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  • Quelques notes sur la crise (et ses origines) au Venezuela

    Je me demandais dans quel état est le Venezuela et quelles en sont les causes. Le numéro 157 de CQFD m'apporte des élements de réponse en interrogeant Fabrice Andreani, doctorant à Lyon-II qui étudie la révolution bolivarienne.

    • Lock-out pétrolier et commercial en 2002 défait par une offensive militaire et populaire. Chávez tente d'empêcher la privatisation rampante de l'entreprise pétrolière PDVSA et de lancer une réforme agraire, ce qui déplaît fortement aux dirigeants de PDVSA et au patronat. Pour éviter la fuite des capitaux tant annoncée, Chávez réinstaure un contrôle étatique du taux de change ;

    • Mais la complicité de hauts-fonctionnaires chavistes permet l'émergence d'un juteux business, qui profite aux grands patrons proches du pouvoir, basé sur la falsification d'importations et la revente au marché noir des pétrodollars assignés par l'État pour payer ces importations fictives ;

    • Les entreprises nationalisées tournant au ralenti (manque d'entretien, gréves, corruption, etc.), l'État s'endette toujours plus pour financer de l'investissement en infrastructures ;

    • Ces dettes (auprès de créanciers chinois) ne sont viables que si le prix du pétrole reste élevé… Or, il s'écroule en 2014 ;

    • Tout cela accentue la pauvreté, génère des émeutes et des pillages. Le lynchage des voleurs redevient à la mode. Le taux de meurtres explose ;

    • Maduro refuse l'aide humanitaire extérieure car elle est perçue comme un cheval de Troie impérialiste ;

    • Le Tribunal suprême de Justice a invalidé l’élection de députés indigènes sur des soupçons de fraudes jusque-là non avérés ;

    • Des militants du parti de Maduro, regroupés en réseau de comités, revendent les vivres acheminés par l'armée. Une entreprise militaire liée à l'entourage de Maduro et des multinationales chinoises, russes et nord-américaines extraient des minerais, au mépris des populations autochtones. Le pouvoir repose sur les trafics de devises et de drogues ;

    • Vient le moment de révoquer Maduro par référendum. Le Conseil national électoral l'annule, tout comme les élections régionales et syndicales ;

    • Ce qui était un harcèlement judiciaire, policier et miliciens des dissidents du parti politique au pouvoir (PSUV) se transforme, dès 2015, en chasse aux actes illégaux ordinaires (petite et moyenne contrebande), d'où des milliers d'expulsions de logements publics et des dizaines d’exécutions sommaires. Enlèvement des têtes pensantes contestataires (comme la procureure générale Ortega). Arrestations et condamnations de militants en marge des déplacements de Maduro. Informateurs sociaux du PSUV dans les quartiers populaires qui ont la culture de la protestation de rue afin de casser le mouvement populaire d'opposition ;

    • En mars 2017, le Tribunal suprême de Justice se substitue au Parlement ;

    • Aucun groupe chaviste anti-maduriste ne peut se prévaloir d'une base populaire significative. Le Madurisme récolte encore 10 à 15 % des faveurs du corps électoral ;

    • Maduro préfère payer la dette nationale plutôt que de demander sa restructuration afin d'éviter tout audit qui dévoilerait l'identité des opérateurs du trafic énorme de devises initié sous Chávez.
    Sat Oct 7 13:32:37 2017 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?elmN-w
  • Blog Stéphane Bortzmeyer: Deuxième lien Internet pour la Corée du Nord, ça se voit où ?

    Une démonstration supplémentaire de la manière de vérifier la véracité (fact-checker) des informations concernant Internet qui sont diffusées dans des coupures de presse en se reposant sur l'aspect public d'Internet.

    Donc, l'article de 38 North dit qu'un opérateur Internet russe connecte désormais la RDPC, qui n'était auparavant connectée que par la Chine. Vu le caractère… spécial de la Corée du Nord, cette connexion n'est pas une pure affaire de business et a sans doute nécessité une approbation par Moscou. Comment la vérifier ?

    […]

    Il s'agit donc bien d'un russe, TransTelecom.

    Maintenant, est-ce que cet opérateur russe est vraiment utilisé ? […]

    Le lien tout neuf n'est donc pas utilisé pour l'instant. Ceci dit, la situation change régulièrement. Le 4 octobre, il n'y avait plus qu'un seul préfixe annoncé via TransTelecom, le 175.45.178.0/24 et lui est bien routé directement vers Star JV […]

    Peut-être le lien vers TransTelecom est-il un lien de secours, prévu pour faire face à d'éventuelles sanctions chinoises ? Ou peut-être tout simplement le nouveau lien est en cours de configuration et que la situation n'est pas tout à fait stable ?

    Fri Oct 6 11:10:28 2017 - permalink -
    - http://www.bortzmeyer.org/star-jv-transtelecom.html
  • Quand le social finance les banques et les multinationales

    Et si l'on demandait à des investisseurs privés de financer des programmes sociaux innovants et que la puissance publique finance le retour sur investissement uniquement en cas de succès du programme ? What could go wrong?!

    Et si, pour monter ces dossiers, on faisait un mille-feuille d'acteurs variés qui prendraient chacun leur marge au passage ? Une autorité publique, un organisme financier intermédiaire (qui organise le tour de table des investisseurs et récolte les fonds), un opérateur (entité qui mettra en œuvre le programme social) et des cabinets d'audit (pour vérifier que les objectifs du programme social ont été atteint, ce qui déclenche le retour sur investissement financé par la puissance publique).

    Inspirés des Social Impact Bonds (Angleterre), les premiers contrats à impact social ont été signés fin 2016 en France et sont précisément tout cela.

    Générer du profit en utilisant les personnes en détresse que l'on transforme en marchandises,
    transformer l'action sociale-humaniste en logique purement comptable,
    mettre en compétition les initiatives innovantes en matière sociale en brisant le modèle de coopération entre pouvoirs publics et associations de terrain au bénéfice d'un modèle prestataire/délégataire,
    uniformiser et lisser les actions sociales (on ne s'adapte plus aux besoins concrets de chacun⋅e, comme si l'on pouvait répondre à un besoin commun de manière identique pour tou⋅te⋅s les bénéficiaires, comme si le social était un service unique qu'il suffit de vendre),
    promouvoir le culte du chiffre (va mesurer le bonheur et le bien-être avec des chiffres),
    promouvoir le culte de l'efficacité (oui, même le traitement de la détresse doit être productiviste et envoyer du chiffre),
    exclure, de fait de ces programmes, et marginaliser encore plus les personnes les plus en détresse afin de faire du chiffre,
    faire reculer la démocratie (si les investisseurs choisissent quelles actions sociales méritent d'exister ou nom en jugeant simplement sur leur rentabilité, à quoi sert la puissance publique ?).

    Le tout premier Social Impact Bonds censé réduire la récidive des prisonniers de Peterborough, a été abandonné en cours de route par le privé, obligeant le public à le reprendre. Les contribuables ont donc payé la mise en place du SIB puis l'action sociale elle-même. Joli. :)

    Via Siné mensuel numéro 68.

    Autre article, de 2024, dans Basta : Les contrats à impact social : « cheval de Troie de la financiarisation des associations ».

    Exemple de contrat à impact social en 2024 : « Fin 2023, le conseil départemental a signé un contrat à 4,5 millions visant à réinsérer les autoentrepreneurs allocataires du RSA. La puissance publique recourt à des investisseurs privés pour financer l’action sociale, avant de les rembourser avec intérêts. Mediapart publie cette fructueuse convention. »

    Thu Oct 5 19:27:24 2017 - permalink -
    - http://www.associations-citoyennes.net/wp-content/uploads/2016/05/CAC-LivretSIB-mai2016.pdf
  • Les gouvernements européens veulent renforcer l'oligopolisation des infrastructures télécom | Fédération FDN

    La commission ITRE du Parlement européen (c'est-à-dire un sous-groupe de parlementaires qui bossent sur une thématique donnée) a adopté le futur code européen des télécoms. Maintenant, il s'agit de concilier ce que veulent les parlementaires européen⋅ne⋅s, qui va plutôt dans le sens de l'intérêt général et ce que veulent les gouvernements des États-membres de l'UE (représentés au sein du Conseil de l'UE), qui va plutôt dans le sens des gros acteurs télécoms bien établis. Cela va se faire lors de réunions à huis clos très opaques entre des représentant⋅e⋅s du Conseil de l'UE, du Parlement UE et de la Commission européenne nommées trilogues. Affaire à suivre…

    Le pire a été évité, grâce à une majorité des membres de la commission à l'Industrie, à la Recherche et à l'Énergie (ITRE), qui ont résisté aux appels en faveur d'une large dérégulation du secteur. La version adoptée hier en commission laisse suffisamment de marge de manœuvre aux Autorités de régulation nationales (ARNs) pour faire face aux situations oligopolitistiques tout en tenant compte des réseaux communautaires et autres fournisseurs d'accès coopératifs ou sans but lucratif, par exemple en permettant à ces dernier d'accéder aux réseaux de fibre optique ou en promouvant un accès partagé et sans licence au spectre radio, essentiel au développement rapide de réseaux abordables et résilients.

    Les membres du Parlement européen responsables du texte -- comme la rapporteure, Madame Pilar del Castillo, connue pour être proche des intérêts de l'opérateur espagnol Telefonica -- vont désormais être en charge de négocier avec le Conseil de l'Union européenne, qui représente les gouvernements européens. Mais ces soi-disant « négociations en trilogue » manquent clairement de transparence, ce qui les rend difficiles à suivre. Ceci est d'autant plus inquiétant lorsque l'on sait que le Conseil de l'UE a proposé des amendements très inquiétants, visant à revenir sur les politiques pro-diversité et à encourager l'oligopolisation des infrastructures télécom.

    Le Conseil demande un moratoire de 7 ans sur la régulation après de nouveaux déploiements de réseaux (comme les nouveaux réseaux en fibre optique). Les autorités nationales de régulation n'auraient alors aucun moyen d'imposer aux premiers arrivés des obligations encourageant la concurrence, ce qui donnerait aux grandes entreprises de télécommunication toute lattitude pour étendre leurs positions d'oligopole au détriment des réseaux communautaires et autres opérateurs alternatifs. […]

    Concernant le spectre radio, le Conseil entend en préserver le contrôle par les gouvernements, ce qui leur permettrait de poursuivre leur politique qui bénéficie aux acteurs les plus puissants au lieu de faire un usage de ce bien commun qui aille dans le sens de l'intérêt général. En particulier, cela nuirait aux efforts de la Commission visant à développer et étendre l'accès et le partage du spectre sans licence, qui permet le développement d'opérateurs alternatifs et stimule la diversité dans le secteur des télécommunications.

    Sur les aspects institutionnels, le Conseil veut laisser les États membres décider de l'autorité qui assurera la surveillance du marché et défendra les droits des utilisateurs. Ce faisant, il permet le contournement des ARN et prend le risque de saper toute forme d'intervention indépendante au niveau national, ainsi que toute forme de coordination au niveau européen.

    Thu Oct 5 12:29:59 2017 - permalink -
    - https://www.ffdn.org/fr/communique/2017-10-04/les-gouvernements-europeens-veulent-renforcer-loligopolisation-des
  • La régulation et l'économie de marché…

    Le marché ne mène pas à la vertu, sauf par accident. Mais une contrainte légale simple (ici une mention de la retouche) peut avoir un effet. Aucun acteur du marché n'était capable de choisir seul la solution vertueuse. Il fallait l'imposer pour qu'elle devienne évidente.

    Quand des textes comme ça sont discutés, les cyniques disent "Gnagna mondialisation, marchera pas". En fait, l'angle clef, c'est de chercher une mesure simple, que toute la profession peut assez facilement adopter, qui aille ds le bon sens. Quand c'est fait sur un marché jugé important, les effets sont toujours plus larges. Et le marché européen est toujours important. C'est pour ça que l'Europe peut beaucoup. C'est triste qu'elle fasse aussi peu, et aussi souvent n'importe comment. Sur la protection des donnés, la sécurité informatique, l'ouverture logicielle et matérielle, la neutralité du net, etc. Nous pouvons. La seule question est de savoir si nos politiques veulent.

    Quand les acteurs du marché n'arrivent pas seuls à la bonne solution et qu'il faut intervenir, on parle d'équilibre de Nash. Le concept vient des maths, de la théorie des jeux. Si chacun joue pour soi seul, on arrive sur un équilibre sous-optimal. Et en pareil cas, en faisant coopérer les joueurs (genre, en mettant un régulateur, ou une loi), on peut forcer le bon équilibre. On pourra utilement lire : https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Forbes_Nash … et https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89quilibre_de_Nash … (section "Optimalité"). L'aspect amusant ? Les maths datent de 1950-53. Les économistes ont compris l'effet dans les années 90. Les politiques, souvent pas encore.

    Mon Oct 2 20:53:37 2017 - permalink -
    - https://tttthreads.com/thread/914897644518027264
  • Benjamin Bayart, Grand Sorcier de l'Internet option vie privée [EN DIRECT] - YouTube

    Excellente entrevue avec Benjamin Bayart sur plein de sujets : importance de la vie privée, l'intelligence artificielle n'existe pas, ne pas mélanger les prédictions et les faits, intérêts du big data, castes, origine de la dette souveraine, extrême-gauche radicale des années 70-80, état d'urgence justifié de manière illogique, lutte antiterrorisme, loi renseignement, etc. J'en recommande le visionnage. :)

    Stratégie politicienne.

    Pour le moment ça ressemble à la stratégie habituelle c'est-à-dire qu’on fait fuiter dans la presse un texte qui dit « on va faire rentrer tout ça », histoire que tout le monde se mette à hurler parce que c'est dégueulasse. Puis du coup ils vont en enlever la moitié. Du coup tout le monde dira « victoire ! On a obtenu que le gouvernement recule sur pouet pouet » et puis bah la moitié sur laquelle on n'aura pas réussi sera passée […] En général, la partie la plus dure est là juste comme un chiffon rouge pour nous énerver. Typiquement, le fait que, quand t'es assigné à résidence, tu dois communiquer tous tes identifiants, […] ça, ça doit être la deuxième ou la troisième fois qu'ils essaient de le faire rentrer dans une loi de prolongation de l'état d'urgence et ça a toujours été retoqué, ou bien par le Conseil d'État quand ça passait devant le Conseil d'État, ou bien par l'assemblée qui disait « non, ça, ça passera par un contrôle constitutionnel » et là ils essayent de le remettre, non pas dans une loi de prolongation de l'état d'urgence mais dans le droit commun… C'est à peu près évident que ça ne passera pas ça. Simplement, il faut quand même respecter les règles du jeu du cirque médiatique et politique. Donc on est d'accord, c'est le renouveau politique Macron tout neuf machin juste à l'ancienne comme ses prédécesseurs. Donc cette tactique qui consiste à annoncer énormément avec deux ou trois trucs très très gros qu’ils vont retirer… Simplement, il va falloir qu'on hurle et comme ils les retireront, on devra dire qu'on a eu une petite victoire alors qu'en fait on a eu une vraie défaite parce qu'ils auront réussi à faire passer de la merde quand même.



