L'étude a échautfé les esprits. Selon plusieurs chercheurs en agronomie et en botanique, l'augmentation du CO2 dans l’atmosphère à cause du réchauffement climatique va abaisser la qualité nutritive du riz, la céréale la plus cultivée du monde. Et pas qu'un peu. D'ici à la fin du siècle, 8 % des minéraux comme le fer se seront tait la malle, 10 % des protéines et iusqu'à 30 % des vitamines B (« Science Advances », 23/5). Vous vous dites que c’est fâcheux, mais que d'ici cent ans on a le temps de voir venir.
Sauf que, déjà, certains fruits et légumes poussent dans cette atmosphère saturée en CO2 qu'on subira d'ici une centaine années. Prenez la tomate de table. Sur les 600 000 tonnes produites tous les ans dans l’Hexagone, 10 % poussent en plein champ, les pieds dans la terre. Le reste est cultivé sur un substrat nutritif, alimenté au goutte-à-goutte, dans des serres chauffées quasiment toutes enrichies en C02.
Le dioxyde de carbone est en effet un puissant fertilisant, qui, vaporisé dans la serre, fait grossir de 30 % les rendements. Plus la plante capte de CO2, plus elle transforme efficacement l'énergie du soleil en matières organiques. D'où l’usage de l’éclairage artifificiel, a condition de ne pas dépasser 18 heures d'affilée : si le légume n'a pas ses 4 heures d’obscurité, elle s’épuise, c'est le burn-out. La où une tomate de plein champ donne des fruits quatre mois de l'année, au rythme d’une récolte hebdomadaire la « carbonée » se cueille deux fois par semaine, 11 mois sur 12, et elle est plus grosse !
Tout cela fait le bonheur des marchands de C02. Rien qu'en France un millier d'hectares de serres, abritant surtout des tomates, mais aussi des concombres, des poivrons et des aubergines, sont enrichis en dioxyde de carbone, et ce à des niveaux de deux à trois fois plus élevés que dans l’air ambiant actuel. Le précieux gaz, vendu liquéfié par des sociétés comme Air liquide, se négocie environ 100 euros la tonne. Sinon, dès qu'ils le peuvent, les maraîchers injectent le CO2 récupéré dans les fumées de la chaudière qui chauffe leur serre.
Selon les rares études sur le suiet, les fruits et légumes « carbonés » contiennent moins de nutriments avec plus de sucres et de flotte. Quid des conséquences pour la santé ? L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation a promis d'étudier la question. En attendant, pour la tomate, ça gaze !
Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.
Le régime mauritanien séduit députés et personnalités pour redorer son image et combattre ses opposants.
C’est officiel : dans un mois, Macron va s’inviter au sommet de l’Union africaine en Mauritanie. Jolis salamalecs à Nouakchott, capitale d’un régime qui ne brille guère par sa libéralité : il vient, par exemple, de promulguer une loi rendant « obligatoire » la peine de mort pour des « propos blasphématoires ». Morbleu !
Mohamed Ould Abdel Aziz, le président de la République islamique, s’emploie pourtant, depuis quelques mois, à rendre la devanture de son pays plus avenante. Allié de poids de Macron dans la lutte (au sein du G5 Sahel) contre Al-Qaida au Maghreb islamique et autres djihadistes, il a invité, le 30 mai, une délégation de députés français conduite par Jacques Maire (LRM). Emu, le vice-président de la commission des Affaires étrangères a salué « de réels progrès pour les populations, tant au plan de la sécurité que du développement ».
La Mauritanie a aussi rouvert au tourisme, avec le soutien (prudent) du Quai d’Orsay, des régions jusqu’ici déconseillées. Pour illustrer cette capacité d’ouverture, elle a invité, fin novembre, trois députés En marche ! tous frais payés pour une semaine. Ainsi Jean François Mbaye (Val-de-Marne), Liliana Tanguy (Finistère) et Amal Amélie Lakrafi (Français établis hors de France) ont-ils fait la tournée des dignitaires du régime et enchaîné quelques visites culturelles, non sans séjourner en de plaisants hôtels.
Régime sec
Organisateur du voyage et figure de proue de l’entreprise de séduction du régime, le juriste Jemal Taleb, qui travaille à Paris dans un cabinet anglosaxon d’avocats, revendique le titre d'« ambassadeur itinérant ». Après l’escapade des trois parlementaires, il a créé le Groupe de liaison des amis de la Mauritanie (Glam), avec pour président l’ex-député PS François Loncle.
