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  • Le Premier ministre confirme que la loi se construit dans les ministères

    Autre salve du Premier ministre : il canonne, cette fois, la députée Aurore Bergé et ses amis, qui se sont montrés très offensifs lors de la discussion sur la loi Elan :

    C'est aux députés de se mettre d'accord en amont avec les ministres, plutôt que de débouler en séances avec des dizaines d'amendements. »

    Mais en voilà une bonne idée ! Que la loi soit conçue, en secret, par les conseillers technocrates de Matignon ou, mieux, de l'Élysée, en parfaite contradiction avec la séparation des pouvoirs !

    Rien de neuf… Isabelle Attard parlait déjà de cette concentration du pouvoir à l'Élysée en 2015. Juste une énième confirmation…

    Dans le Canard enchaîné du 13 juin 2018.

    Sun Jun 17 16:24:19 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?9YlN-w
  • Glyphosate : de Rugy sabote son Assemblée | François Ruffin

    Ruffin, comme d'autres avant lui, nous expose l'organisation des débats dans notre parlement, une organisation conçue pour décourager les député⋅e⋅s et de limiter les débats sur le fond sur des sujets de société.

    Qu’on résume : depuis une semaine, sur le projet de loi agriculture, nous siégeons de 9 h 30 le matin à 1 h du matin suivant. Samedi et dimanche compris. Avec, en parallèle, les missions et les commissions. Dans ce tunnel continuel d’amendements, plus de deux mille au total, difficile de deviner quand vont passer les trucs importants. On fait le guet. On perd des centaines et des centaines de votes, à lever la main en cadence. Et après sept jours de cette guerre d’usure, ce mardi, à 1 h moins deux minutes, le président de Rugy décide, arbitrairement, de prolonger les débats. Comme si le glyphosate était un point anecdotique, ou justement parce qu’il ne l’est pas. Parce que, sinon, ça repoussait la discussion au mardi 16 h 30. Et alors, l’hémicycle serait plein, les débats animés sur cette promesse du président Macron, la passion soulèverait les rangs.

    Et ça, il ne faudrait surtout pas.

    […]

    Oui, il faut accuser : le président de Rugy, qui organise lui-même le sabotage du parlement! Comment? Par ces prolongations nocturnes, certes, ces méthodes de cosaques. Mais au-delà: lui qui devrait nous protéger, lui qui devrait préserver le législatif contre l’exécutif, lui s’en fait le complice quotidien pour nous gaver de lois. Car, pour ce projet Agriculture, qui s’annonçait un marathon, de Rugy aurait pu bloquer deux semaines. On serait retournés chez nous le vendredi, en circo, les idées remises au clair. Mais non, il fallait faire vite. Au pas de charge. Parce que, derrière, arrive Elan, sur le logement, et là encore, on bouclera et bâclera en une semaine, samedi et dimanche compris. Et qu’on se souvienne, juste avant, du projet de loi « Asile et immigration », voté en catimini un dimanche soir ! C’est un dimanche, encore, ce dimanche dans la nuit, que fut rejetée la fin des poules en cages, autre engagement du candidat Macron.

    […]

    Le président de l’Assemblée fait tout, alors, non pour permettre le débat, mais au contraire, pour le miner, pour l’enterrer, pour l’amoindrir. Plutôt que de résister à la toute-puissance de l’Elysée, il agit en porte-flingue.

    « J’y peux rien »

    Je le cite: « Ce n’est pas le Président de l’Assemblée qui décide de l’ordre du jour. »

    Hypocrisie.

    Certes, c’est la conférence des présidents qui en décide. Mais, avec les présidents de commission et les vice-présidents, le groupe En Marche! y est ultra-majoritaire.

    Et si le président de Rugy, face au gouvernement, disait: « Ca suffit. Vous allez cesser ce gavage. Nous ne travaillons plus dans des conditions dignes pour fabriquer la loi. Nous ne pouvons pas siéger sept jours sur sept. Nous prendrons deux semaines pour étudier l’agriculture, et votre Elan sur le logement sera repoussé à plus tard », bref, si le président de l’Assemblée nationale jouait son rôle, c’est-à-dire défendre l’Assemblée nationale, il est évident que la donne en serait bouleversée, que l’exécutif prendrait un peu moins le Parlement pour son paillasson.

    Mais François de Rugy s’est choisi un autre rôle : non pas de résistant au gouvernement, mais de quotidien complice.

    La preuve avec son choix, très personnel celui-là, le fait du prince, de prolonger les débats jusqu’à 2 h du matin.

    Pour s’assurer que l’hémicycle, en pleine nuit, ne serait pas secoué par des polémiques.

    Donc, j’accuse toujours de Rugy.

    Pas seulement sur cet amendement, mais de même sur la loi logement, de même sur asile et immigration, et qu’importe qu’on soit pour ou contre, là n’est pas le souci, c’est juste une question de démocratie.

    J’accuse de Rugy de rendre l’Assemblée morte et morne, de veiller sur elle comme un croque-mort, d’en faire une chambre d’enregistrement des désirs du président. Et de préparer, avec l’Elysée, une réforme constitutionnelle qui ne fera qu’aggraver le mal : tout le pouvoir à l’exécutif.

    Le 6 juin, de Rugy continuait de se dédouaner sur l'Élysée sur France Info…

    Sun Jun 17 16:12:39 2018 - permalink -
    - https://francoisruffin.fr/glyphosate/
  • Journal Fakir sur Twitter : ""On dépense un pognon dingue en aides à la presse pour que les Français lisent @LePoint, alors qu'ils pourraient s'abonner à @Fakir_."(Et c'est le "leader du free market" qui le dit...)… https://t.co/Hxp8KZr5gB"

    "On dépense un pognon dingue en aides à la presse pour que les Français lisent @LePoint, alors qu'ils pourraient s'abonner à @Fakir_." (Et c'est le "leader du free market" qui le dit...)

    Je tousse. Fakir a bénéficié d'environ 13 k€ d'aide publique directe à la presse en 2015 et 20 k€ en 2016 (source). Moins que Le Point, mais je n'aime pas la malhonnêteté.

    Sun Jun 17 16:01:52 2018 - permalink -
    - https://twitter.com/Fakir_/status/1007629007595204608
  • Interfaces réseaux haut-débit, métrologie et compteurs 64 bits

    Un équipement actif de réseau informatique (switch, routeur) stocke, dans des compteurs, le nombre d'octets émis et reçus sur chaque port depuis son démarrage. Afin de mesurer un débit, les outils de métrologie (comme Cacti) interrogent un équipement réseau à intervalle régulier, en utilisant le protocole normalisé SNMP, pour relever les compteurs. Un calcul permet d'obtenir le débit à partir de ces nombres : nouveau relevé (octets) - relevé précédent (octets) / temps écoulé entre les deux relevés (secondes).

    Sur combien de bits sont codés ces compteurs ? Historiquement, 32 bits. Cela signifie qu'un tel compteur peut stocker tout au plus qu'un échange de 4 gigaoctets (on stocke un nombre d'octets sur 32 bits, donc 2^32/1024/1024/1024 gigaoctets) a traversé le port qu'il représente entre deux mesures par le logiciel de métrologie. Si cette quantité est dépassée, le compteur va dans le négatif ou revient à zéro avant de recommencer sa croissance, c'est l'integer overflow habituel. Il y a perte d'information.

    Or, sur des réseaux 1 gb/s voire 10 gb/s, cela arrive très vite. 500 mégabits/seconde = 62 mégaoctets/s. Il faudra donc 65 secondes pour faire déborder le compteur. 2 gb/s = 250 mo/s = 16 secondes. Si le logiciel de métrologie relève les compteurs toutes les 5 minutes, il y a de la perte d'information.

    Les équipements réseaux proposent depuis longtemps des compteurs codés sur 64 bits. 2^64 octets, cela fait 16 exaoctets, soit 16384 pétaoctets, soit 16777216 téraoctets. Quand on sait que les débits les plus élevés de nos jours culminent à quelques térabits/seconde dans la pratique (sur les liaisons transocéaniques) et à quelques dizaines de térabits/seconde en laboratoire, on se dit qu'il y a le temps de voir venir avant de pouvoir transférer une telle quantité de données en 1 minute comme en 5 (intervalles de collecte souvent utilisés dans les logiciels de métrologie).

