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——————————— March 16, 2019 - Saturday 16, March 2019 ———————————

Réprimés à coups de Flashball, bientôt interdits de manifestations, les « gilets jaunes » sont désormais… sur écoute. C’est ce que révèle Le Point, ce jeudi 7 février, dans ses indiscrets. Au total, une centaine de « gilets jaunes » en province et une cinquantaine à Paris et en petite couronne ont été placés sur écoute téléphonique ou sous « espionnage » Internet, précise le journal.

N'oublions pas non plus le fichage des gilets jaunes par les Renseignements territoriaux, les consignes reçues par les magistrats visant à saquer les gilets jaunes, mêmes les innocents et les propos surréalistes prononcés par des juges et des magistrats.


[…]

Pour justifier de ces demandes sans porter atteinte à la liberté de manifester, les deux services de renseignement invoquent la prévention des « atteintes à la forme républicaine des institutions ». […]

Ce motif a été introduit par la loi Renseignement de 2015. Ce texte a été voté sous la bonne excuse de la lutte contre le terrorisme. Approuvons-nous, citoyens, que d'autres citoyens soient considérés comme des terroristes durant leurs activités citoyennes ou reconnaissons-nous que la bonne excuse n'était… qu'une bonne excuse afin de museler les citoyens ?

Via https://twitter.com/FelixTreguer/status/1094567452976054273 via https://twitter.com/vincib/ .

Jusqu'au 27 février, Laurent Montet crevait l’écran. C’était un « expert » cathodique reconnu. L’un de ces spécialistes « vus à la télé » qui écument les plateaux en donnant leur avis sur tout. Son truc à lui, c’était la criminologie. Avec un titre ronflant de « docteur » et un CV accumulant diplômes universitaires, travaux et publications long comme un casier judiciaire de grand bandit, Montet avait ses entrées partout : LCI, NRJ 12, C8… Dès qu’il y avait un crime, Montet venait en expliquer le sens.

En 2014, d’ailleurs, il avait ouvert Forcrim, « l’école professionnelle des criminologues en France », permettant de valider des masters et de préparer son entrée dans la profession. La scolarité coûtait cher et l’expert demandait aux étudiants de payer leur inscription au plus vite, et si possible en mandat cash. Forte des conventions signées avec de nombreuses uni— versités, la haute école de criminologie parisienne a attiré nombre d’étudiants. Transformés en pigeons.

Le doctorat de Montet ne valait rien, sauf en Côte d’Ivoire (« Le Parisien », 28/2). Tous les partenariats brandis par l’expert étaient faux ou périmés. Et les cinq années d’études n’ont aucune valeur en France. C’est pour cela qu’une trentaine d’étudiants s’étaient portés partie civile, ayant perdu — selon l’avocat général — « de l’argent, du temps et l’estime de soi » (« L’Est Eclair », 1/3). Comme ces étudiants étrangers désormais dans l’impossibilité de justifier leur présence en France.

Il y a quelques années, Montet avait déjà été rappelé à l’ordre par la justice, sans en tenir compte. « C’est un usurpateur des lois. C’est un escroc », a tonné le ministère public, le 27 février, dans son réquisitoire. Alors, révocation du sursis antérieur, 3 ans ferme et arrestation à l’audience.

On est curieux de voir quel « expert » viendra nous expliquer le cas Laurent Montet à la télévision…

Le bullshit lolilol de la semaine.

Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

L'éditeur américain Mozilla a organisé un beau colloque a Paris (4-5/3) afin de plancher sur la lutte contre les fake news en période électorale. Parmi les experts, surprise ! il y avait les Belges de l'ONG EU DisinfoLab, qui s'étaient distingués cet été en laissant entendre que l'affaire Benalla était une manip russe. Mais aussi les Américains de New Knowledge, qui se sont fait connaître aux Etats-Unis pendant les élections de mi-mandat (midterms) en créant de faux comptes russes, et en France pour avoir également suspecté une influence russe dans la crise des gilets jaunes.

Pour dénoncer les fake news, personne n'est mieux placé que ceux qui les fabriquent !

