La Cour suprême allemande a retoqué le système d'indemnisation chômage en place depuis 2005 au nom de la dignité humaine qui est incompatible avec la suppression ou une réduction au-delà de 30 % de l'indemnité chômage, même en cas de manquement du chômeur à ses obligations.
En Allemagne comme en France, les chômeurs qui refusent certains boulots sont sanctionnés. Mais, chez nos voisins, signalent « Les Echos » (6/11), « la justice juge indignes les sanctions contre les chômeurs ». C’est ce qui ressort d’un arrêt de la Cour suprême de Karlsruhe rendu la semaine dernière, qui « plafonne à 30 % les baisses d’indemnisation subies par les chômeurs de longue durée ».
La justice allemande vire à gauche : on aura tout vu !
Boarf, le "conseil constitutionnel" allemand a souvent pris des décisions de cet acabit.
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019.
Un texte législatif européen en discussion (on est à la phase de Trilogue) prévoit de subventionner des bateaux de pêche, y compris les rafiots de pêche industrielle de taille moyenne, ainsi que le remplacement des moteurs. La méchante Union européenne nous impose de méchantes choses pas gentilles, hein ? Non, le texte original excluait les bateaux industriels. Des États, dont la France, ont poussé en sens inverse. La routine ! La France agit également contre l'intérêt des citoyens en matière de protection des données personnelles… Les chefs des États membres décident des grandes orientations des politiques économiques (GOPÉS) qui sont ensuite imposées aux États et aux citoyens (ce qui est légitime, puisque ça a été décidé). La France, en tant que puissance économique, joue un grand rôle dans l'adoption des GOPÉS.
C'était promis-juré. En 2020, on allait enfin en finir avec la surpêche en Europe. Ce louable engagement de Bruxelles, décidé il a six ans, au moment de la réforme de la politique commune de la pêche, prend l'eau. L'année prochaine, près de 20 % des stocks de poissons dans les eaux européennes seront encore sur-exploités. On en remonte dans les filets 6 millions de tonnes chaque année, 400 000 pour la France [ N.D.L.R : soit environ 6 % ]. Avec, en première ligne, la Méditerranée, où l'on pêche délô deux fois trop de pescaille.
Les poissons sont d'autant plus mal barrés que les ministres européens de la pêche veulent mettre de l'argent dans le casier pour subventionner la construction de nouveaux bateaux. Des aides qui avaient été stoppées il y a quinze ans, justement pour ne pas doper les performances de rafiots qui pêchent déjà trop. « Les subventions de Bruxelles devraient être utilisées pour encourager les techniques de pêche durable plutôt que pour augmenter la capacité de la flotte européenne », s'agace Mathieu Colléter, l’un des responsables de l’ONG Bloom, qui milite pour la protection des océans.
Autre arête dure à avaler : alors que la Commission européenne voulait réserver ce coup de pouce à la pêche artisanale, à savoir les bateaux de moins de 12 mètres, les Etats européens, la France en tête, ont poussé pour que les subventions soient étendues aux chalutiers jusqu’à 24 mètres. Un rafiot de cette taille prélève environ 380 tonnes de poissons par an, sept fois plus qu'un gros bateau de pêche artisanale. Et, pour en mettre toujours plus dans la cale tout en empochant l'aide, il suffit d’acheter un chalutier qui fait moins de 24 mètres de longueur mais avec un gabarit XXL, vu que la largeur, elle, n’est pas réglementée…
Mauvaise nouvelle en sus pour les poissons : les marins pêcheurs pourront également demander de l’oseille pour changer de moteur, afin de tracter des chaluts encore plus grands ! Sur le papier, le nouveau moteur ne doit pas être plus puissant que l'ancien, mais les contrôles sont quasi inexistants. « Grâce à un efficace lobbying à Bruxelles, les patrons de chalutier ont une fois encore emporté le morceau au détriment des petits bateaux qui pratiquent une pêche durable », déplore l'un des représentants du syndicat des pêcheurs artisanaux.
On espère que le nouveau Parlement européen, qui a commencé à plancher sur la question le 12 novembre, va un peu se mouiller pour les poissons.
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019.
Le salon Milipol, destiné à présenter le matos de sécurité destiné aux États (surveillance de masse des communications, armes, maintien de l'ordre, etc.) est toujours aussi fermé / opaque (il l'était déjà en 2011, quand Moreira tournait son film Traqués : enquête sur les marchands d'armes numériques ou en 2013 quand Valls y annonçait vouloir reprendre la coopération avec le Bahreïn) : l'association Action Sécurité Ethique républicaine, qui surveille habituellement les ventes d'armes, n'y a pas été admise en 2019.
Les membres de l’association spécialisée Action Sécurité Ethique républicaine (Aser) ont l’habitude, depuis 2011, de faire un tour au salon biennal Milipol, qui promeut toutes les nouveautés à destination de la flicaille, et qui doit ouvrir à Villepinte ce 19 novembre. Afin de vérifier si aucun matériel de police ou de sécurité exposé ne contrevient à la législation européenne.
Cet « événement mondial de la sûreté et de la sécurité intérieure des Etats », qui a essaimé au Qatar et à Singapour, est organisé sous l’égide du ministère de l’Intérieur, de la police nationale, de la gendarmerie, mais aussi de Bercy, des douanes et de l’administration pénitentiaire…
Au rapport !
Lors de la précédente édition, en 2017, les militants d’Aser avaient ainsi repéré des matraques électriques ou des « poucettes » (carcans entravant les pouces), dont l’usage est interdit dans l’UE. Depuis 2015, les organisateurs de Milipol recevaient même ces bénévoles, qui leur signalaient leurs trouvailles. Mais, cette année, l’association s’est vu notifier un refus d’inscription : « Votre profil ne correspondant pas aux critères exigés par le salon, ou faute d’informations trouvées par notre équipe sur vous »…
Rien à voir, bien sûr, avec l’assignation du gouvernement au Conseil d’Etat — diligentée par la même assoce — pour avoir béni la vente d’armes à l’Arabie saoudite et aux Emirats, qui les utilisent, de fait, au Yémen contre des civils…
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019.
