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  • Intermarché, un peu de lait et beaucoup de briques

    La guerre des prix fait de nouveau rage dans les rayons. Sauf que, cette fois, ce n’est pas à la baisse, mais à la hausse ! Après avoir bradé 1 million de pots de Nutella à moins 70 %, Intermarché tente de se racheter une conduite en commercialisant une marque de lait équitable baptisée « Les éleveurs vous disent merci ! ».

    Vendue 88 centimes en magasin, cette brique de lait UHT demi-écrémé serait, dixit Intermarché, « celle qui rémunère le mieux ses éleveurs ». C’est écrit sur l’emballage : les producteurs percevront la moitié de ce prix, soit 44 centimes par litre. Pour mémoire, une brique de qualité équivalente proposée par l’enseigne sous la « marque distributeur » Pâturages vaut 73 centimes.

    Le coût de production moyen d'un litre de lait est d'environ 37 centimes d'euros.


    « C’est notre déclinaison des Etats généraux de l’alimentation, solennise Thierry Cotillard, le président d’Intermarché. Pour que la future loi atteigne son but et permette aux agriculteurs de vivre dignement, il faut une transparence » (« L’Opinion », 5/2).

    Voie lactée

    A propos de « transparence », le patron des Mousquetaires oublie de préciser que la laiterie de Saint-Père-en-Retz (Loire-Atlantique), qui produit ces briques, appartient à… Intermarché ! Autrement dit, si le profit généré rejaillira bien sur les 136 éleveurs de la laiterie, il ruissellera aussi sur l’enseigne… Pour l’instant, celle-ci n’a cependant signé qu’un engagement minimal de 5 millions de litres par an.

    Donc la grande distribution remonte la chaîne de production (les économistes parlent de concentration verticale) donc rien ne change concernant l'indépendance des éleveur⋅euse⋅s et le problème de répartition des richesses le long de la chaîne demeure…


    Une goutte de lait dans l’océan lacté des 21,8 milliards de litres produits chaque année en France… Une goutte qui, en passant, permet aux Mousquetaires d’afficher leur respect des règles fixées par le projet de loi de rééquilibrage des relations commerciales entre producteurs et distributeurs. Au risque de donner envie à d’autres grandes surfaces de copier cette astuce ?

    Alain Bazot, le président d’UFC-Que choisir, estime que la future loi provoquera une inflation sur les produits alimentaires et se traduira par une augmentation annuelle des dépenses pouvant aller jusqu’à 177 euros par ménage. « On nous demande de relever les prix de tous les produits alimentaires, dont 70 % sont fabriqués par Danone, Unilever ou Coca—Cola », se lamente Michel-Edouard Leclerc (France lnter, 12/2)

    Panier gonflé

    « Faux, rétorque une proche du ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. L’objectif du gouvernement consiste à réduire les ventes à perte sur des produits d’appel vendus en grande quantité comme Nutella pour pousser les enseignes à réduire leurs marges (entre 40 et 60 %) sur les denrées agricoles. »

    Joli jeu de bonneteau désiré par le gouvernement. Je ne suis pas convaincu qu'il ait lieu. :)


    Michel-Edouard Leclerc fait mine d’oublier que ce sont les magasins qui fixent les prix de vente. Et choisissent quelles marchandises leur serviront de vaches à lait...

    Dans le Canard enchaîné du 14 février 2018.

    Sun Feb 18 13:36:03 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?RdUT6Q
  • Les bonnes positions des missionnés

    Jean-Michel Fauvergue et Alice Thourot sont les derniers du lot. Ils sont devenus, à la demande du ministre Collomb, « députés en mission », chargés de préfigurer la future police de sécurité du quotidien.

    Au total, depuis l’élection d’Emmanuel Macron, 12 parlementaires se sont vu confier une mission. Sous Sarko, dans le même laps de temps, ils étaient 15. Sous Hollande, 9. Petit joueur, le camarade François.

    Pendant la durée de “leur mission — six mois au plus —, les heureux élus sont dispensés de tout travail parlementaire. Mais ils peuvent encore participer aux scrutins… en déléguant leur vote à des collègues. Comme ils ont également la possibilité de bénéficier de l’appui de hauts fonctionnaires pour mener à bien leur tâche et recruter des collaborateurs. Ces derniers, selon un décret daté du 3 juillet 2006, peuvent percevoir des indemnités mensuelles brutes d’un peu plus de 2 000 euros. A l’image de leurs employeurs, ils peuvent « prétendre au remboursement de frais de transport et de séjour ».

    « Confier une mission, c’est un sucre d’orge, une poire pour la soif, s’amuse un collaborateur de Matignon. C’est une manière de faire plaisir, de récompenser un parlementaire méritant. » Ou éventuellement d’écarter temporairement un récalcitrant. Dans un cas comme dans l’autre, le rapport commis par les parlementaires missionnés finit souvent… aux archives.

    Un ministre n’a encore missionné personne : celui de la Cohésion des territoires. Sans doute parce que Jacques Mézard, lorsqu’il était « simple » sénateur radical de gauche du Cantal, avait eu une idée prémonitoire : dans une proposition de loi organique votée par le Sénat le 3 février 2016, il proposait, ni plus ni moins, de « supprimer les missions temporaires confiées par le gouvernement aux parlementaires ». Cette proposition de loi de Mézard est sur le bureau de l’Assemblée depuis le 6 juillet 2017. Elle attend encore d’être inscrite à l’ordre du jour, puis examinée et, enfin, votée.

    Le « nouveau monde » parlementaire risque d’attendre.

    Dans le Canard enchaîné du 14 février 2018.

    Sun Feb 18 13:35:26 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?qNVNXA
  • Les privés de la route écrasant le champignon

    Mais que fait la police ? Elle ne fait pas. C’est à des agents privés, et non à la maréchaussée, que sera bientôt confié le soin de conduire 350 voitures banalisées avec radar embarqué pour flasher les excès de vitesse.

    En février 2017, l’Etat a choisi un prestataire : la société Fareco, filiale du groupe de BTP Fayat. La boîte s’y connaît : elle fournit déjà en radars la moitié de ceux qui flashent les feux rouges grillés. Seul pépin, le nouveau contrat de 53,8 millions d’euros a été remporté sans qu’un appel d’offres européen soit lancé.

