1/3 des députés européens ont des activités rémunérées en dehors de leur mandat. :O J'imagine que nombre d'entre eux ont une société de conseil (la France a échoué à faire évoluer sa législation nationale sur ce sujet). Le Parlement européen exige une déclaration de la fourchette de leurs revenus privés. Les contrôles sont rares et les sanctions insignifiantes et peu appliquées. Quand tu vois que Goulard (ainsi qu'un Roumain et un Hongrois) a vu sa candidature comme commissaire européenne être refusée en partie pour ça (avoir perçu du fric d'un institut américain durant son mandat de député) …
Ce n'est plus un mandat, c’est un hobby ! Selon l’ONG Transparency International, un tiers des députés européens ont des activités rémunérées en dehors de leur mandat. Et ces boulots rapportent à 48 d’entre eux plus de 10 000 euros brut par mois, soit plus que leurs émoluments d’élu…
En 2012, le Parlement européen a bien adopté un code de bonne conduite pour lutter contre les conflits d’intérêts, mais celui-ci est d’une folle férocité. Les eurodéputés n’ont pas le droit d’être payés par des lobbys, mais ils ont le droit de bosser dans le secteur privé. Et ils ne déclarent qu’une vague fourchette de leurs revenus : de 500 à 1 000 euros par mois, de 1 000 à 5 000 euros, etc.
Les vilains pas beaux qui contreviennent à ce code ne risquent pas grand-chose (« Le Monde », 26/9) : les sanctions prévues vont de « la réprimande (…) à la suppression de l’indemnité journalière (320 euros) pendant trente jours, au plus ». Et, dans la pratique, elles ne sont même pas appliquées. Sur 24 manquements signalés depuis 2014, aucun n’a donné lieu à une tape sur les doigts. Trop dur…
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
Blé + pain qualitatifs + autonomie financière + entraide versus standardisation des semences, blé gorgé de pesticides + pain blanc peu nourrissant, trop salé, gorgés additif et de gluten.
Dans “Notre pain est politique” (Editions de la dernière lettre), des paysans-boulangers racontent leurs blés merveilleux, leur fournil, leur lutte contre le mauvais pain industriel. Goûteux !
« Cet ouvrage contient probablement des traces de gliadines et de gluténines, protéines insolubles. » On comprend qu’après deux années d’écriture, de réunions, d’échanges internes, et tout cela entre foin, moisson, pétrissage, cuisson et vente à la ferme, la dizaine de paysans-meuniers-boulangers auteurs, avec l’aide du journaliste Mathieu Brier, de ce riche et bel album ait eu envie de conclure sur cette facétieuse petite touche finale…
Pourquoi leur pain est-il politique ? Tout commence, racontent-ils, avec le mouvement anti-OGM de la fin des années 90. Nombreux sont alors les paysans proches de la Confédération paysanne qui remettent en question la standardisation des plantes par l’agro-industrie, laquelle impose un nombre restreint de variétés génétiques, obligatoirement « distinctes, homogènes et stables ». Et surtout rentables (et peu importe le goût). Comment échapper à cette tutelle, à cette uniformisation, à l’appropriation du vivant ? « C’est une monstruosité, dit l’une des paysannes, cette idée que les semences ou les gènes puissent appartenir à quelqu’un plutôt qu’à tout le monde ».
En 2004, en Auvergne-Rhône-Alpes naît le Groupe Blé, qui réunit aujourd’hui de 30 à 40 fermes. Ses membres se mettent à récupérer des grains chez des paysans qui les ont conservés au champ (en les replantant chaque année), mais c’est surtout dans les réfrigérateurs du centre de ressources génétiques de l’Inra à Clermont-Ferrand qu’ils en trouvent. Ils les sèment, observent les résultats ; ces blés sont multipliés, échangés, distribués aux amis, conservés. Ils évoluent « au gré des saisons, des usages, des fermes qui les accueillent ». Ainsi cette variété repérée par l’un d’eux dans une parcelle de collection, avec « des tiges hautes mais solides, un épi non barbu, rouge brique, assez long ». Ayant oublié son nom, il le nomme provisoirement « Inconnu », mais deux ou trois saisons et quelques bourses d’échange suffisent à rendre cet inconnu célèbre. Trop tard pour le débaptiser !
Tout naturellement, « une fois que l’on fait son blé et sa farine, faire et vendre son pain apparaît comme une bonne solution pour permettre quelques revenus et tenir sur la ferme » : ils se font paysans-boulangers. Bien sûr, leur pain n’a rien à voir avec celui que fabriquent à la chaîne les puissants groupes de l’industrie boulangère, lequel est « massivement blanc, peu nourrissant, avec trop de sel, de pesticides et d’additifs », et en prime plein de glutens très tenaces et globalement mauvais pour la santé.
Nos paysans-boulangers disent tout ici de leur savoir-faire accumulé et de leurs pratiques collectives, nous enseignent le b.a.-ba des semences, des variétés, du pain, de sa cuisson, nous expliquent la différence entre four romain, four a gueulard et four Soupart, nous éclairent sur les géants de la boulangerie industrielle, etc. S’ils savent que la mode est aux pains dits « artisanaux », aux « semences anciennes » et au « retour du levain », ils précisent que leur but n’est pas de « construire une énième marque de qualité à apposer sur des pains ». Ce qu’ils veulent, c’est faire tout le contraire de l’agro-industrie dominante. Travailler avec la nature (et pas contre), privilégier la qualité (et pas la quantité), vivre de manière autonome (et pas à la merci des intérêts financiers), pratiquer avant tout l’entraide (et pas la compétition). Oui, le pain est politique !
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
La camelote militaire française serait utilisée contre des civils au Yémen, dans le Sahara occidental, en Égypte, en Indonésie et au Cameroun.
Le député de Haute-Garonne Sébastien Nadot, dissident de LRM, continue sa croisade solitaire contre les ventes d’armes françaises utilisées contre des civils au Yémen. Il réclame en vain, depuis un an et demi, la création d’une commission d’enquête à ce sujet. Le 23 septembre, il a sèchement rappelé par recommandé au président de l’Assemblée, Richard Ferrand, l’obligation pour la commission des Affaires étrangères de statuer sur cette demande. En dépit de l’obstruction, depuis des mois, de sa présidente, Marielle de Samez (MoDem)…
Pour tenter de contourner ce blocage sur le Yémen, Nadot étend désormais sa demande à d’autres pays. Ce trublion vient de déposer un nouveau projet de commission d’enquête portant directement sur le très discret organe, composé de hauts fonctionnaires, chargé d’autoriser au cas par cas les ventes d’armes : la commission interministérielle pour l’étude des exportations de matériels de guerre (CIEEMG).
Commissions impossibles ?
Nadot invoque non seulement l’utilisation contre des civils au Yémen de canons Caesar saoudiens ou de chars Leclerc émiriens, mais aussi le déploiement de Mirage F1 marocains au Sahara occidental. Ainsi que la présence de missiles américains antichars Javelin, au départ vendus à l’armée française, dans une base du maréchal Haftar en Libye.
Ces missiles Javelin ont été """"oubliés"""", par la DGSE, dans une base militaire libyenne. :')
Il pointe également du doigt l’usage de véhicules blindés légers Mids et Sherpa par des bataillons d’élite en Egypte dans des opérations de répression pouvant viser des civils. Idem en Indonésie et au Cameroun, où des hélicos ou du matériel de fabrication française ont aussi été engagés contre des civils…
Le pays des droits de l’homme laisserait commettre de pareilles bavures ? Impensable.
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
En 2021, France Médias, une holding chargée de répartir le fric mais qui ne s'occupera pas de la ligne éditoriale (lol, comme si le budget n'influait pas sur une ligne éditoriale), chapeautera France Télévisions, Radio France, France Médias Monde et l'INA. Son Conseil d'Administration sera composé de 5 représentants de l'état, 2 personnes nommées par le Parlement, 2 personnes désignées par le CA lui-même et 2 représentants du personnel. Soit 6 à 9 membres du CA partageant le point de vue de la majorité présidentielle. Le président sera validé par le CSA. Les Conseils d'Administration de France TV et de Radio France seront composés de 10 membres : le président de France Médias, 2 représentants de l'État, 2 représentants de France médias et 2 personnes nommées par le Parlement. Soit au moins 6 membres du CA de chaque groupe audiovisuel partageant le point de vue de la majorité présidentielle.
