Le Cloud Act, adopté il y a deux mois par Washington, permet aux Etats-Unis de pomper — à notre insu — tous nos secrets stockés sur Internet.
Vous envoyez vos e-mails via une messagerie Windows ? Vous stockez vos documents confidentiels dans un cloud Google ? Vous racontez votre vie sur Facebook ? Vous papotez sur WhatsApp ou par Skype ? Vous utilisez un logiciel (même français) dont les données sont stockées chez Amazon ? Alors vous n’avez plus rien à cacher : l’administration américaine, qui vient de se doter d’un permis officiel d’espionnage, peut désormais fourrer son nez dans tous vos petits secrets. Le Cloud Act, promulgué en catimini par Donald Trump le 23 mars, exige en effet que les opérateurs et fournisseurs de services électroniques américains révèlent les données de leurs clients lorsqu’elles intéressent les autorités US, et ce « quelle que soit leur localisation (…), à l’intérieur ou à l’extérieur des Etats-Unis ».
Sombre nuage
Le texte de ce Cloud Act (« Cloud » étant l’abréviation, en anglais, de : « clarification sur l’utilisation légale de données étrangères ») précise qu’il s’agit de corriger une insupportable anomalie : « Les Etats-Unis étaient [jusqu’à présent] gênés par l’impossibilité d’accéder aux données stockées à l’étranger. » [ NDLR : par des sociétes commerciales américaines ]. Les USA, commente la Cnil — la Commission nationale de l’informatique et des libertés —, ont « élargi leurs prérogatives au monde entier. Une nouvelle manifestation de l’extraterritorialité du drott américain ». Mais pas de rébellion pour si peu : « Nous étudions le texte avec nos homologues européens », indique prudemment la Commission. Depuis deux mois ?
L’affaire a commencé en 2013, quand la justice US a sommé Microsoft de lui fournir les courriels d’un de ses clients en Irlande, soupçonné de trafic de drogue. Le groupe américain — soucieux de se présenter en champion de la confidentialité de ses clients — a refusé. Saisie par le gouvernement, la Cour suprême devait se prononcer en juin. Ce ne sera plus nécessaire : en quatrième vitesse, Trump a fait intégrer dans les 2 282 pages du budget fédéral le fameux Cloud Act, qui n’a même pas fait l’objet d’une discussion spécifique. Windows [ NDLR : Microsoft, pas Windows, qui est une marque ], de son côté, s’est félicité de cette nouvelle législation, qui va l’autoriser à satisfaire les requêtes des autorités US (justice, mais aussi police et administration), sans pour autant passer pour une balance aux yeux de ses clients !
Pour l'historique, voir :
Paralysie européenne
« C’est une claque politique à l’Europe », estime Servane Augier, directrice du développement de Dassault Systèmes, 2e fabricant européen de logiciels. A peine mis en place par l’UE, le 25 mai, le règlement général sur la protection des données (RGPD) est en effet déjà piétiné par le Cloud Act — l’article 48 du RGPD, notamment, qui précise que les demandes de données par un pays tiers doivent être effectuées dans le cadre d’un accord international. Evidemment, rien de tel ici : la nouvelle loi américaine est parfaitement unilatérale.
Les exigences des Etats-Unis seront d’autant plus difficiles à contester que l’intéressé n’en sera même pas avisé ! Le fournisseur de services informatiques recevra la demande de l’administration américaine de manière confidentielle. Lui seul pourra éventuellement s’y opposer (pendant deux semaines) devant un tribunal américain. Mais pourquoi perdrait-il son temps et son argent quand tout indique qu’il se fera envoyer aux pelotes ?
Tant bien que mal, l’Europe essaie de bricoler un accord en réponse au Cloud Act américain. Le 17 avril, la Commission a soumis aux 28 pays membres une « proposition ». Cette dernière prévoit, entre autres, que « les sociétés étrangères aient un représentant légal en Europe, obligé de fournir les données de leurs clients que leur demanderont les pays européens », explique une collaboratrice de la commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova. Mais ce n’est pas gagné : certains répugnent à ce que des pays soupçonnés de ne pas respecter les règles démocratiques —— la Pologne ou la Hongrie, par exemple - obtiennent en direct des informations sur des opposants à leur gouvernement.
On retrouve une fois encore l'ambiguité de l'UE et de ses pays membres : tout ce beau monde ne veut pas abolir la surveillance, tout ce beau monde veut pouvoir jouer avec les mêmes jouets de surveillance que les USA. Le RGPD est un écran de fumée.
Quand on n’est pas d’accord entre Européens, la défense collective ne vaut pas un cloud.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.
Macron a été aussi agile et rapide que Mamoudou Gassama, ce Malien de 22 ans qui, au péril de sa vie et à la force du poignet, a escaladé la façade d’un immeuble parisien pour sauver un enfant de 4 ans et demi, suspendu dans le vide. Après cet exploit, le jeune homme était récupéré, en urgence, sous les ors de l’Elysée, dûment assis en face du Président, qui lui garantissait la nationalité française dans les meilleurs délais. Et une belle médaille. De leur côté, les pompiers de Paris faisaient savoir qu’ils étaient prêts à embaucher le courageux sans-papiers. Séquence émotion…
Et joie sans mélange ? Pas vraiment. A droite, la mauvaise humeur était palpable. Va pour Mamoudou, mais il ne faudrait pas que trop de clandestins se mettent à sauver des gosses… Après Lassana Bathily, qui, le 9 janvier 2015, a sauvé des otages de l’Hyper Cacher, cela fait deux clandestins valeureux régularisés en trois ans. Honni soit qui Mali y pense ! Faut-il fixer des quotas de héros ou imposer une épreuve d’escalade aux candidats à la naturalisation ? La France peut-elle accueillir tous les Spiderman du monde ? Vaines questions : l’essentiel est d’avoir de temps à autre notre « bon » migrant couvert de lauriers, preuve que la France est un pays ouvert et généreux.
À l’Elysée, lundi, Mamoudou Gassama a remercié le Président, mais aussi Dieu. Et Macron ne s’est même pas vexé. C’est dire si nous venons de vivre un moment exceptionnel.
Énorme +1. Tout ça n'est que pure hypocrisie. D'où il faut être méritant⋅e pour obtenir la nationalité ?! D'où il faut être méritant⋅e pour vivre ?! Dégueulasse.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.
Le gendarme des barbouzes vient de faire un drôle d’aveu. Chargée de surveiller les écoutes administratives (qui ne sont pas soumises à l’autorisation d’un juge), la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) présentait, le 18 mai, son rapport annuel d’activité. A cette occasion, son président, Francis Delon, a reconnu que la CNCTR « n’a[vait] pas les moyens » de vérifier l’utilisation effective de certains gadgets de haute technologie.
Il s’agit des Imsi-catchers, des appareils portatifs qui permettent de siphonner tout ou partie des données transmises par un relais téléphonique. Idéal pour identifier le téléphone utilisé par un suspect, mais aussi pour capter les conversations vocales ou numériques émises ou reçues dans un secteur donné.