    Délit de favoritisme, grogne l’association Anticor, qui, la semaine dernière, a déposé une plainte contre X auprès du parquet national financier. Dans son viseur, le ministère de l’Intérieur, qui a passé le marché. Mais, du côté de Beauvau, on explique n’avoir fait qu’appliquer le Code des marchés publics : il ne peut y avoir d’appel d’offres lorsqu’ « un élément de propriété intellectuelle est en jeu ». Or Fareco serait la seule société française à détenir un « certificat d’homologation » des radars embarqués. Sauf que, cette homologation, rappelle Anticor, elle la doit à un premier marché remporté en 2012.

    La répression, quelle affaire !

    Est-il désormais nécessaire d’avoir gagné un premier marché pour enlever les suivants ? Surtout, alerte Jérôme Karsenti, l’avocat d’Anticor, « est-il légitime que l’Etat transfère sa souveraineté au détriment du citoyen ? Les pouvoirs publics disent que nos sociétés ont besoin de plus de sécurité, or ils délèguent à des gens dont ce n’est pas la mission première ».

    Accentuer la répression routière se justifie, aux yeux du ministère de l’Intérieur, par la nécessité de réduire le nombre de morts (3 477 en 2016) et de blessés (29 000 hospitalisés) sur la route. Mais sanctionner plus et mieux les conducteurs grâce à la privatisation permet aussi de remplir davantage les caisses de l’Etat ou des collectivités locales.

    « La même privatisation s’est opérée avec la verbalisation du stationnement confiée à des sociétés privées », note Karsenti. Depuis le 1er janvier, la loi de modernisation de l’action publique permet aux collectivités locales de décider de leur politique de stationnement, de la déléguer à des prestataires privés et de décider des tarifs.

    A Paris, Anne Hidalgo a augmenté ces derniers de 100 à 200 % (de 17 à 35 ou 50 euros), selon les quartiers. Les salariés des deux sociétés privées, Streeteo et Moovia, qui ont remplacé les pervenches sont des stakhanovistes : 60 contrôles par heure. Résultat, selon Christophe Najdovski, l’adjoint chargé du transport : en dépit des dysfonctionnements, le taux de paiement aurait augmenté de 10 %. Les futurs conducteurs de radars mobiles pourraient se montrer tout aussi zélés sur le bitume.

    Pour l’Etat, les collectivités et certaines filiales du BTP, la répression, c’est une affaire qui roule !

    Malheureusement. :(

    Dans le Canard enchaîné du 14 février 2018.

    Sun Feb 18 13:34:30 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?QfUKlQ
  • L‘opposition à Paris, c‘est pas du luxe

    Coup de fil d’un conseiller Les Républicains de Paris à un dirigeant de LVMH, le 6 février, après la publication le même jour d’un article à la gloire d’Anne Hidalgo, dans « Le Parisien » (propriété du groupe de luxe). Le conseiller de droite s’étonne que ce journal réserve ses louanges à la maire de Paris :

    « Hidalgo s’était plainte auprès de nous du mauvais traitement dont elle faisait l’objet au “Parisien”, rétorque le dirigeant de LVMH. Bernard Arnault nous a donc demandé de rattraper le coup et de faire quelque chose de bien pour elle. Elle a quand même été très correcte en nous renouvelant la concession du Jardin d’acclimatation au bois de Boulogne ! »

    « Et, nous, l’opposition parisienne, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » se lamente le conseiller LR. Qui s’attire cette réplique :

    « Si tu savais à quel point Bernard Arnault se fout de l’opposition parisienne… »

    Pourquoi ? Ses membres n’achètent plus de sacs Vuitton et ne boivent plus de coupes de champagne Moët Hennessy ?

    Alors là… Tout est détestable : le comportement du conseiller LR et celui du groupe LVMH… Petit marigot boueux et pestilentiel…

    Dans le Canard enchaîné du 14 février 2018.

    Sun Feb 18 13:33:06 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?taBs-A
  • C'est fantastique, Twitter !

    Je cherche à contacter une société commerciale qui m'a facturé un bien, mais ne me l'a pas livré. Évidemment, le mail, c'est trop vieux jeu donc personne ne me répond depuis plus de deux semaines… En revanche, je vois que cette société poste sur Twitter quasiment tous les jours ouvrés.

    Je décide donc de m'inscrire sur Twitter. Avec un pseudonyme et une adresse mail (créée pour l’occasion, pas folle la guêpe) sur mon domaine, pas un numéro de téléphone. J'arrive sur mon profil avec des tweets pré-rédigés que je peux envoyer si je le veux. J'ouvre un deuxième onglet pour voir à quoi ressemble mon profil et j'envoie un lien à un ami afin qu’il me dise lui aussi à quoi ressemble mon profil. Je clique sur le bouton « Tweeter ». L'espace de rédaction s'ouvre. Je commence à rédiger mon message dans un éditeur de texte local sur mon PC. Moins d'une minute après, je reviens sur mon navigateur web. Et je constate que Twitter a bloqué mon compte pour un comportement automatisé contraire aux règles de Twitter et que le seul moyen de le débloquer est de procéder à une vérification téléphonique (un robot téléphone et donne un code qu'il faut saisir sur le site web)… … … Mon compte Twitter aura existé pendant 8 minutes.

    Ils et elles sont malin⋅e⋅s chez Twitter. Ils et elles te laissent penser que tu peux t'inscrire sans donner un numéro de téléphone, contrairement à Google, par exemple. Quand t'as fait le plus difficile (c'est-à-dire le premier pas, l'inscription), ils et elles te bloquent ton compte. C'est très bien vu : après avoir fourni un effort, t'aimerais bien profiter de ton compte Twitter. T'es donc plus disposé⋅e à céder et à filer ton numéro de téléphone. C'est beau. Mine de rien, on se rapproche d'une donnée personnelle collectée sans un vrai consentement. Mais c'est un détail, de nos jours.

    Twitter, ça sera sans moi, surtout pour envoyer un tweet public à une société. Je la contacterai par courrier postal.

    J'exècre notre monde technologique trop choupi dans lequel le moindre pet de mouche de travers permet d'exclure ou d'intégrer une communauté. Le courrier postal pose d'autres problèmes (lenteur, pollution, etc.), qui me semblent être plus de l'ordre du tracas. On est plus loin d'un choix structurant de nos sociétés.

