Ce n'est plus le bac, c’est le paradis ! Ainsi Jean-Michel Blanquer a-t-il « vendu » aux élèves, dans une vidéo diffusée sur Twitter (10/12), sa réforme du plus célèbre des examens : « Avant, vous aviez le choix entre trois séries, qui ne prenaient pas assez en compte la diversité de vos profils et de vos envies dans la voie générale (…). Aujourd’hui, nous vous proposons de choisir trois enseignements de spécialité en première, puis deux en terminale (…), en fonction de vos goûts et de vos aspirations. » Alléluia !
L’égalité en option
Sur le terrain, toutefois, la réalité apparaît moins idyllique. D’abord, les élèves n’auront pas à faire leur choix parmi 12 spécialités, comme initialement annoncé par le ministre de l’Education —, mais, la plupart du temps, au sein du groupe composé des sept options les plus « classiques » (histoire-géo, maths, physique-chimie, sciences éco, humanités, langues et SVT). Le menu à la carte a perdu ses desserts en route !
Ensuite, alors que Blanquer promettait à la rentrée que les cinq spécialités restantes (le plus souvent artistiques…) seraient implantées « de manière à rendre plus attractifs les établissements qui en ont besoin » (« Le Parisien », 8/9), il est encore démenti par les faits. Bonne chance, par exemple, à l’élève de Seine-Saint-Denis souhaitant se tourner vers les spécialités théâtre, histoire des arts ou « littérature, langues et cultures de l’Antiquité » : le premier enseignement ne sera disponible que dans 7 lycées parmi les 112 de l’académie de Créteil, le deuxième dans 12, et le troisième dans 17…
« Les élèves des zones urbaines défavorisées et ceux des zones rurales n’auront que très peu accès aux options artistiques et aux langues vivantes hors anglais », dénonce Claire Guéville, du Snes, le principal syndicat du secondaire.
« C’est une catastrophe, renchérit Mélanie Goossens, professeure au lycée Mounier de Grenoble, car ces enseignements permettaient d’exceller à des élèves parfois fragiles dans des matières plus scolaires. » Dans son bahut, où le taux de boursiers est le plus élevé de l’académie (40 %), les options musique et arts plastiques seront supprimées à la rentrée prochaine.
Jolie façon pour Blanquer, comme il s’en est enorgueilli sur Europe 1 (16/12), de « réenclencher un cercle de confiance et de respect entre tous les acteurs de l’Education nationale ».
À Riberac, Dordogne, 4 000 habitants, la réforme du lycée, c’est pas du cinéma ! Depuis 2012,1e lycée Arnaut-Daniel propose une option facultative cinéma. Réalisation de courts-métrages, partenariat avec Arte, rencontres avec des réalisateurs (Bertrand Tavernier, Benoît Jacquot) ou un chef opérateur de Clint Eastwood, visites de la Femis… Et ça marche bien : de 21 élèves en 2012, l’option ciné est passée à 83 cette année.
Mais la réforme du lycée (lire aussi page 3) pourrait donner le clap de fin. Actuellement, les élèves d’enseignement général choisissent une filière en première (scientifique, littéraire, économique et sociale), puis passent le bac correspondant. Avec la réforme, un tronc commun et douze spécialités prendront le relais : sept classiques et cinq plus spécifiques, cinéma, notamment, lesquelles ne seront pas proposées partout. Le ministère de l’Education nationale fera attention à « soutenir les établissements les moins attractifs ou les plus isolés, avec une offre originale et diversifiée ».
De quoi réjouir le lycée de Ribérac ? Non. A sa demande d’ouverture de spécialité ciné, la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) a opposé un avis négatif. La raison principale ? Sa proximité avec Angoulême. Les lycéens intéressés par le cinéma n’auront qu’à faire 55 km (au prix de l’essence !), soit une heure de trajet. Ce qui fait sursauter Bertrand Tavernier, fervent soutien du prof qui anime la section cinéma : « Je trouve étrange de juger ce genre de sujet sur une carte, de manière kilométrique. »
Sans compter qu’à Ribérac l’aller-retour ne sera pas à la portée de tous, dans ce « lycée rural isolé avec des CSP (catégories socioprofessionnelles) plus défavorisées que les moyennes départementale et académique », ainsi que le relève le dossier monté pour obtenir l’ouverture de l’enseignement de spécialité.
Comme dans une quarantaine d’autres lycées connaissant le même genre de problème, les profs de Ribérac ont monté un collectif qui dénonce, entre autres, la « mise en concurrence des établissements entre eux ».
Un joyeux remake de « Règlement de comptes à OK. Corral » ?
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
Le gendarme du Net croule sous les plaintes.
Ça manquait un peu de gendarmes autour de Macron, ces temps-ci. Le Président s’intéresse donc à celui du numérique. Ces prochains, jours, il doit désigner le nouveau président de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil), appelé à succéder, le 1er février, àla conseillère d’Etat Isabelle Falque-Pierrotin.
Onze des dix-huit membres du conseil exécutif de la Commission doivent être renouvelés, parmi lesquels cinq personnalités qualifiées, deux conseillers d’Etat et deux conseillers de la Cour des comptes. Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat au Numérique sous Hollande, convoite la présidence, mais ses relations avec son ministre de tutelle à Bercy, un certain Macron, n’étaient pas des plus chaleureuses. Comme si c’était un handicap !
T'sais, les personnes qualifiées, c'est celles qui sont censées contrôleur la censure étatique visant les contenus pedoporn et terroristes.
Il ne déplairait pas non plus au Conseil d’Etat de conserver le poste. Fabrice Aubert, le conseiller Institutions de l’Elysée, chargé de dresser une liste de candidats, en est justement issu. Et Didier Casas, ancien conseiller de Macron sur les sujets régaliens durant la présidentielle, itou. Problème : il est aujourd’hui le directeur général adjoint de Bouygues Telecom, à un salaire autrement alléchant. Deux anciens présidents du Conseil national du numérique, Gilles Babinet et Benoît Thieulin, pourraient, eux, se voir bombardés « personnalités qualifiées ».
Le nouveau président, en tout cas, aura du pain sur la planche. Depuis l’adoption de la réglementation générale sur la protection des données, en mai, la Cnil est submergée par les plaintes de‘partiouliers : près de 10 000 à la fin de novembre — soit 84 % de plus que l’année précédente !
Sauvegarde des donnees pas donnée
Trois organismes ont aussi saisi la Commission de plaintes collectives : la Quadrature du Net a porté plainte contre Google, Amazon, Facebook, LinkedIn et Apple, au nom de 45 000 personnes ; son confrère autrichien NOYB a Google en ligne de mire, et l’anglais Privacy International vise sept entreprises collectrices à grande échelle de données en ligne. La Cnil est encore concernée par 187 plaintes transfrontalières, sans parler des explications à fournir aux particuliers ou aux professionnels sur la nouvelle législation, loin d’être limpide.
Pour cette surcharge de boulot, le gendarme du numérique va voir, en 2019, son budget royalement augmenter de… 400 000 euros. Et ses effectifs vont passer de 200 a 215 employés. Une misère, par rapport à ses homologues allemand (600 personnes) et britannique (565).
