Mes notes :
Je ne perçois pas l'intérêt à être efficace / productif / peu coûteux / etc. Après tout, l'être humain est un animal comme un autre. S'attend-on à ce qu'un lion soit efficace ? Va-t-on compter le nombre de ses chasses ? Non. Lui non plus. Il s'en moque. L'humain n'a pas à être efficace, il doit être, c'est tout. Comme un lion ou un arbre. Il est là, il vit, il n'est plus là. Demander à l'humain d'être efficace et tout le tintouin, c'est transformer l'homme en moyen pour atteindre une fin, c'est donc de l'exploitation, car cette finalité-là profite à autrui. La seule finalité de nos actions devrait être de vivre. Le système monétaire devrait être un troc amélioré. Un emploi devrait avoir une utilité sociale stricte. Etc.
Un indicateur déforme la question initiale en la simplifiant. « Est-ce que je rends tel ou tel service utile socialement ? » devient « est-ce que mes mesures montrent que je rends un service ? ». L'utilité sociale n'est pas mesurée.
Un exemple pour illustrer ça : dans les universités françaises, on demande au service informatique de produire des indicateurs portant sur l'utilisation des salles de travaux pratiques (TP) équipée d'ordinateurs.
Au premier abord, cela semble profitable : si ces indicateurs illustrent que des salles de TP sont inutilisées, on dirigera le budget dédié à leur maintenance et à leur remplacement vers d'autres activités, par exemple d'autres formes de pédagogie, non ? Non. Cela permettra d'aller parader au ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche en mode "nous sommes en capacité d'économiser x centaines de milliers d'euros, nous sommes trop fort \o/". La pression sera mise sur les universités incapables de rivaliser avec cette prouesse, sans tenir compte des spécificités locales comme le fait que l’université se situe dans un bassin d’emplois sinistré dans laquelle une salle de TP se justifie quand bien même elle n’est pas utilisée 40 % du temps.
Or, cette vision chiffrée ferme des possibilités : une salle de TP informatisée permet aux étudiants de suivre les cours sans investir dans un ordinateur portable, ce qui permet l'accès au plus grand nombre et aussi de ne pas polluer en produisant et commercialisant des machines qui seront inutilisées la plupart du temps par la plupart des étudiants (qui ne sont pas informaticiens). C'est les joies de la mutualisation.
Si l'on constate l'inutilisation d'une salle de TP informatisée, on pourrait très bien décider de laisser cette salle en libre-service plutôt que de la fermer, ce qui permettrait à des non-initiés d'accéder au numérique à moindre coût et aux étudiants d'effectuer des recherches quand la bibliothèque universitaire est saturée (car les examens et les devoirs tombent tous dans une période de temps restreinte). Mais la force des chiffres, notamment la foi que nous plaçons en leur objectivité, nous pousse à conclure à l'inutilité et à fermer la salle de TP. Il s'agit d'un biais cognitif.
Bref, le nombre de fois qu'un service est utilisé ne dit rien de son utilité sociale. Si une instance matérielle d'un service public est peu utilisée, ça ne veut pas dire qu'il a aucune utilité, cela veut dire qu'il y a un travail d'accompagnement vers la dématérialisation à accomplir afin de ne pas laisser les derniers utilisateurs sur le carreau ou qu'il fallait embaucher plus d'agents afin que le service reste à taille humaine, sans une attente démesurée, ce qui fait que le tout-numérique, au détriment de relations sociales, n'aurait pas percé (le détricotage d’un truc qui marche afin de pousser les gens à utiliser un truc déshumanisé plus rentable est monnaie courante). En somme, l'indicateur-ratio coût du service rapporté au nombre de prestations réalisées, c'est ce qui a tué les services publics, c'est ce qui se cache derrière la fermeture des bureaux de poste, des lignes de train, etc.
Les tickets d'intervention en informatique sont aussi un bon exemple. Le principe est simple : une panne informatique, hop, tu ouvres un ticket pour demander au service informatique de réparer. Quel intérêt de produire des stats à partir de ça ? Savoir que xx % des demandes portent sur tel domaine, ce qui laisse à penser que ce domaine peut être amélioré a priori plutôt que d'attendre que les utilisateurs râlent et d'agir a posteriori ? Fort bien. Ça permet d'évaluer le coût de maintien de tel et tel secteur ? Fort bien.
Pourtant, pour calculer tout ça, il n'y a pas besoin de connaître le nombre de tickets traités par personne. Alors pourquoi tous les outils de gestion de tickets, même ceux programmés en interne, collectent et calculent ce chiffre et que tous les DSI aiment à les regarder tout en prétendant leur accorder aucune importance ? Être viré pour un nombre insuffisant d'interventions, j'ai déjà donné.
Sur le fond, ces indicateurs éludent le côté qualitatif : avons-nous bien répondu au besoin de l'utilisateur ? Qu'en savons-nous vraiment ? Seul le contact humain permet de prendre connaissance de cela, pas des chiffres du nombre d'intervention, de la durée moyenne d'intervention, etc.
Tout n'a pas à être rentable. Le but d'une bibliothèque municipale, est de mutualiser des contenus (il est inutile que chacun de nous possède les mêmes ouvrages qu’il lira une seule fois en moyenne) et d'ouvrir le savoir et la beauté des lettres au plus grand nombre (via la beauté de la découverte).
De même, si je te propose un choix entre deux pâtisseries, et que tu te mets à compter le nombre d'éclats de chocolats ou le nombre de calories, etc. tu cherches probablement le plus sain pour toi (ou tout simplement à compter des choses inutiles) au détriment de ton plaisir. C'est donc une simplification de la question initiale : tu choisis de manger sainement, pas de manger pour le plaisir alors qu’une pâtisserie dispose de ce seul attrait (enfin, il me semble).
En décembre 2018, j'ai aidé une collègue de travail à installer des décorations de Noël dans les locaux de notre service. Je conchie une bonne partie des aspects de Noël : l'aspect mercantile, l'aspect sacré et l'aspect "se retrouver entre gens qui ne s'apprécient pas afin de faire bonne figure". Donc, les années précédentes, j'aurais tout simplement refusé d'installer des décorations de Noël tout en faisant un laïus sur la stupidité de cette action. J'ai donc voulu me justifier à moi-même mon changement de comportement de cette année. Des personnes m'ont également interrogé (« comment quelqu'un comme toi qui rejette la société de consommation peut-il… ? », « n'est-ce pas contradictoire ? »), et je constate que mon nouveau raisonnement leur a ouvert les yeux. C'est pour cela que je le partage ici, même s'il n'a rien de neuf…
Il y avait rien d'officiel ni d'obligatoire. Rien était imposé par la hiérarchie ni par la société (comprendre : les gens, je considère que je forme une micro-société humaine avec les collègues de mon service). J'ai accepté cette invitation par "amitié", pour passer un moment agréable.
