Bonjour,
Je réagis à l'article suivant publié dans le bandeau gauche de la 8e page du numéro 5112 du 24 octobre 2018 du Canard :
C’est une première : le procureur de la République de Paris a assigné, le 8 novembre, au tribunal de grande instance de Paris neuf opérateurs (SFR, Orange, Free, Bouygues Telecom, etc.) pour qu’ils bloquent le site d’extrême droite Démocratie participative, en raison de ses contenus haineux à caractère raciste, antisémite et homophobe.
Il leur enjoint de bloquer l’accès dans un délai de quinze jours sous astreinte de 10 000 euros par jour de retard. il est fou, ce procureur !
Depuis toujours, les Gafa et les opérateurs nous expliquent en chœur que bloquer un site est tout ce qu’il y a de plus techniquement impossible.
Ce qui n’empêche pas Facebook de bloquer « L’origine du monde », de Courbet, tellement shocking !
Cet article mélange plusieurs choses et traite le sujet de manière très partielle et sans finesse. Ce n'est pas le première fois que ce sujet, pourtant crucial à notre époque numérique, est malmené par le Canard. Étudions-le un peu plus en détail ensemble, voulez-vous ?
En France, le blocage d'un service numérique par les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) est réalisé par l'effacement de l'adresse du service de l'annuaire technique des FAI. Ainsi, quand un abonné Free ou Orange ou autre saisira l'adresse « democratieparticipative.biz » dans son navigateur Internet, l'annuaire du FAI répondra à ce dernier que le site web n'existe pas, empêchant ainsi son accès.D'un côté, cette technique produit l'ablation d'un site web entier pour un FAI donné. Il n'est pas possible de bloquer une et une seule page d'un site web, ni même un ensemble de pages, c'est tout ou rien, et cela s'applique à l'ensemble des abonnés (pas de distinctions pour les avocats, parlementaires, chercheurs, journalistes, etc. que l'on notre législateur cherche parfois à soustraire à ces blocages). Ainsi, elle n'est pas utilisable sur tout site web à forte audience sur lequel le contenu est mutualisé (Facebook, LeMonde.fr, Wikipédia, etc.) sous peine d'interdire tout accès à ce site web connu, donc de perdre des clients.
De l'autre, le blocage qui naît de cette technique se contourne très facilement : il suffit de paramétrer son ordinateur pour utiliser un autre annuaire, puisque rien contraint à utiliser celui de son FAI.
Ho, bien sûr, côté FAI, il existe une technique de blocage plus efficace qui consiste à lire l'intégralité des communications afin de discerner (par mots-clés, par adresse, etc.) les accès à du contenu problématique et ainsi d'interrompre automatiquement la communication de manière dynamique et en temps réel. Elle se nomme Deep Packet Inspection.Elle permettrait aux FAI de bloquer une page d'un site web donné sans faire l'ablation du site web entier.
Cette technique est très intrusive, elle va au-delà de l'ouverture d'une enveloppe postale, par exemple. En fonction de son paramétrage, elle peut fouiller dans les communications chiffrées donc confidentielles. Son utilisation n'est pas souhaitable dans une démocratie, car elle servira immanquablement à tracer qui lit quel contenu, quand, à quelle fréquence, qui échange avec qui, quand, à quelle fréquence, quels sujets sont abordés, et à bloquer toute forme d'expression jugée dissidente. Pas de retour en arrière possible après son déploiement, la boîte de Pandore sera ouverte et seule son paramétrage fera foi. À ce jour, seuls des États faiblement démocratiques l'ont utilisé (Syrie, Lybie, Iran, Maroc, etc.).
Sur ce sujet, je vous conseille de vous rapprocher de vos confrères de Reflets.info, qui ont abondamment documenté cette technique et ses dérives [1], notamment en Lybie (emprisonnement et torture d'opposants politiques).
Concernant les Gafa, faut-il les classer comme hébergeurs de sites web ou comme éditeurs de sites web, c'est-à-dire, par analogie, comme imprimeurs/distributeurs/points de vente ou comme éditeurs ? Si l'on les classe comme hébergeurs, alors on ne peut pas exiger d'eux un contrôle des contenus, car ne décidant pas des contenus diffusés, ils ne peuvent en être co-responsables. Si l'on les classe comme éditeurs, on ne pourra plus leur reprocher de censurer des contenus selon leurs critères (comme l'œuvre de Courbet ou des travaux de vos confrères) au-delà des exigences légales, car un droit de regard éditorial discrétionnaire naît du statut d'éditeur (par analogie, une maison d'édition papier choisit qui et quel contenu elle veut publier). En revanche, il n'est pas acceptable que ces entités jouent sur les deux tableaux comme elles le font en ce moment (refus de la responsabilité éditoriale tout en censurant des contenus).On peut difficilement considérer les Gafa comme des hébergeurs, en cela que ces sociétés commerciales prennent des décisions concernant les contenus (mise en avant de certains contenus, choix de ce qui sera affiché sur le mur de telle ou telle personne, censure, etc.).
On peut difficilement les considérer comme des éditeurs, car la responsabilité qui leur incomberait alors serait disproportionnée donc injuste (j'ai aucun doute sur le fait que les plus hautes juridictions judiciaires en décideraient ainsi). En effet, comment lire une telle masse de contenus et en valider les conformités légales, une par État dans lequel la plateforme numérique est présente, avant publication ?! Même en intensifiant le recours à des fermes de petites mains sous payées, méthode actuellement utilisées par les Gafa, cela semble impossible (et quand bien même, je ne désire pas que ces sous-emplois de la misère se développent encore plus).
Comme dans d'autres secteurs, la question qui se pose ici est celle de la concentration des acteurs, alors, que, pourtant, chaque citoyen pourrait disposer de son lieu d'expression dont il serait l'éditeur donc le responsable légal. Cela se nomme site web personnel, blog, et toutes les techniques pour les interconnecter afin d'échanger des contenus. La volonté de simplicité exprimée par les citoyens fait que ce modèle ne s'est pas développé après 2005, ce qui engendre les dérives dont nous parlons.
Actuellement, des réflexions ont lieu, aussi bien dans la société civile que chez nos élus, afin de définir un nouveau statut pénal pour les plateformes numériques comme les Gafa, à mi-chemin entre hébergeur et éditeur. Je vous invite vivement à prendre connaissance de ces ébauches de réflexions politiques [2].
Notons que la responsabilisation des intermédiaires techniques (FAI, hébergeurs) nous ferait glisser vers une censure automatisée de droit privé plus vaste que ce que prévoit la loi. En effet, si le FAI et l'hébergeur sont en capacité de bloquer des communications et des contenus, mais qu'ils ne le font pas pour certains types ou par erreur, ils deviennent co-reponsables de ces communications et de la publication de ces contenus puisqu'ils avaient les moyens techniques de les empêcher. S'ils ne les ont pas empêchées, c'est donc qu'ils approuvent ces communications et ces contenus, non ? Donc ils sont complices, non ?Ces entités voulant prendre aucun risque, cela entraînerait mécaniquement de la censure préventive de tout ce qui pourrait éventuellement déranger qui que ce soit où que ce soit.
Cela entraînerait aussi une concentration des acteurs. En effet, seuls les acteurs importants seront à même de salarier des censeurs à plein temps, de développer des programmes informatiques de censure, et d'encaisser les éventuelles sanctions découlant d'une erreur d'appréciation ou informatique. Or, nous l'avons déjà dit, c’est précisément la taille des acteurs qui leur permet de ne pas prendre en compte les desiderata de tel ou tel État et de s'affranchir de telle ou telle législation. Balle dans le pied. Perdu ?