Mais il paraît que la France compte déjà trop de fonctionnaires…
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
C’est embêtant, les référendums. Voyez le Brexit, arraché par un référendum en 2016 : les Anglais ne savent plus comment s’en dépêtrer. Voyez de Gaulle en 1969. Il avait menacé de partir si le oui perdait : il est parti. Voyez le référendum sur l’Europe en 2005 : le non a si bien gagné que Sarkozy l’a glissé sous le tapis et a signé, malgré tout, le traité de Lisbonne.
C’est que le peuple est imprévisible. Le peuple n’en fait qu’à sa tête. Le peuple est un grand enfant, qu’il ne faut pas laisser jouer avec les allumettes du référendum. Alors, quand les gilets jaunes se mettent à réclamer, à grand tapage, un RIC (référendum d’initiative citoyenne), ça coince. Quoi ? Pouvoir lancer un référendum dans un délai d’un an après avoir rassemblé 700 000 signatures ? Et pouvoir ainsi modifier la Constitution, abroger une loi, bloquer un traité international, et même révoquer un élu ? Tout le monde crie au fou. Voilà qui va « percuter la démocratie participative » (« Le Figaro », 18/12) !
Tout le monde, sauf Marine Le Pen, qui l’avait inscrit dans son pro gramme présidentiel, et aussi Mélenchon, et Dupont-Aignan. Tout le monde sauf François Bayrou, pas franchement un extrémiste, et Ségolène Royal, pour qui « la démocratie participative ne s’oppose pas aux autres formes de démocratie, sociale ou représentative, mais les irrigue ». Et même Edouard Philippe, lequel avoue qu’« on ne peut pas être contre son principe », qu’il s’agit d’« un bon instrument dans une démocratie »… mais « pas sur n’importe quel sujet ni dans n’importe quelles conditions ». Le référendum, a-t-il promis, sera « un bon sujet » du grand débat à venir.
Et, pour débattre, ça va débattre ! Comment enclencher un RIC ? A partir de combien de signatures ? Par pétition électronique ? Comment s’assurer du comptage ? Quel champ de thèmes lui ouvrir ?
Demain, pourra-t-on, par référendum, rétablir la peine de mort, les 100 km/h sur toutes les routes, la clope dans tous les bistrots ? Rejeter les migrants à la mer ? Pourra-t-on interdire la fermeture d’une maternité, d’un bureau de poste ou d’une gare ? Les sujets les plus farfelus pourront-ils faire l’objet d’un référendum ?
En Suisse, pays qui pratique assidûment le référendum d’initiative populaire depuis 1893, le dernier sujet a concerné les bêtes à cornes : pour éviter que les éleveurs, pour des raisons de rentabilité, coupent leurs cornes aux bêtes, fallait-il soutenir financièrement les détenteurs de vaches, de taureaux reproducteurs, de chèvres et de boucs à cornes ? Ce 25 novembre, la proposition a été rejetée à 45,3 % de voix.…
Les Suisses sont d’une grande sagesse. Ils ont le consensus dans la peau. La démocratie directe n’y attaque pas la démocratie représentative : elle la complète. Chez eux, le référendum fait partie de la routine. S’il permet de vrais débats, il débouche rarement sur de grands changements : seule une initiative populaire sur dix aboutit. Comment cela va-t-il se passer en France, pays éruptif, épidermique, guillotineur de roi, pétainiste d’abord et gaulliste après ? Il va en falloir, des garde-fous, pour ne pas offrir un boulevard aux démagogues de tout poil ou, comme cela se passe en Californie, aux lobbys qui dépensent des dollars par millions pour défendre leurs intérêts…
Prudence : un jour, peut-être, nous voterons massivement en faveur des bêtes à cornes !
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
C'est, apparemment, l’un des pays les plus écolos qui soient. L’énergie y est fournie à 95 % par l’hydraulique. Les voitures électriques y représentent la moitié des nouveaux modèles immatriculés : un record mondial. Le centre—ville d’Oslo est en passe d’être complètement interdit aux bagnoles. Dans le classement de l’ONU, en matière d’émissions de CO2, la Norvège est classée parmi les 15 pays les plus vertueux du monde.
Mais on peut être vert à l’intérieur et noir à l’extérieur : comme le relèvent « Les Echos Week-End » (8/12), depuis la fin des années 60, la Norvège exploite à fond les gisements pétroliers au large de ses côtes. Elle vient de proposer aux compagnies pétrolières 93 nouveaux lots d’exploitation en mer de Barents. Avec les revenus du pétrole, elle s’est constitué un pactole de l 000 milliards, dont 40 sont investis dans l’industrie pétrolière. Elle ne dégage presque pas de C02, mais, si l’on tient compte des énormes quantités de carburant qu’elle exporte dans le monde entier, elle est le 7e plus gros pollueur de la planète.
Qu’importe ! le modèle norvégien continue de faire rêver : il est si vertueux que certaines plateformes pétrolières fonctionnent à l’hydroélectricité…
L'information est intéressante, mais la fin de l'article est douteuse : ho, on a trouvé un truc à redire sur la démarche d'un pays plus vertueux que le nôtre ! Cela va nous permettre de nous complaire dans notre vice en mode « Ho, toute la démarche de la Norvège n'est pas parfaite, donc il ne faut rien tenter ».
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Trumpisation des esprits triomphe dans la vieille Europe. En matière de « fait alternatif », c’est-à-dire de fausse information, Steve Bannon, ancien conseiller de Donald Trump, en croisade pour installer les fachos en Europe, est champion. Il a gagné à sa cause populo-nationaliste non seulement l’extrême droite, mais aussi la droite française. La preuve par le pacte de Marrakech, adopté le 10 décembre par plus de 150 pays. Un texte, élaboré sous l’égide de l’ONU, qui formule 23 objectifs pour faciliter l’intégration des migrants mais ne crée aucun droit de migrer et n’impose rien — « Il établit un cadre de coopération juridiquement non contraignant. Il respecte la souveraineté des Etats » (paragraphe 7 du préambule). Pas de quoi fouetter un indigène. Et, pourtant, depuis des semaines, droite et extrême droite de tous les pays accablent ce document de 41 pages, se vautrant dans la désinformation. Comme si, avant les européennes de mai, il fallait absolument agiter le spectre d’une immigration à tous vents.
Pourrait-on arrêter d'utiliser des mots dénués de sens ?! Kezako, la Trumpisation des esprits ?! Est-on sûr d'un unique lien de cause (Trump) à effet (la désinformation) ?! C'est quand même pénible…
Le député LR des Alpes—Maritimes Eric Ciotti a fait fort, qui a dénoncé « un véritable scandale démocratique » a propos d’un pacte qui va, selon lui, « à terme enlever des prérogatives de souveraineté ». La porte-parole des Républicains, Lydia Guirous, a accusé, elle, Emmanuel Macron de « trahir les Français », rien de moins, une expression déjà utilisée par Marine Le Pen. A quand le peloton d exécution ? Nicolas Dupont Aignan a assuré que le pacte « pourra[it] empêcher l’expulsion des clandestins ». Autant de mensonges proférés comme des évidences par une droite qui confond désormais allègrement vérité et intérêt électoral, comme un dénommé Donald Trump.
Correction : comme tout politicien.
Avec un certain succès sur les sites Facebook des gilets jaunes, puisque les fausses infos sur Marrakech y pululent. « Macron va vendre la France à l’ONU », « l’ONU prévoit l’arrivée de 480 millions de migrants pour détruire l’Europe ». Macron ou l’ennemi de l’intérieur qui prépare le « grand remplacement » des Français par des immigrés, fantasme cher aux fachos de tous horizons.