    Sur des réseaux d'une capacité égale ou supérieure à 1 giga/seconde, il vaut mieux utiliser les compteurs SNMP 64 bits. Ils sont désignés par des OID différents (des index dans le grand tableau multidimensionnel interrogé par SNMP) dans la section ifMIB de la MIB-II normalisée à l'IETF, 1.3.6.1.2.1.2.2.1.(10|16) en 32 bits, 1.3.6.1.2.1.31.1.1.1.(6|10) en 64 bits, donc il faut configurer son logiciel de métrologie pour aller les chercher. Par exemple, avec Cacti, il faut créer un graphe « In/Out bits (64 bits counters) ». Attention : certains équipements les exposent uniquement si on les interroge avec la version 2 du protocole SNMP (de toutes façons, la version 1 ne devrait plus être utilisée et l'on devrait migrer doucement vers la version 3 et ses mécanismes d'authentification plus poussée et de chiffrement, m'enfin bon…).

    Au taff, nous avons des liaisons 1G et 10G et un Cacti qui relève et calcule les débits toutes les 5 minutes. Au cœur du réseau, les graphes ne dépassaient jamais les 100-120 mégas. Les sauvegardes inter-sites géographiques apparaissaient à peine sur les graphes nocturnes. Après un passage en 64 bits, on a découvert que notre cœur de réseau pédale en réalité à 500-700 mégas en heures pleines. Nos sauvegardes inter-sites apparaissent à 2 gb/s pendant des heures. Les anciens graphes étaient plus en dent de scie, moins courbés, moins harmonieux, comparés aux nouveaux. Et surtout, nous mesurons désormais les mêmes débits (entrant / sortant) que notre opérateur vers les Internets.

    Thu Jun 14 23:07:33 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?pIolYg
  • xkcd: Customer Rewards

    ‒ That will be $23.03. Also, I'll pay you 24 cents for your last name, 35 cents for a list of your family members, and $1.20 if you hand me your phone quand let me scroll through your Facebook posts.

    Loyalty cards and rewards account offers get way weirder if you think of them as separate transactions.

    We'll pay you $1.47 to post on social media about our products, $2.05 to mention it in any group chats you're in, and 11 cents per passenger each time you drive your office carpool past one of our billboards.

    Gros +1.

    Thu Jun 14 19:55:44 2018 - permalink -
    - https://xkcd.com/2006/
  • Sans smartphone, point de salut ? - /nick LaPalice

    L’intuition, je l’ai eue assez tôt : si j’ai un smart­phone, je n’arriverai pas à le lâch­er. Pas de smart­phone, pas de prob­lème.

    Je suis en cure de désintox de mon ordiphone depuis février (c'est-à-dire que je le laisse complètement à la maison, tous les jours). Il y a quelques jours, j'en avais besoin (tout du moins, je le croyais, une réflexion a posteriori m'a permis d'identifier une autre façon de faire sans ordiphone), donc je l'ai apporté au travail. Lors de la sortie "aller chercher à manger", j'ai constaté que je l'avais machinalement apporté avec moi. Je ne me suis pas rendu compte de mon geste et je n'en garde aucun souvenir. Ce que je voulais faire avec mon ordiphone était fait, je savais pertinemment que personne me téléphonerait ou me smserait à midi (et que si c'était le cas, ça pourrait bien attendre le soir), j'ai aucune application distrayante qui pousse à la consommation (Candy Crush, FB, Twitter, etc.) et pourtant, je l'ai pris, machinalement. Je trouve ça assez effrayant.


    […] Plu­u­u­u­u­u­us. Je l’ai tout le temps, ma bat­terie dure cinq heures et je réponds à mes mails dans la minute. Aucune lim­ite, pas même la socia­bil­ité de base : il mange avec moi, il ponctue mes con­ver­sa­tions IRL. Je dés­ap­prends aus­si très vite le droit à la non-réac­tion : si on me demande, c’est tou­jours cru­cial, et si je veux par­ler à quelqu’un, j’attends une réponse immé­di­ate. Tout est à égal­ité, stages, amis ou activ­ités, tout, sauf mon sens des pri­or­ités.

    J’ai mis un an à déchanter. Il y avait une app pour tout, sauf pour me faire lâch­er mon télé­phone, et ça m’épuisait. Et surtout, j’ai décou­vert Dama­sio et sa dis­tinc­tion spin­oziste pouvoir/puissance vis-à-vis de notre rap­port à la tech­nolo­gie. Voici son con­stat : la tech­nolo­gie m’apporte du pou­voir — le GPS me guide, j’ai tou­jours la réponse à tout sous la main — mais me retire de la puis­sance — capac­ité à m’orienter, capac­ité à mémoris­er les choses par moi-même. Et cet équili­bre varie en fonc­tion des indi­vidus.

    Dans le cas de mon ordi­na­teur, j’étais et je reste caté­gorique : c’est un out­il qui m’empuissante énor­mé­ment. Dans le cas du smart­phone, c’était moins évi­dent. Est-ce que c’était juste pra­tique, ou est-ce que c’était indis­pens­able ? Et sans télé­phone, je savais tou­jours aller d’un point A à un point B ? Sans accès à mes mails, je retrou­vais mes ren­dez-vous ? Est-ce que je sup­por­t­ais encore de ne pas avoir accès à une infor­ma­tion immé­di­ate­ment ? […]

    Mon smart­phone, c’était exacte­ment le tech­no­co­con dont par­le Dama­sio : il me per­me­t­tait de me sen­tir en sécu­rité tout le temps, de sat­is­faire immé­di­ate­ment mes besoins, de m’orchestrer un monde sans fric­tion.

    On con­state le même phénomène dans le métro parisien. Le rap­port aux autres est telle­ment dép­ri­mant que les gens se replient sur leur tech­no­co­con, ce qui inten­si­fie encore la sen­sa­tion de tristesse. La tech­nolo­gie nous pro­tège, nous par­le et nous ras­sure. C’est notre Big Moth­er.
    – Alain Dama­sio

    D’ailleurs, c’est la ren­con­tre avec Dama­sio qui m’a le plus ébran­lée : il vit sans agen­da, et sans portable. On avait ren­dez-vous dans un bar de Mar­seille, 7h d’aller-retour depuis Paris pour moi, sans aucune cer­ti­tude qu’il serait là, et sans aucun moyen de le join­dre. Juste un gros espoir. Assise à la ter­rasse d’un café, à le guet­ter, avec tous mes petits pou­voirs bien inutile­ment sur la table, et mon impuis­sance chevil­lée au corps.

    Et je suis arrivée en retard à tous mes ren­dez-vous — quand je suis arrivée6). J’avais per­du plein de réflex­es : enreg­istr­er les numéros impor­tants, not­er l’adresse de l’endroit où je vais, lire un plan (bon, en vrai j’ai tou­jours été nulle, mais la suite va vous sur­pren­dre). C’était inviv­able pour moi et pour les autres : je stres­sais en per­ma­nence d’avoir oublié une infor­ma­tion cru­ciale, je mis­ais sur les WiFi publics avec un suc­cès très relatif, et les gens com­mençaient à être fatigués de m’attendre. Résul­tats des cours­es : l’extrême décon­nex­ion, pas un grand suc­cès. Le shlag, ça fonc­tionne mieux quand per­son­ne n’a besoin de vous join­dre.

    La déconnexion quasi totale fonctionne quand elle est préparée des mois et des mois auparavant (en apprenant aux gens à te contacter par mail, en expliquant qu'une réponse à une question autre que "on va s'boire un verre ?" peut arriver plusieurs semaines après, etc., etc.) ou quand la personne qui la pratique a une autorité morale suffisante (c'est-à-dire est une personne adorée et/ou une personne consultée pour des problèmes persos, etc.) pour pouvoir se permettre un tel comportement.


    […]

    Finale­ment, ce que je ne veux plus, c’est le tech­no­co­con : je veux que l’outil reste un out­il. Être seule sans angoiss­er. Être capa­ble de m’orienter sans suiv­re bête­ment mon GPS, sup­port­er de ne pas répon­dre immé­di­ate­ment à mes mes­sages, avoir la patience de chercher pen­dant 20 min­utes le nom de ce mec, mais si, tu sais, celui qui a écrit ce bouquin là… J’adhère beau­coup à la théorie selon laque­lle ces petits efforts fas­ti­dieux, à la fois per­ma­nents et insignifi­ants, nous aident à con­stru­ire nos briques de mémoire.

