En application de la réforme de la justice votée en mars 2019, et en sus de la fusion des tribunaux d'instance et de grande instance, l'exécutif prévoit de supprimer des postes de juge d'instruction, ceux qui traient moins de 50 dossiers par an. Les emplois seront préservés, les juges seront mutés dans un autre tribunal ou exerceront une autre fonction. Pourquoi pas, tant que ce redéploiement profite au justiciable. Le citoyen étant attaché à son juge d'instruction, le sinistère de la justice prend en compte les scores électoraux passés de LREM pour orienter ses décisions et prévoit d'annoncer les choix tendus après les élections municipales.
J'ai hésité avant de relayer cet article. Après tout, tout se décide toujours en fonction des scores électoraux. Dernier exemple en date : l'ampleur de la réforme constitutionnelle à venir dépendra du score du parti présidentiel (et de son potentiel allié, l'UDI) aux municipales et aux sénatoriales. De même, la séparation des pouvoirs est constamment enfreinte, notamment entre l'exécutif et le législatif (exemple 1, exemple 2, exemple 3), mais aussi entre l'exécutif et le judiciaire (exemple 1, exemple 2). Mais, c'est justement ma résignation qui me montre qu'il y a un problème et qu'il faut en parler. Donc, rien de neuf, certes, mais il serait temps de réagir.
Un document de la Chancellerie l’affirme : les suppressions de postes de juge d’instruction dépendent des scores macronistes.
Quel est le point commun entre Bar-le-Duc, Mâcon, Carpentras, Belfort, Arras et Dieppe ? Pour le ministre de la Justice, c’est kif-kif : toutes ces villes et une trentaine d’autres possèdent un tribunal avec un juge d’instruction qui, selon une note « confidentielle » adressée par la Place Vendôme à Matignon, traite « moins de 50 dossiers par an » et occupe le reste de son temps à d’autres fonctions. Inacceptable !
J'aimerais savoir comment est calculé ce chiffre. Prend-il en compte seulement les nouveaux dossiers ouverts durant une année ou aussi ceux ouverts les années précédentes sur lesquels le juge doit encore se pencher ? 50 dossiers par an, ça fait un dossier par semaine. Est-ce suffisant pour assurer une justice de qualité ? C'est ce que j'aimerais que l'on me dise.
Voilà pourquoi la Chancellerie veut supprimer ces oisifs et expédier leurs affaires dans les grands tribunaux d’à côté. Une chouette idée, non ? Pas sûr. Car les magistrats mais aussi les élus sont allergiques à toute diminution de leurs « acquis ». Quant aux électeurs, ils vouent un certain attachement au juge d’instruction, symbole du « petit juge » seul contre les puissants. Même si, aujourd’hui, moins de 3 % des affaires pénales passent par lui.
Le sabre et la balance
La prudence s’impose donc, d’autant que les élections municipales approchent. Pas question de faire perdre des points à La République en marche. Le très fidèle directeur des affaires judiciaires de Nicole Belloubet a concocté des « éléments de langage », d’une extrême finesse, censés rassurer le petit monde des hermines : « Il s’agit de répondre à la solitude du juge d’instruction (…). Même s’il est supprimé, [un] poste à temps plein sera conservé (…). Donc, on ne dévitalise pas la juridiction. » Clin d’œil bien léger aux avocats : « En plus, ça rajoutera du contentieux (le juge d’instruction se transformant en juge des affaires courantes) et le barreau s’y retrouvera ! » Si, avec ça, tout le monde n’applaudit pas…
Mais ces arguments ne sont qu’un hors-d’œuvre. A la note a été joint un grand tableau où figurent « les juridictions dans lesquelles les chefs de cour seraient susceptibles de nous proposer une suppression de l’instruction contre l'introduction d’une autre compétence spécialisée. »
Tentations macronistes
De la justice pesée au trébuchet ? Presque, car l’inventaire est agrémenté, pour chaque ville et son tribunal, des scores d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle, et de LRM aux législatives et aux européennes. Ainsi que des couleurs politiques des élus, députés et maires. Autrement dit. des arguments bassement électoraux risquent de fausser les plateaux de la balance (lire encadrés)…
Un exemple avec Montluçon, où le juge d’instruction traite 22 dossiers par an. Supprimé, donc, pour cause d’anémie ? Eh bien, pas si sûr ! Le député appartient à la majorité présidentielle, le maire est LR, Macron y a obtenu 24,4 % au premier tour en 2017, LRM 23,4 % aux législatives et 19 % aux européennes. Va-t-on risquer une nouvelle baisse en irritant l’électeur Marcheur ? Même dilemme à Arras et à Saint-Omer, leurs députés LRM, leurs maires UDI et de super résultats macronesques aux trois dernières élections… Pas de problème à Alençon, en revanche, où le député est socialiste, ni à Argentan, où il est LR ? C’est à voir, étant donné les excellents scores récoltés par LRM lors des trois scrutins. Et vu les tentations de rallier la majorité qui saisissent certains élus d’opposition… « Il s’agit d’un travail interne au ministère, a répondu la Chancellerie. Il est normal de tenir compte des impacts électoraux comme de la qualité de la justice. » En effet.
Le plus urgent est donc d’attendre. Car, comme le précise la note « confidentielle » du cabinet Belloubet citée ci-contre, dans les villes potentielles « cibles électorales », les magistrats chefs de juridiction seront priés de « différer les annonces ». Sous-entendu : après les municipales de mars. Encore une preuve éclatante de la séparation des pouvoirs en France. Et surtout de l’indépendance de la justice, dont se glorifient tous les gouvernements en s’asseyant dessus…
Retranscription d’une note « confidentielle » adressée à Matignon par le ministère de la Justice. Pour superviser la réforme, la présence de Xavier Chinaud, conseiller du Premier ministre et spécialiste de la carte électorale, est vivement souhaitée.
Nous serions preneurs d‘une réunion avec X. Chinaud et les experts des élections municipaies de LaREM pour que nous puissions avoir une idée des communes potentiellement concernées qui représenteraient des cibles électorales pour les municipales afin de faire différer les annonces par les chefs de cour des schémas retenus
Ce document montre à quel point les suppressions de postes de juge d’instruction sont guidées par le souci d’une bonne administration de la justice !
Aux côtés de Chinaud, les « experts des élections municipales » sont priés d’organiser une « réunion » pour décider. C’est après avoir passé à la loupe les élus en place, les possibles alliances électorales et les scores de LRM - obtenus ou à prévoir - que l’on aura une idée précise des magistrats instructeurs sacrifiés ou épargnés…
Ils traitent moins de 50 dossiers par an et sont susceptibles de disparaître, selon le tableau établi par la Chancellerie. Mais pas sûr ! Ces juges d’instruction sauveront — ou non — leur peau au gré des calculs électoraux concernant les villes où ils officient et des étiquettes politiques de leurs élus. Celles-ci sont parfois obscures. Ainsi, DVD signifie « divers-droite », SE « sans étiquette », GDR réunit des communistes et des divers-gauche, et Libertés et Territoires un peu de tout…
Si la suppression du poste de magistrat instructeur est décidée, l’annonce n’aura lieu qu’après les élections. Un horrible casse-tête !