Fondamentalement, ce qui m'ennuie le plus, ce n'est pas que des propos injurieux, haineux, racistes, antisémites, homophobes, complotistes, etc. soient accessibles par Internet, c'est que des personnes soient suffisamment désorientées, suffisamment mal dans leur peau pour y avoir recours en étant convaincues de leur légitimité, tels nos ancêtres qui s'envoyaient des cartes postales ouvertement antisémites dans les années 1920. Il est là, le vrai problème. Qu'est-ce que l'on fait pour comprendre cela et y remédier ? Rien. Qu'est-ce que l'on peut faire ? Arrêter l'individualisation, recréer du lien social, recréer des projets communs, chercher à tendre vers une société plus égalitaire, etc. Seules des actions de cet ordre dissuaderont les humains de chercher et de pointer du doigt leurs différences et de s'entre-tuer. Sauf que c'est un travail de longue haleine. Il est bien plus facile de bloquer des contenus, j'en conviens.Je ne pense pas que la censure (tant du côté des FAI que du côté des éditeurs numériques que du côté des diffuseurs audiovisuels que du côté des éditeurs de presse papier, etc.) soit la solution. D'un côté, les propos haineux, racistes, homophobes, etc. continueront d'exister dans l'esprit des citoyens et continueront d'être échangés, que se soit au bistrot du coin ou sur des plateformes numériques moins connues. La censure confortera les auteurs de tels propos dans leur sentiment d'exprimer des vérités qui dérangent. De l'autre côté, la censure dérive toujours. Les bons sentiments derrière le blocage de contenus haineux, racistes, homophobes ne sont qu'un prétexte à une censure qui sera étendue avec le temps. L'enfer est pavé de bonne intention, attention à ce que nous souhaitons.
J'espère vous avoir éclairé et que vos prises de positions à ce sujet seront plus fines à l'avenir. Je souhaite ardemment que ce sujet complexe de blocage des contenus et de statut pénal des différents acteurs d'une communication électroniques soit vulgarisé dans la presse afin que chaque citoyen puisse en comprendre les enjeux et prendre position. Un travail pour le Canard ?
Cordialement.
[1] Deep Packet Inspection sur Reflets.info ;[2] Régulation des contenus : quelles obligations pour les géants du Web ?, Intermédiaires techniques : un éléphant, ce n'est pas une souris en plus gros, Un tiers médiaire.
On les appelle « chargés de contenus ». Ils remplacent les journalistes, mais ils n’en sont pas. Ce sont de jeunes stagiaires ou des autoentrepreneurs. Ils sont chargés de pondre des articles à la chaîne. « Articles », le mot n’est guère approprié. Des bouche-trous à mettre entre les pubs : du contenu. Forcément bienveillant envers les annonceurs. Chez Reworld, on ne fait pas vraiment la différence entre journalisme et publicité.
Le hic, c’est que Reworld est en passe de devenir le premier groupe de presse magazine français. Il a déjà racheté « Pariscope » (l’a coulé), « Be » (l’a coulé), « Auto Moto », « Maison & Travaux », « Union », « Le Journal de la maison » et aussi « Marie France », « Gourmand », « Vie pratique », « Télé Magazine », « Papilles », « Disney Fun », etc.
Il s’apprête à absorber des dizaines de titres de la filiale française de Mondadori, comme « Science & Vie », « Auto Plus », « Grazia », « Biba », « Closer », « Télé Star »… Et les salariés de Mondadori grimpent aux rideaux. Ils n’ont pas envie de se retrouver sur le pavé pour être remplacés par des chargés de contenus.
Or c’est la tactique de Pascal Chevalier et Gautier Normand, les deux entrepreneurs d’Internet qui ont repris Reworld voilà six ans : pousser les journalistes en place à déguerpir en prenant la clause de cession et les remplacer par des employés au rabais, dociles et sans scrupule. Les rares journalistes qui se sont accrochés à leur poste s’en sont mordu les doigts, comme l’ancien rédac chef d’un magazine racheté par Reworld : « Il n’y a aucune reconnaissance, là-bas, aucun respect. Je ne connais personne qui est heureux d’y travailler (…). Un conseil : ne bossez jamais pour eux » (« Libération », 12/10).
Jeudi 18, quelques centaines de salariés de Mondadori ont manifesté devant le ministère de la Culture pour demander au nouveau ministre, Franck Riester, de bloquer le dépeçage annoncé de leurs magazines.
Quelle drôle d’idée… La liberté d’entreprendre , c’est sacré, voyons !
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Le décret devait sortir au 4e trimestre 2017. Personne n’en a encore vu la couleur. C’est dire tout l’intérêt porté à la justice (dite « contentieux social ») qui concerne les plus pauvres. Elle traite environ 20 000 litiges par an, opposant les conseils généraux aux organismes sociaux au sujet du RSA, des pensions de retraite ou de handicap, de la couverture maladie universelle complémentaire, de l’aide médicale d’Etat ou encore de la prise en charge en Ehpad ou en institut spécialisé.
Jusqu’ici, ces dossiers étaient traités par les commissions d’action sociale, départementales puis centrale (CCAS), en appel. La loi les a supprimées en 2016, transférant les cartons de paperasse aux tribunaux judiciaires et administratifs. Rendez-vous le 1er janvier 2019. En attendant, les démunis peuvent s’asseoir sur leurs réclamations.
Défense indigente
La dernière audience de la CCAS s’est tenue le 26 septembre, et les juges qui la composaient s’alarment du sort de leurs dossiers. « Le personnel de la CCAS — six ou sept personnes — n’est même pas transféré dans les nouvelles structures, alors qu’elles ont les compétences en la matière », s’inquiète Patrick Mony, qui y siégeait. « Et que deviendra toute notre jurisprudence dans les juridictions appelées à nous remplacer ? » renchérit Jean-Michel Belorgey, ancien conseiller d’Etat et désormais ex-président de la CCAS. Sans parler de quelque 1 000 dossiers en errance, qui devront attendre au mieux l’an prochain pour être réglés…
Il s’agit là d’aides souvent vitales pour les plus démunis. Ceux-ci, soulignent Mony et Belorgey, « n’ont guère d’armes pour batailler face aux organismes sociaux. Il faut sans cesse rééquilibrer ». D’autant que le droit en la matière est des plus compliqués. Qui doit payer ? Le département de naissance ? De domicile ? Celui où l’on atterrit un jour, au hasard d’un foyer ?
Recours impossible
Mais, le pire, c’est ce décret ! Il va instaurer un « recours administratif préalable obligatoire » (Rapo) pour les justiciables, avant toute saisine du tribunal administratif. Le Rapo est cette démarche qui rend aujourd’hui dingues les automobilistes, depuis l’instauration du forfait post-stationnement.
Ils doivent le déposer par Internet, et l’efficacité est très moyenne. Dans le cas du decret, « c’est un filtre destiné à décourager les plus pauvres, qui seront écrasés par ces Rapo… » se fâche Belorgey. Mais ceux-ci rassurent, dit-on, les tribunaux administratifs, qui redoutent de crouler sous les demandes. Sabrer dans les aides sociales, bien des politiques en rêvent.
Voilà une élégante façon de leur faire plaisir !
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Le Tchèque Kretinsky est très russe-compatible. Alerte dans les services !
En France, Daniel Kretinsky n’a qu’un problème : la prononciation de son nom, que ses partisans s’évertuent à rectifier en disant : « Schrétinsky ». Pour le reste, tout baigne pour le jeune milliardaire tchèque, qui enfonce à coups de millions des portes que lui ouvrent volontiers les derniers patrons de la presse française. Après Yves de Chaisemartin, qui a cédé l’hebdo « Marianne » pour 6,5 millions d’euros, après Lagardère, qui largue ses revues (« Elle », « Télé 7 Jours », etc.) et pourrait ajouter Virgin Radio à la liste, c’est au tour du banquier Matthieu Pigasse d’avouer qu’il commerce avec l’ami « Schrétinsky » et lui cède des parts dans « Le Monde ». Le « quotidien de référence », rien que ça…
Cette annonce, la semaine dernière, a assommé la rédaction et même le patron du directoire, Louis Dreyfus, qui ignorait ce qui se tramait. Les négociations entre Paris et Prague avaient pourtant commencé avant l’été…
C'est ce qui arrive quand une société commerciale n'appartient pas à ceux et celles qui font, mais à des personnes distinctes, à des financiers, qui n'ont que faire de l'avenir de la structure.
