Son nom est inconnu, mais on lui doit pas moins de 17 brevets pour la cryptographie de la carte à puce, celle que l'on utilise chaque jour pour régler ses achats. Jean-Jacques Quisquater est un chercheur belge à la renommée mondiale, professeur de cryptographie et de sécurité multimédia à l'Ecole polytechnique de Louvain. Cet expert en sécurité a été piraté comme un bleu par la NSA, la branche américaine des services de renseignements chargée des interceptions, avec la complicité du GCHQ, son homologue britannique. Le piratage est survenu en 2018. Le chercheur reçoit une demande d’invitation sur Linkedln. Il la refuse mais clique sur le lien pour voir le profil de la personne. Et là, un bug survient. Il oublie l’incident. Pendant des mois, son ordinateur est surveillé. Les espions prennent même à plusieurs reprises le contrôle de sa caméra et de son micro.
C’est l’Otan, à Bruxelles, organisme avec lequel il collabore, qui l’alerte que son ordinateur envoie des données de manière anormale. « Des experts l’ont analysé et se sont aperçus qu’un logiciel espion avait été installé selon la méthode Quantum Insert, décrite dans les documents révélés par Edward Snowden raconte Jean-Jacques Quisquater. En fait quand j’ai cliqué pour voir le profil LinkedIn, le logiciel espion est arrivé avant les informations du profil. LinkedIn est basé en Irlande, donc la coopération des services anglais du GCHQ était indispensable. C’est un montage très sophistiqué, complètement imparable. » Les informaticiens ne sont même pas sûrs d’avoir réussi à nettoyer l’ordinateur, et le chercheur a dû racheter une nouvelle machine…
Heeeeeu.
Une enquête a se ouverte par un procureur fédéral belge compétent dans les affaires d’espionnage. « Ma mésaventure prouve que la NSA s’active pour tenter de percer les communications sécurisées, donc qu‘espionner les spécialistes de la cryptographie est une priorité pour l'agence » analyse le chercheur.
Mouiiii, là encore, je relativise : les docs Snowden montrent aussi que l'agence n'est pas parvenue à percer les protocoles cryptographiques et préfère s'attaquer aux extrémités des communications, c'est-à-dire récupérer les informations soit auprès des GAFAM, soit sur les ordinateurs, ce qui est bien le cas ici… L'accès à LinkedIn se fait en HTTPS, donc sécurisé par le protocole TLS, mais la NSA n'a pas cassé le chiffrement alors établi pour infecter ce chercheur…
Jean-Jacques Quisquater n’est pas la seule cible belge.
D’autres experts en cryptographie et en cybersécurité ont été victimes de le même manip. Et l’opérateur téléphonique Belgacom a, lui, été hacké pendant au moins deux ans, durant lesquels ses données ont été régulièrement siphonnées ! Belgacom présente un intérêt stratégique majeur, car c’est lui qui fournit la téléphonie des institutions de l’Union européenne à Bruxelles.
Dans le numéro 149 des dossiers du Canard enchaîné.
L'État délègue de plus en plus au privé des missions de sécurité, mais pas toujours avec succès.
Le business de la sécurité est en plein essor. La menace terroriste est une opportunité très profitable pour ces entreprises toujours plus innovantes qui surfent sur la peur.
Ces dernières années, le secteur a enregistré un taux de croissance annuel de l’ordre de 5 %, selon le ministère de l'Intérieur. « Il a réalisé 21,3 milliards de chiffre d'affaires pour l'industrie et 13,6 milliards pour les services en 2016 », se félicite Thierry Vinçon, conseiller territorial auprès du délégué ministériel aux industries de sécurité au Comité de la filière industrielle de sécurité (Cofis). Le marché devrait continuer de grossir.
« On ne peut pas faire de renseignement s'il n'y a pas de surveillance. La surveillance doit être toujours améliorée », résume le ministre de la Transition écologique, François de Rugy, qui s'est penché sur le dossier quand il était président de l’Assemblée nationale.
Mais l'Etat seul n'est plus en mesure de développer les outils ultra-sophistiqués dont il a besoin. Il faut gérer des mégafichiers, avoir accès à des algorithmes pour chercher et traiter l'information disponible, intégrer des capteurs à la pointe de la technologie (caméras, instruments de recueil de données biométriques, comme les empreintes digitales, l’ADN, la reconnaissance faciale ou celle de l'iris) et disposer des logiciels informatiques adéquats. Faire appel à des sociétés privées est l'unique solution. « La logique d'arsenal où l’Etat contrôlait la production, c’est fini, assure un haut fonctionnaire du ministère de l'Intérieur. Seul le privé peut s'adapter et proposer ce dont nous avons besoin. »
TÉRAOCTETS. Encore faut-il que l’Etat ou les villes soient en mesure de penser le cahier des charges, d'élaborer les spécifications techniques, de piloter le projet et, surtout, de garantir le respect de la protection de la vie privée. Et ce n’est pas gagné… Le suivi de projet n'est parfois pas le fort des ministères. Ceux de l'Intérieur et de la Défense délèguent régulièrement leur pilotage, la « maîtrise d'ouvrage », dans le jargon, à des entreprises privées. « C'est le privé qui pilote le privé », s'étrangle un autre haut fonctionnaire. Des entreprises privées travaillent donc sur des projets ultrasensibles, comme la gestion des données de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Celle-ci a changé de braquet dans le traitement des données après l'affaire Merah, le tueur de Toulouse, en 2012. Le service renseignement s'est rendu compte quel était incapable de traiter la masse d'informations relatives au terrorisme avec ses propres outils.
La DGSI a tenté de touver la perle rare parmi les entreprises françaises. Mais, selon Patrick Calvar, son ancien responsable auditionné en 2017 par la commission d'enquête du Parlement sur les frontières européennes, c'était… mis- sion impossible. Les attentats du 13 novembre 2015 ont accéléré la prise de décision. Dans les jours suivants, la DGSI a dû transmettre en urgence 20 téraoctets (soit 20 000 gigaoctets !) de données à Europol, l'agence européenne de lutte contre la criminalité et le terrorisme, pour qu'elles y soient analysées. Europol utilisait le logiciel de Palantir, une société américaine spécialisée dans le traitement du big data. La DGSI a fini par signer, elle aussi, avec Palantir, en décembre 2016.
Confier à une entreprise liée au renseignement américain la gestion des données françaises a fait jaser. « Palantirn’a pas accès aux données collectées, [celles-ci] sont, bien sûr, stockées sur nos serveurs qui ne sont pas reliés à Internet », jure un policier. Mais la complexité du logiciel est telle que des collaborateurs de Palantir travaillent tous les jours dans les locaux de la DGSI, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine).
CAFOUILLAGES. L'Etat a aussi délégué une part de la traque des djihadistes sur le Net à des entreprises de renseignement privées. L’une d’elles, qui veut rester anonyme, crée des tracks sur des individus suspects à partir de leur activité sur des sites Web islamistes, sur les réseaux sociaux ou encore dans les commentaires de vidéos mises en ligne sur YouTube. Le logiciel apprend à reconnaître les islamistes grâce à un dictionnaire de « mots suspects ». Par exemple, un tweet est dit « djihadiste » s'il contient des mots-clés comme « koufar » (mécréant) ou « djihad ». « Une fois qu’une personne est déclarée ”suspecte” par l’informatique, des analystes lisent ses tweets ou ses commentaires, et nous décidons, si le caractère djihadiste est confirmé, de mettre en place une surveillance spécifique. En parallèle, nous menons une enquête pour définir le niveau de risque de la personne et tenter d'évaluer un projet de passage à l'acte terroriste », explique un responsable.
La course technologique des acteurs de la sécurité a connu de nombreux cafouillages ou échecs. Citons Cheops, le fichier des enregistrements opérationnels de la police ; le réseau de communication radio Acropol, aux bugs récurrents ; ou encore le système d'alerte attentat que le ministère de l'Intérieur a abandonné en mai, après avoir dépensé 300 000 euros.
Un projet a aussi défrayé la chronique, celui de la plateforme nationale des interceptions judiciaires (Pnij). Son développement avait été confié à Thales, et la plateforme devait entrer en service en 2013. fin 2017, elle accumulait toujours les bugs.
La Cour des comptes s'est penchée, en avril 2016, sur ce qui, « au terme de dix années d’une préparation particulièrement laborieuse », est un fiasco. « Le choix de faire héberger la Pnij non par l'Etat mais par un prestataire privé suscite des interrogations auxquelles la Cour, à l'issue de son contrôle, n’a pas pu obtenir de réponse. »
La preuve que le privé n'est pas forcément la panacée et que la privatisation de la lutte antiterroriste n'est pas une garantie d'efficacité.
Dans le numéro 149 des dossiers du Canard enchaîné.
Les systèmes de reconnaissance faciale sont de plus en plus prisés par les services de sécurité.
