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  • Grèce. Face à la droite, les libertaires résistent

    Aube dorée, l'un des partis d'extrême-droite grecs a perdu ses députés au Parlement européen et certains de ses membres sont devant la justice (ce qui permet de découvrir, Ô surprise, la planification de ratonnades, d'embuscades et d'assassinats). Un nouveau parti d'extrême-droite est né : La Solution grecque. La droite a pris le pouvoir en Grèce. Elle semble être sur la même ligne libérale, anti-migrants et anti-gauchistes que feu Aube dorée. Les privatisations s‘accélèrent, le droit du travail est attaqué, les pétroliers (dont Total) ont eu le feu vert pour forer près des belles plages grecques au risque d'en réduire la fréquentation touristique. Un quartier auto-géré d'Athènes, Exarcheia, résiste aux foudres du pouvoir et aux expulsions de squats. Le mouvement anarchiste le plus célèbre du quartier pratique la destruction des fichiers de personnes surendettées, la reconquête de quartiers fascistes, le saccage des bureaux de promoteurs de la privatisation à tout-va, etc. Le gouvernement a fait modifier la loi afin d'appliquer l'étiquette terroriste à ce groupe anar.

    Le quartier Exarcheia, à Athènes, est l’épicentre de la résistance aux politiques économiques qui font des ravages. La droite tente d’étoufier ce souffle libertaire, en vain.

    Les législatives de juillet ont provoqué le départ de Tsipras, battu par le chef de la droite, Kyriakos Mitotakis, fils d’un ancien Premier ministre et oncle du nouveau maire d’Athènes. Le retour des dynasties politiques… Sur le plan économique, les privatisations s‘accélèrent, le droit du travail est attaqué, les régions sauvages sont données en pâture aux investisseurs : à l’ouest du pays et jusqu’en Crète, plusieurs sociétés pétrolières ont obtenu de fouiller le sous-sol marin pour positionner des plateformes en mer, à quelques kilomètres des côtes. Total et Exxon sont les grands gagnants de cette « tombola de la peur ». À Paleiochora, dans le sud-ouest de la Crète, Manolis participe à une mobilisation contre le projet : « Ils sont fous ! Faire ça aussi près des plus belles plages de Grèce, c’est risquer d’anéantir le tourisme, la première ressource de l’île ! Tout ça pour quelques dollars en plus! »

    La grosse affaire du nouveau gouvernement est surtout politique. Le Premier ministre a annoncé qu’il allait « nettoyer Exarcheia dès le premier mois ». Ce quartier rebelle du centre-ville d’Athènes, connu pour sa forte concentration de squats, est devenu le Katmandou des anarchistes en Europe, l’endroit où il faut aller un jour, la Mecque des athées désireux de détruire le pouvoir : 1 % de la population d’Athènes, mais de l’autogestion à tous les étages et une banderole No Pasaran qui barre l’une des rues. Pour réussir, Mitsotakis a recruté beaucoup de policiers, dont 2000 voltigeurs, et durcit la loi contre toute forme de rébellion, à commencer par l’usage de cocktails Molotov, passible de plusieurs années de prison ferme. Il faut dire que c’est une institution à Exarcheia, au point que le recyclage des bouteilles en verre est assuré localement. Certains s’amusent même à mesurer les distances en jets de cocktails Molotov. À un touriste cherchant un distributeur de billets, un anar répond : « Il n’y en a plus dans Exarcheia; depuis 2009, on les a tous brûlés. Mais vous en trouverez place Omonia, à cinq jets de cocktails Molotov d’ici. » Stupéfaction du touriste puis éclat de rire.

    « Pour l’instant, le gouvernement de droite est en échec, affirme Maria à la terrasse du K-Vox, un bar autogéré. Il prétendait que les vingt-trois squats d’Exarcheîa seraient évacués en un mois, et presque trois mois après, il n’a toujours pas réussi à virer tout le monde. » Pourquoi cet échec ? « La mobilisation est de plus en plus forte, les soutiens arrivent de partout, de nombreuses manifestations et actions ont eu lieu devant des consulats et ambassades de Grèce dans le monde entier. » À côté d’elle, Kostas, tout vêtu de noir, modère son propos : « C’est aussi pour ne pas gêner le tourisme. Le gouvernement attend peut-être novembre pour finir ce qu’il a commencé. »

    Dans la nuit, les opérations de surveillance animent le quartier. Devant certains squats, des anars et des réfugiés assurent ensemble les tours de garde. Au pied du Notara 26, il y a même des militants venus de France, de Suisse et de Belgique « pour soutenir Exarcheia et aussi pour refuser l’évacuation des migrants vers des camps surchargés et insalubres. » Maud pense qu’il s’agit d’un moment historique : « C’est une lutte internationale, avec des solidaires venus du Nord-Ouest et des réfugiés qui ont fui le Sud-Est. Nous vivons quelque chose de fort politiquement. L’enjeu n’est pas seulement Exarcheia et les réfugiés, mais aussi l’utopie à défendre, celle que veut faire disparaître le pouvoir dans l’imaginaire social. »

    Le groupe anarchiste le plus célèbre du quartier, Rouvikonas, du nom du fleuve Rubicon qu’il ne fallait surtout pas franchir dans l’Antiquité, est également dans le collimateur. Ce collectif fait beaucoup parler de lui pour ses actions coup de poing : destruction des fichiers de personnes surendettées, saccage des bureaux de privatisation du bien commun, interruption des négociations avec les dirigeants européens, ravalement du Parlement en rouge et noir… Rouvikonas ne cesse de faire rire, de réconforter et de recevoir le soutien de plus en plus de Grecs, même parmi les plus récalcitrants aux idées libertaires. Alors que ce groupe n’a jamais tué ni blessé personne, le gouvernement a décidé de modifier un article du code pénal (187A) pour le classer parmi les organisations terroristes. La levée de boucliers a été immédiate : plus d’un millier de Grecs et de solidaires d’autres pays se sont déclarés membres de Rouvikonas pour prendre la défense des membres réels et brouiller les pistes. Comme pour Exarcheia, le gouvernement est désarçonné : rien ne se passe comme prévu. Pour l’instant, David tient bon face à Goliath ! Jusqu’à quand ?


    Le crépuscule d'Aube dorée

    Le parti néonazi grec est en train de redevenir un groupuscule miteux. En 2014, il avait frôlé les 10 % aux élections européennes, son apogée, avant de retomber sous la barre des 3 % en juillet 2019, perdant ainsi tous ses députés au Parlement. Depuis, les démissions dans la hiérarchie se succèdent, parfois accompagnées de disputes à mourir de rire, et les locaux d'Aube dorée sont abandonnés comme des dominos. Seul reste encore le siège de l’avenue Diligiannis, non loin du quartier d’Agios Panteleimonas, autrefois le point de rendez-vous des fascistes d’Athènes. Mais, depuis 2013, les antifascistes du groupe Distomo épaulés par Rouvikonas ont réussi à reprendre ce quartier, rue par rue. Et puis, deux morts ont marqué les esprits en 2013 : celle du réfugié pakistanais Shehzad Luqman puis de l’antifasciste grec Pavlos Fyssas. Le procès qui se déroule depuis a mis en lumière, au fil des mois, le contenu profondément fasciste et nazi de l’organisation et sa nature criminelle dans sa façon de planifier ratonnades, embuscades et assassinats. Mais si Aube dorée est en train de disparaître, grillé dans les urnes, dans la rue et dans les tribunaux, le fascisme est toujours là. Un nouveau parti est né à l’extrême droite, un peu plus religieux et moins radical : La Solution grecque. Et surtout, beaucoup d’électeurs d’Aube dorée ont soutenu Mitsotakis et sont ravis de sa volonté de rafler les migrants d’Exercheia et de fermer les squats anarchistes et gauchistes. Lors de la première opération d’évacuation, le 26 août, des hommes parés d’insignes fascistes, notamment un tee-shirt de Defend Europe, ont été remarqués à côté des policiers. Le fascisme est toujours là. il a juste changé de masque.

    Dans le numéro d'octobre 2019 de Siné Mensuel.

    12/11/2019 23:48:33 - permalink -
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  • Espagne : antispécistes séparatistes

    Quand les végans découvrent que la nature n'a pas la même morale qu'eux. Des poules se font violer par des coqs, la mante religieuse bouffe son plan cul après-coup, des animaux pratiquent la nécrophilie, des animaux se dévorent vivants entre eux, des substances naturelles tuent des animaux, oui, et ? Après, en effet, le problème était peut-être qu'il y avait trop de coqs dans le poulailler espagnol, mais ça ne change pas l'état de nature (ce qui se passe sans intervention humaine, sans poulailler)… Pour un collectif antispéciste et libertaire, c'est un peu dommage de considérer sa morale comme étant supérieure et de l'imposer aux autres espèces…

    Collectif « antispéciste, transféministe et libertaire » basé à Gérone, Almas Veganas a agité le Net espagnol en mettant en ligne une vidéo où il annonce séparer les poules des coqs « pour éviter qu’elles soient violées ». Face aux quolibets innombrables qu’il s’est attirés, il a mis en ligne une vidéo où l’on voit ce qu’il appelle des viols collectifs de poules par des coqs. Avec toute l’estime qu’on peut avoir pour la lutte des vegans contre l’élevage industriel, on voit aussi l’absurdité de la projection des catégories morales humaines sur les animaux : la notion de consentement mutuel est peu répandue chez eux. Et tout gallinophile sait que la seule manière de ne pas tuer ses poules, c’est de commettre le crime antivegan de manger leurs œufs, pour ne pas avoir à liquider les poussins mâles, la coexistence de nombreux coqs étant impossible.

    Dans le numéro d'octobre 2019 de Siné Mensuel.

    12/11/2019 23:17:52 - permalink -
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  • Grande-Bretagne : my god! Les billets ne sont pas veggie !

    Les billets en livres sont composés, entre autres, de suif c'est-à-dire d'un résidu de graisse animale afin de les rendre plus résistants et de limiter la fraude. La Banque d'Angleterre a étudié des billets à base d'huile de palme (lol niveau écolo) ou de coco, sans retenir ces recettes.

    Quelques mois après le vote du Brexit en 2016, l’Angleterre découvre avec stupeur que les nouveaux billets de 5 livres sont notamment composés de suif, résidu provenant de la graisse animale. Cette nouvelle technique est essentielle pour contrecarrer le trafic de faux billets et demeure primordiale pour les rendre plus résistants que les anciens, en fibre de coton. Les militants vegans ont aussitôt lancé une offensive pour exiger le retrait de ces billets. Une pétition demande le retrait de ce billet, arguant que l’utilisation de graisse animale était « inacceptable pour des millions de végétariens, végétaliens, hindous, sikhs, jaïns et autres au Royaume-Uni ». Certains temples hindous ont été jusqu’à interdire le billet de 5 £. Après s’être penché sur une solution à base d’huile de palme ou d’huile de coco, la Banque d’Angleterre a finalement gardé le processus de fabrication à base de suif pour l’ensemble de ses billets. Au grand dam de ses détracteurs. Le dernier à être remplacé sera celui de 50 £ à l’horizon 2020. Rosbeef un jour, rosbeef toujours !

