Aaaaaah, le team building… C't'un peu comme les méthodes agiles… Ça commence par un mot anglais pour se donner un style. Ça embraye sur un concept chié par des petit⋅e⋅s chef⋅fe⋅s (faut dire « manager », je crois :- ) qui se sont rendu compte que, surprise, y'a des gens pas contents d'être entassés sans intimité dans un open space, que tel⋅le ou tel⋅le a été privilégié⋅e par la hiérarchie, que le projet X a foiré notamment à cause de Y ou, au contraire, a été totalement accaparé par Z, etc. Plutôt que de gérer ça en se comportant comme des chef⋅fe⋅s (revoir l'espace de travail, expliquer et assumer un choix, rendre la prise de décisions plus transparente, prendre sur eux⋅elles la responsabilité de l'échec d'un projet, veiller et travailler au quotidien pour la cohésion de l'équipe, etc.), il⋅elle⋅s ont chié le team building… c'est-à-dire des activités en dehors du taff (accrobranche, VTT, escalade, restau, etc.) moralement obligatoires, ce qui crée une cohésion d'équipe artificielle, tout aussi factice que l'intelligence artificielle. Bref, une mauvaise échappatoire à une problématique réelle. C'est tout aussi vain et inadapté que les journées d'intégration des écoles d'ingénierie, des facs ou en entreprise.
C'est artificiel parce que l'instant est crée par la hiérarchie pour servir l'intérêt de la structure (une cohésion d'équipe, même forcée, c'est moar profits, selon ces gens-là). Or, un tel moment entre humain⋅e⋅s ne se décrète pas, encore moins depuis le sommet de la pyramide. Il est moralement obligatoire donc tu n'y participes généralement pas de ton plein gré (je pensais pourtant que le consentement est une notion importante… :O). Tu sais que tu es scruté et que tes propos et tes gestes sont décortiqués par tes collègues et par ta hiérarchie, donc tu joues un personnage conforme à leurs attentes afin de ne pas te faire classifier, marginaliser voire sanctionner. Je trouve tout cela abominable. Mais c'est présenté avec un mot anglais et avec le sourire, donc ça va, ça passe, voyons.
Dans un précédent emploi, une fin d'aprem accrobranche+tyrolienne a été organisée par un collègue missionné par le chef. C'était juste avant le pic d'activité saisonnier de la société commerciale (hasard ? non, agenda maîtrisé ;) ). Boarf, ce collègue a dû choisir cette activité car il aime ça, non ? Je l'ai interrogé sur ses motivations : voulait-il nous faire partager quelque chose qu'il aime ? Que nenni. Sa réponse fut que beaucoup de collègues auront peur sur la tyrolienne finale, qui est impressionnante. Une fois revenu au bureau, quand un collègue demandera de l'aide, il ne sera plus le même à ses yeux : il restera toujours le mec qui s'est chié dessus sur la tyrolienne et un petit rappel de cet événement permettra de calmer son ardeur s'il demandait de l'aide avec trop d'insistance ou s'il demandait à ce qu'une tâche soit accomplie avec trop d’entrain. Je n'invente rien, l'essentiel des mots "chocs" viennent bien de cet ex-collègue.
Voilà, tout est dit… Son objectif n'était pas de construire un esprit d'équipe, mais de rétablir un semblant de hiérarchie informelle basée sur une rivalité ("je suis plus doué que toi à la tyrolienne") et en jouant sur les peurs de chacun⋅e. La hiérarchie, qui avait entendu notre échange, n'a rien trouvé à redire, évidemment. Ce collègue a choisi l'activité qui lui permettrait de s'en sortir à bon compte. C'est bien vu. Mais je trouvais ça ignoble, donc je n'ai pas participé à cette soirée de team building. Huit-neuf mois plus tard ("c'est un beau bébé !" :D ), je trouve toujours ça aussi ignoble !
