Coût des voitures et chauffeurs des ex-Présidents de la République en 2018 : 3 821 165 €.
J'ai mis à jour les derniers coûts connus pour les ex-Présidents de la République, des ex-Premier ministres et des ex-ministres de l'Intérieur. Environ 12 millions par an.
490 marocaines ont publié une tribune pour réclamer la légalisation des relations sexuelles hors mariage. En 2018, 14 503 personnes ont été poursuivies pour relations sexuelles hors mariage et 3 048 incarcérées pour adultère. Entre 600 et 800 avortements sont aussi pratiqués chaque année. Ça permet de mettre des chiffres sur les propos de la journaliste et sociologue Sanaa El Aji qui affirmait que l'interdit légal est rarement appliqué. La journaliste évoquée par le Canard et son fiancé ont pris 1 an de cachot, son gynéco a pris deux ans, un anesthésiste et une infirmière ont pris du sursis.
Plus fort que le Manifeste des 343 salopes françaises qui, dans les années 70, avouaient avoir avorté, celui des 490 marocaines « hors la loi » qui revendiquent avoir « violé » les lois de leur pays en matière de mœurs. 490 femmes de tous bords, en référence à l’article 490 du Code pénal marocain, qui punit de prison les relations sexuelles hors mariage.
Toutes ont paraphé une tribune publiée, le 24 septembre, dans « Le Monde » pour demander l’évolution de la législation de leur pays : « Nous sommes hors la loi. Nous violons des lois injustes, obsolètes, qui n’ont plus lieu d’être. Nous avons eu des relations sexuelles hors mariage. Nous avons subi, pratiqué ou été complices d’un avortement. » Le texte, corédigé par la romancière Leïla Slimani, rappelle que, en 2018, 14 503 personnes ont été poursuivies pour relations sexuelles hors mariage au Maroc, et 3 048 incarcérées pour adultère. Entre 600 et 800 avortements sont aussi pratiqués chaque année.
« Nous croyons que la société marocaine est mûre pour le changement, et pour que soient entérinés le respect de la vie privée et le droit de chacun à disposer de son corps », affirment les signataires. Changer la loi pour qu’elle ne soit plus un « outil de vengeance politique », ajoute aussi le texte, dont la publication coïncide avec le procès à Rabat de Hajar Raissouni pour « avortement illégal » et « débauche ».
La reporter du quotidien arabophone « Akhbar al-Yaoum » risque 2 ans de prison (« Le Canard », 18/9). Arrêtée, le 31 août, à sa sortie d’une clinique de Rabat, elle est devenue le symbole du combat pour l’IVG, la liberté sexuelle et la… liberté de pensée. Elle est persuadée d’être poursuivie pour des raisons politiques. Elle est journaliste et la nièce de deux intellectuels peu appréciés du pouvoir chérifien.
Un hasard ?
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Trump demande une enquête sur son rival aux présidentielles de 2020 au président ukrainien. Les témoignages affluent : deux agents de la CIA (l'un deux est la première source des médias), le chef de cabinet de la Maison-Blanche, un représentant spécial à Kiev, etc. La transcription (ou plutôt les notes et souvenirs) publiée par la Maison-Blanche fait apparaître une demande, mais je n'y vois pas de pression, et personne y voit une condition à l'aide militaire contre les pro-russes… Affaire à suivre. Je ne crois pas à la destitution : aucun président a été destitué, ça fait partie des gadgets pour amuser le bon peuple.
Nouvel ouragan sur la côte est américaine, qui dévaste le Capitole et la Maison-Blanche. Voilà désormais Trump accusé d’avoir fait pression avec insistance sur le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour qu’il déclenche une enquête pour corruption visant l’ex-vice-président Joe Biden, son rival pour 2020, ainsi que son fils Hunter, qui était employé à partir de 2014 du groupe gazier ukrainien Bursima…
Au cours d’un long coup de fil à son homologue ukrainien, le 25 juillet, Trump aurait fait huit fois allusion aux Biden père et fils ! Et il aurait même mis en balance l’aide financière américaine, cruciale pour que l’Ukraine se défende contre les incursions des séparatistes pro-russes… Or 391 millions d’aide US à l’Ukraine ont bel et bien été gelées sur ordre de Trump avant ce coup de fil.
Pressé de questions dans les couloirs de l’ONU le 23 septembre, Trump a nié : « Je n’ai pas lié l’aide, je ne l’ai pas fait. » Puis il a lâché, en sens inverse : « Pourquoi verseriez-vous de l’argent à un pays que vous estimez corrompu ? »
Cette nouvelle affaire relance plus fortement que jamais la possibilité d’une procédure d’impeachment contre Trump, qui pourrait se voir invalider comme président pour avoir exercé des pressions sur une puissance étrangère afin de nuire à un adversaire politique : 143 parlementaires démocrates se sont d’ores et déjà déclarés favorables à cette procédure solennelle. Et les élus exercent désormais un bras de fer pour que l’administration Trump publie le compte rendu in extenso de la conversation du 25 juillet.
Mais, attention, Trump n’est jamais meilleur que dos au mur, retournant la situation comme au catch !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le procès du Mediator a débuté et durera 6 mois. Servier a-t-il dissimulé, depuis les années 70 les propriétés de son médoc' (un anorexigène - coupe-faim -, l'Aminorex, avait fait des centaines de victimes) ? A-t-il ignoré les signaux de 1995 sur l'isoméride (un autre anorexigène) ? Pourquoi Servier a-t-il ignoré les résultats d'une étude interne de 1993 montrant que le Mediator se métabolise en une substance toxique aux mêmes doses que l'Isoméride ? A-t-il influencé, entre autres, l'agence du médicament, poursuivie elle aussi, afin de vendre son coupe-faim comme un antidiabétique dénué des effets néfastes des anorexigènes sus-cités interdits partout dans le monde) ? Entre 1 500 et 2 100 morts et entre 1 700 et 2 400 malades opérés. La fille de Brest est un docu-fiction qui relate le combat d'Irène Frachon, la lanceuse d'alerte du Médiator (mon avis sur ce film). La source des infos qui apparaissent dans ce résumé, mais pas dans l'article est un article publié dans le Canard enchaîné du 23 octobre 2019 qui relate un bout du procès du Mediator.
Il disait quoi, déjà, Jacques Servier, en 2013, un an avant de casser sa pipe ? « On s’en fout du procès » du Mediator ! Et quoi d’autre, en 2011, lors de vœux devant ses troupes ? « Y a peut-être que trois personnes qui sont mortes sous ce médicament. (…) Cette histoire est inconsistante. » Oui, bon, c’était une autre époque, celle où Papy Servier yoyotait. « Il a eu des mots d’une maladresse extrême », « Il avait aussi son âge », toussote aujourd’hui l’un des avocats du groupe, Jacques-Antoine Robert (France Info, 23/9).
Ce ne serait plus le genre de Servier de proférer des énormités pareilles. Avant l’ouverture, le 23 septembre, du procès du Mediator, la nouvelle et fine équipe de Servier a bastonné une autre défense : « On n’a trompé personne », a matraqué le pédégé du labo, Olivier Laureau, dans « Challenges » et le « JDD » (22/9). « Il n’y a pas en tromperie », ont répété en boucle les avocats du labo. L’un d’eux, François de Castro, a même osé aller plus loin : « Il n’est pas apparu de signal de risque identifié (sur le Mediator) avant 2009. » Au secours ! C’est « un insupportable déni », s’est étranglé Irène Frachon. Les signaux sont, au contraire, remontés dès 1995 , conduisant à l’interdiction, deux ans plus tard, de coupe-faim comme l’lsoméride. Sauf que Servier ne présentait pas le Mediator comme un coupe-faim mais comme un… [ N.D.L.R : anti-diabétique ] C’est toute la tromperie dont le groupe est accusé et qui sera jugée pendant les six mois d’audience.
