Incroyable ! Le respect de la vie privée n’est pas garanti sur Facebook ! On aurait pourtant juré le contraire… Le géant américain lui-même ne peut pas le croire : les données personnelles de 50 millions d’Américains ont atterri dans les mains d’une drôle de boîte de com’ britannique, Cambridge Analytica, qui travaillait pour Trump pendant la campagne présidentielle.
Les révélations du « New York Times » et du « Guardian » tombent à pic et ont surtout fait chuter le cours de Bourse de cette belle entreprise du Web (moins 6,8 %, soit l’équivalent de 24,3 milliards d’euros !).
Facebook est soupçonné d’avoir laissé filer des centaines de millions d’informations sur les électeurs américains. Le pire serait de découvrir que cela lui a rapporté de l’oseille, il faut s’attendre à tout !
A partir d’un simple questionnaire présenté comme un « test de personnalité », mais auxquels seuls les titulaires d’une carte d’électeur étaient invités à répondre, Cambridge Analytica a pu récupérer ces masses d’infos sur 270 000 adeptes de Facebook, mais également sur leurs « amis », ce qui a fait exploser les compteurs. La société anglaise est suspectée d’avoir su, ensuite, en faire le meilleur usage, en dressant les profils politiques de ces internautes pour pouvoir influencer leur vote.
Ho, tu veux dire comme pendant la campagne présidentielle d'Oboma en 2008 ?! Ou celle de Sarkozy en 2005-2007 ?! Ou celle de Sarkozy lors de la primaire de la droite et du centre en 2016 ?! Ou celles de Mélenchon, Fillon, Trump, Macron ?! Collecte de données, notamment sur Facebook et Twitter et argumentaire préformaté en fonction des profiles. Voir : Marketing politique : Démocra-ciblée.
Il faut dire que Cambridge Analytica a de l’expérience en matière électorale. Récemment piégé en caméra cachée par un journaliste de Channel 4, son pédégé, Alexander Nix, expliquait que sa boîte pouvait, à l’occasion, « en- voyer des filles chez un candidat », « des Ukrainiennes », ou encore « proposer d’importantes sommes d’argent au candidat, pour financer sa campagne en échange de terrains, par exemple, et enregistrer toute la conversation… » avant de la balancer sur le Net.
Des méthodes qui réjouiront, à quelques milliers de kilomètres de là… le boulanger de Bourg-Lastic, dans le Puy-de-Dôme. Cet Auvergnat vient de gagner son procès — une première — contre Facebook. Motif : pour lui nuire, un pirate avait monté une page Web bidon en usurpant son identité et le nom de son commerce. La plaisanterie a duré des mois. Facebook a refusé de lever le petit doigt et de révéler, comme la justice vient de le lui ordonner, le nom du fraudeur.
Au nom de la protection de sa vie privée, sans doute.
Je vois beaucoup d'articles de presse traiter la question de l'éventuelle perte de confiance des utilisateur⋅rice⋅s Facebook envers leur réseau social, de la mort imminente de Facebook à cause de ce scandale, de son sauvetage par X ou Y, de son démantèlement par des politicien⋅ne⋅s au profit d'un Facebook européen (ouais, c'est bien connu qu'en UE on fait mieux que ces foutus yankee !), etc. Je trouve ça ridicule ! Oui, parce que c'est bien connu, Ikea a dû fermer après le scandale de l'origine du bois qu'elle utilise dans ses meubles, Lactalis a aussi dû mettre la clé sous la porte après le scandale du lait contaminé et la non publication de ses comptes, idem pour Microsoft, Apple et Google après des scandales d'abus de position dominante et d'obsolescence programmée, idem pour l'industrie agro-alimentaire après sa viande de cheval étiquetée bœuf et ses œufs arrosés au Fipronil, idem pour les constructeurs automobiles et la triche à la certification anti-pollution, etc., etc., etc. Ne rêvons pas : pour Facebook, comme pour les autres, ça sera business as usual, rien ne va changer, FB ne va pas disparaître, tout va bien se passer. Simplement parce que les utilisateur⋅rice⋅s s'en foutent, tout simplement. Lire cet épiphénomène avec notre grille de lecture d'anti-GAFAM, de pro-vie privée, tout ça, nous amène à raisonner différemment des utilisateur⋅rice⋅s de Facebook, ne l'oublions pas. Écoutons à quel point il⋅elle⋅s s'en fichent, à quel point il⋅elle⋅s veulent juste rester en contact avec leurs proches et s'amuser.