Trump est à l’origine de ces délires. Les Etats-Unis se sont retirés de l’élaboration du texte en décembre 2017, le jugeant contraire àla politique d’immigration de celui qui veut bâtir un mur avec le Mexique. Neuf pays les ont imités après avoir approuvé le document de l’ONU, le 13 juillet à New York, dont l’Autriche, la République tchèque, la Lettonie, la Pologne, la Slovaquie et la Hongrie.
La décision du Premier ministre belge, Charles Michel, de se rendre à Marrakech a fait exploser sa coalition gouvernementale avec les nationalistes flamands de la N-VA. Lesquels tenaient meeting à Bruxelles, le 8 décembre avec Marine Le Pen et Steve Bannon pour dénoncer le pacte… L’internationale populiste migré à travers toute l'Europe à coups de contrevérités. Et, ça, pour le coup c'est un fait établi.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Tribunal de Paris
Chaudronnier, couvreur, ingénieur, charpentier, bûcheron, cuisinier, agent de sécurité, ils viennent du Jura, de la Marne, de l’Essonne, de Reims, de Strasbourg. A part l’ingénieur, qui gagne le triple, ils vivent avec moins de 1 200 euros par mois. Et, dans le box, ils font les comptes : « 450 euros de loyer, 200 euros de crédits, et des retards de paiement, alors les taxes en plus… » Tous arrêtés le 1er décembre à Paris et jugés après trois jours de garde à vue pour « participation à un groupement en vue de commettre des violences », porteurs d’« un attirail » — masque à gaz, lunettes de piscine ou casque. L’un avait « trois cailloux », l’autre « deux embouts de tringle ».
Celui-ci, très imbibé, a collé un coup de pied dans une vitrine, qui, déjà pétée, s’est écroulée. Celui-là, accusé du vol d’un engin de chantier, l’a en réalité stoppé, alors qu’il filait dangereusement en tous sens, abandonné par « des casseurs ». Le cuisinier a raflé deux pièces de la Monnaie de Paris à 2 euros, par terre, dans l’Arc de triomphe dévasté, et comparaît pour « recel de vol », comme le charpentier, trouvé avec cinq bouteilles d’alcool près d’un magasin pillé. Aucun ne connaissait Paris « J’étais près de la Tuilerie, je crois », « J’étais perdu », « Je cherchais à me barrer du chaos, mais je savais pas où aller ».
Tous jeunes et morts de trouille, au bord des larmes. « Ces trois jours de garde à vue… jamais je n’aurais cru ça possible dans mon pays. Il y avait la gale et des gens qui se grattaient leurs boutons. » Tous ont des choses à dire. Le Rémois : « La France, je l’aime énormément, on a des belles valeurs, mais je pense qu’elles ne sont plus respectées, alors je suis venu, pour qu’on soit beaucoup… » Le gars du Jura: « On avait participé aux manifs chez nous, mais personne ne nous a répondu, on nous a ignorés, alors on est venus à Paris, près des gens de pouvoir ! » L’ingénieur : « Macron, il parle dans le vide, ne tient pas ses promesses, et on n’est pas écoutés. Mais, malheureusement, à Paris, c’était comme la guerre ! » Le bûcheron : « Quand on voit M. Macron qui touche aux retraites comme ça, c’est grave ! Alors on est venus apporter notre aide, même si c’est qu’une goutte d’eau, comme l’histoire du colibri qui essaie d’éteindre un incendie avec des gouttes d’eau ! » L’agent de sécurité : « Je suis pas violent, juste solidaire… Ben oui, pour les taxes, les hausses. Tout le monde criait : “Ramassez les cailloux !” J’ai ramassé mais pas lancé, j’ai même pas eu le réflexe de les jeter quand la police m’a arrêté… » Tous condamnés à des peines mêlant sursis et ferme à aménager. Donc libérés. Tous interdits de séjour à Paris pendant un an. « Je ne veux plus jamais y mettre les pieds… » avait déclaré le chaudronnier.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Jusqu'au 11 décember, les citoyens étaient invités à donner par mail leur avis sur le site du ministère de la Transition écologique : que pensez-vous d’un décret qui permettrait d’expérimenter, pendant trois ans et dans deux régions — la Bretagne et les Hauts-de-France —, la suppression des enquêtes publiques sur les projets d’aménagement ayant un impact environnemental ?
Cette procédure d’enquête publique, qui permet de consulter des dossiers à la mairie et d’y écrire des commentaires, serait remplacée par une simple consultation en ligne. Comme par hasard en Bretagne, avec ses élevages intensifs, et dans les Hauts-de-France, avec ses projets éoliens… Un vrai succès, cette consultation : même pas 3 000 commentaires. Unanimes (ou presque) pour hurler au « déni de démocratie ». Exemple : « Ce décret entraînera l’exclusion d’une partie de la société qui n’a pas accès à Internet, et les résultats de la concertation ne seront pas validés par le sérieux d’un commissaire enquêteur ! »
L’écran d’arrêt
Le plus drôle ? Ce décret d’application est censé étayer la loi du 10 août 2018 « pour un Etat au service d’une société de confiance », censée redonner de la voix aux citoyens. Et il succède à deux décrets du même tonneau. Le premier, daté du 4 octobre, supprime l’enquête publique en cas de changement dans les schémas d’aménagement de gestion de l’eau (Sage/Sdage). Le second, du 1er décembre, supprime aussi l’enquête publique pour les demandes de dérogation des installations classées les plus polluantes. Par exemple, les porcheries géantes.
La société de confiance est en marche…
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Ces généraux retraités sont atteints de fièvre factieuse.
La crise des gilets jaunes a filé un petit coup de jeune à un quarteron de généraux à la retraite, qui ont profité des cortèges pour se hausser du képi. Ainsi, les généraux Villiers, Tauzin et Piquemal ont entrepris — chacun de leur côté — un petit tour de piste médiatique pour voir si, d’aventure, le pays aurait besoin de leurs services… Pierre de Villiers, ex-chef d’état-major des armées, qui a démissionné en juillet 2017 après s’être fait étriller par Macron, a paradé sur France 5 et sur France Culture. Officiellement, il faisait la promo de son dernier livre, insolemment titré « Qu’est-ce qu’un chef ? ».
Viens, pu-putsch !
En vérité, le général cinq étoiles se sent pousser des ailes depuis qu’un gilet jaune a réclamé à la télé sa nomination à Matignon. « Quand la crise arrive, c’est là qu’on voit le chef », a lancé le général en bombant le torse dans l’émission « C dans l’air ». Avant d’assurer que des milliers de « personnes qui cherchent quelque chose de stable » venaient à sa rencontre lors de ses séances de dédicace, et qu’il y avait « une attente » des foules à son endroit. En avant, marche !
Plus direct, son collègue le général de division Didier Tauzin joue avec le feu. Entre deux interviews à la presse russe, ce trois-étoiles — mis en cause pour son rôle dans les opérations de l’armée française au Rwanda — a lancé, le 6 décembre, une étonnante proclamation sur Facebook. Dans cette vidéo, il avertit Macron et ses alliés : « Nous sommes quelques officiers généraux tout à fait disposés à venir vous apprendre a faire de la politique. Eventuellement à prendre votre place si vous voulez partir, ce que, je pense, vous allez faire bientôt. » Les premières notes du « Chant des partisans » ont clos l’allocution. En attendant « Général, nous voilà ! » ?
