Connaissez-vous la consoude ? Cette plante herbacée, gorgée de potassium, est utilisée depuis des lustres sous forme d'extrait fermenté pour tertiliser les cultures et lutter notamment contre le mildiou. Saut qu'en France vendre ou simplement donner cette herbe magique est interdit, sous peine de ans de prison et de 75 000 euros d'amende. Pourquoi ? Parce ue l’industrie phytosanitaire s'acharne contre les préparations naturelles telles que la consoude ou le purin d'ortie, qui pourraient remplacer nombre d'engrais et de pesticides chimiques a moindre coût.
Jusqu'en 2006, on pouvait tranquillement faire commerce des préparations naturelles peu préoccupantes — les « PNPP », de leur petit nom. Mais Syngenta et consorts ont obtenu que ces substances, pourtant toutes consommables par l’homme et l’animal, soient soumises aux mêmes contraintes réglementaires que les pesticides. En clair que le bulbe d'ail ou la feuille de basilic soient traités comme le glyphosate, avec obligation de décrocher une autorisation de mise sur le marché (AMM). Pas très raccord avec a promesse du Grenelle de l’environnement de réduire de moitié notre consommation de pesticides…
Au bout de dix ans de combat, les pouvoirs publics ont fini par lâcher du lest. Depuis 2014, les PNPP ne sont plus considérées comme des phytosanitaires, mais comme des « biostimulants ». Exit le dossier d’AMM. A la place, une procédure allégée : il suffit que l’Agence nationale de sécurité sanitaire, l'Anses, les ait déclarées sans « effet nocif sur la santé humaine, sur la santé animale et sur l’environnement. » A condition, toutefois, de ne pas dire que les PNPP préviennent ou traitent les maladies des plantes, afin de ne pas parasiter le marché des pesticides. Autre petit pépin : seules 148 substances figurent dans le panier autorisé, alors que la famille en compte plus de 800 ! C'est d’autant plus ballot que, l’année prochaine, les jardiniers amateurs n’auront plus le droit d'asperger des pesticides et qu'ils devront dare-dare trouver des solutions de remplacement.
Pour que les PNPP retrouvent pleinement droit de cité, les députés ont voté, le 30 mai, la supression de l'avis de l’Anses… Un article de la loi Agriculture et Alimentation que les sénateurs ont prestement retoqué en commission, ignorant sûrement que les parterres du jardin du Luxembourg sont, comme l’a découvert « Le Canard », soignés a la consoude.
Ce n'est pas parce qu’on est sénateur qu’on a le droit de pousser mémé dans les orties !
Dans le Canard enchaîné du 27 juin 2018.
Une station d’écoute mobile rend malades poulets… et mouflets.
Avis aux parents d’élèves, à leurs enfants et aux enseignants : croiser un monospace Volkswagen noir à vitres fumées peut s’avérer dangereux. Depuis quelques semaines, la préfecture de police (PP) de Paris teste une station mobile d’écoute digne de James Bond. Un système au rayonnement électromagnétique si puissant que les poulets s’inquiètent de ses effets sur la santé. La semaine dernière, le représentant du syndicat Unsa-Police a interpellé le préfet, qui a juré que les utilisateurs n’avaient rien à craindre.
Tant mieux pour la troupe. Pour les riverains, en revanche, la prudence est de mise. Dans une lettre datée du 19 avril, le directeur des services techniques et logistiques de la préfecture de police alerte le patron du « 36 » : « Au vu des seuils élevés mesurés à l’extérieur du véhicule, mes services attirent votre attention quant à l’utilisation continue du véhicule, qui est à proscrire à moins de 100 mètres d’un établissement qui accueille des enfants ». Vu le nombre d’écoles et de crèches à Paris, voilà qui interdit bien des rues ! Camouflé dans un monospace secret-défense, ce super Imsi—catcher (1,8 million d’euros, quand même) espionne tous les téléphones et ordinateurs présents dans un cercle d’au moins 1 km de diamètre. Comment ? En imitant le fonctionnement d’une antenne-relais de téléphonie mobile, de manière que les appareils situés à proximité s’y connectent.
1 km de diamètre ?! Pendant les débats sur la loi Renseignement de mi-2015, tout ce beau monde avait certifié aux citoyen⋅ne⋅s et aux groupes de pression que les IMSI-catcher viseraient des cibles bien définies, qu'il n'y avait pas pêche au chalut (ce qui est impossible vu le principe de fonctionnement de ces appareils).
Ces grandes oreilles peuvent savoir qui appelle qui (dans quel appartement, à quel étage), lire tous les SMS, aspirer le contenu des agendas, des blocs-notes, des répertoires téléphoniques, mais aussi les consultations de sites Internet ou les mails. Avec, en prime, la possibilité de capter simultanément deux ou trois conversations et de les re-router sur les téléphones portables des policiers, où qu’ils se trouvent. Ni vu ni connu.
Oui, ça intercepte tout ce qui transite sur le réseau GSM. Donc l'agenda, les blocs-notes, les annuaires ne sont pas concernés sauf si ton ordiphone synchronise tout cela dans le cloud. Et encore, ça suppose que l'échange entre le téléphone et le point de stockage sur le net ne soit pas chiffré (TLS). Cette dernière remarque s'applique aussi aux mails et à la consultation de sites Internet.
Facile de comprendre, donc, pourquoi, à la préfecture de police, deux directions — celle du renseignement et celle de la police judiciaire — se sont étripées pour récupérer l’engin espion.