    Je pense qu'il est sain d'accepter nos imperfections d'êtres humains. On en a tou⋅te⋅s. On nous fait croire que la technologie permet de les lisser voire de les effacer. Tout ça, c'est du bluff. Je suis convaincu que la solution, c'est la tolérance. Savoir que telle personne a une mémoire vacillante et faire avec en lui rappelant gentiment ses engagements. Accepter que cette conversation va échouer car tu es incapable de te souvenir d'un fait ou d'une théorie philosophique qui aurait pu l'alimenter… tans pis, y'aura d'autres conversations, et d'ici là, y'aura le temps de chercher. Accepter qu'autrui ne soit pas à ta disposition en permanence et te réponde des semaines après.

    Je me souviens de ce mec, la cinquantaine qui m'expliquait qu'au début des années 80, il n'y avait pas le téléphone dans chaque foyer. En revanche, il y avait des cabines téléphoniques dans les rues (un appel depuis ces cabines coûtaient un bras, mais c'pas le sujet). La semaine, il bossait à 600 km de son lieu de vie, donc de sa douce. Et il m'expliquait qu'il et elle arrivaient à se synchroniser pour se téléphoner, tel jour à telle heure, entre deux cabines. Cette histoire m'a scié et m'a fait prendre conscience à quel point c'est inconcevable aujourd'hui. Justement parce qu'on vit dans la certitude que la technologie nous permettra d'avertir autrui de notre retard alors que le plus simple serait de tenir notre engagement et de tout faire pour arriver à l'heure convenue.


    Je veux aus­si con­serv­er la fric­tion que m’a enlevée le smart­phone. La fric­tion, c’est ce laps de temps lux­ueux pen­dant lequel je peux me deman­der si ce que je suis en train de faire est vrai­ment néces­saire ou intéres­sant : devoir taper mon code de carte ban­caire plutôt que de l’enregistrer, oubli­er les événe­ments pas si impor­tants, not­er le titre d’un livre au lieu d’aller voir immé­di­ate­ment de quoi il s’agit, réfléchir au mes­sage que j’ai envie d’envoyer. Pren­dre un peu de recul sur mes actes, et me deman­der s’ils me retirent ou m’ajoutent de la puis­sance.

    […] C’est la démarche qui m’intéresse d’abord : réfléchir à ce que m’apportent mes appareils, et à ce qu’ils m’enlèvent. J’y ai beau­coup gag­né en sérénité, en capac­ité à pri­oris­er mes tâch­es, en capac­ité aus­si à ne pas faire ce qui ne m’intéressait pas. Je ne me sens plus redev­able de ma disponi­bil­ité auprès de qui que ce soit, mais du coup je tiens mes engage­ments et je suis à mes ren­dez-vous. Si j’oublie de faire quelque chose que je n’ai pas pu faire immé­di­ate­ment, je con­state que c’était inutile dans l’immense majorité des cas. Je pense que tout le monde gag­n­erait à faire cette analyse pou­voir / puis­sance et réfléchir à ce qu’on fait par automa­tisme, par facil­ité ou par besoin.

    Via https://twitter.com/aeris22 .

    Wed Jun 13 21:48:12 2018 - permalink -
    - https://lapalice.fr/2018/02/21/sans-smartphone-point-de-salut/
  • L’école de commerce, fabrique de la résignation - /nick LaPalice

    J’ai repris les cours en jan­vi­er sur une « mis­sion » : c’est comme ça qu’on désigne les semaines qu’on passe à imag­in­er des solu­tions inno­vantes pour des gross­es boîtes en mal de « dig­i­tal » (parce qu’en école de com­merce, on est dig­i­taux). Et ça com­mence : la mis­sion est pour une grosse boîte de cos­mé­tiques. Objec­tif : trou­ver de nou­veaux et nou­velles client·e·s. Notre cible : les mil­lenials européen·ne·s, dans les aéro­ports.

    Dans l’idéal, il s’agit de trou­ver une solu­tion qui s’appuie sur les don­nées qu’on a sur eux pour leur pouss­er une offre au bon moment. Tous les moyens sont per­mis : col­lecte de don­nées, bea­cons qui tra­cent leur déplace­ment dans l’aéroport, app qui les flique… Pourquoi on fait comme ça ? Parce que les gens voy­a­gent de plus en plus. Parce qu’on sait qu’ils sont plus vul­nérables quand ils s’ennuient. Parce qu’on peut faire de belles cam­pagnes de dis­play grâce à ces écrans qui rem­pla­cent les affich­es. Parce que les pro­duits de beauté se prê­tent bien à l’ambiance un peu luxe de l’aéroport et du duty free. Parce qu’une entre­prise qui ne croît pas, c’est une entre­prise qui meurt, alors il faut touch­er de nou­veaux et nou­velles client·e·s, à tout prix.

    Très bien, sauf que cha­cun de ces élé­ments va con­tre tout ce que je fais au quo­ti­di­en. Je con­sid­ère l’avion comme un désas­tre écologique. Je lutte con­tre les injonc­tions à la beauté, la plu­part du temps je ne me maquille pas, je ne m’épile pas. Je lutte con­tre la col­lecte de don­nées et le pro­fi­lage qui cherche à nous attein­dre dans nos moments de vul­néra­bil­ité. Je rage sur la con­som­ma­tion élec­trique de ces cen­taines d’écrans qui sont instal­lés dans les métros, les gares, la rue, à un moment où la ten­dance générale devrait être à la décrois­sance si on voulait avoir une infime chance de lim­iter notre impact envi­ron­nemen­tal.

    Et je me retrou­ve à écouter, con­cevoir et présen­ter des plans mar­ket­ing sur la base suiv­ante : puisque ces ten­dances exis­tent, il y a de l’argent à faire dessus. Je le fais parce que c’est là-dessus que je suis éval­uée, parce que finale­ment, ce n’est qu’un jeu, on joue aux consultant·e·s et ils jouent au comex, alors ça ne compte pas vrai­ment… Mais je ne crois pas qu’on puisse impuné­ment jouer au con­sul­tant, tous les jours, sans que ça ait un impact sur la façon dont on appréhende le monde. Et même si je hais la solu­tion que je leur pro­pose, je me rends compte que je n’arrive pas à ne pas défendre sa per­ti­nence quand on la remet en ques­tion au jury d’évaluation. Même si, de fait, cette propo­si­tion est aux antipodes de la société idéale que je pro­jette (si tant est que j’en pro­jette encore une).

    […]

    C’est pour cela que je par­le de dis­so­nance cog­ni­tive. On m’évalue avec la règle tacite suiv­ante : « com­ment max­imiser le retour sur investisse­ment dans telles et telles con­di­tions ». Le pré­sup­posé : chang­er les con­di­tions n’est pas une option. Même si elles te débectent. Le tra­vail des consultant·e·s, c’est de trans­former les con­di­tions et les ten­dances en oppor­tu­nités de crois­sance, et peu impor­tent les con­séquences. Exit le recul cri­tique, exit la réflex­ion sur ce que ça fait de nous en tant que per­son­nes. Un autre point : on tra­vaille sys­té­ma­tique­ment en groupe. Insi­dieuse­ment, ça force à lim­iter la cri­tique et à agir de manière à ne pas trop ralen­tir la marche du pro­jet. On peut se plain­dre, mais pas trop – per­son­ne n’a envie d’être là de toute façon, que ce soit par flemme ou par dés­in­térêt.

    Alors, en qua­tre ans, je me suis résignée, d’autant que je sais qu’il y a de grandes chances que le reste du groupe ne partage pas mes idées. Si quelqu’un les partage, c’est peut-être pire encore, puisqu’on se retrou­ve à se regarder l’un l’autre abdi­quer sans même avoir com­bat­tu. Et voir l’autre abdi­quer valide sa pro­pre abdi­ca­tion. À quoi bon avoir des pudeurs de gazelles pour bien mon­tr­er que « non, non, nous on n’est pas comme ça ». Peu importe ce que tu es, tu par­ticipes. Qu’est-ce qu’on va faire, se met­tre en grève sco­laire pour absence d’éthique du cap­i­tal­isme ?

    […]

    Deux répons­es qu’on me fait sou­vent, c’est que je suis là pour « appren­dre à con­naître l’ennemi», une sorte de cinquième colonne qui paierait de sa per­son­ne pour mieux détru­ire le sys­tème de l’intérieur. Et la deux­ième, un peu dans la même veine, c’est que ce que j’apprends ne me con­di­tionne pas, et que ce n’est qu’un socle clos de con­nais­sances sur des domaines var­iés (mar­ket­ing, finance, etc). Ça ne m’empêche pas d’agir selon mes principes et mes valeurs. Spoil­er : ce n’est pas aus­si sim­ple.