Le Glam accueille aussi l’ancien ministre sarkozyste Eric Besson et le conseiller régional PS Ali Soumaré. Sans oublier le juge antiterroriste Jeau—Louis Bruguière, qui a officié pendant un an comme « conseiller spécial » du président Aziz. Rémunération : 100 000 euros. '
Le lobbying de Nouakchott vise également à dénigrer deux « cibles » bien introduites en France. D’abord, Mohamed Ould Bouamatou, qui, avant de faire fortune dans la banque et le commerce de cigarettes, fut le compagnon (dans l’opposition) et le mécène du futur chef de l’Etat.
Aujourd’hui opposant d’Aziz, ce businessman est actif à Paris. Il fait travailler des juristes, des communicants (de l’agence Havas, notamment}, des sites d’information, d’anciens policiers et des associations anticorruption telles que Sherpa, dirigé par l’avocat William Bourdon.
Autre grand ennemi du régime : un certain Moustapha Chafi. Naguère conseiller du président burkinabè déchu Blaise Compaoré, Chafi a servi d’intermédiaire dans une série de prises d’otages au Sahel. Il faut dire qu’il connaît par leur petit nom plusieurs chefs et preneurs d’otages islamistes - l’Algérien Mokhtar Belmokhtar, entre autres, avec qui il a plusieurs fois « négocié ».
Au nom de cette proximité, Nouakchott a lancé un mandat d’arrêt international contre Chafi pour « appui logistique et financier à des groupes terroristes en activité dans le Sahel ». Problème : ce dernier a de bons amis au sein des services de renseignement français. Dur de faire de la diplomatie sans fâcher personne…
Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.
Toujours désireux de s'instruire, « le Canard » a mis la patte sur la liste des « invitations déclarées » par les sénateurs « effectuant des déplacements financés par des organismes extérieurs ».
Depuis le 1er octobre 2014, une poignée de sénateurs se sont vu offrir 311 voyages. Parmi les plus invités : Jean-Marie Bockel (25 fois), Nathalie Goulet (23) et Jean-Pierre Raffarin (17). Les destinations les plus prisées de tous ces parlementaires-trotteurs sont la Chine (59 voyages), les pays du golfe Arabique (30) et l’Azerbaïdjan (23). Que des démocraties florissantes ! En revanche, l’Afrique ne fait pas partie des territoires prisés par ces messieurs-dames. Sans doute une question de confort…
Evidemment, il est impossible d’établir le coût de chacun de ces voyages. Et encore moins de dire combien ils ont rapporté — en amendements, interventions, coups de pouce et autres — à la puissance invitante. La SNCF, par exemple, a payé à des sénateurs une quinzaine de voyages en Chine, aux Etats-Unis ou en Iran, sous prétexte d’une énigmatique « mission ferroviaire ».
C’est pour changer les sénateurs de leur train-train ?
Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.
Henri de Castries, ancien pédégé d’Axa, qui n’a pas renoncé à peser sur la vie publique, à défaut d’avoir pu entrer dans le gouvernement fillon, s’est lancé dans la bataille du Medef. Il avait apporté un soutien appuyé au président du groupe Michelin, Jean-Dominique Senard. Avec le succès que l’on sait…
Après la disqualification de Senard, l’assureur à la retraite a « juré », selon un connaisseur des arcanes patronales, de « se venger de ceux qui ont eu la peau du patron de Michelin ».
Dans le viseur du fusil de ce grand chasseur : Roux de Bézieux et Saubot. Depuis décembre, Castries ne rate pas une occasion de les flinguer et roule pour un troisième homme, Patrick Martin, président du Medef Auvergne-Rhône-Alpes.
Coïncidence: Gattaz, lui aussi, roule pour Martin. Il vient même de le nommer, avec deux de ses lieutenants. au conseil exécutif qui se prononcera lors du conseil exécutif [ NDLR : sic ! ] du 11 juin [ NDLR : ce conseil émettra un avis sur les candidats à la succession de Gattaz ;) ]. Le verrouillage évitera-t-il la dérouillée ?
Dans le Canard enchaîné du 6 juin 2018.
Miam, miam. Microsoft possède désormais physiquement les dépôts de code d'une majorité des projets libres et open source… Microsoft va probablement pourrir tout ça comme Sourceforge s'est sabordé avec de la pub puis des bundles puis des usurpations d'identité… Microsoft évoque déjà l'usage de Github comme cheval de Troie pour promouvoir ses outils de dev'… L'histoire ne se répète pas, mais elle rime…
Microsoft dispose désormais de LinkedIn et de Github… Parfait pour fliquer la recherche d'emploi d'un⋅e dev' par les deux bouts.
