l, porteurs de cette « arme du Jugement dernier », dont s’était vanté Poutine. Selon les experts occidentaux, ce missile air-sol, qui peut emporter une bombe nucléaire, est capable de parcourir 2 000 kilomètres à une vitesse de cinq à dix fois supérieure à celle du son (les experts hésitent à se montrer plus précis), et donc difficile à intercepter. Aucune armée moderne ne possède une telle arme.
La Grande Amérique, dont le prochain budget de la Défense pourrait dépasser les 716 milliards de dollars — loin devant celui de la Sainte Russie —, dispose, elle aussi, d’industriels compétents. Selon la décision très inquiétante prise par Donald Trump, une production de minibombes nucléaires sera effective dès 2019, et non pas en 2020, comme initialement prévu. A en croire un document du Pentagone cité par « Le Canard », le 7 février, ces armes « miniaturisées » peuvent permettre au président américain, et à ses successeurs, de mener un conflit limité — sous forme de « leçon » donnée à un ennemi présumé — sans provoquer de guerre mondiale… Ne reste plus à Moscou et à Pékin que de se doter du même arsenal à faire peur.
Dans cette course aux productions mortifères et aux exportations juteuses, Israël est en gros progrès. En 2017, ses industriels de l’armement (150 000 emplois directs et indirects) ont enregistré une progression de leurs exportations de 41,5 %, par rapport à l’année précédente. On trouve de tout dans leurs catalogues : avions, hélicoptères, radars, drones, systèmes de défense antiaérienne et antimissiles, satellites, etc. L’Inde (meilleur client), le Vietnam, la Birmanie, les Philippines et l’Azerbaïdjan ont ainsi accès à la haute technologie de l’Etat hébreu, qui cherche à équiper plusieurs armées africaines, car, comme les Etats-Unis, la Russie ou la France, Israël vend à n’importe qui. Sans se soucier du comportement de ses clients avec leurs voisins ou ennemis héréditaires…
La France s’attache, elle aussi, à produire des armes « incomparables », comme ce « bijou » que décrit un expert militaire. Il s’agit d’un missile sol—sol de moyenne portée, le MMP, un produit intégralement français. Portée à dos d’homme, cette petite merveille peut atteindre des objectifs à 4 ou 5 kilomètres de distance et percer des murs de béton de 2 mètres d’épaisseur ou des blindages de chars. Qui dit mieux ? Personne. Nos VRP — président Macron et ministres — vont bientôt présenter cette arme « incomparable » aux Etats du Golfe, nos clients habituels, et à qui d’autre en voudra.
Seul défaut de pareil engin : ce petit « bijou », léger, très maniable et facile à dérober, excitera l’intérêt des groupes terroristes, toujours intéressés par une technologie aisément transportable.
Jusque-là, tout va bien ?
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Des députés LR, souvent d’anciens maires qui ont choisi d’abandonner leur mandat en 2017 [ NDLR : conséquence de la loi de 2014 de non cumul d'un mandat de député⋅e avec un mandat d'exécutif local ], sollicitent de plus en plus Philippe et les ministres ex-Républicains (Le Maire et Darmanin), au grand amusement de ces derniers.
Le scénario est presque toujours le même : ces élus — une trentaine, selon Philippe — expliquent d’abord à leurs interlocuteurs tout le bien qu’ils pensent de la politique conduite par l’exécutif. Puis ils proposent leurs bons services pour les municipales de 2020.
« Ils savent bien qu’ils vont au casse-pipe, explique un ministre ex-LR. Sur le terrain, le parti de Wauquiez pèse à peine 10 %. Du coup, eux-mêmes ou le candidat qu(ils soutiendront ne peuvent pas être elus aux municipales. C’ est ce qui les conduit a nous faire des appels du pied. »
Et ça ne fait pas trop mal aux chevilles ?
Que c'est noble et désintéressé, le dévouement en politique… :(
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Les citoyens désireux de participer aux Rencontres du gouvernement, ce 17 mai, ont dû faire acte de candidature sur le site Internet de chacune des préfectures hôtes. Les flics du Renseignement territorial (ex-RG) ont ainsi procédé discrètement à un « criblage » des prétendants. En clair : vérifier si ces braves gens sont bien sous tous rapports. Et sans barbe ? La lutte contre le terrorisme a parfois bon dos.
Pour garantir à leurs chers ministres la présence de nombreux supporteurs, députés et Marcheurs locaux ont aussi été mis à contribution. Sur leurs pages Facebook ou à grands coups de tweets, ils ont invité le bon peuple à s’inscrire.
« Le parti majoritaire qui utilise les services de l’Etat pour faire la promotion de sa politique, se marre un préfet, c’est digne d’un parti bolchevique ! »
Appelez-le « Jupiterov » !
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Pour faire plier l’Iran, Donald Trump veut le priver de dollars. L’idée est que, la monnaie iranienne ne valant rien, si Téhéran est sevré de billets verts, il n’aura plus accès au commerce mondial, où, comme dans la finance, tous les contrats importants sont libellés en dollars. Et, pour ça, Trump a une arme fort efficace en magasin : l’« extraterritorialité ». C’ est-à-dire le droit de condamner aux Etats-Unis une entreprise étrangère qui a un lien, même ténu, avec les USA : une filiale, ou le fait d’effectuer des opérations en dollars, ou d’avoir un serveur Internet sur le sol américain.
Parce qu’elle avait utilisé des dollars dans des opérations avec l’Iran, alors sous embargo, la BNP avait dû régler une amende de 8,9 milliards de dollars au Trésor US en 2015.
Voir « BNP, sommes-nous tous devenus américains ? - ITEANU Blog ».