Après les régions (passées à droite), le ministère de la Ville et celui des Outre-Mer retirent leurs subventions à l'Observatoire International des Prisons qui fournit des chiffres et des études sur les politiques carcérales et les détenus, qui accompagne les détenus et leur famille, qui veille à la salubrité et au respect de la législation en taule, etc.
En 2021, l'observatoire de la délinquance sera transféré au service statistique ministériel de la sécurité intérieure, un bidule géré, entre autres, par l'INSEE.
La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires sera rattachée au Comité interministériel de prévention de la délinquance et de la radicalisation du ministère de l'Intérieur (même source). Comme si la dérive sectaire était exclusivement liée à la radicalisation islamique ou à un enjeu de sécurité. Il y a aussi de la détresse sociale, l'isolement (des vieux ou dans les quartiers, par exemple), l'individualisation de notre société et ses diktats (je pense aux dérives du développement personnel), etc.
Le Conseil national de la protection de l'enfance devrait être regroupé avec le Groupement d'intérêt public enfance en danger (même source). En attendant, plus de secrétaire général. Pratique pour organiser les réunions. En attendant, les contrats de travail ont été renouvelés pour un an. Savoir que ton travail tombera dans l'oubli, ça te motive à le faire, c'est sûr.
Dans la majorité des cas, je trouve que la fusion proposée flatte le bon sens. Mais, je constate que les regroupements envisagés le sont avec des structures éloignées du terrain, d'où un risque d'obtenir des chiffres dénués de tout sens, dénués de toute humanité. Je pressens également qu'une réduction des effectifs aura lieu après les regroupements au motif éculé que trop de gens bossent sur un même sujet alors que le temps est aux économies. Au final, ces observatoires des politiques publiques seront affaiblis, comme l'est la DGCCRF, elle qui a perdu 20 % de ses effectifs en 10 ans, et nous n'aurons plus d'analyses, autres que purement comptables, des action menées / à mener.
Connu pour ses recherches et ses enquêtes sur le monde carcéral, ses guides pratiques, son accompagnement des détenus et de leurs familles, l’Observatoire international des prisons (OIP) est-il voué aux oubliettes ? En 2014, il recevait de l’Etat et des collectivités une subvention annuelle de 424 211 euros. En 2019, cette somme a été divisée par… trois. Conséquence : un budget passé, en cinq ans, de 811 565 à 592 147 euros et une association en danger. Les critiques répétées de l’OIP envers la politique pénale et carcérale du gouvernement n’ont sans doute pas arrangé son cas…
Des taulards soulignent pourtant que son action les aide à « tenir bon » et à « ne pas devenir violents avec le personnel ». Ou remercient l’OIP pour l’appui apporté lors du décès d’un proche prisonnier, une inscription pour des études par correspondance, l’achat d’un fauteuil roulant. Ou évoquent des procédures judiciaires lancées à la suite d’une mort suspecte, de l’insalubrité et de la promiscuité dans une cellule, de violences diverses… A ce titre, le ministère de la Justice, dix-sept fois condamné depuis 2011, doit toujours 25 335 euros. Radin !
Appel aux dons
Contacté par « Le Canard », le ministère de la Cohésion des territoires, qui, sans prévenir, a fermé le robinet, explique : « Les indicateurs ne démontrent pas que les actions de l’OIP sont liées aux QPV (quartiers prioritaires de la politique de la ville) ». Fine analyse !
La plupart des 72 000 détenus seraient-ils des cadres issus des beaux quartiers ? Mais le ministère rassure : « Nous subventionnons les Petites Sœurs des équipes de Saint-Vincent-de-Paul, qui vont au parloir ! »
Elles, au moins, sont sympathiques et ne critiquent jamais le gouvernement.
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019 et via https://mastodon.social/@FranckNoir/103130541924289953 via https://social.jesuislibre.net/@tuxicoman .
Rappel utile : entre les seuls voyages en avion, les examens médicaux, les rejets des installations nucléaires, le rayonnement de l’écorce terrestre ou les retombées des essais atomiques, chaque Français encaisse en moyenne 4,5 mSv par an. À partir de juillet 2020, le béton, fabriqué à partir de roches concassées qui peuvent provenir de carrières contenant de l'uranium (en quantité trop faible pour servir à l'industrie nucléaire), ne devra pas cracher plus d'1 mSv/an. On notera qu'on compare des durées d'exposition bien différentes : on est plus souvent dans un bâtiment en béton ou soumis au rayonnement terrestre que dans un avion ou à un examen médical. Attention aussi à certains graphiques qui consignent le rayonnement reçu lors du passage à la sécurité d'un aéroport… dosimètre dans la valise… qui n'a pas le même itinéraire qu'un humain…
Le 1er juillet prochain, les entreprises de BTP devront garantir que leur béton ne crachera pas plus de 1 millisievert (mSv) par an. « C’est une limite sanitaire qui repose sur un risque statistique (une probabilité) : les experts estiment que, sur 100 000 personnes exposées chacune à 1 mSv pendant un an, 17 vont développer un cancer radio-induit », décrypte Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire, responsable du laboratoire de la Commission de reeherche et d’information indépendantes sur la radio-activité (Criirad).
Pour autant, le caractère radioactif de certains matérianx de construction ne doit pas - selon les experts consultés par « Le Canard » — conduire à la panique ! A i’lnstitut de radioprotection et de sûreté nucléaire (ÏRSN), on tient à rappeler que, entre les seuls voyages en avion [ N.D.L.R : rayonnement solaire et des particules qui n'est plus bloqué par l'atmosphère ], les examens médicaux, les rejets des installations nucléaires, le rayonnement de l’écorce terrestre ou les retombées des essais atomiques, chaque Français encaisse déjà en moyenne 4,5 mSv par an.
Rassurant, non ?
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019.
Un audit vient confirmer ce que l'on avait appris fin 2017 : Comment la police marseillaise dégonfle les statistiques de la criminalité. Minoration des délits et de la délinquance à Marseille. Il s'agirait d'une interprétation erronée d'une note de service (lol) de 2014, soit 3 ans de bidouillage statistique reconnus. C'est ces chiffres qui servent à effrayer ou à rassurer le citoyen à l'approche d'une campagne électorale ou du vote d'une loi liberticide. ;)
Cet audit confidentiel qui dormait depuis janvier 2018 dans les tiroirs de la sécurité publique (SP) était censé y rester. Son destinataire, Jean-Marie Salanova, qui dirigeait alors tous les flics en tenue des Bouches-du-Rhône, est devenu depuis directeur central de ladite SP.
