Rappel : peu de variétés de fruits et légumes, toutes à fort rendement et détenues par des multinationales, forcément, ça induit des produits dénués de goût et de nutriments, mais pas de sucre (utilisé pour corriger l'absence de goût)…
Il aura fallu qu'une association de consommateurs aille sonder les Français pour que les médias redécouvrent que nos fruits et légumes ont moins de goût qu'avant. Comme « Le Canard » l'a maintes fois raconté, l'industrie agroalimentaire et la grande distribution ont imposé aux agronomes des variétés tape-à-l'œil, parfaitement calibrées, a haut rendement, longue conservation, résistantes aux maladies, avec une peau bien épaisse pour tenir le coup pendant le transport… tout en se fichant comme d'une prune de leur goût et de leurs qualités nutritionnelles.
Il a douze ans, les ingénieurs de l'institut national de recherche agronomique (Inra) avaient fait officiellement leur mea culpa sur le sujet. Dans un rapport remis au ministère de l'Agriculture, ils avouaient : « La qualité nutritionnelle n’a été que rarement un critère de sélection direct, sauf pour contre-sélectionner des aspects défavorables ou des caractéristiques gustatives défavorables » (« Conflit », 21/11/07). Comprendre : durant des années, la quantité de vitamines et autres antioxydants a été la dernière roue du carrosse. Itou pour le goût. Les fraises sauvages, par exemple, ont un pouvoir antioxydant trois fois plus élevé que leurs cousines cultivées sous serre de façon intensive. Quant à la tomate industrielle, elle a été affublée, dans les années 80, d'un gène qui a rallongé de trois semaines sa durée de vie après cueillette. Sauf que ce gène « longue vie » épouille au passage la tomate de ses arômes et lui flanque une chair farineuse…
Non seulement la majorité de nos fruits et légumes et été génétiquement façonnée pour coller au cahier des charges de l’agroalimentaire et des grandes enseignes, mais presque toutes ces semences sont détenues par des multinationales de l’agrochimie. Le leader mondial des semences potagères n'est autre que Bayer-Monsanto, dont le portefeuille comprend 3 000 variétés et 23 espèces. Avec son concurrent Syngenta, il possède 71 % des semences de chou-fleur, 62 % des tomates et 56 % des poivrons commercialisés en Europe « Conflit », 19/7/17). Résultat : l'agrobusiness a imposé un nombre réduit de variétés mondialisées au goût uniformisé. Alors qu'il existe en France 700 variétés de tomates, seulement une dizaine sont disponibles sur les étals. Et, pour masquer la perte d’arôme de ces modèles standardisés, les semenciers se sont trop souvent contentés d'augmenter génétiquement le taux de sucre.
Pour plus se sucrer ?
Dans le Canard enchaîné du 21 août 2019.
Rappel : les animaux jugés moches sont moins bien protégés et moins étudiés que les autres. Rien d'étonnant, c'est dans la continuité des sujets passés sous silence dans les médias et évités par les scientifiques quand ils sont jugés "peu sexy / glamour" ou "peu vendeur" (moins d'audimat / croyance moindre en des retombées positives = moins de gains publicitaires / moins de financements). L'humain est fabuleux.
À quand la chirurgie esthétique pour les animaux ? On savait déjà, grâce aux sociologues, qu’être moche dans une société narcissique était un handicap social. On découvre que la tyrannie des apparences nuit aussi gravement à la biodiversité. La plupart des 7 000 nouvelles espèces menacées d’extinction, que vient de répertorier l’Union internationale pour la conservation de la nature, sont en danger car pas assez photogéniques ! Pour encourager les dons, la majeure partie des ONG ne se mobilise que pour les animaux canon. Résultat : les Quasimodo de la nature se retrouvent impitoyablement exclus des programmes de conservation. Tant pis pour la grenouille scrotum (très présente sur le lac Titicaca !), le nasique, singe affublé d’un nez proéminent, le blobfish ou la chauve-souris fer à cheval (voir photos). Tous sacrifiés sur l’autel de la beauté !
Non seulement les animaux moches figurant sur la liste des espèces en voie de disparition sont les oubliés des plans de protection, mais, en prime, les zoos, qui pourraient constituer leur dernier refuge, leur refusent l’entrée pour ne pas effrayer le chaland. Même les chercheurs rechignent à étudier les bestioles trop vilaines, au motif qu’il est plus dur d’attirer un financement avec un dernier prix de beauté.
Une mise à l’écart fâcheuse, vu que la laideur dissimule souvent d’étonnantes caractéristiques biologiques. Prenez le rat taupe nu : ce rongeur sourd, quasi aveugle, sans un poil sur le caillou, à la peau fripée et translucide, aux dents démesurées, commence seulement à être sérieusement ausculté alors qu’il est le seul mammifère connu à ne jamais développer de cancers.
Comme on dit, c’est moche…
Dans le Canard enchaîné du 21 août 2019.
Le Canard enchaîné du 21 août 2019 nous rappelle l'existence, le maintien et la création de déséquilibres de la protection sociale (retraite, chômage, santé) :
Sur le plateau du Grand Jury RTL / Le Figaro / LCI, Laurent Nuñez confirme qu’une nouvelle loi Renseignement va être présentée [ NDLR : en 2020 ], déjà pour régler la clause d’extinction associée aux boîtes noires de la loi de 2015.
Pour mémoire, le gouvernement avait fait passer ces dispositifs de traitements automatisés de données de connexion, alors très critiqués, en leur associant une date d’extinction à la fin 2018. En 2017, dans le projet de loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, cette date fut repoussée au 31 décembre 2020.
[…]
Surtout, le représentant de l’Intérieur prévient que ce réexamen « sera aussi l'occasion de voir, avec l'ensemble des services de renseignement, s'il faut adapter nos techniques au développement de nouvelles technologies, comme le développement de la 5G ».
D'après le Canard enchaîné du 21 août 2019, la CNCTR, l'administration chargée de contrôler les services de renseignement français, souhaiterait qu'à cette occasion, les surveillances par des services étrangers afin de déroger au droit local (un Français résidant en France surveillé par les services allemands afin de contourner le droit français ou un refus de la CNCTR) soient interdites ou placées sous son contrôle comme en Allemagne, aux Pays-Bas, en Belgique, en Suisse, etc. (actuellement, elles lui échappent).
Via le Canard enchaîné du 21 août 2019.
Avec le PFU (flat tax), l'État empoche un peu sur les revenus du capital des petits patrons et perd sur le revenu de leur travail. Les budgets de la protection sociale en pâtissent. Le volume de dividendes versés augmentant d'année en année, il me paraît tendu d'affirmer que la flat tax en a été l'origine. Enfin, pourquoi se réjouir d'une hausse des dividendes versés ? Ça profite seulement à quelques-uns et ça affaiblit les sociétés commerciales par diminution des réserves de thunes permettant de rembourser les prêts et d'innover.
Serait-ce le triomphe du « en même temps » fiscal ? Macron a instauré une imposition réduite — la « flat tax » — sur les revenus du capital qui, paradoxalement, rapporte plus que la lourde fiscalité qui avait cours sous Hollande ! Un mystère qui n’est qu’apparent.
Selon les chiffres du rapporteur du Budget à l’Assemblée, le député (LRM) Joël Giraud, la flat tax (prélèvement forfaitaire à 30 % des dividendes, intérêts de placement, etc.) a ainsi rapporté en 2018 3,5 milliards, soit 600 millions de plus que prévu dans le budget (« Les Echos », 12/8). Et même légèrement plus que sous François Hollande, quand le taux de taxation pouvait atteindre (après abattements) 42,5 %.
La clé du mystère est simple : les dirigeants des petites et moyennes entreprises, qui peuvent se rémunérer soit en salaires (taxés jusqu’à 62,5 % en incluant les prélèvements sociaux), soit en dividendes (30 % tout compris). Ces patrons qui savent calculer ont évidemment opté, chaque fois qu’ils le pouvaient, pour une rémunération en dividendes. L’Insee confirme ainsi que les dividendes distribués en 2018 ont crû de 24 %, alors que la seule augmentation des profits laissait prévoir une augmentation de 12 %.
En clair, ce que le fisc gagne en flat tax, il le perd — et même largement — en baisse d’impôt sur le revenu.
Et tout le monde y perd en cotisations sociales, donc il faudra encore équilibrer les budgets de la protection sociale…
C’est la limite du « en même temps ».
Dans le Canard enchaîné du 21 août 2019.
Comme celle de Macron, l'adolescence de Trump est retouchée, idéalisée voire réécrite. Son père, travailleur et ambitieux, a fait fortune dans la construction de HLM avec l'argent du contribuable (il n'y a pas de self-made man ;) ). Trump, bagarreur et """"rebelle"""" qui se met à collecter les couteaux à cran d'arrêt (par passion, après une comédie à Broadway), est envoyé à l'académie militaire de New York. Aux USA, une académie militaire est gérée par des vétérans, a aucun lien de commandement avec l'armée et permet de recadrer les enfants de riches moyennant finance. Trump devient un protégé puis un donneur d'ordres officiel auprès des petits nouveaux. Toutes les fins de semaine, papa lui amène des femmes comme d'autres pères le font avec leurs fils. Début de sa réputation d'homme à femmes. À l'académie, Trump s'invente de nombreux exploits. Il échappera à la guerre du Vietnam grâce à un mot du docteur… alors qu'il pratiquait des sports. Bien plus tard, il financera et organisera des matchs de catchs : scénarisation, gentil gars contre méchant, etc. Tout ce qu'est Trump, en fait.
1972 : procès de Bobigny pour punir un avortement suite à un viol. Loi Veil en 1975 pour expérimenter l'IVG durant 4 ans. Loi définitive en 1979. Jusqu'en 1992, le droit ouvert par la loi Veil est une exception au délit d'avortement qui disparaît cette année-là. 2014 : une IVG n'est plus conditionnée à une notion de détresse.