Microsoft dispose aussi d'Electron, le framework qui permet de dev' des applications de bureau multi-plateformes… Il est notamment utilisé dans l'appli Mattermost (dont on peut très bien se passer vu que ça affiche simplement une page web dans une simili-appli)…
Et je ne parle pas des outils de gestion des dépendances (npm, bundler, pip, go) qui vont désormais tout chercher sur Github… Une dépendance qui manque (à cause d'une suppression """"accidentelle"""" d'un dépôt) et pouf de nombreux projets libres ne compileront plus… Il va falloir perdre à nouveau du temps à adapter les outils…
Je ne parle pas des simili-sites web hébergés sur Github Pages / github.io…
Ça devait arriver… C'était prévisible, prévu et documenté. Je ne comprends pas comment les dev' ont pu être aussi aveugles… L'humain⋅e recommence ses erreurs en boucle… Nous créons les géants qui nous piétineront allègrement juste parce que leur taille leur permet de se rendre incontournable… Pourquoi ?! Je répète une énième fois, au cas où : Internet permet d'avoir des dépôts git répartis un peu partout, c'est dommage d'avoir recours a une application centralisée aux mains d'une seule société commerciale, non ?
Alternatives ? Héberger un gitlab ou un gogs ou en rejoindre un existant comme la communauté framagit ou, plus largement, les CHATONS.
La dernière étude d’Oxfam (« L’Express », 23/5) révèle une flambée de l’écart entre les rémunérations des patrons du CAC 40 et celles de leurs salariés. En 2016, ces derniers ont gagné, en moyenne, 119 fois plus que leurs sous-fifres, contre 97 fois plus en 2009.
Et quel patron a tiré le gros lot ? Ce n’est ni le milliardaire Bernard Arnault, 4e fortune mondiale, qui se verse une misère — 216 fois plus que ses petites mains de LVMH —, ni Carlos Ghosn (Renault), Jean-Paul Agen (L’Oréal) ou Patrick Pouyanné (Total) — défrayé « seulement » 123 fois plus que ses pompistes. C’est Georges Plassat, ex-pédégé de Carrefour, dont la rémunération 2016 a représenté 536 fois le salaire moyen de ses caissières ! L’étude ne dit pas à quoi pensait le génie des Caddie en inspectant ses magasins.
Qu’on donne des brioches à ces braves gens ?
Oui, mais tu comprends, ces gens-là ont d'énoooooooooooooormes responsabilités, ils ont le destin de plusieurs milliers de grouillots entre leurs mains, ils décident à longueur de journée, font des choix vitaux pour l'entreprise, blablabla. Sottises ! Ils ne font aucun choix, ils appliquent l'évidence pour engranger plus de profit. Si c'est évident, alors ce n'est pas un choix. Ils n'assument pas leurs prétendues responsabilités, ils se défaussent sur des notions abstraites comme la compétitivité internationale dès qu'ils doivent justifier un de leur comportement. Quant aux destins de leurs grouillots, ils s'en moquent éperdument, il n'y a qu'à voir les licenciements de masse. Qu'est-ce que qui justifie donc ces rémunérations ? Quelle est l'utilité sociale de ces personnes ? La croyance collective qu'il existe des personnes exceptionnelles, qui valent mieux que le commun des humain⋅e⋅s, qui savent prétendument prendre des décisions courageuses. Et ça, c'est profondément ancré dans la tête de chacun⋅e. Ils sont grands car nous sommes à genoux.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.
Un bon bougre, au fond. Serge Dassault avait beau être le 5° homme le plus richissime de France, il était resté simple et franc du collier. Il adorait la chasse. Dans sa vaste propriété, il traquait le gros gibier du haut de la tourelle de son 4 X 4. Il disait tout ce qui lui passait par la tête. Les chômeurs ? « C’est anormal de donner de l’argent à des gens qui ne veulent pas travailler. » Le mariage hmosexuel ? « On va avoir un pays d’homos, et dans dix ans il n’y a plus personne. » Les ventes d’armes ? « Quand on vend du matériel, c’est pour que les clients s’en servent. »
Il était très content que son fameux avion de guerre, le Rafale, se vende enfin par dizaines à l’étranger et puisse balancer des missiles dans le monde entier. Il n’avait pas d’états d’âme. C’était un polytechnicien, un ingénieur, un capitaine d’industrie, un bâtisseur d’empire. Enfin, presque. C’est à l’âge de 62 ans qu’il avait hérité celui de son père, Marcel. On le prenait pour un vieux benêt ? Il a multiplié la fortune familiale par dix. Sans prendre de gants.