Jusqu’à présent, elles devaient se contenter d’une dizaine de petits Imsi-catchers, au rayon d’action limité, incapables d’écouter des conversations téléphoniques. C’est finalement la PJ parisienne qui gardera la camionnette dans son garage et la prêtera aux rivaux chargés du renseignement.
Bien renseignés
Avec ce nouveau joujou, le préfet de police de Paris est désormais équipé d’un mouchard sur roues plus puissant que les quatre déjà en service à la DGSE, à la DGSI, au GIGN ou au très discret Service interministériel d’assistance technique. Pour la petite histoire, c’est avec un Imsi que ce service chargé de traquer le « crime organisé » a identifié le téléphone secret acheté par Sarko au nom de Bismuth.
Longtemps employés en loucedé, les lmsi-catchers n’ont été légalisés qu’en juillet 2015, par une loi taillée sur mesure. Afin de limiter les dérives, poulets et militaires n’ont pas le droit d’en faire fonctionner plus de 60 sur le sol français. La Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement veille au grain. Elle est notamment censée vérifier que toutes les données avalées n’ayant rien à voir avec les cibles sont bien detruites. Mais qui pourrait douter de la loyauté des services de renseignement ?
Dans le Canard enchaîné du 27 juin 2018.
Le Conseil d’État alerte régulièrement les esprits sur l’inflation législative : voilà que les députés s’y mettent aussi.
Le député LR Jean-Luc Warsmann, président du groupe de travail sur la procédure législative, s’est inquiété devant le bureau de l’Assemblée nationale, le 20 juin, de « la fuite en avant dans l’exercice du droit d’amendement ».
Après avoir rappelé que son groupe de travail s’était rendu à la Chambre des communes anglaise, au Parlement européen et au Bundestag allemand, le parlementaire a déclaré : « Une conclusion s’impose : la France connaît une situation totalement atypique au regard des exemples étrangers. »
Et de citer ce cas : « De juin 2012 à juin 2017, en séance, l’Assemblée nationale a été saisie de 115 037 amendements, contre 191 au Bundestag en une législature, entre octobre 2013 et octobre 2017. Sur cette même période, le Parlement allemand, sur ces 191 amendements, en a adopté 2. En une législature, nous en avons adopté 18 695. Sur ces 18 695, 22 % venaient du gouvernement. »
D’où le diagnostic de Warsmann : « C’est là le symbole de textes malfinis, qu’on se dépêche d’essayer d’améliorer au dernier moment, par des amendements hors délai. »
Macron n’a plus qu’à aller demander à Angela Merkel quelques conseils de méthode.
Mouais… Il n'y a pas forcément une corrélation entre des débats parlementaires fournis à coup de nombreux arguments (donc d'amendements) et une inflation législative (c'est-à-dire la production de textes de circonstance inutiles qui régissent des détails insignifiants et/ou qui sont inapplicables). Des amendements, donc des arguments, exposés jusqu'au dernier moment (amendements en séance plénière), je trouve ça sain, ça peut être le signe d'un débat comme d'un flood (gouvernemental ou non). Un chiffre aussi faible que celui du Bundestag me fait craindre des textes préparés en amont, dans les cabinets de l'exécutif, par des bureaucrates et des technocrates, en dehors de tout contrôle démocratique. Dans les deux cas, ce nombre d'amendements est une mesure qui ne dit rien sur la qualité des textes produits : le parlement allemand a voté des lois liberticides opportunistes retoquées par leur cour constitutionnelle, le parlement français aussi.
Ce qui compte à mes yeux, c'est une analyse plus fine : est-ce que ces amendements français étaient du flood pour noyer le débat ? Est-ce que c'était trouzemille fois un même amendement poussés par des groupes de pression et repris par plusieurs parlementaires ? Est-ce que c'était trouzemille fois un même amendement déposé par des groupes politiques différents (qui ne veulent généralement pas cosigner un même amendement même s'ils sont d'accord avec) ?
Enfin, je ne pense pas qu'il soit pertinent de comparer une Allemagne décentralisée avec des régions plus autonomes que la France avec le pouvoir centralisé français : je pense qu'en Allemagne, des tas de décisions se prennent au niveau des régions, échappant ainsi à un comptage réalisé dans leur parlement.
Dans le Canard enchaîné du 27 juin 2018.
Sur le boulevard de Charonne (Paris 11e), cet ancien poste de transformation électrique érigé en 1929, et propriété de la Ville de Paris, fait partie de la trentaine de sites parisiens qui font l’objet d’un appel à projet de la municipalité, intitulé "Réinventer Paris". Dans le cadre de ce concours d’architecture visant à réhabiliter des lieux laissés vacants, le "Transfo" pourrait abriter d’ici quelques années la résidence d'un certain nombre de médias dits indépendants, baptisé "Maison des médias libres". Le projet fait en tout cas partie des quatre dossiers retenus par la municipalité. Un projet déjà avancé, puisqu’après avoir passé une première phase de sélection, le dossier "Maison des médias libres" a été retenu en finale. Les auditions auront lieu en septembre, pour une attribution possible d’ici la fin de l’année.
Une maison des médias libres ? Le projet est dans les cartons depuis trois ans déjà, né de la rencontre entre un millionnaire, ex-cadre dans l’industrie, du nom d’Olivier Legrain et d’un certain nombre de médias se définissant comme indépendants, à savoir : Mediapart, Politis, le site Basta, le magazine Alternatives économiques, la web télé la Télélibre et la revue Esprit. Ces médias, marqués à gauche, forment aujourd’hui le comité de pilotage du projet. Dans leur sillage, une bonne vingtaine de médias potentiellement intéressés, se sont associés diversement à la réflexion, à l’image de la société de production Premières Lignes (Cash Investigation), du site d’info Reporterre, du groupe de média So Press (Society, So Foot), du magazine Kaizen ou encore d’Arrêt sur images et de Hors-Série (voir ci-dessous l’encadré de Daniel Schneidermann). Plus récemment, le site Les Jours a lui aussi exprimé son soutien à la création d’une maison des médias libres.