Le général Piquemal s’est, lui aussi, un peu agité. Cet ancien patron de la Légion, radié des cadres en 2016 pour avoir participé à une manifestation d’ultradroite contre les immigrés de Calais, se trouvait sur les Champs-Elysées le 8 décembre. Il a harangué ses troupes avec des propos fleuris contre l’« islamisation » et l’« immigration », avant de se dérober courageusement devant le micro tendu par France Culture. Ce qu’on appelle un « défilé » militaire.
Certains nostalgiques d’un pouvoir kaki lorgnent aussi du côté du très conservateur général Bruno Dary, ancien gouverneur militaire de Paris et ex-patron du service d’ordre de la Manif pour tous. Mais ce militaire d’élite, soucieux de ne pas perdre son poste honorifique de président du comité de la flamme — l’organisme semi-officiel qui gère toutes les cérémonies à l’Arc de triomphe —, reste obstinément aux abris.
Parader en grand uniforme, c’est quand même le plus important.
Que du beau monde, dis donc.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Le 8 décembre, à l'intérieur du Palais, Macron s’était claquemuré, prêt à toute éventualité. A l’extérieur, 8 000 flics et gendarmes… et de vieux blindés hors d’âge.
Pour reprendre l’expression bravache utilisée lors de l’affaire Benalla, Macron a vraiment eu peur qu’« ils viennent [l]e chercher ». Face à la menace des gilets jaunes, le Château s’est transformé, le 8 décembre, en un véritable château fort — dispositif inédit dans l’histoire de la République ! La veille de la manif, le dircab de Macron, Patrick Strzoda, avait adressé à ses troupes un courriel demandant à ceux qui n’avaient rien à faire à l’Elysée de rester au chaud chez eux.
Ordre inverse a été donné aux militaires et aux policiers : 500 gardes républicains du premier régiment d’infanterie, plus une petite centaine de flics et de gendarmes du Groupe de sécurité de la présidence de la République ont rappliqué. Avec tout l’arsenal nécessaire, notamment des lances à eau, pour repousser d’éventuels assaillants, des drones, pour les voir arriver de loin, tandis qu’à l’extérieur un hélico était prêt à exfiltrer le chef de l’Etat. Ne manquaient que l’huile bouillante et les archers… Le palais présidentiel était isolé au centre d’un immense no man’s land, baptisé « bunker institutionnel », englobant le ministère de l’Intérieur, la place de la Concorde et l’Assemblée nationale.
Manu-tension
Malgré le péril, Jupiter, selon plusieurs témoins, est resté de marbre toute la journée. Et la journée fut longue.
De 7 heures à 23 heures, dans le salon des Ambassadeurs, une cellule de crise a été activée, avec des conseillers à la sécurité, à la com’ et même à la surveillance numérique. Croyant dur comme fer à une déstabilisation russe sur les réseaux sociaux, l’Elysée a d’ailleurs déclenché, le jour même, une enquête de la Sécurité intérieure.
A l’extérieur du Château, les grands moyens avaient aussi été employés. Plus de 8 000 flics et pandores dans Paris et, pour le spectacle, une charge de la police montée. Le clou était assuré par des blindés : les desormais fameux VBRG, les « véhicules blindés à roues de la gendarmerie ». Fantaisie relevée par des rapports de la Cour des comptes et du Sénat, que « Le Canard » a relus : ce matériel est hors d’âge. Heureusement, il vient d’être repeint. Sûrement pour fournir de belles images à BFMTV…
Comme un dernier Baroud' d'honneur, une dernière poilade, une dernière provocation ?
Comme le soulignent les sénateurs Philippe Paul (LR) et Yannick Vaugrenard (PS) dans leur rapport pour avis au projet de loi de finances 2019, « les VBRG ne sont actuellement maintenus opérationnels que grâce à la “cannibalisation” des matériels de réforme et [au] recyclage de pièces détachées ». Selon leurs calculs, il faudrait, pour renouveler le matériel, débourser 45 millions d’euros. Vite, une taxe sur les manifs !
Quatre mains arrachées par des grenades, trois personnes éborgnées par des tirs de flash-Bal, de nombreux manifestants frappés sans ménagement… Depuis le début du conflit, les flics n’y sont pas allés de main morte avec les gilets jaunes. Plusieurs dizaines de plaintes pour « violences par personne dépositaire de l’autorité publique » ont été déposées.
A la suite de la manifestation parisienne du 8 décembre, durant laquelle plusieurs photoreporteurs ont par ailleurs été « mis en joue, pris pour cible, parfois intentionnellement, commotionnés ou molestés par les forces de l’ordre », quatre syndicats de journalistes ont demandé « des explications » au ministre de l’Intérieur et au préfet de police. Et puis quoi, encore ?
« C’est pour éviter tout malentendu que nous avons procédé à des interpellations préventives », ose une huile de Beauvau. Bilan comptable : 1 723 arrestations — dont 1 082 à Paris —, pour 904 gardes à vue ! Finalement, ce ne sont « que » 278 personnes qui ont été présentées à un juge.
Quelle déperdition…
Souvenons-nous de ce qu'est la sûreté et pourquoi les Constituants de 1789 ont trouvé vital de l'inscrire dans leur Déclaration des Droits de l'Homme : c'est la certitude que le roi ne peut pas enfermer quiconque selon son bon plaisir. Nous sommes en train d'y revenir dangereusement.
Dans le Canard enchaîné du 12 décembre 2018.
Ce film est l'une des meilleures dystopies que j'ai jamais vu. Il est très difficile de parler de ce film sans divulguer l'intrigue. Je dirais qu'il s'agit de l'élucidation de l'assassinat d'une personne membre de l'élite dans un futur où l'humanité a mal tournée, élucidation qui conduit à la révélation d'un terrible secret concernant le sort de l'humanité… Mais ce n'est pas le plus important…
Je recommande vivement le visionnage de cet excellent film.
Via DelTree.
À PARTIR D'ICI ET JUSQU'À LA FIN DE CE SHAARLI, JE DIVULGUE PLUSIEURS POINTS FORTS DE L'INTRIGUE.
Nous sommes en 2022 dans les circonstances suivantes :
Je suis forcé de reconnaître que notre monde présent coche plusieurs cases sur cet échiquier de l'inhumanité…
Les smartphones arrivent à faire une mise au point de l’image avec l’appareil photo : il y a donc un déplacement des lentilles optique.
Dans les appareils photo plus conséquents, ce sont des moteurs qui font bouger les optiques dans tous les sens (c’est même très complexe, avec des dizaines de lentilles : niveau ingénierie et physique optique, ce sont des bijoux, bref).
Dans mon téléphone, le déplacement est assuré de la même façon que vibre une membrane de haut parleur : avec un champ magnétique !
Une petite bobine fait le tour de la lentille, le tout porté par une membrane. En faisant passer un courant dedans, la bobine s’approche ou s’éloigne plus ou moins du capteur CCD (ou d’autres lentilles) et permet de faire la mise au point.
C’est brillant.
Et le petit "tic-tic" qu’on entent quand ont éteint l’appli de l’appareil photo, c’est justement la membrane qui reprend (un peu trop brusquement) sa position initiale.