    Il n’y a pas de cinquième colonne. Parce que la reven­di­ca­tion prin­ci­pale de ce sys­tème c’est l’absence d’idéologie – rien de mieux pour couper l’herbe sous le pied de la cinquième colonne. Faire com­pren­dre que le prag­ma­tisme est une idéolo­gie en soi, c’est long, et dans 99% des cas, ça revient à met­tre de grands coups de poings dans un bloc de gelée indif­férent. C’est facile, ça ne fait pas mal. Mais ça n’a aucun impact. Tu peux frap­per aus­si fort que tu veux, la gelée absorbe le coup, se déforme légère­ment le temps de l’impact et revient à son état ini­tial. Tu ne t’es pas fait mal, mais tu t’épuises rapi­de­ment, sans aucun résul­tat.

    Quant à con­sid­ér­er ces années en école comme un socle de con­nais­sances neu­tres, ça ne fonc­tionne pas non plus. Ce qu’on m’apprend, c’est un savoir-être, une manière de penser et d’appréhender le monde. C’est comme ça que l’école de com­merce fait son œuvre : elle t’apprend à te résign­er devant la sacro-sainte neu­tral­ité des « indi­ca­teurs», de la « mesure de la per­for­mance » ; à pass­er du souci sco­laire au sérieux man­agér­i­al, avec les con­séquences qu’on con­naît. Elle sape toute volon­té de révolte en te faisant inté­gr­er, vivre les sché­mas cohérents der­rière le sys­tème en place, que ce soit l’actionnariat, les div­i­den­des, la gou­ver­nance, les plans soci­aux, et j’en passe. En te mon­trant les rouages, en te met­tant en sit­u­a­tion, elle te fait com­pren­dre que c’est ce que toi aus­si tu aurais fait, que la déci­sion « réduire les coûts», « vers­er de hauts div­i­den­des » est la déci­sion la plus froide­ment logique dans ces con­di­tions. Et même si tu tiques, que tu dés­ap­prou­ves, on con­voque TINA : il n’y a pas d’alternative. Ou elle n’a pas sa place ici. Le cap­i­tal­isme, ça se fonde sur le cap­i­tal, et cette vérité crue s’incarne dans le fait que, majori­taire­ment, l’argent va là où l’arbitrage est le plus favor­able. Dans ces con­di­tions, pas de cinquième colonne, plutôt une cinquième roue du car­rosse. Et le car­rosse, ça ne l’empêche pas d’avancer.

    Gros +1.

    Via https://twitter.com/aeris22 .

    Wed Jun 13 21:20:16 2018 - permalink -
    - https://lapalice.fr/2018/02/06/ecole-de-commerce-fabrique-resignation/
  • A chacun ses combats juridiques... | Reflets.info

    Deux arrêts rendus le 31 mai dernier par la Cour européenne des droits de l'Homme (CEDH) sont passés un peu inaperçus. Pourtant il y avait une actualité à laquelle les relier. Dans une affaire contre la Pologne [ NDLR : heeeu ? La Roumanie, non ? ] et une autre contre la Lituanie, la Cour reconnaît que la CIA a joué un rôle dans la torture de civils, dans le cadre de son combat contre le terrorisme et que certains Etats européens, dont les deux cités précédemment, ont joué un rôle facilitateur. Cela tombe à point, au moment où les Etats-Unis nomment à la tête de l'agence de renseignement extérieur Gina Haspel, qui gérait une prison occulte pratiquant la torture en 2002.

    […]

    En ce qui concerne l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme : "Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants", la Cour estime que la Roumanie n'a pas agi contre un programme dont elle savait qu'il comportait des risques pour les personnes qui y étaient soumis et a même apporté son aide.

    […]

    Dans son arrêt sur la Lituanie, la Cour estime que la Lituanie était au courant de la présence sur son sol d'un centre de détention de la CIA

    […]

    Ce sont désormais cinq Etats européens qui ont été reconnus coupables par la CEDH pour leur participation au programme de torture des Etats-Unis : Macédoine, Italie, Pologne, Lituanie, Roumanie. Toutes décisions qui ne font ni chaud ni froid aux présidents Américains ayant succédé à George Bush, y compris Barack Obama qui s'est refusé à toute poursuite de l'Administration précédente. […]

    Suite aux attentats du 11 septembre 2001, des pays européens ont accueilli des centres de détention secrets de la CIA sur leur sol, ont facilité la torture de personnes désignées par les USA comme responsables des attentats et ont permis leur extradition vers les USA (ce qui est contraire au droit UE puisque ces détendus allaient bénéficier d'un traitement moins favorable à leurs droits humains aux USA)… sans plus de procès et sans rendre de comptes… La Cour expose bien que ces pays n'ignoraient pas ce qu'ils faisaient, donc qu'ils sont complices…

    Sun Jun 10 18:27:24 2018 - permalink -
    - https://reflets.info/articles/a-chacun-ses-combats-juridiques
  • Boys Don't Cry (film) — Wikipédia

    Vie et assassinat d'un ado américain trans. Les scènes clés de ce film sont poignantes et le contraste entre la scène la plus tragique et l'une des plus belles scènes d'amour du ciné (au moins, elle sonne largement moins faux qu'un paquet d'autres) fait aussi son effet.

    Inspiré d'un fait divers qui s'est déroulé en 1993 aux USA. 25 ans plus tard, je perçois aucune évolution de nos sociétés, sur ce sujet comme sur d'autres et je constate que la tolérance est toujours une notion abstraite. Ce film s'inscrit malheureusement dans l'actualité.

    À voir.

    Sun Jun 10 18:05:31 2018 - permalink -
    - https://fr.wikipedia.org/wiki/Boys_Don%27t_Cry_(film)
  • Mai 68. Quelques pavés sur les idées reçues

    Maître de conférences à l’université de Rouen, Ludivine Bantigny a accompli un remarquable travail d’historienne pour son livre sur Mai 68. À partir d’archives consultées dans toute la France, souvent inédites, elle s’est attachée aux luttes petites et grandes et sort 1968 des clichés entretenus par les uns et les autres.

    Première idée reçue : la France de 1968, prise dans le tourbillon des « Trente Glorieuses », se porterait bien économiquement.

    Certes, on vit dans une société bien différente de celle de l’immédiat après-guerre qui avait souffert de toutes les pénuries. Là, on a un taux de croissance qui est confortable, plutôt stable, de l’ordre de 5 % par an. Mais derrière cette croissance se cachent des inégalités sociales très profondes. 5 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, 2 millions avec des salaires de l’ordre de 400 ou 500 francs par mois, a peu près l’équivalent en euros aujourd’hui. La moitié des logements n’ont ni eau courante ni toilettes. Beaucoup de familles habitent dans une ou deux pièces à six, à huit. Il y a entre 470 000 et 500 000 demandeurs d’emploi. Évidemment par rapport aux chiffres actuels, ça paraît faible. Mais beaucoup d’entreprises ferment dans le textile, la métallurgie, la mécanique. On commence à dire que les conditions de production françaises ne sont plus assez compétitives, concurrentielles, dans un monde où le marché commun se met en œuvre, où le libre-échange se diffuse à l’échelle internationale. L’ANPE est créée en 1967. On ne crée pas une agence nationale pour l’emploi s’il n’y a pas de problème de chômage. La même année est créé le poste de secrétaire d’État à l’emploi occupé par Jacques Chirac ! Ses détracteurs l’appellent Monsieur chômage… On lit sur les banderoles de la CGT et même de la CFDT le 1er mai 68 : « Défense de l’emploi » « Non aux licenciements »…


    Les jeunes étaient moins bien payés, pourquoi ?

    Pour les jeunes, il y a l’abattement d’âge c’est-à-dire qu’ils ne touchent qu’un pourcentage du salaire des travailleurs adultes à travail égal. Concrètement, on a 16 ans et on gagne 60 % du salaire d’un adulte, à 17 ans 70 %… Ces très bas salaires pour les jeunes vont d’ailleurs être une des étincelles de la mobilisation, avant même mai 68.


    Autre idée reçue : tout commence à Paris.