L’intérêt de se regrouper ? La Maison des médias ambitionne d’être "un lieu de rencontre et de partage" entre les rédactions qui pourraient mettre à profit ce rapprochement pour mutualiser des équipements et des moyens techniques, mais aussi pour s’associer éventuellement sur des projets éditoriaux comme des enquêtes collaboratives. […]
C’est toute l’ambition d’Olivier Legrain qui face à l’extrême concentration des médias français espère voir émerger "un lieu de contre-pouvoir". A 65 ans, l’homme témoigne avant tout d’un parcours de cadre dirigeant dans l’industrie chimique et de matériaux de construction. Président du groupe Mersen d'origine française (expert mondial des spécialités électriques) cet économiste de formation, a d’abord enchaîné les postes de direction chez Rhône-Poulenc avant de devenir dans les années 2000 PDG du groupe de matériaux Materis (peintures, mortiers, adjuvants) dont il a piloté la sortie de la maison mère Lafarge. Comment a-t-il fait fortune ? "Grâce à des rémunérations magistrales ? A un ruissellement de stock-options, d’actions gratuites et de retraites chapeaux ? Non, pire encore : grâce à un enchaînement de trois LBO (leverage buy out) en moins de dix ans", ironisait il y a peu Libé au sujet de ce "millionnaire de gauche", "ex-communiste" et admirateur de Michel Rocard, passé maître dans cette opération financière d’acquisition par effet de levier. Un procédé qui, rappelait Libé, consiste "à s’entourer de fonds d’investissement pour racheter sa propre boîte à grands coups de dettes. A lui de faire dégager beaucoup de cash à l’entreprise pour rembourser le passif, puis de la revendre avec une juteuse plus-value." […] Avec la Maison des médias libres, Legrain pourrait mettre la moitié de son patrimoine sur la table. "Cela pourrait lui coûter 20 millions d’euros avec les travaux", glissait Edwy Plenel à Libé il y a un mois […]
Olivier Legrain est l’investisseur principal du projet, mais pour quelle gouvernance ? En fait la création de la Maison des médias libres serait portée par une SCI, société civile immobilière créé pour l’occasion et réunissant, selon les premières projections, Olivier Legrain, et pourquoi pas Etic, une société foncière, spécialisée dans l’immobilier de bureau à destination du secteur de l’économie sociale et solidaire. […] Les médias résidents paieraient un loyer et seraient impliqués dans la cogestion du lieu (sous forme d'association de résidents ? De groupement d'intérêt économique ? le modèle reste à définir, semble-t-il). […]
[…]
Nous poussent plutôt à accepter, la perspective stimulante de synergies intellectuelles, la mutualisation d'outils (en premier lieu, d'un plateau d'enregistrement), ou encore, ça compte, l'opportunité de réduire nos charges diverses. En sens inverse, un site dont la raison d'être consiste à déconstruire les récits médiatiques peut-il harmonieusement cohabiter, et gérer des intérêts communs, avec plusieurs medias qu'il peut être amené à critiquer (et qui peuvent mal vivre ces critiques, cela s'est vu !) Paradoxalement, le regroupement de plusieurs rédactions dans un même lieu ne risque-t-il pas de produire un certain enfermement intellectuel, voire corporatiste ?
+1… Je crains l'enfermement intellectuel, un entre-soi (parisien et bobo-gauchiste) renforcé par un entre-soi de proximité, une baisse de la diversité des opinions émises, l'absence de critique des médias entre eux, etc. De plus, quel est l'intérêt d'un millionnaire de l'industrie d'investir possiblement 20 millions d'euros dans un haut-lieu de la presse indépendante ? Les personnes généreuses, ça n'existe pas, tout se paye.
Malgré les allégations de leurs producteurs, les assistants virtuels qui équipent les enceintes connectées trônant dans nos salles à manger ou qui se nichent jusque dans nos poches, installés sur nos smartphones, ne naissent pas intelligents. Ils doivent apprendre à interpréter les requêtes et les habitudes de leurs utilisateurs.
Cet apprentissage est aidé par des êtres humains, qui vérifient la pertinence des réponses des assistants virtuels aux questions de leurs propriétaires. Mais plus souvent encore, ces êtres humains « entraînent » les dispositifs, en leurs fournissant des données déjà préparées, des requêtes avec des réponses toutes faites (ex. « Quelle est la météo aujourd'hui ? » : « Il fait 23 degrés » ou « Il pleut »), des phrases auxquelles ils fournissent des interprétations (ex. savoir dans quel contexte « la flotte » signifie « un ensemble de navires » ou « la pluie »).
Ces dresseurs d'intelligences artificielles sont parfois des télétravailleurs payés à l'heure par des entreprises spécialisées. Dans d'autres cas, ils sont des « travailleurs à la pièce » recrutés sur des services web que l'on appelle des plateformes de micro-travail.
Celle de Microsoft s'appelle UHRS et propose des rémunérations de 3, 2, voire même 1 centime de dollar par micro-tâche (retranscrire un mot, labelliser une image…). Parfois les personnes qui trient vos requêtes, regardent vos photos, écoutent vos propos sont situés dans votre pays, voire dans votre ville (peut-être vos voisins d'en bas ?). D'autres fois, ils sont des travailleurs précaires de pays francophones, comme la Tunisie, le Maroc ou Madagascar (qui s'est dernièrement imposé comme « leader français de l'intelligence artificielle »
[…]
J'ai travaillé comme transcripteuse ('transcriber') pour améliorer la qualité de la version française de Cortana, "votre assistante personnelle virtuelle" proposée par Microsoft. Je travaillais en télétravail pour une entreprise chinoise qui avait Microsoft pour client. J'ai commencé en Avril 2017 et arrêté en Décembre 2017.
