Comme l'année dernière, j'ai assisté à l'édition 2019 du festival off de théâtre et de spectacle vivant d'Avignon. Ici, je vais donner mon avis sur le festival en lui-même. Pour lire mon avis sur les spectacles auxquels j'ai assisté, c'est par là.
Je refuse toujours d'assister au festival officiel (dit festival in) pour les raisons que j'évoquais l'année dernière : le prestige, la prétention et la haute culture, ce n'est pas pour moi.
J'adore toujours autant la parade (défilé dans les rues) qui marque le début du festival. C'est toujours un moment agréable et un bon endroit pour voir les comédiens défiler, faire des trucs hallucinants et distribuer des tracts. Mais, cette année, la parade n'a pas été ma seule source d'inspiration pour me rendre à des spectacles : conseil de collègues, marque-page publicitaire fourni par ma librairie préférée, parcours du catalogue numérique, etc. Les sources de pub se diversifient.
J'adore toujours autant que les rues de l'intra-muros s'animent avec des chants, des danses, des mini-spectacles sans prétention.
J'ai toujours beaucoup de mal avec le coût écologique des affiches placardées absolument partout en 20 exemplaires qui se décrochent à la première pluie. Une affiche pour un même spectacle par-ci, par-là serait suffisante. Certains trouvent que le bottin papier qui recense les spectacles est tout aussi inutile, mais je ne suis pas de cet avis : en en déposant un dans les lieux de vie en commun (la salle de pause de ton lieu de taff, par exemple), ça permet de toucher des gens qui n'auraient pas fait la démarche de consulter le catalogue numérique. Là, le catalogue papier est sous leur nez. Certains y jettent un coup d'œil et se laissent tenter.
J'ai toujours vraiment beaucoup de mal avec la distribution de tracts dans la rue. Il est toujours impossible de faire 50 mètres sans se faire interrompre. Je ne suis pas toujours disponible pour recevoir ces tracts : des fois, je réfléchis, d'autres fois je divague, et encore d'autres fois, je suis pressé.
Comme l'année dernière, je confirme que, durant le festival, tout lieu devient un lieu de représentation. Cette année, j'ajoute à ma liste le gymnase d'un collège-lycée, un appartement et un bar. L'année prochaine, je découvrirai peut-être que même une cave peut accueillir une représentation, qui sait ? :P
Je confirme qu'il faut arriver au moins 30 minutes avant le début d'un spectacle, car, même si t'as réservé ta place, comme elle n'est pas numérotée (sauf exception), cela permet d'avoir une très bonne place dans la file d'attente et donc de pouvoir choisir ton siège. C'est important si tu souhaites être au premier rang car t'es malvoyant ou malentendant, par exemple. Sans compter que, dans de nombreux théâtres, des sièges ont des angles morts avec la scène (pilier, etc.). Dans certains théâtres, il faut se méfier des deuxième et troisième rangs qui sont à la même hauteur que le premier, ce qui signifie que, si t'es petit et que tu t'y installes, tu vois essentiellement des têtes.
Un truc que je n'avais pas percuté l'année dernière, c'est que ce festival est aussi celui des spectacles vivants. Ça veut dire qu'il ne s'y joue pas que des pièces de théâtre, mais aussi des conférences gesticulées, des spectacles de magie, des monologues comiques, de l'humour seul en scène, etc.
Deux conseils utiles. Le premier, c'est de toujours prêter attention à la date de début et de fin d'un spectacle, car certains spectacles ne sont pas joués durant toute la durée du festival. De même, il faut prêter attention aux spectacles qui sont joués seulement les dates paires ou impaires. Attention : ce n'est pas les jours (lundi = impair, mardi = pair), mais bien les dates (16 juillet = paire, 17 juillet = impaire). C'est logique, dimanche = 7 et lundi = 1, donc il y aurait un couac, même si beaucoup de spectacles sont en relâche tous les lundis. Le deuxième conseil, c'est que les places vendues via le web (sur BilletReduc, par exemple), ne permettent pas toujours l'accès à la salle de spectacle : il faut parfois les échanger sur site avant la représentation.
Compte-tenu de l'affluence imprévisible (des spectacles "intellos" sont complets en semaine et en fin de semaine, des divertissements sont complets en semaine mais pas en semaine et inversement, des divertissements en soirée sont parfois moins complets en semaine qu'en fin de semaine, etc.), il est très recommandé de réserver ta place. Cela se fait en présentiel ou par téléphone. Dans les deux cas, il faut donner un nom et un numéro de téléphone. Il faut aussi donner son nom pour qu'il soit imprimé sur le ticket d'entrée. Je déteste donner ce type d'information. On ne sait pas à quoi ça sert (n'importe quel identifiant temporaire, genre un nombre imprévisible, ferait l'affaire, et, dans le cas du nom imprimé sur le billet, c'est pour une éventuelle réclamation ou un désistement, m'a-t-on dit, ce qui me convainc qu'à moitié) ni ce qui sera fait de ces infos (dans un futur plus sombre, j'ai pas forcément envie que l'on ait des traces qui disent à quels spectacles j'ai assisté) ni combien de temps elles seront conservées. Bref, je trouve que c'est très limite vis-à-vis de la loi de 1978 sur les fichiers nominatifs (et du RGPD, si l'on veut paraître moderne). J'ai choisi de ne pas réserver et de retenter ma chance en présentiel, encore et encore et encore. L'inconvénient, c'est que c'est extrêmement chronophage et sans garantie de résultat. Quand je n'avais plus trop le choix, j'ai demandé s'il était possible de réserver puis d'acheter une place sans donner de nom. La réponse est très majoritairement négative. Alors, j'ai décidé de donner un nom d'emprunt (et pas de numéro de téléphone), généré au pif, différent à chaque spectacle afin qu'on ne puisse pas recouper les différents spectacles auxquels j'ai assisté. Attention à ne pas utiliser l'identité d'une personne que tu connais, sinon c'est de l'usurpation d'identité, ce qui est interdit. (J'avais aussi pensé à donner les quatre premières lettres du résultat de la fonction mathématique sha256 avec mon pseudo et le nom du spectacle en arguments. Exemple : echo -n 'GuiGui-LPEAMC' | sha256sum | head -c 4 soit e2c9 pour ce spectacle. Un mélange entre un pseudo et le nom d'un spectacle permet de garantir que le pseudo que je donne est différent à chaque spectacle, ce qui empêche de recouper les spectacles que j'ai vus… Sauf que comme je suis le seul à utiliser cette méthode, il est en fait extrêmement facile de me tracer). À ceux qui voudraient me dire que tout ça sert à rien puisque je publie ici-même la liste des spectacles auxquels j'assiste. D'abord, rien permet à qui que ce soit d'affirmer que je publie la liste complète. ;) Ensuite, dans des temps plus sombres, je publierai rien, mais il faudra que la possibilité d'assister à des spectacles sans donner son nom ait perduré, et on la fait perdurer en étant majoritaire à ne pas donner son nom dès aujourd'hui. Enfin, mon audience ici n'est pas forcément identique à celle que je cherche à éviter. Ce n'est pas parce que je parle de quelque chose à un cercle (famille, amis, collègues, lecteurs de mon shaarli), que j'ai envie que l'info déborde du cercle dans lequel je l'ai rendu publique. Sans compter qu'ici, je bénéficie d'un pseudonymat tout relatif.
L'avantage de mon comportement décrit au point précédent est que ça permet de créer des liens. Je pense à cette guichetière qui m'a appliqué le tarif OFF (alors que je n'ai pas la carte de réduction, car, là aussi, il faut communiquer une identité…) après m'avoir vu tenter plusieurs fois d'obtenir une place. Je pense à cette autre guichetière qui avait sorti une place du lot en vente ce soir-là, car elle supposait que j'allais encore re-re-re-tenter ma chance ce soir-là. Je pense à ces guichetiers qui ont monté un petit sketch comique "‒ ha, tiens, monsieur je-n'ai-pas-de-nom, tu penses qu'il a réservé cette fois ? ‒ Ha bah non, tu penses bien. ‒ Ça va être le running-gag de l'été. ‒ je peux peut-être prendre un pseudo. ‒ waaaah t'es trop ouf de lui avoir demandé un pseudo". :D
Dans la continuité, je conchie les théâtres suréquipés en caméras de flicage vidéo et/ou équipés en agent de sécurité privés qui fouillent les sacs. Je ne supporte pas ce monde où l'on suspecte tout le monde en permanence et dans lequel on souhaite se protéger de tout le monde en permanence. Je pense au théâtre du train bleu et au théâtre des carmes (oui, le théâtre qui a vu naître le festival OFF…), par exemple. Le nom d'un troisième théâtre m'échappe… Je le rajouterai quand ça me reviendra.
Dans l'un des rares lieux de représentation où les places sont numérotées, un spectateur plutôt âgé expliquait que les places numérotées, c'est trop bien, ça évite de devoir galoper et d'attendre entre les spectacles. Il préconisait une généralisation de ce système, avec choix du siège durant la réservation sur le web. Je suis fasciné par la capacité des gens à trouver quelque chose de génial dès lors qu'il y a un bout de technologie au milieu, comme si sa seule présence avait le pouvoir de tout rendre fantastique et de résoudre magiquement les problèmes de fond. Si tu leur créais un site web qui désigne les prochaines victimes de viol, ils te diront que le viol c'est trop bien. Perso, les places numérotées ne me tentent pas. Quid des réservations qui sont annulées ? Cela me prive d'une meilleure place qui est pourtant libre le jour J. On m'a vendu une place numérotée sur un zoli schéma… qui évidemment ne mentionnait pas les gros piliers qui empêchent de voir la scène depuis certains sièges ni le fait que les deuxièmes et troisièmes rangs sont à la même hauteur que le premier (coucou les têtes du premier rang si t'es petit) ni le bout de scène qui sera réellement utilisé par l'artiste (alors que, de visu, tu le devines en fonction des objets présents sur scène). Bref, si un schéma n'est pas la réalité, il est en revanche la porte ouverte à des entourloupes commerciales. Quid du flicage ? Je n'ai pas envie d'utiliser un site web de réservation (voir ci-dessus pour les raisons, sans compter que ça peut tomber en panne, que ça exclu les personnes non-équipées, et que c'est abstrait alors que j'aime les échanges de main à main) ni qu'il associe mon numéro de carte bancaire, mon identité et d'autres infos à un siège précis, infos qui seront connues par une tripoter d'acteurs techniques… Enfin, je trouve qu'attendre avant un site web est plutôt agréable. C'est un mec impatient qui écrit ça ! Ça permet de se vider l'esprit, de se préparer au spectacle, etc.
Quand tu n'as pas réservé, ça sert à rien de t'enregistrer sur la liste complémentaire. Tu pourras acheter les places seulement quand tout le monde (ou presque) sera entré dans la salle de spectacle. Donc, tu auras une place pas top : dans les escaliers, angle mort avec la scène, etc. De plus, quand tu arriveras dans la salle, le spectacle aura souvent commencé.
Au guichet de certains théâtres (et autres lieux de représentation), il est possible d'acheter directement ta place pour une date future sans réservation préalable. Je parle bien d'une vraie place, pas d'un ticket échangeable le jour J. Normalement, elles sont mise en vente en présentiel 45 minutes - 1 heure avant le début de la représentation. Néanmoins, on m'a vendu une place pour une représentation qui avait lieu deux jours plus tard dans un cas, et une semaine plus tard dans un autre cas. J'ai aussi essuyé des refus ("en vente 1 heure avant uniquement"). Bref, il ne faut pas hésiter à demander…
Je constate que les gens assistent à des spectacles engagés. Exemples : la salle qui accueillait une représentation du Discours de la servitude volontaire peut contenir 49 personnes et elle a été complète tous les jours. Plus d'un millier de personnes ont donc assisté à ce spectacle. Même chose pour un spectacle de vulgarisation de raisonnements philosophiques dont la salle peut accueillir 149 personnes. Ça permet de nuancer l'idée reçue selon laquelle les gens voudraient seulement consommer du divertissement.
Dans les banalités, je me suis fait reconnaître par des artistes. Forcément, assister à deux de leurs spectacles deux années de suite… :D
À l'année prochaine ?
J'ai un serveur distant avec tout son disque dur chiffré à l'exception de /boot. Il a un uptime plutôt élevé. Je souhaite le redémarrer afin d'appliquer les mises à jour de sécurité (du noyau, des librairies, etc.). Comme à chaque fois, une inquiétude m'envahit : quelle est la phrase de passe qui permet d'ouvrir ce conteneur et donc de démarrer le serveur, déjà ?
Il suffit d'utiliser la commande cryptsetup luksOpen --test-passphrase /dev/<PARTITION_CHIFFRÉE>. Une mauvaise passphrase affichera « Aucune clé disponible avec cette phrase secrète. ». Une bonne phrase de passe (il peut y en avoir plusieurs, c'est un des principes clés de LUKS) arrêtera le programme avec un code retour égal à zéro. Le manuel expose bien que le conteneur ne sera pas activé / ouvert, donc c'est sans risque.
On peut vérifier que la console distante (VNC, KVM, etc.) est accessible et qu'elle permet bien la saisie de tous les caractères de notre passphrase (azerty OK ? Chiffres OK ? Caractères non alphanumériques OK ?) puis on peut redémarrer ce serveur avec l'esprit tranquille. \o/
Déjà 10 ans… On notera que Youtube a été plus fiable que le site web officiel pour conserver ces vidéos dans la durée…
Je n'arrive pas à retrouver une chanson à la guitare sans prétention (juste un gars devant sa webcam) qui moquait le « casse-toi pauv' con » de 2008. Quelques-unes des paroles : « Casse-toi pauv' con, c'est moi l'patron […] J'parie que t'as pas voté pour moi […] T'es qu'une grosse tache avec tes vaches, t'es qu'un bouffon, avec tes moutons […] Je suis le président des fran… chouillards ». Si quelqu'un a ça sous la main, je prends.
