Les autorités russes se sont trouvé de nouveaux ennemis de l'intérieur : les anars. Ils auraient formenté des attentats terroristes pendant la Coupe du monde. Portrait de deux militantes qui se battent pour les sortir de ce mauvais pas.
Un type louche scrute sa maison depuis le trottoir d’en face. Katya nous dit avoir gardé son calme. Elle a attrapé son téléphone pour tirer le portrait de l’indiscret. Celui-là, elle l’a déjà vu dans la rue. Sans doute un agent du FSB, les services secrets russes. Sur le moment elle s’était demandé s’il la suivait ou si elle devenait parano.
Yekaterina Kosarevskaya, « Katya », a 27 ans. Sur ses photos de profil, un air grave assombrit ses traits encore juvéniles. Doctorante en mathématiques, elle enseigne la théorie des probabilités a l’université. Mais ce ne sont pas ses recherches qui intéressent le FSB. En 2015, Katya et son amie Yana Teplitskaya, également mathématicienne, ont été nommées à la Commission de contrôle public des lieux de détention (ONK), une sorte de contrôle des lieux de privation de liberté, en version bénévole.
« Je m’étais impliquée aux côtés de familles de migrants incarcérés dans l’attente de leur expulsion : ça m’avait beaucoup touchée. Je voulais faire plus pour la défense des prisonniers », nous explique Katya, par téléphone, en anglais. « Cela faisait plusieurs années qu’on voulait intégrer l’ONK avec Yana, mais il fallait avoir 25 ans. » Quelques années et des tonnes de paperasse plus tard, les deux amies sont mandatées pour quatre ans. « On a eu de la chance. Il y a peu de place pour les activistes des droits de l’homme dans la Commission. Nous sommes trois sur vingt-cinq membres », ajoute-t-elle.
Ces organisations régionales ont vu le jour en 2009 pendant la brève parenthèse Medvedev, dix ans après le dépôt d’un projet de loi par un député de l’opposition. « On peut y voir une volonté d’adaptation aux normes internationales », explique Anne Le Huérou, maîtresse de conférences en civilisation russe à Paris-Nanterre. Dans les faits, il y a de quoi décourager les plus motivés. « Les membres de ces organisations sont à peine indemnisés pour leurs trajets, ils doivent couvrir des régions parfois très reculées et sont soumis à des pressions. La majorité d’entre eux sont des vétérans des services pénitentiaires ou des policiers retraités qui se contentent de relayer des problèmes matériels, ou d’organiser des collectes de livres pour les détenus. »
Plusieurs fois par semaine, quand d’autres vont patiner ou se détendre aux bains, Katya et Yana visitent des cellules de garde à vue ou des hôpitaux psychiatriques. « La première fois, l’administration de la prison s’est montrée très aimable. On nous a montré la salle de réfectoire, le terrain de foot… Le ton et un peu changé lorsqu’on a commencé à collecter des plaintes et à leur demander certains documents », se souvient-elle. « Pour éviter qu’on nous cache des détenus, on ne prévient de notre arrivée par téléphone que cinq minutes avant. Mais le plus ennuyeux, c’est qu’on ne peut ni enregistrer les témoignages ni prendre de photos. Ce serait plus pratique pour dénoncer les tortures. »
Coup de jus et coup monté
En janvier dernier, elles sont les premières à révéler des actes de torture des services secrets sur des activistes antifascistes : « Depuis, on a eu six autres affaires. J’ai dû mettre ma thèse entre parenthèses. » Tout a commencé par le coup de fil inquiet d’une jeune femme qui les appelle à l’aide. Son mari, Viktor Filinkov, un Kazakh de 24 ans, a disparu alors qu’il se rendait à l’aéroport Pulkovo de Saint-Pétersbourg. Ce militant antifasciste travaille dans la programmation informatique en Russie depuis plusieurs années. Katya et Yana retrouvent sa trace deux jours plus tard, au centre de détention provisoire de la ville.
Elles le découvrent épuisé, le visage tuméfié. Méfiant, il leur raconte qu’il s’est cogné par accident. « Nous y sommes retournées le lendemain. Là, il nous a montré des marques de brûlures sur tout son corps », révèle Katya. Viktor leur confie avoir été embarqué par des agents du FSB et avoir été examiné par un médecin avant d’être torturé pendant plusieurs heures dans une fourgonnette au beau milieu de la forêt. Roué de coups, électrocuté, il cède rapidement : « Je criais : “Dites-moi ce que je dois dire, je dirais tout ce que vous voulez”, mais ils ne se sont pas arrêtés. » Le calvaire continue jusqu’à ce qu’il retienne par coeur le témoignage qu’il devra livrer aux enquêteurs en charge de l’affaire Réseau. Viktor Filinkov est accusé d’appartenir à une organisation anarchiste clandestine, le Réseau, qui aurait préparé des attaques terroristes pendant la Coupe du monde de football. Pas moins de onze jeunes âgés de 20 a 27 ans provenant de Saint-Pétersbourg et de Penza, à 700 km au sud-est de Moscou, sont ainsi soupçonnés d’appartenir au Réseau, arrêtés et torturés. Dmitriy Pchelintsev, 26 ans, détenu à Penza : « Quand ils m’ont électrocuté, j’ai serré la mâchoire tellement fort sous la douleur que mes dents se sont cassées dans ma bouche ».
Pour les ONG de défense des droits de l’homme, l’affaire Réseau a tout l’air d’un coup monté. « Ledit Réseau a été ajouté à la liste des organisations terroristes après les arrestations. Tous les aveux ont été obtenus sous la contrainte. Les protagonistes ne se connaissent même pas pour la plupart », constate Coline Maestracci, de l’ONG Anti-Discrimination Center Memorial, basée à Bruxelles. « C’est une façon d’envoyer un signal fort avant les élections : cela peut arriver à n’importe qui. »
« Nous avions déjà documenté des cas de mauvais traitements dans des commissariats et de viols sur des détenus en garde à vue, souvent des SDF… Nous sommes même poursuivies pour diffamation par des policiers, raconte Katya. Mais c’est la première fois que l’on implique les services secrets et que l’affaire prend autant d’ampleur. » Après la publication de leur rapport, Katya et Yana sont harcelées par les médias pro-Poutine, accusées de « défendre des terroristes ». Le FSB garde le silence. « Beaucoup disent que les services secrets préfèrent rester dans l’ombre et cultiver cette image effrayante. La peur joue à leur avantage », remarque Katya. Est-ce qu’elle est en danger ? « Non, assure-t-elle. Parfois des gens me suivent, parfois non, mais c’est tout… » En Russie, tout comme le concept de droits de l’homme, celui de la peur est à géométrie variable.
Dans le Siné mensuel de novembre 2018.
Tous les élèves de cours préparatoire et de CE1 ont été évalués en début d’année scolaire. Non seulement la pertinence de ces tests est contestée par les enseignants mais, surtout, les résultats sont conservés par le géant Amazon. Etonnant, non ?
Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, est un fervent défenseur des tests à tout-va. Les dernières évaluations des élèves de CP et de CE1 se sont achevées avec leur lot d’absurdités.
Ainsi, l’énoncé commun aux CE1 (les gamins ont 7 ans !) parle de « sommeil paradoxal » ou de « glande pinéale » du cerveau. Des exercices prétendument rédigés par les « meilleurs scientifiques » et sélectionnés par le ministre en personne ! Jeanne, professeure des écoles dans le 19e arrondissement de Paris, raconte : « On a vu des enfants pleurer devant leur copie car ils ne comprenaient rien. Ils pensaient qu’ils allaient être grondés. » Le SNUIPP-FSU, principal syndicat des enseignants du premier degré, s’insurge en pointant du doigt ces méthodes qui ne respectent pas « les apprentissages réels des élèves ». Et ajoute que « ces évaluations placeront artificiellement la majorité d’entre eux en situation d’échec et de stress important ». Les résultats de cette année sont peu reluisants. Un élève sur deux a des difficultés en calcul mental en début de CE1 et 23 % des élèves de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son auquel elles correspondent. La solution du ministère ? Blanquer annonce sans rire que les professeurs disposeront d’un « kit pédagogique sur Eduscol.fr pour faire avancer les élèves sur les différents sujets ». De quoi remonter le moral des instits !
