Quelques rappels salvateurs.
Voyons tout d’abord comment un gouvernement procède à une « attribution ».
La première méthode consiste à choisir le super-vilain qui sert au mieux les agendas diplomatico-politiques. C’est la méthode la plus simple car elle ne nécessite aucune étude technique (on dit « forensic » dans le jargon) spécifique. Prenons un exemple du monde « réel » pour illustrer… L’Oncle Sam a besoin de choper du pétrole pas cher, il annonce à l’ONU que Saddam Hussein a des armes de destruction massives. Et même des armes chimiques, au point que Colin Powell, secrétaire d’Etat agite une petite fiole lors d’une session du conseil de sécurité de l’ONU. La suite est connue : pas une trace d’armes de destruction massive en Irak en dépit de recherches menées par des milliers de soldats américains, mais une vraie destruction massive du pays par l’Oncle Sam et un résultat sur les relations internationales qui sera durablement… merdique. Transposons maintenant au cyber-machin-chose digital. Un hack de boites mails qui se termine par un leak gênant pour un parti politique en vue aux Etats-Unis. Fastoche : les méchants, ce sont les hackers russes rouges au service du Kremlin et donc c’est un peu comme si Poutine avait lancé un remote shell depuis son portable.
[…]
La deuxième méthode est un peu plus longue. Elle consiste à étudier les traces laissées par les pirates. Il y a bien entendu des sous-catégories. Les études « forensic » de base, les études poussées, celles qui amènent à des conclusions fausses alors que la méthodologie est bonne, etc.
[…]
Si notre adresse IP 175.45.179.8 est retrouvée dans les logs avec un beau vecteur d’attaque associé, on peut conclure que les Nord Coréens sont derrière l’attaque. Ou pas. La machine nord-coréenne a peut-être été piratée. Il existe par exemple en Chine des tonnes de machines mal paramétrées qui ne demandent qu’à être piratées.
Pour aller un peu plus loin dans la procédure d’attribution, il est possible de pirater notre machine nord-coréenne pour aller y chercher des traces et savoir si elle a été préalablement piratée. Avec un gros coup de chance elle pourrait être la plus « proche » de celle du pirate et l’on pourrait ainsi l’identifier. Premier point, ce serait illégal. Deuxième point il est complexe d’affirmer qu’il s’agit bien du premier rebond du pirate.
[…]
En matière d’attribution, on voit souvent les autorités évoquer la langue utilisée dans le vecteur d’attaque. C’est donc la preuve ! Pas forcément. Cela peut fort bien être une diversion. Par ailleurs, les piratages sont parfois le résultat d’une coopération entre pirates de plusieurs nationalités. Comment faire le tri ?
Les autorités retiennent souvent l’utilisation d’un outil « attribué » à un groupe spécifique pour procéder à une attribution du piratage.
Cette dernière méthode, si tant est que l’outil peut être relié avec certitude à un groupe particulier, est valable pendant une période de temps assez courte. En effet, plus le temps passe, plus il est probable que l’outil ait filtré. Qu’il se soit disséminé sur les Internets. Il a pu être récupéré par des sociétés de sécurité informatique (qui, c’est de notoriété publique, n’emploient aucun pirate), par d’autres groupes, par des gouvernements…
[…]
Bref, l’attribution est une opération délicate. Le fait que les autorités ou les entreprises piratées ne dévoilent jamais l’ensemble des données qui leur ont permis de définir l’auteur d’un piratage n’aide pas à se faire une idée précise de la pertinence d’une attribution.
[…] À l’occasion de la présentation de son programme consacré à la lutte contre le terrorisme, le candidat d’En Marche ! a tenu un propos résolument offensif contre les « acteurs de l’Internet », en clair les grandes entreprises de la Silicon Valley, qu’il accuse de ne pas agir suffisamment contre les terroristes.
« Jusqu’à présent, les grands groupes de l’Internet ont refusé de communiquer leurs clés de chiffrement ou leurs accès aux contenus au motif qu’ils ont garanti contractuellement à leurs clients que leurs communications étaient protégées. Cette situation n’est plus acceptable », a lancé Emmanuel Macron, flanqué du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian et de l’ancien patron du Raid, Jean-Michel Fauvergue.
[…)
« Une initiative majeure pour créer une procédure de réquisition légale des services cryptés des grands groupes de l'Internet #LutteTerrorisme pic.twitter.com/pVBcQtWVvd — Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) April 10, 2017 »
[…]
Curieusement, Emmanuel Macron ne semble pas se souvenir de l’article 434-15-2 du code pénal qui prévoit déjà de sanctionner ceux et celles ne se pliant pas à l’obligation de coopération en vue d’obtenir le déchiffrement des messages. Cette disposition, qui concerne aussi bien le particulier que l’éditeur d’une solution de communication chiffrée, vise à empêcher une entrave à l’exercice de la justice.
[…]
Dès lors, en tout cas dans le cadre du chiffrement de bout en bout, s’en prendre aux entreprises de l’Internet ne sert à rien puisque ce ne sont pas eux qui ont les éléments permettant d’aboutir au déchiffrement des messages de l’utilisateur. C’est à son niveau à lui qu’il faut agir (sachant que la la Cour européenne des droits de l’homme a, dans sa jurisprudence, expliqué qu’un individu a le droit de ne pas contribuer à sa propre incrimination).
La sortie d’Emmanuel Macron a déjà fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux. « À quoi ça sert d’avoir Mounir Mahjoubi dans son équipe si c’est pour témoigner de sa profonde méconnaissance du sujet chiffrement ? », a taclé l’avocat spécialiste des réseaux Alexandre Archambault, rappelant que l’ancien président du Conseil national du numérique est membre de son équipe de campagne.
Gros +1.
J'aime aussi (source : https://twitter.com/bortzmeyer/status/851424846139584513) :
Fini, le visage souriant du jeune premier aux dents longues, super-branché, place à Cazeneuve-bis
Next Inpact devient majoritairement accessible aux seul-e-s abonné-e-s. Cela percute ma réflexion sur le financement de la presse, cette réflexion qui dure depuis plusieurs mois et qui n'est toujours pas aboutie. Je la partage quand même, au cas où…
Je pense que l'information (et le savoir) est différente de l'achat d'un bien ou d'un service. Pas parce qu'elle est immatérielle, mais parce qu'elle permet de comprendre le monde qui nous entoure, ce qui permet de nous encapaciter, ce qui permet, à ceux et celles qui le souhaitent, d'agir. La presse est beaucoup plus qu'un contre-pouvoir. Sans information, sans savoir, nous sommes passifs et soumis (ce qui peut être très fun dans un contexte intime ;) ). Partant de là, j'ai un problème de fond persistant lorsqu'il s'agit de monnayer l'information (et le savoir). Que ce soit l'école, les certifications professionnelles, les livres, les journaux, les articles scientifiques, etc. Si l'on tolère la monétisation de l'information (et du savoir), alors on tolère une double injustice, une exclusion, un cumul des inégalités (en mode Victor Hugo : « il est interdit aux riches comme aux pauvres de vivre sous les ponts ») : les pauvres (en argent, mais aussi en temps libre ;) ) sont non seulement pauvres, mais n'ont aucune possibilité de s'encapaciter. Ça ne peut entraîner que désespoir, marginalité et violence au détriment d'une action politique correctrice. Ça ne peut conduire qu'à de mauvais choix politiques (vie de la cité).
Next Inpact fournit du contenu de qualité qui permet justement de s'encapaciter. Je pense aux dossiers sur la fibre optique qui permettent de connaître et de comprendre pourquoi la France ne fait pas d'aménagement numérique des territoires et crée aujourd'hui les territoires pauvres et isolés de demain. Je pense à la veille législative/réglementaire (HADOPI, projets de lois, décret élargissant le fichier TES, etc.). Je pense à la veille juridique. Ce travail-là nécessite du temps. Je ne pense pas qu'il puisse être réalisé par n'importe qui en dehors des heures de boulot. Parce qu'il faut lire masse de documents sur des thématiques diverses, les comprendre et les analyser (et tu ne fais pas ça en fin de journée quand ton cerveau est mort), recouper les témoignages (et tu ne discutes pas sérieusement avec des témoins et des spécialistes de la thématique abordée à 20h30, après le taff), etc. Bref, le journalisme citoyen, local et à taille humaine a ses limites. Donc, il faut des gens qui vivent déjà d'une rente. Il faut alors se demander : est-ce que la manière dont il-elle-s constitué leur rente remet-elle en cause leur indépendance ? Est-ce que les rentier-e-s ont envie d'être journalistes ? Hum. Alors, disons plutôt qu'il faut des gens subventionné-e-s par l'État ou par un grand groupe commercial qui dégagera des marges sur le reste de ses activités pour financer le journal ? Ces subventions ne remettent-elles pas en cause la liberté de parole ? Ha, ouais. Donc, il faut une rémunération des salaires (et des frais d'enquête) par le lectorat ? Dans ce cas, quel modèle de solidarité propose-t-on ? Quel modèle qui ne nuit pas à la diffusion du savoir propose-t-on ?