Tu pourras m'expliquer que je fais d'un cas vécu une généralité, mais, au-delà de cette illustration opportune, et pour les raisons que j'expose dans le deuxième paragraphe, je reste persuadé que le team building est la fuite en avant de la majorité des petit⋅e⋅s chef⋅fe⋅s qui ne méritent pas leur salaire car il⋅elle⋅s ne font pas leur taff (celui que j'ai décrit entre parenthèses dans le premier paragraphe) et ont recours à un artifice vain pour tenter de compenser. Selon moi, le team building est totalement contre-productif car une relation humaine saine ne se développe pas sur un esprit de rivalité/domination et ne peut être commandée. Mais elle permet aux petit⋅e⋅s chef⋅fe⋅s de rester à leur poste sans en remplir les missions, donc continuons ce petit jeu destructeur ?
C'est con, après avoir longtemps demandé une CA gratuit, l'on se retrouve avec un nouveau problème.
CA unique = plus de vie privée :-/Est-ce que en passant par une liste de proxy random (ex Tor) avec des user-agent random, ça pourrait «corriger» le problème ?
Ça me paraît être d'une difficulté très élevée et désagréable au quotidien pour un résultat qui laissera à désirer, car, comme d'habitude, il y aura des fuites (usages pas encapsulés comme on s'y attend, traces auxquelles on n'a pas pensé - il n'y a pas que l'user-agent qui permet d'identifier un logiciel donc un poste informatique donc un⋅e citoyen⋅ne). Quand tu vois que même après un nettoyage par le Tor browser, ça suinte encore de partout, cela me semble bien plus illusoire que de désactiver OCSP (côté client) et d'activer OCSP stapling (côté serveur). Le meilleur moyen de ne pas avoir à effacer des traces, c'est encore de limiter leur production.
Sans compter que la piste que tu proposes ne corrigera pas le deuxième problème que pose Let's Encrypt à savoir la centralisation, la concentration du pouvoir et les atteintes qui peuvent en découler comme la censure de sites web par un acteur privé en dehors de tout contrôle. Pour résoudre ça, il faut procéder comme dans tout business : créer d'autres autorités de certification. De préférence communautaires et libres, avec un vrai pouvoir de la communauté. Ou s'engager dans des voies plus contraignantes résumées à la fin de mon shaarli (DANE, remplacer x509, etc.).
Ouais, moi aussi dans mes précédents boulots, ça me gonflait de dire « bonjour » aux collègues du service. On peut même dire que je détestais cela. Principalement parce que c'était obligé par le chef (si, si, l'un d'eux te faisait la leçon dans son bureau si tu ne disais pas bonjour à chaque collègue !), donc personne était vraiment consentant⋅e, du coup ça créait des moments désagréables à souhait. Dans un autre emploi, il n'y avait pas d'obligation mais le cœur de la plupart des collègues n'y était pas donc moments désagréables. Chez un autre, on avait quasi l'ambiance actuelle, donc ça ne me posait pas de soucis de saluer tout le monde.
Désormais, je fais le tour des bureaux et je dis bonjour à tou⋅te⋅s les collègues du service le plus sincèrement du monde. Alors que ce n'est clairement pas répandu dans notre service et qu'on ne peut pas soupçonner les chefs d'ordonner ce genre de tournée. Comme il a fallut expliquer le pourquoi du comment de mon comportement à des collègues (et que ça a été mieux en le disant), je le note ici, au cas où ça puisse servir à d'autres. :)
Je vois au moins trois intérêts à saluer les collègues (en sus du classique "on est humain⋅e, merde" qui n'a pas à être justifié, car il s'impose en dehors de tout esprit de lucrativité du geste) :
Alors bien sûr que non, mes zolies idées utopistes décrites ci-dessous n'ont pas d'effet sur tout le monde : tou⋅te⋅s les collègues ne me parlent pas après les classiques "bonjour/bonjour/ça va ?/ça va et toi ?/ça va". Mais, au moins, la main est tendue, une passerelle existe. Je persiste à penser que ça servira quand le moment sera venu. Pour l'instant, je constate que mon exemple a inspiré personne : personne ne fait le tour des bureaux pour saluer les collègues. Mais ce n'est pas en 6 mois qu'un jeune glandu va répandre des pratiques différentes de celles pratiquées ces 7 dernières années au bas mot.