    P.-S. :

    • Non, mon adresse IP n'a jamais été associée à un autre compte Twitter ou à quelles magouilles que ce soient. Comment le sais-je ? Elle fait partie d'un groupe d'adresses qui a été attribué à Alsace Réseau Neutre, Fournisseur d'Accès à Internet associatif en Alsace, notamment autour de Strasbourg. Ce bloc n'a jamais été attribué à quel opérateur que ce soit avant. Sur les outils qui surveillent l'activité d'Internet, on constate qu'aucun autre opérateur a utilisé ce groupe d'adresses avant (exemple sur RIPEStat), même pour faire des magouilles. Et cette adresse IP n’a pas eu d’autre abonné⋅e ARN avant moi ;

    • Non, je n'avais pas plusieurs navigateurs web ouverts. De même, mon trafic Internet n'a pas pu être émis avec plusieurs adresses IP émettrices (à part peut-être IPv4 si IPv6 a rencontré un problème, mais si Twitter ne sait pas gérer ça, personne ne peut rien pour elle). Je ne vois pas de raison légitime à l'activation de la sécurité de Twitter.
    Sat Feb 17 20:40:44 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?cNhmDg
  • Ubérisons l'État ! - Avant que d'autres ne s'en chargent | Armand Colin

    J'avions raté ça : Laura Létourneau, dirlo de l'unité « Internet ouvert » (chargée de réfléchir à / faire appliquer la neutralité du net, tout ça) au sein de l'ARCEP (gendarme des télécoms) a co-écrit un livre préfacé par… Xavier Niel (Iliad donc Free, Online, etc.). Entends-tu ce murmure "copinaaaaaaaaage" ? Autorité administrative indépendante, mon cul !

    Thu Feb 15 22:52:32 2018 - permalink -
    - http://www.armand-colin.com/uberisons-letat-avant-que-dautres-ne-sen-chargent-9782200617868
  • Fin de la neutralité du Net : "La marchandise, c'est l'internaute"

    Que répondez-vous à Stéphane Richard, PDG d'Orange, qui déclare qu'abandonner la neutralité du Net est "une obligation" ?

    Stéphane Richard est dans son rôle. Il explique que ses envies sont des obligations, et que l'univers devra bien se plier à son petit désir. Mais les arguments qu'il avance sont faibles. Il nous parle de voitures connectées. Quand les voitures autonomes seront en vente libre, il y a une chose certaine : elles devront pouvoir fonctionner même quand elles n'ont pas d'accès au réseau. Pour pouvoir rouler à la campagne, ou simplement dans un tunnel ou un parking.

    Stéphane Richard nous enfume. Il nous parle du fait que les plateformes ne financent pas les investissements. C'est structurellement faux : Google réalise des investissements bien supérieurs à ceux d'Orange, par exemple.

    En effet, depuis plus de 7 ans, Google, Microsoft, Facebook financent, en partie, des fibres optiques très haut débit sous-marines qui profitent à tout le monde, en plus de développer leur réseau privé et leurs produits, par exemple. Exemples : https://en.wikipedia.org/wiki/FASTER_(cable_system) , http://pldcglobal.com/ , https://news.microsoft.com/features/microsoft-facebook-telxius-complete-highest-capacity-subsea-cable-cross-atlantic/ .

    D'une manière générale, on parle de 7, 9, 10 milliards de dollars d'investissement en 2017 chez Amazon, Google, Microsoft et Apple. On parle d'environ 8,6 milliards de dollars pour Orange en 2016.


    Mais surtout c'est une erreur d'échelle. Sans neutralité du Net, Orange pourrait espérer "taxer" les plateformes de quelques millions d'euros, quelques dizaines de millions au mieux. Or les investissements dans le monde des télécoms se chiffrent en milliards d'euros par an. Il y a un facteur 1.000 entre les deux ! La fin de la neutralité du Net ne changerait rigoureusement rien dans le financement des investissements.

    Tue Feb 13 23:13:37 2018 - permalink -
    - https://www.nouvelobs.com/societe/20171215.OBS9344/fin-de-la-neutralite-du-net-la-marchandise-c-est-l-internaute.html
  • L'Europe doit défendre la «neutralité du Net» - Libération

    J'apprécie cette tribune de Benjamin Bayart. Plutôt exhaustive et compréhensible.

    Le principe est souvent présenté de manière assez complexe, quand ce n’est pas incompréhensible, alors qu’il est en fait relativement simple. Le métier d’un fournisseur d’accès à Internet est de transporter les données des abonnés. Parce que, oui, c’est bien l’abonné qui a demandé les données, et pas YouTube qui a décidé tout seul d’envoyer une vidéo. Le principe de neutralité consiste à transporter ces données sans discrimination. Sans favoriser le diffuseur de vidéos qui a un accord avec l’opérateur, accord actionnarial ou commercial par exemple, contre le diffuseur qui n’a pas un tel accord. Pourquoi ?

    Neutraliser toute expression dissidente
    Philosophiquement, parce que l’abonné est le client. Parce que l’opérateur doit être au service de son abonné. Si un diffuseur peut passer un accord avec l’opérateur pour favoriser sa plateforme, quel est l’objet de cet accord ? L’abonné. Il perd sa position de sujet pour devenir un objet, une marchandise, que l’opérateur vend à la plateforme.

    Économiquement, la conséquence est qu’une plateforme en position de force pourra payer cette redevance, là où un nouvel acteur économique ne pourra pas. L’effet économique est d’empêcher les nouveaux venus, et d’assurer la pérennité des positions de force acquises, tuant l’innovation et la concurrence. L’effet politique est de créer un levier que les États peuvent utiliser pour stériliser toute expression dissidente.

    Quel sera l’effet aux États-Unis de la fin de la neutralité du Net ? Cela donnera de la force aux grands opérateurs, déjà en situation de monopole (dans une ville américaine, quand il y a deux opérateurs, ce sont celui qui fait de l’ADSL, et celui qui fait du câble, et encore, pas partout). Ces grands opérateurs, qui sont très en retard technologiquement, en espèrent un surplus de revenus sans avoir à investir, en prélevant une part des revenus des géants comme Google, Facebook ou Netflix. L’effet second, ce sera de renforcer la position dominante de ces géants: étant les seuls à pouvoir payer la rente demandée par les opérateurs, ils seront protégés.