Non, l'IMSI-catcher se fait passer pour un relais téléphonique auprès de TOUS les téléphones qui se trouvent dans son périmètre géographique. L'idée est que les téléphones portables s'accrochent dessus, que l'IMSI-catcher les convainc éventuellement de passer à un protocole d'échange moins sécurisé, puis que l'IMSI intercepte éventuellement TOUS les appels et les SMS, quitte à faire le tri après coup dans les flux pechés.
Sur le papier, tout semble pourtant verrouillé. Les barbouzes doivent consigner dans un registre chaque utilisation de leurs Imsi-catchers, dont la mise en œuvre est soumise, au cas par cas, au feu vert préalable de la CNCTR. De plus, leur usage est contingenté : il est interdit d’utiliser plus de soixante de ces engins simultanément sur l’ensemble du territoire français.
Mais la Commission ne peut pas pousser plus loin ses vérifications car les lmsi—catchers en service sont étrangement dépourvus de tout système de contrôle de leur fonctionnement. Rien n’empêche donc un agent de s’en servir en loucedé. Les services peuvent également rouler la CNCTR dans la farine en lui demandant l’autorisation d’espionner une cible indiscutable pour mieux en surveiller une autre, inavouable celle-là.
Autre source de fraude potentielle : les lmsi-catchers peuvent aussi servir pour des missions judiciaires, mais la CNCTR ne dispose pas des compétences nécessaires pour vérifier qu’un juge a bel et bien donné son accord à leur usage.
« Au risque de paraître naïfs, nous devons faire confiance aux fonctionnaires », a lâché Francis Delon au cours de sa conférence de presse, avant de souligner que l’existence de lourdes peines devrait suffire à dissuader les fraudeurs.
Et on est priés de le croire sur parole…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
Quel gros malin, ce leader de Podemos, la gauche radicale espagnole… Avant de s’acheter une villa à 600 000 euros, avec piscine et jardin de 2 000 m2, dans une bourgade cossue au nord de Madrid, Pablo Iglesias avait eu la bonne idée de critiquer ceux qui font pile-poil pareil.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais, gogolième épisode… Crédibilité = 0. Mais que savent faire les leaders de la gauche à part jacter d'un monde auquel ils n'envisagent pas une seconde de prendre part, mais qui est juste un moyen pour prendre le pouvoir puis de servir leurs intérêts, comme un programme dit de droite ?
La presse n’a pas mis longtemps à exhumer son tweet de 2012 visant un ministre de l’Economie : « Confierais-tu la politique économique du pays à quelqu’un qui dépense 600 000 euros dans un penthouse de luxe ? » Ou cette autre saillie, en 2015 : « Ça mesemble dangereux, ces politiques qui s’isolent, vivent dans des banlieues riches, dans des maisons, qui ne savent pas ce que c’est que de prendre les transports publics. » Aïe, aïe, aïe…
Certes, le salaire d’Iglesias est plafonné à 2 200 euros, comme celui de sa femme, porte-parole de Podemos, et le couple a emprunté 540 000 euros sur trente ans. Mais ce n’est pas une excuse, dézinguent leurs propres camarades : la charte du parti impose de « vivre comme les gens ordinaires », a balancé le maire de Cadix, tandis qu’un autre élu Podemos torpillait un achat « incompatible » avec la défense « des plus nécessiteux ».
Mouiiiiiiiii le salaire est plafonné, mais Iglesias a très probablement d'autres entrées d'argent, comme des droits d'auteur ou des revenus sur capitaux issus de ses émissions TV qui l'ont amené où il est. Un peu comme Ruffin qui déclare plafonner son salaire au SMIC et vivre seulement de ça… après Merci Patron !, son succès en salle et les droits d'auteur qui en découlent… … … On se moque du monde…
Heureusement, nos Insoumis nationaux sont plus compréhensifs. « Un couple d’Espagnols s’endette sur trente ans pour acheter une maison de très grande banlieue et l’oligarchie espagnole fait mine d’appeler cela un privilège », a tweeté l’Insoumise salariée de Bolloré, sur C8 , Raquel Garrido. Tandis que Mélenchon s’en est pris aux « méthodes pourries » du « parti médiatique », lui qui avait déclaré un patrimoine de près de 1 million d’euros lors de la présidentielle de 2017.
Un débat (de pierre) de taille…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
Malgré ses déclarations, le gouvernement n’a rien à opposer aux sanctions “secondaires” US, qui vont s’imposer au monder entier.
Ce n'était pas la joie, mardi 15 mai, à la réunion convoquée par Bruno Le Maire et Jean-Yves Le Drian à Bercy. L’objectif du raout ? Rassurer une soixantaine d’entreprises françaises désireuses de travaillser en Iran, malgré l’embargo dont Donald Trump vient d’annoncer le rétablissement — après avoir dénoncé le traité signé en juillet 2015 avec le pays des mollahs.
« Les ministres nous ont expliqué que l’interdiction faite aux entreprises européennes de travailler avec l’Iran [était] inacceptable et [nous ont] assurés de leur détermination à nous défendre, explique un homme d’affaires iranien présent sur place. Mais, après l’indignation, rien. Ils sont restés secs. » Et un collaborateur du ministre des finances de confirmer, en privé : « Nous ne sommes pas optimistes. »
On le comprend. Les Américains ont mis en place une punition qui a tout de la bombe atomique : les sanctions « secondaires ». Depuis la signature de l’accord avec l’Iran, seules étaient appliquées des sanctions « primaires », ne visant que les US persons : les Américains, donc, ainsi que les étrangers travaillant aux Etats-Unis, les entreprises américaines ou leurs filiales à l’étranger — tous menacés d’amendes, voire de prison, en cas de business avec l’Iran.
Pestiféré bancaire
Cette interdiction est désormais étendue à n’importe quelle entreprise ou individu dans le monde (les fameuses sanctions secondaires). Quelle que soit leur nationalité, les traîtres à la cause pourront tomber sous le coup de mesures administratives décidées par le seul Trump, non contestables en justice. Un boulanger français exportant en Iran ses croissants fabriqués en France avec du beurre et de la farine français, sur des machines françaises, par des ouvriers français et réglés en euros, risque désormais de tomber sous le coup des 12 sanctions secondaires prévues par l’Iran Sanctions Act : inscrit au fichier international SDN (« ressortissants spécialement désignés », en français), il ne verra plus les grandes banques mondiales lui apporter leur concours. Il ne pourra plus travailler avec des fournisseurs, des clients ou des actionnaires US ; ses actifs aux Etats-Unis seront gelés, et lui-même ne pourra plus mettre les pieds sur le territoire américain sous peine d’être arrêté.
En principe, ces peines ne s’appliquent qu’aux Etats-Unis. Mais un robuste chantage les étend à la France —— sur le modèle de ce qui est arrivé en 2014 à la BNP, dont la filiale suisse avait financé (en dollars) des opérations pétrolières sous embargo américain, notamment en Iran. Les Américains lui ont laissé ce choix cornélien : soit le paiement d’une amende astronomique (8,9 milliards de dollars), soit l’interdiction de toutes ses activités aux Etats—Unis, ce qui aurait entraîné sa mort.