Tout doit disparaître
Dès le mois de juin, Xavier Niel, l’autre cogérant du « Monde », apprend que son acolyte Pigasse veut liquider sa participation dans le quotidien (un tiers de la holding Le Monde libre). Motif : il a besoin d’argent frais pour solder ses dettes. Un emprunt bancaire (environ 30 millions), tout d’abord, contracté en 2010 pour le rachat du « Monde » et que lui garantit… Niel. Une seconde dette, ensuite, qui lui a servi à reprendre avec le même Niel la part de Pierre Bergé : ce dernier, malade, avait consenti à ses potes une ristourne de 10 millions et un échelonnement du paiement sur cinq ou six ans. Mais Bergé est décédé il y a un an…
Cet été, Pigasse explique soudain à ses partenaires que tout est réglé et qu’il a trouvé un bel acheteur. Fin juillet, il lève le voile sur son identité : Daniel Kretinsky ! A ce moment-là, Pigasse est prêt à vendre la totalité de ses actions du « Monde » à l’homme d’affaires tchèque. Il en veut 100 millions d’euros (« Libé », 23/10).
Problème : sur le papier, Kretinsky deviendrait alors cogérant du journal. Si Pigasse ne garde pas au moins une action, une sévère menace plane même sur l’avenir de la commandite du « Monde ». Ce système de contrôle où les associés sont seuls maîtres à bord avait été imposé pour verrouiller le pouvoir du duo Niel-Pigasse (Bergé n’avait pas voulu faire partie de cette commandite). Le scénario d’un Kretinsky copropriétaire fait s’étrangler Niel. Tollé garanti dans la presse ! Au mois d’août, Pigasse recule. Il envisage de ne céder que 49 %, de ses parts, au maximum, à Kretinsky. Un mois plus tard, ce projet de participation minoritaire rassure, pour un temps, un « honorable correspondant » de la France à Prague, qui se fait confirmer la nouvelle par le premier cercle politique du milliardaire. Mais personne n’en doute : dans un second temps, le quadragénaire tchèque va vouloir tout racheter à Pigasse et s’asseoir à sa place.
Ça sent le gaz
Depuis qu’il a débarqué, il y a huit mois, le Tchèque pressé est dans les radars des services français. Importateur majeur de gaz russe en Europe avec son groupe EPH, Kretinsky grenouille en effet dans la zone d’influence de Moscou. Or l’offensive médiatique et politique pour étendre ladite zone dans toute l’Europe n’a échappé à personne. Ce n’est pas écrit sur son CV, mais Kretinsky est proche du jeune ministre de l’Economie russe, Maxime Orechkine.
Les deux hommes partagent même une passion désintéressée bien de chez nous : la Société générale. Orechkine a travaillé pendant sept ans (2006-2013) pour la filiale de la banque française en Russie, la Rosbank ; Kretinsky, lui, fait régulièrement appel au satellite de la Société Générale en Tchéquie, Komercni Banka, pour ses investissements. Quant à ses liens avec un autre jeune richissime tchèque, Petr Kellner, très implanté dans les milieux d’affaires russes, ils soulèvent d’autres saines interrogations…
Politiquement, les premiers signes donnés par le futur actionnaire du « Monde », autoproclamé « proeuropéen », font rêver. A peine « Marianne » payé, il a installé à sa tête la réac souverainiste Natacha Polony. On peut trouver plus procuropéen… Kretinsky rachèterait aussi volontiers une gazette politique très fraîche, « Valeurs actuelles », mais l’hebdomadaire n’est pas à vendre. « Il s’est renseigné dessus. Il est bien droitier, c’est sûr », se marre un patron de presse qui l’a rencontré plusieurs fois. Lequel conclut : « Il adore aussi les tabloïds et veut savoir s’il est possible d’en lancer en France. »
Voilà qui ne devrait pas calmer les journalistes du « Monde », qui rencontrent ce jeudi Niel et Pigasse. Ce sera surtout pour les deux hommes l’occasion de se croiser… Ils ne se parlent plus.
Besoin d’un traducteur tchèque, peut-être ?
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Pauvres députés macronistes ! Le 29 mai, en compagnie d’une poignée de députés LR, une trentaine d’entre eux avaient rejeté l’amendement déposé par Matthieu Orphelin, député LRM proche de Hulot, qui vise à interdire le glyphosate d’ici à 2021. Leurs électeurs les avaient alors vivement interpellés. Six mois auparavant, le président Macron ne s’était-il pas engagé par écrit à faire interdire le glyphosate « au plus tard dans trois ans » ? Pourquoi trahir cette promesse ? Pourquoi refuser de l’inscrire dans la loi ?
Le 15 septembre, rebelote : un amendement du même tonneau est rejeté par 42 députés (dont les mêmes 34 macronistes). Depuis, comme le raconte « Le Monde » (19/10), ils vivent l’enfer. Dans la rue, on les apostrophe : « Vous êtes tous vendus aux lobbys ! Honte a vous d’être avec Monsanto ! » Ils reçoivent des mails indignés par centaines. On les présente comme les « 42 salopards ». Et parfois, forcément, ça dérape (insultes et menaces de mort). Heureusement, l’ex-ministre de l’Agriculture Stéphane Travert a exprimé son soutien à ces députés « injustement insultés, bafoués, caricaturés sur les réseaux sociaux »…
Du coup, ils s’échinent à expliquer en chœur qu’ils sont « profondément » contre le glyphosate, mais qu’il faut y aller mollo, sans « braquer les agriculteurs », car la situation sur le terrain est complexe, les voilà réduits à « faire la pédagogie de leur vote »… La députée de l’Isère Cendra Motin a ce mot magnifique : « On demande aux gens de nous croire sur parole. Or ils ne croient que les actes… »
Ah, les gens ! Indécrottables !
Qu'il⋅elle⋅s sont mignon⋅ne⋅s. :') Cependant, ça en dit long sur l'état de délabrement de notre démocratie…
On notera qu'un baratin similaire est en train de se mettre en œuvre en opposition à la volonté de Ruffin de désigner publiquement les responsables du rejet préalable d'une proposition de loi concernant la rémunération (actuellement scandaleusement basse) des accompagnateur⋅rice⋅s scolaires des enfants handicapé⋅e⋅s et l'accueil de ses mêmes enfants dans nos écoles publiques.
Dans le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
La « personne » de Jean-Luc Mélenchon n’est pas seulement « sacrée », elle est aussi changeante. Ainsi, le même homme qui, en mars 2017, en pleine affaire Fillon, déplorait que « personne ne respecte plus rien : ni les politiques, ni les juges, ni la police, ni les journalistes » en vient à son tour, en vociférant, à vouer chacune de ces corporations aux gémonies.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais. Classique. :)
Fillon, qui était à l’époque, lui aussi, sous le coup d’une enquête préliminaire, hurlait alors au complot politico-médiatique et au « cabinet noir ». Mélenchon, qui, lui, a droit à deux enquêtes du même ordre, l’une sur les comptes de sa campagne présidentielle et les grosses factures de son ex-directrice de la communication Sophia Chikirou, l’autre sur les assistants des eurodéputés de son parti, en fait trois fois plus.
Ces enquêtes me semblent être parfaitement légitimes. La facturation via une association qui n'était pas déclarée comme étant microparti, donc pas sujette à la transparence en usage, ce n'est pas cool. La surfacturation éventuelle non plus, car une partie est payée par les citoyen⋅ne⋅s par le jeu du remboursement des frais de campagne.