    En Europe, nous avons des bases légales plus solides pour protéger la neutralité du Net. Un règlement européen, loi directement applicable dans toute l’Union sans attendre une lente transposition par les parlements nationaux. C’est bien plus solide qu’une règle établie par une autorité administrative. Bien entendu, nos grands opérateurs continuent de s’attaquer à cette règle. Par le lobbying politique, bien entendu. Par le lobbying technique, aussi.

    Il y a deux réactions possibles de l’Europe. Ou bien elle cède lentement aux sirènes des opérateurs, elle rabote petit à petit la neutralité du Net, retirant un bout au nom de la sécurité, retirant un bout au nom de l’alignement avec le marché américain, etc. Et alors nous entérinons solidement le fait qu’il n’y aura pas de nouveaux modèles économiques. Nous assurons que les seuls géants possibles sont les géants américains actuels. Et en creux, nous admettons que les «valeurs européennes» sont une farce, la vraie règle étant celle du marché, et surtout celle du marché américain. Bref, la première piste, c’est de renoncer. Renoncer à la protection des données personnelles, renoncer au fait que le réseau soit la marchandise et donc accepter que ce soit l’utilisateur qui serve de marchandise.

    L’alternative, c’est que l’Europe s’appuie au contraire sur ses valeurs, et sur les règles qu’elle a mises en place (la neutralité du Net, le règlement européen sur les données personnelles…). En défendant ces positions, nous avons alors une chance : les nouveaux venus américains auront un handicap, un réseau non-neutre. Les entreprises innovantes européennes en revanche, auront un accès facile à un grand marché, une Europe de 500 millions de citoyens qui ont des droits. Et une Europe forte, capable d’imposer ses règles aux grands groupes américains. Bref, nous avons là une opportunité intéressante, que l’Europe devienne un terreau plus favorable à l’innovation sociale, et économique, par la protection des citoyens.

    Tue Feb 13 23:06:51 2018 - permalink -
    - http://www.liberation.fr/debats/2017/12/14/l-europe-doit-defendre-la-neutralite-du-net_1616667
  • aeris sur Twitter : "Tient, j’avions raté ça…Comodo, une autorité de certification, est maintenant détenue par Francisco Partners, qui détient aussi la majeure partie de Pegasus, un outil de surveillance gouvernemental…#WhatCouldGoWrong"

    Tient, j’avions raté ça… Comodo, une autorité de certification, est maintenant détenue par Francisco Partners, qui détient aussi la majeure partie de Pegasus, un outil de surveillance gouvernemental… #WhatCouldGoWrong

    Comodo, l'autorité de certification dont l'API destinée aux revendeurs avait été abusé en 2011 pour émettre de faux certificats pour Yahoo/GMail…

    Tue Feb 13 22:28:38 2018 - permalink -
    - https://twitter.com/aeris22/status/950047223940829187
  • #19575 - DTC Dans Ton Chat - BashFR

    Ce n'est pas de la dictature, c'est une oligarchie mono-décisionnelle è_é.

    < 3

    Tue Feb 13 19:48:50 2018 - permalink -
    - https://danstonchat.com/19575.html
  • Blog Stéphane Bortzmeyer: Les fake news n'existent pas (et c'est vrai)

    Déjà, pourquoi en parler en anglais ? Utiliser l'anglais quand des termes parfaits existent en français (selon le cas : mensonge, désinformation, tromperie, propagande), c'est toujours pour brouiller les pistes, pour gêner la réflexion. Ici, le but de ceux qui utilisent cet anglicisme est clair : faire croire qu'il s'agit d'un phénomène nouveau (alors que le mensonge est aussi ancien que la communication), et laisser entendre qu'il est spécifique à l'Internet. Ceux qui brandissent le terme de fake news à tout bout de champ sont en général ceux qui n'ont jamais digéré que l'Internet permette l'accès à d'autres sources d'information.

    Les médias qui se veulent officiels ont en effet une classification simple : ce qu'ils écrivent, c'est la vérité, le reste, ce sont des fake news. Regardez par exemple ce titre incroyable sur les « médias légitimes » (les autres sont-ils « illégitimes » ?). Et le reste de l'article est à l'avenant, considérant qu'il n'y a rien entre « médias traditionnels » et « rumeurs ».

    […]

    Par exemple, le problème est souvent présenté de manière binaire : il y a le vrai (les discours du Président de la République, les éditoriaux du Point, les communiqués de la Préfecture de Police) et le faux (le reste). En réalité, entre les mensonges les plus énormes (les armes de destruction massive de Saddam Hussein, par exemple) et les vérités les plus incontestables (le Soleil se lève à l'Est), il y a de la place pour beaucoup de choses, qu'on ne peut pas ranger dans deux catégories bien distinctes. Il y a les faits dont on n'est réellement pas sûrs, ceux où l'analyse est complexe (le « trou de la Sécu »), et des opinions, qui sont variables, sans que certaines soient vraies et d'autres fausses. C'est pour cela que réguler les fake news par la loi (comme exigé par Macron) est dangereux : on passe vite de la lutte contre les fake news à celle contre les opinions qu'on n'aime pas […]

    Mais les mensonges et la désinformation, ça existe bien, non ? Oui, cela existe, et cela existait bien avant l'Internet, Facebook et RT. Mais, d'abord, c'est pratiqué par tous les « camps ». Voir les hommes politiques réclamer une lutte contre les fake news, c'est amusant. Si on interdit les mensonges, les campagnes électorales vont être bien silencieuses. […]

    Ensuite, le fait qu'il y ait des mensonges (Sputnik et Breitbart les alignent en quantité impressionnante) ne signifie pas que toute révélation d'un média non-officiel soit un mensonge. De même que l'existence de ridicules complotistes ne veut pas dire qu'il n'existe pas de vrais complots. (Mon exemple favori est l'Iran-Contra Gate.)

    […]

    L'important, plutôt que les mouvements de menton (« il faut une loi contre les fake news ») ou que les avis dangereux (« il ne faut croire que l'information officielle ») est de développer les capacités d'analyse critique (« critique » au sens de « penser par soi-même », pas au sens de « jamais d'accord »). Cette capacité d'analyse critique doit s'exercer contre tous les médias et toutes les sources d'information, pas uniquement Internet, habituel grand méchant dans les discours des gens au pouvoir.