Définition. Bio, en matière de végétaux = pas de pesticides de synthèse, pas d'engrais artificiel, pas d'OGM. Évidemment, des seuils de tolérance existent : les traces de pesticides ne sont pas comptées, un produit transformé bio peut contenir 5 % de produits non-bio, etc. Cela permet de prendre en compte la dispersion par le vent depuis des parcelles en agriculture conventionnelle, l'absorption de l'anti-moustisques présent sur les ouvriers agricoles d'Amérique du Sud, l'absorption des substances qui constituent les joints des machines de la chaîne de production (huile d'olive, par exemple), etc. Bio en matière animale = animaux nourris avec de la bouffe bio (voir point précédent) et un usage des antibiotiques seulement en cas de maladie avérée. Bio en matière de cosmétiques = au moins 95 % d'ingrédients bio et substances interdites (phtalates, parabène, etc.). Qu'est-ce qu'un pesticide ou un engrais pas de synthèse, dit ""naturel"" ? Chaux, souffre (pour le vin), cuivre, purin d'orties, bouillie bordelaise, etc. ;
Du mode de vie alternatif des années 60, le bio est devenu un vrai business. On parle même de bio industriel : il n'y a pas de pesticides, mais les autres idées du mode de vie proposé ont disparu (donc on se retrouve avec des serres chauffées, de la main d'œuvre exploitée, une pression des distributeurs sur les producteurs lors de l'achat, de l'import depuis l'autre bout du monde, etc.). Exemples :
Les épinards contiennent un simili-stéroïde qui décuple les muscles, l’ecdystérone. :O La légende de Popeye n'est donc pas totalement usurpée. :D Les épinards sont aussi farcis au chlorpyrifos, un insecticide + perturbateur endocrinien…
Que ne ferait-on pas pour garder la première place du podium… La France est la championne de l'épinard en Europe, avec 24 500 tonnes produites par an. Pour que cette production potagère tricolore ne soit pas boulottée par les cochenilles, le ministère de l’Agriculture autorise nos maraîchers à pulvériser un insecticide interdit sur toutes les autres cultures depuis trois ans. Une drôle de dérogation puisque, à l'époque, les toxicologues avaient estimé que la neurotoxicité du chlorpyrifos, de son petit nom, était beaucoup plus maousse que ce qu'ils pensaient, même a faible dose.
En effet, cette substance, qui appartient a la sinistre famille des organophosphorés, ces gaz de combat mis au point pendant la Seconde Guerre mondiale, est désormais soupçonnée de dézinguer un neurotransmetteur crucial pour le développement du cerveau chez l'enfant. Raison pour laquelle neuf pays européens ont interdit l’usage du chlorpyrifos dans les vergers et les potagers, qui en étaient massivement aspergés. Itou en France, sauf, donc, pour les épinards. A l’Agriculture, on jure que les conditions d’utilisation ultra-strictes garantissent l'absence de résidus dans les feuilles. Il n'empêche, si la quantité totale vaporisée dans l'Hexagone a presque été divisée par 63 depuis 2016, on en utilise encore aujourd'hui 2,6 tonnes par an, épandues pour l'essentiel en Bretagne et en Provence-Alpes-Côte d’Azur. N’en déplaise aux producteurs d’épinards français, la Commission européenne envisage d’interdire l’insecticide une bonne fois pour toutes et pour toutes les cultures.
Il faut dire que les études toxicologiques sont de plus en plus accablantes. Une équipe de chercheurs du CNRS et du Muséum national d’histoire naturelle vient ainsi de découvrir que le chlorpyrifos est, en prime, un perturbateur endocrinien susceptible de provoquer des retards mentaux chez les bambins dont les mères ont été exposées pendant la grossesse. N'en jetez plus…
Une bonne nouvelle, quand même, pour les mangeurs d'épinards frais : a défaut d'être farci de fer — on en trouve nettement moins qu’on le prétend —, le légume popularisé par Popeye recèle une substance aux pouvoirs anabolisants, l’ecdystérone. Après avoir constaté à quel point ce simili-stéroïde décuplait les muscles, l’Agence mondiale antidopage veut l’inscrire sur la liste des produits interdits. Avant le chlorpyrifos ?
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Suite de Mélenchon se moque de la justice (suite). Méluche, attaqué en diffamation, se dérobe aux convocations de la justice. Également attaqué pour non-respect de la LCEN, il est condamné en juillet 2019. Le chèque envoyé au plaignant est siglé France Insoumise. Forcément, l'avocat de Méluche assure que c'est une avance de trésorerie pour éviter un recouvrement forcé durant les vacances de son client. Lol…
Le camarade Jean-Luc Mélenchon est, depuis sept ans, le héros intrépide d’un feuilleton de grand style pour spécialistes du droit de la presse et de l’immunité parlementaire. Tout commence à l’automne 2012 lorsque, rentrant ébloui d’un voyage au Venezuela, Méluche traite sur son blog de « terroriste repenti » et de « tueur repenti » le journaliste du « Monde » Paulo Paranagua. Celui-ci avait osé écrire des articles critiques sur le régime de Chavez.
Journaliste d’origine brésilienne, Paranagua l’attaque en diffamation au pénal mais ne peut le poursuivre au civil, faute de mention du directeur de la publication de son adresse sur le blog de Mélenchon.
Or cette première procédure en diffamation a été déclarée prescrite au terme d’un véritable jeu du chat et de la souris qui a duré plus de trois ans, les juges d’instruction, épuisés, n’ayant jamais réussi à coincer le camarade député Méluche pour le mettre en examen ! Ce dernier s’était dérobé à cinq convocations, obligeant les flics à se déplacer plusieurs fois (« Le Canard », 7/6/17).
Il suffit de se dérober aux convocations en attendant que le délai de prescription s'écoule ? Ça me semble un peu trop facile. N'y-a-t-il pas eu un raté chez les juges ou une contrainte non-utilisée par lesdits juges ?
Le parti paiera
Neuf mois plus tard, le 14 novembre 2016, Mélenchon récidive sur son blog et traite Paranagua de « provocateur » et de « muse dela CIA »… Paranagua l’attaque de nouveau, procédure toujours pendante à ce jour. Mais il l’assigne aussi pour défaut de mention du directeur de publication sur son blog, « L’ère du peuple ».
Cette fois, Mélenchon a bien comparu, le 15 mai, dans cette procédure annexe. Et il a été condamné, le 10 juillet, à verser 1 euro symbolique et 2 000 euros pour les frais exposés. Le journaliste plaignant a ensuite reçu, le 30 juillet, un chèque réglant ce qui lui était dû.
Or ce chèque — de 2 001 euros, tout de même ! — a été émis sur le compte de La France insoumise, ouvert à l’agence de Massy (Essonne) du Crédit coopératif.
En clair : c’est le parti via ses filiales qui a réglé la facture de Jean-Luc Mélenchon. Cette solidarité avec le chef est émouvante.
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
J'ignorais que les placiers existent encore pour collecter les droits d'usage des places de marchés… J'ignorais que cela peut être des délégations de service public. J'ignorais que les villes et les délégataires font appel à des caïds de cité pour tenir les marchés. J'ignorais ces extorsions de fond présumées pour conserver sa place de marché. :O
« Vous savez, Mantes-la-Jolie, c’est spécial… » Jérémie Askinazi, directeur général de Mandon-Somarep (leader des marchés de plein air en Ile-de-France), résume de cette formule énigmatique la drôle de partie financière et judiciaire qui se joue au milieu des 350 étals dressés, trois fois par semaine, dans la très populaire cité du Val-Fourré.
Le lieu est stratégique pour la municipalité : ce marché — le plus grand de France — contribue à la cohésion d’une immense « zone urbaine sensible », parfois touchée par des flambées de violence, comme en 2005. Le quartier est également le fief électoral de Pierre Bédier, l’ancien maire LR de Mantes, qui continue de contrôler la ville et le quartier depuis son fauteuil de président du conseil départemental des Yvelines.
Le marché du Val-Fourré a vu débouler, le 5 avril, une escouade de douaniers. Bien tuyautés, les gabelous se sont concentrés sur les trois placiers embauchés par Mandon-Somarep pour encaisser les droits d’occupation des commerçants.
Dans ce monde où tout se règle encore en liquide, les soupçons de racket sont récurrents. Et, à Mantes-la-Jolie, les douaniers ont fait bonne pioche. Ils ont trouvé dans les poches des trois lascars d’épaisses liasses de billets d’origine non justifiée.
Déballage contrarié
Spectacle étonnant : deux jours après cette descente, les commerçants ont « spontanément » refusé de déballer leurs marchandises en « solidarité » avec les placiers. Touchante unanimité : en 2015, ils s’étaient déjà mis en grève quand le procureur général de Versailles avait décidé de relancer une vieille enquête sur le marché, déjà motivée par des soupçons de racket.
A l’époque, les investigations n’avaient guère avancé. Cette fois, elles ont progressé à grands pas. Quinze jours après la descente des douanes, les placiers ont été mis en examen pour extorsion de fonds et abus de confiance, avant d’être placés en détention provisoire.
Cette fine équipe était en fonction depuis 2013. A l’époque, la mairie gérait l’affaire en régie directe. Mais, pour faire taire une première rumeur de racket (« Le Canard », 8/6 et 9/7/14), la ville avait fini par confier les clés du marché à Mandon-Somarep. Un contrat assorti d’une curieuse condition…
Piston “atypique”
La société devait s’engager à reprendre deux placiers soupçonnés (à tort ou à raison) de malversations par le parquet. Mais aussi le cadre municipal chargé de superviser le marché. « Une demande très atypique », s’étonne encore aujourd’hui Jérémie Askinazi.
Cette démarche de la mairie — qui déclare au « Canard » ne pas envisager, pour l’instant, de se porter partie civile — interroge les poulets. Il ont reçu des témoignages sur les présumées méthodes expéditives du brillant chargé de mission. Plusieurs commerçants ont raconté — mais sans apporter de preuves — qu’il leur aurait réclamé jusqu’à 15 000 euros pour leur accorder une place dans la nouvelle organisation du marché.
L’homme, accusent-ils, leur aurait demandé de venir à la mairie, en dehors des heures d’ouverture au public, pour verser leur obole. Ils devaient ensuite se rendre dans un bureau situé au 1er étage, où ils étaient —— ont-ils certifié — fouillés soigneusement pour vérifier qu’ils ne portaient sur eux aucun moyen d’enregistrement. L’intéressé nie farouchement. En attendant, nouvelle coïncidence deux camions appartenant à des commerçants mécontents de la gestion du marché ont mystérieusement pris feu le 16 juin dernier. Les poulets, qui voient le mal partout, soupçonnent, cette fois, le petit frère de l’un des mis en examen d’avoir joué avec des allumettes…
À croire que l’oseille sauce à la Mantes est devenue un produit inflammable.
Pour avoir la paix dans les cités et les marchés qui s’y tiennent plusieurs fois par semaine, les municipalités et les sociétés gestionnaires embauchent, à l’occasion, des petits caïds qui ont l’habitude de se faire respecter, des commerçants comme des clients.
La société Mandon a touché le gros lot à Chanteloup-les-Vignes : porteur d’un bracelet électronique, le placier s’est fait dessouder en 2016 par la gendarmerie lors d’une tentative de vol d’un distributeur de billets. « On est mal tombés, le salarié n’avait qu’un mois dans la boîte », commente sobrement son ancien patron.