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une enseignante référente pour les usages du numérique (Erun) a découvert que les données récoltées auprès de 1,6 million d’écoliers sont stockées et gérées par Amazon, en Irlande, en violation du règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur depuis le 20 juin [ NDLR : c'était le 25 mai… ]. Étrange coïncidence : l’ancien directeur du numérique à l’Éducation nationale, Mathieu jeandron, a justement été embauché par Amazon Web Services au printemps dernier. Ce choix est une suite logique dans le parcours de ce polytechnicien qui poussait pour que les outils pédagogiques Google for Education et Microsoft for Education soient largement utilisés dans nos écoles. Alerté, le ministère se défend en avançant que « dans le cadre du processus d’évaluation des élèves, […] Amazon Web Services n’ont [pas] accès aux données à caractère personnel des élèves ou des professeurs ». Reste la durée de conservation de ces données. Le ministère ressort son bouclier et explique qu’elles seront anonymes dès la cinquième année après la sortie de l’élève du circuit scolaire. Donc, les résultats avec nom, prénom, année de naissance et plus si affinités resteront accessibles pendant les cinq premières années après la scolarité. Adieu l’anonymat. Surprenant quand on connaît les craintes de fichage de nos bambins par les Gafam (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft).
D'autant que l'anonymat sera bidon : il est très difficile d'anonymiser des données, c'est-à-dire de faire en sorte qu'une désanonymisation a posteriori soit impossible… Surtout quand le prestataire dispose de la version "non-anonymisée" dont il peut bien faire ce qu'il veut, une copie, par exemple.
Le site web est désormais derrière Amazon CloudFront, le CDN d'Amazon, donc il est difficile de vérifier dans quelle zone géographiques sont situés les serveurs qui hébergent physiquement ce site. Mais, si l'on en croit les quelques infos techniques mises de côté par le syndicat SNUIPP-FSU, le site web était bien hébergé dans la région « eu-west-1 », qui correspond bien aux trois zones de disponibilité en Ireland. Le lieu concret de l'hébergement est insignifiant, le problème est politique, il est qu'un ministère français ait recours a une multinationale étrangère toute puissante qui fraude le fisc pour stocker des résultats d'examen…
Dans le Siné mensuel de novembre 2018.
Quand elle ovule, la femelle hippocampe cherche un mâle dans la poche ventrale duquel elle va injecter ses nombreux ovocytes qui seront fécondés par un ruissellement de sperme dans l'eau de mer de la poche. C'est une fécondation interne, mais dans l'eau de mer, et un transfert de grossesse à un père porteur dont le bide enfle tandis que celui de la nana se vide. Après le développement des œufs en petits hippocampes, le mâle accouche douloureusement jusqu'à 2500 bébés, et s'écroule après ! Quand on pense que certains râlent parce qu'ils ont des jumeux et que d'autres trouvent que les PMA, c'est pas naturel…
Chez d'autres poissons, comme les épinoches et les combattants, le père chasse la femelle du nid après la fécondation, sinon elle mange les œufs. Il s'occupe ensuite des œufs et des jeunes sans manger, avec dévouement, jusqu'à ce qu'ils nagent de leurs propres nageoires. Il y a aussi des animaux qui élèvent leur jeunes en couples temporaires, rarement permanents. Mais chez la plupart, les pères ignorent leur descendance et souvent s'en régalent, à l'état d'œufs ou de jeunes. Bref, la nature c'est pas la manif pour tous ! Celle-ci n'est pas non plus le modèle social courant chez les primates, humains ou non.
Chez la plupart des singes, l'identité du père est inconnue et le petit n'a aucun moyen d'identifier son ascendance. Selon les espèces, les mâles s'occupent volontiers, ou pas du tout, des jeunes de la troupe. Les patas, gorilles et bonobos pratiquent une paternité sociale collective. Tandis que chez les orangs-outans, c'est père inconnu et chez les gibbons, un papa, une maman, un enfant. Comme nos derniers ancêtres communs sont les chimpanzés, les bonobos et les gorilles, nos structures sociales, très diversifiées, dérivent de celles de ces ancêtres communs. Il n'est donc gère étonnant que bien des sociétés humaines pratiques des paternités sociales, collectives ou non, indifférentes à la paternité biologique. D'autres ont des familles monoparentales, et la tendance au machisme est quasi générale ! Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas lutter contre, mais que ce sera difficile… Et puis, on ferait bien aussi de s'inspirer de ces sociétés où les seuls pères reconnus sont ceux qui s'occupent, seuls ou à plusieurs, des gamins, et non ceux que la recherche technologiques de paternité traque, parfois jusqu'à l'absurde.
Dans le Siné mensuel de novembre 2018.
[…] La frontière n'est pas une ligne ; C'est une organisation diffuse, qui traite les humains au gré des intérêts dominants économiques et identitaires. […] La frontière n'existe pas ; La frontière est partout en chaque dispositif de contrôle de la dérive, de l'errance, du libre mouvement qui est l'essence même de la vie ;
Le mot péjoratif « Cagole » tirerait son nom :
Parlons du prénom Fanny :
Les premières dénoncent taxes et nouveaux remboursements imposés par Macron. Le second des dépenses et frais démesurés. L’exécutif mène aux points.
Durant des semaines, les dirigeants des assurances-santé et des grosses mutuelles ont cru qu’ils pourraient jouer les gilets jaunes et gagner, eux aussi, du pouvoir d’achat. Résultat : ils ont fini en guenilles, le 20 décembre.
Leur bras de fer commence en réalité le 13 juin, quand Macron annonce le futur remboursement à 100 % des lunettes ainsi que des prothèses dentaires et auditives. Ce joli coup politique reste en travers dela gorge des patrons de complémentaires. Et ils le font savoir. Car, si la Sécu réglera l’essentiel (750 millions d’euros), leurs boîtes devront débourser 250 millions.
Mi-novembre, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, se targue d’avoir amadoué les leaders du marché. Las ! dans la foulée de Mercer (mutuelle des petites et moyennes entreprises), les autres complémentaires annoncent une augmentation de leurs tarifs : entre 3 et 6 % pour la plupart, certaines grimpant jusqu’à 20 % !
Festin mutualiste
Aussitôt, Buzyn crie au sabotage. A ses yeux, le reste à charge zéro — « RAC 0 » pour les intimes — voulu par Macron sert d’alibi aux complémentaires pour remplir leurs caisses. Très spontanément, les dossiers gênants sortent des placards. Exemple : le patron du modeste groupe mutualiste des intermittents du spectacle, qui s’octroie un salaire trois fois supérieur à celui du directeur de la Caisse nationale d’assurance-maladie. D’ailleurs, le « club des 100 000 », réunissant les patrons de mutuelles — à vocation non lucrative — qui, chaque mois, dépassent ce salaire, est prospère. D’année en année, au gré des fusions et des acquisitions voulues par Bruxelles, son effectif grossit.
Les dépenses de sponsoring sont, elles aussi, dénoncées. Aesio, qui, après sa fusion avec la Macif, est devenu le deuxième groupe mutualiste (et le plus généreux avec sa direction), collectionne les mécénats : foot avec l’AS Saint-Etienne (ville natale du président, Maurice Ronat), rugby avec le Racing Club de France et… peinture via le musée d’Orsay. Début juin, Aesio a entièrement loué ce dernier pour un raout fastueux, au cours duquel Ronat a vitupéré ce gouvernement, étrangleur de mutuelles. Pourquoi Orsay ? « Ses collections couvrent la période 1848-1914, qui correspond à l’émergence du mouvement mutualiste », explique Aesio. L’expo « Renoir/Renoir », qui se tient jusqu’au 27 janvier, est financée par le groupe. A la fin de sa vie, Jean Renoir, le fils, en pinçait plutôt pour l’extrême droite antisémite. Pas très mutualiste…
Le RAC qui fait raquer
Des fortunes sont également englouties par les complémentaires dans le vélo (AG2R, avec 10 millions pour le seul Tour de France), dans la voile (Matmut, 5 millions d’euros) et, aujourd’hui, dans la télévision (Mutuelle de la police nationale). Ces caprices de nouveaux riches font le bonheur des proches d’Agnès Buzyn, qui rappellent que les frais de gestion des complémentaires s’élèvent à 20 %, contre 4 % pour la Sécu.
Fort (entre autres) de ces arguments, Macron, qui a rencontré ces philanthropes le mardi 18 décembre à l’Elysée, a pu les convaincre de faire un effort. « Je veux votre engagement que vous gèlerez vos cotisations en 2019 », a-t-il réclamé. Il leur a laissé deux jours pour s’exécuter. Prière exaucée, sauf qu’à peine sorti du Château un petit malin confiait au « Canard » : « On s’est engagés pour 2019. Or le plan RAC 0 se met en place jusqu’en 2021. » En clair, il restera deux ans pour se rattraper.