Rebelote avec Total, qui a préféré prendre les devants. Le groupe pétrolier a annoncé, le 16 mai, qu’il abandonnait le gigantesque gisement gazier de South Pars 11, justifiant ainsi sa décision : « Total ne peut se permettre d’être exposé à des sanctions secondaires américaines » qui lui feraient perdre le financement en dollars de 90 % de ses opérations dans le monde. En outre, ses 30 % d’actionnaires américains détaleraient (entraînant l’effondrement de son cours en Bourse), et ses 10 milliards de dollars d’actifs aux USA seraient gelés.
Droit du plus fort
« Si les Etats-Unis arrivent à imposer ainsi leurs décisions, estime l’avocat d’affaires Jean-Michel Darrois, ce n’est pas par le droit, c’est par la force. Si la République de Saint-Marin avait banni la BNP de son territoire, ça ne lui aurait fait ni chaud ni froid. » Les Saint-Marinais vont voir rouge !
En 1996, les Etats-Unis avaient déjà mis en place des sanctions similaires. L’Europe, alors unie, avait porté l’affaire devant l’Organisation mondiale du commerce, obligeant les USA à reculer. Mais, le 17 mai, au sommet européen de Sofia, Macron a refusé la perspective d’une « guerre stratégico-commerciale avec les Etats-Unis sur le cas de l’Iran ». Il serait d’ailleurs un peu seul : l’Allemagne ne veut pas entendre parler d’un affrontement avec les Etats-Unis et les pays d’Europe centrale, qui se défient de la Russie, chérissent l’Otan.
Grand-père à sauver
Restent « des mesures au coup par coup », indique-t-on à la Direction du Trésor. « Bruno Le Maire a demandé au secrétaire américain au Trésor des dérogations aux sanctions et l’application de la “clause du grand—père”, qui prévoit que les investissements déjà initiés en Iran ne soient pas remis en question ». Les Etats-Unis, dont le but avoué est d’asphyxier l’Iran, seront sûrement très réceptifs à la demande européenne.
Trois autres initiatives sont pour le moins mal parties. Primo, la Banque publique d’investissement (BPI) a mis fin à son projet de banque 100 % étanche par rapport au dollar pour financer en euros le commerce avec l’Iran. « Les Etats-Unis ne pourraient pas attaquer ce financement, mais les entreprises, elles, resteraient menacées par les sanctions secondaires », indique un participant à ce projet.
Deuzio, Bruxelles a réactivé, le 18 mai, le « règlement européen » de 1996 autorisant les entreprises à ne pas se conformer aux sanctions américaines. On imagine mal Total et ses pairs se faire hara—kiri aux USA pour les « autorisations » de la Commission.
Tertio, Bruno Le Maire a proposé, le 20 mai, que « le coût d’éventuelles sanctions financières imposées par les Etats-Unis soit pris en charge par l’Union européenne ». Après, bien sûr, que Bruxelles aura obtenu le vote de tous les pays européens et trouvé les dizaines — voire les centaines — de milliards à verser à Washington.
Une simple formalité.
Impérialisme US entretenu par un manque de courage politique de l'UE (pourtant fondée sur l'idée de devenir une puissance économique à même de pouvoir résister à ce genre de pressions extérieures) et par une discordance des politiques économiques des membres de l'UE face à un pouvoir fédéraliste qui, de fait, est mieux organisé. Mais d'un autre côté, le géant US est un géant parce que nous le rendons géant (nous consommons toute la merde qu'il nous propose)… Œuf et poule…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
C’est avec discrétion que François Hollande devait se rendre, dans la matinée du 22 mai, devant les frères de la loge Roger-Leray, l’« une des plus politiques », selon un dignitaire du Grand Orient de France. Cette loge a longtemps compté parmi ses membres un certain… Jean-Luc Mélenchon. Depuis qu’il n’a pas appelé explicitement à battre Le Pen au second tour de la présidentielle, le leader de La France insoumise est en délicatesse avec la maçonnerie. Certains frères ont même demandé son exclusion…
À l'occasion de cette « tenue blanche fermée » — non publique —, le grand maître de l’obédience en personne, Philippe Foussier, devrait faire le déplacement. Il connaît parfaitement Hollande. Membre du Parti socialiste, il a profité de son discours annuel, le 1er mai au Père-Lachaise, pour accuser Macron de « complaisance » avec les religions et ainsi de « porter atteinte » au principe de séparation des Eglises et de l’Etat. Pas très fraternel !
Après son triomphe dans les supermarchés, l’ancien chef de l’Etat devrait envisager une tournée des temples…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
Il est bien, ce documentaire sur le financement présumé de la campagne présidentielle de Sarko par Kadhafi. Toutefois, il y a quelques malhonnêtetés intellectuelles à souligner comme le fait de cumuler des factures personnelles payées par Claude Guéant sans en préciser l'étalement sur plusieurs mois ou comme la voix off qui ne lit pas exactement le document affiché à l'écran alors que la partie passée sous silence à l'oral met en lumière une discordance entre deux témoignages exposés dans le documentaire.
Je note :
Prenons les propositions de Laurent Wauquiez au sérieux. Après tout, il est le président de LR, un parti sérieux, qui vise sérieusement l’Elysée.
Après l’attaque au couteau de samedi, Wauquiez a pris sa plus belle plume pour écrire à Macron : « Il n’y a plus de place, monsieur le Président, pour cet aveuglement et cette inaction qui n’ont que trop duré. » Et d’« exiger » que Macron prenne les « mesures qui s’imposent ».
La principale : « interner de manière préventive les individus fichés les plus dangereux ». Lydia Guirous, la porte-parole des LR, de préciser dans la foulée la pensée du chef : « Les radicalisés islamistes représentent 4 000 individus sur un total d’environ 15 000 fichés S. Nous ne pouvons pas les laisser dans la nature avant qu’ils passent à l’acte. »
Voyons voir. Le même jour à la même heure, toc toc toc, dans toute la France, des milliers de flics tapent àla porte des 4 000 radicalisés. Hop ! embarqués. Ils n’ont rien à se reprocher ? C’est illégal ? Tant pis. La grande rafle est un succès. Les ennuis commencent. Où les mettre ? Dans un stade ? Dans la même prison ? Ils risquent de se monter le bourrichon. Dans cent prisons différentes, alors ? Admettons. Et ensuite ? Combien de temps y croupissent-ils ? Six mois, un an, vingt ans ? Quand décide-t-on qu’ils ne sont plus dangereux ? Ils signent un papier par lequel ils s’engagent'à rester calmes ? Après vingt ans de détention, alors qu’ils n’ont commis aucun délit ? lmpensable. Ils vont sortir fous furieux. Une seule solution : la perpète. Voilà qui est réglé.
Mais que faire si l’un de leurs proches, qui trouve bêtement cette détention injustifiée, se radicalise à son tour ? et commet un attentat ? Il faut donc rafler aussi les proches. Et les voisins, qui, c’est bien connu, font toujours semblant de n’avoir rien vu, « il avait pourtant l’air si serviable », etc.