L’ami « du bruit et de la fureur » éructe, pour sa part, contre « une opération de police politique », un sombre complot de la « caste » et du « parti médiatique », allié dans ses basses œuvres au « système judiciaire lié au système politique ». Tous contre lui, mais lui pas tout à fait seul contre tous, car, comme il l’a éructé lors de la perquisition à son domicile, « [il est] plus que Jean-Luc Mélenchon, [il est] 7 millions de personnes ».
Peut-être faudra-t-il revoir le comptage. Les spectaculaires emportements de l’éruptif chef de La France insoumise ne font pas forcément fuir le client. Sans aller jusqu’à en redemander, ils sont habitués à sa bileuse intempérance. Mais ce nouvel accès d’une grande violence tombe juste au moment où, jouant l’ouverture et l’apaisement, il entendait rassembler à gauche pour élargir ses rangs. Faire peur pile quand on veut rassurer peut un rien égarer. Et des sondages lui font déjà perdre des soutiens (lire p. 2) et de la popularité. Pour avoir trop forcé la note, Mélenchon risque, là encore, de la payer.
Oui, ça c'est dommage…
On peut, certes, concéder quelques bonnes raisons à cet emportement mélenchonien. Une perquisition matinale avec une escouade de policiers en gilet pare-balles a de quoi émouvoir et énerver. Et le perquisitionné a beau jeu d’ergoter sur le fait que cette perquisition émanant du parquet et non d’un juge d’instruction plus indépendant limitait les droits de sa défense. Ou de déplorer que la loi n’autorise pas la présence d’un avocat. On peut comprendre aussi sa colère contre la divulgation de sa vie privée, même si elle venait à entrer en collision avec l’affaire pour laquelle il était perquisitionné…
Oui, une perquisition est un acte violent, quelle qu'en soit la cible, y compris le⋅a citoyen⋅ne de base. C'est pour ça que j'ai toujours milité pour des gardes-fous puissants, notamment lors de l'état d'urgence 2015-2017. Si cette affaire peut en faire prendre conscience…
Fort de tous ces recevables arguments, il aurait eu tout à gagner à les faire valoir avec l’indéniable talent tribunicien qui est le sien. Mais, au lieu de cela, oubliant que d’autres partis, du MoDem au RN, et leurs dirigeants ont subi aussi des tracas judiciaires, Mélenchon, dont les nerfs lâchent souvent, est parti dans ses diatribes complotistes et ses bouffées aussi délirantes que vociférantes et menaçantes.
Gros gros +1. Mélenchon pouvait réussir une très bonne pédagogie sur la violence d'une perquisition, sur le fait que Macron, Hamon, et les autres n'ont pas été perquisitionné concernant leurs comptes de campagne, etc. Certes, la colère sous le coup de l'émotion est pardonnable, qui n'aurait pas agit ainsi à sa place, mais rien n'excuse la diatribe lors de la conférence de presse, qui pouvait être effectuée au calme, après réflexion, etc.
Complètement défiltré, le Chavez de l’Estaque, après avoir, sans rire, appelé à « faire baisser le niveau de violence qui existe dans cette affaire », a appelé, la bave aux lèvres, ses troupes à « pourrir » les « tricheurs » et les « abrutis » de Radio France. Toujours la cohérence !
…
Et ce n’est pas terminé, car le voilà maintenant qui tente à nouveau de se justifier en écrivant qu’en fait il n’est « pas en guerre, ni contre les médias, ni contre la justice, ni contre la police », c’est juste, ajoute-t-il, que ce qu’il a subi « n’est pas digne ». La boucle est bouclée. Au moins jusqu’à la prochaine bouffée. Elle le serait plus solidement et avec plus de « dignité » si, plutôt que de chercher de foireuses justifications à son numéro de persécuté, Mélenchon s’était simplement contenté de fournir les justificatifs qui lui ont été demandés.
Un autre aspect m'a profondément choqué et révolté : toute la mise en scène autour de l'importance de sa personne (sacrée, représentante de 7 millions de personnes, etc.) et la provocation du magistrat (et vas-y que je répète en boucle que je suis Mélenchon pour me donner de l'importance, et vas-y que je sorte mon écharpe tricolore pour me cacher derrière alors que mon immunité parlementaire est hors champ, etc.). Je déteste que des élu⋅e⋅s se protègent derrière leur soi-disant statut social. Il⋅elle⋅s sont juste des humain⋅e⋅s comme les autres. J'ai toujours été contre toute forme d'immunité des élu⋅e⋅s et contre toute forme de statut pénal distinct pour le Président. Dans le cas de Mélenchon, cela affecte sa crédibilité : lors de sa campagne de 2017, il dénonçait la posture du Président comme surhomme providentiel. C'était même l'un des motifs pour passer à une 6e République avec des pouvoirs constitutionnels plus équilibrés. Comment croire que Mélenchon, une fois élu, mettra en œuvre la 6e République alors qu'en tant que non élu, il jouit et abuse d'un prétendu statut d'homme fort intouchable d'opposition ?
Un dernier aspect ne m'a pas laissé indifférent : le traitement médiatique parfaitement lamentable, comme d'habitude. Ho, un homme a perdu ses nerfs, faisons-en tout un plat et exigeons une conférence de presse immédiate ! Faire réfléchir sur le régime juridique des perquisitions ? Haha. Approfondir les raisons de ces perquisitions ? Lolilol. Par contre, faire défiler les éditorialistes, là, aucun problème.
Édito du Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
Deux collègues discutaient de l'appel à la purge lors d'Halloween lancé il y a quelques jours, en expliquant que cela est inspiré du film American Nightmare. J'ai regardé ce film afin de compenser ma carence culturelle. En recherchant ce film sur Allocine afin d'obtenir des infos de base, je suis tombé sur Taxi 5… Et là, c'est le drame.
Afin de satisfaire les pulsions humaines les plus sombres, le gouvernement des USA rend légal tous les délits et crimes chaque année pendant une nuit, entre le 21 et le 22 mars.
Je n'ai pas du tout aimé ce film : il est ennuyeux, les acteurs et les actrices jouent plutôt mal, les actions des personnages sont incohérentes avec la situation vécue, la trame narrative n'est pas travaillée et sonne faux, notamment sur l'aspect social de la purge, etc.
Néanmoins, ce film permet d'illustrer simplement des concepts de la sécurité (informatique ou non) :
Bref, même si tu t'ennuies profondément, je te déconseille le visionnage de ce film.
Onze ans après le dernier, un énième opus de la franchise, sans Naceri ni Diefenthal. Je l'ai regardé par amour du personnage du commissaire Gilbert.
Je n'ai pas du tout aimé ce film : humour vu et revu recyclé des opus précédents, trame narrative pompée sur le premier Taxi, etc. Il y a rien à tirer de ce film.
Bref, même si tu t'ennuies profondément, je te déconseille le visionnage de ce film.
Une biographie de Varian Fry, journaliste américain qui aida des artistes et des penseurs, menacés par l'Allemagne nazie et ses alliés, (Hannah Arendt, Walter Benjamin, etc.) à fuir l'Europe entre août 1940 et août 1941.
Hitler considérait que la décadence est d'abord culturelle. L'art Juif et les courants d'art modernes (comme l'impressionnisme, le cubisme, etc.) étaient considérés comme de l'art dégénéré. Des expositions comparant l'art dégénéré et l'art nazi étaient organisées par Goebbels, chargé de la propagande du 3e Reich. L'art dégénéré, pourtant jugé sans intérêt, était vendu par les nazis.
Varian Fry était membre de l'Emergency Rescue Committee (ERC). Par absence de volontaire, il se porte lui-même volontaire pour une mission de 3 mois en France visant à exfiltrer 200 personnalités. Forcément, la mission est plus compliquée que cela : le gouvernement de Vichy refuse de délivrer des autorisations de sortie du territoire aux réfugiés (d'où la confection nécessaire de faux papiers), le consulat américain refuse de délivrer des visa en masse (malgré l'engagement d'Eleanor Roosevelt auprès de l'ERC), le gouvernement de Vichy décide de collaborer dès l'automne 1940 (ce qui augmente le nombre de candidats au départ et fait perdre à Fry le soutien de l'ECR et du gouvernement américain), l'argent vient à manquer (d'où la mise en œuvre d'un trafic de devises), etc.