À mes yeux, Next Inpact essaye de trouver le modèle économique le moins pénalisant :
Malgré cela, il reste au moins un autre problème : pour être effective, la liberté d'information implique forcément la pluralité : sur les sujets que je trouve important, je lis systématiquement plusieurs sources. Recouper les informations et les vérifier au niveau individuel, c'est important pour éviter les biais idéologiques, les biais d'analyse, les orientations imposées par la hiérarchie et/ou le business, les biais et orientations des sources, etc. Bref, pour éviter de se faire manipuler. Exemple illustré : http://www.numerama.com/politique/246882-lallemagne-attenue-sa-loi-de-moderation-des-reseaux-sociaux.html (financé par la pub) est plus complet que https://www.nextinpact.com/news/103890-lallemagne-devoile-sa-future-moderation-reseaux-sociaux-a-commission-europeenne.htm (lui aussi financé par la pub puisque consultable par tou-te-s, lire l'article pointé par ce shaarli pour vérifier cette catégorisation) : plus d'informations (sur l'origine, notamment), présence de l'information concernant le fait que les sanctions s'appliquent aussi lors de la remise en ligne de contenus "problématiques", ce qui change une bonne partie de l'analyse. Sans compter qu'on ne sait jamais d'où une information de première main va tomber : Reflets.info et L'Obs ont tout autant sorti des informations de première main sur la surveillance de masse opérée par la France que Mediapart et le Canard. Bref, un-e citoyen-ne doit être en mesure de lire plusieurs articles fouillés écrits par plusieurs rédactions. Or, s'il faut payer un abonnement à chaque journal, ça devient juste impossible donc la liberté d'information est incomplète. Ça ne posait pas de problème "avant" car ce recoupement de l'info était théorique : tu ne pouvais pas ramener chez toi X journaux différents et dépiauter les articles traitant d'une même thématique. Le numérique permet cela. Ça serait dommage de s'en priver. Là encore, on tombe dans un cas où la technologie permet un usage, mais pas le business model en place.
Personnellement, j'aime beaucoup le modèle "ceux et celles qui sont en capacité de financement financent, de leur propre initiative, pour les autres". Oui, de la solidarité acentrée (sans passer par l'État). Il résout les problèmes évoqués ci-dessus : l'information est disponible immédiatement pour le plus grand nombre et elle peut être recoupée, le tout sans montrer patte blanche ou avouer qu'on est en galère ces derniers temps et sans une atrophie des contenus dû à une pré-sélection rédactionnelle de ce qui est en libre accès ou non. Malheureusement, l'article de Next Inpact explique clairement que ce modèle de bisounours ne fonctionne pas. Mes expériences associatives me confirment cela. Faut-il renoncer pour autant ? Toute la question est là.
ÉDIT DU 17/04/2017 À 22H08 : une autre idée pourrait être une aide de l'État versée à chaque personne à faibles revenus. Évidemment, il est hors de question de vérifier l'usage qui en est fait (un peu de confiance, bon sang !) et encore moins de tracer quels journaux sont achetés avec cette aide. Mais, une fois encore, on se heurtera au phénomène (fort compréhensible) du non recours. FIN DE L'ÉDIT.
Je me mets cette vieille réflexion de côté.
Avantages des livres numériques :
Neutre :
Inconvénient :
Mi-janvier 2017, j'ai souscrit un contrat de réexpédition définitive nationale de mon courrier avec La Poste. Comme je commence à être un peu habitué du formulaire, j'ai machinalement coché « Je m'oppose à l'utilisation de mes coordonnées postales à des fins de prospection commerciale par La Poste, ses filiales et ses partenaires. ».
D'habitude, l'employé-e de La Poste me remettait la copie carbone du formulaire que j'ai rempli à la main, mais cette fois-ci, non, il a saisi mon formulaire sur un ordinateur et il m'en a remis un exemplaire imprimé. En arrivant chez moi, je me rends compte que la case anti-spam n'est pas cochée. Je me dis que, peut-être, le logiciel ne sait pas imprimer une case cochée (en fait si, et je me suis rendu compte depuis : la case « contact privilégié » est bien cochée, par exemple)… Et puis je n'ai pas envie de retourner à La Poste, ça prend du temps, ça emmerde des employé-e-s déjà débordé-e-s, etc. Grosse erreur !
Je déménage et c'est l'avalanche : bon d'achat Decathlon le 23/02, Établissement Français du Sang le 25/02, Chronodrive le 28/02, Casino Supermarchés le 01/03, SNCF Mobilités le 14 ou le 15/03. Certains prospectus, comme celui de Decathlon, contiennent des mentions légales détaillées « Ce message est adressé à l'aide des informations mises à disposition par l'intermédiaire des sociétés du Groupe La Poste. Si vous ne souhaitez pas être destinataire de ces messages, il suffit de […] ». D'autres prospectus, comme celui de l'EFS, de Casino Supermarchés et de la SNCF indiquent uniquement leur adresse sans indiquer la source des données personnelles. Enfin, mention spéciale à Chronodrive qui n'indique aucune mention légale. Aucune. Pffff !
Vu que l'adresse de destination du contrat de réexpédition est l'adresse d'une connaissance et que ça m'ennuie vraiment de lui pourrir sa boîte aux lettres, je décide de faire appliquer les droits dont dispose la loi informatique et libertés. En plus, ça tombe bien, je n'ai jamais vraiment regardé cette loi de près. Voici le mail que j'ai envoyé le 24/02/2017 à l'adresse mail « adresse chez mediapost point fr » (elle est indiquée sur le prospectus Decathlon) :
Bonjour,
J'ai reçu, par courrier postal, le prospectus joint au présent email.
D'une part, comme en dispose les articles 39 et 32 de la loi Informatique et libertés du 06/01/1978, je veux communication, sous une forme accessible, de l'ensemble des données personnelles me concernant qui sont en votre possession ainsi que des caractéristiques de votre traitement de données personnelles et notamment :
- la durée de conservation des données ;
- l'origine des données ;
- la preuve de mon consentement éclairé à recevoir ce type de démarchage publicitaire (article 40 de la loi informatique et libertés du 06/01/1978) ;
- si vous avez communiqué mes données à des tiers (y compris à des sous-traitants ou à des partenaires) et/ou si vous êtes susceptibles de l'avoir fait et/ou si vous êtes susceptibles de le faire.
D'autre part, comme en dispose l'article 38 de la loi informatique et libertés du 06/01/1978, je m'oppose à l'utilisation de mes données personnelles à des fins d'enquêtes et de prospections commerciales.
Conformément à la loi informatique et libertés du 06/01/1978 et aux recommandations de la CNIL, vous trouverez ma carte nationale d'identité en pièce jointe afin de prouver mon identité.
Cordialement.
Mediapost (filiale du groupe La Poste qui œuvre dans le marketing relationnel) dispose de deux mois max pour me répondre. Pour le justificatif d'identité, la CNIL nous précise : « Attention, le responsable de fichier ne doit pas vous demander des pièces justificatives abusives et disproportionnées par rapport à votre demande. ».
Mediapost me répondra le 27/02 :
Je pense que ces informations sont incomplètes :
Entre ma demande et la réception de la réponse de Mediapost, j'ai reçu le spam de l'EFS. Celui-ci n'indique pas l'origine des données et cela m'intrigue, surtout vu la réponse de Mediapost. Voici donc le mail que j'adresse à Mediapost le 27/02/2017 :
Bonjour,
Je vous remercie pour ces informations.
Vous n'avez pas répondu à l'une de mes questions : avez-vous communiqué mes données à des tiers (y compris à des sous-traitants ou à des partenaires) et/ou êtes-vous susceptibles de l'avoir fait et/ou de le faire ? Ce que je veux savoir c'est si les organismes désireux de se faire connaître achètent ou louent votre fichier ou s'ils passent forcément par votre service pour envoyer leurs prospectus sans jamais avoir connaissance des données personnelles ?
Exemple concret : depuis l'envoi de cette demande, j'ai reçu un prospectus de l'établissement français du sang (EFS) dont la première phrase est identique à celle du prospectus Decathlon qui faisait l'objet de ma demande, à savoir « Vous venez d'emménager à TOULOUSE et […] vous souhaite la bienvenue ». Les mentions légales en bas de page ne mentionnent pas l'origine des données. Est-ce que l'EFS est un de vos clients ? Sera-t-il averti que je m'oppose à recevoir toute sollicitation ou faut-il aussi que j'exerce mon droit d'opposition auprès de lui ?
Concernant mon consentement : si je vous ai contacté, c'est justement parce que j'ai coché la case en question sur le contrat de réexpédition définitive, ce qui fait que je ne comprends pas pourquoi je reçois des prospectus. Avez-vous une copie de mon formulaire de souscription au service de réexpédition qui montre que cette case n'est effectivement pas cochée ?
Cordialement.