Je précise quand même que je ne cherche pas à provoquer un contact physique non désiré. Donc, non, je ne claque pas la bise à toutes les collègues, et, non, je ne serre pas la paluche de tous les collègues, et inversement. Si tu ne veux pas de contact physique (deux collègues me l'ont explicitement demandé), je respecte et l'on se dit bonjour oralement. Si tu veux un signe physique différent et rigolo, j'en suis. Si tu veux dire « bonjour », je respecte. Si tu veux dire « meow », je respecte aussi. Ce que je cherche à provoquer, en revanche, c'est une interaction orale entre humain⋅e. Elle n'est peut-être pas souhaitée, mais c'est assumé. À ce jour, je n'ai pas perçu de malaise chez les collègues.
Évidemment, tu l'auras compris, je bénéficie d'un climat propice au "bonjour" du matin. Si je bossais encore chez mes ex-employeurs que j'ai décrit au début de ce shaarli, je n'agirai pas ainsi, c'est sûr. Pas question d'avoir un bonjour institutionnalisé insincère ni une salutation froide de la part de collègues qui ne jouent pas le jeu / ne sont pas consentant⋅e⋅s.
Si tu te demandes si je suis cohérent donc si je dis aussi "à demain" à tout le service : je suis quasi toujours dans le top 3 des dernières personnes présentes donc ce n'est pas tout le service, mais oui, je vais saluer et j'y trouve les mêmes intérêts (détecter si quelque chose ne va pas, si des tensions se sont créées entre des personnes, si l'infrastructure a eu un râté, etc.).
Si ça peut te servir…
Cela fait plus d'un an que j'apporte des journaux papier dans la salle de pause de mes différents boulots. J'ai envie de faire un point et de t'inciter à faire de même.
Je sais que ça va surprendre ceux et celles qui me connaissent de plus près, mais, au départ, je n'avais aucune motivation politique. Il ne s'agissait pas de "ré-informer" les collègues ignorant⋅e⋅s ou je ne sais quoi. En fait, dans un précédent boulot, quelqu'un⋅e déposait le Canard enchaîné dans la salle de pause. Et puis, un jour, pouf, pas de Canard (probablement car le⋅a collègue était absent⋅e). J'ai donc décidé de l'acheter et de le partager, comme ça, sans réfléchir. Toute façon, je l'ai acheté pour mon propre intérêt, alors autant qu'il serve.
J'ai quitté cette société, mais j'ai continué à apporter le Canard dans mes nouveaux boulots. Puis, j'ai également apporté le journal satirique local quand il y en avait un. Puis, quand j'ai tranché ce qui, pour moi, est du journalisme éthique, j'ai aussi apporté tous les journaux papiers que je m'achète : Canard, Fakir et Siné mensuel.
Je ne crois pas avoir plus de motivation politique à l'heure actuelle… Oui, ça contribue à diffuser des idées que je défends, mais mon cœur me signifie que ce n'est pas pour ça que je le fais, mais uniquement pour l'aspect mutualisation, tendance "au moins, on ne bute pas des arbres pour le plaisir solitaire d'une seule personne".