Dans leur ordonnance de renvoi, les juges d’instruction ont flingué : « Le groupe Servier et ses dirigeants ont, dès le début des années 70, sciemment caché les propriétés pharmacologiques réelles du médicament. » Et cette « volonté de dissimuler sera maintenue coûte que coûte malgré les risques connus à partir de 1995 ». Une dissimulation facilitée par « un vaste réseau » d’influences qui vaut à l’agence du médicament d’être poursuivie pour homicides involontaires.
Selon l’expertise judiciaire, le médoc a fait entre 1 500 et 2 100 morts, sans compter 1 700 à 2 350 malades opérés à cœur ouvert. On se pince, on n’arrive plus à compter.
Mais le laboratoire Servier, lui, n’est pas mort. Depuis l’éclatement du scandale, en 2010, il n’a pas sombré, n’a pas été démantelé ; il n’a même pas daigné changer de nom. Il continue de couler des jours prospères, avec 4,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Et, quand, en juin, le labo a posé la première pierre, à Saclay, d’un institut dédié à la gloire de sa recherche, tous les élus du coin étaient là pour applaudir, à commencer par le député Cédric Villani.
« Il ne s’agit pas d’oublier (le scandale), a balayé le maire LR de Gif-sur-Yvette dans “Le Parisien” (19/6). Mais il n’est pas question non plus de le rappeler à tout bout de champ. » En effet, ce serait vraiment très exagéré…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Moins de 800 sociétés commerciales respectent leur obligation d'expurger leurs listes de prospects des numéros inscrits sur Bloctel. Pourquoi ? Le coût, proportionnel à l'usage ne me paraît pas déconnant. En revanche, pour éviter les fuites, Bloctel ne communique pas la liste des numéros, donc la société commerciale qui veut prospecter doit filer, à Bloctel, tous les numéros de téléphone de sa campagne puis faire correspondre son listing avec le listing expurgé de toute info personnelle par Bloctel comme le veut la loi… Du coup, ça fait une surcharge de travail, et ça demande une confiance en Bloctel (qui pourrait revendre des listes de prospects toutes faites). Des contrôles rares et une sanction pas élevée achèvent l'inefficacité du dispositif.
Cela devait être la solution miracle. Sur sa page d’accueil, le ministère de l’Economie promet encore aujourd’hui aux abonnés à des lignes fixes :« Trente jours au plus tard après avoir validé votre inscription sur Bloctel, les numéros que vous avez inscrits seront protégés contre le démarchage téléphonique. » Mais, rien à faire, y a l’téléfon qui son et qui débloque à fond !
Avant toute campagne de marketing téléphonique, les entreprises ont l’obligation de s’assurer que leurs fichiers clients ne contiennent pas de numéros inscrits sur Bloctel. Or « à peine 800 entreprises » satisfont à cette obligation, indique le Conseil national de la consommation (CNC) dans son rapport du 22 février. « Ce chiffre explique à lui seul le manque d’effectivité du dispositif » Les raisons : les boîtes contrevenantes risquent une amende dérisoire (75 000 euros), et en plus les contrôles sont rares…
Si les sociétés « démarcheuses » ne se branchent pas sur Bloctel, c’est, à en croire le CNC, la faute à des tarifs prohibitifs. Pour les particuliers, le service est gratuit. Les entreprises, en revanche, doivent s’acquitter d’un forfait annuel allant de 700 euros (pour le contrôle de quelques lignes) à… 40 000 euros (pour les gros appétits).
Dans d’autres pays européens (Belgique, Espagne, Royaume-Uni), l’abonnement n’excède pas 5 250 euros. « Nos tarifs ont été fixés par arrêté », rétorque au « Canard » Eric Huignard, le président d’Opposetel, la société privée chargée par Bercy, depuis le 25 février 2016, de gérer cette liste d’opposition. Et d’assurer : « Nous ne gagnons pas d’argent avec Bloctel. » Une assertion impossible à vérifier, Opposetel ne déposant pas ses comptes au greffe du tribunal de commerce. Hypothèse : si 800 entreprises souscrivent à la formule à 40 000 euros, on parle tout de même de 32 millions d’euros par an !
On décroche
« La désaffection des entreprises n’est pas liée à cette tarification, insiste Eric Huignard, mais à la complexité du système. » Ne tenant pas à ce que les boîtes utilisent ce listing à bon compte, Bloctel ne met pas directement le fichier des numéros bloqués à leur disposition. La société adhérente doit envoyer son fichier clients à Bloctel, qui se charge d’y rayer les numéros interdits.
Simple comme un coup de gomme ? Pas tout à fait. A la demande de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, l’entreprise doit retirer du fichier clients toutes les informations autres que le nom, le numéro de téléphone et l’adresse. Résultat : quand le listing revient, expurgé par Bloctel, dans les ordinateurs de l’entreprise, il convient de l’harmoniser avec le précédent fichier. Pour les sociétés qui n’excellent pas en informatique, mieux vaut pratiquer la pub dans les boîtes aux lettres…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Les journalistes du monde peuvent désormais empêcher la prise de contrôle d'un actionnaire unique et ils peuvent s'opposer à l'arrivée d'un nouvel actionnaire… à condition d'en proposer un autre sous 6 mois (droit d'agrément). Mouais, c'pas fou-fou.
En 2018, Niel+Pigasse+Bergé+Prisa possédaient 72,5 % des actions du Monde. Elles sont logées dans une holding (Le Monde Libre) dont Bergé, Niel, Pigasse et Prisa détiennent des parts : 26.66 % pour Bergé, 26,66 % pour Niel, 26,66 % pour Pigasse et 20 % pour Prisa. En octobre 2018, Pigasse a cédé 49 % des parts de sa société qui, elle-même, détient 26,6 % des parts de LML à Kretinsky, un industriel tchèque qui veut investir dans les centrales à charbon françaises et dans Casino (d'où son intérêt pour les outils d'influence que sont Le Monde et Marianne), en garantissant de lui vendre les 51 % restants (source : le Canard enchaîné du 18/09/2019). Donc, actuellement, les parts sont ainsi réparties : 26,66 % pour Bergé, 26,66 % pour Niel, 26,66 % pour Pigasse+Kretinsky et 20 % pour Prisa.
Bergé étant décédé, ses parts dans LML devraient être réparties à égalité entre Pigasse et Niel… D'ici à 2021.
Pigasse aurait racheté les parts de Prisa. Il le dit, mais je trouve aucune autre source…
Niel et Pigasse sont co-gérants du Monde grâce à une commandite simple. Apparemment, être majoritaire en parts ne donne pas automatiquement droit à un co-contrôle, mais il y aurait des possibilités juridiques pour que Pigasse+Kretinsky fassent tomber la commandite (source : le Canard enchaîné du 18/09/2019), d'où Niel va probablement racheter 50 % des parts de Prisa : afin d'être le contrepoids de Kretinsky et que Le Monde ne passe pas sous pavillon tchèque. Cela va évidemment donner un statut de chevalier blanc à Niel et renforcer son influence…
Au final, on aurait donc : Niel = 50 % (26,66 % actuel + 13,33 % Bergé + 10 % Prisa) et Kretinsky+Pigasse = 50 %. Les rachats des parts de Bergé, de Prisa et des parts de la société de Pigasse par Kretinsky seront soumis au droit d'agrément
C'est incroyable le nombre de mensonges et de retournements de veste dans cette histoire. :O Pigasse écrit au pôle indépendance du Monde qu'il ne tentera plus d'opération capitalistique puis se lance dans l'achat des parts de Prisa (voir ci-desous). Pigasse signe une version différente du droit d'agrément que celle paraphée par Niel,
Bref, l'actionnariat du Monde est toujours aussi opaque pour le citoyen qui essaye d'en savoir plus sur ses journaux afin de leur octroyer sa confiance… Dommage.