Ce que je retiens des clips qui déchirent :
« J'ai fait des promesses à tour de bras, j'ai promis plus de pouvoir d'achat… et de ce côté-là, pour moi, ça va, je vous remercie. J'ai promis qu'ensemble, tout d'viendrait possible. Aujourd'hui on est dans une merde invisible. Comme quoi, tu vois bien que c'était possible. […] C'est moi le boss, c'est moi le big boss, c'est moi le roi, le king, le king of bling bling […] Moi j'ai pas de pétrole à t'filer, ha non, j'ai juste des potes dans le BTP, ceux qui ont fait des bottes en béton, oui, au mec qui m'a traité de p'tit garçon. Dans ce job, faut maîtriser sa communication. Savoir manier l'bâton, savoir noyer l'poisson. Et pour ça, j'trouve que l'ORTF avait du bon. Maintenant, à la tête de France télévisions, ce sera un ministre de l'information et si ça te plaît pas, ça bah regarde autre chose, pauv'con ! […] »
« Vous avez peur de la guerre ? Bah moi je ferai la guerre à la guerre. Vous voulez la paix ? Alors je ferai la paix à la paix. Vous voulez de l'amour ? Alors je ferai l'amour à l'amour. Et à ma femme aussi sinon elle va gueuler. Bref, j'ai compris, vous voulez un monde meilleur. Alors suivez-moi ! Has been the king of the meilleur world ! C'est moi l'boss, c'est moi l'boss, c'est moi l'big boss. Mais non, t'as rien compris, je suis le mega boss, le super boss, moi. […] Le Stabilo beau gosse. […] Tellement brillant que j'suis fluo. […] T'es le roi, le king, tu fais du training, tu fais des brushings, tu fais du Carla Bruning. Pour vous sortir de la dépression, hé bah moi j'ai la solution : ça sera prozac si t'es ruiné et champagne si t'es blindé. Sinon, franchement, y'a d'quoi s'flinguer. D'ailleurs, j'vends des armes si vous voulez. Certains m'accusent de braser de l'air. Alors ça, c'est extraordinaire. Et pourtant, c'est bien en faisant du vent qu'on lutte contre le réchauffement, non ? Quoi ? J'ai dit une connerie, là ? Pour que le monde soit plus propre, il faut trier vos candidats. La poubelle rose, mettez Ségo, la poubelle rouge, pour Besancenot, et pour moi ? Hé bah je préfère les Mercos. C'est vrai, la planète se réchauffe. Comme ça, c'est tout le temps Ibiza ! Bon, Ok, pour la banquise, c'est chaud, ça pourra pas durer comme ça. Qui s'occupera de la glace ? Me ! Qui s'occupera des phoques ? You ! Le monde, c'est Nico bling bling bling, mes potes, c'est l'patronat, on fait du marketing, pas comme les syndicats. Hé tu vois bien que notre monde est grillé et que maintenant, on l'a tous dans l'cul. Mais t'en fais pas, ça va aller. Ben ouais, j'ai toujours eu une chance de cocu. Sinon, je vous préviens, ça va brûler comme dans un barbecue. […] Il faut quitter la planète Terre. Et ma Rolex que je t'en trouve une autre, hein. On plantera des BM, on f'ra pousser du kérosène. Quoi, j'ai encore dit une connerie, là ?! Je vais sauver vos âmes, I am the only one. Et pour ça j'ai une arme, ma fusée Air Force Oim. L'argent, les femmes et le pouvoir. J'vais y arriver et vous savez pourquoi ? Yé suis Nico Montana et yé vous… embête ! »
MODIF du 01/01/2026 : Gajim permet désormais de configurer la durée de conservation des historiques. Menu Comptes => Modifier le compte… => choisir son compte => onglet Confidentialité => Conserver l'historique de discussion. Quand je l'ai défini à « 1 an », Gajim a bien immédiatement effacé automatiquement les historiques plus vieux. Évidemment, pour récupérer l'espace sur le support de stockage, il faut VACUUM soi-même. FIN MODIF du 01/01/2026.
date -d 'AAAA-MM-JJ' '+%s'. Exemple : date -d '2019-01-01' '+%s' ;sudo apt-get install sqlite3 ;sqlite3 ~/.local/share/gajim/logs.db .dump > sauvegarde_conversations_gajim.sql ;Nettoyer la base de données des conversations Gajim :
$ sqlite3 ~/.local/share/gajim/logs.db
sqlite> DELETE FROM logs WHERE time < <TIMESTAMP_OBTENU_À_LA_PREMIÈRE_ÉTAPE> ;
sqlite> DELETE FROM unread_messages WHERE message_id NOT IN (SELECT DISTINCT(log_line_id) FROM logs) ;
sqlite> VACUUM ;
sqlite> .exit
Un livre qui expose le mal-être, la dissolution et les désastres de nos sociétés occidentales, qui leur oppose une insurrection comme remède, et qui documente le processus révolutionnaire qui encadre cette insurrection. J'ai lu ce livre par esprit de contradiction. Durant le procès judiciaire du groupe dit de Tarnac, L'insurrection qui vient, ainsi que d'autres écrits (tracts, brochures) retrouvés chez les ex-accusés, avaient été retenus comme des éléments à charge. J'ai toujours trouvé ça choquant : en dehors des injures, de la diffamation, de l'appel à la haine, etc. qui peuvent éventuellement faire l'objet d'un traitement différencié (et encore…), je pense qu'il faut juger sur des actes et non des paroles. Voilà pour quelle raison je me suis procuré un exemplaire de ce livre. Le bout de phrase portant sur le sabotage des réseaux de transports qui a fait grincer les dents des enquêteurs est une goutte d'eau dans l'océan de ce que les auteurs préconisent de frauder, de paralyser, et de saboter. Faut-il se servir de cet écrit pour tenir le groupe responsable de tous les actes litigieux se déroulant à leur proximité immédiate ? Le jugement définitif du groupe dit de Tarnac expose que l'on ne peut pas condamner une personne pour ses écrits. Si, ci-dessous, je parle « des auteurs », ce n'est pas tant que je connais ce que recouvre le terme « Comité invisible » (une personne ? Plusieurs?), mais plutôt que j'applique mon préjugé selon lequel un comité est un groupe, donc plusieurs personnes.
La première grande partie de ce bouquin, consacrée à l'analyse des maux qui rongent notre société a rien d'original : l'analyse est plus radicale (elle cherche et attaque la racine des problèmes) et les mots sont plus affûtés, mais le constat dressé est habituel chez l'ultragauche. Gros résumé : nous n'avons plus de projet commun, nous n'avons plus de langage issu d'expériences communes (notamment de luttes), donc nous ne formons plus une société.
Nous sommes devenus des VRP de nous-mêmes : individualisation, personnalisation marketing, affirmation de nos différences. Cette injonction à être quelqu'un (plutôt qu'un collectif) entretient la faiblesse individuelle qui justifie encore plus l'injonction qui justifie une réponse marketing (te faire croire que t'as besoin de béquilles afin de te les vendre, en somme). Nous nous produisons même nous-même : s'entraîner à sourire pour un entretien d'embauche, se blanchir les dents pour avoir une promotion, sortir pour stimuler un esprit d'équipe, apprendre l'anglais pour booster sa carrière, participer à des stages de théâtre afin de devenir des leaders, pratiquer le développement personnel afin de parvenir à la stabilité émotionnelle. En réalité, chacun est lié à des lieux, à des gens, à des émotions, à des souffrances, à des ancêtres, à des langues, à des événements, à des idées, etc. qui ne sont pas de lui et d'où émerge le moi. En somme, le moi est un produit du collectif. Or, les lieux de vie et les relations sociales ont été brisés. Faut-il prôner la liberté de s'arracher à des communautés (famille, par exemple) ou la liberté de s'y mouvoir malgré les oppositions ? Forcément, les auteurs protestent contre la destruction des liens sociaux qui fait que nous sommes personne. Jusque dans l'amour où la pornographie est accusée de tuer notre imaginaire (et que dire des sites web de rencontre qui tuent la rencontre fortuite) et le couple de donner du réconfort "seuls contre tous, contre ce monde de merde" comme si l'amour se privatisait. Forcément, on énonce que la suite du capitalisme, c'est de reconstruire, à sa manière et à son image, les liens sociaux précédents détruits dont il a besoin et de les consommer.
Forcément, les auteurs récitent Marx (Le Capital existe même en version manga) : le capitalisme, c'est l'appropriation privée ou sociale de la plus-value générée par les salariés. C'est aussi la participation à une œuvre commune par des liens qui se tissent entre ceux qui coopèrent au sein d'un même carcan, celui de la production et sous la contrainte managériale. Le salariat est une méthode disciplinaire, comme l'école (voir ici pour les origines de l'école américaine, clairement orientée sur le contrôle social des ouvrières), la prison ou l'armée. Nous avons trop de biens et trop d'emplois sans aucune répartition. Nous-mêmes et les sociétés commerciales érigeons la compétition et la sélection comme un idéal… mais attention, seulement quand chacun à des chances égales, sinon il faut sévir (restreindre artificiellement la concurrence, comme le désirent les mutuelles, par exemple). Récompenser le mérite… seulement quand les chances sont égales, c'est un non-sens.
Forcément, le Comité passe au vitriol les divertissements qui permettent, par le confort, de tuer dans l'œuf les envies de révolte. Les auteurs rappellent que les flics protègent les dominants. Ils rappellent tout autant que la finance (que les auteurs assimilent sans nuance à l'économie…) est incomprise, même par ceux qui la font tourner (on pense aux propos d'Alan Greenspan, ancien président de la réserve fédérale des États-Unis en 2008). Forcément, le Comité tacle les bobos qui communient dans l'illusion d'une humanité retrouvée en buvant leur thé, en parlant ni trop fort ni trop faible, en étant politiquement incorrect juste comme il faut, en binant la terre d'un jardin de quartier avant d'aller regarder un film d'animation. Forcément, on conteste la forme suprême de la civilisation que représenterait l'État-Nation. Forcément, les auteurs dissertent sur la métropole, cette ville que l'on ne cesse de débarrasser de ce qui gêne (saleté, SDF, squats, immigration, contestation, lieux de vie réellements dissidents, etc.). Les ambiances sont prédéfinies. Les rencontres fortuites sont évitées. L'uniformisation des infrastructures est triste mais permet le contrôle de la ville par les flics. Tout est valorisable, tout doit être du patrimoine. Que dire des mégalopoles, dans lesquelles un individu est un parmi des millions… Forcément, le Comité tacle la mobilité professionnelle qui déracine par le déménagement (on retrouve ici la pensée de la philosophe Simone Weil selon laquelle le déracinement met en incapacité de penser et d'agir ou qu'il met en capacité de déraciner toujours plus d'humains - ce qu'elle constate chez les Romains ou l'Allemagne prolétarienne pré-Hitler -). On est arraché au présent et à l'ici par les transports et les technologies de la communication, donc on s'en fout de créer du collectif en un point donné. On aménage son intérieur pour fuir l'infrastructure des villes, pour transporter son petit monde, pour se donner un sentiment de contrôle (on retrouve cette idée du contrôle par la personnalisation chez Damasio). Forcément, enfin, les auteurs dénoncent les platitudes comme « revaloriser les aspects non économiques de la vie » et la pensée moderne qui consiste à contenir les affirmations, à contester les incertitudes et à faire croire que tout est relatif à coup de « c'est ton avis ». Il s'agit là du meilleur moyen de contrôle possible.
L'écologie ou la décroissance (les décroissances, en fait), ou la croissance 0 poursuivent un même objectif : il faut consommer peu afin de pouvoir continuer à consommer. Il faut produire bio afin de pouvoir continuer à produire. Il faut s'auto-contraindre afin de toujours contraindre. L'écologie est la nouvelle idéologie coercitive : il faudra se serrer la ceinture pour elle, se sacrifier pour elle, et les dominants s'autoriseront tout en son nom.
La deuxième grande partie de ce livre expose le processus d'une insurrection désirée par les auteurs.
À ceux qui trouvent que ce qui précède est violent, je recommande la lecture suivante : comment la non-violence protège l’État : essai sur l’inefficacité des mouvements sociaux. À celles qui trouvent que tout ce qui précédait est choquant, je recommande la lecture de la Constitution du 24 juin 1793 dont l'article 35 stipule « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. ». Cette Constitution n'a pas été appliquée, mais elle illustre que des personnes ont déjà conçue l'insurrection comme un droit des humains.
Notes diverses :
Je recommande la lecture de ce livre, même si je trouve que le discours est râpeux, complexe et plein de sous-entendus. Je ne pense donc pas que le livre se suffise à lui-même : il faut une certaine connaissance des idées dites de l'ultragauche pour l'aborder.
Ce livre fait partie d'une trilogie avec À nos amis et Maintenant.
Un livre qui traite du lien entre les décisions techniques, économiques et organisationnelles prises par les acteurs de l'Internet et les droits humains, et, plus généralement, la manière dont nous faisons société (ce que le terme galvaudé « politique » signifie). Ceux que ça intéresse peuvent regarder les vidéos des dissertations orales de l'auteur sur le même sujet : à Radio France (mes notes) et lors de la JCSA 2018. Plus d'infos sur l'auteur et les débuts d'Internet en France.
Contrairement à d'autres, l'auteur défini les termes de la causerie. Les droits humains sont ceux de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948. Internet est l'interconnexion de plusieurs réseaux informatiques physiques propriétés d'acteurs différents qui doivent se mettre d'accord entre-eux même s'ils n'en ont pas toujours envie et que leurs intérêts divergent.
Ce bouquin est découpé en deux parties. La première explique, de manière très pédagogique, le fonctionnement technique de l'Internet, des câbles dans les trottoirs et les océans aux applications, les acteurs d'Internet et les organes de prises de décisions collectives. La deuxième partie présente des débats d'actualité et tente de les alimenter à l'aide de la culture technique acquise dans la première partie.
L'angle d'attaque de l'auteur est que chaque portion de la technologie, chaque technique impose des fonctionnements, en interdit d'autre, permet, facilite ou restreint l'exercice des droits humains. Les décisions techniques de construire telle ou telle architecture de telle ou telle manière, ou de programmer tel logiciel de telle ou telle façon ont des conséquences. Exemple ? Les logiciels disponibles dans la logithèque et les options activées par défaut dans les logiciels restreignent la liberté de choix de l'utilisateur. Autre exemple ? L'internationalisation c'est-à-dire la capacité technique d'utiliser ta langue, ton alphabet et de lire de droite à gauche, non seulement pour lire et rédiger des contenus, mais aussi pour nommer des services (noms de domaine), des gens (adresses emails) et lire des messages d'erreur, conditionne l'accès à la technologie et à ce qui en découle (savoir, expression, etc.). Autre exemple ? Dans un logiciel, faut-il implémenter une fonctionnalité de censure ou, au contraire, rendre le système le plus incensurable possible ? Autre exemple ? La possibilité technique de conserver des journaux des activités et le choix technique d'envoyer parfois plus d'informations que nécessaire (je pense au protocole web, HTTP) restreignirent le droit à la vie privée… mais facilite l'analyse de problèmes et la chasse aux activités illégales. Dernier exemple ? Le débit asymétrique entre le citoyen et son FAI (choix politique suite à une contrainte technique) qui entraîne le déport de contenus auprès d'autres acteurs (choix technique) qui lui-même entraîne des problèmes de facturation entre les opérateurs, ce qui entraîne des choix techniques douteux (filtrage, bridage, priorisation, etc.). Certains des exemples précédents sont de mon cru, pas de l'auteur.
Autre point de vue de l'auteur : on a rien sans rien, les droits humains eux-mêmes s'opposent parfois les uns aux autres, donc il faut faire des compromis. Échange pair-à-pair ou vie privée (l'IP apparaît dans les échanges) ? Utiliser des services mutualisés par une petite structure (email, framapiaf, searx, etc.) masque l'IP… mais ce sont des services centralisés. Les options par défaut restreignent les utilisateurs avancés, mais permettent l'utilisation du produit ou du service par plus de monde. L'absence de sécurité (notamment dans les appareils connectés) réduit le coût de production, facilite l'utilisation des produits, mais représente un danger pour l'utilisateur (fuite de données personnelles sensibles) et pour la communauté (attaques par déni de service). La dématérialisation de Pôle Emploi permet d'agir tout le temps depuis partout (ça facilite l'exercice des droits), mais ça exclu les illettrés du numérique et les exclus d’un accès décent à Internet (ça complique l'exercice des mêmes droits). Certains des exemples précédents sont de mon cru, pas de l'auteur.
Quelques-uns des thèmes abordés : non-neutralité de la technique, internationalisation, censure, chiffrement, nommage, neutralité du net et des intermédiaires, sécurité, centralisation ou pair-à-pair, rémunération des créateurs de contenus, vente de ses données personnelles, gouvernance (mécanismes de prise de décisions qui affectent des acteurs aux intérêts divergents en dehors des institutions et du formalisme établis), régulation, etc.
Le résumé des différentes opinions au sein de l'IETF au sujet de « faut-il que les droits de l'humain soient inclus dans l'architecture d'Internet ? » est intéressant. Première réponse : non, car les droits humains ne sont pas absolus (les machines ne peuvent pas appliquer quelque-chose d'aussi flou), il y a d'autres outils pour ça, il ne faut pas formuler de fausses promesses (on ne peut pas garantir techniquement la protection de la vie privée, par exemple), et il est parfois nécessaire d'enfreindre des droits humains (Résistance, par exemple). Deuxième réponse : les acteurs de l'Internet ont un pouvoir, donc la responsabilité morale de faire appliquer les droits humains. Troisième réponse : à défaut de pouvoir forcer le respect des droits humains, il faut considérer Internet comme un bien commun protégé au même titre qu'un parc naturel et tout mal qui y est fait doit être sanctionné. Quatrième réponse : on n'est pas sûr des conséquences des protocoles Internet sur les droits humains, il faut collecter des infos et réfléchir. Cinquième réponse : Internet crée de nouveaux droits en lui-même (vivre sans accès à Internet aujourd'hui réduit la liberté d'action).
Je recommande vivement la lecture de ce livre, car il permet de comprendre la technique et les enjeux autour d'Internet. Même les hackers-geeks-nerds-deLaMortKiTue et les professionnels de la profession, quel que soit leur grade, devraient le lire afin de vérifier leurs connaissances, voir de s'ouvrir l'esprit sur certaines thématiques. Le style est sobre (on n'est pas en présence du prix Goncourt, en somme), mais les phrases courtes sont adaptées à la pédagogie. Le ton est dynamique (fun/décontracté, écriture inclusive lisible) et le franc-parler habituel de l'auteur est au rendez-vous, ce qui ne donne pas l'impression de lire un grimoire du 12e siècle et ça, c'est fortement appréciable. Un nombre plutôt élevé de fautes ternissent la lecture, mais elles ont été corrigées dans les réimpressions.