En sept pages, le document détaille la bouillabaisse des chiffres de la délinquance à Marseille. Une enquête commandée en toute discrétion après que « Le Canard » (13/11/17 [N.D.L.R : sic ! ]) avait publié les témoignages de poulets marseillais écœurés par le bidouillage des stats. A l’époque, la direction de la sécurité publique des Bouches-du-Rhône avait dénoncé auprès des médias locaux des informations non fiables distillées par des policiers en conflit avec leur hiérarchie…
Las ! le doc confirme l’ampleur de la triche. D’où l’angoisse du directeur central de la sécurité publique, promu à ce poste au vu, notamment, de ses bons résultats… à Marseille ! Les auteurs de l’audit relèvent « une minoration des faits délictuels de délinquance de voie publique ». Et pointent « un nombre non négligeable de tentatives de vol par effraction et de tentatives de vol à la roulotte (…) requalifiées en dégradations contraventionnelles ». En clair : une façon astucieuse de minorer artificiellement le nombre de délits.
Pigeon vol
Ainsi, de 2015 à fin 2017, les tentatives de vol par effraction comptent pour 29 % des faits de délinquance à Lille et à Lyon, mais seulement pour 8,5 % à Marseille… Du côté des vols commis dans les véhicules, autre singularité provençale : ils ne représentent que 3 % des plaintes, contre 12 % à Lyon et 17,7 % à Lille. Encore un constat : « Les vols de téléphones portables arrachés des mains des victimes sont trop souvent qualifiés ou requalifiés en vols simples. » Magique !
Plutôt que de parler de tricherie, l’audit évoque pudiquement l’« interprétation erronée » d’une « note de service » émise par la sécurité publique des Bouches-du-Rhône. Datée de 2014, celle-ci a « conduit à des pratiques non conformes à la méthodologie d’enregistrement statistique ». Une précision : « [Ces pratiques] n’ont cependant pas modifié la photographie de la délinquance constatée sur Marseille ces dernières années. »
Défense de rire.
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019.
La prise en compte de la pénibilité du travail dans la réforme des retraites comme monnaie d'échange avec la CFDT, seul syndicat qui soutient l'instauration d'un système universel par points mais qui refuserait le recul de l'âge de départ à la retraite ? Ça fait plus d'une décennie que l'on nous promet la prise en compte de la pénibilité et c'est à chaque fois bâclé. Normal, si c'est une monnaie d'échange pour obtenir un compromis bancal…
Les cafouillages sur la réforme des retraites mettent en porte-à-faux Laurent Berger, le patron de la CFDT, seul syndicat qui soutient l’instauration d’un système universel par points.
« Soyons clairs, le moment est venu de donner des gages sur la réforme ! », s’est-il écrié, le 8 novembre sur RTL, furieux des atermoiements du gouvernement.
Son bras droit, Frédéric Sève, n’a pas mâché ses mots non plus en confiant ses doutes à « L’Opinion » (12/10):
« C’est une question de méthode, le sujet est déjà assez compliqué sans que l’exécutif ne le complique encore parce qu’il ne sait pas ce qu’il veut. »
L’exaspération de la CFDT n’a guère échappé, évidemment, à l’Elysée.
« On a besoin de Berger, a dit Macron à ses troupes. S’il hausse le ton, c’est pour bien nous faire comprendre qu’il y a une limite à ne pas franchir. Il nous fait passer le message suivant : “Si vous faites le systémique (la réforme par points) et, en plus, du paramétrique (un recul de l’âge de départ), vous ne m’aurez plus à bord.” »
Pour amadouer le secrétaire général de la CFDT, l’exécutif planche sur la pénibilité, le sujet de prédilection de Berger : à l’étude, un système de bonification des points de retraite en fonction de la pénibilité du travail.
Vaste programme.
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019.
313 enquêtes judiciaires par l'IGPN. 2/3 transmises à la Justice. 2 flics seront jugés devant un tribunal. Pour un tiers du reste, l'IGPN a mal fagoté ses enquêtes, ce qui contraint la justice à classer sans suite. Sans oublier le manque chronique d'effectifs de la Justice qui contrait le traitement à un rythme d'escargot.
Faut qu'ils arrêtent de se plaindre, les gilets jaunes ! Un an après avoir arpenté les pavés (et en avoir balancé quelques-uns), ils ont réussi un sacré exploit : jamais les poulets de l’Inspection générale de la police nationale n’ont autant bossé. Depuis le début du mouvement, l’IGPN a été saisie de 313 enquêtes judiciaires pour violences policières. Les deux tiers d’entre elles ont été transmises à la Justice, assure l’Intérieur dans un communiqué — (lourd) sous-entendu : nous, on est transparents, on a fait le boulot, mais suivez mon regard, ce n’est pas le cas de ces maudits juges.
Car, eux, les enquêtes, ils s’en cognent ! Et ça fait mal ! Rien qu’à Paris, sur les 146 dossiers clôturés par la police des polices, 54 ont été classés sans suite. Soit plus d’un tiers. La faute à qui, alors ? Aux bœuf-carottes, évidemment ! plaide la Chancellerie. Leurs fichues enquêtes sont mal fagotées ! Ou bien le flic fautif n’est pas identifié, ou l’infraction n’est pas caractérisée.
Ainsi la plainte de la maman de Lilian, salement blessé à la mâchoire par un tir de LBD en marge d’une manif à Strasbourg, a-t-elle été classée sans suite. Le poulet tireur n’a pas pu être repéré. Bilan (provisoire) : seuls deux flics sont renvoyés devant le tribunal correctionnel d’ici à la fin de l’année.
Ils n’avaient pas été gentils avec leurs chefs ?
Dans le Canard enchaîné du 13 novembre 2019.