    […] La plus importante me semble la capacité à juger de la provenance de l'information. Si quelqu'un dit « j'ai trouvé cette information sur le Web », c'est clairement un problème (il n'a même pas identifié le site sur lequel il était). Il y a déjà un gros travail à faire en ce sens (lire un URL, comprendre un nom de domaine, distinguer le Web et Facebook…) avant d'espérer un progrès.

    Gros gros +1. Cela rejoint mon avis.

    Mon Feb 12 22:36:46 2018 - permalink -
    - http://www.bortzmeyer.org/fake-news.html
  • Les Surligneurs [ financement participatif d'un bullshitomètre juridique ]

    Le projet « Les surligneurs », bullshitomètre des propos politiques en matière juridique, a besoin de sous.

    Je pense que ce projet est vital : en tous temps, période électorale ou non, en provenance de tous partis et tous journaux, les citoyen⋅ne⋅s se font enfumer par des propositions politiciennes qui seront inapplicables car elles sont anticonstitutionnelles ou très difficiles à définir en droit ou mensongères voire un mélange de tout ça. Avoir à disposition des décryptages sur tout ce bullshit est un enjeu citoyen extrêmement fort. Exemples de bullshit : Macron et sa prétendue moralisation de la vie politique ; Poutou et son interdiction du licenciement économique ; Mélenchon et son abrogation intégrale de la loi El Khomri ; Philippot et son "Bruxelles nous impose tout mouin mouin !" ; la droite (dont Fillon) et sa veille rengaine de peines-planchers automatiques ; etc.

    De plus, nous avons besoin de comprendre certaines notions juridiques afin de former une opinion sur les sujets de société. Comme l'euthanasie ou le fonctionnement de notre processus législatif.

    Nous avons besoin d'un outil et d'une organisation sociale pour nous sortir de cette purée de pois qui affaiblit sérieusement nos décisions politiques et donc la qualité de vie dans notre société. Les surligneurs sont tout cela. Et ça fait du bien.

    Mon Feb 12 21:25:17 2018 - permalink -
    - https://www.helloasso.com/associations/fondation-uvsq/collectes/les-surligneurs
  • xkcd: Impostor Syndrome

    ‒ This is Dr. Adams. She's a social psychologist and the world's top expert on impostor syndrome.
    ‒ Haha, don't be silly! There are lots of scholars who have made more significant… … Oh my god.

    It's actually worst in people who study the Dunning–Kruger effect. We tried to organize a conference on it, but the only people who would agree to give the keynote were random undergrads.

    Mon Feb 12 19:59:05 2018 - permalink -
    - https://xkcd.com/1954/
  • Fake you !

    Tandis que le gouvernement prépare une loi aux petits oignons contre les « fake news », la justice s’occupe, de son côté, d’interdire la publication de quelques vraies informations. Fausses nouvelles ? Vraies nouvelles ? Rendez-vous, les journaleux, vous êtes cernés !

    Un vent mauvais souffle sur la liberté de la presse. Le tribunal de commerce de Paris vient de condamner lourdement « Challenges », coupable d’avoir publié une information parfaitement exacte, mais… confidentielle. Le magazine a révélé que le groupe Conforama venait d’être « placé sous mandat ad hoc », c’est-à-dire qu’un administrateur judiciaire était nommé pour tenter d’éviter la cessation de paiements. Nul ne conteste que ce soit la stricte vérité. Mais le Code de commerce, en son article L611—15, prévoit que toute personne qui participe à une telle procédure ou qui en a connaissance « par ses fonctions » est tenue à la confidentialité.

    Il peut être distrayant pour des juristes désœuvrés de gloser à perte de vue sur le point de savoir si cette confidentialité s’impose à la presse. Quand bien même : tant qu’il restera en vie un seul journa- liste digne de ce nom, briser un secret utile à l’information des citoyens demeurera un succès, pas une faute.

    Mais le digne magistrat du tribunal de commerce refuse à « Challenges » le bénéfice de la Convention européenne des droits de l’homme, qui consacre la liberté d’informer. Motif : son article « ne saurait revêtir le caractère d’une information du public sur un sujet d’intérêt général ». Il est vrai que la possible déconfiture de Conforama n’intéresse presque personne. Juste les 14 000 salariés de ses 300 magasins. Et un peu, aussi, ses milliers de fournisseurs, dont bon nombre de PME qui sont priées de ne rien savoir et de continuer de livrer leurs marchandises, quitte à boire le bouillon avec le géant s’il cesse de payer. Trois milliards et demi de chiffre d’affaires, c’est une toute petite affaire privée, non ?

    La censure dans ses meubles

    Prudent, le juge censeur ouvre le parapluie et se recommande d’un arrêt de la Cour de cass rendu en 2015. Décision assez fumeuse qui ne tranche pas la question. De plus, la chambre criminelle de la Cour ne cesse de répéter qu’une infraction commise par voie de presse ne peut être poursuivie que sur la base de la grande loi de 1881.

    Alors ? Alors, la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, serait bien avisée de s’en souvenir lorsqu’elle présentera son projet de loi contre les « fake news » baptisée « loi sur la confiance dans l’information ». Sous ce flatteur emballage cadeau se cache naturellement l’exact inverse : une loi de défiance, de censure et d’interdiction, dans la même veine que l’ordonnance rendue contre « Challenges ». Il deviendrait possible de poursuivre un journal propagateur d’une prétendue « fausse nouvelle ». Et en référé, s’il vous plaît, c’est-à-dire en urgence. A charge pour les juges de dire, toujours « en urgence », le vrai et le faux. Bon courage !

    Que se passera-t-il si un journal prétend que les comptes publics ne sont pas d’équerre ? ue la dette n’est pas ce que le gouvernement prétend ? Poursuites, sanc- tions ? Que se passera-t-il si un journal raconte (pure hypothèse) qu’un candidat à la présidentielle a fait rémunérer son épouse par le Parlement pendant Vingt ans ? Poursuites, sanctions ?