Quelques notes :
Sur son blog, l'auteur expose ses raisons d'écrire un livre plutôt que des articles de blog et il détaille ses choix techniques compte-tenu de l'environnement multi-acteurs de la rédaction d'un livre (séparation texte, sémantique et mise en forme). C'est suffisamment rare pour être instructif.
Un livre qui réfute la tactique de la non-violence comme seule méthode utilisable dans une lutte. L'auteur ne prône pas la violence à tout prix, mais l'idée qu'il ne faut pas s'en priver. Ce livre a été écrit en 2007 par un auteur âgé de 25 ans et traduit en français en 2018, ce qui explique qu'il manque des exemples de luttes récentes. Je ne sais plus par quel canal j'ai eu connaissance de ce livre, mais il m'a intéressé, car la non-violence est au cœur des combats climatiques français de ces dernières années et, à la vue des images de l'oppression policière subie malgré tout par ces pacifistes (exemple), je m'interrogeais sur la pertinence d'une telle stratégie. Le débat activisme violent contre activisme non-violent n'est pas nouveau : il émerge dans les années 1960 (on en trouve même trace dans la chanson Cheveux longs et idées courtes de notre Jojo national) avant de prendre son envol dans les combats climatiques au début des années 2000.
Avant de commencer, il faut constater que personne est d'accord sur la signification des mots. Qu'est-ce que la violence ? Comptabilise-t-on uniquement la violence physique ou psychologique ? Comptabilise-t-on la violence contre des objets (une vitrine, par exemple), car après tout, elle exerce une violence psychologique sur le propriétaire de l'objet ? Si l'on prend en compte tout ce qui blesse ou provoque une douleur, alors un accouchement est violent. Si l'on prend en compte uniquement ce qui ne serait pas naturel et résulterait d'une décision de l'homme, on rappelle que la nature est violente (exemple 1, exemple 2, via SebSauvage), donc que ça ne tient pas. Si l'on examine les considérations morales des conséquences, alors ce qui est violent dépend de la morale du jour et de chacun (certains trouvent violent de payer des impôts, qu'ils assimilent à un vol organisé), et alors l'échec de la non-violence à faire stopper la violence des dominants peut également être interprétée comme de la violence. L'auteur se gardera bien de préciser quelle définition il retient… Deuxième terme, qu'est-ce que l'efficacité d'une lutte ? Là encore, c'est subjectif. L'auteur considère que le combat pour l'indépendance de l'Inde est inachevé car l'Inde est toujours le terrain de jeux de multinationales occidentales. Même chose pour le combat pour les droits civiques des Noirs aux USA : l'égalité complète n'est toujours pas acquise. L'auteur étant anarchiste, tant qu'un combat non-violent n'est pas parvenu à éliminer totalement une oppression, alors il est vain. En revanche, l'auteur félicite n'importe quelle avancée d'une lutte armée, quand bien même son résultat est mitigé ou temporaire (l'exemple le plus frappant concerne les Brigades rouges auxquelles l'auteur attribue la réintégration du Parti Communiste au gouvernement - ce que ne voulaient justement pas les BR -, et quelques avancées sociales alors qu'elles étaient d'époque dans toute l'Europe de l'Ouest).
Le premier argument de l'auteur est que les pro-non-violence falsifient l'histoire en omettant l'impact des luttes armées conjointes à des mouvements pacifiques. Ainsi, les causes auraient triomphées uniquement grâce à la capacité de leurs défenseurs de souffrir avec dignité. On attribue l'indépendance de l'Inde à la seule non-violence de Gandhi, en oubliant la lutte armée parallèlement conduite par l'Hindustan Socialist Republican Association (dont Bhagat Singh et Chandra Shekhar Azad étaient membres). On attribue la signature des traités de non-prolifération d'armes nucléaires aux manifestations pacifiques en oubliant les groupes qui ont commis des attentats comme Direct Action au Canada ou Marco Camenisch en Suisse. Quand on parle du combat pour les droits civiques des Noirs aux USA, on mentionne Martin Luther King en oubliant le Black Panther Party, la Black Liberation Army et des événements comme celui du 7 mai 1963 (et jours suivants) à Birmingham (3 000 Noirs se révoltent contre les violences policières, jettent des projectiles sur les flics et saccages leurs voitures. Après des semaines, la fin de la ségrégation dans les magasins de la ville est décrétée et la Civil Rights Law est votée). Quand on évoque le combat pour faire cesser l'apartheid en Afrique du Sud, on oublie que le prétendu pacifiste Mandela soutenait la lutte armée et qu'il a été impliqué dans des attentats à la bombe et la préparation d'un soulèvement armé. Quand on parle de la guerre au Vietnam, on pense aux gigantesques rassemblements aux USA pour la faire cesser et aux nombreux objecteurs de conscience, en oubliant l'efficacité au combat des viets, les mutineries (assassinats à la grenade d'officiers, sabotages, émeutes, etc.) au sein de l'armée américaine (le Pentagone a estimé qu'environ 3 % des officiers envoyés au combat ont été tués en interne…)., les 174 plasticages de campus universitaires en 9 mois, et les prises d'assaut de camps d'entraînement de l'armée et d'offices du gouvernement. Quand on évoque la deuxième guerre mondiale, on oublie le sabotage des usines et des trains, la révolte aux camps de Treblinka , Sobidor (qui seront fermés suite à ça), Auschwitz (un four crématoire y est détruit en octobre 1944), et la lutte armée dans les ghettos de Varsovie et de Bialystok durant des semaines qui contribuèrent à occuper l'armée nazie déjà à la peine sur le front de l'est). L'auteur égraine d'autres exemples. Bref, les grands événements mélangent tactiques violentes et non-violentes et il est difficile de dire quelles tactiques ont fait pencher la balance (s'il y a en…). Je retiens que, dans un débat, chacun, y compris l'auteur, choisi les détails des événements afin de l'emporter. Je préfère en retenir que la réalité est complexe et qu'il faut décortiquer chaque exemple énoncé à la va-vite.
Le deuxième argument est que les quatre grandes stratégies non-violentes ne fonctionnent pas (plus ?).
Le troisième argument est que la non-violence est l'un des mécanismes de défense des privilégiés. Par privilégiés, l'auteur désigne l'État, et les hommes occidentaux, ceux qui ont une petite vie tranquille basée sur une violence structurelle qu'ils ignorent. Pourquoi accepter la violence systémique et établie des dominants et refuser celle des opprimés ? Le but de ce baratin est de pacifier les opprimés afin de maintenir sa situation, ses privilèges. Ainsi, l'opprimé se voit intimer l'instruction d'attendre que les contestataires privilégiés atteignent une masse critique (car la protestation pacifique repose sur le nombre) pour être sauvé (on reconnaît le triangle dramatique). S'il veut, il peut distribuer des tracts et organiser des manifestations pour attirer la sympathie des privilégiés… Cela n'est pas accessible à ceux qui sont déjà exclus du système (exemple : employées qui enchaînent des boulots de misère donc qui disposent de peu de temps libre). Ceux qui utilisent la violence malgré ces bons conseils ne recevront pas les labels "bon Noir", "gentille femme" (qui fuit son mari violent alors que ça devrait être à lui de fuir), "bon citoyen", etc. qui leur octroieraient l'acceptation sociale. C'est moralisateur, paternaliste et ça participe à contrôler un mouvement (comme le Liberation Support Movement le fit, durant le combat pour les droits civiques des Noirs aux USA, en propageant l'idée que la violence n'est pas la solution). C'est en cela que le refus des moyens de lutte d'autrui quand ils sont violents protégent les dominants dont l'État, en privant les opprimés de légitimité. Tous les individus ou groupes sociaux n'ont pas la liberté de choisir la non-violence, car cela dépend du contexte à un instant T, chaque lutte étant unique : conseiller de désarmer les Indiens d'Amérique face aux colons, c'pas forcément un plan ; des catégories sociales sont plus souvent exposer au faciès, etc. Vouloir propager des moyens de luttes conformes à l'image confortable qu'un privilégié se fait d'une lutte, donc apprendre à l'autre comment lutter, comment lui apprendre à apprendre, c'est prendre sa situation comme une généralité, c'est prendre la grille de lecture qui découle de sa situation comme applicable partout, tout le temps, en faisant fi des différences. L'anti-autoritarisme, c'est d'accepter que des gens rejoignent la cause avec leurs moyens de lutte. Exposer que la violence décrédibilise les femmes relève d'une analyse qui oublie les Amérindiennes, les suffragettes, le sabotage des raffineries par les nigériennes, etc. Associer la femme à la non-violence confirme un rôle social genré. De même, exposer que la violence enlève sa crédibilité au Noir, c'est confirmer son statut social d'homme bestial. De plus, l'État a besoin d'une opposition loyale pour se justifier (qui croirait que tout le monde puisse être d'accord avec un seul ?). Il tolère donc la critique qui ne le menace pas (pétitions, manifestations non-violentes avec itinéraire qui dérange personne, consultations, référendum, etc.). Exemple : en 2004, à New York, le maire avait distribué des badges aux manifestants non-violents. Ceux-ci donnaient droit à des réductions sur le prix d'hôtels, de bouffe, de spectacles. Mais dès que ça sort des rails, olala. La violence fait peur, car nous n'en avons plus l'habitude, car nous avons """"collectivement"""" acté et admis l'emploi d'autres moyens pour régler nos différends (justice, manifestations, etc.). Mais, quand ces conventions sociales de résolution des conflits, présentes dans nos sociétés, dans nos familles, dans nos associations, etc. sont vaines, il apparaît nécessaire d'en changer, de monter d'un cran, et de potentiellement surprendre grâce à la violence, sinon on reste englué dans une contestation agrée par l'État (ou par la famille, les amis, etc.), donc gérée par le dominant. Quand la violence n'est plus en faveur de l'État, elle est dénoncée par celui-ci, comme en Irak ou les USA faisaient publier des articles semblant être rédigés par d'autres Irakiens demandant la fin des guérillas. Ou comme la marche sur Washington de 1963 pour les droits civiques des Noirs où des "chefs" Noirs furent appelés à la rescousse pour calmer les esprits et acheter la manifestation (liste des banderoles autorisées, choses à faire ou non, etc.).
Enfin, l'auteur argumente contre des clichés répandus sur l'activisme violent.
Comment l'auteur envisage-t-il les luttes et le monde post-révolution ? Les luttes doivent être radicales (contrer la source du problème, pas les divers symptômes). Elles doivent faire disparaître toutes les oppressions. On peut envisager des structures locales fédérées à un échelon supérieur. Il faut limiter la hiérarchie et, si elle est nécessaire, avoir des rôles tournants en fonction des compétences. Les organisations sont temporaires durant la révolution. Il convient d'adopter une diversité de philosophies, de modes de vie, de stratégies, avec une diversité des tactiques, violentes comme non-violente, en fonction du contexte précis. Il ne faut pas réprimer les autres courants de pensée de peur de la concurrence, car cela relève de l'autoritarisme de notre culture occidentale. Il faut s'unir sur un objectif (fin du capitalisme, par exemple), plutôt que sur une stratégie ou le type de tactique (violente / non-violente). Il faut faire grandir graduellement l'acceptation des tactiques violentes et/ou radicales, sans fétichiser la violence ni faire croire que le choix est vote ou bombe. Après la révolution, l'auteur imagine des petites communautés humaines qui s'organiseront comme elles le souhaitent. Il faut qu'elles soient petites afin que les membres puissent être d'accord entre eux et ainsi éviter l'apparition d'une structure (l'État) qui force les gens à être d'accord par coercition.
Je recommande vivement la lecture de ce bouquin très documenté, même si le style est lourd (l'impression de ne pas lire naturellement… - est-ce l'effet de la traduction ? -), les répétitions nombreuses et les termes pas clairement définis (voir ci-dessus).
L'une des œuvres majeures de Marx, Le Capital adaptée en manga. J'en ai appris l'existence dans une vidéo des humoristes du Rire jaune, et je me suis dit pourquoi pas, ça peut être sympa, c'est original, tout ça.
Le Capital, c'est l'analyse du capitalisme comme modèle de production et de commerce. Le tome 1, le seul totalement rédigé par Marx (les autres ont été finalisés par son pote Engels qui s'est basé sur les notes de Marx) analyse la production capitaliste, c'est-à-dire comment de l'argent sert à produire… de l'argent. Le tome 2 analyse la circulation du capital (production -> commerce -> production, etc.). Le tome 3 analyse la reproduction de l'ensemble et la pagaille que ça génère.
Un bien a au moins deux valeurs. La valeur d'usage est subjective et dépend de nos besoins : un affamé accordera plus de valeur à un pain qu'à un diamant. La valeur d'échange se veut objective en représentant in fine la quantité de travail, donc de peine, nécessaire à sa production, car, in fine, tout est travail (la fabrication d'une machine-outil ou l'extraction d'énergies, c'est du travail) ou ressource naturelle. La faisabilité d'un troc dépend de la valeur d'usage : si je possède déjà le bien que tu proposes en trouzemille exemplaires, je ne vais pas accepter l'échange. Et puis, combien de sacs de riz équivalent à un ordinateur portable ? Ça dépend de la faim des interlocuteurs. Pour comparer objectivement les valeurs d'usage, il faut une valeur étalon. Ça pourrait être des sacs de blé, mais l'or est quand même plus pratique à transporter car il vaut cher (en valeur d'échange, car son extraction, nettoyage et affinage coûtent du travail), même en petite quantité. L'or devient le médiateur entre un acheteur qui veut acheter un bien sans posséder, sur l'instant, un autre bien qui intéresse le vendeur. Et si l'on pré-pesait la quantité d'or en amont afin de faciliter encore plus les échanges ? Bonjour les pièces de monnaie en or. La quantité d'or sur Terre est finie donc si l'on veut produire plus de pièces afin de permettre au plus grand nombre de personnes de commercer, la valeur d'une pièce augmenterait trop et empêcherait les échanges (on ne peut pas diviser la valeur d'une pièce en une infinité de pièces de valeur inférieure, impossibilité technique). D'autres métaux plus courants que l'or sont alors utilisés dans les pièces, car, ce qui compte, c'est la confiance / croyance partagée que cette pièce représente la valeur qui est gravée dessus (0,10 €, 2 €, etc.) même si la fabrication de cette pièce ne coûte effectivement pas le montant gravé dessus (en 2016, le travail nécessaire à la confection d'une pièce de 2 € coûtait objectivement 0,17 €). Ainsi, on oublie les valeurs d'usage pour tout évaluer avec une monnaie étalon qui mesure la valeur d'échange (ce qui est dommage puisqu'on oublie ce dont chacun de nous a réellement besoin). Les billets puis la monnaie scripturale (écriture virtuelle dans des livres de compte) est le prolongement de cela : l'espérance qu'une banque stocke, mais surtout honorera, la dette mentionnée sur le billet ou l'écriture et que ce montant représentera toujours la même quantité de biens au cours du temps (ce qui, en pratique, n'est pas le cas à cause de l'inflation, l'argent perd de sa valeur). Le but du jeu devient alors d'accumuler le plus d'argent afin d'être sûr de manquer de rien puisqu'il est échangeable contre tout bien ou service (ce qui n'était pas possible avec le troc puisqu'on ne savait pas ce qu'autrui accepterait en échange le jour J).