Héhé, +1. Notre pain quotidien, et pas qu'en informatique. Manque de curiosité et manque de politesse élémentaire (tu peux les écouter causer de sport ou du temps qu'il fait autant que tu veux/peux, on ne t'écoutera pas en retour)…
‒ Hier, j'ai vraiment balancé du lourd à la maison ! J'ai réussi à agréger trois connexions web et j'ai triplé mon débit !!
‒ Cool !
‒ J'étais trop fière ! Alors j'ai commencé à raconter ça à mon copain… Mais dès que j'ai parlé de routage, de ports et de VPN, j'ai bien vu que ça servait à rien… C'est quand même méga frustrant, ni lui ni aucun de mes amis ne se rendent compte de la perf… Je n'ai personne à qui raconter ça autour de moi…
‒ Allez… Vas-y raconte…
‒ C'est comme un failover classique ?
‒ Mais non, c'est du Multipath TCP ! Alors, au départ, heureusement, j'avais un Raspberry de côté, et puis aussi un switch que je voulais pas jeter. Et puis j'avais un problème d'IPv4 non publique, car saviez-vous que…
Énorme +1 :D
La vengeance de Flash. Même si l'usage n'est pas identique, c'est clair que Flash, ça passait, comparé à Electron, NodeJS, et les nouveaux frameworks JS sans cesse renouvelés (Vue.js, AngularJS, etc.) etc. Le web est devenu n'importe quoi. Trop complexe pour une utilité concrète limitée. Trop lourd. Trop gourmand en ressources et en données persos. Là encore, le paraître l'a emporté sur l'être, sur le contenu.
Énorme +1. :D
Petite mise en garde contre les vendeurs de rêve du progrès à tout prix tu verras que ça sera trop merveilleux.
‒ Bienvenue dans notre nouvelle salle de réunion en réalité virtuelle !
‒ Wow !
‒ Nous sommes tous séparés dans la vraie vie, mais réunis ici ! C'est dingue… J'adore ! Quelle époque on vit, les amis !
‒ C'est vrai que… FUU-U--UU-UTURRE
‒ Allo ?
‒ Vous m'entendez ?
‒ Change de mic
‒ Ça lague… ALLO ?
‒ Vous parlez ou pas ?
Gros +1. :D
‒ J'ai pris soin de complètement sécuriser mes devices, j'ai réécrit des drivers avec un chiffrage [ N.D.L.R : sic ] maison. C'est vraiment impossible de cracker ma serrure connecté [ N.D.L.R : sic ], mon réseau ou mes caméras… En cas de problème, d'intrusion ou si je détecte une tentative de brouillage wifi/4G, je reçois immédiatement une notif et la sécurité est alertée !
‒ Waouh !
‒ J'attends les voleurs de pied ferme, crois-moi ! Celui qui crackera mon chiffrage [ N.D.L.R : sic ] RSA 4096, il n'est pas né !
‒ Haha !
[ Plus tard ]
‒ Ils ont coupé le courant et ils ont brisé une fenêtre pour entrer, ça a sans doute pris moins d'une minute…
Je retiens deux choses de l'arrestation de Glasgow du 11 octobre 2019 dans l'affaire Dupont de Ligonnès. Résumé : ne pas se fier exclusivement à la technique, aussi bien en matière de justice que de sécurité (flicage vidéo, smartphone "verrouillé" par empreintes digitales, reconnaissance faciale etc.) que d'autre chose ; se concentrer sur les médias qui travaillent sur le temps long (hebdo, mensuel, saisonnier, etc.) afin de penser les sujets de sociétés ; arrêter les alertes, sollicitations, informations, distractions immédiates et permanentes (smartphone, réseaux sociaux, médias de temps court, etc.) afin de satisfaire nos intérêts au lieu de ceux d'autres entités (sociétés commerciales qui carburent à la pub donc à la récurrence d'une audience croissante, autres humains que soi, etc.).
Se fier exclusivement à une preuve scientifique, les empreintes digitales dans le cas présent, est une erreur. Il y a évidement l'ignorance de la science, tel, au 19e siècle, le médecin légiste Tardieu, qui, découvrant des poisons dans des cadavres humains concluait au meurtre… avant que la science nous apprenne que ces composés chimiques se forment lors de la décomposition de tout corps humain. Il y a aussi la méthodologie utilisée : appareil de mesure défectueux, interférences dans la mesure, méthodologie déficiente (exemple : la police aux frontières écossaises considère que 5 points de convergence sur 13 entre les doigts et les empreintes enregistrées sont suffisantes. En France, il faut 12 points de convergence et l'absence de divergence), erreurs humaines (contamination d'échantillons, erreur d'étiquetage, échange malencontreux), etc. Il ne faut pas se fier exclusivement à une prétendue preuve scientifique. Si, dans l'affaire Dupont de Ligonnès, une analyse ADN a été effectuée après-coup, c'est aussi le travail d'enquête de terrain et de voisinage réalisé par la police française autour du lieu d'habitation de la personne arrêtée à Glasgow qui a permis de s'assurer que la personne arrêtée n'était pas Xavier Dupont de Ligonnès. Bref, il ne faut pas se fier exclusivement à la technique, aussi bien en matière de justice que de sécurité (flicage vidéo, smartphone "verrouillé empreintes digitales, reconnaissance faciale etc.) que d'autre chose. La technique, parfois plus fiable et adaptée que l'humain pour réaliser des tâches a aussi sa limite de fiabilité ;
Notre société va trop vite. On veut tout savoir très vite en permanence. Nous sommes hypnotisés en permanence par des alertes instantanées, des sollicitations immédiates, des informations, des contre-informations. De notre famille, de nos amis, de nos contacts, de nos collègues, etc. Les médias en continu (audio/vidéo ou non), la presse quotidienne, les réseaux sociaux, le smartphone, etc. Quand prenons-nous le temps de souffler et de réfléchir ? Dans cette affaire, la police à été prise au piège : il faut se faire mousser, il faut justifier nos salaires, il faut se redorer le blason (Gilets jaunes et tabassages de pompiers), il faut savoir répondre à toute rumeur de manière instantanée, donc il faut communiquer. Les médias ont été pris au piège : il faut être premier à sortir l'info afin de renforcer notre image et de gagner du fric par une augmentation