La première question qui vient est : est-ce que je n'aurais pas pu passer un agréable moment avec cette collègue sans pour autant faire cela ? Nan parce que bon « passer un moment agréable » permet de justifier n'importe quelle activité y compris la plus contestable, la plus violente, la plus… La réponse est : sans aucun doute, mais, visiblement, nous n'avons pas su trouver, ni fabriquer de tels moments (en vrai, si, mais je simplifie). Donc, pourquoi s'interdire de se greffer sur un moment prévu / prémâché connu par une majorité de personnes ? C'est peut-être le seul avantage des traditions, à mes yeux. De toutes façons, ce point n'est pas le plus important.
L'important, c'est de passer un agréable moment sans renoncer à ses valeurs et à son éthique. Qu'est-ce qui me pose un problème avec Noël ?
Je n'ai pas renoncé à mes valeurs et à mon éthique, donc, tout va bien. La seule exception fût d'allumer une guirlande électrique pendant quelques heures. Tout comme les guirlandes de rue, je trouve que ça va trop loin car ça constitue une consommation électrique inutile pour le seul plaisir des yeux qui peut, de surcroît, polluer notre monde (centrale nucléaire, centrale à charbon, etc.). Je me suis néanmoins permis ce privilège d'occidental durant quelques heures.
Ce que je veux illustrer par ce shaarli, c'est qu'il faut examiner un choix en détail. On ne va pas loin en restant bloqué sur l'aspect mercantile de Noël. On va plus loin en participant sans entrer dans le jeu du commerce. On ne va pas loin en utilisant l'esprit sacré d'une tradition pour s'isoler quand vient Noël. On va plus loin en choisissant effectivement et finement les activités et les personnes avec lesquelles on vit Noël. Tu conchies les hypocrites ? Choisis mieux tes hôtes ou tes invités. Bref, il faut regarder dans le détail. Rejeter en bloc quelque chose, c'est quand même un peu simpliste.
Au final : non, aider à l'installation de décorations de Noël, ce n'est pas donner un blanc-seing à tout ce que Noël englobe dans l'imaginaire collectif (sur-consommation, gaspillage, pollution, hypocrisie, etc.).
Heu... J'aimerai savoir pourquoi 4 SSD flanchent d'un coup ?
Alors… Cet épisode a désormais une suite…
Le 14 décembre 2018, nous avons à nouveau perdu 4 SSD Samsung 850 Pro. Pour rappel, nous avons acheté 10 SSD en mai 2015 (en un seul coup, dans un même magasin, les numéros de série se suivent malgré quelques trous dans les séquences). Nous avons deux serveurs donc nous avons mis 5 SSD par serveur. Dans chaque serveur, 4 SSD sont actifs (RAID 5 logiciel Linux), et 1 SSD est inactif (hot spare).
Début juin 2017, nous avons perdu 4 SSD le même jour dans l'un des serveurs. En décembre 2018, nous avons perdu 4 SSD le même jour dans l'autre serveur. C'est étrange : les SSD ont été mis en production le même jour et sont censées avoir le même nombre d'écritures puisque nous sommes en RAID et que DRBD écrit les mêmes données sur chaque serveur. Sur le serveur tombé en panne en juin 2017, je constate une variation de 10 To entre les SSD membres d'une même grappe RAID et je ne l'explique pas. Dans les détails, l'attribut SMART « Total LBA written » indique respectivement 37 To, 41 To, 43 To et 50 To.
Que s'est-il passé lors de cette panne de décembre 2018 ?
smartctl ni de mdadm donc nous sommes en mesure de récolter que peu d'éléments, ce qui exclu le nombre de secteurs écrits…dd if=/dev/sdb of=/dev/null sur l'un des SSD restants. Après 94 Go de lecture, dd affiche « i/o error » et le noyau journalise « mpt2sas reset port » puis « mpt2sas removing unresponding device » ;dd similaire sur un des SSD survivants. 227 Go sont lus avant que le noyau journalise « critical error ». Il suffit de dd skip= 3 secteurs pour que la lecture reprenne et que tout le contenu (512 Go) soit lu (mais cela signifie que nous avons 3 secteurs endommagés…). On recommence… Toujours aucun problème pour lire le contenu, à l'exception des trois secteurs défectueux ;
Ce que l'on peut exposer :
D'après la fiche technique du produit, la caméra-piéton choisie par les forces de l'ordre dispose d'une autonomie de quatre heures. Passé ce délai, il faut la recharger ou changer la batterie. Une opération qui peut s'avérer délicate lors d'un affrontement, dans le cadre de vacations qui peuvent durer plus de 12 heures.
Par ailleurs, le modèle de caméra-piéton utilisé est, dans la plupart des cas, placé sur la poitrine des policiers. Ce qui pourrait empêcher l'appareil de capturer les images de l'usage du LBD. Pour utiliser cette arme, les fonctionnaires de police doivent en effet placer le viseur dans un axe différent de celui du haut de leur corps. Dans une telle situation, la caméra serait incapable d'enregistrer les images de la cible.
D'après l'AFP, une première expérience menée à Bourg-en-Bresse lors de l'acte 10 des gilets jaunes a montré les limites de cette configuration. D'abord à cause du positionnement de la caméra, mais également en raison de la portée des LBD, bien supérieure à ce que peut capturer la caméra grand angle (127°), conçue pour filmer un individu placé à quelques mètres.
Je pense qu'il ne faut surtout pas partir dans un débat technique inutile : les seules questions à se poser sont simples et d'ordre éthique : en tant que citoyens, voulons-nous que notre police et notre gendarmerie utilisent des armes de guerre comme des grenades avec effet de souffle et des fusils d'assaut contre nous, la population civile ? Si l'on répond oui, quel niveau de violence et quel contexte rendent légitime l'utilisation de telles armes et quels encadrements prévoit-on afin de limiter les dérives comme l'effet Lucifer ? Des dégradations matérielles sans atteinte directe à des personnes permettent-elles de justifier une riposte armée contre des personnes ? Est-ce proportionné (sans proportionnalité, il n'y a point de justice) ? Quid de la démonstration de culpabilité nécessaire à toute sanction ? Tout cela ne constitue-t-il pas pas un engrenage vers toujours plus de violence ?