    Dans le numéro d'octobre 2019 de Siné Mensuel.

    12/11/2019 23:00:51 - permalink -
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  • Retraites. L'envers du décors

    Réforme des retraites : le niveau des recettes (14 % du PIB) du système sera figé dans le temps donc soit la croissance revient et perdure indéfiniment, soit les pensions de retraites seront plus maigres qu'aujourd'hui. Le gouvernement prétend que la fin des régimes privilégiés permettra de maintenir ce système à l'équilibre… tout en reconnaissant une perte de revenus pour les retraités… 56 % des personnes de plus de 60 ans ont un emploi stable, donc repousser l'âge de départ à la retraite semble une mauvaise idée… sauf à considérer la pension comme un complément de revenu, les seniors entrant en concurrence avec les autres actifs et faisant baisser les salaires. Les hauts-salaires sont exclus du système. Ils cotiseront auprès du privé. C'est la fin de la solidarité et la porte ouverte aux fonds de pension aux marchés financiers. Le mécanisme de redistribution, qui, d'après l'INSEE limite la flambée des inégalités est mis en défaut.

    Le grand chamboule-tout des retraites programme la paupérisation des retraités et favorise le développement de la capitalisation pour les plus hauts salaires. Etonnant, non ?

    Inégalité ici, « privilège » par là… On jase beaucoup sur les prétendus avantages des divers régimes de retraite. Mais on parle peu du système de retraite dans son ensemble, lequel organise avant tout un transfert global des actifs vers les retraités. Sur ce point, le projet du gouvernement est simple et très clair : il fige le niveau des recettes à son niveau actuel. La part du revenu national consacrée aux pensions n’augmentera plus. Avec une proportion de retraités en hausse, cela se traduira mécaniquement par une baisse des pensions.

    Imagine-t-on un couple qui vient d’avoir un troisième enfant décider de subvenir aux besoins de sa progéniture en partageant désormais en trois le budget qu’il consacrait auparavant à ses deux premiers enfants ? C’est le projet de Macron pour les vieux. Serrez-vous les retraités, faites de la place aux nouveaux et débrouillez-vous avec ce qu’on vous donnait avant!

    D'un côté, l'explication gouvernementale est que la fin des régimes privilégiés permettra de conciller part du PIB constante et augmentation du nombre de retraités. Sans compter que la start-up nation va faire exploser le PIB, donc une même proportion d'un PIB plus élevé, ça fait de la monnaie supplémentaire. De l'autre, le même gouvernement nous explique qu'il va utiliser les réverses financières des complémentaires vieilesse des salariés du privés pour financer cette transition… Le nouveau système sera donc à l'équilibre quand on y aura injecter plusieurs dizaines de milliards. Ça part mal.


    La baisse du taux de remplacement (rapport entre la première pension et le dernier salaire) était déjà engagée avec les régressions des trente dernières années. Le projet Macron poursuit et accentue cette baisse. C’est la paupérisation programmée des retraités. En 2050, le rapport entre la pension moyenne et le revenu moyen par habitant sera revenu à son niveau de 1970. À l’époque, le taux de pauvreté parmi les retraités était de 55 %, quatre fois plus qu’aujourd’hui.

    Avec cette chute des pensions, le projet gouvernemental accentue les inégalités entre salariés. Certains pourront travailler plus pour accumuler des droits supplémentaires, la plupart des autres non. Aujourd’hui déjà, la moitié des salariés qui partent à la retraite ne sont plus en emploi. Le « libre choix » est un leurre.

    Un projet régressif et inégalitaire

    Reste alors la « liberté » de travailler à la retraite, du moins pour ceux qui n’auront pas été trop cassés par le travail. C’est ce que les Américains appellent le « quatrième étage des retraites », à savoir la nécessité de travailler pour compléter des pensions trop faibles. Ça tombe bien, le projet de loi ouvre totalement les vannes du cumul emploi-retraite. La pension devient alors, de façon de plus en plus évidente, une forme de subvention qui permet aux pensionnés d’accepter des petits boulots mal payés. Avec à la clé une pression accrue sur l’emploi et les rémunérations des autres salariés. La concurrence salariale, rien de mieux pour booster les profits.

    Pour les plus hauts salaires, il sera désormais interdit de cotiser au système « universel » au-delà d’un salaire équivalent à trois fois le plafond de la Sécurité sociale (contre huit fois aujourd’hui) [ N.D.L.R : pour l'instant, le seuil envisagé est de 120 000 € brut par an ]. Peu de salariés sont concernés (2 à 3 %), mais ils gagnent beaucoup. Entre 15 à 20 milliards de salaires échapperont ainsi au pot commun de la cotisation retraite. C’est la voie royale pour le développement des plans d’épargne retraite. Le gouvernement ne dit pas si ces plans bénéficieront d’avantages fiscaux, mais c’est le cas dans tous les pays où ces dispositifs existent. Avec un coût caché exorbitant pour les finances publiques : entre 1 et 5 % du PIB, soit au bas mot 10 à 15 % des dépenses publiques de retraite. Une manne qui se concentre sur les plus hauts salaires.

    Encore une fois (c'est pareil pour le déploiement de la fibre optique, par exemple), le mot péréquation est oublié, donc le système conçu est inégalitaire et surtout, il est voué à être déficitaire. C'est précisement l'inverse de la solidarité et du mécanisme de redistribution…


    En agitant le chiffon rouge des inégalités entre régimes de retraite, le gouvernement masque ainsi la réalité d’un projet non seulement régressif mais fortement inégalitaire.

    Dans le numéro d'octobre 2019 de Siné Mensuel.

    12/11/2019 22:55:16 - permalink -
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  • Révolution. Ah ça ira, ça ira… ou pas

    La participation des femmes à la Révolution de 1789. Elles occupent l'espace public, écoutent les discours y compris à la Convention, s'abonnent à des journaux, créent des clubs, etc. Le 5 et 6 octobre 1789, elles se mettent en route pour Versailles afin de réclamer le ravitaillement de Paris en nourriture. Le roi se résigne à contre-attaquer. Une émeute naît d'une dispute entre gardes et les femmes entrent dans le palais. Cela s'ajoutant aux autres événements, le roi signe la déclaration des droits de l'Homme et quitte Versailles. Les femmes obtiennent, entre autres, le droit de rédiger un testament, le partage de l'autorité sur les enfants, le droit d'agir en justice, le partage des biens et de la gestion du ménage. En revanche, aucun droit politique. Devenues des rivales, elles effraient la Convention. La participation à un acte violent au sein de la Convention sera le prétexte pour leur interdire toute activité politique. Le Code civil de Bonaparte les privent de droits juridiques (comme les mineurs et les débiles mentaux), leur retire toute gestion des biens et leur impose une obéissance à leur mari.

    Il y a 230 ans, la femme a failli devenir (presque) légale de l’homme. Raté !

    Christine Le Bozec, historienne et spécialiste de la Révolution française, raconte ces années de combat, de 1789 à 1793, qui ont permis aux femmes d’obtenir des droits. Un espoir stoppé net par les hommes de la Convention et brisé par Bonaparte, qui renvoie les femmes au statut d’éternelles mineures.

    Être une femme, en 1789. c‘était comment ?
    C’était un être qui n’avait rien, aucun droit civil ni politique. Le divorce n’existait pas, tout était pour le mari, le père, le frère et le fils. Seules les veuves avaient un petit quelque chose. Si leur mari avait été imprimeur ou libraire, elles pouvaient prendre la tête de l’entreprise. Les veuves de seigneurs pouvaient voter mais laissaient ce droit à leur fils ou à leur gendre**. Les hommes les tenaient pour des êtres sans importance.

    Tous ?
    Certes, il y a Condorcet qui, bien avant la Révolution, était favorable au droit de vote des femmes. Certes, il y a Poullain de La Barre qui, au milieu du XVIIe siècle, affirme cette chose extraordinaire à laquelle Simone de Beauvoir n’aurait rien eu à redire : « On ne naît pas femme, on le devient » Mais ce sont des exceptions qui confirment la règle : les hommes tiennent les femmes — même celles qui les reçoivent dans leurs salons mondains —, dans un mépris inouï. Rousseau écrit dans Émile ou De l’éducation paru en 1762 : « il est dans l’ordre de la nature que la femme obéisse à l’homme, la dépendance étant un état naturel aux femmes, les filles sont faites pour obéir. »

    Comment s‘engagent-elles concrètement dans la Révolution ?
    Les émeutes féminines motivées par la faim ou l’injustice fiscale existaient bien avant la Révolution. Il n’était donc pas nouveau que les femmes se fassent entendre, et souvent de façon violente. La nouveauté, c’est qu’aux revendications frumentaires vont s’ajouter des revendications politiques, sociales, fiscales. Elles descendent dans la rue, écoutent les discours, vont à la Convention, s’abonnent à plusieurs journaux, se réunissent dans les cabarets, créent des clubs féminins comme celui, en 1792, des Citoyennes républicaines révolutionnaires. Elles sont très actives. Entraînées par une poignée de femmes — trois cents, pas plus — qui sera le fer de lance du mouvement féminin, ce sont elles qui vont chercher le roi. Parties de Paris, elles seront des milliers en arrivant à Versailles. Là, pendant deux jours, elles s’opposeront à la garde, ficheront un bazar pas possible, réussiront à entrer dans le château et à ramener Louis XVI aux Tuileries, où il restera jusqu’à son exécution. Des 5 et 6 octobre 1789 date la grande entrée des femmes dans la Révolution.

    Qui sont-elles ?
    On parle toujours des quatre célèbres — Mme Rolland, Olympe de Gouges, Théroigne de Méricourt et Charlotte Corday —, mais elles n’ont joué un rôle qu’à la marge. Celles qui se sont vraiment engagées sur le terrain, ce sont les femmes du peuple dont l’histoire n’a pas retenu les noms. Des artisanes qui exercent des métiers très qualifiés, sous-payées évidement, ce qui n’a guère changé d’ailleurs : plumassières, gazières, dentellières, pousseuses, lavandières, vendeuses de savon, colporteuses… À l’époque, qu’elles soient à la campagne — où vivent 85 % des 26 millions d’habitants —— ou à la ville, la majorité des femmes travaille et vit chichement.

    Quels droits ont-elles obtenus ?
    L’égalité dans le partage des biens et dans la gestion des biens du ménage, le droit de rédiger un testament, le partage de l’autorité sur les enfants, le divorce, la reconnaissance des enfants illégifimes, le droit pour ces enfants d‘hériter de leur père, la reconnaissance d’aller en justice. Mais elles n’obtiennent aucun droit politique.