Habilités à encaisser les recettes en liquide, certains de ces braves garçons sont réputés mélanger fonds publics et caisse personnelle. Les plaintes sont fréquentes, mais elles aboutissent très rarement : les preuves manquent souvent et les témoins finissent presque toujours par se dégonfler…
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Veolia a obtenu en avance les détails d'un appel d'offres en Colombie (sans aucune contrepartie, bien entendu) et aurait versé des pots-de-vin pendant 7 ans aux autorités de Bucarest. Toujours aussi classes, les géants de l'eau et de l'assainissement…
Passées inaperçues, les sanctions prononcées par la Banque mondiale à l’encontre du groupe Veolia ont un goût… saumâtre : le 29 mai, l’institution financière internationale a exclu, respectivement pour deux ans et un an, OTV et VWT Brasil, filiales du géant de l’eau et des déchets, de la « liste des sociétés autorisées à participer à des projets qu’elle finance ».
OTV, leader mondial de l’assainissement de la flotte, et Veolia Water Technologies (VWT) Brasil sont accusés d’avoir commis « des actes frauduleux et collusoires » durant leur participation à l’appel d’offres d’une usine de traitement d’eaux usées à El Salitre, en Colombie. Finalement attribué à un concurrent en 2016, le marché devait servir à améliorer la qualité du rio Bogota et à réduire les risques d’inondation. Mais c’est Veolia qui a pris l’eau…
Yankees en embuscade
« Il n’y a eu aucune allégation de corruption au terme d’une enquête très poussée de la Banque mondiale », proteste une porte-parole de Veolia. Le géant du CAC 40 — 25,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2018 — a seulement obtenu, reconnaît- elle, « un accès prématuré à la documentation de l’appel d’offres via un bureau d’études avec lequel OTV et VWT collaboraient ». Une faveur vénielle…
Dans son rapport annuel 2018, Veolia mentionne en quelques lignes pudiques cette interdiction prononcée par la Banque mondiale. Et n’est guère plus disert sur les menaces d’amendes américaines qui pèsent sur ses comptes. L’organisme de contrôle des marchés financiers (SEC) et le Département de la justice (DOJ) enquêtent sur d’éventuelles violations des lois fédérales américaines dans le cadre d’un dossier de trafic d’influence en Roumanie.
Doté d’un contrat de concession des services de distribution d’eau de la ville de Bucarest, ANB (filiale à 74 % de Veolia Eau) et plusieurs anciens dirigeants, dont deux français, sont soupçonnés d’avoir versé plus de 12 millions d’euros de pots-de-vin entre 2008 et 2015 en contrepartie de décisions favorables des autorités locales.
Malgré l’ouverture d’une enquête préliminaire par le Parquet national financier en 2017 et plusieurs perquisitions menées à Bucarest, à Aubervilliers (siège mondial du groupe) et même à Prague en 2018, rien ne bouge.
Veolia n’a plus qu’à embaucher un spécialiste du désenlisement ?
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
La carte bancaire des réfugiés en attente de la paperasse ne permettra plus de retirer des espèces, et une taxe de 0,50 € sur chaque transaction sera appliquée après 25 paiements/mois. C'est trop cool : 1. Ça oriente les réfugiés chez les commerçants qui acceptent la carte bancaire… au détriment des autres. 2) Ça oblige les réfugiés à dépenser plus puisque plein de commerçants n'acceptent pas la carte en dessous d'un seuil ; 3) La limite du nombre de paiements interdit d'aller faire ses courses tous les jours… Où les réfugiés vont-il stocker leurs provisions ? Dans les foyers dépassés ? LOL.
C'est une carte bancaire noire, ornée d’un drapeau français et de l’inscription « Ofii », pour Office français de l’immigration et de l’intégration. Egalement siglée « ADA » (allocation pour demandeur d’asile), elle est remise aux étrangers en attente du statut de réfugié. Alimentée de 6,80 euros par personne et par jour, de 10,20 euros pour un couple ou de 17 euros pour une famille avec deux enfants, elle permet des achats de première nécessité.
Mais, le 5 septembre, ce sera fini ! L’annonce en a été faite fin juillet par un courriel de Didier Leschi, le patron de l’Ofii, adressé à ses « chers collègues » les préfets. Dès le 6 septembre, les retraits d’espèces seront supprimés, les achats limités à 25 par mois et taxés au-delà.
L’Etat manque d’AME
Le maître mot pour guider ces nouveautés ? Economies. L'ADA est dans le viseur du gouvernement. Elle a coûté 410 millions en 2018, et, cette année, les 335,8 millions inscrits au budget sont « bien inférieurs au montant attendu », critique le rapporteur de la loi de finances 2019.
« Ces économies mesquines touchent 130 000 personnes, et l’Ofii a tout décidé sans aucune discussion préalable », s’emporte Florent Gueguen, le directeur de la Fnars, qui fédère les associations œuvrant dans le social. « Les réfugiés ne pourront plus acheter sur les marchés où les produits sont moins chers, beaucoup de commerçants n’acceptent les paiements par carte qu’à partir de 10 euros ! » assène une directrice de foyer.
Le parallèle est vite fait avec l’audit en cours sur l’aide médicale de l’Etat (AME), destinée à financer les soins des sans-papiers. Et ce n’est sûrement pas pour en augmenter le budget de 948 millions ! « En fait, il s’agit de dissuader les réfugiés et les étrangers en général de venir en rendant leur vie invivable », reprend Florent Gueguen. Par exemple, en les envoyant dormir dehors ? Ah non, ça, c’est déjà fait…
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Usage de lacrymos et de LBD pour disperser une Fête de la musique, 8 personnes tombées à l'eau, présence de poulets de combats, un commissaire adepte de la force, ordre de cesser l'usage de la force pas respecté, non-respect des règles de l'art en matière de maintien de l'ordre… Pas mal.
Une com’ catastrophique, un flic sacrifié par sa hiérarchie, un travail bâclé par la police des polices, des témoins oubliés, un corps retrouvé là où on ne l’attendait pas…
« On connaît le nom du condamné, mais pas encore la date de son exécution. » Dixit un flic nantais à propos du commissaire qui commandait la calamiteuse opération policière sur les quais de la Loire, le soir de la Fête de la musique.
Pour tenter de faire oublier la désastreuse gestion médiatique qui a suivi la mort par noyade, dans la nuit du 21 au 22 juin, de Steve Maia Caniço, un jeune animateur périscolaire de 24 ans, le ministère de l’Intérieur ne semble avoir d’autre choix que de couper des têtes. Le patron de la police de Nantes, qui, il y a moins de deux mois, a été décoré de la médaille de la Sécurité intérieure, est désormais dans la ligne de mire de sa hiérarchie, laquelle lui reproche d’avoir agi sans discernement.
BAC avec mission
Le commissaire Chassaing a dérogé à la sacro-sainte règle en matière de maintien de l’ordre : ne jamais disperser une foule à proximité d’une étendue d’eau, encore moins de nuit quand la zone, dépourvue d’éclairage, est plongée dans le noir. Qui plus est à coups de lacrymogènes, de grenades de désencerclement et de balles de défense… Dans le mouvement de panique provoqué par les détonations et les nuages de gaz, 11 personnes sont tombées à la baille.
Cette gestion musclée des événements n’a pas étonné au sein de la police nantaise, où le commissaire traîne une réputation d’homme à poigne adepte de la manière forte.
En septembre dernier, il avait mis sur pied une BAC en tenue constituée quasi exclusivement de poulets de combat, au point que des policiers locaux s’étaient inquiétés de la création d’une unité « tontons macoutes » (sic). Le syndicat de gardiens de la paix SGP Police FO avait même tiré la sonnette d’alarme Place Beauvau. Or, parmi la vingtaine de policiers qui sont intervenus sur le quai Wilson à 4 h 00 du matin figuraient de nombreux membres de la fameuse BAC en tenue.
Fait aggravant, sept minutes après les premiers tirs de lacrymo, voyant que la situation s’envenimait, le directeur par intérim de la sécurité publique, qui, derrière les écrans de contrôle de la salle de commandement, supervisait les opérations, donnait l’ordre à Chassaing d’arrêter les lacrymos. Peine perdue. Vingt-cinq minutes plus tard, le patron des flics du département était contraint de réitérer lui-même son ordre sur les ondes. Un dysfonctionnement que l’IGPN, la police des polices, relate avec beaucoup de pudeur dans son rapport. Présenté par Edouard Philippe le 22 juillet — au lendemain de la découverte du corps de Steve — comme dédouanant les forces de l’ordre, la publication de cette enquête a jeté de l’huile sur le feu. Il faut dire que le rapport des bœuf-carottes collectionne aussi les oublis. Nulle trace des souvenirs de plusieurs témoins clés, comme l’a souligné « Libé » (1/8).
Recherches en eau trouble
Egalement passé à la trappe, le témoignage… du commandant des CRS, arrivé sur les lieux avec ses hommes à 4 h 45. Il mentionnait dans son compte rendu d’intervention ce qu’il avait précédemment entendu sur les ondes. En particulier que des gens étaient tombés à l’eau. Même empressement minimal pour retrouver un autre témoin présent sur le quai Wilson et auteur d’un signalement sur la plateforme de l’IGPN. Les fins limiers se sont contentés de lui adresser un mail et, sans réponse de sa part, ont laissé tomber leurs recherches.
Enfin, il y a cette équipe de secouristes de la Protection civile qui, présente à 4 h 13 sur le quai, explique (« Le Monde », 6/8) n’avoir ressenti aucune agressivité de la part de la foule, demeurée calme jusqu’à ce que la dispersion policière, accompagnée d’un épais nuage de lacrymo entremêlé de bruits d’explosion, « crée un mouvement de panique impressionnant ». Dès lors, leur sang n’a fait qu’un tour quand ils ont lu dans le rapport de l’IGPN : « Aucun mouvement de foule n’avait été constaté, et aucun témoin non policier entendu n’avait observé de personne en panique ou en train de courir. »
Partiel, voire partial, le rapport de l’IGPN ne dissipe pas le mystère sur les circonstances de la noyade du jeune Nantais. Après qu’il a adressé un SMS à un ami pour lui dire qu’il rentrait car il ne se sentait pas bien, son téléphone a cessé, selon l’IGPN, de fonctionner à 3 h 36, soit environ une heure avant la charge policière. Un élément qui laisserait le champ libre à d’autres scénarios, comme celui d’un malaise et d’une chute accidentelle avant que les poulets pointent leur nez.
Et donc ? Ça change rien à l'usage disproportionnée de la force et aux 8 personnes tombées à l'eau (ce qui tend à renforcer l'idée selon laquelle Steve est aussi tombé à la baille).