À ceux et celles qui pensent que le RGPD va tout changer : vous faîtes un joli rêve. La loi informatiques et libertés date de 1978 et n'est toujours pas appliquée par l'État et par les sociétés commerciales françaises qui exploitent des données personnelles en France (je ne parlerai même pas des sociétés étrangères et des multinationales). Même les principes de base, comme le consentement à la collecte ou le droit d'accès, ne sont pas appliqués. En 40 ans ! Alors le RGPD, d'une complexité folle, qui nécessite de revoir l'écrasante majorité des systèmes d'information existants afin d'implémenter la traçabilité interne et externe, lol, mdr, ptdr. Les régulateurs, comme la CNIL, seront toujours impuissants face aux États et face aux grandes multinationales. C'est mignon d'avoir augmenté les sanctions applicables, encore faut-il que les régulateurs aient les moyens (humains et financiers) pour enquêter. Et, demain, comme aujourd'hui, ils seront asphyxiés.
Les grand⋅e⋅s gagnant⋅e⋅s du RGPD, ce ne sont pas les citoyen⋅ne⋅s, ce sont les consultant⋅e⋅s RGPD qui, grassement payé⋅e⋅s, aideront les sociétés à faire semblant de progresser en matière de données personnelles, qui leur apprendront les nouvelles ficelles pour ne pas se faire gauler, les bonnes réponses à fournir aux pénibles qui poseront des questions en application de ce RGPD, etc. Comme les consultant⋅e⋅s en fiscalité, il ne s'agit pas d'aider les sociétés commerciales à entrer en conformité, mais à échapper à la loi.
L'optimisme ne devrait pas conduire à la naïveté !
Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.
De plus en plus de championnats sportifs sont désormais baptisés, moyennant financement, du nom d’une marque : Lidl Starligue (handball), Ligue 1 Conforama (football), Jeep Elite (basket). « Le Monde » (18/3), qui cite ces exemples, révèle les pressions à prévoir sur les médias : un gros annonceur fera tout pour que le « nom de sa compétition soit repris ». Gare aux récalcitrants et ienvenue aux dociles : « Le bâton pourrait être accompagné d'une carotte, sous forme de publicité. »
Le championnat de cireurs de pompes est ouvert.
Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.
Chez Ikea, le 29 février 2012 fut une très sale journée, résumée par le parquet de Versailles dans son réquisitoire, fin janvier.
Ce jour-là, FO déposait une plainte contre « un système d’espionnage organisé » au sein de la boîte suédoise, « parallèlement “Le Canard” relayait l’information » et, enfin, le président de la Cnil « décidait de réaliser plusieurs contrôles » au siège de la société et dans plusieurs magasins.
Six ans après cette date funeste, les turpitudes de la marque aux meubles légendaires sont retracées sur 102 pages. Tous ses magasins ou presque sont touchés, comme 11 de ses cadres et employés. Un ex-dirigeant d’une ex-société privée d’« investigation » et 4 policiers, dont des gradés. Tous prévenus d’avoir « mis en place un système (…) visant à obtenir des renseignements sur les candidats à l’embauche et certains collaborateurs, tirés pour partie de la consultation des fichiers police/gendarmerie ». Un système « largement répandu », utilisé « à grande échelle ». Et aussi « connu des dirigeants d’Ikea ». Le parquet demande le renvoi devant le tribunal de tous ces sympathiques « espions ».
« Njut », comme on dit chez Ikea : encore des journées noires !
Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.
Bien sûr que non, la Russie n’a pas empoisonné son ex-espion à Londres ! Pour une raison simple, a expliqué Poutine la Main froide devant le tollé occidental : si tel était le cas, si « un gaz chimique militaire » avait empoisonné l’espion et sa fille, « les gens seraient morts sur le coup », au lieu de simplement tomber dans le coma. C’est beau, l’efficacité russe…
Un peu comme l’élection présidentielle, qui a vu Poutine, aux manettes depuis dix-huit ans, être réélu dimanche avec 76,66 % des voix.