    Pourquoi ce combat s‘est-il arrêté en 1793 ?
    Au départ, les hommes ont bien toléré leur action, mais ils s’inquiètent de plus en plus. Les femmes sont devenues des rivales économiques et politiques. Quand elles demandent à porter le bonnet phrygien et la cocarde, les hommes de la Convention se disent que cela suffit. Début novembre 1793, ils décident qu’elles n’auront plus le droit d’aller dans les clubs. Reviennent les poncifs qui ont favorisé des siècles d’aliénafion féminine : hystérie, frivolité et déraison. On les traite d’enragées, de folles, de dangereuses. Ils disent : « Regardez le mal que fait leur éducation », « Voyez Charlotte Corday qui lisait Plutarque et qui est allée assassiner Marat » Les femmes continuent à se battre pendant un an et demi. Le 1er prairial de l’an III [20 mai 1795], elles font partie d’un groupe qui envahit la Convention pour réclamer, entre autres, du pain. Les députés s’enfuient, l’un d’eux est tué. On découpe sa tête. C’est une femme qui la brandit vers le président de l’Assemblée. Quelques heures plus tard, la garde fera évacuer l’hémicycie. C’est la fin. La Convention leur interdit toute activité politique et décrète qu’elles n’ont plus le droit d’être dans la rue.

    Elles ont tout perdu ?
    Elles conservent leurs droits acquis sous la Révolution, jusqu’en 1804 seulement. Là, un certain Bonaparte, très fier de son Code civil, rogne peu à peu les droits de la femme pour en faire une éternelle mineure, ce qu’entérine et renforce la Restauration en 1816. Un grand espoir est né sous la Révolution ; ce grand espoir s’est écroulé. Les revendications de 1789, comme l’égalité des salaires, perdurent. Depuis 230 ans.

    Dans le numéro 5 (octobre 2019) de Siné Madame.

    12/11/2019 21:59:48 - permalink -
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  • Niel, mâtin, à Nice-matin

    Niel (co-propriétaire, entre autres, du Monde), pro-Macron et pro-Estrosi (maire de Nice) possède désormais 34 % des parts de Nice-Matin et 11 % des parts de La Provence (Tapie). Safa, propriétaire, entre autres, de Valeurs actuelles et pro-Ciotti, a mis la main sur Azur TV, une chaîne pro-Estrosi. Niel prétend avoir investi pour sauver le journal de l'extrême-droite. Le patron des rédactions de Nice-matin et un délégué syndical pensent que le journal est assez solide pour résister aux faibles pressions électorales locales.

    Il a Free, il a tout compris ? Ou comment l'investissement du milliardaire dans la coopérative vient rebattre les cartes médiatiques - et politiques - sur le pourtour méditerranéen.

    Le feuilleton de l’été joue rarement les prolongations. Mais, avec internet, la chronologie des médias est bouleversée. Et l’investissement de Xavier Niel dans Nice-Matin pourrait agiter la rentrée médiatique. Pour Patrice Maggio, patron des rédactions de Nice-Matin, elle vient clore l’aventure « coopérative » : « La coopérative nous a permis de sauver notre titre mais c’etait un outil, pas une utopie. On savait, avec nos besoins de trésorerie et d’investissement, que cela ne pourrait durer indéfiniment. » Pas si sûr pour Romain Makzymowycz, du SNJ : « On nous a pris pour des fous furieux mais on a évité une vente a la découpe et il en restera toujours quelque chose. Deux milliardaires se sont affrontés pour s’emparer de notre titre et on sait qu’il faut compter avec nous. D'ailleurs, la coopérative existe encore… »

    Si jusque-là c’était le belge Nethps qui était censé grimper dans le capital du titre, avec son retrait, cela a aiguisé quelques appétits. Celui de l’homme d’affaires franco-libanais Iskandar Safa, propriétaire, entre autres, de Valeurs actuelles. Mais aussi, surprise, au début de l’été, de Niel, patron de Free par ailleurs investi dans Le Monde.

    Soupir de Maggio: « On ne peut pas dire que le débat en interne n'a pas eu d’écho » Confirmation de notre collègue du SNJ : « On était sur le cul ! » Si la direction, en discussion avec Safa a été surprise par Niel, qui a directement racheté les parts de Nethys, la rédaction, elle, s’est mise en grève pour dire « non à Safa » : « Quand on croyait qu’il était seul en lice, on se bouchait le nez. Mais on préfère avoir quelqu’un qui s’est investi dans Le Monde ou Atlantico que de se rapprocher de Valeurs Actuelles. » Ce qui n’a pas empêché Niel de donner des boutons au personnel administratif…

    Safa a fini par jeter l’éponge et Niel s’imposer. Se voulant, dans son courrier du 8 août, aussi ambitieux que rassurant. S’il assure vouloir préserver « l'indépendance éditoriale », celui qui vient de mettre la main sur 34 % du capital (et qui va vite grimper), veut aussi « construire un nouveau modèle économique ». Et d’évoquer déjà « départs volontaires » et « clause de cession ».

    Elle pourrait concerner près d’une quarantaine de journalistes sur 180, même si Niel veut mettre en place une « société des rédacteurs » à laquelle serait soumise toute nomination. Reste que, comme l'a relaté la presse, si Safa est proche d’Eric Ciotti, Niel est suffisamment pro-Macron pour qu’on le voit comme un allié potentiel de Christian Estrosi. Maggio tempête : « Je sais qu’on est en période électorale et que la question est sensible. Mais Nice n’est pas Marseille et l’on a su rester en dehors de ce genre de querelle. » Sourire du délégué syndical : « je ne doute pas qu’il y aura localement des tentatives de pression. Mais, avec l’expérience de la coopérative et une société des rédacteurs, on saura y répondre. » Et d’ajouter : « En tout cas, comme il nous. l’a dit, s’il est venu à Nice-Matin, c’est par crainte de voir le journal tomber entre les mains de l'extrême droite. Du storytelling ? Peut-être… »

    Tandis que Nice-Matin continue de filer la main à La Marseillaise, Safa, pour se consoler, a mis la main sur la télé jadis très estrosiste Azur TV. Quant à Niel, en rachetant les parts de Nethys, il se retrouve aussi avec 11 % dans La Provence. Avec le projet d'un rapprochement ? À voir. D'aucuns évoquant le patron de CMA-CGM pour s’investir au sein du canard de Bernard Tapie.

    De fait, à mesure que les municipales s’approchent, les esprits s’échauffent. En atteste la grosse colère cet été du LR Bruno Gilles face à l’édito en faveur de la candidature de Martine Vassal dans La Provence de Franz-Olivier Giesbert. Pendant ce temps, à Aix, la patronne de Zibeline Agnès Freschel parle « culture » à l’ université du PCF. Et quand ce n’est pas La Marseillaise qui accueille la réunion de rentrée du « Pacte démocratique », ce prolongement des États Généraux de Marseille, c’est son ex-directrice Audrey Garino qui négocie au nom du PC au sein du « Rassemblement inédit ». Le journalisme, ça mène à tout, à condition de s'en sortir…

    Dans le numéro de septembre 2019 du Ravi, journal satirique en PACA

    12/11/2019 21:17:21 - permalink -
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  • Engagez-vous, qu’ils disaient…

    Une réflexion plus globale autour du Service National Universel (SNU) que le gouvernement veut rendre obligatoire à partir de 2026. Il est une erreur stratégique : le brassage social et la diminution des violences et du désespoir viendront de la réduction des inégalités et de la fin des discriminations. Au contraire, le SNU cultivera un esprit d'obéissance aux règles qui perpétuera les inégalités et les injustices de la société alors qu'il nous faudra sortir des sentiers battus pour éviter la destruction climatique. De même, le SNU n'apprendra pas aux jeunes l'empathie ni le pacifisme et la non-violence raisonnés. Le SNU reconnaît comme valable uniquement les engagements labialisés par l'État alors que les jeunes s'engagent déjà dans plein de luttes dont le sauvetage climatique. Les gamins remplaceront des emplois en étant moins rémunérés et protégés. Une façon de les préparer à leur future vie d'employés précaire et corvéable. Le SNU est le contraire de l'espoir, d'un monde vivant. Il apparaît quand la société a rien de plus enthousiasmant à proposer à sa jeunesse…

    Pour Christian Mahieux, ancien objecteur de conscience, l'un des fondateurs de Sud Rail et syndicaliste à Solidaires, le Service national universel ne répond à aucun besoin social : c'est une arme idéologique.

    Au printemps, le gouvernement a lancé sa campagne pour le Service national universel (SNU). Même s’il ne s’agissait cette année que de volontaires quelques incidents ont montré que ce n’était pas aussi idyllique que la propagande le laissait entendre. Quant au « brassage social » tant vanté, ce n’est que de la poudre aux yeux. L’égalité sociale, ce n’est pas se retrouver au même endroit quelques semaines dans toute la vie. Ça passe par la fin des discriminations et des inégalités, la reconnaissance des méfaits du patriarcat, du colonialisme, des racismes et exclusions (sic), de la captation par une minorité des moyens de production et d’échanges et de l’exploitation de la majorité qui en résulte… Pas vraiment le programme du SNU ! Au-delà des conditions matérielles, non négligeables, le Service national universel que le gouvernement veut rendre obligatoire, à compter de 2026, pour les jeunes de 16 ans, c’est :

    - Une opération de soumission de la jeunesse : il s’agit d’inculquer un esprit d’obéissance aux règles, un respect absolu des normes… Qui, pour la plupart, ne visent qu’à perpétuer les inégalités et injustices inhérentes à l’organisation actuelle de la société. Cette volonté de soumission passe aussi par un contrôle renforcé, notamment à travers la mise en fiches de tous les jeunes de 16 à 25 ans. On sait comment ce genre de fichier peut être utilisé ! Volonté de soumission, enfin, car elle ne reconnaît comme « engagement » des jeunes que les dispositifs étatiques.

    - La remise en cause des droits des travailleurs et travailleuses : les jeunes du SNU seront utilisés pour remplacer des emplois aujourd’hui occupés par des employés qui ont un salaire, une convention collective ou un statut, la possibilité de s’organiser syndicalement, des droits individuels et collectifs. Avec le SNU, chaque année, 800 000 jeunes seront exploités, sans aucun de ces droits, pour des durées variables. Ils seront très vivement encouragés à poursuivre leur « engagement volontaire » par un service civique, dans les mêmes conditions de précarité.

    - Des dépenses considérables : 6 milliards d’euros/an, selon un rapport sénatorial. 1,5 à 2 milliards dit aujourd’hui le gouvernement. Ces milliards seraient bien plus utiles pour le service public de l’Education qu’aux mains des militaires !