Au printemps, un cheikh conseillé par Rothschild voulait racheter les parts de Prisa.
Tout « Le Monde » il est beau, tout « Le Monde » il est gentil ! Xavier Niel et Matthieu Pigasse. qui ne s’étaient pas vus depuis un an et demi, ont mis en scène une magnifique réconciliation. Les premières embrassades ont eu lieu lundi soir : les coactionnaires ont rencontré le pôle d’indépendance pour signer le droit d’agrément qui permet aux journalistes de s’opposer à l’arrivée d’un nouvel actionnaire et de disposer de six mois pour en trouver un autre.
Tchèque barré
Les confrères ont aussi obtenu un second droit de veto pour bloquer toute prise de contrôle d’un actionnaire unique. Pigasse, lui, a désormais la garantie de vendre à bon prix s’il claque la porte un jour. Quant à Niel, il a trois mois pour allonger 7,5 millions d’euros et racheter la moitié des 20 % de l’espagnol Prisa, ce qui le mettrait à l’abri d’une OPA désagréable de Pigasse et de son nouvel ami Daniel Kretinsky (« Le Canard », 18/09). Mardi 24, les deux patrons du « Monde » ont même posé pour une belle photo dans « Le Figaro » et ont expliqué qu’ils allaient étudier la possibilité de sanctuariser « Le Monde » dans une fondation. Sortez les mouchoirs !
Ce bel épilogue laisse, pour un temps, le Tchèque Kretinsky sur la bande d’arrêt d’urgence. Et il devrait mettre « Le Monde » à l’abri des convoitises les plus originales. Car, il y a six mois, les parts du vendeur Prisa avaient déjà failli passer sous pavillon… qatari, un gage de liberté de la presse !
A l’époque, Niel avait refusé catégoriquement d’aligner 15 millions : trop cher pour ce grand économe. L’éditeur du quotidien « El Pais » s’est alors tourné vers sa banque conseil — la maison Rothschild, ancien employeur d’un certain Emmanuel Macron.
L’esprit d’escalier
Les banquiers ont trouvé la solution : vendre les 20 % de Prisa au businessman qatari Khalid bin Thani Abdullah AlThani, président de la Qatar International Islamic Bank, ci-devant propriétaire d’une parcelle de Prisa (6,63 %). Mais, tel Zorro, le tandem Pigasse-Kretinsky lui a coupé l’herbe sous le pied. Chez Rothschild, les associés contactés par « Le Canard », un brin gênés, reconnaissent les faits.
Cet épisode en rappelle un autre, tout aussi insolite. En 2010, « Le Monde » se trouvait au bord de la faillite. Macron, qui pantouflait chez Rothschild, avait gracieusement offert ses services aux journalistes. L’idée était de leur trouver des investisseurs pérennes susceptibles de préserver leur indépendance. Le 3 septembre 2010, Gilles Van Kote et Adrien de Tricornot, de la société des rédacteurs du « Monde », ont surpris Macron, « ce traître », sortant du bureau de l’homme d’affaires Alain Minc. Ils ont compris que le jeune associé de Rothschild roulait en sous-main pour Minc, et pour… Prisa, que ce dernier conseillait !
Adrien de Tricornot a décrit avec drôlerie (StreetPress, 10/2/17) sa course-poursuite dans les escaliers avec le banquier… et futur chef de l’Etat. Neuf ans plus tard, cette scène digne de Marivaux éclaire d’un jour nouveau les querelles de pouvoir entre Nie1, devenu très proche de Macron, et Pigasse, qui, à l’époque, rêvait lui aussi de prendre l’Elysée sans passer par la case PS.
Un authentique thriller…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
En 4 ans, l'État a """"injecté"""" 7,5 milliards d'euros dans EDF, mais, devant le coût du nucléaire, EDF va être divisée en deux. Une partie commerciale et une structure de défaisance qui sera nationalisée afin que le contribuable éponge les dettes puisque Saint-Marché n'y parvient pas.
Les EPR coûtent plus cher que prévu, les générateurs à vapeurs des centrales actuelles ont des défauts, EDF a provisionné un démantèlement a minima des centrales en espérant que le choix du nucléaire sera reconduit ad vitam æternam (ce qui n'est pas faux puisque deux nouvelles centrales, dites EPR 2, sont prévues), et la gestion des déchets serait sous-évaluée (je doute sur ce dernier point et j'attends la décision de l'ASN au sujet des défauts des générateurs à vapeur).
5 milliards de plus pour l’EPR de Flamanville, 15 milliards de déchets non comptabilisés, 28 milliards pour démanteler les centrales…
Huit soudures défectueuses sur l’EPR de flamanville, des défauts de fabrication sur 28 générateurs de vapeur de 9 réacteurs nucléaires, une sons-estimation chronique du traitement et du stockage des déchets… n’en jetez plus ! L’addition de ces négligences et imprévus — certains tout récents — se chiffre en milliards. Et risque de rendre les comptes d’EDF radioactifs.
La direction du groupe a nommé Hercule le plan de scission de ses activités en deux filières — l’une atomique, l’autre commerciale ! Tel le demi-dieu romain avec ses écuries d’Augias, l’Etat, actionnaire d’EDF à 83,7 %, va nettoyer le groupe en confinant ses dettes au sein d’une structure de « défaisance » baptisée EDF Bleu. Cette dernière, nationalisée à 100 % et lestée de toutes les centrales nucléaires, devrait virer rapidement au rouge. Telle est la conclusion d’un Fukushima financier amorcé il y a une dizaine d’années.
Depuis 2015, l’Etat a bien injecté 3 milliards d’euros dans EDF sous forme d’augmentations de capital et a renoncé à 4,5 milliards d’euros de dividendes, mais ce colmatage n’a pas suffi. Et le détail des dépenses à venir donne le tournis.
EPR sous pression
L‘EPR de flamanville devait être la nouvelle vitrine du savoir-faire nucléaire français. Las ! de retards en surcoûts, la facture du chantier normand, évaluée à 3,3 milliards d’euros en 2007, a déjà été multipliée par cinq !
Cet EPR, comme d'autres, a été vendu à pas cher afin d'appâter de nouveaux clients. Sauf que les malfaçons, dues à une volonté politique de stopper le nucléaire après Tchernobyl qui a ralentit les filières en amont, et à un laisser-aller de l'État (le frère de Bolloré, ex-propriétaire du Creusot, fonderie des cuves défectueuses, a empoché 200 fois sa mise quand Areva a racheté l'usine pour palier à son incurie) ont fait se désister les futurs clients, ce qui a contraint EDF à augmenter le prix des EPR déjà contractualisés.
Officiellement, la douloureuse s’élève désormais à 10,9 milliards d’euros. Sauf que ce montant ne tient pas compte des intérêts dits « intercalaires » (à acquitter avant de débloquer le prêt). Comme l’indique la note 22 en appendice du document de référence d’EDF, le véritable chiffre est de 12,48 milliards fin 2018. Le bilan des trois exercices précédents montre que le coût de flamanville augmente chaque année de 1 milliard d’euros.
Or, consécutivement à la découverte de huit nouvelles soudures défectueuses, la livraison de l’EPR vient d’être reportée à 2022. Trois ans de plus, cela signifie 3 milliards d’euros supplémentaires… et une addition d’au moins 15,5 milliards à prévoir.
Générateurs mités
Bon pour 2022, l’EPR ? Rien n’est moins sûr ! Le 18 septembre, EDF a déclaré que des défauts de soudure avaient été détectés dans 23 générateurs de vapeur, dont 16 dans des centrales en activité (Bugey, Paluel, Dampierre, etc.) et 4 dans la future centrale de flamanville !