Pour lui, tout pouvait s'acheter, La démocratie ? Une mascarade : il avait corrompu des leaders socialistes wallons (et écopé de 2 ans de prison avec sursis). Pour remporter la mairie de Corbeil-Essonnes, il avait acheté des votes, puis acheté les « grands frères », qui lui promettaient la paix dans la cité des Tarterêts (l’un deux, Younès Bounouara, a pris, la semaine dernière, 15 ans pour tentative d’assassinat).
En 2004, il avait acheté « Le Figaro », où il exposait régulièrement sa vision de la vie (supprimer les syndicats, les grèves, plein de postes de fonctionnaires).
Il cachait au fisc des comptes à l’étranger tellement bourrés à craquer qu’en février 2017 il avait été condamné à 5 ans d’inéligibilité et 2 millions d’amende (seul son « grand âge », dirent les juges, lui avait épargné la prison).
Son empire industriel n’aurait pu tenir sans les commandes massives de l’armée française et, donc, le soutien massif de l’Etat. Ainsi, il aimait indistinctement tous les chefs d’Etat, Chirac, Sarkozy, Hollande (dont le ministre Le Drian s’était démené avec succès pour qu’il vende ses Rafale partout). Il adorait Macron, qui a fait « en sept mois » des réformes « que la France attendait depuis trente ans ». C’était un vrai guerrier.
La paix soit avec lui.
Une nécrologie revigorante après l'hommage national aux Invalides et l'hommage au Sénat, tous deux absolument scandaleux et indignes car démontrant, une fois encore, que tous les comportements se valent et que l'éthique, voire même le sentiment d'humanité, n'a pas d'importance dans notre Ripoublique.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.
Que fait la police quand elle réalise qu’elle compte trop de fichés S pour pouvoir tous les surveiller ? Elle en crée d’autres, bien sûr ! Les Shadoks ne sont pas loin…
La semaine dernière, les 2 500 fonctionnaires du Service central du renseignement territorial (SCRT) ont été sommés par leur directeur de coller dare-dare une fiche S à toutes les personnes inscrites dans le fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste.
Petit rappel : depuis Mohamed Merah en 2012, sur les 31 terros passés à l’acte sur le sol français, 20 étaient fichés S.
Dans sa note envoyée par courrier électronique, que « Le Canard » a pu lorgner, la cheffe de la division D3, chargée du suivi de l’islam radical, déplore le fait de comptabiliser des fiches S sur « seule- ment un individu sur trois pris en compte par le SCRT ». Effarés, les poulets du Renseignement territorial ont fait le calcul : ils vont devoir ajouter plus de 5 000 noms aux 10 500 individus déjà fichés S pour radicalisme islamiste. Et ce avant le 18 juin.
« On va devoir inventer des prétextes pour ficher S des gens qui n’ont pas de raison de l’être, alors que l’on a déjà du mal à suivre les radicalisés dangereux », s’agace un officier du Renseignement. C’est la barbe.
Je ne sais pas trop quoi penser de cela… D'un côté, ça illustre, une fois de plus, l'abus de pouvoir que représente le fichage S : une personne se retrouve fichée sans cause réelle voire factuelle afin de servir une politique du chiffre décidée par des trouillard⋅e⋅s qui craignent pour leur emploi si chèrement rémunérateur. Cela plaide pour l'abolition de ce système. De l'autre, cela ajoute du bruit qui complique mécaniquement la surveillance, ce qui rend le système inutile en pratique… C'est cool, mais le problème initial de l'impact sur les libertés de chacun⋅e et de la qualité du tissu social demeure entier.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.
Le Cloud Act, adopté il y a deux mois par Washington, permet aux Etats-Unis de pomper — à notre insu — tous nos secrets stockés sur Internet.
Vous envoyez vos e-mails via une messagerie Windows ? Vous stockez vos documents confidentiels dans un cloud Google ? Vous racontez votre vie sur Facebook ? Vous papotez sur WhatsApp ou par Skype ? Vous utilisez un logiciel (même français) dont les données sont stockées chez Amazon ? Alors vous n’avez plus rien à cacher : l’administration américaine, qui vient de se doter d’un permis officiel d’espionnage, peut désormais fourrer son nez dans tous vos petits secrets. Le Cloud Act, promulgué en catimini par Donald Trump le 23 mars, exige en effet que les opérateurs et fournisseurs de services électroniques américains révèlent les données de leurs clients lorsqu’elles intéressent les autorités US, et ce « quelle que soit leur localisation (…), à l’intérieur ou à l’extérieur des Etats-Unis ».