    - Le renforcement de la militarisation : encadrement militaire, levée du drapeau, chant guerrier, uniforme, parcours du combattant, raid commando contribueront à l’endoctrinement des jeunes. La propagande visera à banaliser encore plus le rôle de l’armée, alors que celle-ci est en pointe dans la répression, sur le territoire français, dans les colonies et diverses régions du monde. Sans surprise, il n'est nullement question dans le programme de pacifisme, de non-violence, ni de remise en cause du rôle de l’armée.

    Le gouvernement nous dit : « Il faut que les jeunes s'engagent. » Mais c’est déjà le cas ! Ils s’engagent pour lutter contre le racisme, pour que cesse la destruction de la terre, pour défendre leur droit à étudier, pour le partage des richesses, pour le droit au logement, pour l’égalité des droits et contre les discriminationss. Ce n’est pas à l’Etat de les forcer à s’engager ! Comment peut-on parler d’apprendre la citoyenneté, lorsqu’on confie l’encadrement à l’armée (qui, par ailleurs, n’était pas demandeuse) ? Non au SNU ! Abrogation du SNU !

    Dans le numéro de septembre 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    12/11/2019 20:40:34 - permalink -
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  • Mixité buissonnière

    Une école de Marseille dédiée à une seule résidence riche. Une autre pour une cité pauvre. Une école ZEP en préfabriqués depuis 15 ans qui fait face à une école privée rutilante. Chaud. :O « L’école est a l’image de la société qui l’entoure ». Forcément, les parents contournent la carte scolaire avec des enseignements spécifiques ou une fausse adresse.

    Le manque de place et les conditions déplorables dans certaines écoles amènent beaucoup de parents à contourner la carte scolaire. Un jeu d'enfants !

    Il y a un risque très probable du une nouvelle école de bobos », en plein milieu du 3ème arrondissement de Marseille, tristement célèbre pour concentrer la pauvreté. C’est la crainte de Frédéric Bertet, directeur d’école et secrétaire général adjoint au SNUipp— FSU 13. La Friche de la Belle de Mai a lancé la construction d’une nouvelle école élémentaire pour la rentrée 2022. Son directeur Alain Arnaudet, conscient de la pénurie de places qui touche de plein fouet cet arrondissement (certains enfants sont même repoussés vers les 14ème et 15ème), clame sa volonté « que l’école s’inscrive dans la carte scolaire ». Point que confirment la mairie centrale et le rectorat. Mais l’orientation artistique de l’enseignement et les futurs instituteurs triés sur le volet laissent Frédéric Bertet « très dubitatif ».

    Enseignement linguistique spécifique, classes à horaires aménagés musique, écoles internationales… Quand les parents ne mettent pas tout simplement leurs enfants dans le privé, les prétextes pour contourner la carte scolaire sont légion. L’idéal étant d’avoir un contact au service éducation et jeunesse d’une mairie qui reçoit un nombre de demandes de dérogation impressionnant. La dernière solution exaspère Séverine Gil, présidente du Mouvement des Parents d’Élèves du 13 : « À Marseille, le sport national c’est les fausses déclarations d’adresse ! » Cette dernière se console en espérant que cela colmate la fuite vers le privé. Mais Anne Pfister, membre du collectif Écoles publiques du 3ème, voit les choses en gris depuis son arrondissement . « Ça revient au même, ça ghettoïse nos écoles. »

    Ce manque de mixité sociale provient également d’une politique d’urbanisme défaillante. « L’école est a l’image de la société qui l’entoure », souligne le syndicaliste Frédéric Bertet. Au hasard, les écoles du très select Roy d’Espagne (8ème arrondissement) n’accueillent que les enfants de la très aisée résidence du même nom. Autre exemple, la cité Air Bel, îlot de pauvreté du 11ème arrondissement, héberge une école primaire en son sein. Le secteur qu’elle couvre n’englobe que la cité, pour la mixité on repassera. Dans son mémoire de sociologie sur les écoles du 3ème, Marion Lis évoque le cas des écoles maternelles et élémentaires Ruffi. Côté pile, la future école « Antoine de Ruffi » devrait ouvrir ses classes à la rentrée 2020.

    Côté face, l’école Rep+ (nouvelles Zep) « Ruffi » tout court, et ses préfabriqués. Ce dispositif « temporaire » sert depuis maintenant 15 ans de classes et de dortoirs a 350 enfants issus de milieux très défavorisés. « Les nouveaux et bons élèves, partent à l'école privée Schuman à coté », apprend-on dans le mémoire. Le bâtiment en construction, lui, semble tout choisi pour accueillir les minots des nouveaux habitants du quartier d’affaires Euromed. Ceux d’entre eux qui n’auraient pas réussi à avoir une place à l’école catholique Schuman.

    Forte de ces constats démographiques, la mairie a la responsabilité de réviser la carte scolaire en conséquence. Quand elle daigne s’en occuper, elle le fait dans son coin. Elle ne joint les services de l’Éducation nationale que pour essayer de pallier les pénuries de places grâce au dispositif d’urgence des « classes accueillantes ». N’allant pas « jusqu'à parler de réussite », Dominique Truant, l’adjointe du directeur académique des Bouches du Rhône, note quand même une nette amélioration de la gestion des inscriptions par les services de la ville. Après six ans de refus et d’incapacité à utiliser Ondes, logiciel national consacré, elle s’y est finalement mise. À quelques mois du passage de flambeau de Gaudin…

    Dans le numéro de septembre 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    12/11/2019 20:06:03 - permalink -
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  • Prenez garde à la jeune garde !

    J'ignorais que le Mouvement des Jeunes Communistes de France (aka Jeunesse Communiste) est statutairement indépendant du Parti Communiste Français, contrairement aux jeunes du PS ou de La République En Marche. Ça leur permet d'être en désaccord franc sur la ligne politique : les jeunes veulent un parti plus révolutionnaire (lutte des classes), moins réformiste, qui rejette l'UE sous sa forme actuelle. Cette différence aurait toujours existé. Les jeunes n'ont pas soutenu Ian Brossat aux européennes. La Jeunesse Communiste 13 revendique 80 adhérents et se fédère avec celle du Bas-Rhin, de la Loire et de Lyon. La fédération 13 du PCF nomme sa jeunesse interne « collectif jeune »

    Le PCF 13 et les jeunesses communistes sont au bord de la rupture. Des tensions qui se répercutent jusqu'à la fête de l'Humanité.

    « Sincèrement, nos liens avec le parti communiste, c’est surtout pour des questions pratiques, assène Nicolas Testart, secrétaire fédéral des jeunes communistes des Bouches-du-Rhône. On n’a plus la même ligne, on veut être un parti de classe, révolutionnaire, ce n'est pas le cas du PCF » En juin, les militants des JC se sont pourtant encore réunis, pour leur traditionnelle fête avant l'été, dans le siège du parti centenaire à Aix-en-Provence. Parmi les présents, des militants de Lyon ou de Saint-Etienne - « des fédérations amies » selon Tina Friedrich, la responsable de la section des JC d’Aix-en-Provence — mais aucun responsable départemental du PCF.

    Du côté de la jeune garde, cela ne surprend personne. « On n’est pas ennemis mais on ne défend juste pas les mêmes choses », explique un militant. Le local réservé aux JC se distingue rapidement : il est le seul sans affiches, placardées sur les murs, de Ian Brossat, le candidat PCF aux dernières élections européennes. « Nous n'avons pas fait campagne pour lui. Nous sommes bien évidemment internationalistes, mais cette union-là, nous n’en voulons pas », affirme Nicolas Testart, 25 ans.

    Indépendance et dissidences

    « Des différences de lignes politiques, il y en a toujours eu pour les jeunes communistes et le PCF », précise Guillaume Quashie-Vauclin, historien des organisations de jeunesses communistes et membre du PCF. Depuis la fin des années 60, des jeunes dénoncent un parti qui serait devenu "trop réformiste" à leurs yeux. » Mais avec un interventionnisme moins fort des dirigeants du parti que dans les années 60, la critique s'exprime avec beaucoup plus de force : « En faisant campagne pour l'abstention aux européennes, une ligne rouge a été franchie par la JC des Bouches-du-Rbône, j'ai été assez surpris de l'absence de réponse de la direction », constate le spécialiste. L‘historien Roger Martelli, co-directeur du magazine Regards, mesure lui aussi une accentuation des dissensions « depuis la refondation avec Robert Hue dans les années 2000 ». Mais sans être étonné que les JC puissent s‘opposer radicalement sans réelles conséquences : « Le parti n’exclut plus et il n'y a plus vraiment de sanctions disciplinaires… »

    Le Mouvement des jeunes communistes de France est statutairement indépendant du PCF, ce qui le distingue par exemple des jeunes socialistes formellement liés au PS ou des « jeunes avec Macron », dépendants de la République en marche. « Qu’on adhère ou pas à la ligne des jeunes communistes des Bouches-du-Rhône, au parti, on n'a pas notre mot à dire, confirme Jérémy Bacchi, le secrétaire fédéral départemental du PCF. Lors de notre dernier congrès, nous avons décidé de nous adresser davantage aux jeunes, ils sont l'avenir de notre pays. » Malgré tout, il admet que « les stratégies différentes avec la JC » ne rendent pas très audible le parti auprès de la jeunesse. La « fédé 13 » a ainsi créé un « collectif jeune » pour les militants souhaitant s’impliquer dans le parti mais qui ne seraient pas sur la même ligne que les 80 adhérents revendiqués de la JC. « Ce collectif, pas vraiment structuré, n'a absolument pas vocation à supplanter les jeunes communistes », précise prudemment Jérémy Bacchi qui, comme la plupart des élus et responsables du PC, ont fait leurs armes aux JC…

    Retour aux fondamentaux de classe

    En attendant, les jeunes communistes des Bouches-du-Rhône ont rejoint une « inter fédération » avec leurs camarades du Bas-Rhin, de la Loire et de Lyon. « Il est temps désormais de mettre un terme à l‘impunité de la direction nationale, il est temps de revenir aux fondamentaux de classe du mouvement communiste, clame haut et fort Tina Friedrich devant ses troupes à Aix-en-Provence. Nous lutterons sans relâche contre l'opportunisme, le révisionnisme, le réformisme jusqu’à la victoire finale. » Même lors de la traditionnelle Fête de l’Humanité, du 13 au 15 septembre en Seine-Saint-Denis (93), les JC des Bouches-du-Rhône feront stand à part. « On peut se filer un coup de main bien sûr, mais on gère notre propre stand avec les camarades de Lyon et du Bas-Rhin », précise Nicolas Testart.