Selon le « Wall Street Journal » (14/5), Washington vient ainsi des sanctionner diverses sociétés des Emirats accusées de « blanchir » des dollars en faveur des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite iranienne. Preuve, selon Trump, que l’argent récolté par le gouvernement iranien grâce à la levée progressive des sanctions servait à financer sa politique expansionniste en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen, etc.
Avec ça, bonne chance aux Européens s’ils veulent commercer avec l’lran — condition impérative posée par Téhéran pour maintenir l’accord de 2015.
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Le chantier de remise en service du fort de Brégançon comme résidence présidentielle devrait coûter, dès cette année, 150 000 euros à l’Elysée. Et sans doute autant les années suivantes, selon le Château.
La facture des premiers travaux, engagés juste avant le séjour du couple Macron durant le pont de l’Ascension, représente déjà 70 000 euros. Soit, comme le détaillent au « Canard » les services de la Présidence, 50 000 euros « pour remettre la cuisine en état de recevoir des hôtes internationaux », 10 000 euros pour donner un coup de pinceau et 10 000 autres euros pour moderniser les réseaux électriques.
Afin de réduire un peu la douloureuse, Brigitte Macron peut toujours ressortir des placards les 14 coussins, valant 200 euros pièce, achetés sur ordre de Valérie Trierweiler durant l’été 2012.
Le seul été passé à Brégançon par Hollande…
Sinon, on arrête de nourrir, loger, blanchir les élu⋅e⋅s de la Ripoublique, on arrête d'avoir xxxx lieux pour recevoir des gens prétendument importants car ça coût une blinde en sécurité et en personnel hôtelier, on arrête l'idée d'une résidence de vacance pour le Président entretenue au frais de la collectivité. Bref, on laisse ce fort totalement accessible au public à tout moment, y compris pour organiser des activités sociales et/ou culturelles, et la collectivité l'entretient non pas parce que c'est la résidence du Président mais parce qu'on estime que c'est de la belle bâtisse.
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
La Commission européenne soupçonne le Royaume-Uni de faire n’importe quoi avec le fichier de police de l’espace Schengen aimablement prêté par Bruxelles… Un rapport confidentiel de ladite Commission, débattu en petit comité le 12 avril, relève l’existence de « très sérieuses déficiences légales, techniques et opérationnelles » dans la gestion par les British de cette superbase de données permettant de croiser des renseignements (personnes suspectes, recherchées ou disparues, objets ou véhicules volés, etc.), soit plus de 70 millions de signalements.
Au nom de la lutte antiterroriste, la Grande-Bretagne — qui ne fait pas partie de l’espace Schengen — s’était vu accorder, en 2015, l’accès au « Système d’information Schengen » (SIS).
En novembre dernier, des inspecteurs bruxellois sont allés vérifier l’usage qu’en faisaient les flics britanniques. Ils n’ont pas regretté le voyage. Non content de recopier illégalement le contenu du SIS dans ses propres bases de données, Londres a sous-traité la gestion de ces infos ultrasensibles à des géants mondiaux de l’informatique, tels l’américain IBM ou le canadien CGI.
Au passage, la flicaille d’outre—Manche est accusée de refuser de partager ses propres informations, alors même qu’elle pioche sans vergogne dans celles recueillies par ses collègues du continent.
En 2016, elle a ainsi interrogé 514 millions de fois le SIS, n’y enregistrant, dans le même temps, que… 174 nouvelles empreintes et 321 photographies. Effaré, le comité Schengen de l’UE a dénoncé, le 12 avril, des manquements « d’une ampleur inédite ».
Avant de laisser les choses en l’état. Pour l’instant…
Dans le Canard enchaîné du 9 mai 2018.
Nicolas Dupont-Aignan a une idée-qu’elle-est-bonne pour résoudre l’épineux casse-tête des djihadistes français capturés dans des zones de combat. Suffit de ressusciter le bagne ! Un nouveau Guantanamo, en somme, alors qu’Obama l’a traîné comme une plaie sans réussir à le fermer pendant ses deux mandats ? Oui, mais « un Guantanamo contrôlé » (« Grand Jury-RTL-“Le Figaro” »-LCI, 6/5) !
Dupont-Aignan propose donc de « rétablir un bagne démocratique », non pas sur l’île du Diable (trop près !), où fut emprisonné Dreyfus, mais sur les îles Kerguelen, seules à même d’apporter « un éloignement » suffisant et « une sanction définitive et exemplaire ». Il s’agirait donc d’un bagne à vie, placé sous l’étroit « contrôle démocratique » des pingouins de la Terre Adélie, sans doute ?
… … … Dupont-Aignan, quoi… … …
Une sanction définitive est à l'opposé de la notion de peine proportionnée, l'un des piliers de notre justice…
Un bagne est à l'opposé de la notion de contrôle démocratique puisque la délocalisation de la taule permettra de faire oublier leurs conditions de vie inadmissibles au bon peuple, comme le fait la mondialisation économique, et permettra tous les abus comme la torture…
L'exemplarité est à l'opposé du djihadisme puisque ces personnes sont prêtes à mourir en martyr pour une cause qu'elles pensent juste et noble…
Bref, Dupont-Aignan est fondamentalement à côté de la plaque. Mais, au moins, il fait ce qu'il faut pour s'attirer la sympathie de Marine et des petit⋅e⋅s vieux et vieilles qui composent son électorat.
Oui, j'ai pris la peine de déconstruire les propos d'un troll au lieu des les ignorer. Je le fais parce que ce genre d'idées malsaines se propagent à très grande vitesse dans nos sociétés.
Dans le Canard enchaîné du 9 mai 2018.
J'ai mis à jour mon shaarli « Quand un citoyen veut en savoir plus sur sa presse » qui vise à en savoir plus sur ce qui se cache derrière les journaux que je lis (actionnariat, aides financières, flicage numérique, indépendance fonctionnelle, etc.). Ce shaarli expose les changements que j'ai effectués.