Au sein de la Fédération des mutuelles de France, l’amertume n’est pas dissipée : « Nos frais de gestion, tempête son président, Jean-Paul Benoît, ne sont pas comparables à ceux de la Sécu, qui ne fait que du remboursement. Nous, nous gérons des centres de santé, notamment dans les déserts médicaux. Ils représentent 90 % de nos dépenses. En plus, les mutuelles paient une TVA à 20 %, soit autant que les produits de luxe. Et [dans notre fédération] nous ne sponsorisons ni la voile ni le vélo. » Il renvoie la balle à Macron : « Le poids des taxes que nous colle le gouvernement est passé, en douze ans, de 1,75 % à 14,07 % des cotisations. Ainsi, en 2019, les mutuelles vont être taxées à 0,8 % pour payer un forfait aux médecins traitants. »
Selon un autre dirigeant d’une mutuelle « de gauche », le RAC 0 ne coûtera pas 250 millions aux complémentaires mais… 600 millions ! « Les mutuelles de taille moyenne qui sont obligées de respecter les directives européennes leur imposant de constituer d’énormes réserves vont être étranglées », hurle-t-il.
Les assurances et les grosses mutuelles n’oseraient tout de même pas en profiter ?
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
Voilà un journalisme de piètre qualité… Ça te sort deux chiffres (20 % contre 4 %), sans expliquer ce qui est mesuré (20 % de quoi ?!), sans citer la source, ça interroge une seule des deux parties intéressées par ces chiffres, et ça te laisse conclure. On ne va quand même pas expliquer quoi que ce soit au citoyen, il risquerait de comprendre ! Je conchie ce journalisme vite-fait mal-fait qui n'aide pas le citoyen à décider ni à s'émanciper !
Je pense que tout débat sur les chiffres est inutile. La question n'est pas de savoir qui a la plus grosse entre la Sécu publique ou les complémentaires privées, mais de savoir de quel mode de vie, de quel modèle de société nous voulons : une société plus égalitaire ou une société dans laquelle chacun paye un prix strictement indexé sur ses risques de santé (les "sans défauts" payent que dalle, les "multirécidivistes du défaut de fabrication" payent à plein tarif) ? Attention au piège : les sans défauts d'aujourd'hui ne le resteront peut-être pas jusqu'à la fin de leur vie.
Malgré cette idéologie présente en moi, j'ai eu envie de creuser ce "20 % contre 4 %" et les arguments avancés par le président de la fédération des mutuelles. Ce que je peux dire, c'est que c'est un véritable merdier de s'y retrouver… Je ne conçois vraiment pas comment le citoyen peut faire un choix éclairé avec tout ça… Chaque "partie" arrive avec ses chiffres, ses méthodologies de calcul, ses biais de raisonnement, ses biais de présentation, etc.
22 %, c'est la part moyenne des frais dans le montant hors taxes des cotisations relatives à un contrat individuel d'assurance-santé calculée par l'UFC-Que Choisir dans son étude de juin 2018 à partir de contrats d'assurance-santé existants en 2018. Il y a plusieurs réseaux de mutuelles, plusieurs types de contrats (individuel, collectif), plusieurs contrats, etc., ce qui fait qu'il s'agit d'une moyenne avec un écart type plutôt costaud. La médiane est de 20,4 %.
L'UFC mélange les frais de gestion (« dépenses mises en œuvre pour effectuer les remboursements »), les frais d'acquisition (« dépenses opérées par les organismes pour recruter de nouveaux clients ») et les autres frais généraux non liés à la publicité et à l'exécution des garanties dits frais administratifs (salaires, système d'information, etc.). Par simplicité, j'écrirai « frais de gestion » pour désigner l'ensemble de ces frais, sauf mention contraire explicite.
Notons qu'en 2012, la fédération nationale de la mutualité française évaluait la part des frais de gestion à 17 % du montant des cotisations. On est donc sur un chiffre plutôt similaire des deux côtés. \o/
Toujours selon l'UFC, les cotisations à une complémentaire santé, taxes comprises, ont augmenté de 47 % en moyenne entre 2006 et 2017. Notons qu'afin de lisser l'effet de l'augmentation du nombre de personne couvertes par une complémentaire santé, l'UFC raisonne en termes de cotisation par personne.
Les complémentaires santé dénoncent les taxes de l'État comme facteur d'augmentation des leurs cotisations. Si l'on prend en compte la TSA, taxe unique en vigueur depuis 2011 qui fusionne les deux taxes existantes dotées d'un taux similaire, et dont le taux n'a pas augmenté depuis fin 2011 (alors que les cotisations continuent à augmenter…), alors la hausse moyenne du montant des cotisations entre 2006 et 2017 s'élève à 33 % (source : toujours la même étude de l'UFC). Notons que le taux de la TSA est variable : contrat "normal", contrat "responsable", etc.
Cela représente deux fois le taux d'évolution de l'inflation sur la même période qui est de 14-15 % (source). L'inflation est une moyenne de l'augmentation du prix TTC (source) d'un ensemble de produits sélectionnés, donc le prix de certains produits peut avoir diminué pendant que les prix d'autres produits peut avoir augmenté. Il n'empêche que la variation des cotisations des complémentaires santé n'est pas insignifiante quand on la met en rapport avec cette évolution de l'inflation.
3,55 %, c'est, en 2012-2013, la part des charges de gestion courante (hors prestations et transfert au budget de l'État) de la CNAM, donc de la seule branche assurance maladie obligatoire, dans les cotisations qu'elle perçoit (cotisations salariales, patronales, CSG, et taxes en tout genre). Ce n'est donc pas les frais de gestion de la sécurité sociale dans son ensemble. Sources : caisse nationale des Urssaf et fédération nationale de la mutualité française. Une fois encore, les calculs de plusieurs parties intéressées à l'affaire se recoupent. On peut également refaire les calculs à partir des comptes de la sécurité sociale. On peut calculer qu'en 2017, les mêmes charges représentaient 3,45 % du montant total des cotisations.
Pour nuancer ce chiffre, il faut d'abord se souvenir qu'il concerne uniquement le régime général. Il existe d'autres régimes d'assurance maladie obligatoires tenus par d'autres caisses : MSA, le feu RSI, etc. Or, nous comparons le chiffre du régime général avec le chiffre de l'UFC et de la fédération de la mutualité française dont il n'est pas précisé si les autres régimes ont été pris en compte dans leurs calculs respectifs.
On pourrait noter qu'en absolu, la somme des frais de gestion des complémentaires santé est de 7,2 milliards d'euros en 2016 (toujours selon l'UFC). Sur la même période, les charges de la branche maladie de la sécurité sociale représentaient 6,8 milliards. Mais, cette comparaison n'a pas beaucoup de sens : la palette des prestations n'est pas la même et tout le monde ne dispose pas d'une complémentaire santé (alors que tout le monde est affilié à l'assurance maladie obligatoire). L'assurance maladie obligatoire a ainsi remboursé 187 milliards de prestations en 2016, contre 28 milliards pour les complémentaires santé. D'où l'intérêt de travailler en relatif. Pour ceux qui se demandent comment l'écart entre les parts des frais de gestion dans les ressources des structures peut être aussi creusé : le montant total des cotisations perçues (taxes comprises) par les complémentaires santé en 2016 a été de 40 milliards d'euros. Les cotisations perçues par la branche maladie de la sécurité sociale a été de 87 milliards la même année, à quoi il faut ajouter les recettes des taxes (CSG, taxe sur le tabac, etc.) soit 100 milliards d'euros.
Les complémentaires santé argumentent que les charges du régime d'assurance maladie calculées ci-dessus sont incomplètes, car la perception des cotisations est à la charge des URSSAF, pas de l'assurance maladie, alors qu'elle incombe aux complémentaires santé. C'est vrai, mais il ne suffit pas d'ajouter le budget des URSSAF au budget de la branche maladie de la Sécu, car le réseau des URSSAF assure également d'autres missions (de conseil, de récolte des cotisations vieillesse, etc.), donc le coût total du régime d'assurance maladie obligatoire est difficile à calculer. D'un autre côté, l'assurance maladie n'a pas de frais d'acquisition, ce qui représente une dépense d'un montant équivalent à 7,9 % des cotisations des complémentaires santé, soit 2,8 milliards d'euros en 2016. Ça en fait, des ressources pour se confectionner un système d'information, absorber le coût des rejets des prélèvements bancaires et tout ce qu'il faut pour percevoir les cotisations.
L'argument concernant les centres de santé me semble faible. D'une part, la France compte environ 500 centres de santé mutualistes, ce qui représente un tiers du parc. Sources : réseau national des centres de santé mutualistes et direction de l'offre générale de soins du ministère de la santé. Les autres centres de santé sont gérés par des associations, l'assurance maladie, les collectivités territoriales, etc. D'autre part, selon la DGOS, seuls 10 % des centres de santé sont ruraux, donc bon, déserts médicaux, faut voir à relativiser (il reste tout de même les centres dans les quartiers défavorisés, à mon avis). Enfin, les recettes d'un centre de santé proviennent essentiellement… de la CPAM (remboursement des actes médicaux, subvention, etc.) et des agences régionales de santé (source).