Souriez, vous êtes scanné ! Avec la mise en place des systèmes de reconnaissance faciale et des réseaux de caméras intelligentes, il va devenir difficile de faire la gueule. La Chine est aujourd'hui à la pointe avec son « réseau céleste » de 175 millions de caméras — bientôt 450 millions — couplées à des intelligences artificielles (IA) qui repèrent les contrevenants dans la foule. Plusieurs pays européens ont déjà commencé à tester ce type de système.
L’identification n’est pourtant pas une sinécure. Un test d'identification automatique de suspects par caméra effectué par la police britannique au cours du carnaval de Notting Hill en 2017 a donné 98 % d'erreurs, selon un rapport de l’ONG Big Brother Watch. Malgré tout, le programme britannique FaceWatch est en plein essor : les caméras de vidéosurveillance de plus de 10 000 commerçants sont connectées aux services de police.
CHAMPIONS. La publicité pour le système est sans équivoque : « Facewatch est une plateforme sécurisée qui utilise la technologie de reconnaissance faciale pour prévenir, decourager et protéger de manière proactive les entreprises contre le vol (…). Elle a fait ses preuves pour arrêter le crime avant qu’il ne se produise. »
La police britannique a obtenu quelques succès, mais modestes. A Cardiff, au pays de Galles, en mai 2017, un homme recherché a été interpellé lors de la finale de la Ligue des champions. Son visage, filmé par une caméra installée sur le toit d’une fourgonnette de police, a été identifié par un logiciel de reconnaissance faciale de l’entreprise japonaise NEC. Hourra !
En Allemagne, un test a été effectué dans le hall de la gare de Südkreuz pendant six mois, avec une base de données de photos « offertes » par quelques centaines de voyageurs volontaires. Le but était de vérifier la capacité des caméras du système à repérer les personnes enregistrées dans la base de données.
En France, officiellement, l'aéroport de Roissy — après avoir galéré avec ses bornes Parafe (« passage automatisé rapide aux frontières extérieures »), qui enregistraient les empreintes digitales des passeports — passe à l’identification faciale avec un nouveau système, vendu par Morpho (filiale de Safran), le fleuron français de la biométrie. L'engin scanne désormais la photo du passeport biométrique du voyageur pour le contrôler automatiquement. L’aéroport de Nice vient de faire de même. Mais se contenter de laisser une machine analyser une photo de passeport n’est pas à la hauteur du génie français, qui mise aussi sur d'autres technologies de détection du crime.
RIXE. Depuis les attentats de 2015, la SNCF teste un système de détection des comportements suspects par caméra de vidéosurveillance. La RATP vante, quant à elle, son système d'intelligence artificielle, qui, connecté à son réseau de caméras, peut — avec plus ou moins de succès — détecter automatiquement une rixe, un colis suspect, une intrusion dans un tunnel ou un mouvement de panique. Les fraudeurs ou les fumeurs hors zone autorisée devraient certainement se retrouver, eux aussi, détectés et tracés par l'IA du réseau de transport parisien, si la technologie continue de « tenir ses promesses ».
Le ministère de l’Intérieur, par la voix de son chef, Gérard Collomb, a annoncé cette orientation d'« IA comportementalistes » lors du « Bilan sur la sécurité 2017 » : « En matière d'exploitation des images et d’identification des personnes, on a encore une grande marge de progression. L’intelligence artificielle doit permettre, par exemple, de repérer dans la foule des individus au comportement bizarre. »
fiASCO. Le premier flic de France avait déjà exprimé son intérêt pour les technologies de surveillance à capacité prédictive quelques mois auparavant, dans une interview au titre évocateur : « A délinquan- ce numérique, réponse numérique ». A la question « Travaillez-vous sur des projets de police prédictive ? », le ministre s'était félicité de l’avancée des travaux sur le sujet : « Nous allons développer des outils d’aide à la décision (…), nous allons analyser les données avec de l’intelligence artificielle pour être encore plus efficaces. Une expérimentation a ainsi été lancée dans 11 départements. » La police prédictive, renommée « outil d’aide à la décision », est, en réalité, pour l'heure, un logiciel d'investigation — Morpho Video Investigator — qui relie le plus d’informations possible sur des suspects potentiels pour les suivre à la trace via les réseaux de caméras. La police française s'en est équipée en 2016.
Les systèmes de surveillance par caméra — pilotée par une intelligence artificielle — se spécialisent de plus en plus dans la prédiction des crimes et sont vendus comme tels aux gouvernements désireux de « prévenir le terrorisme, la délinquance et le crime ». Les aéroports américains ont implanté des réseaux de caméras de détection des « comportements terroristes » dans plusieurs aéroports depuis une dizaine d’années, et, malgré un fiasco qui ne se dément pas — avec des faux positifs en pagaille —, ils sont toujours en place.
Tout le monde est donc prévenu, en particulier la France, qui, avec son fichier biométrique Titres électroniques sécurisés (TES), lequel contiendra, à terme, les faciès de 60 millions de ses citoyens au format numérique, a une marge très importante dans la mise en œuvre d’une reconnaissance faciale automatisée de sa population. Avec tous les risques pour les libertés que cela soulève.
Dans le numéro 149 des dossiers du Canard enchaîné.
Dès qu'ils mettent un pied dans le système scolaire, nos enfants sont fichés, et ça continue tout au long de leur scolarité.
Résultats scolaires insuffisants ». « Manque de sérieux et d ’impfication ». Ces constats de la préfecture du Rhône auraient pu valoir à un lycéen de Saint-Bel, près de Lyon, un aller simple pour le Rwanda. Ce n'est que grâce à la mobilisation de ses profs et de ses camarades que le préfet lui a généreusement octroyé un titre de séjour de six mois.
Cette banale histoire s'est déroulée en mai 2016. Banale, car un préfet peut légalement fouiner dans un fichier scolaire et exploiter le commentaire subjectif d'un proviseur zélé pour juger d'une demande de régularisation. Ce n'est qu'une petite illustration de la capacité de l'Education nationale à se transformer en succursale du ministère de l'Intérieur. En effet, l'institution scolaire déploie depuis vingt ans un maillage informatisé de plus en plus serré pour suivre à la trace près de 13 millions d'élèves (de la maternelle au lycée).
Si la scolarité est obligatoire à 6 ans, le fichage s'impose trois ans plus tôt, dès l’entrée en maternelle. Chaque enfant reçoit alors un beau petit matricule, nommé « identifiant national étudiant » (INE). Un fil à la patte qui le suivra durant toute sa scolarité, jusqu'à ses études supérieures et même au-delà, dès qu'il voudra suivre une formation professionnelle…
Rappel : la scolarisation n'est pas obligatoire, c'est l'instruction qui l'est ! Elle peut avoir lieu dans des écoles publiques, dans des écoles privées sous contrat avec le sinistère, dans des écoles privées hors contrat, en famille, etc.
Cet INE, conservé dans un répertoire national, est encore plus sournois que le numéro de Sécu. L'usage de ce dernier est ultra-encadré par la loi. Généré à la naissance, il n'est utilisé qu'après la majorité. L'INE est un identifiant « pivot » qui permet l’interconnexion de tous les fichiers scolaires. De la maternelle au CM2, l’application Onde (outil numérique pour la direction d’école) catalogue l'enfant et ses parents, puis, en sixième, le fichier Siecle prend le relais jusqu'à la terminale. En bout de course arrive Parcoursup, qu'on ne présente plus.
DÉCROCHEURS. Un autre « sas » de tri informatique est moins connu : Affelnet, utilisé pour le passage de l'école au collège et du collège au lycée. Comme l'APB (admission postbac), que Parcoursup a remplacé, Affelnet peut opérer, lui aussi, un discret mais radical tirage au sort pour l'affectation au lycée. Sans que le ministère ait jamais eu besoin de s'en justifier. Pas vu, pas pris !
D'autres bases de données jalonnent le parcours parfois chaotique des élèves. Comme le suivi de l'orientation (SDO), sous-fichier de Siecle, dédié au repérage des élèves « décrocheurs ». Sans le savoir, ces derniers sont ensuite inscrits d'office dans Parcours 3, fichier déployé dans toutes les missions locales pour l'emploi. Données qui alimenteront leur potentiel futur dossier de chômeur (coucou, Pôle emploi !).
Citons aussi les espaces numériques de travail (ENT), promus par des boites privées qui les vendent aux collèges et aux lycées. Pratiques, ils gèrent les devoirs, les notes, les conseils de classe et peuvent garder en mémoire les sanctions disciplinaires… Et papa-maman sont prévenus par SMS dès que leur rejeton sèche les cours. Bonus : des logiciels d’accès biométriques à la cantine caftent si l’élève saute son déjeuner !
Et la loi, dans tout ça ? Rien n’oblige le ministère de l’Education nationale à recueillir au préalable l‘accord des parents. En revanche, obligation lui est faite d'informer les familles avant d’enregistrer la moindre donnée. Or, lors de chaque rentrée, les informations légales sont soit inexistantes, soit parcellaires. Y compris sur le fameux matricule INE, lancé en 2006 puis généralisé en 2012.