Un documentaire sur les réacteurs nucléaires à sels fondus (combustible liquide). Il permet d'avoir les idées plus claires sur ce type de réacteur que certains vantent à longueur de temps à l'aide de l'argument "les méchants lobbies limitent son développement", ce qui n'est pas si simple (il reste encore des inconnues et du travail de recherche à accomplir) et qui ne résout pas tous les problèmes (notamment d'émission de déchets).
J'en recommande le visionnage, même si toute l'animation de synthèse (la fausse pub sur le Thorium qui revient en boucle, la partie de poker "nuclaire"…) est très très pénible…
Mes notes :
Par exemple, le thorium, nommé selon le dieu du tonnerre dans la mythologie nordique, peut absorber des neutrons. C'est ce que l'on nomme la désintégration radioactive. Puis, devenu de l'uranium 233, il peut fissionner. Le thorium ne convient pas pour un usage militaire : l'uranium 233 produirait des bombes qui exploseraient systématiquement trop tôt. Le thorium est présent un peu partout autour du globe, la France dispose déjà d'un siècle de réserves déjà extraites ;
Le choix civil se porte sur un réacteur uranium + plutonium à l'état solide + eau pressurisée (afin d'augmenter la capacité de dissipation thermique de l'eau en repoussant son seuil de passage à l'état gazeux) + graphite (afin de contrôler la fission, de ralentir la propagation des neutrons). Le choix civil se confond avec le choix militaire des débuts : il faut des réacteurs qui produisent plus de matière fissile (plutonium utilisé dans les bombes) qu'il en consomme. ;
Notons les avantages d'un réacteur à sels fondus + thorium :
Le Japon cesse également ses recherches en la matière… Il rencontrait des problèmes sur les alliages, problèmes déjà résolus aux USA, mais les Japonais l'ignoraient ;
Les temps ayant changé, qu'est-ce qui empêche aujourd'hui le développement d'un réacteur nucléaire à sel fondu au thorium ?
Via HS-157.
Un documentaire de 2015, rediffusé en août 2018 sur Arte, qui traite de la conception et des essais des premières bombes atomiques et thermonucléaires états-uniennes (le processus d'armement des Russes est à peine évoqué, celui des autres pays dotés de l'arme atomique ne l'est pas du tout).
Je comprends désormais l'escalade nucléaire et pourquoi, dans notre système de pensée, il n'était pas possible d'arrêter la recherche concernant la bombe : peur du nazi puis du nippon puis du soviet. Arrêter, la recherche, c'était se rendre vulnérable à la découverte d'une autre nation, la boîte de Pandore étant ouverte à l'instant même où la réaction nucléaire avait germée dans la tête de qui que ce soit et qu'une expérience avait mis en exergue la fission nucléaire…
Ce documentaire laisse également transparaître un des facteurs de la puissance des USA durant la deuxième guerre mondiale et après : l'immigration, aux USA, des intellectuels juifs européens. Le régime nazi a provoqué une partie de sa chute.
Je me rends également compte que la pensée pessimiste de John von Neumann d'une destruction de l'humanité par une absence de contrôle des instruments qu'elle a fabriqués n'est pas devenu la réalité, comme quoi le pire est quand même évitable et évité…
J'en recommande vivement le visionnage.
Mes notes :
Deux entretiens avec David Koubbi, l'un des avocats de Jérôme Kerviel dans ses procès qui l'opposent à la Société Générale.
La justice, c'est ce qui fait que je ne peux pas me comporter avec toi comme j'ai envie de me comporter si je suis dans un jour où je dévisse. C'est le truc qui fait que tu ne peux pas me tuer, que tu ne peux pas me violer, que tu ne peux pas me voler, que tu ne peux pas te comporter n'importe comment.
Alors que ces deux entretiens évoquent les réseaux, le copinage, tout ça, je constate que Thinkerview offre une tribune médiatique à son pote juste après le verdict des prud'hommes (d'autant que, dans cette entrevue, la charge contre la Société Générale est soutenue) et juste après l'appel au civil. Mais comme Kerviel ne ferait pas partie de l'élite, ça passe, je suppose. ;) Cela renforce ma position selon laquelle il y a du copinage à tous les niveaux de la société, chez les élites, chez les intermédiaires, chez les pauvres, dans les associations, etc. car c'est le propre de l'espèce humaine que d'être une espèce sociale, donc de tisser des réseaux.
Avoir mal, être découragé voire déprimé, ne plus savoir si ce qu'on fait est le bon combat, ça arrive régulièrement dans la vie d'un activiste. On peut, dans l'équipe, achopper sur des conflits humains difficiles à résoudre. C'est plus fréquent qu'on ne le croit. Dans notre milieu, ça arrive aussi de subir du harcélement. Quand on écoute parler un·e vi·eux·eille bénévole, iel aura forcément au moins une de ces histoires à raconter. On traverse tous des moments où notre propre outil de lutte, à savoir nous-même, n'est pas en forme, que ce soit pour des raisons strictement personnelles où à cause de l'environnement associatif.
La plupart de ces moments sont inévitables --j'aimerais, en ce qui concerne le harcèlement, qu'on s'enorgueillisse un jour qu'on a réussi à rendre nos espaces /safe/, parce que pour le coup ça c'est carrément superfétatoire. Cela fait longtemps que je répète que ça fait partie du pari de l'associatif, qu'on est embarqués dans un truc aussi avec notre vécu, notre sensibilité, et que le fait de nouer des liens ou que ces liens cassent, ça fait partie du jeu. Pour moi la seule question est : qu'est-ce qu'on fait de ça ? Pour moi, c'est notre responsabilité en tant que militants, de s'en soucier. Pas forcément de tout régler parce que souvent ce n'es pas en notre pouvoir, mais au moins d'écouter et d'accepter ces difficultés comme telles.
A la Quadrature comme ailleurs dans ce milieu militant, on m'avait habituée où à des réponses émotionnelles à ce type de problèmes ou très maladroites, ou assez violentes (souvent un peu des deux). Souvent, d'une manière ou d'une autre, quand une parole qui dit de la souffrance est énoncée, la réponse revient à décider de regarder ailleurs. On est très tentés, dans ce milieu, de ranger nos dissenssus et nos problèmes sous la moquette.
Plus que dans les autres sphères de la société ? De mon point de vue, c'est aussi très courant dans nos emplois, en couple (la charge mentale, par exemple, est toute aussi présente en associatif que dans un contexte conjugal) et dans la vie politicienne (broder des non-solutions techniques vite-fait, mal-fait afin de faire mine de résoudre des problèmes humains compliqués sans tenir compte des souffrances des gens auxquelles ces non-solutions vont s'appliquer, c'est la base de ce milieu). Et, dans ces sphères, on est loin d'avoir que des barbus.
Je crois que ça vient en partie du fait qu'on a dans nos milieux des gens plus ou moins à l'aise avec le fait de socialiser en général, et qui sont, j'ai l'impression, paralysés par les dissenssus, parce qu'ils ne savent pas quoi en faire, parce que c'est très compliqué à gérer. Alors, un peu comme on aurait fait une bêtise et on ne saurait pas quoi faire de la preuve, vite, on soulève un coin de tapis et on y fourre le dissensus. C'est très maladroit. Evidemment, ça ne règle rien. Parfois, des années après, quelqu'un soulève le tapis, et constate qu'il y a effectivement un cadavre qui pourrit là. On referme. Le truc peut pourrir pendant des années. Parfois il ressurgit et on se demande pourquoi diantre il y a un déchet radioactif dans le salon.