    Intérêts de caste, privilèges, etc. Question posée : quelqu'un qui vote Macron, il sait ce qu'il fait ?

    D'une certaine façon, oui, consciente ou non. En général, le public qui vote Macron, c'est le public dominant, c'est le public pour qui la société actuelle convient : ce sont des gens qui sont plutôt éduqués, plutôt blancs, plutôt riches. J'entends par « riche » pas forcément milliardaire, hein, […] c'est qui ont un boulot et pour qui ça va raisonnablement bien si, tu veux. Ils ont pas très peur d'être au chômage, ils ne se demandent pas comment on va faire pour nourrir les gamins, ils n'ont pas renoncé à acheter de la viande parce qu'ils n'en avaient pas les moyens, ils continuent à se chauffer l'hiver. Tu vois, ce n'est pas riche avec des salaires de PDG, c'est juste des gens pour qui ça va bien en fait. Et si tu regardes, ce sont les dominants de la société actuelle : c'est des gens qui sont plutôt cadres startuper, qui ont absolument aucune crainte du chômage, qui n'ont pas l'idée de ce que c'est que de passer deux ans sans boulot et d'arriver en fin de droits. […] En fait, c'est la France qui va bien qui vote Macron, c'est la France pour qui la société actuelle est correcte quoi, elle marche, elle apporte les bonnes réponses… Je ne sais pas si l'électorat Macron est conscient du fait qu'il est la puissance dominante et opprimante de la société actuelle, mais il l'est et il vote selon ses intérêts de caste : l'intérêt de caste de tous ces gens-là, c'est que la société ne change pas puisque c'est un modèle qui, certes, détruit plein de gens, mais qui leur permet de vivre bien. Ils en sont contents. […] Ils vont arrêter de réfléchir en mode Macron au fur et à mesure qu'ils vont tomber dans la misère. C'est-à-dire que ce n'est pas les tranches hautes de cet électorat, c'est les tranches basses, toutes les petites gens pour qui ça va à peu près bien, qui votent Macron parce que c'est modéré, que quand même, on ne va pas voter Le Pen parce que c'est du fascisme et tout ça et tout ça…



    État providence et l'excuse de l'explosion de la dette souveraine.

    Je n'ai pas lu, dans le programme du gouvernement actuel, l'idée de faire un traitement social de la misère, c'est-à-dire l'idée de faire en sorte qu'il n'y ait plus de miséreux en France, point. La France est assez riche pour que personne ne meurt de faim et pour que personne n'ait d'angoisses, ni en matière de logement, ni en matière d'alimentation, ni en matière d'éducation, ni en matière de santé. On a les moyens financiers de ça, simplement la répartition actuelle des richesses fait que ça n'a pas lieu.

    La dette vient essentiellement de l'intérêt de la dette, c'est-à-dire que la dette ne vient pas du déficit. Elle vient du fait qu'on paye des taux d'intérêt parce qu'on emprunte sur les marchés. Quand les gens de gauche disent qu'on cesse d'emprunter sur les marchés et qu'on emprunte à la banque centrale européenne, au même taux que la BNP quand elle se refinance, juste au même taux que la BNP, c'est-à-dire à peu près de peau de balle, et, tout d'un coup, le service de la dette diminue. C'est 30-40 milliards d'euros par an les intérêts de la dette. [NDLR : 42 milliards ] […] Ça fait un putain de trou, 40 milliards d'euros tous les ans, juste d'intérêts sur la dette. Qu'on paye pour rien, il n'y a aucune raison puisque le garant en dernier ressort c'est toujours la banque centrale européenne. Donc que la banque centrale européenne se porte garante de la dette de la France ou que ça se fasse via des investisseurs à qui on emprunte et qui eux vont se refinancer à la banque centrale européenne, c'est toujours le même jeu, simplement entre temps, on a nourri des intermédiaires inutiles, […] tout le système financier qui est derrière, les gens auprès de qui on emprunte et qui eux vont refinancer leur dette. L'air de rien, quand ils doivent emprunter auprès de la banque centrale, il faut qu'ils viennent avec des titres solides qu'ils apportent en garantie. Et c'est quoi les titres solides qu'ils apportent en garantie ? C'est de la dette d'État française ! C'est de la dette d'État allemande ! Donc en fait, la France emprunte à des taux d'intérêts non nuls à des banquiers, à des compagnies de bancassureurs, des investisseurs, etc. qui, eux, iront se refinancer auprès de la banque centrale européenne en empruntant à taux nul et en apportant comme garantie les titres de dettes. Donc la France va juste déposer ses titres à la banque centrale et obtenir de l'argent en échange et ça fera bien pareil. […] Les traités européens nous l'interdisent […] les traités fondateurs de la banque centrale européenne. […] Typiquement, la banque centrale européenne n'avait pas le droit de faire du ce qu'on appelle du quantitative easing, c'est-à-dire le fait d'émettre de la monnaie et ils se sont mis à le faire et à le faire en très grande masse après la crise de 2008 pour sauver le système bancaire, mais ils le font toujours en passant par l'intermédiaire des banques. Ça pourrait se faire en prêtant directement à l'État, c'est ce que fait la réserve fédérale américaine. Juste, nous nous le sommes interdit.



    Extrême-gauche et attentats politiques en Europe.

    Il y a eu un travail très fort pour détruire toute la sphère d'influence de l'extrême gauche. Alors, qu'on s'entende : quand je parle d'extrême gauche, je ne parle pas de Mélenchon et de son orchestre, je parle de la vraie extrême gauche, celle d'Action Directe, celle des brigades rouges, l'extrême gauche très dure. […] Typiquement, les petits bouts qui en reste, c'est les antifas, même si ceux-là sont relativement softs. […] En fait, l'intérêt qu'avait l'extrême gauche comme structure sociale, cette extrême gauche là, c'est qu'elle récupérerait les exaltés et qu'elle les politisait, elle les éduquait. Ça en faisait pas des gentils, ça en faisant pas des tendres, mais quand ces gens-là décidaient de passer à l'acte de manière violente, ils le faisaient de manière très réfléchie et ce qu'ils faisaient de plus gros comme attentat, c'était de séquestrer un PDG et de l'exécuter. Je pense au PDG de Renault, par exemple. Ils ne visaient pas la foule, ils n'essayaient pas de faire dérailler les trains et de tuer des gens et de tirer dans la foule dans un concert. Ça prenait la forme d'un attentat politique, d'un attentat disant « OK, l'ennemi c'est le grand capital donc on va abattre le grand capital, on séquestre le PDG de Renault on l'exécute ». […] Je ne dis pas que c'est bien de faire ça, je dis que c'était une façon pas si bête de récupérer toute une génération d'exaltés et de les amener à faire de la politique au lieu de faire juste de la violence. Comme tout ce milieu d'extrême gauche n'existe plus et n'est plus capable d'absorber les exaltés, c'est les djihadistes qui les récupèrent, et eux, ils ne cherchent pas à les politiser, ils ne cherchent pas à les instruire, ils ne cherchent pas à leur expliquer Marx tome 1, tome 2, tome 3, non, ils cherchent juste à les faire passer à l'acte et vite. […] Je ne trouve pas que ça soit mieux. Le modèle où on en faisait des militants extrémistes très durs et qui, en général, finissaient en prison, n'était pas forcément plus malsain. Mais, ça fait une trentaine voire une quarantaine d'années que tous les services de police en Europe ont peur des attentats d'extrême-gauche. […] Il y a un contrôle assez fort, et qui continue, de toutes les mouvances extrêmes, même des mouvances anarchistes, alors qu'il n'y a pas eu d'attentat anarchiste en France depuis plus de 100 ans. Il reste un contrôle policier très très très fort parce qu'il y a une peur. Pas tellement que l'État perde ses pouvoirs régaliens, car je ne crois pas que ces mouvances-là puissent faire 51 % à une quelconque élection que ce soit. […] Après, il se trouve qu'effectivement, typiquement les milieux anarchistes, pour ce que j'en ai lu, développent une pensée politique un peu plus structurée que celle du parti socialiste. Tu me diras c'est pas très dur.



    La radicalisation aurait lieu sur Internet, fliquons Internet ?

    ‒ Quand t'entends les politiques dire que les gens se radicalisent sur Internet, ça te fait penser à quoi ?
    ‒ Ben, c'est parfaitement vrai. Les gens se radicalisent sur Internet, les gens bradent sur Internet aussi, les gens baisent sur Internet, les gens font tout sur Internet. Donc, en fait, les gens qui se radicalisent, ils se radicalisent dans le monde dans lequel ils vivent : au 19e siècle, ils se radicalisaient au bistrot, au 20e siècle, ils se radicalisaient dans des manifs, ils se radicalisaient à la télé, ils se radicalisaient en écoutant les discours des politiques et en se disant que c'était des mensonges.



    Justification illogique de l'état d'urgence.

    [ NDLR : L'état d'urgence, les lois sécuritaires à gogo ] c'est de la logique Shadok, ça marche super bien : s'il n'y a pas d’attentats, les politiques expliquent que c'est grâce à l'état d'urgence, donc il faut le maintenir [ NDLR : donc on ne te rendra jamais les libertés qu'on t'a sucré ]. S’il y a des attentats, les politiques expliquent que c'est parce qu'il n'y a pas assez d'état d'urgence, donc il faut le renforcer. Donc, en fait, ils ne démontrent jamais rien, ils ne démontrent jamais que c'est utile**. […] Ça relève de la croyance, c'est exactement de la logique Shadok : si tout va bien, c'est parce qu'on pompe, si ça échoue, c'est parce qu'on pompait pas assez fort et qu'il faut pomper plus donc dans le doute on continue à pomper.



    De l'impossibilité d'une lutte antiterrorisme 100 % efficace.

    ‒ Si un jour on dit voilà c'est de votre faute, on aurait pu choper tous les terroristes d'un coup via le renseignement ?
    ‒ En fait on n'aurait pas pu, c'est ça le problème. […] C'est pas un problème de technique. […] Quasiment tous les terroristes qui ont agit ces derniers temps étaient fichés. Ils étaient fichés, c'est-à-dire qu'on savait très bien qu'il y avait un problème avec eux. Pourquoi ils n'étaient pas surveillés ? Pourquoi on n'a pas vu ? […] Parce qu'en fait, pour surveiller quelqu'un à plein temps, il faut, je ne sais plus, 20 ou 25 fonctionnaires de police […] Il faut un budget de malade mental.
    […]
    Il y a des questions que je ne vois pas être traitées par les politiques et qui pourtant me paraissent importantes. Pourquoi quelqu'un qui a grandi en France a envie d'aller tirer dans la foule et de mourir abattu par la police ? Pourquoi ? C'est intéressant comme question. Je te rappelle que la réponse d'un précédent premier ministre qui est en train de se débattre dans l'Essonne pour savoir s'il est élu [ NDLR : Manuel Valls ] disait que chercher à comprendre, c'est déjà excuser, et pourtant c'est fondamental. Comprendre ça, c'est vachement intéressant et je ne vois pas le politique travailler là-dessus.



    Quelques mots sur la loi Renseignement de 2015.

    La loi Renseignement permet la surveillance ciblée, ce qui n'est pas forcément malsain en soi. Quand il y a une suspicion légitime, contre quelqu'un, d'appartenir à la pègre, de faire du blanchiment d'argent, de préparer du terrorisme, de pratiquer l'évasion fiscale, que les services de renseignement aient les moyens de mettre, légalement, sous surveillance, sur écoute, d'aller poser des micros et de faire toutes les barbouzeries qu'ils font depuis toujours, mais qu'il y ait un cadre légal dessus, je trouve ça plutôt quoi, c'est plutôt bien.
    […]
    Puis, dans la loi Renseignement, il y a les critères pour faire ça et ils sont très flous et souvent, ils ne correspondent pas avec l'intérêt général. Typiquement, quand on te dit « défendre les intérêts des acteurs économiques importants pour la nation » dans le texte, je ne suis pas tout à faire certain que défendre les intérêts d'un actionnaire privé ce soit dans l'intérêt général de la France. […] [ Pour lutter contre l'espionnage industriel international ], je pense que c'est plus efficace de former les start-ups à la protection de leurs données, un peu d'éducation informatique, un peu d’hygiène en matière de sécurité informatique, ça fait toujours du bien. […] Quand tu regardes la définition légale, […] on t'explique que c'est les entreprises qui ont une importance vitale pour la nation donc ce n'est pas des start-ups, c'est Orange, c'est Thales, Total, Elf, etc.



    Vie privée sur Internet.

    Il y a des choses qui n'ont pas de sens. Je te donne deux exemples très bête. Tu veux utiliser un site de rencontres pour draguer. Si, sur ton profil, tu mets ton vrai âge et une photo de toi et ton vrai prénom, t'es pas tellement anonyme quoi, à part le nom de ton patron, il ne manque pas grand’chose et je te parle d'un service relativement accessoires mais déjà t'es pas tellement anonyme et, en fait, si sur ton profil tu ne mets pas ta photo, tu perds 90% des contacts potentiels, parce que les gens savent pas à qui ils parlent, ce qui est relativement logique. […] Typiquement, tu décides que tu veux être un peu protégé, mais tu utilises Twitter. Oui, mais toutes les données qu'a Twitter, il les a quand même : c'est ton compte, sur lequel t'as tweeter telle et telle chose, t'as liké telle et telle chose, t'as passé tant de temps à regarder telle pub et ils le savent, toutes ces infos-là, même si tu passes par des proxies et des machins, ils les ont. […] La vraie question est quelles informations ils collectent à ton insu, ça c'est très embêtant, typiquement le petit like Facebook que tu vois en bas de tous les articles de blogs, de tous les articles de presse, etc. Il permet à Facebook, même si tu n'as pas de compte chez eux, de savoir ce que tu as vu, quand, à quelle heure, ce que tu regarderas après et du coup de faire du profiling : il a regardé un article sur ça puis un article sur ça, donc, du coup, c'est probablement un mec blanc dans la trentaine instruit avec tel niveau de revenus. […] Ils n'ont pas besoin de t'identifier exactement parce qu'ils s'en foutent, ils veulent pas avoir ton nom, ton prénom, ton adresse, ils s'en cognent de ça. Ils voient à peu près à quelle catégorie socioprofessionnelle t'appartient du coup t'es encore un peu jeu pour qu'on te propose les couches senior et t'es un peu vieux pour qu'on te propose les bouquins pour réviser le bac. Ils ciblent très vite en termes de marketing. Ils voient bien si tu es plutôt dans les très pauvres au RSA et à galérer en fin de mois ou si tu es plutôt du genre à te dire que ça fait trois ans que t'as pas changé de BM et il faudrait que tu en achète une neuve.