Notons que le même jeu de questions se pose avec les contrôles d'identité pour lesquels ces caméras ont été introduites initialement : elles permettent d'éviter de nous demander si nous tolérons vraiment des contrôles d'identité au faciès, et pour quelles raisons nos autorités en sont si friandes. C'est bien pratique de dissimuler sous le tapis ce qui ne nous convient pas.
Ces caméras-piétons sont une mauvaise réponse à un vrai problème éthique. Elles vicient le débat : on ne va surtout pas discuter de l'utilisation d'armes de guerre contre des civils dans un contexte de maintien de l'ordre dans une République ni de la disproportionnalité de cette utilisation. Non, nous préférons contempler de telles utilisations en vidéo. Nous voulons obtenir des chiffres, un ratio du nombre de dérives rapporté au nombre d'actes policiers lors d'une manif' et si nous estimons que ce ratio est suffisamment bas, nous fermerons lâchement les yeux sur les victimes qui seront alors considérées comme des dommages collatéraux. Quelle inhumanité !
Nous avons déjà des vidéos qui illustrent des utilisations impropres et abusives des LBD, celles réalisées par les manifestants. Bien sûr, elles peuvent être tronquées afin d'être partiales dans le but de servir l'intérêt des manifestants, mais les images enregistrées par les forces de l'ordre le seront tout autant puisqu'elles ne sont pas obligées d'allumer leur caméra en permanence. De même, qu'arrivera-t-il aux enregistrements qui pourraient mettre à mal la défense de nos flics et gendarmes ? Seront-ils effacés "par erreur" ?
Méfions-nous du miroir aux alouettes, interdisons l'utilisation de ces caméras et recentrons le débat sur les vraies questions que les uns et les autres tentent d'éluder à l'aide de caméras.
Le nombre d'écritures sur un SSD est limité, car une cellule mémoire peut être réécrite seulement un certain nombre de fois. De plus, la garantie du constructeur s'applique souvent en-deça d'un certain seuil d'écritures (et/ou en deça d'un nombre d'années d'utilisation présumée). Je voulais savoir comment surveiller ça sur un SSD de marque Samsung.
La première étape est de chercher le seuil prévu par la garantie, car il donne une bonne idée du nombre d'écritures que le constructeur accepte de prendre en charge, c'est-à-dire le nombre d'écritures qui lui semblent relever d'une utilisation conforme de son produit à ses estimations de durée de vie. Ce seuil se nomme « TeraByte Written » (TBW). Pour un Samsung 850 Pro 512 Mo, la garantie couvre jusqu'à 300 teraoctets écris.
Comment récupérer ce TBW sur un SSD en fonctionnement ?
Mon premier réflexe est de chercher les outils proposés par le constructeur. Il en existe un : Samsung Magician. Malheureusement, la seule version GNU/Linux proposée ne prend pas en charge mon modèle, un 850 Pro.
Mon deuxième réflexion est d'effectuer une recherche sur le web. Le résultat le plus satisfaisant est How can I monitor the TBW on my Samsung SSD?. Je recopie ici le script présenté :
#!/bin/bash
#######################################
# Variables #
#######################################
SSD_DEVICE="/dev/sda"
ON_TIME_TAG="Power_On_Hours"
WEAR_COUNT_TAG="Wear_Leveling_Count"
LBAS_WRITTEN_TAG="Total_LBAs_Written"
LBA_SIZE=512 # Value in bytes
BYTES_PER_MB=1048576
BYTES_PER_GB=1073741824
BYTES_PER_TB=1099511627776
#######################################
# Get total data written... #
#######################################
# Get SMART attributes
SMART_INFO=$(sudo /usr/sbin/smartctl -A "$SSD_DEVICE")
# Extract required attributes
ON_TIME=$(echo "$SMART_INFO" | grep "$ON_TIME_TAG" | awk '{print $10}')
WEAR_COUNT=$(echo "$SMART_INFO" | grep "$WEAR_COUNT_TAG" | awk '{print $4}' | sed 's/^0*//')
LBAS_WRITTEN=$(echo "$SMART_INFO" | grep "$LBAS_WRITTEN_TAG" | awk '{print $10}')
# Convert LBAs -> bytes
BYTES_WRITTEN=$(echo "$LBAS_WRITTEN * $LBA_SIZE" | bc)
MB_WRITTEN=$(echo "scale=3; $BYTES_WRITTEN / $BYTES_PER_MB" | bc)
GB_WRITTEN=$(echo "scale=3; $BYTES_WRITTEN / $BYTES_PER_GB" | bc)
TB_WRITTEN=$(echo "scale=3; $BYTES_WRITTEN / $BYTES_PER_TB" | bc)
# Output results...
echo "------------------------------"
echo " SSD Status: $SSD_DEVICE"
echo "------------------------------"
echo " On time: $(echo $ON_TIME | sed ':a;s/\B[0-9]\{3\}\>/,&/;ta') hr"
echo "------------------------------"
echo " Data written:"
echo " MB: $(echo $MB_WRITTEN | sed ':a;s/\B[0-9]\{3\}\>/,&/;ta')"
echo " GB: $(echo $GB_WRITTEN | sed ':a;s/\B[0-9]\{3\}\>/,&/;ta')"
echo " TB: $(echo $TB_WRITTEN | sed ':a;s/\B[0-9]\{3\}\>/,&/;ta')"
echo "------------------------------"
echo " Mean write rate:"
echo " MB/hr: $(echo "scale=3; $MB_WRITTEN / $ON_TIME" | bc | sed ':a;s/\B[0-9]\{3\}\>/,&/;ta')"
echo "------------------------------"
echo " Drive health: ${WEAR_COUNT} %"
echo "------------------------------"
Utilisation concrète :
$ ./monit_ecritures_ssd.sh /dev/sda
------------------------------
SSD Status: /dev/sda
------------------------------
On time: 5,699 hr
------------------------------
Data written:
MB: 2,746,510.173
GB: 2,682.138
TB: 2.619
------------------------------
Mean write rate:
MB/hr: 481.928
------------------------------
Drive health: 99 %
------------------------------
Si j'effectue un dd de 1 Go à partir de /dev/zero, je constate que ce script calcule bien qu'un gigaoctet supplémentaire a été écrit.