Enfin, la loi prévoit bien un « droit d'opposition ». Mais les quelques parents à l'avoir exercé, y compris devant les tribunaux, se sont fait envoyer paître pour « motifs illégitimes ». Une situation que dénoncent de rares syndicats (SUD, CNT, CGT) ainsi qu'un collectif de parents et de profs créé en 2008, le Collectif national de résistance à Base élèves (CNRBE). Ces grincheux sont d'autant plus furax que la dernière « innovation » du ministère, le livret scolaire unique numérique (LSUN), qui a débarqué en catimini en septembre 2016, cumule toutes les tares. « Unique », car il s'impose du CP à la troisième. Fichage « sensible », dénoncent ses détracteurs, car ce « carnet de notes 2.0 » garde en mémoire d'éventuels retards dans l'acquisition de certaines « compétences ».
REGTEURS. « Avec le LSUN, le livret scolaire n’appartient plus à la famille mais à l’Etat », dénonce le CNRBE. De quoi en faire un véritable « casier scolaire », embraient les syndicats précités. Lesquels ajoutent qu’avec le LSUN « l’école s’adapte de plus en plus aux exigences du marché du travail ». Sorte de CV imposé avant l’heure, ce « livret partagé » répertorie aussi le comportement des élèves (« vie scolaire »), leur assiduité (« absences non justifiées »), tout comme certaines données vraiment sensibles car touchant à leur santé ou à leurs handicaps (jusqu’aux dispositifs d'aide dont ils pourraient bénéficier).
Outre le déficit cruel d'information, le droit à l'oubli n’est pas prévu au programme : le bilan de fin de cycle 2 (CP-CE1-CE2) se retrouvera dans le livret scolaire du lycéen en seconde, soit huit ans après. Problème : le ministère avait promis que le LSUN ne garderait en mémoire que quatre années de scolarité. Questionnée sur ces infractions manifestes, la Cnil n’a pas moufté.
Le ministère de l’Education nationale justifie l'existence de tous ces fichiers par le « pilotage pédagogique » et la prévision des effectifs ». Pour cela, les recteurs et les ministres n’ont pas besoin de connaitre l‘identité des élèves. Or ces fichiers sont bien nominatifs. Sur ce point, la France a toujours snobé le Comité des droits de l'enfant (CDB) des Nations unies, chargé de vérifier l'application de la convention du même nom. Par deux fois, en 2009 et en 2016, le CDE l'a exhorté à « n’entrer dans ses bases [scolaires] que des données anonymes »… Cause toujours !
Dans le numéro 149 des dossiers du Canard enchaîné.
Les portiques écotaxe ne sont pas perdus pour tout le monde, ils peuvent servir à fliquer les voitures.
Qui est au courrant que les portiques écotaxe, ces colonnes aux multiples caméras qui surplombent certaines routes et autooutes gratuites dont on dit qu'ils sont en train de rouiller depuis l'enterrement — à plus de 1 milliard d’euros — du projet de taxe des poids lourds, en 2014, sont en fait bien utilisés ? En l'occurrence, ils le sont, faisant office de mouchards, pour les douanes et leur intermédiaire, la police. Qui sait que les radars automatiques ne servent pas seulement à contrôler la vitesse ?
Dans le premier cas, la nouvelle finalité des 142 équipements encore en place, selon le dernier décompte disponible, n’a tout simplement jamais été officialisée ; dans le second, les autorités se gardent bien d'en parler.
13-NOVEMBRE. Dans le rapport 2016 de la commission d'enquête parlementaire sur les moyens mis en œuvre par l’Etat pour lutter contre le terrorisme un pavé de plus de 1400 pages), une seule petite phrase en fait mention. « On nous a expliqué, lit-on dans le compte rendu d‘une audition à huis clos (et donc épuré avant sa publication dans le rapport), que les radars automatiques avaient également été utilisés dans la nuit du 13 novembre », après les attentats de Paris et de Saint-Denis, en 2015. C'est l'ancien député PS Sébastien Pietrasanta, également rapporteur de la mission, qui prononce cette phrase. Joint par « Le Canard », il ne pensait pas que l'information, dont il assure ne plus se souvenir en détail, avait été conservée dans le rapport, car « on avait bien conscience qu'elle était sensible ».
Et pour cause : le Palmipède a pu établir que, cette nuit-là, toute une partie des radars avait été reparamétrée, avec un seuil de détection abaissé, afin de flasher tous les véhicules en circulation, et non plus seulement ceux en infraction. Ce qui revient à détourner de sa finalité le système de contrôle automatisé et, donc, toutes les données collectées par son intermédiaire, ce qui est interdit par la loi, même en état d‘urgence. Un tel détournement, à l'insu de tous les usagers, n'est-il vraiment arrivé que cette fois-là, dans des circonstances qui pourraient, pour beaucoup, le justifier ?
En 2006, c’est le ministère de la Justice qui, pour la première fois, évoque, dans une circulaire, cette utilisation des radars « à des fins étrangères à la sécurité routière » et mentionne ces demandes des services d’enquête qui souhaitent « localiser un véhicule déterminé ». Le centre de Rennes, où sont traités tous les clichés pris par les appareils, y a consacré « 18 % de son temps », début 2005, et ces « demandes (…) risquent de ne cesser d'augmenter », y est-il précisé. La circulaire recommande « que les services enquêteurs ne sollicitent [le centre] qu'avec parcimonie », soit uniquement « dans le cadre des enquêtes relatives à des infractions présentant une particulière gravité (criminalité organisée, trafic de stupéfiants, qualifications criminelles…) », « à la condition que l’information recherchée constitue une réelle plus-value pour l’enquête », et « sous réserve que les enquêteurs possèdent des éléments précis d’identification du véhicule ».
Depuis cinq ans, ces « services enquêteurs » n’ont plus à passer par Rennes, qui, comme le prévoyait la circulaire, n'arrivait plus à suivre l'afflux des réquisiions. Une application informatique a été « développée afin de procéder à leur automatisation », confirme le ministère de l’Intérieur.
PHOTO. Baptisée en interne « Adoc » (Accès aux dossiers des contraventions), l'application rassemble toutes les informations contenues dans les messages d'infraction (MIF), qui transitent par Rennes — chaque flash de radar, chaque faute relevée, que ce soit après une interpellation ou par la vidéosurveillance, constitue un MIF. Sauf que chaque MIF ne se transforme pas systématiquement en PV ! Une photo inexploitable, un numéro d'immatriculation mal certains MIF se révèlent intondés.
Que le fichier inclue ainsi des MIF erronés renvoyant à des usagers qui n'ont peut-être commis aucune infraction rend son utilisation problématique mais n'émeut guère la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), le gendarme des données personnelles. Quant aux portiques écotaxe, leurs caméras sont dotées d'un système de lecture automatique de plaques d'immatriculation (Lapi) et peuvent ainsi relever les numéros de tous les véhicules passant par là. Rien de plus simple, ensuite, que de trouver les noms, date et lieu de naissance, adresse, numéro de permis de conduire des titulaires des cartes grises… « Il n’existe aucun projet de réutilisation par les services dela police et la gendarmerie nationales », se défend le ministère de l'Intérieur. Circulez, y a rien à photographier ?
À propos de LAPI : LAPI : les futurs lecteurs automatiques de plaques d'immatriculation des forces de l'ordre.
Dans le numéro 149 des dossiers du Canard enchaîné.
Dans la forêt de Hambach, en Rhénanie, des militants ont construit des cabanes dans les arbres pour empêcher leur destruction.
D’un côté, 150 « activistes » perchés depuis des mois à la cime des arbres. De l’autre, le conglomérat, fournisseur d’électricité de Rhénanie-Westphalie (RWE), du gros calibre, et son soutien politique, le non moins puissant Land du même nom. Au centre, une forêt, celle de Hambach, de 12000 ans d’âge, déjà réduite à une centaine d’hectares, ceux-là mêmes qui gênent l’extension de la plus grande mine de charbon à ciel ouvert d’Allemagne, près d’Aix-la-Chapelle.
Depuis quatre ans, des militants se sont installés dans cinquante et une cabanes dans la forêt de Hambach. Particularité de ces cabanes : elles sont construites dans les arbres, à quinze, voire vingt-cinq mètres de hauteur, de quoi avoir le vertige en préparant son p’tit déj. Du solide, habitables à demeure, des toiles pour se protéger de la pluie, des traverses et ponts de singe pour les relier les unes aux autres. Les rebelles se croyaient à l’abri dans leurs tranchées aériennes. Mais l’assaut a eu lieu en septembre.
Les forces d’intervention (3 500 hommes annoncés) n’ont pas lésiné. Arrivées avec leurs grues de chantier qui s‘élèvent à hauteur, elles se retrouvent face aux irréductibles. Pris de panique, l’un d’entre eux chute et meurt huit jours à peine après son dix-huitième anniversaire. L’émotion est forte.
Les cabanes détruites tombent à terre dans un fracas de branches et de planches cassées.
Non loin de là, un cratère de 350 mètres de profondeur où les bulldozers géants continuent à laminer la terre pour dégager le charbon de lignite, une cochonnerie, et s'approchent de plus en plus de la bordure du massif forestier.