    Importance de la vie privée. Voir aussi Habermas.

    Tu ne peux pas développer une pensée autonome si tu te crois surveiller. Quand tu te penses légitimement surveiller, tu développes une forme de paranoïa. C'est pas que tu t'auto-censure, c'est pas seulement ça. Ce n’est pas parce que je vis sous le régime Ben Ali, je ne critiquerai pas le gouvernement, je ne vais même pas en parler à ma femme, à mes gosses, à mon voisin, j'en parle à personne parce qu'il y a tellement de gens qui coopèrent avec la police en espérant grappiller un petit quelque chose, un bakchich, un passe-droit, un truc, il y a tellement de gens prêts à collaborer avec la police donc ça va se retourner contre moi, que je parle à personne. J'ai encore un peu d'idées sur j'aime pas le gouvernement, mais je ne le dis pas. Ça, c'est l'autocensure. Mais, en fait, quand tu te penses surveiller, quand tu te sais surveillé, il y a des formes de pensée que tu ne développes plus. C'est le principe de la pensée de meute : si tu vis tout le temps en groupe, tout le temps avec des gens qui te surveillent, tu es incapable de formater, de conceptualiser une idée qui soit non cohérente avec le groupe, et donc, quand tu te sens surveiller, il y a des formes de pensée que tu n'es plus capable de développer et donc tu ne peux pas avoir une pensée politique dissidente dans un système de surveillance massive. […] C'est nécessaire une pensée dissidente. […] Et si t'es pas capable de développer une pensée qui soit hors de la norme établie, alors on est plus en démocratie parce qu'en fait tu n'es plus un être libre. La vie privée, c'est-à-dire le droit de développer une pensée autonome potentiellement en désaccord avec la majorité bien pensante de la population, c'est nécessaire. C'est nécessaire parce que sinon ça veut dire qu'il n’y a plus de pensée politique, il n'y a qu'une pensée de meute. […] On stérilise l'esprit critique, […] on empêche le développement de la pensée.



    Propriété des données personnelles et accord préalable à tout traitement.

    Les données que j'émets sur ma vie m'appartiennent. Si j'avais une montre connectée, ce qui n'est pas mon cas, et que donc elle mesure en permanence mon rythme cardiaque, ma pression artérielle, […] tout ce que ça veut. Tout ça génère des données sur moi. Je les envoie et je les stocke chez un prestataire mais je considère que ces données m'appartiennent. Personne ne devrait y accéder pour faire quoi que ce soit sans mon accord. Un organisme public de recherche veut faire des études statistiques sur la santé et d'un côté voudrait accéder à mon dossier médical pour savoir de quoi je suis malade et de l'autre côté accèder à ces mesures en continu pour pouvoir alimenter son analyse. Pourquoi pas, mais il faut mon autorisation. […] Ces données, je dois pouvoir les reprendre, je dois pouvoir les amener ailleurs, je dois pouvoir exiger qu'elles soient effacées. On doit considérer qu'elles sont à moi et que l'entreprise qui les hébergent les hébergent en mon nom et ne peut rien en faire sans mon accord. De la même manière, Faceboo collecte des traces de toute ma navigation. Pourquoi pas. Mais, dans ce cas-là, on doit, à mon sens, considérer que Facebook est mon prestataire et héberge en mon nom mon historique de navigation et que s'ils veulent le lire pour faire du profilage publicitaire, il faut mon accord. S'ils veulent pouvoir le vendre à un tiers, il faut mon accord. Non pas de principe, mais à chaque fois qu'ils veulent le vendre et je dois pouvoir retirer cet accord et je dois pouvoir récupérer ces données, je dois pouvoir les faire effacer.



    L'ANSSI.

    Quand ils publient des guides d'hygiène informatique, ils sont plutôt bons, quand ils font des préconisations en matière de sécurité, elles sont plutôt bonnes. […] Quand ils font du conseil au gouvernement, ils font ça bien. Quand le gouvernement a des velléités de foutre la merde dans le chiffrement, l'ANSSI rappelle, de manière assez forte, que, non, le chiffrement de bout en bout est une nécessité impérieuse en matière de sécurité pour les gens et pour les autres et pour les entreprises. […] L'ANSSI fait du bon boulot là-dessus, le gouvernement ne suit pas. Quand la note de deux-trois pages qu'a écrit l'ANSSI fuite dans la presse, c'est parce que le gouvernement ne suit pas. Je ne sais pas d'où vient la fuite, est-ce qu'elle vient de quelqu'un dans les conseillers gouvernementaux ou est-ce qu'elle vient de quelqu'un à l'ANSSI, mais quelqu'un s'est rendu compte que c'était une grosse connerie de ne pas les écouter et a fait fuiter… Mais la note était de très bonne qualité, le gouvernement reçoit les bons conseils depuis la bonne instance donc cette instance fonctionne.



    Accompagner le changement des sociétés ou provoquer un changement violent.

    Quand une société change, il y a un risque que les puissants ne soient plus les mêmes et donc les puissants d'avant ont envie de le rester et s'opposent aux changements et ont peur du changement et ce genre de craintes-là, ça se traduit toujours par le fait que les puissants ont peur du peuple parce qu'ils ne comprennent pas et qu'ils ont peur de perdre le pouvoir. [ Soit le changement est violent, car la société casse, comme la décapitation d'un roi ], soit le changement se fait en douceur c'est-à-dire que le monde se réforme et change sans forcément finir en guerre civile sans, forcément finir dans un bain de sang, juste le monde change et donc les structures de pouvoir s'ouvrent. Typiquement, tout le boulot qui a été fait par Etalab […], tout ce qui est notion d'open data, d'open government, de mise à disposition de plein de données publiques, où la puissance publique accepte de dévoiler ce qu'elle fait et donc où les gens ont le droit de regarder, ont le droit d'en faire des choses […] et de travailler sur de la donnée publique, ça permet plein de choses, c'est une forme de transparence où l'État dit publiquement ce qu'il fait et c'est plutôt bien […] Tu peux voir le verre à moitié vide et dire que c'est très inabouti, que c'est encore insuffisant et qu’il faudrait faire dix fois plus, dix fois mieux, oui, m'enfin c'est un vrai bon mouvement dans le bon sens et c'est plutôt bien. […] Ça, c'est plutôt du mou du mouvement de la société se réformer et du coup elle va changer sans casser. Et puis tu as des tas de rigidités. Typiquement la loi Renseignement relève des rigidités, les velléités d'empêcher le chiffrement des communications ça relève des rigidités, de l'incapacité à comprendre, mais de si tu veux que l'amendement de François Fillon en 1996 sur le paquet télécom qui disait que pour ouvrir un site web […] il faut demander une autorisation d'émettre au CSA, c'était une rigidité, c'était une peur, tout le monde se fout de ce truc-là et le trouve totalement ridicule aujourd'hui.



    Dangerosité (ou non) du Big Data & l'usage qu'en font les compagnies d'assurances.

    Big data, ça veut dire grosse masse de données. Est-ce que les grosses masses de données permettant de faire des calculs statistiques, c'est quelque chose d'utile ? Tous les chercheurs en sociologie te diront que oui, c'est l'évidence même. Après, ce qu'on appelle big data, c'est-à-dire le fait que des entreprises utilisent des grosses masses de données pour faire ce qui sert leurs intérêts à elle, ça peut faire quelque chose d'utile ? Bah oui, pour les entreprises en question mais pas pour toi. Je prends un exemple que j'aime beaucoup c'est l'usage du big data par les compagnies d'assurance. Le principe même, la définition de l'assurance, c'est de mutualiser le risque. C'est de dire : OK, on te couvre contre l'infarctus du myocarde et donc on couvre toute la population contre ce risque-là. Et, en fait, en moyenne, il y a X personnes sur un million qui ont un infarctus dans l'année et donc ils vont coûter cher à soigner mais comme on est 66 millions en France, ça fera que tant chacun à payer d'assurance maladie qu'on appelle sécurité sociale et du coup, le risque est très facile à mutualiser. […] Or, si tu regardes ce que cherche à faire les compagnies d'assurance avec toutes les données statistiques qu'elles peuvent collecter sur toi, c'est établir ton profil de risque pour assurer en payant très très peu cher d'assurance les gens qui présentent très peu de risques et puis faire payer très cher aux autres. C'est-à-dire en fait ne plus mutualiser. […] C'est juste idiot, c'est totalement idiot parce qu'en fait ça veut dire que tu ne mutualises plus le risque et si tu ne veux pas mutualiser le risque, tu ne t'assures pas, c'est vachement simple en fait. Puisque, si vraiment t'as aucun risque, si tu présentes un profil mettons absolument idéal sur tel jeu d’assurances, mais, même si on te propose un contrat à deux euros par mois, c'est deux euros trop cher puisqu'il n'y a pas de risque, tu ne vas pas payer deux euros pour couvrir un risque nul, c'est débile. Donc, en fait, ce n'est intelligent que si on part du principe que c'est mutualisé, qu'on couvre pour tout le monde et que c'est 3,50 € pour tout le monde et là, ça a du sens. Effectivement, toi, tu présentes très très très très très peu de risques. Si jamais, par extraordinaire, ça t'arrivait, ben tu serais couvert. Ça t'arrivera probablement pas ben t'as payé 3 euros pour rien mais toute façon, ça permet de couvrir les autres donc t'as plutôt créé une société plus douce et un peu égalitaire, un peu pas mal où on aide les gens qui n'ont pas de bol. Mais, ce que font les compagnies d'assurance en faisant ça, c'est qu'elles sont en train de se rendre inutiles. Elles sont en train de tuer la […] poule aux œufs d'or. […] C'est une vision court-termiste et parfaitement idiote de leur métier.



    Qu'est-ce que réellement l'intelligence artificielle ?

    Je sais que c'est le terme approprié, c'est un terme que j'accepte d'utiliser quand je discute avec des informaticiens parce qu'on est entre gens du métier. Moi, j'ai étudié ça quand j'étais à l'école : l'un de mes sujets de spécialisation, c'était les réseaux de neurones, notamment les cartes de Kohonen pour les gens que ça intéresse. Dans la discussion en vrai français de tous les jours, je refuse d'utiliser ce mot-là parce que c'est un mot qui porte plein d'a priori dans la tête des gens. En particulier ça suppose qu'on va rendre une machine intelligente, ce qui n'est pas le cas. Aucun algorithme à aucun moment n'est doté ni de volonté ni de sentiments, il n'est donc pas intelligent. […] Il n'est pas doté de conscience non plus. […] Si l'on parle d'intelligence artificielle, le jour où on en trouvera une, parce que ce n'est pas fait ça, alors il faudra réfléchir à quels sont ses droits, quels sont ses devoirs et à quel point est ce que c'est un citoyen. Mais, il se trouve que pour le moment, tout ce qu'on fabrique, c'est pas ça du tout. Ce qu’on te vend sous le nom intelligence artificielle, c'est juste un petit peu d'analyse statistique et un petit peu d'analyse structurelle. […] Bah oui, les statistiques, c'est prédictif. Si je lance une balle, tu vas la rattraper, c'est prédictif. Parce que statistiquement, 99,9999 fois sur 100, quand la balle suit telle trajectoire, elle arrive à tel endroit et tu l'as rattrape. Il se trouve qu'une fois de temps en temps, elle est déviée par quelque chose à laquelle tu as pas fait gaffe et du coup tu la rates, mais ça c'est de l'analyse statistique et prédictive. Ça peut même être de l'analyse structurelle parce qu'il se trouve que tu calcules super bien de tête, que tu as donc su évaluer la force et l'impulsion et les mouvements que j'ai donnés à la balle et t'as fait du calcul de trajectoire, tu sais que c'est une parabole et du coup tu places ta main au bon endroit. […] C'est les deux formes se soit disant intelligence artificielle que l'on a qui sont soit de l'analyse structurelle, soit de l'analyse statistique à partir de laquelle on fait des prédictions. En moyenne, les gens qui ont regardé tel et tel et tel article du catalogue Amazon ont acheté tel truc et donc Amazon, il fait des stats et il fait « OK, t'as cherché le tome 1, le tome 2 et le tome 3 d'Harry Potter, je vais te proposer le tome 4 ». Tu parles d'un bon résultat statistique quand même.



    Pourquoi la prétendue intelligence artificielle nous épate tant ?

    Il se trouve que l'analyse statistique fait régulièrement ressortir des choses hyper surprenantes et que toi t'es incapable de lire à l'œil nu. L'exemple relativement classique c'est on analyse tout ce que tu achètes quand tu fais tes courses, mettons t'as la carte de fidélité de la supérette en bas de chez toi, puis tu fais tes courses régulièrement. On va être capable à partir de ça de dire plein de trucs que toi, tu ne sais pas sur ta vie privée. Parce qu’on a des modèles prédictifs là-dessus. Typiquement, quand t'as pas le moral, t'as tendance à acheter tel produit plutôt que tel autre et du coup, on arrive à dire que t'es déprimé… Si ça se trouve, tu t'es même pas rendu compte consciemment que tu étais dans une petite phase de dépression. […] On arrive à détecter si t'es malade, on arrive à détecter quand les femmes sont enceintes, [où quand on va se séparer] parce qu'il y a tel ou tel comportement dans les achats qui change. Ça c'est de l'analyse statistique prédictive et c'est très surprenant parce qu'en fait ça sait des choses sur toi dont t'es même pas forcément encore conscient ou que tu n'avais pas accepté de dire ou que tu n'as pas encore émis l'hypothèse de faire. Ça ne pose pas forcément problème, ça dépend qui en fait quoi.