« Les écarts constatés ne remettent pas en question l’aptitude au service des matériels et ne nécessitent pas de traitement immédiat », rassure EDF. Qui avait manié la même langue de béton armé au sujet du couvercle de l’EPR de flamanville. Lequel devra finalement être remplacé avant 2024 ! L’Autorité de sûreté nucléaire tranchera. Selon les experts, un générateur de vapeur coûte 50 millions d’euros en moyenne. S’il fallait tous les remplacer, la dépense atteindrait plus de 1 milliard d’euros. Pas étonnant que l’électricien ait des vapeurs…
Déchets minés
Le 10 septembre, Greenpeace a publié une étude sur les « coûts cachés des déchets nucléaires ». Selon l’ONG, la distinction opérée par EDF entre « déchets » radioactifs et « matières nucléaires » (uranium enrichi ou issu du retraitement de combustibles usés, etc.) fausse les calculs. Ces « matières », en effet, sont considérées comme potentiellement valorisables. EDF, indique Greenpeace, profiterait de ce flou réglementaire pour sous-estimer de 15 milliards d’euros le coût de la gestion et de l’entreposage de l’uranium.
« Nous n’avons pas attendu Greenpeace pour faire les provisions nécessaires », s’agace Olivier Giraud, directeur de la gestion des déchets d’EDF. Ce que conteste l’ONG. Circonstance aggravante, l’abandon du projet Astrid, réacteur destiné a « brûler » les matières radioactives issues de la production des 58 réacteurs français (ainsi que le plutonium extrait des combustibles usés), laisse en plan pas mal de résidus nucléaires. Il faudra bien les entreposer quelque part, et ce ne sera pas gratuit…
Nuisances sous le tapis
Le rapport de la Cour des comptes consacré au cycle du combustible nucléaire, publié en juillet, critique vertement les manœuvres d’EDF pour se débarrasser de la gestion d’anciens déchets… En échange d’un versement de 1,14 milliard d’euros, l’énergéticien a refilé, en 2004, ces rebuts au Commissariat à l’énergie atomique (CEA), une structure publique qui n’intéresse pas les marchés… Ce n’était pas un cadeau ! En 2017, le CEA a constaté que la gestion de ces déchets lui avait coûté 2,22 milliards d’euros, soit 60 % de plus que prévu ! Mais cela n’apparaîtra pas dans les comptes d’EDF…
Hum… 1,14 + 60 %, ça ne fait pas 2,22 milliards. 1,4 + 60 %, ça fait 2,24. Une différence d'environ 300 millions. Était-il prévu, dès le début et sans évoquer le surcoût, que le CEA soit déficitaire de 300 millions d'euros dans cette manip' ?.
ÉDIT DU 26/10/2019 À 21 H 50 : pour répondre à la plainte de Johndescs, j'utilise la véritable formule de calcul. Hum… 1,14 + 60 %, ça ne fait pas 2,22 milliards. 2,2 / 1,6 = 1.39 (environ). 1.39 - 1,14 = 250. Il y a donc une différence de 250 millions d'euros. Était-il prévu, dès le début et sans évoquer le surcoût de 60 %, que le CEA soit déficitaire de 250 millions d'euros dans cette manip' ? FIN DE L'ÉDIT.
Démantèlement qui ment tellement…
Dans leur rapport d’information du 1er février 2017 , les députés Julien Aubert et Barbara Romagnan avaient montré qu’EDF ne provisionnait que 350 millions d’euros pour le démantèlement d’un réacteur, soit 20 milliards d’euros pour les 58 tranches. Les exploitants européens, eux, estiment plutôt le coût entre 900 millions et 1,3 milliard d’euros l’unité. Pourquoi cet écart ? L’électricien veut croire que de nouvelles centrales repousseront sur ces sites. Il n’envisage donc qu’une décontamination a minima. « On constate que le coût global du démantèlement du parc français pourrait être 2,4 fois supérieur à l’estimation fournie par EDF », écrivaient les rapporteurs. Ce qui augmente la dépense de 28 milliards.
Du moment que ce sont les générations futures qui paient…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Benoît Muracciole, de l’association Action sécurité éthique républicaines, poursuit l'État en justice au sujet des armes françaises exportées aux pays du Golfe et qui sont utilisées, entre autres, au Yémen. Pour démontrer ses dires, il fournit une note de la DRM (service français de renseignement militaire). Il est convoqué à la DGSI (service de renseignement intérieur), comme les journalistes de Disclose et de Radio France qui ont rendu publique cette note. La note est retirée du dossier judiciaire par le président du tribunal, ce qui permettra, à mon avis, de classer la plainte pour absence de preuve… En tout cas, notre gouvernement a menti une fois de plus : il ne pouvait pas ignorer que nos armes sont utilisées au Yémen, et encore moins après la publication de la note, sauf à démontrer qu'il s'agit d'un faux, ce qu'il n'a pas fait.
Le 2 octobre, la DGSI a convoqué, pour « atteintes au secret de la défense nationale », Benoît Muracciole, ancien d’Amnesty International spécialisé dans le contrôle des ventes d’armes et président de l’association Action sécurité éthique républicaines (Aser).
Son crime : avoir persisté à citer, dans une procédure en appel contre les exportations d’armes françaises à destination des pays du Golfe, une note secret-défense de septembre 2018 émanant de la Direction du renseignement militaire. Laquelle établit noir sur blanc, malgré les dénégations indignées de Macron, Le Drian et Parly, que des armements français sont utilisés dans la guerre sanglante menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis au Yémen.
C’est précisément la divulgation de cette note, détaillant l’usage de canons Caesar, de chars Leclerc ou de Mirage 2000-9 au Yémen, qui avait valu à trois journalistes de Disclose et de Radio France d’être convoqués par la DGSI les 14 et 15 mai. Dans la foulée, le président du tribunal administratif de Paris a retiré d’autorité, le 27 mai, sur demande expresse de la secrétaire générale de la défense et de la sécurité nationale, cette note de la procédure. Circulez, y a rien à juger !
La France portée ONU
Depuis, un comité d’experts de l’ONU a souligné, le 3 septembre, la « responsabilité » de la France et des autres Etats pourvoyeurs d’armes dans la « multitude de crimes de guerre » commis au Yémen. Paris ayant ratifié en 2014 le traité sur le commerce des armes, qui interdit leur vente si elles risquent d’être utilisées pour commettre des crimes de guerre, « la légalité des transferts d’armes par la France (…) reste discutable et fait l’objet de procédures internes », écrivent les experts onusiens. Et de prier instamment le gouvernement français et les autres vendeurs complices de « s’abstenir de fournir des armes susceptibles d’être utilisées dans le conflit ».
Or les chantiers navals de Cherbourg viennent de livrer un nouvel intercepteur à la marine de guerre saoudienne, alors qu’un reportage d’Arte, diffusé le 17 septembre, a montré qu’une frégate saoudienne et une corvette émiratie de conception française avaient été mobilisées dans le blocus maritime du pays.
Mais ça ne mange pas de pain, et les Yéménites non plus.
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
La Ligue Islamique Mondiale, visage religieux du régime saoudien, organisait, à Paris (comme ailleurs), une conférence pour « la paix, la fraternité entre les peuples et la promotion d’un islam tolérant et humaniste » parainée par la Fondation de l'Islam de France fondée par Cazeneuve pour lutter contre le salafisme. La LIM, wahhabiste / salafiste (retour aux pratiques religieuses originelles), dont le patron a fait condamner le blogeur Raif Badawi, avait porté plainte contre Charlie. C'est mignon (positionnement et indignation variables de la France, tout ça).
Un après le dépeçage du journaliste Jamal Khashoggi, et alors que les bombardements au Yémen se poursuivent, l’Arabie saoudite est en pleine tournée mondiale… de réhabilitation. Elle régale à tout-va. Des représentants de la Ligue islamique mondiale (LIM), bras religieux du régime, se sont rendus au Vatican, au Sri Lanka et en Russie. L’an prochain, ils visiteront Auschwitz.