Le Canard semble outré, mais, aujourd'hui, c'est le CSA qui nomme seul les présidents des différents groupes de médias publics. Et certaines nominations paraissent avoir été influencées par le Château, comme celle de Delphine Ernotte (source : Canard enchaîné du 9 octobre 2019). Donc bon…
Ce qui me semble problématique, c'est l'arrêt des émissions intéressantes comme le Soir 3 et des chaînes diversifiées comme France 4 qui sonne comme un sabotage, l'abandon des territoires (France Ô va cesser d'émettre sur la TNT, réduction des effectifs des antennes locales des TV et radios), le manque de moyens (absence de financement de bons documentaires, rediffusions en masse, licenciements en masse, etc.) et le recours massif à des CDD de long terme sans cesse sanctionné par les Prud'hommes alors que l'externalisation des productions, entre autres, a permis de rémunérer grassement des vedettes intemporelles qui nuisent à la diversité (Drucker, Sébastien, Lucet, etc.) et des petits chefs à tous les étages (selon le numéro juillet-août 2019 de Siné mensuel)..
En tout cas, nous ratons l'opportunité de construire un vrai groupe de médias publics unifié et puissant (l'unification permettrait une transversalité, un suivi de l'actualité multi-supports et une mutualisation des compétences, donc des budgets plus colossaux pour des reportages plus rentables car conçus pour être diffusés en plusieurs parties sur plusieurs supports, etc.)…
L‘histoire retiendra que Franck Riester a créé le grand machin audiovisuel public unifié dont tous les gouvernements parlaient… L’exploit s’arrête là. En 2021, la réforme de Macron, portée par son ministre de la Culture, accouchera d’une BBC du pauvre. Pas de fusion à l’anglaise de la télé et de la radio publiques : Riester n’a obtenu qu’un holding qui viendra chapeauter France Télés et Radio France. Bref, une couche supplémentaire au-dessus de deux millefeuilles déjà bien épais…
Le ministre, en revanche, a mal dissimulé l’entourloupe. Avec France Médias — le nom hautement original du futur ensemble —, l’« indépendance » promise rappellera celle de l’ORTF. A la tête de son conseil d’administration (douze membres) trônera en effet un superprésident, qui sera donc choisi par onze personnes. A trois représentants de l’Etat s’ajouteront six personnalités qualifiées, dont deux nommées par le Parlement, deux autres proposées par… l’Etat et deux, enfin, désignées par le conseil d’administration lui-même ! Les deux derniers seront des élus du personnel, dont on sait que, par tradition, ils ne prendront pas part à l’élection de leur futur dirigeant, pour ne pas lui être redevables.
A l’arrivée, le superprésident de France Médias sera désigné par onze membres (neuf votants actifs), dont cinq déjà acquis à l’Etat et un, au moins, issu de l’Assemblée, donc de la majorité. Chapeau !
Le plus drôle ? En dessous de ce dangereux opposant, les directeurs de France Télés et de Radio France seront, eux, appointés par leurs conseils d’administration respectifs, composés de dix membres. Mais, attention, parmi les dix membres en question, on retrouve le superprésident de France Médias ! Ainsi que deux représentants de l’Etat, deux personnalités qualifiées nommées par… France Médias et deux autres, encore, choisies par le Parlement.
Si l’indépendance de l’audiovisuel public ne sort pas renforcée de toutes ces innovations, c’est à vous dégoûter de faire des réformes !
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
En 2018, 831 événements significatifs ont été relevés par le commandement de la cyberdéfense français. Le périmètre surveillé est les armées et le sinistère de la Défense. De même, le rapport et le compte-rendu de l'audition de Lecointre n'indiquent pas la gravité qui se cache derrière l'expression « événements significatifs ». 1/8 de ces événements sont des attaques informatiques avérées, dont 6 sont caractéristiques de modes d'action de groupes affiliés à des États. Ces attaques relevaient de l'espionnage de militaires et de civils bossant au sinistère de la Défense, dans les relations internationales ou les fonctions opérationnels d'intérêt (comme l'approvisionnement en carburant de la Marine). Origine des attaques ? Seule la Russie est citée. Rien en provenance de la Chine (fin du mythe du hacker chinois ?), de l'Iran ou de la Corée du Nord. Les États-Unis sont mentionnés par Gérard Longuet, pas par Lecointre. Je trouve ça louche… À quoi joue Lecointre en exposant seulement la Russie ? Je rappelle que les attaques informatiques, comme les non informatiques, sont difficiles à attribuer.
3 400 militaires et civils bossent au Commandement Cyberdéfense des armées. Ce nombre devrait croître d'environ 1 000 en 5 ans.
Le général François Lecointre, chef d’état-major des armées, a révélé à la commission d’enquête du Sénat sur la « souveraineté numérique » que la France a été la cible, en 2018, de 813 attaques informatiques. Une bonne centaine d’entre elles, a-t-il précisé, « ont visé, à des fins d’espionnage, de hauts responsables civils, dans le domaine des relations internationales et des intérêts de sécurité, et des militaires occupant des fonctions opérationnelles ». Le 10 septembre, la commission d’enquête a achevé ses travaux, et, au début d’octobre, elle examinera le rapport d’enquête en vue de son éventuelle parution, dans une version édulcorée ou pas.
Qui sont les agresseurs cités par le général Lecointre ? Tout d’abord, le groupe Turla, affilié aux services de renseignement russes (le FSB civil et le GRU militaire). Le second sur la liste est plus inattendu. Il s’agit du « plus grand pays allié [de la France] , avec lequel nous entretenons des relations anciennes et qui a été pris la main dans le sac à plusieurs reprises, par tous ses bons alliés de l’Otan, pour sa capacité à s’intéresser à ce qui n’est pas sur la place publique ». C’est en ces termes particulièrement choisis que le chef d’état-major décrit — sans les nommer — les Etats-Unis, approuvé en cela par le rapporteur de la commission d’enquête, le sénateur Gérard Longuet, ancien ministre de la Défense.
Espionnés jusqu’au Sahel
L’accusation est-elle surprenante ? Non. Depuis les révélations d’Edward Snowden, on ne devrait plus avoir aucun doute sur les aimables pratiques américaines d’espionnage électronique… En revanche, très peu de cybermenaces sont venues d’Iran, de Corée du Nord, et « aucune attaque avérée d’un groupe affilié à la Chine n’a été repérée », a signalé François Lecointre. Serait—ce l’expression d’une certaine condescendance à l’égard de la France ?
A l’état-major des armées, on s’était félicité, en janvier, de la création du « Commandement Cyber », confié au général Olivier Bonnet de Paillerets. Auditionné par la commission sénatoriale, cet ancien officier de renseignement a affirmé qu’il était essentiel de surveiller « de bout en bout les circuits numériques » depuis Balard (siège du ministère des Armées) jusqu’aux positions des militaires français sur le terrain, par exemple au Sahel et au Levant. Mission du Commandement Cyber, revendiquée par ses chefs sur un ton martial : « désorganiser un ennemi, le positionner (sic), le traquer puis le traiter », pour le tenir en échec.
Les cybercombattants sont aujourd’hui au nombre de 3 400 militaires et civils, et leur nouveau patron, le général Didier Tisseyre, devra augmenter ses effectifs d’un millier de recrues d’ici à 2025.
Mais, selon le rapporteur de la commission d’enquête, les moyens sont encore loin d’être réunis pour protéger des Russes, des Américains et de quelques autres nos systèmes informatiques les plus sensibles...
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
Une ex-sénatrice avait reçu, en catimini, un consultant de Servier qui lui a prodigué des conseils pour modifier son rapport parlementaire d'information sur le Médiator.
Nouvelle illustration dans ma réflexion "le contribuable doit-il prendre en charge les frais de justice des élus ?". Dans le cas présent, la protection dont bénéficie l'ex-sénatrice est inspirée de la protection fonctionnelle dont bénéficie tous les agents de la fonction publique (je découvre que ça existe…). Faut-il l'étendre à tous les travailleurs (tous sont responsables, au final) ? En l'absence, cela ne crée-t-il pas des situations inégalitaires comme quand un assistant parlementaire, non-couvert, attaque son parlementaire-employeur qui, lui, peut utiliser son indemnité de frais de mandat pour payer un avocat et/ou bénéficier d'un contrat de protection juridique qui englobe avocat et chargé de comm' ? Poser des limites à cette protection, comme la faute personnelle, n'est-ce pas empiéter sur le procès ? Ne vaudrait-il pas mieux un mécanisme de remboursement en cas d'abus ? Faut-il prendre en charge les frais de justice d'un élu qui attaque quelqu'un d'autre en justice (on est alors hors du cadre de la protection fonctionnelle), comme c'est le cas pour ceux de David Rachline ?
Marie-Thérèse Hermange, seule élue renvoyée en correctionnelle dans le procès du Mediator, qui vient de commencer, n’a pas eu à se saigner pour payer ses frais d’avocat. En 2013, au moment de sa mise en examen pour complicité de trafic d’influence, cette ancienne sénatrice UMP a demandé — et obtenu — que ses frais d’avocat soient pris en charge par la Haute Assemblée ! Les victimes, elles, continuent de casquer depuis des années pour leur défense… « C’est hallucinant », s’étouffe l’ancien sénateur (divers-gauche) François Autain, qui présidait la mission d’information du Sénat sur le Mediator et a découvert la grande générosité de ses anciens collègues.