    Les prédictions ne sont pas les faits, elles ne valent rien en matière de justice.

    Imagine, toi t'as un fils, […] dans ses comportements sur Internet, on décèle rapidement qu'il va devenir juge ou journaliste ou quelque chose dans un pouvoir qui est un peu plus dur qu'aujourd'hui. Si on l'identifie comme personne à risque pour le pouvoir dès le départ, ça peut poser problème. Tu ne dois pas pouvoir reprocher aux gens une analyse statistique tu dois pouvoir reprocher aux gens ce qu'ils ont fait. […] Typiquement, tu te sépares d'avec ta copine, il se trouve que c'est plutôt mouvementé, que ça se passe pas bien, que vous engueulez vraiment beaucoup… Statistiquement, en fait, il y a un risque que ça dégénère vraiment en crime passionnel, y a un risque, mais en fait, tant que t'as pas cédé à la pulsion, ce n'est pas un crime passionnel, il n'y a pas de crime passionnel. Si tu contrôles ta pulsion ou qu'elle contrôle sa pulsion et qu'elle te plante pas le couteau qu'elle a dans la main et qu'à la place, elle plante le couteau dans la table et puis elle prend son sac et elle se barre, il n'y a pas de crime passionnel et, en fait, tant que ça n'a pas eu lieu, tu ne peux pas savoir. Les statistiques disent que la probabilité d’un crime passionnel vient de passer, pendant ce moment-là, de 0,00001 % à 35 %, c'est colossal, mais ça n'a pas eu lieu et quand bien même ça aurait atteint 99,9 %, tant que ça n'a pas eu lieu, il n'y a pas de faits à reprocher. Ça peut justifier que les voisins s'en mêlent parce que vous criez et ça devient dangereux. On appelle la police, la police vient, elle calme tout le monde, c'est relativement classique, mais il n'y a pas de motif à incarcération, y a pas crime. Et ça, c'est un problème de fond en droit : tu ne peux pas condamner les gens pour des choses qu'ils n'ont pas encore faites, c'est l'évidence même, tous les juges le savent. […] La préparation peut être un crime. Typiquement préparer un acte de terrorisme, même si on ne le réalise pas, est en soi un crime, mais tu vas pas du tout en prison avec le même quota que si tu as réellement réalisé un acte terroriste.



    Peut-on encore décentraliser Internet ?

    C'est une grande question parce qu'en fait, c'est une question qui est pleine de tristesse. Peut-on être encore heureux dans le monde moderne ? J'espère bien sinon il faut se pendre. Peut-on encore créer une société un peu juste malgré… tu mets tout ce que tu veux derrière, le gouvernement le grand capital, les méchants ? J'espère bien, sinon on peut se pendre. Donc oui, j'espère qu'on peut encore décentraliser Internet. La technologie le permet donc on peut encore fabriquer des bouts d'internet neutres, propres, décentralisés qu'on opère nous même.



    Dangerosité de la sécurité informatique sous le manteau.

    [ La NSA et la DGSE ] sont très dangereux, parce qu'ils cherchent, voire ils fabriquent des failles. […] Ça leur arrive de contribuer à des projets et de laisser exprès traîner des failles dedans. Ces failles sont un danger public pour tout le monde, ça sera exploité par des gens malveillants, par des malfaiteurs, c'est le nid de tous les ransomwares aujourd'hui [ NDLR : WannaCry utilise une veille faille trouvée par la NSA, faille que la NSA n'a pas signalé et qu'elle s'est faite voler ]. Susciter ou maintenir ces dispositifs, affaiblir la qualité de la sécurité logicielle, c'est mettre en danger tout le monde.



    Conseil aux jeunes générations.

    Cultivez-vous, apprenez les choses le plus possible […], militez, faites des choses, ne restez pas enfermé chez vous, vous avez toute la connaissance du monde à portée de la main. Faites ce que vous voulez, faites du pain comme mon camarade à qui il manque une patte, passionnez-vous pour n'importe quoi, mais passionnez-vous pour quelque chose. […] Faites un truc, ce que vous voulez mais un truc.

    #Thinkerview

    Mon Oct 2 20:23:30 2017 - permalink -
    - https://www.youtube.com/watch?v=VBsLSfPs2PE
  • xkcd: Self Driving

    To complete your registration, please tell us whether or not this image contains a stop sign:

    Answer quickly - our self-driving car is almost at the intersection.

    So much of "AI" is juste figuring out ways to offload work onto random strangers.

    "Crowdsourced steering" doesn't sound quite as appealing as "self driving."

    \o/

    Mon Oct 2 13:44:29 2017 - permalink -
    - https://xkcd.com/1897/
  • Quatre ans avec Atos

    Intéressant retour sur les intermédiaires obligatoires pour travailler dans le public, avec leurs marges, leurs pratiques, etc.

    La Commission [ NDLR : européenne ] n’engage pratiquement pas directement de consultants externes, qu’ils soient employés ou indépendants. Il faut passer par un intermédiaire qui a remporté un contrat-cadre, marché public oblige.

    Les intermédiaires sont légions dans le monde belge de l’informatique, aussi bien dans le secteur public que dans le privé. Des sociétés privées font largement appel à eux pour dénicher des freelances. Dans certains cas, ces intermédiaires disposent d’exclusivité, de telle sorte qu’il n’est pas possible pour la société commanditaire ou l’organisme public d’engager directement.

    C’est largement le cas à la Commission européenne. Pour commencer mon nouveau boulot, il me fallait donc passer par un intermédiaire.

    On me suggère de passer par Atos, à l’époque “Atos Origin”, une société multi-nationale qui sert déjà de conduit à mes futurs collègues. Il y aurait bien, peut-être, une autre possibilité, mais sans certitude; parfois le premier intermédiaire sur la liste n’est pas prêt à céder sa place au second, même si c’est un partenaire commercial, et puis pas besoin de chercher plus loin me dit-on. Tout cela est nébuleux, et nouveau pour moi. Je n’ai pas vraiment le choix, et mon choix ne semble de toute façon pas avoir beaucoup d’importance, le rôle de l’intermédiaire étant limité.

    J’entre donc en contact avec Atos et je signe un service agreement, document qui reprend les éléments essentiels de la collaboration : identité des parties, taux journalier, lieu des prestations, et durée. Entre sociétés commerciales (car je suis indépendant, il ne s’agit donc pas d’un contrat de travail), il n’en faut pas plus pour constituer un contrat.

    Mais Atos veut que je signe également un contrat plus formel, reprenant en détails les obligations de chaque partie. Le document qu’on me soumet fait plus de dix pages. Rapidement, je m’aperçois que les conditions sont tout à fait déséquilibrées, et qu’il s’agit de faire porter la charge de toutes sortes d’obligations au consultant, sans contrepartie pour Atos.

    Ainsi, une clause prévoit, de manière très large, qu’en cas de faute (sans plus de précision), je devrai indemniser Atos d’un montant de 50.000 euros. Une autre clause prévoit le remboursement de tous les montants que j’aurais touché, sans limite dans le temps — autrement dit, potentiellement un an ou plus de rémunération — en cas de faute certes grave, mais l’indemnisation est proprement délirante. […] Je note encore que lors de mon départ, je serai forfaitairement redevable d’une somme de 5.000 euros, pour former la personne qui me remplace.

    […]

    Je contacte le commercial chargé du suivi de mon dossier, qui m’explique que cela est “normal”.

    […]

    Il était clair que je ne signerais pas en l’état, et que ma réflexion porterait uniquement sur les moyens à mettre en œuvre pour ne pas signer. Il y eu bien un rappel mais, misant sur la bureaucratie de ce genre de sociétés et évitant de répondre aux relances, la signature de ce contrat tomba dans les oubliettes corporate. En tout cas pour l’instant, car ce contrat se rappellera à mon bon souvenir quatre ans plus tard.

    Je savais combien je facturais par jour à Atos, mais je n’avais aucune idée de ce que Atos facturait en retour à la Commission, et quelle était leur marge bénéficiaire. […] Interrogé sur ce point, les réponses du commercial étaient évasives : cela dépend de votre contrat-cadre, je n’ai pas accès à cette information, nous travaillons toujours de la même manière, etc. Mais le contrat-cadre étant public, tout cela n’était finalement que secret de polichinelle pour qui savait naviguer dans les méandres administratives, et il ne fut pas difficile de trouver un fonctionnaire pour me donner les chiffres.

    Il s’avéra qu’Atos se réservait une marge comprise entre 14,5% et 22,5% sur nos contrats. Cela peut paraître énorme au non-initié, mais c’est la norme. 20% de marge sont considérés comme normal. Oui, cela veut dire que sur un an, vous laissez plus de deux mois à l’intermédiaire. C’est censé le rémunérer pour le temps passé à poser le besoin du client, puis à vous trouver, avec tous les coûts connexes du commercial : bureau, salaire, bonus, voiture, etc, la bureaucratie, les coûts pour répondre aux appels d’offre qu’il faut bien amortir et les pertes de temps, en ce compris tous les cas où le candidat ne convient pas.

    […]

    S’il est normal de rémunérer l’intermédiaire pour son travail, cela semble moins naturel quand le recrutement s’est fait sans faire appel à ses services et sans son intermédiation, et que tout s’est fait directement entre le fonctionnaire et le développeur indépendant, fut-ce par l’entremise gracieuse d’un ami à un mariage. Dans ce cas, le seul “travail” consiste pour l’intermédiaire à apparaître après-coup, à faire signer un contrat (grossièrement inadapté) et à recevoir votre facture mensuelle pour refacturer le client, en empochant un bénéfice juteux au passage.

    Il s’avère que mes collègues étaient tous dans le même cas, et avaient trouvés d’eux-même leur chemin jusque ici sans l’aide d’Atos avant de devoir faire appel à leurs “services”.

    […]

    Puis, une année s’étant écoulée, aucune indexation ne nous avait été proposée, alors qu’Atos avait bien indexé de son côté. À cette époque, on parlait d’environ 2% par an.

    Vint le moment où nos contrats arrivaient à expiration. Ils allaient naturellement être reconduits, tels quels. C’est alors que les collègues et moi-même convînmes de renégocier nos tarifs.

    La première réaction du commercial fut sans surprise : non, ce n’est pas possible, il n’en est pas question, on n’a jamais vu cela, et si on doit le faire pour vous, alors il faudra le faire pour tout le monde, etc. Les échanges n’étaient en rien constructif, comme lors de ce dialogue risible auquel des collègues ont assisté : […] “Vous êtes payés trente jours fin de mois, alors que la Commission nous paie à trois mois; nous vous servons donc de trésorerie et cela justifie notre marge.”

    […]

    Le temps passait, et cela jouait en notre faveur, car nous étions prêts à accepter ce que la plupart des consultants redoutent: une interruption de nos contrats. Une fois nos contrats arrivés à leur terme, la Commission devrait se passer de nos services. Le fonctionnaire ne peut en aucun cas se mêler de ces aspects contractuels, au risque d’interférer avec les règles du contrat-cadre, mais rien ne nous empêchait de lui faire part, peu de temps avant d’arriver au terme, qu’Atos refusait de revoir sa marge jugée trop élevée compte tenu des circonstances. Cela allait mettre le service dans l’embarras, voire dans la difficulté, et nous en étions désolé.

    Le fonctionnaire ne pouvait donc pas intervenir mais, deux jours après cette brève conversation qui n’avait pour but que de le tenir informé, Atos nous recontactait avec une proposition. Le timing ne pouvait être qu’une heureuse coïncidence. Un nouveau contrat nous attendait, avec une marge réduite à 12%. L’affaire fut entendue. […]

    […]

    Un ami, arrivé peu de temps après moi dans un autre service, avait pour intermédiaire Intrasoft. Lui aussi eu droit à son mur du silence quant à la marge que s’octroyait son intermédiaire. Les langues se déliant, il calcula que leur marge s’élevait à 27%. C’était proprement délirant, plus d’un quart son travail tombait directement dans la poche de la multi-nationale. Là encore, il était hors de question de revoir la marge à la baisse. Et le ton n'était pas aux politesses. La commerciale fit semblant de pleurer lors d'une réunion, et une autre entrevue avec elle eut lieu, ce qu'il perçut comme malsain.

    Une autre société avait la réputation d’être encore plus agressive et de ne pas hésiter à assigner ses propres consultants en justice. Je crains même de la citer, faute de disposer d’éléments circonstanciés. Finalement, nous n’étions pas si mal lotis.

    Rien n'a fondamentalement changé depuis pour lui avec Intrasoft; il a récemment dû les relancer pour connaitre une éventuelle indexation et s'assurer que son expérience des dernières années était bien prise en compte.

    L’idée nous vient de devenir nos propres intermédiaires. Après tout, pourquoi pas? Les marchés publics sont ouverts à tous. Malheureusement, nous dûmes rapidement déchanter. Pour ce faire, il fallait se constituer sous forme de société anonyme, avec un capital assez élevé, et rassembler un nombre de CV de candidats en réserve bien trop important pour nous. Les indépendants ont malheureusement la faiblesse de leur indépendance et n’ont pas l’habitude de fonctionner de manière coordonnée. L’idée fut vite abandonnée.

    Tous les mois, nous devions remplir une feuille de prestation, communément appelée timesheet, dont le modèle nous était fourni par Atos. Dans un élan de bureaucratie, Atos cru bon de rendre les choses plus complexes. Je reçus un jour comme mes collègues un courrier postal m’annonçant qu’il faudrait désormais encoder nos prestations dans un autre système de traitement, en plus de remplir la feuille au format Excel.

    Ma première réaction fut de ne pas y donner suite, et d’attendre un premier rappel, puis un deuxième. Les collègues qui avaient obtempérés se plaignaient du caractère abscons du système, les messages d’erreurs et une absence complète d’ergonomie étant au rendez-vous m’avait-on prévenu.

    J’attendis encore quelques jours avant de me connecter. Un message d’erreur apparut dès que j’entrai mes identifiants. J’en informai Atos. Une correction me fut proposée et, à nouveau, j’attendis deux rappels avant de m’exécuter.

    Entre-temps, le commercial me glissa que le système ne donnait pas satisfaction et qu’il allait peut-être être abandonné. Je pris cela comme une confirmation de l’inutilité de faire le moindre effort. Le système fut effectivement abandonné après peu de temps, sans que je n’aie encodé la moindre donnée, au soulagement de ces utilisateurs malgré tout frustrés d’avoir perdu leur temps.