de l'audience (une info et son démenti, ce sont deux nouvelles, donc deux motifs pour attirer de l'audience), il faut sortir les vieux documentaires contextuels du placard pour les rentabiliser une fois de plus. Les citoyens ont été pris au piège : ils se sont fait parasiter inutilement le cerveau au lieu de penser à leur vie, à ceux qui comptent pour eux, à leurs passions, à la société qu'ils veulent, au vivre-ensemble, etc. Au final, en attendant 17 heures supplémentaires, il y aurait rien eu à dire. En attendant, une personne a vu sa vie privée voler en éclat (son nom étant largement répété dans tous les médias) et sa présomption d'innocence être quasiment bafouée. Si j'ai assez vite développé une critique négative des prétendues informations radiophoniques et télévisées, j'en suis au stade de remettre en cause la légitimité de la presse quotidienne. Ça va trop vite. Ça n'éclaire pas sur les sujets de société (nucléaire, retraites, impôts, nouveaux droits/devoirs, etc.). Ça jacte pour jacter. Ça jacte pour filer des infos puis des démentis. On a eu la même chose dans l'affaire de l'incendie de Lubrizol (au début, on nous annonce que 5 200 tonnes de produits ont cramé, puis 9 000 tonnes…) ou dans l'affaire du pont de Mirepoix-sur-Tarn (le camion pesait 38 tonnes, ha non, 44 tonnes, ha non, plus de 50 tonnes, un décès, deux décès, cinq blessés, quatre blessés, etc.) ou dans les affaires dites terroristes (un an après, l'affaire du groupe dit des Barjols qui voulaient flinguer Macron se dégonfle), etc. Pendant ce temps-là, aucune info sur les risques sanitaires de Lubrizol ou du plomb de Notre-Dame. Nous sommes hypnotisés. Je pense qu'il faut se concentrer sur les médias qui travaillent sur le temps long : hebdomadaires (et encore !), mensuels (comme Siné mensuel ou Le Monde diplomatique), saisonniers (comme La Revue Dessinée ou XXI). D'une manière générale, arrêtons de courir comme un hamster dans sa roue, y compris en dehors des médias (réseaux sociaux, smartphone, etc.).
Ça y est, dans Valeurs actuelles, Macron parle de « sortir tous les [ étrangers ] qui n'ont rien à faire là », c'est-à-dire ceux qui ne font pas « partie de l'immigration économique ».
Ben ouais, on va réaliser une intégration par le travail, tu vois. Faut dire qu'on a tellement bien intégré les Portugais, les Italiens, les Algériens et les autres qui nous ont fait, entre autres, du BTP à l'œil après la Seconde Guerre mondiale, ce qui a permis l'enrichissement de quelques-uns. On les a parqués dans des cités populaires mornes avec d'autres gens de leur espèce. Superbe intégration, non ? De même, actuellement, notre intégration par le travail fonctionne niquel dans les métiers « en tension » (dixit Macron) comme la logistique (exemple : d’après le numéro d’octobre 2019 de Siné mensuel, Chronopost travaille avec des agences d'intérim qui emploient des sans-papiers et fait miroiter des régularisations) ou l'agriculture. Ces gens sont précaires et exclus, pas intégrés. Comment mieux nourrir un sentiment de désespoir et d'exclusion, donc de rejet de la France ?
Ne pas s'interroger non plus sur les causes des « besoins que l'on n'arrive pas à pourvoir ». Peut-être faudrait-il rémunérer décemment le travail ? Peut-être faudrait-il valoriser les métiers socialement utiles ? Mais non, on va faire de l'immigration économique. Tu sais, précariser toujours plus de monde et augmenter la concurrence entre les précaires. Les coûts de production vont diminuer ça va ruisseler… de bulletins FN dans les urnes !
On va instaurer un délai d'accès à la protection universelle maladie et on va restreindre l'aide médicale d'État. Pourtant, quand on l'interroge sur le nombre d'abus de ces dispositifs, leurs montants, et la proportion que cela représente dans les budgets, la majorité présidentielle est incapable de répondre. D'un côté, les étrangers voudraient nous grand-remplacer, et d'un autre côté, ils voudraient juste se soigner puis repartir. Gné ? D'un côté, ils voleraient nos emplois, et, d'un autre côté, ils pilleraient notre assurance-chômage. Ils sont forts, ces étrangers.
Mais on va faire de l’immigration économique. C'est d'une tristesse… Tout ça pour obtenir le pouvoir absolu (Présidence + Assemblée + Sénat + collectivités territoriales) et le conserver… C'est désespérant.
Via le Canard enchaîné du 6 novembre 2019.
Le 30 octobre 2019, lors de son audition par la Commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale, Gabriel Attal, le secrétaire d'État à l'éducation et à la jeunesse, a déclaré (source) :
Je remercie par ailleurs Mme Sandrine Mörch, qui a mis le doigt sur une dimension extrêmement importante, trop peu souvent soulignée, en signalant que les associations n’étaient pas un coût ni un « boulet », mais une chance. Les associations rapportent en outre économiquement, avec 1,8 million d’emplois non délocalisables, en créant des richesses. Elles représentent également des coûts évités pour les pouvoirs publics. Nous ne le disons pas suffisamment.
Les Restos du Cœur rassemblent ainsi 70 000 bénévoles réguliers. S’il s’agissait de permanents payés au SMIC par l’État, cela représenterait un coût de plus de 200 millions d’euros par an. C’est aussi une économie. Je suis donc favorable à ce discours insistant sur les coûts évités que représentent les associations pour les pouvoirs publics. Il faudrait le tenir plus souvent.
L'une des missions d'un État est de veiller au bien-être de sa population. La lutte contre la pauvreté en fait partie. Cela devrait être un service public. À quoi bon une société humaine si c'est pour crever la dalle dans un coin ? Autant retourner chasser, cueillir et crever en solitaire ! À quoi bon lever l'impôt puisque tout peut se faire gratos ?!