Albertville : député et maire LR
Albi : député LRM. Maire DVD
Alençon : député et maire PS
Argentan : député LR. Maire PS
Arras : député LRM. Maire UDI
Avesnes-sur-Helpe : 2 députés LRM. Maire UDI
Bar—le-Duc : député Libertés et Territoires
Belfort : 1 député UDI, 1 député LR. Maire LR
Bergerac : député LRM. Maire DVD
Brive-la-Gaillarde : député LR. Maire LR
Cambrai : député UDI. Maire UDI
Carcassonne : 2 députés LRM. Maire DVD
Carpentras : 1 député LRM. 1 député LR. Maire LRM
Castres : 2 députés LRM. Maire SE
Compiègne : 1 député LR. 1 député LRM. Maire LR
Dieppe : député GDR. Maire PCF
Fontainebleau : député et maire LR
Les Sables-d’Olonne : député LRM. Maire LR
Lisieux : député LR. Maire SE
Mâcon : député LRM. Maire LR
Montluçon : député LRM. Maire LR
Moulins : député GDR. Maire LR
Saintes : député LRM. Maire DVD
Saint-Omer : député LRM. Maire UDI
Saint-Quentin : député et maire LR
Sarreguemines : député LRM. Maire LR
Saverne : député LR. Maire ex-LR
Sens : député LRM. Maire LR
Soissons : député LRM. Maire DVD
Thionville : député LRM. Maire (ex-LR) DVD
Tulle : député LRM. Maire PS
Vannes : député LRM. Maire ex-LR
Verdun : député LRM. Maire PS
Villefranche-sur-Saône : député et maire LR
Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.
La taxe sur le foncier bâti tombera dans les caisses des communes, plus dans celles des départements, afin de compenser la perte de la taxe d'habitation. Les départements recevront un bout de TVA. Deux choses me sidèrent. 1) Nous faisons n'importe quoi : on compense, par une taxe, un changement de bénéficiaire d'une autre taxe pour compenser la suppression partielle d'une troisième taxe. WAAAAAT ?! Il ne faut pas s'étonner de la hausse de la défiance des contribuables envers l'impôt ! 2) Nos élus savent s'opposer vigoureusement à l'exécutif quand il s'agit de sauver leur tête (les départements financent des services appréciés des citoyens). Dommage que ça ne soit pas plus souvent.
Un vent révolutionnaire a soufflé sur le 89e Congrès de l’Assemblée des départements de France (ADF), qui s’est tenu pendant trois jours la semaine dernière à Bourges.
Les présidents de département, toutes tendances confondues , ne digèrent pas le fait qu’on leur enlève la taxe sur le foncier bâti (transférée aux communes, pour compenser la perte de la taxe d’habitation) et qu’on la remplace par une part de TVA, bien plus aléatoire.
« Heureusement qu’Edouard Philippe ne vient pas, confiait même Dominique Bussereau, le président de l’ADF, il aurait été mal accueilli. »
C’est donc sa ministre Jacqueline Gourault qui a fait face à la révolte, le 18 octobre. Les congressistes s’étaient initialement mis d’accord pour ne pas l’applaudir, ni avant ni après son discours : rien qu’un silence glacial.
Mais, quand la ministre de la Cohésion des territoires leur a vanté la réforme du foncier bâti, votée le matin même par les députés, leur sang n’a fait qu’un tour. Près des trois quarts d’entre eux se sont levés et ont quitté la salle pour aller chanter dehors « La Marseillaise ».
Ne leur reste plus qu’à faire chanter Jacqueline Gourault…
Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.
363 sans-papiers fichés S pour soupçon de radicalisation islamique ont été expulsés de France entre 2017 et novembre 2019. Je trouve ça peu crédible (comment débusque-t-on ces personnes puisqu'elles émettent très peu de signes matériels de radicalisation ?), d'autant que la seule autre source est BFMTV… En tout cas, Macron propose de renforcer toujours plus la surveillance dans les services (de renseignement ?) sensibles, en prison, à l'école et dans les associations. Ça fait juste 30 ans que ça renforce dans le vide…
« Depuis 2017, nous avons expulsé 363 étrangers fichés S. » Emmanuel Macron s’est félicité, au cours du Conseil des ministres du 21 octobre, de la lutte menée contre la radicalisation et le communautarisme.
Il a quand même tenu à préciser qu’il fallait améliorer le criblage dans les services sensibles et le renseignement en prison. Et que la surveillance de certaines associations et écoles coraniques devait être renforcée.
A part ça, rien à craindre !
Dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019.
D'après le rapport 2019 sur la Sécurité sociale de la Cour des comptes, les niches sociales (exonérations de prélèvements sociaux) s'élèveraient à environ 90 milliards d'euros en 2019. Le gouvernement et le Parlement avaient calculé et présenté environ 66 milliards d'euros de niches sociales dans la loi 2019 de financement de la Sécu, soit environ 32 milliards de plus que ce qu'ils avaient affiché dans la loi de 2013. Ces 32 milliards d'euros correspondent principalement au Pacte de responsabilité mis en œuvre depuis 2014 pour 9 milliards d'euros par an auxquels s'ajoutent 18 milliards d'euros par an de CICE, devenu une exonération de cotisations sociales en 2019. Ainsi, le bond est fulgurant, mais au global, l'État gagnera en impôt sur les sociétés ce que la Sécu (branches maladie et famille) perdra en cotisations. L'écart entre les 90 milliards d'euros (environ) calculés par la Cour et les 66 milliards calculés dans la loi 2019 de financement de la Sécu vient principalement de mesures évoquées dans la loi mais non reprises dans le tableau de synthèse de celle-ci (exonération ou réduction de CSG sur les revenus de remplacement autres que retraites et chômage pour 4,3 milliards d'euros, par exemple) et de mesures évoquées dans la loi mais non chiffrées (exonération de CSG sur les retraites de base et les allocations chômages, pour 4,3 milliards d'euros, par exemple).
Il y a quelques semaines, la presse nous rapportait que Gattaz, l'ancien patron du Medef, exhorte Roux de Bézieux, le nouveau patron du Medef, à s'engager à créer 2 millions d'emplois sur 5 ans en se basant sur son exemple… qui a été un échec puisque le CICE et le Pacte de responsabilité n'ont pas créés 1 million d'emplois entre 2014 et 2019. Je me demandais ce que le Medef allait demander en échange. Le Medef veut de nouvelles exonérations de prélèvements sociaux, sur le financement des transports en commun ou sur le financement de la dépendance / journée de solidarité, par exemple. Le gouvernement y pense, sans contrepartie annoncée, mais ne sait pas comment compenser, dans le budget des communes, ces rentrées d'argent. Je trouve dingue de refuser d'inscrire les sociétés commerciales dans un environnement économique global, comme si une société commerciale était indépendante de tout (transports, handicapés, éducation) et ne s'inscrivait pas dans une société humaine qui la dépasse : à quoi bon générer de la valeur économique si l'on en fait rien d'utile pour l'ensemble de la société ?
On croyait que le Medef et la plupart des chefs d'entreprise français n’étaient pas trop mécontents de la politique fiscale de Macron. Le CAC 40 se porte bien ; les dividendes et les bénéfices augmentent, merci.
Yep, versement record de dividendes en France et dans le monde en 2018.