    C’est une démangeaison bien ordinaire du pouvoir politique que de vouloir tenir la laisse courte aux journalistes. L’effet immédiat est en général de démonétiser l’information contrôlée et de nourrir la fibre complotiste : « On nous dit rien, on nous cache tout. » Le premier journaliste, Théophraste Renaudot, suppliait le prince de ne point tenter d’arrêter le flux des nouvelles, vraies ou fausses, que publiait sa « Gazette ». Car, expliquait-il, l’information a ceci de commun avec le flux d’un torrent qu’elle grossit à mesure que l’on tente de lui barrer la route.

    Il est vrai que c’était au XVII° siècle. Et en même temps…

    Dans le Canard enchaîné du 7 février 2018.

    Sun Feb 11 21:40:52 2018 - permalink -
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  • Trump veut des bombes nucléaires ”miniatures"

    Un premier lot est en fabrication. Selon un document du Pentagone, ces armes permettent au Président de mener une guerre nucléaire limitée, au risque d'y entraîner ses alliés…

    Le 5 févirer à Washington, le ministère de l’Energie a annoncé la mise en fabrication d’une première tranche de 30 bombes nucléaires « miniaturisées ». Ces petites merveilles de technologie mortitère, disponibles au plus tard dans deux ans, seront d’une puissance nettement inférieure à la bombe lancée en 1945 sur Hiroshima (environ 15 kilotonnes). Elles ne provoqueront jamais autant de destructions que les missiles de 150 à 475 kilotonnes dont disposent les armées américaines, mais, que l’on se rassure, elles auront des effets « incendiaires et radioactifs » remarquables, selon un expert militaire.

    Le Pentagone, le Département d’Etat et le ministère de l’Energie (responsable de la mise au point des armes nucléaires) avaient été chargés par Donald Trump, le 27 janvier 2017, de définir la nouvelle stratégie nucléaire des Etats-Unis, afin d’enterrer celle qui avait cours sous Barack Obama. Un an plus tard, un document de 54 pages — « Nuclear Posture Review » — était prêt, grâce à deux amoureux de l’uranium enrichi : Robert Soofer, secrétaire adjoint à la Défense pour l’armement nucléaire, et Greg Weaver, directeur adjoint des questions stratégiques à l’état-major. Mais seule une version « expurgée » d’une quinzaine de pages de ces gamberges a été rendue publique par le Pentagone, le 2 février.

    La décision la plus importante concerne la fabrication de charges dites « de faible énergie », c’est-à-dire de ces bombes nucléaires miniaturisées, plus aisément utilisables — humainement parlant ? — que les missiles de l’arsenal américain, capables d’atomiser totalement un Etat adverse… Pourquoi Donald Trump désire-t-il disposer d’une telle arme, pouvant être lancée depuis un avion, équiper un missile de croisière ou un missile installé à bord d’un sous-marin ? Il veut pouvoir tirer le premier et donner une méchante leçon à un présumé ennemi, tels la Corée du Nord ou l’Iran, si l’envie lui en prend. Le président américain aurait ainsi la possibilité de mener un conflit nucléaire limité, ce qui est une remise en question des principes de la dissuasion. Au risque d’entraîner ses alliés, dont la France, dans une guerre qu’il serait seul à déclencher. On espère bientôt apprendre ce que Macron pense de ce nouveau délire de Donald Trump…

    D’autres décisions sont mentionnées par ce document du Pentagone : installer, dans des silos enterrés ou sur des camions, 450 nouveaux missiles sol-sol intercontinentaux, lancer la production de nouveaux bombardiers stratégiques et fournir au F-35, le dernier-né de l’aviation US, la possibilité de lancer ces nouvelles armes nucléaires, y compris depuis le territoire de pays alliés.

    Alertes au feu

    Evaluation de toutes ces améliorations d’un arsenal déjà bien pourvu : 1 200 milliards de dollars en trente ans. Mais, quand on adore faire peur à la Russie, à la Chine, à l’Iran et à la Corée du Nord, on ne compte pas,

    Le général Paul Selva, adjoint du chef d'état-major interarmées, a, peut— ôtrc sans le vouloir, évoqué, le 27 janvier, les moments où Donald Trump pourrait être incité à balancer l’une de ces petites bombes : « Nous analysons les attaques stratégiques non nucléaires de nos adversaires, celles qui (…) provoqueraient des milliers de morts dans nos villes. » Et Patrick Shanahan, le secrétaire adjoint à la Défense, s’est montré davantage explicite, le 2 février, en présentant aux journalistes le document du Pentagone : « Etant donné le changement radical de l’environnement international (…), les Etats—Unis considéreront l’emploi de leurs armes nucléaires dans des circonstances extrêmes, pour défendre les intérêts de notre pays, de nos alliés et de nos partenaires. »

    A Paris, cette révision « à la Trump » de la doctrine militaire américaine et cette conception d’une première frappe ne devraient pas faire un triomphe. D‘autant que, en réaction, la Russie et la Chine pourraient décider de se doter des mêmes armes. Et un vieux routier de la diplomatie s’insurge déjà contre « cette volonté de modifier l’équilibre international, baptisé jadis “équilibre de la terreur”, qui, pendant plusieurs décennies, a tout de même permis d’en finir avec la guerre froide ».

    Mais voilà qu’avec Trump on y retourne allègrement.

    Dans le Canard enchaîné du 7 février 2018.

    Sun Feb 11 21:39:59 2018 - permalink -
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  • Harcelés et discriminés par la loi travail

    Et une perle de plus dans les ordonnances censées réformer le code du Travail ! « Le Canard », qui en avait dénombré tout un collier, avait omis celle-ci, bien cachée, il est vrai : elle concerne les
    salariés dont la rupture de contrat est considérée comme « nulle », car causée, par exemple, par le harcèlement (moral ou sexuel) ou une discrimination
    .

    Au cas où le licencié ne peut (ou ne veut) pas être réintégré, le juge des prud’hommes, royal, lui attribue une « une indemnité [ne pouvant] être inférieure à six mois de salaire ». Mais le même se voit exclu des rappels de salaire qu’il aurait dû percevoir « pendant la période couverte par la nullité » !

    Aux innocents les mains vides

    La loi El Khomri lui accordait cette compensation ; pas celle de Muriel Pénicaud. Une exception : les femmes enceintes ou accouchées, les parents adoptants et les élus du personnel continueront de bénéficier du paiement de ces salaires. Les autres peuvent aller se rhabiller.