Varian Fry n'était évidemment pas tout seul et plusieurs équipes se sont constituées autour de lui.
Varian a été expulsé de France.
Au final, Varian Fry et son équipe ont aidé plus de 1800 personnes en 13 mois, au lieu des 200 en 3 mois prévues initialement.
Via le Canard enchaîné du 24 octobre 2018.
L'institut Elabe vient de réaliser pour « Les Echos » (12/10) un sondage sur le rapport des Français au prélèvement à la source. Il en ressort que 65 % d’entre eux sont favorables à la mise en œuvre de la mesure, tandis que 53 % jugent qu’ils sont bien informés sur son instaurafion et 63 % se déclarent « pas inquiets » concernant les changements à venir.
Petite précision : le sondage a été réalisé auprès d’« un échantillon de 1 010 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus ».
Or, seulement 43 % des foyers fiscaux s’acquittaient de l’impôt sur le revenu en 2017, selon les chiffres de la Direction générale des finances publiques. L’échantillon retenu comprend donc… une majorité de personnes non imposées !
Bravo aux « scientifiques » de la maison Elabe.
En effet, joli effet Nimby : les gens sont toujours très favorables à des choses qui ne changeront rien à leur mode de vie. On a aussi vu ça lors du vote concernant le projet d'aéroport à NDDL. On voit ça lors des sondages sur les prestations sociales (les gens sont favorables à la disparition des aides qui ne leur profitent pas, mais pas de celles dont ils bénéficient). Comme le desinait Pétillon, les français et les réformes…
Dans le Canard enchaîné du 17 octobre 2018.
EDF propose de fermer les réacteurs les plus récents… ou de stopper toute la filière.
C'est un document confidentiel et plein de surprises touchant à l’avenir du nucléaire que « Le Canard » a pu consulter. Daté de mai et constitué d’analyses réalisées par l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) à partir d’éléments plus anciens émanant d’EDF, il s’attaque au dossier brûlant des combustibles radioactifs. Ceux-ci commencent leur vie dans les centrales et la terminent sous forme de déchets — des centaines de tonnes — dans les « piscines » des centrales puis dans celles de l’unité de retraitement de la Hague.
Dans son rapport, l’IRSN commente et actualise une étude — aussi secrète — réalisée par EDF en 2016. L’électricien y dressait, pour la période 2015-2025, un tableau exhaustif des flux de matières radioactives (uranium, plutonium) nécessaires à la bonne marche des 58 réacteurs du parc français. Et passait en revue les installations existantes ou destinées à gérer les combustibles usés.
Surprise : motus sur la loi de transition énergétique, pourtant adoptée un an plus tôt, qui prévoyait, à l’horizon 2025, une baisse de 50 % de la part du nucléaire dans la production d’électricité ! A aucun moment la fermeture de 19 réacteurs, conséquence de cette baisse, n’était envisagée. L’IRSN ayant souligné cette incohérence, EDF a prévenu : si ces 19 réacteurs ferment, « l’arrêt de tous les réacteurs devient inéluctable au plus tard cinq ans après l’arrêt de la première tranche ». fini, le nucléaire !
De qui se MOX-t-on ?
Pourquoi une conclusion aussi radicale ? Parce que, précisent les experts d’EDF (et d’Orano — ex-Areva), les vieilles centrales vouées à la fermeture carburent au MOX, un mélange d’uranium et de plutonium issu du retraitement des combustibles usés des centrales les plus récentes.
Si elles stoppent toute activité, leur nourriture radioactive va s’entasser dans les piscines jusqu’à saturation — d’ici cinq ans. Sans compter que l’établissement de retraitement de la Hague ne dispose plus que de 7,4 % de ses capacités. Seule solution, selon les électriciens : bloquer l’ensemble de la chaîne de production…
EDF propose une alternative gaguesque : fermer en premier… quelques centrales parmi les plus récentes, sans assécher la filière MOX. Cela permettrait, conclut le « numéro 2 mondial de l’électricité », de retarder le risque de saturation (piscines et la Hague) de quelques années. Réponse sèche de l’IRSN : « Ce scénario présente un caractère fortement théorique. »
Heureusement, EDF et Orano ont un autre plan pour stocker toujours plus de combustible usé : construire (à Belleville-sur-Loire, selon « Reporterre ») une nouvelle « piscine d’entreposage centralisé » géante d’ici à 2030. Mais, de nouveau, l’IRSN tique : « La capacité industrielle à réaliser ces projets dans les délais prévus n’est pas définitivement acquise. » Ces antinucléaires sont partout !
Je crois me souvenir que (source : documentaire audiovisuel de 2009 Dechets, le cauchemar du nucleaire) :
Du coup, oui, si l'on ne consomme plus de MOX, il y a aucun intérêt à faire enrichir notre uranium appauvri en Russie, donc nous perdons notre poubelle russe. Mais, en quoi est-ce un argument ? Même en utilisant le MOX, nous avons quand même un problème de stockage. Il est externalisé, mais il existe.
Dans le Canard enchaîné du 17 octobre 2018.
Ministère de l'Intérieur : Collomb est remplacé par Castagner, l'homme de confiance de Macron, mais on lui retire la direction générale des collectivités territoriales de son giron (sa tutelle est transférée au ministère de la Cohésion des territoires) et le Président lui adjoint Nunez, ex-préfet de Police et ex-patron de la DGSI, comme secrétaire d'État chargé de la sécurité. Castagner ne sera pas responsable de grand'chose ;
Ministère de la Culture : Franck Riester (ex-UMP, ex-UDI) remplace Nyssen. Ceux et celles qui ont suivi les débats autour des lois HADOPI apprécieront ;
Ministre de la ville : Julien Denormandie, un très proche de Macron, ex-secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des territoires ;
Sous-ministre chargé des relations avec le Parlement : Marc Fresneau, poussé par son poto Bayrou ;
Pinaise ce qu'elle m'énerve, l'expression « je n'ai pas le temps de » faire ceci ou cela ! Elle est très souvent utilisée dans les associations (« j'aime ce que vous faites, mais je n'ai pas le temps de m'impliquer ! », etc.) et dans les discussions politisées ou argumentées (« je n'ai pas le temps de comprendre tel sujet, je bosse, moi ! », « je n'ai pas le temps de lire tel livre ! », « je n'ai pas le temps de lire la presse ! », « je n'ai pas le temps de m'intéresser aux idées concrètes de tel⋅le politicien⋅ne », etc.).
Elle m'énerve car elle semble permettre à son énonciateur⋅rice de se dédouaner de ses responsabilités (de bénévoles, de citoyen⋅ne, de parent, etc.) comme ça, comme par magie. Elle est l'une des composantes de la déresponsabilisation qui règne dans notre monde. En effet, l'énonciateur⋅rice dispose de la même quantité de temps que tout le monde. Les journées d'un⋅e militant⋅e ne font pas plus de 24 heures. Si une personne n'a pas pris le temps de faire telle ou telle activité au profit d'une autre activité, c'est par choix, pas par manque de temps. L'énonciateur⋅rice a choisi parmi une liste d'activités celles qui, selon lui⋅elle, selon ses critères, méritent d'être priorisées, méritent son attention. Par exemple, il⋅elle a choisi de prioriser sa famille puis son travail puis un grattage de ses parties intimes devant la TV puis… et de négliger tout le reste, comme aider les copains et copines de l'association dont il⋅elle est membre, se cultiver, s'impliquer dans la vie politique, etc. C'est un choix, pas un manque de temps.