    Une alliance des jeunes communistes dissidents qui ne plaît pas beaucoup à la tête du Mouvement des jeunes communistes de France. L’an dernier, la banderole proclamant « pour la révolution et le socialisme : Organise ta colère ! » avait été arrachée dans la nuit. Pour les militants présents, pas de doute, ils auraient reconnu la voiture d'un des membres de la direction du mouvement… « Contre le rouleau compresseur Macron, on n’a pas d'autres choix que de lutter tous ensemble. Nous devons travailler main dans la main », espère toujours Jérémy Bacchi. Nicolas Testart est moins optimiste : « Face à toutes ces contradictions et ces différences politiques, je ne pense pas qu'on aille vers plus de lien entre nous. Mais bien évidemment, sur le terrain, dans les moments de lutte, on se retrouve… »

    Dans le numéro de septembre 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    12/11/2019 19:46:26 - permalink -
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  • Transparence belge

    L'ONG belge Transparencia milite pour l'accessibilité des données publiques. Elle a obtenu la publication, à l'avance, des documents préparatoires de certains conseils municipaux. Elle a produit un outil, Cabineto, qui permet de consulter la composition des cabinets des maires. La Belgique dispose de 6 CADA. :O Contrairement à la France, le patrimoine des élus n'est pas public, seul un juge peut le connaître.

    Et si la transparence était une histoire belge ? Une ONG milite pour l'accessibilité des données censées être publiques et plus de transparence dans la vie politique. Pas con !

    Proverbe d'outre-quiévrain : « Si vous avez compris la politique belge, on vous a mal expliqué. » Mais, même si le vote y est obligatoire, un pays qui est resté aussi longtemps sans gouvernement ne peut pas être totalement mauvais. En tout cas, l'exemple de l'ONG Transparencia peut inspirer !

    En effet, souligne Ariane Thibault, le but de cette organisation, c'est de « rendre les documents publics accessibles ». Une problématique que l'on connaît bien en Paca puisque la surveillance du citoyen - dans l'espace public comme sur le web - n'a d'égale que l'opacité de la vie censée être publique, l'open data n'étant bien souvent qu'une vaste fumisterie.

    « L'accès aux documents permet de faire vivre la démocratie, poursuit la responsable de l'ONG. À Mons et à Boisfort-Watermael, on a réussi à obtenir la publication des documents préparatoires des conseils municipaux une semaine à l'avance. » Avant ce succès, face au refus initial des autorités locales de les communiquer, l'association avait monté un site web en y publiant les documents qu'elle était parvenue à se procurer ! Un activisme bienvenu au regard de la difficulté chronique de nombreux élus provençaux d'opposition pour avoir les documents en temps et en heure…

    Autre fait d'arme : « À Namur, le comité local a mis la main sur un compte-rendu du conseil municipal que la mairie avait refusé de donner et, avant de le publier, nous avons fait le tri entre les informations d'intérêt public et ce qui relève du huis-clos. » Une forme de démocratie 2.0 que prolonge le site web de l'ONG en recensant demandes de documents et réponses. Sans oublier Cabineto qui permet de connaître la composition des cabinets.

    De fait, les situations sont contrastées. Si, en Belgique, il n'y a pas une seule commission d'accès aux documents administratifs mais six, elles ne mettent qu'un mois pour répondre contre plusieurs en France. A contrario, note la militante, « en Belgique, les élus ont l'obligation de rendre publics leurs mandats mais pas leur patrimoine. Il n'y a que le juge qui peut le connaître.

    Une pudeur étonnante au pays du Manneken Pis ! En tout cas, alors que l'ONG cherche à nouer des liens avec Anticor et les médias locaux, pour notre prochain « palmarès des villes à fuir » et les municipales, le Ravi ne fera pas l'impasse sur cette obscure question de la transparence. C'est clair ?

    Dans le numéro de septembre 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    12/11/2019 19:28:27 - permalink -
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  • Saint-Siège brûlant

    La banque du Vatican ne serait toujours pas ordonnée (dans les années 80, elle fut accusée de blanchir le fric de la mafia italienne) : opacité totale, même vis-à-vis du pape, 90 % des dépenses seraient faites en dehors des règles fixées, solde de comptes de dépôt pour cardinal dépassant les 2 millions d'euros (l'œuvre de Dieu enrichit, que veux-tu), commissions versées pour l'achat d'un immeuble, etc. À côté de ça, la décision a été prise d'intégrer, en Amazonie, des hommes mariés comme prêtre. Les femmes n'étaient pas autorisées à voter.

    Après les scandales de pédophilie, les complots pour déstabiliser le pape et les menaces de schisme, ça chauffe encore au Vatican.

    L’un des principaux adjoints du pape, le cardinal Marc Ouellet (préfet de la Congrégation pour les évêques), descend ainsi en flammes les annonces faites par son saint patron à l’issue du synode pour l’Amazonie (« Le Figaro », 28/10). Son Eminence dénonce la décision d’ouvrir la prêtrise locale à des hommes mariés et se fait l’apôtre d’un célibat pur et dur. Un peu comme si Castaner fustigeait la politique de Macron…

    Pour les non-initiés, les débats de ce synode amazonien ont eu des airs de discussions pré-historiques. Fallait-il faire voter les femmes présentes dans cette assemblée ? La réponse a été un non papal.

    Les progressistes du Vatican se rassurent en espérant que les premiers coins enfoncés dans le dogme du célibat vont faire des petits. Les réacs, eux, guettent l’état de santé de ce pape, quasi hérétique à leurs yeux, qui va fêter ses 83 ans en décembre prochain.

    En attendant, la fête continue. Comme le révèle un livre du journaliste italien Gianluigi Nuzzi, les grands argentiers du Vatican persistent à faire les quatre cents coups. Selon l’auteur, 90 % des dépenses sont faites en dehors des règles. Le bureau qui gère le budget du souverain pontife et le « denier de Saint-Pierre » « n’admet aucun contrôle sur ses comptes [et] même les gens envoyés par le pape n’y ont pas accès », s’étonne « La Croix » (23/10).

    La banque du Vatican (IOR), prétendument remise au pas, héberge, malgré les interdictions, des comptes personnels de cardinaux avec des dépôts dépassant les 2 millions d’euros. Le pape, furieux, aurait exigé qu’ils soient fermés « im-mé—dia-te-ment ». Mais personne ne sait s’il a été obéi. Enfin, de nouvelles affaires ont éclaté, telle la révélation de commissions versées pour l’achat d’un immeuble de luxe à Londres.

    En prime, le déficit courant de la maison ne cesse de se creuser. Il devrait atteindre 95,3 millions cette année, pour un budget d’environ 500 millions. Mais impossible d’en savoir davantage : le Vatican ne publie plus de comptes précis depuis 2013 et l’élection du pape argentin. « Perseverare diabolicum », comme disent les latinistes. ..

    Dans le Canard enchaîné du 30 octobre 2019.

    12/11/2019 18:38:27 - permalink -
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  • Pouvoir et presse : accréditations refusées, escorte, journal écarté, etc.

    Visite de Macron à La Réunion : accréditations de journalistes refusées, escorte afin d'éviter les escapades hors de la zone réservée à la presse, journal local mis à l'écart. Bref, la pratique courante en France. Le Canard du 9 octobre 2019 ne parlait-il pas d'un renouveau de la flamme entre le Président et la presse lorsque ce premier apelait cette deuxième à lutter contre les fake news (comme la comparaison Lubrizol <-> AZF) lors de sa venue au centenaire du journal La Montagne ? J'avais bien rigolé en lisant ça. :)

    La visite de Macron à La Réunion, la semaine passée, aura encore été un grand succès sur le plan des relations entre Jupiter et les journalistes. Plusieurs confrères, notamment locaux, se sont plaints de la manière dont ils ont été traités par l’Elysée : accréditations refusées et même escorte jusqu'aux toilettes pour éviter toute escapade hors de la zone réservée à la presse. « Il n'est pas nécessaire d'être accrédité pour informer », a aimablement riposté Macron. « Peut-être. Mais, lors d'une visite présidentielle, sans accréditation on reste à des kilomètres et on ne fait rien ! » raille-t-on au « JIR », le quotidien de mauvaise humeur coupable d'un vilain titre en une (« Pour l’instant, c'est du vent ! »), qui lui a valu d’être mis à l'écart du show présidentiel.

    Ah, la douceur des îles…

    Dans le Canard enchaîné du 30 octobre 2019.

    12/11/2019 18:14:08 - permalink -
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  • Trump doit son succès aux Kurdes

    On entend souvent que les Kurdes ont bataillé contre Daech. Ils ont aussi fourni, aux Américains, l'emplacement de la planque de l'ex-chef de Daech. Un ex-activiste de Daech avait filé l'info aux Kurdes. Notons que la planque se trouvait près de la frontière Turque… … … Là où Erdogan a décidé que les Kurdes n'ont pas droit de cité. 25 000 à 30 000 personnes seraient plus ou moins proches de Daech dans cette région.

    Une ironiee tragique de l’Histoire. Les Kurdes, méchamment trahis par Donald Trump, avaient fourni les renseignements qui ont permis aux forces spéciales américaines de bien préparer leur opération et de régler son compte à Al-Baghdadi. Cette surprenante révélation et plusieurs précisions sur le raid US ont été transmises à l’Elysée, via l’état-major des armées, par la Direction du renseignement militaire.

    Résumé de ces informations : ce sont les Kurdes des Forces démocratiques syriennes qui ont localisé le repaire du calife de l’Etat islamique à Barisha, dans la province d’Idlib (nord-est de la Syrie), non loin de la frontière turque. Voilà quelques mois, un ancien activiste de Daech, après avoir rompu avec ses anciens compagnons et leur chef, avait rencontré des responsables kurdes et décrit la cache où vivaient Al-Baghdadi, sa famille et ses gardes du corps. L’opération a été concoctée pendant cinq mois, mais Trump n’en a pas moins décidé, il y a deux semaines, de retirer de Syrie la plupart des militaires US et d’abandonner les Kurdes à la vindicte turque.

    Toujours selon le rapport transmis à l’Elysée, la surveillance permanente du refuge d’Al-Baghdadî a été facilitée par la « sonorisation » de plusieurs pièces, afin de découvrir le nombre d’occupants du lieu, leurs habitudes et leurs allées et venues (remarque du « Canard », au passage : la pose de micros est parfois tout à fait justifiée…). Puis la décision a été prise d’intervenir.

    Une centaine de militaires de la Force Delta, l’une des unités relevant du haut commandement des forces spéciales américaines, ont engagé l’assaut, transportés sur place par huit hélicoptères lourds CH-47 Chinooh. Des agents de la CIA ont aussi participé au raid.

    Des documents ont été trouvés sur place, et des avions américains ont détruit le dernier repaire du chef terroriste afin qu’il ne puisse devenir un lieu de pèlerinage. D’autant que, selon les agents français, il y aurait entre 25 000 et 30 000 hommes et femmes plus ou moins proches de Daech dans cette région.

    Une récompense de 25 millions de dollars avait été promise pour la capture d’Al-Baghdadi, mais les informations du Renseignement militaire n’indiquent aucun nom de bénéficiaire. Pourquoi pas les Kurdes ?

    Dans le Canard enchaîné du 30 octobre 2019.