L'essentiel des remarques que j'ai vu passer portent sur le fait que je n'ai pas pris en compte tel ou tel journal (Le Monde diplomatique, Alternatives Économiques, Ebdo, etc.).
Oui, je me suis concentré sur la presse qui m'intéressait à date, celle à laquelle j'allais peut-être m'abonner (ou renouveler mon abonnement). C'est un choix conscient. Mon shaarli n'est pas un observatoire de la presse. Je ne peux pas assumer ce rôle-là tout seul car c'est hyper chronophage, principalement car la presse est un monde opaque (cf la conclusion de mon shaarli sur la presse).
Quelques remarques toutefois sur les journaux proposés :
https://www.ecirtam.net/opennews/?uHuueg :
Petite remarque, tu as mis Fakir en rouge pour une aide financière publique en 2015 et en même temps, tu mets en orange Basta ! pour 87 k€ de subventions publiques en 2016.
Ça me semble pas logique.
Il serait aussi intéressant de faire une différence entre une aide ponctuelle et une aide régulière.
Fakir en rouge sur le critère des aides financières, c'est une erreur, en effet.
En revanche, Basta! aurait dû être en rouge à cause de la multiplicité des sources de revenus (Google, État) mais j'ai atténué en orange car je ressens une volonté d'être moins dépendant de sources de revenus externes : d'une part, Basta déclare que ces subventions servent en majorité à financer son observatoire des multinationales (et donc pas le journal qui m'intéresse), d'autre part, Basta! propose un financement à prix libre par les lecteur⋅rice⋅s, il ne tient qu'à nous de s'en saisir.
La régularité des aides est bien l'un de mes critères. L'ennui, c'est que je manquais de données publiques pour une partie des journaux (Fakir, Siné, Les Jours, Basta!, Politis) car le sinistère de la Culture n'avait pas encore rendu public une partie des aides à la presse 2016 et que Google n'avait pas rendu public les aides octroyées par son fonds en 2015 et 2016 (et ce n'est toujours pas le cas).
En gros, mon barème pour le critère "aides financières" est le suivant :
En ré-examinant tous les journaux traités, je me suis rendu compte que j'ai commis beaucoup d'erreurs à propos des aides financières… J'ai donc apporté les corrections suivantes :
Autres modifications :
Au quotidien, j'ai ressenti que Marianne et Mediapart incrustent beaucoup de contenus sans valeur ajoutée depuis d'autres sites web, ce qui flique totalement la lecture. J'ai décidé de vérifier mes impressions et ça donne ça :
Depuis quelques mois, les pages web de Mediapart ne s'affichaient plus dans mon Firefox tant que je n'étais pas identifié. Je voyais le contenu se charger puis, pouf, la page devenait totalement blanche. J'ai bien compris que c'était l'une de mes extensions, ublock origin, qui fout la grouille : il suffisait de la désactiver et hop, Mediapart était fonctionnel.
Ce soir, en désactivant une à une les listes de filtrage que j'utilise depuis les préférences d'ublock origin, j'ai compris que c'est la liste de filtres « Prebake » qui fait ça. Cette liste a pour objectif de masquer les messages "ce site utilise des cookies". Or, si l'on masque l'élement « ##.cookie-warn », alors Mediapart ne s'affiche plus…
Pour que Mediapart fonctionne sans pour autant cesser d'utiliser la liste Prebake ni désactiver tout le filtrage esthétique pour Mediapart (clic sur le logo d'ublock origin dans la barre d'outils puis l'œil situé sur la dernière ligne du pop-up qui s'ouvre), on peut ajouter l'exception suivante dans « Mes filtres » dans les préférences d'ublock origin :
www.mediapart.fr#@#.cookie-warn
Je n'ai pas compris le fond du problème : si l'on utilise la fonction « blame » de github, on se rend compte que la règle « ##cookie-warn » dans la liste de filtrage Prebake est veille de 3 ans et qu'une exception pour les blogs de Mediapart a été ajouté il y a 2 ans…
J'en profite pour me noter comment savoir ce qu'il convient de faire pour créer une exception à un filtre esthétique ublock origin sans avoir à piger l'affreuse syntaxe. On peut ouvrir le journal des requêtes pour un site web donné (icône ublock origin dans la barre d'outils puis la troisième icône sous le gros bouton "activer / désactiver ublock origin pour ce site"), puis ouvrir l'inspecteur DOM (le bouton « </> »). On clique sur le filtre problématique (« .cookie-warn », dans mon exemple). Les filtres sont facilement identifiables par leur couleur rouge. On clique sur l'icône disquette-sauvegarde puis sur le bouton « Créer » dans la pop-up qui s'ouvre. Et voilà, la ou les règles seront ajoutées dans « Mes filtres ».
On constate que c'est super simple et totalement accessible à M. et Mme Michu. Je suis ironique : il m'a fallu 45 minutes pour piger la syntaxe "tout comme adblock plus mais pas vraiment" et pour découvrir l'inspecteur DOM du journal des requêtes.
Le bilan des aides publiques à la presse pour 2016 vient d’être rendu public par le ministère de la culture et de la communication et il confirme le constat pour le moins choquant des années antérieures : ce sont les oligarques les plus riches, ceux qui ont fait main basse sur les plus grands titres de la presse quotidienne nationale, qui se partagent la plus grosse part des aides directes de l’État. Mais ce scandale se double désormais d’un autre : ces mêmes milliardaires, parmi lesquels figurent Bernard Arnault, Serge Dassault, Xavier Niel ou encore Patrick Drahi, sont aussi ceux qui raflent une bonne part des aides privées qu’offrent, pour des raisons loin d’être désintéressées, les grands oligopoles du secteur, comme Google, Facebook ou la fondation du multimilliardaire Bill Gates.