    Ainsi va la bureaucratie dans beaucoup de grandes sociétés privées.

    Les jours coulaient heureux à la Commission. Par rapport au secteur privé, notre rémunération était certes en retrait, mais nous bénéficions d’une sécurité implicite dans le renouvellement de nos contrats, et d’une stabilité sur les prix, donc cela ne nous dérangeait pas.

    Vint la crise financière. Atos adressa un courrier à ses consultants. Le ton était sibyllin. La missive nous disait en substance : C’est la crise, il va falloir faire preuve d’imagination.

    Mais la lettre ne disait rien de plus; et je la classai sans suite. Plusieurs semaines s’écoulèrent. Un week-end, un manager chez Atos me contacte. Au téléphone, la voix est jeune et hésitante. Il m’appelle au sujet de cette fameuse lettre. Je l’éconduis rapidement.

    Quelques minutes après, un autre appel. Cette fois, la voix est ferme, sèche et assurée, et le ton, agressif. Cette personne me dit en substance que c’est la crise, que les affaires ne sont pas bonnes, qu’il va falloir réduire notre facturation. Atos contacte de la sorte tous ces consultants.

    “Si je ne me trompe, le contrat-cadre est resté inchangé, et vous facturez toujours la même chose à la Commission, crise financière ou pas. Donc vous me demandez simplement de réduire mon taux horaire pour accroître vos marges, comme cela, parce que ça vous arrange.”

    […]

    Lundi, de retour au bureau, j’interrogeai mes collègues sur ce nouveau chapitre de notre collaboration forcée. Mais personne n’avait été contacté. J’avais fait barrage. Ce fut l’occasion pour moi de leur raconter cette épisode devenu comique une fois qu’il fut partagé avec eux.

    Vint pour moi le temps de quitter la Commission. Je pris contact directement avec mes fonctionnaires, pour leur annoncer mon départ prochain. Ils en prirent acte. Puis, et seulement après leur avoir parlé, je notifiai Atos que je mettais fin au contrat, ce qui déplut au commercial : Heu … j’aurais aimé être prévenu avant le client et d’autre part il y a qques détails à régler comme les jours de hand over free of charge ; on se recontacte lundi

    Ce commercial, contrairement à l’ancien un peu largué face à des consultants revêches, était plutôt agressif et désagréable. Le jeu était fixé : me taxer des jours de prestations, sous forme de “hand over free of charge”, soit des jours de formations ou de transfert de connaissance, sans contrepartie financière.

    […]

    Le soi-disant “handover” une simple indemnité en espèces sonnantes et trébuchantes. Il ne s’agissait pas de prester des jours gratuitement pour former mon successeur au profit de la Commission, mais bien de payer directement Atos. Et ce contrat bidon était bien réel.

    Passablement énervé par mon refus, il me dit alors qu’il était le boss, que c’était à lui de décider. “Qui est ton patron? Hein? C’est moi ton patron.”

    La conversation avait pris un tour surréaliste. Aucun commercial sensé n’aurait pris le risque de tenir ce genre de propos face à un indépendant, ouverture pour le consultant à invoquer un lien de subordination et donc, un contrat de travail déguisé, avec tout ce que cela comporte. Cette voie ne m’intéressait cependant pas, car il s’agissait pour lui de prendre l’ascendant sur moi, ou d’évacuer un trop-plein de frustrations. Je tentai de conserver un semblant de flegme. “Cette conversation devient désagréable. Non, vous n’êtes pas mon patron, car je suis travailleur indépendant. Vous n’êtes qu’un intermédiaire forcé en ce qui me concerne.” Il continua sur le même ton, en conclusion de quoi je me levai : “Il n’y a je pense plus rien à ajouter. Je vais à présent vous quitter.”

    Un collègue qui s’était résigné à signer l’infâme contrat fut contraint de verser 5.000 euros pour son départ. Cette clause du contrat n’avait rien de décoratif.

    Quelques jours plus tard, le commercial m’envoya un email me confirmant que j’avais raison et que j’avais bénéficié d’ “approximations” de leur service contrats.

    […]

    […] J’ai depuis appris à fuir ce genre de sociétés, à fuir ce genre d’écosystèmes dysfonctionnels, et je n’accorde pas une grande estime aux intermédiaires, surtout quand ils jouissent d’une situation monopolistique.

    Les pratiques agressives et arrogantes ne sont malheureusement pas limitées à l’industrie du développement logiciel. Et ce récit n’est rien comparé à l’emprise que des managers peuvent avoir sur leurs subalternes. J’avais la chance de pouvoir gentiment envoyer mes interlocuteurs à la gare, sans risque de perdre mon travail, même face à des menaces. De par mes qualifications, et de par la rareté des développeurs Java expérimentés sur le marché du travail, le rapport de force n’était jamais en ma défaveur. Mais tout le monde n’a pas ce luxe.

    Via Irina sur #arn.

    Sun Oct 1 20:29:49 2017 - permalink -
    - http://blog.ackx.net/quatre-ans-avec-atos.html
  • Les grandes oreilles bouchées des poulets

    Branchée en 2009 par Sarko, la Plateforme nationale des interceptions judiciaires (Pnij) souffre toujours de surdité partielle… Ça tombe mal : depuis le 12 septembre, son utilisation est devenue obligatoire pour tous les flics ! Ce qui ne l’empêche pas de coûter un bras aux contribuables. Au départ, la mise en service de ce système centralisé d’écoutes ordonnées par des juges et administrées par Thales était évalué entre 15 et 40 millions d’euros. La douloureuse dépasse aujourd’hui les 181 millions. Non mais, allô, quoi !

    Jusqu’au 12 septembre. les poulets pouvaient obtenir une écoute directement auprès des opérateurs téléphoniques - avec l’aval d’un magistrat. Désormais, toute demande doit être adressée à la Pnij. Sauf que « ça ne marche pas » se lamente un gradé de l’antiterro. « Le gouvernement veut une nouvelle loi pour chasser les barbus, mais on est incapable de faire avec ce qu on a ». Barbant!

    Un propos qui n’est ni radical ni isolé ! Le Syndicat des cadres de la sécurité intérieure (affilié à la CFDT) vient de réclamer au Parlement une commission d’enquête sur les failles opérationnelles de cette tuyauterie. La Cour des comptes s’était déjà penchée sur la question en avril 2016. Soulignant le coût exorbitant de l’outil et s’interrogeant sur le bien-fondé d’une gestion confiée à Thales, elle s’était alarmée des bugs à répétition, susceptibles de compromettre des enquêtes judiciaires. En écho, Manuel Valls avait déclenché… un audit. L’arme fatale ! Ses conclusions demeurent secrètes. Mais « Le Canard » a repéré quelques trous dans le filet. Premier exemple : les garnements utilisant pour leurs conversations téléphoniques un opérateur mobile virtuel (autre que les « grands », tels Orange, SFR ou Bouygues…) ont toutes les chances d’échapper aux grandes oreilles.

    Ne quittez pas !

    Deuxième exemple : impossible, en passant par la Pnij, d’obtenir la géolocalisation dæ suspects. Troisième exemple : une écoute réalisée dans le cadre d’une enquête préliminaire (sous la responsabilité du parquet) ne peut être réutilisable si la même enquête atterrit entre les mains d’un juge d’instruction ! « Si j’ai “branché” deux individus dans deux enquêtes différentes et que je soupçonne qu’il s’agit de la même personne, explique un commissaire de police judiciaire, je ne peux même pas comparer les voix. » De quoi rester atone.

    Le tout, évidemment, sans parler des pannes et des plantages en série, que « Le Canard » a déjà plusieurs fois évoqués. Heureusement, l’Etat et Thales ont tout prévu : un centre de secours, une sorte de « Pnij bis ». Installé où ? A Elancourt, pile-poil sur le site de la « vraie » Plateforme.

    Sans doute pour éviter les problèmes de branchement…

    Dans le Canard enchaîné du 27 septembre 2017.

    Sun Oct 1 16:18:18 2017 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?IlyiZg
  • La sortie de l'état d'urgence finit en dérapages

    La loi était censée en finir avec un régime d’exception. Elle le rend permanent. Bravo les artistes !

    Le projet de loi sur la sortie de l’état d’urgence, discuté ces jours-ci à l’Assemblée, file des angoisses à Emmanuel Macron. Comme le Président l’a expliqué à des proches, il s’agit d’éviter à tout prix que le débat ne parte en vrille et ne donne à Mélenchon le loisir d’élargir sa croisade contre les ordonnances « en faisant entrer les étudiants et les lycéens dans la danse », au nom de la défense des libertés publiques…

    Comme pour justifier ses craintes, des personnalités de droite qui ne lui étaient jusqu’à présent guère hostiles, tel le défenseur des droits, Jacques Toubon, dénoncent à leur tour une dérive « dangereuse ». L’ancien garde des Sceaux de Chirac ne prend plus de gants pour dénoncer ce projet de loi qui prétend préparer la sortie de l’état d’urgence mais qui l’intègre à la législation ordinaire. Cette loi « remplace les faits par le soupçon », a martelé Toubon (RTL, 25/9).

    Police de la pensée

    Autrement dit, en matière de terrorisme, les gens ne seront plus jugés pour ce qu’ils ont fait mais pour ce que la police et des magistrats penseront qu’ils sont susceptibles de faire. « C’est la loi des suspects ! » clament d’une même voix Toubon et l’avocat Henri Leclerc, figure emblématique de la gauche, en référence à la loi promulguée sous la Terreur, en 1793.

    Fait inédit en démocratie, la version de la loi examinée actuellement par les députés pousse le bouchon jusqu’à sanctionner les « mauvaises pensées ». Ainsi, son article 2 ne se contente pas de prévoir que les préfets auront la possibilité de fermer un lieu de culte qui serait le théâtre de paroles, d’écrits ou d’activités en faveur du terrorisme, ce qui pourrait sembler normal. Il vise également les « idées ou théories » qui ne seraient, donc, exposées ni oralement ni par écrit, et encore moins concrétisées. La machine à lire dans les cerveaux est fournie en option ?

    Hanté par l’inaccessible Graal du zéro attentat, le gouvernement a ainsi voulu se garder la possibilité d‘agir… même quand la police est incapable de dénicher la moindre preuve ! L’idée - réjouissante - qu’il vaudrait mieux sanctionner un innocent que de laisser un coupable impuni aurait-elle commencé à peindre dans l’esprit d’Emmanuel Macron ou du ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb ?

    Et Jacques Toubon de s’interroger : que se passera-t-il si « de tels textes, qui portent atteinte aux libertés, tombent entre les mains de gouvernements non démocratiques » ? Comme si c’était possible, en Europe… Cette indigeste tambouille législative bouscule d’autres principes fondamentaux. Elle mélange allègrement les compétences de la police adminisatrative (les poulets veillant à la sécurité publique sous les ordres du gouvernement) et celles de la police judiciaire (les flics enquêtant sous le seul contrôle des magistrats).

    Contrôleurs pour du beurre

    Quatre experts de la sécurité - guère connus pour leurs penchants gauchistes - s’alarment de cette situation dans une analyse très fouillée publiée sur le site Internet de L’Hétairie (un club de réflexion affiché, lui, à gauche). Ils expliquent que le texte va octroyer des pouvoirs judiciaires à la police administrative, qui pourra perquisitionner ou assigner à résidence à discrétion, ou peu s’en faut.

    Certes, les poulets devront solliciter l’autorisation du juge des libertés avant d’enfoncer la porte d’un particulier. Mais cette précaution semble relever de la coquetterie juridique. Comme le prédisent les auteurs, les policiers ne manqueront pas d’invoquer le secret-défense face aux magistrats et ne leur fourniront pas d’éléments concrets pour justifier leur demande de perquisition.

    Cache-cache |udlciaire

    Et pour cause : l’existence d’un indice sérieux impliquerait comme le veut la loi, le dessaisissement immédiat des services de renseignement au profit des juges et de la police judiciaire. Résultat : la justice devra, le plus souvent, se contenter de croire les flics sur parole et signer à la chaîne les permis de perquise…

    Les chiffres officiels, cités par un récent rapport parlementaire, laissent songeur. Le « rendement » des perquisitions administratives, indique-t-il, s’est révélé quasi nul durant l’état d’urgence, en vigueur depuis novembre 2015. Sur 4 300 visites domiciliaires, moins de 0,7 % ont débouché sur des dossiers concrets. A cet égard, une nouvelle loi s’avère d’autant plus inutile que le cadre strictement judiciaire permet déjà aux enquêteurs de procéder à toutes les perquisitions possibles, de jour comme de nuit.

    Mais les champions de la course à l’échalote sécuritaire n’en sont plus à une absurdité près…

    Dans le Canard enchaîné du 27 septembre 2017.

    Sun Oct 1 16:17:08 2017 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?U751vw
  • les fabricants d’imprimantes mis en cause par une plainte – HOP // Halte à l'obsolescence programmée

    L’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP) a déposé ce jour une plainte en obsolescence programmée et tromperie auprès du Procureur de la République de Nanterre. Les faits mettent en cause les pratiques des fabricants d’imprimantes qui visent à raccourcir délibérément la durée de vie des imprimantes et des cartouches. Les marques HP, Canon, Brother et en particulier Epson sont citées dans la plainte.

    Il s’agit de la première action judiciaire française sur le fondement du délit d’obsolescence programmée.

    Parmi les techniques relevées :

    • des éléments des imprimantes, tel que le tampon absorbeur d’encre, sont faussement indiqués en fin de vie ;

    • le blocage des impressions au prétexte que les cartouches d’encre seraient vides alors qu’il reste encore de l’encre.

    […]

    Le délit d’obsolescence programmée est puni d’une peine de deux ans d’emprisonnement et d’une amende de 300 000 euros qui pourra être portée jusqu’à 5% du chiffre d’affaires.

    Plus largement, l’association dénonce une augmentation continue du prix des cartouches – 2 062 € le litre d’encre ou deux fois plus cher que le parfum Chanel 5 ! – et la volonté des fabricants de garder la main mise sur ce business lucratif en faisant obstacle à l’utilisation des cartouches génériques qui coûtent moins cher.

