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  • Samedi 28 octobre 14h-18h, au Shadok : ateliers ARN - Brique Internet, services éthiques, install party, etc. | Alsace Réseau Neutre - Fournisseur d'Accès à Internet associatif en Alsace

    Le samedi 28 octobre 2017, de 14h à 18h, au Shadok, les associations ARN, HackStub et Seeraiwer organisent une série d'ateliers dédiés à la reprise en main de nos activités en ligne et de nos données numériques :

    • Paramétrage du navigateur web (Firefox, Chrome, etc.) afin de limiter les traces émises à notre insu ;

    • Découverte de services numériques éthiques remplaçants des géants (Microsoft, Google, Twitter, etc.) peu respectueux des droits et des libertés ;

    • Installation d'un système d'exploitation éthique sur votre ordinateur (GNU/Linux) ou votre smartphone (LineageOS) ;

    • Initiation à la Brique Internet, une solution clé en main pour créer votre cloud ou héberger facilement vous-même votre site web ou vos mails et plein d'autres usages.

    Ces ateliers sont gratuits et tout public, y compris les personnes débutantes.

    Tue Oct 24 13:00:13 2017 - permalink -
    - https://www.arn-fai.net/node/99
  • Les dossiers du Canard enchaîné - Après 8 lois de moralisation depuis les années 70, tout reste affaires !

    Le Canard enchaîné profite de la sortie de la 8e loi de moralisation de la vie politique (mon avis) en 45 ans pour tirer un dossier qui revient sur des magouilles politiciennes.

    Tout y passe : les emplois fictifs et familiaux aux parlements français et européens (FN, MoDem, LR, etc.), les conflits d'intérêt (parlementaires conseillers), les fraudeurs (Cahuzac, Thévenoud, le couple Balkany), les financements irréguliers de partis politiques (LR-Sarko-Estrosi, FN, les magouilles durant 18 ans à la Mairie de Paris (emplois fictifs, HLM et parc locatif octroyés aux copains pour pas cher, tambouille électorale du RPR dans certains arrondissements, piston, etc.), le train de vie particulier de nos élu⋅e⋅s (logements de fonction splendides, transports, frais de bouche, frais de coiffure / maquillage, frais divers comme des cigares, vie de château mal acquise, etc.), l'argent public utilisé pour s'enrichir personnellement ou les copains (IRFM, réserve parlementaire, etc.) et le manque de moyens / d'ambition des institutions de contrôle (HATVP, CCNFP, BNLCCF, etc.)…

    Tout cela est à vomir… Mais, un des articles du Canard se veut optimistes : il est clair qu'il y a eu plus d'affaires sous les 5 Républiques françaises que sous la monarchie. Mais cela n'est-il pas dû au fait que ce qui était toléré ou passé sous silence du temps de la monarchie ne l'est plus et que l'équilibre, certes bancal, des pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire, presse) permet de poursuivre et / ou de dénoncer plus de magouilles ?

    D'un autre côté, Olivier Saby, énarque et magistrat à Montreuil nous dit :

    Nous vivons dans une société de gruge. Dès qu'on peut gratter à droite, à gauche, on le fait. Nos élites sont le miroir de cet état d'esprit.

    Même si la première partie du dossier est tout à la gloire du Canard qui a contribué à révéler toutes ces affaires, ce dossier fait naître chez moi quelques réflexions intéressantes (sur la nécessaire transparence des comptes des partis politiques et sur le salarriat des assistant⋅e⋅s parlementaires) que je publie ci-dessous.



    Quelques notes :

    • En 1969, De Gaulle utilise un avion du Glam (Groupe de liaisons aériennes ministérielles, une unité de l'armée de l'air qu'il avait créée étant donné l'état du réseau routier à la sortie de la 2e guerre mondiale, renommé Etec en 1995) pour sa retraite en Irlande après la défaite au référendum. Comme quoi, s'envoyer en l'air au frais du contribuable ne date pas de Valls ou d'Édouard Philippe (qui a été soutenir une candidate En Marche aux législatives avec un avion Etec) ;

    • La démocratie athénienne prévoyait 7 voies d'accusation pour intenter une action contre la corruption d'agents publics et de magistrats pendant leurs mandats ou à la réédition des comptes. Graphè paranomon devant le tribunal de l'Héliée, l'eisangelia devant l'Ecclesia ou la Boulè, l'Apophasis devant l'Ecclesia, les contrôles réguliers de l'Ecclesia ou de la Boulè et les citoyen⋅ne⋅s (qui perçoivent une partie de l'amende) ;

    • Les proconsuls, propréteurs et autres proquesteurs envoyés gouverner le monde au nom de Rome avaient parfois moins de scrupules à piller leurs provinces, car leur carrière et/ou leur élection leur a coûté cher. Un Caius Licinius Verres, par exemple, a dû débourser 300 000 sesterces (228 000 euros - même si je doute de ce montant, pas actualisé donc pas comparable) pour devenir magistrat de la ville de Rome. Tu parles d'une bonne excuse… ;

    • La Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques manque de budget et n'a pas le pouvoir de conduire des investigations : elle doit donc se contenter des déclarations fournies par les partis politiques… et des dénonciations des partis qui perdent une élection. D'une manière générale, il n'y a aucune traçabilité des flux financiers qui financent les partis (qui sont les donateur⋅rice⋅s ? Qui prête ?) en dehors des subventions publiques. Or, cela influencera les choix des élu⋅e⋅s : il faudra faire des petits cadeaux à ces personnes, conduire des politiques qui vont dans le sens de leurs intérêts, etc. Rien que pour ça, pour le droit à l'information des citoyen⋅ne⋅s votant⋅e⋅s, est-ce que ça ne vaudrait pas la peine que le détail complet des financements des partis politiques soient totalement publics, disponible en ligne, actualisés au fil de l'eau ? Il me semble que oui. ;

    • La Haute Autorité pour la Transparence de la vie publique a confié à la justice le sort d'une douzaine de parlementaires. Maigre butin en 4 ans d'activité, non ? L'autorité manque de moyens, as usual ;

    • Assistant⋅e parlementaire, définition : en général diplomé⋅e en droit, payé⋅e en moyenne 2500 € pour beaucoup d'heures travaillées, dont le CDI est lié à la réussite électorale de leur élu⋅e de patron⋅ne, qui, en cas de défaite, est licencié⋅e pour motif personnel et non pour motif économique (ce qui signifie 0 € d'indemnité + chômage au taux normal de 57 % au lieu de 75 %). Bref, un emploi précaire. Pour éviter cela ainsi que les magouilles de caste, ne serait-il pas mieux que les assistant⋅e⋅s soient salarié⋅e⋅s par le Parlement et "mis à la disposition" d'un⋅e élu⋅e avec un référentiel bien précis de missions ? ;

    • Quelques « Macron boys », présentés comme des petits jeunes d'une génération spontanée ont été "formé" par DSK : Ismaël Emelien, Cédric O (conseiller technique à l'Elysée), Stanislas Guerrini ((dépité En Marche de Paris et porte-parole du groupe parlementaire), Benjamin Griveaux (secrétaire d'État à l'économie), Sidbeth Ndiaye (communicante en chef de l'Élysée), Stéphane Séjourné (conseiller politique du Président, qui a blanchi nombre de ses camarades de la mouvance DSK pour les présenter aux législatives comme des personnes vierges), etc. ;

    • Je me demandais si, à l'instar de l'IRFM, il y a des mésusages connus de la réserve parlementaire. Le Canard répond oui : Philippe Marini a fait financer le centre équestre de sa femme et les recherches archéologiques libyennes de sa fille. De plus, cela génère des conflits d'intérêts : la réserve parlementaire, surtout celle des sénateur⋅rice⋅s vient souvent en aide à des maires à qui il manque quelques sous dans leur budget pour faire vivre leur territoire. Or, les maires sont les premier⋅e⋅s électeur⋅rice⋅s des sénateur⋅rice⋅s… De là à dire que les élections s'achètent… ;

    • La désignation « gauche caviar » vient de Mitterrand qui en faisait servir à ses invités sans complexe ;

    • Que les magistrats du Parquet ne sont pas indépendant⋅e⋅s de l'exécutif, ce n'est pas un scoop (nomination par décret, circulaires du ministère de la Justice, etc.), mais j'ignorais qu'une partie des membres du Conseil Supérieur de la Magistrature (qui nomme les magistrats du Siège (les juges, en gros), les sanctionne, etc.) sont nommés par les Présidents (de la République, du Sénat, de l'Assemblée). 6 sur 16 le sont ainsi ;

    • Trump mélange business et politique : placement de produit pour une casquette qu'il vend lors de sa visite du Texas inondé, pub pour ses vignobles lors de sa conférence de presse après les événements de Charlottesville, séjours cumulés de 75 jours dans ses hôtels et autres de ses propriétés en faisant payer les nuitées à son service de sécurité présidentiel comme la loi le permet, location, par le même service secret d'étages au sein de sa Trump Tower pour un montant estimé entre 1,5 et 3 millions d'euros/an, idem pour les déplacements dans des avions appartenant à sa compagnie aérienne (on parle de 2,7 millions en quelques mois de mandat), etc. ;

    • La Suède, qui se montre intraitable en matière de dépenses publiques à l’intérieur de ses frontières (on se souvient de la ministre cramé pour avoir acheté du chocolat et des couches pour bébé), se montre beaucoup plus laxiste lorsqu'elle traite avec l'étranger : versement de pots-de-vin à la dictature d'Ouzbékistan par l'opérateur télécoms TeliaSonera ((dont l'état est l'actionnaire majoritaire) en échange de marchés, idem dans des contrats d'armement. L'OCDE a régulièrement sermoné le pays à ce sujet y compris dans le dernier rapport de 2014… La Suède, aimant se croire vertueuse ne chercherait pas les cas de corruption ? Or, quand on ne cherche pas, on ne trouve pas, donc on peut se conforter dans son image vertueuse… ;

    • De nos jours, on dit qu'il y a beaucoup de fuites dans les médias qui sont organisées et orchestrées par les pouvoirs. Ce n'est pas un scoop : la seconde famille de Mitterrand (dont sa fille Mazarine était connue de la presse parisienne qui se taisait. C'est l'Élysée qui avait donné son accord à Paris Match pour publier la trombine de Mazarin en novembre 1994… ;
    Mon Oct 23 13:40:21 2017 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?lVWnpg
  • Insoumission à l'école obligatoire - Catherine Baker - éditions tahin party

    Je suis radicalement opposé à l'école (que ce soit celles de l'éduc' nat' ou celles sous contrat ou celles hors contrat) depuis ma scolarité. À la fin de la version papier du guide d'autodéfense numérique, dans la section « du même éditeur », ce livre de Catherine Baker était référencé. Je m'étais dis que ça serait cool de lire ce que d'autres ont écrit afin de formaliser et affûter mes arguments anti-école.

    Entre temps, j'ai lu le livre-recueil de quelques écrits d'Aaron Swartz (mes notes) dont certains ont l'école comme sujet. Ce dernier se concentre sur les faits historiques pour illustrer que l'école a été conçue, au moins aux États-Unis, comme un moyen de contrôle social au service du patronat. Il effleure aussi la psychologie pour expliquer l'échec de l'école à instruire depuis 2 siècles ainsi que la volonté implicite de domination de celle-ci.

    Dans ce livre, l'auteure étudie le sujet sous les angles de la philosophie, de la morale et de la psychologie. Elle nous y parle de l'école comme lieu de maintien du Système, comme d'un empêchement de l'enfant de réfléchir au monde qui l'entoure et de se construire (ce qui en fera un⋅e citoyen⋅ne passif⋅ve). Tout comme Aaron, elle expose la violence de l'école (domination, humiliation, etc.). Elle réfute les arguments pro-école classiquee "l’école n’est plus comme ça de nos jours !" et "il n'y a pas d'uniformisation puisque il y a la liberté de l'enseignant⋅e". Au final, l'auteur⋅e explique que l'enfant est un adulte à part entière et qu'il ne faudrait pas le considérer comme un être diminué, donc il faut lui reconnaître sa capacité de réflexion, sa liberté totale, sa possibilité de travailler et de baiser, etc. ainsi que de participer aux choix qui construisent son environnement. Ce livre et les écrits d'Aaron sont complémentaires.

    Ce qui manque à ce livre, c'est un contrepoint : ni l'école, ni l'instruction en famille ne sont parfaites, mais l'auteure s'acharne uniquement sur la première. Dans certains chapitres, l'auteure semble réfuter implicitement l'autorité (parfois sous la forme de manipulation pour tromper l’enfant dans ses choix afin de le conduire à faire ce que l'on veut) et la reproduction sociale qui sévit dans certaines (toutes ?) familles. L’auteure n’écrit pas un mot sur le fait que tout le monde n'a pas le temps d'instruire son enfant. De même, tout le monde ne sait pas instruire sans forcer ni vivre en groupe (famille) sans imposer à l'autre. Je n'ose pas croire que la vie des instruit⋅e⋅s en famille est aussi idyllique que celle décrite par l'auteure ("je ne t'ai jamais rien ordonné, on a toujours discuté, sauf une fois où je ne voulais pas que tu achètes des boucles d'oreille", "tu décides librement de tout, d'ailleurs tu vas te coucher bien après moi depuis tes 4 ans").

    Le style littéraire (l'auteure s'adresse à sa fille à travers ce livre) rend certaines pages vraiment pénibles à lire, mais on les repère vite (début/fin de chapitre, par exemple), donc on peut les ignorer. En effet, l'auteure en fait parfois des tonnes sur les dommages que provoquerait l'école sur les enfants et sur les (ir)responsabilités qu'on lui prêtera concernant la non-scolarisation de sa fille. Mais, d'un côté, je comprends cette forte externalisation des sentiments… Après tout, je suis celui qui a écrit, dans un courrier à des élu⋅e⋅s, que « l'école de la République [est] une machine à échecs qui broie des âmes. » et qui assume ces propos. Mais je comprends qu’ils puissent faire peur en apparaissant « too much ».

    Je recommande vivement la lecture de ce livre.



    Quelques notes :

    • L'auteure s'oppose à toute forme d'éducation et de journalisme : la transmission des savoirs devrait seulement se faire en discutant de gré à gré entre personnes égales. Sinon, le rapport de force ne permet pas la remise en question ("tu exagères" "tu as mal interprété", "tu te trompes", "tu oublies de mettre en perspective"), ce qui est possible dans un rapport entre pairs ;

    • L'école est un investissement pour que l'enfant obtienne un rang dans la société productiviste. Ce rang dépend d'un diplôme donc d'un examen qui est en fait un contrôle de conformité de l'individu : on choisit ce qui est utile à la société. Jadis on apprenait le tricot ou la mécanique, aujourd'hui, c'est l'informatique. Il s'agit aussi de transmettre de la morale afin que la société ne s'effondre pas : l'amour de la patrie en 1913, la rentabilité de nos jours (d'où le système de compétition à laquelle ;) ). Jules Ferry (si, si !) disait que l'État s'occupe de l'éducation « pour y maintenir une certaine morale d'État, certaines doctrines d'État qui importent à sa conservation ». Ce n'est donc pas une erreur, l'éducation nationale n'a pas déviée, elle a été conçue comme cela ;

    • La crèche libère les femmes afin qu'elles puissent retourner travailler. Il en va de même pour l'école. Là encore, l'école est un mécanisme pour améliorer la productivité nationale ;

    • Partout, on enseigne de gré ou de force « pour le bien de l'humanité ». Partout, tu trouveras sous toutes les latitudes, les mêmes règles scolaires : on te fait entrer dans le troupeau des gens nés la même année que toi, on t'oblige à écouter quelqu'un, ce quelqu'un que tu n'as pas choisi et qui ne t'a pas choisie est payé pour te mettre, quels qu'en soient les moyens, certaines choses dans le crâne, lesquelles choses sont choisies par les États qui, en fin de course, sélectionnent par les diplômes la place qu'ils t'assignent dans leur société. Ton espace est aussi clôturé que ton temps : tu ne peux participer d'aucune manière à la vie de ceux qui ne sont pas en âge d'être scolairement conscrits.