Au cas où la propagande n’aurait pas suffi, de joyeux bourrages d’umes ont émaillé le scrutin. Et pas à la sauvette, comme en France, façon bulletins de vote planqués dans les chaussettes.
Chez Poutine, c’est tranquille : les vidéos balancées par l’opposant Alexeï Navalny et l’ONG Golos montrent des petites mains fourrer des paquets entiers de bulletins dans les urnes, sans se fatiguer à se planquer.
Le pouvoir n’allait quand même pas laisser agir le poison de la démocratie…
Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.
Ah, les petits coquins… Près de deux siècles qu’ils se faisaient enterrer aux frais du contribuable. La République est généreuse avec ses élus : 18 255 euros max par député, mais avec possibilité de faire « profiter » conjoint et enfants de cette petite enveloppe.
Anecdotique ? Pas vraiment, puisque les obsèques d’anciens députés et de leurs proches ont coûté 573 000 euros à l’Assemblée l’année dernière. Désormais, le cadeau ne dépassera pas les 2 350 euros, et il faudra produire une facture. Le vent d’austérité n’a pas soufflé jusqu’au Sénat, qui a décidé de conserver pour chaque sénateur une enveloppe de 20 000 euros.
Le Sénat mérite bien sa réputation de maison de retraite la plus cosy de Paris, le suivi est assuré jusqu’au bout.
Est-ce que les attaché⋅e⋅s parlementaires et les autres petites mains de notre Parlement, préssé⋅e⋅s comme des citrons, assumant un volume horaire et une charge de travail conséquents, ont droit à cette enveloppe ? :-
Dans le Canard enchaîné du 21 mars 2018.
Sur le film en lui-même, je n'ai quasiment rien à dire : le parti pris est de filmer Nuit Debout sans commenter. On enchaîne donc discussion, assemblée générale, débat en commission, bout de manifestation, flics, etc. Le film semble montrer les différentes étapes du mouvement : enthousiasme de se rassembler et de faire, lutte contre le pouvoir en place, enlisement, doutes, débats pour tenter de contrer la fuite des citoyen⋅ne⋅s, et chute. C'est très souvent les mêmes têtes qui reviennent à l'écran (et qui sont créditées au générique), ce qui est dommage. Le film montre quasiment rien en dehors des discussions, exit les stands autogérés, par exemple. J'aurais aimé que les réactions épidermiques du gouvernement soient aussi intégrées à ce film, afin d'illustrer le contraste.
Je conserve l'image négative que j'ai de Nuit Debout…
Menée par la Scam, la Société civile des auteurs multimédia, et la SGDL, la Société des gens de lettres, auprés de 200 auteurs, une enquête évoque de ténèbreuses pratiques éditoriales (« Le Monde », 13/3) : « Près d'un quart des auteurs ont eu connaissance de traductions de leur livre à l'international sans en avoir été informés au préalable par leur maison d'édition. Plus de la moitié d’entre eux n’ont pas perçu de droits, alors que leur titre était exploité à l'étranger. Autre grief : 25 % des auteurs regrettent que leur éditeur n'ait pas pris la peine de leur dire que leur ouvrage avait été mis au pilon. » À quelques ]ours de Livre Paris (ex-Salon du livre), voilà qui va mettre de l'ambiance entre écrivains et éditeurs.
Tiens, c'est bizarre… Je croyais que l'humanité s'était doté, voilà plusieurs siècles, d'un outil censé protèger les auteur⋅e⋅s contre leur marchand⋅e⋅s… Il me semble que ça se nomme « droit d'auteur » ou « copyright », selon les endroits sur la planète… Sauf qu'aujourd'hui, cet outil est utilisé pour protéger les auteur⋅e⋅s de leur public… Dans ce contexte, il est intéressant de constater que cet outil ne remplit pas son rôle premier, pendant que des goinfres se permettent d'empiéter nombre de libertés en son nom.
Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018.
Mais où était donc Marion Maréchal-Le Pen, ce week-end ? Accrochée aux lèvres de sa tante, captivée par l’élection au comité central ? Pas vraiment. Elle se trouvait à Paris, passant son samedi chez Frédéric Rouvillois, essayiste et collaborateur de « Valeurs actuelles » et de « L’Incorrect », le magazine qui défend ses idées et son retour.