Une autre réponse, plus violente que maladroite, revient non pas à détourner le regard mais à renvoyer l'individu dans sa souffrance, en le priant de ne pas embêter les autres qui tentent de travailler. J'ai entendu ça, quand j'ai remonté à un responsable associatif un problème de harcèlement : « c'est pas l'objet de notre association ». Oui, alors. Ton association ne pourvoit pas à la survivance basique de ses bénévoles entre eux, c'est un problème. A moins de choisir et d'assumer le fait d'être une asso de « barbus » (pour dire les choses de manière assez polie), c'est même un grave problème qu'on laisse un individu faire obstacle à la diversité dans l'association.
Ce genre de réponse est assez violente, parce qu'elle a tendance à déligitimer la parole qui dit que ça ne va pas, tout en mettant l'individu de côté, un peu comme un troupeau met de côté une brebis qui boite. C'est pas nos oignons, on continue sans toi. Pour l'avoir vécu, c'est assez douloureux, la position de la brebis qui boite.
J'ai encore lu récemment que, parce que ça n'allait pas, il fallait que je cesse de travailler (sous entendu : brebis qui boite, on passe notre chemin). Non, ce n'est pas la même chose que de lire : « J'imagine que tu as besoin d'un peu de repos. J'espère que tu reviendras, vite. Est-ce qu'on peut faire quelque chose pour t'aider ? ». On se demande, assis devant le mail, si tout simplment démissionner n'est pas la meilleure solution, après tout.
/Tous/ les problèmes humains n'ont pas à être pris en compte par l'association, parfois ce sont des choses personnelles, parfois cela relève de l'intervention de professionnels de la santé mentale, mais la moindre des choses est de montrer un respect minimal pour la souffrance de l'autre et de s'inquiéter de la santé de son bénévole. Peut-être que tu ne peux rien faire d'autre qu'envoyer un potikeur par mail. Mais peut-être que c'est plus humain que renvoyer l'autre à sa douleur. Peut-être qu'il aura la sensation, au moins, de faire partie du groupe.
La pire réponse consiste à dire que ce n'est pas grave, que c'est pour le bien de la Cause. Parfois, c'est ce qui sert de justification au deuxième type de réponse. J'ai connu des responsables associatifs qui étaient vraiment dans une pensée du bénévole-jetable, qu'on use jusqu'à la couenne et qu'on rejette sur le bas côté quand il ne sert plus. Sur la base de ce type de justification. C'est extrêmement violent. Les dommages psychologiques et émotionnels sont très conséquents. Vraiment, on est plusieurs à pouvoir dire que c'est surtout un modèle à ne plus jamais reproduire.
Pour moi, la fin ne justifie pas les moyens, dans l'associatif. Si construire le monde dont on veut doit passer par le fait de causer de manière systématique des dommages psychiques et émotionnels graves aux personnes, s'il faut marcher sur les gens qui ont mal pour avancer, alors ça ne construit pas le monde dont je veux en réalité. Mon travail associatif commence par construire, à l'intérieur de l'association, une petite société un peu moins violente que celle de l'extérieur. Une petite société où l'on peut s'élever, apprendre, grandir. J'ai grandi et appris dans l'associatif. Je sais que c'est possible d'y construire ça plutôt qu'autre chose. Si mon énergie alimente au contraire une petite société toxique, alors je vais cesser d'en mettre.
Gros +1.
[…]
Dans ce contexte, j'ai pris mes billets pour me rendre à l'AG à mi-parcours de La Quadrature parce que j'ai promis que je viendrai y tenir le point sur la RP. J'avais plus ou moins anticipé de ne pas y rester, pour ne faire profiter personne de l'état de vulnérabilité intense dans lequel j'étais.
[…]
J'ai effectivement pleuré. Mais quand c'est arrivé, j'ai senti une discrète tape sur l'épaule, qui disait « je comprends que c'est pas évident, c'est pas grave si tu ne peux pas finir ta phrase » et, autour dans la salle, cette espèce d'ambiance un peu respectueuse, un peu douce, qui disait, tacitement : « hey, on est là ». Quand on s'est dit des choses très dures, quand on a posé des souffrances sur la table, on s'est tous écoutés, à chaque fois, /vraiment/, avec ce même respect un peu doux qui disait : « j'accepte cette souffrance comme telle, je l'accueille, c'est important ce qui se dit ». Sans en rajouter, sans animosité, juste, cette vraie écoute un peu chaleureuse. On a rarement été aussi justes dans la manière de traiter des problèmes humains. Justes, au sens de quand tu fais le mouvement qu'il faut, qui a la bonne dose de tact en regard de la situation. C'est la première fois que je vis ça dans une association.
Hé ben c'était très fort et très important. J'ai senti du soutien. J'ai senti de l'empathie. J'ai senti qu'on était, là, tous en train de se serrer les coudes et de faire, en fait, collectif, face aux difficultés. Paradoxalement, énoncer nos douleurs et nos difficultés a renforcé le collectif.
Les problèmes ont été énoncés, je crois qu'on a crevé quelques abcès, ce sont devenus /nos/ problèmes et /nos/ priorités. On a jeté notre ordre du jour et on a relevé nos manches pour trouver des solutions. On n'a pas encore tout résolu, loin de là, mais ce moment, ces moments même, très difficiles, sont paradoxalement mes meilleurs souvenirs de cette AG. Parce que j'ai senti cette volonté de ne pas écarter le problème parce que c'est désagréable à entendre, de ne griller personne sur l'autel de la Cause, de faire front ensemble face à ce qui faisait mal. On n'a laissé personne de côté, au contraire, on a accepté toutes ces douleurs comme étant un peu les notres et on a dit « on va faire en sorte que ça n'arrive plus ».
Alors que je ,'étais pas loin de jeter l'éponge, que je n'étais pas loin de perdre espoir, que je savais même plus s'il était une bonne chose que je reste dans ces cercles parce que je me faisais clairement du mal et que je faisais probablement du mal à d'autres, ces événements ont prouvé beaucoup de choses : notre capacité d'écoute, de bienveillance, d'empathie face à des problèmes humains (la manière dont les derniers ont été traités m'avait fait perdre toute espérance dans le fait qu'on puisse apprendre à être autre chose que maltraitants), notre capacité à faire collectif, de manière saine et chaleureuse. Tout ceci me redonnait confiance dans le fait qu'on allait effectivement s'en sortir. Qu'on allait, effectivement, surmonter ça, ensemble.
Et ça, pour moi, c'est la plus belle victoire de cette AG de La Quadrature. On a enfin appris ça. Et ça fonctionne.
Je reste sur ma faim : ce billet pose très bien le problème, présente une illustration d'une occurrence où cela a été moins mal géré au sein d'une unique association, mais ce billet fourni aucun début d'explication qui permettrait de reproduire l'illustration présentée. Dommage.
Ok, cette vidéo traîne dans un onglet de mon navigateur web depuis plus d'un an… Nan, mais très bien.
Natoo nous parle de l'énurésie nocturne chez les enfants de plus de 5 ans. Cela concernerait 6 à 8 % des enfants de 8 ans, 3 à 4 % des enfants de 10 ans et 1 à 2 % des ados de 15 ans (d'après mon calcul, en partant de ce bilan démographique, cela représente en gros 100 000 enfants chaque année, sans compter les tranches d'âges intermédiaires).