En même temps, ça fait bien longtemps que Mozilla n'a plus de projet politique donc part dans tous les sens… Ils soutiennent un navigateur web pour le simple fait de soutenir un navigateur web, pour justifier leur existence… L'organisation n'a pas utilisée le pouvoir qu'elle avait sur le marché des navigateurs web pour améliorer les choses…

Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

La Macronie profite du chantier des Jeux olympiques pour cajoler Unibail, le bâtisseur favori de la Mairie de Paris.

Cinq ans avant l’ouverture des JO de Paris, le numéro 1 mondial des centres commerciaux, le promoteur Unibail, a déjà raflé un joli paquet de médailles. En or massif, s’il vous plaît ! Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) en a fait l’un de ses principaux prestataires privés. Il a prévu d’organiser nombre d’épreuves et de manifestations annexes sur des sites gérés par Viparis, une filiale d’Unibail et de la chambre de commerce spécialisée dans l’organisation des salons professionnels.

Le groupe va ainsi accueillir le handball, le tennis de table et certaines cérémonies olympiques au parc des expositions de la porte de Versailles (que lui concède la Ville de Paris). Viparis hébergera également l’imposant centre de presse dans son deuxième parc des expositions, installé à l’aéroport du Bourget. Pour quel montant ? Sollicité par « Le Canard », le Cojop se retranche derrière le « secret commercial » . C’est pas du Jeu(x)…

Mouais, la critique est facile, mais elle est superficielle. À mon avis, les questions essentielles sont plutôt : 1) avons-nous besoin de ces jeux qui ont perdu leur but original et qui normalisent et massacrent tout sur leur passage ? 2) Si l'on a répondu oui à la question 1), la deuxième question est : où se déroule les épreuves et tout le bazar ? La ville doit-elle construire de nouveaux terrains afin de ne pas solliciter le privé ? Le véritable problème n'est-il pas que le public loue voire délègue la construction de plus en plus de lieux de la vie en commun (prison, stade sportif, musées, infrastructures de transport, etc.) au privé ? Forcément, après c'est le privé qui s'en met plein les fouilles lors d'événements tels que les JO. Mais les JO sont seulement l'une des nombreuses occasions


Aubaines juridiques

Les JO vont également permettre à Unibail de faire avancer ses propres projets immobiliers. A commencer par celui de la grandiose tour Triangle, prévue à la porte de Versailles, avec la bénédiction de la municipalité. Le bâtiment de 180 mètres doit être inauguré en 2028, mais le constructeur s’est plaint à l’Elysée des multiples recours juridiques déposés par des riverains et des associations écolos, qui lui reprochent de saccager le paysage parisien.

La loi olympique — votée en 2017 — avait déjà accéléré les procédures juridiques et limité les droits des tiers contre les permis de construire. Il s’agissait de garantir l’achèvement de tous les équipements nécessaires avant la cérémonie d’ouverture. Depuis, un décret miraculeux, paru le 12 février au « Journal officiel », a permis d’inclure la tour Triangle dans ce périmètre olympique (« Le Journal du Grand Paris », 24/2).

Résultat : le tribunal administratif devrait être prochainement dessaisi de tous les recours déposés contre le gratte-ciel au profit de la cour administrative d’appel, qui jugera en premier et dernier ressort (sous réserve d’un recours en cassation). A la clé, un an de procédure et de copieuses économies pour Unibail.

Comment un tel prodige a-t-il été possible, alors que la tour Triangle n’est strictement d’aucune utilité pour les JO ? La réponse réside dans un discret amendement à la loi Elan (sur le logement et le numérique), introduit par le Sénat en juillet 2018. Il étend les dispositions « spécial JO » aux immeubles dont la « proximité immédiate [avec un site olympique les rend susceptibles d’en] affecter les conditions de desserte, d’accès, de sécurité ou d’exploitation ».