Néanmoins, je perçois plusieurs limites à ce script :
J'ai un serveur OpenVPN configuré pour accepter 32 clients. Un script est lancé lors de la connexion / déconnexion du client afin d'effectuer de la configuration particulière. Ces scripts lancent eux-mêmes des commandes. En réalité, je n'ai pas un serveur, mais 8 (la justification est exposée ici) : 2 protocoles IP (v4 et v6) x 2 adresses IP x 2 protocoles de transmission (UDP et TCP).
Je constate que les OpenVPN les plus utilisés (UDP v4) crashent : leur état dans systemd est « failure ». De prime abord, il n'y a rien dans le journal. Je constate que cela se produit suite à une coupure partielle ou totale de mon accès à Internet. Un jour, j'arrive enfin à choper une erreur dans le journal : « openvpn_execve: unable to fork: Resource temporarily unavailable (errno=11) Exiting due to fatal error ».
Cette erreur est la conséquence de l'atteinte du nombre maximal de processus qu'un utilisateur peut avoir simultanément (ulimit -p). Dans une unit systemd, cela est représenté sous cette forme :
$ sudo systemctl show openvpn@.service | grep -i NPROC
LimitNPROC=10
LimitNPROCSoft=10
Mes VPN sont tous exécutés avec les droits de l'utilisateur « openvpn ». J'ai donc 8 processus (les 8 instances OpenVPN). Il reste une marge de deux processus. Or, un utilisateur qui se connecte les occupe puisqu'un script est lancé (9) et que ce script lance lui-même plusieurs commandes de manière séquentielle (10). Je peux donc avoir un seul utilisateur qui se connecte en même temps : au-delà, la limite est atteinte et OpenVPN se ferme suite à cette erreur qu'il estime être fatale. Or, lors du rétablissement de ma connexion à Internet, plus d'un utilisateur tente de se reconnecter automatiquement en même temps, ce qui explique que la limite est plus fréquemment atteinte à ces moments-là. C'est un problème connu des devs OpenVPN.
Pour résoudre ça, je pourrais changer la valeur de « LimitNPROC » dans l'unit systemd d'OpenVPN, mais je vais se retrouver avec une valeur sur-dimensionnée donc aucun contrôle effectif du nombre de processus. Je pourrais augmenter la valeur de « LimitNPROC » tout en limitant le nombre de tâches au sein d'une même unit systemd, c'est-à-dire au sein d'une même instance OpenVPN, car ce nombre-ci est connu : j'ai 32 clients OpenVPN au maximum par instance, et cela repose sur une limite physique : le nombre d'IPv4 disponible. Pour mettre cela en pratique, j'ai ajouté et modifié ce qui suit dans /etc/systemd/system/openvpn.service (qui est le fichier /lib/systemd/system/openvpn@.service dupliqué) :
LimitNPROC=3897
LimitNPROCSoft=3897
TasksAccounting=yes
TasksMax=30
Pour que cela fonctionne, il faudra d'abord annihiler le générateur d'units systemd livré par le paquet OpenVPN.
L'hyperviseur maître de mon cluster Ganeti tombe.
Je migre la fonction de master sur l'unique secondaire afin de pouvoir piloter à nouveau le cluster.
Maintenant, j'aimerais démarrer, sur l'hyperviseur restant, les machines virtuelles qui sont sur l'hyperviseur hors service. Afin de s'assurer que les données des machines virtuelles ne sont pas trop corrompues (car le master est HS suite à une panne de ses supports de stockage), je souhaite migrer, dans un premier temps, une seule machine virtuelle au contenu sans importance.
Les commandes gnt-instance failover --ignore-consistency <nom> et gnt-instance replace-disks -p <nom> ne fonctionnent pas : elles sont bloquées sur l'impossibilité de parler avec l'hyperviseur HS.
Je décide de déclarer que l'hyperviseur est hors ligne avec gnt-node modify -O yes <nom_hyperviseur_HS>, mais ça ne change rien. Désormais, les mêmes commandes retournent le message « Can't use offline node on node
La commande gnt-cluster verify ne relève pas d'erreurs, seulement des avertissements concernant la connexion SSH avec l'hyperviseur hors service.
Au final, je me suis résigné à tester sur une seule machine virtuelle et j'ai effectué un gnt-node evacuate -n <nom_hyperviseur_restant> <nom_hyperviseur_HS> qui a migré toutes les machines virtuelles d'un coup avec succès. Ce résultat positif est étrange, car la documentation officielle nous informe que cette commande est similaire aux commandes gnt-instance failover et gnt-instance replace-disks que j'ai essayées au préalable sans succès…
Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, est finalement passé aux aveux : « Près de 60 % des radars ont été neutralisés, attaqués, détruits par celles et ceux qui se revendiquent [gilets jaunes]. » Soit près de 2 000 des 3 200 radars en fonction au bord des routes. Si la plupart des boîtes grises continuent d’enregistrer la vitesse des bagnoles, qui aurait augmenté de 30 km/h en moyenne, le Centre national de traitement des infractions routières de Rennes est dans l’incapacité de verbaliser les fous du volant, faute de photos claires et nettes.
Inévitablement, les caisses de l’Etat vont se remplir un peu moins vite que prévu. Selon plusieurs sources gouvernementales, le manque à gagner pour l’année 2018 serait de 200 millions d’euros, sur une recette prévue de 1,2 milliard. Pour l’année qui vient de commencer, les mêmes pronostiquent un manque à gagner de 400 millions d’euros.
A fond la caisse… vide !
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Jean qui rit ou Jean qui pleure ? Les sociétés du CAC 40 ont distribué pour 46,5 milliards de dividendes, renouant ainsi, pour le plus grand bonheur des actionnaires, avec le niveau d’avant la crise des subprimes, en 2008. Des actionnaires qui font la grimace en faisant leurs comptes : en un an, la valeur de leurs titres a baissé de 14 %.
A noter que plusieurs entreprises à participation publique (Orange, Renault, Engie) se montrent particulièrement généreuses, servant à leur actionnaire-Etat un dividende de 5 à 6,5 %. Mieux que le rendement moyen des actions du CAC 40 (4 %) et beaucoup mieux que le taux d’intérêt de 0,75 % généreusement accordé par les Caisses d’épargne.
Quoi qu’il en soit, ces dividendes, à peine distribués, prennent la poudre d’escampette : les entreprises du CAC 40 — qui réalisent plus des trois quarts de leurs bénéfices hors de France — sont en effet possédées à plus de 50 % par des actionnaires étrangers, essentiellement des fonds de retraite. Une part beaucoup plus importante qu’à la Bourse de New York (environ 20 %) ou de Londres (environ un tiers).