Yep, la répartition d'une partie (le tarif postal préférentiel n'est plus public depuis 2015) des aides à la presse 2016 est dispo sur le portail OpenData du gouvernement. Cette mise à disposition est d'une qualité médiocre : les années antérieures à 2015 ont disparues, les années 2015 et 2016 sont en vrac dans le CSV (merci pour les gens qui ne savent pas trier un tableau avec un tableur) ce qui n'était pas le cas avant et la liste, « […] à partir de 2016, des principaux groupes de presse » annoncée est introuvable (une raison possible est exposée par Mediapart ci-dessous). Sur ce dernier point, j'ai interrogé le sinistère de la Culture, on verra bien.
ÉDIT DU 14/05/2018 À 21H30 : la partie publiée' des aides à la presse est désormais disponible ici… Va savoir pour quoi ça a changé entre l'année dernière et maintenant tout en publiant quand même les données de 2016 à l'ancienne adresse… Je retire mes trois remarques : les années antérieures sont disponibles, les années 2015 et 2016 ne sont pas mélangées et le classement des principaux groupes commerciaux est également disponible. FIN DE L'ÉDIT DU 14/05/2018 À 21H30.
Je remarque que plus de titres ont été subventionnés en 2016 qu'en 2015 (dont La Revue Dessinée ou Les Jours qui font leur entrée) et qu'une partie des titres que je lis ont été, eux aussi, plus subventionnés en 2016 qu'en 2015 : Fakir passe de 13k€ en 2016 à 20k€ en 2016, Sine mensuel passe de 32 k€ à 60k€ et Marianne passe de 251 k€ à 1,5 M€.
[…]
Mais cette année, les services statistiques de la direction des médias ont innové. Ils ont eu l’idée de réaliser une présentation agrégée de ces chiffres, en les rassemblant groupe par groupe. Une idée intéressante car depuis quelques années, d’immenses empires de presse se sont formés autour de quelques-uns de ces milliardaires. Il était donc opportun d’avoir un chiffrage précis des aides totales empochées par chacun d’eux.
Mais d’après les témoignages recueillis par Mediapart, cette présentation ravageuse a fait pousser de hauts cris à certains éditeurs, lors de la réunion au ministère de la culture. Ceux-ci ont demandé au ministère de ne pas diffuser ce tableau. Mediapart est parvenu à en obtenir une copie […]
Je mets à disposition cette présentation par groupe des aides à la presse 2016.
[…]
Si l’on ajoute à cette liste de milliardaires une banque, en l’occurrence le Crédit mutuel, qui possède tous les grands quotidiens régionaux de la façade est de la France, de Metz jusqu’à Avignon, en passant par Lyon et Grenoble, laquelle banque empoche 4,7 millions d’euros… on arrive à un total de 39,1 millions d’euros ! Ce chiffre résume toute la situation de la presse française, prise dans les filets d’un capitalisme opaque qui vit en consanguinité avec l’État : sept milliardaires et une banque – qui ont tous pour point commun de ne pas être des industriel de la presse – empochent à eux seuls 49 % des aides publiques.
J'aime calculer un autre chiffre : 29 groupes encaissent 76,9 millions : cela signifie que peu de titres sur les 370 (environ) subventionnés encaissent environ 97 % du montant total des subventions. 8 groupes = 49 %, 29 groupes = 95 %. On est quand même loin de l'idéal démocratique d'aide au pluralisme, ce à quoi sont censées servir ces aides.
[…]
Le premier de ces géants, c’est Google. Objet de très vives critiques en France parce qu’il n’y payait quasiment pas d’impôt et d’une très vive pression exercée par l’administration fiscale, le groupe a fait au début de 2013 une galipette formidable. Il a acheté la complaisance des plus hautes autorités de l’État en créant un fonds, doté initialement de 60 millions d’euros, « pour l’innovation numérique de la presse ». Le coup d’envoi de ce fonds a été donné à l’Élysée à l’occasion d’une rencontre le 2 février 2013 entre le chef de l’État de l’époque, François Hollande, et le président du conseil d’administration de Google, Eric Schmidt. Les deux hommes ont signé à cette occasion un accord écrit dont les termes exacts n’ont jamais été rendus publics.
La singularité de ce fonds, qui initialement devait durer trois ans (2013, 2014 et 2015), tient au fait qu’il fonctionne exactement comme les aides publiques : il est d’abord conçu pour avantager la presse des milliardaires français. Le fonds est en effet géré par Google avec l’Association de la presse d’information politique et générale (AIPG), qui regroupe pour l’essentiel la presse des oligarques. Cette dernière a été créée de façon à exclure les pure players, c’est-à-dire les journaux uniquement en ligne à l’instar de Mediapart, en faisant main basse sur une dénomination qui, pourtant, n’est aucunement réservée à la presse imprimée : la qualification de “presse IPG” est attribuée par la Commission paritaire des publications et des agences de presse (CPPAP) aussi bien à des journaux imprimés qu’à des journaux numériques (c’est le cas de Mediapart, journal d’information politique et générale selon la CPPAP). Au sein du conseil d’administration du fonds Google, on trouve donc des représentants du géant informatique et des représentants de la presse des milliardaires (Les Échos, Le Figaro, Lagardère, etc.) – et aucun représentant de la presse uniquement en ligne. Les subsides fournis par le fonds Google viennent donc accentuer les effets pernicieux des aides publiques.
Je veux bien croire que l'AIPG a été créée de manière à exclure les pure players, mais je constate que Bastamag! a été financé par Google, tout comme Contexte, Worldcrunch, Slate, et d'autres.