D’autant que, à en croire les pompiers, trois personnes ont chuté dans l’eau avant l’intervention des flics. Et que l’emplacement du corps, plus de 1 km en amont du quai Wilson, intrigue les enquêteurs. « Soit c’est la marée qui a fait remonter le corps, soit il est tombé à un autre endroit », explique l’un d’eux. La disparition de Steve n’a pas fini de susciter des remous.
J'ajoute les propos suivants, qui, selon le même Canard aurait été tenus par le Premier sinistre devant ses proches après sa conférence de presse du 30/07/2019 : « L'utilisation de grenades lacrymogènes et de LBD pour mettre fin à une Fête de la musique, ça pose quand même question. »
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Frais annexes liés aux anciens présidents de la République, aux anciens Premiers ministres et aux anciens ministres de l'Intérieur : 8 millions d'euros/an, minimum.
Matignon vient de publier le coût, pour 2018, des moyens mis à la disposition des anciens Premiers ministres, en réponse à une question écrite de la députée LRM Bénédicte Peyrol (« JO », 30/7). Surprise : leurs factures de voiture, de chauffeur et de secrétariat ont connu des évolutions un brin contradictoires depuis le dernier recensement, effectué pour l’année 2014.
Connu jadis pour son goût de l’apparat et du protocole, Edouard Balladur (1993-1995) semble s’être converti à une austérité relative : Sa Courtoise Suffisance ne coûte plus à l’Etat que 69 000 euros, contre 87 000 euros voilà cinq ans.
En revanche, François fillon (2007-2012) n’a pas beaucoup réduit sa note de frais : elle s’élève toujours — malgré son embauche dans le groupe financier Tikehau Capital — à 103 000 euros, contre 113 000 euros en 2014.
La socialiste Edith Cresson (1991-1992) voit, à l’inverse, sa facture flamber, passant de 43 500 à 90 400 euros par an. L’augmentation est moindre pour Jean-Pierre Raffarin (2002-2005) et pour Dominique de Villepin (2005-2007), qui franchissent pourtant la barre des 110 000 euros annuels.
Quant au record (143 400 euros), il appartient à Bernard Cazeneuve, dernier Premier ministre de François Hollande. Ce chiffre, qui paraît logique vu la date récente de son départ de Matignon, devrait baisser au fil des ans.
Du moins, en principe…
Plutôt qu'un concours "kika consommer le plus", je préfère avoir connaissance du montant total. Allons chercher nous-même l'information : question numéro 16 793, question numéro 16 794, question numéro 16 795, et question numéro 16 796. On constate que la même députée a obtenu les frais liés aux anciens ministres de l'Intérieur et aux anciens présidents de la République. Les frais de protection et de conducteur des anciens présidents de la République n'ont pas encore été communiqués à la députée. ÉDIT DU 23/10/2019 À 20 H 45 : les frais de voiture+chauffeur ont été communiqué. FIN DE L'ÉDIT. Les frais de protection des anciens Premiers ministres ne semble pas apparaître dans la réponse à la question.
Au final, le total des frais annexes liés aux anciens présidents de la République, aux anciens Premiers ministres et aux anciens ministres de l'Intérieur s'élève à 11,8 millions d'euros annuels au minimum (voir la remarque ci-dessus sur les chiffres que nous n'avons pas (encore)).
12 ex-ministres de l'intérieur sont choyés. La réglementation prévoit la protection des anciens premiers ministres. Est-ce pris en compte dans ces chiffres ? Mystère.
Moyens humains, véhicules, frais de transport, d'hébergement et de restauration + véhicule Nicolas Sarkozy :
3 821 165 € en 2018 pour 4 ex-Présidents. Le détail n'est pas communiqué.
Cela n'inclut pas les frais de protection.
Dans le Canard enchaîné du 7 août 2019.
Attention, ça ruisselle sévère ! Je rappelle que cette expression a été dégainée pour la première fois par un humoriste américain afin d'ironiser sur la baisse d'impôt des riches. C'était en 1932 (source).
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
La meilleure considération possible envers les femmes.
Dans le contexte de ce montage, je trouve déplacées les vidéos de femmes qui semblent jouer contre leur camp ("le shopping devrait être remboursé par la Sécu", "je veux qu'il rentre du boulot, lui faire à manger, être une femme soumise"). Quel est le but recherché d'un tel montage ? Il y a des abrutis dans les deux sexes. Des hommes qui semblent jouer contre leur camp, ça existe tout autant.
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
Le meilleur du monde brutal de l'entreprise.
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
L'espèce prétendument la plus intelligente de la planète en action.
Je ne suis pas convaincu par la démonstration des enfants qui, absorbés par leur tablette numérique ne se rendent pas compte du changement de la décoration intérieure, du remplacement de leurs parents, de la présence d'inconnus, etc. Mets-moi un livre ou un journal entre les mains ou fais-moi réaliser une activité manuelle prenante et j'aurais le même comportement. Ça se nomme une activité captivante. Cette vidéo démontre rien.
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
Petit florilège d'abus policiers en 2018 :
Via le spectacle 6e Cérémonie des Doigts d'Or - Les Oscars du Capitalisme 2018.
J'ai assisté à ces spectacles lors de l'édition 2019 du festival off d'Avignon, mais ils sont quasiment tous joués dans toute la France voire, pour certains, dans la francophonie.
Voici mon échelle de jugement (de ce que j'ai le plus apprécié à ce que j'ai le moins apprécié) :s qu'il a vendu car il att
La liste à venir est classée par ordre chronologique, c'est-à-dire l'ordre dans lequel j'ai assisté aux spectacles.
Genre : humour (quasi) solo
Interprètes : Cartouche et Sidney ZAOUI de la compagnie Youpla Boom Productions
Cartouche va nous confier les secrets du bonheur. Rien de neuf ni d'extraordinaire, en fait. Il raconte l'histoire de sa vie (gamin qui subi les choix vestimentaires de sa mère, ado boutonneux, etc.). Il interagit avec le public en imaginant des situations ("tu n'es pas heureux car… ta copine t'as quitté"… … … sur un ado qui n'a pas (encore) de copine :D). Plusieurs séquences vidéos sont projetées dont, ATTENTION DIVULGATION PRÉMATURÉE, un extrait de Rox et Rouky. FIN DE LA DIVULGATION PRÉMATURÉE. Au final, je retiens les conseils banals suivants : dire aux gens qu'on les aime, pratiquer l'étreinte sans contrepartie et se souvenir que le bonheur est relatif (chacun désire des choses différentes et le bonheur né, entre autres, de l'adéquation entre nos actes et nos désirs).
Bref, il s'agit d'un divertissement qui se laisse regarder.
Genre : humour en groupe
Interprètes : François RIVIERE, Antoine BERNARD et Nicolas GILLE de La grosse compagnie
Dans une émission de TV à la Ça se discute (en plus déjantée et avec un présentateur à l'égo surdimensionné), des pénis prennent la parole pour exposer leurs problèmes du quotidien. Les interprètes évitent le terrain archi-galvaudé de la taille, mais on n'échappe pas aux autres grands classiques (la capote, la vulve (mal-)odorante, l'ennemi féminin, etc.). Dans le registre de l'ennemi féminin, du doute, de la peur, je préfère largement le sketch La première fois de Dubosc dans son spectacle Il était une fois… Franck Dubosc (où il compare la peur de la première fois à la peur ressentie par le soldat en pleine guerre du Viêtnam). Le trio d'interprètes est dynamique et débitent des jeux de mots bien sentis. C'est ça, ainsi que l'interaction avec le public (jeune, probablement une colonie de vacances), qui a probablement fait de ce spectacle un bon moment.
Bref, il s'agit d'un divertissement intéressant, mais sans plus.
Genre : mime
Interprète : Julien MELLANO de la compagnie Aïe Aïe Aïe
Critique de l'homme augmenté / virtuel / fusionné avec la machine / solitaire. Inhumain ? J'ai beaucoup de mal à apprécier le mime, mais j'ai été impressionné par les accessoires, les bruitages, la synchronisation entre l'interprète et les bruitages, etc. En revanche, ceux qui ont les yeux sensibles aux changements de l'intensité de la lumière, prenez des lunettes de soleil peu opaques, car les changements brutaux de l'intensité lumineuse sont vraiment très difficiles à supporter. Sur le fond, quelques temps forts sont très intéressants et, d'une manière générale, cet homme isolé et froid m'a glacé le sang, mais je pense qu'il s'agit d'une exagération d'un futur possible qui, du coup, ne convaincra pas.
Bref, je n'ai pas aimé ce spectacle, mais c'est très probablement à cause du genre (mime) et de la torture lumineuse.
Genre : conférence gesticulée / humour
Interprètes : Yves CUSSET et Sarah GABILLON de la compagnie Un jour j'irai
Vulgarisation de quelques raisonnements philosophiques (Schopenhauer, Descartes, Épicure, Freud, etc.), avec beaucoup, beaucoup d'humour. J'en retiens :
Le philosophe pense pendant que les autres dépensent.
Bref, ce spectacle est tout simplement fabuleux, prodigieux, génial. Je recommande très vivement d'y assister. Il illustre que les raisonnements philosophiques ne sont pas forcément chiants comme la mort. En revanche, je ne suis pas certain que ce spectacle donne à voir une image satisfaisante de la femme, car celle présente sur scène a peu l'occasion de débiter des propos intéressants. Elle est cantonnée au rôle de la chouette puis de la croyante qui parle à dieu (Yves Cusset, bien entendu) puis…
Genre : humour
Interprète : Yves CUSSET de la compagnie Un jour j'irai
Compte-tenu de l'autre spectacle joué par l'interprète (La philosophie enseignée à ma chouette), je m'attendais à une conférence gesticulée sur les manières de s'engager dans la politique c'est-à-dire la prise de décisions collective pour l'organisation de la vie en commun). Il n'en est rien, il s'agit d'un spectacle humoristique qui, certes, dénonce la passivité de chacun lorsqu'il s'agit de penser collectivement. L'interprète débitera donc des évidences comme la droite, c'est naturel, tout homme inerte penche vers la droite ; l'asile ou la naissance, c'est bien pareil : on vient de rien, sans papier et on existe quand même, donc la peur des réfugiés relève du n'importe quoi ; on est tous engagé politiquement en fait : engagés dans une vie de merde individualiste, nous allons tous dans la même direction : métro, boulot, dodo, vie de merde. C'est le parti politique extrêmement majoritaire en France. J'ai beaucoup apprécié la mise en scène d'un membre de la PAF (Police Aux Frontières) qui interprète une révision du Déserteur de Boris Vian pour signifier son refus d'obéir au rejet des réfugiés, c'était juste magnifique.
Bref, il s'agit d'un spectacle drôle mais pas innovant qui permet néanmoins de passer un bon moment. Mais si tu dois choisir entre ce spectacle et La philosophie enseignée à ma chouette, choisis le deuxième sans hésiter.