    12/11/2019 17:56:27 - permalink -
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  • Primes baladeuses et jungle salariale au gouvernement

    Je découvre l'indemnité de sujétions particulières, remplaçante des fonds ministériels secrets, qui permet de compenser la surcharge de travail des membres des cabinets gouvernementaux en contournement les grilles de salaire de la fonction publique (exemples : un seul conseiller au numérique rafle 45 500 euros/an de prime, le directeur de cabinet de Grivaux avait perçu 79 000 € de prime) puisque c'est à la tête du client. 224 personnes sur 324 éligibles la perçoivent.

    Le projet de budget pour 2020 recèle quelques perles dans ses annexes consacrées aux « primes et salaires versés aux conseillers ministériels ». En principe, les 324 éminences grises peuplant les cabinets peuvent toutes prétendre à une indemnité de sujétions particulières (ISP), censée compenser la surcharge de travail inhérente à leurs fonctions. En réalité, elles sont seulement 224 à les percevoir…

    Si, à Matignon, à la Justice ou à la Culture, tout le monde ou presque passe au guichet, ils ne sont que quatre (sur dix) chez Gérald Darmanin (Budget) et trois chez Agnès Buzyn (Santé) à se partager le grisbi. Chez Cédric O (Numérique), un seul quidam rafle tout, soit 45 500 euros de bonus. Oh !

    Créée en 2001, l’ISP a remplacé les regrettées enveloppes d’argent liquide distribuées en toute opacité et alimentées par les fonds secrets. fixé pour 2019 à 22,32 millions (4 % de mieux en un an), cette indemnité permet parfois de contourner les règles salariales de la fonction publique.

    Les chouchous du patron

    L’an passé, Benjamin Griveaux (alors porte-parole du gouvernement) avait ainsi dépensé l’intégralité de ses ISP pour gonfler de 79 000 euros (brut) le salaire de son directeur de cabinet, prof agrégé de philo dans le civil… Comme au bon vieux temps des fonds secrets, c’est le chef du gouvernement qui fixe le montant alloué aux différents ministres.

    A ce jeu, Matignon remporte le gros lot, avec 1,8 million pour 70 personnes. Nicole Belloulet, à la Justice, Florence Parly. aux Armées, Christophe Castaner, à l’Intérieur, et Jean-Yves Le Drian, au Quai d’Orsay, ne s’en sortent pas mal non plus avec, en gros, 850 000 euros chacun pour 10 ou 11 conseillers.

    Salaires et primes comprises, les rémunérations de chacun de ces quatre cabinets coûtent environ 1,5 million. Soit, rapporté au nombre de membres, un montant équivalent à celui du staff du Premier ministre… En revanche, Edouard Philippe s’est montré plutôt pingre avec Gérald Darmanin (Budget), qui n’a droit qu’à 175 000 euros d’ISP. Il a mis à la diète Agnès Buzyn (Santé) — 130 000 euros — et Didier Guillaume (Agriculture) — 84 000 euros. Au total, avec les traitements de base, les crédits de leurs cabinets sont ratiboisés de 20 %.

    Côté secrétaires d’Etat, les dotations sont également allouées à la tête du client. Quand Brune Poirson (Transition écologique) reçoit 14 600 euros d’ISP pour ses collaborateurs, Gabriel Attal (Education) dispose de 126 000 euros, et Olivier Dussopt (Fonction publique) de 256 000 euros. Dussopt peut se vanter d’être le membre du gouvernement coûtant, en proportion, le plus cher : salaires et primes inclus, la facture de son cabinet (cinq conseillers) s’élève à 880 000 euros.

    Pour un sous-ministre chargé de la réforme de la fonction publique, c’est un bon début…

    Dans le Canard enchaîné du 30 octobre 2019.

    12/11/2019 17:46:24 - permalink -
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  • La retraite de la retraite

    On entend de plus en plus parler d'une réforme des retraites qui s'appliquerait uniquement aux personnes qui entreront dans la vie active à partir de 2025 (ce qui reporte à 2068 la fin de la réforme). Cette stratégie enlève rien aux côtés négatifs de cette réforme, elle permet d'engager les futurs présidents et gouvernements (car ils devront faire un effort pour contrecarrer ou modifier cette réforme alors que rien faire sera moins coûteux pour leur image) mais, dans une société "tout pour ma gueule", ça permet de limiter le nombre de personnes dans les rues (je suis pas concerné ? je ne vais pas manifester).

    Devant ses troupes, lundi matin, Macron est revenu sur le projet de réforme des retraites et sur les concessions d’ores et déjà envisagées :

    « On ne peut pas être pour une société de contrat et déchirer le contrat d’un simple geste. La philosophie de la réforme des régimes spéciaux, c’est de respecter le contrat signé et de stopper la machine pour les nouveaux entrants. La valeur d’une réforme, ce n’est pas de tout changer immédiatement mais de la rendre pertinente pour l’avenir. »

    Il aurait peut-être été plus simple d’annoncer franchement la couleur il y a quelques semaines et de ne pas laisser la vapeur s’accumuler…

    Dans le Canard enchaîné du 30 octobre 2019.

    12/11/2019 17:31:24 - permalink -
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  • Marcheurs et frondeurs

    Des derniers mois, on entend parler de fronde des députés macronistes, notamment car ils contestent les projets de loi de financement de l'État et de la Sécu. Le président du groupe à l'Assemblée affirme que les députés macronistes jouent persos en portant des amendements d'intérêt local afin de favoriser leur re-élection. À côté de ça, tout ce beau monde vote bien gentiment les mesures contestables voulus par le gouvernement comme le pillage de la Sécu, donc bon, frondeurs, mais pas trop… De même, les frondeurs socialistes n'étaient pas parvenus à préserver les libertés et les acquis sociaux du peuple, pour rappel.

    La discussion budgétaire à l’Assemblée nationale a eu au moins un mérite : mettre en lumière l’existence de « frondeurs » au sein de La République en marche ; ce genre de frondeurs que Macron abhorrait quand ils étaient socialistes et qu’ils s’en prenaient a Hollande…

    Cette fronde encore latente, il en a été question le 22 octobre au petit déjeuner de la majorité, et c’est Gérald Darmanin qui a mis le sujet sur la table. Le ministre des Comptes publics venait de passer une nuit éprouvante à l’Assemblée et il était de fort méchante humeur.

    « Je suis très inquiet de l’état de la majorité, a-t-il lancé à ses convives. On en est au point où des députés En marche ! s’amusent à battre le gouvernement sur des amendements financiers. »

    Et Darmanin d’insister sur le mauvais esprit manifesté par ces élus.

    « Lors des suspensions de séance, soit ces députés ne viennent pas à la réunion de conciliation, soit ils viennent mais maintiennent leur position en expliquant qu’ils ne peuvent pas soutenir le gouvernement sur ce coup-là et qu’ils préféraient le Macron candidat au Macron président ! »

    A vrai dire, ce ne sont peut-être pas les seuls.


    Le blues de Le Gendre

    Encore plus incroyable, le patron des députés Marcheurs , Gilles Le Gendre, s’est rallié, toujours au cours de ce petit déjeuner, à l’avis de Darmanin. Enfin, patron, si l’on peut dire, car le président du groupe LRM a le plus grand mal à tenir ses troupes, et il ne s’en cache même plus !

    « Chacun est un peu à son compte, a-t-il déclaré, un rien désabusé. Chacun est persuadé qu’il sera réélu dans sa circonscription en portant tel ou tel amendement d’intérêt local, et qui provient parfois de lobbys. »

    Et Le Gendre d’ironiser sur les « autoentrepreneurs » de la majorité.

    Bah… c’est ça la « start-up nation » !


    Revoilà les gilets jaunes !

    Si Darmanin était si nerveux ce 22 octobre, c’est parce qu’il redoutait aussi le vote, prévu dans la soirée, de l’article 3 du PLFSS, le budget de la Sécu.

    Une semaine plus tôt, en commission, les députés avaient pris au mot le gouvernement, qui s’était engagé naguère à compenser dans le budget de la Sécu le coût des dépenses pro-gilets jaunes dont elle avait dû assumer la charge, soit 3 milliards en année pleine. Or, entre-temps, le gouvernement a renoncé à reverser ce fric à la Sécu.

    L'article 3 du Projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale dispose que la Sécu, c'est-à-dire les cotisations sociales, et non le budget général de l'État c'est-à-dire les impôts (TVA, IRPP, etc.), paiera la note des mesures "gilets jaunes" c'est-à-dire l'exonération de cotisations sociales salariales sur les heures supplémentaires et le retrait de la hausse de la CSG pour les retraités percevant moins de 2000 €/an. En clair, le trou de la Sécu vient d'être creusé de 3 milliards d'euros supplémentaires, ce qui permettra de justifier de nouveaux non-remboursements de médocs et autres économies… Cela s'ajoute à la ponction étatique de 20 milliards d'euros sur 5 ans votée fin 2017.


    Finalement, les députés ont baissé pavillon en séance publique et voté comme le voulait Darmanin : les mesures gilets jaunes resteront à la charge de la Sécu.

    Comme quoi ces frondeurs macronistes sont encore un peu tendres, par rapport à leurs camarades socialistes…

    Dans le Canard enchaîné du 30 octobre 2019.

    12/11/2019 17:14:44 - permalink -
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  • Des clubs sportifs pas très populaires

    Les habitants des quartiers populaires de Marseille sont 2 fois moins nombreux à pratiquer un sport dans un club que les habitants des autres quartiers. Coût élevé. Aides publiques faibles et compliquée sà décrocher. Manque d'infrastructures puisque tout le monde veut pratiquer en même temps à cause des contraintes taff/école. Ouvrir des terrains en dehors des centres-villes nécessite de construire des infrastructures de transport public. Les aménagements sont surtout prévus pour les hommes : stades et terrains de foot à gogo au détriment de salles omnisports alors que les femmes ont une diversité dans leurs pratiques sportives.

    Seulement 8 % des habitants des quartiers populaires de la métropole marseillaise sont licenciés dans un club de sport. Explications.

    « Les habitants des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) sont deux fois moins nombreux à pratiquer un sport dans un club fédéral que les habitants hors des QPV », constate l'Agam, l'Agence d'urbanisme de l’agglomération marseillaise. Une situation due à de nombreux obstacles à la pratique sportive dans les quartiers populaires. Revue des quatre principaux éléments qui éloignent les habitants des clubs de sport.

    Bien qu'une adhésion dans un club soit deux à trois fois moins chère qu'une salle de sport, le sportif doit tout de même mettre la main à la poche. Les difficultés économiques amènent parfois à des entraînements en dents de scie. « C'est plus dur de demander une cotisation à l'année complète. On fait donc au mois par mois. Mais avec ce système, on a des petits qui viennent pendant deux mois, mais qui ne reviennent pas pendant 6 mois », observe Romain Berton, encadrant bénévole du club de boxe « B.C. Saint-Louis » situé dans le quartier de la Cabucelle à Marseille (15ème arr.).