D'après une enquête Emnid, les Robins des bois de Hambach ont l’opinion publique avec eux, laquelle s’oppose majoritairement à l’abattage. Comme pour Notre-Dame-des-Landes, l’affrontement se porte au juridique. Les Amis de la terre arguent du fait que la forêt, ou ce qu’il en reste, recèle des espèces protégées, si bien que RWE a pour l’instant interdiction de défricher.
L’appui populaire ne faiblit pas. Un rassemblement, dans un premier temps interdit par la police, réunit 15000 personnes en octobre, et la décision est cassée par le tribunal d’Aix-la-Chapelle. Dans les arbres, les opposants reconstruisent, mais la police rôde en permanence dans les parages.
L’ogre RWE joue sur l’habituelle ficelle : le non-abattage lui fait perdre 100 millions d’euros et renoncer peu à peu au fossile, ce qui entraîne des pertes d’emplois et l’augmentation du prix de l’électricité. Alors que, si l’on tient compte de tous les coûts induits, on sait qu’elle est déjà bien plus chère que celle issue des renouvelables.
Oui, le calcul est valable si et seulement si l'on tient compte des externalités négatives.
Le gouvernement allemand sent quand même le vent du boulet : il a nommé une commission chargée de déterminer une date de sortie du charbon. Calmons-nous. 2030, 2040 ? En attendant, le fossile charbon et ses centrales font aujourd’hui de l’Allemagne le pays le plus polluant d’Europe.
La forêt n'est pas la seule concernée : des populations ont été déplacées et leurs villages détruits. Exemple : Immerath, qui est en cours de démolition afin de permettre l'extension de la mine de charbon de lignite de Garzweiler.
Dans le Siné mensuel de décembre 2018.
Franchement, vu ce qu'on voit à la télé… On a quand même raison de voter ce qu'on vote !!!
Gros +1. Rien de nouveau, mais je trouve ce dessin très bien fait.
Dans le Siné mensuel de décembre 2018.
J'ai un avis défavorable concernant ce projet. J'ai des doutes sur l'indépendance de la structure porteuse et sur l'enfermement des journalistes participants dans un entre-soi à cause de la concentration.
Les autorités russes se sont trouvé de nouveaux ennemis de l'intérieur : les anars. Ils auraient formenté des attentats terroristes pendant la Coupe du monde. Portrait de deux militantes qui se battent pour les sortir de ce mauvais pas.
Un type louche scrute sa maison depuis le trottoir d’en face. Katya nous dit avoir gardé son calme. Elle a attrapé son téléphone pour tirer le portrait de l’indiscret. Celui-là, elle l’a déjà vu dans la rue. Sans doute un agent du FSB, les services secrets russes. Sur le moment elle s’était demandé s’il la suivait ou si elle devenait parano.
Yekaterina Kosarevskaya, « Katya », a 27 ans. Sur ses photos de profil, un air grave assombrit ses traits encore juvéniles. Doctorante en mathématiques, elle enseigne la théorie des probabilités a l’université. Mais ce ne sont pas ses recherches qui intéressent le FSB. En 2015, Katya et son amie Yana Teplitskaya, également mathématicienne, ont été nommées à la Commission de contrôle public des lieux de détention (ONK), une sorte de contrôle des lieux de privation de liberté, en version bénévole.
« Je m’étais impliquée aux côtés de familles de migrants incarcérés dans l’attente de leur expulsion : ça m’avait beaucoup touchée. Je voulais faire plus pour la défense des prisonniers », nous explique Katya, par téléphone, en anglais. « Cela faisait plusieurs années qu’on voulait intégrer l’ONK avec Yana, mais il fallait avoir 25 ans. » Quelques années et des tonnes de paperasse plus tard, les deux amies sont mandatées pour quatre ans. « On a eu de la chance. Il y a peu de place pour les activistes des droits de l’homme dans la Commission. Nous sommes trois sur vingt-cinq membres », ajoute-t-elle.
Ces organisations régionales ont vu le jour en 2009 pendant la brève parenthèse Medvedev, dix ans après le dépôt d’un projet de loi par un député de l’opposition. « On peut y voir une volonté d’adaptation aux normes internationales », explique Anne Le Huérou, maîtresse de conférences en civilisation russe à Paris-Nanterre. Dans les faits, il y a de quoi décourager les plus motivés. « Les membres de ces organisations sont à peine indemnisés pour leurs trajets, ils doivent couvrir des régions parfois très reculées et sont soumis à des pressions. La majorité d’entre eux sont des vétérans des services pénitentiaires ou des policiers retraités qui se contentent de relayer des problèmes matériels, ou d’organiser des collectes de livres pour les détenus. »
Plusieurs fois par semaine, quand d’autres vont patiner ou se détendre aux bains, Katya et Yana visitent des cellules de garde à vue ou des hôpitaux psychiatriques. « La première fois, l’administration de la prison s’est montrée très aimable. On nous a montré la salle de réfectoire, le terrain de foot… Le ton et un peu changé lorsqu’on a commencé à collecter des plaintes et à leur demander certains documents », se souvient-elle. « Pour éviter qu’on nous cache des détenus, on ne prévient de notre arrivée par téléphone que cinq minutes avant. Mais le plus ennuyeux, c’est qu’on ne peut ni enregistrer les témoignages ni prendre de photos. Ce serait plus pratique pour dénoncer les tortures. »
Coup de jus et coup monté
En janvier dernier, elles sont les premières à révéler des actes de torture des services secrets sur des activistes antifascistes : « Depuis, on a eu six autres affaires. J’ai dû mettre ma thèse entre parenthèses. » Tout a commencé par le coup de fil inquiet d’une jeune femme qui les appelle à l’aide. Son mari, Viktor Filinkov, un Kazakh de 24 ans, a disparu alors qu’il se rendait à l’aéroport Pulkovo de Saint-Pétersbourg. Ce militant antifasciste travaille dans la programmation informatique en Russie depuis plusieurs années. Katya et Yana retrouvent sa trace deux jours plus tard, au centre de détention provisoire de la ville.
Elles le découvrent épuisé, le visage tuméfié. Méfiant, il leur raconte qu’il s’est cogné par accident. « Nous y sommes retournées le lendemain. Là, il nous a montré des marques de brûlures sur tout son corps », révèle Katya. Viktor leur confie avoir été embarqué par des agents du FSB et avoir été examiné par un médecin avant d’être torturé pendant plusieurs heures dans une fourgonnette au beau milieu de la forêt. Roué de coups, électrocuté, il cède rapidement : « Je criais : “Dites-moi ce que je dois dire, je dirais tout ce que vous voulez”, mais ils ne se sont pas arrêtés. » Le calvaire continue jusqu’à ce qu’il retienne par coeur le témoignage qu’il devra livrer aux enquêteurs en charge de l’affaire Réseau. Viktor Filinkov est accusé d’appartenir à une organisation anarchiste clandestine, le Réseau, qui aurait préparé des attaques terroristes pendant la Coupe du monde de football. Pas moins de onze jeunes âgés de 20 a 27 ans provenant de Saint-Pétersbourg et de Penza, à 700 km au sud-est de Moscou, sont ainsi soupçonnés d’appartenir au Réseau, arrêtés et torturés. Dmitriy Pchelintsev, 26 ans, détenu à Penza : « Quand ils m’ont électrocuté, j’ai serré la mâchoire tellement fort sous la douleur que mes dents se sont cassées dans ma bouche ».
Pour les ONG de défense des droits de l’homme, l’affaire Réseau a tout l’air d’un coup monté. « Ledit Réseau a été ajouté à la liste des organisations terroristes après les arrestations. Tous les aveux ont été obtenus sous la contrainte. Les protagonistes ne se connaissent même pas pour la plupart », constate Coline Maestracci, de l’ONG Anti-Discrimination Center Memorial, basée à Bruxelles. « C’est une façon d’envoyer un signal fort avant les élections : cela peut arriver à n’importe qui. »
« Nous avions déjà documenté des cas de mauvais traitements dans des commissariats et de viols sur des détenus en garde à vue, souvent des SDF… Nous sommes même poursuivies pour diffamation par des policiers, raconte Katya. Mais c’est la première fois que l’on implique les services secrets et que l’affaire prend autant d’ampleur. » Après la publication de leur rapport, Katya et Yana sont harcelées par les médias pro-Poutine, accusées de « défendre des terroristes ». Le FSB garde le silence. « Beaucoup disent que les services secrets préfèrent rester dans l’ombre et cultiver cette image effrayante. La peur joue à leur avantage », remarque Katya. Est-ce qu’elle est en danger ? « Non, assure-t-elle. Parfois des gens me suivent, parfois non, mais c’est tout… » En Russie, tout comme le concept de droits de l’homme, celui de la peur est à géométrie variable.
Dans le Siné mensuel de novembre 2018.
Tous les élèves de cours préparatoire et de CE1 ont été évalués en début d’année scolaire. Non seulement la pertinence de ces tests est contestée par les enseignants mais, surtout, les résultats sont conservés par le géant Amazon. Etonnant, non ?
Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, est un fervent défenseur des tests à tout-va. Les dernières évaluations des élèves de CP et de CE1 se sont achevées avec leur lot d’absurdités.
Ainsi, l’énoncé commun aux CE1 (les gamins ont 7 ans !) parle de « sommeil paradoxal » ou de « glande pinéale » du cerveau. Des exercices prétendument rédigés par les « meilleurs scientifiques » et sélectionnés par le ministre en personne ! Jeanne, professeure des écoles dans le 19e arrondissement de Paris, raconte : « On a vu des enfants pleurer devant leur copie car ils ne comprenaient rien. Ils pensaient qu’ils allaient être grondés. » Le SNUIPP-FSU, principal syndicat des enseignants du premier degré, s’insurge en pointant du doigt ces méthodes qui ne respectent pas « les apprentissages réels des élèves ». Et ajoute que « ces évaluations placeront artificiellement la majorité d’entre eux en situation d’échec et de stress important ». Les résultats de cette année sont peu reluisants. Un élève sur deux a des difficultés en calcul mental en début de CE1 et 23 % des élèves de CP ont des difficultés à reconnaître les lettres et le son auquel elles correspondent. La solution du ministère ? Blanquer annonce sans rire que les professeurs disposeront d’un « kit pédagogique sur Eduscol.fr pour faire avancer les élèves sur les différents sujets ». De quoi remonter le moral des instits !
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Une enseignante référente pour les usages du numérique (Erun) a découvert que les données récoltées auprès de 1,6 million d’écoliers sont stockées et gérées par Amazon, en Irlande, en violation du règlement général sur la protection des données (RGPD) en vigueur depuis le 20 juin [ NDLR : c'était le 25 mai… ]. Étrange coïncidence : l’ancien directeur du numérique à l’Éducation nationale, Mathieu jeandron, a justement été embauché par Amazon Web Services au printemps dernier. Ce choix est une suite logique dans le parcours de ce polytechnicien qui poussait pour que les outils pédagogiques Google for Education et Microsoft for Education soient largement utilisés dans nos écoles. Alerté, le ministère se défend en avançant que « dans le cadre du processus d’évaluation des élèves, […] Amazon Web Services n’ont [pas] accès aux données à caractère personnel des élèves ou des professeurs ». Reste la durée de conservation de ces données. Le ministère ressort son bouclier et explique qu’elles seront anonymes dès la cinquième année après la sortie de l’élève du circuit scolaire. Donc, les résultats avec nom, prénom, année de naissance et plus si affinités resteront accessibles pendant les cinq premières années après la scolarité. Adieu l’anonymat. Surprenant quand on connaît les craintes de fichage de nos bambins par les Gafam (Google-Amazon-Facebook-Apple-Microsoft).
D'autant que l'anonymat sera bidon : il est très difficile d'anonymiser des données, c'est-à-dire de faire en sorte qu'une désanonymisation a posteriori soit impossible… Surtout quand le prestataire dispose de la version "non-anonymisée" dont il peut bien faire ce qu'il veut, une copie, par exemple.
Le site web est désormais derrière Amazon CloudFront, le CDN d'Amazon, donc il est difficile de vérifier dans quelle zone géographiques sont situés les serveurs qui hébergent physiquement ce site. Mais, si l'on en croit les quelques infos techniques mises de côté par le syndicat SNUIPP-FSU, le site web était bien hébergé dans la région « eu-west-1 », qui correspond bien aux trois zones de disponibilité en Ireland. Le lieu concret de l'hébergement est insignifiant, le problème est politique, il est qu'un ministère français ait recours a une multinationale étrangère toute puissante qui fraude le fisc pour stocker des résultats d'examen…
Dans le Siné mensuel de novembre 2018.
Quand elle ovule, la femelle hippocampe cherche un mâle dans la poche ventrale duquel elle va injecter ses nombreux ovocytes qui seront fécondés par un ruissellement de sperme dans l'eau de mer de la poche. C'est une fécondation interne, mais dans l'eau de mer, et un transfert de grossesse à un père porteur dont le bide enfle tandis que celui de la nana se vide. Après le développement des œufs en petits hippocampes, le mâle accouche douloureusement jusqu'à 2500 bébés, et s'écroule après ! Quand on pense que certains râlent parce qu'ils ont des jumeux et que d'autres trouvent que les PMA, c'est pas naturel…
Chez d'autres poissons, comme les épinoches et les combattants, le père chasse la femelle du nid après la fécondation, sinon elle mange les œufs. Il s'occupe ensuite des œufs et des jeunes sans manger, avec dévouement, jusqu'à ce qu'ils nagent de leurs propres nageoires. Il y a aussi des animaux qui élèvent leur jeunes en couples temporaires, rarement permanents. Mais chez la plupart, les pères ignorent leur descendance et souvent s'en régalent, à l'état d'œufs ou de jeunes. Bref, la nature c'est pas la manif pour tous ! Celle-ci n'est pas non plus le modèle social courant chez les primates, humains ou non.
Chez la plupart des singes, l'identité du père est inconnue et le petit n'a aucun moyen d'identifier son ascendance. Selon les espèces, les mâles s'occupent volontiers, ou pas du tout, des jeunes de la troupe. Les patas, gorilles et bonobos pratiquent une paternité sociale collective. Tandis que chez les orangs-outans, c'est père inconnu et chez les gibbons, un papa, une maman, un enfant. Comme nos derniers ancêtres communs sont les chimpanzés, les bonobos et les gorilles, nos structures sociales, très diversifiées, dérivent de celles de ces ancêtres communs. Il n'est donc gère étonnant que bien des sociétés humaines pratiques des paternités sociales, collectives ou non, indifférentes à la paternité biologique. D'autres ont des familles monoparentales, et la tendance au machisme est quasi générale ! Ce qui ne veut pas dire qu'il ne faut pas lutter contre, mais que ce sera difficile… Et puis, on ferait bien aussi de s'inspirer de ces sociétés où les seuls pères reconnus sont ceux qui s'occupent, seuls ou à plusieurs, des gamins, et non ceux que la recherche technologiques de paternité traque, parfois jusqu'à l'absurde.
Dans le Siné mensuel de novembre 2018.
[…] La frontière n'est pas une ligne ; C'est une organisation diffuse, qui traite les humains au gré des intérêts dominants économiques et identitaires. […] La frontière n'existe pas ; La frontière est partout en chaque dispositif de contrôle de la dérive, de l'errance, du libre mouvement qui est l'essence même de la vie ;
Le mot péjoratif « Cagole » tirerait son nom :
Parlons du prénom Fanny :
Les premières dénoncent taxes et nouveaux remboursements imposés par Macron. Le second des dépenses et frais démesurés. L’exécutif mène aux points.
Durant des semaines, les dirigeants des assurances-santé et des grosses mutuelles ont cru qu’ils pourraient jouer les gilets jaunes et gagner, eux aussi, du pouvoir d’achat. Résultat : ils ont fini en guenilles, le 20 décembre.
Leur bras de fer commence en réalité le 13 juin, quand Macron annonce le futur remboursement à 100 % des lunettes ainsi que des prothèses dentaires et auditives. Ce joli coup politique reste en travers dela gorge des patrons de complémentaires. Et ils le font savoir. Car, si la Sécu réglera l’essentiel (750 millions d’euros), leurs boîtes devront débourser 250 millions.
Mi-novembre, Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, se targue d’avoir amadoué les leaders du marché. Las ! dans la foulée de Mercer (mutuelle des petites et moyennes entreprises), les autres complémentaires annoncent une augmentation de leurs tarifs : entre 3 et 6 % pour la plupart, certaines grimpant jusqu’à 20 % !
Festin mutualiste
Aussitôt, Buzyn crie au sabotage. A ses yeux, le reste à charge zéro — « RAC 0 » pour les intimes — voulu par Macron sert d’alibi aux complémentaires pour remplir leurs caisses. Très spontanément, les dossiers gênants sortent des placards. Exemple : le patron du modeste groupe mutualiste des intermittents du spectacle, qui s’octroie un salaire trois fois supérieur à celui du directeur de la Caisse nationale d’assurance-maladie. D’ailleurs, le « club des 100 000 », réunissant les patrons de mutuelles — à vocation non lucrative — qui, chaque mois, dépassent ce salaire, est prospère. D’année en année, au gré des fusions et des acquisitions voulues par Bruxelles, son effectif grossit.
Les dépenses de sponsoring sont, elles aussi, dénoncées. Aesio, qui, après sa fusion avec la Macif, est devenu le deuxième groupe mutualiste (et le plus généreux avec sa direction), collectionne les mécénats : foot avec l’AS Saint-Etienne (ville natale du président, Maurice Ronat), rugby avec le Racing Club de France et… peinture via le musée d’Orsay. Début juin, Aesio a entièrement loué ce dernier pour un raout fastueux, au cours duquel Ronat a vitupéré ce gouvernement, étrangleur de mutuelles. Pourquoi Orsay ? « Ses collections couvrent la période 1848-1914, qui correspond à l’émergence du mouvement mutualiste », explique Aesio. L’expo « Renoir/Renoir », qui se tient jusqu’au 27 janvier, est financée par le groupe. A la fin de sa vie, Jean Renoir, le fils, en pinçait plutôt pour l’extrême droite antisémite. Pas très mutualiste…
Le RAC qui fait raquer
Des fortunes sont également englouties par les complémentaires dans le vélo (AG2R, avec 10 millions pour le seul Tour de France), dans la voile (Matmut, 5 millions d’euros) et, aujourd’hui, dans la télévision (Mutuelle de la police nationale). Ces caprices de nouveaux riches font le bonheur des proches d’Agnès Buzyn, qui rappellent que les frais de gestion des complémentaires s’élèvent à 20 %, contre 4 % pour la Sécu.