En 2011, alors qu’elle était rapporteure de la mission sur le Mediator, Hermange — à la nuit tombée et en catimini — avait reçu Claude Griscelli, un consultant… de Servier, qui lui avait rédigé ses précieux conseils pour modifier le rapport. Une intervention « clandestine », qui n’avait « rien de mineur », ont estimé les juges dans leur ordonnance de renvoi.
Merci, patron !
Le 23 avril 2013, le conseil de questure du Sénat, (deux élus PS et un UMP) a offert à Marie-Thérèse Hermange le bénéfice d’une « protection fonctionnelle ». Un avantage accordé aux élus locaux et aux agents publics et que la Haute Assemblée a décidé d’appliquer aux sénateurs actuels ou anciens, en cas de poursuites pénales « liées à l’exercice de leur mandat parlementaire ». Et même en cas de scandale sanitaire. La classe ! « La protection est de droit, on ne pouvait pas la refuser », assure Jean-Marc Todeschini (PS), l’un des anciens questeurs. Au sein de l’administration, elle peut pourtant être refusée si la faute est personnelle et « détachable du service ». Mais le Sénat n’a pas été vache à ce point…
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
En 4 mois, l'exécutif n'a toujours pas nommé de remplaçant⋅e à la tête du Parquet National Financier. En attendant, chaque gus du PNF tente de se positionner : pour ou contre l'ancienne cheffe ? D'une manière générale (hors PNF), les relations entre avocats et juges se tendent. Dans des écoutes téléphoniques, un avocat se vante d'avoir obtenu de l'ancienne cheffe du PNG des infos sur un dossier en cours. Est-ce vrai ou est-ce une construction intellectuelle dans ce climat délétaire ?
Episode inédit des querelles en hermine : le procureur de Paris, Rémi Heitz, enquête sur… le Parquet national financier (PNF), où son ancienne collègue la procureure Eliane Houlette (partie à la retraite l’été dernier) est mise en cause dans une sombre histoire de violation supposée du secret professionnel (« Le Monde », 21/9). Le nom de l’ancienne cheffe du PNF apparaît dans des écoutes téléphoniques où un avocat se vante d’avoir obtenu d’elle des précisions sur un dossier judiciaire intéressant la mairie de Marseille.
Méprisants baveux
Une enquête préliminaire a été ouverte, et Heitz doit prochainement décider si ces bavardages doivent être classés sans suite ou donner lieu à des investigations approfondies. L’affaire s’inscrit dans un surprenant contexte de règlement de comptes interne au sein du PNF, où s’opposent les pro- et les anti—Houlette, dans une ambiance de cour d’école où chacun tente de se placer avant l’arrivée d’un nouveau patron.
Cette histoire « de cornecul minable », selon un magistrat du pôle financier, en dit également beaucoup sur les relations de plus en plus exécrables entre avocats et magistrats. Histoire de « renouer les relations », l’Association des avocats pénalistes avait organisé, au printemps dernier, un « pot de l’amitié » à côté du tribunal de Paris. Sur les 200 invités, seuls une dizaine de juges et de parquetiers sont venus boire un coup, dont le président et le procureur. « Les baveux passent leur temps à nous chier dans les bottes, on ne va pas en plus trinquer avec eux… » résume un éminent magistrat. « Les juges nous mêprisent ! Eh bien nous aussi, désormais ! » grincent des avocats pénalistes…
Quant au pot de départ à la retraite de Renaud Van Ruymbeke, où se pressaient quelques dizaines d’avocats et autant de magistrats (un mélange très rare, ces temps-ci), il a été l’occasion de discours grinçants, dont : « Tu as su nouer des liens avec les avocats, hélas, tu n’as pas fait école… » L’épisode Houlette s’inscrit dans cette ambiance malsaine et sonne quasiment comme une interdiction de causer aux avocats. Vivement la bataille rangée !
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
Le lol du moment : lors du G7, les gendarmes ont utilisé leurs brouilleurs contre deux drones des flics chargés de la sécurité de Macron. :D
Cet article me fait prendre conscience de la place prise par les drones dans la sécurité : 62 drones des différentes autorités volaient au-dessus du G7. :O
Guerre des polices ou guerre des étoiles ? Il y a deux semaines, Eric Morvan, le chef des poulets, s’est fendu d’une lettre cinglante à son homologue, Richard Lizurey, patron des gendarmes. Il désirait savoir pourquoi, lors du G7 de Biarritz, qui se tenait quinze jours plus tôt, les pandores avaient descendu deux drones de la police en vol !
Le 24 août, les anti-G7 se donnent rendez-vous pour une manif maousse dans les rues d’Hendaye ; la gendarmerie est chargée de jouer les gros bras. Avant que les hostilités démarrent, les pandores testent leur brouilleur anti-drones, comme l’a raconté TF1 (25/9). Essai concluant : un engin volant dernier cri de la police aux frontières (PAF) est contraint de se poser en catastrophe. Après explication de gravures entre les belligérants, un autre drone de la PAF s’élève dans les cieux. Au même moment, un aéronef hostile est repéré par les gendarmes, qui pointent leur flingue anti-drones. Pif ! Le joujou de la PAF est descendu en flèche. Plouf ! La petite merveille s’abîme dans l’océan.
Quarante-huit heures plus tard, Emmanuel Macron met la dernière main à son interview télévisée du soir, retransmise en direct depuis le phare de Biarritz. Plusieurs drones sont mobilisés. L’un deux, un Matrice 210 équipé de caméras thermiques, veille à la sécurité du Président. Sa mission ? Signaler toute intrusion dans la zone rouge. Soudain, au PC LAD (lutte anti-drones), les opérateurs au sol perdent le contrôle de leur coucou à 30 000 euros. Branle-bas de combat : les écrans de contrôle restent désespérément noirs, impossible de faire revenir le drone à la base. Le bidule volant, qui pèse 5 kg, finit par sombrer à 30 mètres de fond. Re-plouf !
Tir aux pigeons
Les gorilles suréquipés de Trump sont illico soupçonnés d’avoir flingué le matos français. Fausse piste encore : les tueurs sont français et portent des képis ! Troublant, car les artilleurs avaient le choix : dans le ciel du G7, pour protéger tout ce beau monde, on dénombrait pas moins de 62 drones, français et étrangers…
Ergots sortis, les poulets, pensant carrément que la maison d’en face l’a fait exprès, songent à porter plainte. Pas de quoi impressionner les gendarmes : ces derniers font remarquer que certains flics n’avaient même pas le permis drone ! Et un gradé d’ajouter : « S’il y a plainte, on va bien rigoler. Ils veulent se payer un nouveau drone à nos frais ou quoi ? » Il y a vraiment de quoi lever les yeux au ciel.
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
On est parti pour construire deux nouveaux réacteurs nucléaires de type EPR 2, donc une nouvelle vague de nucléaire, afin de sécuriser l'approvisionnement électrique du pays et les compétences nationales (leur amoindrissement après Tchernobyl est, en partie, ce qui a semé la grouille dans les EPR). Entre 12 et 14 vieux réacteurs seront fermés d'ici à 2035. Le nucléaire est toujours une technocratie à l'intérieur de l'État en cela qu'il est toujours piloté par des conseillers des Mines depuis l'Élysée sans contrôle démocratique (le prochain président devra assumer le choix des EPR 2 qui seront alors en construction). On est donc loin de réduire drastiquement notre consommation d'électricité, ce qui nous permettrait d'utiliser d'autres sources d'énergie pilotées au niveau local par les citoyens, comme le fait Enercoop avec les panneaux solaires et les méthaniseurs. On est loin de financer la recherche scientifique sur d'autres technos nucléaires pas tout à fait mûres mais prometteuses comme des réacteurs au Thorium. La France s'entête et s'endette dans un choix passé…
Furieux des « dérives inacceptables » sur les chantiers de l’EPR, Bruno Le Maire considère que le nucléaire ne doit pas être « un Etat dans l’Etat ». Il a donc annoncé sur RTL (29/9) qu’un « audit indépendant » serait réalisé sur la filière française du nucléaire d’ici au 31 octobre. Et il a promis « des conséquences à tous les étages », y compris chez EDF.
Premiers visés : les EPR qui accumulent des retards très importants, en France avec Flamanville, en Grande-Bretagne avec Hinkley Point. L’annonce de Le Maire a été comprise comme un coup de semence en direction du pédégé d’EDF,- Jean-Bernard Lévy, qui s’est inquiété de son avenir à la tête de l’entreprise. Ces déclarations ont eu le don d’agacer l’Elysée. Confirmation d’un conseiller de Macron, lundi matin : « Nous sommes vraiment sur une ligne de soutien à Lévy. Il n’est pas question de le remplacer ou de le déstabiliser. On veut l’aider à reprendre l’industrie nucléaire en main. »
A priori, y a du boulot !