    Les premiers pavés n’ont pas été lancés au quartier Latin mais à Quimper, en octobre 67, avec de grandes manifestations paysannes. À Caen en janvier-février 68, il y a des grèves très importantes de jeunes ouvriers, surtout dans les entreprises sous-traitantes de l’automobile. Les patrons avaient « délocalisé » en province, hors des bastions ouvriers traditionnels de la région parisienne, notamment dans l’Ouest. Ils espéraient que cette main-d’œuvre d’origine rurale serait plus servile, et les salaires sont beaucoup moins élevés à travail égal par rapport a la région parisienne. Ce sont ces jeunes—là qui vont se mobiliser les premiers dans une grève très dure où les rejoignent des paysans, des étudiants et des salariés du secteur tertiaire. Caen, c’est aussi une place forte de la jeunesse communiste révolutionnaire qui vient prêter main-forte aux grévistes. À tel point que le préfet du Calvados rédige des rapports quasiment chaque jour envoyés au ministère de l’Intérieur pour alerter sur cet alliage de groupes sociaux qui se rencontrent à la faveur de la grève, une situation qu’on pourrait, prévient-il, retrouver à l’échelle nationale. Pendant les événements, outre les régions très industrialisées, j’ai découvert avec surprise que, par exemple, dans les Vosges, il y avait des grèves avec occupation dans de nombreuses industries textiles, parfois implantées en milieu rural, avec dix ou vingt salariés.


    Cela nous amène au troisième lieu commun : 68 ne serait qu’un petit mouvement d’étudiants

    L’événement est défiguré partout par le discours médiatique un peu hégémonique — même s’il est en train de changer — qui dit que tout ça était une petite révolte de fils à papa qui ne savaient pas très bien ce qu’ils voulaient, qui jouaient à la révolution mais qui, ensuite, se sont bien tranquillement rangés. On a occulté pendant des décennies la grève générale, le mouvement social, les occupations d’usines, de bureaux, de magasins, de ports, de gares, de théâtres, de lycées, d’universités… Il y a eu cette occultation tout simplement pour éviter que ça ne se reproduise.


    On a aussi occulté les victimes

    Il y a quand même eu six morts en 68. Le 12 juin, par exemple, Pierre Beylot et Henri Blanchet, deux ouvriers de Peugeot Sochaux, meurent lors des affrontements avec les CRS, dont l’un d’une balle en pleine tête. Deux morts dans la plus grosse usine de France. Que fait la CGT ? Elle appelle à un débrayage d’une heure ! Ça paraît assez fou ! La grève générale du 13 mai comme la grande manifestation du même jour s’organisent contre les violences policières. Et donc on aurait pu avoir le 15 juin quelque chose d’encore plus gigantesque étant donné que, cette fois, il y avait des morts ! Eh non, il ne se passe rien. Il y a encore un peu plus de 2 millions de grévistes à cette date-là; c’est encore beaucoup même si, au sommet de la grève, il y en avait 9 ou 10 millions. Mais il s’agit de préparer les élections, et de les gagner. Donc il ne faut pas que la grève reparte.


    Le PCF et la CGT ont joué un rôle ambigu…

    La ligne du Parti communiste, c’était la voie française au socialisme. Ça ne sera pas une révolution, ça ne sera pas Pékin, ni Alger, ni La Havane, ça sera la voie française, une forme de programme commun, d’union de la gauche. Le PC est persuadé d’y arriver : les élections législatives de 67 avaient vu les différentes organisations de gauche être tout près de les remporter. Et tout ce qui peut troubler cette stratégie est dangereux. Donc les gauchistes, c’est le vocable qui revient tout le temps, sont soit naïfs, soit romantiques, soit manipulés, voire pire. Certains dirigeants du PC laissent entendre qu’ils seraient, pour certains, des flics, en tout cas qu’ils feraient le jeu du pouvoir en voulant créer une situation de guerre civile. Pareil pour la direction de la CGT, j’insiste sur le mot direction car, section par section, ça se décline très différemment. Elle met en avant des revendications matérielles, notamment des augmentations de salaire. Au-delà, le reste n’est que littérature. Le discours de De Gaulle du 30 mai qui annonce la dissolution de l’Assemblée nationale arrange bien le PC. Georges Séguy qui dirigeait alors la CGT raconte dans ses mémoires que de Gaulle lui avait expliqué : au fond, on a au moins un intérêt en commun, c’est de faire cesser cette grève, et après, on verra qui remporte les élections.


    La CFDT est sur la même position ?

    Non, à l’époque, la CFDT est très politique dans ses revendications. Elle parle clairement d’autogestion, elle pose la question du pouvoir, en lien d’ailleurs avec le FSU. Et Rocard, à l’époque, tient des discours quasiment révolutionnaires : pouvoir aux ouvriers, pouvoir aux étudiants, pouvoir aux paysans.


    Il y a aussi une grosse répression envers les immigrés

    Oui. Les étrangers sont particulièrement fichés, interpellés et arrêtés par la police. Beaucoup de militants et d’ouvriers qui viennent du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne. La répression se traduit soit par des expulsions, des centaines en juin 68 — d’où les affiches « Non aux expulsions de nos camarades étrangers » — soit par des interdictions d’accès au territoire français pour tous ceux qui ont à un moment donné quitté la France. Il y a aussi des phénomènes de solidarité : beaucoup d’étudiants qui font des collectes pour contribuer à aider les familles de grévistes, notamment étrangères et notamment dans les bidonvilles. L’exemple qui va marquer le plus les esprits mais qui n’est que l’arbre qui cache la forêt, c’est celui de Daniel Cohn-Bendit. Il se rend en Allemagne pour faire le pont avec Berlin-Ouest. Quand il veut revenir, il est interdit d’accès au territoire français. Toute la police de France et de Navarre est mobilisée. J’ai vu dans les archives les consignes du ministre de l’Intérieur, des télégrammes « très urgents » : « Tout mettre en oeuvre pour que l’individu Cohn-Bendit ne franchisse pas la frontière. » C’est ahurissant. Quand le patronat des mines de fer lorraines demande au préfet de Meurthe-et-Moselle de liquider les piquets de grève, il refuse : « Toutes nos forces sont mobilisées à la frontière pour empêcher le retour de Cohn-Bendit. »


    Quel est le rôle des étudiants dans tout ça ? Qu’est-ce qui se passe à Nanterre ?

    Nanterre est une université implantée en banlieue, au coeur des bidonvilles. Les étudiants sont tout a fait conscients d’être des privilégiés. Ils représentent une toute petite minorité par rapport à l’ensemble des jeunes. Il y a moins de 10 % d’enfants d’ouvriers, moins de 7 % d’enfants d’agriculteurs dans les facs. Parmi ceux qui se mobilisent, il y a ce sentiment qu’on ne peut pas être que des étudiants, qu’on n’est pas là pour être de futurs rouages du système, pour devenir les futurs exploiteurs des ouvriers. Il y a une conscience marxiste et libertaire très importante, et aussi très internationaliste : la solidarité internationale avec les peuples qui se soulèvent dans ce qu’on appelle à l’époque le tiers-monde, et bien sûr le Vietnam. Ce sera l’une des étincelles du 22 mars, puisque les étudiants de Nanterre décident d’occuper la tour administrative après l’arrestation de leurs camarades qui, lors d’une manifestation contre la guerre du Vietnam, ont brisé les vitres de l’agence American Express. Ils se mobilisent aussi contre le carcan moral. C’est le règlement des cités universitaires où filles et garçons n’ont pas le droit de se rencontrer, un monde de non—mixité devenu insupportable pour ces jeunes. Il y a une troisième dimension qui est l’université comme lieu de reproduction de l’élite… Beaucoup ont été marqués par le livre de Bourdieu, Les Héritiers, publié en 1965. Ces trois facteurs se regroupent dans un quatrième, la solidarité entre eux et les salariés, les facs ouvertes aux travailleurs. D’emblée, ils refusent de s’isoler du mouvement social.


    A l’inverse de la peur, des morts, vous parlez de la joie. Comment la définiriez-vous ?

    Les gens sentent qu’ils vivent un événement extraordinaire. Ils étaient isolés les uns des autres, métro-boulot-dodo, et là tout à coup, ils se mettent à parler entre eux, discutent de sujets trop rarement abordés. Ils se sentent plus forts, à la fois comme individus et comme collectif. Et puis il y a beaucoup d’humour. Siné le raconte très bien.