Fort (entre autres) de ces arguments, Macron, qui a rencontré ces philanthropes le mardi 18 décembre à l’Elysée, a pu les convaincre de faire un effort. « Je veux votre engagement que vous gèlerez vos cotisations en 2019 », a-t-il réclamé. Il leur a laissé deux jours pour s’exécuter. Prière exaucée, sauf qu’à peine sorti du Château un petit malin confiait au « Canard » : « On s’est engagés pour 2019. Or le plan RAC 0 se met en place jusqu’en 2021. » En clair, il restera deux ans pour se rattraper.
Au sein de la Fédération des mutuelles de France, l’amertume n’est pas dissipée : « Nos frais de gestion, tempête son président, Jean-Paul Benoît, ne sont pas comparables à ceux de la Sécu, qui ne fait que du remboursement. Nous, nous gérons des centres de santé, notamment dans les déserts médicaux. Ils représentent 90 % de nos dépenses. En plus, les mutuelles paient une TVA à 20 %, soit autant que les produits de luxe. Et [dans notre fédération] nous ne sponsorisons ni la voile ni le vélo. » Il renvoie la balle à Macron : « Le poids des taxes que nous colle le gouvernement est passé, en douze ans, de 1,75 % à 14,07 % des cotisations. Ainsi, en 2019, les mutuelles vont être taxées à 0,8 % pour payer un forfait aux médecins traitants. »
Selon un autre dirigeant d’une mutuelle « de gauche », le RAC 0 ne coûtera pas 250 millions aux complémentaires mais… 600 millions ! « Les mutuelles de taille moyenne qui sont obligées de respecter les directives européennes leur imposant de constituer d’énormes réserves vont être étranglées », hurle-t-il.
Les assurances et les grosses mutuelles n’oseraient tout de même pas en profiter ?
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
Voilà un journalisme de piètre qualité… Ça te sort deux chiffres (20 % contre 4 %), sans expliquer ce qui est mesuré (20 % de quoi ?!), sans citer la source, ça interroge une seule des deux parties intéressées par ces chiffres, et ça te laisse conclure. On ne va quand même pas expliquer quoi que ce soit au citoyen, il risquerait de comprendre ! Je conchie ce journalisme vite-fait mal-fait qui n'aide pas le citoyen à décider ni à s'émanciper !
Je pense que tout débat sur les chiffres est inutile. La question n'est pas de savoir qui a la plus grosse entre la Sécu publique ou les complémentaires privées, mais de savoir de quel mode de vie, de quel modèle de société nous voulons : une société plus égalitaire ou une société dans laquelle chacun paye un prix strictement indexé sur ses risques de santé (les "sans défauts" payent que dalle, les "multirécidivistes du défaut de fabrication" payent à plein tarif) ? Attention au piège : les sans défauts d'aujourd'hui ne le resteront peut-être pas jusqu'à la fin de leur vie.
Malgré cette idéologie présente en moi, j'ai eu envie de creuser ce "20 % contre 4 %" et les arguments avancés par le président de la fédération des mutuelles. Ce que je peux dire, c'est que c'est un véritable merdier de s'y retrouver… Je ne conçois vraiment pas comment le citoyen peut faire un choix éclairé avec tout ça… Chaque "partie" arrive avec ses chiffres, ses méthodologies de calcul, ses biais de raisonnement, ses biais de présentation, etc.
22 %, c'est la part moyenne des frais dans le montant hors taxes des cotisations relatives à un contrat individuel d'assurance-santé calculée par l'UFC-Que Choisir dans son étude de juin 2018 à partir de contrats d'assurance-santé existants en 2018. Il y a plusieurs réseaux de mutuelles, plusieurs types de contrats (individuel, collectif), plusieurs contrats, etc., ce qui fait qu'il s'agit d'une moyenne avec un écart type plutôt costaud. La médiane est de 20,4 %.
L'UFC mélange les frais de gestion (« dépenses mises en œuvre pour effectuer les remboursements »), les frais d'acquisition (« dépenses opérées par les organismes pour recruter de nouveaux clients ») et les autres frais généraux non liés à la publicité et à l'exécution des garanties dits frais administratifs (salaires, système d'information, etc.). Par simplicité, j'écrirai « frais de gestion » pour désigner l'ensemble de ces frais, sauf mention contraire explicite.
Notons qu'en 2012, la fédération nationale de la mutualité française évaluait la part des frais de gestion à 17 % du montant des cotisations. On est donc sur un chiffre plutôt similaire des deux côtés. \o/
Toujours selon l'UFC, les cotisations à une complémentaire santé, taxes comprises, ont augmenté de 47 % en moyenne entre 2006 et 2017. Notons qu'afin de lisser l'effet de l'augmentation du nombre de personne couvertes par une complémentaire santé, l'UFC raisonne en termes de cotisation par personne.
Les complémentaires santé dénoncent les taxes de l'État comme facteur d'augmentation des leurs cotisations. Si l'on prend en compte la TSA, taxe unique en vigueur depuis 2011 qui fusionne les deux taxes existantes dotées d'un taux similaire, et dont le taux n'a pas augmenté depuis fin 2011 (alors que les cotisations continuent à augmenter…), alors la hausse moyenne du montant des cotisations entre 2006 et 2017 s'élève à 33 % (source : toujours la même étude de l'UFC). Notons que le taux de la TSA est variable : contrat "normal", contrat "responsable", etc.
Cela représente deux fois le taux d'évolution de l'inflation sur la même période qui est de 14-15 % (source). L'inflation est une moyenne de l'augmentation du prix TTC (source) d'un ensemble de produits sélectionnés, donc le prix de certains produits peut avoir diminué pendant que les prix d'autres produits peut avoir augmenté. Il n'empêche que la variation des cotisations des complémentaires santé n'est pas insignifiante quand on la met en rapport avec cette évolution de l'inflation.
3,55 %, c'est, en 2012-2013, la part des charges de gestion courante (hors prestations et transfert au budget de l'État) de la CNAM, donc de la seule branche assurance maladie obligatoire, dans les cotisations qu'elle perçoit (cotisations salariales, patronales, CSG, et taxes en tout genre). Ce n'est donc pas les frais de gestion de la sécurité sociale dans son ensemble. Sources : caisse nationale des Urssaf et fédération nationale de la mutualité française. Une fois encore, les calculs de plusieurs parties intéressées à l'affaire se recoupent. On peut également refaire les calculs à partir des comptes de la sécurité sociale. On peut calculer qu'en 2017, les mêmes charges représentaient 3,45 % du montant total des cotisations.
Pour nuancer ce chiffre, il faut d'abord se souvenir qu'il concerne uniquement le régime général. Il existe d'autres régimes d'assurance maladie obligatoires tenus par d'autres caisses : MSA, le feu RSI, etc. Or, nous comparons le chiffre du régime général avec le chiffre de l'UFC et de la fédération de la mutualité française dont il n'est pas précisé si les autres régimes ont été pris en compte dans leurs calculs respectifs.
On pourrait noter qu'en absolu, la somme des frais de gestion des complémentaires santé est de 7,2 milliards d'euros en 2016 (toujours selon l'UFC). Sur la même période, les charges de la branche maladie de la sécurité sociale représentaient 6,8 milliards. Mais, cette comparaison n'a pas beaucoup de sens : la palette des prestations n'est pas la même et tout le monde ne dispose pas d'une complémentaire santé (alors que tout le monde est affilié à l'assurance maladie obligatoire). L'assurance maladie obligatoire a ainsi remboursé 187 milliards de prestations en 2016, contre 28 milliards pour les complémentaires santé. D'où l'intérêt de travailler en relatif. Pour ceux qui se demandent comment l'écart entre les parts des frais de gestion dans les ressources des structures peut être aussi creusé : le montant total des cotisations perçues (taxes comprises) par les complémentaires santé en 2016 a été de 40 milliards d'euros. Les cotisations perçues par la branche maladie de la sécurité sociale a été de 87 milliards la même année, à quoi il faut ajouter les recettes des taxes (CSG, taxe sur le tabac, etc.) soit 100 milliards d'euros.