En 2019, on a donc un secrétaire d'État qui se gargarise de la carence, de l'échec de l'État. Il est fier de refourguer le travail de solidarité, d'humanité, de soin, d'empathie, l'un des piliers d'un État, à des bénévoles afin de limiter les dépenses de l'État. Les bénévoles cumulent ce travail gratuit avec un autre emploi et leurs autres vies familiales, amicales, etc. Ces personnes doivent supporter une charge mentale et affronter des troubles psychologiques (supporter la misère humaine volontairement maintenue, le stress, le désespoir du "ça changera jamais", le poids de l'échec quand une personne décède de froid ou de faim).
Ce travail utile à la collectivité devrait être rétribué ! C'est là qu'un salaire de base ou un salaire à la qualification (Bernard Friot) prend tout son sens ! Mais il faut être cynique pour être fier du travail gratuit sur des missions d'intérêt général…
C'est bien triste de déclarer, en somme « tant que y'aura des pigeons pour aider », l'État ne fera rien. Rapporter des valeurs humaines, des engagements, etc. à des histoires de fric, comme si c'était le plus important…
Le lendemain, Gabriel Attal a cru bon de se justifier en ces termes (source) :
Cet argument chiffré vient d’une étude réalisée par les Restos eux-mêmes, pour mettre en évidence l’impact réel de leur action, complémentaire à l’État (8 milliards d’€ sur le plan pauvreté). C’est donc un argument en + pour défendre assos et bénévoles, je l’assume pleinement !
Il faut être ignorant ou cynique pour déclarer cela… Cela se nomme une valorisation extra-comptable. Cela permet de justifier les actions menées auprès des élus, des donateurs et des partenaires, en mode « avec vous 300 € de dons, on a fait ceci, c'est cool, non ? », afin de choper des crédits. Cela permet aussi de chiffrer la carence étatique afin d'exposer qu'il ne faudrait pas grand-chose, en comparaison de notre PIB, pour résorber telle situation jugée problématique. Stricto-sensu, la valorisation associative n'est pas une composante comptable.
Au passage, le secrétaire d'État nous indique que l'objectif 2020 du SNU est de formater 150 000 jeunes contre 2 000 en 2019. Ha, pour cette machine à préparer le sombre futur qui nous attend (emplois précaires, guerres, etc.), là y'a du pognon ! Le gouvernement veut rendre le SNU obligatoire dès 2026. Plus d'infos : |une critique globale du SNU et de ses effets sur la société](/?qY1kcw).
Via le Canard enchaîné du 6 novembre 2019.
Le nouveau président de la Tunisie depuis septembre 2019 est un conservateur. Lors du Printemps arabe, les Tunisiens n'ont pas divorcé de leur culte, donc, la libération de la parole qui a suivi a permis l'expression des idées religieuses les plus extrêmes et l'expansion de la religion au sein de la démocratie. Coup raté ? Trop tôt pour l'affirmer.
(critique du livre Dommage, Tunisie écrit par Hélé Béji (Gallimard))
L'élection présidentielle tunisienne du 15 septembre a porté au pouvoir le très conservateur Kaïs Saïed. Ecrit avant cette date, ce court essai avait vu juste : la révolution est en effet glacée. Professeure de littérature, écrivaine, Hélé Béji fait un bilan désenchanté de l’après-Ben Ali : « En 2011, les Tunisiens n’ont pas divorcé de leur culte ni de leur foi, comme les Français en 1789. » Immense était pourtant l’espoir. Et la surprise :« Comment un peuple paisible et douillet, plus doué pour la vie de quartier que pour les idées de gloire, a-t-il pu accomplir la première révolution du XXIe siècle ? » Bourguiba, « voltairien », « despote éclairé » — eh oui ! —, avait préparé le terrain « en séparant la politique de la religion ». Résultat : à la faveur d’élections libres, les islamistes d’Ennahdha sont une force majeure de la politique tunisienne.
Amer constat : « En libérant la parole, la Révolution a ouvert les écluses du torrent idéologique religieux et de ses extrémismes (…). Voilà donc ce qui n’était pas prévu : l’expansion du religieux au cœur de la démocratie (…). Nul ne sait encore si la démocratie parviendra à séculariser la religion ou si la religion, au contraire, ne va pas se servir de la démocratie pour y forger sa domination. » Désemparée, Hélé Béji attend le prochain épisode (« Maintenant nous sommes face à ce que nous avons engendré : les élites avec leur suffisance, le peuple avec ses idolâtries. »). Les optimistes doivent-ils prendre le maquis ?
Dans le Canard enchaîné du 6 novembre 2019.
Le Pacs a 20 ans. Origines : les militants gays voulaient préserver la protection sociale et le maintien dans le logement pour le conjoint d'un défunt du sida en vogue à l'époque. Le RPR est contre. Le PS est plutôt contre. Toubon (le Défenseur des Droits actuel), la députée Boutin (et oui…) et Chirac femme s'y opposent. Le Grand Remplacement homosexuel agité à l'époque n'a pas eu lieu : 96 % des Pacs portent sur un couple hétéro. La seule critique pertinente du Pacs qui demeure encore est que, contrairement au mariage, il n'impose pas un engagement dans le temps, un soutien mutuel, etc.
(critique du livre L'Incroyable Histoire du pacs écrit par Patrick Bloche, Jean-Pierre Michel et Denis Quinqueton (Kero))
Il y a vingt ans était promulguée la loi créant le pacs (pacte civil de solidarité). C’est peu de dire que son accouchement fut long et douloureux : huit ans de polémiques, de diatribes homophobes et d’hystérie bienpensante.
En 1991, des militants gays lancent l’idée d’un contrat d’union civile, alors que les ravages du sida laissent de nombreux concubins sans guère de protection sociale et sans droit au maintien dans le logement du compagnon disparu. Comme le rappellent les auteurs (trois socialistes), le PS va réserver un accueil fort frileux à cette proposition, au point de déserter l’Assemblée en 1998 pour laisser à l’opposition le soin de rejeter un premier projet. Finalement, le pacs sera voté en 1999, avec l’appui du Premier ministre, Lionel Jospin.