Serviables sénateurs

Curiosité : cet amendement a été déposé par une quinzaine de sénateurs de province qui n’ont aucun rapport, ni de près ni de loin, avec le dossier des Jeux. Ces élus, tous radicaux de gauche, se sont contentés de porter les valises du gouvernement. Leur petit camarade de parti, Jacques Mézard, alors ministre de la Cohésion des territoires, leur avait demandé de déposer l’amendement à sa place. Sans doute par pudeur…

Que c'est beau, démocratique et tout, la rédaction de la loi. :')


Pour Jean Castex, le délégué interministériel aux JO, ce bazar législatif serait destiné à satisfaire la Préfecture de police. Les poulets souhaitent que tous les chantiers situés à proximité immédiate des enceintes sportives soient terminés avant les Jeux ou suspendus durant les compétitions.

Et, à entendre Castex, seul un louable souci d’économie aurait poussé le gouvernement à préférer l’accélération des travaux à leur arrêt temporaire…

Cette chasse aux dépenses inutiles n’en semble pas moins avoir été taillée sur mesure pour Unibail. Comme le reconnaît le délégué interministériel, un nouveau décret est aujourd’hui à l’étude pour étendre cette procédure à une deuxième parcelle urbaine chère au groupe immobilier. Il s’agit cette fois de la porte Maillot, où la Mairie envisage d’agrandir un palais des congrès préexistant et déjà géré par Unibail.

Il n’y a pourtant aucun site olympique à la ronde. Mais la proximité d’un hôtel dédié à l’hébergement des responsables du Comité international olympique est censée justifier ce passe-droit supplémentaire. A ce compte-là, autant demander aux patrons d’Unibail de récrire eux-mêmes le Code de l’urbanisme

Gros +1… C'est beau, la loi pour soi…


Des élus les pieds dans le béton

Fort de ses 62 milliards d’euros d’actifs immobiliers, le groupe Unibail-Rodamco-Westfield ne manque pas d’appuis politiques. A Paris, Bertrand Delanoë lui a accordé des conditions royales pour la rénovation du Forum des Halles, comme l’a récemment relevé la chambre régionale des comptes. L’ancien maire et celle qui lui a succédé, Anne Hidalgo, ont également déroulé le tapis rouge à Unibail pour sa tour Triangle, à la porte de Versailles (lire ci-dessus).

L’ancien président d’Unibail Guillaume Poitrinal a aussi ses entrées à l’Elysée. Après avoir été chargé de diverses missions par François Hollande, il est désormais régulièrement consulté par Emmanuel Macron. Un ancien du groupe siège d’ailleurs au Conseil des ministres : le porte-parole du gouvernement (et candidat à la Mairie de Paris), Benjamin Griveaux. Directeur de la communication et des affaires publiques du groupe immobilier de 2014 à 2016, Griveaux veillait alors avec un soin jaloux aux intérêts de son employeur à Matignon, à Bercy et au Parlement…

*Soupirs*

Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

La énième causerie médiatico-politique stérile à propos de l'anonymat sur l'Internet me gonfle… Comme je suis lassé de me répéter, je fais simple et court lorsque je prends la parole AFK (non, pas IRL). Voici environ ce que je raconte.

L'anonymat, ou plus exactement le pseudonymat (car l'anonymat est très difficile à atteindre, sur Internet comme AFK), est la manière normale d'établir des liens sociaux. On se connaît AFK depuis X temps. Avant, tu ignorais mon existence. Pourtant, je n'étais même pas un anonyme à tes yeux que je pouvais déjà te nuire ! Puis on s'est rencontré. J'étais un anonyme. Je t'ai dit que je me prénomme Y et tu m'as crû sans même me demander un document d'identité. T'ai-je donné mon vrai prénom, au moins ?! Je suis devenu un pseudonyme. À ce nom-là, tu as associé une description physique, des compétences, des défauts, des qualités, des souvenirs, des sentiments, des propos qui t'ont marqué positivement ou négativement, etc. C'est tout ça que tu nommes Y. Ça change quoi que Y ait pour valeur « grosloulou42 » ? Ça reste le même paquetage de concepts, je reste la même personne. Ça change quoi que nous ayons fait connaissance via un intermédiaire (l'air AFK) ou via d'autres intermédiaires (des ordinateurs, un réseau de communication, etc.) ? Tu as obtenu une description physique, le reste est inchangé. Tu noteras que ce pseudonymat AFK ne m'a pas empêché de tenir des propos qui t'ont interloqué / blessé à propos de Z.