Ma demande sera remontée à La Poste et je recevrai une réponse le lendemain (28/02/2017) :
J'en déduis que le traitement de données personnelles de La Poste n'est pas conforme à l'exigence de la loi informatique et libertés concernant la collecte du consentement éclairé. Le troisième point remplit parfaitement les exigences de la loi que j'exposais au round précédent. Le deuxième point tend néanmoins à le nuancer : si La Poste a besoin de mes signalements, cela ne signifie-t-il pas que la traçabilité n'est pas au top chez les partenaires Mediapost et Cartegie ?
Le reste de nos échanges à trois (moi, La Poste, Mediapost) seront dédiés à remonter les spams reçus et à indiquer que ma demande a bien été prise en compte. J'apprendrais néanmoins qu'il y a au moins deux offres :
J'en retiens :
Hé oui, la loi informatique et libertés est très contraignante pour les responsables de fichiers, mais elle me semble juste : il s'agit de données personnelles, bon sang, pas de données publiques, pas de données de test ! Produire un système d'information qui traite des données personnelles, ce n'est pas trivial : il y a des contraintes techniques de sécurisation et de traçabilité (qui a accédé aux données ? À qui les a-t-on refilées ? Y'a-t-il eu fuite/piratage ? Etc.) ainsi que des contraintes légales sur les usages. Mais tout ceci est incompatible avec le business qui impose de chier un SI à la va-vite, sans réfléchir, en mode "on stocke juste quelques infos sur nos client-e-s, osef, ce sont juste des client-e-s lol, ça va quoi il-elle-s n'ont pas vraiment de droits autre que celui de rémunérer nos actionnaires et accessoirement de nous payer nos salaires, mdr".
Un texte qui donne à réfléchir. J'en recommande vivement la lecture.
Je hais les indifférents. Je crois comme Friedrich Hebbel que « vivre signifie être partisans ». Il ne peut exister seulement des hommes, des étrangers à la cité. Celui qui vit vraiment ne peut qu’être citoyen, et prendre parti. L’indifférence c’est l’aboulie, le parasitisme, la lâcheté, ce n’est pas la vie. C’est pourquoi je hais les indifférents.
L’indifférence est le poids mort de l’histoire. C’est le boulet de plomb pour le novateur, c’est la matière inerte où se noient souvent les enthousiasmes les plus resplendissants, c’est l’étang qui entoure la vieille ville et la défend mieux que les murs les plus solides, mieux que les poitrines de ses guerriers, parce qu’elle engloutit dans ses remous limoneux les assaillants, les décime et les décourage et quelquefois les fait renoncer à l’entreprise héroïque.
L’indifférence œuvre puissamment dans l’histoire. Elle œuvre passivement, mais elle œuvre. Elle est la fatalité; elle est ce sur quoi on ne peut pas compter; elle est ce qui bouleverse les programmes, ce qui renverse les plans les mieux établis; elle est la matière brute, rebelle à l’intelligence qu’elle étouffe. Ce qui se produit, le mal qui s’abat sur tous, le possible bien qu’un acte héroïque (de valeur universelle) peut faire naître, n’est pas tant dû à l’initiative de quelques uns qui œuvrent, qu’à l’indifférence, l’absentéisme de beaucoup. Ce qui se produit, ne se produit pas tant parce que quelques uns veulent que cela se produise, mais parce que la masse des hommes abdique devant sa volonté, laisse faire, laisse s’accumuler les nœuds que seule l’épée pourra trancher, laisse promulguer des lois que seule la révolte fera abroger, laisse accéder au pouvoir des hommes que seule une mutinerie pourra renverser. La fatalité qui semble dominer l’histoire n’est pas autre chose justement que l’apparence illusoire de cette indifférence, de cet absentéisme. Des faits mûrissent dans l’ombre, quelques mains, qu’aucun contrôle ne surveille, tissent la toile de la vie collective, et la masse ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Les destins d’une époque sont manipulés selon des visions étriquées, des buts immédiats, des ambitions et des passions personnelles de petits groupes actifs, et la masse des hommes ignore, parce qu’elle ne s’en soucie pas. Mais les faits qui ont mûri débouchent sur quelque chose; mais la toile tissée dans l’ombre arrive à son accomplissement: et alors il semble que ce soit la fatalité qui emporte tous et tout sur son passage, il semble que l’histoire ne soit rien d’autre qu’un énorme phénomène naturel, une éruption, un tremblement de terre dont nous tous serions les victimes, celui qui l’a voulu et celui qui ne l’a pas voulu, celui qui savait et celui qui ne le savait pas, qui avait agi et celui qui était indifférent. Et ce dernier se met en colère, il voudrait se soustraire aux conséquences, il voudrait qu’il apparaisse clairement qu’il n’a pas voulu lui, qu’il n’est pas responsable. Certains pleurnichent pitoyablement, d’autres jurent avec obscénité, mais personne ou presque ne se demande: et si j’avais fait moi aussi mon devoir, si j’avais essayé de faire valoir ma volonté, mon conseil, serait-il arrivé ce qui est arrivé? Mais personne ou presque ne se sent coupable de son indifférence, de son scepticisme, de ne pas avoir donné ses bras et son activité à ces groupes de citoyens qui, précisément pour éviter un tel mal, combattaient, et se proposaient de procurer un tel bien.
La plupart d’entre eux, au contraire, devant les faits accomplis, préfèrent parler d’idéaux qui s’effondrent, de programmes qui s’écroulent définitivement et autres plaisanteries du même genre. Ils recommencent ainsi à s’absenter de toute responsabilité. Non bien sûr qu’ils ne voient pas clairement les choses, et qu’ils ne soient pas quelquefois capables de présenter de très belles solutions aux problèmes les plus urgents, y compris ceux qui requièrent une vaste préparation et du temps. Mais pour être très belles, ces solutions demeurent tout aussi infécondes, et cette contribution à la vie collective n’est animée d’aucune lueur morale; il est le produit d’une curiosité intellectuelle, non d’un sens aigu d’une responsabilité historique qui veut l’activité de tous dans la vie, qui n’admet aucune forme d’agnosticisme et aucune forme d’indifférence.
Je hais les indifférents aussi parce que leurs pleurnicheries d’éternels innocents me fatiguent. Je demande à chacun d’eux de rendre compte de la façon dont il a rempli le devoir que la vie lui a donné et lui donne chaque jour, de ce qu’il a fait et spécialement de ce qu’il n’a pas fait. Et je sens que je peux être inexorable, que je n’ai pas à gaspiller ma pitié, que je n’ai pas à partager mes larmes. Je suis partisan, je vis, je sens dans les consciences viriles de mon bord battre déjà l’activité de la cité future que mon bord est en train de construire. Et en elle la chaîne sociale ne pèse pas sur quelques uns, en elle chaque chose qui se produit n’est pas due au hasard, à la fatalité, mais elle est l’œuvre intelligente des citoyens. Il n’y a en elle personne pour rester à la fenêtre à regarder alors que quelques uns se sacrifient, disparaissent dans le sacrifice; et celui qui reste à la fenêtre, à guetter, veut profiter du peu de bien que procure l’activité de peu de gens et passe sa déception en s’en prenant à celui qui s’est sacrifié, à celui qui a disparu parce qu’il n’a pas réussi ce qu’il s’était donné pour but.
Je vis, je suis partisan. C’est pourquoi je hais qui ne prend pas parti. Je hais les indifférents.
11 février 1917
Résumons :
Sources supplémentaires : https://www.nextinpact.com/news/103949-alternative-telecom-autre-lobby-contre-domination-dorange-sur-fibre.htm et https://www.nextinpact.com/news/103759-tres-haut-debit-operateurs-independants-montent-aota-leur-association.htm .
Tellement de bullshit, c'est beau, c'est artistique. Dommage que ça soit le monde effrayant qu'on nous prépare. :(
David Martinon, ambassadeur français pour la cyberdiplomatie […]
Facepalm. La cyberdiplomatie ne peut exister, car le cyber n'existe pas.
[…] En 2013, puis en 2015, deux rapports avalisés par l’assemblée générale des Nations unies ont reconnu des principes généraux, par exemple l’application du droit international dans le cyberespace ainsi que des normes de comportement. […]
SURPRISE ! On ne s'en doutait pas du tout. Allô, Internet est constitué d'une multitude de réseaux basés dans les différents pays et interconnectés entre eux. Les utilisateur-rice-s d'Internet sont les citoyen-ne-s de chaque pays. Il n'y a pas d'indigènes mais les citoyen-ne-s du monde. Il n'y a pas de cyberespace car il n'y a tout simplement pas de territoire : Internet est une multitude de réseaux bien concrets plaqués sur tous les États de la planète. Il n'y a pas un meta-continent à conquérir, il y a uniquement le village-monde de la libre circulation des idées et des personnes qui existe aussi AFK.