Pourtant, on apprend dans « Le Figaro » (10/10) que « les impôts de production plombent les entreprises ». Le président délégué du Medef, Patrick Martin, précise la pensée patronale : « La baisse de l’impôt sur les sociétés n’est pas suffisante. » Et il se désole de n’avoir rien trouvé dans le projet de budget pour 2020 « pour diminuer ces impôts et taxes sur les facteurs de production », comme le « versement transport » [ financement des transports en commun en IdF ou dans les bleds qui l'ont mis en œuvre ] ou la « contribution de solidarité » [ financement de la dépendance (âge ou handicap), autre nom de la journée de solidarité ].
Cet émouvant appel au secours prouve au moins que les dirigeants du Medef n’ont pas perdu l’appétit.
[…]
Autre sujet de mécontentement pour le Medef : le rapport de la Cour des comptes sur la Sécu, rendu public mardi dernier. « Les propositions des magistrats financiers, préviennent “Les Echos” (9/10), ne manqueront pas d’agacer le patronat. » Il faut dire que les experts de la Rue Cambon soulignent cruellement « le poids croissant des allégements généraux de charges patronales, estimés à 52 milliards d’euros », soit 26 milliards de plus qu’en 2013.
Mais, qu’on se rassure, le gouvernement n’est pas près de fermer le robinet.
Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.
Vache de découverte signalée par « Le Figaro » (12/10) : « Des chercheurs japonais ont peint des bovins pour que leurs robes imitent celles des zèbres. Ils attirent ainsi deux fois moins d'insectes. » Explication : « Les pittoresques rayures noires et blanches perturberaient la vision des insectes, les empêchant de négocier correctement leur atterrissage sur les corps des zèbres. »
Mais que fait la SPA contre ces crashs ?
L'explication me paraît trop simple vu la malveillance des insectes. Je penche pour une diversité de facteurs explicatifs.
Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.
« Le Parisien » (11/10) a fait le compte : « Il existe environ 2 000 prix littéraires français, dont certains sont insolites. » Parmi ces derniers, « le prix de la page 111, qui récompense depuis 2012 la meilleure page 111 d'un roman de la rentrée, ou le prix de Chlore, créé en 2017, qui couronne la meilleure scène de piscine ».
Les recalés pourront se consoler avec le prix du Vestiaire.
Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.
En 2020, le budget de fonctionnement de l'Élysée devrait être de 121 millions d'euros, dont 11 millions pour réaménager le palais, agrandir les locaux du quai Branly et poursuivre les travaux du fort de Brégançon (150 000 euros). Pour compenser, l'hôtel particulier dans lequel réside l'état-major particulier du Président devrait être vendu en 2022 (je n'y crois pas trop, où sera relogé le petit personnel du Président ?). Le budget sera déficitaire, donc il faudra piocher 4 millions d'euros dans les réserves (16,5 millions d'euros). Une gestion en bon père de famille responsable, on vous dit ! N'y a-t-il pas d'autres priorités ? Restaurer des bâtiments, historiques ou non, qui tombent en ruine, par exemple, car il y a des millions de mal-logés (insalubrité, menace d'effondrement, etc.) en France…
Soucieux de faire croire que ses dépenses resteront sages en 2020, l’Elysée vient de se livrer à un festival de pirouettes comptables. Les documents transmis aux parlementaires, qui vont voter la loi de finances, affichent des prévisions de dépenses de 110,4 millions. Il y aura 11,2 millions de plus.
Ce rab inattendu ne figure pas dans les tableaux de présentation du budget. Il est planqué dans d’autres pages, consacrées au « schéma directeur immobilier de la présidence de la République ». Censé s’achever en 2022, ce programme de travaux vise à agrandir les locaux utilisés par l’Elysée dans ses anciennes écuries du quai Branly et à réaménager le palais lui-même.
Si le ministère de la Culture allongera 5,2 millions au titre des monuments historiques, le reste du financement est plutôt original. Six millions seront payés par un compte spécial du Trésor réservé à la gestion du patrimoine immobilier de l’Etat.
Immeuble baladeur
Ce mécanisme est qualifié de « très surprenant » par les experts. En pratique, l’obole du Trésor est considérée par Bercy comme une « subvention » versée pour financer les travaux engagés par Macron.
Mais pourquoi la somme ne figure-t-elle pas au budget ? Le ministère des Comptes publics assure qu’il s’agit d’une simple « avance » consentie sur la vente future d’un immeuble occupé par la Présidence au 14 rue de l’Elysée. Estimé à 27 millions d’euros pour 1 400 m2, cet hôtel particulier — qui abrite aujourd’hui l’état-major particulier du chef de l’Etat — doit être cédé en 2022. En principe…
Le fort de Brégançon pourra, au passage, bénéficier de quelques menus travaux. L’an prochain, 150 000 euros sont prévus pour achever la rénovation des cuisines, et de salles de bains et d’installations techniques. Avec les chantiers déjà engagés dans le fort depuis 2018, plus de 400 000 euros auront ainsi été consacrés à cette résidence.
Les cuisines du chef
Les traditionnelles dépenses affectées aux « moyens généraux » de l’Elysée grimpent également fortement. Une partie de la hausse est justifiée par le transfert de certaines charges de sécurité assumées jusqu’alors par la Place Beauvau. Subsiste néanmoins un « bonus » de 1,8 million pour « améliorer » les autres crédits de repas, de réception, de paperasserie ou de gestion quotidienne de Brégançon…
Les sommes votées par le Parlement et les discrètes subventions de la Culture ou de Bercy ne suffiront pourtant pas à régler la douloureuse. Une fois de plus, Macron va être contraint de piocher dans les réserves financières de 16,5 millions laissées par son prédécesseur Hollande : il y puisera 4 millions l’an prochain, après avoir siphonné 2,1 millions en 2017, 5,7 millions en 2018 et 2,5 millions cette année ! De l’aveu même du Château, ce mouvement devrait se poursuivre jusqu’à la fin du mandat et laisser les réserves à peu près à sec…
Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.
Selon le projet de loi de financement de la Sécu 2020 actuellement débattu au Parlement, une partie des dépenses estimées des hôpitaux ne sera pas financée, ce qui contraindra mécaniquement les hostos à réaliser 800 millions d'économies en 2020. Les 754 millions d'euros annoncés par la sinistre de la santé sont un redéploiement, c'est-à-dire qu'on flèche pour les urgences de l'argent jusque-là consommé par d'autres services des hôpitaux (source : Siné mensuel d'octobre 2019). En 15 ans, le coup de rabot s'élèverait à 8,6 milliards d'euros. :O Les patients sont mis en danger : les soignants consignent, dans des registres officiels (OSIRIS au sein de l'APHP, par exemple), des erreurs de prescription (confusion létale entre chlorure de sodium et chlorure de potassium, par exemple), des situations hors de contrôle et d'autres pratiques erronées quotidiennes dues à la fatigue et à la surcharge de travail (source : le Canard enchaîné du 04/09/2019). Les infirmières et les aides-soignantes renoncent à leur vocation plutôt que d'avoir des idées suicidaires et des salaires de merde. La sinistre de la santé estime que le budget 2020 prévu préserve l'hôpital, cherche l'erreur.
Je pense qu'il faut revenir à des raisonnements simples. Voulons-nous un service public de soins ? Oui ou non. Quels domaines de la médecine doit-il couvrir (j'imagine qu'environ personne est partant pour financer des pratiques de charlatans, etc.) ? Quelle qualité de service doit-il assurer (des soignants à bout de souffle est-il tolérable ? Atteindre des heures dans un couloir voire décéder par absence de soins est-il acceptable, etc.) ? Des réponses simples à ces questions simples permettent de nous décider collectivement puis d'évaluer le coût associé au service désiré. Une fois que c'est fait, les citoyens assument et payent via un unique impôt compréhensible et non déguisé. Point barre. Simple. Ça ne part pas dans tous les sens.