J'ai constaté qu'une majorité de gens sont intéréssés par ces journaux sans pour autant les acheter, ce que je trouve dommage et que je n'explique pas vraiment… Vu nos salaires, je ne crois pas à un problème financier généralisé… Flemme de se déplacer ? La livraison postale existe… J'ai constaté que l'intérêt diffère entre le public et le privé et en fonction de la taille de la structure : la startup-nation est moins intéressée que le public (alors que tous deux disposent du même volume horaire de pause dej' et que je n'ai pas constaté de lecture en dehors de ces créneaux). C'est intéressant de constater que le milieu et les règles du jeu informelles créent l'opportunité. Du coup, je m'interroge : n'y-a-t-il pas, à poste équivalent, une inégalité d'accès à l'information en fonction du lieu de travail vu que cet accès peut être restreint par l'environnement ?
J'ai découvert des comportements divers : de la lecture assumée pendant la pause déjeuner jusqu'à la lecture "en douce" en passant par l'emprunt d'un journal durant la fin de semaine avant de le rapporter la semaine suivante. J'explique cela par l'environnement plus ou moins conformiste et répressif.
J'ai aussi découvert que certaines personnes font un blocage psychologique et ne lisent pas les journaux tant qu'elles ne savent pas qui a apporté lesdits journaux… Comme si le messager était responsable du contenu… Je n'explique pas ce point-là…
Je n'ai pas constaté de pression particulière sur ma personne. Je n'ai pas eu de remarques hiérarchiques me demandant d'arrêter mes conneries de bobo-gauchiste. Je ne me suis pas fait alpaguer par des collègues dans des débats au motif que "tiens on va demander son avis au bobo-gauchiste". Bref, je n'ai pas l'impression qu'apporter ces journaux me porte préjudice ou me place comme le savant ou le défenseur d'un bord politique lors d'un débat. Je ne me sens pas oppressé parce que j'apporte des journaux.
Tout au plus, il y a eu ce collègue qui, en me voyant débarquer avec les Canard, Fakir et Siné tout frais, a déclaré à voix haute en public « si c'est comme ça, je vais apporter l'Humanité » sur un ton un tantinet agressif qui ne lui ressemble pas. Je lui ai répondu que ça me ferait plaisir, que j'invite tout le monde à partager son journal chéri, même l'Opinion ou le Figaro et que les journaux que j'apporte, c'est comme la merde que je raconte à l'oral, je ne suis pas tenu d'être objectif. Je ne sais pas si ce message a été entendu, mais je n'ai pas vu l'Humanité dans la salle de pause.
Il reste une question à laquelle je n'ai pas trouvé de question : comment mutualiser la presse numérique ?
Bref, apporter la presse au boulot est une action concluante qui a du sens, qui intéresse et qui ne pose pas de contraintes sur celui ou celle qui la mène.
En te livrant cette expérience, j'espère t'avoir motivé à apporter les journaux de ton choix à ton boulot. :) Cela ne changera pas la face du monde… mais ça y contribuera ?
All services are microservices if you ignore most of their features.
+1.
I've accidentally discovered the world's most efficient way to leak personal information.
Plus, the photo was geotagged, my unlocked password manager was visible on the laptop, AND you could see my naked reflection in the dark part of the screen.
+1. :D
I mean, we already live in a world of flying robots killing people. I don't worry about how powerful the machines are, I worry about who the machines give power to.
Gros +1.
Gros gros +1. Et y'a pas que sur mobile que c'est chiant au possible.
Les «Incels» forment une sous-culture Internet, présente sur Reddit et 4chan, qui défend un masculinisme poussé à l’extrême. Selon la définition stricte donnée par le subreddit éponyme (fermé en toute discrétion par Reddit le 7 novembre dernier), un «Incel» (involuntary celibate) est un mec désirant avoir des relations avec des filles mais qui n’y arrive pas et s’estime très pessimiste quant à ses chances futures.
[…]
La caractéristique des «Incels» est d’avoir développé une haine féroce des femmes, qu’ils estiment responsables de tous leur déboires. Dans leur jargon, les femmes sont appelées «roastie» (rosbeef, référence à la forme de leur vagin après avoir eu plusieurs partenaires) ou «femoid» (pour «female humanoid», appellation leur déniant toute humanité).