Le parti de l’étranger a encore frappé !
Mince, moi qui pensais que si l'on remerciait grassement ces aventuriers des temps modernes que sont les actionnaires, du fric allait ruisseler à grand torrent tout partout en France. J'ai du mal comprendre… Visiblement, ça va même échapper à l'IRPP et à la TVA et à…
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
‒ Y'a quoi sur Facebook ce soir ?
Totalement d'accord sur le fond de ce dessin même si, sur la forme, j'aurais choisi Netflix.
Dessin publié dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Trois semaines avant la mort de Rémi Fraisse, le 7 octobre 2014, sur le site du projet de barrage de Sivens, les gendarmes procèdent à une énième évacuation de zadistes. L’un d’eux, seul à l’arrière, débusque trois opposants planqués dans une caravane sans vitre. Dans une vidéo projetée à l’audience et tournée par l’un des occupants, on le voit demander aux jeunes de sortir, tout en brandissant une grenade.
Comme en témoigne E. M. (elle a requis l’anonymat), âgée de 25 ans au moment des faits : « Il l’a jetée à l’intérieur, elle est tombée à côté de moi. J’ai cru que c’était une lacrymo, j’ai voulu l’attraper pour la sortir, elle a explosé. » Dix jours d’hospitalisation, douze mois de soins et de rééducation, elle souffre toujours aujourd’hui de stress post-traumatique.
Moralité : apprenez à différencier les différents types de grenades, ne ramassez pas et ne donnez pas de coup de pied dans une grenade de type inconnu et préférerez la fuite !
Ce 8 janvier, devant le tribunal correctionnel de Toulouse, le gendarme comparaît pour « violences volontaires aggravées avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique ».
« En garde à vue ou devant votre hiérarchie, lui lance le président, vous avez dit avoir lancé cette grenade pour vous protéger d’un groupe d’opposants se dirigeant vers vous. — Avec le recul, la fatigue, j’ai eu une mauvaise analyse de la situation. — Ces opposants, que personne n’a vus, ils y étaient ou pas ? — Je ne sais plus. — Pourquoi ne pas avoir livré la bonne version ? — J’ai perdu le fil. — Vous avez surtout perdu le contrôle. » La principale ligne de défense du maréchal des logis chef Vilamanya, du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie de Gaillac (Tarn), vient de s’écrouler.
Cet aspect "boarf, je ne sais plus, vous savez mon bon président, pfffiou" est très révélateur que, dans le cerveau d'un flic / gendarme, envoyer de la quincaillerie explosive dans un endroit confiné est jugé comme normal et routinier, au point que l'information n'est pas enregistrée parmi l'afflux d'informations du moment.
L’engin qu’il a balancé dans la caravane est une grenade désencerclante, également appelée DMP (pour « dispositif manuel de protection »). « Elle est utilisée pour permettre aux forces de l’ordre de se dégager en propulsant 18 plots en caoutchouc à 471 km/h sur un rayon de 30 m », détaille à la barre un témoin de la partie civile. Pas vraiment un jouet… Les deux avocats rappellent l’« ambiance de guerre sur la ZAD ». Affirment que cette caravane, « un univers clos », constituait « un danger potentiel » pour le militaire. Dans la salle d’audience, pleine à craquer et sous bonne garde, l’ambiance est électrique. A droite, les gendarmes, en civil ou en uniforme ; à gauche, les militants écolos. Plus de sept heures d’audience…
L’avocate de la victime rappelle le rôle joué par la vidéo tournée par les zadistes : « Sans cette vidéo, pas de poursuites. Vu que la caravane a été détruite dix jours plus tard. » Le procureur est clair et net : « Je ne crois pas une seconde que vous ayez jeté cette grenade à côté de la caravane. »
Verdict : 6 mois de prison avec sursis, 6 mois d’interdiction de port d’arme, 1 000 euros au titre des frais de justice et renvoi à une audience début avril, pour évaluer et chiffrer le préjudice. L’interdiction de maintien de l’ordre pendant au minimum trois ans réclamée par le parquet n’a pas été suivie. L’« ultra-sévérité », c’est tout un art…
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
‒ Quand je pense que Macron trouve qu'on a perdu le sens de l'effort !
‒ Il parlait en général…
Totalement d'accord avec ce dessin.
Dessin publié dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Un décret vient de dispenser certains contrats de toute publicité. Pourquoi se compliquer la vie ?
Les marchés de moins de 100 000 euros passés sans mise en concurrence et sans même la moindre publicité préalable ? Cette pratique relevait, jusqu’à présent, des tribunaux correctionnels. Depuis le 26 décembre 2018, elle est parfaitement légale !
Le décret 2018-1225, signé par Edouard Philippe et par Bruno Le Maire, stipule qu’à « titre expérimental, pour une période de trois ans », les acheteurs n’auront plus à publier la moindre annonce ou à décrocher leur téléphone avant de passer un marché public.
La procédure est applicable, pour l’instant du moins, aux montants inférieurs à 100 000 euros hors taxes et concerne les seuls « travaux, fournitures ou services » dits « innovants ». Un adjectif fourre-tout qui peut englober des emplettes aussi diverses que l’acquisition de trottinettes, de logiciels, d’outils ou d’ustensiles en tout genre…
L'opacité de la transparence
Au nom des bons principes, les rédacteurs du décret ont ajouté que les acheteurs devraient tout de même veiller « à choisir une offre pertinente, à faire un bonne utilisation des deniers publics et à ne pas contracter systématiquement avec un même opérateur économique ». Les petits malins soucieux de rester irréprochables sont donc priés de faire affaire alternativement avec leur beau-frère, leur cousin et leur tonton…
Grâce à cette innovation, les contribuables qui voudront contrôler les marchés publics passés par leurs élus vont se retrouver dans le noir complet. Certes, la loi a prévu que les contrats passés sans publicité devraient être déclarés auprès de l’Observatoire économique de la commande publique. Mais celui-ci garde ses observations pour lui : son site Internet ne propose aux curieux ni moteur de recherche ni liste de marchés.
Contacté par « Le Canard », le cabinet de Bruno Le Maire affirme que les « données essentielles » de ces marchés seront publiées après coup par chaque donneur d’ordre sur sa « plateforme d’achat ouverte à tous ». Sauf que, vérification faite, les plateformes en question sont quasi inaccessibles au commun des mortels. A commencer par celle du ministère de l’Economie, que seules les entreprises sont autorisées à consulter.