L'argument concernant la TVA qui plomberait les cotisations des complémentaires santé n'en est pas un : les frais de gestion représentent, en moyenne, 18 % du montant des cotisations TTC en 2016, toujours selon l'UFC. Évidemment, il y a toujours un écart notable entre les contrats collectifs et individuels. De plus, il est tendancieux de déclarer que les « les mutuelles paient une TVA à 20 %, soit autant que les produits de luxe » : il s'agit du taux normal de TVA, il n'est donc pas réservé au monde du luxe… Enfin, à l'exception de son passage de 19,6 % à 20 % en 2014, le taux de la TVA n'a pas augmenté sur la période observée par l'UFC alors que les cotisations des complémentaires santé ont augmenté.
Bref, à part le budget publicité, les salaires plus conséquents des dirigeants privés, et, dans une moindre mesure, la machinerie pour la perception des cotisations publiques, je ne vois pas comment justifier la part prise par les frais de gestion dans les cotisations des complémentaires santé ni l'augmentation constante de ces mêmes cotisations.
Je tente de résumer les mesures prises par le gouvernement pour calmer les gilets jaunes (et pinaise, que c'est compliqué de comprendre les pièges, de recouper les sources, etc.).
Prime de fin d'année, d'un montant maximal de 1000 €, totalement défiscalisée (IRPP, CSG, CRDS) et "désocialisée" (exonération des cotisations salariales et patronales). Je ne vois pas comment une unique prime, basée sur la seule bonne volonté des patrons, pourrait remédier à la misère dénoncée par les gilets jaunes… Je ne vois pas non plus de raison de me satisfaire de l'absence de cotisations sociales, c'est-à-dire de la réduction de la protection sociale.
Hausse des revenus d'un smicard moyen (environ 90 €/mois/personne + la révalorisation "normale", qui suit l'inflation, au 1er janvier) et élargissement des personnes éligibles à la prime d'activité (3,8 millions de foyers à 5 millions de foyers). Cela se fera par une augmentation de la prime d'activité, donc sur les seuls deniers de l'État. Seulement un peu plus de la moitié des smicards est concernée… Seulement environ 100 €/mois (qu'est-ce que tu veux faire avec ça…)… Attendons également de voir l'inflation de 2019 qui pourrait annuler l'effet de cette hausse…
Heures supplémentaires défiscalisées (seulement l'IRPP… qui n'est pas payé par les foyers les plus démunis, la CSG et la CRDS seront dues) et désocialisées (seulement exonérées des cotisations sociales salariales). Je ne vois pas de quoi me réjouir d'une mesure prévue de longue date (ce n'est donc pas un acquis des gilets jaunes) qui consiste à travailler toujours plus (la bonne direction est la réduction du temps de travail et une meilleure répartition des emplois) tout en ne cotisant pas pour sa santé et sa retraite, ce qui, au final, appauvri, notamment dans les métiers physiques à risques sur la santé…
Anhilation de la hausse de la CSG pour les retraités ayant un revenu inférieur à 2000 €/mois/personne. Je ne vois pas de quoi me réjouir de la réduction (d'une hausse) valable un an (elle pourra est reconduite, oui, mais ce n'est pas acté). Sans compter la désindexation de l'inflation des pensions de retraites, qui feront perdre du pouvoir d'achat bien plus que cette mesure en restaurera…
Gel des taxes énergétiques (TICPE - conso énergétique -, TICGN - gaz naturel -, TICC - carbone) jusqu'en 2022 et gel des tarifs de l'électricité et du gaz naturel jusqu'à fin mars 2019. ÉDIT DU 30/01/2020 À 21 H 25 : + 2,5 % sur le tarif réglementé au 1er février 2020, +10 % en 7 mois. FIN DE L'ÉDIT. Élargissement du nombre de citoyens éligibles au chèque énergie (+ 2 millions) qui recevront une aide entre 48 € et 76 € (+ 50 € pour ceux qui avaient déjà). Je ne vois pas de quoi me réjouir d'une incitation à consommer toujours plus d'énergies fossiles à l'heure où un effort climatique est incontournable… Vu les montants en jeu, ça n'aide même pas les foyers modestes à maintenir leur tête hors de l'eau…
Il y a aussi tout ce qui, à mon sens, n'est pas une conséquence de l'action des gilets jaunes mais la tambouille habituelle de fin d'année : indemnités kilomètriques revues à la hausse, exonération de cotisations sur l'aide au transports, report du durcissement du contrôle technique automobile, hausse de la prime de reconversion et de la prime pour l'achat d'un véhicule électrique, etc. On est en présence de broutilles qui n'aideront globalement pas les citoyens…
Donc ça nous fait entre 10 et 14 milliards de dépenses pour 2019 et 19 milliards pour le gel des taxes énergétiques jusqu'en 2022…
Le citoyen se fait totalement manipuler :
La justice sociale réclamée par les gilets jaunes ne sera donc pas atteinte, pire, notre gouvernement ne s'est pas trop fatigué à donner l'illusion qu'on va dans cette direction.
Déjà sponsorisé par Facebook, « Le Monde » ne rechigne pas à trouver de nouveaux partenaires parmi les Gafam. Le quotidien fait partie des heureux lauréats français (avec Brut et HugoDécrypte) qui vont toucher de l'oseille du fonds mondial Google News Initiative, pour les aider à développer des projets vidéo, le tout, claironne le communiqué de Google, « dans le but de soutenir une information de qualité et des proiets innovants sur la plateforme Youtube ».
Et en toute indépendance, cela va de soi.
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
À Paris, on regrette beaucoup le départ de Jim Mattis, qui a souvent freiné les pulsions guerrières de son président.
La Maison-Blanche et au « gouvernement des Etats-Unis, Jim Mattis et son équipe du Pentagone jouaient les garde-fous, face aux plus excités du clan présidentiel », rappelle un diplomate. Puis, en prévision de ce qui pend au nez des Européens, il ironise méchamment sur la solitude, désormais, des « fanatiques de la “fauconnerie” de Trump ».
Pourtant, lorsque le président américain a annoncé, la semaine dernière, sans en avertir ses alliés, qu’il allait retirer les 2 000 soldats US présents en Syrie et la moitié des 14 000 qui campent encore en Afghanistan, personne n’aurait dû se montrer surpris. Au printemps 2018, par exemple, Trump s’était une fois de plus déclaré favorable à ces retraits, qui ont provoqué la démission de Jim Mattis. Lequel lui a aussitôt reproché, en tête à tête, comme l’a raconté la presse américaine, d’abandonner les Kurdes syriens, que l’armée turque veut réduire en miettes, et de laisser les talibans, avec lesquels Washington négocie depuis deux ans, devenir les maîtres de l’Afghanistan, où des centaines de djihadistes d’Al— Qaida et de Daech ont déjà trouvé un nouveau terrain de jeu.
Mais Trump est resté sourd à ces arguments de bon sens, et un diplomate commente ainsi cette passe d’armes : « Mattis, un va-t-en-guerre plutôt modéré, a toujours reproché au Président de se foutre allègrement de ses alliés kurdes ou afghans, et même de la France ou de l’Allemagne. »
En janvier 2017, une fois nommé patron du Pentagone, Jim Mattis, « un général intellectuel », selon ses pairs, s’était donné pour rôle de modérer Donald Trump, en proie à diverses pulsions parfois contradictoires. Par exemple, lorsqu’il menaçait de « réduire en cendres la Corée du Nord », puis, plus tard, quand il ne cessait de se dire ravi de négocier (?) avec Kim, son charmant dictateur. De même, quand Trump annonça qu’il voulait dénoncer l’accord nucléaire conclu avec l’Iran par les Européens, les Etats-Unis, la Russie et la Chine, Mattis tenta en vain de le convaincre que la signature des Etats-Unis devait être respectée.
A une autre occasion, l’intervention de Jim Mattis s’était révélée très utile, et pacifique. Inquiet de voir Donald Trump soumis à de récurrentes pressions de l’Israélien Netanyahou et du prince héritier d’Arabie saoudite, qui l’incitaient à bombarder les centres de recherches nucléaires iraniens, le patron du Pentagone avait obtenu l’appui de plusieurs généraux. Et, depuis, Trump en est resté à la seule guerre des sanctions et des propos belliqueux.
La collaboration Trump-Mattis a finalement duré plus que de raison, si l’on recense, comme le font certains officiers français, leurs nombreux désaccords.