Or, une responsabilité découle de tout choix : si tu ne comprends pas le monde qui t'entoure (comme la technologie, par exemple) et que t'as le sentiment de te faire empapaouter, car tu ne prends pas le temps de l'étudier, c'est de ta responsabilité. Si tu as préféré roupiller 2h de plus au lieu de t'impliquer dans la vie d'une association, tu ne peux pas reprocher à l'association de stagner dans l'immobilisme et tu es responsable de l'épuisement de ses bénévoles. Si tu as préféré t'affaler devant Netflix au lieu de t'impliquer dans la vie politique (en lisant la presse ou en t'intéressant à la vie de ton quartier, par exemple), tu ne peux pas décemment te plaindre des choix vaseux de nos élu⋅e⋅s. Si tu ne t'impliques pas dans les débats et combats sociaux, tu ne peux pas décemment te plaindre de la perte des acquis sociaux et du démantèlement de la fonction publique, par exemple. Enfin, si, tu le peux, bien sûr, mais cela affecte négativement la cohérence entre ta pensée et tes actes, donc ça réduit ta crédibilité.
Comme je n'aime pas l'hypocrisie ni le rejet des responsabilités sur autrui (le méchant système qui t'oblige à avoir un boulot à temps plein, le méchant patron, le⋅a méchant⋅e conjoint⋅e qui réclame ta présence, etc.), je te propose d'assumer les responsabilités qui naissent de tes choix et ainsi de dire « je ne souhaite pas prendre le temps de […] » au lieu de « je n'ai pas le temps de […] » et « je n'ai pas pris le temps de […] » au lieu de « je n'ai pas eu le temps de […] ».
De mon côté, je constaterai que, pour toi, une séance de sport est plus importante que de défendre telle ou telle cause et que de rester amorphe devant la TV est plus important pour toi que de conduire une réflexion sur tel ou tel sujet. Ce n'est pas un tort tant que c'est assumé, mais la priorisation que tu fais des différentes activités possibles permet d'exprimer qui tu es et s'il convient de marcher à tes côtés ou non sur tel ou tel sujet. Mais, compte sur moi pour te mettre face à tes responsabilités : tu as le temps, tu choisis de te pas le dépenser dans telle ou telle activité. Dis-toi bien que c'est peut-être pour ça que pas mal de choses vont mal. Je suis responsable, tu es responsable, il⋅elle est responsable, nous sommes responsables de ces merdiers.
Maltraitance animale dans les élevages et les abattoirs chinois, évasion fiscale présumée de Kering via une filiale Suisse qui concentre une large part du chiffre d'affaires du groupe mais peu d'activité, et maltraitance des salariés des tanneries italiennes dans lesquelles s'approvisionnent les marques du luxe.
Cet épisode de Cash Investigation m'a un peu moins convaincu que d'autres : peu de réactions des personnes et marques mises en cause, parfois peu d'éléments de preuve, thématiques vues et revues, etc.
ÉDIT DU 13/10/2019 À 11 H 25 : le 9 mai 2019, le groupe Kering a été condamné à 1,25 milliards d'euros d'amende pour avoir grugé le fisc italien. FIN DE L'ÉDIT.
[…]
Le roi du luxe [ NDLR : Bernard Arnault ], premier pourvoyeur de pub de France, a droit à deux pages d'interview dans le quotidien Dassault pour exprimer son côté rebelle. Et quatre dans « Le Monde », qui a poussé l'irrévérence jusqu'à passer un « partenariat » avec Louis Vuitton pour mieux critiquer l'expo [ NLDR : des œuvres de Basquiat et Schiele, par la Fondation Louis Vuitton] et gagner 30 000 euros au passage.
[…]
Dans le Canard enchaîné du 10 octobre 2018.
On ne s'ennuie pas, aux Etats-Unis, dans certaines revues de sciences humaines et sociales. On y publie des articles comme « Réactions humaines à la culture du viol et performativité queer au sein des parcs à chiens de Portland », on y explique doctement que les hommes hétérosexuels ont tout intérêt à s’introduire des godemichés dans l’anus pour faire baisser leur homophobie latente (« Le Monde », 5/10), ce qui se traduit en novlangue universitaire par le titre suivant : « Homo-hystérie masculine et transphobie à travers l’usage des sextoys pénétratifs ».
Et la planète, dans tout ça ? Son avenir est étroitement lié à l’existence du pénis, mais oui. Car une autre étude révèle que le pénis est à la source d’une culture du viol, y compris du viol de la nature, donc, « en partie responsable du réchauffement climatique ».
Fort heureusement, ces articles, « inepties totales se faisant passer pour de l’érudition universitaire », sont des canulars. Les deux auteurs, James Lindsay et Peter Boghossian, l’un mathématicien et essayiste, l’autre professeur de philosophie à l’université de Portland (Oregon), ont eu l’idée hilarante d’écrire une vingtaine d’études bidon en l’espace de dix mois et de les soumettre pour publication à des revues réputées.
Avec une idée bien précise en tête : démontrer que certains travaux sur le genre, la sexualité, l’identité ou l’origine ethnique sont « corrompus », dans la mesure où, explique « Le Monde », « l’idéologie aurait pris le pas sur la recherche de la vérité » et où y régnerait l’obsession de décoder les discriminations en fonction des machinations d’un groupe dominant, les hommes blancs hétérosexuels.
L’ennui, c’est que ça a marché. Sur les 20 études, 6 seulement ont été rejetées. Celle sur les fameux « sextoys pénétratifs » a même déclenché l’enthousiasme d’un universitaire relecteur, saluant « une contribution incroyablement riche et passionnante à l’étude de la sexualité et de la culture, et en particulier l’intersection entre masculinité et analité ».
On n’a pas fini de rigoler !
Rien de neuf sous le soleil : des travaux de recherche bidonnés, ça a toujours existé, la relecture par les pairs faillible, aussi (car l'avancement de la carrière de X dépend de l'appréciation de ses pairs, donc il aura tendance a être cool avec leurs travaux, en espérant un retour d'ascenseur), mais ça risque d'exciter les contestataires de toute forme de masculinisme. On va bien s'marrer. :)
Dans le Canard enchaîné du 10 octobre 2018.
Une dizaine de poulets se sont déjà fait pincer pour avoir détourné à leur profit la Plateforme nationale des interceptions.
Mieux que la ligne Maginot : la plateforme nationale des interceptions judiciaires (Pnij) ! Présumé inviolable, ce système informatique prend des allures de passoire numérique. Depuis un an et demi, au moins « une dizaine de cas » d’utilisation potentiellement frauduleusede la Pnij par des membres des forces de l’ordre ont été mis au jour, reconnaît l’un de ses responsables.
Mise en service en octobre 2015 afin decentraliser les écoutes téléphoniques ordonnées par les magistrats, la Plateforme traite également les demandes d’identification de numéros, de factures détaillées (qui a appelé qui ?) ou de géolocalisation (qui était à tel endroit et quand ?) émises par la police judiciaire. Soit la bagatellede plus de 2 millions de réquisitions par an, visant aussi bien des malfrats endurcis que des suspects ou de simples témoins.
Dernière affaire en date : celle d’un agent de la Direction générale de la sécurité intérieure. Mis en examen et incarcéré fin septembre, ce policier, dissimulé sous le pseudonyme « Haurus » (lire ci-contre),revendait des informations collectées, entre autres, par l’intermédiaire de la Plateforme nationale. Il les fourguait sur le darknet, cet Internet semi-clandestin servant à tous les trafics. Une affaire d’autant plus préoccupante que ses agissements n’ont pas été détectés par des contrôles internes : ce sont ses « annonces commerciales » sur le darknet qui ont fini par attirer l’attention d’autres services de police.