Le cyberespace, de l’aveu du diplomate, « ressemble au Far West : le droit est applicable mais il est peu appliqué, tout le monde agit ou peut agir de manière offensive, et il n’y a pas grand-chose pour brider les intentions malveillantes. »
Et, AFK, quels sont les mécanismes en place pour brider la connerie humaine ? Je pense à la vente d'armes à des États et groupements non gouvernementaux peu coopératifs qui tapent sur des civils. Je pense à des États qui massacrent leur population. On peut faire les gros yeux puis la grosse voix. On a des embargos commerciaux. On peut déchoir un pays de la scène internationale (comme la Libye, souviens-toi !). Super, ça fait vraiment bien ressusciter les morts, ça guérit les brûlures des armes chimiques, ça évite les massacres en Syrie et ça empêche réellement de faire péter des bombes à l'autre bout de la planète, je n'en doute pas.
Ce difficile processus technique est, de surcroît, insuffisant. « Elle ne permet pas de conclure définitivement sur l’identité de celui qui a lancé l’attaque et encore moins de celui qui l’a commanditée », précise M. Martinon, pour qui l’attribution est avant tout « une décision de nature politique ». […]
Bien sûr, les opérations de déstabilisation obscures AFK pilotées par des services de renseignement n'ont jamais existé. Bien sûr, il n'y a jamais eu des pays agissant pour le compte d'un autre dans ce type d'opérations, remettant ainsi en cause la traçabilité du commanditaire.
[…] L’idée de la France est donc de rendre les Etats responsables, du moins en partie, des offensives qui transitent sur leurs infrastructures pour viser un pays tiers. Bref, de créer un « mécanisme collectif de responsabilité ». […] Une démarche qui ne peut s’appliquer à tous les types de réseaux, dont certains échappent par nature au contrôle des Etats, qui rencontrera des contraintes de mises en œuvre techniques et juridiques. […] Cette idée pose problème à certains pays, reconnaît-il également, qui font valoir la difficulté à contrôler les infrastructures de leur territoire, tant elles sont importantes. »
Ha ben oui, Internet est une multitude de réseaux qui ne sont pas à la botte de l'État dans lequel ils ont une existence légale.
Néanmoins, l'idée de contrôler toutes les infrastructures de communication d'un pays, fut-il pour empêcher la commission d'une attaque, est juste terrifiante, surtout quand il s'agit d'un État. C'est la certitude d'un flicage et d'un baillonage généralisés. Elle me fait vraiment froid dans le dos.
L’autre axe de négociation français porte sur le contrôle des outils permettant de mener des cyberattaques, et plus précisément d’universaliser « l’arrangement de Wassenaar », qui permet un contrôle de l’exportation des biens dits « à double usage », pouvant à la fois être utilisé à des fins pacifique comme belliqueuse, particulièrement courants dans le domaine numérique. Cet arrangement ne concerne actuellement que 41 pays. […] « Tous les pays veulent aujourd’hui s’armer, quel que soit leur niveau de développement, et certains Etats très en avance considèrent qu’ils ont une industrie et une innovation à protéger. »
Troisième point sur lequel tentera de peser la France, la logique du « hack back », les piratages effectués par des entreprises en guise de réplique à une attaque, contre elle ou leurs clients. Cette riposte privée « est un facteur hautement déstabilisateur, juge David Martinon, car cette riposte peut être déclenchée suite à une mauvaise attribution. Il y a bien sûr des avantages, c’est efficace, et cela peut avoir un effet dissuasif. Mais cela aboutit au fond à internationaliser le second amendement à la constitution américaine, celui du droit de porter une arme ». De plus, estime-t-il, « cela revient à très court terme à minorer la légitimité et l’efficacité des Etats, et c’est de nature à empêcher toute désescalade dans une crise cyber ».
[…]
Après de véritables avancées en 2013 et 2015, le dernier round de négociations à l’ONU s’annonce ardu, plombé par le contexte très lourd issu des accusations américaines à l’encontre de Moscou. […]
Déterminé à mettre un terme à la propagation des publications racistes, haineuses et homophobes sur les réseaux sociaux, le gouvernement allemand a présenté en mars un projet de loi qui prévoit des sanctions très sévères contre les plateformes qui ne se montreraient pas assez zélées pour supprimer les contenus illicites ou qui ne feraient rien pour les retirer.
[…]
Outre-Rhin, la lecture du projet de loi avait provoqué une levée de boucliers chez les associations de défense de la liberté d’expression, à raison. Sans remettre en cause le principe du texte, les organisations pointaient le risque d’une dérive : pour éviter une amende dont le plafond est très haut, un site pourrait vouloir se protéger en retirant aveuglément tout contenu signalé, sans la moindre réflexion.
Force est de constater que les inquiétudes exprimées en Allemagne ont été entendues puisque le texte ne mentionne plus l’existence d’une première infraction pour déclencher la responsabilité de la plateforme et donc sa possible sanction. L’information, sortie par Der Spiegel mardi, a été confirmée lors de la présentation du texte en conseil des ministres, selon l’AFP.
Une formulation plus large est désormais proposée, avec une précision adressée aux autorités de régulation d’intervenir avec prudence de manière à protéger la liberté d’expression. En revanche, les délais de suppression et les montants de l’amende restent inchangés : 24 heures pour les publications manifestement délictueuses, 7 jours pour les autres contenus problématiques.
Qu'est-ce qu'un contenu problématique non délictueux ? :/
Par ailleurs, le texte, qui mentionne la possibilité de supprimer ou de bloquer un contenu litigieux, prévoit aussi les mêmes sanctions en cas de remise en ligne de ces publications.
Ouch… Avec ce genre de disposition, on se dirige vers des automates pour filtrer automatiquement les contenus avant la mise en ligne. On voit déjà les atteintes à la liberté d'expression que cela pose sur Youtube : http://shaarli.guiguishow.info/?unl0Cw .
[…]
Cette situation a conduit Heiko Maas à estimer que Facebook doit être considéré comme un média et donc supporter une certaine forme de responsabilité, conditionnée aux actes que le site peut prendre — notamment en terme de célérité lorsqu’un signalement est fait — pour faire cesser une diffusion problématique survenant sur sa plateforme. Évidemment, ce statut contesté par le réseau social, qui veut n’être qu’une simple firme tech.
Sur la responsabilité des plateformes, voir : http://shaarli.guiguishow.info/?B_o92A .
Donc l'Allemagne va se doter de sa LCEN…
Les gens de chez Datagueule ont besoin d'argent pour financer un documentaire long format (comme leur excellent « 2 degrés avant la fin du monde » dédié au changement climatique / COP 21) qui sera dédié à questionner la démocratie et qui sera diffusé sous une licence Creative Commons (laquelle ?). Pour plus de détails, voir la page KissKissBankBank ou leur vidéo explicative. Je note la volonté de l'équipe de faire participer les citoyen-ne-s à la construction du documentaire : financement, fourniture de sources/arguments/angles_de_vue, etc.
On est à 44 % de la somme demandée et il reste un peu moins de la moitié du temps (13 jours).
La semaine dernière est paru un des décrets d’application de la loi CAP (liberté de Création, Architecture et Patrimoine), qui était particulièrement attendu au tournant. Le texte contient en effet une disposition ayant trait à un des aspects les plus controversés de cette loi : la création d’un nouveau droit à l’image sur les bâtiments des domaines nationaux (à savoir plusieurs monuments historiques tels que le palais du Louvre, le château de Versailles, les domaines de Chambord, de Fontainebleau, de Marly-le-Roi, etc.).
L’adoption de cette disposition a été très fortement critiquée par les défenseurs de la Culture libre, à commencer par Wikimedia France, qui a dénoncé une nouvelle forme de privatisation du domaine public. Je souscris entièrement à leur analyse et on peut dire que le décret d’application de la loi ne fait que confirmer les craintes que nous pouvions avoir à l’endroit de ce dispositif. Le texte reste en effet très vague quant aux conditions d’application de ce nouveau droit à l’image et il va laisser dans les faits un pouvoir d’appréciation extrêmement large aux responsables de ces établissements pour décider quels seront désormais les usages légitimes du patrimoine.
[…]
En gros, les autorités administratives compétentes (responsables des domaines ou préfets) disposent à présent d’un pouvoir discrétionnaire pour autoriser ou interdire un usage commercial, sachant que la définition de ce caractère est absente dans la loi. Par ailleurs, ces autorités sont aussi complètement libres de fixer comme elles l’entendent le niveau des redevances qu’elles voudront imposer en contrepartie des usages. […]
[…]
« L’amendement Chambord » a donc aussi une véritable portée idéologique et symbolique. Les domaines nationaux vont à présent cesser d’être des biens communs appartenant à tous, pour devenir des biens soumis à la décision arbitraire de quelques uns, ce qui est l’exact opposé de la garantie publique que devrait exercer l’Etat sur le patrimoine.