Ce brouillard comptable est décidément très innovant…
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Rotule explosée, mâchoire fracturée, côte cassée, œil crevé… Depuis le 17 novembre 2018, pas une manif de gilets jaunes sans son lot de blessés graves : la faute aux grenades lacrymogènes instantanées (25 grammes de dynamite chacune) [ NDLR : GLI F4 ;) ], mais plus encore aux mal nommés lanceurs de balles de défense (LED), version moderne du flash-Ball. Ces « armes de force intermédiaire », selon la police, sont capables de causer « des risques lésionnels graves », voire de tuer une cible à moins de 10 mètres.
Ce n'est pas de la dynamite, mais du TNT.
Depuis l’acte I, 78 victimes de violences flicardes ont saisi la police des polices : c’est Eric Morvan, le chef des poulets, qui l’affirme. Le défenseur des droits précise, de son côté, avoir été saisi de 25 cas de blessés par LBD. Bizarrement, aucun flic n’a, à ce jour, fait l’objet de sanctions pour avoir joué à la baballe.
Toubib or not toubib
Du côté des bœuf-carottes, enquêter n’est pas sorcier : depuis 2012, ils sont destinataires d’un fichier détaillant chaque tir de balle de défense, les circonstances, le matricule du flingueur, l’identité des victimes, leurs lésions, etc.
Pour les blessés, le ministère de l’Intérieur affiche une tendre sollicitude. L’une de ses récentes circulaires précise : « Un examen médical doit être pratiqué dans les meilleurs délais et un certificat médical descriptif doit être délivré par le praticien. » Et elle rappelle cette consigne : « Le tireur vise de façon privilégiée le torse ainsi que les membres supérieurs ou inférieurs. La tête n’est pas visée. » Les éborgnés seront ravis de l’apprendre.
Les utilisateurs de LBD sont pourtant bien formés. De surcroît, pour tirer comme il faut, ils disposent d’une visée à pointeur lumineux. « De deux choses l’une, déclare Jérémie Assous, avocat de sept journalistes blessés par des balles de défense. Soit les policiers sont nuls, soit ils le font exprès. Et leurs chefs préfèrent fermer les yeux. » Impensable.
Casser les casseurs
Un commissaire parisien opère de savantes distinctions : « Si, dans l’ensemble, CRS et gendarmes mobiles respectent les consignes de tir, c’est loin d’être vrai pour les flics en civil qui interviennent à leurs côtés. » Et de pointer les « détachements d’action rapide » créés par la Préfecture de police pour chasser les casseurs. Chez eux, dit-il, manier le LBD, « c’est la fête du slip ». La classe…
Avocat de plusieurs blessés, Yassine Bouzrou a saisi la Cour européenne des droits de l’homme afin de faire temporairement interdire l’engin. En vain.
Le défenseur des droits, lui, attend toujours que la présidence de l’Assemblée réponde à sa proposition (formulée en décembre 2017) d’interdire les LBD dans les opérations de maintien de l’ordre.
Les députés n’ont pas saisi la balle au bond…
C'est une première depuis le début du mouvement des gilets jaunes : le 12 janvier, lors des dernières manifs, certains CRS ont été autorisés à s’équiper de fusils d’assaut lors d’« opérations de maintien de l’ordre ». A n’utiliser, bien sûr, qu’en cas de force majeure…
Le 10 janvier à 10 h 48, un télégramme émanant du ministère de l’Intérieur — dont « Le Canard » a copie — ordonne aux patrons de compagnie d’« appliquer systématiquement et obligatoirement [deux] instructions ».
Primo, « chaque commandant (…) veillera à prééquiper un binôme observateur tireur (BOT) en capacité de se déployer immédiatement ». En clair, un tireur d’élite flanqué d’un guetteur avec jumelles, positionnés sur des « points hauts », c’est-à-dire les toits d’immeubles. Un taf habituellement confié aux tireurs d’élite des unités antiterroristes.
Secundo, déploiement systématique de « 2 HK G36 », les fameux fusils d’assaut dont ont été dotés policiers et gendarmes après l’attentat du Bataclan, le 13 novembre 2015.
Justification comique fournie par le directeur central des CRS : « Si nos hommes portent leurs fusils d’assaut, c’est pour ne pas se les faire voler dans le camion (sic) ». Le même Philippe Klayman, en 2015, justifiait la création des BOT par la « possibilité d’une riposte au délai de mise en œuvre réduit », tout particulièrement dans le cadre de « nouvelles menaces ». Comprendre : les actes terroristes. Et, désormais, les gilets jaunes.
Ils seront sûrement flattés du rapprochement !
Mais après ça, nooooon, au grand jamais les mesures et les outils antiterroristes choisis et mis en œuvre dans l'émotion sauront utilisés dans d'autres contextes et contre le peuple ! Un contre-exemple de plus.
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Prétextant l’organisation du grand débat national, Macron a annulé toutes ses cérémonies de vœux à l’exception, a-t-il pris soin de préciser, de celle réservée aux militaires. Le chef des armées a pourtant fait une seconde exception, passée inaperçue celle-là, le 7 janvier, pour recevoir à déjeuner les membres du Conseil constitutionnel.
Il y avait urgence : le chef de l’Etat souhaitait prendre le pouls desdits membres et les cajoler avant de rédiger sa Lettre aux Français. En plat de résistance, Macron les a sondés sur la procédure possible pour instituer le RIC, le référendum d’initiative citoyenne, réclamé par les gilets jaunes.
Flattant ses convives, le Président a lourdement insisté sur le rôle primordial qu’il entendait leur confier si une telle réforme devait voir le jour. Les « sages » auraient pour tâche de faire le tri et de vérifier si les questions posées au référendum sont conformes ou non à la Constitution.
Un rôle que le Conseil assure déjà, a rappelé suavement son président, Laurent Fabius, entre la poire et le fromage. Depuis l’an 2000, tous les référendums qui ne visent pas à modifier la Constitution (et qui sont régis par son article 11) passent en effet dans un premier temps sous les fourches caudines des conseillers, qui peuvent les annuler.
Ce petit rappel vaut avertissement sans frais. Si le chef de l’Etat veut toucher à la Constitution, il est tenu de passer par la procédure beaucoup plus lourde prévue par son article 89 : avant tout référendum, le texte doit être adopté au préalable dans les mêmes termes par les deux Assemblées.
A vrai dire, Macron s’en doutait un peu, mais il espérait trouver un moyen d’éviter ce chemin semé d’embûches politiques et d’interminables négociations. En témoigne le premier projet de réforme constitutionnelle de Macron qui est enlisé au Parlement depuis déjà huit mois.