Quand je n'ai pas le temps et / ou si je dispose d'une attention limitée (et c'est souvent le cas dans notre monde moderne…), je fais simple et court : Y'a X temps, j'étais un inconnu pour toi. Y'a Y temps, ta copine / ton copain était aussi un⋅e inconnu⋅e. Pourtant, maintenant, vous baisez ensemble… Tu baises avec un⋅e ex-inconnu⋅e qui t'as dit qu'il⋅elle se prénomme Y et tu t'en portes bien ! L'anonymat n'est pas dangereux. Vous vous êtes découverts. Tu noteras qu'il⋅elle peut toujours te faire souffrir, alors qu'il⋅elle n'est pourtant plus un⋅e anonyme.

Comment, classer, éplucher, synthétiser les quelque 2 millions de textes générés par le grand débat, sans que ça prenne des siècles ? Réunions locales avec comptes rendus, cahiers de doléances, contributions sur le site gouvernemental « grand-debat.fr »… Qui va lire tout ça ? Les cinq « garants » désignés pour s’assurer que « toutes les contributions seront intégrées dans le compte rendu final » ? Non, voyons

Du coup, les garants ne peuvent rien garantir ? Du coup, ce ne sont plus des garants ? Du coup, on se fiche de nous ?


Après la fin officielle du grand débat, ce 15 mars, ce sont les machines qui vont prendre le relais. Les ordinateurs. L’ intelligence artificielle. Les algorithmes. Et c’est l’institut de sondage OpinionWay, assisté par Qwam, une boîte spécialisée dans les « solutions logicielles innovantes », qui va s’y coller : « La machine lit chacun des verbatim avec une extrême précision et les compare à un dictionnaire de notions — de mots, de groupes de mots, d’idées — dont elle est équipée, explique l’un de ses directeurs. Cela lui permet de trier, classer et sous-classer les idées » (« Libération », 16/2).

Comme d'habitude, ce sont des structures proches du pouvoir qui ont raflé ce marché

Énième note technique pour le Canard : un dictionnaire de mots et du traitement statistique, ce n'est pas de l'intelligence artificielle (point « Qu'est-ce que réellement l'intelligence artificielle ? »). C'est un algorithme, oui, mais autant qu'une recette de cuisine ou que chacune de nos routines au saut du lit, c'est-à-dire une suite d'instructions… 40% des start-up européennes d'intelligence artificielle n'utilisent pas d'intelligence artificielle (via).


Ah, les gentilles machines ! Elles ont beau ne rien comprendre à ce qu’elles lisent, cela ne les empêche pas de mouliner des masses de données, de les hiérarchiser et d’organiser ainsi les priorités politiques. Ou, comme on dit dans le jargon « civil tech », d’obtenir « une cartographie des thèmes et des propositions ». Par conséquent, si l’expression « supprimer des services publics » revient plus souvent que « renforcer des services publics », la machine conclura que la première proposition l’emporte. Ce qui n’ennuierait certes pas trop Macron !

Juste au moment où les ordinateurs d’OpinionWay se mettent à chauffer et à surchauffer, « Le Monde » (27/2) publie une enquête sur les bugs de l’intelligence artificielle. Laquelle reste plus que faillible, facile à berner, capricieuse, approximative et pleine de défauts, dont l’un des plus distrayants est qu’elle est incapable de faire le distinguo entre une corrélation et une causalité : « Le piège bien connu est de constater qu’il y a plus de morts à l’hôpital et que donc l’hôpital tue… » Heureusement, il est prévu que les synthèses fournies par les algorithmes seront lues et relues par des humains en chair et en os. Ils n’ont pas fini de se marrer.

Le débat sur le grand débat et ses retombées ne va pas manquer de déboucher sur un très, très grand débat !