Sombre nuage
Le texte de ce Cloud Act (« Cloud » étant l’abréviation, en anglais, de : « clarification sur l’utilisation légale de données étrangères ») précise qu’il s’agit de corriger une insupportable anomalie : « Les Etats-Unis étaient [jusqu’à présent] gênés par l’impossibilité d’accéder aux données stockées à l’étranger. » [ NDLR : par des sociétes commerciales américaines ]. Les USA, commente la Cnil — la Commission nationale de l’informatique et des libertés —, ont « élargi leurs prérogatives au monde entier. Une nouvelle manifestation de l’extraterritorialité du drott américain ». Mais pas de rébellion pour si peu : « Nous étudions le texte avec nos homologues européens », indique prudemment la Commission. Depuis deux mois ?
L’affaire a commencé en 2013, quand la justice US a sommé Microsoft de lui fournir les courriels d’un de ses clients en Irlande, soupçonné de trafic de drogue. Le groupe américain — soucieux de se présenter en champion de la confidentialité de ses clients — a refusé. Saisie par le gouvernement, la Cour suprême devait se prononcer en juin. Ce ne sera plus nécessaire : en quatrième vitesse, Trump a fait intégrer dans les 2 282 pages du budget fédéral le fameux Cloud Act, qui n’a même pas fait l’objet d’une discussion spécifique. Windows [ NDLR : Microsoft, pas Windows, qui est une marque ], de son côté, s’est félicité de cette nouvelle législation, qui va l’autoriser à satisfaire les requêtes des autorités US (justice, mais aussi police et administration), sans pour autant passer pour une balance aux yeux de ses clients !
Pour l'historique, voir :
Paralysie européenne
« C’est une claque politique à l’Europe », estime Servane Augier, directrice du développement de Dassault Systèmes, 2e fabricant européen de logiciels. A peine mis en place par l’UE, le 25 mai, le règlement général sur la protection des données (RGPD) est en effet déjà piétiné par le Cloud Act — l’article 48 du RGPD, notamment, qui précise que les demandes de données par un pays tiers doivent être effectuées dans le cadre d’un accord international. Evidemment, rien de tel ici : la nouvelle loi américaine est parfaitement unilatérale.
Les exigences des Etats-Unis seront d’autant plus difficiles à contester que l’intéressé n’en sera même pas avisé ! Le fournisseur de services informatiques recevra la demande de l’administration américaine de manière confidentielle. Lui seul pourra éventuellement s’y opposer (pendant deux semaines) devant un tribunal américain. Mais pourquoi perdrait-il son temps et son argent quand tout indique qu’il se fera envoyer aux pelotes ?
Tant bien que mal, l’Europe essaie de bricoler un accord en réponse au Cloud Act américain. Le 17 avril, la Commission a soumis aux 28 pays membres une « proposition ». Cette dernière prévoit, entre autres, que « les sociétés étrangères aient un représentant légal en Europe, obligé de fournir les données de leurs clients que leur demanderont les pays européens », explique une collaboratrice de la commissaire européenne à la Justice, Vera Jourova. Mais ce n’est pas gagné : certains répugnent à ce que des pays soupçonnés de ne pas respecter les règles démocratiques —— la Pologne ou la Hongrie, par exemple - obtiennent en direct des informations sur des opposants à leur gouvernement.
On retrouve une fois encore l'ambiguité de l'UE et de ses pays membres : tout ce beau monde ne veut pas abolir la surveillance, tout ce beau monde veut pouvoir jouer avec les mêmes jouets de surveillance que les USA. Le RGPD est un écran de fumée.
Quand on n’est pas d’accord entre Européens, la défense collective ne vaut pas un cloud.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.