Causes : hérédité, dérèglement hormonal, maladie nerveuse, dérèglement psychologique (sommeil trop profond, peurs nocturnes, choc affectif, difficulté à discerner les rêves du réel - Natoo l'illustre très bien dans son témoignage), retard dans le développement (du corps et / ou du contrôle nerveux), malformation de l'appareil urinaire (rare), etc. Bref, ce n'est pas pour faire chier les parents et / ou un problème de discipline, comme on l'entend parfois !
Solutions : slip-alarme (pour sortir l'enfant de son sommeil trop profond, mais c'est humiliant), implication de l'enfant par une psychologie positive (comme la tenue d'un calendrier imagé - soleil quand le lit est sec, pluie quand…, ce qui est tout aussi humiliant), recours à un psychologue et / ou à une colonie de vacances spécialisée (afin de traiter les peurs et les chocs affectifs, par exemple), traitement médicamenteux (genre le Minirin(tm), pour corriger un dérèglement hormonal en retenant l'eau dans le corps, par exemple), examens médicaux (dans le cas d'une malformation ou d'une maladie nerveuse), ou même… … … attendre (dans le cas d'un retard du développement - oui, c'est aussi simple que ça, et non, ce n'est pas de la négligence envers son enfant !).
Mauvaise solution : réduire la consommation d'eau de l'enfant le soir. Cela peut conduire à des infections urinaires / rénales ! C'est d'autant plus important si l'enfant mange salé et / ou si le repas se déroule moins de deux heures avant le coucher.
Avec systemd, trois arborescences sont à considérer : /lib/systemd, /etc/systemd et /run/systemd . La première contient les descriptions des services telles qu'elles sont fournies dans les paquets logiciels. La deuxième contient des surcharges locales de ces descriptions, c'est-à-dire des annihilations ou des modifications désirées par l'administrateur système qui ne seront pas écrasées lors d'une mise à jour des paquets (et c'est l'un des apports de systemd-systemd - le gestionnaire de démarrage uniquement - par rapport à sysvinit). La dernière, contient les descriptions des services telles qu'elles sont à l'instant présent. L'ordre est important : /run/systemd surcharge /etc/systemd qui surcharge /lib/systemd.
Prenons un cas concret. Nous souhaitons modifier la description du service OpenVPN.
Nous copions /lib/systemd/system/openvpn@.service, qui est un modèle (un unique fichier de configuration qui permet de créer facilement plusieurs instances d'un même service), dans /etc/systemd/system/openvpn.service, nous apportons notre touche personnelle et nous exécutons un systemctl daemon-reload. On se rend compte que notre modification n'est pas effective. Aller, une petite systemctl disable openvpn@<nom_fichier_conf> puis une systemctl enable openvpn@<nom_fichier_conf>, ça devrait l'faire, d'autant que systemctl écrit « Created symlink /etc/systemd/system/multi-user.target.wants/openvpn@systemctl status openvpn@<nom_fichier_conf> l'affiche explicitement : c'est toujours /lib/systemd/system/openvpn@.service qui est utilisé.
La description qui fait foi se trouve dans /run/systemd/generator/openvpn.service.wants/openvpn@<nom_fichier_conf> qui est un lien symbolique vers /lib/systemd/system/openvpn@.service, la description originale fournie pas le paquet logiciel openvpn. Comment l'avons-nous su ? En nous documentant sur les arborescences utilisées par systemd. Mais la commande suivante aurait également permis de découvrir le pot aux roses : sudo find / -lname /lib/systemd/system/openvpn@.service.
Qui génère ce fichier ? Un script, /lib/systemd/system-generators/openvpn-generator, que l'on nomme générateur. Dans le cas présent, son but est de simplifier la vie en démarrant tous les VPN nommés dans /etc/default/openvpn (par défaut : tous les VPN) et pour lesquels un fichier de conf' existe dans /etc/openvpn/<nom>.conf. Pour ce faire, un lien est créé depuis /run/systemd/generator/openvpn.service.wants/openvpn@<nom_fichier_conf> vers… /lib/systemd/system/openvpn@.service. Un générateur peut aussi servir à générer dynamiquement la description d'un service. Comment avons-nous identifié le fichier qui génère les liens symboliques dans /run/systemd/generator/openvpn.service.wants ? Le chemin contient l'indication « generator ». Un générateur est fourni par un paquet logiciel. La commande dpkg -L openvpn | grep generator permet donc de l'identifier.
Tout comme il est possible de masquer la description d'un service afin de l'empêcher de démarrer même lors d'une mise à jour des paquets (dans les paquets Debian, la plupart des scripts exécutés après l'installation d'un logiciel - /var/lib/dpkg/info/openvpn.postinst, par exemple - crée un service et l'active), il est possible de masquer un générateur. Pour ce faire :
sudo mkdir /etc/systemd/system-generators/
sudo ln -s /dev/null /etc/systemd/system-generators/openvpn-generator
sudo systemctl daemon-reload
Note : la commande systemctl mask ne permet apparemment pas de travailler sur les générateurs.
Les commandes systemctl status openvpn@<nom_fichier_conf> et systemctl show openvpn@<nom_fichier_conf> confirment que la description utilisée est désormais notre surcharge locale dans /etc, avec nos modifications. \o/
Très intéressant désenfumage sur un (non-)fait d'actualité.
Rappelons que la charia s’applique dans cette région grecque en vertu des traités de Sèvres (1921 : morcellement de l’Empire ottoman, allié de l’Allemagne, défait après la première Guerre Mondiale) et de Lausanne (1923 : reconnaissance de la Turquie et nouveau découpage plus favorable). Certaines clauses de ces traités se voulaient protectrices des minorités musulmanes restées sur le sol grec après le départ des armées ottomanes. Il s’agissait de protéger la liberté religieuse des musulmans contre toute persécution possible sur le territoire grec, en rendant la charia obligatoire. Cette obligation s’imposait donc aux musulmans, mais aussi à l’État grec, afin de protéger cette minorité face à la majorité orthodoxe. Mais les faits, dans l’affaire qui a mené à cette décision de la Cour, montrent que cette protection, érigée il y a près d’un siècle dans un autre contexte, a fini par devenir un carcan dont les musulmans qui voudraient en sortir, en appliquant le code civil grec, ne pouvaient le faire. Il s’agissait d’un musulman grec qui avait rédigé un testament devant notaire en faveur de sa femme selon le code civil grec, mais ce testament fut écarté au profit de la charia, y compris par les tribunaux civils grecs. Résultat, ce sont les sœurs du défunt qui héritèrent d’une part substantielle des biens, faisant primer la charia sur la loi grecque. Impossible donc de ne pas appliquer la charia quand on est un Grec musulman.
C’est ce verrou qu’a fait sauter la Cour européenne des droits de l’homme par son arrêt si décrié du 19 décembre 2018 : toute personne musulmane souhaitant appliquer la charia en Grèce peut le faire, et ne peut en être empêchée. Mais elle doit aussi pouvoir refuser de l’appliquer, ce que n’autorisait pas la loi grecque. La liberté religieuse, c’est celle de respecter sa propre religion, mais aussi celle de s’en écarter (ce qu’on oublie souvent en France s’agissant par exemple de l’avortement), voire de ne pas avoir de religion. En ce sens, la Cour a mis fin à la charia obligatoire en Grèce.