On notera aussi que même d’un strict point de vue juridique, ce dispositif était inutile, car les responsables des domaines nationaux disposaient déjà de tout un arsenal efficace pour lutter contre les utilisations problématiques. Dans leurs décisions successives sur l’affaire Chambord, les juridictions administratives ont bien rappelé par exemple que si un opérateur privé vient occuper les espaces d’un domaine national d’une manière qui perturberait l’accès régulier du public, alors l’administration est fondée à exercer un pouvoir d’appréciation et à tarifer cette occupation privative. On peut penser par exemple au tournage d’un film qui nécessiterait de fermer temporairement l’accès des bâtiments au public. Par ailleurs, même pour les réutilisations publicitaires, il existe des limites pouvant résulter de la protection dont bénéficient au titre du droit des marques les noms et logos associés aux domaines nationaux. Ainsi l’an dernier, la mairie de Versailles a pu contester l’usage par McDonald du nom de la ville pour la promotion d’un « menu Versailles », avec une campagne d’affichage qui reprenait l’image du château.
Très très bon texte. J'en recommande vivement la lecture.
Vous m’entendez souvent gueuler sur le fait que les médias et les pouvoirs politiques s’organisent largement autour d’une idéologie dominante partagée et dont il est impossible de sortir […]
Hier, j’ai vu passer une infographie concernant le débat de la présidentielle organisé ce soir à la télé. Et ça m’a fait sourire tellement c’est un cas d’école : on va débattre, oui, mais sur des questions pré-établies et donc dans un cadre bien défini (je passe sur le format et les temps de paroles ridicules, pour une fois qu’ils sont également repartis entre les 11 candidats…).
[…]
Comment créer des emplois ?
Un classique. Notez qu’en remplaçant « comment » par « pourquoi », on sortirait du cadre idéologique. Ça serait vachement intéressant, d’ailleurs. Oui, pourquoi veut-on créer des emplois ? S’il y a peu d’emplois, c’est peut-être qu’il n’y en a pas besoin de plus, non ?
Ah oui, mais le chômage ça provoque la pauvreté. Okay, donc l’emploi est juste un moyen de redistribuer mieux la richesse. On créée des bullshits jobs, on invente une activité sans but, sans sens, aliénante, pour générer des salaires. Payez quelqu’un pour creuser un trou, payez quelqu’un pour le reboucher : bravo, vous avez créé deux emplois. Est-ce qu’on ne pourrait pas imaginer des méthodes moins stupides pour redistribuer mieux la richesse ?
Mais non, ces questions ne sont pas intéressantes, d’ailleurs on les a déjà tranchées pour vous. Il FAUT créer de l’emploi, c’est acté, c’est bon, c’est comme ça. On vous demande juste comment. C’est pas intéressant, ça ?
Comment protéger les français ?
Aaaah, une très bonne question. On va parler protection de la sécurité sociale, réduction de la pauvreté, augmentation des retraites, etc. Ah non ? Pourtant ce qui menace les français, c’est surtout la précarité, non ? Whirlpool qui délocalise, tout ça ? 15% de de la population sous le seuil de pauvreté ?
Bon okay, ça, c’est pas assez spectaculaire. Vous voulez parler des dangers mortels ? C’est vrai que ça fait peur, ça.
- Le cancer, 150000 morts par an, on va augmenter le budget de la recherche, du coup ? Essayer de réduire la pollution de l’air qui est un cancérogène avéré et qui atteint des sommets de plus en plus fréquemment ?
- L’obésité, 50000 morts par an, on va s’attaquer aux salopards de l’industrie agroalimentaire qui nous font bouffer de la merde en nous pourrissant le cerveau à coup de pubs ? On va interdire ces pubs, peut-être ?
- La dépression, 10000 suicides par an, on va réfléchir à ce qui provoque la détresse dans ce pays ? Et même, à pourquoi nous sommes de si gros consommateurs d’antidépresseurs ?
- Les accidents de la route, 5000 morts par an, on va mettre des autocollants « Conduire tue » sur chaque bagnole, tuer le marketing en obligeant tous les véhicules à avoir la même forme et la même couleur, développer massivement les transports en commun les plus sûrs pour flinguer le marché des véhicules privés ?
Mais non, ces questions ne sont pas intéressantes, d’ailleurs on les a déjà tranchées pour vous. On va parler TERRORISME, 120 morts par an. Et je suis gentil, je moyenne sur les deux dernières années, soit deux années noires : si on fait une moyenne plus longue, on est plus proches de zéro. Mais ça fait peur et puis c’est pratique pour nous faire bouffer de la loi sécuritaire au kilomètre. […]
Bien entendu, ne croyez pas qu’on va aller chercher les causes du côté de nos politiques extérieures (guerres, exploitation post-coloniales des ressources dans les pays instables, commerce d’armes avec des pourritures, etc.). Ou même simplement se pencher sur l’idée de nationaliser Lafarge qui collabore avec l’État Islamique (on l’avait fait pour Renault qui avait collaboré avec les nazis pendant la guerre, hein) ou de foutre leurs dirigeants en taule pour haute trahison. Non, la politique anti-terroriste, ça sert à mettre le peuple au pas, pas les puissants véreux qui sont responsables.
Comment mettre en œuvre votre modèle social ?
Le sous-texte, bien sûr, c’est qu’un modèle social, ça coûte cher, et que c’est annexe au reste. C’est l’humanité qui est au service de l’économie, pas l’inverse. Qu’importe la pauvreté massive pourvu qu’on ait la croissance. 13 millions de pauvre en Allemagne, mais circulez, y’a rien à voir, c’est le modèle. Qu’importent les pics de pollutions et les pics de burn-out, pourvu qu’on soit productifs.
Le modèle social, c’est bien, c’est mignon, mais on verra plus tard, si on est capables de le faire. Sinon, vous continuerez de crever la dalle en attendant les lendemains qui chantent. Ça fait jamais que trente ans que vous les attendez, les lendemains qui chantent. C’est pas un quinquennat de plus ou de moins qui devrait vous chagriner.
Pardon ? Vous aviez d’autres questions ? Comment mettre en œuvre une économie sociale et solidaire ? Comment mettre en œuvre une organisation du travail écologique et décente ? Comment mettre en œuvre la redistribution des richesses ?
Mais non, ces questions ne sont pas intéressantes, d’ailleurs on les a déjà tranchées pour vous. L’organisation économique, le monde du travail, tout ça, c’est du fixe, c’est du cadre, c’est là, ça bouge pas et d’ailleurs on t’a demandé ton avis ? Non, la variable d’ajustement, c’est le modèle social, c’est ton niveau de vie, ce sont nos richesses communes.
Quelques bonnes réflexions.
[…] Je suis de gauche, parce que je pense que l'égalité ne vient pas naturellement, mais qu'il faut sans cesse remettre le métier sur l'ouvrage pour plus d'égalité, de principe ou réelle. Parce que je pense que je vivrai mieux et que mes enfants vivront mieux si tout le monde vit dignement. Parce que je ne pense pas que la quête effrénée de la richesse (et de la niche fiscale) donne du sens à la vie. Parce que je crois que le bon vieux discours sur la lutte des classes garde aujourd'hui l'essentiel de sa justesse, même si les contours de ces classes ont changé. Les damnés de la terre ne sont plus aujourd'hui mineurs, mais agents d'entretien auto-entrepreneurs au temps de travail (partiel) éclaté, exploités dans certains centres d'appel, etc. L'argent va toujours à l'argent. Mieux vaut, plus que jamais, être héritier plutôt que travailleur.
[…] Au centre droit, Emmanuel Macron place le curseur économique bien trop à droite avec des politiques qui ont déjà échoué sous Hollande. Ses propositions "sociales" me hérissent. J'ai beau être plutôt dans le camp des favorisés, avec un métier sûr (aujourd'hui !) et rémunérateur, j'ai déjà pu ressentir à quel point on ne négocie pas sur un pied d'égalité avec son patron, quel qu'il soit. Exit Macron, donc, avec l'illusion individualiste.
Je suis, soit dit en passant, sidéré par la fascination que certain-e-s ont pour Emmanuel Macron et par la nouveauté que certains lui prêtent. Ainsi, un inspecteur des finances, ancien banquier, ancien secrétaire général de l'Élysée, ancien ministre serait un anti-système... Je me demande avec quelle définition de "système". Je ne recherche pas, pour ma part, un candidat "anti-système", ne serait-ce que parce que je crois plus aux évolutions qu'aux révolutions. Mais, tout de même... Ces gens ont perdu le nord... […]
Bien à gauche sont Jean-Luc Mélenchon et ses "insoumis". J'ai beaucoup de respect et d'estime pour Mélenchon. De manière intéressante, Michel Rocard, avec qui il s'est souvent confronté, avait également beaucoup de respect pour son travail intellectuel. J'ai cependant un premier problème avec la tonalité de sa campagne. Le «dégagisme», c'est bien gentil, mais ça ne fait pas une société sereine. Vous la pressentez, vous aussi, cette chasse aux sorcières qui vient ? Son programme est, sinon, intéressant et le fruit d'un passionnant travail de fond. Il pêche souvent malheureusement par manque de réalisme. Tantôt on renationalise les autoroutes. Je ne suis pas contre, mais avec quel argent ? Tantôt on "socialise" (que cela est joliment dit !) les banques de dépôt. Même remarque ! […]
Chez Hamon, je n'aime pas tout. Je n'aime pas, par exemple, son discours sur la Russie, même si je suis d'accord avec lui sur la nécessité d'engager le rapport de force avec Vladimir Poutine. Lui et ses amis ne comprennent que cela. Je pense, comme Mélenchon, qu'il faut une grande conférence sur les frontières issues de l'ex-URSS, qui sont une véritable poudrière. Mikhaïl Gorbatchev nous avait prévenu dès la chute de l'URSS : nous ne pouvons pas laisser les frontières en l'état. Si nous ne menons pas cette discussion, n'exigeons pas des référendums d'auto-détermination dans les zones litigieuses, j'ai bien peur que nous ne connaissons un nouveau conflit. […]
Contrairement à l'auteur, je ne crois pas au revenu de base version Hamon car ce n'en est pas un. Je ne crois pas non plus à la vertu de la construction européenne en matière de guerre : en échange d'une paix intérieure, les pays qui la constituent ont mis le zouk ailleurs dans le monde… Soit directement via des interventions militaires, soit en vendant masse d'armes. Justifier les bienfaits de la construction européenne via la délocalisation des conflits, c'est trop facile et réducteur.