Au secours, l’hôpital coule ! Mais Macron n’y peut rien : « La crise actuelle à l’hôpital, c’est une crise qui vient de loin, qui vient de vingt ans de serrage de boulons », s’est défaussé Jupiter le 3 octobre, à Rodez, lors d’un débat sur les retraites. Le mieux est donc… de poursuivre ce régime de malade !
Le budget 2020, annoncé le 30 septembre en Commission des comptes de la Sécurité sociale, n’inverse nullement la vapeur. il impose même un nouveau « serrage de boulons » : les hôpitaux devront encore réaliser 800 millions d’économies cette année ! A l’heure où ils traversent une crise d’une ampleur inédite, il fallait oser…
Le budget (l’Ondam hospitalier, dans le jargon) progressera de 2,1 %, là où les dépenses augmentent mécaniquement de 4 %. Un énième coup de rabot « incompréhensible », a dénoncé la Fédération hospitalière de France (FHF) : « C’est une douche froide, a tonné son président, Frédéric Valletoux. Je pensais que le gouvernement avait mesuré l’urgence d’apporter de l’oxygène aux établissements de santé. » Eh non !
Faire bloc
En quinze ans, selon la FHF, les économies effectuées s’élèvent à 8,6 milliards. Continuous gaiement : à ce rythme, l’hôpital public va tout bonnement « s’effondrer », avertit le Collectif Inter-Hôpitaux, qui, loin d’une bande de doux dingues, réunit la crème des professeurs de médecine et des centaines de soignants. Lors d’une assemblée générale effervescente, le 10 octobre, ces casseurs d’ambiance ont réclamé un budget hospitalier à la hauteur des dépenses, et 300 euros d’augmentation afin de revaloriser les salaires « indignes » des infirmiers et des aides-soignants.
Les huiles de la faculté ne savent plus comment faire comprendre « la gravité de la situation » : « La médecine d’urgence n’est que (…) le premier maillon à craquer. Demain, la crise pédiatrique risque de faire très mal », a averti le professeur Bruno Riou, le très raide doyen parisien. Et ce n’est qu’un début : « l’effondrement de certaines structures » a déjà commencé.
Sous perf
A Paris, faute de personnel pour les faire tourner, 900 lits sont actuellement fermés. Les soignants fuient en masse des salaires trop bas et des conditions de travail délirantes. « Tous les jours, je reçois dans mon bureau des infirmières en larmes qui partent. On est devenus des manageurs de la colère », a témoigné une cadre lors de l’assemblée générale du 10 octobre. « Un jour, je suis arrivée dans mon service. Je me suis dit : “C’est la que je vais me pendre." C’est la que je suis partie [de l’hôpital] », a raconté une aide-soignante. Une infirmière de la Pitié-Salpêtrière, elle, avait du mal à retenir ses larmes : « Je vis dans une chambre de garde depuis un an car je n’arrive pas à me loger avec mon salaire. »
Dimanche 13 octobre, sur CNews, Agnès Buzyn a reconnu « un problème de rémunération ». Mais, dans « Les Echos » (9/10), elle s’est aussi félicitée sans rire : « Avec ce projet de loi (de finances), nous préservons l’hôpital. »
Plus c’est gros, plus ça casse ?
Dans le Canard enchaîné du 16 octobre 2019.
En 2018, les 400 américains les plus riches ont été taxés à hauteur de 23 % (contre 70 % dans les années 1950), soit un taux inférieur à celui des 10 % de personnes les plus pauvres de la population (26 %).
D'après l'INSEE, la France devrait suivre le même chemin (plus modérément tout de même) à cause, entre autres, de la flat-tax (de son vrai nom prélèvement forfaitaire unique - PFU -). Quelle surprise ! Vraiment ! Il s'agit de calculs temporaires, la version définitive est prévue pour septembre 2020. S'ils sont confirmés, la France comptait 9,1 millions de personnes, soit 14,3 % de la population, qui vivaient en dessous du seuil de pauvreté (60 % du revenu médian) en 2018. Environ 250 000 personnes de plus qu'en 2017. La hausse des revenus financiers et la baisse des prestations sociales augmentent ou diminuent le revenu médian et donc le seuil de pauvreté. Le renoncement à taxer les hauts revenus et la pression sur les prestas sociales cristallisent cette situation en annihilant les effets d'un système de redistribution.
La hausse des revenus financiers + le PFU + la baisse de l'allocation logement + la baisse de la taxe d'habitation + la bascule cotisations sociales dont le chômage vers la CSG + la hausse des taxes pétrolières et du tabac contribueraient à la hausse du taux de pauvreté. La réduction des loyers sociaux et la revalorisation de certaines prestations sociales (allocation adulte handicapé, solidarité vieillesse) contribueraient à la baisse du taux de pauvreté. La transformation de l'ISF en IFI, qui accentue « légèrement » les inégalités n'est pas mesurée dans ces calculs, pas plus que le chèque énergie qui réduit tout aussi « légèrement » les inégalités.
Il y a huit ans, le milliardaire américain Warren Buffett critiquait la politique fiscale de son pays en affirmant payer moins d’impôts, en proportion, que sa secrétaire. Sa déclaration, un peu exagérée à l’époque, serait aujourd’hui parfaitement vérifiable, selon le « New York Times » (6/10).
En 2018, pour la première fois depuis que de telles statistiques existent, les 400 Américains les plus riches ont eu droit à un taux d’imposition sur leurs revenus inférieur à celui des 10 % les plus pauvres de la population. Une conséquence de cadeaux fiscaux successifs dont les derniers en date, offerts par Donald Trump, ont fini de marquer la tendance : taxés à 70 % sur leurs revenus en 1950, les plus privilégiés n’étaient plus prélevés qu'à hauteur de 23 % en 2018…
A ce régime, c’est à se demander pourquoi les 400 plus riches ne sont pas plus nombreux !
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
Un décret permet aux préfets de 15 départements du sud de la France d'autoriser les agriculteurs à pomper plus de flotte dans les rivières pour irriguer leurs champs. Un arrêté ministériel de 2015 autorise les exploitants de station d'épuration à rejeter sans traitement 5 % des eaux usées. :O Prolifération d'algues, asphyxie de la faune, empoisonnement de la faune et de la flore, etc.
Mauvaise nouvelle pour les poissons. Un décret, adopté en catimini au cœur de l’été, autorise les agriculteurs à pomper plus de flotte dans les rivières, alors que nos cours d'eau en manquent cruellement. Actuellement, pas moins de 87 départements ont été déclarés en état de sécheresse !
Depuis le 6 août, dans 15 départements du sud de la France, les agriculteurs ont le droit, si les préfets leur donnent le feu vert, de siphonner quatre fois plus d'eau que ce qui était autorisé jusqu'à présent pour irriguer leurs champs. Pour que les poissons gardent de quoi barboter, le Code de l'environnement limite le pompage de sorte que la rivière ne descende jamais en deçà d'un dixième de son débit moyen sur l’année. Une dérogation que les pêcheurs gardent en travers de la gorge, comme une arête.