    Alors, 1968-2018, comparaison est-elle raison ?

    Beaucoup d’ingrédients sont réunis, même si ce n’est pas du tout la même époque, les mêmes enjeux. L’immense précarité du travail rend les jeunes beaucoup moins confiants dans l’avenir. En 68, les gens se mobilisaient en espérant vraiment que le monde serait meilleur et qu’ils pourraient le changer, avec plus de justice sociale, plus d’égalité, plus d’émancipation… Aujourd’hui, c’est quand même plus difficile d’avoir ces espoirs ! Ce qui me frappe en allant dans les Zad, sur les places occupées comme pendant Nuit debout, c’est le retour, avec les difficultés et les limites que tout ça comporte, d’une grande force d’imagination politique. Le capitalisme, en plus dans sa version néo-libérale, néo-managériale, a fait tellement de ravages qu’aujourd’hui beaucoup de jeunes se disent : « Ce n’est plus possible. » Donc ils se remettent à penser, et non seulement à penser mais à mettre en accord leurs pensées politiques et leurs pratiques.

    Cette entrevue n'en fait pas mention, mais 1968, c'est aussi la (re)naissance des envies d'aventures collectives, ce qu'on nomme aujourd'hui les sociétés coopératives (scop), par exemple.

    Dans Siné mensuel de mai 2018.

    Sun Jun 10 17:40:31 2018 - permalink -
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  • Les mots interdits par Trump

    George Orwell imaginait une dictature s’armant d’une novlangue propre à enterrer la pensée. Trump le fait ! Le maître de la Maison—Blanche tente d’évincer les mots qualifiant les problèmes de santé publique qui le dérangent.

    Aux États-Unis, le réseau des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention, CDC) est une institution des plus respectées dont l’autorité en matière de surveillance des pathologies lui vaut reconnaissance internationale. Les CDC sont particulièreménten charge de la prévention de la morbidité et de la mortalité dans les maladies transmissibles, les maladies dues à l’environnement, les maladies chroniques, les lésions traumatiques et les risques professionnels. Traduits en langage trumpien, les CDC sont des empêcheurs d’exploiter, de polluer, d’empoisonner à petit feu, de laisser mourir les malades du Sida, de la tuberculose, etc. C’est ainsi que l’on peut interpréter la décision, le 16 décembre 2017, de la direction du CDC d’interdire à ses cadres d’utiliser sept mots dans leurs écrits officiels : « transgenre », « diversité », « foetus », « le droit a… », « fondé sur des preuves », « vulnérable » et « fondé scientifiquemen » que l’on conseille de remplacer par « la science au regard des normes et des souhaits de la communauté ».

    Cette directive vaut pour les documents budgétaires, par pour les écrits scientifiques en eux-mêmes. Pour l'instant ?


    Le grand effacement

    Dans le monde du « fait alternatif » de Donald Trump — comme aime à justifier ses mensonges sa conseillère particulière, Kellyanne Conway — bannir des mots suffirait à réfuter l’existence de ce qu’ils recouvrent. En interdisant le mot « foetus », on effacerait l’avortement; en supprimant « transgenre », ce dernier devient transparent; en gommant « vulnérable », il n’y a plus ni pauvres, ni problèmes sociaux, ni victimes potentielles des armes à feu.

    Une autre piste est celle de maximiser les chances des CDC de débloquer des crédits en n'utilisant pas de mots qui font flipper les vieux réacs conservateurs du Congrès, ceux-là même qui octroient les crédits. En gros, cette directive de l'administration Trump serait dans l'intérêt des CDC. Lolilol.


    Mais quels mots choisir pour les turpitudes de Brenda fitzgerald, l’ex-directrice du CDC ? Après les mots interdits en décembre, le CDC s’est lancé en janvier 2018 dans la préparation des esprits à la guerre nucléaire, avec une conférence en ligne intitulée « La réponse de la Santé publique lors d’une déflagration nucléaire ». Son but : apprendre à planifier et préparer les interventions d’urgence en cas de détonation nucléaire. Faut-il y discerner un désir présidentiel de passer du rêve à la réalité ?

    En février, Alex Azar, secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, l’autorité de tutelle du CDC, a annoncé dans un « trumpien » parfait que les « intérêts financiers complexes » de Brenda Fitzgerald l’obligeaient à accepter sa démission. En fait, c’est le journal américain Politica qui a fait sortir les mots justes — conflit d’intérêts — en révélant que la directrice du CDC nommée par Trump avait depuis lors investi des sommes d’argent importantes dans des actions d’une multinationale du tabac, dans des laboratoires pharmaceutiques et dans une compagnie d’assurance santé.

    Dans Siné mensuel de mai 2018.

    Sun Jun 10 16:54:35 2018 - permalink -
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  • Quand Darwin plagiait Lamarck

    Les sciences n’échappent pas à deux travers des religions et de la politique : le culte de la personnalité et le plagiat. C’est le cas en biologie, dans les théories sur l’histoire de la vie. Celles-ci n’ont pas eu un essor facile : leurs découvertes, comme celles de l’astronomie, réfutent les dogmes stupides de vieilles religions jadis toutes-puissantes. Face aux évidences observées, les scientifiques maquillaient leurs découvertes si elles contredisaient les inepties des livres sacrés. Sous peine de finir cuisinés. Ainsi, quand Buffon écrivait que l’âne et le cheval auraient pu avoir un ancêtre commun, que l’on pourrait imaginer que tous les êtres vivants soient issus de transformations, c’était pour, dans le paragraphe suivant, démentir ces « hypothèses absurdes » niant la divine création.

    Lamarck a profité de la courte fenêtre de tir matérialiste de la révolution pour enseigner, en 1800, que l'histoire de la terre a duré des millions d’années et que tous les vivants sont apparus au long de généalogies parties des êtres les plus simples, eux-mêmes issus de la matière inerte. La théorie de l’évolution était écrite dès 1801 et développée dans la Philosophie zoologique, en 1809, année de naissance de Darwin. Mais l’Empire ramena les bigots au pouvoir et la Restauration aggrava les choses. Un Lamarck bashing qui persiste de nos iours !

    Un demi-siècle plus tard, après avoir admis le mérite de Lamarck, Darwin prétendit ne rien lui devoir. Son originalité en évolution se limitait pourtant à la sélection naturelle, imaginée par Malthus et volée à Wallace. Darwin a plein d’autres mérites, pas ceux—là ! Ce qui n’empêche pas un culte religieux du soi-disant « père de l’évolution » dans les pays anglo- saxons, importé en France par des intégristes darwiniens incultes.

    On en oublie même les autres apports de Lamarck, en particulier les propositions de méthode et philosophie des sciences de son dernier ouvrage, qui vient d’être republié. On y trouve aussi des observations étonnantes sur la façon dont les humains détruisaien la nature et ses espèces… en 1820 ! Et sur la façon dont le conflit entre instinct et raison les conduit à des comportements absurdes, destructeurs et compromettant l’avenir… Lamarck a inventé le mot biologie, mais pensait déjà écologie et biologie du comportement !

    Dans Siné mensuel de mai 2018.

    Sun Jun 10 16:45:00 2018 - permalink -
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  • Du CO2 sinon rien

    L'étude a échautfé les esprits. Selon plusieurs chercheurs en agronomie et en botanique, l'augmentation du CO2 dans l’atmosphère à cause du réchauffement climatique va abaisser la qualité nutritive du riz, la céréale la plus cultivée du monde. Et pas qu'un peu. D'ici à la fin du siècle, 8 % des minéraux comme le fer se seront tait la malle, 10 % des protéines et iusqu'à 30 % des vitamines B (« Science Advances », 23/5). Vous vous dites que c’est fâcheux, mais que d'ici cent ans on a le temps de voir venir.

    Sauf que, déjà, certains fruits et légumes poussent dans cette atmosphère saturée en CO2 qu'on subira d'ici une centaine années. Prenez la tomate de table. Sur les 600 000 tonnes produites tous les ans dans l’Hexagone, 10 % poussent en plein champ, les pieds dans la terre. Le reste est cultivé sur un substrat nutritif, alimenté au goutte-à-goutte, dans des serres chauffées quasiment toutes enrichies en C02.