S’estimant être des «nice guys» ne recevant en retour aucune attention des filles, les «Incels» en concluent que le seul critère effectif de la séduction est le physique. Ce qui ouvre la voie à leur deuxième sujet de haine : les «chads», ces mecs beaux gosses et musclés qui auraient un injuste succès avec les filles. Dans leur jargon, l’équivalent féminin du «chad» est la «stacy», un couple auquel fait référence Minassian dans son post Facebook.
Les «Incels» sont persuadés qu’il n’existe pas de plus grande discrimination que la discrimination physique.
[…]
Ce n’est en fait pas la première tuerie liée à cette idéologie. En 2014, Elliot Rodger, un étudiant de Santa Barbara avait tué six personnes et blessé 14 autres avant de se donner la mort. On avait retrouvé un long manifeste où il hurlait sa haine des femmes.
Dans son message Facebook, Alek Minassian fait référence au «supreme gentleman» Elliot Rodger. Derrière le folklore web et les bonnes blagues sur les «chads», il existe bien un terrorisme masculiniste.
Selon Numerama, le subreddit incels avait dépassé la barre des 40 000 membres.
Via https://twitter.com/geoffrooy/status/989042514610085890 via https://twitter.com/bortzmeyer
Pour rappel, le groupe Bolloré a attaqué en diffamation un article publié en octobre 2012, intitulé « Bolloré, Crédit agricole, Louis Dreyfus : ces groupes français, champions de l’accaparement de terres ». Notre article pointait le rôle de grandes entreprises françaises dans le phénomène d’accaparement des terres en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Il mentionnait, entre autres, les activités du groupe Bolloré, via une holding luxembourgeoise, la Socfin. Celle-ci possède une trentaine de filiales, dont plusieurs gèrent des plantations d’hévéas et de palmiers à huile en Afrique et en Asie. Ses pratiques font l’objet de nombreuses critiques de la part des populations locales et d’organisations internationales de défense des droits humains.
La Cour de cassation a confirmé que notre article s’inscrivait « dans un débat d’intérêt général sur l’achat et la gestion [de terres agricoles], par des multinationales de l’agro-alimentaire parmi lesquelles la société Bolloré » et reposait « sur une base factuelle suffisante » sans dépasser « les limites admissibles de la liberté d’expression ». […]
Boom. \o/
D’autres sites et blogs avaient également été poursuivis pour avoir mentionné cet article : le site Rue 89 et son directeur de publication, Pierre Haski, pour avoir cité l’article dans sa revue de presse, la journaliste Dominique Martin Ferrari, qui a cité l’article sur sa page « scoop it », et deux autres personnes – Thierry Lamireau, retraité de l’Éducation nationale et Laurent Ménard, ébéniste – ayant intégré un lien vers l’article sur leurs blogs. L’arrêt de la Cour de cassation leur est également favorable. Il reconnaît que les publications ou personnes intégrant un lien sur leur site vers un article litigieux mais de « bonne foi » ne peuvent être complices de diffamation.
Cela me semble être un écho à plusieurs jugements de la CJUE concernant des liens vers des contenus protégés par le droit d'auteur.
[…]
Pour Bolloré, comme pour d’autres multinationales, poursuivre médias, ONG et journalistes est une manière délibérée d’entraver leur travail. « En multipliant les procédures judiciaires dans des proportions inédites – quitte à les abandonner en cours de route –, le groupe Bolloré en a fait une mesure de rétorsion quasi-automatique dès lors que sont évoquées publiquement ses activités africaines », écrivions-nous, aux côtés d’autres journalistes et ONG (lire ici : Face aux poursuites-bâillons de Bolloré : nous ne nous tairons pas !). « Ces poursuites systématiques visent à faire pression, à fragiliser financièrement, à isoler tout journaliste, lanceur d’alerte ou organisation qui mettrait en lumière les activités et pratiques contestables de géants économiques comme le groupe Bolloré. Objectif : les dissuader d’enquêter et les réduire au silence, pour que le "secret des affaires", quand celles-ci ont des conséquences potentiellement néfastes, demeure bien gardé. » La loi sur le secret des affaires, adoptée fin mars par l’Assemblée nationale, risque de compliquer encore davantage le travail d’enquête journalistique sur les pratiques des multinationales (lire notre article sur le sujet).