La droite et l’Eglise vont se déchaîner. Qui se souvient de Jacques Toubon, garde des Sceaux, déclarant en 1995 que « l’ordre public s’oppose » au pacs ? de Christine Boutin brandissant la Bible depuis son banc de députée ? de Bernadette Chirac s’enflammant contre le « risque d’une banalisation du couple homosexuel » ? Aujourd’hui, c’est le pacs qui est banalisé : il concerne à 96 % des couples hétéros.
Dans le Canard enchaîné du 6 novembre 2019.
En 1870, deux décrets accordent la nationalité françaises aux juifs et aux musulmans résidant sur le territoire algérien. En 1940, les Français d'Algérie non-juifs, plutôt pro-Maréchal, appliquent la loi sur le statut différencié des juifs et obtiennent, de Vichy, par la plume de Peyrouton, ministre de l'Intérieur de Laval, la fin d'un des décrets, celui accordant la nationalité aux juifs d'Algérie, dit décret Crémieux.
(critique du livre L'Année des dupes, Alger 1943 écrit par Jacques Attali (Fayard))
Surtout, détourner le regard, oublier ce passé qui, sinon, ne passerait pas — d’ailleurs, a-t-il même existé ? C’est évident, on parle bien peu de ce qui s’est déroulé en Algérie pendant l’Occupation, surtout de novembre 1942 à novembre 1943. Quel zèle ! Car on est passionnément, furieusement maréchaliste, à Alger, durant ces années sombres.
Dès le vote de la loi « portant statut des Juifs », celle-ci est aussitôt appliquée, et avec la plus grande fermeté, en Algérie avant même sa publication, trois semaines plus tard. Sans aucune demande du Reich. Comme l’expliquera l’historien américain Robert Paxton, « c’est Vichy qui subit les pressions d’Alger, et non l’inverse. En particulier, les Français d’Algérie (non juifs) font pression sur Vichy pour obtenir ce dont ils rêvent depuis soixante-dix ans : l’abrogation du décret Crémieux ». Voté en 1870, ce célèbre décret accorde la nationalité française aux Juifs d’Algérie. Il passe mal, ce décret, il gratte, il démange. Dès 1871, on tente de l’abroger. Le 8 octobre 1940, c’est chose faite. Les Juifs d’Algérie redeviennent des « indigènes », ce que, pour certains, ils n’auraient jamais dû cesser d’être.
Le décret est de nouveau aboli en 1943 ! De Gaulle, à la tête du Comité français de Libération nationale, décide de republier le fameux décret… sans donner de date. Les « Israélites » n’ont qu’à attendre. Jusqu’à octobre 1943, date de son rétablissement.
Derrière l’incroyable double abrogation du décret Crémieux, on trouve le même homme, Marcel Peyrouton. Acquitté par la Haute Cour de Justice en 1948, ce haut fonctionnaire du ministère des Colonies, ministre de l’Intérieur de Laval, résident général en Tunisie, puis au Maroc, a fini ses jours peinard à Saint-Cloud en 1983. Il a pris grand soin à la rédaction de ses Mémoires, pour l’édification des jeunes générations. Tranquillou.
Dans le Canard enchaîné du 6 novembre 2019.
Le projet de loi de finances 2020 prévoit 1 073 suppressions d'emplois dans les administrations qui dépendent du ministère de la transition écologique : Météo France, agences de l'eau, agence de l'environnement, office pour la biodiversité, etc. Les syndicats calculent une baisse supplémentaire des effectifs de 5 % jusqu'à la fin du quinquennat. Qui pour piloter la transition ? Qui pour s'occuper des parcs nationaux ? Externalisation / privatisation. Le même projet de loi prévoit 274 suppressions d'emplois à la DGCCRF et 213 à la direction de l'alimentation alors que leurs effectifs respectifs ont déjà fondu de 20 % et de 11 % sur les 10 dernières années. Le nombre de contrôles sanitaires a diminué de 24 % sur la même période. Bref, la protection du consommateur et l'environnement ne sont toujours pas prioritaires.
On pourrait commencer par ranger le bazar. La DGCCRF et la DGAL ont des périmètres communs (lait en poudre = DGCCRF, lait liquide = DGAL). Il serait sain et efficace qu'une même agence gère l'intégralité de ces périmètres communs. Il faudrait aussi ranger les DDCSPP, agrégation des Fraudes, des vétos et de la jeunesse créées par le gouvernement Fillon : il faudrait instituer une même autorité de tutelle et rétablir l'autorité de la DGCCRF en région afin de renforcer ce protecteur des consommateurs.
La preuve que, désormais, « priorité est donnée à l’action écologique », c’est que, l’an prochain, le budget du ministère de la Transition écologique va augmenter, selon Elisabeth Borne, de 831 millions d’euros. Soit 2,6 % en plus. Beau geste, sauf que personne ne sait vraiment si ces sommes supplémentaires serviront la transition écologique (« Libération », 4/11). Pire : en même temps, le gouvernement prévoit d’y supprimer 1 073 emplois — d’après le projet de loi de finances 2020 publié le 27 septembre…
Vent debout, les syndicats du ministère notent que, « depuis cinq ans au moins », le ministère écolo subit des réductions d’effectifs. Francis Combrouze, de la CGT : « Nos services deviennent exsangues. » Et de prédire, à ce rythme, l’« extinction » du ministère. On n’y est pas encore, mais les syndicats (CGT, FO, CFDT et SNE-FSU) ont calculé que, d’ici à la fin du quinquennat, 4 961 postes supplémentaires seront supprimés, soit 5 % des agents de l’Etat et des établissements publics dépendant du ministère.
« L’écologie, ce n’est pas un service public mais une politique publique, se défend Bercy. Ce qui compte, ce n’est pas tant le niveau d’emploi que le budget » (« Le Monde », 13/9).
Et, bien sûr, une politique public se met en œuvre toute seule, sans pilotage et sans petites mains. :))))
Les syndicats du ministère, qui multiplient les actions depuis le printemps (manifestation, débrayage, rassemblement festif, die-in, pétition, etc.) et qui pourraient appeler à une nouvelle journée de mobilisation le 5 décembre, y voient, quant à eux, « un “verdissement” libéral » : « L’expertise technique, la connaissance et les données sont autant de marchés qui intéressent le privé. » Et d’ajouter que « la sous-traitance et le recours croissant à des contrats précaires deviennent la réponse aux problèmes d’efiectifs ».