À la fin de 2015, le fonds n’avait toutefois pas distribué la totalité des 60 millions d'euros prévus. Une nouvelle et dernière année de fonctionnement a donc été décidée, en 2016. Pour nos oligarques, cela a encore été une pluie d’or. Les chiffres ne sont pas encore disponibles sur le site du fonds […]
3 mois plus tard, le rapport d'activité n'est pas dispo sur le site web du Fonds… Et vu la rigueur de gogole les années précédentes… Je viens quand même d'envoyer un mail…
Au total, le Fonds pour l’innovation numérique de la presse a distribué en 2016 très exactement 12 823 514 euros. Sur ce montant, les richissimes hommes d’affaires suivants apparaissent en bonne place : Matthieu Pigasse pour Les Inrocks (264 376 euros) ; le même Matthieu Pigasse et Xavier Niel pour L’Obs (179 117 euros), Courrier international (192 395 euros) et Le Monde (256 408 euros) ; Arnaud Lagardère pour Paris-Match (130 242 euros) et Europe 1 (316 584 euros) ; Patrick Drahi pour L’Express (237 705 euros), Libération (192 900 euros) et BFM-TV (243 590 euros et 119 395 euros) ; François Pinault pour Le Point (396 900 euros) ; Iskandar Safa pour Valeurs actuelles (517 252 euros) ; Bernard Arnault pour Les Échos (897 600 euros) et enfin Serge Dassault pour Le Figaro (189 297 euros). Merci pour eux…
Google a bien compris l’immense intérêt de se mettre au centre du réseau de l’information en Europe et d’être le financeur d’une presse en déshérence. Le premier fonds arrivant en 2016 à extinction, le géant mondial a décidé d’en créer un second et de l’élargir à l’échelle européenne. Ce nouveau fonds, baptisé « Digital News Initiative » et lancé courant 2016, a trouvé sa vitesse de croisière en 2017. Il a de nouveau arrosé la presse française de subsides. Si le détail des financements n’est pas encore connu, le fonds a malgré tout publié un bilan global pour tous les pays européens. Pour 2017, c’est la presse française, encore elle, qui est la plus gourmande : elle a reçu 4 101 427 euros d'aides. Autant dire que ce n’est pas demain que la presse engagera le combat contre la situation d’oligopole dont profite Google, avec toutes les dérives que cela induit ; ni contre les effets de « googlisation » de l’information…
[…]
Comme Mediapart l’a déjà raconté dans un article signé par mon confrère Nicolas Becquet, de l’Observatoire européen du journalisme (lire Comment Facebook achète la presse française), le groupe de Mark Zuckerberg a mis d’immenses moyens sur la table pour circonvenir la presse française. Le marché est simple, racontait mon confrère : en échange d’une certaine somme, le partenaire doit produire massivement des contenus à haute valeur ajoutée sur la plateforme : vidéos, Facebook Live, reportages à 360°, “instant articles”… Les grands médias américains ont donc été rémunérés pour inonder les fils d'actualité de contenus originaux et ainsi convaincre l’ensemble des éditeurs d’en faire autant.
Mais mon confrère précisait qu’en Europe, la même méthode a été utilisée : « En Europe, les grands médias français participent par exemple à cette manœuvre de séduction à grande échelle. TF1, Le Figaro, Le Parisien ou les titres du groupe Le Monde font également partie des éditeurs qui touchent de l’argent pour produire des contenus vidéo pour Facebook. Et les sommes donnent le tournis, entre 100 000 et 200 000 euros par mois sur des périodes renouvelables de six mois, d’après les diverses sources interrogées. Sachant que la plupart des médias cités (liste non exhaustive) ont déjà reconduit une fois leur partenariat, on parle ici de millions d’euros distribués aux médias hexagonaux par Facebook. Il va sans dire que dans les rédactions contactées, on est peu disert sur les détails de ces accords confidentiels. Mais si les conditions varient d’un média à l’autre, le principe reste le même : en échange de l’argent versé, chaque média s’engage à produire un volume précis de vidéos et/ou de “lives” sur une période donnée, d’après les informations que nous avons pu récolter. » En clair, la presse française accepte d’entrer dans un lien de dépendance, voire de servitude vis-à-vis du géant américain, s'installant dans des logiques dont on peine à comprendre ce qu’elles ont à voir avec le droit de savoir des citoyens.
Ce premier lien de dépendance n’est pas le seul. Comme Le Monde l’a raconté au début de ce mois, huit médias français viennent de s’allier à Facebook, soi-disant pour lutter contre les “fake news”. Outre Le Monde, les médias partenaires sont l’Agence France-Presse (AFP), BFM-TV, France Télévisions, France Médias Monde, L’Express, Libération et 20 Minutes.
Ce type de nouvelle servitude acceptée par la presse française pose deux problèmes majeurs. Le premier est le lien de dépendance renforcé au plan financier vis-à-vis des géants américains de l’Internet dans lequel la presse française se place. Car accepter que Google et Facebook jouent ainsi un rôle majeur dans les circuits de l’information ne sera naturellement pas sans conséquence dans l'avenir. Terrible situation de la presse française, sur laquelle une dizaine de milliardaires ont fait main basse et qui, comme si cela ne suffisait pas, se jette dans les bras des oligopoles américains.
Les médias français concernés ne se montrent guère bavards sur les sommes que Facebook leur verse en contrepartie. […]
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Et visiblement, ce type de financement, la presse française en redemande. Comme si les journaux n'attendaient pas le sursaut de leurs lecteurs, avides d’une information indépendante et de qualité, mais de ces géants américains. Au détour de ses explications, Le Monde apporte en effet cette autre précision : « En parallèle, une autre plate-forme dont Google est partie prenante, et soutenue par Facebook, a également annoncé son lancement prochain : CrossCheck, au sein du projet First Draft. CrossCheck permettra au public de soumettre des questions et rassemblera les informations fournies par les seize médias français partenaires, dont à nouveau l’AFP, Le Monde, Libération, France Télévisions et France Médias Monde. » Ce projet impliquant 37 rédactions françaises a existé pendant la campagne présidentielle et est en sommeil depuis 9 mois.