Genre : humour seul en scène
Interprète : Ludovic MONROE
La chute d'un gus bien éduqué à qui son école de commerce surfaite lui a ancré dans la tête qu'il est un sur-adapté qui peut prétendre à des emplois prestigieux. Évidemment, il se découvre sous-adapté, perdu dans la folie des postes dits à responsabilité, et isolé. je retiens quelques trucs : il vaut mieux désirer être moyen et remplacer le désir de la performance par la performance du désir (vivre intensément ses vrais désirs) ; La psychothérapie a pour but de soigner un traumatisme passé. La psychanalyse a pour but de parler, le psychanalyste étant l'intermédiaire entre soi et son soi profond. Les thérapies courtes ont une fâcheuse tendance à devenir longues. La thérapie comportementale est un truc à regarder. Je suis déçu : je m'attendais à une critique de la performance ou de la mesure permanente de soi (avec la notation en entreprise et les objets connectés à la maison) qui conduit à la folie.
Bref, il s'agit d'un divertissement qui se laisse regarder.
Genre : théâtre engagé
Interprètes : Agnès GUIGNARD, Denis JOUSSELIN, Francesco MORMINO et Leila SCHAUS de la compagnie Théâtre du centaure
Un spectacle féministe revendicatif et incisif. Le franc-parler est-il la conséquence de l'origine luxembourgeoise de cette compagnie théâtrale ? En tout cas, c'est fortement appréciable. Il faut reprendre le vocabulaire : une femme peut aussi baiser un homme ; est-ce le pénis qui pénètre ou le vagin qui entoure ? La femme doit se ré-approprier son corps. Celle que l'on injurie de salope est libre : elle a réduit les frontières entre elle (son corps) et l'extérieur. Elle se donne en spectacle. On ne peut plus rien lui prendre, car elle donne déjà tout. L'homme ne peut plus désirer la pénétrer, puisqu'il n'y a plus de dedans et de dehors clairement établi. Il faut se réapproprier nos emplois du temps… et ce spectacle illustre que le refus des patrons sera tenace (celui mis en scène propose espaces de pause, d'amener le chien au bureau, etc. pour éviter une demi-journée hebdomadaire d'absence). Quand on demande en mariage, on croit dire qu'on aime, qu'on veut partager la vie de l'autre et plein d'autres attentions gentilles… mais on dit rien de tout cela, le mariage en lui-même n'a pas cette signification. Cette troupe traite aussi de la violence conjugale et du mal-être profonds des gamins qui naîtront d'une telle union.
Bref, je recommande vivement d'assister à ce spectacle.
Genre : comédie humoristique
Interprètes : Mathias SENIE, Eugénie DE BOHENT, Mathieu MOCQUANT, Perrine LENZINI, Thibault DENISTY et Hortense DU BERNARD de la compagnie Des oh et des bah
Les interprètes simulent des entretiens d'embauche. Je m'attendais à une satire, mais on est plus proche d'une comédie. Forcément, il y a l'entretien d'embauche classique du mec hyper diplômé que l'on fait chier pour un trou d'un mois dans son CV. Il y a l'entretien tout aussi classique du bluffeur qui n'a pas du tout les compétences requises. Puis vient le recruteur imbu de sa personne. Et puis, il y a les entretiens plus inattendus. Celui conduit par un robot (même s'il est cliché et que les robots actuels dysfonctionnent déjà beaucoup moins que ça). Un entretien amoureux dans lequel la femme se met à son avantage et le mec ignore ses réponses, sauf celles sur les pratiques sexuelles (qui sont perçues comme des compétences). « ‒ Vous faites quoi, là ? ‒ Je calcule si vous êtes plus rentable qu'une pute ! Alors, menu à volonté Flunch 12,90 € plus […] ». Il obtiendra une période d'essai de 3 mois. Et enfin… un entretien entre un ovule snobe et le spermatozoïde gagnant. L'accueil en musique (Le bal masqué de la Compagnie créole) était sympa. Considérer chaque membre du public comme un chercheur d'emploi et lui octroyer un travail d'une heure (avec un représentant du personnel désigné :D) l'est tout autant. Le duo était dynamique. j'ai beaucoup rigolé.
Bref, je recommande d'assister à ce divertissement.
Genre : comédie
Interprètes : Nicolas GILLE et Benoît GAUDRIOT de La grosse compagnie
Un gus débarque chez son ami au bord du suicide (Le mal-aimé de Claude François est diffusée) car sa copine (qui est amie avec le protagoniste qui vient d'entrer) l'a quitté. Chacun expose son opinion sur les amis qui gravitent autour d'une femme en couple, entre celui qui croit à une sincère amitié et l'autre non. On enchaîne sur des clichés : les femmes veulent ceci et cela et c'est contradictoire. Le plus marrant étant « elles veulent de la douceur, de la prévenance, etc., mais un coup de bite brutal de temps en temps, ça ne se refuse pas ». Ensuite, une histoire folle se met en place où l'ami essaye de savoir ce qui s'est passé, et, au fil des réponses loufoques et des quiproquos, on a de plus en plus l'impression que l'ami a craqué et qu'il a buté sa copine. Je ne peux pas détailler la suite, mais l'angle d'attaque m'a vraiment surpris, et je suis entré sans trop de peine dans l'histoire.
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe : au final, le gus tue son ami qu'il pense être coupable de meurtre… avant de recevoir un appel téléphonique de la copine… durant lequel il avoue ne pas être intéressé pour plus qu'une amitié… prouvant ainsi que l'amitié entre les hommes et les femmes existe. Finalement, on découvre que tout cela (le suicide, les réponses loufoques, le meurtre de l'ami) est une mise en scène (et un coup de chance pour le meurtre) du prétendu suicidé destinée à connaître les vrais sentiments de l'ami (voudrait-il avoir des relations sexuelles avec sa copine quand celle-ci le quitterait ?). FIN DE LA DIVULGATION.
Bref, je recommande d'assister à ce divertissement.
Genre : théâtre contemporain
Interprètes : Théa ANCEAU, Ronan BACIKOVA, Fanny BIZOUARD-BACHELIN, Antonio BRUNETTI, Marie-Anne FAVREAU, Sacha GUITTON, Eleonore HAENTJENS, Jean HUSSON, Lucie JOUSSE, Paul LUNEAU, Lisa MARIE-ROSSO et Mathieu RIBET de compagnie Conspi Hunter
En 1953, un poète du Parti communiste de l'Union soviétique est envoyé dans un hôpital psychiatrique afin d'expliquer aux malades la Grande Révolution et le régime stalinien, car, après tout, personne doit être en dehors de la société (et, surtout, car personne doit ignorer l'existence du Grand Camarade Staline). Ainsi, la doctrine de Lénine est résumée à « construire un pays où personne ne foutra plus personne dans la merde » (et Staline est présenté comme un ami de Lénine). Ce mantra sera récité en boucle aux malades. Le poète explique les kolkhozes, ces expropriations de terres afin de moderniser le pays dans le but de pouvoir faire face aux pays capitalistes (les États-Unis connaissent un boom économique depuis les années 1920). Puis, il explique comment on a voulu commencer à vouloir séparer les indésirables (les koulaks expropriés, les diplomates, les vagabonds, etc.) du reste de la société et à rechercher une certaine forme de pureté (trier les malades mentaux avec une méthode scientifique, interdire des relations sexuelles ou en autoriser d'autres, etc.). On se rend compte que les fous ne le sont pas autant que ça : ils ont bien perçu les dérives du régime stalinien. Puis l'hôpital apprend la mort du Grand Staline, la fin de tout…
Bref, il s'agit d'un spectacle que l'on peut voir, mais sans plus. Le spectacle ne se suffit pas à lui-même pour comprendre la période présentée, il faut des connaissances supplémentaires (sur le pourquoi des kolkhozes, par exemple), ce qui est dommage.
Genre : théâtre engagé
Interprètes : Héléna VAUTRIN, Frédéric GUITTER et Seb LANZ de la compagnie DDCM - La Vie Moderne
On pouvait s'attendre à une analyse critique habituelle de l'école. Raté ! Ce spectacle prend l'école comme élément dans un tout : l'économie libérale. En effet, en 1995, lors du State Of The World Forum, environ 200-500 dirigeants, économistes et scientifiques exposent la conclusion qu'au 21e siècle, deux dixièmes de la population active mondiale suffiront à maintenir l'activité économique. Dans ce contexte, comment gouverner 8/10 de la population mondiale qui sera sans emploi donc sans revenus dans le système actuel ? Réponse : le tittytainment, un mélange d'aliments et de nourriture de l'esprit provoquant une léthargie, mais aussi « tits », les seins en anglais, ce qui fait penser à une actualisation de l'expression latine « Panem et circenses » (« Du pain et des jeux »), ce qui renvoie aux divertissements douteux et anesthésiants (téléréalité, séries télévisés, jeux d'argent, etc.) qui pullulent de nos jours. Dans ce contexte-là, l'école est inutile, on la rationalise avec les sciences de l'éducation, puis on laisse les sociétés commerciales vendre leur modèle (privation lente de l'école) puis, en fait, on se rend compte que s'attaquer à l'école sert à rien : il suffit d'envelopper en permanence le citoyen dans du divertissement et, hop, ça nettoie le cerveau sans cristalliser d'opposition.
Évidemment, on cite le théoricien de l'économie libérale, Adam Smith « Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais plutôt du soin qu'ils apportent à la recherche de leur propre intérêt. Nous ne nous en remettons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme. » afin d'illustrer que les comportements individualistes actuels ne sont une dérive, mais bien le comportement escompté. On cite son condisciple David Hume : « Il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde à une égratignure de mon doigt » qui signifie que la passion de l'humain précède et domine sa raison, ce qui nous condamne.
À la sortie, j'étais perplexe : ce spectacle n'est-il pas lui-même du tittytainment ? Après tout, cette pièce est dérivée d'un livre afin de le rendre accessible et, surtout, une femme se trémousse, prend des poses suggestives et simule un orgasme… Alors, oui, elle récite aussi des propos des théoriciens de l'économie libérale, mais assez peu, en comparaison.
Bref, il s'agit d'un spectacle intéressant (mais sans plus), même si les idées qui y sont développées ne sont pas nouvelles. Attention : il y a beaucoup de texte à lire sur un écran et certains passages sont modérément écrits petit, donc essaye de trouver une place en fonction de ton niveau de vision. ;)
Genre : conférence gesticulée
Interprète : Franck CHEVALLAY de la compagnie Sol en scène
Vulgarisation de la création monétaire via le regard d'un fou interné qui conte, à son médecin, la micro-société marchande fondée par les patients au sein de l'établissement ainsi que son désarroi.