Le 17 septembre, leur « croisade pour la paix, la fraternité entre les peuples et la promotion d’un islam tolérant et humaniste » a fait escale à Paris. Sous les dorures du palais Brongniart se tenait une très ronflante « conférence internationale ». Son « excellence » Mohammed al-Issa, secrétaire général de la LIM, recevait Haïm Korsia, le grand rabbin de France, Mgr Defois, évêque émérite de Lille, et François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France — tous spécialement dépêchés pour une grande cause : la signature d’un « mémorandum d’entente et d’amitié » entre toutes ces religions. Le dialogue interreligieux à l’initiative d’un salafisme qui prétend aujourd’hui condamner le terrorisme et tout acte de violence perpétré au nom de Dieu ? On rêve, sûrement…
Idéo-jolie
La présence d’Emmanuel Macron et d’Edouard Philippe avait même été annoncée pour couronner le placement en Bourse des Saoudiens, mais ces sommités, de même que le bouddhiste Matthieu Ricard et quelques universitaires, ont brillé par leur absence. Jack Lang, lui, était là.
Il faut dire que la puissance invitante a quelques « malentendus » à lever. Fondée en 1962 par le prince Fayçal, la LIM — organisation phare de financement du wahhabisme et de sa vision si tolérante de l’islam — avait porté plainte en 2006 contre « Charlie Hebdo » à la suite de la publication de caricatures de Mahomet. Son patron, Al-Issa, ancien ministre de la Justice de la monarchie saoudienne, a, quant à lui, fait condamner en 2014 le blogueur Raif Badawi à 1 000 coups de fouet et à 10 ans de prison. L’homme est toujours incarcéré.
Avancer mosquée
Al-Issa est donc aujourd’hui le meilleur ami de la liberté de penser, et il est parrainé par la Fondation de l’islam de France (FIF), organisation laïque créée en 2016 par Bernard Cazeneuve avec l’idée de… « contrecarrer l’idéologie salafiste qui nourrit la violence des extrémistes djihadistes » ! « Pas étonnant que cela ait suscité une gêne au sein de la fondation », déplore l’imam d’une grande mosquée française. « Ça s’est fait dans notre dos !» s’insurge un membre des instances. Patron de la Fondation, l’islamologue Ghaleb Bencheikh se défend de jouer les « porte-parole » de la LIM. Juste son témoin de moralité, avec l’assentiment de l’Elysée ?
La Fondation n’a pas sorti un sou — elle dit d’ailleurs ne pas connaître le montant du show parisien —, les Saoudiens ont tout réglé : la location du palais Brongniart, le cocktail et le dîner au pavillon Gabriel, non loin des Champs-Elysées, où se pressaient une centaine de personnalités, dont quelques députés LRM. « La France est engagée auprès de l’Arabie saoudite. On ne peut pas profiter du pétrole saoudien quand ça arrange et ne pas les recevoir quand ils veulent organiser un événement », assume un participant. Surtout quand « ils » arrosent.
Deux jours plus tard, Al-Issa se trouvait a Lyon pour inaugurer, avec Christophe Castaner et Gérard Collomb, respectivement actuel et ex-ministre des Cultes, le nouvel Institut français de civilisation musulmane, jouxtant la mosquée de la capitale des Gaules. La LIM le finance à hauteur de 1,5 million d’euros. « Sans condition », selon son président, Kamel Kabtane.
Il ne manquerait plus que les Saoudiens réclament une ristourne sur leurs achats d’armes françaises…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le fisc réévalue à distance les éléments de confort (WC, SdB, chauffage fixe, etc.) de 130 000 logements à partir de données fournies par les mairies et la détection de différences entre les déclarations portant sur des logements d'un même immeubles. Ce qui me choque, c'est l'aspect suspicion généralisée : le contribuable a forcément blousé le fisc, donc on va rectifier le tir sans vérifier sur place et sans en informer le contribuable. Alors, oui, cette manière de faire, sur si peu de logements, est sûrement plus économique que de payer des inspecteurs qui se déplaceraient, mais je n'aime pas ce monde de la suspicion.
Le calcul des impôts locaux était très compliqué ? Il peut même devenir inextricable ! Les avis de taxe foncière (TF) et de taxe d’habitation (TH), qui arrivent ces jours-ci chez les contribuables, montrent que le fisc calcule parfois au doigt mouillé. Mais, rassurons-nous, toujours à la hausse !
Dans l’Isère, plusieurs milliers de contribuables viennent de découvrir une lettre de la Direction générale des finances publiques (DGFiP) les avisant que, à la suite de la « mise à jour des bases des impôts locaux », l’augmentation de leur écot allait excéder celle, générale, de 2,2 %. Pourquoi ? Pas de réponse.
« Nous avons reçu plus de 400 lettres de contribuables du département informés de cette augmentation, indique Pierre Hautus, président de l’Union nationale des propriétaires immobiliers. Pourtant, aucun n’avait déclaré la moindre amélioration de son logement pouvant justifier cette rallonge. » Et l’administration ne leur avait adressé nulle « vérification sélective des logements », base obligatoire de tout changement de la valeur d’un local — et donc des TH et TF que doit acquitter son propriétaire.
Sévices fiscaux
A l’origine de ces mystères, une opération répondant au joli nom d’« optimisation » de la fiscalité locale. Sollicitée par des élus locaux, la DGFiP a signé des partenariats avec quelque 130 collectivités pour mettre leurs données en commun. Une façon politiquement indolore d’augmenter le produit des impôts locaux : un maire en fin de mandat pourra toujours expliquer à ses administrés que, si leur ponction a augmenté, ce n’est pas à cause d’une hausse des taux décidée par son conseil municipal, mais de l’augmentation des valeurs locatives mise en œuvre par l’Etat.
Un logiciel de Bercy — VisuDGFiP — permet de mouliner les données physiques et fiscales des logements afin d’« identifier [ceux apparemment] dénués de certains éléments de confort » et de les taxer d’office en supposant que leurs proprios n’ont pas déclaré ces éléments. Tordu… « L’administration ne se déplace pas, reconnaît un expert de Bercy. Quand un logement a, par exemple, une salle de bains, on en ajoute une à tous les appartements de l’immeuble. » Avec un risque d’erreur manifeste, comme dans cet immeuble du Xe arrondissement de Paris dont seul le bâtiment principal, sur rue, avait été rénové : le bâtiment sur cour s’est trouvé gratifié des mêmes améliorations alors qu’il était resté dans son jus.
Pourquoi n’avoir pas indiqué aux contribuables isérois les critères précis justifiant leur augmentation de taxe ? « Les courriers qui leur sont envoyés, précise cet expert, sont des lettres types qui ne sont pas personnalisées. » C’est justement le problème !
Au moins les contribuables isérois auront-ils la « chance » d’avoir été avertis — même imparfaitement — de la rallonge qui leur tombe dessus. Ce n’est pas le cas des quelque 22 000 contribuables des arrondissements du centre et de l’ouest de Paris. La DGFiP ayant décidé que les appartements d’un standing moyen étaient obligatoirement dotés d’un chauffage fixe, leur valeur fiscale a été augmentée d’autant en 2019.
WC clandestins
Rebelote pour l’année prochaine : cet été, certains logements ont été déclarés a priori dotés d’une salle d’eau et de WC intérieurs. Sans aucune question aux propriétaires ni vérification sur place, ils ont ainsi été « optimisés ». Tout comme les taxes qu’il s’agira d’acquitter en 2020 (et, cette fois, sans que le moindre courrier soit envoyé aux intéressés pour leur annoncer cette hausse).
Fin 2018, des agents du fisc ont fait part à leur hiérarchie, par écrit, de leurs « doutes et interrogations sur la légalité (…) d’une réévaluation systématique des éléments de confort des locaux sans en vérifier au préalable la réalité ».