    • En réalité, l'école est là pour apprendre aux enfants l'autorité, l'oppression, l'obéissance. Apprendre à aire plaisir au maître, puis au prof puis aux parents en montrant son intérêt et en ayant de bonnes notes. Apprendre à se taire, apprendre la servitude (exemple : pour aller aux toilettes, il faut demander la permission… et parfois s'entendre répondre « D'accord, mais en revenant, tu me récites la table de sept, t'avais qu'à prendre tes précautions ! » [ Note : je suis content d'apprendre que je ne suis pas la seule personne au monde à avoir subit ça ! ]). Bref, on apprend ce dont la société a besoin pour se maintenir ;

    • Libérale ou non, l'école postule l'inachèvement de la jeunesse. Elle doit avoir une action « maturante ». Bien sûr, me dit-on, que les fruits de toute façon mûriront, mais ils seront plus beaux si on a mis de l'engrais aux arbres ! Peut-être, mais vos fruits n'ont plus de goût.

    • L'auteure met le doigt sur le fait que les adultes qui défendent l'école obligatoire bec et ongle sont ceux et celles pour qui l'école s'est plutôt bien passée et leur a apporté une position décente dans la société. De même, si l'école s'est plutôt mal passée, mais que la personne a obtenu un rôle décent dans la société, elle considérera que l'école a été un investissement douloureux, mais qu'il en valait la peine. En gros, ceux et celles qui défendent l'école utilisent le même procédé cognitif que les personnes qui défendent un monde libéral sur le plan économique et conservateur sur le reste : ils et elles savent que ce modèle détruit des gens, mais, boarf, qu'est-ce que ça peut faire puisque ce modèle leur a environ bien réussi ? Tu parles d'un argument… ;

    • Il faut garder la jeunesse du vrai savoir (alors on lui donne du savoir « placebo » pour canaliser ses curiosités) afin qu'elle ne rivalise avec ses aînés que sur des sujets sans grand intérêt.

    • L'Éducation nationale croit tout faire pour la réussite des enfants avec ses redoublements, son collège unique, ses filières adaptées, etc. Donc, si t'échoues, c'est que t'es mauvais. On intériorise l'échec donc on fait naître de l’agressivité ;

    • Quand on critique négativement l'école, on s'entend répondre que l'école a bien changé depuis le temps où on y était. En lisant ce livre, on comprend que les grandes lignes et les petits exemples (comme la sanction pour la pause pipi impromptue) n'ont pas changé entre les années 50-60 (scolarisation de l'auteure), les années 1970-1980 (là d'où elle tire ses exemples actualisés), et 1990-2000 (ma scolarité). De plus, oui, on était heureux à l'école, c'est vrai. La satisfaction d'être bien noté est le meilleur moyen dont dispose l'école pour éviter les remises en question de ses méthodes, de son utilité et de son fondement : rien ne fait plus plaisir un⋅e humain⋅e que de satisfaire un⋅e autre humain⋅e. Ainsi, en apprenant, en faisant la pute auprès du prof (comme l'écrit l'auteure), en ayant de bonnes notes, on se récompensait nous-mêmes à travers la satisfaction du corps enseignant. C'est ce qu'on nomme la soumission consentie, très répandue dans notre société ;

    • Le deuxième retour de flammes, quand on critique négativement l'école est que si l'école uniformisait autant de cela, comment se fait-il que lui aime ceci et cela et suit tel courant de pensée alors qu'elle aime cela et ceci et suit tel autre courant de pensée sur un même sujet. [Foucault]( a déjà répondu à tout ça : le système s'en fiche qu'ils y ait quelques profs qui sortent un poil des sentiers battus, qui présentent des choses que le programme ne prévoit pas ou qui disent quelques vérités, car le système n'a pas besoin d'une uniformisation complète, sinon elle se fait démasquée et devient inutile, mais il a besoin d'une soumission à des schémas généraux. Donc, l'école uniformise tout en conservant les singularités nécessaires et suffisante à l'exercice et au maintien de son pouvoir et de celui du système. En revanche, les profs qui vont au-delà, qui tentent quelque chose de dangereux pour le maintien du système (comme ceux et celles qui refusent de noter leurs élèves, exemple choisi par l'auteure) sont mis au placard assez vite ;

    • Les profs, comme tout le monde, sont victimes de l'effet Pygmalion : si quelqu'un croit qu'une personne possède une qualité que l'on recherche (intelligence ou facilité à apprendre des pavés, par exemple), ce quelqu'un changera son attitude et permettra ainsi à la personne de développer la qualité rechercher. Cela signifie donc qu'il faut disposer d'un préjugé favorable de la part du prof si l'on espère progresser… ;

    • On occupe un enfant comme on occupe un pays, pour que ni l'un ni l'autre ne fasse chier le pauvre monde, pour empêcher l'enfant de faire des bêtises, dit-on poliment ;

    • D'une manière générale, l'auteure dénonce la domination de l'adulte sur l'enfant comme si l'adulte connaissait LA grande vérité et qu'il se devait d'y conduire l'enfant. Or, l'enfant n'est pas une embauche ni un projet d'adulte : il est un être total et présent à part entière. L'enfant, comme l'adulte est doté de raison, de volonté, de conscience, de culture, etc. Stop aux remarques déplacées des adultes que les enfants ne peuvent leur retourner par manque d'autorité (arrête de bouge ! mange ! etc.). Stop aux phrases comme « arrête de faire l’enfant ! ». L'enfant doit forcément participer aux choix qui construisent son environnement.

    • Les enfants peuvent travailler. Le travail des enfants ne devraient pas être interdit. Leur exploitation doit l'être, tout comme pour les adultes. Pour éviter que les enfants de familles pauvres ne soient contraints de travailler et donc d'être exploités (puisqu'aucun contrôle n'empêchera l'exploitation étant donné que le rapport de force entre employeur et enfant sera totalement déséquilibré), on peut penser à une allocation individuelle à l'enfant, au salaire de base, etc.

    • Réserver un comportement à une tranche d'âge prédéfini et nommer « régression » les personnes qui le pratique en dehors de cette norme est une idiotie : on ne retourne pas en arrière, on tire de notre expérience passée ce qui est le mieux pour notre avenir. « Si je joue ou que je fais un câlin « comme quand j'étais petite », c'est bien dans mon âge que je le fais, et c'est ma façon, consciente de tout ce qui s'est passée après mon enfance, de vivre au mieux la situation présente. ».

    • L'individualisation de chaque être ne mène pas à une solitude pire. Au contraire, seul l'être humain dégagé de son animalité sociale (de sa bêtise organisée) donne une chance à chacun de vivre dans un monde où peuvent enfin s'aimer des individus délivrés des mécanismes.

    Sun Oct 22 14:27:02 2017 - permalink -
    - http://tahin-party.org/cbaker.html
    fiche-lecture
  • Podemos, la politique en mouvement - ladispute

    Je me posais beaucoup de questions sur le mouvement social espagnol des Indignés et sur Podemos, le parti politique engendré par ce mouvement. J'ai déniché ce livre alors que je flânais dans une librairie…

    Après lecture, je suis toujours aussi mitigé sur Podemos…

    D'un côté, il fait de la politique autrement (populisme de gauche, outils numériques, cercles locaux de réflexion, style vestimentaire populaire au parlement, etc.), il a fait exploser le bipartisme gauche socialiste + droite libérale historique, il a rendu vivante la démocratie participative pendant quelques temps, etc.

    De l'autre, il n'y a rien de neuf dans la formation du mouvement : les fondateurs mouillent dans le milieu intellectuel aisé (coucou, les bobos), les discussions sur les places et les outils collaboratifs ont été utilisés avant Les Indignés, le mouvement s'est très vite compromis pour devenir un parti "classique" (vertical, éloigné de sa base, le mode représentatif remplaçant le mode participatif et les cercles locaux devenant vite des antennes locales du parti, etc.) dans l'optique de remporter les élections (adieu, l'encapacitation citoyenne initiale, adieu élections basées sur des idées, bonjour élections basées sur le charisme et la popularité, etc.).

    Tout ça, tous ces renoncements pour finalement reconduire les partis politiques historiques (PP et PSOE) dans leurs fonctions et se payer une présence locale par-ci, par-là… Le FN fait tout pareil en France… Je crois de plus en plus au plafond de verre qui empêche toute formation politique qui ne fait pas partie du bipartisme, sorte "d’ordre naturel des choses", d'arriver au pouvoir au niveau national. Pour le confirmer, il faut attendre les prochaines élections et vérifier que Podemos s’inscrit durablement dans le paysage politique espagnol.

    Pour résumer : je salue l’immense travail abattu par Podemos, mais je reste déçu : fallait-il vraiment se compromettre, renoncer au participatif pur et à l’encapacitation citoyenne comme premier objectif pour parvenir à ce stade ? Était-il vraiment plus important de tenter de gagner les élections que d’encapaciter les citoyen⋅ne⋅s ? Ce faisant, n'a-t-il pas perdu son utilité (encapaciter les citoyen⋅ne⋅s) ? Une démarche puriste n'était-elle pas envisageable pour parvenir au même point ?

    J'aime beaucoup ce livre, car il ne se contente pas de présenter les Indignés / Podemos, mais il présente aussi le contexte politique et social qui a permis l'émergence et la croissance de Podemos. Il décrit Podemos comme un grain de sable dans un ensemble plus vaste. Il reste relativement honnête sur les apports et les résultats de Podemos.

    J'en recommande vivement la lecture.



    Quelques notes :

    • Contexte international qui fait naître les Indignés / Podemos : la crise grecque et l'évidence que l'Espagne sera la suivante, le référendum constitutionnel islandais, le Printemps arabe, les crises portugaise et chilienne ;

    • Contexte national (liste non ordonnée) :

      • La crise économique et sociale qui fait exploser le chômage et la misère et illustre la corruption des élites qui continuent à renflouer les banques, qui continuent de jouer aux portes-tournantes (aller-retour entre responsabilités politiques et poste grassement payé au sein du CA d'entreprises qu'elles ont privatisés durant leur mandat), qui continuent de détourner des fonds publics, notamment les fonds de préretraite censés venir en aide aux victimes de licenciement économiques, financement douteux/illégaux des partis politiques traditionnels, etc.

      • 4 crises de confiance : la guerre d'Irak (qui fait prendre conscience du fossé qui sépare le peuple et les élites gouvernantes), les attentats islamistes de 2004 (après lesquels le gouvernement ment ouvertement en accusant l'ETA dans le but de se maintenir et de remporter les élections qui approchent, ce qui suppose que le bon peuple ne fasse pas le lien entre cet attentat et l'engagement de l'Espagne en Irak), crise du logement (bulle immobilière découlant d'une loi de 1998 rendant tout terrain constructible par défaut, sans l'avis de la mairie, ce qui entraîne de l'investissement et de la construction en masse), et loi Sinde (HADOPI-like, qui fait naître le militantisme en ligne sur lequel s’appuiera Podemos) ;

      • Rupture du consensus autour du régime de la Transition. À la chute du francisme, il a fallut négocier un accord entre francistes et républicains pour, soi-disant, éviter une guerre civile. Nouvelle Constitution, réforme économique, amnistie des bourreaux. Tout ça n'a jamais été remis en question pendant 30 ans, toutes les décisions politiques étaient justifiées par ce "nouvel ordre national", par ce récit national.
    • Face à tout ça, il y avait déjà eu des mouvements sociaux d'occupation de l'espace public et des places, des défilés au son de casseroles, des plateformes citoyennes en ligne, etc.

    • Début (vers 2008-2009) : des enseignants-chercheurs veulent expérimenter de nouveaux lieux de débats et acceptent de créer et d’animer une émission sur une chaîne TV locale (2010). Objectifs : discuter en dehors des sentiers battus et formater le discours pour donner du sens aux idées ;

    • Suite aux mouvements sociaux découlant des événements listés aux points précédents, ces mêmes intellectuels décident de tenter de convertir l'indignation générale en changement politique lors des élections européennes de 2014. C'est la naissance de Podemos. Ce parti répond à un appel d'air, à un besoin : les cercles locaux se sont créés dès la publication du manifeste et avant l'officialisation du parti (sauf dans les régions dans lesquelles d'autres projets de gauche forte existaient antérieurement, comme en Galice). ;

    • Fonctionnement de Podemos :

      • Outils : pads, agora voting (discuter et voter), reddit, l'institut 25M pour la démocratie (proposer des textes de réflexion, des analyses de fond, des débats, faire naître et entretenir un mouvement de pensée critique, etc.), etc. ;

      • Discours : « populisme de gauche » (comme Ruffin) : construire des identités fortes pour fédérer la caste : "ceux d'en bas versus ceux d'en haut", "riches contre pauvres", etc. Reformuler la lutte des classes façon Marx, en somme. Je m'interroge : est-ce ce discours qui attire (il n'est pourtant pas nouveau…) ou l'affect, le fait de se sentir concerné (étant donné les retombées espagnoles de la crise économiques de 2008…) couplée à l’absence d'une extrême-droite espagnole forte et structurée au plan national ?

      • Financement par des dons, des petits prêts et le financement participatif (pour l'achat d'une fourgonnette ou la location d'une salle de meeting, par exemple) afin de ne pas subir de pressions politiques des banques qui, en général, exigent du parti vainqueur des mesures législatives ou réglementaires en échange d'une remise de dette ou d’un refinancement de celle-ci.
    • Limites de Podemos :

      • Podemos s'est très vite compromis dans l'espoir de remporter les élections : Pablo Iglesias renonce à son look habituel pour ne pas faire fuir les votant⋅e⋅s potentiel⋅le⋅s ; Le visage d'Iglesias est imprimé sur les bulletins de vote pour bénéficier de sa popularité (acquise avec l'émission TV, voir points précédents) au lieu du logo du mouvement, comme la base le voulait ; Délai trop court (1 semaine) pour présenter des listes de candidats (avec un programme), ce qui entraîne le choix forcé de la liste conduite par Iglesias… ; Ce ne sont plus les idées qui percent mais le charisme et la popularité médiatique de ceux qui les défendent… ; Jeu des alliances (et donc dissolution des idées) afin d'espérer gouverner ; etc. ;

      • Le fonctionnement démocratique au sein de Podemos change aussi du tout au tout durant les campagnes électorales. Le débat entre « on est là pour gagner » et « on est là pour encapaciter les citoyen⋅ne⋅s et accessoirement pour gagner » fait rage. Finalement, c'est la verticalité, les chef⋅fe⋅s élu⋅e⋅s qui l'emporte. Iglesias dira : « Le ciel ne se prend pas par consensus, le ciel se prend d’assaut »… Aucune chance que les mesures permettant à la base de se faire entendre, comme le référendum, puissent être activées, étant donné les seuils imposés dans les statuts… Podemos perd son aspect participatif pour devenir représentatif. Certes, moins que tout autre parti politique, mais quand même… Dommage… ;

      • La caste (la minorité de gens qui vit bien) dénoncée par Podemos, c'est aussi Podemos. Le parti est tenu par des intellectuel⋅le⋅s et des enseignant⋅e⋅s-chercheur⋅se⋅s (qui représentent une petite frange de la population), par des consultant⋅e⋅s, etc. qui ont des beaux trains de vie (exemple : le numéro 3 de Podemos fût consultant pour le Venezuela de Maduro et fût rémunéré 425 000 € … … …). Cela sera utilisé par les vieux partis pour tenter d’illustrer que Podemos est tout autant de la veille politique qu’eux ;
    • Pour décrédibiliser Podemos durant les campagnes électorales, les vieux partis joueront la partition habituelle : assimiler Podemos à la dictature de Maduro (à cause des activités du numéro 3 de Podemos, lire ci-dessus), flinguer, au niveau de l'UE (le PP, parti au pouvoir est, à ce titre membre du Conseil de l'UE ;) ) les initiatives de refinancement de la dette grecque initié par SYRIZA afin de dénoncer le manque de sérieux politique d’un projet politique identique en Espagne, assimilation à l'ETA quand Podemos dénonce simplement les conditions d'enfermement loin de leur famille des membres d'ETA… ;

    • Stratégie et résultats électoraux :

      • Élections européennes 2014 : 5/54 sièges ;

      • Élections municipales 2015 : Podemos fait le choix de soutenir des candidatures locales auto-organisées, car il est impossible de vérifier le passé de 8 000 maires et de 67 000 conseillers et si un⋅e seul⋅e candidat⋅e corrompu⋅e passe, la réputation du mouvement en prendrait un coup. De plus, la logistique est intenable au niveau national, il faut de l'activisme local. Grace à cette stratégie et au mode de scrutin (la personne arrivée 2e aux élections peut être maire), Podemos devient le troisième parti ;

      • Élections générales 2015-2016 : 20 % des sièges. Podemos provoque la fin du bipartisme historique. Aucune majorité ne se dégage pour obtenir le quorum pour nommer le président du gouvernement, ni une alliance PP + Ciudadanos, ni une alliance PSOE + Podemos + Izquierda Unita. Aux nouvelles élections forcées, PP + PSOE l'emporte, reformant ainsi la coalition gouvernementale historique, signe que rien ne changera d’aussi tôt en Espagne… Notons toutefois que Podemos a réuni la même proportion de voix que le PSOE historique ;
    • La citation approximative de la fin : le pouvoir réside là où les Hommes croient qu'il réside. C'est une ombre : une petite personne peut avoir une ombre imposante.
    Sat Oct 21 13:49:58 2017 - permalink -
    - https://ladispute.atheles.org/changerlapolitique/podemoslapolitiqueenmouvement/
    fiche-lecture
  • Rien à déclarer ? Si ! Les droits de l'Homme, Collectif, Hors collection

    Alors que je cherche toujours à approfondir ma compréhension des droits de l'Homme (origine, contexte, signification, justifications philosophiques, etc.), je suis tombé sur l'accroche de ce livre qui se propose d'illustrer la déclaration des droits de l'Homme (celle de l'ONU, en 1948) avec des dessins et des sélections de textes.