Dans ce contexte d'accumulation, comment se faire de l'argent sur tout ce qui est vendu ? Il faut bien le prendre quelque part… Les matières premières ont un coût qui finit par ne plus être négociable… Les machines outils ont une production constante indexée sur l'énergie fournie (qui, elle, a le coût d'une matière première). Il reste donc le travail. Un chameau consomme environ la même nourriture, quelle que soit la charge qu'il transporte, on a donc intérêt à le charger au maximum. Même chose pour un humain, ainsi le coût du travail diminue. On détruit le savoir-faire en utilisant, entre autres, la division horizontale du travail (un salarié contribue à un tout petit bout du produit final au lieu de sa globalité, donc il devient capable de produire très rapidement ce petit bout) et la division verticale du travail (ceux qui décident ne sont pas ceux qui font). Avec cette spécialisation, on obtient des ouvriers remplaçables que l'on peut mettre en concurrence. L'emploi perd de son sens, car le salarié ne sait pas vraiment à quoi sert ce qu'il fait, mais la productivité augmente (plus de biens sont produits sur une même période). L'employé remplaçable perd de sa valeur, ce qui diminue le coût du travail. On peut également mettre la pression sur les salariés afin qu'ils produisent plus en les menaçant de chômage. C'est donc l'exploitation salariale, le travail non-payé, qui génère la plus-value. C'est pour cela que l'on nous bassine sans arrêt avec la réduction du coût du travail. Pour remédier au problème, les salariés devraient recevoir le résultat de leur travail, le travail global, c'est-à-dire la somme du travail nécessaire et de la plus-value (et non leur unique force de travail nécessaire comme c'est le cas)… comme quand ils étaient artisans à leur compte. Si je résume : une société commerciale dans laquelle tous ceux qui y participent sont propriétaires, ont les mêmes emplois (ou à tour de rôle), et perçoivent une part égale des bénéfices (ce qui est assimilable au partage du résultat du travail) et qui ne cherche pas à grossir indéfiniment, mais à satisfaire une demande concrète n'est pas une société commerciale capitaliste ?
Le gain de l'exploitation humaine obtenu sur chaque bien est faible, donc, pour en vivre, il faut le reproduire massivement… C'est pour cela que la réduction du temps de travail est perçue comme une hérésie : produire la quantité de biens strictement nécessaire ou employer plus de salariés réduisent le gain. Pour ce faire, il faut vendre plus. Pour cela, on peut innover sans cesse, tromper le client (moins de matière pour le même prix, faire croire que la marque est plus importante que le produit pour en retirer du fric, etc.). Mais, la méthode la plus efficace est de produire plus en automatisant. Pour une même quantité de travail global, cela réduit le temps de travail nécessaire… donc ça augmente les profits. Si d'autres sociétés commerciales suivent le mouvement, les bénéfices diminuent, d'où l'intérêt des monopoles, du secret industriel, des nouveaux produits, de remplacer sans cesse les machines-outils par des plus productives, etc. L'automatisation augmente l'endettement. Et, surtout, l'investissement dans des machines réduit la rentabilité, c'est-à-dire les profits divisés par la somme du coût des machines et de la force de travail. Cet indicateur montre qu'il va être de plus en plus difficile d'engranger des profits, donc qu'il sera bientôt difficile d'investir dans l'appareil productif, ce qui rend la société commerciale vulnérable à la concurrence et au remboursement des prêts (bancaires ou actionnariaux ou obligataires). On ne peut pas réduire le nombre de machines car la productivité est basée dessus. En revanche, les machines réduisent la responsabilité des salariés donc la valeur de leur force de travail, ce qui maintient temporairement les profits (c'est vrai uniquement si le salaire est modulable facilement ou si le salarié est licenciable facilement, tiens, tiens)… Mais pour les augmenter, il faut faut pressurer les salariés… ou les licencier… ce qui, dans les deux cas, les empêchent de consommer par manque de revenus. Si cela se généralise, les biens produits ne trouvent plus d'acquéreur, c'est une crise de surproduction. Pour y survivre, il faut pressurer les salariés ou fusionner avec d'autres sociétés commerciales (afin de produire plus - un plus qui ne trouvera pas forcément preneur même si ça peut faire baisser les prix - ou de se débarrasser de concurrents) ou acquérir de nouvelles machines-outils (qu'on ne peut plus se payer seule)… qui réduiront encore la rentabilité… Tout le monde est pris dans ce tourbillon… C'est la contradiction du capitalisme : il faut produire plus pour obtenir des gains et les maintenir face aux autres capitalistes (ce qui n'existait pas auparavant : les sociétés humaines produisaient uniquement ce dont elles avaient besoin pour vivre et se développer - ce qui inclut l'armement, bien sûr -), mais produire plus nécessite toujours de réduire l'humain (réduction des coûts, remplacement par des machines, etc.)… qui est pourtant le seul générateur de la plus-value dans ce système…
Au final, les prêts contractés pour s'agrandir, se moderniser, acheter des machines, ne peuvent plus être remboursés. Les sociétés commerciales coulent. Le chômage augmente. Les banquiers ne créent plus de monnaie puisqu'elles refusent de prêter vu le risque élevé de non-remboursement. Les déposants veulent récupérer leur argent (pour vivre le temps de leur chômage et par déficit de confiance). Sauf que la banque dispose uniquement d'une petite réserve d'argent qui ne couvre pas toute la monnaie émise (car elle en est un tout petit pourcentage légal). La confiance s'écroule… La puissance publique doit intervenir pour transformer la dette privée en dette publique et la répartir sur les épaules de tous les contribuables… Ainsi, la crise de surproduction entraîne une crise financière.
La production capitaliste se base sur la finance, mais aussi sur le commerce capitaliste. La rotation du capital, c'est-à-dire le temps nécessaire pour que l'argent génère de l'argent, inclut le temps de production (durant lequel l'argent est transformé en marchandise + la force de travail) et le temps de circulation (durant lequel la marchandise est transformée en argent). Il est impératif de réduire ces deux temps afin d'éviter de se faire doubler. La réduction du temps de circulation est d'autant plus cruciale que la marchandise peut se périmer ou que les prix de vente peuvent fluctuer. D'où il est nécessaire de développer un commerce de gros et de détail qui assume le coût de circulation mais supplante les petits marchés d'échange à l'ancienne. Le producteur vend ainsi très rapidement aux revendeurs en gros (qui revendent aux détaillants), ce qui augmente la cadence de la rotation de son capital. Dans ce commerce-là, tout le monde s'engage à produire ou à revendre ce qu'il n'a pas encore. D'où la bourse pour définir les prix de vente et les mécanismes d'assurance pour se prémunir des fluctuations (cela inclut les produits dérivés sur les marchés financiers). Ce qui amène la spéculation, notamment des transactions sans prise avec le réel.
D'autres effets sont intéressants à constater. L'argent n'est plus seulement une matérialisation du travail, de la peine qu'un humain se donne ni une contrepartie à un échange, mais aussi un moyen de générer plus d'argent durant le processus de production. Pourquoi faire ? Aucune idée. Il faut produire de la qualité à moindre coût et dans un temps réduit… Qu'est-ce que cela apporte fondamentalement par rapport à produire juste ce qu'il faut dans le temps qu'il faut pour permettre la survie et la satisfaction des besoins des humains ? Aucune idée. Il est nécessaire de garder le contrôle de la connaissance, notamment de faire en sorte que les concurrents n'aient pas connaissance des recettes ou que sous-traitants ne vendent pas les mêmes machines-outils à d'autres sociétés dès que les commandes de la société qui a originalement commandé la fabrication de ces machines-outils diminue (les sous-traitants ont intérêt à faire ça : ils se sont endettés pour produire les machines outils, donc si la commande diminue, le sous-traitant court un risque). D'où les brevets, le secret des affaires, etc. Notons que tout fonctionne en cercle vicieux à cause de la dépendance des sous-traitants… Si la production chute, celle du sous-traitant aussi, ce qui l'oblige à licencier… ce qui réduit la consommation, ce qui affecte la production de son commanditaire, qui réduit donc ses commandes, etc.
Les financiers et les capitalistes ne suent pas mais récoltent l'essentiel des gains. Égalité entre les hommes, hein ? Injustice fondamentale. Ils ont pris tous les risques, il paraît. La force de travail des salariés ne servirait à rien sans eux. Boarf, avant tout ça, le gus bossait très bien tout seul, ce qui laisse à penser que le capitaliste (parasite) a plus besoin de la force de travail (hôte) que l'inverse. Les capitalistes disent également qu'ils ne forcent personne à vendre leur force de travail au prix qu'ils proposent. C'est vrai, mais quand toutes les sociétés commerciales fonctionnent sur le même modèle, le choix est très restreint. Et construire sa petite société dans ce monde-là nécessite des financements (notons que l'héritage lisse ce prérequis, comme quoi…), surtout pour résister à la concurrence… Donc il faudra produire pour rembourser… Le prix de vente et le nombre de commandes étant définis par les autres sociétés présentes sur le marché, le jeu est vite vu : c'est plus compliqué de ne pas vendre sa force de travail à un requin déjà en place, donc la liberté de choix est restreinte.
Plutôt que de concentrer la production afin de servir une demande en hausse, ce qui nécessite des moyens de production coûteux dont l'acquisition met l'entrepreneur à la merci d'un financier, on pouvait aussi choisir de répartir cette production en plein d'artisans. Cela répartit les gains et procure du travail utile à plus de personnes. Néanmoins, cela entraîne des incertitudes sur le fait de disposer de tous les produits et services nécessaires à la vie (peur de manquer de quoi que ce soit). C'est précisément pour cela que le socialisme et le communisme prévoient une solidarité compensatrice…
Bref, ce manga est agréable à lire, j'en recommande vivement la lecture. Les définitions sont plutôt bien posées. Les dessins expriment des émotions qui complètent le texte. Mon seul reproche est que les notions sont présentées dans un ordre qui ne me semble pas être optimal pour permettre de comprendre leur imbrication qui forme le capitalisme, d'où plusieurs lectures peuvent être pertinentes.
Donc… Une gilet jaune chute toute seule. Puis en fait non. Puis l'enquête est confiée à la compagne du fautif. Puis le procureur déclare qu'il voulait ménager l'exécutif. On ajoute ça aux violences policières durant les manifestations des gilets jaunes niées par Macron et l'IGPN (tiens, tiens) et au meurtre de Steve, lui aussi nié par l'IGPN. Joli tableau. ÉDIT DU 21/08/2019 À 12 H 05 : d'après le Canard enchaîné du 07/08/2019, le sinistère de la Justice envisage de reconvertir le procureur en avocat général à la Cour d'appel de Lyon. D'un côté, il ne serait plus à la tête d'un parquet, mais, de l'autre, il fera partie d'un parquet général, qui a autorité sur les parquets des plus basses juridictions. La différence de salaire brut, 5400-6000 € -> 5200-5400 € hors primes est pas ouf. Du coup, j'ai beaucoup plus de mal à me prononcer que le Canard et d'autres journaux quant à savoir s'il s'agit d'une sanction. FIN DE L'ÉDIT.
À ceux qui m'opposeront que la gilet jaune était dans un périmètre interdit à la manifestation, je réponds que ces périmètres sont une atteinte disproportionnée à la liberté de manifester. Quand le pouvoir fait en sorte qu'une manifestation circule uniquement là où elle n'aura pas d'impact, alors la liberté de manifester est bafouée. Quand celui qui est visé par la manifestation (l'exécutif dans le cas présent) contrôle implicitement tout un pan de ladite manifestation, alors la liberté de manifester est bafouée.
C'est vraiment pas marrant, ce boulot de procureur à Nice, et Jean-Michel Prêtre, tenancier en titre, est en train de s’en rendre compte ! Le malheureux avait eu la délicatesse de nier, dans un premier temps, les violences policières lors desquelles Geneviève Legay, 73 ans, brutalement poussée par un flic lors d’une manifestation de gilets jaunes, avait été grièvement blessée. « Elle n’a pas été en contact avec les policiers », affirmait- il. Quinze jours plus tard, devant l’évidence, le proc avait dû reconnaître que le « mouvement brusque d’un policier » avait causé la chute.
Il avait ouvert une enquête et, sûrement mû par la même pudeur, l’avait confiée à la compagne du commissaire qui dirigeait les troupes mises en cause. Tant de tact a fini devant la Cour de cassation, qui lui a enlevé l’affaire et l’a dépaysée.
Interrogé par son procureur général sur ses contradictions et ses faux pas, Prêtre a cru habile de déclarer : « Je voulais éviter des divergences trop importantes » avec les déclarations du président de la République, comme l’a révélé « Le Monde » (24/7). Question indépendance, on a vu mieux… Même pas sûr que Macron ait apprécié cette dévotion et ces mensonges trop visibles.
Juste avant, en décembre, le pauvre proc avait déjà subi une perquisition chez lui, menée par ses redoutables collègues parisiens, les juges Buresi et Tournaire, pour des soupçons d’atteinte à la probité dans la pagaille de la succession du célèbre Negresco. Sans compter d’autres babioles…
Et voilà que les avocats de Geneviève Legay déposent une plainte contre lui devant le Conseil supérieur de la magistrature. La procédure a peu de chances d’aboutir, mais disons qu’elle incite Belloubet à agir. Voilà comment on récompense un serviteur zélé !
Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
Dans l'est de la Russie, alors que le feu dévaste d’immenses étendues de taïga, aucun moyen d’envergure n’a été mis en place pour l’éteindre ou le contenir. Car les autorités ont fait ce calcul très simple (« Le Monde », 28/7) : « Les coûts de la lutte contre les incendies s’annoncent plus importants que les dommages matériels qu’ils peuvent causer. » Cynisme qui provoque l’« exaspération des habitants des villes atteintes par les fumées ».
Poutine osera-t-il déclarer à la télé : « Arrêtez de vous indigner, vous suffoquerez moins » ?
Après ça, n'oublie pas de ne pas jeter ton plastique de pique-nique dans la nature, de faire pipi durant ta douche, et de bien éteindre la lumière en quittant une pièce. Merci d'avance. :))))
Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
Imaginez l’estampille « bio » sur du sel minier obtenu par fracturation hydraulique. La même méthode que l'industrie pétrolière utilise pour extraire son gaz de schiste. Inconcevable ! C'est pourtant ce que vient de proposer la Commission européenne. Même le sel de mine travaillé à l'explosif pourra être certifié bio.
Cette histoire qui ne manque pas de sel débute il a deux ans avec le toilettage de la règlementation européenne sur l'agriculture biologique. Six cents petits exploitants de marais salants sur la côte atlantique en profitent pour demander à Bruxelles que le sel marin artisanal récolté a la main bénéficie du label bio. Jusqu'à présent, n'étant pas considéré comme un produit agricole, le sel ne peut profiter de l'alléchante étiquette « AB ».
Sauf que en février, la dernière mouture du futur cahier des charges a été la goutte d'eau pour les artisans sauniers. Déjà, ils avaient failli s'étrangler en découvrant que Bruxelles mettait dans le même panier bio les sels marins artisanaux et industriels. Deux méthodes de production aux antipodes.
D’un côté, des petits bassins d'une dizaine de metres carrés sur lesquels les paludiers, équipés d'outils en bois, collectent plusieurs fois par semaine les grains de sel à la surface de l'eau. De l'autre, d’immenses bassins jusqu'à une dizaine d'hectares d'où l'on retire une fois par an a l'aide de robots moissonneurs le « gâteau de sel » collé au fond. Séché, ce sodium industriel, à l'inverse de son homologue tradi, est saupoudré d’anti-agglomérants comme le E535.
Désormais, comme on l'a vu, Bruxelles envisage d'accorder au sel minier, aussi utilisé pour déneiger les routes ou dans les lave-vaisselles, la fameuse certification bio. A la manœuvre, les deux premiers producteurs de sel industriel en Europe, l'allemand Esco (Cérébos) et le groupe français Salins (La Baleine), qui extrait ses 100 000 tonnes par an de Camargue mais aussi d'une gigantesque mine en Meurthe-et-Moselle.
Le plus salé dans tout ça, c'est que, pour vendre leur reduction, qui est actuellement de 20 000 tonnes par an, les petits saliniers de Noirmoutier de l'île de Re et de Guérande devront attendre trois ans, alors que la période de conversion imposée à l'industrie minière ne dépasse pas un an. Une distorsion de concurrence qui risque de faire disparaître un métier ancestral et les paysages de cartes postales qui vont avec. Si certains fonctionnaires de la Commission à Bruxelles pouvaient se transformer en statues de sel…
Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
Au Pays-Bas, un rite initiatique marque l'indépendance des enfants : une marche nocturne en forêt. Évidemment, c'est encadré, il y a du ravitaillement à mi-parcours, un campement tout prêt à la clé, etc. Je trouve le concept intéressant, même si c'est trop encadré et que cela apprend pas grand-chose à l'enfant (comment établir un campement ? comment faire du feu ? comment se débrouiller seul, en somme).