En intimidant les journalistes, ces poursuites visent à rendre invisibles celles et ceux qui subissent injustices et inégalités. Quel média continuera de mettre en lumière la question de l’accaparement des terres et de donner la parole aux populations qui y sont confrontées s’il est systématiquement attaqué en justice ? Cette première procédure, qui aura duré cinq ans depuis notre mise en examen, a coûté plus de 13 000 euros à notre modeste budget. C’est, en temps de travail rémunéré, l’équivalent d’une dizaine d’articles comme celui que nous avons publié et sur lequel la justice nous a donné raison. Dix articles que nous n’aurons pas écrits, autant d’informations pour « un débat d’intérêt général » qui n’auront pas été publiées, autant d’injustices qui n’auront pas été mises en lumière.
Selon des chiffres diffusés par NetTrack, Let's Encrypt a passé en avril la barre des 50 % des domaines gérés, parmi les presque 8 millions surveillés par le service.
Cela pose plusieurs problèmes dont je n'ai pas vu (encore ?) d'analyse. Donc je me lance, même si je vais pas mal radoter mon premier jet sur Let's Encrypt.
Le premier problème est une question de vie privée. Afin de s'assurer qu'un certificat x509 n'a pas été révoqué, un client TLS (un navigateur web, un logiciel d'emails, un logiciel de messagerie instantanée, etc.) peut émettre une requête HTTP destinée à l'autorité de certification qui a émis le certificat présenté par un serveur TLS (serveur web, serveur mails, etc.). Évidemment, l'autorité de certification signe sa réponse avec sa clé privée. Ainsi, le client TLS pourra vérifier l'authenticité de la réponse avec la clé publique de l'autorité (contenue dans le certificat x509 de cette autorité). Il s'agit du protocole OCSP. Il est activé par défaut un peu partout.
Cela signifie qu'avec ce protocole, une autorité de certification stocke, dans ses journaux, des infos comme : telle IP a demandé la vérification du certificat x509 du site web ineedmoarporn.example à telle date+heure.
Si une autorité de certification devient un acteur incontournable, cela signifie qu'elle consigne, dans ses journaux, l'information qu'une même IP a visité les sites web ineedmoarporn.example, lacroix.example, fillon2017.example avant de consulter ses emails hébergés chez sans-nuage.fr.
Je ne sais pas pour toi, mais je trouve que c'est un vrai problème, quand bien même il y a des associations militantes pour les libertés humaines (mais pas que) derrière Let's Encrypt.
En 2025, Let's Encrypt a cessé de recourir à OCSP.
Comment voir quel serveur OCSP sera contacté pour un certificat x509 donné ? Il suffit de regarder les détails d'un certificat x509, notamment la section « Authority Information Access ». Avec Firefox. Exemple en ligne de commande :
$ echo | openssl s_client -servername mediapart.fr -connect mediapart.fr:443 2>/dev/null | openssl x509 -noout -ocsp_uri
http://ocsp.usertrust.com
Ici, quand un⋅e citoyen⋅ne consulte ce journal, son navigateur web émet une requête HTTP destinée à ocsp.usertrust.com. User Trust sait donc que l'ordinateur utilisé par ce⋅tte citoyen⋅ne va probablement consulter le site web de ce journal dans les prochaines secondes.
Dans le cas de Let's Encrypt, le serveur OCSP est pointé par le nom « cert.int-x3.letsencrypt.org » et est hébergé… par Akamai, un géant des infrastructures Internet… Tu le sens, le respect de ta vie privée ?