Mettons, au bas mot, une dizaine de proches par radicalisé. Nous voilà avec 40 000 emprisonnés à perpétuité… Avec les voisins, on at— teint les 100 000. Et si, malgré tout, un excité passe entre les mailles du filet et commet un attentat terroriste ?
Alors, on entendra Laurent Wauquiez clamer que « cet aveuglement et cette inaction n’ont que trop duré »…
Gros +1. Excellente déconstruction de l'internement préventif des individus fichés sur un autre terrain que le droit, angle d'attaque qui ne marque plus les esprits actuels…
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Au palais de justice d’Aix, la cage des accusés vient d’être démontée. A Paris, le nouveau tribunal était à peine inauguré que, sous la pression des avocats, 9 de ses 14 cages vitrées en ont été ôtées. Quant à la ministre de la Justice, qui hérite ce pataquès de ses prédécesseurs, elle a ordonné la suppression de l’ensemble des boxes ceints de barreaux — oui, comme au zoo — ainsi que le gel de toute nouvelle installation de box transparent.
C'est un bon début \o/
Combien va coûter cette petite plaisanterie ? Selon les chiffres obtenus par « Le Canard » — le prix d’un box équipé d’une vitre de 2,5 cm d’épaisseur s’élevant à 55 000 euros —, l’addition atteint 12,6 millions d’euros pour les 229 enclos dispersés dans toutes les juridictions ! Sans compter leur démolition : d’après l’avis hautement scientifique des ingénieurs qui les ont installés à Paris, le ministère « va sérieusement douiller ».
Quels génies ont conçu ces grosses vitres, fendues d’une ouverture de 15, 25, voire 45 cm ? Pour s’adresser aux juges, les petits prévenus doivent se hausser sur la pointe des pieds, et les grands se courber en deux. La sono étant très fréquemment défectueuse, il n’est pas rare qu’ils soient obligés de hurler pour être entendus.
La bagarre anti-box continue. Tous les jours, des avocats demandent aux juges de « sortir les prévenus des cages ». Souvent ils gagnent, mais pas toujours… Au nom du Syndicat des avocats de France (SAF), Gérard Tcholakian vient de saisir le président de la République pour réclamer la « transposition effective » d’une directive européenne du 9 mars 2016. Cette dernière impose, sauf exception de sécurité, de « s’abstenir de présenter les suspects ou les personnes poursuivies comme étant coupables [par le recours] à des menottes, box vitrés, cages et entraves de métal ».
Les grands experts du ministère de la Justice y pensaient sûrement quand ils ont organisé cette mise en boîte des présumés innocents.
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
« Nous détenons des armes « du Jugement dernier », s’était flatté Vladimir Poutine, le 1er mars, dans un message au Parlement russe. Américains et Européens avaient alors jugé peu sérieux ces propos du candidat à l’élection présidentielle. Erreur : le 8 mai, à Moscou, lors de la grande parade militaire célébrant, comme chaque année, la victoire de 1945, les attachés militaires français et alliés ont découvert plusieurs récentes productions de l’industrie locale. Des « robots de combat » blindés, pilotés a distance et armés de canons crachant des obus (400 coups à la minute), par exemple, et le très moderne avion « furtif » russe, le Sukhoï SU-57.
Mais les vedettes du spectacle furent deux MiG-3l, porteurs de cette « arme du Jugement dernier », dont s’était vanté Poutine. Selon les experts occidentaux, ce missile air-sol, qui peut emporter une bombe nucléaire, est capable de parcourir 2 000 kilomètres à une vitesse de cinq à dix fois supérieure à celle du son (les experts hésitent à se montrer plus précis), et donc difficile à intercepter. Aucune armée moderne ne possède une telle arme.
La Grande Amérique, dont le prochain budget de la Défense pourrait dépasser les 716 milliards de dollars — loin devant celui de la Sainte Russie —, dispose, elle aussi, d’industriels compétents. Selon la décision très inquiétante prise par Donald Trump, une production de minibombes nucléaires sera effective dès 2019, et non pas en 2020, comme initialement prévu. A en croire un document du Pentagone cité par « Le Canard », le 7 février, ces armes « miniaturisées » peuvent permettre au président américain, et à ses successeurs, de mener un conflit limité — sous forme de « leçon » donnée à un ennemi présumé — sans provoquer de guerre mondiale… Ne reste plus à Moscou et à Pékin que de se doter du même arsenal à faire peur.
Dans cette course aux productions mortifères et aux exportations juteuses, Israël est en gros progrès. En 2017, ses industriels de l’armement (150 000 emplois directs et indirects) ont enregistré une progression de leurs exportations de 41,5 %, par rapport à l’année précédente. On trouve de tout dans leurs catalogues : avions, hélicoptères, radars, drones, systèmes de défense antiaérienne et antimissiles, satellites, etc. L’Inde (meilleur client), le Vietnam, la Birmanie, les Philippines et l’Azerbaïdjan ont ainsi accès à la haute technologie de l’Etat hébreu, qui cherche à équiper plusieurs armées africaines, car, comme les Etats-Unis, la Russie ou la France, Israël vend à n’importe qui. Sans se soucier du comportement de ses clients avec leurs voisins ou ennemis héréditaires…
La France s’attache, elle aussi, à produire des armes « incomparables », comme ce « bijou » que décrit un expert militaire. Il s’agit d’un missile sol—sol de moyenne portée, le MMP, un produit intégralement français. Portée à dos d’homme, cette petite merveille peut atteindre des objectifs à 4 ou 5 kilomètres de distance et percer des murs de béton de 2 mètres d’épaisseur ou des blindages de chars. Qui dit mieux ? Personne. Nos VRP — président Macron et ministres — vont bientôt présenter cette arme « incomparable » aux Etats du Golfe, nos clients habituels, et à qui d’autre en voudra.
Seul défaut de pareil engin : ce petit « bijou », léger, très maniable et facile à dérober, excitera l’intérêt des groupes terroristes, toujours intéressés par une technologie aisément transportable.
Jusque-là, tout va bien ?
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Des députés LR, souvent d’anciens maires qui ont choisi d’abandonner leur mandat en 2017 [ NDLR : conséquence de la loi de 2014 de non cumul d'un mandat de député⋅e avec un mandat d'exécutif local ], sollicitent de plus en plus Philippe et les ministres ex-Républicains (Le Maire et Darmanin), au grand amusement de ces derniers.
Le scénario est presque toujours le même : ces élus — une trentaine, selon Philippe — expliquent d’abord à leurs interlocuteurs tout le bien qu’ils pensent de la politique conduite par l’exécutif. Puis ils proposent leurs bons services pour les municipales de 2020.
« Ils savent bien qu’ils vont au casse-pipe, explique un ministre ex-LR. Sur le terrain, le parti de Wauquiez pèse à peine 10 %. Du coup, eux-mêmes ou le candidat qu(ils soutiendront ne peuvent pas être elus aux municipales. C’ est ce qui les conduit a nous faire des appels du pied. »
Et ça ne fait pas trop mal aux chevilles ?