Il est 22 heures et la nuit tombe. À l'orée de la forêt, une camionette s'arrête sur le bord de la route. Trois silhouettes frêles en émergent et aussitôt, dans un crissement de pneus, la camionnette fait demi-tour, laissant ses trois pèlerins complètement seuls. Il y a deux garçons de 12 et 11 ans, une fille de 12 ans. Pour atteindre leur camp, situé à plusieurs heures de marche, ils n'ont en leur possession qu'un rudimentaire GPS. Ils se mettent en route, comme l'ont fait avant eux leurs frères et sœurs, leurs parents. C'est la nuit de leur «largage», ce rite iniatique qui marque la fin de l'enfance, pratiqué depuis des générations aux Pays-Bas.
[…]
Au pays des tulipes, les laisser se perdre dans la forêt signifie « larguer vos enfants dans la nature. Vous vous assurez bien sûr qu'ils ne meurent pas mais sinon, vous les laissez se débrouiller », explique une mère au New York Times.
[…] À la moitié du chemin, ils ont croisé un ravitaillement, où on leur a ôté leur GPS pour les laisser entièrement abandonnés à leurs instincts. […] Ils arriveront finalement au camp à plus de 2 heures du matin.
[…] Dans la perspective néerlandaise, le rôle du parent n'est pas éternel. Vient un moment où il ne se mêlera plus de la vie de ses enfants. Ce moment est signifié à l'enfant quand on l'abandonne dans la forêt. «C'est toi livré à toi-même. Ça te fait sentir que tu es le seul aux commandes», ajoute un adulte encadrant la procédure.
Même si la paranoïa parentale commence à atteindre ce rite millénaire et que les portables ou les gilets réfléchissants ont fait leur apparition au cas où, il n'en reste pas moins que le «largage» reste une étape-clé dans l'éducation d'un enfant. «Ça nous apprend à continuer à marcher, même dans les moments difficiles, continuer à avancer», affirme Stijn au sortir de sa nuit initiatique.
Via le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
Comment préparer l'opinion à bosser jusqu'à 69 ans (44 ans de cotisation) pour toucher une retraite à taux plein ? Avec la bonne vieille astuce politicienne d'organiser la fuite d'un calcul qui semble trop beau pour être vrai mais qui permet de semer l'idée dans la tête des citoyens. Absence d'étude d'impact sérieuse avant le vote de la loi. Évidence que des retraités vont perdre au change.
Jean-Paul Delevoye a glissé, dans son rapport sur la réforme des retraites, des phrases invisibles ! C’est ce qu’a découvert un collectif d’économistes qui a passé au scanner les 130 pages dudit rapport (« Le Parisien », 25/7).
Tout part d’un échange entre le Haut-Commissariat à la réforme des retraites et le Conseil d’orientation des retraites (COR). Celui-ci estime nécessaire une « simulation » des effets de la réforme. Mais, compte tenu de la complexité d’un système qui regroupera 42 régimes spéciaux, le Haut-Commissariat répond que cette simulation ne sera disponible qu’en… 2024 ! En clair, le Parlement est prié de voter la réforme dès 2020 et les futurs retraités, d’applaudir sans avoir une idée de son impact.
Que des gagnants !
Pour éviter cette bouffonnerie, Delevoye et ses collaborateurs fabriquent neuf « cas types » qui sont regroupés à la fin du rapport. il y a là un mini-panel de la société française, du malchanceux qui a enchaîné boulots et chômage à la bûcheuse qui a commencé en bas de l’échelle et termine cadre. Miracle : personne n’est perdant ! Même le collectionneur de petits jobs gagnerait plus qu’aujourd’hui. Inespéré, pour Un dispositif qui, au lieu de s’appuyer sur les 25 meilleures années, calcule les pensions sur l’ensemble de la carrière, y compris les millésimes calamiteux (petits boulots, chômage, etc.).
Y aurait-il un truc ? Les experts qui ont décortiqué les neuf cas types sont arrivés à une conviction : en utilisant les paramètres actuels de niveau et de durée de cotisation, ce bilan doré sur tranche est impossible. Pour l’obtenir, il faudrait soit augmenter les cotises, mais Macron ne veut pas en entendre parler, soit augmenter la durée de cotisation (43 ans), laquelle est censée ne pas bouger jusqu’en 2035.
Les conseillers de Delevoye ont fini par l’avouer du bout des lèvres : leurs pseudo-simulations ont été effectuées sur une base de 44,3 ans de cotisation pour les retraités nés à partir de 1990. Soit une discrète rallonge de 15 mois travaillés. Ni vu ni connu…
Croissance du rab
Pour avoir une retraite équivalente à celle d’aujourd’hui, les heureux « bénéficiaires » de la réforme devront donc avoir commencé à travailler dès l’âge de 18,6 ans. Quant aux diplômés qui n’entreront dans la vie active qu’à 25 ans, il leur faudra bosser jusqu’à 69 ans avant de prendre leur retraite. On est loin de l’âge légal de 62 ans, et même de l’âge pivot de 64 ans.
Les collaborateurs de Delevoye admettent mezza voce cette petite entourloupe, absente du rapport remis à Edouard Philippe. Le texte du haut-commissaire précise seulement, sans donner de chiffres, que les gains en espérance de vie devront être répartis pour deux tiers en temps supplémentaire au boulot et un tiers de plus à la retraite. Sans la curiosité de quelques experts indépendants, le Parlement aurait voté la prochaine loi sans connaître l’existence de cette miraculeuse clause écrite à l’encre sympathique. Et ça n’aurait pas été sympa…
Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
Un énième exemple d'un député pénalisé par l'exécutif pour ses prises de position (vote contre le CETA). Cela s'est déjà produit sur la loi asile & immigration. Séparation des pouvoirs, où es-tu ? Article 27 de la Constipation : un député n'a pas à voter selon les désidératas de son parti ou d'une portion de son électorat ou de qui que ce soit s'il⋅elle n'est pas en accord avec la position défendue.
« Taper pendant trois ans contre leur camp n’a pas fait réélire les frondeurs socialistes, a commenté Macron à propos du vote sur le Ceta. C’est une leçon à retenir. »
La leçon a été si vite retenue que l’Elysée a approuvé le principe de représailles contre les huit députés En marche ! qui ont voté contre le traité. Ces rebelles ne sont pas (encore) exclus, mais ils sont mis sur la touche.
Premier visé : le député du Val-de-Marne Jean François Mbaye, qui s’est investi dans les sujets de bioéthique et devait à ce titre siéger au sein de la commission spéciale bioéthique de l’Assemblée. Il a été « retiré » de cette commission.
Les huit autres « frondeurs » savent à quoi s’attendre.
Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
La cour suprême suisse autorise la levée du secret bancaire pour des demandes groupées. La décision judiciaire est donc définitive. Pas de soucis à s'faire : les prévoyants ont déjà migré leurs avoirs, hein.
À qui faire encore confiance ? Le fisc français vient d’obtenir du tribunal fédéral de Lausanne qu’UBS lui communique les coordonnées bancaires de 40 000 contribuables français soupçonnés d’avoir eu un « comportement fiscal illicite » entre 2010 et 2015 (« Le Point », 27/7).
Selon Bercy, ils auraient caché au fisc quelque 10 milliards d’euros. Qui pourraient ainsi venir gonfler les 8 milliards déjà récupérés par Bercy et sa cellule de régularisation des avoirs des évadés fiscaux.
C’est un nouveau pan du sècret fiscal helvétique, déjà mal en point, qui tombe. La Suisse, si elle avait fini par accepter de coopérer sur des cas individuels, se refusait jusqu’à présent à répondre à des « demandes groupées ». Les banques suisses redoutent que de nombreux pays ne multiplient ces lancers de filets fiscaux.
UBS, elle, a fait savoir qu’elle allait « analyser très soigneusement les considérants du verdicts ». Une consolation quand même pour la banque suisse, qui a été condamnée au début de l’année en France à 4,5 milliards d’amende pour avoir démarché illégalement des clients dans l’Hexagone : le tribunal de Lausanne a interdit que la nouvelle fournée de noms transmis au fisc français vienne encore alourdir le dossier, toujours en appel.
On se console comme on peut.
Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
À trop vouloir prendre des mesures symboliques, le retour au réel est parfois brutal. Les trois taxes (sur les yachts, les voiture de luxe et les biens précieux) votées à l’été 2017 pour compenser la (quasi-)suppression de l’ISF (3 milliards en moins pour les caisses de l’Etat) ne rapportent que des queues de cerise. Le rapporteur du budget à l’Assemblée, Joël Giraud (LRM), fidèle partisan de ces taxes, vient d’en faire la constatation dans son rapport annuel.
La surtaxe sur les yachts de plus de 30 mètres immatriculés en France n’a ainsi permis de ramasser que… 86 700 euros. Soit 115 fois moins que les 10 millions escomptés. Il faut dire que seuls sept navires naviguent sous pavillon français. Et que seuls deux des propriétaires de ces navires poussent le patriotisme jusqu’à acquitter la taxe, les cinq autres refusant mordicus de payer. Et même s’ils réglaient leur facture fiscale, ils ne paieraient que 225 000 euros. Soit 40 fois moins que le montant prévu lors du vote de la taxe !
C’est un peu mieux pour les 3 387 véhicules assujettis à la « taxe additionnelle sur les voitures sportives », qui ont rapporté 15 millions d’euros, soit la moitié de ce qui était escompté.
Quant à la « taxe sur les biens précieux » (lingots, pierres précieuses, etc.), elle est apparemment passée aux oubliettes.
Vite, un avis de recherche !
Tout est génial dans cet article : suppression d'une taxe ; ajout de nouvelles taxes inapplicables et invérifiables qui ne rapportent rien, ce qui contribuera à l'accroissement des inégalités et à des coupes budgétaires dans les services publics pour rééquilibrer le truc ; nos élus font mine de découvrir que les riches immatriculent leurs bateaux de plaisance à Malte et autres lieux arrangeants alors que c'est connu du grand public depuis plusieurs années ; des riches qui refusent de payer une taxe, fut-elle idiote… je peux refuser de payer certaines taxes de mon choix, moi aussi ?
Dans le Canard enchaîné du 31 juillet 2019.
Un livre sur la communication non-violente (CNV) rédigé par son concepteur. Un militant m'a parlé de cette méthode il y a quelques années, donc j'ai eu envie d'approfondir ce sujet.
La CNV est une manière de s'exprimer et de mener à bien des interactions humaines qui renforce notre aptitude à donner avec bienveillance et à inspirer à autrui le désir d'en faire autant. Contribuer sans contrepartie au bien-être d'autrui contribue à notre bien-être (satisfaction procurée par un geste désintéressé). Résoudre nos différends sans violence (au sens large). La CNV n'est pas une méthode pour forcer quelqu'un à faire quelque chose ou pour l'y conduire par la ruse et la connaissance des failles humaines. Selon moi, la CNV est l'une des méthodes pour mettre en pratique le premier des accords Toltèques, « que votre parole soit impeccable ».
La CNV s'oppose aux actions effectuées dans l'attente d'une contrepartie c'est-à-dire des actions effectuées afin de ne pas éprouver de honte ou de la culpabilité, de se dégager de contraintes, d'obtenir quelque chose en échange d'un geste. Elle s'oppose aussi aux insultes, au dénigrement, aux reproches, aux diagnostics et aux jugements qui expriment qu'autrui est une mauvaise personne ou qu'une action est bonne ou mauvaise. La communication non-violante s'oppose à tout déni de responsabilité, c'est-à-dire effectuer une action en prétextant qu'autrui en est à l'origine (« je l'ai giflé, car il a fait ceci… »), ou en invoquant une force impersonnelle (« je l'ai fait car il fallait que ça soit fait ») ou en justifiant le présent par un passé rendu immuable (« je picole car je suis un alcoolo ») ou en invoquant la pression d'un groupe (« je fume car toute la bande de potes fume »), ou en invoquant des pulsions incontrôlables (« j'ai mangé ce chocolat parce que c'était plus fort que moi ») ou en se cachant derrière une quelconque autorité (hiérarchie, ordres, règlements, etc.). Enfin, la communication non-violente s'oppose aux exigences, c'est-à-dire à toute demande formulée à autrui que celui-ci ne peut refuser sans risquer une quelconque sanction.
Pour ce faire, le principe clé est de faire la différence entre ce que j'observe (les faits), mon interprétation et mes déductions des faits, les sentiments que les faits génèrent en moi en rapport avec mes valeurs et mes souhaits, les besoins que cela soulève et ce que je demande à autrui pour satisfaire mes besoins et accroître ainsi mon bien-être. Selon l'auteur, nous confondons tout en permanence (fait et opinion, opinion et sentiment, etc.) dans notre expression quotidienne, ce qui rend les échanges humains imbitables. Évidemment, la réciproque s'impose : dans ce qu'exprime autrui, il faut distinguer ce qu'il observe, ce qu'il interprète, les sentiments que ça génère en lui… Il faut donc apprendre à écouter les bonnes informations dans les propos d'autrui (je vais y revenir dans quelques paragraphes).
« Elle est irresponsable », « il se croit seule au monde », « tu ne m'aimes pas », « tu es toujours occupé », etc. Tout cela sont des interprétations, des déductions, des évaluations, pas des faits. « Tu ne m'as pas donné de tes nouvelles ces deux derniers mois » (équivalent de « tu ne m'aimes pas ») , « les trois dernières fois où je t'ai proposé une activité, tu as dit que tu ne voulais pas y participer » (équivalent de « tu fais rarement ce que je veux »), sont des faits. Les opinions se détectent facilement : emploi de « tu es » et d'adjectifs sans mise en contexte, emploi de verbes du champ lexical de l'évaluation, etc.
Il ne faut pas mélanger une opinion (« je sens que ce n'est pas bien de mettre la musique aussi forte ») et un sentiment (« cette musique m'inconforte voire m'énerve »). Les phrases « je sais que … » expriment souvent des opinions et des jugements. Il convient d'éviter les phrases génériques pour décrire nos sentiments comme « je me sens mal / bien / con ». « Je me sens incompris » est une évaluation (du niveau de compréhension d'autrui), « je suis en colère / frustré » est un sentiment. Se sentir ignoré peut être agréable dans certaines situations, ce qui montre que ce n'est pas l'origine du mal-être.
Ne pas faire porter la responsabilité de nos sentiments à autrui. « Papa est malheureux que tu aies de mauvaises notes à l'école » est une motivation par la culpabilisation, l'enfant cherchera à échapper à la culpabilité, pas à s'impliquer dans son travail. Il convient de lier un sentiment à une explication de ce qui se passe en nous (quel est le besoin insatisfait) en utilisant « parce que / car » suivi d'autre chose que « tu / vous » : « tu m'as déçu en ne venant pas ce soir, car je voulais te parler d'un truc qui me préoccupe », « lorsque je trouve l'évier plein de vaisselle sale, je me sens agacé car j'ai besoin d'ordre et de propreté », « quand tu es arrivé 30 minutes en retard, j'ai été contrarié, car je voulais m'en tenir à mon emploi du temps afin d'avoir la sensation d'avoir accompli quelque chose de ma journée ».
Exprimer clairement ce que nous attendons de l'autre pour satisfaire nos besoins. Ne pas dire « je veux que tu passes moins de temps au taff » à la place de « je veux que tu passes moins de temps au taff afin de passer plus de temps avec moi », car, dans la première formulation, autrui peut très bien quitter le taff plus tôt et s'inscrire à un club de golf, ça respecte le souhait formulé. Exprimer des actions concrètes : « je veux être traité plus équitablement » ne permet pas à l'autre d'agir… Sur quel plan ? Par rapport à qui ? Etc. Ne pas émettre d'exigence, autrui satisfait notre demande seulement s'il a envie de contribuer à notre bien-être. On peut argumenter, bien entendu, mais seulement après avoir compris la raison précise du refus de notre demande. Plus on interprète un refus comme un rejet, plus les gens se braqueront lors de nos demandes ultérieures, car ils sentiront que ce sont des exigences.