Cet arrêt est donc très important, il a d’ailleurs été rendu par la « Grande chambre », c’est-à-dire la formation la plus solennelle de la Cour. Mais qu’est-ce que cela change du point de vue de l’application de la charia en Europe en général et en France en particulier ? Rien. Un verrou a sauté, mais aucune porte ne s’est ouverte, laissant se déverser des versets coraniques sur nos vies quotidiennes.
En France, le juge admet déjà l’application de traditions religieuses issues de la charia, tout comme il reconnaît l’application de traditions issues des religions juives, chrétiennes ou autres. Le droit français, et donc les juges, tiennent compte des traditions religieuses comme les tribunaux religieux (par exemple les tribunaux rabbiniques ou le cadi musulman notamment à Mayotte), qui règlent des conflits, généralement d’ordre familial (mariages, divorces, successions, etc.). C’est également le cas au Royaume-Uni par exemple (les Sharia Councils). Nos juges républicains sont fréquemment amenés à régler des conflits aux résonnances religieuses, et à tenir compte de règles religieuses librement appliquées par les justiciables. Ces particularismes, qui s’imposent au juge, sont une conséquence de la liberté de religion, une des grandes conquêtes de la Révolution française rappelons-le.
[…] Toutefois, bien des règles de droit françaises s’adaptent au fait religieux. Les cloches d’églises tintent pour tous (chrétiens ou non) sans que s’appliquent les lois et règlements français sur les nuisances sonores ; les dimanches ne sont pas travaillés ; les abattoirs casher et halal bénéficient de dérogations aux textes régissant l’abattage des animaux, et doivent de toute façon respecter les règles fondamentales d’hygiène (sinon le préfet doit les fermer : Cour administrative d’appel, 2018) ; la circoncision n’est pas considérée comme une mutilation au sens du code pénal ; etc.
Reste ce qu’a également rappelé la Cour européenne des droits de l’homme par son arrêt : les règles religieuses s’appliquent pour autant que les intéressés les acceptent. Et elles s’appliquent pour autant qu’elles soient acceptables dans nos sociétés. Nos tribunaux considèrent et continueront de considérer que certaines traditions religieuses sont contraires à l’ordre public et doivent à ce titre être écartées voire sanctionnées pénalement. Ainsi, la répudiation d’une femme par son mari n’est tout simplement pas admise en France parce qu’elle contrevient au principe d’égalité des époux (Cour de cassation, 2012). Il en va de même de la polygamie, qui « heurte » l’ordre public français selon le juge, d’autant qu’elle est interdite par le code civil (article 147). Autre exemple, il n’est pas possible de refuser pour des raisons religieuses une transfusion sanguine pour son enfant en danger de mort (Conseil d’État, 2002). Quant aux règles de succession, qui étaient en cause dans l’arrêt de la Cour européenne, seul le seul code civil s’applique en France.
Suite de évolution de la confiance dans une société humaine.
Folie des foules : marchés financiers, institutions, démocraties détraqués, etc. ;
Sagesse des foules : gens qui s'organisent pour se porter secours lors de catastrophes naturelles, gens qui militent pour un monde meilleur, etc. ;
Pour comprendre en partie les foules, il ne faudrait pas se focaliser sur les individus, mais sur les relations entre les individus. On utilise la théorie des réseaux pour modéliser en partie les interactions sociales.
Les gens se tournent vers leurs relations sociales pour comprendre leur monde (combien de mes amis se comportent comme ci ou comme ça ?). Si une personne focalise son attention sur une seule autre personne, grosse consommatrice d'alcool, alors elle en déduira qu'elle vit dans une société d'alcoolos, quand bien même il y aurait deux fois moins de gros buveurs dans la population. C'est l'illusion de la majorité, par laquelle on se convainc d'avoir raison, que nos idées sont les plus répandues. Ceux qui hurlent partout et tout le temps diffusent plus facilement leurs idées, par le simple fait de leur visibilité.
Nous ne faisons pas qu'observer les comportements, nous les copions. C'est la contagion. C'est ainsi que se propagent les nouvelles (« cascade d'information », comme lors du krach boursier de 2007-2008), les sentiments (joie, etc.) et les comportements (fumer, coopérer, etc.). Cependant, pour que nous nous mettions à diffuser la plupart des croyances et des comportements, il faut que nous l'ayons reçu de plusieurs personnes. C'est les contagions complexes, pour lesquelles nous avons un seuil d'acceptation non nul (si xx % de nos amis le font, on le fera), contrairement aux contagions simples pour lesquelles nous avons un taux d'acceptation nul (on gobe tout, en gros).
Les contagions complexes se propagent difficilement au-delà du premier cercle social d'une personne. Pour se propager aux autres groupes sociaux, il faut donc qu'une idée arrive au sein du groupe par plusieurs canaux / personnes.
Un grand nombre de relations sociales permet de diffuser plus efficacement une idée simple, mais cela gêne la propagation d'idées complexes. Un groupe uni résiste aux idées complexes qui mettent en péril leurs croyances. C'est l'effet de groupe. Pour casser cela, il faut créer des sous-groupes dans les groupes ou des ponts entre les groupes (des mêmes personnes dans plusieurs groupes). Cela constitue un juste milieu entre pas assez de relations sociales, ce qui empêche la contagion (par effet de seuil) et trop de relations sociales, ce qui empêche la contagion (par effet de groupe).
Nous pouvons tous agir sur ça en :
J'avais mis ça de côté il y a bientôt un an. C'est très intéressant d'écouter les journalistes à l'œuvre, car ça met en exergue leur logique, leur force de caractère, leur cheminement intellectuel, donc ça permet de leur accorder (ou non) une certaine confiance. Je conseille d'écouter les auditions et entrevues de Plenel, Arfi, Mauduit et autres. Elles se retrouvent facilement sur Youtube et autres.
De cette audition-là, je retiens une anecdote. Elle est une illustration parmi d'autres qui me permet de rire jaune avec vigueur des personnes qui exposent que mon travail de classification des journaux en fonction de mon éthique personnelle « tourne en rond » et « n'alimente pas une critique saine des médias » car l'un de mes critères (ce n'est pas le seul contrairement à ce que semble penser cette personne, dommage pour un journaliste) est l'appartenance des journaux et leur financement. Le Canard enchaîné publie une anecdote comme celle-ci au moins une fois par trimestre, ce qui tend à illustrer que ce n'est pas un cas isolé. Mais on peut continuer de prétendre l'inverse.
[…] Dans l'affaire Cahuzac, nous avions créé une sorte de petit pool informel qui se réunissait souvent le vendredi soir dans un café à côté du Louvre, au plus fort de l'affaire, quand nous étions le pire du journalisme. Le fait est qu'il y a que Mediapart qui a réussi à publier les informations, pas les autres, alors que nous mutualisions l'enquête, nous mutualisions les informations. Pourquoi ? Ce sont des questions à poser aux responsables des rédactions concernées, mais peut-être il y a-t-il des réponses toutes simples : la situation capitalistique […] de la presse en France est extrêmement compliquée. […] Quand vous avez des grands capitaines d'industrie dont le cœur de l'activité n'est pas l'information qui achètent des journaux et qui, pour partie, vivent de la commande publique pour leurs activités, ça ne crée pas un écosystème journalistique […] extrêmement sain.