Comme partout dans le public. Et, oui, c'est un problème.
D’un côté Météo-France vient d’acquérir un « supercalculateur » pour 144 millions d’euros, de l’autre on va lui supprimer près de 500 emplois dans les trois prochaines années, disent les syndicats. Le climatosceptique Trump, font-ils remarquer, « en supprime “seulement” 250 à l’agence météo US ». Les six agences de l’eau, quant à elles, en perdront 200. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, 75. Le futur Office français pour la biodiversité (DFE), qui naîtra le 1er janvier de la fusion entre l’Agence française pour la biodiversité et l’Office national de la chasse et de la faune sauvage, sera amputé d’au moins 60 postes d’ici à trois ans. N’en jetez plus ! Conséquence, parmi d’autres, de ces coupes claires : un 11e parc national, de 240 000 ha, vient d’être créé, à cheval entre la Champagne et la Bourgogne, alors que les effectifs des parcs nationaux, rattachés à l’OFB, resteront constants l’année prochaine. Il se gérera tout seul ?
Dans une circulaire adressée l’an dernier à ses ministres et aux préfets de région, Edouard Philippe clamait que le rôle de l’Etat devait être réaffirmé, notamment en articulant ses missions relatives à l’environnement avec celles des collectivités et des opérateurs « de manière plus efficiente ». C’est bien connu : plus on vire les gens, plus on est « efficient »…
Les agents de la Répression des fraudes, chargés notamment de veiller sur la sécurité de notre assiette, vont bientôt savoir à quelle sauce ils vont être mangés. Depuis la mi-avril, trois Inspections générales, celles des finances, des affaires sociales et de l’intérieur, planchent sur une réorganisation des contrôles sanitaires. Le rapport visant à tirer les leçons de l'affaire Lactalis aurait dû être déposé il y a un mois déjà sur le bureau des ministres. Mais l'objectif affiché de remettre a plat les contrôles pour améliorer la sécurité du consommateur s'est transformé en lutte de pouvoir entre la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), qui dépend de Bercy, et la Direction générale de l’alimentation DGAL), pilotée par le ministère e l’Agriculture. Chacune défendant bec et ongles son pré carré.
Prenez le contrôle du lait : la DGAL le surveille lorsqu'il est sous forme liquide la DGCCRF quand il est en poudre. Ce qui explique en partie pourquoi les services de l'Etat chargés es contrôles dans le dossier Lactalis se sont noyés dans un verre de lait. Pour bien compliquer les choses, le gouvernement Fillon a mis sur pied en 2009 une machine de contrôles d’une complexité unique au monde. Cocorico ! Depuis cette date, en effet, au niveau des départements, les Fraudes, les services vétérinaires et les inspecteurs de la Jeunesse et des Sports sont tous mélangés dans un même bouzin à l'acronyme imprononçable : DDCSPP, pour « Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations ». Résultat, les agents départementaux des Fraudes, même s'ils restent payés par Bercy, ne dépendent plus de la DGCCRF mais des préfets, tandis que leurs collègues vétos, rémunéres par le ministère de l'Agriculture, relèvent toujours, eux, de la DGAL, via un échelon régional, le SRAL… Comprenne quu pourra.
Pour couronner le tout, les effectifs fondent comme motte de beurre au soleil. Ces dix dernières années le nombre de contrôleurs s'est affaissé de 11 % à la DGAL et de 20 % à la DGCCRF. Avec à la clé une dégringolade de 24 % des contrôles alimentaires réalisés par l’Etat. Qu'à cela ne tienne, dans son projet de loi de finances pour 2020, actuellement en discussion au Parlement, le gouvernement prévoit de supprimer 213 emplois à la DGAL et 274 à la DGCCRF… Bon appétit !
Dans le Canard enchaîné du 6 novembre 2019.
Comment prolonger facilement sa parcelle de terrain avec un terrain public réservé ? Demander un permis de construire pour une piscine qui dépasse sur la parcelle désirée, ne pas s'assurer de la non-opposition, puis demander une régularisation au Conseil municipal dont on est membre en plus d'être députée.
Le conseil municipal de Nîmes va, le 16 novembre, se prononcer sur une épineuse question : la vente à Françoise Dumas, membre du conseil en question et députée LRM du Gard, d’une parcelle de 323 m² appartenant à la ville. Le but ? Régulariser une situation devenue fort gênante pour l’élue, patronne de la commission de la Défense à l’Assemblée…
Le maire a retiré ce point de l'ordre du jour.
L’emprise de sa piscine, construite à côté de son domicile nîmois, déborde en effet, sans autorisation, sur un terrain municipal.
En mars 2012, Dumas, alors conseillère régionale (PS), depose une demande préalable pour la « construction d’une piscine traditionnelle enterrée de 12 x 3 mètres » avec local de 3 m² et « plage » de béton de 50 m².
Malgré le refus de la ville, la députée lance ses travaux quelques mois plus tard… au-delà, donc, de sa propriété. Aujourd’hui, elle tombe des nues : « Vous m’apprenez l’existence de ce refus, je n’ai reçu aucun courrier. Dans le contexte de la campagne législative qui me mobilisait alors, les travaux ont été engagés sur la base de la déclaration demandée. » Et de reconnaître, après coup, « un manque de diligence », tout en pointant une négligence de la ville, qui, à l’en croire, n’aurait pas effectué de « bornage délimitant les deux propriétés ». La ville passe les bornes…
À sa décharge, le droit à un permis de construire tacite (sans réponse de l'administration pendant 2 mois) est troué par plein d'exceptions. Mais nulle n'est censée ignorer la loi. Au Canard, elle dit découvrir l'existence de ce refus. Dans un autre journal, elle déclare en être informe depuis 2017… Méga crédible.
Le conseil municipal du 16 novembre est donc prié d’écluser tout ça… Un comble, quand on sait que le terrain de la ville victime de l’empiètement de Françoise Dumas était classé « emplacement réservé » pour accueillir un réservoir d’eau ! A usage collectif ou privé ?
Du moment que personne n’est mouillé…
Dans le Canard enchaîné du 6 novembre 2019.