    Les dessins présents dans le livre sont plutôt réussis : ils transmettent de l'émotion et/ou se montrent critiques sur l'application effective de tel ou tel droit ou liberté. L'absence d'explication de fond des articles de la Déclaration est un manque patent. Les textes d'illustration permettent de se forger une opinion, mais ils manquent de diversité : les corpus proposés pour un article de la Déclaration vont souvent dans le même sens et des auteurs reviennent très très très souvent. D’autres textes sont plutôt méconnus donc il est intéressant de les trouver ici.

    Bref, c'est un livre que l'on peut lire, mais sans plus.



    Quelques notes :

    • La Déclaration n'a aucune valeur juridique, elle ne prévoit aucune sanction, aucune obligation, rien. En la lisant, on comprend pourquoi : elle protège tant de choses qu'il n'y a pas une démocratie moderne qui la respecte entièrement (ni à moitié, ni même à 1/4, d'ailleurs :- )…

    • Les libertés et droits fondamentales sont protégés contre les abus des pouvoirs par un régime de droits ;

    • La liberté s'exprime dans le rapport aux autres, dans la vie en société (Hannah Arendt) :

      Nous prenons conscience d'abord de la liberté ou de son contraire dans notre commerce avec d'autres, non dans le commerce avec nous-mêmes. Avant de devenir un attribut de la pensée ou une qualité de la volonté, la liberté a été comprise comme le statut de l'homme libre, qui lui permettrait de se déplacer, de sortir de son foyer, d'aller dans le monde et de rencontrer d'autres gens en actes et en paroles. Il est clair que cette liberté était précédée par la libération : pour être libre, l'homme doit s'être libéré des nécessités de la vie. Mais le statut d'homme libre ne découlait pas automatiquement de l'acte de libération. Être libre exigeait, outre la simple libération, la compagnie d'autres hommes, dont la situation était la même, et demandait un espace public commun où les rencontrer — un homme politiquement organisé, en d'autres termes, où chacun des hommes libres pût s'insérer par la parole et par l'action.


    • L’égalité naît du caractère identique de nos existences, elle disparaît avec la vie en société et renaît par les lois (Louis de Jaucourt) :

      L'égalité naturelle ou morale est donc fondée sur la constitution de la nature humaine commune à tous les hommes, qui naissent, croissent, subsistent et meurent de la même manière [ NDLR : malgré des différences biologiques ]. […] je connais trop la nécessité des conditions différentes, des grades, des honneurs, des distinctions, des prérogatives, des subordinations, qui doivent régner dans tous les gouvernements ; et j’ajoute même que l’égalité naturelle ou morale n’y est point opposée. Dans l’état de nature, les hommes naissent bien dans l’égalité, mais ils n’y sauraient rester ; la société la leur fait perdre, et ils ne redeviennent égaux que par les lois.


    • Les droits et libertés fondamentales sont l’idéal à atteindre et les limites à ne jamais dépasser alors que la loi est une implémentation imparfaite à un instant T (Victor Hugo) :

      Le droit et la loi, telles sont les deux forces ; de leur accord naît l’ordre, de leur antagonisme naissent les catastrophes. Le droit parle et commande du sommet des vérités, la loi réplique du fond des réalités ; le droit se meut dans le juste, la loi se meut dans le possible ; le droit est divin, la loi est terrestre. Ainsi, la liberté, c’est le droit ; la société, c’est la loi. De là deux tribunes ; l’une où sont les hommes de l’idée, l’autre où sont les hommes du fait ; l’une qui est l’absolu, l’autre qui est le relatif. De ces deux tribunes, la première est nécessaire, la seconde est utile. De l’une à l’autre il y a la fluctuation des consciences. L’harmonie n’est pas faite encore entre ces deux puissances, l’une immuable, l’autre variable, l’une sereine, l’autre passionnée. La loi découle du droit, mais comme le fleuve découle de la source, acceptant toutes les torsions et toutes les impuretés des rives. Souvent la pratique contredit la règle, souvent le corollaire trahit le principe, souvent l’effet désobéit à la cause ; telle est la fatale condition humaine. Le droit et la loi contestent sans cesse ; et de leur débat, fréquemment orageux, sortent, tantôt les ténèbres, tantôt la lumière. […] La persistance du droit contre l’obstination de la loi ; toute l’agitation sociale vient de là.


    • La loi doit encadrer, pas aller à l'encontre des droits et libertés fondamentaux (Marx et Engels) :

      Que les droits de l'homme ne délivrent pas l'homme de la religion, mais lui offrent la liberté religieuse ; qu'ils ne le délivrent pas de la propriété, mais lui offre la libre propriété ; qu'ils ne le délivrent pas du sordide gagne-pain, mais lui accordent au contraire la liberté de la profession.


    • À propos des exilé⋅e⋅s (Albert Camus) :

      Ils éprouvaient ainsi la souffrance profonde de tous les prisonniers et de tous les exilés, qui est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien. Ce passé même auquel ils réfléchissaient sans cesse n'avait que le goût du regret.


    • Sur le jugement des actes et la présomption d'innocence :
      • Souei-chou :

        Diriger les subordonnés avec simplicité, gouverner le peuple avec générosité. La punition n'atteint pas les descendants, les récompenses s'étendent aux héritiers. Pardonner les erreurs, quelle que soit leur gravité ; punir les crimes intentionnels, quelque légers qu'ils soient. Traiter comme légers les crimes dont la gravité est douteuse et comme grands les mérites dont l'importance n'est pas évidente. Il vaut mieux négliger une irrégularité que de tuer un innocent.

      • Cesare Beccaria :

        Quel est donc le droit, si ce n’est celui de la force, qui peut donner à un juge le pouvoir de faire subir un châtiment à un citoyen, alors qu’on est encore dans le doute quant à sa culpabilité ou à son innocence ? Le dilemme n'est pas nouveau : ou le délit est certain, ou il ne l'est pas ; s'il est certain, il ne faut pas lui appliquer d'autre peine que celle qu'ont fixée les lois, et la torture est inutile, puisque l'aveu du coupable n'est plus nécessaire ; s'il est incertain, on ne doit pas torturer un innocent, puisque tel est, selon la loi, un homme dont les délits ne sont pas prouvés.


    • Sur l'importance des voyages, de la découverte d'autrui, de la mixité culturelle :
      • François-Jacques Deseine :

        Tant il est vrai qu'on est persuadé que les voyages forment le jugement et perfectionnent l'homme, qu'on prétend être comme ces plantes qui ne peuvent porter de bons fruits qu'après avoir été transplantées.

      • Nicolas Bouvier :

        Certains pensent qu'ils font un voyage, en fait, c'est le voyage qui vous fait ou vous défait.

      • Victor Serge :

        Il élargit la vision du monde et la connaissance des hommes, ; il dissipe les brouillards des conformismes et des particularismes étouffants ; il préserve d'une suffisance patriotique qui n'est en vérité que médiocre contentement de soi-même.


    • Sur la propriété :
      • Denis Diderot :

        C'est la propriété acquise par le travail, ou par droit de premier occupant, qui fit sentir le premier besoin des lois. Deux hommes qui semèrent chacun un champ, ou qui entourèrent un terrain d'un fossé, et qui se dirent réciproquement : Ne touche pas à mes graines ou à mes fruits et je ne toucherai pas aux tiens, furent les premiers législateurs.

      • John Locke :

        Celui qui se nourrit des glands qu'il a ramassés sous un chêne, ou des pommes qu'il a cueillies aux arbres d'un bois, se les est certainement appropriés. Personne ne peut nier que ces aliments soient à lui. Je demande donc : Quand est-ce que ces choses commencent à être à lui ? Lorsqu'il les a digérées, ou lorsqu'il les a mangées, ou lorsqu'il les a fait bouillir, ou lorsqu'il les a rapportées chez lui, ou lorsqu'il les a ramassées ? Il est clair que si le fait, qui vient le premier, de les avoir cueillies ne les a pas rendues siennes, rien d'autre ne le pourrait. Ce travail a établi une distinction entre ces choses et ce qui est commun; il leur a ajouté quelque chose de plus que ce que la nature, la mère commune de tous, y a mis ; et, par là, ils sont devenus sa propriété privée. Quelqu'un dira-t-il qu'il n'avait aucun droit sur ces glands et sur ces pommes qu'il s'est appropriés de la sorte, parce qu'il n'avait pas le consentement de toute l'humanité pour les faire siens ? Était-ce un vol, de prendre ainsi pour soi ce qui appartenait à tous en commun ? Si un consentement de ce genre avait été nécessaire, les hommes seraient morts de faim en dépit de l'abondance des choses [...]. Nous voyons que sur les terres communes, qui le demeurent par convention, c'est le fait de prendre une partie de ce qui est commun et de l'arracher à l'état où la laisse la nature qui est au commencement de la propriété, sans laquelle ces terres communes ne servent à rien. Et le fait qu'on se saisisse de ceci ou de cela ne dépend pas du consentement explicite de tous. Ainsi, l'herbe que mon cheval a mangée, la tourbe qu'a coupée mon serviteur et le minerai que j'ai déterré, dans tous les lieux où j'y ai un droit en commun avec d'autres, deviennent ma propriété, sans que soit nécessaire la cession ou le consentement de qui que ce soit. Le travail, qui était le mien, d'arracher ces choses de l'état de possessions communes où elles étaient, y a fixé ma propriété.


    • Il n'y a point de sociétés sans croyances communes (Alexis de Tocqueville) :

      Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses, suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d’objet ; mais on ne saurait faire qu’il n’y ait pas de croyances dogmatiques, c’est-à-dire d’opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n’est pas probable qu’un grand nombre d’hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune. Or, il est facile de voir qu’il n’y a pas de société qui puisse prospérer sans croyances semblables, ou plutôt il n’y en a point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n’y a pas d’action commune, et, sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu’il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d’eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites. Si je considère maintenant l’homme à part, je trouve que les croyances dogmatiques ne lui sont pas moins indispensables pour vivre seul que pour agir en commun avec ses semblables.


    • Sur la liberté d'expression :
      • Jean-François Revel :

        Rappelons-le : dans l'acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n'est point l'indifférence, elle n'est point de s'abstenir d'exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l'usage de toute autre arme que l'expression de la pensée.

      • John Stuart Mill :

        Si tous les hommes moins un partageaient la même opinion, et si un seul d’entre eux était de l’opinion contraire, la totalité des hommes ne serait pas plus justifiée à imposer le silence à cette personne, qu’elle-même ne serait justifiée à imposer le silence à l’humanité si elle en avait le pouvoir. Si une opinion n’était qu’une possession personnelle, sans valeur pour d’autres que son possesseur, et si le fait d’être gêné dans la jouissance de cette opinion constituait simplement un dommage privé, il y aurait une certaine différence, suivant que le dommage serait infligé seulement à peu ou beaucoup de personnes. Mais le mal particulier qui consiste à réduire une opinion au silence revient à voler le genre humain : aussi bien la postérité que la génération présente, et ceux qui divergent de cette opinion encore plus que ces détenteurs. Si l’opinion est juste, ils sont privés de l’opportunité d’échanger l’erreur contre la vérité ; si elle est fausse, ils perdent un avantage presque aussi grand : celui de la perception plus claire et de l’impression plus vive de la vérité, que produit sa confrontation avec l’erreur.


    • Les libertés, c'est bien tant que ça ne dérange pas les personnes dominantes de la société (Pierre Kropotkine) :

      Voilà à quoi se réduisent ces soi-disant libertés politiques. Liberté de la presse et de réunion, inviolabilité du domicile et de tout le reste, ne sont respectées que si le peuple n'en fait pas usage contre les classes privilégiées. Mais, le jour où il commence à s'en servir pour saper les privilèges - ces soi-disant libertés sont jetées par-dessus bord.


    • Sur l’intérêt de la sécurité sociale :
      • Ordonnance de 1945 :

        La sécurité sociale est la garantie donnée à chacun qu’en toutes circonstances il disposera des moyens nécessaires pour assurer sa subsistance et celle de sa famille dans des conditions décentes. Trouvant sa justification dans un souci élémentaire de justice sociale, elle répond à la préoccupation de débarrasser les travailleurs de l’incertitude du lendemain, de cette incertitude constante qui crée chez eux un sentiment d’infériorité et qui est la base réelle et profonde de la distinction des classes entre les possédants sûrs d’eux-mêmes et de leur avenir et les travailleurs sur qui pèse, à tout moment, la menace de la misère.

      • Nicolas de Condorcet :

        Il existe donc une cause nécessaire d’inégalité, de dépendance et même de misère, qui menace sans cesse la classe la plus nombreuse et la plus active de nos sociétés. Nous montrerons qu’on peut la détruire en grande partie, en opposant le hasard à lui-même ; en assurant à celui qui atteint la vieillesse un secours produit par ses épargnes, mais augmenté de celles des individus qui, en faisant le même sacrifice, meurent avant le moment d’avoir besoin d’en recueillir le fruit. […] C’est à l’application du calcul aux probabilités de la vie et aux placements d’argent que l’on doit l’idée de ces moyens, déjà employés avec succès, sans jamais l’avoir été cependant avec cette étendue, avec cette variété de formes qui les rendraient vraiment utiles, non pas seulement à quelques individus, mais à la masse entière de la société qu'ils délivreraient de cette ruine périodique d’un grand nombre de familles, source toujours renaissante de corruption et de misère.

      • Robert Castel :

        Il faut rappeler avec fermeté que la protection sociale n'est pas seulement l'octroi de secours en faveur des plus démunis pour leur éviter une déchéance totale. Au sens le plus fort du mot, elle est pour tous la condition de base pour qu'ils puissent continuer d'appartenir à une « société de semblables ».