Tout ça pour ça… Tout cet argent public, tous ce brassage de vent, pour, au final, retenir une minorité des propositions des gilets jaunes, celles qui continueront à endommager notre monde, comme la réduction du nombre de parlementaires ou le RIC ou les réductions d'impôts sans réflexion sur leur usage…

Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

Se vantant d’être le « pitbull » de Trump, l’avocat Michael Cohen a, dix ans durant, endossé les turpitudes de son grand homme et couvert ses frasques. S’il s’apprête à purger 3 ans de prison à partir du 6 mai, c’est notamment pour avoir menti devant le Congrès afin de continuer de couvrir son patron…

C’est dire qu’il connaît la bête de très près. « J’ai honte parce que je sais qui est M. Trump. C’est un raciste. C’est un escroc. Et c’est un tricheur. » C’est en ces termes que Michael Cohen décrit désormais son ex-boss, à l’occasion d’une audition par une commission parlementaire le 27 février. Il faut dire que Trump l’a laissé tomber comme une vulgaire chaussette dès ses premiers démêlés judiciaires par procuration, et que Cohen a donc accepté de collaborer à l’enquête du procureur Mueller sur les ingérences russes dans la campagne de 2016.

Cohen, qui se disait jadis « prêt à prendre une balle » pour Trump, ne le flingue pas à la légère. « Un raciste » : « Il m’a dit que les Noirs ne voteraient jamais pour lui car ils étaient trop stupides. » « Un escroc » qui ne « briguait la présidence » que « pour faire grandir sa marque ». Et qui a continué de négocier en sous-main son projet juteux de Trump Tower à Moscou pendant la campagne électorale… « Un tricheur » invoquant une exemption médicale imaginaire pour échapper à la conscription : « Tu penses que je suis stupide ? Je n’allais pas partir pour le Vietnam. » Trouvant « formidable » que WikiLeaks s’apprête à un grand déballage sur Hillary Clinton à l’été 2016, et se réjouissant des contacts directs entre son équipe et le fondateur de WikiLeaks, Julian Assange, aujourd’hui accusé d’avoir été alimenté par des agents russes… « Un tricheur », enfin, qui a prié son indispensable avocat Michael Cohen de dédommager sur ses fonds propres deux de ses ex-maîtresses pour qu’elles la bouclent. Avant de le rembourser en douce par chèque… « Mentir à la première dame est l’un de mes plus gros regrets », lâche Cohen aujourd’hui.

C’est cette dernière manœuvre pour couvrir — encore et toujours — Trump qui envoie Cohen en prison. Et qui lui vaut d’être traité par la Maison-Blanche de « criminel déshonoré ». Miroir, mon laid miroir…

Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

Le directeur du groupe Audiens est parti avec un beau parachute doré.

Que les gros salaires lèvent le doigt ! Après l’augmentation maousse du président de la Macif, révélée par « Le Canard » (23/1), un autre groupe de complémentaires retraite et de santé clôture ses comptes 2018 sur un bel exploit de tiroir-caisse.

Chez Audiens, le patron, Patrick Bézier, est parti, en juin 2018, avec un parachute en or massif : douze mois de salaire, soit 300 000 euros net, qui s’ajoutent aux indemnités légales. Le directeur général n’était, jusque-là, pas trop maltraité : en 2017, son salaire culminait à 422 000 euros brut annuels, selon les éléments recueillis par « Le Canard ».

Pas mal, pour un groupe de protection sociale à but non lucratif ! Au total, entre son salaire, ses indemnités de départ à la retraite et un énorme solde de tout compte (congés payés, etc.), ce patron très protégé a ainsi touché 1,9 million brut en 2018. De quoi tutoyer certains dirigeants du CAC 40…

Malhonnêteté du Canard : les sommes légalement dues ne peuvent pas être valablement prises en compte…


Générosité bien ordonnée

Le méritant dirlo, qui était aux manettes d’Audiens depuis quinze ans, a aussi eu droit à deux retraites chapeaux, l’une au titre de l’article 39 du Code général des impôts, l’autre au titre de l’article 83. De quoi faire saliver les nombreux précaires qui cotisent chez Audiens : le groupe gère les congés spectacles des intermittents ou encore les caisses de retraite des pigistes…