Microsoft, voulant améliorer les capacités de compréhension de Cortana, collectait les données des utilisateurs 'consentants'. Donc, quand ces utilisateurs s'adressaient à Cortana, celle-ci collectait, enregistrait ce qu'ils disaient. Ensuite, Microsoft récupérait tout ça, envoyait une partie des enregistrements à la compagnie pour laquelle je travaillais, et celle-ci mettait le tout sur notre plate-forme de télétravail.
Les transcripteurs se connectaient, et écoutaient un par un les enregistrements. Les pistes étaient généralement très courtes, entre 3 et 15 secondes en moyenne (mais pouvaient parfois durer plusieurs minutes). En fonction des projets sur lesquels on travaillait, on devait réaliser entre 120 et 170 transcriptions/heure. Plusieurs milliers de pistes étaient déposées quotidiennement sur notre plate-forme.
Les données qu'on écoutait allaient d'Utilisateur A qui dit simplement "Hey Cortana, quelle sera la météo demain?" à Utilisateur B qui demande en chuchotant à Cortana de lui trouver des vidéos porno de telle ou telle catégorie...
Il y avait leurs recherches internet, leurs interactions directes avec Cortana ("Hey Cortana, raconte-moi une blague", "imite la poule", "est-ce que tu m'aimes?", "est-ce que tu ressens la douleur?"…). Les utilisateurs peuvent aussi dicter du texte : messages, documents texte (résumés de cours, comptes-rendus professionnels...), adresses GPS, courriers administratifs (avec par exemple leur numéro de sécurité sociale), etc. ; nous avions accès à tout ça.
Elle peut être connectée à des consoles Xbox, on avait donc aussi des enregistrements provenant de ce service-là. Il y avait notamment des morceaux de communication en ligne (principalement d'ados et d'enfants) qui discutent sur les jeux en réseaux.
On avait également de nombreux extraits de conversations en ligne, sûrement sur Skype, provenant de personnes qui utilisaient un service de traduction instantanée (Microsoft Translator mais peut-être aussi Skype Translator, je ne suis pas certaine).
Nous n'avions jamais l'intégralité des conversations évidemment, elles étaient découpées en petites pistes ; cependant on pouvait tomber sur plusieurs morceaux d'une même conversation dans une même série de transcriptions (c'était suffisant pour dresser un profil basique de l'utilisateur ou de son humeur du moment par exemple).
On avait des conversations diverses, vraiment toutes sortes de choses, notamment souvent les séances sexcams de certains utilisateurs qui avaient besoin d'un service de traduction pour se faire comprendre, et dans ces cas-là les transcriptions étaient très explicites (parfois amusantes, parfois glauques). Je me demandais à chaque fois si ces gens avaient conscience qu'une personne extérieure allaient entendre leurs petits délires sexuels. Cortana ne fait pas le tri...
Enfin, il y avait beaucoup d'enregistrements involontaires, où des personnes discutent entre elles (dans leur voiture, à la maison, avec leurs enfants sur le chemin de l'école...) tandis que Cortana est dans les parages (tablette, téléphone portable, ordinateur, etc.) et s'est déclenchée de manière non-sollicitée et a tout enregistré.
(D'ailleurs, on avait aussi beaucoup d'utilisateurs qui insultaient tout simplement Cortana, car elle s'était déclenchée de façon non-sollicitée, ou avait mal compris une requête... Vous n'imaginez pas le nombre de fois où j'ai entendu "Sale pute Cortana !" )
[…]
En théorie, les données étaient anonymes pour les transcripteurs, c'est-à-dire que nous n'avions jamais les identifiants des utilisateurs que nous écoutions, et les pistes étaient généralement distribuées de façon aléatoire et désordonnée, en plus d'être parfois découpées. Cependant, inévitablement il arrivait que les utilisateurs révèlent un numéro de téléphone, une adresse, des coordonnées, date de naissance, numéros importants, événements auxquels ils allaient se rendre, etc.
Certaines voix se reconnaissent facilement, et bien que les pistes étaient aléatoires et dans le désordre, mises bout à bout elles auraient dans quelques cas pu suffire à un transcripteur déterminé pour identifier un utilisateur. De plus, on travaillait tous depuis nos propres ordinateurs, il était donc facile de récupérer les enregistrements qu'on traitait si on le voulait.
SUUUUUURPRIIIIIIIIIIIIIIIIISE.