      • Organisation Internationale du Travail :

        L’erreur principale de l’époque fut de persister à croire que, si les travailleurs étaient livrés à eux-mêmes, ils feraient preuve de suffisamment d’imagination pour s’assurer individuellement ou par l’intermédiaire de dispositions collectives volontaires. L’erreur aurait dû être évidente. Les travailleurs étaient tellement absorbés à survivre au jour le jour qu’ils avaient à peine le temps de considérer les éventualités lointaines. Subvenir aux dépenses du jour avait la priorité sur épargner pour demain. Ils n’avaient pas non plus d’argent disponible en cas de maladie ou de chômage.


    • Sur la valeur du temps dans le contexte du travail (Jean Baudrillard) :

      Le repos, la détente, l'évasion, la distraction sont peut-être des « besoins » : mais ils ne définissent pas en eux-mêmes l'exigence propre du loisir, qui est la consommation du temps. Le temps libre, c'est peut-être toute l'activité ludique dont on le remplit, mais c'est d'abord la liberté de perdre son temps, de le « tuer » éventuellement, de le dépenser en pure perte. (C'est pourquoi dire que le loisir est « aliéné » parce qu'il n'est que le temps nécessaire à la reconstitution de la force de travail - est insuffisant. L'« aliénation » du loisir est plus profonde : elle ne tient pas à sa subordination directe au temps de travail, elle est liée à l'impossibilité même de perdre son temps. La véritable valeur d’usage du temps, celle qu’essaie désespérément de restituer le loisir, c’est d’être perdu. Les vacances sont cette quête d’un temps qu’on puisse perdre au sens plein du terme, sans que cette perte n’entre à son tour dans un processus de calcul, sans que ce temps ne soit (en même temps) de quelque façon « gagné ». Dans notre système de production et de forces productives, on ne peut que gagner son temps : cette fatalité pèse sur le loisir comme sur le travail. On ne peut que « faire valoir » son temps, fût-ce en en faisant un usage spectaculairement vide. Le temps libre des vacances reste la propriété privée du vacancier, un objet, un bien gagné par lui à la sueur de l’année, possédé par lui, dont il jouit comme de ses autres objets – et dont il ne saurait se dessaisir pour le donner, le sacrifier (comme on fait de l’objet dans le cadeau), pour le rendre à une disponibilité totale, à l’absence de temps qui serait la véritable liberté.


    • La culture de l'humanité comme finalité de l'Homme ? (Johann Gottffried von Herder) :

      C'est l'humanité qui caractérise notre espèce : elle n'est en nous qu'une virtualité native et doit être proprement cultivée. Nous ne l'apportons pas toute faite en venant au monde : elle doit devenir le but de nos efforts terrestres, la somme de nos activités, notre valeur […]. Même ce qu'il y a de divin dans l’espèce résulte de la culture de l'humanité en nous […]. Cette culture est une œuvre à poursuivre sans fin ni cesse, ou bien nous sombrons, grands et petits, dans la bestialité et la brutalité primitives.


    • Sur le déracinement et l'importance d'une nationalité (Simone Weil) :

      Le déracinement est de loin la plus dangereuse maladie des sociétés humaine, car il se multiplie lui-même. Des êtres vraiment déracinés n’ont guère que deux comportements possibles : ou ils tombent dans une inertie de l’âme presque équivalente à la mort, comme la plupart des esclaves au temps de l’Empire romain, ou ils se jettent dans une activité tendant toujours à déraciner, souvent par les méthodes les plus violentes, ceux qui ne le sont pas encore ou ne le sont qu’en partie. Les Romains étaient une poignée de fugitifs qui se sont agglomérés artificiellement en une cité ; et ils ont privé les populations méditerranéennes de leur vie propre, de leur patrie, de leur tradition, de leur passé, à un degré tel que la postérité les a pris, sur leur propre parole, pour les fondateurs de la civilisation sur ces territoires. Les Hébreux étaient des esclaves évadés, et ils ont exterminé ou réduit en servitude toutes les populations de Palestine. Les Allemands, au moment où Hitler s’est emparé d’eux, étaient vraiment, comme il le répétait sans cesse, une nation de prolétaires, c’est-à-dire de déracinés ; l’humiliation de 1918, l’inflation, l’industrialisation à outrance et surtout l’extrême gravité de la crise de chômage avaient porté chez eux la maladie morale au degré d’acuité qui entraîne l’irresponsabilité.

    Fri Oct 20 14:11:06 2017 - permalink -
    - http://www.editionsduchene.fr/livre/collectif-rien-declarer-si-les-droits-de-lhomme-3751105.html
    fiche-lecture
  • Pour la liberté - Editions Tallandier

    Ce livre est un recueil de trois plaidoiries exprimées par l'auteur, François Sureau, devant le Conseil constitutionnel, durant les six premiers mois de 2017, pour contester des lois liberticides : le délit de consultation de sites web terroristes, ce qui caractérise la préparation d'un acte terroriste et l'interdiction administrative de séjour dans le département de toute personne cherchant à entraver l'action des pouvoirs publics.

    Les plaidoiries sont disponibles en vidéo sur le site web du Conseil constitutionnel (ici, là et là-bas). La force de ce livre, c'est que les références employées par l'auteur sont explicitées en note de bas de page. De même, il est possible de penser les propos de l'auteur, ce que ne permet pas une plaidoirie débitée à haut-débit entre expert⋅e⋅s du droit. Enfin, je conçois l'achat de ce livre comme une manière de recompenser l'auteur en manifestant un intérêt public pour la défense de nos libertés : nous sommes trop peu nombreu⋅x⋅ses à encore les chérir.

    Ce livre explicite plein de choses : l'origine des libertés, comment elles s'articulent, comment mettre en exergue les biais dans l'argumentation de nos élu⋅e⋅s, quelques principes du Droit, etc. C'est très intéressant.

    Bref, ce livre est court et très très enrichissant donc j'en recommande vivement la lecture.



    Quelques notes générales :

    • Le système des droits n'a pas été fait seulement pour les temps calmes, mais pour tous les temps. Rien ne justifie de suspendre de manière permanente les droits du citoyen. Cela n'apporte rien à la lutte contre le terrorisme. Cela lui procure au contraire une victoire sans combat en montrant à quel point nos principes sont fragiles. […] Le discours islamiste […] consiste à dire : au fond, les droits de l'Homme, c'est une religion de substitution, en Occident, et pire encore, c'est une religion de substitution à laquelle les gens ne croient même pas. La preuve, quand ça les atteint dans leurs intérêts, eh bien ils sont prêts à suspendre leur religion de substitution (les droits de l'Homme), alors que nous, il ne nous viendrait pas à l'idée de suspendre le Coran par exemple.

    • De l'époque de Beccaria où on ne pouvait traverser la forêt de Bondy sans escorte armée à aujourd'hui en passant par les attentats anarchistes à la fin du 19e siècle et aux attentats d'extrême-gauche de la fin du 20e siècle, rien n'a changé : « Les temps, au fond, sont toujours difficiles pour ceux qui n'aiment pas la liberté ».

    • Ici, le métier de l'avocat ne consiste pas à exposer des raisonnements auxquels les juges n'auraient pas pensé. Au début de ces neuf brèves audiences, je savais bien que les neuf juges constitutionnels avaient déjà pesé le pour et le contre. Le métier de l'avocat consiste seulement à donner à chacun de ces raisonnements un peu de vie, et même, peut-être, à s'adresser au citoyen derrière le magistrat. Le simple fait d'être écouté, et parfois entendu, suffit à son bonheur civique.

    • En 1971, le ministère de l'Intérieur refuse de délivrer un récépissé de déclaration [ NDLR : au motif de « dangerosité sociale ] de l'association « Les Amis de la Cause du peuple » [NDLR : mouvance maoïste d'extrême-gauche ] soutenue en particulier par Simone de Beauvoir. Le gouvernement fait voter une loi instituant un contrôle administratif de la déclaration des associations, dont les dispositions sont déférées au Conseil constitutionnel. Dans sa décision 71-44 DC du 16 juillet 1971, le Conseil constitutionnel décide que la protection des droits et des libertés fondamentaux relève de son office : il confère pleine valeur constitutionnelle au Préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 et consacre, pour la première fois, un principe fondamental reconnu par les lois de la République, à savoir le principe de la liberté d'association. Sur ce fondement, il déclare la loi anticonstitutionnelle.

    • Que voulez-vous ? La liberté est partout en péril et je l’aime. Je me demande parfois si je ne suis pas l’un des derniers à l’aimer, à l’aimer au point qu’elle ne me paraît pas seulement indispensable pour moi, car la liberté d’autrui m’est aussi nécessaire.



    Quelques notes sur le délit de consultation de sites web terroristes qui est une atteinte à la liberté de penser :

    • Les exceptions « de bonne foi » prévues par les textes sont toujours des mirages : elles ne couvrent pas toutes les activités ni tout le monde (exemple : préjugés inspirés par un patronyme) ;

    • Une démarche cognitive (la lecture), ne peut pas être prise en compte comme un acte explicite de préparation d'un délit. On parle d'une simple lecture, même pas encore de la formation d'une opinion ! ;

    • De même qu'il n'était pas inutile de lire Mein Kampf pour se faire une idée d'un des futurs possibles, il n'est pas inutile de lire la prose dite terroriste. De même qu'il n'est pas vain de lire les pavés pondus par de futurs candidat⋅e⋅s à une élection. Marc Bloch, Résistant en 40, écrivit que la guerre était déjà perdue par incuriosité ;

    • La formation d'un jugement suppose de ne pas être limité dans la recherche des faits et des opinions relatifs au sujet auquel on s'intéresse. C'est l'évidence même, que nos élu⋅e⋅s ont pourtant oubliée ;

    • La liberté de penser ne permet pas uniquement le bien-être intellectuel de chacun, mais elle garantit aussi la possibilité d'évolution et de perfectionnement de nos sociétés : c'est parce que nous pensons différemment, que nous découvrons de nouveaux embranchements, de nouvelles manières de nous organiser collectivement, etc. ;

    • La lutte actuelle contre le terrorisme, au fond, n'est-ce pas « opprimer les hommes pour se venger de ne point pouvoir vaincre les choses », ne pas supporter son incapacité temporaire à ne pouvoir endiguer le terrorisme mais vouloir maintenir une illusion de pouvoir ? ;



    Quelques notes sur les soi-disant caractéristiques de la préparation d'un acte terroriste qui est une atteinte à l'existence d'un fait à reprocher et à la proportionnalité de la peine qui en découle :

    • Pour juger, il faut des preuves, on ne juge pas avant. Avant l'acte, il n'y a rien ;

    • Cet article de loi voulait s'attaquer à des cas pratiques effectivement constatés… sans les nommer, ce qui produit comme effet une loi des dispositions qui s'appliqueront à beaucoup plus de citoyen⋅ne⋅s que le cadre conceptualisé par le législateur. C'est ainsi que naît le contrôle social. L'enfer est pavé de bonnes intentions ;

    • Qu'est-ce que la préparation d'un acte mêlée à une intention ? Détenir tels produits ménager ? Détenir chez soi une bouteille (d'eau) avec du ruban adhésif ? Pratiquer un sport de combat ? ;

    • Un acte criminel, qu'il soit terroriste ou non, n'est pas un acte particulier dans notre système de droits : c'est un acte que l'on estime criminel par le mal qu'il cause. La peine proportionnée découle de cette graduation du mal causé à autrui. Tout cela est exposé pour la première fois par Beccaria dans son traité qui fonde le droit pénal moderne. Or, en droit français, le terrorisme est défini de manière particulière ;



    Quelques notes sur l'interdiction administrative de séjour dans un département de toute personne cherchant à entraver l'action publique qui est une atteinte à la liberté d'aller et venir

    • La législation de Vichy, par exemple, conçue pour réprimer la Résistance, a été largement utilisée pour poursuivre les femmes coupables d'avortements.

    • Qu'est-ce que l'action des pouvoirs publics ? La doctrine englobe tout, du Président de la République au garde champêtre en passant par les parlementaires et les tribunaux… Même les services publics pourraient en faire partie… Est-ce l'action régulière des pouvoirs publics ? Quid alors de l'action irrégulière et de l'action occasionnelle ? Qu'est-ce que tout cela signifie ? Plaider au Conseil constitutionnel pour abolir une disposition soi-disant antiterroriste, n'est-ce pas déjà entraver l'action des pouvoirs publics ?

    • Là aussi, ce texte veut punir l'intention, le fait de « chercher à entraver », pas les actes.

    • La liberté est indivisible. Toutes les pratiques de la liberté se valent en toute situation et se valent entre elles, de la plus commune à la plus ésotérique. Il ne peut y avoir des (sous-)licences « assister à un concert ». On ne peut en retrancher une partie sans la tuer toute entière.



    Je vous recommande également de lire la retranscription du passage de l'auteur sur les ondes de France Culture. Morceaux choisis :

    OG : Merci d'être avec nous. Trois questions de droit dont on tirera ensuite quelques grands principes et peut être aussi quelques matières à discussion si vous le voulez bien. La première, pour nos auditeurs : une incrimination de consultation habituelle de site terroristes, quel axe de défense avez-vous eu sur cette question ?

    […] Au delà, il y a une question de principe qui est fondamentale, c'est que quand vous avez autorisé l'État une fois à vous dire ce que vous pouvez aller lire ou voir, c'est fini pour toujours. C'est à dire qu'aujourd'hui, on vous dit : c'est pas bien d'aller sur les sites djihadistes, demain, une fois que ce verrou aura sauté, vous aurez des gens qui vous diront que c'est pas du tout bien d'aller sur des sites qui pensent que le capitaine Dreyfus était innocent par exemple, ou sur des sites qui critiqueraient le Front National. Et une fois que le premier verrou a sauté, vous n'avez plus aucune raison de principe pour vous opposer aux verrous ultérieurs. Je pense que c'est aussi ça quand le Conseil Constitutionnel a suivi.

    OG : Donc en défense d'une certaine liberté intellectuelle, liberté d'aller lire ce que l'on veut, et de se faire un jugement par rapport à cela, en tout cas ce n'est pas en amont que l'on peut juger d'intention de, le fait d'aller lire, tant qu'il n'y a pas d'acte répréhensible, ce qui nous amène peut-être, au second cas pratique, à la seconde question de droit.

    MS : Attendez, avant la seconde question, j'voudrais pouvoir revenir à la première. Est-ce que vous vous entendez parler ? Est-ce que vous vous rendez-compte que vous trouvez qu'il existe un objet normal de débat, qui est le point de savoir si un citoyen libre peut lire ce qu'il veut. Vous le posez volontairement à des fins pédagogiques, critiques et de discussion, mais ça a fini par faire partie de notre espace de pensée. Il a fallu arriver jusqu'au Conseil Constitutionnel pour que neuf juges viennent dire : « Il est inadmissible qu'on empêche les français de lire ce qu'ils veulent et de s'informer sur ce qu'ils veulent. » Est-ce que vous vous rendez-compte que le simple fait que ceci soit devenu un objet de débat, manifeste un point de dégradation civique probablement jamais atteint. On se pose la question. Est-ce que vous trouvez normal de me poser la question de savoir, par exemple, s'il ne faut pas revenir à une monarchie élective, ou si le catholicisme ne doit pas redevenir religion d'état ; vous trouveriez ça ahurissant. Et pourtant, vous venez de poser dans le débat une question que vous considérez comme normale, qui est la question que tout le monde se pose, que les politiques se posent, qui est : pour lutter contre le terrorisme, ne convient-il pas de supprimer la liberté d'information ? Le simple fait que cette question soit posée, qu'elle n'ait rencontré aucun obstacle sur son chemin, ni au gouvernement (qui était à l'époque un gouvernement de gauche, mais sur ces questions, la gauche et la droite c'est absolument pareil), ni au parlement, ni nulle part, jusqu'à la fin…

    […]

    Henri Le Blanc : comment vous l'expliquez ça, parce que c'est ça finalement le plus surprenant, comme vous le dites.