Notre nouveau retraité n’a pas encore tiré sa révérence : il est toujours « conseiller spécial » de la nouvelle patronne, Odile Tessier, et président d’Audiens Care, le pôle santé du groupe. Mais ces deux casquettes sont portées « à titre bénévole », assure Patrick Bézier. C’est beau ! Quant au montant de ses émoluments, Patrick Bézier trouve « plus honnête de parler en net, et même en net après impôts (sic) », et tout est question de point de vue, explique-t-il au « Canard » : « Audiens regroupe une dizaine d’institutions de retraite, de prévoyance, etc. Je touchais un salaire pour diriger chacune d’elles. Ramené à chaque société, ça fait des montants très raisonnables. » Défense de rire ! « Par exemple, pour diriger la mutuelle d’Audiens, j’étais payé 5 000 euros par mois. » Une aumône. Et certains reprochent encore aux mutuelles d’augmenter leurs tarifs pour payer leurs copieux frais de gestion

Les conditions très dorées de son départ, elles, ont été fixées « il y a un peu plus de dix ans, quand les choses allaient bon train, ajoute Bézier, et tout a été approuvé en conseil d’administration ». Sympathique de la part des syndicats et du patronat, qui gèrent paritairement le groupe ! « Il a très bien manœuvré, pendant des années, pour se mettre tout le monde dans la poche, notamment la CGT, qui y joue un rôle clé », estime un ancien de la maison.

Et, si Audiens est « à but non lucratif », Patrick Bézier juge ses émoluments « dans la norme »… du secteur lucratif : « On fait le même métier que des groupes d’assurances où les dirigeants touchent, eux, des stock-options. »

Vive le nivellement par le haut !

Pour rappel, j'ai approfondit la question des frais de gestion des assurances-santé et ceux de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (comparaison public / privé, proportion des cotisation, utilisations, etc.) dans un autre shaarli.

Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

Voilà un sujet qu'Emmanuel Macron n’a pas eu le temps d’évoquer pendant les quatorze heures qu’il a passées au Salon de l’agriculture : les méchantes défaillances dans le contrôle sanitaire de notre alimentation. Deux semaines avant que la plus grande ferme de France ouvre ses portes à Paris, la Cour des comptes venait pourtant, dans son rapport annuel, de hacher menu notre système de surveillance de la chaîne alimentaire.

Les magistrats de la Rue Cambon l’ont d'autant plus mauvaise que rien ou presque ne s'est amélioré depuis leur précédent contrôle, en 2013. Ils relèvent ainsi que « des insuffisances subsistent a toutes les étapes », et ce « depuis les autocontroles réalisés par les entreprises jusqu'à la publication des résultats des inspections ».

Premier constat : l'Etat n'a pas assez de troupes pour vérifier la qualité des denrées qui finissent ans notre assiette. Dans les abattoirs de volailles et de lapins, par exemple, « les moyens disponibles en inspecteurs demeurent toujours insuffisants pour se conformer à l'obligation européenne de présence d'un agent des services vétérinaires dans chaque abattoir ». L’Etat manque aussi de bras pour surveiller les commerces d'alimentation, les grandes surfaces et les restaurants. « Un établissement de restauration est donc contrôlé en moyenne tous les quinze ans », déplorent les rapporteurs. Il y aurait bien un moyen de trouver de l'argent pour étoffer les troupes de contrôleurs : augmenter les redevances sanitaires payées par les entreprises, ce que permet la réglementation européenne. Prenez les 55 millions d'euros de redevances perçus chaque année par la Direction Générale de l'alimentation (DGAL, la somme couvre à peine 17 % du coût des contrôles. Et que dire de la Répression des fraudes (DGCCRF), qui se contente de 1 million d’euros annuels au titre d'une redevance à l'import ? Finalement, l’agroalimentaire ne finance que 10 % des contrôles sanitaires de l'alimentation opérés par l'Etat, contre 28 % aux Pays-Bas et 47 % au Danemark !

Pour rendre les choses encore plus complexes, si, dans la plupart des pays européens, un seul organisme pilote la sécurité sanitaire, la France en aligne trois… qui se marchent sur les pieds : la direction générale de la santé, pour la qualité des eaux, la DGAL, pour les aliments d'origine animale, et la DGCCRF, pour les végétaux.

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ?

Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

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