Manque l’avis d’un psy
Exemples sélectionnés : 1) Mattis n’a guère apprécié d’avoir appris par un tweet présidentiel que les Etats-Unis cessaient toute aide militaire au Pakistan ; 2) Mattis est hostile au déploiement des troupes US à la frontière avec le Mexique car, selon lui, l’armée n’est pas « un jouet politique » ; 3) Trump a l’intention de geler les crédits militaires à 700 milliards de dollars à partir de 2020, alors que Mattis en réclamait 756 et que Daech n’est pas « fini »…
Depuis quelques semaines, les relations des deux hommes se sont encore détériorées. A tel point que, le 1er décembre, Jim Mattis, lors du Forum national de la défense, s’en est pris directement à Donald Trump en déclarant : « Toute limitation du budget de la Defense est un non-sens. » Réponse présidentielle, deux jours plus tard, et par tweet, bien sûr : « Le budget de la Défense est dingue. » Pas faux…
Arguments de Jim Mattis en faveur d’une augmentation de ces « dingues » de crédits : les menaces russe et chinoise. Mais, s’il se dit très inquiet des ambitions militaires de Pékin, Trump se montre toujours fort complaisant avec Moscou. Le 16 juillet, à Helsinki, lors de sa rencontre avec Poutine, il avait refusé de lui reprocher « toute ingérence dans la campagne présidentielle américaine ». Alors que Dan Coats, le directeur national du Renseignement, venait de déclarer : « Nous avons été clairs sur l’ingérence des Russes dans cette élection. »
De retour à Washington, où ses propos avaient fait hurler, Trump a juré avoir commis un lapsus en exonérant la Russie de toute responsabilité. Puis, quelques heures plus tard, il invitait ce brave Poutine à la Maison-Blanche.
A défaut de pouvoir inciter un adepte du docteur Freud à analyser ce comportement erratique, il faut attendre la prochaine élection présidentielle et espérer…
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
Dans leurs petits souliers, les policiers n’ont pas seulement trouvé les primes et augmentations de salaires consenties par leur ministre, Christophe Castaner : l’Etat a également soigné leur panoplie. Le 21 décembre, un appel d’offres a été lancé pour l’acquisition d’un arsenal de 450 flash-balls à répétition : des armes capables de lancer jusqu’à six balles en caoutchouc durci en rafales sur des distances allant de 30 à 100 mètres. Merci, Père Noël !
Ces lance-patates, dont certains modèles évoquent la « mitraillette camembert » de feu Al Capone, ont commencé à entrer en service dans la police et la gendarmerie en 2016. Et leur utilisation par les forces de l’ordre devient habituelle, ainsi que peuvent en témoigner les nombreux manifestants et les badauds estropiés de ces dernières semaines…
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
Des vraies vaches paissent dans une prairie. Surgit un immense robot du genre martien, avec jambes à roulettes, caméras et capteurs. Il tourne autour d’elles, les rassemble en troupeau… « Ces robots sont actuellement en test en Australie, explique un chercheur en commentant les images. Au début, les vaches avaient peur de la machine, mais elles se sont habituées. »
Les 11 et 12 décembre, le Forum international de la robotique agricole (fira) a attiré à Toulouse des milliers de professionnels. A son initiative, une bande de start-uppers de Naïo, connus pour leur petit robot sympa qui permet de « libérer l’agriculteur bio du désherbage répétitif pour qu’il puisse se concentrer sur la biodiversité ». Et ce n’est qu’un début…
Roboratif
Ainsi le projet de ces ingénieurs anglais : « Un hectare sans les mains » (Hands Free Hectare). Et pas que les mains ! Pendant deux ans, ils ont cultivé une parcelle de blé en se pliant à cette contrainte : « interdiction formelle deposer un pied dans le champ ». C’est un ballet de machines — véhicule autonome de reconnaissance, drone, tracteur et moissonneuse sans conducteur — qui ont assuré le labour, l’application de pas moins de six traitements chimiques et la récolte.
Venue spécialement des Etats-Unis, la directrice de Microsoft Agriculture se fait fort d’« aider les agriculteurs » grâce à l’intelligence artificielle. Exemple : cette expérience menée avec 250 paysans indiens. Grâce aux données fournies et traitées par Microsoft, ils ont reçu des SMS en langue locale, traduits par des algorithmes, pour leur dire quand il fallait semer ou arroser. On dit merci qui ?
Au nom de la FAO, organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, un ingénieur italien explique que les pays en voie de développement doivent passer d’urgence de la small farm à la smart farm (de la « petite ferme » à la « ferme intelligente ») : « Dans la small farm, le travail est encore manuel et emploie la traction animale ; les paysans tirent leur savoir-faire des connaissances de la communauté, des ancêtres. Il faut la remplacer par la smart farm, fondée sur les machines autonomes et l’Internet des objets. »
Système d’exploitations
Mais il y a un obstacle. Montrant une carte de la France et une de la Zambie (de superficies comparables), il se lamente : « Même en France, la 3G est limitée aux zones urbaines. Il n’y a pas encore la 5G ! » Et, en Zambie, presque rien : un désert. Pour nourrir l’Afrique, commençons par l’alimenter en 5G. Imparable.
« Attention, fait remarquer Christiane Lambert, la présidente de la très productiviste FNSEA, il faudra veiller à l’acceptabilité sociale pour ne pas reproduire les blocages créés par les OGM. » Justement, voilà qu’il en surgit un, de blocage. Une vingtaine de personnes font irruption sur la scène, déploient des banderoles et s’emparent des micros. Ils sont maraîchers, paysans, boulangers, éleveurs.
Plusieurs disent avoir quitté le métier d’ingénieur pour mettre les mains dans la terre. Un jeune homme : « J’étais développeur dans une boîte d’informatique. Je sais ce que signifie s’en remettre à des algorithmes et des programmes pour se simplifier la tâche : c’est exactement ce dont j’ai voulu m’éloigner. J’ai trouvé dans mon quotidien des marges de liberté qui n’existent plus ailleurs. J’ai appris à lâcher prise parce que, avec des animaux, avec le vivant, on ne peut pas tout contrôler. » Et de conclure : « La robotisation finira par éradiquer ce qu’il reste de paysannerie. Vous travaillez à notre disparition. »
Mais non, mais non…
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
Lorsqu'ils ne cajolent pas les gilets jaunes, les flics se bastonnent entre eux. Sitôt leurs résultats connus (le 6 décembre), les dernières élections professionnelles ont ainsi donné lieu à un pugilat entre syndicats. Les minoritaires —— Alternative Police et Vigi Ministère de l’Intérieur — ont saisi les juridictions administratives pour dénoncer les turpitudes de leurs concurrents. D’autres se sont carrément tournés vers le tribunal correctionnel. Même au ministère, on le reconnaît : « Sous réserve de vérifications, plusieurs événements pourraient être de nature à entacher la sincérité du scrutin. » Exemple ? La présence, sur les listes électorales, d’un membre de la CRS 33 décédé plus de quinze jours avant l’élection. Il n’était pourtant pas corse.
A l’inverse, une demi-douzaine de ses collègues affectés à la CRS 01 — la compagnie chargée de protéger les personnalités — auraient bien aimé voter, eux. Mais d’autres l’avaient fait à leur place, en utilisant leurs codes électroniques : les flics, comme l’ensemble des fonctionnaires, pouvaient, pour la première fois, se prononcer via Internet. A en croire les procès-verbaux collectés à Beauvau, dont « Le Canard » a eu copie, ce vol de codes n’est pas exceptionnel.
Barbecue électoral
Par ailleurs, plusieurs syndicats ont fait de la retape auprès des abstentionnistes en leur proposant d’humbles présents. A Angoulême, Limoges ou Cognac, des délégués d’Alliance (devenu majoritaire) ont été piqués en train de distribuer « des chèques-cadeaux allant jusqu’à 50 euros », des calendriers 2019, « des goodies » ou encore des boîtes de bonbons à leurs couleurs. Les cotises syndicales sont fort bien employées…
En Guyane, c’est à un barbecue que les personnels de l’administration ont été conviés juste avant d’aller voter. Et, dans les locaux d’un immeuble parisien de l’Intérieur, d’autres se sont régalés d’« une dégustation de produits du terroir ». Pour une fois que ce sont les forces de l’ordre qui dégustent…
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
Ce n'est plus le bac, c’est le paradis ! Ainsi Jean-Michel Blanquer a-t-il « vendu » aux élèves, dans une vidéo diffusée sur Twitter (10/12), sa réforme du plus célèbre des examens : « Avant, vous aviez le choix entre trois séries, qui ne prenaient pas assez en compte la diversité de vos profils et de vos envies dans la voie générale (…). Aujourd’hui, nous vous proposons de choisir trois enseignements de spécialité en première, puis deux en terminale (…), en fonction de vos goûts et de vos aspirations. » Alléluia !
L’égalité en option
Sur le terrain, toutefois, la réalité apparaît moins idyllique. D’abord, les élèves n’auront pas à faire leur choix parmi 12 spécialités, comme initialement annoncé par le ministre de l’Education —, mais, la plupart du temps, au sein du groupe composé des sept options les plus « classiques » (histoire-géo, maths, physique-chimie, sciences éco, humanités, langues et SVT). Le menu à la carte a perdu ses desserts en route !