    FS : Je l'explique, et c'est à mon avis le nœud du problème, je l'explique pour deux raisons -- par deux ou trois raisons -- qui sont des raisons successives. La première raison, c'est que la question des libertés publiques n'est pas soluble dans le terrorisme : le recul des libertés publiques a commencé avant. Quand, à l'époque du président Sarkozy, on a créé la rétention de sûreté pour permettre de conserver en prison des gens après l'expiration de leur peine, on s'est déjà totalement assis sur les principes fondamentaux du droit pénal. En réalité, dans une société vieillissante et incertaine, le désir de sécurité emporte tout, et il emportait tout avant déjà le terrorisme. Le recul des libertés publiques en France ne date pas du terrorisme. Le deuxième élément, c'est le manque d'autonomie intellectuelle des ministres. […] Ce que j'ai observé dans les vingt dernières années, c'est la réduction du délai utile de prise en main des ministres de l'intérieur successifs et des gouvernements auxquels ils appartiennent, par la fonction publique, la police et le corps préfectoral. Il a fallu une semaine à Nicolas Sarkozy pour être pris en main par la police, quatre jours à Hortefeux, trois jours à Manuel Valls, deux jours à Caseneuve, 48h à Collomb. Quand j'étais jeune, c'était globalement le ministre de l'intérieur qui gouvernait les préfets, maintenant c'est le préfet qui gouverne les ministres de l'intérieur. La deuxième raison, c'est l'affaiblissement de l'autonomie intellectuelle du personnel politique. Et puis la troisième raison, c'est une raison purement, démagogique, face à la crainte provoquée par ces attentats abjects, c'est l'idée de présenter une réponse. Or en France, qui est un pays où globalement on ne sait plus réorganiser la police ou lui donner les moyens pratiques de son action, on préfère faire ce qu'on fait ailleurs : de la politique normative. C'est quand même beaucoup plus simple d'aller bidouiller quatre articles de loi qui s'asseyent sur la Déclaration, plutôt que d'expliquer qu'on va réformer la police nationale. Voilà les trois raisons et ces raisons sont affligeantes.

    […]

    OG : et ça montre aussi, ça montre aussi François Sureau qu'il faut quand même s'interroger sur la réponse qui peut être donnée au terrorisme aujourd'hui. Or en se limitant, et c'est le cas dans le deuxième et le troisième point que vous évoquez, au passage à l'acte, on condamne toute possibilité pour les pouvoir publics d'élargir le champ de la prévention, c'est quand même étonnant que cette prévention on la mette en avant dans tous les domaines (la santé, l'environnement), et pas pour le terrorisme. Donc il faut toujours attendre que l'acte ait lieu, que l'attentat ait lieu pour pouvoir faire quelque chose.

    FS : Ah oui, c'est ce qu'on a voulu faire au dix-huitième siècle, sans ça y'a une autre solution, c'est comme ça que Mussolini a démantelé la mafia, c'est comme ça que Staline a réduit le taux de criminalité à l'intérieur de Moscou à partir de 1930. C'est sûr que si à chaque fois qu'un sous préfet ou un agent de police délégué par lui peut vous juger un tout petit peu inquiétant on pourrait effectivement vous fourrer au ballon à titre préventif. […]

    […]

    OG : Sur la consultation habituelle des sites terroristes, le premier cas que vous avez eu à plaider, quelle différence pour vous par exemple dans le fait que puisse être répréhensible aujourd'hui la production de contenus pédo-pornographiques et la consultation de ces sites, et la même chose pour des sites terroristes.

    FS : Alors il y a deux choses totalement différentes, c'est que la production et la diffusion de contenus pedo-pornographiques en réalité porte atteinte à des personnes réelles, à savoir les personnes des enfants qui sont utilisés pour produire les images, et pour être représentés dans ces images, ce qui permet d'incriminer les auteurs sur le terrain de la complicité, et ça me parait parfaitement justifié. La simple consultation est une consultation cognitive, qui n'implique pas d'adhésion positive à un réseau de trafic particulier. Au surplus d'ailleurs, je dois vous dire, au risque de vous faire bondir, que j'ai des doutes et j'ai toujours eu des doutes, mais qui n'engagent que moi, y compris en matière de pédo-pornographie, sur le lien ténu qui existe entre la simple consultation et l'exploitation des enfants, voilà. […] Ça veut dire que globalement, regarder des images, même blâmables pour en tirer une satisfaction sexuelle… […] Pour moi, ne correspond pas à un passage à l'acte réel au sens des grands principes de droit pénal. […] Je dit naturellement pareil pour les sites terroristes, je veux pouvoir, en tant que citoyen libre, continuer de regarder (ce que je fais de temps en temps pour m'informer) les grands sites djihadistes connus, c'est quand même très utile de savoir ce que ces gens pensent.

    […]

    HLB : Alors je voudrais revenir sur cette phrase que vous avez dites : « avant l'acte, il n'y a rien ». Mais l'acte, où commence-t-il, et où s'termine-t-il ? Est-ce que, justement, le débat ne peut pas avoir lieu, de savoir si les préparatifs d'un acte ne sont pas déjà l'acte, et cette frontière, que vous l'air de présenter comme absolument évidente, n'est-elle pas quand même floue ?

    FS : Vous avez raison et il y a une réponse à ça, c'est qu'on ne peut pas l'apprécier de manière générale, parce que ça dépend beaucoup des circonstances, et de temps, et de lieu et d'espèce, et du pedigree de la personne qu'on soupçonne de vouloir passer à l'acte et ainsi de suite, et c'est la raison pour laquelle, nos constituants, et la totalité de la tradition juridique française ont remis cette appréciation entre les mains d'une personnalité indépendante du gouvernement, et qu'on appelle : un juge. La caractéristique des lois d'exception, c'est qu'en réalité on se passe de la personnalité indépendante du gouvernement, et qu'on prend un fonctionnaire aux ordres. Le fonctionnaire aux ordres, eh bien il peut penser que vous là, êtes susceptibles de passer à l'acte, et il peut le penser simplement parce que son ministre lui aura donné l'ordre de le penser. C'est précisément la caractéristique d'une société non démocratique. C'est la raison pour laquelle le rôle de l'institution judiciaire, dont la constitution nous dit quelle est gardienne des libertés publiques, est un rôle absolument fondamental. Je vous rappellerai d'ailleurs sur le plan archéologique quand même quelque chose d'intéressant, c'est que cette disposition de constitution qui prévoit que l'autorité judiciaire est la gardienne des libertés publiques c'est exactement pour ça, il faut que cette appréciation à laquelle vous pensiez soit faite par un juge indépendant. Cette disposition a été écrite par Michel Debré, qui lui non plus n'était pas plus que Roger Frey un humaniste bêlant, et a été introduite par Michel Debré dans la constitution de 58, au moment de la guerre d'Algérie, où entre les attentats du FLN, les attentats de l'OAS et les morts au combats, il y avait peut être, et certainement même, plusieurs morts par jours. Ça ne l'a pas amené à dévier de cette idée fondamentale, que dès lors qu'il s'agit de porter atteinte à la liberté individuelle, ça ne peut être fait que par un juge indépendant. C'est quand même pas compliqué à faire. Le juge indépendant n'est pas lui non plus un humaniste bêlant. Vous avez déjà rencontré des magistrats anti-terroristes, ce ne sont pas des gens qui pensent qu'il faut se montrer mou sur la répression. La clé de notre liberté, c'est qu'un juge indépendant doit décider.

    […]

    OG : François Sureau, un corps social endolori et quelque part endormi…

    FS : J'suis d'accord avec ça. Y'a un élément qu'on oublie quand même assez souvent, mais c'est vrai que j'y suis sensible professionnellement, c'est quand on parle du couple "sécurité et liberté", d'abord on fait comme si c'était antinomique, alors que le rêve de notre démocratique politique c'est que les deux vont ensemble, la liberté et la sûreté, c'est le rêve de notre démocratie politique. On peut choisir d'y renoncer parce que 300 criminels font sauter une boîte de nuit, on peut choisir de renoncer au rêve de notre démocratie politique, celui qui nous anime, mais j'aimerais qu'on le sache et qu'on ne se paye pas de nous. Le deuxième élément c'est : y'a un tiers dans ces affaires, entre les individus (le corps social), et les terroristes (et c'est sans cesse oublié par les français), c'est l'état. En réalité, quand on augmente la partie "sécurité", ce qu'on augmente simplement c'est le pouvoir de l'État sur chacune de nos vies, à nous qui ne sommes pas des terroristes, ça n'est pas nécessairement qu'on diminue la sécurité dont les terroristes jouissent. Et c'est très très frappant parce que cette question de l'État comme tiers entre la liberté et la sécurité, c'est une question qui a été très bien vue par les révolutionnaires anglais de 1689, elle a été très vue par les déclarants américains (Jefferson et Hamilton), elle était très bien vue par les rédacteurs de la déclaration des Droits, et compte-tenu de la place symbolique très importante prise par l'État dans le système politique français, elle a fini par être légèrement oubliée. La vérité de tout cela c'est, encore plus à l'époque de l'interconnexion des fichiers, à l'époque du numérique et ainsi de suite, toute augmentation des prérogatives sécuritaires des pouvoirs publics aboutit simplement à la mise en place d'une société de surveillance par l'État, et je trouve qu'il est quand même un tout petit peu temps de s'en rendre compte.

    […]

    FS : […] Vous savez ce qui me frappe, c'est que, moi je fais partie des gens qui sont nés en 57, comme tous les gens qui sont nés en 57 et qui, en fonction des histoires familiales des uns et des autres, se sont demandés comment les choses du passé avaient été possibles (hein, je ne suis pas un partisan du point heu du théorème de Machin, heu Godwin ou de la répression…) enfin, quand même, j'ai passé ma jeunesse à me demander comment ça avait été possible. Je me suis demandé, qu'à fait grand papa pendant la guerre, qu'à fait l'oncle machin et toi, pourquoi tu n'as rien dit au moment de, hein ? […] Et ça, si vous voulez on a tous été élevés la dedans. La découverte douloureuse, des dix dernières années que nous venons de vivre, ça a été de voir la facilité avec laquelle ces principes cédaient chez ceux qui avaient la charge de les défendre. Ceux qui avaient été mes maîtres, ceux qui avaient été mes éducateurs, ceux avait été ceux que j'admirais quand j'étais jeune, ceux qui avaient été premier ministre, ministre, président du parlement, président de la chambre criminelle, le vice-président du Conseil d'État, etc. En réalité, l'option policière est rentrée là dedans comme dans du beurre, ce qui fait que je n'ai plus, en réalité maintenant je n'ai plus de surprise attristée quand je lis les récits du passé et je dis simplement : voilà, c'est à nous de faire ce que nos anciens n'ont pas toujours fait, ceux que certains d'entre eux ont fait avec héroïsme d'ailleurs et ceux à quoi ma génération est confrontée maintenant.

    Thu Oct 19 14:58:31 2017 - permalink -
    - https://www.tallandier.com/livre-9791021028883.htm
    fiche-lecture
  • GuiGui's show » Découvrons la RIPE database

    J'ai actualisé ce bout de documentation pour y ajouter la manière de déclarer une politique de routage IPv4 et IPv6 et pour y ajouter la manière de déclarer un collecteur (projet ring nlnog, par exemple) dans une politique de routage.

    Tue Oct 17 09:46:20 2017 - permalink -
    - http://www.guiguishow.info/2014/04/18/decouvrons-la-ripe-database/#toc-4921-politiques-de-routage-inter-as
  • Dessin : représentation de la scène politicienne de 2017

    Un dessin publié dans le numéro 42 du Postillon (journal satirique local dans la cuvette grenobloise) que j'aime beaucoup. Il représente la scène politicienne des partis telle qu'elle est de nos jours. Bien vu.

    Mon Oct 16 14:01:09 2017 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/data/uploads/2017/10/dessin-postillon_42-scene_politicienne_francaise_2017.jpg
  • Le point de vue d'un dealer sur la légalisation du cannabis : « en tant que dealer, je suis un macroniste en puissance »

    Une fois passée la provoc', on trouve de très intéressantes réflexions dans cette entrevue.

    Va t-on expérimenter la légalisation du cannabis à Grenoble ? C'est la polémique de l'été. Le 26 juillet, le procureur de la République de Grenoble Jean-Yves Coquillat fait une sortie dans Le Daubé pour déclarer qu‘il n'avait « de toute [sa] carrière », « jamais vu une ville aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue (…) Le sentiment d’insécurité de ces quartiers se ressent finalement dans toute la ville pour qui veut y prêter attention ». Les oppositions sautent sur l'occasion pour dire du mal du maire Éric Piolle, qui lui aussi reprend la balle au bond : « Jean-Yves Coquillat a raison ! Son constat est courageux et lucide : nous dépensons des fortunes pour un travail vain. » (Le Monde, 7/07/2017) Et de relancer le débat sur la légalisation du cannabis. Une question qui intéresse également procureur : « Je dis que toutes les politiques répressives ont échoué depuis trente ans. J’ai passé ma vie à appliquer une politique qui ne fonctionne pas ! »

    Depuis, tous les politiciens locaux ont donné leur avis. La droite est contre la légalisation. Jérôme « Iznogood » Safar « appelle à faire de Grenoble un territoire expérimental » sur la légalisation du cannabis, Stéphane Gemmani, postulant macroniste pour la mairie en 2020, est « pour la légalisation du cannabis… en salle de shoot ». Si sur ce débat, on entend beaucoup les politiques et un peu les consommateurs enthousiastes, il existe des personnes particulièrement concernées dont on ne connaît pas l’opinion : les dealers. Le Postillon a décidé de faire témoigner l‘un d'entre eux.

    On l'appellera Ali. il est quarantenaire et « dans le business » depuis le collège. L‘ancien petit dealer de cannabis d‘une cité grenobloise, installé maintenant dans un autre quartier, a gravi progressivement les échelons, au point de gérer désormais son propre réseau, en partenariat avec quelques associés. Polyconsommateur — « coke et shit, occasionnellement MDMA » — mais « petit consommateur », insiste-t-il, il vend « de tout sauf de l‘héroihe » : cannabis, cocaïne, ecstasy, amphétamine, LSD, kétamine… Avec ses plus de 25 ans d‘expérience dans ce milieu, il nous donne son avis à propos de la légalisation, mais surtout « raconte l'histoire d‘un destin ».

    Comment êtes-vous devenu dealer ?

    Avant de parler de mon cas personnel, il faut replacer les choses dans le contexte. On ne peut pas comprendre sans connaître l‘histoire du crime organisé à Grenoble. Avant, on avait des entités mafieuses, généralement liées aux différentes vagues d‘immigration arrivées dans la région - souvent des gens qui travaillaient pour des salaires ridicules et qu‘on a laissés se débrouiller. Après-guerre, c'est le milieu corse qui dominait Grenoble, puis il y a eu la guerre avec les Italiens qui se sont débarrassés des Corses à la fin des années 1950 et au début des années 1960. Ensuite, les Italiens se sont battus entre eux ou contre les Gitans de l'Abbaye et du centre-ville. Et la fin des années 1980 met quasiment un terme au règne des italiens : la plupart d'entre eux [NDR : ceux qui ne sont pas morts dans les règlements de compte] sont devenus des notables. Du coup, on assiste à l’émergence des petits voyous de cité, souvent issus de l'immigration maghrébine. Ceux-ci ont compris qu'ils pouvaient être les chefs de quelque chose et dans les années 1980 et 1990, ils tentent d'implanter un système mafieux. C'est une phase qui va durer jusqu'en 1999-2000 à peu près.

    Que se passe-t-il ensuite ?