Que c'est noble et désintéressé, le dévouement en politique… :(
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Les citoyens désireux de participer aux Rencontres du gouvernement, ce 17 mai, ont dû faire acte de candidature sur le site Internet de chacune des préfectures hôtes. Les flics du Renseignement territorial (ex-RG) ont ainsi procédé discrètement à un « criblage » des prétendants. En clair : vérifier si ces braves gens sont bien sous tous rapports. Et sans barbe ? La lutte contre le terrorisme a parfois bon dos.
Pour garantir à leurs chers ministres la présence de nombreux supporteurs, députés et Marcheurs locaux ont aussi été mis à contribution. Sur leurs pages Facebook ou à grands coups de tweets, ils ont invité le bon peuple à s’inscrire.
« Le parti majoritaire qui utilise les services de l’Etat pour faire la promotion de sa politique, se marre un préfet, c’est digne d’un parti bolchevique ! »
Appelez-le « Jupiterov » !
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Pour faire plier l’Iran, Donald Trump veut le priver de dollars. L’idée est que, la monnaie iranienne ne valant rien, si Téhéran est sevré de billets verts, il n’aura plus accès au commerce mondial, où, comme dans la finance, tous les contrats importants sont libellés en dollars. Et, pour ça, Trump a une arme fort efficace en magasin : l’« extraterritorialité ». C’ est-à-dire le droit de condamner aux Etats-Unis une entreprise étrangère qui a un lien, même ténu, avec les USA : une filiale, ou le fait d’effectuer des opérations en dollars, ou d’avoir un serveur Internet sur le sol américain.
Parce qu’elle avait utilisé des dollars dans des opérations avec l’Iran, alors sous embargo, la BNP avait dû régler une amende de 8,9 milliards de dollars au Trésor US en 2015.
Voir « BNP, sommes-nous tous devenus américains ? - ITEANU Blog ».
Selon le « Wall Street Journal » (14/5), Washington vient ainsi des sanctionner diverses sociétés des Emirats accusées de « blanchir » des dollars en faveur des Gardiens de la révolution, l’armée d’élite iranienne. Preuve, selon Trump, que l’argent récolté par le gouvernement iranien grâce à la levée progressive des sanctions servait à financer sa politique expansionniste en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen, etc.
Avec ça, bonne chance aux Européens s’ils veulent commercer avec l’lran — condition impérative posée par Téhéran pour maintenir l’accord de 2015.
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Le chantier de remise en service du fort de Brégançon comme résidence présidentielle devrait coûter, dès cette année, 150 000 euros à l’Elysée. Et sans doute autant les années suivantes, selon le Château.
La facture des premiers travaux, engagés juste avant le séjour du couple Macron durant le pont de l’Ascension, représente déjà 70 000 euros. Soit, comme le détaillent au « Canard » les services de la Présidence, 50 000 euros « pour remettre la cuisine en état de recevoir des hôtes internationaux », 10 000 euros pour donner un coup de pinceau et 10 000 autres euros pour moderniser les réseaux électriques.
Afin de réduire un peu la douloureuse, Brigitte Macron peut toujours ressortir des placards les 14 coussins, valant 200 euros pièce, achetés sur ordre de Valérie Trierweiler durant l’été 2012.
Le seul été passé à Brégançon par Hollande…
Sinon, on arrête de nourrir, loger, blanchir les élu⋅e⋅s de la Ripoublique, on arrête d'avoir xxxx lieux pour recevoir des gens prétendument importants car ça coût une blinde en sécurité et en personnel hôtelier, on arrête l'idée d'une résidence de vacance pour le Président entretenue au frais de la collectivité. Bref, on laisse ce fort totalement accessible au public à tout moment, y compris pour organiser des activités sociales et/ou culturelles, et la collectivité l'entretient non pas parce que c'est la résidence du Président mais parce qu'on estime que c'est de la belle bâtisse.
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
La Commission européenne soupçonne le Royaume-Uni de faire n’importe quoi avec le fichier de police de l’espace Schengen aimablement prêté par Bruxelles… Un rapport confidentiel de ladite Commission, débattu en petit comité le 12 avril, relève l’existence de « très sérieuses déficiences légales, techniques et opérationnelles » dans la gestion par les British de cette superbase de données permettant de croiser des renseignements (personnes suspectes, recherchées ou disparues, objets ou véhicules volés, etc.), soit plus de 70 millions de signalements.
Au nom de la lutte antiterroriste, la Grande-Bretagne — qui ne fait pas partie de l’espace Schengen — s’était vu accorder, en 2015, l’accès au « Système d’information Schengen » (SIS).
En novembre dernier, des inspecteurs bruxellois sont allés vérifier l’usage qu’en faisaient les flics britanniques. Ils n’ont pas regretté le voyage. Non content de recopier illégalement le contenu du SIS dans ses propres bases de données, Londres a sous-traité la gestion de ces infos ultrasensibles à des géants mondiaux de l’informatique, tels l’américain IBM ou le canadien CGI.
Au passage, la flicaille d’outre—Manche est accusée de refuser de partager ses propres informations, alors même qu’elle pioche sans vergogne dans celles recueillies par ses collègues du continent.
En 2016, elle a ainsi interrogé 514 millions de fois le SIS, n’y enregistrant, dans le même temps, que… 174 nouvelles empreintes et 321 photographies. Effaré, le comité Schengen de l’UE a dénoncé, le 12 avril, des manquements « d’une ampleur inédite ».
Avant de laisser les choses en l’état. Pour l’instant…
Dans le Canard enchaîné du 9 mai 2018.
Nicolas Dupont-Aignan a une idée-qu’elle-est-bonne pour résoudre l’épineux casse-tête des djihadistes français capturés dans des zones de combat. Suffit de ressusciter le bagne ! Un nouveau Guantanamo, en somme, alors qu’Obama l’a traîné comme une plaie sans réussir à le fermer pendant ses deux mandats ? Oui, mais « un Guantanamo contrôlé » (« Grand Jury-RTL-“Le Figaro” »-LCI, 6/5) !
Dupont-Aignan propose donc de « rétablir un bagne démocratique », non pas sur l’île du Diable (trop près !), où fut emprisonné Dreyfus, mais sur les îles Kerguelen, seules à même d’apporter « un éloignement » suffisant et « une sanction définitive et exemplaire ». Il s’agirait donc d’un bagne à vie, placé sous l’étroit « contrôle démocratique » des pingouins de la Terre Adélie, sans doute ?
… … … Dupont-Aignan, quoi… … …
Une sanction définitive est à l'opposé de la notion de peine proportionnée, l'un des piliers de notre justice…
Un bagne est à l'opposé de la notion de contrôle démocratique puisque la délocalisation de la taule permettra de faire oublier leurs conditions de vie inadmissibles au bon peuple, comme le fait la mondialisation économique, et permettra tous les abus comme la torture…
L'exemplarité est à l'opposé du djihadisme puisque ces personnes sont prêtes à mourir en martyr pour une cause qu'elles pensent juste et noble…
Bref, Dupont-Aignan est fondamentalement à côté de la plaque. Mais, au moins, il fait ce qu'il faut pour s'attirer la sympathie de Marine et des petit⋅e⋅s vieux et vieilles qui composent son électorat.