    Le dioxyde de carbone est en effet un puissant fertilisant, qui, vaporisé dans la serre, fait grossir de 30 % les rendements. Plus la plante capte de CO2, plus elle transforme efficacement l'énergie du soleil en matières organiques. D'où l’usage de l’éclairage artifificiel, a condition de ne pas dépasser 18 heures d'affilée : si le légume n'a pas ses 4 heures d’obscurité, elle s’épuise, c'est le burn-out. La où une tomate de plein champ donne des fruits quatre mois de l'année, au rythme d’une récolte hebdomadaire la « carbonée » se cueille deux fois par semaine, 11 mois sur 12, et elle est plus grosse !

    Tout cela fait le bonheur des marchands de C02. Rien qu'en France un millier d'hectares de serres, abritant surtout des tomates, mais aussi des concombres, des poivrons et des aubergines, sont enrichis en dioxyde de carbone, et ce à des niveaux de deux à trois fois plus élevés que dans l’air ambiant actuel. Le précieux gaz, vendu liquéfié par des sociétés comme Air liquide, se négocie environ 100 euros la tonne. Sinon, dès qu'ils le peuvent, les maraîchers injectent le CO2 récupéré dans les fumées de la chaudière qui chauffe leur serre.

    Selon les rares études sur le suiet, les fruits et légumes « carbonés » contiennent moins de nutriments avec plus de sucres et de flotte. Quid des conséquences pour la santé ? L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a promis d'étudier la question. En attendant, pour la tomate, ça gaze !

    Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.

    Sun Jun 10 14:26:29 2018 - permalink -
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  • La "République islamique" qui fait de l'œil à la France

    Le régime mauritanien séduit députés et personnalités pour redorer son image et combattre ses opposants.

    C’est officiel : dans un mois, Macron va s’inviter au sommet de l’Union africaine en Mauritanie. Jolis salamalecs à Nouakchott, capitale d’un régime qui ne brille guère par sa libéralité : il vient, par exemple, de promulguer une loi rendant « obligatoire » la peine de mort pour des « propos blasphématoires ». Morbleu !

    Mohamed Ould Abdel Aziz, le président de la République islamique, s’emploie pourtant, depuis quelques mois, à rendre la devanture de son pays plus avenante. Allié de poids de Macron dans la lutte (au sein du G5 Sahel) contre Al-Qaida au Maghreb islamique et autres djihadistes, il a invité, le 30 mai, une délégation de députés français conduite par Jacques Maire (LRM). Emu, le vice-président de la commission des Affaires étrangères a salué « de réels progrès pour les populations, tant au plan de la sécurité que du développement ».

    La Mauritanie a aussi rouvert au tourisme, avec le soutien (prudent) du Quai d’Orsay, des régions jusqu’ici déconseillées. Pour illustrer cette capacité d’ouverture, elle a invité, fin novembre, trois députés En marche ! tous frais payés pour une semaine. Ainsi Jean François Mbaye (Val-de-Marne), Liliana Tanguy (Finistère) et Amal Amélie Lakrafi (Français établis hors de France) ont-ils fait la tournée des dignitaires du régime et enchaîné quelques visites culturelles, non sans séjourner en de plaisants hôtels.

    Régime sec

    Organisateur du voyage et figure de proue de l’entreprise de séduction du régime, le juriste Jemal Taleb, qui travaille à Paris dans un cabinet anglosaxon d’avocats, revendique le titre d'« ambassadeur itinérant ». Après l’escapade des trois parlementaires, il a créé le Groupe de liaison des amis de la Mauritanie (Glam), avec pour président l’ex-député PS François Loncle.

    Le Glam accueille aussi l’ancien ministre sarkozyste Eric Besson et le conseiller régional PS Ali Soumaré. Sans oublier le juge antiterroriste Jeau—Louis Bruguière, qui a officié pendant un an comme « conseiller spécial » du président Aziz. Rémunération : 100 000 euros. '

    Le lobbying de Nouakchott vise également à dénigrer deux « cibles » bien introduites en France. D’abord, Mohamed Ould Bouamatou, qui, avant de faire fortune dans la banque et le commerce de cigarettes, fut le compagnon (dans l’opposition) et le mécène du futur chef de l’Etat.

    Aujourd’hui opposant d’Aziz, ce businessman est actif à Paris. Il fait travailler des juristes, des communicants (de l’agence Havas, notamment}, des sites d’information, d’anciens policiers et des associations anticorruption telles que Sherpa, dirigé par l’avocat William Bourdon.

    Autre grand ennemi du régime : un certain Moustapha Chafi. Naguère conseiller du président burkinabè déchu Blaise Compaoré, Chafi a servi d’intermédiaire dans une série de prises d’otages au Sahel. Il faut dire qu’il connaît par leur petit nom plusieurs chefs et preneurs d’otages islamistes - l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, entre autres, avec qui il a plusieurs fois « négocié ».

    Au nom de cette proximité, Nouakchott a lancé un mandat d’arrêt international contre Chafi pour « appui logistique et financier à des groupes terroristes en activité dans le Sahel ». Problème : ce dernier a de bons amis au sein des services de renseignement français. Dur de faire de la diplomatie sans fâcher personne…

    Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.

    Sun Jun 10 14:14:59 2018 - permalink -
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  • Sénateur-trotteurs

    Toujours désireux de s'instruire, « le Canard » a mis la patte sur la liste des « invitations déclarées » par les sénateurs « effectuant des déplacements financés par des organismes extérieurs ».

    Depuis le 1er octobre 2014, une poignée de sénateurs se sont vu offrir 311 voyages. Parmi les plus invités : Jean-Marie Bockel (25 fois), Nathalie Goulet (23) et Jean-Pierre Raffarin (17). Les destinations les plus prisées de tous ces parlementaires-trotteurs sont la Chine (59 voyages), les pays du golfe Arabique (30) et l’Azerbaïdjan (23). Que des démocraties florissantes ! En revanche, l’Afrique ne fait pas partie des territoires prisés par ces messieurs-dames. Sans doute une question de confort…

    Evidemment, il est impossible d’établir le coût de chacun de ces voyages. Et encore moins de dire combien ils ont rapporté — en amendements, interventions, coups de pouce et autres — à la puissance invitante. La SNCF, par exemple, a payé à des sénateurs une quinzaine de voyages en Chine, aux Etats-Unis ou en Iran, sous prétexte d’une énigmatique « mission ferroviaire ».

    C’est pour changer les sénateurs de leur train-train ?

    Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.

    Sun Jun 10 14:03:56 2018 - permalink -
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  • (Dé)faiseurs de roi

    Henri de Castries, ancien pédégé d’Axa, qui n’a pas renoncé à peser sur la vie publique, à défaut d’avoir pu entrer dans le gouvernement fillon, s’est lancé dans la bataille du Medef. Il avait apporté un soutien appuyé au président du groupe Michelin, Jean-Dominique Senard. Avec le succès que l’on sait…

    Après la disqualification de Senard, l’assureur à la retraite a « juré », selon un connaisseur des arcanes patronales, de « se venger de ceux qui ont eu la peau du patron de Michelin ».

    Dans le viseur du fusil de ce grand chasseur : Roux de Bézieux et Saubot. Depuis décembre, Castries ne rate pas une occasion de les flinguer et roule pour un troisième homme, Patrick Martin, président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes.

    Coïncidence: Gattaz, lui aussi, roule pour Martin. Il vient même de le nommer, avec deux de ses lieutenants. au conseil exécutif qui se prononcera lors du conseil exécutif [ NDLR : sic ! ] du 11 juin [ NDLR : ce conseil émettra un avis sur les candidats à la succession de Gattaz ;) ]. Le verrouillage évitera-t-il la dérouillée ?

    Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.

    Sun Jun 10 13:58:45 2018 - permalink -
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  • Microsoft et GitHub : un mariage à 7,5 milliards $

    Miam, miam. Microsoft possède désormais physiquement les dépôts de code d'une majorité des projets libres et open source… Microsoft va probablement pourrir tout ça comme Sourceforge s'est sabordé avec de la pub puis des bundles puis des usurpations d'identité… Microsoft évoque déjà l'usage de Github comme cheval de Troie pour promouvoir ses outils de dev'… L'histoire ne se répète pas, mais elle rime…

    Microsoft dispose désormais de LinkedIn et de Github… Parfait pour fliquer la recherche d'emploi d'un⋅e dev' par les deux bouts.