    Le début des années 2000 marque un vrai tournant : on passe de grosses structures aux indépendants ! On a toute une génération charnière — dont je fais partie —, née entre la fin des années 1970 et le début des années 1980, qui va prendre petit à petit les commandes du trafic de drogue. Cette jeune génération s'est instruite dans les foyers, les MJC, les internats, et a compris que le pouvoir était à elle, à portée de main. Fini les grandes familles, les caïds les structures hiérarchisées ; nous sommes devenus totalement indépendants, plus rien ne nous faisait peur !

    Cette prise de pouvoir ne s‘est pas faite sans violence…

    Oui, la conclusion logique de tout ça, c'est la guerre des gangs dans les années 2000, avec notamment des vagues d'assassinats en 2001-2002 et 2007-2008. Un par un, les membres des familles mafieuses grenobloises (les Morival, les M'Sallaoui, le clan de Fontaine, etc.) sont exécutés, mis sur la touche ou s'éliminent entre eux. La guerre des gangs, c'était une guerre d‘indépendance ! Les jeunes de ces familles-là et les jeunes comme moi qui s'en sont sortis vivants se sont dit qu'entre faire rentrer 50 000 euros dans l'année ou alors 150 000 euros en tuant ses rivaux, ils préféraient la deuxième option.

    Pour revenir à votre cas, comment vous êtes-vous fait votre place, à l‘époque ?

    J‘ai commencé par vendre du shit au collège, quand j'étais en cinquième : lorsque tu comprends que tu peux avoir tout un collège pour toi, que tout le monde te mange dans la main, tu n‘as surtout pas envie d‘arrêter. Et puis un jour, tu te retrouves avec des gamins à nourrir, et donc avec un choix à faire. Du coup, une fois que tu connais tous les rouages, tu passes du 25 grammes de shit au kilo puis aux drogues chimiques. Ensuite, tu prends des associés et tu grandis. Le deal, je suis un peu né dedans quelque part, la société m'a conduit naturellement sur cette voie.

    Par la suite, vous avez dû construire votre réseau. De quelle manière ?

    À la fin des années 1990, les indépendants comme moi ont commencé à aller se fournir en Espagne et aux Pays-Bas. On n'était plus fournis par les Lyonnais et les Parisiens, comme le milieu d'avant. Il a donc fallu aller s‘pprovisionner directement à la source, pour avoir de grandes quantités et de la bonne qualité. Mais pour cela, il faut avoir les bonnes connexions, ce qu‘on a réussi à faire au fur et à mesure avec mes associés. Les sources sont différentes selon les drogues. Ma cocaïne vient soit de Saint-Martin pour la commerciale, soit de Guyane pour l'artisanale. Pour la faire venir, chacun a son système. Moi, j'ai mon propre voilier, acheté 40 000 euros, avec un skipper qui travaille pour moi : il ramène la coke en bateau d' Amérique du Sud vers l'Europe. Je fais une marge d'environ 30 000 euros par kilo. Pour le cannabis, c'est Marbella : on traite avec des familles grenobloises implantées en Espagne. Quant aux drogues chimiques (ecstasy, speed, kétamine, LSD), on les ramène de Hollande ou Belgique, notamment avec des trafiquants indonésiens et surtout marocains à Rotterdam. La seule drogue qu'on ne fait pas, c'est l‘héroïne : c‘est souvent le cas pour les gens de ma génération qui ont vu l‘hécatombe des années 1980-1990 dans les cités. Ce business-là est tenu par les « Muslims » — ça peut surprendre mais certains sont connectés aux Talibans en Afghanistan — et les Albanais. Les Albanais, ce sont les plus cinglés avec les Tchétchènes ! Ces deux groupes-là, on ne travaille ni avec eux ni contre eux : quand t‘as connu la guerre et la torture comme eux, ce ne sont pas des règlements de compte dans une cité française qui vont te faire peur…

    Comment faites-vous pour blanchir l‘argent de la drogue ?

    Je blanchis dans l'immobilier en investissant dans la pierre. Je suis propriétaire de plusieurs biens immobiliers (maisons, appartements), dans différents endroits, mais pour ça, il faut être malin et ne pas laisser de traces : j‘ai dû utiliser des prête-noms. Ce sont des personnes qui sont au courant de la combine et qui en profitent financièrement en échange.

    Vous avez mentionné la violence liée à la guerre des gangs et aux règlements de compte ? Y avez-vous été confronté de près ?

    Oui, pour les gens de ma génération, comme mes cousins et moi, on a souvent été « élevés » par des bandes rivales qui se sont tiré dessus dans les années 2000. Pourtant, on se connaît tous, on a tous fait des bouffes ensemble au resto, mais ça ne nous a pas empêchés de nous tirer dessus et même, pour certains d'entre nous, de nous tuer. je dis « nous » mais je n'ai pas été directement impliqué, même si je l'ai échappé belle une ou deux fois. Cette guerre des gangs, c'était la conquête de l'indépendance et une fois que tu as tué le pouvoir, tu ne te retrouves qu'avec des jeunes impulsifs. Maintenant, les gens se tirent dessus de partout dans la ville alors qu'avant, tu ne pouvais pas faire ça pour des dettes ridicules comme aujourd'hui, en tout cas pas sans avoir l'accord des boss. il y a quand même eu une vingtaine de morts dans notre génération. Tout le monde a peur de cette « violence des indépendants » car elle est incontrôlable. L‘exemple typique, c'est Mehdi Chine, le mec parti d'en bas et qui a gagné sa place tout seul [NDR : cet ancien caïd du quartier Teisseire a été assassiné en 2010, à 24 ans, sans doute par ses propres lieutenants].

    Cette violence suscitée par le trafic de drogue a conduit le procureur Jean-Yves Coquillat, cet été, à rouvrir le débat sur la légalisation, dans lequel se sont engouffrés Éric Piolle et une partie de la classe politique locale. Y êtes-vous favorable, pour le canabis et pour les drogues en général ?

    Sur ce sujet, je vais être assez contradictoire car mes souhaits et mes intérêts ne sont pas toujours compatibles. En tant que citoyen, je suis pour la légalisation du cannabis car il faut rendre au citoyen son droit de disposer de son corps comme il l'entend. Et plus largement, je suis pour la légalisation de toutes les drogues sous forme naturelle, comme la feuille de coca ou le khat [NDR plante traditionnelle mâchée pour ses effets stimulants et euphorisants dans la Corne de l'Afrique et au Yémen, et classée comme stupéfiant en Europe]. Par contre, pour les drogues sous forme synthétique, sans savoir ce qu'il y a dedans et sans connaître les produits de coupe, je suis plus réservé. Ou alors il faudrait une forme de contrôle médical. Tout dépend comment c'est fait en réalité. Mais je rappelle que les amphétamines, par exemple, n'étaient pas destinées aux civils à l'origine mais à la guerre. Après, en tant que dealer, est-ce que la légalisation nuirait à mon business ? Évidemment, ça ne m'arrangerait pas mais j'ai déjà préparé l'étape suivante : me reconvertir en producteur et fournisseur. Ce serait juste un changement de patron : je pourrais bosser pour l’État et fournir le cannabis et la cocaïne avec mes connexions. Après, ça implique de rentrer dans le système avec les taxes, la TVA, tout ça… Pas trop mon délire quoi.

    Selon vous, la légalisation pourrait-elle permettre de diminuer la violence ?

    Alors ça, pour moi, c'est prendre le débat à l'envers. La priorité, c'est d‘abord de réhabiliter l'école et l'éducation, remettre des éducateurs dans les quartiers, des profs dans les écoles, rouvrir des lieux pour les jeunes… En gros, remettre ce que la société nous a donné, à notre génération, dans les années 1980 et 1990, sous Mitterrand. C'est la disparition des services éducatifs, sociaux et culturels dans les quartiers populaires qui a engendré toute cette violence. Penser que légaliser les drogues va l'enrayer, c‘est essayer de soigner un problème avec la maladie. La violence n'est pas née avec le trafic de drogue, elle est liée à la concurrence.

    C'est curieux, quand on vous écoute, on a l'impression que vous avez une éthique « sociale », alors que vous évoluez dans un secteur ultra-concurrentiel où règne la loi du plus fort…

    Je reconnais que c'est une contradiction mais je ne peux pas me voiler la face : en tant que dealer, je suis un capitaliste et même un macroniste en puissance ! C'est la France qui m'a appris à être comme ça, maintenant je lui rends la monnaie de sa pièce. Le capitalisme est venu se loger dans le monde du dealer, c'est la faute de la société. Le problème du dealer, c'est que s'il se fait trop manger par la sphère capitaliste, il s'effondre. Mais il y a des valeurs qui permettent de durer dans ce métier et j'ai toujours eu une éthique qui m'a permis d'avancer loin : ne pas profiter de sa situation, ne jamais s'en prendre aux civils, ne jamais utiliser la drogue pour baiser des filles… J'ai eu des associés qui ne respectent pas le travail et qui s'en fichent de la morale : ils claquent tout dans les grosses bagnoles et les putes. C'est très dangereux ! Sinon, j'ai une autre ligne de conduite, c‘est que je ne travaille pas avec des jeunes de moins de 25 ans. Ils doivent d‘abord faire leurs preuves, en attendant ils ne sont pas assez fiables et trop impulsifs.

    On dit aussi que le trafic de drogue et les bénéfices engendrés empêchent indirectement une explosion sociale. Qu'en pensez-vous ?

    Tout à fait ! En France, on a du mal à réaliser ça. Pourtant, ici le deal fait vivre des familles entières, dans les cités mais aussi au bled, en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Ça, l'État le sait très bien : le trafic de drogue engendre certes de la violence mais le paradoxe, c‘est qu'il la canalise aussi. Si demain, on coupe cette source financière, on a des familles entières qui vont se retrouver dans la misère et la pauvreté et là, je peux vous dire que la violence sera encore pire ! En fait, dans beaucoup de pays, les gens sont habitués à la violence mais plus en France, c‘est pour ça qu‘elle fait si peur.

    La prison peut-elle avoir un effet dissuasif ? Pour de nombreux professionnels, c'est au contraire une « école du crime » qui n'est pas du tout adaptée…

    J'en ai fait un peu, comme beaucoup de gens dans mon secteur, et non, la prison ne fait plus peur. Personnellement, 10 ans d'incarcération, si j'ai 500 000 euros de côté, je les fais. Ce qui fait peur maintenant, c'est qu'avec Tracfin [NDR : organisme gouvernemental chargé de la lutte contre le blanchiment d'argent et l'argent sale], tout est visionné et analysé. Un type qui a fait du business toute sa vie, si tu lui enlèves ses 500 000 euros, il n'a plus rien. Sinon il ne lui reste plus que l'islam comme refuge : c'est pour ça qu'il est dominant en prison. Mais pour moi, la prison, c‘est du repos. Je peux continuer à faire rentrer un peu d'argent sans avoir à gérer les embrouilles du quotidien. Dans les prisons iséroises, on retrouve tous les copains, c'est un monde en miniature, comme une MJC.

    Avec le recul et votre expérience, comment jugez-vous l'évolution de la répression contre le trafic de drogue ?

    Sarkozy a détruit tout ce qui était humain dans la société. Avant, on jugeait selon l'individu, en tenant compte de sa vie, de son passé : on adaptait les peines en tenant compte des circonstances atténuantes. Aujourd'hui, on juge de manière collective. Au tribunal, on ne juge plus vraiment les caïds et les gros dealers mais les subalternes, c'est-àèdire les petits dealers de cité, du centre-ville ou des stations de ski. Résultat des courses : on remplit les prisons avec des gens qui n'ont pas grand-chose à y faire.

    À propos de répression, il existe un nouveau risque pour vous désormais : c'est le fisc qui peut réclamer aux dealers de payer des impôts sur les revenus du trafic de drogue…

    Oui, avec Tracfin, c'est plus compliqué. J'ai reçu une feuille comme quoi je devais payer des impôts sur une saisie après une perquisition. Ça aussi, ça peut créer de la violence car tu es prêt à prendre le risque d‘aller quelques années en prison si tu sais que tu as de l'argent t'attendant a ta sortie. Mais si tu sors et que tu n'as plus rien, que le fisc t'a tout pris, là tu deviens fou !

    Quel est l'impact du numérique et des monnaires virtuelles sur votre business ? À votre avis, cela va-t-il profondément modifier les règles du trafic de drogue dans les années à venir ?

    Quand on est passé du franc à l'euro, au début ça a posé un vrai problème aux dealers avec la conversion. Il aurait presque fallu annuler une année de vente. Mais lorsque l'euro s'est stabilisé, on a été gagnants et on s'est enrichis. Maintenant, le virtuel, on est en plein dedans… On avance à petits pas mais dans le futur, quand on ira acheter un kilo de coke à Amsterdam ou Rotterdam, on le fera en crypt-monnaie. Internationalement, il y a un vide juridique. Moi, je convertis une partie de mes bénéfices en crypto-monnaie (Bitcoin, Ether, Litecoin…) et je fais de grosses plus-values en surveillant le cours quotidiennement : après l‘envolée de cette année, les cours sont repartis à la baisse dernièrement mais ils vont obligatoirement remonter. C'est une occasion en or pour multiplier ses gains ! A l'avenir, on aura tout notre portefeuille qui tiendra dans notre smartphone, j‘en suis persuadé. Par contre, je ne vends pas sur le « dark web » [NDR : sites où se vendent notamment des choses illégales] : pas assez de garanties, si tu le fais, c'est à tes risques et périls.

    Avez-vous des regrets ?

    À la limite, si je me reproche quelque chose, c'est le mal que je peux faire indirectement à certaines populations, comme les paysans en Amérique du Sud victimes des conséquences du trafic de cocaïne. Mais j'essaye de le compenser par d'autres moyens, par exemple en faisant des actions humanitaires ou en hébergeant gratuitement des clandestins dans l'une de mes maisons. Sinon, d'un point de vue plus personnel, si ça ne tenait qu'à moi, je n'aurais pas voulu être dealer. J'aurais bien aimé être « normal », faire comme tous les jeunes de centre-ville, des études, un métier légal, etc. Mais le deal, je suis tombé dedans, j'ai suivi une voie toute tracée. Il y a une grosse différence entre les jeunes des cités et les étudiants et jeunes du centre-ville qui, même s'ils sont dans des galères, savent comment faire pour obtenir des aides. Pour la plupart des jeunes des cités comme moi, on a été élevés par la rue, pas par nos parents.

    Comment voyez-vous vote futur ?

    Je serai dans le « business » sûrement jusqu'à la fin de mes jours mais j‘espère bien prendre quand même ma « retraite » dans les prochaines années : après je serai juste là pour investir et compter mes sous ! J'ai toujours envisagé la vente de drogue de 25 à 40 ans pour ensuite pérenniser mon business et assurer ma succession. J'aurai ainsi le parcours classique du dealer qui réussit coursier, détaillant, demi-gros, gros et enfin « retraité ». L‘idée, ce serait d'imiter les voyous italiens des années 1970, qui sont presque tous devenus des notables. ils ont racheté des bars un peu partout dans le centre de Grenoble, avec bien sûr la complicité ou au moins l'accord des flics. Au niveau pénal, c'est sûr que c‘est moins risqué de racketter des gens placés en gérance de bars que de continuer à vendre de la drogue. À mon avis, dans le futur, le trafic de drogue appartiendra aux Albanais, Syriens, Afghans, Tchétchènes : les gens issus des dernières vagues d'immigration prendront la relève, imitant les immigrés italiens, corses ou maghrébins quelques décennies avant eux. Pendant ce temps, nous, on fera comme les Italiens on se sera installés et on palpera les sous.

    Dans le numéro 42 du Postillon (journal satirique dans la cuvette grenobloise).

    Mon Oct 16 13:53:16 2017 - permalink -
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  • La novlangue du CEA

    Quand tu trouves que ton emploi (voire la notion même d'emploi) est dénué(e) de sens…

    Appelons-le Gaspard. Après ses trois ans de thèse au CEA (Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives), Gaspard aurait dû continuer à bosser dans l’industrie, ou monter une start—up. Oui, mais voilà, Gaspard, il n'a jamais compris ce qu'il faisait là-dedans. Il a du mal à expliquer son aversion pour ce monde-là, Gaspard. Des fois la sensibilité ça ne s'explique pas. C'est comme la novlangue : par contre ça, Gaspard, ça l'a toujours beaucoup amusé.