Dans cet hôpital psychiatrique, pour tout service qu'on lui rend, Mémoire, un patient amnésique, distribue un coquillage. Cela lui permet de se souvenir qu'il a une dette envers quelqu'un qui lui présente un coquillage. Montre-lui le coquillage et il te rendra service. Quand Mémoire disparaît, personne sait où trouver des coquillages (qui doivent être rares, sinon c'est falsifiable et alors tout le monde peut réclamer un service à Mémoire) et puis il faut faire taire ce concours qui consiste à savoir qui a le plus gros coquillage. Quelqu'un propose d'utiliser des morceaux de sucre, car ils sont tous taillés à l'identique. Problème : le personnel médical distribue du sucre le lundi… donc les sucres perdent de leur valeur (inflation), alors que les coquillages étaient rares dans cet hôpital (mais pas au bord de mer, tout est relatif). Puis, puisqu'entre patients tout s'échange avec du sucre, un patient se met à prêter du sucre moyennant intérêt afin de faciliter la vie de tout le monde. Puis il se met à prêter du sucre qu'il n'a pas… car il sait que demain, il détiendra réellement les morceaux de sucres qu'il a prêté aujourd'hui car il attend les retours et les intérêts des prêts antérieurs. Quand on lui détruit ses réserves de sucre par vengeance (payer la location de sucre que le gus n'a pas, c'est dingue !), ce gus décrète que ça n'a pas d'importance, car il a consigné, dans un carnet, qui lui doit des sucres, donc, si besoin, il fera jouer son droit de nantissement et obtiendra ainsi les sucres, qu'il pourra distribuer aux gens qui en réclament. Et si un nombre élevé de patients ne remboursent plus ? Tout s'écroule…
Dans notre monde, les banques rendent aussi de vrais services : protéger des dépôts d'argent (surtout avant la dématérialisation, le fait qu'elles aient des coffres dans plusieurs villes permet aux particuliers et professionnels de ne pas transporter d'énormes sommes entre deux villes en risquant une attaque armée de leur calèche par des bandits) et prêter de l'argent qui existe (qu'elles ont dans leur coffre). Mais, c'est aussi parti en sucette avec les prêts d'argent qui n'existent pas puis les prêts d'argent qui n'existent pas à des gens qui ne peuvent pas rembourser couplés à des taux d'intérêt progressifs exorbitants couplés à des produits financiers dérivés et autres magouilles afin d'assurer ces prêts extrêmement dangereux, prêts qui seront échangés sur toute la planète… Oui, c'est bien la crise de 2008, dite des subprimes qui est ainsi résumée. Et quand les emprunteurs qui ne peuvent pas rembourser se mélangent avec des gens qui veulent récupérer leur dépôt, comment faire puisque l'argent des dépôts n'existe pas (il est seulement une ligne dans un carnet comptable) et que l'argent tout aussi virtuel prêté ne permettra pas d'encaisser d'intérêts (ce qui aurait pu permettre de distribuer l'argent aux déposants qui le réclament) ? Les titres de créances ne valent plus rien. Les titres financiers qui les assurent ne valent plus rien. Et comme ces titres financiers ont été échangés sur toute la planète, tout s'écroule pour ceux qui en détiennent encore (le film Margin call résume très bien ce petit jeu des chaises musicales (voir mes notes sur ce film)).
L'interprète tacle l'Union Européenne qui interdit à la Banque Centrale de prêter aux États. Ainsi, les banques privées octroient des prêts délirants afin de se faire du blé, puis, quand tout va mal, elles viennent pleurer auprès des États (si l'on tombe, tout tombe : le commerce, les emplois, votre légitimité de chef d'État, etc.)… qui sont obligés d'emprunter à un taux non-nul aux banques privées afin que celles-ci aillent se refinancer à taux quasi-nul auprès de la Banque Centrale Européenne en posant en garantie les titres de créance des États emprunteurs (les banques privées se font ainsi des bénéfices sur la propre merde qu'elles ont semée !)… L'interprète explique cette situation par le lobby bancaire qui a su tirer parti de la difficulté pour des États européens (ou des personnes) à se mettre d'accord. Exemple : la France a toujours plutôt voulu une politique d'émission fréquente de monnaie, politique dite inflationniste, là où l'Allemagne a toujours plutôt voulu une politique déflationniste lui permettant d'épargner. Les contraintes économiques des deux États (croissance, commerce extérieur, taux d'épargne, etc.) ne sont pas identiques, donc la politique monétaire (inflationniste, déflationniste, etc.) ne peut pas être identique. Comment mettre d'accord tout ce beau monde ?
L'auteur rappelle que, si les banques privées créent de la monnaie scripturale (dématérialisée) qui n'existe pas en accordant des prêts, seules les banques centrales créent de la monnaie fiduciaire (pièces et billets). Le coût de production de certaines pièces (1 et 2 centimes d'euros, principalement) dépasse leur valeur d'échange (le prix indiqué dessus) donc les États s'endettent auprès des banques privées pour créer cette monnaie-là avant de la revendre aux banques privées (voir Pourquoi la fabrication de pièces rapporte des millions à l’Etat). Lol…
J'aime beaucoup cette imitation d'un banquier Florentin du 14e siècle pour justifier pourquoi personne n'a pu (ou voulu) arrêter les banques quand on a découvert qu'elles prêtaient de l'argent inexistant : « si el senior Banco y tombe, tout lé monde y tombe ». Hé oui, X n'est pas """"riche"""" dans l'absolu, mais parce qu'une banque lui doit xxxxx €, argent qu'elle ne détient pas tant que Y et Z ne remboursent pas leurs crédits, et même alors, puisque l'argent n'est qu'une ligne dans un livre comptable. Tout le monde dans la même roue à hamster.
Bref, je recommande très vivement d'assister à ce spectacle. L'interprète est tout simplement fabuleux. Il joue à merveille ses personnages et il nous emporte dans son histoire vulgarisatrice. J'ai presque été déçu que l'auteur s'arrête là, car je le sens tellement capable de vulgariser d'autres notions compliquées et hallucinantes de la finance.
Genre : conférence gesticulée
Interprète : Julian AUGÉ de la Coopérative citoyenne
Pourquoi être propriétaire de son logement ? Pour l'interprète, les arguments qu'ont lui ressasse (les taux d'intérêt son bas, la location permet de mettre de l'argent de côté, posséder son bout de terre offre une stabilité au cas où, etc.) ne sont pas convaincants. Il n'est pas prêt à être propriétaire, la notion même de propriété le dérange.
Peut-être, faut-il, comme le propose Bernard Friot, se débarrasser de la notion de propriété privée lucrative tout en conservant celle de propriété privée d'usage ? Sûrement faut-il, comme l'écrivit Antonio Gramsci, lutter contre l'hégémonie culturelle qui permet aux dominants de contrôler les dominés en leur faisant rêver d'avoir tout pareil qu'eux ? Tu sais, toutes ces formules toutes prêtes sur le bonheur d'être propriétaire que l'on ressasse à chaque repas de famille. Louis XIV utilisait déjà cette stratégie. Peut-être faut-il privilégier les coopératives d'habitants avec droit d'usage qui existent déjà ? Peut-être faut-il privilégier l'autoconstruction dans laquelle les matériaux sont fournis mais où il faut mettre collectivement la main à la patte ?
Je note également cette analyse dont j'ai oublié le nom de l'auteure. Les parties communes sont un espace de frictions plutôt indéfini, car elles sont l'intermédiaire entre l'espace public et l'espace privé donc les uns et les autres projettent tous leurs fantasmes et désirs dans cet espace, notamment les clichés racistes, de classe (pauvre / riche), etc. Le critère de race revient souvent dans les sondages (qu'est-ce qui vous effraie ?) alors que les critères sociaux prédominent.
Bref, je suis très mitigé… L'auteur pourrait raccourcir le récit de son expérience personnelle et exposer plus en détails les problèmes de la propriété. En l'état actuel, ce spectacle peut parler seulement aux convaincus, à mon avis.
Genre : théâtre classique
Interprètes : Agathe BOUDRIERES, Anthony MAGNIER, Xavier MARTEL, Caroline NOLOT, Laurent PAOLINI, Eugénie RAVON, Loic RENARD et Victorien ROBERT de la compagnie Viva
Pièce classique de Molière dont il est bon de se remémorer les différentes morales. Un homme, Alceste, déteste la flatterie et la lâcheté. Mais il en pince pour une femme qu'il sait pourtant être médisante et dont il aura la preuve qu'elle fricote avec d'autres hommes. Au final, personne a raison et ni lui ni la belle n'auront ce qu'ils désirent. Je me reconnais dans le protagoniste misanthrope notamment quand il expose la nécessite d'exprimer à Oronte que son sonnet est bof (ce qui est plutôt vrai…). Du coup, cette vérité blesse, mais ça reste une vérité (qui peut permettre de s'améliorer). J'apprécie également les arguments de l'ami d'Alceste : la critique négative entraîne un cercle négatif ; supporter les autres, c'est faire preuve de philosophie, car sans tares, la vertu est inutile ; on supporte les tares chez ses amis, ses amours, etc. Même si l'on estime que c'est une faiblesse, pour quoi s'interdire de la généraliser ? ; Au fond, la misanthropie est un amour propre et un amour des autres que la personne n'arrive pas à exprimer (« je vous aime pour vous quereller »). Je note que l'expression « c'est le mal / tare du siècle » revient souvent dans la bouche des personnages à la pensée négative pour désigner l'ouverture "au plus grand monde" des belles lettres, ce qui tend à illustrer que chaque époque, de Molière jusqu'à nous en passant par nos grand-parents, est persuadée de sa décadence qui provoquera son délitement. Comme quoi…
Bref, il s'agit d'un bon divertissement qui est interprété avec dynamisme et justesse.
Genre : spectacle engagé
Interprètes : Aurélien AMBACH ALBERTINI et Alessandro DI GUISEPPE de la compagnie Triple AAA
Vous êtes un hyper riche, un puissant de ce monde et vous êtes là pour célébrer ce qui s'est bien déroulé en 2018 : bénéfices et dividendes records, violences policières pour calmer les jaunes, chômage et précarité en hausse, management brutal, mensonges politiciens, etc. Quand le capitalisme est une religion comme une autre… Les vidéos diffusées pour montrer les lauréats sont hallucinantes voire flippantes : un gilet jaune pacifiste éloigné des flics reçoit un coup de LBD dans les couilles ; Pub pour une culotte vibrante pas encore commercialisée qui analyse les matchs de foot afin de faire ressentir à la femme la passion ressentie par son homme ; Se faire tatouer une pub sur le bras afin d'obtenir de la bouffe gratos ; En Chine, une société commerciale laisse le choix à ses employés qui n'ont pas atteint leurs objectifs : manger des cafards, boire leur urine, boire de l'eau des toilettes, se faire fouetter avec une ceinture OU une baisse de leur salaire.