A marche forcée
Il est vrai que le malheureux ministre de l’Economie n’est pas tout à fait au parfum des dossiers nucléaires, pilotés en direct par l’Elysée, en étroite collaboration avec l'APE, l’agence de Bercy qui porte la participation de l’Etat dans le groupe EDF.
Censé disposer de la tutelle sur l'APE, Le Maire n’a pas été informé de l’appel d’offres que l’électricien tricolore a lancé, le 20 septembre, visant à construire les fondations et les bâtiments pour deux nouveaux réacteurs de type EPR 2 (version simplifiée des EPR) à Penly (Seine-Maritime).
Au terme de la loi adoptée en 2019, l’énergéticien a l’obligation de fermer entre 12 et 14 vieux réacteurs d’ici à 2035, mais il compte en même temps bâtir de nouvelles centrales pour assurer la sécurité d’approvisionnement et préserver les compétences nucléaires hexagonales. EDF doit donc présenter au gouvernement, d’ici à mi-2021, un dossier sur ses capacités à maîtriser, notamment financièrement, cette nouvelle vague de nucléaire.
Si l’électricien est aussi efficace que pour Flamanville, cela promet...
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
Réforme des retraites. Le premier sinistre promet (ça engage que ceux qui y croient) que rien de ce qui a été cotisé ne sera transformé en point ni perdu. Il accepte un garde-fou de la valeur du point. Le bas de laine des complémentaires retraite des professions libérales ne sera pas dérobé pour équilibrer le futur système de retraite ou le budget global de l'État, mais ceux des salariés du privé et des commerçants/artisans le seront…
Je note que la priorité de Bayrou, c'est pas le petit peuple, mais les avocats, les médecins, etc. Je note également qu'il se fait enfumer. Il ne faut pas confier la valeur du point de retraite à une « autorité indépendante dans laquelle les partenaires sociaux doivent figurer », car alors, pour supprimer le garde-fou ainsi institué, il suffit de créer une structure vide dans laquelle l'État et le patronat sont majoritaires. C'est l'État qui déséquilibre l'assurance-chômage et l'assurance-maladie, donc il ne faut pas le laisser gérer les retraites.
C'est désormais l’entente cordiale entre François Bayrou et Edouard Philippe. Pour preuve, les deux hommes se sont affichés ensemble le 29 septembre à l’université de rentrée du MoDem, à Guidel (Morbihan). Le Premier ministre participait pour la première fois à cette petite sauterie, et, s’il a un peu hésité à venir à cause du décès de Chirac, il n’a pas voulu prendre le risque de fâcher son nouvel ami Bayrou. Poussant même la délicatesse jusqu’à le ramener à Paris dans son propre avion. Les deux hommes se sont d’ailleurs livrés à un joli numéro de duettistes à propos des retraites, qu’ils avaient soigneusement mis au point avant de prononcer leurs discours respectifs devant les militants centristes.
Premier acte : le chef du MoDem confie la veille (28/9) aux journalistes — qui ne se sont pas pressés pour l’événement, ils n’étaient que… huit — les réserves fondamentales que lui inspire la réforme.
« Il faut garantir, leur dit-il, que les acquis sont acquis » (non, Bayrou ne bégaie plus : c’est une formule). Mais aussi : « Le sentiment de spoliation serait très dangereux et injuste. »
Une thèse qu’il développe le lendemain dans son discours à la tribune, en insistant sur trois points. Primo : il réaffirme que « les droits acquis doivent être acquis ». Deuzio : il propose que la valeur du point soit « confiée a une autorité indépendante dans laquelle les partenaires sociaux doivent figurer ». Tertio : il réclame que les bénéfices engrangés par certaines caisses professionnelles (avocats, médecins…) soient garantis.
Miracle ! Dans son discours, le Premier ministre cède sur toute la ligne aux revendications de lou Bayrou. Ces « trois accents toniques me vont parfaitement bien », assure-t-il. Ainsi,selon lui, rien de ce qui a été cotisé ne sera perdu, et cela vaut pour tous les régimes spéciaux. Rien de ce qui y a été déjà versé ne sera transformé en points. Voilà pour les droits acquis.
Ensuite, Philippe accepte le principe d’un garde-fous pour qu’un futur gouvernement n’ait pas l’idée saugrenue de diminuer la valeur du point pour des raisons budgétaires. Enfin, il s’engage à garantir que les fonds capitalisés dans les régimes de certaines professions libérales (celles qui ont manifesté le 16 septembre) ne serviront pas à équilibrer l’ensemble du système.
Un triomphe sur toute la ligne pour le maire de Pau, qui en a bien besoin pour continuer à exister. Et, surtout, des concessions très importantes faites en direction des syndicats et des professions électoralement sensibles. Malheureusement, à l’exception d’une brève dans « Les Echos », ce double message est passé totalement inaperçu dans la presse, trop occupée par le décès de Chirac.
Bayrou a d'autant plus besoin de continuer à exister que l'UDI pourrait remplacer le MoDem comme nouvel allié des Marcheurs en vue des municipales et des sénatoriales.
Le patron du MoDem avait pourtant insisté sur l’importance de l’enjeu.
« Depuis des années, j’ai beaucoup travaillé sur la retraite par points, et cette réforme peut échouer, avait-il expliqué. Si on claque brutalement les régimes spéciaux, on est morts ; si on touche aux capitaux accumulés par les professions libérales, on est morts ; et, si on touche à la valeur du point sans le laisser décider par une instance indépendante où siègent les syndicats, on est morts. »
Bayrou, lui, est bien vivant. Il ne lui reste plus qu’à empêcher Bercy de siphonner les 71 milliards de réserves des régimes Agirc-Arrco. Et, après avoir tant œuvré pour les forces laborieuses, il pourra prendre une retraite bien méritée.
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
Usine Lubrizol de Rouen. Avant d'affirmer que tout va bien, la préfecture a analysé la présence dans l'air de produits classiques… On ne sait pas ce que contenait l'usine (et, en application de la lutte contre le terrorisme, on ne le saura pas). Certains des produits stockés n'ont pas de "fiches d'identité", d'après le Canard enchaîné du 9 octobre 2019. La dernière inspection de la Dreal, datant de 20 jours avant l'incident, n'a rien relevé. La mise en application du plan de mise en sûreté du rectorat a totalement foiré (SMS envoyé aux directeurs d'école après le début habituel des cours et bien après le déclenchement des sirènes d'alarme de la ville) d'après un autre article du même numéro du Canard. Je passe sur la précipitation habituelle du gouvernement en manière de communication qui l'a conduit à déclarer, à la presse, 5 200 tonnes de produits envolés puis 9 000 tonnes, par exemple…
Cela me fait penser à l'incendie de Notre-Dame suite auquel l'Agence Régionale de Santé et l'Institut National de l'Environnement industriel et des risques sont incapables, 6 mois après, d'exposer où est retombé le plomb qui a flambé (source : le Canard enchaîné du 16 octobre 2019. J'ai bien conscience que c'est difficile : peu de capteurs, calculs théoriques dépendent du vent, des obstacles, du poids des particules, etc. Je constate que, que ce soit du nucléaire (pollution des sols et de l'eau toujours en cours suite à Tchernobyl, par exemple), de l'industrie chimique (AZF et Lubrizol) ou un banal incendie, la prévention des risques sur les populations et les plans de sûreté mis en œuvre après coup sont un échec. Que faire ? Est-ce une question de manque de moyens ? Faut-il tout miser sur les mesures pour éviter des incidents ?
Ils sont fous, ces Normands ! Depuis l’incendie à grand panache noir de l’usine chimique de Lubrizol, ils sont « dans la défiance ». Ils ne croient plus en la parole des politiques. Ils « cèdent à la psychose ». Ils veulent qu’on prenne en compte leur « ressenti ». On a beau les rassurer, leur promettre, comme l’a fait Edouard Philippe, l’« absolue transparence », ils doutent. L’ excellent Pierre-André Durand, préfet à casquette tout droit sorti des années 60, a beau leur affirmer que la situation est « normale », que l’atmosphère est dépourvue de toute « toxicité aiguë » et que les 137 écoles fermées pendant trois jours ont bel et bien été nettoyées (lire p. 3), ils manifestent, montent des collectifs, portent plainte, s’énervent, accusent tous azimuts.
Certes, le toxicologue André Picot relève que les analyses livrées par la préfecture sont « hors de propos », qu’ayant cherché dans l’air « des produits classiques comme le dioxyde d’azote qu’émettent les moteurs Diesel » elle ne risquait pas de trouver des taux différents de la normale, qu’on ne sait toujours pas exactement ce qui a brûlé au sein de l’entreprise, qu’il est fort possible qu’il y ait des organophosphorés — lesquels sont neurotoxiques (« Paris Normandie », 30/9).