A Bercy, on n’en fait pas un drame : « Ces opérations sont marginales. Sur 48 millions de feuilles d’impôts locaux, seuls 130 000 logements sont concernés chaque année. »
Savoir qu’ils sont très minoritaires va sûrement consoler les intéressés.
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
La CMU-C, la mutuelle pour les pauvres (et pas que pour les étrangers) est dans le viseur de la majorité quand bien même celle-ci est incapable de démontrer qu’il y a des abus et quelle proportion cela représente !
Je note également les discours contradictoires des uns et des autres : d'un côté, les étrangers voudraient nous grand-remplacer, et d'un autre côté, ils voudraient juste se soigner puis repartir. Gné ? D'un côté, ils voleraient nos emplois, et, d'un autre côté, ils pilleraient notre assurance-chômage. Gnéééé ? C'est pas fini de nous prendre pour des abrutis ?!
Notons que, contrairement aux imbécilités qu'on trouve parfois sur le web, l'Aide Médicale d'État (AME) ne couvre pas la PMA ni les cures thermales. L'optique et le dentaire sont pris en charge au tarif Sécu, soit peanuts !
La CMU-C, dont bénéficient immédiatement tous les étrangers (à la différence de l’AME, pour laquelle il faut attendre trois mois), est la première cible de Macron, qui veut la rendre moins attrayante.
Explication du rapporteur LRM du budget de la Sécu, Olivier Véran :
« C’est le cas des pays d’Europe de l’Est qui pose question. La France serait recherchée pour son excellent accès aux soins par des personnes qui détournent le droit d’asile pour avoir l’opportunité de soins gratuits avant de repartir. »
Mais le député reconnaît dans la foulée qu’il ne dispose d’« aucune donnée permettant de savoir si c’est une situation fréquente ou anecdotique ».
Après tout, ce serait pas mal, comme dit Philippe, d’y voir clair avant de prendre des décisions !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Les futurs anciens premiers sinistres n'auront plus un secrétariat à vie payé par l'État, ça sera 10 ans max. Ils conservent voiture et chauffeur à vie. Les anciens premiers ministres ne sont pas concernés. Pour les coûts des anciens présidents, des anciens premiers ministres et des anciens ministres de l'Intérieur, c'est par là.
Paru le 22 septembre au « Journal officiel », le décret qui réduit (à la marge) les avantages accordés aux anciens Premiers ministres ne va d’abord en concerner… aucun ! Il ne commencera à s’appliquer qu’en 2029.
Si l’article 2 du décret leur permet de garder voiture et chauffeur à perpétuité, l’article 1 sonne l’heure d’une certaine austérité. Il prévoit que les ex-locataires de Matignon n’auront plus droit toute leur vie durant à un agent payé par l’Etat pour assurer leur secrétariat particulier : ils ne le conserveront que pendant dix ans après leur cessation de fonctions. Et cette aide cessera dès que les bénéficiaires atteindront l’âge de 67 ans.
Mais l’article 4 rouvre le robinet. Il précise que « les anciens Premiers ministres dont les fonctions ont cessé avant la publication du présent décret » échappent à cette règle. Quels que soient leur âge et l’ancienneté de leur séjour à Matignon, ils continueront donc d’avoir droit à un se- crétariat particulier durant les dix prochaines années.
Onze ex sont concernés. Comme le nonagénaire Edouard Balladur (qui a quitté son poste en 1995) ou les octogénaires Edith Cresson (en 1992) et Lionel Jospin (en 2002). Mais aussi des petits jeunots tels Laurent Fabius (parti de Matignon en… 1986), Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin, Dominique de Villepin, François Fillon, Jean-Marc Ayrault ou Bernard Cazeneuve. Même Manuel Valls, qui a pourtant décidé de refaire sa vie politique en Espagne, aura droit, comme les autres, à son secrétariat jusqu’en 2029. Olé !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le conseil des ministres franco-allemand s'est tenu à Toulouse afin de draguer le maire LR en vue des municipales. De vrais gamins… "Je t'ai amené Angela, alors tu rejoins mon mouvement pour les municipales, hein"… Affligeant…
Ce sera la surprise du chef. A trois semaines du Conseil des ministres franco-allemand, le 16 octobre, personne encore ne sait où il se tiendra ! Emmanuel Macron avait pourtant choisi Strasbourg pour soutenir le statut, de plus en plus contesté, de la « capitale parlementaire de l’Europe ». Une belle occasion de moucher au passage l’héritière désignée d’Angela Merkel, l’impudente Annegret Kramp-Karrenbauer, qui a osé réclamer un regroupement à Bruxelles des institutions européennes.
Le chef de l’Etat français a aujourd’hui d’autres priorités stratégiques, et il louche sur Toulouse, idéal à ses yeux pour positionner le rendez-vous binational. Evidemment, ce serait un peu loin du Rhin, mais si près du cœur du maire LR de la ville, Jean-Luc Moudenc, que LRM espère bien récupérer aux municipales…
« Pour la com’, il n’y aurait plus qu’à emballer ce joli cadeau dans l’éroffe étoilée d’Airbus, préconise déjà un dirigeant d’En marche !. Le berceau du partenariat industriel franco-allemand, c’est un symbole kolossal, non ? »
Et puis, à Toulouse, il y a aussi de la saucisse…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Le rapport de force pour la réforme des retraites semble se dessiner. Macron est sûr de lui : les gilets jaunes sont du passé, donc, si le gouvernement communique sur "réforme des retraites = fin des privilèges", la réforme passera tranquille, l'opinion se retournera contre les grévistes. Mais, en même temps, il semble avoir peur des blacks blocs et d'une convergence des luttes (urgences, pompiers, etc.). Donc, la stratégie à adopter me semble limpide : faire converger les luttes sectorielles, soutenir les grévistes plutôt que de penser à sa gueule à court terme, et soutenir une montée de la violence émancipatrice (la non-violence peut être un mirage).
La réforme des retraites, c'est :
Après le 45e samedi de mobilisation des gilets jaunes, au sujet duquel l’exécutif avait assuré redouter le pire — surtout en pleines Journées du patrimoine -, Emmanuel Macron n’a pas caché son soulagement. Les « gilets » ont peu mebiiisé, et les incidents provoqués par les Black Blocs ont été circonscrits, même s’ils ont contrarié la Marche pour le climat.
Devant ses collaborateurs, le 21 septembre, le chef de l’Etat a fait le point.
« La rentrée n’est pas chaude, a-t-il affirmé, mais délicate. Indiscutablement, il y a une multiplication d’exigences catégorielles. Après les gilets jaunes, beaucoup ont le sentiment qu’on n’est pas à 1 milliard près. Ça, c’est le point noir. Le point positif, c’est l’échec de la relance du mouvement des gilets jaunes. »
Et de préciser, d’un ton tranchant :
« Les problèmes structurels demeurent et doivent être traités, mais chacun de nous voit bien que ces manifs ne servent à rien ni à personne, sauf aux casseurs. »
Là-dessus, Macron a repris sa tirade favorite :
« Rien ne serait pire pour nous que de nous mettre aux abris et d’arrêter les réformes. » Avant d’aborder le sujet le plus brûlant du moment, la remise en question des régimes spéciaux : « Les Français comprennent parfaitement qu’ils n’ont pas à payer par les impôts un système archaïque de maintien des privilèges. C’est pourquoi la CGT peut bloquer les transports pendant un an si elle le veut, ça n’empêchera pas la réforme des retraites. »
Transmis aux usagers !
Si Macron paie d’emblée de sa personne pour cette réforme des retraites, c’est parce qu’il craint (lire plus haut) les débordements lors des mouvements sociaux. Et qu’il prône à tout-va pédagogie et concertation.
Ainsi a-t-il demandé à ses ministres, lors du Conseil du 18 septembre. d’être « attentifs », d’« anticiper les mouvements catégoriels » et de « poser rapidement les cadres de la discussion ».