Objectif de ce raout ? Placer sur les rails une future tête de pont du conservatisme, la Fondation du Pont-Neuf. Parmi les autres convives, la philosophe Chantal Delsol et Christophe Boutin, un agrégé de droit public, professeur à Caen. La Fondation du Pont-Neuf a pour but de diffuser les idées conservatrices et de fournir des notes aux proches de Marion, mais aussi aux équipes de… Laurent Wauquiez.
Un « concurrent » politique si loin, si proche…
Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018 (le titre est de moi).
Que fait une institution internationale, comptant 192 pays membres, lorsque certains de ses adhérents rechignent à payer leur cotisation ? Elle cherche de l’argent ailleurs. C’est-à-dire vraiment n’importe où.
Interpol est une organisation de police criminelle qui règne sur la planète. De l’Afghanistan au Zimbabwe, la terre entière est rassemblée sous le drapeau frappé du glaive, des lauriers et de la balance. Prostitution, trafics d’organes, de drogue, de cigarettes, de médicaments, corruption ou évasion fiscale, l’internationale du crime répond à la mondialisation de l’économie. Et Interpol s’érige en flic mondial, appelé à mettre en échec tous les bandits du monde.
Problème : Interpol est la 2e organisation internationale après les Nations unies, mais les contributions annuelles de ses pays membres dépassent à peine les 50 millions d’euros. En comparaison, c’est avec 7 milliards de budget que le seul FBI fonctionne…
Bas-fonds
Le 3 novembre 2000, l’Américain Ronald Noble devient secrétaire général d’Interpol. Ancien magistrat, Noble décide d'ouvrir l'institution policières et ses données au partenariat public-privé. Son but ? Atteindre le milliard de dollars.
En 2011, alors que la Fédération internationale de football (Fifa) est entrée dans l’ère du soupçon, Sepp Blatter, son président, signe un partenariat de 20 millions d’euros avec Interpol pour, notamment, participer à la lutte contre les matchs truqués. Une aimable plaisanterie. Ainsi, quelques années avant que le « système Blatter » s’effondre pour corruption, sous les coups du FBI et de la justice helvétique, la Fifa finançait vaillamment l’organisme policier chargé de déjouer ses vilains tours.
Pour 15 millions de dollars, voilà aussi Interpol devenu partenaire fumeux de Philip Morris International, pour aider à combattre la contrefaçon. En 2004, le cigarettier avait payé 1,25 milliard à la Communauté européenne après avoir alimenté une contrebande de cigarettes pour détourner les taxes du tabac. Oublié, tout ça. Evidemment, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) voit rouge. D’autant que des laboratoires pharmaceutiques se pressent, eux aussi, pour recevoir le précieux label policier.
En 2014, l’Allemand Jürgen Stock devient le nouveau secrétaire général d’lnterpol. Et décide de ne pas renouveler quelques partenariats trop voyants. Mais il accepte que certains Etats fassent preuve d’une générosité qui laisse perplexe. Comme le Qatar ou Singapour — un temps considéré comme un paradis fiscal par l’OCDE —, qui financent l’institution sans compter.
Au-delà du certificat Interpol, pratique pour redorer le blason d’un pays, certains membres abusent de la force de frappe de l’organisation, et notamment de ses fameuses « notices rouges », qui signalent des individus potentiellement dangereux. Par exemple, fort de cet avis de recherche planétaire, Pékin exige toujours l’arrestation de l’homme d’affaires chinois Guo Wengui, réfugié a New York, qui avait menacé de faire des révélations sur la corruption des élites de son pays. Cette notice rouge date de 2017. Un an plus tôt, le nouveau président d’Interpol avait été élu. Un Chinois, lui aussi. Et ancien vice-ministre de la Sécurité intérieure. Mais que fait la police ?
« Interpol, une police sous influence ? » de Samuel Lajus, le 20/3 à 20 h 50 sur Arte.
Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018.
Le pédégé de Michelin, Jean-Dominique Senard, a carrément réquisitionné, le 8 mars, la salle à manger particulière de la ministre du Travail. Craignant que son rapport intitulé « Entreprise et intérêt général », concocté avec Nicole Notat mais dépourvu de propositions neuves, ne fasse un bide dans la presse, Senard a demandé à son gourou en communication, l’inévitable Michel Calzaroni, de court-circuiter les chroniqueurs sociaux pour briefer directement les patrons des rédactions.