    Lors des débats, certains sénateurs ont bien tenté de rectifier cette incongruité par le biais d’un amendement faisant justice aux victimes de harcèlement ou de discrimination. « Il n’est pas normal qu’au
    cours de la période pendant laquelle le licenciement a été considéré comme frappé de nullité le salarié se voie privé du salaire auquel il aurait eu droit », a protesté le socialiste Jean-Louis Tourenne le 24 janvier. Quelle audace ! L’impudent s’est sèchement fait rembarrer par Muriel Pénicaud. « Cet ajout n’est pas nécessaire ! » a lancé la ministre du Travail.

    Il ne faudrait pas que la défense de ces victimes tourne au harcèlement…

    Suite de Les ordonnances : mine pour les employeurs, Champ de mines pour les salariés et de Ma liste de ce qu'apportent ces ordonnances contre le travail.

    Dans le Canard enchaîné du 7 février 2018.

    Sun Feb 11 21:39:05 2018 - permalink -
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  • Un candidat très signalé [ l'audivisuel public bientôt inféodé à l'Élysée ? ]

    Surprise ! Parmi les cinq prétendants toujours en lice pour diriger un autre média public, La Chaîne parlementaire (LCP), c’est le candidat de dernière minute, Bertrand Delais, qui a obtenu la meilleure note à l’écrit. La quinzaine de députés du comité de sélection, présidé par le LRM Hugues Renson, ne s’y est pas trompée : le confrère Delais est le réalisateur préféré de Macron. Et il est poussé par Bruno
    Roger-Petit, le porte-parole de Jupiter à l’Elysée.

    Déjà auteur de deux portraits élogieux de son idole, « Dans la tête d’Emmanuel Macron » et « Macron, en marche vers l’Elysée », diffusés sur France 2 après l’élection, Delais prépare depuis quatre mois un troisième docu, consacré à… l’ami Emmanuel, bien sûr. Aperçu de son insolence, voilà le message que le journaliste avait posté sur son compte Facebook (puis vite retiré) au lendemain de la présidentielle, alors que son docu sur la campagne était programmé sur France 2.

    Bertrand Delais a partagé la vidéo de Envoyé spéciai.

    Merci à vous tous… J‘espère que ce film donnera à comprendre la force peu commune de notre nouveau président, sa capacité de contrôle, son regard distancié et sa détermination sans faille. Mais surtout, il est et et demeure un homme libre.
    Merci à vous tous

    C’est le 12 février que les cinq derniers candidats à la présidence de LCP passeront l’oral. Le patron de l’Assemblée, François de Rugy (LRM), choisira ensuite l’heureux élu. D’ici là, l’arbitre au « regard distancié » lui aura peut-être fait savoir sa préférence…

    Si cela se produisait, je serais inquiet pour le devenir de l'audiovisuel public. Révocation de Gallet (Radio France), la justice qui avance subitement sur le sujet de l'élection sujette à suspicion d'Ermotte (France Télés) et possible nomination à la tête de LCP téléguidée par l'Élysée… Tout ça après que Macron ait visiblement dénoncé, en petit comité, la « honte de la République » que constitue, selon lui l'audiovisuel public…

    Là encore, qu'on n’interprète pas mes propos à rebours : il est nécessaire de sanctionner les comportements illégaux ou sans éthiques quand ils sont avérés. Donc je ne pleurerai pas Gallet (marchés sans appel d'offres, rénovation de son bureau pour 105 000 € d'argent public, etc.), ni Ermotte quand les faits seront avérés (nomination aidée par le Conseil d'État et/ou retour d'ascenseur du président du CSA qu'elle aurait pu contribuer à pousser à cette place ?). Néanmoins, je m'interroge sur la synchronisation entre les propos de Macron et les actions conduites ainsi que sur l'après : qui remplacera Gallet (et Ermotte) et est-il sain d'avoir un audiovisuel public dirigé par l'Élysée (qu'il soit sarkoziste, hollandais ou macronien, hein) ?

    Dans le Canard enchaîné du 7 février 2018.

    Sun Feb 11 21:37:49 2018 - permalink -
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  • Des facs accueillantes qui trient sur le volet

    La ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal, le jure à longueur d’interviews : non, la réforme de l’accès à l'université adoptée à la fin de 2017 n'instaurera aucune sorte de sélection. Les facs ne feront qu'exiger des étudiants des « attendus ». Quèsaco ? Les « attendus » sont « les compétences et les connaissances nécessaires » pour entrer en licence universitaire. L’Etat a dessiné un « cadrage national », mais les facs peuvent définir elles-mêmes leurs propres « attendus locaux ».

    Une brève virée sur Parcour-sup — la nouvelle plateforme d’admission dans l’enseignement supérieur, sur laquelle les postulants sont invités à formuler leurs vœux — suffit à constater que les fameux « attendus » ressemblent à s’y méprendre à une sélection qui ne dit pas son nom.

    Ainsi les postulants à la licence en droit ont-ils la surprise de découvrir sur ce site des questions à choix multiples telles que « Comment a évolué la situation juridique des enfants nés par GPA ? » ou « Quelle définition correspond le mieux au concept de décentralisation ? ». Autant de colles contenues dans un « questionnaire d’auto-évaluation de droit » de 25 questions, auquel les futurs étudiants doivent « impérativement répondre avant de valider une candidature en droit ».

    Il est solennellement assuré sur la plateforme que « les résultats ne seront à aucun moment pris en compte dans le traitement » des candidatures. Alors, pourquoi les facs en ont-elles « impérativement » besoin ?

    L’université Paul-Valéry-Montpellier souhaiterait, pour sa part, que ses aspirants à la licence en sociologie soient déjà des mini-Bourdieu ! Parmi les « compétences » qui leur sont demandées, la « mobilisation des concepts de la discipline (action sociale, communauté, déviance, espace public, institution, mobilité sociale, norme, représentation, socialité, tradition...) » ou la « réalisation d’études collectives et individuelles sur des faits sociaux contemporains ». C’est tout ? A l’université Lumière-Lyon-II, les « attendus » requis pour la licence en droit puisent dans… la littérature. « Jeune personne imaginative (le droit n’est-il pas “la plus puissante des écoles de l’imagination”) et cultivée, l’étudiant⋅e du portail Droit est moins soncieux/se de séduire Mmes Arnoux ou de Nucingen que de comprendre le fonctionnement du monde contemporain (…). » Le béotien ignorant que Mmes Arnoux et de Nucingen sont des héroïnes de Flaubert et de Balzac sera-t-il recalé d’entrée ?