    […] Ces faits pourraient aussi révéler une entente illégale entre les fabricants d’imprimante. C’est pourquoi nous avons également informé l’Autorité de la concurrence. Des millions de français propriétaires d’imprimantes pourraient être lésés. »

    […]

    Pour réussir ce défi, HOP lance dès aujourd’hui un appel aux dons sur la plateforme de financement participatif GoFundMe (https://www.gofundme.com/stop-aux-imprimantes-irreparables) afin d’obtenir les fonds nécessaires pour assurer les frais de justice.

    Un grand bravo pour cette initiative. \o/

    Via le Canard enchaîné du 27 septembre 2017.

    Sun Oct 1 15:21:41 2017 - permalink -
    - http://www.halteobsolescence.org/les-fabricants-dimprimantes-mis-en-cause-par-une-plainte/
  • Tout ça pour jouer aux petites voitures... | Haute Résolution

    Excellent papier sur la réforme des télécoms en cours dans l'Union européenne, sur le projet politique que cherche à concrétiser la Fédération FDN, sur la pertinence d'une vision européenne en tous domaines quand bien même la bureaucratie bruxelloise actuelle va à l'encontre des peuples. J'en recommande très vivement la lecture.

    Pour nous, il y a des questions importantes sur le plan économique : est-ce qu’il y a une place pour les petits opérateurs alternatifs et locaux dans le Digital Single Market ? Est-ce qu’on fera partie de l’aventure quand la directive qui a donné naissance au BEREC soufflera son quart de siècle ? Ce qui est très probable, c’est que nos associations seront toujours là, et qu’elles continueront leur travail d’analyse et de défense de la Neutralité du net. Ce qui est moins clair, c’est leur place sur un marché des télécoms globalement hostile.

    Paradoxalement, ce ne sont pas les questions les plus préoccupantes. Avant de se soucier de ça, il y a un autre volet de questions, qui découlent directement de notre mission d’associations de défense de la neutralité du Net : quelle société est envisagée dans ce grand plan quinquennal des télécommunications en Europe ? Est-ce compatible avec ce dont nous voulons ? Cette question, cet enjeu, c’est notre inquiétude première. De cette inquiétude découle une grille de lecture des textes de régulation des télécoms axée sur leur contribution à l’intérêt général. En effet, comme nous ne défendons aucun actionnaire –nous défendons nos membres, nous avons un projet de société autour d’Internet. Ça a l’effet curieux de nous donner une focale plus proche du service public que de la vision classique d’un opérateur.

    […]

    Commençons par le début : en entamant la lecture du texte, j’ai présupposé qu’intégré comme il l’est dans la stratégie du Digital Single Market, produit par la Commission qui est un organe exécutif en Europe, il était porteur d’un projet politique. Avoir un projet politique, c’est avoir une certaine idée de la société, vers quoi on tend en prenant des mesures législatives, en réformant, en allouant du budget à des institutions. En termes kantiens (oui, je sais), avoir un projet politique, c’est viser une fin, et accorder tous les moyens mis à sa disposition pour s’en approcher. Ainsi, on ne construit pas la même société (on ne poursuit pas la même fin) quand on alloue du budget à la recherche et qu’on prend des mesures pour la protection de la vie privée de ses administrés que lorsqu’on alloue du budget à la police et qu’on vote des lois pour surveiller les gens.

    Pour moi, le rôle du texte liminaire du Paquet Télécom est précisément de donner au législateur (le Parlement Européen, qui étudie le texte) une idée de la fin visée par la Commission, avant de présenter les moyens pour y parvenir (les dispositions légales). On a donc une vingtaine de pages qui sont censées expliquer la vision de la Commission, ses constats, ses buts, les études d’impact réalisées. J’ai lu ce texte en me posant la question : « avant même de savoir ce que contient la réforme, quelle est la fin visée et est-ce qu’elle est compatible avec la fin que je vise moi ? ».

    Hé bien, malgré ce qu’annonce la Commission sur la page d’accueil de son site web (« La commission européenne œuvre pour l’intérêt général »), l’expression « intérêt général » elle-même est à peine présente dans cette introduction (3). Autant dire qu’on se demande (pour ce que ça coûte de rajouter ce genre de propos en introduction d’une directive, je ne parle même pas d’en faire quelque chose de contraignant) si la Commission n’était pas en train de se moquer de nous, ou, autre hypothèse, d’assumer ouvertement que ce n’est pas le point dans sa réforme, auquel cas il faudrait changer alors l’introduction du site web, et assumer de ce côté-là aussi.

    Faire une grande réforme sur l’encadrement du numérique en Europe, n’en déplaise à Pilar del Castillo, rapporteure actuelle du texte, ce n’est pas juste viser qu’en 2025 on aura la 5G –ça c’est un moyen. On est quand même en train changer les règles du jeu de comment se construit ce qui aujourd’hui est le liant principal entre les européens. Pas uniquement entre les entreprises et leurs clients, non, entre tous les européens. Ce n’est pas rien. C’est ce qui fait que les universités peuvent mettre sur pied de passionnants projets de recherche qui couvrent plusieurs territoires à l’échelle de l’Union (4), c’est ce qui fait qu’on peut naître à Bruxelles, faire ses études à Madrid et fonder un start-up à Berlin (sans perdre contact avec sa famille), c’est ce qui fait qu’on peut discuter sur Twitter avec Thomas Pesquet qui est à l’ISS. Ce dont les gens se préoccupent et ce qui change la donne, ce n’est pas est-ce qu’il y aura de la 5G à tel endroit ou s’ils pourront rouler en voitures connectées demain.

    C’est par exemple : est-ce qu’ils pourront accéder aux informations et contenus culturels comme tout le monde depuis la campagne où ils résident, même pendant les heures de pointe ? Et pas demain dans 5 ans quand un opérateur daignera fibrer leur patelin, demain dans 48h, parce qu’ils ont déjà ces besoins et déjà ces pratiques culturelles là ? (5) En d’autres termes, est-ce que le réseau viendra donner un accès égal à la culture et à l’information pour tous, ou est-ce qu’on accepte l’idée de citoyens de seconde zone, qui ne peuvent pas regarder les mêmes séries que tout le monde, parce que c’est tout juste si un mail avec deux photos de vacances jointes passe, chez eux. La fin, c’est les relier à l’espace public. Le réseau, c’est le moyen.

    Quand j'avais commencé cet article, le rapporteur du texte était Gunther Oettinger, dont on sait par ailleurs qu'il est assez lié au monde de l'automobile et sensible à ses arguments. La voiture connectée (6) justifie beaucoup de choses dans le Paquet Télécom. Cette tendance n'a pas disparu quand le dossier a changé de mains. Le texte est focalisé sur des moyens (la voiture connectée en est un), non sur la fin.

    […]

    Or, avec une phrase introductive annonçant que « depuis 2009 », le monde a bien changé, on aurait pu s’attendre à un tableau un peu général sur ce que l’Europe est devenue, grâce au numérique, sur ce qui est permis grâce à la démocratisation de l’accès et des équipements techniques. Ce n’est pas exactement ce qu’on trouve. En prime, on nous propose pour demain « plus d’innovation ». L’innovation n’est ni une valeur en soi, ni un plan de société. Faciliter la mobilité entre les États membres de l’Union et la communication entre les citoyens pour renforcer leurs liens, c’est un projet, c’est une fin. Le moyen, c’est par exemple abolir le roaming, voyez où est le moyen et où est la fin ici.

    L’innovation, je ne sais pas ce que c’est comme projet. Innover, oui mais pour quoi, et surtout pour qui ? Ce n’est absolument pas clair que ça profitera à tous et toutes. Vraiment pas. Tu crois que les gadgets connectés hors de prix qu’on a vus au CES (c’est un des visages de l’ « innovation ») vont profiter à une large portion de la population, vont faire baisser le chômage, faire avancer des droits civiques comme la liberté d’expression, ou assurer la diversité de l’information dans une société démocratique ? Vraiment ? Les grands problèmes posés aujourd’hui à l’Europe (la montée des extrêmes, les flux migratoires, etc.), c’est vraiment la pomme de douche ou la voiture connectée qui vont les résoudre ?

    Quand on continue la lecture, on a un bout de réponse. Le mot « consommateur » revient régulièrement, et ce tout au long du texte législatif lui-même (159 occurrences dans la version déposée en septembre 2016, je n’ai pas pris en compte les nombreux amendements. Le mot « citoyen » n’en a que 27 sur les 283 pages du document). Clairement, ce ne sont pas des citoyens que ce texte concerne, mais des « consommateurs ». Je ne sais pas pour vous, mais je n’aimerais pas que mes droits civiques se restreignent au seul Code de la consommation. C’est assez choquant, de se voir rabaissé du rang de citoyen à celui d’individu poussant un caddie au supermarché. Je pensais être plus que ça en tant que citoyenne de l’Europe, et surtout : je pensais qu’Internet me permettait de faire un peu plus que de pousser un caddie virtuel.

    Ce qui est triste, c’est que, dans la bataille, ma position est celle de l’intérêt général. Juste, je pose la question : à quoi sert de construire un réseau européen, un wifi européen même (7) si le projet ne concerne en fait pas…les premiers concernés ? A quoi sert le réseau, dans cette vision des choses, à part engraisser des actionnaires ? A quoi ça nous sert ?

    Je ne suis pas passionnément Européenne. L’Union telle qu’elle est faite aujourd’hui l’est sur des bases qui ne sont même pas celles dont je veux. J’ai été investie dans assez de campagnes européennes avec La Quadrature pour comprendre ce que c’est que les instances dirigeantes à ce niveau. Je sais qu’il y a très peu de marge de manœuvre. Je sais qu’il y a beaucoup de lobbying. Je sais que le projet européen a d’abord été une question de libre-échange et de commerce, pas de droits humains.

    Mais je sais ce que je voudrais faire de l’Europe. Tenez, on vient de fêter l’anniversaire d’Erasmus. Le projet derrière Erasmus est de faire une Europe plus unie par l’échange de savoirs, par la discussion, par l’ouverture d’esprit de la jeunesse. Ça, ça me semble essentiel. L’union européenne, souvenez-vous, arrive quand même après-guerre, porté par la détermination de la France et de l’Allemagne de tout mettre en œuvre pour ne plus se taper dessus : des liens commerciaux forts, mais aussi des liens culturels, parce que mine de rien, se comprendre entre voisins, ça donne moins envie de se taper dessus. Faire voyager des étudiants, les laisser tisser des liens avec d’autres étudiants, leur permettre de faire circuler des idées, du savoir (ils reviennent chez eux avec ce qu’ils ont appris et peuvent partager leur expérience), ça, ça vise une société dont j’ai envie.

    De la même manière, mailler l’Europe grâce à des opérateurs locaux, qui sauront répondre efficacement aux problèmes locaux tout en donnant accès à ce qui relie aujourd’hui les citoyens à leur espace public –Internet, est une des réponses les plus intelligentes au défi de l’unification des territoires par la connectivité à Internet. C’est contre-intuitif pour un technocrate –qui se dit que si le marché est tout bien homogène avec la même offre partout parce que c’est le même méga-opérateur européen qui est présent partout, ça unifiera le territoires.

    Les territoires résistent à cela. Les géographes savent cela depuis...longtemps. Dans ma discipline, les Sciences de l’Information et de la Communication, on sait que le territoire, c’est aussi construit par des représentations médiatiques, par un jeu de distances très complexes entre le très local et le national. *Les journaux locaux, par exemple (et assez paradoxalement), sont de puissants vecteurs de cohésion du territoire national, parce qu’en parlant de choses très locales comme des grands sujets nationaux et internationaux, ils permettent d’intégrer le territoire local (la région, le département, la ville) dans un ensemble plus grand (le pays). Le Monde, édition nationale, ne construit pas ça, ou pas avec la même efficacité. Aujourd’hui, ce lien d’intégration dans un territoire local puis plus grand passe de plus en plus par le Web et Internet, par les réseaux sociaux notamment –et ça, c’est le domaine de ma thèse.

    Les télécoms n’échappent pas à ces dynamiques-là. Ils constituent une infrastructure particulière qui permet de construire ces liens complexes entre expression de soi, image du territoire, sentiment national. Ce que les gens font tous les jours en publiant la vue à leur fenêtre sur Instagram, c’est l’hypothèse que je tends à vérifier pour l’instant, ça les relie à leur territoire. Ça, c’est possible parce que la couverture 3G/4G dans le quartier est bonne. C’est plus facile de faire ça à Paris qu’au fond de la Corrèze. Je reformule : c’est techniquement plus facile de construire du lien avec son territoire à Paris qu’au fond de la Corréze.

    Pour rendre ça possible au fond de la Corrèze, pour que les paysages corréziens participent, aussi du patchwork bariolé des images ordinaires classées dans #europe, qui vient dire : « voilà à quoi ressemble l’Europe ici », pour que ce partage de représentations se fasse, c’est plus efficace d’aller chercher un opérateur local, qui connaît la topologie, les gens, les problèmes spécifiques à ce patelin, et qui saura y répondre de manière spécifique, certainement hors de tout plan de rentabilité, que de piocher dans la grille préfabriquée que MégaTélécom a concoctée depuis ses bureaux à Berlin.

    Ce qu’on nous prépare, c’est plutôt le deuxième scénario. Ça ne fera pas du réseau européen. Ça va relier, très bien, Rome, Berlin, et Paris. Relier Trifouillis-sur-Glotte à l’Europe, ce n’est pas rentable. Ça ne drainera jamais assez de consommateurs. C’est dommage, c’était essentiel.

    Le monde dont je veux n’est pas dans les cartons de la Commission et du Parlement. Ils préfèrent jouer aux petites voitures.

    Sun Oct 1 13:26:54 2017 - permalink -
    - http://hauteresolution.net/blog/articles/tout-ca-pour-jouer-aux-petites-voitures/14/
  • Ce que l'on nous fait faire | Le Club de Mediapart

    Quand on évoque les subventions publiques aux associations, on se focalise surtout sur le point de vue de l'association et le clientélisme que ça implique. Ce papier examine l'autre côté : urbanisation intensive, exil "dans la joie et la bonne humeur" de tout ce qui dépasse, simulacre de démocratie, etc. J'en recommande vivement la lecture.