Ensuite, alors que Blanquer promettait à la rentrée que les cinq spécialités restantes (le plus souvent artistiques…) seraient implantées « de manière à rendre plus attractifs les établissements qui en ont besoin » (« Le Parisien », 8/9), il est encore démenti par les faits. Bonne chance, par exemple, à l’élève de Seine-Saint-Denis souhaitant se tourner vers les spécialités théâtre, histoire des arts ou « littérature, langues et cultures de l’Antiquité » : le premier enseignement ne sera disponible que dans 7 lycées parmi les 112 de l’académie de Créteil, le deuxième dans 12, et le troisième dans 17…
« Les élèves des zones urbaines défavorisées et ceux des zones rurales n’auront que très peu accès aux options artistiques et aux langues vivantes hors anglais », dénonce Claire Guéville, du Snes, le principal syndicat du secondaire.
« C’est une catastrophe, renchérit Mélanie Goossens, professeure au lycée Mounier de Grenoble, car ces enseignements permettaient d’exceller à des élèves parfois fragiles dans des matières plus scolaires. » Dans son bahut, où le taux de boursiers est le plus élevé de l’académie (40 %), les options musique et arts plastiques seront supprimées à la rentrée prochaine.
Jolie façon pour Blanquer, comme il s’en est enorgueilli sur Europe 1 (16/12), de « réenclencher un cercle de confiance et de respect entre tous les acteurs de l’Education nationale ».
À Riberac, Dordogne, 4 000 habitants, la réforme du lycée, c’est pas du cinéma ! Depuis 2012,1e lycée Arnaut-Daniel propose une option facultative cinéma. Réalisation de courts-métrages, partenariat avec Arte, rencontres avec des réalisateurs (Bertrand Tavernier, Benoît Jacquot) ou un chef opérateur de Clint Eastwood, visites de la Femis… Et ça marche bien : de 21 élèves en 2012, l’option ciné est passée à 83 cette année.
Mais la réforme du lycée (lire aussi page 3) pourrait donner le clap de fin. Actuellement, les élèves d’enseignement général choisissent une filière en première (scientifique, littéraire, économique et sociale), puis passent le bac correspondant. Avec la réforme, un tronc commun et douze spécialités prendront le relais : sept classiques et cinq plus spécifiques, cinéma, notamment, lesquelles ne seront pas proposées partout. Le ministère de l’Education nationale fera attention à « soutenir les établissements les moins attractifs ou les plus isolés, avec une offre originale et diversifiée ».
De quoi réjouir le lycée de Ribérac ? Non. A sa demande d’ouverture de spécialité ciné, la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) a opposé un avis négatif. La raison principale ? Sa proximité avec Angoulême. Les lycéens intéressés par le cinéma n’auront qu’à faire 55 km (au prix de l’essence !), soit une heure de trajet. Ce qui fait sursauter Bertrand Tavernier, fervent soutien du prof qui anime la section cinéma : « Je trouve étrange de juger ce genre de sujet sur une carte, de manière kilométrique. »
Sans compter qu’à Ribérac l’aller-retour ne sera pas à la portée de tous, dans ce « lycée rural isolé avec des CSP (catégories socioprofessionnelles) plus défavorisées que les moyennes départementale et académique », ainsi que le relève le dossier monté pour obtenir l’ouverture de l’enseignement de spécialité.
Comme dans une quarantaine d’autres lycées connaissant le même genre de problème, les profs de Ribérac ont monté un collectif qui dénonce, entre autres, la « mise en concurrence des établissements entre eux ».
Un joyeux remake de « Règlement de comptes à OK. Corral » ?
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
Le gendarme du Net croule sous les plaintes.
Ça manquait un peu de gendarmes autour de Macron, ces temps-ci. Le Président s’intéresse donc à celui du numérique. Ces prochains, jours, il doit désigner le nouveau président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), appelé à succéder, le 1er février, àla conseillère d’Etat Isabelle Falque-Pierrotin.
Onze des dix-huit membres du conseil exécutif de la Commission doivent être renouvelés, parmi lesquels cinq personnalités qualifiées, deux conseillers d’Etat et deux conseillers de la Cour des comptes. Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au Numérique sous Hollande, convoite la présidence, mais ses relations avec son ministre de tutelle à Bercy, un certain Macron, n’étaient pas des plus chaleureuses. Comme si c’était un handicap !
T'sais, les personnes qualifiées, c'est celles qui sont censées contrôleur la censure étatique visant les contenus pedoporn et terroristes.
Il ne déplairait pas non plus au Conseil d’Etat de conserver le poste. Fabrice Aubert, le conseiller Institutions de l’Elysée, chargé de dresser une liste de candidats, en est justement issu. Et Didier Casas, ancien conseiller de Macron sur les sujets régaliens durant la présidentielle, itou. Problème : il est aujourd’hui le directeur général adjoint de Bouygues Telecom, à un salaire autrement alléchant. Deux anciens présidents du Conseil national du numérique, Gilles Babinet et Benoît Thieulin, pourraient, eux, se voir bombardés « personnalités qualifiées ».
Le nouveau président, en tout cas, aura du pain sur la planche. Depuis l’adoption de la réglementation générale sur la protection des données, en mai, la Cnil est submergée par les plaintes de‘partiouliers : près de 10 000 à la fin de novembre — soit 84 % de plus que l’année précédente !
Sauvegarde des donnees pas donnée
Trois organismes ont aussi saisi la Commission de plaintes collectives : la Quadrature du Net a porté plainte contre Google, Amazon, Facebook, LinkedIn et Apple, au nom de 45 000 personnes ; son confrère autrichien NOYB a Google en ligne de mire, et l’anglais Privacy International vise sept entreprises collectrices à grande échelle de données en ligne. La Cnil est encore concernée par 187 plaintes transfrontalières, sans parler des explications à fournir aux particuliers ou aux professionnels sur la nouvelle législation, loin d’être limpide.
Pour cette surcharge de boulot, le gendarme du numérique va voir, en 2019, son budget royalement augmenter de… 400 000 euros. Et ses effectifs vont passer de 200 a 215 employés. Une misère, par rapport à ses homologues allemand (600 personnes) et britannique (565).
Mais il paraît que la France compte déjà trop de fonctionnaires…
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
C’est embêtant, les référendums. Voyez le Brexit, arraché par un référendum en 2016 : les Anglais ne savent plus comment s’en dépêtrer. Voyez de Gaulle en 1969. Il avait menacé de partir si le oui perdait : il est parti. Voyez le référendum sur l’Europe en 2005 : le non a si bien gagné que Sarkozy l’a glissé sous le tapis et a signé, malgré tout, le traité de Lisbonne.
C’est que le peuple est imprévisible. Le peuple n’en fait qu’à sa tête. Le peuple est un grand enfant, qu’il ne faut pas laisser jouer avec les allumettes du référendum. Alors, quand les gilets jaunes se mettent à réclamer, à grand tapage, un RIC (référendum d’initiative citoyenne), ça coince. Quoi ? Pouvoir lancer un référendum dans un délai d’un an après avoir rassemblé 700 000 signatures ? Et pouvoir ainsi modifier la Constitution, abroger une loi, bloquer un traité international, et même révoquer un élu ? Tout le monde crie au fou. Voilà qui va « percuter la démocratie participative » (« Le Figaro », 18/12) !
Tout le monde, sauf Marine Le Pen, qui l’avait inscrit dans son pro gramme présidentiel, et aussi Mélenchon, et Dupont-Aignan. Tout le monde sauf François Bayrou, pas franchement un extrémiste, et Ségolène Royal, pour qui « la démocratie participative ne s’oppose pas aux autres formes de démocratie, sociale ou représentative, mais les irrigue ». Et même Edouard Philippe, lequel avoue qu’« on ne peut pas être contre son principe », qu’il s’agit d’« un bon instrument dans une démocratie »… mais « pas sur n’importe quel sujet ni dans n’importe quelles conditions ». Le référendum, a-t-il promis, sera « un bon sujet » du grand débat à venir.
Et, pour débattre, ça va débattre ! Comment enclencher un RIC ? A partir de combien de signatures ? Par pétition électronique ? Comment s’assurer du comptage ? Quel champ de thèmes lui ouvrir ?
Demain, pourra-t-on, par référendum, rétablir la peine de mort, les 100 km/h sur toutes les routes, la clope dans tous les bistrots ? Rejeter les migrants à la mer ? Pourra-t-on interdire la fermeture d’une maternité, d’un bureau de poste ou d’une gare ? Les sujets les plus farfelus pourront-ils faire l’objet d’un référendum ?