Quand Johndescs doit se munir d'un smokeping (outil qui réalise un ping en continu et qui en graphe le résultat, avec pour objectif de visualiser la perte de paquets IP et l'augmentation de la latence) et qu'il ne souhaite pas installer un serveur web ni trouzemilles trucs bien lourds sur une machine, il te crée un smokeping allégé en se reposant sur une agglomération d'outils simples. C'est juste magnifique. :)
$ ping4 -i 10 addresse-à-tester -D -n | grep --line-buffered icmp_seq | awk -F [=\ ] -W interactive {'print $1, " ", $(NF-1); fflush()'} | stdbuf -o0 tr -d '[]' > /dev/shm/pings4
$ gnuplot -e 'set term png size 1280,1024; set output "ping.png"; set xlabel "Time (UTC)"; set ylabel "RTT in milliseconds"; set xtics rotate; set xdata time; set timefmt "%s"; set format x "%b %d %H:%M"; clamp(a) = (a < 42) ? a : 42; plot "/dev/shm/pings4" using 1:(clamp($2)) notitle'Plusieurs conseils encore : soyez tolérants. Tolérance aux noobs, aux autres, à celles et ceux qui sont différents ou qui pensent différemment. Écoutez les idées des autres jusqu'au bout. Ayez le courage de poser des questions, de communiquer le plus clairement possible avec les autres, afin d'éviter les malentendus, les conflits. Ne sur-réagissez pas : ce que les autres disent et font ne sont qu'une projection de leur réalité et de leurs propres rêves. Lorsque vous êtes immunisés contre les opinions et les actes d'autrui, vous n'êtes plus la victime de souffrances inutiles. C'est certainement le point le plus difficile, sur lequel j'ai le plus de progrès à faire.
Miam entre collègues. Une collègue me demande si j'ai une carte bancaire. Je réponds que oui, mais pas à l'instant, car j'essaye de payer un maximum en espèces. Et là, un autre collègue (par ailleurs vice-président du bidule qui m'emploie) intervient, sans rire :
Donc tu participes au blanchiment d'argent, aux paradis fiscaux et au financement de la mafia russe.
Je note… En 2018, payer en espèces est considéré par certaines personnes gorgées de responsabilités comme du financement de la mafia russe.
C'est à ranger à côté d'un autre collègue (par ailleurs chef de service), qui a déclaré (à propos de demander si un choix est éthique ou non) :
Le bien, le mal, c'est Daesh
Je note… En 2018, s'intéresser aux notions d'éthique et de morale, c'est faire l'apologie de Daesh.
Ceux et celles qui composent ce monde me désespèrent de plus en plus jour après jour…
Mes notes (enrichies par mon survol du rapport 2018 de la Cour des comptes sur le Linky) :
La plupart des arguments mis en avant dans ce docu sont du pipeau :
Suite de En Chine, ne bouge pas une oreille.
« Les gens de confiance peuvent marcher tranquillement sous les cieux, ceux qui ne sont pas dignes de confiance ne peuvent pas faire un seul pas. » Voilà ce qu’on peut lire au fronton de la mairie de Suqian, une ville de 4,7 millions d’habitants située entre Pékin et Shanghai. Ce n’est pas un voeu pieux, c’est devenu la stricte réalité.
Prenons le cas de M. Jiang, habitant de Suqian. M. Jiang n’est pas digne de confiance, il a traversé au vert, le 3 mai, au croisement de la rue du Lac-de-l’Ouest et de l’avenue du Peuple. Depuis, raconte « le Monde » (16/6), son visage a été affiché sur des écrans à des dizaines de carrefours. Non seulement M. Jiang est désigné à la vindicte populaire comme un mauvais citoyen, mais en plus il a perdu 20 points sur sa note de confiance, qui en comptait originellement 1 000. Après l’enquête des « Echos », dont « Le Canard » avait rendu compte la semaine dernière, celle du « Monde » apporte de nouveaux éléments à charge dans la description de la frénésie de contrôle qui s’empare de la Chine. Pour se racheter, comme M. Jiang va être amené à le faire, on peut donner son sang, ce qui rapporte 50 points, ou obtenir, grâce à un comportement exemplaire, la distinction de « travailleur modèle », aussi gratifiante. En fonction des points dont on dispose, on peut avoir un accès prioritaire à l’hôpital ou une réduction sur sa carte de transports publics.
L’enquête décrit une société où chacun se méfie de l’autre. Selon un spécialiste, les notes de moralité, rendues publiques, permettraient de rétablir cette fameuse « confiance », brisée depuis l’entrée dans le capitalisme.
Rétablir la confiance par la défiance, vaste programme, comme aurait dit le Général !
En voilà un endroit où il fait bon vivre !
Dans le Canard enchaîné du 20 juin 2018.
On n'a peut-être pas encore vu le plus beau dans ce qu’il est convenu d’appeler la « crise migratoire ». Selon « Le Monde » (17/6), l’Autriche, « qui assurera pour six mois la présidence tournante de l'Union européenne, serait (…) en négociation avec des pays des Balkans pour y installer un camp — ou des camps — de rétention pour les déboutés du droit d’asile en attente de leur éventuel renvoi vers leur pays de départ ». Quant au ministre autrichien de l’Intérieur, il a déjà constitué, avec ses collègues allemand et italien, un « axe des volontaires » contre l’immigration clandestine.
Des « camps », un « axe » germano-austro-italien : des mots qui fleurent bon.
Jusque-là, tout va bien, jusque-là, tout va bien, jusque-là…
Dans le Canard enchaîné du 20 juin 2018 (le titre est de moi).
Star mondiale de l’art contemporain, le plasticien Anish Kapoor décida, voilà deux ans, d’acheter a prix d’or le Vantablack, une couleur noire obtenue à partir de nanotubes de carbone 3 500 fois plus fins qu’un cheveu, qui, serrés les uns contre les autres, absorbent la lumière à 99,965 % et créent le plus noir de tous les noirs. Ce noir est désormais sa propriété privée.
Avant d’être l’un des plus importants promoteurs de l’art contemporain en Angleterre, le collectionneur et marchand d’art Charles Saatchi a été le publicitaire qui a orchestré l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher.
L’été dernier, la superstar américaine Jeff Koons présenta au Louvre, dans la salle de « La Joconde », lors d’un dîner qui se voulait très chic, une collection de sacs Vuitton où étaient reproduits la Joconde, un champ de blé de Van Gogh, un Fragonard, etc. Il décréta que ces sacs étaient des œuvres d’art.