« Calza » a donc obtenu de la ministre Muriel Pénicaud qu’elle prête sa salle à manger et ses cuisines, afin de donner un petit air officiel à ces agapes. Et il y a convié 10 responsables de rédaction, dont « Les Echos », « L'Opinion », RTL, etc. Lesquels, une fois sortis de table, ont suggéré aux journalistes de traiter le rapport Senard-Notat comme un mets délicat sorti d’une cuisine étoilée…
C’est simple, la tambouille gouvernementale !
C'est surtout à vomir, m'enfin…
Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018 (le titre est de moi).
Le feuilleton Marie-Christine Saragosse continue ! La patronne de France Médias Monde avait vu sa nomination comme présidente annulée, faute d’avoir fait parvenir sa déclaration de patrimoine dans les deux mois réglementaires… Au Sénat le 7 mars, le gouvernement a glissé un amendement au projet de loi sur le « droit à l'erreur », aux termes duquel la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique adressera une relance, ou « injonction », aux retardataires, qui disposeront d’un mois äe plus pour se réveiller et envoyer le document à temps…
A quand un semblable geste de Bercy pour les oublieux de la déclaration de revenus et autres « phobiques administratifs » ?
Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018 (le titre est de moi).
Vous connaissez la « Frapar » ? C’est le petit nom de la Fraternelle parlementaire, tout simplement. Autrement dit, la cohorte de francs-maçons qui évoluent dans les couloirs de l’Assemblée nationale et du Sénat. Députés, sénateurs (surtout) et collaborateurs parlementaires se mobilisent, depuis quelques semaines, pour peser sur la réforme des institutions de Macron, qui ne les fait guère rêver.
Le nouveau patron de la Frapar, Christophe-André Frassa, est un sénateur LR qui a remplacé, au mois d’octobre, le député PS Christian Bataille. Le bon équilibre fraternel parlementaire est respecté… Frassa surveille de près la réduction du nombre de parlementaires et le redécoupage des circonscriptions. Et ce gardien du Temple l’explique, grandiloquent (« Le Parisien », 9/3) : « La réforme des institutions doit être synonyme de la défense de la République, de la séparation effective des pouvoirs, des libertés publiques et des droits parlementaires, des principes pour lesquels les francs-maçons ont payé de leur vie. »
On apprend à cette occasion que les frérots sont tout de même nombreux au Parlement : de 200 à 250 sénateurs et députés (environ 400 au total, avec les collaborateurs parlementaires et les fonctionnaires).
Dans la réforme des institutions, c’est peut-être surtout la réduction du nombre de francs-maçons qui est redoutée !
Dans le Canard enchaîné du 14 mars 2018.
Un moteur de recherche dans les journaux de Certificate Transparency. Évidemment, ça fonctionne uniquement avec les certificats x509 émis par une autorité de certification qui participe à ce programme.
‒ Imaginez ce que deviendrait votre vie si à longueur de journée de gros homosexuels plus forts que vous n'arrêtaient pas de vous caresser les fesses et la braguette en vous disant qu'ils rêvent de vous sodomiser. Ça, c'est le harcèlement. Le viol, c'est quand ils le font.
Dessin publié dans le numéro de décembre 2017 de Siné mensuel.
J'ignorais qu'il y avait des disparités géographiques dans la ZAD de NDDL. À l'ouest de la D281, il y a les zadistes structuré⋅e⋅s (AG, réunions, fermes et autres bâtiments en dur, etc.), intégré⋅e⋅s au reste de la population, un peu pragmatiques. À l'est vivent les zadistes idéalistes qui rejettent le monde actuel, vivent dans des cabanes fabriquées de leurs mains, sans eau courante, sans électricité, sans moteurs, pensent que les AG/réunions ne font pas avancer les choses. La décision "collective" mais quand même imposée par le gouvernement en janvier 2018 (quand le non à l'aéroport a été acté) d'évacuer la D281 a créé de la tension entre ces deux univers de la ZAD.
Il est pas passé par ici, alors il essaie de repasser par là. Le livret scolaire unique numérique reprend les mauvaises idées de fichage de Base élèves retire après une tempête de protestations en 2008. Eten rajoute une couche.
Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale sous Sarkozy, avait dû faire marche arrière en 2008 sur le logiciel Base élèves dénoncé comme une tentative de « fichage de nos élèves ». Ce programme, considéré comme un « outil professionnel au service de la gestion quotidienne des écoles », devait, entre autres, permettre de collecter des informations sur la nationalité et sur « l’origine raciale ou ethnique » des enfants. Cette affaire avait cristallisé les colères des parents d’élèves, des syndicats et de la Ligue des droits de l’homme…
Comme un rhizome de bambou contre lequel vous ne pouvez rien, l’idée de collecte d’informations est revenue huit ans plus tard sous le nom de Livret scolaire unique numérique (LSUN). Obéissant principalement à une logique d’adaptation du système éducatif aux besoins de l’économie, il remplace le carnet de correspondance du CP jusqu’en 3e et recueille les notes, les observations et les informations concernant l’enfant comme le comportement, la santé ou les origines ethniques (on y revient). Le parcours complet de l’enfant est ainsi stocké sans réelle garantie d’être effacé. Les données seront accessibles sur simple demande par les maires, la police et la justice sous couvert du secret professionnel partagé. Elles le seront aussi potentiellement par interconnexion de fichiers à toutes les administrations. En tant que parent, il existe un moyen de protéger son enfant du fichage compulsif : stipuler son refus par une lettre simple que le Collectif national de résistance à Base élèves (CNRBE) vous met à disposition sur son blog. Isabelle S., mère d’un garçon de 6 ans, l’a recopiée et envoyée à la directrice de l’école de son fils. « Elle nous a convoqués et nous a bien assurés que les enseignants de l’école n’y inscrivaient que les données basiques et rien d’autre. Car eux aussi se posent beaucoup de questions. Nous étions les seuls parents de l’école à s’être inquiétés de ce fichage méthodique. » Florence est professeur des écoles et membre-formatrice du CNRBE. Pour elle, rien d’étonnant à ce que les parents n’agissent pas : « Aucune information n’est transmise. La logique est simple : pas d’infos, pas d’opposition. » Elle raconte le cas d’un élève rwandais a Nantes arrivé seul d’Afrique. Sa famille d’accueil voulait l’adopter. Mais à la place d’un titre de séjour, il a reçu à sa majorité une obligation de quitter le territoire à cause d’une « absence de motivation » notée quelques mois plus tôt. « La Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) qui doit normalement jouer le rôle de garant des libertés n’a plus ce pouvoir dès que les fichiers sont créés. Le ministère fait sa tambouille avec elle. La Cnil cogère pour rendre réglementaire une situation qui ne l’est pas », confie Jérôme, fondateur du CNRBE. La France a été sermonnée par le Comité des droits de l’enfant des Nations unies dans un rapport datant du 4 février 2016 qui s’inquiète de « la multiplication des bases de données, de conserver et d’utiliser sur de longues périodes les données personnelles des enfants et le fait que les enfants et leurs parents ne sont pas suffisamment informés par l’Éducation nationale de leurs droits d’opposition. » Tout est dit.
Annuaire pour GAFAM
Mais on vous a gardé le meilleur pour la fin. Les autorités seraient prêtes à transférer l’ensemble des annuaires académiques aux fameux Gafam (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft) ! Mathieu Jean-dron, directeur du numérique pour l’éducation, a envoyé une missive aux directeurs académiques pour « confirmer qu’il n’y a pas de réserve générale sur l’usage des outils liés aux environnements professionnels chez les grands fournisseurs de service du Web (Gafam et autres) […] » En d’autres termes, les grandes multinationales du numérique pourront donc puiser à leur guise dans les données personnelles des élèves et des enseignants. George Orwell écrivait dans son roman 1984 : « Vous ne possédez rien, en dehors des quelques centimètres cubes de votre crâne. » À nous de les utiliser…
Dans le numéro de janvier 2018 de Siné mensuel.
Communiquer : avant qu’il ne soit zombifié, ce mot impliquait » une idée d’échanges entre locuteurs. « Le secteur de la communication » désigne désormais celui de la propagande, les « communicants » étant spécialistes de l’émission de messages univoques à destination de consommateurs maintenus dans la passivité. Partout en Occident, des la maîtrise du réel.