    Beaucoup de gens me questionnent sur mon choix d'avoir arrêté ma carrière dans l'industrie. Ils se disent « ça va lui passer », ils me conseillent « t'es pas tombé sur le bon endroit mais réessaye dans un autre secteur », et même ils s'inquiètent pour moi « ça va être super précaire ta vie… » Alors j'ai toujours du mal à expliquer pourquoi j'ai tout arrêté, après mes trois ans de thèse au CEA. La raison principale, c'est que je ne comprenais pas ce que je faisais.

    Le CEA c'est vachement valorisé, c'est une grande institution, on est censé être content d'y travailler. Pourtant, tout ce qui se fait là-dedans, je n'ai pas l'impression que ça améliore notre société. Je ne vois pas en quoi l'humanité sera plus heureuse avec un nouveau machin connecté.

    Les personnes me disent « Des gens en ont marre comme toi de l‘industrie mais regarde : ils créent des start-ups, ils montent des business innovants, alors tu pourrais faire comme eux. » Mais pour moi les start-ups sont souvent des concepts vides : je crois que je n‘ai rien à voir avec tout ça, je ne veux pas inventer des trucs inutiles à vendre, je veux sortir de tout ça. L‘industrie a un problème, mais la solution des start-ups contribue au problème. Les start-uppeurs en ont marre des codes sociaux de l‘entreprise mais ne se posent pas de questions de fond. Cela ne m‘intéresse pas.

    Je n‘étais pas vraiment malheureux en travaillant au CEA. À vrai dire, entre les techniciens et les chercheurs en bas de la hiérarchie, l‘ambiance n‘est pas mauvaise. Les problèmes c'est surtout pour les chefs. Lors des trois années où j‘étais thésard, il y a eu plein de burn-out au CEA. On a beaucoup de formations liées aux risques chimiques mais peu pour les risques mentaux. Une chef a fait un burn-out, sa convalescence a duré plusieurs mois, mais ça ne l'a pas empêchée d'être dans les mêmes schémas de pression permanente dès qu’elle est revenue au boulot. À un certain niveau de hiérarchie, certaines personnes ont les dents qui rayent le parquet et donc sont affreuses entre elles. D‘où les burn-out. Alors bien sûr, je pense qu’au CEA c’est moins pire que dans le privé, et même on me dit « tu sais Gaspard, on n’est pas dans le monde des Bisounours. » C’est pas ça qui m’a fait renoncer à ce milieu, mais c‘est sûr que c‘est aussi ça qui ne me fera pas y revenir. Je ne vais pas me forcer à rester dans ce système sous prétexte que « c’est comme ça. » Je trouve même au contraire que c’est faire l’autruche que d’accepter ce mode de fonctionnement sous couvert de : « l‘homme cherchera toujours à dominer ses semblables » ou alors « il faut bien gagner sa vie ».

    Je n‘étais pas vraiment malheureux, parce qu'en tant que chercheur on n'a pas trop à se plaindre, par rapport, par exemple aux conditions de travail des ouvriers des mines des terres rares qu'on est tout content d'utiliser dans nos labos après. Alors c’est sûr j'ai un ordinateur, j’utilise de la technologie issue de la recherche et de l’industrie, mais ça n’empêche pas de me poser des questions.

    Dans certaines réunions, on nous demande d'arriver avec un powerpoint sur notre travail, parce qu'on nous a dit d'en faire un. Alors on en fait un, bien creux, qui ne représente pas vraiment ce qu'on pense, on sait que la majorité des gens qui le regardent s'en foutent, que tout le monde s'en fout en fait de ce powerpoint mais faut le faire quand même. Cela résume assez bien la logique du travail : il faut produire du contenu même si parfois ça n’a pas de sens. Toutes les recherches menées au CEA le sont parce qu‘il y a un contrat avec un industriel, pas parce que c'est intéressant.

    Finalement, je garde peu de souvenirs de ces trois années de recherche. Ce qui m‘a marqué le plus ce sont les assemblées générales. Tous les ans, il y avait une AG de notre département, une de notre institut (le liten ou le leti) et une du CEA toute entière. Celle-là c‘était la mieux : on était des milliers réunis sous un énorme chapiteau monté pour l‘occasion, avec des écrans géants qui retransmettaient les speechs pour les gens qui ne voyaient pas la scène. Et c‘était à ce moment qu‘on se rendait compte à quel point le CEA était une secte, avec Jean Therme comme messie. À l‘époque, il était encore directeur. Il faisait un grand discours où il parlait énormément de lui pour dire des choses comme « il y a plusieurs sortes de leaders, les bâtisseurs et les suiveurs. Je fais partie de la lignée des bâtisseurs. » Quand il avait fini de parler, d‘autres pontes montaient à la tribune pour toujours dire du bien de Jean Therme avec des métaphores comme « je compare Jean Therme à Lionel Messi ».

    Plein de gens ne voulaient pas aller à ces AG, mais moi pour rien au monde je raterais un truc qui me fait ne pas travailler pendant une heure, boire et manger gratos. Et puis surtout c‘était des mines d’or de novlangue. Alors l‘occupais ces AG à noter dans mon carnet ces pépites, que j‘essayais de traduire. Voilà donc quelques exemples, je vous assure que tous les mots ou bouts de phrase à droite ont été prononcés dans des AG du CEA entre 2015 et 2016. Entre parenthèses, j‘ai essayé de traduire.


    UPGRADER LES PLATEFORMES
    (ON VA ACHETER DU MATOS)


    ON A REUSS| A FÉDÉRER UN CONSORT|UM
    (ON A TROUVER DES GENS AVEC OUI ON VA SE FAIRE PLEIN DE THUNES)


    ON VA SWITCHER SUR LES COMPOSITIONS DE BERNARDO
    (REGARDEZ L'ECRAN MEME SI C'EST CHIANT)


    C’EST DANS LE PIPE
    (J'AI LE JEUNE QUI POUSSE LE VIEUX)


    RETROUVER DES DEGRÉS DE LIBERTÉ
    (ON VA VIRER DES GENS)


    ON VA ARRIVER A UNE STABILISATION DU VOLUME DE LA POPULATION D’EXPERTS
    (ON EMBAUCHE PLUS DE BAC+8)


    UN BOUQUET DE LIGNES PILOTE
    (C'EST BEAU TOUT CE METAL)


    IL FAUT SE METTRE EN CAPACITE MANAGÉRIALE
    (ON VA VIRER DES GENS)


    ON A UN TERREAU FERTILE SUR L’HYDROGÈNE
    (AU MIEUX CE TRUC PEUT SERVIR À FAIRE DU BLÉ)


    ON EST DANS UNE RÉELLE BIIECTlON
    (SURJECTIFS ET INJECTIFS DE TOUS LES PAYS, UNISSEZ-VOUS !)


    MARIER LES VECTEURS ÉNERGÉTIQUES
    (LA MESSE SERA DITE PAR JEAN THERME)


    ON VA FAIRE DES INFLEXIONS
    (ON VA VIRER DES GENS)


    CE QUE NOUS CHERCHONS A FAIRE, C‘EST D'ETRE DANS L‘ÉCONOMIE D’ATOMES
    (ON SE FOUT DE VOTRE GUEULE)


    C’EST UNE PARTIE DE LA CLE DE NOTRE AVENIR
    (ON EST DANS LA MERDE)


    LA PERFORMANCE SERA UPGRADÉE
    (VA FALLOIR VOUS ATTENDRE À BOSSER SOUS LA PRESSION)


    LA VENTILATION DES DEPARTS PRÉVISIONNELS
    (ON VA VIRER DES GENS)


    ON A CHOISI LA STRATÉGIE D’APPUYER SUR L’ACCÉLÉRATEUR
    (LE MUR APPROCHE MAIS C’EST PAS GRAVE)


    UNE GRANULOMÉTRIE DES SERVICES
    (Y'A DES ENDROITS OÙ Y'A TROP DE MONDE)


    UNE CERTAINE FLATITUDE
    (ON FAIT PAS ASSEZ DE THUNES)


    ON VA RENFORCER LES TRANSVERSALITÊS
    (FAUT VOUS ATTENDRE À VOIR VOTRE POSTE ÉVOLUER)


    ON EST QUAND MÊME ARRIVÉ À LE SAUVEGARDER
    [EN PARLANT D'UN ETRE HUMAIN, PAS UN FICHIER]
    (ON A PAS MIS GÉRARD DANS LA CORBEILLE)


    IL NE FAUT PAS HÉSITER A BRAINSTORMER
    (C'EST QUOI LE LOGICIEL DE BRAINSTORMING ?)


    LE MAITRE MOT DE CETTE ANNÉE : APAISER NOTRE STRUCTURE
    (ON VA VIRER DES GENS)


    NOUS EN PARLIONS JUSTEMENT AVEC MACRON LA SEMAINE DERNIÈRE…
    (JE PESE DANS LE GAME)


    NOUS AVONS UNE GRANDE FLEXIBILITÉ FACE AUX MILESTONES
    (Y'A LA COM' ET Y'A LA RÉALITÉ)


    C’EST UNE PARTIE DE LA CLE DE NOTRE AVENIR
    (ON EST DANS LA MERDE)

    Dans le numéro 42 du Postillon (journal satirique dans la cuvette grenobloise).

    Mon Oct 16 13:50:51 2017 - permalink -
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  • Sabordage autogéré et participatif de la néo-démocratie grenobloise

    Lors de l‘université d‘été des mouvements sociaux, organisé par l‘association Attac fin août à Toulouse, Éric Piolle a fait le beau. Pour résumer une de ses interventions, le maire de Grenoble écrit sur Twitter « Le @gouvemementFR attaque au tribunal notre outil de participation citoyenne. Nous irons au bout et j‘espère que nous gagnerons ». Ce qu‘il omet de dire, c‘est que leur « outil de participation citoyenne » n‘a pas besoin du gouvernement pour être sabordé : en la matière, la mairie pratique pour une fois une autogestion exemplaire. Petite explication détaillée.

    Tout le monde le dit, y compris la majorité municipale : au regard des lois actuelles, un certain nombre d‘éléments du « dispositif d‘interpellation et de votation citoyenne » sont illégaux (le vote des ados de 16-17 ans ressortissants de l'Union européenne, la subordination des décisions du Conseil municipal au vote d‘un nombre de citoyens inférieur à 50% du corps électoral,…). C'est pour cette raison qu‘aucune délibération n‘a été votée au Conseil municipal de février 2016 pour mettre en place l‘interpellation citoyenne, espérant ainsi éviter tout recours du Préfet (en vain). Cela dit, mettre en place des dispositifs illégaux mais légitimes, pourquoi pas ? Au Postillon, on ne peut pas être contre. Le problème, c‘est que le but de ce dispositif n‘est pas de faire une sincère expérience démocratique, mais simplement de donner le beau rôle à la mairie verte & rouge. Le dernier épisode autour de la lutte contre les fermetures des bibliothèques, que l‘on va tenter de résumer, en offre une parfaite illustration.

    Suite à la décision prise sans aucune concertation en juin 2016 de fermer les bibliothèques de Prémol, de l'Alliance et d‘Hauquelin, des salariés et un collectif d‘usagers ont mené une tripotée d‘actions pour contester cette décision (voir Le Postillon n°36, 37 et 38). Après six mois de mobilisation et le lancement d‘une pétition contre cette décision, la mairie a lâché un peu de lest, avec la réouverture très partielle de la bibliothèque Alliance. Mais le collectif a continué à faire signer la pétition, recueillant plus de 42 000 signatures. Dans le dispositif prévu par la Ville, recueillir plus de 22 000 signatures permet que la demande du collectif soit examinée au conseil municipal, et entraîne, si elle est refusée par les élus, la mise en place d‘une votation. La réouverture des trois bibliothèques est donc examinée au conseil municipal du 22 mai et la majorité propose une solution au rabais (la transformation des bibliothèques Prémol et Hauquelin en « relais-lectures » ouverts une demi-journée par semaine). Pendant six semaines, le collectif essaye encore de négocier, mais devant la fermeté de la mairie, décide d'aller à la votation citoyenne. Peine perdue ! La Ville se sert du prétexte de la démission des porte-paroles du collectif en désaccord avec la majorité du collectif pour refuser la votation citoyenne. Au conseil municipal du 10 juillet, les élus verts & rouges refusent de la mettre en place - malgré une lettre au maire rédigée par les démissionnaires, demandant à ce que leur démission ne serve pas d’argument à la Mairie pour refuser la votation citoyenne.

    Bref. Sur le sujet des bibliothèques, la majorité municipale a décidé de faire grosso modo comme elle avait décidé toute seule à l'origine et tant pis pour les « innovations démocratiques » tant vantées dans la communication municipale. L‘année dernière, une votation « pour une concertation sur la hausse des tarifs de stationnement » avait abouti à un semi-échec. Les partisans d'une concertation avaient remporté plus de 70 % des 6 700 suffrages, mais leur avis n‘avait pas été pris en compte à cause du seuil énorme des 20 000 voix nécessaires. Cette année, les choses sont encore plus simples : il n'y aura tout simplement aucune votation. Une fois de plus, le « laboratoire de la démocratie participative » a su innover : si le résultat de l'expérience risque de ne pas vous convenir, jeter l‘éprouvette à la poubelle tout en expliquant urbi et orbi (à l'Université d‘été d’Attac par exemple) que vous allez vous battre comme un chien pour en faire connaître les résultats ! Et tout cela sans aucun risque de recours juridique puisque vous n'avez pris aucune délibération pour établir les règles de la pétition-votation…

    Dans le numéro 42 du Postillon (journal satirique dans la cuvette grenobloise).

    Mon Oct 16 13:49:54 2017 - permalink -
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  • Pas de bras, pas de repas

    La progression de la biométrie dans les écoles continue… :(

    Au collège Jolimont de Toulouse, pour manger à la cantine, à partir de cette rentrée, c’est soit biométrie, soit carte à l’ancienne. Mais ceux qui refuseront la biométrie passeront en fin de service !

    Et comme l'enfant voudra, fort légitimement, manger avec ses ami⋅e⋅s, il est très difficile aux parents, mêmes impliqué⋅e⋅s de ne pas céder à ce chantage. C'est l'effet de réseau habituel…


    Antoine, parent d’élève récalcitrant, a rameuté médias locaux (« La Dépêche », 8/9) et réseaux sociaux. En vain. Seule concession obtenue : « On regroupera, pour qu’ils passent ensemble, les enfants qui refusent la biométrie. »

    La RCM, reconnaissance du contour de la main, c’est apparemment bien pratique : on glisse la main entre les picots d’un boîtier, on tape son code, on passe… Du coup, tous les parents ou presque ont signé l’autorisation. Antoine se sent « un peu tout seul ».

    En 2005, dans un lycée de Gif-sur-Yvette, trois activistes mettent hors d’état de nuire une des premières machines biométriques installées dans une cantine. Et se retrouvent au tribunal. La Ligue des droits de l’homme, le Syndicat de la magistrature, la MGEN (qui évoque l’« avènement de Big Brother »), la FCPE-Paris, qui dénonce l’« éducation des jeunes à l’acceptation de techniques de surveillance », les soutiennent. Ils écopent de 4 mois avec sursis et 1 500 euros d’amende. Le débat est lancé.

    Les doigts de l’homme

    Neuf années plus tard, le sénateur PS Gaëtan Gorce, inquiet du risque de fichage généralisé, lié à l’ « interopérabilité des systèmes », propose une loi encadrant le recours à toute « biométrie de confort ». L’Assemblée nationale la rejette en 2016, laissant le soin à la Cnil de trancher au cas par cas.