    Mauvaise foi du Canard : une recherche sur un moteur de recherche web permet de savoir qui sont ces mesdames en moins de 30 secondes. Tout au plus peut-on écrire que cet attendu sert à discriminer les feignasses selon Macron.


    Quelle idée, aussi, de s’inscrire en licence en droit sans avoir en poche une agreg en lettres classiques !

    Bien que je suis opposé à toute forme de sélection à tout stade de la scolarité, je n'ai pas compris la polémique actuelle, car, selon moi, la sélection dans l'enseignement supérieur a toujours existé sans dire sans nom. Exemples :

    • En 2009, pour suivre un DUT informatique à l'IUT de Bordeaux I, il fallait se déplacer sur site afin de participer à un test (je crois me souvenir que la novlangue imposait déjà de dire « auto-évaluation ») qui comprenait, de mémoire, au moins des questions de culture générale et des tests de logique. Il me semble que c'était la même chose à l'IUT de La Rochelle. Je crois qu'il n'y avait pas ce genre de choses à l'IUT de Limoges.

    • En 2012, il y avait une forme de sélection à l'entrée au master informatique de l'université de Strasbourg avec, entre autres critères, une préférence des étudiant⋅e⋅s ayant suivi un parcours local (au sein de l'université). Ce qui se comprend parfaitement ! Pour passer cette sélection tout en venant d'une autre université, il fallait présenter un dossier soigné avec des notes satisfaisantes, une justification du choix de cette formation bien rédigée, le tout complété avec des recommandations d'ancien⋅ne⋅s profs et tout le tatouin. Peut-on dire qu'il s'agit d'un « attendu » en pipeau ?

    So, what?

    Dans le Canard enchaîné du 31 janvier 2018.

    Sun Feb 11 21:36:58 2018 - permalink -
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  • Coup de torchon au Palais-Bourbon [ salaires des élu⋅e⋅s et des haut⋅e fonctionnaires selon de Rugy ]

    La diffusion, le 22 janvier [ non, c'était le 21 janvier ;) ] dans l'émission « Capital » sur M6, d'un reportage consacré aux moyens des députés et à la rémunération des fonctionnaires de l'Assemblée a suscité un vent de colère chez les intéressés, qui s’estiment victimes d’« une chasse à l’homme ».

    En cause, la divulgation de la grille des salaires dans la fonction publique parlementaire, un document ultra-secret dans lequel on apprend notamment que le secrétaire général de l’Assemblée gagne 17 300 euros net par mois et bénéficie d’un luxueux appartement de fonction, plus quelques menus avantages.

    Comment les salaries de la fonction publique peuvent-ils être secrets ? Public est antonymique de secret…


    François de Rugy a aussitôt pris la défense de ses troupes, et la tête de la révolte, fustigeant les « amalgames » et expliquant que, si l’on veut des haut fonctionnaires de qualité, il faut les payer correctement.

    Ho, donc la France va mieux rémunérer l'ensemble de ses fonctionnaires et contractuel⋅le⋅s, notamment les petites mains qui font réellement tourner la fonction publique ? :O Non, parce qu'attirer des informaticien⋅ne⋅s « de qualité » avec un écart de plus de 500 € net/mois pour un⋅e junior⋅e comparé à son ex-salaire dans le privé, ça risque de ne pas marcher… … … Exemple comme un autre, hein. Ha, non, de Rugy parle uniquement des haut⋅e fonctionnaires, donc d'une caste de l'appareil d'État en particulier, pardon, j'avais mal lu ! Bref, bullshit habituel…


    Et si l’on veut des députés de qualité ?

    Dans le Canard enchaîné du 31 janvier 2018.

    Sun Feb 11 21:35:24 2018 - permalink -
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  • Macron et son nouveau monde électoral

    Le conseil national de l’UDI a franchi, mardi, le Rubicon : il a décidé, pour la première fois, de soutenir publiquement la candidature d’un Marcheur lors de la prochaine législative partielle, qui doit avoir lieu, les 11 et 18 mars, en Haute-Garonne. La démarche n’aurait, en elle-même, rien de bouleversifiant si elle n’était pas directement liée aux tractations qui se déroulent en haut lieu depuis trois semaines.

    Au nom d’Emmanuel Macron, en effet, Christophe Castaner, délégué général de LRM, a pris langue avec Jean-Christophe Lagarde, patron de l’UDI, Laurent Hénart et Jean-Michel Baylet, co-chefs des radicaux réunis, ainsi qu’avec un certain nombre d’élus de droite macron-compatibles, comme Christian Estrosi, ou appartenant à la nébuleuse juppéiste.

    A tous, « Casta » a proposé une alliance et un plan d’action.

    Première étape : la construction d’un cartel des « oui » pour faire adopter les réformes annoncées par Macron sur la réduction du nombre de députés et de sénateurs, l’installation d’une dose de proportionnelle aux législatives ainsi que la réforme du Conseil supérieur de la magistrature.

    Vœux formulés par l’Elysée : que les parlementaires soudés par cette action commune ne s’abstiennent plus lors du vote du budget mais s’engagent à le voter en octobre. Une concorde qui ouvrirait ainsi la voie à une seconde étape, avec la création d’une liste unique, élargie, aux européennes de 2019, qui irait des Marcheurs aux juppéistes.

    Tout ce beau monde se retrouverait, bien entendu, un peu plus tard, lors des municipales.

    Bienvenue dans le nouveau monde de la gamberge électorale !

    Ainsi se déroule une réforme constitutionnelle d'envergure dans notre pays… :( Si une tambouille à visée électoraliste est préparée en amont en coulisses, c'est que la réforme constitutionnelle va s'avérer corsée donc que nous, citoyen⋅ne⋅s allons y perdre des plumes… Ça cause tout de même de réformer les pouvoirs législatif et judiciaire, ce n'est pas rien.

    Dans le Canard enchaîné du 31/01/2018.

    Sun Feb 11 21:33:41 2018 - permalink -
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