En Suisse, pays qui pratique assidûment le référendum d’initiative populaire depuis 1893, le dernier sujet a concerné les bêtes à cornes : pour éviter que les éleveurs, pour des raisons de rentabilité, coupent leurs cornes aux bêtes, fallait-il soutenir financièrement les détenteurs de vaches, de taureaux reproducteurs, de chèvres et de boucs à cornes ? Ce 25 novembre, la proposition a été rejetée à 45,3 % de voix.…
Les Suisses sont d’une grande sagesse. Ils ont le consensus dans la peau. La démocratie directe n’y attaque pas la démocratie représentative : elle la complète. Chez eux, le référendum fait partie de la routine. S’il permet de vrais débats, il débouche rarement sur de grands changements : seule une initiative populaire sur dix aboutit. Comment cela va-t-il se passer en France, pays éruptif, épidermique, guillotineur de roi, pétainiste d’abord et gaulliste après ? Il va en falloir, des garde-fous, pour ne pas offrir un boulevard aux démagogues de tout poil ou, comme cela se passe en Californie, aux lobbys qui dépensent des dollars par millions pour défendre leurs intérêts…
Prudence : un jour, peut-être, nous voterons massivement en faveur des bêtes à cornes !
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
C'est, apparemment, l’un des pays les plus écolos qui soient. L’énergie y est fournie à 95 % par l’hydraulique. Les voitures électriques y représentent la moitié des nouveaux modèles immatriculés : un record mondial. Le centre—ville d’Oslo est en passe d’être complètement interdit aux bagnoles. Dans le classement de l’ONU, en matière d’émissions de CO2, la Norvège est classée parmi les 15 pays les plus vertueux du monde.
Mais on peut être vert à l’intérieur et noir à l’extérieur : comme le relèvent « Les Echos Week-End » (8/12), depuis la fin des années 60, la Norvège exploite à fond les gisements pétroliers au large de ses côtes. Elle vient de proposer aux compagnies pétrolières 93 nouveaux lots d’exploitation en mer de Barents. Avec les revenus du pétrole, elle s’est constitué un pactole de l 000 milliards, dont 40 sont investis dans l’industrie pétrolière. Elle ne dégage presque pas de C02, mais, si l’on tient compte des énormes quantités de carburant qu’elle exporte dans le monde entier, elle est le 7e plus gros pollueur de la planète.
Qu’importe ! le modèle norvégien continue de faire rêver : il est si vertueux que certaines plateformes pétrolières fonctionnent à l’hydroélectricité…
L'information est intéressante, mais la fin de l'article est douteuse : ho, on a trouvé un truc à redire sur la démarche d'un pays plus vertueux que le nôtre ! Cela va nous permettre de nous complaire dans notre vice en mode « Ho, toute la démarche de la Norvège n'est pas parfaite, donc il ne faut rien tenter ».
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Trumpisation des esprits triomphe dans la vieille Europe. En matière de « fait alternatif », c’est-à-dire de fausse information, Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, en croisade pour installer les fachos en Europe, est champion. Il a gagné à sa cause populo-nationaliste non seulement l’extrême droite, mais aussi la droite française. La preuve par le pacte de Marrakech, adopté le 10 décembre par plus de 150 pays. Un texte, élaboré sous l’égide de l’ONU, qui formule 23 objectifs pour faciliter l’intégration des migrants mais ne crée aucun droit de migrer et n’impose rien — « Il établit un cadre de coopération juridiquement non contraignant. Il respecte la souveraineté des Etats » (paragraphe 7 du préambule). Pas de quoi fouetter un indigène. Et, pourtant, depuis des semaines, droite et extrême droite de tous les pays accablent ce document de 41 pages, se vautrant dans la désinformation. Comme si, avant les européennes de mai, il fallait absolument agiter le spectre d’une immigration à tous vents.
Pourrait-on arrêter d'utiliser des mots dénués de sens ?! Kezako, la Trumpisation des esprits ?! Est-on sûr d'un unique lien de cause (Trump) à effet (la désinformation) ?! C'est quand même pénible…
Le député LR des Alpes—Maritimes Eric Ciotti a fait fort, qui a dénoncé « un véritable scandale démocratique » a propos d’un pacte qui va, selon lui, « à terme enlever des prérogatives de souveraineté ». La porte-parole des Républicains, Lydia Guirous, a accusé, elle, Emmanuel Macron de « trahir les Français », rien de moins, une expression déjà utilisée par Marine Le Pen. A quand le peloton d exécution ? Nicolas Dupont Aignan a assuré que le pacte « pourra[it] empêcher l’expulsion des clandestins ». Autant de mensonges proférés comme des évidences par une droite qui confond désormais allègrement vérité et intérêt électoral, comme un dénommé Donald Trump.
Correction : comme tout politicien.
Avec un certain succès sur les sites Facebook des gilets jaunes, puisque les fausses infos sur Marrakech y pululent. « Macron va vendre la France à l’ONU », « l’ONU prévoit l’arrivée de 480 millions de migrants pour détruire l’Europe ». Macron ou l’ennemi de l’intérieur qui prépare le « grand remplacement » des Français par des immigrés, fantasme cher aux fachos de tous horizons.
Trump est à l’origine de ces délires. Les Etats-Unis se sont retirés de l’élaboration du texte en décembre 2017, le jugeant contraire àla politique d’immigration de celui qui veut bâtir un mur avec le Mexique. Neuf pays les ont imités après avoir approuvé le document de l’ONU, le 13 juillet à New York, dont l’Autriche, la République tchèque, la Lettonie, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie.
La décision du Premier ministre belge, Charles Michel, de se rendre à Marrakech a fait exploser sa coalition gouvernementale avec les nationalistes flamands de la N-VA. Lesquels tenaient meeting à Bruxelles, le 8 décembre avec Marine Le Pen et Steve Bannon pour dénoncer le pacte… L’internationale populiste migré à travers toute l'Europe à coups de contrevérités. Et, ça, pour le coup c'est un fait établi.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Tribunal de Paris
Chaudronnier, couvreur, ingénieur, charpentier, bûcheron, cuisinier, agent de sécurité, ils viennent du Jura, de la Marne, de l’Essonne, de Reims, de Strasbourg. A part l’ingénieur, qui gagne le triple, ils vivent avec moins de 1 200 euros par mois. Et, dans le box, ils font les comptes : « 450 euros de loyer, 200 euros de crédits, et des retards de paiement, alors les taxes en plus… » Tous arrêtés le 1er décembre à Paris et jugés après trois jours de garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences », porteurs d’« un attirail » — masque à gaz, lunettes de piscine ou casque. L’un avait « trois cailloux », l’autre « deux embouts de tringle ».
Celui-ci, très imbibé, a collé un coup de pied dans une vitrine, qui, déjà pétée, s’est écroulée. Celui-là, accusé du vol d’un engin de chantier, l’a en réalité stoppé, alors qu’il filait dangereusement en tous sens, abandonné par « des casseurs ». Le cuisinier a raflé deux pièces de la Monnaie de Paris à 2 euros, par terre, dans l’Arc de triomphe dévasté, et comparaît pour « recel de vol », comme le charpentier, trouvé avec cinq bouteilles d’alcool près d’un magasin pillé. Aucun ne connaissait Paris « J’étais près de la Tuilerie, je crois », « J’étais perdu », « Je cherchais à me barrer du chaos, mais je savais pas où aller ».
Tous jeunes et morts de trouille, au bord des larmes. « Ces trois jours de garde à vue… jamais je n’aurais cru ça possible dans mon pays. Il y avait la gale et des gens qui se grattaient leurs boutons. » Tous ont des choses à dire. Le Rémois : « La France, je l’aime énormément, on a des belles valeurs, mais je pense qu’elles ne sont plus respectées, alors je suis venu, pour qu’on soit beaucoup… » Le gars du Jura: « On avait participé aux manifs chez nous, mais personne ne nous a répondu, on nous a ignorés, alors on est venus à Paris, près des gens de pouvoir ! » L’ingénieur : « Macron, il parle dans le vide, ne tient pas ses promesses, et on n’est pas écoutés. Mais, malheureusement, à Paris, c’était comme la guerre ! » Le bûcheron : « Quand on voit M. Macron qui touche aux retraites comme ça, c’est grave ! Alors on est venus apporter notre aide, même si c’est qu’une goutte d’eau, comme l’histoire du colibri qui essaie d’éteindre un incendie avec des gouttes d’eau ! » L’agent de sécurité : « Je suis pas violent, juste solidaire… Ben oui, pour les taxes, les hausses. Tout le monde criait : “Ramassez les cailloux !” J’ai ramassé mais pas lancé, j’ai même pas eu le réflexe de les jeter quand la police m’a arrêté… » Tous condamnés à des peines mêlant sursis et ferme à aménager. Donc libérés. Tous interdits de séjour à Paris pendant un an. « Je ne veux plus jamais y mettre les pieds… » avait déclaré le chaudronnier.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Jusqu'au 11 décember, les citoyens étaient invités à donner par mail leur avis sur le site du ministère de la Transition écologique : que pensez-vous d’un décret qui permettrait d’expérimenter, pendant trois ans et dans deux régions — la Bretagne et les Hauts-de-France —, la suppression des enquêtes publiques sur les projets d’aménagement ayant un impact environnemental ?