« Il faut, a-t-il ajouté, expliquer les principes de la réforme, ses invariants et les points sur lesquels on entame des discussions. »
Moyennant quoi il a demandé après les premières manifs à Nicole Belloubet de rencontrer les avocats, à Blanquer de voir les profs et autres personnels de l’Education, et à Buzyn de se réunir avec les professionnels de la santé.
Et, attention, il va surveiller ces rendez-vous sur son application spéciale…
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
L'affaire Karachi arrive devant la Cour de Justice de la République. Le ministère public n'est pas convaincu que les retrocommissions du contrat d'armement auraient alimenté le compte de campagne de Balladur. Pour l'instant, les prévenus nient en bloc. L'intermédiaire Takieddine, que l'on retrouve dans le supposé financement de la campagne de Sarkozy par Kadhafi et dans la fourniture de matos de surveillance des communications de tout un pays au même Kadhafi, revient sur ses aveux.
Il y a vingt-cinq ans, la France vendait trois sous-marins « Agosta » au Pakistan. Il faudra attendre quatorze ans pour que la justice ouvre une information judiciaire, soupçonnant — comme la presse l’écrit déjà depuis des années — que ce contrat avait donné lieu à de juteuses rétrocommissions.
Il faudra encore cinq ans de plus pour qu’Edouard Balladur, alors Premier ministre, 90 ans aujourd’hui, et son ministre de la Défense, François Léotard, 77 ans, soient renvoyés devant la Cour de justice de la République (CJR), soupçonnés d’abus de biens sociaux. Et la CJR a encore mis deux ans pour que sa commission de l’instruction décide enfin de se pencher sur le dossier. Aujourd’hui, c’est le procureur général de Paris, François Molins, qui fournit un nouvel épisode à ce feuilleton qui dure depuis une génération
Molins, comme l’a révélé « L’Express », a en effet adressé, le 12 juillet, son réquisitoire à la CJR. Lequel, s’il charge lourdement Léotard, décharge Ballamou sur un point central. Selon l’accusation, les 10 millions de francs qui ont miraculeusement abondé son compte de campagne provenaient de rétrocommissions versées à la suite de la vente des sous-marins. Le procureur général balaie cette accusation, qui repose « sur une construction intellectuelle et non sur des preuves matérielles ». Mais Balla n’est pas tiré d’affaire pour autant : son explication, selon laquelle les sous « proviendraient de la vente de gadgets et de dons (lors de ses meetings) ne saurait emporter la conviction ». Et Molins de conclure : « Les remises d’espèces ont une origine frauduleuse, mais il reste à déterminer laquelle. »
Ça risque d’être difficile : aurait-il abusé de la faiblesse d’une Liliane Bettencourt ? Aurait-il eu un compte secret en Suisse et à Singapour ? Voilà qui promet à la CJR encore quelques belles décennies de travail devant elle.
L’essentiel est que les accusés aient — on le leur souhaite — la longévité de Jeanne Calment. Et que ladite Cour — dont la mort est régulièrement programmée depuis 2012 — tienne jusque-là !
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
L'humanité est toujours à la recherche de l'énergie miraculeuse, celle qui lui permettra de préserver le mode de vie occidental alors qu'il est au-dessus des capacités de la planète. Aujourd'hui : le GNL. Autant de particules et 5 fois plus de NO² que les diesels. Y'a vraiment des gens qui espéraient que cramer du méthane allait produire un résultat positif (autre que financier) ?! L'humanité poursuit sa quête. C'pas possible d'être une espèce animale aussi idiote…
C'était l’énergie propre du futur et la grande revanche des pétroliers : le recours au gaz naturel liquéfié (GNL) devait rendre plus écolos les moteurs de tous les camions européens. Las ! une étude de l’ONG européenne Transport et Environnement vient de torpiller ce doux rêve (« Le Monde », 20/9).
Les poids lourds qui carburent au GNL étaient censés émettre 95 % de particules en moins que les diesels. A l’arrivée, ils en émettent autant ! Ils étaient également présumés produire un tiers de moins des très toxiques oxydes d’azote. En fait, c’est cinq fois plus.
Autre tuile pour la lutte antipollution : sur les quais du métro parisien, l’air est encore plus irrespirable qu’on ne le pensait. Une autre enquête, menée cette fois par le CNRS et l’association Respire, montre que l’atmosphère y est saturée de particules fines. A certains endroits, comme le quai du RER A à la station Gare-de-Lyon, les enquêteurs en ont dénombré jusqu’à 800 millions par mètre cube. Une vraie soupe !
La faute en revient d’abord au freinage des rames, qui soulève des nuages de poussière de métal ou d’autres composants nauséabonds. Un casse-tête de plus à résoudre pour les experts de la RATP. Ils peuvent toujours tenter de faire rouler le métro au GNL.
Dans le Canard enchaîné du 25 septembre 2019.
Après son programme de chasse des fake news (qui a rapporté 245 000 € à Libération pour 49 articles vérifiés) et son programme de production de vidéos destinées à Facebook Live / Watch, Facebook va financer et former la presse locale et régionale afin qu'elle alimente la section "actualité locale" du réseau d'asociaux.
Quelle bonne idée ! Facebook se renforce en devenant toujours plus l'interface par laquelle les gens accident à tout, ce qui lui permet de trier, hiérarchiser et censurer les contenus tout en augmentant son audience donc ses revenus publicitaires pendant que la presse augmente sa dépendance à Facebook, financièrement et structurellement (ils adaptent leurs pratiques, leur "mode de production", à Facebook, ce qui les rend captifs et les éloignent d'une partie de leur lectorat). Le citoyen, lui, continue de se faire fliquer durant ses lectures (oui, parce que quand tu vois le nombre de mouchards sur les sites web des grands journaux…).
Facebook lance un programme d’accélération de 2 millions d’euros à destination de la presse locale et régionale française. L’objectif est « d’aider les éditeurs de la presse locale et régionale française à identifier et développer des modèles économiques qui reposent sur les abonnements », peut-on lire sur le communiqué de presse publié le 16 septembre 2019.
[…]
Parmi tous éditeurs de presse locale et régionale en France, les 11 sélectionnés pour participer au programme sont : Ouest France, Sud Ouest, La Dépêche du Midi, La Voix du Nord, La Provence, Groupe EBRA, Paris-Normandie, La Nouvelle République du Centre, Centre France, Le Courrier Picard, Sud Presse.
« Pendant 12 semaines, les médias et groupes de presse participants se rencontreront une fois par mois et recevront des conseils d’experts en abonnements numériques. Ils participeront également à des séances de formation hebdomadaires sur une sélection de sujets imaginés pour les aider à augmenter le nombre de leurs abonnements numériques, y compris via l’utilisation de Facebook et d’autres réseaux sociaux », détaille Facebook.
[…]
Cet investissement s’inscrit dans le cadre d’un plan de 300 millions de dollars de soutien de nouvelles initiatives d’éditeurs de presse du monde entier jusqu'en 2022. Le Facebook Journalism Project (FJP) est piloté par Tim Griggs, ancien dirigeant du New York Times et du Texas Tribune.
Via le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Suite de faire mumuse dans le détroit d’Ormuz. Cette fois-ci, l'Arabie Saoudite s'est fait poignarder deux sites de production de pétrole par on ne sait trop qui. On notera que, contrairement à ce qu'en dit la croyance populaire, les attaques prétendument anonymes ne se déroulent pas exclusivement sur Internet. ;) Le système pétrolier de l'Arabie Saoudite est aussi sensible et exposé que nos centrales nucléaires françaises, pas de jaloux. Trump, à défaut d'être contraint de la boucler est contraint à la modération dans son expression, et ça, c'est pas mal.
