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  • Un promoteur parisien déjà couvert d'or aux JO de 2024

    La Macronie profite du chantier des Jeux olympiques pour cajoler Unibail, le bâtisseur favori de la Mairie de Paris.

    Cinq ans avant l’ouverture des JO de Paris, le numéro 1 mondial des centres commerciaux, le promoteur Unibail, a déjà raflé un joli paquet de médailles. En or massif, s’il vous plaît ! Le Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques (Cojop) en a fait l’un de ses principaux prestataires privés. Il a prévu d’organiser nombre d’épreuves et de manifestations annexes sur des sites gérés par Viparis, une filiale d’Unibail et de la chambre de commerce spécialisée dans l’organisation des salons professionnels.

    Le groupe va ainsi accueillir le handball, le tennis de table et certaines cérémonies olympiques au parc des expositions de la porte de Versailles (que lui concède la Ville de Paris). Viparis hébergera également l’imposant centre de presse dans son deuxième parc des expositions, installé à l’aéroport du Bourget. Pour quel montant ? Sollicité par « Le Canard », le Cojop se retranche derrière le « secret commercial » . C’est pas du Jeu(x)…

    Mouais, la critique est facile, mais elle est superficielle. À mon avis, les questions essentielles sont plutôt : 1) avons-nous besoin de ces jeux qui ont perdu leur but original et qui normalisent et massacrent tout sur leur passage ? 2) Si l'on a répondu oui à la question 1), la deuxième question est : où se déroule les épreuves et tout le bazar ? La ville doit-elle construire de nouveaux terrains afin de ne pas solliciter le privé ? Le véritable problème n'est-il pas que le public loue voire délègue la construction de plus en plus de lieux de la vie en commun (prison, stade sportif, musées, infrastructures de transport, etc.) au privé ? Forcément, après c'est le privé qui s'en met plein les fouilles lors d'événements tels que les JO. Mais les JO sont seulement l'une des nombreuses occasions…


    Aubaines juridiques

    Les JO vont également permettre à Unibail de faire avancer ses propres projets immobiliers. A commencer par celui de la grandiose tour Triangle, prévue à la porte de Versailles, avec la bénédiction de la municipalité. Le bâtiment de 180 mètres doit être inauguré en 2028, mais le constructeur s’est plaint à l’Elysée des multiples recours juridiques déposés par des riverains et des associations écolos, qui lui reprochent de saccager le paysage parisien.

    La loi olympique — votée en 2017 — avait déjà accéléré les procédures juridiques et limité les droits des tiers contre les permis de construire. Il s’agissait de garantir l’achèvement de tous les équipements nécessaires avant la cérémonie d’ouverture. Depuis, un décret miraculeux, paru le 12 février au « Journal officiel », a permis d’inclure la tour Triangle dans ce périmètre olympique (« Le Journal du Grand Paris », 24/2).

    Résultat : le tribunal administratif devrait être prochainement dessaisi de tous les recours déposés contre le gratte-ciel au profit de la cour administrative d’appel, qui jugera en premier et dernier ressort (sous réserve d’un recours en cassation). A la clé, un an de procédure et de copieuses économies pour Unibail.

    Comment un tel prodige a-t-il été possible, alors que la tour Triangle n’est strictement d’aucune utilité pour les JO ? La réponse réside dans un discret amendement à la loi Elan (sur le logement et le numérique), introduit par le Sénat en juillet 2018. Il étend les dispositions « spécial JO » aux immeubles dont la « proximité immédiate [avec un site olympique les rend susceptibles d’en] affecter les conditions de desserte, d’accès, de sécurité ou d’exploitation ».

    Serviables sénateurs

    Curiosité : cet amendement a été déposé par une quinzaine de sénateurs de province qui n’ont aucun rapport, ni de près ni de loin, avec le dossier des Jeux. Ces élus, tous radicaux de gauche, se sont contentés de porter les valises du gouvernement. Leur petit camarade de parti, Jacques Mézard, alors ministre de la Cohésion des territoires, leur avait demandé de déposer l’amendement à sa place. Sans doute par pudeur…

    Que c'est beau, démocratique et tout, la rédaction de la loi. :')


    Pour Jean Castex, le délégué interministériel aux JO, ce bazar législatif serait destiné à satisfaire la Préfecture de police. Les poulets souhaitent que tous les chantiers situés à proximité immédiate des enceintes sportives soient terminés avant les Jeux ou suspendus durant les compétitions.

    Et, à entendre Castex, seul un louable souci d’économie aurait poussé le gouvernement à préférer l’accélération des travaux à leur arrêt temporaire…

    Cette chasse aux dépenses inutiles n’en semble pas moins avoir été taillée sur mesure pour Unibail. Comme le reconnaît le délégué interministériel, un nouveau décret est aujourd’hui à l’étude pour étendre cette procédure à une deuxième parcelle urbaine chère au groupe immobilier. Il s’agit cette fois de la porte Maillot, où la Mairie envisage d’agrandir un palais des congrès préexistant et déjà géré par Unibail.

    Il n’y a pourtant aucun site olympique à la ronde. Mais la proximité d’un hôtel dédié à l’hébergement des responsables du Comité international olympique est censée justifier ce passe-droit supplémentaire. A ce compte-là, autant demander aux patrons d’Unibail de récrire eux-mêmes le Code de l’urbanisme…

    Gros +1… C'est beau, la loi pour soi…


    Des élus les pieds dans le béton

    Fort de ses 62 milliards d’euros d’actifs immobiliers, le groupe Unibail-Rodamco-Westfield ne manque pas d’appuis politiques. A Paris, Bertrand Delanoë lui a accordé des conditions royales pour la rénovation du Forum des Halles, comme l’a récemment relevé la chambre régionale des comptes. L’ancien maire et celle qui lui a succédé, Anne Hidalgo, ont également déroulé le tapis rouge à Unibail pour sa tour Triangle, à la porte de Versailles (lire ci-dessus).

    L’ancien président d’Unibail Guillaume Poitrinal a aussi ses entrées à l’Elysée. Après avoir été chargé de diverses missions par François Hollande, il est désormais régulièrement consulté par Emmanuel Macron. Un ancien du groupe siège d’ailleurs au Conseil des ministres : le porte-parole du gouvernement (et candidat à la Mairie de Paris), Benjamin Griveaux. Directeur de la communication et des affaires publiques du groupe immobilier de 2014 à 2016, Griveaux veillait alors avec un soin jaloux aux intérêts de son employeur à Matignon, à Bercy et au Parlement…

    *Soupirs*

    Dans le Canard enchaîné du 6 mars 2019.

    March 16, 2019 at 7:16:03 PM UTC - permalink - http://shaarli.guiguishow.info/?1HwVCA
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