    Trous dans la raquette urbaine

    « 200 euros, cela reste quand même dur à sortir pour certaines familles, même s'il y a des facilités de paiement », confirme Thibault Cerboni du Comité olympique 13 (CDOS 13). Le département donnera bientôt une somme de 150 euros à chaque collégien, dont une partie pourra être utilisée pour payer leur licence ou la cotisation à un club sportif. Pour les 6/10 ans en revanche, l'aide de la ville de Marseille reste limitée à un financement de 25 euros pour l'achat de la première licence sportive. Un dispositif qui n'a bénéficié qu'à 700 enfants l'année dernière. Un faible résultat à mettre en regard des nombreuses formalités administratives pour toucher la petite somme.

    Quand bien même certaines disciplines prennent en compte le facteur prix, les équipements de sport et les clubs ne suivent pas. « Nous dans le 15-16, on a deux terrains de tennis pour 225 licenciés. Cela nous pose problème », constate Marc Habadou, le président de l'association de tennis « Fête le mur ». Fondée par Yannick Noah en 1997, elle vise à démocratiser la pratique du tennis dans les quartiers populaires en proposant des tarifs attractifs. « On fait payer autour de 70 euros l'année en fournissant les raquettes, les balles, avec l'école de tennis comprise. Dans n'importe quel autre club, le prix serait quatre fois supérieur. Mais quasiment tous les jours de la semaine, nos terrains sont utilisés », expose le bénévole qui souhaiterait un développement des cours de tennis dans le quartier.

    Ce manque d'infrastructures est loin d'être cantonné au tennis. « Tous les clubs de football à Marseille manquent de stades », estime Jean-Claude Cappello, le président du district de Provence de football. Malgré l'implication de la mairie dans la rénovation et la création de stades, cela reste une gageure pour l'ensemble des clubs de foot marseillais de trouver des créneaux d'entraînement sur les terrains municipaux. Une gestion encore plus problématique lorsque les rénovations de stades s'y ajoutent. Le club de football de Félix-Pyat (3ème arr.) en a fait les frais. Depuis la fermeture du stade à proximité en 2015 pour cause de rénovation, le club a dû délocaliser ses entraînements dans les 13ème et 14ème arrondissements. « On est passé de 280 licenciés en 2015 à 145 l‘année d'après », explique Linda Christi, la coordinatrice du club de football.

    Seulement 20 % de femmes

    « Les gens se découragent très vite dès lors qu’ils ne sont pas à un quart d’heure de marche ou de transport en commun. À Marseille, il y a un problème de manque de métro et d’infrastructures. Cela rend complexe le fait d'avoir une pratique structurée », analyse Alexandre Caribone, délégué départemental de la Fédération sportive etgymnique du travail (FSGT), dont 25 % des 16 000 adhérents estimés viennent des quartiers populaires.

    Les femmes restent encore sur le banc de touche dans les quartiers populaires. On y compte une sportive pour quatre sportifs rappelle l'Agam, contre 30 % dans l'ensemble de la métropole. Comme le rappelle l'ouvrage Le sport fait mâle (2016, ed. Pug) de la sociologue Carine Guérandel, l'offre sportive des quartiers populaires cible principalement les garçons, tandis que les pratiques féminines sont moins valorisées. Une politique sportive à deux vitesses qui se lit très bien dans les aménagements dont l'usage reste masculin. Stades et autres terrains de foot représentent 31 % des aménagements sportifs dans les quartiers prioritaires de la métropole selon l'Aagam, loin devant les salles multi-sports (16 %) et les terrains de basket (8 %).

    D'autant que l'absence de diversité des infrastructures sportives les touche en priorité. « Chez les femmes, 50 % des pratiquantes le sont dans une quinzaine de sports différents », note l'Agam. Les clubs omnisports proposant plusieurs disciplines captent un quart des femmes licenciées des quartiers populaires. Un taux qui n'est pas près de bouger tant l'accès à d'autres sports est compliqué. « Les grands clubs multisports de Marseille sont concentrés dans les quartiers Sud et il n'y a pas les mêmes géants associatifs dans les quartiers Nord », explique Alexandre Caribone. Reste le sport en autonomie, la course à pied ou à vélo par exemple, mais la encore, les freins pour les femmes sont nombreux.

    Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    04/11/2019 00:19:49 - permalink -
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  • Distribution piège à…

    Quelques mots sur la loi d'octobre 2019 réformant la distribution de la presse. Les administrations de contrôle seront fusionnées avec l'ARCEP, l'administration de contrôle des télécoms et des postes. L'unique réseau de distribution privé Presstalis sera ouvert à la concurrence alors que les difficultés économiques du secteur ont conduit au regroupement des sociétés de diffusion (la concurrence a donc échoué…). En dehors de la presse d'Information Politique et Générale (IPG), les distributeurs pourront choisir les titres qu'ils distribuent. C'est problématique puisque les autres titres de presse et magazines représentent 70 % du chiffre d'affaires des magasins de presse. Est-on sûr que ces titres continueront à être diffusés au fin fond de la France ? Le ticket d'entrée pour se faire diffuser ne va-t-il pas devenir inabordable ? J'ai aussi mis de côté le point de vue de l'Union des commerçants de loisirs et de presse (qui représente environ 50 % des magasins de presse).

    Pour résoudre la crise de la diffusion de la presse, la macronie va l'ouvrir… au privé !

    L'affaire a fait grand bruit. Début mai, L’Equipe Magazine se penche sur l'homophobie dans le sport. En une, deux joueurs de water-polo s'embrassant. Un kiosquier refuse de distribuer le titre ! Depuis, il a été suspendu. Un dérapage qui pourrait devenir la norme ? Peut-être.

    La question de la distribution de la presse est suffisamment électrique pour que le ministre de l'Intérieur italien accuse la CGT d'avoir bloqué la distribution du Point qui affichait sa frimousse. Le syndicat a démenti, expliquant que le blocage n'a rien à voir avec le contenu, Marianne n'ayant pas été distribué non plus…

    Le Ravi a lui aussi connu quelque retard quant à sa mise en kiosque. Car, depuis plusieurs mois, le SGLCE CGT se mobilise contre la réforme de la distribution qui vient d'être adoptée au Sénat et qui sera examinée en juillet à l'Assemblée.

    Pluralisme dans le viseur

    Pour Didier Lourdez, du SGLCE, « cette réforme, c'est la mort de la loi Bichet qui, depuis plus de 70 ans, régit la distribution. Et assurait le pluralisme ». En effet, au regard des difficulté de l'opérateur historique — Presstalis — la solution envisagée est, ni plus ni moins, l'ouverture à la concunence. Jusque-là, le système était des plus encadrés avec, schématiquement, une solidarité entre petits et gros éditeurs. Et ce, sous le contrôle du CSMP et de l'ARDP (le Conseil supérieur des messageries de presse et l'Autorité de régulation de la distribution de la presse).

    Outre le remplacement de ces instances par l'autorité qui régulait jusque-là les télécoms (l'Arcep) [N.D.L.R : et la distribution postale ] et au-delà de l'arrivée d'un nouvel opérateur, ce que pointe la CGT, c'est le fait de laisser davantage de choix aux marchands de journaux quant aux titres qu'ils vont pouvoir ou non distribuer : « Certes, il y aura obligation de distribuer la presse d'information politique et générale (comme le Ravi, Ndlr). Mais, pour le reste, les marcbands de journaux vont pouvoir, au nom de la rentabilité, choisir ce qu'ils distribuent. »

    Soupir de Thierry Guillen, responsable CGT a la SAD 13, la société de diffusion basée à Marseille : « On se remet à peine d'un plan à l'issue duquel il y avait eu regroupement des sociétés de diffusion. Voilà pourquoi on couvre désormais presque tout le sud-est. On craint donc le pire. Et pas qu'en interne. Qui nous dit que les plus gros éditeurs ne finiront pas par décréter que ça coûte trop cher d'aller livrer au fin fond de la France tel ou tel titre ? A part les leurs, bien entendu… Aujourd'hui, tout est remis en cause. Et les salariés comme les petits titres sont en première ligne. »

    Concurrence renforcée

    Laurent Gandy, responsable de la diffusion chez KapMedia, qui épaule le Ravi dans sa distribution, est lui aussi critique : « Le but, c'est avant tout de sauver les quotidiens. Mais avec une approche assez paradoxale. D'abord parce que les "petits" se retrouvent à payer pour les "gros". Mais aussi parce que si tous les diagnostics tendent a pointer, comme source des difficulté, la forte concurrence entre les opérateurs, la solution préconisée c'est de… renforcer cette concurrence ! » Sa crainte ? Voir « le ticket d 'entrée pour être distribué grimper, en particulier pour les nouveaux entrants. Parce qu'on se focalise sur les quotidiens. Mais le pluralisme et ce qui fait vivre le secteur, ce sont aussi les nombreux titres spécialisés ». Et de se souvenir qu'il y a quelques années, « les marchands de journaux avaient la possibilité de retirer de la vente un bimensuel après un mois et demi, comme s'il était resté trop longtemps en vente. Résultat : ceux qui avaient opté pour cette solution ont vu leur chiffre d'affaires baisser. Le problème, ce nest pas qu'il y a trop de titres. C'est une crise plus profonde ».

    Le ministère n'a de cesse de calmer les inquiétudes. Sans véritablement y parvenir. En témoigne cette saillie de Franck Riester, le locataire de la rue de Valois, ironisant dans L'Express pour calmer le chaland : « Des magazines sur les râpes à fromage peuvent être imposés aujourd'hui aux marchands de journaux. Eh bien le marcband de journaux ne sera plus obligé de vendre ce magazine-là, qui n'a pas grand-chose de crucial. » Après vérification, nous n'avons trouvé aucune trace de publication consacrée à cet ustensile. Y a peut-être pas de quoi en faire un fromage mais, à l'heure de la lutte contre les « fake news » et autres « infox », ça la fout mal.

    On retrouve la râpe à fromage dans l'argumentaire de l'Union des commerçants de loisirs et de presse.

    Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    03/11/2019 23:29:09 - permalink -
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  • À vos marques, prêtes… inégalités !

    Inégalités hommes/femmes dans les sports. Les compétitions sportives féminines représentaient 14 % des retransmissions TV en clair. Moins de sponsors et de moyens. 32 % de femmes éducatrices sportives (moins de 3 % dans le foot). Les sportives sont moins bien rémunérées, et les jeunes sportives éprouvent des difficultés pour s'identifier à quelqu'une puisque peu d'éducatrices et peu de vedettes féminines. Certains sports sont moins exigeants pour les femmes, comme la boxe (72 rounds de 3 minutes pour les hommes contre 70 rounds de 2 minutes pour les femmes). La présence des femmes dans les sports est un combat permanent : en 1900, elles ont été autorisées à participer aux JO ; En 1960, on exclut des compétitions les femmes trop musclées et trop performantes ; En 2014 (!!!), on les autorise à pratiquer le saut à ski de haut niveau ; En 2018-2019, l'hyperandrogénie est sanctionnée par l'obligation de subir d'un traitement médicamenteux. En 2019, les jeunes joueuses de foot, contrairement aux jeunes joueurs ne bénéficient pas de contrat avec un club.