À Mediapart, nous refusons toutes ces aides, aussi bien les aides directes de l’État que les subventions de Google ou les financements de Facebook. Pour une raison de principe, que nous avons consignée dans notre slogan publicitaire – un tantinet moqueur : « Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter. » Mais notre opposition ne porte pas que sur la question financière. Dans le cas du partenariat avec Facebook noué par ces journaux, un autre danger majeur plane : la transformation de la presse en auxiliaire ou en force supplétive des géants américains de l’Internet ; voire la constitution d’une sorte de police éditoriale, ayant un étrange pouvoir d’agrément ou de disqualification de certaines informations sensibles.
Je tousse. Mediapart a reçu environ 200 k€ du fonds d’aide au développement des services de presse en ligne en 2009. Personne est parfait, pas la peine d'essayer de le faire croire.
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Plus généralement, il faut bien comprendre les effets cachés prévisibles de ces accords de partenariat, au plan éditorial : cela risque d'inciter mécaniquement les journaux à travailler sur les sujets que les algorithmes de Facebook jugeront les plus pertinents ; c’est-à-dire à travailler au sein des “bulles” d’information ou de rumeurs que créent les réseaux sociaux. En clair, c’est une règle du jeu qui n’a plus rien à voir avec celles du journalisme de qualité dont l’agenda doit être indépendant, de toutes les puissances politiques et financières mais aussi de ce qui fait le “buzz”…
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Dans le tour d’horizon des subsides privés que la presse française empoche, il faut encore mentionner les sommes considérables que la fondation Bill-et-Melinda-Gates apporte chaque année au Monde pour le site Le Monde Afrique.
Il n’est pourtant pas impossible d’avoir des chiffres. Il suffit de quitter le site du Monde, qui à notre connaissance n’en donne aucun, et d’aller sur le site de la fondation Gates. Et là, dans le moteur de recherche, il suffit de saisir « Le Monde ». On tombe alors sur cette page, dont nous avons reproduit ci-dessous la capture d’écran. Les chiffres sont impressionnants : 299 109 dollars pour 2014 ; 440 582 dollars pour 2015 ; 611 001 dollars pour 2016 ; 680 675 dollars pour 2017.
La vérité, que n’affiche pas Le Monde, est donc la suivante : le multimilliardaire Bill Gates ne s’est pas borné à aider au lancement du Monde Afrique ; il le finance entièrement ! C’est ce que nous avons appris de bonnes sources : la totalité des financements du site provient des largesses de Bill Gates. Ce qui soulève une cascade de questions : comment Le Monde peut-il omettre d’apporter cette précision à ses lecteurs ? Et comment peut-on revendiquer une liberté éditoriale intégrale lorsque l’on est dans une situation de dépendance financière… totale ? Hubert Beuve-Méry, réveille-toi…
Jolie charge venant d'anciens journalistes du Monde (Laurent Mauduit, Edwy Plenel et François Bonnet). ;)
Aaaaaah, le team building… C't'un peu comme les méthodes agiles… Ça commence par un mot anglais pour se donner un style. Ça embraye sur un concept chié par des petit⋅e⋅s chef⋅fe⋅s (faut dire « manager », je crois :- ) qui se sont rendu compte que, surprise, y'a des gens pas contents d'être entassés sans intimité dans un open space, que tel⋅le ou tel⋅le a été privilégié⋅e par la hiérarchie, que le projet X a foiré notamment à cause de Y ou, au contraire, a été totalement accaparé par Z, etc. Plutôt que de gérer ça en se comportant comme des chef⋅fe⋅s (revoir l'espace de travail, expliquer et assumer un choix, rendre la prise de décisions plus transparente, prendre sur eux⋅elles la responsabilité de l'échec d'un projet, veiller et travailler au quotidien pour la cohésion de l'équipe, etc.), il⋅elle⋅s ont chié le team building… c'est-à-dire des activités en dehors du taff (accrobranche, VTT, escalade, restau, etc.) moralement obligatoires, ce qui crée une cohésion d'équipe artificielle, tout aussi factice que l'intelligence artificielle. Bref, une mauvaise échappatoire à une problématique réelle. C'est tout aussi vain et inadapté que les journées d'intégration des écoles d'ingénierie, des facs ou en entreprise.
C'est artificiel parce que l'instant est crée par la hiérarchie pour servir l'intérêt de la structure (une cohésion d'équipe, même forcée, c'est moar profits, selon ces gens-là). Or, un tel moment entre humain⋅e⋅s ne se décrète pas, encore moins depuis le sommet de la pyramide. Il est moralement obligatoire donc tu n'y participes généralement pas de ton plein gré (je pensais pourtant que le consentement est une notion importante… :O). Tu sais que tu es scruté et que tes propos et tes gestes sont décortiqués par tes collègues et par ta hiérarchie, donc tu joues un personnage conforme à leurs attentes afin de ne pas te faire classifier, marginaliser voire sanctionner. Je trouve tout cela abominable. Mais c'est présenté avec un mot anglais et avec le sourire, donc ça va, ça passe, voyons.
Dans un précédent emploi, une fin d'aprem accrobranche+tyrolienne a été organisée par un collègue missionné par le chef. C'était juste avant le pic d'activité saisonnier de la société commerciale (hasard ? non, agenda maîtrisé ;) ). Boarf, ce collègue a dû choisir cette activité car il aime ça, non ? Je l'ai interrogé sur ses motivations : voulait-il nous faire partager quelque chose qu'il aime ? Que nenni. Sa réponse fut que beaucoup de collègues auront peur sur la tyrolienne finale, qui est impressionnante. Une fois revenu au bureau, quand un collègue demandera de l'aide, il ne sera plus le même à ses yeux : il restera toujours le mec qui s'est chié dessus sur la tyrolienne et un petit rappel de cet événement permettra de calmer son ardeur s'il demandait de l'aide avec trop d'insistance ou s'il demandait à ce qu'une tâche soit accomplie avec trop d’entrain. Je n'invente rien, l'essentiel des mots "chocs" viennent bien de cet ex-collègue.