Quelques documentations pour comprendre comment les secondes intercalaires peuvent être digérées par nos systèmes informatiques :
Voici un gros résumé.
La méthode POSIX standard, c'est d'incrémenter le temps, de revenir en arrière d'une seconde et de continuer à incrémenter. On rejoue donc une même seconde. C'est la méthode « step back ». Cette méthode peut être mise en œuvre par le noyau ou par le démon NTP (disable kernel avec ntpd). La deuxième méthode permet de se prémunir d'un bug dans le noyau et de maintenir à l'heure un système dont le noyau ne propose pas d'API pour lui indiquer l'imminence de la seconde intercalaire. Linux dispose d'un bout de code permettant le traitement des secondes intercalaires. L'ennui avec la méthode step back dans son ensemble, c'est que le temps revient en arrière, il n'est plus continu. Cela peut mettre la grouille sur les systèmes qui dépendent fortement de l'ordre des événements pour fonctionner comme les gestionnaires de bases de données ou les clusters de stockage distribués (lors de la seconde intercalaire de 2005, Google a constaté que certains de ses serveurs de stockage étaient out).
La méthode NTP standard, en interne des implémentations des serveurs NTP est de stopper/maintenir le temps durant la seconde intercalaire. C'est la méthode « hold ». Ainsi, le temps reste continu. Voir : https://www.eecis.udel.edu/~mills/leap.html
Une autre méthode est d'augmenter très progressivement le temps pour compenser la seconde intercalaire.
On peut aussi choisir d'ignorer la seconde intercalaire et de la traiter après coup comme un problème standard de dérive du temps.
Évidemment, chaque façon de faire a ses avantages et inconvénients en fonction des usages :
Perso, je retiens que le comportement par défaut, step back, suffit pour mes usages. Si besoin que le temps s'écoule de manière continue, utiliser les méthodes « slew » ou, si la dérive de l'horloge n'est pas un problème, ignorer la seconde intercalaire.
Notons que les paquets NTP disposent d'un drapeau « Leap Indicator » qui permet d'indiquer la seconde intercalaire durant les 24 heures précédant son application. Ce flag, qui est positionné par le serveur de strate 1 (celui directement raccordé à un appareil de mesure du temps genre GPS ou horloge atomique) ou par n'importe quel serveur de n'importe quelle strate, se transmet de serveurs NTP en serveur NTP et permet aux clients et serveurs NTP d'informer le noyau de l'imminence d'une seconde intercalaire. Le noyau stocke l'information et fera le changement à l'heure convenue universellement (23h59m59 UTC). Un reboot de la machine nécessite d'informer à nouveau le noyau, bien évidemment.
Comment un serveur de temps positionne-t-il le flag LI ? Soit parce que sa référence de temps le lui a appris, soit parce qu'il utilise un fichier publié par le NIST qui contient les secondes intercalaires passées et celles à venir, voir : http://support.ntp.org/bin/view/Support/ConfiguringNTP#Section_6.14 . Il faut évidemment garder ce fichier à jour (2 fois par an max).
Regardons ce flag avec tshark :
Network Time Protocol (NTP Version 4, server)
Flags: 0x64
01.. .... = Leap Indicator: last minute of the day has 61 seconds (1)
..10 0... = Version number: NTP Version 4 (4)
.... .100 = Mode: server (4)
Peer Clock Stratum: secondary reference (2)
Peer Polling Interval: invalid (3)
Peer Clock Precision: 0,000000 sec
Root Delay: 0,0076 sec
Root Dispersion: 0,0387 sec
Reference ID: 145.238.203.14
Reference Timestamp: Dec 31, 2016 12:46:39.884128000 UTC
Origin Timestamp: Dec 31, 2016 13:02:54.234703000 UTC
Receive Timestamp: Dec 31, 2016 13:02:54.341816000 UTC
Transmit Timestamp: Dec 31, 2016 13:02:54.341864000 UTC
En temps normal :
Network Time Protocol (NTP Version 4, server)
Flags: 0x24
00.. .... = Leap Indicator: no warning (0)
..10 0... = Version number: NTP Version 4 (4)
.... .100 = Mode: server (4)
Peer Clock Stratum: secondary reference (2)
Peer Polling Interval: invalid (3)
Peer Clock Precision: 0,000000 sec
Root Delay: 0,0076 sec
Root Dispersion: 0,0500 sec
Reference ID: 145.238.203.14
Reference Timestamp: Apr 2, 2017 10:13:49.572752000 UTC
Origin Timestamp: Apr 2, 2017 10:26:29.182950000 UTC
Receive Timestamp: Apr 2, 2017 10:26:29.350805000 UTC
Transmit Timestamp: Apr 2, 2017 10:26:29.350865000 UTC
Note "fun" : encore en 2017, il semblerait que des bugs surviennent dans le traitement informatique de la seconde intercalaire. « Amazingly there are also 4 servers that are off by a second in the wrong direction (like they applied the leap second twice). ». Source : https://community.ntppool.org/t/leap-second-2017-status/59 .
La proposition de loi (ppl) de réforme des délais de prescription en matière pénale est devenue loi fin février et est applicable depuis le 1er mars 2017. Le Sénat a refusé jusqu'au bout de retirer son amendement augmentant le délai de prescription des abus de la liberté d'expression et de la presse lorsque ces abus sont commis sur Internet. En cas de désaccord persistant, c'est l'Assemblée qui tranche (procédure du dernier mot). Dans notre cas, elle est revenue, une fois encore, sur cette disposition du Sénat le 16 février. Pour retrouver ce que j'ai déjà écrit au sujet de cette ppl, il est possible de dérouler http://shaarli.guiguishow.info/?8AUMmw .
Au final, je retiens :
Plusieurs lecteurs ont émis le souhait que je fasse un shaarli (ou un billet de blog) qui résumerait un peu tout sur cette loi. De mon côté, j'ai encore des choses à raconter genre les coulisses concernant l'atteinte sénatoriale à la liberté d'expression et celle de la presse. C'est pour cela que j'ai décidé de rédiger ce shaarli de bilan.
Dégrossissons les termes manipulés dans ce texte législatif :
« en matière pénale » : on s'intéresse uniquement à la branche du droit qui a pour objectif de punir des actions répréhensibles définies par la Loi (en gros). À l'inverse du civil où l'on arbitre des litiges entre personnes (ou entre une personne et une société commerciale ou entre associations ou…) genre couleur des volets du voisin, héritage compliqué, etc.
« prescription » : il existe deux types de prescription pénale en France :
Au départ, les auteurs de cette proposition de loi voulaient rendre la prescription pénale plus lisible, car il y a aujourd'hui de nombreuses exceptions genre à partir de quand le décompte est-il lancé ? Quelles actions peuvent l'interrompre ? etc. L'intention est louable puisqu'un principe fort de notre droit est la prévisibilité : tout-e justiciable doit savoir quels textes lui seront appliqués. Sur ce point-là, les parlementaires-auteurs n'innovent pas trop et se content de faire entrer dans le droit une jurisprudence (décisions judiciaires devenues définitives qui peuvent servir de référence pour trancher des affaires similaires) constante.
Les députés à l'origine de cette proposition de loi ont aussi doublé les délais de prescription (de l'action publique et des peines) de droit commun pour les délits et les crimes. On passe de 3 à 6 ans et de 10 à 20 ans. De droit commun ? Quand la loi ne prévoit pas un délai spécifique pour une infraction spécifique genre les délits de presse (et d'expression) ont une prescription de l'action publique spécifique de 3 mois. Genre la consultation habituelle de pédoporn = 10 ans. Même principe pour la prescription des peines.
Ces députés voulaient aussi que les crimes de guerre liés à un crime contre l'humanité rejoignent ces derniers dans l'imprescriptibilité c'est-à-dire qu'on puisse poursuivre à jamais ces actes-là.