Oui, j'ai pris la peine de déconstruire les propos d'un troll au lieu des les ignorer. Je le fais parce que ce genre d'idées malsaines se propagent à très grande vitesse dans nos sociétés.
Dans le Canard enchaîné du 9 mai 2018.
J'ai mis à jour mon shaarli « Quand un citoyen veut en savoir plus sur sa presse » qui vise à en savoir plus sur ce qui se cache derrière les journaux que je lis (actionnariat, aides financières, flicage numérique, indépendance fonctionnelle, etc.). Ce shaarli expose les changements que j'ai effectués.
L'essentiel des remarques que j'ai vu passer portent sur le fait que je n'ai pas pris en compte tel ou tel journal (Le Monde diplomatique, Alternatives Économiques, Ebdo, etc.).
Oui, je me suis concentré sur la presse qui m'intéressait à date, celle à laquelle j'allais peut-être m'abonner (ou renouveler mon abonnement). C'est un choix conscient. Mon shaarli n'est pas un observatoire de la presse. Je ne peux pas assumer ce rôle-là tout seul car c'est hyper chronophage, principalement car la presse est un monde opaque (cf la conclusion de mon shaarli sur la presse).
Quelques remarques toutefois sur les journaux proposés :
https://www.ecirtam.net/opennews/?uHuueg :
Petite remarque, tu as mis Fakir en rouge pour une aide financière publique en 2015 et en même temps, tu mets en orange Basta ! pour 87 k€ de subventions publiques en 2016.
Ça me semble pas logique.
Il serait aussi intéressant de faire une différence entre une aide ponctuelle et une aide régulière.
Fakir en rouge sur le critère des aides financières, c'est une erreur, en effet.
En revanche, Basta! aurait dû être en rouge à cause de la multiplicité des sources de revenus (Google, État) mais j'ai atténué en orange car je ressens une volonté d'être moins dépendant de sources de revenus externes : d'une part, Basta déclare que ces subventions servent en majorité à financer son observatoire des multinationales (et donc pas le journal qui m'intéresse), d'autre part, Basta! propose un financement à prix libre par les lecteur⋅rice⋅s, il ne tient qu'à nous de s'en saisir.
La régularité des aides est bien l'un de mes critères. L'ennui, c'est que je manquais de données publiques pour une partie des journaux (Fakir, Siné, Les Jours, Basta!, Politis) car le sinistère de la Culture n'avait pas encore rendu public une partie des aides à la presse 2016 et que Google n'avait pas rendu public les aides octroyées par son fonds en 2015 et 2016 (et ce n'est toujours pas le cas).
En gros, mon barème pour le critère "aides financières" est le suivant :
En ré-examinant tous les journaux traités, je me suis rendu compte que j'ai commis beaucoup d'erreurs à propos des aides financières… J'ai donc apporté les corrections suivantes :
Autres modifications :
Au quotidien, j'ai ressenti que Marianne et Mediapart incrustent beaucoup de contenus sans valeur ajoutée depuis d'autres sites web, ce qui flique totalement la lecture. J'ai décidé de vérifier mes impressions et ça donne ça :
Depuis quelques mois, les pages web de Mediapart ne s'affichaient plus dans mon Firefox tant que je n'étais pas identifié. Je voyais le contenu se charger puis, pouf, la page devenait totalement blanche. J'ai bien compris que c'était l'une de mes extensions, ublock origin, qui fout la grouille : il suffisait de la désactiver et hop, Mediapart était fonctionnel.
Ce soir, en désactivant une à une les listes de filtrage que j'utilise depuis les préférences d'ublock origin, j'ai compris que c'est la liste de filtres « Prebake » qui fait ça. Cette liste a pour objectif de masquer les messages "ce site utilise des cookies". Or, si l'on masque l'élement « ##.cookie-warn », alors Mediapart ne s'affiche plus…
Pour que Mediapart fonctionne sans pour autant cesser d'utiliser la liste Prebake ni désactiver tout le filtrage esthétique pour Mediapart (clic sur le logo d'ublock origin dans la barre d'outils puis l'œil situé sur la dernière ligne du pop-up qui s'ouvre), on peut ajouter l'exception suivante dans « Mes filtres » dans les préférences d'ublock origin :
www.mediapart.fr#@#.cookie-warn
Je n'ai pas compris le fond du problème : si l'on utilise la fonction « blame » de github, on se rend compte que la règle « ##cookie-warn » dans la liste de filtrage Prebake est veille de 3 ans et qu'une exception pour les blogs de Mediapart a été ajouté il y a 2 ans…
J'en profite pour me noter comment savoir ce qu'il convient de faire pour créer une exception à un filtre esthétique ublock origin sans avoir à piger l'affreuse syntaxe. On peut ouvrir le journal des requêtes pour un site web donné (icône ublock origin dans la barre d'outils puis la troisième icône sous le gros bouton "activer / désactiver ublock origin pour ce site"), puis ouvrir l'inspecteur DOM (le bouton « </> »). On clique sur le filtre problématique (« .cookie-warn », dans mon exemple). Les filtres sont facilement identifiables par leur couleur rouge. On clique sur l'icône disquette-sauvegarde puis sur le bouton « Créer » dans la pop-up qui s'ouvre. Et voilà, la ou les règles seront ajoutées dans « Mes filtres ».
On constate que c'est super simple et totalement accessible à M. et Mme Michu. Je suis ironique : il m'a fallu 45 minutes pour piger la syntaxe "tout comme adblock plus mais pas vraiment" et pour découvrir l'inspecteur DOM du journal des requêtes.
Le bilan des aides publiques à la presse pour 2016 vient d’être rendu public par le ministère de la culture et de la communication et il confirme le constat pour le moins choquant des années antérieures : ce sont les oligarques les plus riches, ceux qui ont fait main basse sur les plus grands titres de la presse quotidienne nationale, qui se partagent la plus grosse part des aides directes de l’État. Mais ce scandale se double désormais d’un autre : ces mêmes milliardaires, parmi lesquels figurent Bernard Arnault, Serge Dassault, Xavier Niel ou encore Patrick Drahi, sont aussi ceux qui raflent une bonne part des aides privées qu’offrent, pour des raisons loin d’être désintéressées, les grands oligopoles du secteur, comme Google, Facebook ou la fondation du multimilliardaire Bill Gates.
Yep, la répartition d'une partie (le tarif postal préférentiel n'est plus public depuis 2015) des aides à la presse 2016 est dispo sur le portail OpenData du gouvernement. Cette mise à disposition est d'une qualité médiocre : les années antérieures à 2015 ont disparues, les années 2015 et 2016 sont en vrac dans le CSV (merci pour les gens qui ne savent pas trier un tableau avec un tableur) ce qui n'était pas le cas avant et la liste, « […] à partir de 2016, des principaux groupes de presse » annoncée est introuvable (une raison possible est exposée par Mediapart ci-dessous). Sur ce dernier point, j'ai interrogé le sinistère de la Culture, on verra bien.