    […] Au lieu de cette friche où zonaient des SDF, les carrés bien nets des bacs à légumes bio. Au lieu de ce squat hanté par on ne sait quels fantomatiques anars ou sans-papiers, un collectif d'artistes qui ouvre ses portes deux fois par an. Au lieu de ce camp de Roms, de la pelouse, une estrade et une buvette, des spectacles engagés. Tout est à sa place, on sait qui est où et qui fait quoi, plus une miette d'espace laissé à la marge, plus de rencontres hasardeuses, plus de coins interlopes. La ville est propre. Le prix du mètre carré augmente, la population s'embourgeoise et les édiles s'enorgueillissent du dynamisme associatif de la commune, qu'ils se réjouissent de soutenir par le saupoudrage de subventions qui pompent une partie du budget ainsi maigrement redistribué. […]

    C'est ainsi que s'accomplit l'enrôlement de la moyenne bourgeoisie et de la bourgeoisie culturelle prolétarisée, dans l'occupation intégrale de l'espace urbain, dans son gardiennage bénévole et dans la chasse au plus pauvre. Les populations précaires, marginalisées, qui trouvaient auparavant dans les interstices de la ville, ses terrains vagues, ses friches, ses maisons abandonnées, un refuge, sont réduites au trottoir avant de se résoudre à l'exil. L'urbanisation intensive, qui se fonde sur une conception de la ville non plus comme un espace commun à habiter mais comme une source d'investissement et de profits pour les bureaux d'études, les promoteurs et les possédants, fait disparaître peu à peu les espaces vacants. Mais les communes incitent aussi les habitants à gérer par eux-mêmes les dernières parcelles en attente d'être bétonnées puis livrées aux propriétaires. Et pour les sans logis, on encouragera une association d'architectes inventifs qui sauront imaginer la cabane parfaite pour le réfugié, le Rom, le SDF, sans toutefois leur céder le foncier sur lequel installer ces roulottes écoresponsables et qu'elles servent.

    Budget participatif, habitat participatif, démocratie participative où seuls participent les citoyens dont il n'y a rien à craindre du choix raisonnable de la couleur des pots de fleurs et de celui de l'emplacement du boulodrome là où la mairie l'a déjà acté, concours d'occupation des friches remportés par des associations aussi inoffensives que peu actives, domestication des associations et des collectifs contestataires : la paix sociale a un prix, assez bon marché.

    Gardienne de son frère de misère, qu'elle participe à chasser du lieu qu'il habitait ou pourrait habiter, l'association précairement logée et chichement subventionnée devient aussi la gardienne d'elle-même. Comment persister dans la critique politique et sociale, qui était parfois la raison d'être de l'association, quand sa survie dépend des petites subventions distribuées de manière discrétionnaire par l'équipe municipale et dont on sait qu'elles peuvent disparaître d'un trait de plume? L'action potentiellement subversive de ces occupations de l'espace public par des collectifs, ne peut que s'affadir, voire se transformer en relais docile de la politique du pouvoir en place, qu'elle critiquait tant au départ. En guise de réappropriation de l'espace public par les habitants quels qu'ils soient, un mille-feuilles associatif qui place les associations en concurrence pour la jouissance de lieux de plus en plus rares. Dès lors, on comprend pourquoi l'on trouve si peu d'associations, voire aucune, se proposant d'aider les familles Roms que la municipalité veut chasser du territoire, et leur préférence pour des actions ciblées sur des publics moins enracinés localement, les mineurs étrangers isolés par exemple. […]

    […] La marchandisation poursuit son avancée totalitaire. Tout est privatisé. S'organiser en collectifs, en associations de défense contre la violence du pouvoir économique et de ses alliés politiques, est maintenant une question de survie pour une part croissante de la population. Nous avons besoin de vraies cantines solidaires, de potagers locaux, de maraudes pour la récupération des rebuts utilisables, gâchis de la société de consommation, d'espaces où exposer l'art hors marché que les galeries refusent, de squats ou de nouvelles formes d'habitats pour loger ceux qui sont laissés à la rue, d'hébergement et d'accueil pour les réfugiés qui subissent les agressions de l’État policier. Le pouvoir l'a bien compris. Qui ne cède pas aux sirènes de la récupération et de la mise sous tutelle des actions politiques, sociales ou culturelles entreprises, se voit aussitôt traité en criminel. La bourse ou la vie est une alternative trop rude pour une dictature douce. La subvention ou la prison?



    Les budgets participatifs qui ont fleuri partout autour du globe me font halluciner. Les citoyen⋅ne⋅s peuvent décider quels seront les investissements réalisés par leur ville. Enfin… d'une fraction minoritaire des investissements, faut pas pousser non plus, hein. Mais… heu… N'y a-t-il pas déjà un endroit dans lequel tou⋅te⋅s les citoyen⋅ne⋅s devraient pouvoir décider de toutes les décisions impactant leur ville ? Est-ce que ça ne se nomme pas un conseil municipal ? Avec le budget participatif, dois-je comprendre qu'en fait je n'ai la main sur rien, que mon conseil municipal reste sourd et isolé dans sa tour d'ivoire, mais que, par grande bonté, il nous laisse, moi et mes concitoyen⋅ne⋅s, décider d'une toute petite fraction des investissements de notre ville ? De qui se moque-t-on ?! Contester le dernier PLU qui fait un cadeau démesuré à une grande société commerciale ou contester le dernier PPP qui manque de transparence, surtout pas, malheureux, c'est des choses de grandes personnes, ça ! Va plutôt jouer dans le bac à sable du budget participatif ! La démocratie meurt dès que s'approche un budget participatif car il est l'aveu même de l'échec de la démocratie, il signifie le renoncement à nos droits fondamentaux de citoyen⋅ne⋅s pour se contenter de quelques miettes… Oui, « le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée » est un droit fondamental qui nous a été confisqué (détails).

    Ces budgets participatifs ont amené le développement de sites web (il est convenu de dire « plateformes digitales collaboratives en ligne d'empowerment citoyen », u know) coûteux qui auraient pu servir à impliquer les citoyen⋅ne⋅s dans l'ensemble des décisions de leur ville et pas uniquement aux quelques miettes inoffensives que les élu⋅e⋅s ont bien voulu leur donner. Quel manque d'ambition, quel gâchis.

    Rien d'innovant ni de disruptif (comme il est convenu de s'exprimer de nos jours) ne peut émerger d'un budget participatif, car la ville veille à chaque étape : fixation des règles du jeu et des tranches du budget, étude de faisabilité, etc. Les projets qui ne sont pas dans la norme sociale actuelle ou les projets contestataires n'ont aucune chance, ils seront retoqués « infaisables », comme une banque retoque froidement un projet. À quoi sert alors la puissance publique ?! Comment faire émerger un débat sans idées/lieux contradictoires/contestataires ? On affaiblit le débat démocratique.

    Bref, c'est ce que je nomme la démocratie du⋅de⋅la délégué⋅e de classe : c'est mis en place et encouragé pour entretenir le culte de l'existence de la démocratie, la vraie, dans notre pays et de sa vitalité, mais il ne faut pas que ça dépasse ni que ça morde, gentil toutou, gentil. Illusion de la démocratie.

    Mon avis détaillé sur les subventions et la réduction d'impôt pour cause de dons associatifs.

    Via la liste de discussion du HackStub, hackerspace strasbourgeois.

    Sun Oct 1 11:39:02 2017 - permalink -
    - https://blogs.mediapart.fr/juliette-keating/blog/240817/ce-que-lon-nous-fait-faire
  • Des mots, des mots... Démocratie ? - #DATAGUEULE 74 - YouTube

    DataGueule s'intéresse à l'idée que les pionniers de nos Républiques se faisaient de la démocratie.

    • Ils en pensaient le plus grand mal : « gouvernement arbitraire, tyrannique, sanglant, cruel et intolérable » (John Adams, père fondateur des USA), « démocratie populaires avec ses mouvements tumultuaires et incertains » (Seyes, député à l'Assemblée Constituante française), « les malédictions que nous expérimentions découlent des excès de la démocratie » (Elbridge Gerry, l'une des plumes de la déclaration d'indépendance des USA) ;

    • Pour s'en protéger, il fallait un système représentatif avec une élite élue bien plus capable que les autres de gérer la chose publique (République = res publica = chose publique, pour rappel) ;

    • Ils présumaient que le reste de la société voulait s'occuper de ses affaires privées c'est-à-dire participer à la société commerçante et s'enrichir. Un système représentatif correspond le mieux à cela : division verticale de la société, une élite gère ce truc chiant qu'est la chose publique, les autres peuvent commercer tranquillou ;

    • Dès 1828 aux USA, se proclamer démocrate, c'est-à-dire proche des petits gens face aux élites permet de gagner une élection présidentielle.
    Sat Sep 30 12:44:03 2017 - permalink -
    - https://www.youtube.com/watch?v=xM8asdR5ufY
  • Des obéissances civiles ? - #DATAGUEULE 73 - YouTube

    DataGueule sur la désobéissance civile.

    • Expression d'un non, d'un refus d'agir au nom de valeurs universelles. Les lanceur⋅euse⋅s d'alerte, les ZAD, les squats de logements inoccupés, etc. ;

    • Cela permet de rendre vivante et dynamique la démocratie : la loi, nos règles de vivre ensemble sont percutées. Cette désobéissance permet de s'affranchir du carcan qu'elles représentent et ainsi de faire évoluer la société.

    • Ces formes de contestation peuvent venir en complément des actions légales qui semblent s'étouffer : l'abstention semble être privilégiée par rapport à un vote pour un parti contestataire (le FN n'est pas contestataire, il profite du système), le nombre de jours de grève diminue, les syndicats ont moins de force, etc. ;

    • On notera une forme de radicalisation des deux côtés : la désobéissance civile augmente car des personnes qui agissaient jusque-là via des moyens légaux peuvent être tentées d'hausser le ton, mais aussi parce que nos élu⋅e⋅s serrent la vis et que des actions qui étaient légales hier ne le sont plus forcément (exemples : la loi sur le service minimum imposent de nouvelles contraintes pour déclarer une grève, l'état d'urgence prévoit des limitations à la liberté d'aller et venir).
    Sat Sep 30 12:28:38 2017 - permalink -
    - https://www.youtube.com/watch?v=QTZJ3t-XA8c
  • Nette envolée du nombre de sites web bloqués par la police

    Ça date mais je note que :

    • L'État bloque l'accès majoritairement à du pédoporn et demande le retrait et le déréférencement de contenus "terroristes" en majorité. Est-ce le signe d'une police proportionnée (l'apologie/l'expression étant plus à géométrie variable qu'un acte) ou est-ce parce que les contenus "terroristes" circulent principalement sur les réseaux sociaux et qu'il est impossible (avec la technologie employée actuellement) de bloquer un contenu sans interdire l'accès à tout un réseau social ? ;

    • La nette augmentation des demandes policières est, pour moi, le signe de la montée en puissance du dispositif genre le temps que les procédures soient prises en compte par les flics. Elle ne m'étonne donc pas. Ce qui m'étonnerait, ça serait une augmentation les années à venir ;

    • Dans 90 % des cas, les hébergeurs et les éditeurs ont coopéré et ont retiré les contenus ligitieux ;

    • Aucun surblocage n'a été constaté, mais, d'un autre côté, le contrôleur manque de moyens et les flics ne répondent pas toujours à ses demandes de mise en contexte d'une demande de blocage/filtrage (car oui, un propos peut être légitime dans un contexte et pas dans un autre) ;
    Sat Sep 30 10:29:34 2017 - permalink -
    - http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/05/04/nette-envolee-du-nombre-de-sites-web-bloques-par-la-police_5122104_4408996.html
  • « Faut arrêter avec le méchant patron » – JCFrogBlog4

    En ce qui me concerne je n’ai aucune haine envers qui que ce soit, j’ai des colères et des combats au niveau systémique, pour ce qui est des personnes, je juge au cas par cas.

    Mais arguer de l’honnêteté de la majorité des employeurs pour par exemple casser le droit du travail est pour moi un non sens. On entend plus que cette chansonnette “il faut faire confiance” dans la bouche de nos gouvernants dirigeants. Il ne peut être question de confiance dans ces affaires. La loi est entre autre là pour protéger du pire. Cette position c’est pour moi comme vouloir adoucir la législation sur le crime organisé au prétexte que la plupart des citoyens sont honnêtes. C’est irresponsable.

    +1

    Dire « Faut arrêter avec le méchant patron », c'est aussi avaliser nos privilèges dans la société actuelle : ce propos est tenu exclusivement par des personnes pour qui la vie va tranquillement, des personnes qui n'ont jamais connu la précarité, le chômage, les conditions de travail déplorables voire inhumaines, le harcèlement, les licenciements économiques, etc. Donc de leur balcon, le paysage est magnifique. Pourquoi changer ? Dire « tout ce que tu viens de lister ben ce sont des choses tristes mais qui peuvent arriver », c'est faire preuve de bien peu d'empathie et de solidarité en mode « ma gueule va bien, merci ».

    La loi est aussi un instrument normatif qui consigne les idéaux d'organisation de la vie en commun désirés par la société à un instant T. On a choisi de punir les crimes de sang, de construire nos habitats selon telles règles, de s'exprimer de telle façon entre nous, d'avoir ou non une filiation comme ceci et comme cela, de s'associer dans tel cadre, de travailler dans tel cadre, etc. Dire « Faut arrêter avec le méchant patron », c'est (s')empêcher de penser, c'est (s')empêcher de vouloir et de décider collectivement d'une autre forme d'organisation de nos sociétés, c'est acter que tout est figé, que rien ne change.

    Dire « Faut arrêter avec le méchant patron », c'est aussi extrême que de s'exclamer « à mort tous les patrons ! ». Où est le juste milieu ?

    Via https://lehollandaisvolant.net/?id=20170929181855

    Sat Sep 30 09:41:25 2017 - permalink -
    - http://jcfrog.com/blog/faut-arreter-avec-le-mechant-patron/
  • Ce que je retiens de la loi (contre le) travail par ordonnances

    Macron ayant signé les ordonnances contre le Code du travail il y a une semaine, il est intéressant de s'arrêter sur l'essentiel des mesures.