Laisser l'autre s'exprimer. Lui laisser le temps et l'espace. Ne pas juger. Ne pas conseiller. Ne pas rassurer. Laisser nos sentiments de côté (pas de « ho, ma pauvre chérie ! »). Ne pas surenchérir (« c'pas pire que ce qui m'arrive »). Ne pas raconter d'histoires équivalentes (c'est le tour de parole d'autrui, pas le tien !). Ne pas moraliser (« tu pourrais tirer parti de ça si tu … »). Ne pas consoler (« tu as fait de ton mieux ». Ne pas clôturer le sujet (« remet-toi et passe à autre chose ! »), autrui le fera de lui-même (il arrêtera de parler). L'empathie, c'est chercher le sentiment et le besoin de l'autre. Exemple : au jugement « je suis moche ! » émis par quelqu'un, ne pas répondre « mais non, tu es trés belle », car cela met encore plus la pression, mais s'intéresser au sentiment et au besoin sous-jacents (« tu es déçu de la tête que t'as aujourd'hui ? », besoin d'attention ? Besoin d'un nouveau style vestimentaire ? Etc.). On ne peut pas arranger les choses à la place d'autrui. Afin d'être sûr d'avoir bien écouté et compris l'autre, on peut paraphraser et reformuler. On peut également poser des questions, mais uniquement sur les faits, les sentiments, les besoins ou les demandes qu'autrui formule. Il convient d'éviter les questions vagues (« que veux-tu que je fasse ? », « à quoi fais-tu allusion ? », etc.).
Si nous ne savons plus offrir d'empathie, alors c'est que nous en manquons et il faut alors s'administrer les premiers soins : questionner nos sentiments et nos besoins.
Je recommande la lecture de ce livre, car je trouve très pertinentes la séparation faits / interprétations / sentiments / besoins ainsi que l'analyse du déni constant de nos responsabilités. Il est court (80 pages) et il va à l'essentiel. Il est une introduction aux stages et formations payants animés par le réseau d'associations officielles et officieuses, donc il ne faut pas s'attendre à des miracles à sa lecture (comprendre : la lecture ne suffit pas, il faut pratiquer, pratiquer, et encore pratiquer).
Un livre de développement personnel centré sur les relations avec autrui. Aaron Swartz l'évoque en des termes élogieux dans l'un de ses écrits compilés dans le livre Celui qui pourrait changer le monde. Sans cela, je ne l'aurai pas lu.
Au final, pour améliorer ses relations avec les autres, il y a un unique principe à retenir : montrer leur importance aux gens. Rien est plus important pour quelqu'un que sa propre importance. C'est ce qui pousse quelqu'un à financer la rénovation d'un hôpital (et autres actions au service des autres), à revendiquer son statut social et hiérarchique, à désirer une grosse baraque, etc. Toute personne désire qu'on lui accorde de l'attention, qu'on s'intéresse à elle et que l'on parle d'une seule chose : d'elle, de ses doutes, de ses soucis, de ses souvenirs, afin qu'elle puisse démontrer son importance à travers ses expériences, etc. Quelqu'un ne veut pas reconnaître qu'il a tort parce que cela porte atteinte à son importance. Personne veut t'aider pour réaliser quoi que ce soit, mais tout le monde veut savoir comment t'aider va servir ses intérêts, affirmer son importance et flatter son égo.
Tous les principes de vie suivants sont déclinés de ce qui précède (tout ce qui n'est pas en gras est un ajout personnel) :
Ce livre est bien conçu, avec des résumés de fin de chapitre et une mise en forme qui permet de retrouver rapidement un contenu, etc. Il est donc facile à relire. Je pense également qu'il contient beaucoup d'analyses véridiques sur la condition humaine, et, à ce titre, je trouve qu'il est intéressant à lire.
L'auteur travaillait sur tout ça depuis 1936, donc autant dire que le style date d'une autre époque et que toutes les suggestions, je pense à un modèle de lettre mettant en avant le désir d'autrui, ne peuvent pas être reprises telles quelles de nos jours (ça se voit, quoi). Les histoires qui introduisent les principes sont ennuyeuses, surtout quand l'auteur en enchaîne 8 d'un coup. Le style est prétentitieux en mode "moi j'ai connu tout le gratin"… Le livre est très axé sur le monde professionnel. Enfin, beaucoup de points sont redondants et reviennent dans plusieurs principes.
Lors de mon dernier déménagement (qui impliquait un changement de région), je me suis interrogé : quelles entités ont connaissance de ma nouvelle localisation ?
Évidemment, il y a l'opérateur de téléphonie mobile (ça fait plus de trois semaines que ton téléphone est accroché aux mêmes antennes GSM, donc tu n'es probablement pas en vacances). Évidemment, en cas de souscription à une réexpédition du courrier entre l'ancienne et la nouvelle adresse postale, La Poste (et sa filiale de valorisation des données personnelles, Mediapost) a l'information. Il y aurait eu tous les services Internet que j'utilise si je n'utilisais pas le VPN d'un FAI associatif. Il y a l'opérateur réseau (ADSL, câble, fibre) : comme ils sont en oligopole, tu tombes toujours sur les mêmes, donc ils voient bien, dans le dossier client, que t'es passé de telle adresse à telle adresse. Même raisonnement pour les fournisseurs d'énergies. Il y a tous les acteurs auxquels il faudra communiquer la nouvelle adresse (assurance, mutuelle, sécurité sociale, etc.). Et puis, il y a la banque et, en cas d'utilisation d'une carte bancaire, les réseaux de Visa, MasterCard, etc. Au final, cette liste comporte peu d'acteurs du numérique, alors que l'attention des pro-vie privée se concentre sur eux. Évidemment, il faut distinguer les acteurs vitaux qui disposent de la nouvelle info sans que je la leur communique (j'aime bien me les représenter mentalement comme des acteurs qui savent où je suis avant ma famille et mes amis), comme mon opérateur de téléphonie mobile ou ma banque, et les autres. C'est dans ce contexte que la traçabilité bancaire devient intéressante à examiner.
Une banque est un point de passage obligé, donc elle va récolter et concentrer beaucoup d'informations. Que tu règles en chèque, par virement bancaire ou en carte bancaire, ta banque sait qui est ton propriétaire, quels sont tes fournisseurs d'énergies, quel est ton opérateur réseau, quel est ton opérateur de téléphonie mobile, quel est ton marchand de nourriture, à quelles organisations tu fais des dons, quelles activités tu pratiques en club, si t'es à la recherche de l'amour ou de cul via un site web de rencontre, etc. Ta banque sait où te trouver. Tes paiements par carte bancaire révèlent où tu zones et quelles sont tes habitudes (courses tous les deux jours, troquet tous les matins pour un café, etc.). Si tu payes en espèces, les retraits aux guichets ou aux distributeurs automatiques révèlent ta localisation (tu viens régulièrement aux mêmes distributeurs… hum, tu dois habiter ou travailler ou consommer pas loin). Bref, en ce qui me concerne, ma banque en savait autant que Google (mes pensées les plus sombres sont partagées entre différents moteurs de recherche, mais mes achats les plus sombres sont connus par ma banque).
Sans compter que toutes ces informations, même anonymisées, peuvent être croisées et elles permettent alors de retrouver l'identité précise d'une personne à partir de son numéro de carte et du lieu et de la date de quatre de ses achats. Pratique, en cas de fuite côté commerçant (deuxième moitié du ticket de caisse) ou côté banque ou côté individu (première moitié du ticket de caisse, ticket du distributeur automatique), etc.
Pour répondre à la question initiale, ma banque est clairement, avec mon opérateur mobile, l'un des deux acteurs les mieux informés de mon déménagement. Avant même le fournisseur d'énergie, l'opérateur réseaux, etc., elle savait que j'étais dans telle ville (paiements CB, retraits d'espèces) et, au bout d'un mois, avec le versement de mon salaire, elle était en mesure de savoir que ce n'était pas un déplacement temporaire.
Cette réflexion en a amené une autre : comment réduire ma traçabilité bancaire ? Comment faire en sorte que ma banque en sache le moins possible sur mon compte (jeu de mots détecté) ?
Quatre autres motivations ont dynamisé cette réflexion (bullshit détecté).
La première, c'est la simplicité. Le paiement par CB, les virements, tout ça, là, c'est d'une complexité folle… Qui comprend vraiment comment tout cela fonctionne, quels sont les acteurs ? Et les dysfonctionnements : la carte bancaire muette, le paiement sans contact qui échoue, le terminal de paiement dans les choux, etc. Tout cela est perte de temps. Mais surtout, tout ce virtuel, tout cet abstrait nous éloigne de l'échange entre humains, je trouve. J'apprécie beaucoup d'être revenu à quelque chose de palpable : j'ai cet objet que je désire dans ma main, tu as ces pièces de monnaie dans ta main, affaire conclue. J'apprécie également de compter pour faire l'appoint, "casser" des billets, donner plus pour échanger de la monnaie, discuter avec le commerçant pour savoir ce qui nous arrange (non, aujourd'hui j'ai vraiment besoin que tu me casses ce billet ; ha, aujourd'hui t'es en manque de ferraille, voilà pour toi, etc.). Je trouve que les espèces sont un moyen de recréer du lien. Certes, c'est un lien faible, mais je ne suis visiblement pas capable de mieux. Merci de ne pas me parler de la transmission de microbes et de virus : les alliages de métaux des pièces sont conçus pour limiter leur propagation. Et notre peau est conçue comme une barrière. C'est juste normal d'avoir plein de saloperies sur nous.
La deuxième motivation, c'est l'esprit de contradiction. Quand je vois les banques (limite de retrait, limite de dépôt, etc.), nos gouvernants (le paiement en espèces à un professionnel est plafonné à 1 000 € depuis 2015, arrêt de l'émission de billets de 500 € depuis 2019, etc.), et nous tous (quelle société commerciale paye encore ses employés en espèces ? Quel particulier propriétaire accepte de percevoir ses loyers en espèces ? Qui paye encore ses achats en espèces ?), nous imposer des restrictions à tour de bras sur l'utilisation des espèces, je ne peux m'empêcher de me dire qu'il est important d'aller à contre-courant : quand une chose est restreinte ou interdite, c'est qu'elle est vraiment utile et qu'elle émancipe vraiment les gens. Aucune raison de s'en priver, donc.
La troisième motivation, c'est que les intermédiaires de paiement, ça coûte aux commerçants. Location (ou achat) du terminal de paiement, abonnement Internet pour que le bignou communique avec la banque, abonnement auprès de la banque, frais sur chaque transaction, réparation d'éventuels dysfonctionnements du terminal de paiement, etc. Tout ce qu'il faut pour faire chier une personne simple qui veut juste se lancer dans le commerce. Tout ce qu'il faut pour tuer le petit commerce, réduire le nombre d'acteurs, qui, du coup, parce qu'ils deviennent des puissances financières, deviennent incontrôlables et nuisibles à la société (non-respect du droit du taff, non-respect du client, non-respect de la fiscalité, etc.). Oui, les commerçants payent pour certains services bancaires (encaissement d'espèces au-delà d'un seuil, fourniture d'espèces par la banque, etc.), mais ça me semble moins coûteux que le système carte bancaire payant aux deux bouts, par le commerçant et par l'usager de la carte bancaire.
La quatrième motivation, c'est que l'utilisation d'espèces fait chier les banques et remplie les caisses de l'État. Les banques privées peuvent émettre de la monnaie scripturale (écriture virtuelle dans des livres de compte) en accordant des prêts, mais elles ne peuvent pas créer de la monnaie fiduciaire (pièces et billets). Ça, c'est du ressort des banques centrales nationales et européenne et des imprimeurs / fondeurs agréés. Les banques privées achètent les pièces et les billets à l'État dont elles dépendent. Et comme il ne faut pas 2 € de camelotes pour produire une pièce de 2 €, l'État encaisse un bénéfice. Sans compter la logistique des transferts de fond entre les agences et l'approvisionnement des distributeurs automatiques de billets. Au moins, ça rentabilise les prétendus frais de gestion de compte.
Depuis le début de ce shaarli, je considère les espèces comme ZE solution à la traçabilité. Oui, mais, en même temps, le choix est restreint.
Les paiements en crypto-monnaie sont tracés : la divulgation de l'association entre mon identité et mon adresse Bitcoin permet de retrouver toutes mes transactions passées et futures, leur horodatage, leur montant et avec qui elles ont eu lieu (si les adresses Bitcoin sont elles aussi publiquement associées à des identités) et à quelle fréquence. Exemple : sur son blog, Stéphane Bortzmeyer indique que l'adresse Bitcoin « 1HtNJ6ZFUc9yu9u2qAwB4tGdGwPQasQGax » est sienne. L'historique des transactions de cette adresse est public. Si l'un des donateurs de Stéphane révèle aussi publiquement que telle adresse Bitcoin est la sienne, et qu'il apparaît dans cet historique, soit l'un des deux ment sur l'association entre une adresse Bitcoin et son identité, soit l'un des deux s'est fait pirater, soit on est certain qu'une transaction a eu lieu entre ces deux personnes. Oui, il est possible d'avoir plusieurs portefeuilles et même des sous-clés, mais paye ta complexité pour quelqu'un qui recherche la simplicité. De toute façon, comme il est très difficile et énergivore d'obtenir des unités d'une crypto-monnaie populaire (donc acceptée par quelques commerçants, sinon ça sert à rien), il faut convertir des euros en crypto-monnaie. Les organismes de change réclament une identité (copie de la carte nationale d'identité, par exemple), comme leurs petits camarades. Certes, ils n'ont pas l'historique de mes transactions, mais la fréquence de change donne une idée de mon rythme consommation, donc de mon train de vie. Enfin et surtout, aucun petit commerce du coin de ma rue accepte les crypto-monnaies (ouais, y'a bien des cartes de débit en Bitcoin… adossées à un réseau comme Visa, donc traces de partout).
Les paiements en carte bancaire sont tracés : de qui, à qui, où, à quelle seconde, combien, à quelle fréquence. Les banques (du débiteur et du créditeur) disposent des informations puisqu'elles apparaissent sur nos relevés. Les réseaux Visa, MasterCard et autres également. Il paraît que ces acteurs voient uniquement passer des numéros de transactions imbitables, mais je n'en suis pas convaincu, et ça ne change pas trop le problème : ils connaissent l'heure, le montant et les numéros de compte engagés dans la transaction. Si la transaction se déroule sur le web, des intermédiaires de paiement en tout genre qui disposent des mêmes informations (Stripe, etc.) viennent très souvent se greffer. Enfin, la détention d'une CB est facturée par la banque en sus des frais de tenue d'un compte. Payer pour se faire tracer, en somme. Et, comme écrit ci-dessus, le commerçant doit payer lui aussi. L'identité (prénom + nom) de l'usager d'une carte bancaire est stockée dans la puce de ladite carte. En 2012, cette information (et l'historique des 20-120 dernières transactions) était accessible en NFC (= sans contact). Je ne sais pas si le terminal de paiement récupère cette information et l'imprime sur le ticket de caisse conservé par le commerçant, auquel cas le commerçant connaît l'identité de son client. Lors de transactions ponctuelles (non-récurrentes) sur le web, le commerçant peut stocker, pour un futur achat, le numéro de la carte, sa date d'expiration, le CVC et le nom de l'usager dans sa base de données si l'on ne décoche pas la case KiVaBien. Dans le cas d'un achat sur le web, le commerçant a connaissance de l'identité via l'adresse de facturation, de toute façon. En revanche, la plupart de nos achats en boutique ne sont pas liés à un contrat écrit nominatif, donc si le terminal de paiement stocke le nom de l'usager, le commerçant obtient bien une info supplémentaire sur son client.
Les paiements par prélèvement / virement bancaire sont tracés : de qui, à qui, à quelle seconde, combien, à quelle fréquence. Seule la localisation est inconnue (reléguée aux FAI ;) ). Notons que, pour les prélèvements, l'heure de la transaction est insignifiante car l'ordre de prélèvement est très souvent émis automatiquement. Les banques disposent des informations. Si la transaction se déroule via le web, il n'y a plus d'intermédiaires de paiement… à condition de refuser la validation d'une transaction par saisie d'un code reçu par SMS, sinon l'opérateur mobile devine qu'une transaction est en cours… En revanche, je ne sais pas comment fonctionne le réseau SEPA ni quels acteurs sont derrière (juste les banques ou trouzemilles autres acteurs privés ?)… La prise en compte des virements par les commerçants est bien longue à côté de l'immédiateté d'un paiement CB. Le commerçant et le client connaissent l'identité (prénom + nom) et l'adresse postale (déclarée à leur banque respective) de l'autre. Tout cela apparaît dans les détails d'un virement / prélèvement dans l'espace personnel du site web de la banque. Ce n'est pas forcément très grave car un virement ou un prélèvement est souvent associé à un contrat écrit nominatif (loyer, fourniture d'énergies, etc.) ou à une adresse de livraison, mais pas toujours. Pour émettre des prélèvements, il faut payer un abonnement et mettre en œuvre toute une machinerie branchée à l'outil de comptabilité. Notons que, même si tous les acteurs ne l'imposent pas, le prélèvement bancaire suppose d'envoyer une autorisation de prélèvement à sa banque, ce qui fait un petit côté paperasse chiante. Je suis également sceptique sur la sécurité : la date d'expiration d'une CB est une protection relative en cas de désaccord avec un marchand ou en cas de renouvellement tacite et dissimulé d'un abonnement, par exemple. La simple connaissance de mon RIB permet de prélever sur mon compte bancaire. En théorie, il faut autoriser le débiteur auprès de sa banque et un débit frauduleux est remboursé par la banque. En pratique, les banques laissent tout le monde prélever, ce qui peut être difficile à gérer si mon RIB est récupéré dans la base de données piratée d'un site web marchand. Le blocage d'une CB me paraît palpable comparé au blocage d'ordres de prélèvement multiples qui peuvent arriver depuis n'importe où… Comment change-t-on de RIB puisqu'il est composé, entre autres, d'un numéro qui identifie la banque et d'un numéro qui identifie un compte dans cette banque ?