Les complémentaires santé argumentent que les charges du régime d'assurance maladie calculées ci-dessus sont incomplètes, car la perception des cotisations est à la charge des URSSAF, pas de l'assurance maladie, alors qu'elle incombe aux complémentaires santé. C'est vrai, mais il ne suffit pas d'ajouter le budget des URSSAF au budget de la branche maladie de la Sécu, car le réseau des URSSAF assure également d'autres missions (de conseil, de récolte des cotisations vieillesse, etc.), donc le coût total du régime d'assurance maladie obligatoire est difficile à calculer. D'un autre côté, l'assurance maladie n'a pas de frais d'acquisition, ce qui représente une dépense d'un montant équivalent à 7,9 % des cotisations des complémentaires santé, soit 2,8 milliards d'euros en 2016. Ça en fait, des ressources pour se confectionner un système d'information, absorber le coût des rejets des prélèvements bancaires et tout ce qu'il faut pour percevoir les cotisations.
L'argument concernant les centres de santé me semble faible. D'une part, la France compte environ 500 centres de santé mutualistes, ce qui représente un tiers du parc. Sources : réseau national des centres de santé mutualistes et direction de l'offre générale de soins du ministère de la santé. Les autres centres de santé sont gérés par des associations, l'assurance maladie, les collectivités territoriales, etc. D'autre part, selon la DGOS, seuls 10 % des centres de santé sont ruraux, donc bon, déserts médicaux, faut voir à relativiser (il reste tout de même les centres dans les quartiers défavorisés, à mon avis). Enfin, les recettes d'un centre de santé proviennent essentiellement… de la CPAM (remboursement des actes médicaux, subvention, etc.) et des agences régionales de santé (source).
L'argument concernant la TVA qui plomberait les cotisations des complémentaires santé n'en est pas un : les frais de gestion représentent, en moyenne, 18 % du montant des cotisations TTC en 2016, toujours selon l'UFC. Évidemment, il y a toujours un écart notable entre les contrats collectifs et individuels. De plus, il est tendancieux de déclarer que les « les mutuelles paient une TVA à 20 %, soit autant que les produits de luxe » : il s'agit du taux normal de TVA, il n'est donc pas réservé au monde du luxe… Enfin, à l'exception de son passage de 19,6 % à 20 % en 2014, le taux de la TVA n'a pas augmenté sur la période observée par l'UFC alors que les cotisations des complémentaires santé ont augmenté.
Bref, à part le budget publicité, les salaires plus conséquents des dirigeants privés, et, dans une moindre mesure, la machinerie pour la perception des cotisations publiques, je ne vois pas comment justifier la part prise par les frais de gestion dans les cotisations des complémentaires santé ni l'augmentation constante de ces mêmes cotisations.
Je tente de résumer les mesures prises par le gouvernement pour calmer les gilets jaunes (et pinaise, que c'est compliqué de comprendre les pièges, de recouper les sources, etc.).
Prime de fin d'année, d'un montant maximal de 1000 €, totalement défiscalisée (IRPP, CSG, CRDS) et "désocialisée" (exonération des cotisations salariales et patronales). Je ne vois pas comment une unique prime, basée sur la seule bonne volonté des patrons, pourrait remédier à la misère dénoncée par les gilets jaunes… Je ne vois pas non plus de raison de me satisfaire de l'absence de cotisations sociales, c'est-à-dire de la réduction de la protection sociale.
Hausse des revenus d'un smicard moyen (environ 90 €/mois/personne + la révalorisation "normale", qui suit l'inflation, au 1er janvier) et élargissement des personnes éligibles à la prime d'activité (3,8 millions de foyers à 5 millions de foyers). Cela se fera par une augmentation de la prime d'activité, donc sur les seuls deniers de l'État. Seulement un peu plus de la moitié des smicards est concernée… Seulement environ 100 €/mois (qu'est-ce que tu veux faire avec ça…)… Attendons également de voir l'inflation de 2019 qui pourrait annuler l'effet de cette hausse…
Heures supplémentaires défiscalisées (seulement l'IRPP… qui n'est pas payé par les foyers les plus démunis, la CSG et la CRDS seront dues) et désocialisées (seulement exonérées des cotisations sociales salariales). Je ne vois pas de quoi me réjouir d'une mesure prévue de longue date (ce n'est donc pas un acquis des gilets jaunes) qui consiste à travailler toujours plus (la bonne direction est la réduction du temps de travail et une meilleure répartition des emplois) tout en ne cotisant pas pour sa santé et sa retraite, ce qui, au final, appauvri, notamment dans les métiers physiques à risques sur la santé…
Anhilation de la hausse de la CSG pour les retraités ayant un revenu inférieur à 2000 €/mois/personne. Je ne vois pas de quoi me réjouir de la réduction (d'une hausse) valable un an (elle pourra est reconduite, oui, mais ce n'est pas acté). Sans compter la désindexation de l'inflation des pensions de retraites, qui feront perdre du pouvoir d'achat bien plus que cette mesure en restaurera…
Gel des taxes énergétiques (TICPE - conso énergétique -, TICGN - gaz naturel -, TICC - carbone) jusqu'en 2022 et gel des tarifs de l'électricité et du gaz naturel jusqu'à fin mars 2019. ÉDIT DU 30/01/2020 À 21 H 25 : + 2,5 % sur le tarif réglementé au 1er février 2020, +10 % en 7 mois. FIN DE L'ÉDIT. Élargissement du nombre de citoyens éligibles au chèque énergie (+ 2 millions) qui recevront une aide entre 48 € et 76 € (+ 50 € pour ceux qui avaient déjà). Je ne vois pas de quoi me réjouir d'une incitation à consommer toujours plus d'énergies fossiles à l'heure où un effort climatique est incontournable… Vu les montants en jeu, ça n'aide même pas les foyers modestes à maintenir leur tête hors de l'eau…
Il y a aussi tout ce qui, à mon sens, n'est pas une conséquence de l'action des gilets jaunes mais la tambouille habituelle de fin d'année : indemnités kilomètriques revues à la hausse, exonération de cotisations sur l'aide au transports, report du durcissement du contrôle technique automobile, hausse de la prime de reconversion et de la prime pour l'achat d'un véhicule électrique, etc. On est en présence de broutilles qui n'aideront globalement pas les citoyens…
Donc ça nous fait entre 10 et 14 milliards de dépenses pour 2019 et 19 milliards pour le gel des taxes énergétiques jusqu'en 2022…
Le citoyen se fait totalement manipuler :
La justice sociale réclamée par les gilets jaunes ne sera donc pas atteinte, pire, notre gouvernement ne s'est pas trop fatigué à donner l'illusion qu'on va dans cette direction.
Déjà sponsorisé par Facebook, « Le Monde » ne rechigne pas à trouver de nouveaux partenaires parmi les Gafam. Le quotidien fait partie des heureux lauréats français (avec Brut et HugoDécrypte) qui vont toucher de l'oseille du fonds mondial Google News Initiative, pour les aider à développer des projets vidéo, le tout, claironne le communiqué de Google, « dans le but de soutenir une information de qualité et des proiets innovants sur la plateforme Youtube ».
Et en toute indépendance, cela va de soi.
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
À Paris, on regrette beaucoup le départ de Jim Mattis, qui a souvent freiné les pulsions guerrières de son président.
La Maison-Blanche et au « gouvernement des Etats-Unis, Jim Mattis et son équipe du Pentagone jouaient les garde-fous, face aux plus excités du clan présidentiel », rappelle un diplomate. Puis, en prévision de ce qui pend au nez des Européens, il ironise méchamment sur la solitude, désormais, des « fanatiques de la “fauconnerie” de Trump ».
Pourtant, lorsque le président américain a annoncé, la semaine dernière, sans en avertir ses alliés, qu’il allait retirer les 2 000 soldats US présents en Syrie et la moitié des 14 000 qui campent encore en Afghanistan, personne n’aurait dû se montrer surpris. Au printemps 2018, par exemple, Trump s’était une fois de plus déclaré favorable à ces retraits, qui ont provoqué la démission de Jim Mattis. Lequel lui a aussitôt reproché, en tête à tête, comme l’a raconté la presse américaine, d’abandonner les Kurdes syriens, que l’armée turque veut réduire en miettes, et de laisser les talibans, avec lesquels Washington négocie depuis deux ans, devenir les maîtres de l’Afghanistan, où des centaines de djihadistes d’Al— Qaida et de Daech ont déjà trouvé un nouveau terrain de jeu.
Mais Trump est resté sourd à ces arguments de bon sens, et un diplomate commente ainsi cette passe d’armes : « Mattis, un va-t-en-guerre plutôt modéré, a toujours reproché au Président de se foutre allègrement de ses alliés kurdes ou afghans, et même de la France ou de l’Allemagne. »
En janvier 2017, une fois nommé patron du Pentagone, Jim Mattis, « un général intellectuel », selon ses pairs, s’était donné pour rôle de modérer Donald Trump, en proie à diverses pulsions parfois contradictoires. Par exemple, lorsqu’il menaçait de « réduire en cendres la Corée du Nord », puis, plus tard, quand il ne cessait de se dire ravi de négocier (?) avec Kim, son charmant dictateur. De même, quand Trump annonça qu’il voulait dénoncer l’accord nucléaire conclu avec l’Iran par les Européens, les Etats-Unis, la Russie et la Chine, Mattis tenta en vain de le convaincre que la signature des Etats-Unis devait être respectée.