Bref, je recommande vivement ce spectacle, même si je le trouve moins captivant que le déjanté Croissance, reviens ! des mêmes interprètes. En passant, je suis toujours aussi mal à l'aise avec le concept « le sexe, c'est sale » véhiculé par l'expression « Doigts d'Or ».
Genre : théâtre musical engagé
Interprètes : Renata ANTONANTE, Audrey BOMMIER, Lucas LEMAUFF et Pablo SEBAN de la compagnie All'arrabbiata
Une énième critique éculée de notre mode de vie, de notre société, mais, cette fois-ci, en chanson et danse. Je retiens trois choses. 1. « On ne change pas le monde, on change sa place dans le monde ». 2. Une personne regarde un robinet fuir. La droite française proposerait de réparer en soudant… donc en éliminant la fonctionnalité d'un robinet… La gauche française ferait environ de même. L'extrême-gauche proposerait que la personne se bouge les fesses, mais se bouger les fesses, c'est devenir autonome donc ça fait perdre sa légitimité au gouvernement donc l'extrême-gauche ne veut pas ça au fond d'elle. 3. Un riche abrite un pauvre sous son parapluie. En vrai, il lui marche littéralement dessus, lui demande de cirer ses pompes, etc. Mais comme il fournit un parapluie, le pauvre devrait se taire.
Bref, bien que la critique formulée ne soit pas innovante, le choix de la musique, de la danse et de la métaphore filée rend ce spectacle innovant et intéressant.
Genre : comédie humouristique
Interprètes : Céline DAVITTI et Chris VERNET de Bloody Moon Production
Une femme ne parvient pas à obtenir les relations sexuelles qu'elle désire. Elle est en mode "personne ne m'aime", "toute façon les hommes préfèrent les brunes et pensent que les blondes sont connes" et autres clichés. En boîte de nuit, elle ne connaît pas les codes en vigueur et elle se comporte comme une allumeuse provocante, ce qu'elle n'est pas, donc forcément… Elle se procure un exemplaire du Kamasutra. Non, ce livre n'évoque pas seulement les positions du coït, mais aussi les manières de séduire, de vivre en tant que personne cultivée, les devoirs et privilèges de l'épouse, etc. Le contraste entre cette époque et cette culture et nous est frappant… Les us et coutumes ont bien changé… ce qui provoque le rire.
Bref, il s'agit d'un divertissement qui se laisse regarder.
Genre : conférence gesticulée / théâtre engagé
Interprètes : Chantal RAY et Gérard VOLAT de la compagnie Remue-méninges
Nous ne sommes pas en démocratie, il nous faut reprendre le pouvoir, refaire des choses, seul et en collectif, etc. Forcément, on convoque Voltaire et Rousseau. Forcément, on évoque la démocratie athénienne et ses limites dénoncées à l'époque par, entre autres, Aristophane (corruption présumée des tribunaux grecs paperassiers, aristocratie, etc.). On évoque la souveraineté du peuple et de l'individu. On estime cette dernière compromise par les puces et les nanopuces que l'on présume bientôt obligatoires. Comme solution, on évoque les trucs habituels : auto-organisation, AMAP, circuits courts, etc.
Bref, je suis très mitigé au sujet de cette conférence gesticulée bien rythmée qui n'apprendra pas grand-chose à ceux qui ont étudié la question, mais, visiblement, elle a de l'effet sur les personnes qui ignorent la problématique (je pense à la personne âgée à côté de moi, totalement sidérée, renversée, par ce qu'elle a entendu, comme si un nouveau monde s'ouvrait à elle…).
Genre : comédie
Interprètes : Elza PONTONNIER et Thom TRONDEL
Une femme tient une agence matrimoniale. Elle fait sortir tous ses clients masculins avec une même complice… qui les rejettera… lui donnant ainsi l'occasion de continuer à prodiguer des conseils très lucratifs. Et voici Luc Le Pen (fils d'Hervé, grand entrepreneur de la région fictive, pas de Jean-Marie ;) ), gars très maladroit, naïf, qui exerce un métier pas ouf (vendeur de porte-manteaux) et qui a le bilboquet comme loisir. En avant pour l'arnaque habituelle…
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe. Sauf que la complice a un empêchement de dernière minute. Notre coach se retrouve donc au restaurant avec Luc… qui lui avoue en être amoureux. Vu qu'il est radin et bruyant dans ce resto de luxe (c'est bien connu, toutes les femmes veulent être invitées dans ce genre d'endroit pour un premier rendez-vous, d'après la coach), le repas tombe à l'eau… Mais elle apprend que Luc possède 20 k€ en assurance-vie… et lui propose donc des cours supplémentaires. Mise en situation dans la rue. Il suit ses conseils pour l'inviter au bar… elle refuse… il fait du """"chantage"""" : « vous m'avez dit que ça marche à chaque fois votre truc donc soit vous acceptez, soit c'est que vos conseils sont bidons et on arrête-là ». Ils vont au bar. Défoncés, ils vont chez elle. Ils parlent. Il continue d'être maladroit, mais ça a plus aucune importance. Ils dansent. Ça parle bilboquet ("j'ai un gros bilboquet, vous voulez le voir ?") pour de vrai, loin du jeu de mot. Et, finalement, ils baisent. Le lendemain matin, le téléphone sonne. la complice laisse un message sur un répondeur à l'ancienne (où l'on entend le message durant son enregistrement). Luc comprend qu'il est un pigeon. Et le masque tombe : elle l'aimait bien. Oui, il est maladroit, oui ceci et cela, mais il la faisait rire et il parlait de son boulot et de son bilboquet avec tellement de passion que ça compensait, et il est si gentil… Mais c'est trop tard. Elle se reconvertit dans un business de mise en relation entre particuliers et artisans… tout en continuant les arnaques genre un "forfait rapidité" à un prix exorbitant pour réparer une fuite d'eau dans l'heure. Luc vient la voir, car il a reçu une pub. Il comprend qu'elle n'a pas vraiment changé, mais un peu quand même… Elle lui avoue son amour… Tout semble bien… Il va lui chercher à manger (car elle est totalement fauchée, elle n'a pas mangé depuis 3 jours, dit-elle). Pendant ce temps-là, elle téléphone à sa complice : "il est revenu, ce con, on va le plumer !". FIN DE LA DIVULGATION.
Bref, ce spectacle est à mourir de rire. Les acteurs sont vraiment à fond. Ils sont dynamiques. Ils jouent jusqu'au bout. Ils improvisent et ça part parfois en sucette quand le/a partenaire n'arrive pas à se retenir de rire et peine à reprendre le fil. Génial ! Je recommande très vivement d'assister à ce divertissement.
Genre : comédie
Interprète : Seb MATTIA et Pierre DAVERAT de la compagnie Crazy et salon Marengo
Un ado moderne (donc ultra-connecté) et un père seul dépassé par le mode de vie de son gamin. Au final, malgré, des activités et des goûts différents, père et fils ont les mêmes problématiques à affronter : obligations et contraintes, volonté de pécho, etc. Le reste (la mode, le vocabulaire, les manières de résoudre un problème - utiliser une appli ou se sortir les doigts -), ce qui diffère entre deux générations, est secondaire, en fait. Forcément, on enchaîne cliché sur cliché à propos des ados, mais les comédies sont dynamiques et ils improvisent, au point d'être parfois incapables de tenir la réplique (je pense à l'adulte qui bombarde l'ado de déodorant… il en met trop et se prend donc le retour…).
Bref, il s'agit d'un divertissement intéressant qui m'a fait passer un bon moment.
Genre : théâtre classique
Interprètes : Léonore CHAIX, Daniel JEAN, Stéphane MIQUEL, Ulysse ROBIN, Clara STARKIER, Isabelle STARKIER et Cédric ZIMMERLIN de la compagnie Isabelle Starkier
Pièce de Molière. Un bourgeois, monsieur Jourdain, veut se faire passer pour noble en utilisant son fric pour prendre des cours de danse, de musique, de philosophie, de chevalerie, de science, etc. C'est ainsi que Jourdain découvre qu'il fait de la prose sans le savoir. Forcément, il se fait avoir… Un noble tente de l'abuser en prétextant faire ses louanges dans la cour du roi. Il achète tout bien (et service) dont on lui confirme que les nobles en font de même… Il se retrouve ainsi avec un costume ridicule. Il refuse l'union de sa fille avec le fils d'un bourgeois local. Ses proches s'attellent alors à inventer le fils d'une altesse turque qui voudrait épouser sa fille (qui n'est évidement personne d'autre que le prétendant initial éjecté par le père :D ). Je trouve cette pièce de Molière moins travaillée que les autres que je lui connais, mais j'imagine qu'affirmer qu'un bourgeois pète plus haut que son cul, ça a dû faire du bruit, à l'époque. La troupe est inventive et dynamique et a introduit quelques anachronismes pour mon plus grand plaisir.
Bref, il s'agit d'un divertissement, mais sans plus.
Genre : théâtre contemporain
Interprètes : Éléonore JONCQUEZ et Fannie OUTEIRO de la compagnie Théâtre du fracas
Un entretien d'embauche pour un poste à la direction de la communication. Une madame parfaite se présente. Toute lisse, sans aspérités. Toute joyeuse. Comment l'aider à être elle-même ? Quelles sont ses souffrances ? Quelle est son infirmité honteuse ? Qui est-elle ? Se connaît-elle elle-même ? Il n'est pas facile de laisser tomber les trouzemilles artifices que l'on a mis en place entre soi et son soi profond.