Voilà, tout est dit… Son objectif n'était pas de construire un esprit d'équipe, mais de rétablir un semblant de hiérarchie informelle basée sur une rivalité ("je suis plus doué que toi à la tyrolienne") et en jouant sur les peurs de chacun⋅e. La hiérarchie, qui avait entendu notre échange, n'a rien trouvé à redire, évidemment. Ce collègue a choisi l'activité qui lui permettrait de s'en sortir à bon compte. C'est bien vu. Mais je trouvais ça ignoble, donc je n'ai pas participé à cette soirée de team building. Huit-neuf mois plus tard ("c'est un beau bébé !" :D ), je trouve toujours ça aussi ignoble !
Tu pourras m'expliquer que je fais d'un cas vécu une généralité, mais, au-delà de cette illustration opportune, et pour les raisons que j'expose dans le deuxième paragraphe, je reste persuadé que le team building est la fuite en avant de la majorité des petit⋅e⋅s chef⋅fe⋅s qui ne méritent pas leur salaire car il⋅elle⋅s ne font pas leur taff (celui que j'ai décrit entre parenthèses dans le premier paragraphe) et ont recours à un artifice vain pour tenter de compenser. Selon moi, le team building est totalement contre-productif car une relation humaine saine ne se développe pas sur un esprit de rivalité/domination et ne peut être commandée. Mais elle permet aux petit⋅e⋅s chef⋅fe⋅s de rester à leur poste sans en remplir les missions, donc continuons ce petit jeu destructeur ?
C'est con, après avoir longtemps demandé une CA gratuit, l'on se retrouve avec un nouveau problème.
CA unique = plus de vie privée :-/Est-ce que en passant par une liste de proxy random (ex Tor) avec des user-agent random, ça pourrait «corriger» le problème ?
Ça me paraît être d'une difficulté très élevée et désagréable au quotidien pour un résultat qui laissera à désirer, car, comme d'habitude, il y aura des fuites (usages pas encapsulés comme on s'y attend, traces auxquelles on n'a pas pensé - il n'y a pas que l'user-agent qui permet d'identifier un logiciel donc un poste informatique donc un⋅e citoyen⋅ne). Quand tu vois que même après un nettoyage par le Tor browser, ça suinte encore de partout, cela me semble bien plus illusoire que de désactiver OCSP (côté client) et d'activer OCSP stapling (côté serveur). Le meilleur moyen de ne pas avoir à effacer des traces, c'est encore de limiter leur production.
Sans compter que la piste que tu proposes ne corrigera pas le deuxième problème que pose Let's Encrypt à savoir la centralisation, la concentration du pouvoir et les atteintes qui peuvent en découler comme la censure de sites web par un acteur privé en dehors de tout contrôle. Pour résoudre ça, il faut procéder comme dans tout business : créer d'autres autorités de certification. De préférence communautaires et libres, avec un vrai pouvoir de la communauté. Ou s'engager dans des voies plus contraignantes résumées à la fin de mon shaarli (DANE, remplacer x509, etc.).
Ouais, moi aussi dans mes précédents boulots, ça me gonflait de dire « bonjour » aux collègues du service. On peut même dire que je détestais cela. Principalement parce que c'était obligé par le chef (si, si, l'un d'eux te faisait la leçon dans son bureau si tu ne disais pas bonjour à chaque collègue !), donc personne était vraiment consentant⋅e, du coup ça créait des moments désagréables à souhait. Dans un autre emploi, il n'y avait pas d'obligation mais le cœur de la plupart des collègues n'y était pas donc moments désagréables. Chez un autre, on avait quasi l'ambiance actuelle, donc ça ne me posait pas de soucis de saluer tout le monde.
Désormais, je fais le tour des bureaux et je dis bonjour à tou⋅te⋅s les collègues du service le plus sincèrement du monde. Alors que ce n'est clairement pas répandu dans notre service et qu'on ne peut pas soupçonner les chefs d'ordonner ce genre de tournée. Comme il a fallut expliquer le pourquoi du comment de mon comportement à des collègues (et que ça a été mieux en le disant), je le note ici, au cas où ça puisse servir à d'autres. :)
Je vois au moins trois intérêts à saluer les collègues (en sus du classique "on est humain⋅e, merde" qui n'a pas à être justifié, car il s'impose en dehors de tout esprit de lucrativité du geste) :
Alors bien sûr que non, mes zolies idées utopistes décrites ci-dessous n'ont pas d'effet sur tout le monde : tou⋅te⋅s les collègues ne me parlent pas après les classiques "bonjour/bonjour/ça va ?/ça va et toi ?/ça va". Mais, au moins, la main est tendue, une passerelle existe. Je persiste à penser que ça servira quand le moment sera venu. Pour l'instant, je constate que mon exemple a inspiré personne : personne ne fait le tour des bureaux pour saluer les collègues. Mais ce n'est pas en 6 mois qu'un jeune glandu va répandre des pratiques différentes de celles pratiquées ces 7 dernières années au bas mot.