Selon eux, faire baisser le niveau, c’est prendre le risque d'augmenter la température de l'eau, ce qui favorise la prolifération des algues, lesquelles vont consommer plus d’oxygène au détriment de la pescaille [N.D.L.R : sic ]. La Fédération nationale de la pêche en France (FNPF) vient donc d'attaquer ledit décret devant le tribunal administratif. La FNPF dénonce le lobbying tenace d’un député LRM des Hautes-Alpes qui, il y a quatre ans déjà, sous l’étiquette du Parti radical de gauche, avait tenté, via un amendement au projet de loi Biodiversité, d'assouplir, au profit des agriculteurs de montagne, la réglementation sur le débit minimal des rivières.
Les pêcheurs s'inquiètent d'autant plus pour les branchies des poissons qu'un passe-droit, accordé, cette fois, aux exploitants des stations d'épuration, participe lui aussi à raréfier l'oxygène dans les cours d'eau. Pondu à l’été 2015, un arrêté ministériel autorise en effet ces derniers à rejeter à la flotte, sans les traiter, 5 % des eaux usées. Autant de déchets organiques qui piquent de l'oxygène aux poissons, au point parfois de les asphyxier.
Grâce à ce cadeau réglementaire, les collectivités locales et les groupes spécialisés dans l'assainissement de l'eau, comme Veolia ou Suez, n'ont pas a mettre la main a la poche pour redimensionner leurs installations ou construire des bassins de rétention afin d'éponger le surplus de flotte charrié par les épisodes pluvieux exceptionnels qui se multiplient sur fond de bouleversement climatique.
De là à dire que le gouvernement est tout ouïe pour certains lobbys…
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
La centrale nucléaire de Fessenheim stoppera ses activités en juin 2020. Il ne s'agit pas d'une fermeture pour vétusté, mais d'une fermeture anticipée désirée par l'État. Le contribuable devra donc verser 400 millions d'euros à EDF ainsi que la somme correspondante à la vente de l'électricité qui aurait pu être produite jusqu'en 2041, date de fermeture envisagée par EDF… Comme si cette centrale pouvait tenir encore 22 ans sans investissements supplémentaires et sans être un danger. Ajoutons cela à la facture cachée du nucléaire français.
Chers frères en Atome, enfin ! Depuis longtemps, nous redoutions cette épreuve : la fermeture de la centrale originelle, celle de Fessenheim. Elle est la plus ancienne de toutes celles en activité. Son premier réacteur de 900 MW, couplé au réseau en 1977, fermera le 22 février prochain. Le second, de même puissance, couplé en 1978, fermera le 30 juin. En acceptant cet arrêt, mieux, en le réclamant, notre Sainte Mère l’Eglise EDF a opéré un grand miracle.
Avouons-le, mes chers frères, cette très vieille centrale était éreintée. Jamais elle n’aurait réussi à passer la VD4, la quatrième visite décennale de sécurité, obligatoire pour tout réacteur ayant dépassé les 40 ans. Nous n’égrènerons pas ici la liste interminable de tous les maux qui l’accablent, dûment identifiés par nos frères inquisiteurs de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN)… Mais sachez qu’elle était percluse d’équipements non conformes (ainsi son radier trop mince et ses piscines non bunkerisées), farcie de matériaux et d’équipements obsolètes (ainsi les joints des 163 traversées du bâtiment réacteur).
Ajoutez à cela ses deux grands risques spécifiques, un risque sismique, qu’elle était loin d’être prête à affronter, et le risque d’être submergée par le grand canal d’Alsace, qui la surplombe de plus de 8 mètres, et avouez-le : il aurait été ruineux de la rustiner sans cesse.
Notre Sainte Mère EDF le savait bien, qui s’est abstenue de l’équiper de ces fameux « diesels d’ultime secours » obligatoires après la diabolique erreur de Fukushima (la date butoir était fin 2018). Sur ce péché pas vraiment véniel, nos frères compatissants de l’ASN ont bien voulu fermer les yeux… Reconnaissons-le en toute humilité : lors dela très proche VD4, ils n’auraient pas hésité à arrêter les deux réacteurs de Fessenheim pour leurs multiples manquements à la sécurité. Cela aurait nui à notre Sainte Réputation et aurait fait pâlir la très verte auréole du président Macron.
Et c’est là que, miracle ! par l’opération du Saint-Esprit Atomique, EDF et le gouvernement se sont entendus pour présenter cet arrêt comme une « fermeture anticipée ». Ils ont signé un protocole qui prévoit que l’Etat et, donc, ces mécréants de contribuables devront, pour commencer, lui verser cash une belle obole de 400 millions d’euros. Ô divine surprise, l’Etat s’engage aussi à offir à notre Sainte Mère, dans les années qui viennent, l’équivalent de ce qu’elle appelle son « manque à gagner ». C’est-à-dire les deniers que lui aurait rapportés l’électricité produite par Fessenheim jusqu’en 2041. Comme si ces deux vieux réacteurs allaient tenir sans faillir vingt années de plus ! Une durée de vie de presque 65 ans qu’aucun texte sacré n’a jamai prévue.
Cette électricité nucléaire purement virtuelle, donc enfin sûre et enfin propre, va renflouer les caisses d’EDF… Le miracle pourra se poursuivre avec les prochains arrêts prévus par le gouvernement. Bref, la meilleure façon de sauver EDF au bord de la faillite est d’arrêter tous ses réacteurs !
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
Le WTF du jour : une batterie d'ordiphone pleinement chargée, promesse d'heures de divertissements et de connexion à autrui, serait une source de plaisir. Inversement, une batterie faiblement chargée serait une source d'angoisse. Flippant. :O
Selon une étude, publiée par la revue « Marketing Theory » et relayée par « Le Figaro Eco » (7/10), concernant l'état des batteries de smartphone, « selon que vous serez plus proche de 100 % ou de la panne sèche, les mêmes pensées ne vous viendront pas à l'esprit. Vous pourriez éprouver une sensation d'angoisse ou d'accomplîssement ». Conclusion de l'article : « Nous sommes si attachés à nos téléphones qu'une batterie devient une composante de notre corps et de notre psyché. »
Avec un cerveau aussi raplapla ?
Plus d'infos (https://www.lanouvellerepublique.fr/la-question-du-jour/portable-qu-est-ce-que-l-angoisse-de-la-batterie-faible) :
Les personnes interrogées par la Cass business school répondent effectivement qu'elles envisageaient désormais leurs déplacements quotidiens en terme de temps et de réserve de charge mais aussi de distance entre deux points de recharge potentiels.
Le docteur Thomas Robinson précise même : "Au cours des entretiens, ceux qui répondaient en sachant que leur téléphone avait un niveau de charge complet étaient d'humeur positive et pensaient qu'elles pourraient aller n'importe où et faire tout ce qu'elles voulaient. A l'inverse, ceux qui avaient un niveau de charge en dessous de la moitié commençaient à ressentir des sentiments d'anxiété et d'inconfort." Il ajoute : "Les téléphones sont devenus un tel lien pour tout ce que nous sommes, que l’incapacité de gérer efficacement la durée de vie de la batterie devient le symbole de l’incapacité de gérer sa vie."
L'étude explique cet impact en rappelant que les portables ne sont sont plus seulement des téléphones mais aussi des cartes interactives, des portefeuilles digitaux, des moyens de divertissement, des journaux, des compteurs de pas... et qu'au final le témoin de charge de batterie se retrouvait désormais au coeur des enjeux sociaux et commerciaux. Ne plus avoir de charge sur son appareil, c'est se couper de tous ces réseaux.