On saura peut-être jamais tout ce qui était stocké puisqu'une circulaire du 6 novembre 2017 prévoit qu'au nom du risque terroriste, le nom des substances et leur volume doivent être gardés secret. Les informations sont « non communicables » mais elles peuvent « être consultées selon des modalités adaptées et contrôlées », stipule la circulaire.
Certes, l’expert judiciaire Gabriel Ullrnann, qui a été consultant environnement pour Lubrizol dans les années 90, fait remarquer que, profitant de la fameuse loi macronienne d’août 2018 dite Essoc — pour « un Etat au service d’une société de confiance » (sic) —, qui assouplit les contrôles au nom de la « simplification », les patrons de Lubrizol ont obtenu dernièrement du préfet une augmentation de la production et du stockage sur leur site.
En janvier, feu vert pour 1 598 tonnes de production de plus. En juin, feu vert pour 600 tonnes de stockage de plus. Et ce en contournant le plus légalement du monde l’autorité environnementale, laquelle a pour mission de mener sur ce genre d’équipement des études de danger décisives. L’exemple même, selon cet expert, du saucissonnage qui permet de faciliter les projets industriels dangereux au détriment de l’environnement et du principe de précaution.
Certes, la dernière inspection menée chez Lubrizol, il y a vingt jours, par la direction régionale de l’environnement (Dreal) avait conclu que « le risque d’incendie sur le site [était] d’une fois tous les 10 000 ans ». C’est ce qui s’appelle avoir du pif…
Mais, bon, tout va bien. A la question : « Ç’aurait pu être plus grave ? », le pédégé de Lubrizol répond : « Oui, l’usine aurait pu être détruite à 50 % . » Ouf.
Dans le Canard enchaîné du 2 octobre 2019.
Jean-Jacques Urvoas, alors sinistre PS de la Justice avait transmis à Thierry Solère, alors député LR, sa fiche d'action publique, c'est-à-dire une note qui fait le point sur l'enquête pour fraude fiscale et corruption qui le visait. Pour le procureur, Urvoas a agit ainsi pour s'attirer les faveurs Solère, « un copain de Macron » (d'après le Canard enchaîné du 2 octobre 2019) en vue des législatives de 2017.
La Cour de Justice de la République n'a pas retenu une violation du secret de l'instruction, un ministre de la Justice n'y participant pas, mais elle a condamné l'ancien sinistre à 1 an de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende pour violation du secret professionnel, ce qui est dérisoire.
Rappelons que le sinistre de l'Intérieur dispose également de remontées d'informations sur les enquêtes en cours : perquisitions, gardes à vue, mises sur écoute, etc.
Notons que la transmission du document s'est faite via Telegram, la messagerie chiffrée, mais Solère a conservé le message… qui a donc été lu par les flics en perquisition. Cela nous rappelle l'une des bases de la sécurité informatique : ça sert à rien de protéger les communications si l'un ou l'autre des correspondants ne respecte pas les bonnes pratiques de sécurité ou si l'équipement d'un des correspondants est compromis / piraté / sous écoute.
Souvenons-nous que Solère a aussi été illégalement mis sous écoute par la DGSE avant les législatives de 2012, alors qu'il était face à Guéant, alors sinistre de l'Intérieur. Il s'agirait d'une erreur isolée d'un analyste de la DGSE.
Via les Canard enchaîné du 25 septembre 2019 et du 2 octobre 2019.
Pour de prétendues raisons de rentabilité (pourtant, d'après la Banque de France, les frais bancaires ont augmenté de 166 % entre 2012 et 2017), les DAB disparaissent des campagnes, des petits centres urbains et des quartiers populaires, mais pas des départements riches. Moins 3 000 DAB en 3 ans d'après la Banque de France. Pourtant, le liquide est moins traçable, il enlève des dépendances économiques et technologiques aux commerçants et il permet aux personnes précaires de mieux gérer leur budget (le palpable permet de visualiser concrètement ce qu'il nous reste). Les banques se font prier pour revenir : la ville qui les sollicite doit payer les travaux et des pénalités en dessous d'un nombre de retraits convenu à l'avance.
On inaugure même les distributeurs de billets (DAB)! A Persan (Val-d'Oise), ville de 13 000 âmes, les habitants ont rendez-vous le samedi 28 septembre près du conservatoire pour un verre de l'amitié. Pour quel heureux événement? Célébrer un nouvel automate de la Société Générale. Le résultat d'un combat de longue haleine pour l'équipe d'Alain Kasse, le maire (DVD) qui a vu fermer les uns après les autres, les points de retraits d'argent dans sa ville. Et sans sommation. La Caisse d'Epargne, le Crédit Lyonnais... tous partis. Il ne restait plus que La Poste et le Centre Leclerc. «Sans ce DAB, le marché forain et ses 60 commerçants a bien failli être tué dans l'œuf », indique-t-on en mairie de Persan.
Pas si anodin que ça, le guichet automatique bancaire pour la vie d'une commune. Et cette vague de départs inquiète. « La situation s'aggrave, elle ne touche plus seulement la ruralité mais aussi les zones urbaines », constate ainsi Serge Maître, porte-parole de l'Association française des usagers de banques (Afub). Pour lui, la vitalité économique des villes est en jeu.
[…]
[…] En France, ce sont 3000 distributeurs qui ont fermé en trois ans, selon le rapport de la Banque de France rendu public en juin 2019. Seule la Banque postale a augmenté son parc de 2%.
Banquiers, syndicats, élus sont à peu près tous d'accord sur l'explication de cette situation, qui tient en un mot : rentabilité. «Nous allons vers une réduction de services, trop chers à mettre en place, auxquels s'ajoutent le coût du transport de fonds et le temps passé à exploiter les dépôts ou charger le DAB», estime Mireille Herriberry, secrétaire fédérale de la section FO banques. […]
[ N.D.L.R : je décris l'infographie présentée par le journal ] Selon Mastercard, il y a 0,06 DAB par km² dans l'Oise, 0,26 dans l'Essonne, 1,69 en Seine-Saint-Denis, 3,19 dans les Hauts-de-Seine, 10,77 à Paris, etc.
[…]
Ce qui n'est pas fait pour rassurer les commerçants, qui voient ainsi s'échapper une partie de leur clients, plus enclins à faire leurs courses là où ils trouvent de l'argent liquide. Même si certains commerces acceptent des petits paiements en carte bleue, c'est un frein à l'économie locale.
[…] « Ici, dans les quartiers populaires, le liquide, c'est culturel, poursuit le commerçant. Quand on tire les billets en début de mois, on gère mieux son budget qu'avec une carte bleue. »
[…]
A Clichy-sous-Bois, un nouveau DAB devrait voir le jour, là aussi, au prix de longues négociations. Avec le soutien du directeur général de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), dont le directeur général Eric Lombard avait écrit à plusieurs banques pour les alerter de cette situation inégalitaire.
La BNP a accepté de revenir, non pas avec une agence, mais avec un simple automate. Le maire Olivier Klein (PS) se souvient encore d'un échange un peu vif avec un représentant de cette banque qui lui tendait sa carte de visite à une cérémonie de vœux... « Moi, j'étais plutôt en colère, les banques étaient parties les unes après les autres (NDLR : Lyonnais, BNP, Caisse d'Epargne) », se souvient l'élu, par ailleurs président de l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru). A la BNP, on indique attendre que le conseil municipal délibère sur les modalités de fonctionnement de ce futur automate.
« Les services se sont mis d'accord. La ville fait les travaux, la BNP paye le DAB, l'installation, s'assure du remplissage… Un forfait est fixé en fonction du nombre de retraits », détaille le maire, qui espère bien une mise en service à Noël. Selon nos informations, le seuil de rentabilité de ce distributeur a été fixé à 44 750 retraits par an. En deçà, la ville devrait payer 57 centimes d'euro par retrait manquant. Mais si c'est un succès, au-dessus de 65 000 retraits, ce serait à la banque de verser 28 centimes d'euros par retrait.
Via le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Coût des voitures et chauffeurs des ex-Présidents de la République en 2018 : 3 821 165 €.
J'ai mis à jour les derniers coûts connus pour les ex-Présidents de la République, des ex-Premier ministres et des ex-ministres de l'Intérieur. Environ 12 millions par an.
490 marocaines ont publié une tribune pour réclamer la légalisation des relations sexuelles hors mariage. En 2018, 14 503 personnes ont été poursuivies pour relations sexuelles hors mariage et 3 048 incarcérées pour adultère. Entre 600 et 800 avortements sont aussi pratiqués chaque année. Ça permet de mettre des chiffres sur les propos de la journaliste et sociologue Sanaa El Aji qui affirmait que l'interdit légal est rarement appliqué. La journaliste évoquée par le Canard et son fiancé ont pris 1 an de cachot, son gynéco a pris deux ans, un anesthésiste et une infirmière ont pris du sursis.