A une autre occasion, l’intervention de Jim Mattis s’était révélée très utile, et pacifique. Inquiet de voir Donald Trump soumis à de récurrentes pressions de l’Israélien Netanyahou et du prince héritier d’Arabie saoudite, qui l’incitaient à bombarder les centres de recherches nucléaires iraniens, le patron du Pentagone avait obtenu l’appui de plusieurs généraux. Et, depuis, Trump en est resté à la seule guerre des sanctions et des propos belliqueux.
La collaboration Trump-Mattis a finalement duré plus que de raison, si l’on recense, comme le font certains officiers français, leurs nombreux désaccords.
Manque l’avis d’un psy
Exemples sélectionnés : 1) Mattis n’a guère apprécié d’avoir appris par un tweet présidentiel que les Etats-Unis cessaient toute aide militaire au Pakistan ; 2) Mattis est hostile au déploiement des troupes US à la frontière avec le Mexique car, selon lui, l’armée n’est pas « un jouet politique » ; 3) Trump a l’intention de geler les crédits militaires à 700 milliards de dollars à partir de 2020, alors que Mattis en réclamait 756 et que Daech n’est pas « fini »…
Depuis quelques semaines, les relations des deux hommes se sont encore détériorées. A tel point que, le 1er décembre, Jim Mattis, lors du Forum national de la défense, s’en est pris directement à Donald Trump en déclarant : « Toute limitation du budget de la Defense est un non-sens. » Réponse présidentielle, deux jours plus tard, et par tweet, bien sûr : « Le budget de la Défense est dingue. » Pas faux…
Arguments de Jim Mattis en faveur d’une augmentation de ces « dingues » de crédits : les menaces russe et chinoise. Mais, s’il se dit très inquiet des ambitions militaires de Pékin, Trump se montre toujours fort complaisant avec Moscou. Le 16 juillet, à Helsinki, lors de sa rencontre avec Poutine, il avait refusé de lui reprocher « toute ingérence dans la campagne présidentielle américaine ». Alors que Dan Coats, le directeur national du Renseignement, venait de déclarer : « Nous avons été clairs sur l’ingérence des Russes dans cette élection. »
De retour à Washington, où ses propos avaient fait hurler, Trump a juré avoir commis un lapsus en exonérant la Russie de toute responsabilité. Puis, quelques heures plus tard, il invitait ce brave Poutine à la Maison-Blanche.
A défaut de pouvoir inciter un adepte du docteur Freud à analyser ce comportement erratique, il faut attendre la prochaine élection présidentielle et espérer…
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
Dans leurs petits souliers, les policiers n’ont pas seulement trouvé les primes et augmentations de salaires consenties par leur ministre, Christophe Castaner : l’Etat a également soigné leur panoplie. Le 21 décembre, un appel d’offres a été lancé pour l’acquisition d’un arsenal de 450 flash-balls à répétition : des armes capables de lancer jusqu’à six balles en caoutchouc durci en rafales sur des distances allant de 30 à 100 mètres. Merci, Père Noël !
Ces lance-patates, dont certains modèles évoquent la « mitraillette camembert » de feu Al Capone, ont commencé à entrer en service dans la police et la gendarmerie en 2016. Et leur utilisation par les forces de l’ordre devient habituelle, ainsi que peuvent en témoigner les nombreux manifestants et les badauds estropiés de ces dernières semaines…
Dans le Canard enchaîné du 26 décembre 2018.
Des vraies vaches paissent dans une prairie. Surgit un immense robot du genre martien, avec jambes à roulettes, caméras et capteurs. Il tourne autour d’elles, les rassemble en troupeau… « Ces robots sont actuellement en test en Australie, explique un chercheur en commentant les images. Au début, les vaches avaient peur de la machine, mais elles se sont habituées. »
Les 11 et 12 décembre, le Forum international de la robotique agricole (fira) a attiré à Toulouse des milliers de professionnels. A son initiative, une bande de start-uppers de Naïo, connus pour leur petit robot sympa qui permet de « libérer l’agriculteur bio du désherbage répétitif pour qu’il puisse se concentrer sur la biodiversité ». Et ce n’est qu’un début…
Roboratif
Ainsi le projet de ces ingénieurs anglais : « Un hectare sans les mains » (Hands Free Hectare). Et pas que les mains ! Pendant deux ans, ils ont cultivé une parcelle de blé en se pliant à cette contrainte : « interdiction formelle deposer un pied dans le champ ». C’est un ballet de machines — véhicule autonome de reconnaissance, drone, tracteur et moissonneuse sans conducteur — qui ont assuré le labour, l’application de pas moins de six traitements chimiques et la récolte.
Venue spécialement des Etats-Unis, la directrice de Microsoft Agriculture se fait fort d’« aider les agriculteurs » grâce à l’intelligence artificielle. Exemple : cette expérience menée avec 250 paysans indiens. Grâce aux données fournies et traitées par Microsoft, ils ont reçu des SMS en langue locale, traduits par des algorithmes, pour leur dire quand il fallait semer ou arroser. On dit merci qui ?
Au nom de la FAO, organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, un ingénieur italien explique que les pays en voie de développement doivent passer d’urgence de la small farm à la smart farm (de la « petite ferme » à la « ferme intelligente ») : « Dans la small farm, le travail est encore manuel et emploie la traction animale ; les paysans tirent leur savoir-faire des connaissances de la communauté, des ancêtres. Il faut la remplacer par la smart farm, fondée sur les machines autonomes et l’Internet des objets. »
Système d’exploitations
Mais il y a un obstacle. Montrant une carte de la France et une de la Zambie (de superficies comparables), il se lamente : « Même en France, la 3G est limitée aux zones urbaines. Il n’y a pas encore la 5G ! » Et, en Zambie, presque rien : un désert. Pour nourrir l’Afrique, commençons par l’alimenter en 5G. Imparable.
« Attention, fait remarquer Christiane Lambert, la présidente de la très productiviste FNSEA, il faudra veiller à l’acceptabilité sociale pour ne pas reproduire les blocages créés par les OGM. » Justement, voilà qu’il en surgit un, de blocage. Une vingtaine de personnes font irruption sur la scène, déploient des banderoles et s’emparent des micros. Ils sont maraîchers, paysans, boulangers, éleveurs.
Plusieurs disent avoir quitté le métier d’ingénieur pour mettre les mains dans la terre. Un jeune homme : « J’étais développeur dans une boîte d’informatique. Je sais ce que signifie s’en remettre à des algorithmes et des programmes pour se simplifier la tâche : c’est exactement ce dont j’ai voulu m’éloigner. J’ai trouvé dans mon quotidien des marges de liberté qui n’existent plus ailleurs. J’ai appris à lâcher prise parce que, avec des animaux, avec le vivant, on ne peut pas tout contrôler. » Et de conclure : « La robotisation finira par éradiquer ce qu’il reste de paysannerie. Vous travaillez à notre disparition. »
Mais non, mais non…
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.
Lorsqu'ils ne cajolent pas les gilets jaunes, les flics se bastonnent entre eux. Sitôt leurs résultats connus (le 6 décembre), les dernières élections professionnelles ont ainsi donné lieu à un pugilat entre syndicats. Les minoritaires —— Alternative Police et Vigi Ministère de l’Intérieur — ont saisi les juridictions administratives pour dénoncer les turpitudes de leurs concurrents. D’autres se sont carrément tournés vers le tribunal correctionnel. Même au ministère, on le reconnaît : « Sous réserve de vérifications, plusieurs événements pourraient être de nature à entacher la sincérité du scrutin. » Exemple ? La présence, sur les listes électorales, d’un membre de la CRS 33 décédé plus de quinze jours avant l’élection. Il n’était pourtant pas corse.
A l’inverse, une demi-douzaine de ses collègues affectés à la CRS 01 — la compagnie chargée de protéger les personnalités — auraient bien aimé voter, eux. Mais d’autres l’avaient fait à leur place, en utilisant leurs codes électroniques : les flics, comme l’ensemble des fonctionnaires, pouvaient, pour la première fois, se prononcer via Internet. A en croire les procès-verbaux collectés à Beauvau, dont « Le Canard » a eu copie, ce vol de codes n’est pas exceptionnel.
Barbecue électoral
Par ailleurs, plusieurs syndicats ont fait de la retape auprès des abstentionnistes en leur proposant d’humbles présents. A Angoulême, Limoges ou Cognac, des délégués d’Alliance (devenu majoritaire) ont été piqués en train de distribuer « des chèques-cadeaux allant jusqu’à 50 euros », des calendriers 2019, « des goodies » ou encore des boîtes de bonbons à leurs couleurs. Les cotises syndicales sont fort bien employées…
En Guyane, c’est à un barbecue que les personnels de l’administration ont été conviés juste avant d’aller voter. Et, dans les locaux d’un immeuble parisien de l’Intérieur, d’autres se sont régalés d’« une dégustation de produits du terroir ». Pour une fois que ce sont les forces de l’ordre qui dégustent…
Dans le Canard enchaîné du 19 décembre 2018.