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
À l'OL, les gamins disposent d'un contrat avec le club, pas les gamines. Le parquet de Lyon a débouté la plainte au motif que les règles de la fédé de foot n'imposent pas un contrat pour les femmes… D'où les dispositions réglementaires d'une fédé l'emportent sur la loi ?! C'est totalement contraire au principe de la hiérarchie du droit : un contrat / règlement de gré-à-gré, en bas de l'échelle, ne peut rogner des droits prévus par les textes supérieurs, comme la loi, les règlements européens et la Constitution.
À côté de ça, l'un des formateurs a été condamné pour les centaines de vidéos filmées sous les jupes des femmes. Un autre est mis en examen pour des avances sexuelles à des mineures. En 2013, Bernard Lacombe, l'un des dirigeants de l'OL avait répondu à une auditrice qu'il « ne discute pas avec les femmes de football (…) qu'elles s'occupent de leurs casseroles et ça ira beaucoup mieux. ».
Moins remarqué que l’éviction, lundi, de Sylvinho, l’entraîneur de l’Olympique Lyonnais (OL), une affaire de discrimination entre filles et garçons au sein du prestigieux centre, de formation agite le club de football !
A l’OL, les petits champions sont protégés par une convention — signée par leurs parents — leur garantissant trois ans de formation, d’éducation et de scolarité. Rien de tel, en revanche, pour les petites championnes. Un cas flagrant de « discrimination », estime Slim Ben Achour, l’avocat de « Myriam », jeune footeuse recrutée à 15 ans par l’OL, en juin 2017, et virée un an plus tard — une éviction contre laquelle ses parents protestent furieusement.
Slim Ben Achour, qui a mis au jour cette grosse anomalie à la formation, a exigé que l’OL lui fournisse les conventions des petits gars. Il n’est parvenu à les obtenir, à la fin de juillet, que par le biais du tribunal et a attaqué aussitôt pour que la discrimination soit constatée.
Carton rouge
Le 9 septembre, pourtant, une magistrate lyonnaise a débouté les plaignante. L’OL n’a fait, d’après elle, qu’appliquer « scrupuleusement les dispositions légales et réglementaires de la Fédération française de football et de la Ligue de football professionnel française », qui ne fixent pas d’« engagement contractuel à l’égard des jeunes filles », alors qu’elles « aménagent une convention de formation pour les jeunes garçons ». Il y aurait la ce qu’elle appelle « un vide juridique ». Ah bon ? Et la Constitution ? Consultés par « Le Canard », d’éminents juristes et magistrats se sont esclaffés devant « cette énormité ».
Quoi qu’il en soit, la plainte sera bientôt jugée devant un nouveau tribunal. Jolie pub pour l’OL, si fier des exploits de son équipe féminine, 6 fois vainqueur de la Ligue des Champions !
Cette histoire de discrimination en a révélé une autre plus glauque encore. Si Myriam, douée et pleine d’avenir en juin 2017, s’est retrouvée à la porte un an après son recrutement à cause de sa « lenteur et [de son] manque de technique », c’est, pensent ses parents et leur avocat, pour une autre raison. A savoir : la conséquence de deux affaires ayant sérieusement ébranlé le club en 2018. L’un des coachs du centre de formation a en effet été condamné pour les centaines de vidéos qu’il avait filmées sous les jupes des femmes. Un second, contraint à la démission par le club, a été mis en examen pour « propositions sexuelles à mineures de 15 ans ». Myriam a témoigné et déposé une plainte contre lui. Quelle belle ambiance sportive ! Et quel réconfort pour les parents qui confient leurs rejetons au club !
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
Compte-tenu que la force conjointe du G5 Sahel ne progresse pas, qu'elle ne fait pas recette dans l'UE et que Trump essaye de plomber les ventes de l'industrie militaire européenne, Macron essaye encore et toujours d'initier une défense commune européenne. Sous sa nouvelle forme, il s'agit d'une force spéciale d'intervention de 26 000 personnes. Actions armées rapides (pour soutenir un dictateur africain, comme à la belle époque ? :) ), évacuation de civils, etc.
La préparation du prochain Conseil des ministres franco-allemands, le 21e du genre, ne se déroule pas dans la joie au Quai d’Orsay et au ministère des Armées. Ce sera de nouveau l’occasion, le 16 octobre, de confronter les conceptions des deux gouvernements sur leurs projets communs en matière de défense, à savoir la fabrication du plus bel avion de combat et du plus lourd char du futur. Difficultés et retards s’accumulent pour remplacer ainsi les Typhoon et les Leopard allemands ainsi que les Rafale et les Leclerc français « à l’horizon » 2040, comme on dit.
Mais les controverses entre Paris et Berlin ne se limiteront pas à la mise au point de ces engins de mort, qui, soit dit en passant, coûteront quelques dizaines de jolis milliards. En effet, une idée récemment lancée par Macron n’a guère enthousiasmé Angela Merkel et les ministres allemands. Le Président appelle de ses vœux la création d’un « groupe de forces spéciales européennes » qui pourrait appuyer l’action des troupes françaises au Sahel… et intervenir ailleurs. Car, aujourd’hui, Macron ne songe plus seulement à sauver l’Afrique, il s’intéresse aussi au sort de l’univers.
Son « Initiative européenne d’intervention » — c’est le titre choisi par l’Elysée — a été proposée à 13 Etats du Vieux Continent. L’objectif, tel que le définissent le Quai d’Orsay et le ministère des Armées, serait de créer une force d’intervention de 26 300 hommes — admirez la précision à la centaine près… — destinée à intervenir loin de l’Europe : actions armées rapides, évacuations de civils menacés dans un pays en guerre, assistance lors d’une catastrophe, etc.
Serait-ce une façon de faire comprendre à nos chers alliés européens qu’il ne faut plus vraiment compter sur la Grande Amérique en cas de crise ? Oui, mais, comme le remarque un expert militaire, « même modeste, car l’Europe compte tout de même quelques centaines de millions d’habitants, cette idée de Macron fait peur »…
Pour le Sahel, l’ambition du président français est moins spectaculaire. Il souhaiterait seulement que des forces spéciales européennes de plusieurs centaines d’hommes puissent seconder la France dans son combat contre les groupes islamistes : de 200 à 250 commandos, pour commencer. Florence Parly, la ministre des Armées, s’est adressée, dans cette intention, à une dizaine de pays de l’Union européenne, dont l’Allemagne. Et elle n’a pas fait un triomphe.
« L’Europe est vraiment impotente », comme s’en désole un conseiller de l’état-major des armées.
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
L'Ordre des architectes souhaitait imposer un taux d'honoraires minimal de 10 % sur les marchés publics, ce qui est illégal. Les contrevenants membres de l'Ordre étaient convoqués, blâmés, suspendus, etc. L'Ordre a effectué du chantage auprès du responsable d'un marché public : "tu choisis un architecte plus cher ou on va au contentieux"…
Une sacrée tuile. L’Ordre des architectes s’est vu infliger par l’Autorité de la concurrence une amende de 1,5 million d’euros pour avoir imposé à ses ouailles, à partir de 2013, un barème de prix obligatoires sur des marchés publics.