Dérapages bien planqués
Plus étonnant encore : seuls les récents exploits d’Haurus ont conduit à enquête judiciaire ; les autres cas ont été discrètement réglés en famille…
Les patrons de la Plateforme affirment que personne n’a jamais réussi à pirater cette installation, dont la mise au point a déjà coûté 181 millions d’euros. Pas faux… mais les ripoux n’ont nul besoin de forcer la porte du coffre-fort ! Il leur suffit d’utiliser la Pnij à leur profit — sous le couvert d’une véritable enquête judiciaire…
Si invraisemblable que cela puisse paraître, personne ne contrôle le bien-fondédes demandes des enquêteurs ni l’utilisation des renseignements collectés. La mission de la Pnij se limite à vérifier que les agents sont habilités par l’autorité judiciaire, qu’ils utilisent la bonne carte d’identification et le bon mot de passe. Certes, pour les écoutes proprement dites, le système paraît bien verrouillé. Avant la création de la Plateforme, une galaxie de sociétés privées gérait les interceptions, et les policiers ne se gênaient pas pour ajouter en loucedé des demandes de « branchement » non prévues au programme. Désormais, chaque mise sur écoute nécessite la réquisition écrite d’un magistrat, en principe plus difficile à falsifier…
Mais, pour les identifications de numéros, les géolocalisations ou les fadettes que commercialisait le dénommé Haurus, il en va tout autrement. Les enquêteurs peuvent en rallonger la liste comme il leur chante, car ils disposent d’une autorisation générale du juge ou du parquet.
Contrôles à trous
Les états-majors de la police, de la gendarmerie et des Douanes s’en lavent les mains. « Aucun service ne se sent investi d’une mission de contrôle a priori », déplore Mireille Imbert-Quaretta, la présidente de la commission de contrôle de la Pnij. « Les services d’inspection répètent que les textes ne le prévoient pas et qu’il appartient aux magistrats signataires des réquisitions de faire eux-mêmes les vérifications », souligne cette conseillère d’Etat honoraire. Sauf que les juges et les procureurs, déjà débordés, estiment qu’ils ont mieux à faire qu’à fliquer les flics…
Mireille Imbert-Quaretta… L'ex-présidente de la commission de protection des droits de la HADOPI.
La commission de contrôle n’en montre pas moins ses petits muscles : « Les magistrats ne sont même pas informés quand des dysfonctionnements sont constatés, nous voulons que cela cesse. Nous souhaitons également créer un système de contrôle qui implique toute la chaîne hiérarchique, y compris les services d'inspection », martèle Mireille Imbert-Quaretta. Avant d'ajouter, lucide : « La commission ne compte que six membres, et nous nous sommes vite aperçus que nous risquions de servir de cache-sexe. »
Tant que les contrôleurs ne se retrouvent pas à poil…
Un black-out strict règne au ministère de l’Intérieur et au parquet de Nanterre depuis l’interpellation, fin septembre, d’un agent de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Ce policier affecté à la division judiciaire du service s’est fait bêtement pincer en train de vendre des renseignements confidentiels sur le darknet.
Le silence des poulets et des magistrats est pesant, d’autant que l’affaire apparaît encore plus grave que les premières révélations du « Parisien » (2/10) ne le laissaient supposer. Le flic ripoux, qui avait pris le pseudo d’« Haurus », ne se contentait pas de pomper des infos dans les fichiers de la police ou de fourguer des identifications de numéros, des géolocalisations et des factures détaillées de téléphone obtenues via la Plateforme nationale des interceptions judiciaires (voir ci—contre). Il commercialisait également des cartes nationales d’identité, des permis de conduire et des chéquiers plus vrais que nature !
Haurus avait ouvert quatre « boutiques » sur le darknet. Il proposait, par exemple, sur le site French Deep Web Market des CNI « gold » avec « filigrane Rêpublique française, Marianne, rigidité identique, RF iridescent, algorithme valide + clé de contact ». Le tout au prix de 150 euros l’unité, payables en bitcoins, cette cryptomonnaie très prisée des mafieux.
Les commentaires laissés par ses clients se révélaient très élogieux. « Super top, bravo, bon boulot », s’exclamait, le 5 septembre dernier, « loulou2006 », acheteur d’une carte d’identité. « Très bon taf… vendeur à l’écoute et réactif, gros gros +, rien à redire », s’enthousiasmait « krime2100 », le 15 juillet, heureux acquéreur d’un permis de conduire « titanium ». Et, le 12 août, « maloya » saluait un « super mec, sérieux, travail efficace » pour un chèque de banque contrefait.
Avec un tel tableau d’honneur, difficile d’imaginer qu’Haurus n’était qu’un simple pilleur de fichiers policiers ! Certains magistrats soupçonnent ce poulet d’élite d’avoir obtenu un accès privilégié à des installations très haut de gamme et ultra-sécurisées, comme seules en possèdent l’Imprimerie nationale, la DGSI et la DGSE (le renseignement extérieur). D’où l’hypothèse d’un réseau de complicités.
Ou celle, non négligeable, d’une gestion un brin foutraque de la DGSI, qui aurait laissé certains de ses agents plonger les deux mains dans le pot de confiture…
Dans le Canard enchaîné du 10 octobre 2018.
Les cadres du syndicat ont été fichés en douce et sans douceur.
« Ordure », « niais », « peu courageux » ou encore « franc-maçon », « trotskiste » : tels sont les commentaires, souvent gracieux, qui accompagnent les noms de 126 responsables du syndicat Force ouvrière dans un fichier interne tombé entre les palmes du « Canard ». Ce trombinoscope de choc, divisé en deux parties, répertorie les patrons des fédérations professionnelles (métallurgie, bâtiment, cheminots…) et ceux des unions départementales. Mais on est loin des Pages jaunes…
Outre les photos et les numéros de portable, les fiches des intéressés contiennent des renseignements aussi précis que délicieux. L’opinion politique (« plutôt à droite », « anarchiste », « PS »… ), l’appartenance à la franc-maçonnerie, voire l’éventuelle homosexualité sont dûment consignées. Sans oublier les doux épithètes : « bête », « mauvais », « influençable », « faux », « acariâtre », et même « complètement dingue ». Plus confraternel encore, un camarade est carrément qualifié de « mafieux » et un autre de « voleur dans les portefeuilles ». Mais que fait la police ?
Excès d’intelligence
Cet épais fichier a été constitué en octobre 2016 par des proches de Pascal Pavageau, le nouveau patron de FO, alors en lice pour remplacer Jean-Claude Mailly. Mais il commence seulement à fuiter dans les hautes sphères du syndicat, promettant une chaude ambiance ! Car les commentaires sont sans pitié, même pour les braves : « C’est grâce à lui que FO est majoritaire [dans une grande entreprise] », lit-on ainsi à propos d’un camarade, mais il n’est « pas assez loyal et courageux pour être SC » (secrétaire confédéral). Et pan !
Egalement en rayons : un sujet « anarchiste, brillant mais pas fiable » ou une responsable départementale « intègre » qui « manque de confiance en elle ». Le genre de fichage totalement prohibé par la loi informatique et Libertés. Et vigoureusement dénoncé par Force ouvrière quand il est pratiqué par Ikea ou d’autres boîtes privées…
Qu’on se rassure, les responsables syndicaux ne sont pas tous affublés de noms d’oiseaux. Mais tous, ou presque, sont jugés sur leur proximité avec Pascal Pavageau, « PP » pour les intimes. S’il était le seul candidat à la tête du syndicat, Pavageau a craint jusqu’à la dernière minute une candidature surprise de Mailly ou d’un autre félon.