Si l'imprescriptibilité des crimes de guerre lorsqu'ils sont liés à un crime contre l'humanité (et même tout crime de guerre, en fait) me semble être une chose positive (dans le sens où ça peut contraindre à moins de dérapages autour d'une baston inter-étatique bullshit), le doublement du délai commun de la prescription est plus discutable.
Ma position actuelle est qu'il ne fallait pas augmenter les délais de prescription. Je pense qu'il ne faut pas non plus une imprescriptibilité généralisée. Je pense qu'il faut harmoniser les délais de prescription (un délai unique pour les contraventions, un délai unique pour les délits, un délai unique pour les crimes) avec de rares exceptions quand cela se justifie comme sur les viols sur mineur-e-s, les infractions dissimulées et les délits de presse.
J'explique tout cela dans un shaarli : http://shaarli.guiguishow.info/?c0Sfpg .
Le texte arriva en première lecture au Sénat en octobre 2016 (en gros). Plusieurs changements furent effectués :
J'évoque sommairement une partie de cela dans un shaarli : http://shaarli.guiguishow.info/?bYM2UA .
Si je n'ai pas d'avis sur les points 2 et 3, un délai de prescription d'un an uniquement pour l'expression sur Internet me pose de gros problèmes que j'ai déjà développés dans d'autres shaarlis dont http://shaarli.guiguishow.info/?Ee48Aw . Sans compter que certaines infractions de presse, comme l'injure et la diffamation, sont systématiquement utilisées comme première ligne de défense, comme diversion, dès la publication du moindre contenu, même si les faits sont avérés et que l'expression est de bonne foi. On le voit avec des journaux tels que Mediapart mais c'est également le cas au niveau citoyen. On peut rappeler la situation vécue par Émilie Colin, citoyenne accusée de diffamation pour avoir publié le prénom+nom des négociateurs français du traité international ACTA et qui a finalement été relaxé.
Je m'attendais à ce que l'Assemblée nationale supprime l'amendement relatif aux délits de presse (comme à son habitude) et aux crimes de guerre. Mais, cette fois-ci, la Commission des Lois n'en fera rien lors de la séance du 14 décembre. Je décide alors d'envoyer des mails à quelques député-e-s :
Nous étions au tout début du mois de janvier 2017, en plein dans les vacances parlementaires, donc ce fût laborieux de joindre les permanences parlementaires par téléphone (à l'exception notable de celle d'Isabelle Attard). Pourtant, l'examen de ce texte allait avoir lieu le jeudi de la reprise parlementaire, donc il y avait urgence puisque des amendements pouvaient être posés jusqu'au lundi de la rentrée, à 17h (j'en explique la raison ici : http://shaarli.guiguishow.info/?Ihpk-Q ).
Le staff d'Isabelle Attard déposera l'amendement 3, qui reprend deux de mes arguments. \o/ Cela fera même l'objet d'un article de Next Inpact : https://www.nextinpact.com/news/102845-prescription-et-loi-1881-deputes-refusent-qu-internet-soit-une-circonstance-aggravante.htm .
Après que j'ai lourdement insisté auprès de son staff, le député Tourret me téléphonera le vendredi 6/01 à 18h (environ). Le vrai objectif de la proposition de loi, c'est de faire évoluer le délai de prescription en cas d'infractions économiques dissimulées. Il ne voit que ça, car ça a toujours été un sujet compliqué à dealer et jamais rien n'a avancé sur ce sujet. Sauf que le Sénat, tout comme les avocats d'affaire y est opposé. Du coup, « à la moindre virgule qui change, le Sénat retoquera tout le texte ». Du coup, il a choisi de sacrifier le délai de prescription sur la liberté de la presse en ligne ainsi que l'imprescriptibilité des crimes de guerre liés à un crime contre l'humanité pour atteindre son objectif. Il s'en remet à une Question Prioritaire de Constitutionnalité (QPC) citoyenne pour faire tomber ce bout de loi sur le délai de prescription de la presse. Il n'y est pas favorable, il a juste dealé, comme un commercial, quoi. Et puis, de toute façon, la loi de 1881 sera très probablement réécrite prochainement pour tenir compte d'Internet. Sans compter que le Ministère de la Justice est plutôt opposé à l'imprescriptibilité des crimes de guerre liés à un crime contre l'humanité compte-tenu de ce que la France a foutu au Rwanda. Voilà voilà. Ça sonne très "je deale des droits fondamentaux pour augmenter faiblement les chances de punir des infractions économiques dissimulées", non ?
Viendra la petite phrase « avec tout ce qui se passe en ce moment sur Internet de toutes façons… ». Je réponds que je suis informaticien et que je bosse pour un gros hébergeur de sites web français donc je vois bien la galère. À partir de là, la conversation deviendra compliqué, il devra partir. Et puis bon, en tant qu'avocat, il a beaucoup défendu des infractions de presse donc il s'y connaît donc on est prié de le croire. La procédure est trop complexe : la moitié des plaintes n'est pas reçu. On ne peut pas utiliser des arguties de droit pour empêcher les sanctions.
Quelques jours avant la séance plénière, j'apprends que Patrick Bloche, député socialiste, a déposé l'amendement 2 pour supprimer l'atteinte à la liberté de la presse. L'amendement d'Attard et le sien formeront donc un lot qui sera examiné d'un trait.
Le 12 janvier 2017, en séance publique, Alain Tourret invitera ses collègues et le garde des sceaux à ne pas courber l'échine face aux amendements scélérats dictés par le lobby de la finance… Oui, il parle bien des amendements de Bloche et d'Attard. Ben oui, souvenez-vous : ce texte ajoute à notre droit la jurisprudence constante qui fait que le délai de prescription des infractions occultes court à compter de la possibilité de découvrir l'infraction. Les avocats d'affaire et les financiers ne voudraient soi-disant pas de ce texte. En faisant adopter ces amendements sur la liberté de la presse, ils provoquent un désaccord entre l'Assemblée et le Sénat. Le texte continuerait ainsi sa navette parlementaire… Sauf que les travaux législatifs prennent fin à la fin février compte-tenu des échéances électorales, ce qui fait courir le risque de voir ce texte passer à la trappe et forcément, vu son implication et la quantité de travail fournie, le député Tourret ne peut s'y résoudre et c'est bien compréhensible.
Le député socialiste Oliver Faure, nouveau président du groupe socialiste à l'Assemblée, et le ministre de la Justice, Urvoas (sisi, sisi, incroyable mais vrai) s'engageront à faire leur possible pour que ce texte, s'il était amendé en faveur de la liberté d'expression et de la presse, puisse revenir en débat dans chaque chambre dans le délai imparti. Oui, parce que le texte étant d'initiative parlementaire, il était examiné dans les créneaux du groupe politique dont les auteurs sont membres c'est-à-dire le groupe radical. Forcément, le nombre de ces créneaux est proportionné à la représentativité d'un groupe à l'Assemblée. Olivier Faure s'est donc engagé à faire une place à cette ppl dans les créneaux du groupe socialiste, plus nombreux. C'est le gouvernement qui fixe l'agenda du Parlement, d'où la proposition d'Urvoas. Sans compter le pouvoir de convocation de la Commission Mixte Paritaire dont je parlerai plus loin qui revient au président des deux chambres ou du Premier ministre.
Après une suspension de séance de plus de 30 minutes propice à tous les arrangements secrets dans les couloirs de l'Assemblée, le groupe socialiste s'unira derrière Patrick Bloche et votera, de justesse, les amendements 2 et 3, voir : http://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/%28legislature%29/14/%28num%29/1366 . On a ici l'exemple du groupe radical qui vote contre, pas forcément par conviction, mais par envie de voir le texte aboutir, et c'est bien triste.
Le reste des propositions du Sénat demeure (les plaintes simples ne sont plus interruptives, la prescription des crimes de guerre reste à 30 ans, le décompte du délai de prescription des infractions dissimulées part à compter du jour où l'infraction est susceptible d'être découverte, etc.) et ne changera plus.
Puisqu'il y a désaccord, le texte retourne en examen au Sénat. Là, je sens un danger : si le Sénat réintroduit l'atteinte à la liberté de la presse et que le vent tourne à l'Assemblée afin de terminer la navette parlementaire ? Je décide alors d'agir au Sénat dans l'espoir fou que les sénateur-rice-s de droite laissent tomber leur lubie ou soient mis en minorité. Cela donnera lieu au dépôt de l'amendement 2 par le staff d'Esther Benbassa, car, entre temps, la Commission des Lois du Sénat a voté un amendement réintroduisant l'atteinte à la liberté d'expression et de la presse…
Le gouvernement et le groupe socialiste poseront aussi des amendements de suppression identiques qui seront donc examinés en lot.