Le « nouveau monde » est bien obligé de passer par l’« ancien ».
Donc, si je comprends bien, la constitutionnalité d'un éventuel texte ou de futures questions citoyennes se discute préalablement au Chateau ?! Je n'avais pas compris que les pouvoirs étaient ainsi articulés par la Constipation de 1958. Au temps pour moi…
Cette démarche de prise de température nous montre néanmoins que le RIC se rapproche, faute d'autres issues à la crise actuelle… C'est pourtant une mauvaise idée… :(
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Elles font sur Internet : en faveur de Christophe Dettinger, le boxeur de gendarmes, pour financer sa défense en justice, puis en faveur des forces de l’ordre et de leurs blessés. En quelques jours, des centaines de milliers d’euros ont été collectés par les « plateformes de financement participatif ». Le 8 janvier, l’intervention sur Francetvinfo de Marlène Schiappa n’a pas calmé le jeu, bien au contraire. A propos de la cagnotte pro-Dettinger, la secrétaire d’Etat a jugé « souhaitable de savoir qui [avait] donné à cette cagnotte », estimant que c’était là « une forme de complicité ».
Aussitôt apparaissait une cagnotte « pour que Schiappa se taise ». Un objectif très ambitieux, voire utopique ! Obtenir le mutisme de l’intempestive Schiappa pourrait coûter une fortune… et donner des idées au fisc.
Toutes ces tirelires cassées pour de bonnes ou de mauvaises causes font saliver Bercy. Les Français ont encore de la monnaie sous le matelas, et ils le prouvent sur Internet. imprudents !
Déjà le ministère des Finances envisagerait de ne plus parler d’« impôt sur le revenu » mais de « cagnotte prélevée à la source ».
Je passe rapidement sur le propos stupide de Schiappa : permettre la meilleure défense possible de qui que ce soit, y compris du pire monstre, dans le cadre d'un procès judiciaire en l'aidant à financer cette défense ne devrait jamais être perçu comme une complicité ni comme quelque chose de négatif. Qu'une ministre déclare cela est proprement effrayant. Mais c'est tellement courant dans notre prétendu état de droit.
Je rejoins le fond de cet article : entre le renouvellement de son iPhone, l'achat massif de bidules inutiles connectés comme le Google Home et l'Amazon Echo, les cagnottes sus-citées (1,6 million au total), la cagnotte pour retrouver le joueur de foot Emiliano Sala (254 k€), ouais, je pense aussi que le français moyen a du fric en réserve et que sa demande de l'augmentation du pouvoir d'achat est illégitime. Le fric, c'est comme le temps, c'est une histoire de priorité. On ne devrait pas dire « je n'ai pas d'argent pour telle chose » mais « j'ai choisi de ne pas avoir d'argent pour telle chose ». Alors, oui, certains achats des pauvres semblent superflus aux bien-portant alors qu'ils s'inscrivent en réalité dans des actes sociaux de survie, mais il ne faut pas pousser.
J'aime à constater que 51 000 français moyen ont contribué à une cagnotte pro-flics pour un montant total de 1,5 million d'euros. Ça me fait penser à l'appel au retour à la loi et à l'ordre à la fin du mois de mai 68 par les personnes effrayées par la liberté. Les temps ne changent pas.
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Le communiqué commun annonçant leur divorce est des plus rassurants : Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon — homme le plus riche du monde en 2018, selon « Forbes », avec 97 milliards d’euros —, et son épouse, MacKenzie, sont décidés à rester « de très affectueux amis » et envisagent « un avenir merveilleux en tant que parents, amis et partenaires en affaires ». Un faire-part qui donnerait presque envie de se marier pour partager ensuite les joies d’un divorce aussi paradisiaque…
Hélas ! quelques heures après ce communiqué à l’eau de rose, la presse américaine révélait que Jeff quittait madame pour une présentatrice de télé. L’affaire se complique d’autant plus que, lors du partage, la future ex-Mme Bezos pourrait partir avec 8 % du capital d’Amazon dans les poches. Calculée à la louche, cette somme atteindrait 70 milliards de dollars et ferait d’elle la femme la plus riche du monde. Comme elle a joué, au début de leur mariage, un rôle important dans la création du géant du commerce en ligne, MacKenzie Bezos pourrait garder une place stratégique dans le groupe. Affectueusement ?
Si le divorce tourne mal, Amazon en pâtira. Et tout le business mondial avec… Voilà le cours de l’action indexé sur l’état des négociations, des disputes, des rebondissements d’un divorce hors norme. Les avocats se frottent les mains, mais le capitalisme tremble. Avec leurs milliards d’actions, les époux Bezos affolent Wall Street. Il serait urgent qu’ils publient un autre communiqué tout aussi lénifiant mais plus précis : « Si on reste de très affectueux amis, c’est pour les actionnaires. »
D'un côté, je vois d'un œil positif tout ce qui est susceptible de déstabiliser Amazon, car cette multinationale dénuée de toute éthique (sociale, fiscale, commerciale) est malsaine et dangereuse. De l'autre, je pense que tout cela est glauque : un communiqué lénifiant, un divorce scruté à la loupe, tout ça pour rassurer des actionnaires (et se rassurer soi-même, je ne suis pas sûr que Jeff Bezos soit tranquille à l'idée que son ex-femme conserve une place stratégique à la tête de sa société). Toute la sottise humaine est ici résumée…
Dans le Canard enchaîné du 16 janvier 2019.
Le prix du kilowattheure ne représente, lui, que 25 % de la fortune réglée par l’abonné. Comme le baril de brut dans l’essence à la pompe.
Cette réalité a de quoi faire (re)disjoncter les gilets jaunes : ils sont, comme tous les Français, pressurés autant à domicile que sur les routes. Depuis quinze ans, la tripotée de taxes que l’Etat applique à l’électricité a doublé ! Ces ponctions atteignent un montant faramineux, comparé au prix de revient des kilowattheures électriques générés par les centrales nucléaires, les barrages, les panneaux solaires et autres éoliennes. Dans la facture, ce coût de production du kilowattheure ne représente plus que 25 %. Tout comme le carburant brut dans la note d’un plein d’essence.
Résumons : sur une quittance d’électricité à 100 euros, l’Etat prélève 35 euros de taxes, les producteurs 25 euros, les transporteurs et distributeurs 40 euros. Rapportés aux 65 euros de la facture « hors taxes », les 35 euros de fiscalité représentent un impressionnant 54 % !