Plus fort que le Manifeste des 343 salopes françaises qui, dans les années 70, avouaient avoir avorté, celui des 490 marocaines « hors la loi » qui revendiquent avoir « violé » les lois de leur pays en matière de mœurs. 490 femmes de tous bords, en référence à l’article 490 du Code pénal marocain, qui punit de prison les relations sexuelles hors mariage.
Toutes ont paraphé une tribune publiée, le 24 septembre, dans « Le Monde » pour demander l’évolution de la législation de leur pays : « Nous sommes hors la loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. » Le texte, corédigé par la romancière Leïla Slimani, rappelle que, en 2018, 14 503 personnes ont été poursuivies pour relations sexuelles hors mariage au Maroc, et 3 048 incarcérées pour adultère. Entre 600 et 800 avortements sont aussi pratiqués chaque année.
« Nous croyons que la société marocaine est mûre pour le changement, et pour que soient entérinés le respect de la vie privée et le droit de chacun à disposer de son corps », affirment les signataires. Changer la loi pour qu’elle ne soit plus un « outil de vengeance politique », ajoute aussi le texte, dont la publication coïncide avec le procès à Rabat de Hajar Raissouni pour « avortement illégal » et « débauche ».
La reporter du quotidien arabophone « Akhbar al-Yaoum » risque 2 ans de prison (« Le Canard », 18/9). Arrêtée, le 31 août, à sa sortie d’une clinique de Rabat, elle est devenue le symbole du combat pour l’IVG, la liberté sexuelle et la… liberté de pensée. Elle est persuadée d’être poursuivie pour des raisons politiques. Elle est journaliste et la nièce de deux intellectuels peu appréciés du pouvoir chérifien.
Un hasard ?
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Trump demande une enquête sur son rival aux présidentielles de 2020 au président ukrainien. Les témoignages affluent : deux agents de la CIA (l'un deux est la première source des médias), le chef de cabinet de la Maison-Blanche, un représentant spécial à Kiev, etc. La transcription (ou plutôt les notes et souvenirs) publiée par la Maison-Blanche fait apparaître une demande, mais je n'y vois pas de pression, et personne y voit une condition à l'aide militaire contre les pro-russes… Affaire à suivre. Je ne crois pas à la destitution : aucun président a été destitué, ça fait partie des gadgets pour amuser le bon peuple.
Nouvel ouragan sur la côte est américaine, qui dévaste le Capitole et la Maison-Blanche. Voilà désormais Trump accusé d’avoir fait pression avec insistance sur le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour qu’il déclenche une enquête pour corruption visant l’ex-vice-président Joe Biden, son rival pour 2020, ainsi que son fils Hunter, qui était employé à partir de 2014 du groupe gazier ukrainien Bursima…
Au cours d’un long coup de fil à son homologue ukrainien, le 25 juillet, Trump aurait fait huit fois allusion aux Biden père et fils ! Et il aurait même mis en balance l’aide financière américaine, cruciale pour que l’Ukraine se défende contre les incursions des séparatistes pro-russes… Or 391 millions d’aide US à l’Ukraine ont bel et bien été gelées sur ordre de Trump avant ce coup de fil.
Pressé de questions dans les couloirs de l’ONU le 23 septembre, Trump a nié : « Je n’ai pas lié l’aide, je ne l’ai pas fait. » Puis il a lâché, en sens inverse : « Pourquoi verseriez-vous de l’argent à un pays que vous estimez corrompu ? »
Cette nouvelle affaire relance plus fortement que jamais la possibilité d’une procédure d’impeachment contre Trump, qui pourrait se voir invalider comme président pour avoir exercé des pressions sur une puissance étrangère afin de nuire à un adversaire politique : 143 parlementaires démocrates se sont d’ores et déjà déclarés favorables à cette procédure solennelle. Et les élus exercent désormais un bras de fer pour que l’administration Trump publie le compte rendu in extenso de la conversation du 25 juillet.
Mais, attention, Trump n’est jamais meilleur que dos au mur, retournant la situation comme au catch !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le procès du Mediator a débuté et durera 6 mois. Servier a-t-il dissimulé, depuis les années 70 les propriétés de son médoc' (un anorexigène - coupe-faim -, l'Aminorex, avait fait des centaines de victimes) ? A-t-il ignoré les signaux de 1995 sur l'isoméride (un autre anorexigène) ? Pourquoi Servier a-t-il ignoré les résultats d'une étude interne de 1993 montrant que le Mediator se métabolise en une substance toxique aux mêmes doses que l'Isoméride ? A-t-il influencé, entre autres, l'agence du médicament, poursuivie elle aussi, afin de vendre son coupe-faim comme un antidiabétique dénué des effets néfastes des anorexigènes sus-cités interdits partout dans le monde) ? Entre 1 500 et 2 100 morts et entre 1 700 et 2 400 malades opérés. La fille de Brest est un docu-fiction qui relate le combat d'Irène Frachon, la lanceuse d'alerte du Médiator (mon avis sur ce film). La source des infos qui apparaissent dans ce résumé, mais pas dans l'article est un article publié dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019 qui relate un bout du procès du Mediator.
Il disait quoi, déjà, Jacques Servier, en 2013, un an avant de casser sa pipe ? « On s’en fout du procès » du Mediator ! Et quoi d’autre, en 2011, lors de vœux devant ses troupes ? « Y a peut-être que trois personnes qui sont mortes sous ce médicament. (…) Cette histoire est inconsistante. » Oui, bon, c’était une autre époque, celle où Papy Servier yoyotait. « Il a eu des mots d’une maladresse extrême », « Il avait aussi son âge », toussote aujourd’hui l’un des avocats du groupe, Jacques-Antoine Robert (France Info, 23/9).
Ce ne serait plus le genre de Servier de proférer des énormités pareilles. Avant l’ouverture, le 23 septembre, du procès du Mediator, la nouvelle et fine équipe de Servier a bastonné une autre défense : « On n’a trompé personne », a matraqué le pédégé du labo, Olivier Laureau, dans « Challenges » et le « JDD » (22/9). « Il n’y a pas en tromperie », ont répété en boucle les avocats du labo. L’un d’eux, François de Castro, a même osé aller plus loin : « Il n’est pas apparu de signal de risque identifié (sur le Mediator) avant 2009. » Au secours ! C’est « un insupportable déni », s’est étranglé Irène Frachon. Les signaux sont, au contraire, remontés dès 1995 , conduisant à l’interdiction, deux ans plus tard, de coupe-faim comme l’lsoméride. Sauf que Servier ne présentait pas le Mediator comme un coupe-faim mais comme un… [ N.D.L.R : anti-diabétique ] C’est toute la tromperie dont le groupe est accusé et qui sera jugée pendant les six mois d’audience.
Dans leur ordonnance de renvoi, les juges d’instruction ont flingué : « Le groupe Servier et ses dirigeants ont, dès le début des années 70, sciemment caché les propriétés pharmacologiques réelles du médicament. » Et cette « volonté de dissimuler sera maintenue coûte que coûte malgré les risques connus à partir de 1995 ». Une dissimulation facilitée par « un vaste réseau » d’influences qui vaut à l’agence du médicament d’être poursuivie pour homicides involontaires.
Selon l’expertise judiciaire, le médoc a fait entre 1 500 et 2 100 morts, sans compter 1 700 à 2 350 malades opérés à cœur ouvert. On se pince, on n’arrive plus à compter.
Mais le laboratoire Servier, lui, n’est pas mort. Depuis l’éclatement du scandale, en 2010, il n’a pas sombré, n’a pas été démantelé ; il n’a même pas daigné changer de nom. Il continue de couler des jours prospères, avec 4,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Et, quand, en juin, le labo a posé la première pierre, à Saclay, d’un institut dédié à la gloire de sa recherche, tous les élus du coin étaient là pour applaudir, à commencer par le député Cédric Villani.
« Il ne s’agit pas d’oublier (le scandale), a balayé le maire LR de Gif-sur-Yvette dans “Le Parisien” (19/6). Mais il n’est pas question non plus de le rappeler à tout bout de champ. » En effet, ce serait vraiment très exagéré…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Moins de 800 sociétés commerciales respectent leur obligation d'expurger leurs listes de prospects des numéros inscrits sur Bloctel. Pourquoi ? Le coût, proportionnel à l'usage ne me paraît pas déconnant. En revanche, pour éviter les fuites, Bloctel ne communique pas la liste des numéros, donc la société commerciale qui veut prospecter doit filer, à Bloctel, tous les numéros de téléphone de sa campagne puis faire correspondre son listing avec le listing expurgé de toute info personnelle par Bloctel comme le veut la loi… Du coup, ça fait une surcharge de travail, et ça demande une confiance en Bloctel (qui pourrait revendre des listes de prospects toutes faites). Des contrôles rares et une sanction pas élevée achèvent l'inefficacité du dispositif.