    Les performances françaises lors de la coupe du monde de football féminin (sic !) vont-elles changer le sort des sportives en Provence-Alpes-Côte d'Azur ? Les discriminations médiatiques, scodiales, financières et historiques y ont la peau dure…

    « Le foot féminin prend, d'un point de vue médiatique, plus d’ampleur et c'est très bien », salue Caroline Pizzala, capitaine de l'équipe de l'OM et ex-joueuse en équipe de France. Et ça paye ! Les matchs France-USA et France-Brésil, avec à chaque fois près de 12 millions de téléspectateurs, ont obtenu les meilleures audiences de l’année. Pour la première fois en France, tous les matchs de la Coupe du Monde féminine ont été retransmis à la télévision. La communication autour de l'événement est sans précédent pour une compétition « féminine ».

    Une situation exceptionnelle qui révèle une autre réalité : les compétitions sportives féminines restent moins diffusées. En 2015, elles ne représentaient que 13,8 % des retransmissions en clair selon le ministère de la Culture. « Au moins deux matchs de garçons sont retransmis par semaine. Pour nous ce n’est pas le cas », affirme Marina David, handballeuse de l'OGC Nice. Conséquence : moins de sponsors, de moyens, et une difficulté pour les jeunes filles à trouver des modèles.

    Si les sportives sont moins visibles, elles sont aussi traitées différemment dans les médias. « On ne parle pas de la même chose avec une femme athlète qu’avec un homme. Il faudrait poser les mêmes questions aux uns et aux unes », soutient Anne Vial, directrice de la ligue Paca de natation. Lors de la remise du premier ballon d'or à une footballeuse, en décembre dernier, la première question posée à Anna Hegerberg par Martin Solveig, animateur de la soirée, a été « est-ce que tu sais twerker ? » (le tvverk est une danse à base de mouvements de hanches et de fesses, ndlr).

    En même temps, Solveig est un DJ, le twerk est dans son giron et il avait prévu cette """"danse"""" (ainsi qu'une valse), y compris avec d'autres personnes, donc s'il animait la soirée, c'est un peu logique qu'il ait demandé ça, non ? Il va pas te parler cuisine. Solveig a aussi fait danser Mbappé, hein.


    Moins capables ?

    Cette réduction d'une sportive à son corps et sa désirabilité n'est pas nouvelle. Le contrôle du corps des athlètes a pendant longtemps été au cœur de la pratique sportive des femmes. Au point de les empêcher d’atteindre leur plein potentiel. Dans les années 1960, les compétitions internationales ont mis en place des vérifications de « féminité ». Mesdames, ne soyez pas trop fortes, trop musclées, trop performantes ou vous n'aurez pas le droit de concourir ! Si ces contrôles ont disparu, la féminité des sportives reste toujours surveillée, rappelle Anne Vial : « L’affaire Caster Semenya, une athlète sud-africaine, est un scandale. Elle naît avec un taux de testostérone supérieurà la moyenne. Le tribunal lui demande de prendre un traitement pour le faire baisser. Et il ne faut pas oublier que c'est une femme noire et lesbienne. On n’a jamais demandé à des athlètes masculins de modifier leur fonctionnement génétique. »

    Certains sports, comme la boxe ou le tennis, ont des exigences moins élevées pour les femmes. Alors qu'elles ne sont pas moins endurantes ou moins capables que les hommes. « En boxe aux championnats du monde, les hommes font 72 rounds de 3 minutes. Les femmes vont faire 70 rounds de 2 minutes. Sauf qu’on s'entraîne avec les hommes sur 3 minutes et 72 rounds », affirme Johanne Cavarec, championne de France 2010 de boxe anglaise.

    « Nous sommes au moins deux fois moins payées que les hommes » avoue la handballeuse niçoise Marina David. Au-delà des salaires, les moyens structurels et financiers sont moindres pour les femmes comme l'explique Johanne Cavarec : « En 2009-2010, l’équipe de France féminine de boxe avait moins de moyens. Elles étaient moins bien loties en terme de structures d'accueil (…) Elles sont maintenant mieux encadrées. Ça aide à être meilleure et plus performante. »

    Malgré tout, une partie des sportives s’estiment satisfaites. « Le hand a été bien féminisé depuis quelques années. À la Ligue française de handball on est vraiment bien », affirme Marina David. Caroline Pizzala voit également en positif l'évolution du football féminin où, selon elle, beaucoup d’efforts ont été faits depuis le début de sa carrière, il y a 15 ans : « Les structures de formation et les clubs se développent. Il y a plus de moyens humains, financiers, donc les joueuses sont de plus en plus performantes »

    Féminisme fait peur

    La réduction des inégalités permettrait ainsi aux sportives de pouvoir aller au bout de leurs capacités. « Les performances des femmes se rapprochent de celles des hommes. (…) En natation, en moyenne, on est passé de 50 % d’écart de performance en 1900 à environ 8 % dans les années 1980 », explique Catherine Louveau, sociologue spécialiste du sport.

    Mais sur la suite à donner, plusieurs écoles s'opposent. Pour Caroline Pizzala, « il faut être conscient de l'évolution qu’a pris le sport féminin en général et ne pas vouloir aller trop vite non plus (…) Il faut se satisfaire de ce qui est fait ».

    Un état d’esprit que déplore Catherine Louveau : « Aux Etats-Unis, les joueuses de tennis se sont battues pour avoir les mêmes primes. En France, je n'entends pas les sportives râler, réclamer. Le mot "féminisme" leur fait peur (…) Ça me choque qu’elles acceptent cette infériorisation. Et elles l'acceptent parce qu'elles sont éduquées comme ça, parce qu'il ne faut pas politiser le sport. »

    D'autres comme Anne Vial sont plus mitigées sur les revendications à défendre et les politiques à mener. « Je n'aime pas forcément la discrimination positive, mais peut-être qu’il faut en passer par là. Forcer le trait sur les athlètes féminines et les difficultés qu'elles rencontrent, car il y a moins d'argent, de visibilité, de couverture médiatique. »

    Une nouvelle génération de sportives aura peut-être la réponse. Suzanne a 12 ans. Elle fait du handball depuis 4 ans, dans une équipe entièrement masculine. « Au hand, j'oublie que je suis une fille mais parfois je suis obligée de le souligner, de dire "arrête de me traiter comme ça". Heureusement, c'est rare. Des fois, j'ai envie de m’imposer en disant "je suis une fille dans une équipe de garçons et rien que pour ça tu me respectes" (…) Je suis encore un peu jeune mais je pense que j'ai des idées féministes. » Jeune fille indignée par les inégalités deviendra peut-être handballeuse professionnelle


    « Le sport : chasse gardée masculine »

    Le sport a été longtemps pensé et conçu comme un domaine d'hommes. Les femmes en étaient écartées, considérées comme trop faibles pour avoir une activité physique. En 1900, elles ont été pour la première fois autorisées à concourir aux Jeux Olympiques. Et depuis, leur participation n’a fait que s'accentuer : elles étaient 10 % en 1948, et 45 % aux JO de 2016. Mais l'égalité dans l'accès au sport de haut niveau est encore laborieuse. Il a fallu attendre les JO d’hiver de 2014 et plusieurs années de bataille judiciaire, pour que les femmes soient autorisées à concourir en saut à ski, sur petit tremplin seulement. Les arguments avancés auparavant prétendaient une incapacité des femmes à pratiquer cette discipline à haut niveau.

    Les perceptions sont difficiles à changer car le sport est lié à la virilité. « Symboliquement, l'idée que des femmes puissent l’emporter sur les hommes est une véritable angoisse collective pour eux », explique Catherine Louveau, sociologue du sport. Angoisse qu'elle illustre par une anecdote de l'université où elle enseigne : « Une fille très grande et costaude s’est pris un coup de pied dans la tête par un garçon qui n’a pas supporté qu’elle joue au rugby dans un match mixte. » Pour Anne Vial, présidente de la Ligue Paca de natation, le sport est vu comme un domaine masculin, notamment car il y a peu de sportives à la télévision ou dans les médias. « Le sport a un discours guerrier et combatif. Ces valeurs-là, elles sont considérées comme masculines et pas féminines. »

    Ce discours est une connerie… Le sport devrait être exclusivement une activité de bien-être, de plaisir, de partage et de rencontres…


    D'après un rapport de 2017 du secrétariat d'Etat chargé de l'Egalité entre les femmes et les hommes, en 2016 en France, les femmes ne représentaient que 38 % des sportif-ves de haut niveau. L‘encadrement est aussi essentiellement masculin. En 2015, sur 133 393 éducateur-es sportif-ves, on comptait seulement 32 % de femmes. Elles ne sont que 2,6 % pour le football.

    Pour Catherine Louveau, cet apprentissage du sport comme domaine masculin commence dès l'enfance : « La socialisation des filles et des garçons, dans le rapport à l’espace, au jeu, à l’engagement du corps n’est pas du tout le même ». Faire changer les mentalités auprès des enfants, un début de solution ?

    Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    03/11/2019 23:01:11 - permalink -
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  • Ghostbusters

    D'après la Chambre régionale des comptes, il y aurait une trentaine de fonctionnaires sans affectation, donc rémunérés sans poste associé, depuis 25 ans au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var. :O

    La Chambre régionale des comptes contrôle, depuis 2011, le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Var (CDG). Elle y a déniché quelques irrégularités. « Pratiques budgétaires portant atteinte à la sincérité des comptes », rien qu’ça ! Un siège social de 6 millions d'euros qui plombe les comptes, des budgets présentés en déséquilibre chaque année et des salles d’examen promises par le prestataire mais inexistantes. Le centre serait surtout hanté par une trentaine de « fonctionnaires fantômes », payés depuis 25 ans sans bosser car sans affectation. Une situation qui coûterait plus d’un million d'euros par an. Claude Ponzo, maire LR de Besse-sur-Issole et président du CDG 83 assure « tout mettre en œuvre » pour faire la chasse aux fantômes. Booo !

    1 000 000 €, ça fait tout de suite scandaleux alors que… 1 000 000 / 12 = 83 333 € par mois. 83 333 / 30 = 2 777 € de coût employeur par tête. Si l'on prend un coefficient de 1,4 pour les charges patronales (réaliste pour la fonction publique), ça fait 1983 € brut par mois par tête. Si l'on prend un coefficient de 1,2 pour les charges salariales, ça fait 1652 € net/mois/tête.

    Dans le numéro de juillet-août 2019 du Ravi, journal satirique en PACA.

    03/11/2019 21:58:38 - permalink -
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