Je précise quand même que je ne cherche pas à provoquer un contact physique non désiré. Donc, non, je ne claque pas la bise à toutes les collègues, et, non, je ne serre pas la paluche de tous les collègues, et inversement. Si tu ne veux pas de contact physique (deux collègues me l'ont explicitement demandé), je respecte et l'on se dit bonjour oralement. Si tu veux un signe physique différent et rigolo, j'en suis. Si tu veux dire « bonjour », je respecte. Si tu veux dire « meow », je respecte aussi. Ce que je cherche à provoquer, en revanche, c'est une interaction orale entre humain⋅e. Elle n'est peut-être pas souhaitée, mais c'est assumé. À ce jour, je n'ai pas perçu de malaise chez les collègues.
Évidemment, tu l'auras compris, je bénéficie d'un climat propice au "bonjour" du matin. Si je bossais encore chez mes ex-employeurs que j'ai décrit au début de ce shaarli, je n'agirai pas ainsi, c'est sûr. Pas question d'avoir un bonjour institutionnalisé insincère ni une salutation froide de la part de collègues qui ne jouent pas le jeu / ne sont pas consentant⋅e⋅s.
Si tu te demandes si je suis cohérent donc si je dis aussi "à demain" à tout le service : je suis quasi toujours dans le top 3 des dernières personnes présentes donc ce n'est pas tout le service, mais oui, je vais saluer et j'y trouve les mêmes intérêts (détecter si quelque chose ne va pas, si des tensions se sont créées entre des personnes, si l'infrastructure a eu un râté, etc.).
Si ça peut te servir…
Cela fait plus d'un an que j'apporte des journaux papier dans la salle de pause de mes différents boulots. J'ai envie de faire un point et de t'inciter à faire de même.
Je sais que ça va surprendre ceux et celles qui me connaissent de plus près, mais, au départ, je n'avais aucune motivation politique. Il ne s'agissait pas de "ré-informer" les collègues ignorant⋅e⋅s ou je ne sais quoi. En fait, dans un précédent boulot, quelqu'un⋅e déposait le Canard enchaîné dans la salle de pause. Et puis, un jour, pouf, pas de Canard (probablement car le⋅a collègue était absent⋅e). J'ai donc décidé de l'acheter et de le partager, comme ça, sans réfléchir. Toute façon, je l'ai acheté pour mon propre intérêt, alors autant qu'il serve.
J'ai quitté cette société, mais j'ai continué à apporter le Canard dans mes nouveaux boulots. Puis, j'ai également apporté le journal satirique local quand il y en avait un. Puis, quand j'ai tranché ce qui, pour moi, est du journalisme éthique, j'ai aussi apporté tous les journaux papiers que je m'achète : Canard, Fakir et Siné mensuel.
Je ne crois pas avoir plus de motivation politique à l'heure actuelle… Oui, ça contribue à diffuser des idées que je défends, mais mon cœur me signifie que ce n'est pas pour ça que je le fais, mais uniquement pour l'aspect mutualisation, tendance "au moins, on ne bute pas des arbres pour le plaisir solitaire d'une seule personne".
J'ai constaté qu'une majorité de gens sont intéréssés par ces journaux sans pour autant les acheter, ce que je trouve dommage et que je n'explique pas vraiment… Vu nos salaires, je ne crois pas à un problème financier généralisé… Flemme de se déplacer ? La livraison postale existe… J'ai constaté que l'intérêt diffère entre le public et le privé et en fonction de la taille de la structure : la startup-nation est moins intéressée que le public (alors que tous deux disposent du même volume horaire de pause dej' et que je n'ai pas constaté de lecture en dehors de ces créneaux). C'est intéressant de constater que le milieu et les règles du jeu informelles créent l'opportunité. Du coup, je m'interroge : n'y-a-t-il pas, à poste équivalent, une inégalité d'accès à l'information en fonction du lieu de travail vu que cet accès peut être restreint par l'environnement ?
J'ai découvert des comportements divers : de la lecture assumée pendant la pause déjeuner jusqu'à la lecture "en douce" en passant par l'emprunt d'un journal durant la fin de semaine avant de le rapporter la semaine suivante. J'explique cela par l'environnement plus ou moins conformiste et répressif.
J'ai aussi découvert que certaines personnes font un blocage psychologique et ne lisent pas les journaux tant qu'elles ne savent pas qui a apporté lesdits journaux… Comme si le messager était responsable du contenu… Je n'explique pas ce point-là…
Je n'ai pas constaté de pression particulière sur ma personne. Je n'ai pas eu de remarques hiérarchiques me demandant d'arrêter mes conneries de bobo-gauchiste. Je ne me suis pas fait alpaguer par des collègues dans des débats au motif que "tiens on va demander son avis au bobo-gauchiste". Bref, je n'ai pas l'impression qu'apporter ces journaux me porte préjudice ou me place comme le savant ou le défenseur d'un bord politique lors d'un débat. Je ne me sens pas oppressé parce que j'apporte des journaux.
Tout au plus, il y a eu ce collègue qui, en me voyant débarquer avec les Canard, Fakir et Siné tout frais, a déclaré à voix haute en public « si c'est comme ça, je vais apporter l'Humanité » sur un ton un tantinet agressif qui ne lui ressemble pas. Je lui ai répondu que ça me ferait plaisir, que j'invite tout le monde à partager son journal chéri, même l'Opinion ou le Figaro et que les journaux que j'apporte, c'est comme la merde que je raconte à l'oral, je ne suis pas tenu d'être objectif. Je ne sais pas si ce message a été entendu, mais je n'ai pas vu l'Humanité dans la salle de pause.
Il reste une question à laquelle je n'ai pas trouvé de question : comment mutualiser la presse numérique ?
Bref, apporter la presse au boulot est une action concluante qui a du sens, qui intéresse et qui ne pose pas de contraintes sur celui ou celle qui la mène.
En te livrant cette expérience, j'espère t'avoir motivé à apporter les journaux de ton choix à ton boulot. :) Cela ne changera pas la face du monde… mais ça y contribuera ?
All services are microservices if you ignore most of their features.
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