Convocations, blâmes, radiation, suspension… les méthodes de l’Ordre mises au jour par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répres- sion des fraudes étaient béton. Théoriquement, la rémunération de la maîtrise d’œuvre est librement discutée entre les parties. Inquiet de ce qu’il considère comme du « dumping », le président de l’Ordre des architectes de la région Nord-Pas-de-Calais avait montré ses muscles dès 2013 : « Si nous travaillons d’arrache-pied pour faire reconnaître la juste rémunération de nos prestations par les maîtres d’ouvrage, nous ne sommes pas aidés par les architectes, qui se “prostituent” devant un client “proxénète”. » Traduction ? La « prostitution », c’est, ici, la pratique de tarifs bon marché.
Beaux tarifs sous plafond
Ainsi, le 12 février 2014, le cabinet Hart Berteloot a-t-il dénoncé le « prix anormalement bas » pratiqué par la société d’architecture Sine Qua Non pour la construction de la salle de judo de la commune de Hazebrouck. Convoqués par l’Ordre, les fauteurs de trouble — « qui ne veulent pas entendre le mal qu’ils font à la profession » — ont écopé d’une suspension de l’inscription au tableau régional des architectes !
Nouvelle étape en 2016 : l’Ordre a « menacé » le responsable du service technique de Linselles, près de Tourcoing, d’aller au contentieux s’il ne revenait pas sur sa décision d’attribuer le marché de construction d’une école au cabinet Lemay-Toulouse & Associés.
Cette société d’architecture avait reçu la note maximale sur le critère du prix, grâce à un taux d’honoraires de 3,5 % : « Avec ce genre de pratique, la profession va disparaître », s’était lamenté un concurrent malheureux dans un courriel. L’Ordre veut imposer un tarif minimal de 10 %.
Las ! le gendarme de la concurrence est venu lui rappeler qui faisait la loi. Et a remis de l’ordre dans l’Ordre des architectes…
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
Le projet de loi de finances 2020 prévoit d'augmenter le budget pour les écoutes administratives (embauche de 12 personnes, 20 % de hausse du budget d'investissement). La CNCTR, l'autorité indépendante chargée de surveiller les services de renseignements et les écoutes administratives verra son budget diminuer de 5 % alors qu'elle peine déjà à remplir sa mission… Les fonds spéciaux (permettant aux services secrets de monter des opérations) augmenteront de 14 % pour atteindre 77 millions, soit 9 de moins que ce qui a été claqué en 2017 (86 millions). Le service de promotion du gouvernement pourra embaucher 14 personnes supplémentaires.
Le Premier ministre a refilé une partie de ses dépenses aux militaires.
Des finances stables en apparence. Et, derrière, un joli paquet d’oseille habilement planqué… Tel est le budget — en trompe-l’œil — de Ma-tignon inscrit au projet de loi de finances 2020.
Sur le papier, le Premier ministre est censé bénéficier d’une hausse de moyens minuscule. La « coordination du travail gouvernemental » est ainsi gratifiée de 692,57 millions en 2020, contre 692,14 millions cette année. Sauf qu’un jeu de bonneteau lui a permis de glisser sous le matelas pas mal de millions.
Ces dernières années, Matignon jouait les vertueux et invoquait la transparence financière pour faire payer sur son propre budget tous les fonctionnaires mis à disposition par d’autres ministères. Ce n’est plus le cas désormais. Comme l’indique une discrète phrase du projet de loi, Edouard Philippe a décidé de « ne plus procéder au remboursement du ministère des Armées ».
A en en croire les experts, les frais de personnel ainsi économisés représentent au minimum 17 millions d’euros. Impossible d’en savoir plus. Sollicités par « Le Canard », les services du Premier ministre affichent une discrétion de banquier suisse.
Oseille dans les grandes oreilles
L’argent mis à gauche profitera — entre autres — aux grandes oreilles du Groupement interministériel de contrôle (GIC). Chargé des écoutes administratives, le GIC pourra embaucher 12 personnes supplémentaires et dépenser près de 20 % de plus pour ses joujoux électroniques. En revanche, la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, censée surveiller le GIC, verra ses moyens diminuer de 5,26 %. Cherchez l’erreur…
Les fonds spéciaux (l’argent secret consacré aux services du même nom) bénéficieront, eux, d’une augmentation de 14,3 %, pour un total de 76,8 millions. Et — grâce aux traditionnelles rallonges en cours d’année — la hausse ne va sans doute pas s’arrêter là.
Surprise du chef : les sommes réellement versées aux services de renseignement sont désormais secret-défense ! « Elles [pourraient] intéresser des services étrangers », tente de justifier le président de la commission de vérification des fonds spéciaux, le député macroniste Loïc Kervran, dont le rapport sur l’année 2017 vient d’être censuré par le gouvernement. « Le Canard » est pourtant en mesure de révéler ce secret d’Etat a ses lecteurs. Pour le découvrir, il lui a suffi d’ouvrir le tome 2 du rapport de la commission des finances du Sénat consacré aux comptes de 2017 et rempli de chiffres fournis par Matignon. Accessible en ligne, ce document précise que les fonds spéciaux réellement dépensés en 2017 se sont élevés à 86 080 000 euros (pour des crédits initiaux de 67 151 927 euros). Chut !
Le Service d’information du gouvernement, chargé depuis des lustres de porter la bonne parole ministérielle aux Français, profitera également de la discrete hausse de crédits. ll va pouvoir embaucher 14 personnes en 2020 (avec un plafond de 88 emplois à plein temps) et consacrer 14,3 millions (1 million de mieux) à ses activités.
Lesquelles ? Matignon assure qu’il s’agit de mettre au point « des techniques innovantes d’analyse sur les résultats des sondages et de rendre plus performantes les activités de communication ». Quelle façon élégante de désigner la propagande gouvernementale…
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
La Cour de cassation a tranché : une GPA réalisée à l'étranger vaut filiation. Le Château est mécontent que sa majorité à l'Assemblée ait voté en ce sens. Le même qui en appelait à un débat. Sans contradiction ? Les tares du présidentialisme de la 5e République montre son visage une fois de plus…
Fureur de Macron après le vote, dans la nuit du 3 au 4 octobre, d’un amendement de députés En marche ! visant à reconnaître la filiation des enfants nés de GPA pratiquée à l’étranger. Et ce en plein débat sur la PMA.
« La majorité n’a pas fait son boulot ! a-t-il explosé. Elle doit se ressaisir et veiller au respect de nos engagements. Il fallait empêcher cet amendement de passer ! Nous favorisons la filiation par l’adoption, comme l’a très bien expliqué Nicole Belloubet, et pas la reconnaissance automatique prônée par les auteurs de l’amendement. »
Pour l’Elysée, ce vote est d’autant plus incompréhensible — et inutile — que, dès le lendemain, un arrêt de la Cour de cassation reconnaissait, comme prévu, la filiation de jumelles (Mennesson) nées il y a dix-neuf ans par GPA.
Heu ? Pour péréniser cette avancée et offrir une sécurité juridique (rien oblige un juge a suivre un arrêt de la Cour de cassation et s'il ne le suis pas, le plaignant doit aller lui-même en cassation, ce qui coûte un pognon de dingue) ? Le Parlement procéde ainsi régulièrement, sur tous les sujets.