Cela devait être la solution miracle. Sur sa page d’accueil, le ministère de l’Economie promet encore aujourd’hui aux abonnés à des lignes fixes :« Trente jours au plus tard après avoir validé votre inscription sur Bloctel, les numéros que vous avez inscrits seront protégés contre le démarchage téléphonique. » Mais, rien à faire, y a l’téléfon qui son et qui débloque à fond !
Avant toute campagne de marketing téléphonique, les entreprises ont l’obligation de s’assurer que leurs fichiers clients ne contiennent pas de numéros inscrits sur Bloctel. Or « à peine 800 entreprises » satisfont à cette obligation, indique le Conseil national de la consommation (CNC) dans son rapport du 22 février. « Ce chiffre explique à lui seul le manque d’effectivité du dispositif » Les raisons : les boîtes contrevenantes risquent une amende dérisoire (75 000 euros), et en plus les contrôles sont rares…
Si les sociétés « démarcheuses » ne se branchent pas sur Bloctel, c’est, à en croire le CNC, la faute à des tarifs prohibitifs. Pour les particuliers, le service est gratuit. Les entreprises, en revanche, doivent s’acquitter d’un forfait annuel allant de 700 euros (pour le contrôle de quelques lignes) à… 40 000 euros (pour les gros appétits).
Dans d’autres pays européens (Belgique, Espagne, Royaume-Uni), l’abonnement n’excède pas 5 250 euros. « Nos tarifs ont été fixés par arrêté », rétorque au « Canard » Eric Huignard, le président d’Opposetel, la société privée chargée par Bercy, depuis le 25 février 2016, de gérer cette liste d’opposition. Et d’assurer : « Nous ne gagnons pas d’argent avec Bloctel. » Une assertion impossible à vérifier, Opposetel ne déposant pas ses comptes au greffe du tribunal de commerce. Hypothèse : si 800 entreprises souscrivent à la formule à 40 000 euros, on parle tout de même de 32 millions d’euros par an !
On décroche
« La désaffection des entreprises n’est pas liée à cette tarification, insiste Eric Huignard, mais à la complexité du système. » Ne tenant pas à ce que les boîtes utilisent ce listing à bon compte, Bloctel ne met pas directement le fichier des numéros bloqués à leur disposition. La société adhérente doit envoyer son fichier clients à Bloctel, qui se charge d’y rayer les numéros interdits.
Simple comme un coup de gomme ? Pas tout à fait. A la demande de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, l’entreprise doit retirer du fichier clients toutes les informations autres que le nom, le numéro de téléphone et l’adresse. Résultat : quand le listing revient, expurgé par Bloctel, dans les ordinateurs de l’entreprise, il convient de l’harmoniser avec le précédent fichier. Pour les sociétés qui n’excellent pas en informatique, mieux vaut pratiquer la pub dans les boîtes aux lettres…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Les journalistes du monde peuvent désormais empêcher la prise de contrôle d'un actionnaire unique et ils peuvent s'opposer à l'arrivée d'un nouvel actionnaire… à condition d'en proposer un autre sous 6 mois (droit d'agrément). Mouais, c'pas fou-fou.
En 2018, Niel+Pigasse+Bergé+Prisa possédaient 72,5 % des actions du Monde. Elles sont logées dans une holding (Le Monde Libre) dont Bergé, Niel, Pigasse et Prisa détiennent des parts : 26.66 % pour Bergé, 26,66 % pour Niel, 26,66 % pour Pigasse et 20 % pour Prisa. En octobre 2018, Pigasse a cédé 49 % des parts de sa société qui, elle-même, détient 26,6 % des parts de LML à Kretinsky, un industriel tchèque qui veut investir dans les centrales à charbon françaises et dans Casino (d'où son intérêt pour les outils d'influence que sont Le Monde et Marianne), en garantissant de lui vendre les 51 % restants (source : le Canard enchaîné du 18/09/2019). Donc, actuellement, les parts sont ainsi réparties : 26,66 % pour Bergé, 26,66 % pour Niel, 26,66 % pour Pigasse+Kretinsky et 20 % pour Prisa.
Bergé étant décédé, ses parts dans LML devraient être réparties à égalité entre Pigasse et Niel… D'ici à 2021.
Pigasse aurait racheté les parts de Prisa. Il le dit, mais je trouve aucune autre source…
Niel et Pigasse sont co-gérants du Monde grâce à une commandite simple. Apparemment, être majoritaire en parts ne donne pas automatiquement droit à un co-contrôle, mais il y aurait des possibilités juridiques pour que Pigasse+Kretinsky fassent tomber la commandite (source : le Canard enchaîné du 18/09/2019), d'où Niel va probablement racheter 50 % des parts de Prisa : afin d'être le contrepoids de Kretinsky et que Le Monde ne passe pas sous pavillon tchèque. Cela va évidemment donner un statut de chevalier blanc à Niel et renforcer son influence…
Au final, on aurait donc : Niel = 50 % (26,66 % actuel + 13,33 % Bergé + 10 % Prisa) et Kretinsky+Pigasse = 50 %. Les rachats des parts de Bergé, de Prisa et des parts de la société de Pigasse par Kretinsky seront soumis au droit d'agrément
C'est incroyable le nombre de mensonges et de retournements de veste dans cette histoire. :O Pigasse écrit au pôle indépendance du Monde qu'il ne tentera plus d'opération capitalistique puis se lance dans l'achat des parts de Prisa (voir ci-desous). Pigasse signe une version différente du droit d'agrément que celle paraphée par Niel,
Bref, l'actionnariat du Monde est toujours aussi opaque pour le citoyen qui essaye d'en savoir plus sur ses journaux afin de leur octroyer sa confiance… Dommage.
Au printemps, un cheikh conseillé par Rothschild voulait racheter les parts de Prisa.
Tout « Le Monde » il est beau, tout « Le Monde » il est gentil ! Xavier Niel et Matthieu Pigasse. qui ne s’étaient pas vus depuis un an et demi, ont mis en scène une magnifique réconciliation. Les premières embrassades ont eu lieu lundi soir : les coactionnaires ont rencontré le pôle d’indépendance pour signer le droit d’agrément qui permet aux journalistes de s’opposer à l’arrivée d’un nouvel actionnaire et de disposer de six mois pour en trouver un autre.
Tchèque barré
Les confrères ont aussi obtenu un second droit de veto pour bloquer toute prise de contrôle d’un actionnaire unique. Pigasse, lui, a désormais la garantie de vendre à bon prix s’il claque la porte un jour. Quant à Niel, il a trois mois pour allonger 7,5 millions d’euros et racheter la moitié des 20 % de l’espagnol Prisa, ce qui le mettrait à l’abri d’une OPA désagréable de Pigasse et de son nouvel ami Daniel Kretinsky (« Le Canard », 18/09). Mardi 24, les deux patrons du « Monde » ont même posé pour une belle photo dans « Le Figaro » et ont expliqué qu’ils allaient étudier la possibilité de sanctuariser « Le Monde » dans une fondation. Sortez les mouchoirs !
Ce bel épilogue laisse, pour un temps, le Tchèque Kretinsky sur la bande d’arrêt d’urgence. Et il devrait mettre « Le Monde » à l’abri des convoitises les plus originales. Car, il y a six mois, les parts du vendeur Prisa avaient déjà failli passer sous pavillon… qatari, un gage de liberté de la presse !
A l’époque, Niel avait refusé catégoriquement d’aligner 15 millions : trop cher pour ce grand économe. L’éditeur du quotidien « El Pais » s’est alors tourné vers sa banque conseil — la maison Rothschild, ancien employeur d’un certain Emmanuel Macron.
L’esprit d’escalier
Les banquiers ont trouvé la solution : vendre les 20 % de Prisa au businessman qatari Khalid bin Thani Abdullah AlThani, président de la Qatar International Islamic Bank, ci-devant propriétaire d’une parcelle de Prisa (6,63 %). Mais, tel Zorro, le tandem Pigasse-Kretinsky lui a coupé l’herbe sous le pied. Chez Rothschild, les associés contactés par « Le Canard », un brin gênés, reconnaissent les faits.
Cet épisode en rappelle un autre, tout aussi insolite. En 2010, « Le Monde » se trouvait au bord de la faillite. Macron, qui pantouflait chez Rothschild, avait gracieusement offert ses services aux journalistes. L’idée était de leur trouver des investisseurs pérennes susceptibles de préserver leur indépendance. Le 3 septembre 2010, Gilles Van Kote et Adrien de Tricornot, de la société des rédacteurs du « Monde », ont surpris Macron, « ce traître », sortant du bureau de l’homme d’affaires Alain Minc. Ils ont compris que le jeune associé de Rothschild roulait en sous-main pour Minc, et pour… Prisa, que ce dernier conseillait !