Les paiements en chèque sont tracés : de qui, à qui, où (ça se falsifie), quel jour (ça se falsifie), combien, à quelle fréquence. Les banques disposent des informations. Il n'y a pas d'autres acteurs. Enfin… Tout comme le virement / prélèvement, je ne sais pas si les banques s'échangent directement les infos sur les flux financiers ou si des intermédiaires sont impliqués. En revanche, un chèque, c'est chiant à remplir (les petits commerçants n'ont pas de machine qui complètent le chèque en imprimant dessus), et chiant à déposer pour le commerçant. Sans compter la lenteur pour payer des achats sur le web. Comme les moyens précédents, le commerçant connaît ton identité et ton adresse postale (c'est écrit dessus)… Et il exige souvent de voir une pièce d'identité afin d'éviter les fraudes. Alors, oui, j'accorde ma confiance au commerçant, mais, même avec ça, ce n'est pas forcément souhaitable qu'il connaisse mon identité. Raison : déni plausible. Quand le bruit des bottes retentira, j'ai pas envie que ma librairie préférée associe mes saines lectures à mon nom + prénom + adresse postale, par exemple. L'une des banques sait quel jour (et, avec la surveillance vidéo, quelle minute) est déposé le chèque.
Les paiements en espèces ne sont pas tracés… pas directement, du moins. En revanche, il y a des témoins des transactions. Mais, la surveillance symétrique (je sais que tu étais présent à telle heure et ce que tu faisais là et toi tu sais que j'étais présent à la même heure et ce que je faisais) me dérange moins qu'une surveillance asymétrique massive. Il y a le flicage vidéo du commerçant et de la voirie (c'est bien pareil que les traces numériques conservées par les commerçants et les fournisseurs d'accès à Internet). La banque (voire les réseaux Visa, MasterCard, etc. en cas de retrait aux distributeurs automatiques) sait d'où sont retirées les espèces. Ça révèle où tu étais tel jour à telle heure. Le fait d'aller à un / deux / trois distributeurs et/ou guichets, ça dit dans quel secteur géographique tu vis. La banque sait quel montant tu retires et à quelle fréquence. Retirer 200 €/semaine, par exemple, ça donne une idée de ton train de vie. Si tu ne prévois pas un événement, tu devras retirer subitement plus d'espèces. La banque devinera un usage imprévu et son montant approximatif. Lisser les retraits, c'est-à-dire retirer plus que nécessaire, toujours la même somme, à la même fréquence, ça permet de gérer les imprévus… mais tu rageras en cas de cambriolage et de non-dépense du surplus… Je me suis demandé si les banques ne pouvaient pas consigner automatiquement, avec des scanners, à qui elles distribuent les billets (qui sont numérotés) et pour le compte de qui elles les encaissent. Cette traçabilité existe entre les banques centrales et les banques privées (des enquêtes journalistiques, comme celle sur un potentiel financement de la campagne électorale 2007 de Sarkozy par Kadhafi, en esquissent les contours) et probablement pour les grosses coupures distribuées aux particuliers. Mais, il apparaît très difficile de la généraliser et, surtout, d'en extraire une information utile : ce n'est pas parce que l'argent distribué à M. X revient en banque par le biais de Mme Y que cela signifie que X connaît Y : l'argent a changé plusieurs fois de main, surtout pour les petites coupures qui servent à faire le rendu, à casser des coupures plus grosses, etc.
Au final, aucun moyen de paiement est satisfaisant (ho, tiens donc, quelle surprise !), mais les espèces et les virements / prélèvements bancaires sont ceux qui virent le plus d'intermédiaires - voire le plus d'informations dans le cas des espèces - tout en restant pratiques.
Cela fait bientôt deux ans que je paye quasi exclusivement en espèces et par virement bancaire. Sur cette période, j'ai fait 5 exceptions, 5 paiements par CB sur Internet, car je n'avais visiblement pas trouvé d'alternative.
Évidemment, mes usages s'y prêtent. Il me semble impossible de réduire ses traces sans changer son mode de consommation tellement l'univers bancaire est le cœur du système de production et de consommation standard.
Je reçois un unique revenu par virement bancaire.
Je consomme peu… Un loyer (avec énergies incluses) payé par virement bancaire, des abonnements réseau et mobile payés par prélèvement bancaire, de rares services numériques payés par virement bancaire, de la nourriture, de la presse, des livres, et tout le reste payé en liquide… et c'est à peu près tout…
J'achète très peu sur le web, car, comme je l'ai écrit plus haut, j'aime le palpable (je vois ce que j'achète, le commerçant voit mon pognon), la simplicité (coucou les transporteurs de colis qui te rendent la vie infernale), la réduction des arnaques (tu retournes physiquement le produit, pas besoin de dialoguer par formulaire web, réseaux asociaux ou autres conneries pour obtenir un bon de retour, pas de frais de renvoi, etc.) et la non-traçabilité (mon identité, mon adresse postale et mon historique des achats ne sont pas stockés dans une base de données qui se fera forcément pirater un jour).
Je vis dans un centre-ville vivant et bien organisé dans lequel l'on trouve tout à proximité : presse, bazar, droguerie, mercerie, chausseur, marché, etc. Bref, tout plein de commerces à taille humaine et accueillants qui donnent pas juste envie de prendre les articles, de payer viteuf et de s'enfuir.
Il faut vraiment se sortir de la tête le préjugé qui voudrait que, lorsque l'on paye en espèces, on emmerde le commerçant et les autres clients. Entre les cartes muettes et les différents dysfonctionnements, j'ai souvent plus vite fait de dégainer l'appoint que d'autres de payer avec leur CB sans contact. Ben, oui, à force on connaît le prix (Canard enchaîné ? 1,20 €) et l'on additionne mentalement les prix affichés en rayon, donc on prépare la monnaie en avance.
De même, il faut vraiment s'ancrer dans la tête que tous les produits ne sont pas forcément exposés dans les rayons d'une boutique et qu'il est très souvent possible de commander le reste du catalogue… et ainsi, de payer en espèces et sous une fausse identité (un prénom + nom est souvent demandé pour commander). Bref, il ne faut pas hésiter à demander au commerçant s'il expose l'intégralité de son catalogue.
Évidemment, il faut déchirer sérieusement les tickets des distributeurs automatiques, car ils contiennent des informations dont on a écrit plus haut qu'elles permettent de remonter jusqu'à une identité précise… Dans une moindre mesure, il convient de faire de même avec les reçus de caisse. Mais ça, ces deux points sont aussi vrais avec le paiement par CB.
Évidemment, il y a des inconvénients au paiement en espèces (j'ai déjà évoqué ci-dessus le principal inconvénient du virement bancaire, à savoir la lenteur de prise en compte par le destinataire).
Les distributeurs automatiques de billets de ma banque (elle est populaire ;) ) ont une qualité de service déplorable : ils fonctionnent presque jamais. « Guichet momentanément indisponible » avant mon arrivée, ticket non imprimé, « centre d'autorisation pas accessible pour le moment » après la saisie du code et du montant désiré, redémarrage complet de l'ordinateur (Windows + l'applicatif) entre le client précédent et moi, voire non-distribution des billets alors que mon compte bancaire est débité réparée après une réclamation longue et pénible. J'ai signalé tout cela à ma banque par LRAR en avril 2019. 5 mois plus tard, je suis forcé de constater l'absence totale de progrès.
Et les limites absurdes, on en parle ? Le distributeur qui implémente l'algorithme glouton, ça donne un distributeur qui distribue majoritairement des coupures de 50 € pour tout montant de retrait supérieur à 50 €… Vachement pratique pour payer un Canard enchaîné à 1,20 €. D'autres distributeurs, comme ceux de la Banque Postale, par exemple, laissent le choix entre une majorité de billets de 50 € ou une majorité d'un mix 10 € - 20 €… Ha mais oui, je ne peux pas retirer plus de 300 €/semaine dans une banque concurrente et je suis limité à 3 retraits par mois dans une banque concurrente (peu importe les montants) sous peine de frais supplémentaires (1 €). Bref, le seul moyen que j'ai trouvé, c'est de retirer en plusieurs fois le montant désiré en utilisant des seuils pertinents. Exemple : demander 80 € me procurera 1 * 50 €, 1 * 20 € et 1 * 10 €, sauf les jours de chance où les billets de 50 € manquent à l'appel et où je reçois donc des billets de 20. Demander 40 € permet d'être sûr d'avoir au maximum des billets de 20 €. C'est hyper pénible pour récolter un montant lissé limitant les traces (voir ci-dessus), mais ça fonctionne.
Pourquoi je me laisse ainsi maltraiter par ma banque ? Parce que c'est pareil ailleurs, toutes pourries, et qu'il est impossible de construire quelque chose de plus éthique.
Évidemment, il va y avoir très bientôt de gros inconvénients au paiement par virement bancaire (et CB) via le web, puisqu'au prétexte d'une directive européenne (qui impose rien), les banques privées vont tenter d'imposer une validation des transactions avec leur application mobile remplie de mouchards et qui dépend des Google Apps (bonjour la nécessité de posséder un smartphone fabriqué en épuisant les ressources minières de la planète, adieu les systèmes d'exploitation mobiles personnalisés et plus respectueux de la vie privée comme Lineage OS) ou avec des boîtiers USB qui fonctionnent seulement sous Windows et Mac OS avec trois tonnes de merde dans le navigateur web.
J'ai du mal à concevoir comment je pourrais aller plus loin…
Segmenter mes transactions entre plusieurs comptes et utiliser des cartes bancaires prépayées ? Boarf, les lois anti-criminalité / anti-terrorisme ont tué le concept, c'est fliqué de partout (activation via Internet, donc déclinaison d'un bout d'identité), virement bancaire comme seul moyen de provisionner le compte, etc.). Bref, les banques verront toujours les virements d'approvisionnement…
Ouvrir un compte non-publié chez Clearstream ? Je n'ai pas le prestige requis. :D
On pourrait partager des moyens de paiement (CB, virements) au sein d'un groupe d'amis. C'est Titi qui est fliqué mais le bien profite à Toto et inversement. Ça permet également de casser l'analyse des habitudes de consommation et de déplacement. Mais ça nécessite aussi d'être partageur et d'avoir des amis partageurs tendance communards. Lors d'achats sur le web, il faut prêter attention à ce que l'adresse de facturation soit bien celle du payeur. J'ai le souvenir d'une commande Materiel.net bloquée car l'émetteur du virement bancaire n'était pas la personne mentionnait comme adresse de livraison + adresse de facturation. De toute façon, il vaut mieux que le payeur soit aussi l'adresse de livraison, sinon le commerçant sait que le payeur et le bénéficiaire du bien se connaissent. ;)
Lisser encore plus mes retraits d'espèces en retirant tout mon salaire ? C'est risqué et un coffre-fort ne protège pas contre la vulnérabilité humaine de son propriétaire.
Être plus rigoureux sur le lissage de mes retraits d'espèces afin de dissimuler mes imprévus ? Oui, j'ai encore du travail à ce sujet.
Au final, malgré le fait que ça soit bien la grouille (aucune solution satisfaisante) et que ça semble contraignant, je t'invite vivement à reprendre goût aux choses simples, à revenir au commerce local, à payer un maximum en espèces, ou, à défaut, par virement bancaire. Cela réduit ta traçabilité, c'est moins compliqué au quotidien que ce que l'on imagine, et la palpabilité du réel est agréable (non, je n'ai pas consommé de drogues avant d'écrire cette conclusion perchée, deal with mes émotions !).
Le vote électronique déchaîne les passions. L'argument clé de ses détracteurs est que l'ajout d'un ordinateur dans le processus rend le vote opaque (le citoyen ne sait pas quelle version du logiciel anime la machine, il n'a pas accès au code source de ce logiciel pour vérifier son fonctionnement, et quand bien même il y aurait accès, la compréhension de son fonctionnement nécessite des compétences poussées alors qu'un vote papier, c'est simplement des enveloppes et une urne) et moins sécurisé (toute machine se pirate, surtout si elle est connectée à Internet, et encore plus si son fabricant et/ou son exploitant est soudoyé pour la paramétrer de manière à favoriser tel ou tel candidat…).
J'étais de cet avis très tranché et radical… et puis j'ai participé aux élections professionnelles de la fonction publique du 6 décembre 2018. J'ai tenu une urne durant une heure (assesseur) et j'ai contribué à dépouiller deux urnes. Il y avait plusieurs scrutins afin de renouveler plusieurs organes. Tous les scrutins sauf un étaient papier. Ils étaient tous accessibles en présentiel ou par correspondance (en envoyant son enveloppe par La Poste aux ressources humaines de l'établissement). Un scrutin national se déroulait exclusivement via le web. Je parlerai très peu de ce dernier scrutin, car je ne remplissais pas les conditions pour être électeur et il n'était pas piloté au niveau local (traduction : difficile d'observer quoi que ce soit).
Ceux qui dénoncent les compétences nécessaires pour comprendre la complexité des machines à voter, avez-vous compris les règles d'un scrutin papier ? Nan, parce que c'est d'une complexité folle ! Le mode de scrutin, les modalités de participation (prof', administratif, durée du contrat, temps de présence effectif, etc.), les interprétations des règles, etc. C'est juste imbitable. Les jours précédant le scrutin, j'ai étudié le peu de documents fourni et, à la fin, j'avais le niveau d'un écolier qui récite sa leçon, autrement dit, j'avais environ rien compris. Cela signifie que le jour J, j'étais à la merci de ceux qui donnaient les consignes et veillaient à les faire appliquer, c'est-à-dire la direction des ressources humaines de mon établissement, c'est-à-dire l'organisateur, par procuration, des scrutins lui-même. Impartialité, vraiment ? Les règles d'un scrutin papier sont tellement limpides qu'il y avait des erreurs sur les listes d'émargement : tel collègue administratif n'était pas dans le bon collège (changement de catégorie, B -> A, dans les 6 derniers mois), tel autre collègue n'apparaissait pas (il avait pourtant une ancienneté de trois mois, insuffisante pour la majorité des scrutins, mais suffisante pour l'un des scrutins), etc.
Notons que nos petites associations (dont certaines se vantent d'être inclusives pouet pouet), ne font pas mieux… ARN, par exemple, définit ainsi le nombre de membres (présents ou représentés) nécessaire pour prendre une décision : « ARRONDI(RACINE( MEMBRES )*2) ». Même chose chez Nos Oignons sauf que le coefficient multiplicateur est 2,5. Ma mère ne sait pas ce qu'est une racine carrée. Mon père ne sait pas quelle touche d'une calculatrice permet de la calculer. Mon pote ne sait pas ce que signifie « MEMBRES » ? Nombre de membres actifs ? Ma pote se demande quel type d'arrondi ? Supérieur, inférieur, au plus proche ? Tout cela n'est évidemment pas explicité. Vérifiable par tous, hein ? Tout cela sera évidemment interprétable différemment en fonction de la vitesse du vent ou du nombre de membres présents à l'assemblée. Tu la sens la règle stupide inventée pour coller à la réalité ? En moyenne, le nombre de membres est 50. En moyenne, 15-20 adhérents participent aux assemblées, hop chions une formule dont le résultat tombe dans cette fourchette.