Dans sa décision du 4 octobre, la plus haute juridiction française considère qu’« une GPA réalisée à l’étranger ne peut faire, à elle seule, obstacle à la reconnaissance en France d’un lien de filiation avec la mère d’intention ».
Encore des députés qui ont voulu tirer plus vite que leur ombre.
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
Chaud le chantage "tu diffuses mon super monologue sur la réforme des retraites contre un numéro de fréquence"… On en est vraiment là ? Pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi c'est important d'obtenir un numéro de canal bas, il s'avère que les personnes plus ou moins âgées ne savent pas saisir les chiffres sur leur télécommande de TV, donc se contentent des flèches haut/bas. ;) Certaines n'arrivent toujours pas à intégrer qu'il y a plus de 6 chaînes. Si, si.
Pour ce même conseiller de Macron, « il est étrange que BFM n’ait pas compris que cette retransmission [du débat de Rodez] était importante dans son dialogue avec l’Elysée ».
Une subtile allusion à la bataille que la chaîne mène en coulisses pour empêcher, comme le souhaite Macron, que, à l’occasion de la redistribution prochaine des canaux, LCI bénéficie du canal 14 — devant BFM, donc diffusée sur le canal 15. La décision doit revenir au CSA, mais l’Elysée y dispose d’une certaine influence.
D’ici à ce que BFM doive battre en retraite…
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
Tump lâche les kurdes sans prévenir (l'UE aurait peut-être voulu déployer des armées ?), ce qui va générer un regain d'immigration en UE et de terrorisme, mélange de ressentiment envers les États-Unis et libération des gus de Daech par les kurdes lors de leur retraite précipitée. Après ça, Trump se la joue mégalomane puis """"blagueur"""" puis paranoïaque… En attendant, l'enquête sur l'affaire Trump-Stormy Daniels va avancer.
« Si la Turquie fait quoi que ce soit dont j’estime, dans ma grande et inégalable sagesse, que cela dépasse les bornes, je détruirai et anéantirai complètement l’économie de la Turquie. » Telle est la dernière saillie, pardon, la dernière volte-face fulminante de Trump, lâchée le lundi 7 octobre au soir sur Twitter. Un revirement total moins de vingt-quatre heures après un chaleureux coup de fil, passé, dimanche soir, au président turc Erdogan, qui laissait à ce dernier la voie libre pour déclencher une opération contre les forces kurdes dans le nord de la Syrie.
Dans sa « grande et inégalable sagesse » — il plaisante ? —, Trump venait tout à trac de décider de retirer toutes les forces spéciales américaines de la zone, lâchant les alliés kurdes en rase campagne face à leur ennemi héréditaire. Même le Pentagone s’est permis de critiquer cette décision dévastatrice, évoquant les « conséquences déstabilisatrices » d’une intervention turque décidée par Erdogan.
Dans sa « grande et inégalable sagesse », Trump a aussi cru bon d’allumer un contre-feu (d’artifices), le 3 octobre, à l’affaire ukrainienne en défiant, par un tweet, la Chine d’enquêter à son tour sur les « arnaques » de son adversaire démocrate l’ex-vice-président Joe Biden et de son fils Hunter. Une prétendue « blague » qui a embarrassé nombre de sénateurs républicains, y compris son plus fidèle soutien, Lindsey Graham, plus critique encore sur la Syrie.
Tentant des diversions désespérées sur la scène internationale, Trump fait de plus en plus figure de Joker, le comique grimaçant cher à Hollywood, mais ses saillies lui reviennent en boomerang. Tandis que le piège de la procédure d’impeachment (destitution), déclenchée le 24 septembre, se resserre, Trump pond des centaines de tweets, dénonçant « un coup d’Etat », stigmatisant les « traîtres »…
Or ce n’est plus lui qui dicte son tempo par ses tweets mais les élus chargés de l’enquête ainsi que les médias, au fil des révélations. Ce n’est plus un mais deux lanceurs d’alerte anonymes de la CIA qui ont dénoncé sa conversation suspecte avec le président ukrainien Zelinsky [N.D.L.R : sic ], au cours de laquelle Trump semble avoir exercé un chantage à l’aide militaire US pour que ce dernier ordonne une enquête sur son rival Joe Biden. Des SMS entre diplomates américains, tout juste révélés, l’attestent. Dans l’un d’eux, le chargé d’affaires américain à Kiev Bill Taylor s’exclame : « Je trouve ça dingue de suspendre l’aide sécuritaire en échange d’un coup de main pour une campagne politique. »
Et voilà que, sur un autre front — dans le cadre de la procédure sur les versements effectués à l’actrice porno Stormy Daniels pour acheter son silence —, un juge fédéral de New York vient d’autoriser le procureur de Manhattan à accéder aux déclarations de revenus de Trump, qui a toujours énergiquement refusé de les rendre publiques.
Sa « grande et inégalable sagesse » suffira-t-elle face à tant d’adversité ?
Dans le Canard enchaîné du 9 octobre 2019.
La Cour des comptes calcule que la réduction du nombre de régions n'a pas permis de réaliser des économies mais qu'elle a coûté 207 millions d'euros depuis 2015 (cela représente moins de 1 % du budget total des régions - environ 30 milliards d'euros (source 1, source 2)). Forcément. Il a fallu harmoniser (souvent à la hausse / au plus favorable) des politiques publiques différentes (transport, éducation), des systèmes d'information différents ainsi que des rémunérations d'agents et des indemnités d'élus (ces dernières dépendent de la strate démographique du territoire). Il a fallu prendre en charge des rôles et compétences renforcés. Des régions ont voulu conserver leur maillage territorial (leur organisation, les emplois locaux, leur présence proche des gens, quoi), ce qui implique des dépenses de patrimoine, de rémunérations, de transport, voire de réunion (comme la location du Parc des expositions de Montpellier pour les réus du Conseil régional Occitanie évoqué dans le rapport).
Juger le gain (ou non) économique de la fusion des régions sur moins de 4 ans, ça ne me semble pas être judicieux vu l'ampleur du chantier. La Cour expose que des chantiers, comme le transport inter-urbain et scolaire, ont été différés en attendant les nouvelles directives.
La refonte des régions — ramenées en 2016 de 22 à 13 super-régions — devait permettre « 10 milliards d’économie » par an, avait alors affirmé André Vallini, secrétaire d’Etat à la Réforme territoriale. Elle coûte, au contraire, 207 millions de plus qu’avant, a indiqué la Cour des comptes dans un rapport publié le 24 septembre !
Causes de ce dérapage XXL : « des surcoûts importants en matière de rémunération des personnels et d’indemnités des élus », « des lacunes dans la fiabilité des comptes », « des défaillances dans l’évaluation des actifs ». Bref, la totale. A la tête du tableau d’horreur de l’augmentation des dépenses, le Centre-Val de Loire (+ 16 %), l’Occitanie (+ 11,7 %), la Bretagne (+ 9,5 %) et la Normandie (+ 9 %).
Mais on aurait tort de prendre ces chiffres — et surtout celui de l’économie attendue de 10 milliards — au pied de la lettre. « Un calcul au doigt mouillé [qui est] sorti comme ça », a reconnu Vallini lors de l’émission « Envoyé spécial » (28/3). Qui a ensuite répété ce chiffre, « bien obligé d’assumer ». Mais il ne regrette rien pour autant, puisque, plaisante-t-il, « ça [lui] vaut de passer à la télévision ».
Et même plus d’une fois !
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.