Cette procédure d’enquête publique, qui permet de consulter des dossiers à la mairie et d’y écrire des commentaires, serait remplacée par une simple consultation en ligne. Comme par hasard en Bretagne, avec ses élevages intensifs, et dans les Hauts-de-France, avec ses projets éoliens… Un vrai succès, cette consultation : même pas 3 000 commentaires. Unanimes (ou presque) pour hurler au « déni de démocratie ». Exemple : « Ce décret entraînera l’exclusion d’une partie de la société qui n’a pas accès à Internet, et les résultats de la concertation ne seront pas validés par le sérieux d’un commissaire enquêteur ! »
L’écran d’arrêt
Le plus drôle ? Ce décret d’application est censé étayer la loi du 10 août 2018 « pour un Etat au service d’une société de confiance », censée redonner de la voix aux citoyens. Et il succède à deux décrets du même tonneau. Le premier, daté du 4 octobre, supprime l’enquête publique en cas de changement dans les schémas d’aménagement de gestion de l’eau (Sage/Sdage). Le second, du 1er décembre, supprime aussi l’enquête publique pour les demandes de dérogation des installations classées les plus polluantes. Par exemple, les porcheries géantes.
La société de confiance est en marche…
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Ces généraux retraités sont atteints de fièvre factieuse.
La crise des gilets jaunes a filé un petit coup de jeune à un quarteron de généraux à la retraite, qui ont profité des cortèges pour se hausser du képi. Ainsi, les généraux Villiers, Tauzin et Piquemal ont entrepris — chacun de leur côté — un petit tour de piste médiatique pour voir si, d’aventure, le pays aurait besoin de leurs services… Pierre de Villiers, ex-chef d’état-major des armées, qui a démissionné en juillet 2017 après s’être fait étriller par Macron, a paradé sur France 5 et sur France Culture. Officiellement, il faisait la promo de son dernier livre, insolemment titré « Qu’est-ce qu’un chef ? ».
Viens, pu-putsch !
En vérité, le général cinq étoiles se sent pousser des ailes depuis qu’un gilet jaune a réclamé à la télé sa nomination à Matignon. « Quand la crise arrive, c’est là qu’on voit le chef », a lancé le général en bombant le torse dans l’émission « C dans l’air ». Avant d’assurer que des milliers de « personnes qui cherchent quelque chose de stable » venaient à sa rencontre lors de ses séances de dédicace, et qu’il y avait « une attente » des foules à son endroit. En avant, marche !
Plus direct, son collègue le général de division Didier Tauzin joue avec le feu. Entre deux interviews à la presse russe, ce trois-étoiles — mis en cause pour son rôle dans les opérations de l’armée française au Rwanda — a lancé, le 6 décembre, une étonnante proclamation sur Facebook. Dans cette vidéo, il avertit Macron et ses alliés : « Nous sommes quelques officiers généraux tout à fait disposés à venir vous apprendre a faire de la politique. Eventuellement à prendre votre place si vous voulez partir, ce que, je pense, vous allez faire bientôt. » Les premières notes du « Chant des partisans » ont clos l’allocution. En attendant « Général, nous voilà ! » ?
Le général Piquemal s’est, lui aussi, un peu agité. Cet ancien patron de la Légion, radié des cadres en 2016 pour avoir participé à une manifestation d’ultradroite contre les immigrés de Calais, se trouvait sur les Champs-Elysées le 8 décembre. Il a harangué ses troupes avec des propos fleuris contre l’« islamisation » et l’« immigration », avant de se dérober courageusement devant le micro tendu par France Culture. Ce qu’on appelle un « défilé » militaire.
Certains nostalgiques d’un pouvoir kaki lorgnent aussi du côté du très conservateur général Bruno Dary, ancien gouverneur militaire de Paris et ex-patron du service d’ordre de la Manif pour tous. Mais ce militaire d’élite, soucieux de ne pas perdre son poste honorifique de président du comité de la flamme — l’organisme semi-officiel qui gère toutes les cérémonies à l’Arc de triomphe —, reste obstinément aux abris.
Parader en grand uniforme, c’est quand même le plus important.
Que du beau monde, dis donc.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Le 8 décembre, à l'intérieur du Palais, Macron s’était claquemuré, prêt à toute éventualité. A l’extérieur, 8 000 flics et gendarmes… et de vieux blindés hors d’âge.
Pour reprendre l’expression bravache utilisée lors de l’affaire Benalla, Macron a vraiment eu peur qu’« ils viennent [l]e chercher ». Face à la menace des gilets jaunes, le Château s’est transformé, le 8 décembre, en un véritable château fort — dispositif inédit dans l’histoire de la République ! La veille de la manif, le dircab de Macron, Patrick Strzoda, avait adressé à ses troupes un courriel demandant à ceux qui n’avaient rien à faire à l’Elysée de rester au chaud chez eux.
Ordre inverse a été donné aux militaires et aux policiers : 500 gardes républicains du premier régiment d’infanterie, plus une petite centaine de flics et de gendarmes du Groupe de sécurité de la présidence de la République ont rappliqué. Avec tout l’arsenal nécessaire, notamment des lances à eau, pour repousser d’éventuels assaillants, des drones, pour les voir arriver de loin, tandis qu’à l’extérieur un hélico était prêt à exfiltrer le chef de l’Etat. Ne manquaient que l’huile bouillante et les archers… Le palais présidentiel était isolé au centre d’un immense no man’s land, baptisé « bunker institutionnel », englobant le ministère de l’Intérieur, la place de la Concorde et l’Assemblée nationale.
Manu-tension
Malgré le péril, Jupiter, selon plusieurs témoins, est resté de marbre toute la journée. Et la journée fut longue.
De 7 heures à 23 heures, dans le salon des Ambassadeurs, une cellule de crise a été activée, avec des conseillers à la sécurité, à la com’ et même à la surveillance numérique. Croyant dur comme fer à une déstabilisation russe sur les réseaux sociaux, l’Elysée a d’ailleurs déclenché, le jour même, une enquête de la Sécurité intérieure.
A l’extérieur du Château, les grands moyens avaient aussi été employés. Plus de 8 000 flics et pandores dans Paris et, pour le spectacle, une charge de la police montée. Le clou était assuré par des blindés : les desormais fameux VBRG, les « véhicules blindés à roues de la gendarmerie ». Fantaisie relevée par des rapports de la Cour des comptes et du Sénat, que « Le Canard » a relus : ce matériel est hors d’âge. Heureusement, il vient d’être repeint. Sûrement pour fournir de belles images à BFMTV…
Comme un dernier Baroud' d'honneur, une dernière poilade, une dernière provocation ?
Comme le soulignent les sénateurs Philippe Paul (LR) et Yannick Vaugrenard (PS) dans leur rapport pour avis au projet de loi de finances 2019, « les VBRG ne sont actuellement maintenus opérationnels que grâce à la “cannibalisation” des matériels de réforme et [au] recyclage de pièces détachées ». Selon leurs calculs, il faudrait, pour renouveler le matériel, débourser 45 millions d’euros. Vite, une taxe sur les manifs !
Quatre mains arrachées par des grenades, trois personnes éborgnées par des tirs de flash-Bal, de nombreux manifestants frappés sans ménagement… Depuis le début du conflit, les flics n’y sont pas allés de main morte avec les gilets jaunes. Plusieurs dizaines de plaintes pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » ont été déposées.
A la suite de la manifestation parisienne du 8 décembre, durant laquelle plusieurs photoreporteurs ont par ailleurs été « mis en joue, pris pour cible, parfois intentionnellement, commotionnés ou molestés par les forces de l’ordre », quatre syndicats de journalistes ont demandé « des explications » au ministre de l’Intérieur et au préfet de police. Et puis quoi, encore ?
« C’est pour éviter tout malentendu que nous avons procédé à des interpellations préventives », ose une huile de Beauvau. Bilan comptable : 1 723 arrestations — dont 1 082 à Paris —, pour 904 gardes à vue ! Finalement, ce ne sont « que » 278 personnes qui ont été présentées à un juge.
Quelle déperdition…
Souvenons-nous de ce qu'est la sûreté et pourquoi les Constituants de 1789 ont trouvé vital de l'inscrire dans leur Déclaration des Droits de l'Homme : c'est la certitude que le roi ne peut pas enfermer quiconque selon son bon plaisir. Nous sommes en train d'y revenir dangereusement.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.