Pour Annie Le Brun, ces trois épisodes sont révélateurs d’une guerre implacable qui se joue actuellement, guerre menée contre la beauté, contre tout ce dont on ne peut pas extraire de la valeur, guerre qui a pour but de tout transmuter en espèces sonnentes et trébuchantes. Il ne suffit pas, en effet, aux premiers de cordée de régner sur des empires industriels, d’avoir amassé des fortunes inouïes, d’afficher la morgue de qui a la « certitude d’appartenir au très petit nombre vivant quasiment au-dessus des lois », encore leur faut-il nous imposer leur vision de l’art.
Cet « art des vainqueurs » dispose d’une armada d’artistes-entrepreneurs, de galeristes-rabatteurs, de critiques d’art-promoteurs et de commissaires-prescripteurs qui « travaillent dans le même sens » : évacuer toute velléité critique, « faire l’impasse sur toute notion de beauté et de laideur », brouiller les pistes en organisant la « porosité du monde de l’art avec ce dont, par essence, il se difi”érenciait auparavant, le luxe, la mode, le design, la publicité », organiser un tel tapage à propos d’une poignée de gros malins tels Jeff Koons ou Damien Hirst, que les voilà internationalement tenus pour les grands artistes de ce temps, vu qu’ils sont les plus cotés.
Dérisoire, cette guerre qui ne concernerait que le petit milieu de l’art contemporain ? Non, car il s’agit au fond de neutraliser, de détourner, de pervertir, voire d’annihiler tout nouveau langage, toute nouvelle expression qui pourrait s’opposer à la rationalité marchande. Ainsi, quarante ans après, les codes et le vocabulaire visuel de la révolte punk continuent d’être exploités par les industriels du luxe. Ainsi, alors que, « des siècles durant, arts et traditions populaires ont constitué le plus formidable barrage contre la laideur », le milliardaire Bernard Arnault s’est emparé du Musée national des arts et traditions populaires, le premier musée ethnographique, créé en 1937 sous le Front populaire. Il s’appelle désormais Maison LVMH-Arts, Talents, Patrimoine.
Le Front populaire dans un sac Vuitton… faut-il vous l’emballer ?
Laurent Obertone évoque aussi ce sujet dans son livre La France Big Brother (mon avis), notamment sous l'aspect "l'art moderne est excluant, il a pour but de permettre à une élite qui a déjà réussi dans d'autres domaines de désigner ce qui provoque des émotions ou non, et, ce faisant, qui est dans le coup et qui ne l'est pas (si tu partages l'avis, t'es in, sinon t'es out), ce qui permet d'uniformiser les sensibilités".
Dans le Canard enchaîné du 20 juin 2018.
Je ne vois pas de problème. Avec la peine de mort toujours en vigueur dans plusieurs États, la torture, le camp de Guantánamo, l'espionnage numérique de masse, les frappes par drone sans procès, la politique impérialiste ainsi que la politique migratoire et anti-IVG de Trump, les États-Unis ont une vision très étriquée des droits de l'Homme depuis des décennies.
Ce départ lève l'hypocrisie qui consiste à vouloir apprendre les droits de l'Homme aux autres quand on ne se les applique pas à soi-même. La France devrait en prendre de la graine.
Sur ce point, je rejoins ambassadrice de Washington à l'ONU :
« Pendant trop longtemps, le CDH a protégé les auteurs de violations des droits de l’homme et il a été un cloaque de partis pris politiques », a-t-elle fustigé en s’en prenant particulièrement à la République démocratique du Congo (RDC), qui y siège, tout comme au Venezuela, à la Chine, à l’Egypte ou à l’Iran.
Le CDH est certes « imparfait », s’est émue l’ancienne diplomate américaine Suzanne Nossel. « Aucun instrument multilatéral ne peut être pur ou presque parfait (…). Ses défauts sont les défauts des Etats membres qui sacrifient parfois les droits humains au profit d’objectifs politiques ou économiques », a-t-elle assuré, déplorant la décision de Washington.
Oui, l'ONU a toujours été à géométrie variable. Notamment quand 5 États peuvent mettre le monde à feu et à sang ou s'y opposer. Notamment quand une guerre devient propre car elle se déroule sous mandat de l'ONU. Fumisteries.
On rappellera que l'Arabie Saoudite (entre autres) est membre du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, ce qui en démontre la valeur, aussi élevée que celle d'une Légion d'honneur distribuée à tout-va aux copains et copines.
Pour l'instant, la presse relate que les États-Unis n'ont pas claqué la porte par honnêteté, mais en répression aux résolutions prises contre l'Israël. Je pense surtout que c'est un joli écran de fumée qui arrange bien les ricain⋅e⋅s. Coup double.
WOW, superbe vulgarisation chez Thinkerview. Je recommande.
Une interaction entre particules fondamentales se matérialise (se transmet) par un champ dans l'espace. Ces champs sont caractéristiques de l'interaction subie par une particule. Dans le monde de l'infiniment petit, il y a 3 interactions :
Je cherchais des textes argumentés sur tout ça. Parmi ce que j'ai lu et écouté, je retiens et je conseille la lecture de (liste non ordonnée) :
Je retiens :
Bref, encore une fois, on ne traite pas les vrais problèmes comme l'accroissement du nombre d'étudiant⋅e⋅s ou l'échec de la politique de mise en concurrence des universités… C'est un choix, c'est voulu, ce n'est pas une erreur.