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe. Entretien d'embauche mené par une aveugle. Candidate : une grande blonde plantureuse. Questions banales d'entretien d'embauche : vos qualifications, vos expériences, gnagnagna… La candidate répond les convenances habituelles. La recruteuse lui dit que c'est plat, que ça sent l'ennui, le vide. Elle lui demande qui elle est au fond d'elle. La candidate ne comprend pas la question, donc elle récite ses qualités, ses prétendus défauts ("je suis gourmande", lol)., gnagnagna. Après plusieurs mises sous pression de la recruteuse ("sinon on arrête là") et des dizaines de minutes d'hésitation et de fuite, elle finit par se lâcher : elle déteste son père, sa crasse permanente, la fumée de sa cigarette, son visage écaillé, etc. C'est pour ça qu'elle veut travailler dans cette société qui commercialise de la Javel. Le masque tombe : madame parfaite et propre sur elle n'est pas si propre que ça, il y a de la souffrance en elle. C'était la question de la recruteuse, car nos souffrances en disent plus sur nous que les discours convenus. La recruteuse lui demande ce qui la passionne. Chant, poterie, etc. La recruteuse lui demande de chanter afin de sentir la passion. La candidate hésite, hésite, hésite… Sous la pression de la recruteuse ("qu'avez-vous à perdre ? par contre, si vous ne le faites pas, vous perdez l'opportunité de ce poste"), elle chante et se donne en spectacle en chantant une chanson à moitié paillarde qui dit en substance qu'elle est flemmarde et qu'elle préfère « rester sous la couette à faire des galipettes ». La recruteuse se met à danser… et chute. Elle refuse l'aide de la candidate pour se relever, mais elle n'arrive pas à retrouver le chemin de son bureau. De force, la candidate finie par l'aider. La recruteuse lui demande ce qui l'a poussé à faire ça. La candidate répond les conneries habituelles, genre aider les autres, gnagnagna. La recruteuse lui fait avouer que c'est la pitié de voir une pauvre aveugle galérer qui a déclenché son geste. C'est une attitude de mépris total, et la recruteuse l'a senti lorsque la candidate lui a tendu la main. La recruteuse rappelle ce précepte de la philosophie grecque : connais-toi toi-même. Elle propose à la candidate de l'entraîner pour y parvenir. Ça suppose de laisser son égo de côté et d'accepter son infirmité, celle que l'on cache tous (ex : je me trouve moche). La candidate finira par l'avouer : elle se trouve idiote, ignorante et elle a confiance en elle uniquement sur son physique. Voilà donc la peur de madame parfaite… Pour briser l'égo, il faut vivre une humiliation. Comme celle de l'aveugle qui comprend très vite qu'il devra recourir aux autres pour avancer tout en devant supporter leur mépris mélangé à la pitié. La recruteuse demande à la candidate d'enlever ses vêtements ("qu'est-ce que ça peut faire, je suis aveugle ?!"). Après plusieurs pressions, elle le fait au son de la musique Girls just want to have fun (tout en étant cachée derrière une chaise de bureau et en conservant sa culotte, ne rêve pas, petit mâle). La recruteuse lui demande de parler d'amour. La candidate répond en parlant de sexe avec son mec, etc. La recruteuse lui demande de la séduire. La candidate répond qu'il faut éprouver des sentiments, gnagnagna. La recruteuse rétorque que cette réponse est humiliante, que, là encore, la candidate la voit comme une infirme répugnante alors qu'il y a des caractéristiques plaisantes en elle comme en chacun d'entre nous, et qu'il est possible d'aimer une part de chacun d'entre nous. De plus, « vous m'avez raconté vos ébats en long et en large, mais, alors, quand il faut parler d'amour, là, y'a plus personne ». Après moult essais, la candidate parvient à énoncer les qualités du corps et de l'esprit de la recruteuse et les envies qu'elle a tout en passant ses mains sur la recruteuse afin de sentir ceci ou cela. Étape finale pour se connaître soi-même et se sentir vivant : affronter la mort. La candidate prend le flingue dans le tiroir du bureau. Il y a une seule cartouche. Il faut appuyer, et pendant la pression, se sentir vivante, se sentir exister. La candidate presse, la balle part dans sa tête, fin du jeu. La recruteuse a un seul regret : quel était le nom de cette candidate ? Elle lui a pas demandé. Je trouve que cette fin offre une vision alternative à celle de Fight Club selon laquelle on pourrait se connaître soi-même au prix de longs efforts. FIN DE LA DIVULGATION.
Bref, je recommande très vivement d'assister à ce spectacle. Je n'ai pas les mots… C'est fabuleux, prodigieux, totalement génial… Ça m'a totalement retourné.
Genre : conférence gesticulée
Interprète : François CLAVIER de la compagnie Vue sur la mer
Mise en scène et interprétation de ce texte du 16e siècle d'Étienne de la Boétie qui préfigure l'époque des Lumières (ma fiche de lecture). La liberté est naturelle chez l'humain comme chez les autres animaux (exemple de l'éléphant qui négociera à grands cris son ivoire contre sa vie sauve face à un braconnier). Comment se fait-il, alors, qu'il soit asservi par quelques humains médiocres intellectuellement et en sous-nombre pour mener un quelconque combat ? Comment recouvrer notre liberté ?
République = res publica = chose publique. Une monarchie n'est pas adaptée pour gérer la chose publique en cela qu'il n'y a rien de public dans ce mode de gouvernance mais la volonté privée d'un seul. Comment expliquer la servitude ? L'humain a une paresse naturelle et est soumis aux coutumes et aux habitudes. On peut endormir les masses laborieuses avec des jeux, des loisirs (théâtre, etc.), des festins et des récompenses. Un tyran n'agit pas seul : il a 5-6 personnes envieuses de son statut qui sont très proches de lui, qui sont complices et qui le servent dans l'espoir de pécho des biens (richesse), un statut social et l'espérance de dominer à leur tour autrui en échange. 600 personnes dociles entourent ces 5-6 personnes. 6000 personnes flattées, ravies de gérer les deniers "publics" et de gouverner une province, entourent ces 600 personnes. Etc, etc. C'est ainsi que la servitude se propage de proche en proche dans la population. Qui n'a jamais entendu « lui, faut aller dans son sens, car il connaît les bonnes personnes » ?
Comment se libérer ? Il faut préserver la liberté afin que d'autres en fasse l'expérience, car si l'on connaît la liberté, on y renoncera uniquement sous la contrainte. C'est le Peuple qui fait et défait les tyrans : investiture, soutien, flatterie, attention. Il ne s'agit donc pas d'aller décapiter le tyran, de tout lui retirer, mais plutôt de ne rien lui donner. Cessons d'obéir aveuglement et nous serons libre.
Bref, je recommande vivement d'assister à ce spectacle. L'interprète est fidèle au texte.
Genre : théâtre classique
Interprète : Xavier REIGNAULT de la compagnie Conte en chemin
Mise en scène du célèbre réquisitoire de Victor Hugo contre la peine de mort. Je n'ai pas accroché. J'ai lu le livre original à l'école (on devait même rédiger une lettre destinée à Hugo qui devait contredire ses arguments), mais, aujourd'hui, ses arguments (anxiété du temps qui passe, ne plus revoir sa famille, l'enfant qui ne te reconnaît plus, car les adultes lui lavent le cerveau, la perte de liberté, ennui, face à soi-même, etc.) me laissent pantois, principalement car ils pourraient être utilisés pour dénoncer la prison et pas seulement la peine de mort. La seule différence est que le prisonnier lambda sait qu'il recouvrera sa liberté un jour, donc l'espoir continue de le porter, ce qui n'est pas le cas d'un condamné à mort.
Bref, il s'agit d'un spectacle qui se laisse regarder. Je trouve que cette interprétation est plutôt fidèle à ce dont je me souviens du texte, mais ce n'était pas l'avis d'autres spectateurs qui pensaient notamment que l'interprète a coupé des longueurs qui permettent au lecteur de ressentir la pesanteur du temps qui passe.
Genre : monologue comique
Interprète : Matt GUEIREDO de la compagnie On ne laisse pas bébé dans un coin
Un gus seul sur une scène, micro à pied en main, éclairé par un unique projecteur, qui débite des prétendues piques inspirées du quotidien. De l'humour noir, en somme. Il cause de sexe, du handicap, des végétariens / végans / flexitarien, de la pédophilie, de tonton Adolf (Hitler), de l'obésité, etc. La description promettait un spectacle qui flirte avec les limites du politiquement correct. Il en est rien : le gus débite des banalités sans imagination dans des thématiques vues et revues. Moi qui suis un public facile (ceux qui me connaissent savent que je rigole à environ n'importe quoi), j'ai rigolé une ou deux fois seulement. Les propos sont neutres, même pas acides… Si c'est ça être à la limite du politiquement correct, ça signifie que la liberté d'expression est très encadrée.
Bref, il s'agit d'un spectacle à fuir comme la peste. L'humour noir, ça se travaille.
Genre : théâtre contemporain
Interprètes : Marie BOURIN, Antoine COGNIAUX, Sami DUBOT, Thomas DUBOT, et Léa ROMAGNY de la compagnie Greta Koetz
Un repas entre amis. Tout le monde est propre sur lui, tout le monde est gentil, tout le monde est lisse. On discute documentaire télévisé, littérature, etc. Et puis tout va basculer, les pulsions de chacun vont s'exprimer.
DIVULGATION PRÉMATURÉE de l'intrigue jusqu'à la fin de ce paragraphe. Un des protagonistes (dépressif, qui n'a pas été au taff depuis longtemps) annonce qu'il va mourir ce soir et qu'il veut être mangé par sa femme, devant ses amis-témoins. C'est la fin des discussions de surface. On va enfin ordonner de se taire au gus qui monopolise la parole et qui a un avis sur tout. Une convive prépare un prétendu gâteau absolument infecte. Nous sommes perdus dans un tas d'actions incohérentes et libératoires émanant des pulsions refoulées de chacun. On peut être seul, même au sein de ses amis. FIN DE LA DIVULGATION.
Le public est progressivement intégré à l'action. On nous offre des amuse-gueules, puis on nous prend à partie, puis on se sent comme cet ami muet à table puis… J'ai halluciné sur la débauche de moyens mis en œuvre : le décor, la nourriture, le piano et l'accordéon, la pluie de farine, etc.
Bref, je recommande vivement d'assister à ce divertissement.
Genre : théâtre contemporain
Interprète : Eva RAMI de la compagnie L'éternel été
L'interprète nous résume une vie, sa vie, celle d'une personne qui se cherche. Son père pessimiste et autoritaire, sa mère passive qui tente d'infléchir les positions de son mari, sa grand-mère attentionnée ("pense à manger, hein ?") qui dénonce que tout va trop vite. Son père veut qu'elle fasse des études afin de devenir avocate ou docteure. Elle veut faire du théâtre, car c'est là qu'elle se sent exister. Elle en fait en cachette, avec ses amis. Puis au conservatoire, toujours avec ses amis. En parallèle de ses études. Le rythme est intenable. Elle s'engage à fond dans le théâtre. Ses profs de théâtre sont soit blasés, soit un peu engagées. Elle est une fille perdue et hypersensible (une prof de théâtre lui dira qu'elle contient ses émotions) qui se conforme à ce que la société attend d'elle. Puis, dans un élan émancipateur (Je vole de Sardou, en somme), vient le temps de la provençale qui monte à Paris. On lui fera croire qu'elle doit vendre son cul pour percer. Elle refusera. Bien lui en a pris, vu son succès actuel.
Bref, je recommande très vivement d'assister à ce divertissement. Il est plein d'humanité. Il m'a beaucoup parlé. Je me suis fait percer à nu. Il m'a ému plusieurs fois aux larmes.