ÉDIT DU 14/05/2018 À 21H30 : la partie publiée' des aides à la presse est désormais disponible ici… Va savoir pour quoi ça a changé entre l'année dernière et maintenant tout en publiant quand même les données de 2016 à l'ancienne adresse… Je retire mes trois remarques : les années antérieures sont disponibles, les années 2015 et 2016 ne sont pas mélangées et le classement des principaux groupes commerciaux est également disponible. FIN DE L'ÉDIT DU 14/05/2018 À 21H30.
Je remarque que plus de titres ont été subventionnés en 2016 qu'en 2015 (dont La Revue Dessinée ou Les Jours qui font leur entrée) et qu'une partie des titres que je lis ont été, eux aussi, plus subventionnés en 2016 qu'en 2015 : Fakir passe de 13k€ en 2016 à 20k€ en 2016, Sine mensuel passe de 32 k€ à 60k€ et Marianne passe de 251 k€ à 1,5 M€.
[…]
Mais cette année, les services statistiques de la direction des médias ont innové. Ils ont eu l’idée de réaliser une présentation agrégée de ces chiffres, en les rassemblant groupe par groupe. Une idée intéressante car depuis quelques années, d’immenses empires de presse se sont formés autour de quelques-uns de ces milliardaires. Il était donc opportun d’avoir un chiffrage précis des aides totales empochées par chacun d’eux.
Mais d’après les témoignages recueillis par Mediapart, cette présentation ravageuse a fait pousser de hauts cris à certains éditeurs, lors de la réunion au ministère de la culture. Ceux-ci ont demandé au ministère de ne pas diffuser ce tableau. Mediapart est parvenu à en obtenir une copie […]
Je mets à disposition cette présentation par groupe des aides à la presse 2016.
[…]
Si l’on ajoute à cette liste de milliardaires une banque, en l’occurrence le Crédit mutuel, qui possède tous les grands quotidiens régionaux de la façade est de la France, de Metz jusqu’à Avignon, en passant par Lyon et Grenoble, laquelle banque empoche 4,7 millions d’euros… on arrive à un total de 39,1 millions d’euros ! Ce chiffre résume toute la situation de la presse française, prise dans les filets d’un capitalisme opaque qui vit en consanguinité avec l’État : sept milliardaires et une banque – qui ont tous pour point commun de ne pas être des industriel de la presse – empochent à eux seuls 49 % des aides publiques.
J'aime calculer un autre chiffre : 29 groupes encaissent 76,9 millions : cela signifie que peu de titres sur les 370 (environ) subventionnés encaissent environ 97 % du montant total des subventions. 8 groupes = 49 %, 29 groupes = 95 %. On est quand même loin de l'idéal démocratique d'aide au pluralisme, ce à quoi sont censées servir ces aides.
[…]
Le premier de ces géants, c’est Google. Objet de très vives critiques en France parce qu’il n’y payait quasiment pas d’impôt et d’une très vive pression exercée par l’administration fiscale, le groupe a fait au début de 2013 une galipette formidable. Il a acheté la complaisance des plus hautes autorités de l’État en créant un fonds, doté initialement de 60 millions d’euros, « pour l’innovation numérique de la presse ». Le coup d’envoi de ce fonds a été donné à l’Élysée à l’occasion d’une rencontre le 2 février 2013 entre le chef de l’État de l’époque, François Hollande, et le président du conseil d’administration de Google, Eric Schmidt. Les deux hommes ont signé à cette occasion un accord écrit dont les termes exacts n’ont jamais été rendus publics.
La singularité de ce fonds, qui initialement devait durer trois ans (2013, 2014 et 2015), tient au fait qu’il fonctionne exactement comme les aides publiques : il est d’abord conçu pour avantager la presse des milliardaires français. Le fonds est en effet géré par Google avec l’Association de la presse d’information politique et générale (AIPG), qui regroupe pour l’essentiel la presse des oligarques. Cette dernière a été créée de façon à exclure les pure players, c’est-à-dire les journaux uniquement en ligne à l’instar de Mediapart, en faisant main basse sur une dénomination qui, pourtant, n’est aucunement réservée à la presse imprimée : la qualification de “presse IPG” est attribuée par la Commission paritaire des publications et des agences de presse (CPPAP) aussi bien à des journaux imprimés qu’à des journaux numériques (c’est le cas de Mediapart, journal d’information politique et générale selon la CPPAP). Au sein du conseil d’administration du fonds Google, on trouve donc des représentants du géant informatique et des représentants de la presse des milliardaires (Les Échos, Le Figaro, Lagardère, etc.) – et aucun représentant de la presse uniquement en ligne. Les subsides fournis par le fonds Google viennent donc accentuer les effets pernicieux des aides publiques.
Je veux bien croire que l'AIPG a été créée de manière à exclure les pure players, mais je constate que Bastamag! a été financé par Google, tout comme Contexte, Worldcrunch, Slate, et d'autres.
À la fin de 2015, le fonds n’avait toutefois pas distribué la totalité des 60 millions d'euros prévus. Une nouvelle et dernière année de fonctionnement a donc été décidée, en 2016. Pour nos oligarques, cela a encore été une pluie d’or. Les chiffres ne sont pas encore disponibles sur le site du fonds […]
3 mois plus tard, le rapport d'activité n'est pas dispo sur le site web du Fonds… Et vu la rigueur de gogole les années précédentes… Je viens quand même d'envoyer un mail…
Au total, le Fonds pour l’innovation numérique de la presse a distribué en 2016 très exactement 12 823 514 euros. Sur ce montant, les richissimes hommes d’affaires suivants apparaissent en bonne place : Matthieu Pigasse pour Les Inrocks (264 376 euros) ; le même Matthieu Pigasse et Xavier Niel pour L’Obs (179 117 euros), Courrier international (192 395 euros) et Le Monde (256 408 euros) ; Arnaud Lagardère pour Paris-Match (130 242 euros) et Europe 1 (316 584 euros) ; Patrick Drahi pour L’Express (237 705 euros), Libération (192 900 euros) et BFM-TV (243 590 euros et 119 395 euros) ; François Pinault pour Le Point (396 900 euros) ; Iskandar Safa pour Valeurs actuelles (517 252 euros) ; Bernard Arnault pour Les Échos (897 600 euros) et enfin Serge Dassault pour Le Figaro (189 297 euros). Merci pour eux…
Google a bien compris l’immense intérêt de se mettre au centre du réseau de l’information en Europe et d’être le financeur d’une presse en déshérence. Le premier fonds arrivant en 2016 à extinction, le géant mondial a décidé d’en créer un second et de l’élargir à l’échelle européenne. Ce nouveau fonds, baptisé « Digital News Initiative » et lancé courant 2016, a trouvé sa vitesse de croisière en 2017. Il a de nouveau arrosé la presse française de subsides. Si le détail des financements n’est pas encore connu, le fonds a malgré tout publié un bilan global pour tous les pays européens. Pour 2017, c’est la presse française, encore elle, qui est la plus gourmande : elle a reçu 4 101 427 euros d'aides. Autant dire que ce n’est pas demain que la presse engagera le combat contre la situation d’oligopole dont profite Google, avec toutes les dérives que cela induit ; ni contre les effets de « googlisation » de l’information…
[…]
Comme Mediapart l’a déjà raconté dans un article signé par mon confrère Nicolas Becquet, de l’Observatoire européen du journalisme (lire Comment Facebook achète la presse française), le groupe de Mark Zuckerberg a mis d’immenses moyens sur la table pour circonvenir la presse française. Le marché est simple, racontait mon confrère : en échange d’une certaine somme, le partenaire doit produire massivement des contenus à haute valeur ajoutée sur la plateforme : vidéos, Facebook Live, reportages à 360°, “instant articles”… Les grands médias américains ont donc été rémunérés pour inonder les fils d'actualité de contenus originaux et ainsi convaincre l’ensemble des éditeurs d’en faire autant.