A un an et demi de l’élection et du congrès d’avril 2018, le trombinoscope analyse donc les forces en présence : « redevable à PP », « soutien de PP », « PP le connaît peu », « apprécié par PP » ou encore « déteste JCM » (Jean-Claude Mailly). Le fichier prépare aussi l’avenir. Certains sont déjà promis à une ascension dans l’appareil : « à voir pour le faire entrer au bureau confédéral ». Contrairement à d’autres : « soutien de PP, mais, trop direct et brut, il sera difficile de lui dire qu’il ne sera pas au bureau ». Ailleurs, un camarade est jugé « trop intelligent pour entrer au bureau confédéral » ! Il n’a plus qu’à corriger son vilain défaut…
Certaines observations, plus générales, fleurent le machiavélisme de comptoir : « être prudent avec [la fédération du spectacle, de la presse et de l’audiovisuel] car possibilité de nuire par les médias ». Quant à l’union départementale des Bouches-du-Rhône, elle est « complexe (on ne sait pas tout ce qui s’y passe) ». Ils n’ont pas de fichier, là-bas ?
Fausses “notes”
Contacté par « Le Canard », Pascal Pavageau reconnaît « une belle connerie », « une grave erreur », tout en rejetant la faute sur deux collaboratrices maladroites : « Pour moi, c’était un mémo, de l’ordre de la prise de notes, mais je n’avais jamais vu ni avalisé le résultat, qui est truffé d’âneries, de raccourcis. » A quoi devait servir cette « prise de notes » qui a légèrement dérapé ? « On se pré- parait pour le congrès, j’avais demandé à mes collaboratrices de former deux personnes que j’envisageais de nommer, en interne, en charge de l’organisation. Mais c’était un document de travail qui ne devait pas circuler. » Sans blague ?
L’affaire a de quoi remettre de l’huile sur les braises encore chaudes du dernier congrès. Car le passage de relais s’est effectué dans la douleur : Pavageau a dézingué la mollesse de son prédécesseur sur les ordonnances Travail, et Mailly a quitté le congrès sous les huées, au grand dam de ses proches.
Dans cette saine ambiance, Pavageau joue à son tour les victimes : « Je ne m’explique pas que ce document interne, qui n’a été vu que par deux ou trois personnes, sorte maintenant. » Il veut créer un fichier des coups bas ?
La lettre de démission de Pascal Pavageau vaut d'être lue, car il y expose un point de vue sur l'ambiance interne : vol de documents par des internes, règlements de comptes présumés entre courants de pensées différent, tentatives de doxing de Pavageau dans la presse depuis 6 mois, volonté de certains que Pavageau n'ai pas de cabinet afin que les tenors du syndicat puissent lui dicter leur ligne (alors que Pavageau voulait plus de transparence et de démocratie), etc.
Dans le Canard enchaîné du 10 octobre 2018.
Maintenant que notre caisse enregistreuse Casio SE-S400 formate sa carte SD, imprime ses rapports quotidiens sans erreur, et imprime un numéro SIRET (ou n'importe quoi d'autre) sur les tickets clients, on souhaite présenter différemment la TVA sur les tickets clients.
On a paramétré un seul département (un rayon) et un seul taux de TVA. Les taux de TVA (jusqu'à 4) se configurent dans le mode « PGM » (clé de sélection du mode) puis « Taxe » (on valide avec la touche « CA/AMT TEND »). On peut ensuite saisir les taux de TVA en utilisant le clavier, en validant avec la touche « CA/AMT TEND » et en revenant au menu précédent avec la touche « Sub total » (sans ça, on ne peut pas quitter le mode « PGM »).
Un taux de TVA s'affecte à un rayon dans le mode « PGM » puis « Département » (on valide avec la touche « CA/AMT TEND »). Il faut ensuite saisir le numéro du rayon (01, 02, etc., autant commencer par « 01 » ;)) et valider avec « CA/AMT TEND ». La liste des rayons apparaît. On choisit le « DEPT001 » (ou autre en utilisant les flèches du clavier) avec « CA/AMT TEND ». On se déplace sur « Taxe », on appuie sur la touche « CA/AMT TEND », on choisit le taux de TVA configuré précédemment (exemple : si l'on a configuré le taux de TVA numéro 1, on choisit « T/S1 ») et on valide avec « CA/AMT TEND ». On retourne au menu précédent en utilisant la touche « Sub total ».
Dans notre cas, nous avons un seul taux de TVA et un seul rayon. Pour réaliser une transaction (dans le mode « REG », bien entendu), on saisit le prix avec le clavier noir (« 100 » pour 1 €, par exemple) puis le numéro de rayon avec le clavier blanc (« 1 » dans mon cas) et on valide avec la touche « CA/AMT TEND ». Et voilà : on obtient une transaction d'un montant d'un euro à laquelle la caisse ajoute la TVA. Le ticket client mentionne donc :
Nous aimerions plutôt saisir le prix TTC (1 €, donc) et que la machine calcule et affiche sur le ticket client le prix hors taxe (0,95 €) et le montant de la TVA, mais que le prix total payé par le client soit 1 €. On aimerait donc que le ticket client affiche :
Le manuel ne me semblait pas expliquer cela donc j'ai téléphoné au service assistance des caisses enregistreuses Casio, 08 92 49 22 92, appel facturé 0,35 €/minute. Verdict : il faut effectuer une manipulation (qui change si t'utilises des PLU, groupe d'articles, au lieu des rayons, donc attention) :
On passe en mode « REG », on saisit une transaction… et ça fonctionne. \o/
Après coup, j'analyse cette séquence :
La question à 1000 € est : pourquoi la programmation depuis le menu ne produit pas le même résultat que la programmation avancée (avec les combinaisons de chiffre) alors que le manuel les décrit toutes deux comme permettant la définition d'un taux de TVA et l'affectation d'un taux de TVA défini à un rayon ?
Gee nous parle d'un possible effondrement de la civilisation causé par le dérèglement climatique couplé à l'épuisement des énergies fossiles couplé à l'épuisement des matières premières dont celles nécessaires pour nos bidules électroniques, l'amoindrissement de la biodiversité, une crise financière permanente, etc. Il y a aucun changement de société à l'horizon : ni abandon de la croissance, ni réduction drastique de l'activité humaine, ni partage des ressources, ni utilisation massive d'énergies alternatives.
Si on prend des mesures concrètes pour limiter la catastrophe et s'y préparer, la société se casse la gueule dans la minute ; si on ne le fait pas, elle finira quand même par se casser la gueule, mais en plongeant de plus haut et donc plus violemment.
‒ La montgolfière est hors de contrôle ! Il faut sauter maintenant !
‒ Mais on va se faire super-mal !
‒ La montgolfière ne peut plus redescendre doucement ! Plus on attend, plus la chute sera rude !
Gee résume ainsi le meilleur et le pire de l'humain⋅e : son immense capacité à espérer (que tout ce merdier va se résoudre de lui-même, par exemple) et son immense lâcheté (fuir le problème, laisser la génération suivante le traiter, par exemple).
La « collapsologie (de « collapse », « s'effondrer ») consiste non seulement à analyser les causes de l'effondrement, tenter d'en prévoir les effets concrets sur les populations humaines… mais aussi imaginer un après, car construire un autre monde (que nous espérons meilleur) sera non seulement enfin possible, mais carrément impératif !
Ce qui est porteur d'espoir, c'est que pas mal de gens (conscients ou non de la catastrophe qui vient) cherchent déjà des alternatives. Il n'y a qu'à voir la multiplication des initiatives comme Alternatiba, les jardins partagés, les initiatives pour relocaliser l'économie, AMAP, etc.
Ce n'est rien à l'échelle de l'économie mondialisée sur le point de craquer, mais je suis persuadé que ce seront par la suite des initiatives capitales pour ne pas sombrer dans le chaos.
Et c'est en cela que les mouvements autour du logiciel libre et des communs (comme Framasoft dont je fais partie) sont aussi importants : pas tant pour le « logiciel » - qui n'existera peut-être plus dans un futur proche - que pour le « libre » !
Les « qualités » valorisées par le capitalisme (esprit de compétition, réalisation individuelle, « que le meilleur gagne ») seront inutiles et même contre-productives dans une société post-effondrement où la recherche de l'abondance sera définitivement enterrée. Celles du partage, de l'entraide, de la collaboration, de la contribution, seront vitales !
Mon avis sur la collapsologie :