Pour limiter l'impact de ce flicage :
Le deuxième problème est une question éthique et philosophique. Quand un acteur concentre un marché, il exerce un pouvoir sur le marché. Quand un acteur a du pouvoir, il en abuse. Forcément. S'il n'a pas de concurrent, alors les citoyen⋅ne⋅s sont pris au piège, ce qui renforce le pouvoir de cet acteur. Je pense que c'est assez évident avec l'affaire Facebook / Cambridge Analytica (je prends l'exemple le plus récent, mais il y en a une infinité) : tu peux être scandalisé, tu vas quand même rester sur Facebook pour parler avec tes "ami⋅e⋅s" car il n'y a pas vraiment de concurrent avec un service similaire aussi fréquenté.
Je me moque de savoir que, derrière Let's Encrypt, il y a des associations qui militent pour les libertés humaines. Car tout acteur est corruptible. Tout acteur peut ne pas percevoir une entourloupe et la valider. Sans compter que toute la sécurité apportée par x509 repose sur la plus mauvaise autorité de certification acceptée par la communauté (des navigateurs web et des systèmes d'exploitation), car n'importe quelle autorité de certification peut émettre des certificats x509 pour n'importe quel site web, même pour un site web dont l'éditeur⋅rice n'est pas client chez elle. x509 est ainsi fait. Let's Encrypt peut être absolument irréprochable, ça ne change pas la donne.
Il découle du paragraphe précédent que ce qui compte à mes yeux, c'est d'avoir un équilibre des pouvoirs : qui dispose d'un pouvoir similaire afin d'exercer un pouvoir de contrôle sur Let's Encrypt ? Personne. Vers qui se tourner si Let's Encrypt failli (tout en conservant un service similaire) ? Personne. Puis-je vérifier moi-même ce que fait Let's Encrypt ? Non. Ai-je un pouvoir de décision, même indirect sur ce que fait Let's Encrypt ? Non. Le pouvoir d'émission de certificats x509 est confisqué aux citoyen⋅ne⋅s. Certes, il l'a toujours été, mais Let's Encrypt enfonce le clou alors que des alternatives sont possibles, j'y reviens à la fin.
Un monde dans lequel
… est un monde dans lequel chaque autorité de certification est un acteur puissant supplémentaire qui décide de ce qu'est la liberté d'expression et des contenus qui en relève…ou non. Elle peut refuser de délivrer un certificat à tel ou tel site web ou de révoquer le certificat de tel site web. Let's Encrypt ne s'en prive pas. Les navigateurs web feront alors peur aux visiteur⋅e⋅s de ce site web, les moteurs de recherche déclasseront ce site web et ce sera la fin. Il y a déjà suffisamment d'acteurs qui ont ce pouvoir… Est-on obligé de s'en imposer un de plus ?! Les gouvernements, entre autres, ont déjà ordonné à des intermédiaires techniques, comme les registres DNS, de pratiquer la censure sans décision de justice, alors ordonner la même chose à un intermédiaire technique de plus ne les découragera pas.
Certes, Let's Encrypt n'est pas à l'origine de tout ce que je décris depuis le début de ce shaarli, mais cette initiative, qui partait d'une bonne intention, va considérablement retarder l'émergence de réelles solutions à tout ce merdier. Et c'est ça que je reproche à toutes les personnes qui ont fait la promotion de Let's Encrypt sans se poser plus de questions, au motif que le chiffrement est à la mode depuis Snowden… Alors que le chiffrement est inutile quand les gens concentrent leurs données sur quelques sites web états-unien où elles peuvent être récupérées tranquillou par tout le monde parce que les lois, sur la surveillance de masse et sur la protection de la vie privée, le permettent… Let's Encrypt est une fuite en avant, pas une solution durable.
Par ordre de complexité :