    • Individualisation de la relation au travail : l'employé⋅e, en tant que personne éclairée et responsable, négocie directement avec son⋅a employeur⋅euse, tranquillou, dans la convivialité. Ainsi, toujours plus de décisions qui relevaient jusque-là du Code du travail pourront être prises par les branches professionnelles (recours aux CDI/CDD de mission dans d'autres secteurs d'activité que le BTP, leur durée, etc.) et toujours plus de décisions prises jusque-là par les branches pourront être prises au cas par cas dans chaque entreprise (comme la durée du temps de travail, les primes, le recours ou non aux heures supplémentaires, etc.). Flexibilité++. Rien de neuf jusque-là, à chaque loi portant sur le Code du travail, nos élu⋅e⋅s privilégient l'individualisation du travail. Désormais, il est également possible de se passer des syndicats pour conclure des accords d'entreprise dans les sociétés de moins de 50 salarié⋅e⋅s, l'employeur décidera avec un⋅e élu⋅e du personnel, non syndiqué⋅e. Dans les sociétés de moins de 20 salarié⋅e⋅s, il sera possible de conclure ces mêmes accords par un référendum à l'initiative de l'employeur ;

      • Ce que je trouve fascinant ici, c'est que la loi renonce précisément à son objectif. Je veux dire, nos sociétés reposent sur l'idée que, pour éviter l'arbitraire du plus fort (personne qui détient les moyens de production, personne qui a de gros muscles, bref, personne qui a un avantage dans une situation donnée), on institue une puissance publique pour le bien de tou⋅te⋅s (et non au profit de quelques personnes) qui a le monopole de la violence légitime pour faire appliquer la volonté des citoyen⋅ne⋅s dont elle est l'émanation (via un système d’élection de représentant⋅e⋅s à l'heure actuelle mais ça peut changer). Individualiser la relation au travail, comme ils disent, c'est revenir à l'arbitraire. Ben oui, le référendum d'entreprise ira dans le sens de l'employé⋅e moyen⋅ne, celui⋅celle pour qui le taff se passe bien, il ne sera jamais en faveur des minorités (comme les femmes ou les ressortissant⋅e⋅s de l'UE dans certaines professions), il est la loi du plus fort (va expliquer à ton⋅a employeur⋅se que tu refuses le non recours aux heures supplémentaires parce que t'as tels types de dépenses incompressibles). Il n'y a plus de protection par la société, il est là le problème de fond ;
    • Une filiale française déficitaire dans un groupe mondial bénéficiaire pourra procéder à un licenciement économique, les juges seront prié⋅e⋅s d'examiner la légitimité de ce licenciement uniquement au niveau de la situation française. Les multinationales attendaient cela depuis fort longtemps ;

    • Disparition de la possibilité de partir plus tôt à la retraite en fonction de la pénibilité de son travail genre quand, à longueur de temps, on a porté des charges lourdes, ou qu'on a été exposé à des positions/gestes difficiles, ou qu'on a été exposé aux vibrations mécaniques d'un gros engin, ou qu'on a été exposé à des risques chimiques. Je trouve que nos élu⋅e⋅s et hauts-fonctionnaires envoient un message fort aux personnes exerçant des métiers difficiles : bosse jusqu'à te flinguer intégralement la santé. Il ne reste plus qu'à relever les seuils à partir desquels ce genre d'accident du taff et d'incapacité de travail sont indemnisés par l'État et pouf, ça va nous en faire des ex-travailleur⋅se⋅s condamné⋅e⋅s au chômage puis au RSA socle… Partant de là, je ne suis même pas sûr que l'État y gagne financièrement (retraite un poil plus longue versus des frais médicaux + incapacité de travail…). Dans tous les cas, je me demande : où est la solidarité ?! C'est aussi ça, l'histoire sociale de la France ;

    • Fusion des instances représentatives du personnel en une seule… Sauf que chaque instance avait ses spécificités et domaines de compétences. Désormais, on aura moins de personnes disposant de moins de temps pour s'occuper de cette représentation et elles seront polyvalentes (oui parce que c'est bien connu que n'importe qui a des compétences en matière de santé et de sécurité au travail !). Je ne vois pas ce que ça peut apporter de plus que des gains pour l’employeur.se et une baisse de la qualité de la représentation ;

    • On parachève l'édifice en muselant la justice, la seule institution qui a encore le pouvoir de protéger le⋅a salarié⋅e après tout ça : les formalités du licenciement pour cause réelle et sérieuse sont allégées, l'humain⋅e devient jetable sur demande en mode siège éjectable (l'employeur n'est plus obligé de donner de motif, peut le fabriquer de toutes pièces les semaines qui suivent l'annonce du licenciement, et la justice ne peut plus en conclure une nullité du licenciement !), les indemnités que peuvent accorder les juges en cas de licenciement abusif sont contenues dans un barème plafonné (sauf si le licenciement est motivé par une atteinte aux droits fondamentaux genre harcèlement, discrimination… sauf que la loi n'est pas claire et qu'il faudra visiblement que la Cour de cassation se prononce…) et le délai pour porter un recours devant les Prud'hommes est raccourci (2 ans -> 1 an) histoire que l'employeur qui a potentiellement bousillé une vie n'ait pas besoin de provisionner des frais exceptionnels de justice trop longtemps ;

    • Tout n'est pas négatif dans ce travail gouvernemental. Le télétravail est mis en avant. Désormais, c'est à l'employeur de démontrer qu'un poste ne peut pas être occupé à domicile quand un⋅e salarié⋅e en fait la demande et les accidents seront reconnus comme des accidents du travail. Ça me fait rigoler. D'une part parce qu'il est facile de démontrer que le télétravail n'est pas possible (réunions, esprit d'équipe, esprit d'entreprise, cohésion, etc.). D'autre part car il revient à des accords d'entreprise de définir les modalités du télétravail comme les conditions, la possibilité de l'employé⋅e de refuser ou de revenir dans les locaux de la société, les plages horaires durant lesquelles l'employeur peut joindre l'employé⋅e, etc. Cela peut être très casse-gueule pour les premier⋅e⋅s aventurier⋅e⋅s ;

    La suite : une 20aine de décrets doivent être pris d'ici la fin de l'année (donc la nouvelle législation sera applicable en totalité dès le 1er janvier 2018) et le Parlement doit ratifier les ordonnances (vérifier que le gouvernement a respecté le cadre et l'esprit voulu par le législateur) d'ici fin novembre / début décembre. Puis viendra le temps des autres massacres : celui de l’apprentissage, de la formation professionnelle puis de l'assurance chômage, déjà annoncés par le Château.

    Fri Sep 29 16:18:38 2017 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?BQShnA
  • Ad blocking is under attack

    Je m'étais mis ça de côté pour voir comment ça évoluerait.

    Une société commerciale qui fait dans l'émission de popup/messages anti-bloqueurs de pub couplés à des péages a obtenu de github et des mainteneurs d'une liste de blocage de pub utilisée par bon nombre de bloquers de pub, la suppression d'un de ses domaines au motif d'une violation du DMCA, la loi américaine qui protège les artistes et interdit le contournement des mesures techniques de protection des œuvres (ouais, les fameux DRM). Dans ce cas de péage + messages anti-bloqueur de pub, ne peut-on pas voir les bloqueurs de pub comme une manière de contourner une protection des œuvres ? Après tout, l'auteur et/ou l'éditeur du contenu voulait un paiement soit en publicité, soit en direct. Son contenu était donc disponible à condition de payer. C'est tout l'argumentaire employé… Si l'on va par là, bloquer la pub, est-ce remettre en question le contrôle d'accès à un contenu ?

    Si l'on en croit les mainteneurs de la liste de blocage, comme ils ont sentis cette possibilité légale, ils s'autocensurent déjà depuis quelques temps et n'intègrent pas tous les anti-bloqueurs de pub dans leur liste :

    In regards to Adblock-Warning/Anti-adblock, the amount of filters being added recently to Easylist has been greatly limited due to issues like this. As list authors we have to be careful in what we add.

    Via https://shaarli.cafai.fr/?E8EdwQ

    Thu Sep 28 17:37:13 2017 - permalink -
    - https://blog.adguard.com/en/ad-blocking-is-under-attack/
  • Le Whois remis en cause par le RGPD ? Ouvrons le débat avec l'Afnic !

    Le règlement général sur la protection des données (RGPD), paru au journal officiel de l’Union européenne en mai 2016, entrera en application le 25 mai 2018. Ce texte, qui prévaudra sur les législations nationales, harmonise le droit à l’échelon européen en matière de protection des données à caractère personnel.

    […]

    Le Whois est un service en accès libre, permettant notamment d’obtenir des informations sur le détenteur d’un nom de domaine : nom, prénom, société (le cas échéant), adresses postale et électronique, et numéro de téléphone. Ce service historique du web, dont la création remonte à 1982, permettait alors de recenser et d’identifier quiconque transmettait des informations à travers le réseau Arpanet, l’ancêtre d’Internet. Il a depuis été maintenu, de façon conjointe par l’ensemble des registres sur la base de normes plus ou moins homogènes (RFC). À la fois dans une optique de transparence à laquelle les pionniers de l’Internet étaient attachés, mais aussi probablement en raison du consensus autour de la nécessité qu’un tel service existe, de la part des différentes parties prenantes du réseau : registrars, autorités judiciaires, organismes de lutte contre le spam, détenteurs de marques, créateurs d’œuvres protégées par la propriété intellectuelle, etc.

    Le Whois pose, du fait de sa conception même, un problème pour la protection de la vie privée des personnes. La diffusion publique de l’identité, voire d’autres informations relatives au détenteur d’un domaine, ouvre la porte à l’exploitation commerciale de ses données sans consentement préalable, et bien sûr au spam. Certaines sociétés se sont ainsi fait une spécialité d’extraire les données du Whois à intervalle régulier, pour en archiver le contenu, puis commercialiser cet historique ainsi que des fichiers basés sur l’activité probable du titulaire (registrant) en fonction des mots contenus dans le label du domaine (les mots figurant avant le point et l’extension).

    Si le Whois trouve évidemment des applications légitimes, par exemple la protection des marques (via les services d’anti-cybersquatting ou typo squatting, ou encore par le biais de la Trademark Clearinghouse), certaines utilisations sont plus inattendues. Il est ainsi possible de souscrire à des alertes basées non pas sur les labels mais sur les titulaires. Auquel cas il devient possible pour vos concurrents d’être notifiés des nouveaux domaines que vous déposez. Sachez-le !

    Ces services, qui exploitent les données du Whois, opèrent aujourd’hui dans une faille du droit, que le RGPD entend bien combler. Reste à convaincre les acteurs américains, au premier rang desquels figure l’ICANN, de l’intérêt qu’il y a à adopter un modèle plus protecteur. D’autant que, si l’anonymat permet à certains d’enregistrer des domaines sur lesquels ils publient des contenus litigieux, l’anonymat est en même temps une garantie pour la liberté d’expression. Le cyber-harcèlement, qui est déjà en soi une expérience désagréable, peut vite se transformer en harcèlement « in real life », ciblant par exemple le propriétaire d’un site qui revendique son appartenance à une communauté religieuse, sexuelle, politique, etc.

    […]

    Les extensions nationales (ccTLD), tels que les .fr, .de, .be… ne sont pas contractuellement engagées avec l’ICANN de la même manière que les extensions génériques. Leur gestion incombe directement aux États concernés, et ce en toute indépendance. […]

    N’étant liée à l’ICANN que par un simple engagement de reconnaissance mutuelle, l’Afnic a, mis en place, dès 2006, une procédure d’anonymisation des données du Whois, appliquée par défaut à tout particulier (personne physique) enregistrant un domaine en .fr, .re, .tf, .yt, .pm et .wf. Sur la fiche correspondant à votre domaine dans l’annuaire Whois, vos coordonnées personnelles (nom, adresse, téléphone, etc..) sont alors remplacées par la mention « diffusion restreinte ». Ces coordonnées sont accessibles, sur demande expresse et motivée, à la direction juridique de l’Afnic et sous conditions, dans le cadre de ce qu’on appelle une procédure de levée d’anonymat. Les coordonnées professionnelles fournies par le représentant d’une personne morale (propriétaire, contact administratif, contact technique et contact de facturation, lesquels peuvent être une seule et même personne), restent quant à elles librement accessibles au sein du Whois.

    Attention toutefois : les .paris, .alsace, .bzh, .corsica… ou encore le .ovh, pour lesquels l’Afnic joue le rôle de prestataire technique (Registry Service Provider), ne sont pas des extensions nationales (ccTLD), mais des domaines de premier niveau générique (gTLD). À ce titre, ces extensions sont engagées contractuellement avec l’ICANN et les dispositions de ce contrat ne leur permettent pas aujourd’hui de proposer l’anonymat des informations figurant dans leur Whois. Les possibilités de diffusion restreintes de ces informations sont alors beaucoup moins protectrices, comme nous allons le voir.

    […]

    En ce qui concerne les gTLD (.com, .org, .net, .ovh, .top, .pro, .xyz, .paris, online, .mobi pour en citer quelques-uns parmi les plus vendus chez OVH), l’ICANN encadre précisément la gestion des registres. Et les règles du jeu ne sont plus tout à fait les mêmes. Si l’ICANN autorise (sans les encourager) les procédés de « privacy » du Whois, elle ne permet pas une anonymisation complète, même pour les personnes physiques. Leur(s) nom(s) et prénom(s) – au pluriel dans le cas où le propriétaire et les contacts administratifs, techniques et de facturation ne sont pas une seule et même personne – sont ainsi systématiquement exposés dans le Whois.

    Certains registres, sans recourir à la diffusion restreinte, ont adopté des procédures intermédiaires intéressantes, bien que pas totalement satisfaisantes. Il en va ainsi du registre du .amsterdam, qui filtre l’accès à son serveur Whois en réclamant aux requêtants la signature d’un contrat d’utilisation du service. Enfin, certains registres n’acceptent tout simplement pas la mise en place, par les registrars, de procédés d’anonymisation partielle des informations, quels qu’ils soient.

    Lorsque cela est autorisé par le registre de l’extension, OVH propose donc un service optionnel gratuit d’anonymisation (privacy service) de certaines informations du Whois : adresse postale, e-mail et/ou numéro de téléphone (au choix pour les personnes physiques ; les personnes morales ne pouvant dissimuler que leur adresse e-mail). Dans le cadre du service OWO, OVH redirige vos courriers électroniques depuis une adresse e-mail spécifiquement créée pour cet usage et protégée contre le spam, et vous réexpédie d’éventuels courriers postaux (une mise en demeure par exemple). Ceci sans que vos coordonnées ne soient divulguées à aucun moment, ni revendues à qui que ce soit. Un service qui apporte une protection minimale, mais ne garantit ni l’anonymat du titulaire ni une protection totale contre le démarchage non sollicité. Car les recoupements de données par des tiers, effectués en toute illégalité, ne sont pas impossibles.

    Thu Sep 28 16:40:19 2017 - permalink -
    - https://www.ovh.com/fr/blog/whois-remis-cause-rgpd-debat-avec-afnic/
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