Tout cela sera balayé durant la séance plénière du 7 février 2017, voir le résultat du scrutin en http://www.senat.fr/scrutin-public/2016/scr2016-94.html . Séance pendant laquelle le rapporteur aurait dénoncé des "troubles obscurs" ayant conduit au retournement de veste de l'Assemblée. :') Nonon, c'est juste des syndicats de presse, des citoyen-ne-s et des intellectuel-le-s (je présume) via le ministère de la culture. :')
En parallèle, j'ai lu les comptes-rendus des séances et j'ai écrit des mails à chaque parlementaire qui disait une idiotie (selon moi), histoire de les faire méditer sur le long terme (si cela est possible…). Voir http://shaarli.guiguishow.info/?mcOr_g , http://shaarli.guiguishow.info/?XsPMCw et https://shaarli.guiguishow.info/?UnH_0A . En l'absence de réponse, j'ai téléphoné aux permanences des parlementaires afin de marquer ma volonté d'obtenir une réponse et celle d'ouvrir le débat… Mais aucun de ces parlementaires n'a souhaité discuter avec moi et les réponses reçues sonnent le creux.
Le Premier ministre (sous l'impulsion d'Urvoas comme il s'y était engagé ?) convoquera une Commission Mixte Paritaire chargée d'établir un texte commun le 13 février 2017. Celle-ci constatera que la position des deux chambres ne permettent pas d'aboutir à un compromis.
Une nouvelle lecture a lieu à l'Assemblée le 14 février. Le groupe socialiste propose et fait adopter un amendement de retour à la prescription habituelle en matière de presse (fut-elle en ligne).
Une nouvelle lecture a lieu au Sénat le 15 février. Le rapporteur réintroduit un délai d'un an.
L'Assemblée adopte la version définitive, celle issue de la séance du 14 février, le 16 février 2017.
Lire les comptes-rendus des séances est très intéressant. On y apprend que tous les groupes politiques au Sénat et à l'Assemblée sont d'avis :
Bref, ça ne fait que commencer.
Puisque cette proposition de loi est le dernier texte législatif de cette législature sur lequel je bosse, voici ce que je retiens de la méthodologie à employer pour militer auprès des parlementaires :
[…] Internet est beaucoup critiqué parce qu’il nous maintiendrait dans un flux continu, un présent incessant, il ne serait que surface et écume. Sans doute. Mais on oublie le second mouvement, à mon sens encore plus significatif que le premier. Ce second mouvement, c’est au contraire la mémoire, c’est l’archive toujours disponible. Il y a dix ans, il était très compliqué à quelqu’un qui n’était pas chercheur ni journaliste de retrouver un extrait d’émission télévision ou de radio, une vieille citation aperçue dans un journal. Et, si jamais la trouvaille se produisait, il était encore plus compliqué de la diffuser. Aujourd’hui, ces deux difficultés sont effacées. […]
A mon sens, cette manipulation donnée à tous de l’archive est un tournant historique. […] détenir l’archive politique - le document politique - a pendant longtemps été un privilège peu partagé : celui du pouvoir lui-même, celui des historiens, celui des bibliothécaires, puis des journalistes. Il est aujourd’hui le privilège de tous. Tout internaute est un archiviste potentiel. Cet état a bien des conséquences en termes politiques.
En relevant ces contradictions, on pense révéler une vérité de la politique : ah regardez, il se renie, trahit et se parjure… Ok. Mais rappelons-nous la belle phrase d’Edgar Faure qui disait : “Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent.” Ainsi se pose la question du choix de l’archive. Est-ce qu’à trop documenter les mouvements de la girouette, on n’en oublie pas le vent ? Oui, mais voilà, documenter les mouvements du vent, c’est autrement plus compliqué, moins spectaculaire, cela produit une indignation moins immédiate. Et pourtant, cela pourrait être l’étape suivante d’un Internet qui met à disposition de tous, non seulement l’Histoire, mais de nouveaux outils d’analyse. […]
Mini-jeu basé sur des faits réels plutôt sympa qui nous met dans la peau d'une directrice de cabinet d'une maire pour 20 ans de carrière. À nous de faire les bons choix, d'éviter la magouille tout en contentant la maire et ses amis hommes d'affaires si l'on souhaite rester à notre poste.
Les objectifs du jeu, produit par un consortium de sociétés commerciales œuvrant dans la compilation et l'analyse des données financières publiques afin de lutter contre la corruption, sont :
Ce mini-jeu est destiné à mettre en avant le site web http://www.cookingbudgets.com/, signé par le même consortium, qui expose de manière plus détaillée quelques types de magouilles politiciennes.
Concernant mes parties :
Quelques reproches :
Via https://korben.info/le-bon-la-brute-et-le-comptable.html
[…] Je vois pas encore trop comment passer de la fibre à l'Ethernet. Qui fait cette conversion ? Un routeur ? La box ? Un autre boîtier prêté par Orange ?
Un autre boîtier loué par Orange, l'ONT (Optical Network Unit). Tu peux voir à quoi ça ressemble dans un de mes précédents shaarlis : La fibre optique à la maison en vrai.
En juillet 2016, l'ARCEP, le régulateur français des télécoms, a ouvert une consultation publique portant sur son analyse du marché (des marchés, en vrai) de l'accès à Internet haut débit (HD) et très haut débit (THD) fixe en France. C'est important car c'est en partie avec les réponses que l'ARCEP fixera le cadre de sa future régulation des marchés haut débit et très haut débit fixe pour 2017-2020. C'est-à-dire changer de modèle si elle constate que le co-investissement échoue à faire émerger une offre FTTH correcte, décider si elle impose ou non des offres de gros sur la fibre optique qui permettront l'entrée de petits acteurs locaux sur le marché comme les TPE ou les FAI associatifs ou si ces acteurs se feront évincer comme ce fût le cas sur l'ADSL, etc.
J'ai déjà écrit un shaarli fort documenté sur ce sujet donc je ne réexpliquerai pas les concepts que je manipulerai ci-dessous. De même, j'avais proposé un résumé pas trop résumé de la réponse de la FFDN à cette même consultation.
En février 2017, l'ARCEP a, à nouveau, ouvert une consultation publique sur ces sujets. Histoire de confirmer sa compréhension des réponses et d'affiner quelques points avant de pondre la régulation. La FFDN n'a pu y répondre dans les temps, faute d'implication bénévole. J'ai quand même décidé de lire ce que ça raconte. L'objet de ce shaarli est donc de faire un résumé de ce que j'ai compris des positions de l'ARCEP.
Pour des raisons qui m'échappent, l'ARCEP a changé quelques termes de vocabulaire utilisés.
Les opérateurs de la FFDN consomment principalement sur le marché 3b. Certains opérateurs ont une boucle locale radio. Ils pourraient y proposer des accès aux autres opérateurs sur les marchés 3a ou 3b. Mais, évidemment, ça n'intéresse aucun opérateur.
L'ARCEP a toujours un raisonnement fort tordu concernant la FTTH.
Raisonnement problématique : l'ARCEP constate qu'il n'existe actuellement pas d'offres de gros d'accès activés sur fibre au niveau national, mais en déduit que c'est le même marché car fibre et cuivre sont substituables… Je peux substituer de l'existant à de l'inexistant ? :/
Vu que l'ARCEP estime que HD cuivre et THD fibre sont substituables (voir ci-dessus), alors il n'y a pas lieu d'imposer la fourniture d'offres bitstream à l'opérateur dominant car un micropérateur qui voudrait intervenir à moindre coût sur la fibre ne serait pas désavantagé à souscrire à une offre de gros d'accès activés sur cuivre. Donc, si t'es un grozopérateur, tu investis en passif sur l'infrastructure de demain (le cuivre ne permet pas la montée en débit sur le long terme). T'es un micropérateur, tu bosses sur l'infrastructure du passé à un coût relatif prohibitif. Donc, on réserve bien le marché de masse de la fibre aux grozopérateurs alors que les offres bitstream avaient ouverts la concurrence sur le cuivre. Le micropérateur ne peut pas se contenter de jouer dans les RIP (quand cela est possible, malgré la réglementation de l'UE, ce n'est pas toujours acquis !).
Orange a une position dominante sur ce marché à cause de sa position historique (d'avant l'ouverture à la concurrence) sur le cuivre. C'est bien de l'écrire. Mais pourquoi l'écrire uniquement dans cette analyse alors que c'est tout aussi vrai pour les marchés 3a et 3b ?
L'ARCEP maintient les obligations existantes (obligation d'accès, maintien des prestas existantes, reproductibilité des offres, non-discrimination, QoS, contrôle tarifaire, etc.). Nouveautés :
The US House of Representatives voted Tuesday to eliminate ISP privacy rules, following the Senate vote to take the same action last week. The legislation to kill the rules now heads to President Donald Trump for his signature or veto.
The White House issued a statement today supporting the House's action, and saying that Trump's advisors will recommend that he sign the legislation. That would make the death of the Federal Communications Commission's privacy rules official.
The rules issued by the FCC last year would have required home Internet and mobile broadband providers to get consumers' opt-in consent before selling or sharing Web browsing history, app usage history, and other private information with advertisers and other companies. But lawmakers used their authority under the Congressional Review Act (CRA) to pass a joint resolution ensuring that the rules "shall have no force or effect" and that the FCC cannot issue similar regulations in the future.