J'ai eu du mal à comprendre car c'est mal formulé et que je dispose d'un cerveau lent. Heureusement, professeur Johndecs est là pour tout t'expliquer :
Ce pourcentage, bizarrement, n’apparaît pas sur les factures, malgré les calculs — aussi obscurs que détaillés — fournis à l’abonné.
Révolte sur les volts
Et en quoi consistent ces prélèvements fiscaux ? Le kilowattheure est d’abord frappé, comme la totalité des biens vendus en France, par la TVA, au taux de 20 % (5,5 % sur l’abonnement). A quoi s’ajoutent trois taxes spécifiques venues s’empiler au gré des réformes.
- La CSPE (contribution au service public de l’électricité) compte pour 15 % dans le prix du kilowattheure. Créée en 2000, elle sert essentiellement à racheter l’énergie renouvelable (éolienne et solaire) produite par les particuliers.
- La CTA (contribution tarifaire d’acheminement — 5 % du prix du kilowattheure), mise en place en 2004, permet de financer le régime spécial de retraite des salariés du secteur électrique.
- Quant à la TCFE (taxe sur la consommation finale d’électricité — 7 %), elle est reversée aux départements et aux municipalités, pour l’entretien du réseau.
Ces trois taxes sont elles-mêmes soumises… à la TVA ! Et pourquoi pas, demain, à la CSG sur la TVA ?
Au fil des années, la boule de neige ne cesse de grossir. En 2006, le prix du kilowattheure représentait 40 % de la facture ; aujourd’hui, ce chiffre est tombé à 25 %.
Des petits malins vont peut-être en déduire que le prix de l’électricité baisse…
Le gaz, lui aussi, connaît une explosion des taxes, qui gonflent le prix du kilowattheure. En 2010, celles-ci représentaient 19 % du tarif (hors taxes). Aujourd’hui, elles pèsent plus du double : 39 %.
Outre la TVA à 20 %, c’est la faute à deux taxes particulières — elles-mêmes soumises à la TVA ! Primo, la contribution tarifaire d’acheminement (CTA), instaurée en 2004 : d’un montant d’environ 5 %, elle finance le régime spécial de retraite des « gaziers ». Deuzio, la très écolo taxe intérieure de consommation sur le gaz naturel (TlCGN), censée dissuader les consommateurs d’utiliser les énergies fossiles. Celle-ci bat des records de voracité : depuis son imposition aux particuliers, en avril 2014, elle a flambé de 610 %, passant de 1,19 à 8,45 euros le mégawattheure. Une taxe si envahissante que son augmentation, prévue dans le budget de 2019, faisait plus que compenser la diminution de près de 2 % du prix du gaz, due en partie à la baisse du prix du baril de pétrole.
Jusqu’à ce que le gouvernement, confronté aux manifestations des gilets jaunes, décide prudemment de décréter un « moratoire ». Enfin, juste pour 2019.
Après, tout dépendra de la fréquentation des ronds-points !
Dans le Canard enchaîné du 9 janvier 2019.
Après avoir vu Edouard Philippe dans le rôle du superflic anti-casseurs sur TF1, Bruno Retailleau, le président du groupe LR au Sénat, n’en revenait pas :
« Le volet préventif avec obligation de pointer au commissariat, le volet répressif pour punir comme un délit le fait de venir masqué à une manifestation, le régime de la réparation par le casseur lui-même… c’est incroyable, ils ont repris toutes mes propositions ! » a confié Retailleau à quelques collègues sénateurs.
« Toutes », c’est-à-dire l’essentiel des articles de sa proposition de loi anti-casseurs « votés le 23 octobre au Sénat, ajoute-t-il, alors qu’à l’époque les sénateurs Mareheurs n’avaient pas donné suite ! Je me souviens de Laurent Nuñez me disant : “C’est bien, mais on va faire un groupe de travail.” »
Un enterrement de première classe et finalement une résurrection à la faveur de la crise des gilets jaunes. Résurrection qui ravit encore et toujours Retailleau :
« Le nouveau monde s’épuise : ils sont allés chercher les heures sup défiscalisées chez Sarko, le retour à l’ordre chez moi, et c’est grâce à LR que les 10 milliards de mesures d’urgence débloqués ont pu être votés en un temps record avant le 31 décembre. »
Dommage pour eux que les sondés ne leur disent pas merci en faisant remonter leur cote dans les enquêtes d’opinion.
Dans le Canard enchaîné du 9 janvier 2019.
La promesse date de l’élection présidentielle : il s’agit d’offrir à tous les jeunes de 18 ans un Pass culture d’une valeur de 500 euros. Il doit leur permettre d’acquérir des places de cinéma et de théâtre, des CD, des DVD, des journaux ou des livres. Le tout grâce à un logiciel installé sur leur téléphone portable. Sur le papier, et sans compter l’informatique nécessaire, la note aurait dû s’élever à 500 euros que multiplient 800 000 jeunes, soit 400 millions d'euros.
Mais, comme l’a raconté « Le Canard » (11/7 ), Eric Garandeau, un inspecteur des finances qui gère l’opération pour le compte du ministère de la Culture, a trouvé une astuce à la hauteur de la facture. Le ministère ne financera sur son propre budget qu’une petite part de l’opération : à peine 80 millions d’euros. Le solde sera « offert » par les éditeurs, les producteurs ou les auteurs.
La lecture des circulaires adressées, cette semaine, aux éditeurs par le ministère de la Culture le confirme. Après leur avoir annoncé que la phase d’expérimentation allait débuter le 1er février dans cinq départements tests (Bas-Rhin, finistère, Guyane, Hérault, Seine-Saint-Denis) et concernerait 10 000 jeunes, ladite circulaire en détaille le fonctionnement.
Pour les éditeurs de journaux, « la presse est intégrée à la partie du Pass réservée aux offres culturelles numériques à côté de la VOD et de la musique, sous la forme d’abonnements. La fourniture des contenus par les éditeurs sera gratuite, mais cette gratuité ne sera toutefois pas communiquée à l’utilisateur, qui “achètera” l’abonnement numérique au prix de référence ».
Traduction, en clair, de ce jargon : les journaux sont priés de fournir gratuitement leur contenu numérique, mais pas question qu’ils l’avouent publiquement.
Le ministère de la Culture fera donc croire aux jeunes que c’est grâce à la générosité présidentielle qu’ils peuvent lire des journaux.
Être généreux et frimer avec l’argent des autres, c’est pratique…
Dans le Canard enchaîné du 9 janvier 2019.