Le jour J, l'info en continu (on devrait plutôt dire l'intox en continu) annonçait la paralysie de l'économie mondiale à cause du manque d'énergie fossile… alors que des réserves de pétrole brut déjà extrait existent, que le Canada et les USA disposent eux-aussi de pétrole et auraient été ravis d'en distribuer au prix fort et que l'Arabie Saoudite a mis tout le monde sur le pont pour tout réparer en moins de deux semaines. Le cours du pétrole est revenu à la normale, pas de fin du monde, merci.
Un nuage de drones ou une dizaine de missiles de croisière ? Tirés depuis le nord du Yémen par les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, ou par une milice chiite pro-iranienne depuis le sud de l’Irak, peut-être en représailles indirectes à un bombardement israélien ? Difficile de faire la lumière sur la mystérieuse attaque-éclair qui a frappé, le 14 septembre, l’Arabie saoudite au cœur et au coffre, paralysant deux sites clés du système d’exploitation pétrolier saoudien, qui s’est révélé très fragile. La production quotidienne de barils du royaume a baissé de moitié (soit 5 % de la production mondiale) et a provoqué une flambée de 10 à 15 % des cours du brut…
C’est une humiliation pour le royaume saoudien, dont la défense aérienne a été percée comme du gruyère, alors qu’il est le premier acheteur d’armes — notamment en provenance des Etats-Unis — du monde. Et un choc en retour au visage de Trump, dont les rodomontades guerrières vis-à-vis de l’Iran semblent avoir attisé le feu. Renaud Girard, dans « Le Figaro » (17/9), souligne le paradoxe d’« une guerre asymétrique » menée de façon anonyme et intraçable : tout indique que l’Iran, via ses conseillers militaires, est derrière cette attaque sans doute partie d’un autre territoire. Mais, comme il est difficile de l’établir formellement, il est risqué pour Trump de décider de sanctions ou de représailles devant l’opinion américaine, échaudée par les fausses preuves présentées à l’ONU en 2003 pour déclencher la guerre en Irak. D’autant que le président américain a envie de tout sauf d’ouvrir un nouveau front au Moyen-Orient.
Malgré cet acte de guerre délibéré, Trump se retrouve donc en position de faiblesse, comme pris dans un piège où il se débat. Et il tweete des messages toujours plus contradictoires. Le 15 septembre, au lendemain de l’attaque : « Nos armes sont chargées et prêtes à tirer, mais nous attendons que le royaume nous dise qui, selon eux, est derrière cette attaque. » Et de se défausser de la décision sur les Saoudiens, eux-mêmes affaiblis ! Puis il se déclare toujours prêt à rencontrer le président iranien, Rohani, qui, lui, refuse. Le 16, il rappelle dans un tweet que l’Iran, en juillet, avait menti sur le drone américain abattu « soi-disant dans leur espace aérien » : « A présent, ils disent qu’ils n’ont rien à voir avec l’attaque en Arabie saoudite. On verra ? » Voilà qui sonne comme un aveu d’indécision.
Résumé de Ben Rhodes, ex-conseiller adjoint à la Sécurité nationale d’Obama, sur Twitter : « La politique catastrophique de Trump nous a placés, de manière prévisible, au bord d’une guerre encore plus vaste. »
Les indécisions de Trump c’est un peu comme le pétrole : c’est volatil, mais ça peut aussi se révéler inflammable !
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Le 28 août 2019, le nouveau patron du Medef pavoise : l'INSEE annonce 933 000 emplois créés depuis 2014, et c'est grâce aux mesures de compétitivité prises sous Hollande, comme l'avait promis l'ancien patron du Medef. Formidable ! Sauf que…
Bref, les patrons du Medef peuvent continuer de promettre puis de pavoiser : les faits demeurent et les contredisent. Dommage que ce soit avec notre pognon et qu'on risque de repartir pour un tour vu l'incantation, reportée ci-dessous, de Gattaz à l'attention de Bézieux. :(
Il avait fait bien rigoler Pierre Gattaz, alors patron du Medef, quand il avait promis, en septembre 2014, « petit livre jaune » et pin’s à l’appui, de créer 1 million d’emplois en cinq ans ! Eh bien, c’est chose faite, à en croire l’Insee, qui a publié le 10 septembre le chiffre des créations d’emplois au deuxième trimestre 2019. Il en ressort que 933 000 postes ont vu le jour depuis la promesse de Gattaz. Et ça continue au rythme de 65 000 emplois nouveaux par trimestre. Fin septembre, on devrait donc en être à 1 million tout rond.
« La recette était simple », a déclaré modestement Gattaz au « Figaro » (11/9) : réduire les prélèvements sur les entreprises et assouplir le Code du travail. Comprenez CICE-Pacte de responsabilité et loi El Khomri. Et Hollande qui n’est même plus à l’Elysée pour goûter pleinement cet hommage…
Gattaz en remet donc une couche et exhorte son successeur, Geoffroy Roux de Bézieux, à viser 2 millions de nouveaux emplois au cours des cinq ans à venir.
Et l’extinction totale du chômage vers 2027 ? Ah non, on ne va pas recommencer à se moquer de Gattaz !
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.
Fusion cellulaire : coupler deux plantes d'espèces sexuellement incompatibles. Le résultat doit être déclaré comme un OGM. En pratique, les endives qui sont couplées avec du tournesol ne sont pas déclarées comme OGM. Le comité en charge de conseiller le gouvernement à ce sujet serait noyauté par les semenciers, qui n'auraient pas intérêt à déclarer les endives OGM.
Qui l'eût cru ? Chaque ménage français avale en moyenne 5 kilos d'endives par an. Ce qui fait du chicon comme on l'appelle dans le Nord, le sixième légume le plus consommé chez nous. Il faut dire que, avec 528 000 tonnes récoltées année après année, notre pays est le champion mondial de l'endive. Une performance que l'on doit en grande partie à la fusion cellulaire. Quèsaco ? Une technique très répandue qui permet aux semenciers d'améliorer les rendements agronomiques d’une plante en la « fusionnant » avec une autre espèce pour former un hybride.
Lorsque les deux végétaux fusionnés proviennent d'espèces sexuellement compatibles, la manip n'a pas besoin d'être homologuée par les autorités sanitaires, elle est iuste protégée par un brevet commercial. Mais, si la fusion cellulaire est réalisée entre des espèces « incompatibles », alors la semence obtenue est considérée par Bruxelles comme un organisme génétiquement modifié. Autrement dit, elle doit taire l'objet d’une autorisation de mise sur le marché après une évaluation scientifique, et toute la récolte doit être dûment étiquetée « OGM ». Là où ça pèche, c'est qu'une grosse partie des endives que l'on trouve dans les étals sont issues d'une fusion cellulaire avec du tournesol, un partenaire qui, dans la nature, ne mélange pas ses gènes avec l'endive. Un caractère transgénique que les semenciers se sont bien gardés de déclarer aux autorités.
Résultat : depuis des années, le consommateur croque de l’OGM sans le savoir. Un oubli dénoncé par un syndicat agricole, la Confédération paysanne, qui défend les producteurs d'endives non hybridées et alerte depuis des mois le ministère de l'Agriculture. Celui-ci, avant de mettre un coup de tampon sur toute nouvelle semence, recueille l'avis du Comité technique permanent de la sélection (CTPS), une instance qui, selon la Confédération paysanne, n'a jamais cherché de noises à la fusion cellulaire parce qu'elle serait « noyautée » par les semenciers. « La moitié des membres sont des représentants des tabricants de semences, et son vice-président est le patron de l’interprofession des semenciers », s'insurge Guy Kastler, qui siège au nom de la Confédération paysanne au CTPS. Et de déplorer le même manque de curiosité à la Répression des fraudes, pourtant chargée de traquer dans les étals les OGM cachés.
C'est à vous rendre amer… comme une endive ?
Dans le Canard enchaîné du 18 septembre 2019.