Tous les journaux l’ont écrit, les radios et télés l’ont annoncé, les réseaux sociaux en frémissent encore : une loi destinée à lutter contre les fake news va entrer en vigueur. En même temps, « vigueur » est peut-être un bien grand mot. Pas un ténor de la politique ne s’est risqué à saluer cette naissance. Pas un juriste de renom, pas un professeur de droit, pas une association de journalistes. Les commentateurs les plus aimables ont observé que ce texte ne servirait à rien.
D’autres, moins optimistes, craignent des effets pervers : un petit coup de canif dans la liberté d’expression, la création d’un label de vérité d’Etat, ou encore, plus amusant, un résultat à l’exact opposé du but poursuivi. Une information estampillée de « faux officiel » s’en trouvera valorisée, et ne manquera pas d’exciter la curiosité.
En apparence simple initiative parlementaire, le texte d’origine a été déposé par le groupe LRM de l’Assemblée. En réalité, il venait tout droit de l’Elysée. Traumatisé par la circulation d’informations malveillantes pendant sa campagne, et par l’expérience funeste de Hillary Clinton, Macron tenait absolument à cette loi. Difficile, d’ailleurs, de soutenir que la flambée virale, sur le Net, d’imputations diffamatoires ne mérite pas une réponse. Mais l’idée d’une procédure judiciaire, ultrarapide en période électorale, pour ordonner le retrait d’une information a été presque unanimement saluée comme vraisemblablement inapplicable, peut-être dangereuse, et sûrement inefficace. Sur cette base solide, le texte a poursuivi son bonhomme de chemin.
Mascarade mondaine
La commission des Lois a entendu par dizaines des juristes, des avocats, des experts divers, des journalistes, des informaticiens. Ils ont été écoutés poliment : tous ou presque ont soutenu que la démarche n’était pas la bonne. Au terme de cette mascarade mondaine, les disciplinés députés n’ont tenu aucun compte des avis qu’ils avaient sollicités. Egalement consulté, le Conseil d’Etat, dans les termes choisis qui font son charme, a observé que « le droit français contient déjà plusieurs dispositions visant en substance à lutter contre la diffusion de fausses nouvelles ». Et de noter que rapporter devant un juge la preuve de la fausseté d’une information ne sera pas une promenade de santé. Au total, selon le Conseil, « la réponse du juge des référés, aussi rapide soit-elle, risque d’intervenir trop tard (…), voire à contretemps ».
Et c’est ainsi, au bout du chemin de croix, que ce chef-d’œuvre législatif, conspué de tous bords, a été triomphalement adopté à l’Assemblée grâce aux seules voix des macronistes. Il est probable que ce texte ne fera pas trop de mal. Il ne fera même rien du tout. Sauf nous rappeler la forte maxime de Montesquieu : « Les lois inutiles affaiblissent les lois nécessaires. »
ÉDIT DU 24/06/2018 À 11H12 : la proposition de loi n'a pas été définitivement adopté le 7 juin. Déjà car il n'y a que l'Assemblée nationale qui l'a étudié, ensuite parce que les créneaux impartis dans l'agenda parlementaire ont été dépassé. L'étude de ce texte par l'Assemblée continuera le 3 juillet et les jours suivants. Puis par le Sénat a une date inconnue. FIN DE L'ÉDIT DU 24/06/2018 À 11H12.
Que c'est beau, la soi-disant démocratie : tout le monde est contre ? D'accord, faisons ça !
Que c'est beau, le corporatisme de la presse. Les journalistes, même ceux et celles des journaux que j'apprécie comme le Canard, sont toujours prompts à nous exposer en détail en quoi les lois qui visent leur profession sont malsaines. Dommage qu'il⋅elle⋅s ne fassent pas de même avec les autres lois…
Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.
« Quatre français sur dix jugent le niveau des aides sociales trop élevé. » C’est le verdict des « Echos » (8/6) commentant un sondage Elabe qui devrait fournir du biscuit aux partisans des purges dans les minima sociaux. Mais, vu de plus près, les supporteurs du « trop d’aides » ne sont pas si nombreux : pour l’allocation de chômage, ils sont 34 % de sondés à trouver les sans-emploi excessivement secourus. Et pour les allocations familiales ? Seulement 25 % de cobayes protestent. Pour le logement : 22 %. La pauvreté : 15 %. La santé, la vieillesse, les retraites : moins de 10 % !
Alors, comment arrive-t-on à ce chiffre de 40 % ? Une seule explication : certains estiment les autres trop soutenus « en général ». Mais, lorsqu’on descend dans le détail (santé, emploi, grand âge, etc.) et que l’on se sent soudain très concerné, l’indignation décroît.
Pour le coup, ce sont peut-être les sondeurs — et quelques journalistes — qui auraient besoin d’aide pour prendre la vraie mesure de la psychologie française…
Ne faisons pas de procès aux Echos, car nombre d'autres journaux ont choisi de relayer ce sondage sous ce titre et d’en tirer la même conclusion : BFM, l'Express, Europe 1, Sud-Ouest, Liberation, Valeurs actuelles, le Figaro, etc.
Ensuite, il faut mettre ces titres en relation avec une déclaration off d'un conseiller gouvernemental relayée par le Canard enchaîné :
Pour éviter que les oppositions se coagulent contre ces économies budgétaires [ 7 milliards d'économies sur les minima sociaux d'ici à 2022 ], il était prévu qu'aucune donnée chiffrée ne devait sortir avant que l'opinion soit préparée par des sondages opportuns et par une communication gouvernementale justifiant par avance ces mesures. Au nom de l'efficacité et de la nécessaire réforme. »
Elabe et la presse subventionnée se sont chargées des sondages, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin, Agnès Buzyn et les médias aux ordres habituels (Europe 1, RTL, etc.) se sont occupés de la communication gouvernementale.
Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.
L'expérience est édifiante. L’hiver dernier, un journaliste de la BBC est allé trouver la police de la ville de Guiyang (sud-ouest de la Chine) pour lui proposer un petit jeu. Il confie aux agents une de ses photos, se perd dans la foule et attend de voir en combien de temps il est retrouvé. Sept minutes plus tard, il est encerclé. Cette histoire est extraite d’une incroyable enquête, publiée par « Les Echos » (6/6), sur la mise sous surveillance de près de 1,5 milliard de Chinois. Les caméras de surveillance dopées à la reconnaissance faciale qui sont installées jour après jour dans les villes et les campagnes font des merveilles. C’est le plus grand et le plus efficace réseau du monde…
Le deuxième pilier de la surveillance à la chinoise s’appelle le « crédit social ». Ça a l’air banal, dit comme ça, mais c’est terrifiant. Il s’agit de classer les comportements des citoyens en fonction d’une batterie de critères, récoltés via le big data, puis d’en déduire une note en fonction de laquelle on se voit attribuer des droits… ou en perdre.
Sont notées la promptitude à régler ses factures, les habitudes d’achat et de consommation, mais aussi les relations d’amitié. Vous passez du temps sur les jeux vidéo, une petite bibine à la main ? Vous serez classé personne oisive ou peu digne de confiance, on peut vous empêcher de prendre le train ou l’avion. Le crédit social est encore à l’état d’expérimentation au niveau local, mais 11 millions de Chinois en vivent déjà quotidiennement les conséquences.
Notons que les USA font quelque chose de similaire pour évaluer la solvabilité des emprunteurs. Des sociétés commerciales comme Acxiom, Equifax, Epsilon, Experian, etc. collectent des données intimes afin de permettre de noter les demandeurs de crédits.
Le géant américain Facebook a admis récemment avoir noué des accords de partage de données avec l’équipementier Huawei, soupçonné d’être utilisé par Pékin comme instrument d’espionnage (« Wall Street Journal », 7/6). A Sanmen, les personnes téléphonant à de mauvais payeurs tombent immédiatement sur un message les informant que leur interlocuteur est sur liste noire.
Faut-il pour autant s’inquiéter ? Les dirigeants chinois ne veulent que le bien de leurs ressortissants. « Le sentiment de sécurité est le meilleur cadeau qu’un pays puisse offrir à son peuple », a expliqué Xi Jinping juste avant le XIXe congrès du Parti, à l’automne dernier. Merci qui ?
Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.
Mais qu'arrivent-ils aux agriculteurs affiliés à la FNSEA, fameux syndicat ami des néonicotinoïdes, du productivisme et de la dérègulation ? Les voilà au coude-à-coude avec les écolos, qui hurlent contre la bioraffinerie de La Mède ! Ils s’insurgent contre Total, qui, pour faire tourner cette raffinerie, va importer 300 000 tonnes d’huile de palme ! Ils veulent « alerter l’opinion publique ». Ils disent que « la nourriture des Français est en danger » (France Inter, 1/6). Et les orangs-outans d’Indonésie aussi, que menace la déforestation due à la plantation frénétique de palmiers.
Se seraient-ils convertis à l’écologie, à la protection des espèces menacées et de l’environnement ? Non : ils veulent juste protéger leur propre filière française d’huile tirée du colza et leur groupe agro-industriel Avril, qui produit oléagineux et protéagineux, et ne se gêne pas pour importer 200 000 tonnes d’huile de palme par an. Ouf!
LALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALALA !
Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.
Chirac s’était battu pendant sept ans à Bruxelles pour obtenir le taux réduit de TVA dans la restauration, avant que Sarkozy l’impose, en 2009. Et voilà-ti-pas que Macron, qui décidément ne respecte rien, veut revenir sur cette grande conquête sociale. Il s’agit de faire des économies. Et notamment de diminuer de 5 milliards les aides aux entreprises, a annoncé le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin.
Stopper quelles aides ? Les aides pour se lancer et les aides aux TPE / PME ou les aides pour les multinationales du CAC 40 ? D'accord pour les deuxième, pas toujours d'accord pour les premières, ça s'étudie au cas par cas.
Il faut dire que, depuis des années, les rapports s’empilent pour montrer l’inutilité de la mesure, qui détourne 3 milliards par an des caisses de l’Etat. La dernière en date, menée par l’Institut des politiques publiques (IPP), est la plus cruelle. Contrairement au « contrat d’avenir », signé en 2009 avec la profession, qui prévoyait le partage du bonus en trois parts égales, les bénéfices des restaurateurs ont augmenté de 24 %, contre seulement 4,1 % pour les salaires, les prix ne diminuant que de 1,9 %. Plus grave, la baisse de charges n’a entraîné aucune création d’emplois, alors que les restaurateurs en avaient promis 40 000.
La cause semble donc entendue, et la TVA avait déjà été remontée à 10 % sous Hollande. Mais Darmanin, après avoir lancé son ballon d’essai, est revenu à plus de prudence. Il y a 175 000 restaurateurs en France qui ne demanderont sûrement qu’à expliquer à leurs centaines de millions de clients leur opinion sur la promesse de Macron de ne pas augmenter les impôts.
Ho, c'est tout comme le CICE. Ainsi il ne suffit pas de baisser les abominables charges qui pèseraient sur le gentil patronat pour que celui-ci crée des emplois ou répartisse mieux la richesse au sein de ses sociétés commerciales. Qui l'eût crû ?!
Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.