Mais mon confrère précisait qu’en Europe, la même méthode a été utilisée : « En Europe, les grands médias français participent par exemple à cette manœuvre de séduction à grande échelle. TF1, Le Figaro, Le Parisien ou les titres du groupe Le Monde font également partie des éditeurs qui touchent de l’argent pour produire des contenus vidéo pour Facebook. Et les sommes donnent le tournis, entre 100 000 et 200 000 euros par mois sur des périodes renouvelables de six mois, d’après les diverses sources interrogées. Sachant que la plupart des médias cités (liste non exhaustive) ont déjà reconduit une fois leur partenariat, on parle ici de millions d’euros distribués aux médias hexagonaux par Facebook. Il va sans dire que dans les rédactions contactées, on est peu disert sur les détails de ces accords confidentiels. Mais si les conditions varient d’un média à l’autre, le principe reste le même : en échange de l’argent versé, chaque média s’engage à produire un volume précis de vidéos et/ou de “lives” sur une période donnée, d’après les informations que nous avons pu récolter. » En clair, la presse française accepte d’entrer dans un lien de dépendance, voire de servitude vis-à-vis du géant américain, s'installant dans des logiques dont on peine à comprendre ce qu’elles ont à voir avec le droit de savoir des citoyens.
Ce premier lien de dépendance n’est pas le seul. Comme Le Monde l’a raconté au début de ce mois, huit médias français viennent de s’allier à Facebook, soi-disant pour lutter contre les “fake news”. Outre Le Monde, les médias partenaires sont l’Agence France-Presse (AFP), BFM-TV, France Télévisions, France Médias Monde, L’Express, Libération et 20 Minutes.
Ce type de nouvelle servitude acceptée par la presse française pose deux problèmes majeurs. Le premier est le lien de dépendance renforcé au plan financier vis-à-vis des géants américains de l’Internet dans lequel la presse française se place. Car accepter que Google et Facebook jouent ainsi un rôle majeur dans les circuits de l’information ne sera naturellement pas sans conséquence dans l'avenir. Terrible situation de la presse française, sur laquelle une dizaine de milliardaires ont fait main basse et qui, comme si cela ne suffisait pas, se jette dans les bras des oligopoles américains.
Les médias français concernés ne se montrent guère bavards sur les sommes que Facebook leur verse en contrepartie. […]
[…]
Et visiblement, ce type de financement, la presse française en redemande. Comme si les journaux n'attendaient pas le sursaut de leurs lecteurs, avides d’une information indépendante et de qualité, mais de ces géants américains. Au détour de ses explications, Le Monde apporte en effet cette autre précision : « En parallèle, une autre plate-forme dont Google est partie prenante, et soutenue par Facebook, a également annoncé son lancement prochain : CrossCheck, au sein du projet First Draft. CrossCheck permettra au public de soumettre des questions et rassemblera les informations fournies par les seize médias français partenaires, dont à nouveau l’AFP, Le Monde, Libération, France Télévisions et France Médias Monde. » Ce projet impliquant 37 rédactions françaises a existé pendant la campagne présidentielle et est en sommeil depuis 9 mois.
À Mediapart, nous refusons toutes ces aides, aussi bien les aides directes de l’État que les subventions de Google ou les financements de Facebook. Pour une raison de principe, que nous avons consignée dans notre slogan publicitaire – un tantinet moqueur : « Seuls nos lecteurs peuvent nous acheter. » Mais notre opposition ne porte pas que sur la question financière. Dans le cas du partenariat avec Facebook noué par ces journaux, un autre danger majeur plane : la transformation de la presse en auxiliaire ou en force supplétive des géants américains de l’Internet ; voire la constitution d’une sorte de police éditoriale, ayant un étrange pouvoir d’agrément ou de disqualification de certaines informations sensibles.
Je tousse. Mediapart a reçu environ 200 k€ du fonds d’aide au développement des services de presse en ligne en 2009. Personne est parfait, pas la peine d'essayer de le faire croire.
[…]
Plus généralement, il faut bien comprendre les effets cachés prévisibles de ces accords de partenariat, au plan éditorial : cela risque d'inciter mécaniquement les journaux à travailler sur les sujets que les algorithmes de Facebook jugeront les plus pertinents ; c’est-à-dire à travailler au sein des “bulles” d’information ou de rumeurs que créent les réseaux sociaux. En clair, c’est une règle du jeu qui n’a plus rien à voir avec celles du journalisme de qualité dont l’agenda doit être indépendant, de toutes les puissances politiques et financières mais aussi de ce qui fait le “buzz”…
[…]
Dans le tour d’horizon des subsides privés que la presse française empoche, il faut encore mentionner les sommes considérables que la fondation Bill-et-Melinda-Gates apporte chaque année au Monde pour le site Le Monde Afrique.
Il n’est pourtant pas impossible d’avoir des chiffres. Il suffit de quitter le site du Monde, qui à notre connaissance n’en donne aucun, et d’aller sur le site de la fondation Gates. Et là, dans le moteur de recherche, il suffit de saisir « Le Monde ». On tombe alors sur cette page, dont nous avons reproduit ci-dessous la capture d’écran. Les chiffres sont impressionnants : 299 109 dollars pour 2014 ; 440 582 dollars pour 2015 ; 611 001 dollars pour 2016 ; 680 675 dollars pour 2017.
La vérité, que n’affiche pas Le Monde, est donc la suivante : le multimilliardaire Bill Gates ne s’est pas borné à aider au lancement du Monde Afrique ; il le finance entièrement ! C’est ce que nous avons appris de bonnes sources : la totalité des financements du site provient des largesses de Bill Gates. Ce qui soulève une cascade de questions : comment Le Monde peut-il omettre d’apporter cette précision à ses lecteurs ? Et comment peut-on revendiquer une liberté éditoriale intégrale lorsque l’on est dans une situation de dépendance financière… totale ? Hubert Beuve-Méry, réveille-toi…
Jolie charge venant d'anciens journalistes du Monde (Laurent Mauduit, Edwy Plenel et François Bonnet). ;)