À ce stade, je ne conçois pas trop ce que changerait le vote électronique. Il y aura des bugs dans les machines à voter ? Comme il y en a chez les humains… Vérifier et contester demandera des compétences approfondies ? Comme maintenant. Oui, l'urne électronique ajoute nécessairement de la complexité, mais elle peut aussi réduire le nombre d'erreurs grâce à une mémorisation et une application stricte des règles du jeu, donc match nul, non ? La seule chose tangible qui change, c'est que l'on donne du pouvoir aux développeurs informatiques en sus des juristes… Chacun son charabia, en somme…
Passons à mon rôle d'assesseur d'une heure. Déjà, les urnes étaient en bois / métal donc pas transparentes. Premier couac : ma binôme était présente, mais quand elle a vu qu'un pigeon allait tenir l'urne, elle est partie. J'ai consigné son absence dans le procès verbal. Un collègue m'expliquera qu'elle est blasée de son taff, qu'elle se sent inconsidérée, etc. ce qui l'amène à une certaine fainéantise permanente. D'autres urnes étaient dans le même cas. Deuxième couac : un électeur n'apparaît pas sur ma liste d'émargement alors qu'il a bien toutes les caractéristiques pour voter à ce scrutin. Les consignes indiquaient que les listes d'émargement étaient figées après le 19 novembre, donc j'ai refusé son vote. L'organisateur du scrutin, les ressources humaines, a constaté qu'il apparaissait sur la liste d'émargement de son ancienne catégorie (B), donc qu'on allait le transférer sur ma liste (catégorie A). J'ai trouvé cela contestable, car un collègue de mon service n'est pas venu voter au motif qu'il n'apparaissait pas sur la liste d'émargement et qu'il était trop tard pour contester cette liste. Par souci d'égalité, ma conviction était de refuser son vote, mais, bon, soit. J'ai consigné cet événement dans le procès verbal. Je retiendrai que les règles sont interprétables au doigt mouillé et qu'une liste d'émargement figée ne l'est pas forcément. Le reste de mon tour de garde s'est bien passé. Quand je vois la virginité des autres procès verbaux, je me dis que soit je suis malchanceux, soit je suis tatillon. Je passe la main à ma successeure en essayant de lui expliquer les quelques règles que j'aurais voulues que mon prédécesseur explique au novice que j'étais.
Je me suis interrogé sur la manière de truquer mon urne, notamment dans le cas où un seul assesseur est présent. Déjà, les assesseurs tournants (deux par urnes par heure), ça limite le temps de fraude possible… mais avec des complices, ça passe. Ensuite, la disposition physique du bureau de vote semble également limiter la fraude : nous étions en carré dans une grande salle, chaque pair d'assesseurs voit les autres urnes de la salle. Et comme toutes les urnes ne sont pas sollicitées au même moment, les assesseurs inoccupés peuvent déporter leur regard sur leurs voisins. Notons que les malvoyants sont exclus de cette possibilité de surveillance réciproque, donc le mythe du vote papier vérifiable par tous, merci bien. La réalité, c'est que la plupart des assesseurs inactifs sont plongés dans leur smartphone ou un livre ou dans une discussion. À plusieurs reprises, j'ai approché ma main contenant une enveloppe de la fente de mon urne : aucune réaction. Si je bourre l'urne sans signer, ça se verra. Si je bourre et que je signe, il faut que je sois sûr que l'électeur correspondant ne viendra pas voter, sinon, ça se verra. À l'échelle de mon établissement, c'est facile : les agendas sont publics. Mais à l'échelle d'une circonscription électorale… On peut aussi se positionner sur le dernier créneau horaire, là où quasi aucun électeur viendra.
Cela me semble être pareil avec les machines à voter : si une liste d'émargement est tenue à l'écart, le recomptage montrera la fraude. Si le vote est conditionné à la saisie d'une information confidentielle ou biométrique, alors il faudra dérober cela et voter en s'assurant que l'électeur ne se présentera pas. Même merde. En présence d'une liste d'émargement séparée, et, par rapport au vote papier, le vote électronique facilite """"uniquement"""" l'altération des voix. L'impression d'un reçu ("vous avez bien voté pour X") ou tout autre mécanisme de vérification postérieur par l'électeur est vain, car le logiciel peut comptabiliser une voix pour Y et afficher une voix pour X (sans compter que certaines solutions compromettent le secret du vote). L'altération des voix nécessite la complicité du fabricant de l'urne électronique et/ou de ses exploitants (les gus qui installent et paramètrent la machine pour chaque élection). Et là, je doute : ça en fait, des gens à mettre dans la boucle… Même les projets secrets à fort intérêt (comme le projet Manhattan) ne sont pas secrets pour tout le monde (Staline savait)…
Je reviens quelques heures plus tard pour assister au dépouillement.
Nous attendons que les urnes de notre site géographique distant soient rapatriées… Par les ressources humaines… Ceux qui disposent des clés des cadenas des urnes et de 45 minutes de trajet en compagnie des urnes et des listes d'émargement… Il est très probable que le détenteur des clés fut le DRH et que les membres des ressources humaines mobilisés pour le déplacement ne pouvaient donc pas ouvrir les urnes sans complicité de la hiérarchie, mais, encore une fois, le vote repose sur la confiance… Comme le vote électronique ?
Une collègue jusqu'à alors inconnue et moi-même dépouillons une urne. Deux personnes pour une urne, ça fait un peu juste, ça se soudoie facilement. Mais d'un autre côté, je ne pense pas que la corruption fonctionne dans une relation un-à-un avec un statut hiérarchique identique (le risque encouru est trop grand pour une seule personne), sauf si la personne soudoyée se rend compte que les corrompus sont majoritaires autour d'elle (effet mouton). Nous sommes tous les deux inexpérimentés et nous tentons tant bien que mal d'appliquer les consignes, notamment sur le double comptage. Quand des incertitudes se présentent (seul exemple dont je me souviens mais pas le seul : quel vote compte, celui par correspondance ou en présentiel ?), nous demandons au DRH ce qu'il convient de faire. D'un côté, c'est cool, car ça garantit une application homogène des consignes pour tous les dépouillements en cours. De l'autre, ça permet aux ressources humaines d'orienter le résultat en décidant quelles voix comptent ou non…
Je participe au dépouillement d'une deuxième urne, bien plus conséquente (car plus d'électeurs potentiels). Nous sommes une dizaine de personnes, dont des chefs de sections locales de syndicats. Cool. On dompte deux fois le nombre de bulletins total, le nombre de bulletins pour chaque syndicat ou blanc ou nul. Cool. À la moindre divergence, quelqu'un d'autre recompte… et nous avons recompté 3 ou 4 fois. Cool. Un collègue déchire partiellement un bulletin en même temps que l'enveloppe, on le consigne afin que le bulletin ne soit pas considéré comme nul lors d'un éventuel futur recomptage. Par mégarde, je "jette" un bulletin d'une collègue dépouilleuse… À la fin, nous constatons un écart d'une voix dans les totaux. Pour une raison qui m'échappe lors de la rédaction de ce shaarli, nous n'étions plus en mesure de recompter, donc, après une discussion publique entre moi et la collègue, nous décidons collectivement de nous faire confiance, à moi et à la collègue, et d'attribuer la voix au syndicat que nous croyons être désignés par ce bulletin de vote fantôme et nous le consignons sur le procès verbal. Bref, beaucoup de surveillants et des erreurs isolées qui ne permettent pas d'influer sur le résultat.
Ensuite, les ressources humaines récoltent tous les procès verbaux des dépouillements et les saisissent dans un ordinateur. Un ordinateur et du code perfectible sont déjà dans la place ! L'ordinateur connaît le mode de scrutin, les listes de candidats et le nombre total de voix pour chaque, il peut en déduire quelles listes gagnent des sièges et qui, à l'intérieur de chaque liste, siégera (les noms sur les listes sont ordonnés, pour rappel et des quotas minimums sont prévus pour les perdants). Cette phase-là n'était pas publique, l'écran de l'ordinateur n'était pas visible par tous. Les ressources humaines étaient seules aux commandes.
Le président et le directeur général des services de l'établissement, en leur qualité de tenanciers des bureaux de vote, demandent aux présents de signer au hasard les procès verbaux définitifs, ceux issus de l'ordinateur, ceux qui mentionnent les gagnants. Ils sont épuisés et veulent en finir rapidement. Malins, ils sollicitent des gens avec lesquels ils ont eu des désaccords par le passé. Cette stratégie vieille comme le monde permet de renforcer la légitimité de l'organisateur du scrutin ("regardez, même mes """"opposants"""" ont signé, donc y'a pas de magouille !") et, en cas de contestation gagnante, de réduire la crédibilité du signataire, ce qui est tout bénéf' s'il s'agit d'un syndicaliste ("pourquoi t'as signé cette merde, t'es pas légitimé à défendre mes droits !"). Je suis sollicité. Je n'aime pas que l'on me presse et je n'avais pas participé au dépouillement du scrutin concerné, donc je me sentais illégitime à signer. Mais, pour faire bonne figure, j'exprime ma volonté de signer les procès-verbaux des scrutins que j'ai dépouillés. Je compare les chiffres (votants, nuls, blancs, voix pour chaque syndicat) avec ceux que j'avais consigné sur un bout de papier (j'ai constaté que personne d'autre n'a comparé avec un bout de papier, tous semblent avoir une excellente mémoire…). Ça correspond. Je signe.
Lecteur, as-tu remarqué que j'ai fait partiellement mon boulot ? Je me suis contenté de vérifier le nombre de voix et j'ai fait confiance à ceux qui ont paramétré l'ordinateur pour avoir saisi les bons paramètres de vote (mode de scrutin, etc.). Je n'ai pas vérifié les gagnants. Inversement, je présume fortement que des signataires ont vérifié les gagnants sans avoir participé au dépouillement donc en faisant confiance aux chiffres saisis dans l'ordinateur par les ressources humaines. Et ces inattentions ont leur importance… Un syndicaliste émet une réserve concernant un autre PV : il est quasiment certain que ledit scrutin doit désigner un titulaire et un suppléant. Or, là, deux titulaires et deux suppléants ont été désignés. Il doit s'expliquer à plusieurs reprises, faire face à la fatigue et au scepticisme ambiant, mais, au final, il avait raison ! Quand, en privé, je complimenterai son intégrité, il m'exposera, en somme, que je suis naïf : il n'est pas intègre, il a servi les intérêts de son syndicat. C'était eux, le 2e couple titulaire + suppléant. S'il avait rien dit, lorsqu'il aurait voulu siéger, il se serait fait rembarrer et si la supercherie avait durée, les décisions prises par l'organe auraient été annulées. Il valait mieux contester et espérer que d'autres paramètres de l'ordinateur étaient faussés ayant pour conséquence que son syndicat passe devant et obtienne les deux postes disponibles. Après coup, cela me rassure : la sincérité du résultat d'une élection ne repose pas uniquement sur l'honnêteté et l'intégrité de certaines personnes, mais aussi sur leur désirs et leurs intérêts contradictoires. Quelle meilleure garantie que cela ?
C'est la fin de la soirée, je discute nonchalamment avec notre directeur des ressources humaines. Il m'expose qu'il est content que ces élections soient terminées, car ses équipes sont épuisées par cette longue journée et les mois de travail préalables. C'est vrai que l'épuisement se lit sur les visages. Certes, ces personnes auront des récupérations pour leur temps de travail supplémentaire, mais quand même. Il m'expose que tout cela coûte de l'argent à l'État, vivement le vote électronique. Je contre-argumente. Fiabilité, possibilité pour le plus grand nombre de vérifier, sécurité, etc. Je ne le convaincs pas, mais il m'a écouté.
Les jours suivants, je réfléchis… Au final, il existe plein de moyens de truquer ou d'orienter un vote papier sans que ça se voit trop… Et pourtant, en moyenne, cela se passe plutôt bien. Il y a plein de moyens de truquer un vote électronique, surtout en l'absence d'une liste d'émargement séparée. Pourquoi en déduire que cela va forcément se passer plus mal que le vote papier ?
La sincérité des votes papier auxquels j'ai assisté reposait quand même beaucoup sur l'intégrité des membres des ressources humaines : rapatriement des urnes, applications des règles et prises de décision, saisie des voix et paramétrage de l'ordinateur, etc. Les ressources humaines peuvent avoir intérêt à truquer les votes locaux afin que le syndicat actuel, qui est peut-être consensuel, ne soit pas détrôné au profit des syndicats plus remuants (CGT, FO, etc.). Il peut être difficile, pour un assesseur, de s'opposer aux ressources humaines : ça peut faire une trace dans le dossier du concerné et lui coûter une promotion (changement de grade ou de catégorie, par exemple) ou une mobilité interne (c'est-à-dire un changement de service).
D'un autre côté, plus il y a de personnes présentes tout au long du scrutin avec des idées politiques diverses, plus la sincérité du scrutin me semble assurée. À condition que tout soit public en permanence. Or, ici, on voit que ce n'est pas le cas (rapatriement des urnes, saisie sur l'ordinateur, etc.). Une autre condition serait la diversité des dépouilleurs et leur rigeur… Le vote électronique (ou le vote à distance, sur le web) réduit drastiquement le nombre d'observateurs, c'est indéniable. Est-ce pour autant que le vote électronique nous fait passer d'une situation vaguement satisfaisante à une situation pire ? Je n'en suis plus convaincu… Et si nous idéalisions le vote papier ?
La semaine suivante, des rumeurs me parviennent. Des identifiants et des mots de passe permettant de voter au seul scrutin se déroulant sur le web ont été dérobés et utilisés. Chaque personnel et enseignant pouvait récupérer une feuille papier les contenant auprès des ressources humaines. Beaucoup ne l'ont pas fait. Cela n'aurait pas été perdu pour tout le monde. Je suis sceptique… Vu ma source, le tenancier d'un syndicat, je me dis que ça fait partie du jeu de faire tout un foin de quelques événements isolés afin de remettre en cause l'élection. Néanmoins, la semaine d'après, le Canard enchaîné évoque un vol conséquent desdits identifiants+mdp au sein du ministère de l'Intérieur (qui n'est qu'une branche de la fonction publique d'État)… Qu'en penser ?
Prenons de la hauteur et regardons les élections présidentielles, législatives et européennes.
Le dépouillement se fait publiquement au niveau des bureaux de vote, puis les chiffres sont remontés à la préfecture puis au ministère de l'Intérieur. Il y a aucun contrôle citoyen lors de ces remontées et agrégations. Peu de personnes sont présentes. Qu'est-ce qui empêche de magouiller les chiffres durant ces étapes ?
ÉDIT DU 11/09/2020 À 21 H 26. On peut aussi évoquer les magouilles avec les procurations qui semblent avoir émaillées les élections législatives de 2020 dans le sud de la France ? Cette pratique n'est pas nouvelle (exemple : annulation, par le conseil constitutionnel de l'élection de Tessier face à Tapie aux législatives de 1988). FIN DE L'ÉDIT DU 11/09/2020.
Il y a tellement de moyen d'influencer un scrutin (papier ou électronique) que je ne vois plus l'intérêt de pirater ou truquer une machine à voter… Le mode de scrutin (à un tour, à deux tours, majoritaire, proportionnel, mixte, etc.), le découpage des circonscriptions électorales, le nombre de bulletins mis à disposition dans les bureaux de vote (les petits partis n'avaient pas de bulletins pour les élections européennes, faute de moyens financiers pour les payer ; les piles de bulletins qui disparaissent des bureaux ne sont pas rares), les trouzemilles règles qui régissent un scrutin et qui peuvent être appliquées différemment en fonction des bureaux de vote (le grammage du bulletin de vote, les procurations, etc.), ou, plus simplement une bonne vieille campagne médiatique de dénigrement (coucou Poutou et Méluche, entre autres) puis d'appel au barrage républicain. Tous ces procédés sont légaux (notons que le vote électronique en supprime certains, comme la disponibilité des bulletins), alors qu'un piratage ou un trucage franc font encourir de sévères peines… Pourquoi prendre ce risque-là quand on peut faire autrement ? Néanmoins, les élections annulées de temps à autre par le Conseil constitutionnel illustrent qu'il y a un intérêt qui m'échappe…
Que le vote soit papier ou électronique, les citoyens sont les dindons de la farce dans les deux cas. Assumons que le vote n'est pas démocratique et passons à autre chose, non ?
En tout cas, en ce qui concerne le vote électronique, mon avis n'est plus aussi tranché…