L’inutilité destructrice du projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes pourrait être reconnue - ou pas - mais à en croire la valetaille d’éditocrates dont les bavardages ont accompagné la remise du rapport sur NDDL, deux points seraient actés : la nécessité absolue d’évacuer les zadistes, et le surarmement de ces derniers. Ce battage médiatique a pris, dans Le Journal du Dimanche, la forme d’un véritable Tchernobyl du journalisme : un « reportage », ramassis de sottises fourni par les gendarmes, illustré de photos volées, bidonnées, détournées, ainsi que l’a démontré la photographe volée, Val K., sur Lundi Matin. Cette opération des communicants qui gouvernent la France vise à préparer l’opinion à l’idée que tuer du zadiste sera inévitable (et bon pour l’emploi). On verra si ça marche…
Dans le numéro de janvier 2018 de Siné mensuel.
Ils sont vallsistes, ces fameux chantres de la laïcité à tout crin. Toute cette rive droite des « gauches irréconciliables », conspuant à l’envi ceux qu’ils nomment les « gauchistes », « islamo-gauchistes », ou encore « rouges-bruns »… nous autres.
Comme si être de gauche signifiait être nazi et/ou islamiste. Évidemment, on est tous antisémites, à l’instar de Corbyn en Angleterre (dixit Caroline Fourest). Car, comme l’a expliqué Apathie à Cambadélis, ceux qui s’attaquent à la finance sont des antisémites. Le problème des Philippe Val et consorts, cette gauche qui fréquente Le Siècle, qui se tape sur le ventre avec Sarkozy, c’est qu’en soutenant Valls, ils soutiennent une politique très favorable au commerce avec les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite. Alors, c’est bien beau de voir des antisémites partout, mais il faudrait aussi comprendre que vendre des engins de guerre et acheter du pétrole à des dingues qui ne rêvent que de rayer Israël de la carte, c’est un peu incohérent. À moins que ces procès en sorcellerie, ces prises de parole entamées systématiquement par « le problème en France, c’est l’antisémitisme » ne servent qu’à des intérêts personnels. Mais je n’ose le croire. Le jour où Valls sera président, ces thuriféraires l’accompagneront en voyage d’affaires dans des pays où l’on graisse la patte des salafistes, de Daech, des Frères musulmans et autres saloperies téléguidant des attentats jusque… chez Charlie Hebdo. Cherchez l’erreur.
Dans le numéro de janvier 2018 de Siné mensuel.
La télégonie, encore appelée imprégnation, c'est la croyance selon laquelle la descendance d'un animal femelle serait influencée par ses anciens rapports avec d'autres mâles avant le dernier rapport fécondant. En conséquence, une femelle « de race pure » qui aurait jadis « fauté » avec un bâtard engendrerait à jamais des bâtrds, même croisée avec des mâles « de race pure ». Vers 1900, cette croyance, qui résonne tant avec le culte de la virginité féminine des religions occidentales, fait office de vérité chez les éleveurs de chevaux et de chiens (chez qui elle persiste aujourd'hui). La « pureté de la race » dépendrait de la bonne conduire des seules femelles ! Cette ineptie était cautionnée par des pointures comme Darwin, Spencer ou Le Dantec, mais contestée par Weismann, pour des raisons théoriques évidentes. Lucien Cuénot, zoologiste nancéien, rencontre alors une « jeune institutrice intelligente », Mlle Barthelet. Par des expériences méticuleuses sur des souris grises et blanches, menées pour le laboratoire de Cuénot, elle démontre en 1900, dans un compte rendu de l'Académie des Sciences de Paris, que la télégonie n'est « qu'un préjugé d'éleveurs ». Tout porte à croire que, dans ces mêmes élevages, elle aurait découvert que la pigmentation gris/blanc des souris suit les lois de Mendel et que le croisement d'hybrides produit trois fois plus de souris grises que de blanches. Mais cette découverte fondamentale que les lois de Mendel, connues chez les pois, s'appliquent aussi aux animaux sera publiée par le seul Cuénot, dont elle fera la gloire nationale et internationale. On n'entendra plus parler de Mlle Barthelet, dont la littérature scientifique n'a même pas retenu un prénom !
Dans le numéro de février 2018 de Siné mensuel.