Adrien de Tricornot a décrit avec drôlerie (StreetPress, 10/2/17) sa course-poursuite dans les escaliers avec le banquier… et futur chef de l’Etat. Neuf ans plus tard, cette scène digne de Marivaux éclaire d’un jour nouveau les querelles de pouvoir entre Nie1, devenu très proche de Macron, et Pigasse, qui, à l’époque, rêvait lui aussi de prendre l’Elysée sans passer par la case PS.
Un authentique thriller…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
En 4 ans, l'État a """"injecté"""" 7,5 milliards d'euros dans EDF, mais, devant le coût du nucléaire, EDF va être divisée en deux. Une partie commerciale et une structure de défaisance qui sera nationalisée afin que le contribuable éponge les dettes puisque Saint-Marché n'y parvient pas.
Les EPR coûtent plus cher que prévu, les générateurs à vapeurs des centrales actuelles ont des défauts, EDF a provisionné un démantèlement a minima des centrales en espérant que le choix du nucléaire sera reconduit ad vitam æternam (ce qui n'est pas faux puisque deux nouvelles centrales, dites EPR 2, sont prévues), et la gestion des déchets serait sous-évaluée (je doute sur ce dernier point et j'attends la décision de l'ASN au sujet des défauts des générateurs à vapeur).
5 milliards de plus pour l’EPR de Flamanville, 15 milliards de déchets non comptabilisés, 28 milliards pour démanteler les centrales…
Huit soudures défectueuses sur l’EPR de flamanville, des défauts de fabrication sur 28 générateurs de vapeur de 9 réacteurs nucléaires, une sons-estimation chronique du traitement et du stockage des déchets… n’en jetez plus ! L’addition de ces négligences et imprévus — certains tout récents — se chiffre en milliards. Et risque de rendre les comptes d’EDF radioactifs.
La direction du groupe a nommé Hercule le plan de scission de ses activités en deux filières — l’une atomique, l’autre commerciale ! Tel le demi-dieu romain avec ses écuries d’Augias, l’Etat, actionnaire d’EDF à 83,7 %, va nettoyer le groupe en confinant ses dettes au sein d’une structure de « défaisance » baptisée EDF Bleu. Cette dernière, nationalisée à 100 % et lestée de toutes les centrales nucléaires, devrait virer rapidement au rouge. Telle est la conclusion d’un Fukushima financier amorcé il y a une dizaine d’années.
Depuis 2015, l’Etat a bien injecté 3 milliards d’euros dans EDF sous forme d’augmentations de capital et a renoncé à 4,5 milliards d’euros de dividendes, mais ce colmatage n’a pas suffi. Et le détail des dépenses à venir donne le tournis.
EPR sous pression
L‘EPR de flamanville devait être la nouvelle vitrine du savoir-faire nucléaire français. Las ! de retards en surcoûts, la facture du chantier normand, évaluée à 3,3 milliards d’euros en 2007, a déjà été multipliée par cinq !
Cet EPR, comme d'autres, a été vendu à pas cher afin d'appâter de nouveaux clients. Sauf que les malfaçons, dues à une volonté politique de stopper le nucléaire après Tchernobyl qui a ralentit les filières en amont, et à un laisser-aller de l'État (le frère de Bolloré, ex-propriétaire du Creusot, fonderie des cuves défectueuses, a empoché 200 fois sa mise quand Areva a racheté l'usine pour palier à son incurie) ont fait se désister les futurs clients, ce qui a contraint EDF à augmenter le prix des EPR déjà contractualisés.
Officiellement, la douloureuse s’élève désormais à 10,9 milliards d’euros. Sauf que ce montant ne tient pas compte des intérêts dits « intercalaires » (à acquitter avant de débloquer le prêt). Comme l’indique la note 22 en appendice du document de référence d’EDF, le véritable chiffre est de 12,48 milliards fin 2018. Le bilan des trois exercices précédents montre que le coût de flamanville augmente chaque année de 1 milliard d’euros.
Or, consécutivement à la découverte de huit nouvelles soudures défectueuses, la livraison de l’EPR vient d’être reportée à 2022. Trois ans de plus, cela signifie 3 milliards d’euros supplémentaires… et une addition d’au moins 15,5 milliards à prévoir.
Générateurs mités
Bon pour 2022, l’EPR ? Rien n’est moins sûr ! Le 18 septembre, EDF a déclaré que des défauts de soudure avaient été détectés dans 23 générateurs de vapeur, dont 16 dans des centrales en activité (Bugey, Paluel, Dampierre, etc.) et 4 dans la future centrale de flamanville !
« Les écarts constatés ne remettent pas en question l’aptitude au service des matériels et ne nécessitent pas de traitement immédiat », rassure EDF. Qui avait manié la même langue de béton armé au sujet du couvercle de l’EPR de flamanville. Lequel devra finalement être remplacé avant 2024 ! L’Autorité de sûreté nucléaire tranchera. Selon les experts, un générateur de vapeur coûte 50 millions d’euros en moyenne. S’il fallait tous les remplacer, la dépense atteindrait plus de 1 milliard d’euros. Pas étonnant que l’électricien ait des vapeurs…
Déchets minés
Le 10 septembre, Greenpeace a publié une étude sur les « coûts cachés des déchets nucléaires ». Selon l’ONG, la distinction opérée par EDF entre « déchets » radioactifs et « matières nucléaires » (uranium enrichi ou issu du retraitement de combustibles usés, etc.) fausse les calculs. Ces « matières », en effet, sont considérées comme potentiellement valorisables. EDF, indique Greenpeace, profiterait de ce flou réglementaire pour sous-estimer de 15 milliards d’euros le coût de la gestion et de l’entreposage de l’uranium.
« Nous n’avons pas attendu Greenpeace pour faire les provisions nécessaires », s’agace Olivier Giraud, directeur de la gestion des déchets d’EDF. Ce que conteste l’ONG. Circonstance aggravante, l’abandon du projet Astrid, réacteur destiné a « brûler » les matières radioactives issues de la production des 58 réacteurs français (ainsi que le plutonium extrait des combustibles usés), laisse en plan pas mal de résidus nucléaires. Il faudra bien les entreposer quelque part, et ce ne sera pas gratuit…
Nuisances sous le tapis
Le rapport de la Cour des comptes consacré au cycle du combustible nucléaire, publié en juillet, critique vertement les manœuvres d’EDF pour se débarrasser de la gestion d’anciens déchets… En échange d’un versement de 1,14 milliard d’euros, l’énergéticien a refilé, en 2004, ces rebuts au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), une structure publique qui n’intéresse pas les marchés… Ce n’était pas un cadeau ! En 2017, le CEA a constaté que la gestion de ces déchets lui avait coûté 2,22 milliards d’euros, soit 60 % de plus que prévu ! Mais cela n’apparaîtra pas dans les comptes d’EDF…
Hum… 1,14 + 60 %, ça ne fait pas 2,22 milliards. 1,4 + 60 %, ça fait 2,24. Une différence d'environ 300 millions. Était-il prévu, dès le début et sans évoquer le surcoût, que le CEA soit déficitaire de 300 millions d'euros dans cette manip' ?.
ÉDIT DU 26/10/2019 À 21 H 50 : pour répondre à la plainte de Johndescs, j'utilise la véritable formule de calcul. Hum… 1,14 + 60 %, ça ne fait pas 2,22 milliards. 2,2 / 1,6 = 1.39 (environ). 1.39 - 1,14 = 250. Il y a donc une différence de 250 millions d'euros. Était-il prévu, dès le début et sans évoquer le surcoût de 60 %, que le CEA soit déficitaire de 250 millions d'euros dans cette manip' ? FIN DE L'ÉDIT.
Démantèlement qui ment tellement…
Dans leur rapport d’information du 1er février 2017 , les députés Julien Aubert et Barbara Romagnan avaient montré qu’EDF ne provisionnait que 350 millions d’euros pour le démantèlement d’un réacteur, soit 20 milliards d’euros pour les 58 tranches. Les exploitants européens, eux, estiment plutôt le coût entre 900 millions et 1,3 milliard d’euros l’unité. Pourquoi cet écart ? L’électricien veut croire que de nouvelles centrales repousseront sur ces sites. Il n’envisage donc qu’une décontamination a minima. « On constate que le coût global du démantèlement du parc français pourrait être 2,4 fois supérieur à l’estimation fournie par EDF », écrivaient les rapporteurs. Ce qui augmente la dépense de 28 milliards.
Du moment que ce sont les générations futures qui paient…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.