    Depuis, dans les cantines, on s’équipe à qui mieux mieux : 13 % de plus en un an, selon Pierre Benguigui, le patron d’Alise, une boîte du secteur. L’an dernier, la Cnil a reçu de 1 038 bahuts l’annonce qu’ils allaient s’équiper en biométrie. Près d’un collège ou lycée sur dix (il y en a 11 300 en tout) ! Ce n’est qu’un début. « Tout ce qui rend plus aisé la vie de l’établissement nous paraît une bonne approche », avance Michel Richard, du syndicat des personnels de direction de l’Unsa.

    Quand on met la main dans l’engrenage…

    Dans le Canard enchaîné du 11 octobre 2017.

    Sun Oct 15 13:08:50 2017 - permalink -
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  • L‘Insoumise à l’Urssaf

    Faites ce que je dis, pas ce que je fais, énième numéro. Mais, "à gauche", pour une fois.

    « Le Canard » a « balancé des inexactitudes », a grondé Raquel Garrido, très énervée à la suite de la parution de notre article sur un arriéré de 82 215 euros qu’elle doit à la CNBF, la caisse de retraite des avocats. Deux jours après, la porte-parole de Mélenchon, ci-devant chroniqueuse télé chez Vincent Bolloré, dénonçait « un acharnement injustifié ». Demandant « qu’on [lui] lâche la grappe ! », elle invoquait les « milliers » de petits artisans et commerçants « qui ont des arriérés de cotisations ». Et rien sur les surendettés, familiers des Restos du cœur ?

    Quoi qu’il en soit, « Le Canard » se doit d’être honnête. Pan sur le bec ! Deux « inexactitudes » se sont bien glissées dans l’entrefilet daté du 4 octobre.

    La première apparaît de manière éclatante dans le document n° 1 ci-dessous. Nous avions parlé d’un arriéré de « cotisations sociales » de 32 215 euros, alors qu’il s’agissait d’une « dette de cotisations et contribution aux droits de plaidoirie » du même montant due à la caisse de retraite, qui en a informé ses administrateurs fin septembre.

    La seconde est encore plus grave. Nous avons totalement passé sous silence le fait que Me Garrido n’a pas déclaré un sou de revenus à l’Urssaf en 2016. C’est dur d’avouer qu’on s’est trompé…

    Du coup, l’Insoumise en scène a été, en mars 2016, l’objet d’une « contrainte » de 6 118 euros délivrée par l’organisme public (voir document n° 2). Et ça ne s’est pas arrangé. Le 28 septembre dernier, l’Urssaf l’a rappelée à ses obligations de déclaration et de versement : « Nous ne sommes pas en possession de votre déclaration de revenus professionnels et de vos cotisations personnelles obligatoires 2016. » Résultat, voilà Raquel Garrido victime d’une « taxation d’office ». Encore « un acharnement injustifié », à tous les coups.

    « Ces documents sont caducs ou erronés », répond l’avocate au « Canard ». Elle aurait donc tout réglé en moins de dix jours ?

    Devinette : qui a écrit dans un tweet, en 2014, que, « dévaloriser le financement des mécanismes de solidarité, c’est les tuer » ?

    De crainte d’être accusés d’« acharnement », on ne donnera pas la réponse…

    Dans le Canard enchaîné du 11 octobre 2017.

    Sun Oct 15 13:03:27 2017 - permalink -
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  • Le président des niches

    Pour un succès, c’est un succès : après quinze ans de lutte prétendument sans merci pour les éradiquer, les niches fiscales ne se sont jamais aussi bien portées. En 2003, date du lancement par le ministre des finances Francis Mer du premier plan de lutte anti-niches, elles privaient l’Etat de 35 milliards de recettes. En 2018, leur nombre - 457 - explosera, et elles coûteront 6,8 milliards de plus que l’ année précédente, pour atteindre 99,8 milliards, selon les prévisions de Bercy ! Lesquelles sont chaque année dépassées…

    Ainsi, l’année prochaine, le montant total des niches fiscales sera supérieur à la somme de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés (99 milliards, au total) que va collecter l’Etat.

    Encore un petit effort, et il n’y aura bientôt plus d’impôt du tout. Juste une grande niche. Le rêve.

    Huhu… Les centaines de dérogations au régime fiscal général coûtent (par manque à gagner) aussi chères que ce que rapportent l'IRPP et l'IS. :O T'ajoutes les niches sociales (dérogations pour réduire les cotisations sociales), le service de la dette et la fraude fiscale et tu comprends mieux comment on arrive à t'expliquer qu'il est impossible de créer / maintenir un état providence : à cause de politiques électoralistes (ceux et celles qui veulent remporter une élection promettent d'alléger les impôts pour tel ou tel groupe social : restaurateur⋅rice⋅s, propriétaires, détenteur⋅rice⋅s d'assurance-vie bien garnies, etc.), par renoncement et par le mensonge.

    Dans le Canard enchaîné du 11 octobre 2017.

    Sun Oct 15 12:54:07 2017 - permalink -
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  • Les militaires français⋅e⋅s s'envoient en l'air avec Poutine

    Au milieu du fatras des documents budgétaires, « Le Monde » (6/10) a déniché une petite curiosité dans les dépenses militaires. « Faute de posséder assez d’avions, écrit le journal, la France loue des gros-porteurs sur le marché privé, des appareils dont les compagnies russes et ukrainiennes ont le quasi-monopole. » Et les Russes sont gourmands : 67 500 euros l’heure de vol, soit 37 % de hausse en un au. C’est si gros(-porteur) que la Cour des comptes et peut-être bientôt la justice ont été saisies.

    Nos vaillants soldats transportés aux quatre coins du monde par des avions de Poutine, c’est suspect.

    Dans le Canard enchaîné du 11 octobre 2017.

    Sun Oct 15 12:47:55 2017 - permalink -
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  • Les girouettes politiciennes

    Dans son édition du 11 octobre 2017, le Canard enchaîné met en lumière de jolies girouettes de la scène politicienne. Après tout, l'important, ce ne sont pas les idées, c'est de remporter les élections, non ?

    Hamon toujours plus Vert

    Les voilà devenus Verts, les élus hamonistes du conseil régional d’Ile-de-France. Ils sont partis tous les dix, Hamon en tête, rejoindre leurs copains d’EELV. Pour expliquer leur départ du groupe PS, ils ont dit : « valeurs communes », « rassemblement de la gauche ». Ils ne veulent pas « participer au repli et à la division en restant focalisés sur les batailles d’appareil qui n’intéressent que les initiés ». C’est vrai que les hamonistes s’y connaissent en « repli », avec 6,35 % des voix à la présidentielle. Quant aux Verts, même pas présents, ils s’étaient très bien « repliés ».

    Leur départ est donc motivé par un vrai débat d’idées, pas par des histoires sordides de vieille politique, et pas du tout dans l’optique de prendre le pouvoir à EELV et d’obtenir, en 2019, quelques députés européens.

    Non, mais, quelle idée.


    L’Europe comme un cabri

    À quoi ça tient… Des années durant, et notamment tout au long de la dernière campagne électorale, Marine Le Pen l’a dit, répété, martelé, et tout l’état—major FN derrière elle, et l’a écrit dans ses tracts, ses affiches, ses brochures, son programme : il fallait sortir de l’euro et sortir de l’Europe. « Comme l’Union soviétique en son temps, elle n’est pas réformable car construite sur l’idéologie à l’état pur, » Et basta !

    Et, on s’en souvient, le parti lepéniste se prétendant aux portes du pouvoir, certains tremblaient à l’idée que l’Europe, après le Brexit, explose sous l’effet d’un Frexit frontiste : le chaos nous pendait au nez.

    Mais à peine l’anti-européen Florian Philippot viré avec pertes et fracas Marine Le Pen l’annonce : plus question de sortir ni de l’euro ni de l’Europe. fini, la souveraineté monétaire triomphante, le patriotisme économique béton, la préférence nationale sourcilleuse, la pulvérisation de l’espace Schengen !

    Une fois lepénisée, la France restera sagement dans l’Europe honnie et se contentera d’« élaborer un projet de traité simplifié ». En clair, elle essaiera de réformer l’Europe de l’intérieur.

    Ah, ces européistes…

    Sun Oct 15 12:47:01 2017 - permalink -
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  • Au désherbant des accusés

    Il est fort, ce Roundup ! Il désherbe tout, même l’éthique ! Suffit de savoir qui arroser… Prenez le gars qui supervisait le dossier du glyphosate à l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA), un certain Jess Rowland. Un type ouvert, ce Jess : depuis qu’il a pris sa retraite, début 2016, il bosse comme consultant pour l’industrie chimique. Tranquille ! Et, à l’EPA, il était déjà à tue et à toi avec Monsanto. C’est l’une des énormités dénichées par « Le Monde » (5/10) dans la masse de documents que la firme, poursuivie par des malades du cancer, a dû livrer àla justice US. « Jess se mettra en retraite de l’EPA dans cinq ou six mois, écrit un cadre de Monsanto dans un mémo, le 3 septembre 2015. Et il pourrait encore npus être utile dans la défense en cours du glyphosate. » Thank you, Jess ! Les « Monsanto Papers » éclairent aussi d’un jour très frais l’affaire de Gilles-Éric Séralini. En 2012, ce biologiste de Caen publie une étude qui fait un effet bœuf à la une des journaux : ses rats nourris avec un mais arrosé de glyphosate ont développé des tumeurs énormes.

    Monsanto riposte au bulldozer et, quelques mois plus tard, bingo ! l’étude est « rétractée » de la revue scientifique qui l’a publiée. Du jamais-vu : d’habitude, seule une fraude justifie un retrait. Mais le rédacteur en chef de la revue s’est montré arrangeant : en sous-main, et depuis 2012, il était payé… par Monsanto, 400 dollars l’heure. Plus c’est gros, plus c’est miam !

    Dans un livre-enquête, Marie-Monique Robin révèle bien d’autres coups fourrés. Dès 1981, Monsanto a ainsi manipulé ses propres études pour planquer des résultats alarmants sur les risques de cancer…

    Acheter des experts ou infiltrer les agences sanitaires : le mode d’emploi est simple comme l’étiquette d’un désherbant !

    Dans le Canard enchaîné du 11 octobre 2017.

    Sun Oct 15 12:45:30 2017 - permalink -
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  • Chers chômeurs volontaires

    Comment pervertir et pourrir une bonne idée… Démonstration par le ministère du Travail…

    Que voilà une idée qu’elle était généreuse : le candidat Macron avait promis que les travailleurs indépendants et les salariés démissionnaires (volontaires, donc, pour quitter leur emploi) pourraient bénéficier des allocations de chômage au même titre que leurs copains mis à la porte par leur patron.

    Même si l’on ne comprenait pas bien l’utilité d’une telle mesure, personne n’a moufté car elle ne coûtait pas trop cher — moins de 1,5 milliard, avait chiffré le candidat. L’Institut (libéral) Montaigne, lui, avait tiré la sonnette d’alarme en évoquant un coût de 2,7 milliards. Ce sera plus, beaucoup plus : de 3 à 5 milliards en vitesse de croisière, selon une étude du ministère du Travail (« Les Echos », 3/10). Et même entre 8 et 14 milliards (admirons la précision) la première année, en raison de l’effet d’aubaine de la mesure. Si, aujourd’hui, il n’y a que 50 000 chômeurs indemnisés après une démission (notament pour suivre un conjoint muté), l’aubaine risque en effet de susciter des centaines de milliers de vocations.

    Pfff… Que je suis tristesse de voir ce mythe propagé par le Canard… L'utilité de cette mesure, c'est l'émancipation, c'est donner les moyens à chaque membre de notre société de se poser pour faire le point sur sa situation, d'envisager sereinement une ré-orientation (dans une autre société commerciale, dans un autre secteur d'activité, etc.), d'avoir les moyens de quitter un taff (devenu) déplaisant sans monter au conflit avec l'employeur⋅euse, etc. Bref, permettre à chaque individu de trouver sa juste place dans notre société. Quant aux travailleur⋅euse⋅s indépendant⋅e⋅s, c'est parfaitement logique qu'en échange de cotisations, il⋅elle⋅s soient couvert⋅e⋅s comme les autres contre le risque d'une perte d'activité…


    Du coup, le ministère du Travail se gratte la tête et envisage la possibilité de réduire le montant des allocations de chômage, des « volontaires » comme des autres. On n’ose croire que c’était le but de la manœuvre !



    Sinon, les premières réunions entre Macron et les représentants des syndicats majoritaires laissent entendre :

    • allocation de retour à l'emploi pour tou⋅te⋅s. Reste à savoir si c'est dans l'optique d'émancipation que je décris ci-dessus ou si c'est dans l'optique de forcer les démissions (harcèlement, menaces, etc.) afin que les sociétés évitent de payer des indemnités de licenciement ;

    • financement par la CSG (qui augmente) plutôt que par des cotisations salariales (elles sont déjà supprimées dans le budget 2018) et patronales ;

    • entrée de l'État à l'Unedic jusqu'alors paritaire (représentant⋅e⋅s des salarié⋅e⋅s et des employeur⋅euse⋅s à parts égales)… D'un côté, ça pourrait permettre d'insuffler une vision politique lors de la négociation des conventions, de l'autre ça pourrait permettre à l'État de se liguer avec le patronat pour tordre le bras aux salarié⋅e⋅s lors des négociations…

    Dans le Canard enchaîné du 11 octobre 2017.

    Sun Oct 15 12:44:48 2017 - permalink -
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  • Roundcube Webmail send all written messages, at writing time, to Google(/NSA) by default | Popolon gblog3

    Par défaut, les anciennes versions de Roundcube envoyaient les messages rédigés à l'API Google spell check pour en vérifier l'orthographe. Depuis la fermeture de l'API par Google, Roundcube envoie les messages rédigés à http://spell.roundcube.net, l'implémentation de l'API de Google par l'équipe Roundcube. C'est génial, non ? :)

    Le package Roundcube présent dans Debian (j'ai vérifié Jessie et Stretch) est configuré pour utiliser l'extension PHP pspell + aspell, donc tout va bien, les messages restent en local. Comme quoi, ça peut avoir du bon d'installer une appli web via le gestionnaire de paquets de son système GNU/Linux. \o/

    Sinon, on peut aussi désactiver tout ça et effectuer la vérification orthographique côté client avec n'importe quel navigateur web + aspell sous GNU/Linux. On peut même y ajouter Grammalecte pour la correction grammaticale.

    À force de vouloir faire multiplateformes et simple pour l'utilisateur⋅rice, on fini par tout déporter côté serveur (voire dans le "cloud", lol) et à faire fuiter la vie privée desdit⋅e⋅s utilisateur⋅rice⋅s vers des serveurs distants, même dans le monde du logiciel libre… Profonde tristesse. :'(

    Popolon adresse la même remontrance à Wordpress mais je n'ai pas trouvé le plugin spellcheck de tinyMCE dans l'arborescence de la dernière version stable de Wordpress.

    Via Irina sur #arn.

    Tue Oct 10 18:38:26 2017 - permalink -
    - https://popolon.org/gblog3/?p=335&lang=en
  • Vendredi 13 octobre à partir de 18 h au Shadok : réunion-apéro mensuelle ouverte | Alsace Réseau Neutre - Fournisseur d'Accès à Internet associatif en Alsace

    Vendredi soir, ARN, Fournisseur d'Accès à Internet associatif strasbourgeois tiendra son apéro mensuel ouvert à tou⋅te⋅s, sans inscription préalable, à partir de 18h au Shadok (25 presqu’île André Malraux à Strasbourg).

    C'est le moment idéal pour venir nous rencontrer, échanger avec nous, etc. Il n'y a pas d'ordre du jour mega formel : on ne parle pas que d'ARN ni que des FAI associatifs mais aussi du numérique à Strasbourg et alentours, de la vie de la cité, des banalités, etc.

    Viens échanger avec nous. :)

    Mon Oct 9 13:37:14 2017 - permalink -
    - https://www.arn-fai.net/node/98
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