    Microsoft dispose aussi d'Electron, le framework qui permet de dev' des applications de bureau multi-plateformes… Il est notamment utilisé dans l'appli Mattermost (dont on peut très bien se passer vu que ça affiche simplement une page web dans une simili-appli)…

    Et je ne parle pas des outils de gestion des dépendances (npm, bundler, pip, go) qui vont désormais tout chercher sur Github… Une dépendance qui manque (à cause d'une suppression """"accidentelle"""" d'un dépôt) et pouf de nombreux projets libres ne compileront plus… Il va falloir perdre à nouveau du temps à adapter les outils…

    Je ne parle pas des simili-sites web hébergés sur Github Pages / github.io…

    Ça devait arriver… C'était prévisible, prévu et documenté. Je ne comprends pas comment les dev' ont pu être aussi aveugles… L'humain⋅e recommence ses erreurs en boucle… Nous créons les géants qui nous piétineront allègrement juste parce que leur taille leur permet de se rendre incontournable… Pourquoi ?! Je répète une énième fois, au cas où : Internet permet d'avoir des dépôts git répartis un peu partout, c'est dommage d'avoir recours a une application centralisée aux mains d'une seule société commerciale, non ?

    Alternatives ? Héberger un gitlab ou un gogs ou en rejoindre un existant comme la communauté framagit ou, plus largement, les CHATONS.

    Mon Jun 4 20:20:34 2018 - permalink -
    - https://www.silicon.fr/microsoft-et-github-un-mariage-a-75-milliards-210459.html
  • Tête de gondole

    La dernière étude d’Oxfam (« L’Express », 23/5) révèle une flambée de l’écart entre les rémunérations des patrons du CAC 40 et celles de leurs salariés. En 2016, ces derniers ont gagné, en moyenne, 119 fois plus que leurs sous-fifres, contre 97 fois plus en 2009.

    Et quel patron a tiré le gros lot ? Ce n’est ni le milliardaire Bernard Arnault, 4e fortune mondiale, qui se verse une misère — 216 fois plus que ses petites mains de LVMH —, ni Carlos Ghosn (Renault), Jean-Paul Agen (L’Oréal) ou Patrick Pouyanné (Total) — défrayé « seulement » 123 fois plus que ses pompistes. C’est Georges Plassat, ex-pédégé de Carrefour, dont la rémunération 2016 a représenté 536 fois le salaire moyen de ses caissières ! L’étude ne dit pas à quoi pensait le génie des Caddie en inspectant ses magasins.

    Qu’on donne des brioches à ces braves gens ?

    Oui, mais tu comprends, ces gens-là ont d'énoooooooooooooormes responsabilités, ils ont le destin de plusieurs milliers de grouillots entre leurs mains, ils décident à longueur de journée, font des choix vitaux pour l'entreprise, blablabla. Sottises ! Ils ne font aucun choix, ils appliquent l'évidence pour engranger plus de profit. Si c'est évident, alors ce n'est pas un choix. Ils n'assument pas leurs prétendues responsabilités, ils se défaussent sur des notions abstraites comme la compétitivité internationale dès qu'ils doivent justifier un de leur comportement. Quant aux destins de leurs grouillots, ils s'en moquent éperdument, il n'y a qu'à voir les licenciements de masse. Qu'est-ce que qui justifie donc ces rémunérations ? Quelle est l'utilité sociale de ces personnes ? La croyance collective qu'il existe des personnes exceptionnelles, qui valent mieux que le commun des humain⋅e⋅s, qui savent prétendument prendre des décisions courageuses. Et ça, c'est profondément ancré dans la tête de chacun⋅e. Ils sont grands car nous sommes à genoux.

    Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.

    Sun Jun 3 12:34:54 2018 - permalink -
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  • Dassault d’amabilités

    Un bon bougre, au fond. Serge Dassault avait beau être le 5° homme le plus richissime de France, il était resté simple et franc du collier. Il adorait la chasse. Dans sa vaste propriété, il traquait le gros gibier du haut de la tourelle de son 4 X 4. Il disait tout ce qui lui passait par la tête. Les chômeurs ? « C’est anormal de donner de l’argent à des gens qui ne veulent pas travailler. » Le mariage hmosexuel ? « On va avoir un pays d’homos, et dans dix ans il n’y a plus personne. » Les ventes d’armes ? « Quand on vend du matériel, c’est pour que les clients s’en servent. »

    Il était très content que son fameux avion de guerre, le Rafale, se vende enfin par dizaines à l’étranger et puisse balancer des missiles dans le monde entier. Il n’avait pas d’états d’âme. C’était un polytechnicien, un ingénieur, un capitaine d’industrie, un bâtisseur d’empire. Enfin, presque. C’est à l’âge de 62 ans qu’il avait hérité celui de son père, Marcel. On le prenait pour un vieux benêt ? Il a multiplié la fortune familiale par dix. Sans prendre de gants.

    Pour lui, tout pouvait s'acheter, La démocratie ? Une mascarade : il avait corrompu des leaders socialistes wallons (et écopé de 2 ans de prison avec sursis). Pour remporter la mairie de Corbeil-Essonnes, il avait acheté des votes, puis acheté les « grands frères », qui lui promettaient la paix dans la cité des Tarterêts (l’un deux, Younès Bounouara, a pris, la semaine dernière, 15 ans pour tentative d’assassinat).

    En 2004, il avait acheté « Le Figaro », où il exposait régulièrement sa vision de la vie (supprimer les syndicats, les grèves, plein de postes de fonctionnaires).

    Il cachait au fisc des comptes à l’étranger tellement bourrés à craquer qu’en février 2017 il avait été condamné à 5 ans d’inéligibilité et 2 millions d’amende (seul son « grand âge », dirent les juges, lui avait épargné la prison).

    Son empire industriel n’aurait pu tenir sans les commandes massives de l’armée française et, donc, le soutien massif de l’Etat. Ainsi, il aimait indistinctement tous les chefs d’Etat, Chirac, Sarkozy, Hollande (dont le ministre Le Drian s’était démené avec succès pour qu’il vende ses Rafale partout). Il adorait Macron, qui a fait « en sept mois » des réformes « que la France attendait depuis trente ans ». C’était un vrai guerrier.

    La paix soit avec lui.

    Une nécrologie revigorante après l'hommage national aux Invalides et l'hommage au Sénat, tous deux absolument scandaleux et indignes car démontrant, une fois encore, que tous les comportements se valent et que l'éthique, voire même le sentiment d'humanité, n'a pas d'importance dans notre Ripoublique.

    Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.

    Sun Jun 3 12:16:02 2018 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?Ui9r2Q
  • Fichage S comme "saturation"

    Que fait la police quand elle réalise qu’elle compte trop de fichés S pour pouvoir tous les surveiller ? Elle en crée d’autres, bien sûr ! Les Shadoks ne sont pas loin…

    La semaine dernière, les 2 500 fonctionnaires du Service central du renseignement territorial (SCRT) ont été sommés par leur directeur de coller dare-dare une fiche S à toutes les personnes inscrites dans le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste.

    Petit rappel : depuis Mohamed Merah en 2012, sur les 31 terros passés à l’acte sur le sol français, 20 étaient fichés S.

    Dans sa note envoyée par courrier électronique, que « Le Canard » a pu lorgner, la cheffe de la division D3, chargée du suivi de l’islam radical, déplore le fait de comptabiliser des fiches S sur « seule- ment un individu sur trois pris en compte par le SCRT ». Effarés, les poulets du Renseignement territorial ont fait le calcul : ils vont devoir ajouter plus de 5 000 noms aux 10 500 individus déjà fichés S pour radicalisme islamiste. Et ce avant le 18 juin.

    « On va devoir inventer des prétextes pour ficher S des gens qui n’ont pas de raison de l’être, alors que l’on a déjà du mal à suivre les radicalisés dangereux », s’agace un officier du Renseignement. C’est la barbe.

    Je ne sais pas trop quoi penser de cela… D'un côté, ça illustre, une fois de plus, l'abus de pouvoir que représente le fichage S : une personne se retrouve fichée sans cause réelle voire factuelle afin de servir une politique du chiffre décidée par des trouillard⋅e⋅s qui craignent pour leur emploi si chèrement rémunérateur. Cela plaide pour l'abolition de ce système. De l'autre, cela ajoute du bruit qui complique mécaniquement la surveillance, ce qui rend le système inutile en pratique… C'est cool, mais le problème initial de l'impact sur les libertés de chacun⋅e et de la qualité du tissu social demeure entier.

    Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.

    Sun Jun 3 11:58:03 2018 - permalink -
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