Macron a été aussi agile et rapide que Mamoudou Gassama, ce Malien de 22 ans qui, au péril de sa vie et à la force du poignet, a escaladé la façade d’un immeuble parisien pour sauver un enfant de 4 ans et demi, suspendu dans le vide. Après cet exploit, le jeune homme était récupéré, en urgence, sous les ors de l’Elysée, dûment assis en face du Président, qui lui garantissait la nationalité française dans les meilleurs délais. Et une belle médaille. De leur côté, les pompiers de Paris faisaient savoir qu’ils étaient prêts à embaucher le courageux sans-papiers. Séquence émotion…
Et joie sans mélange ? Pas vraiment. A droite, la mauvaise humeur était palpable. Va pour Mamoudou, mais il ne faudrait pas que trop de clandestins se mettent à sauver des gosses… Après Lassana Bathily, qui, le 9 janvier 2015, a sauvé des otages de l’Hyper Cacher, cela fait deux clandestins valeureux régularisés en trois ans. Honni soit qui Mali y pense ! Faut-il fixer des quotas de héros ou imposer une épreuve d’escalade aux candidats à la naturalisation ? La France peut-elle accueillir tous les Spiderman du monde ? Vaines questions : l’essentiel est d’avoir de temps à autre notre « bon » migrant couvert de lauriers, preuve que la France est un pays ouvert et généreux.
À l’Elysée, lundi, Mamoudou Gassama a remercié le Président, mais aussi Dieu. Et Macron ne s’est même pas vexé. C’est dire si nous venons de vivre un moment exceptionnel.
Énorme +1. Tout ça n'est que pure hypocrisie. D'où il faut être méritant⋅e pour obtenir la nationalité ?! D'où il faut être méritant⋅e pour vivre ?! Dégueulasse.
Dans le Canard enchaîné du 30 mai 2018.
Le gendarme des barbouzes vient de faire un drôle d’aveu. Chargée de surveiller les écoutes administratives (qui ne sont pas soumises à l’autorisation d’un juge), la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement (CNCTR) présentait, le 18 mai, son rapport annuel d’activité. A cette occasion, son président, Francis Delon, a reconnu que la CNCTR « n’a[vait] pas les moyens » de vérifier l’utilisation effective de certains gadgets de haute technologie.
Il s’agit des Imsi-catchers, des appareils portatifs qui permettent de siphonner tout ou partie des données transmises par un relais téléphonique. Idéal pour identifier le téléphone utilisé par un suspect, mais aussi pour capter les conversations vocales ou numériques émises ou reçues dans un secteur donné.
Non, l'IMSI-catcher se fait passer pour un relais téléphonique auprès de TOUS les téléphones qui se trouvent dans son périmètre géographique. L'idée est que les téléphones portables s'accrochent dessus, que l'IMSI-catcher les convainc éventuellement de passer à un protocole d'échange moins sécurisé, puis que l'IMSI intercepte éventuellement TOUS les appels et les SMS, quitte à faire le tri après coup dans les flux pechés.
Sur le papier, tout semble pourtant verrouillé. Les barbouzes doivent consigner dans un registre chaque utilisation de leurs Imsi-catchers, dont la mise en œuvre est soumise, au cas par cas, au feu vert préalable de la CNCTR. De plus, leur usage est contingenté : il est interdit d’utiliser plus de soixante de ces engins simultanément sur l’ensemble du territoire français.
Mais la Commission ne peut pas pousser plus loin ses vérifications car les lmsi—catchers en service sont étrangement dépourvus de tout système de contrôle de leur fonctionnement. Rien n’empêche donc un agent de s’en servir en loucedé. Les services peuvent également rouler la CNCTR dans la farine en lui demandant l’autorisation d’espionner une cible indiscutable pour mieux en surveiller une autre, inavouable celle-là.
Autre source de fraude potentielle : les lmsi-catchers peuvent aussi servir pour des missions judiciaires, mais la CNCTR ne dispose pas des compétences nécessaires pour vérifier qu’un juge a bel et bien donné son accord à leur usage.
« Au risque de paraître naïfs, nous devons faire confiance aux fonctionnaires », a lâché Francis Delon au cours de sa conférence de presse, avant de souligner que l’existence de lourdes peines devrait suffire à dissuader les fraudeurs.
Et on est priés de le croire sur parole…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
Quel gros malin, ce leader de Podemos, la gauche radicale espagnole… Avant de s’acheter une villa à 600 000 euros, avec piscine et jardin de 2 000 m2, dans une bourgade cossue au nord de Madrid, Pablo Iglesias avait eu la bonne idée de critiquer ceux qui font pile-poil pareil.
Faites ce que je dis, pas ce que je fais, gogolième épisode… Crédibilité = 0. Mais que savent faire les leaders de la gauche à part jacter d'un monde auquel ils n'envisagent pas une seconde de prendre part, mais qui est juste un moyen pour prendre le pouvoir puis de servir leurs intérêts, comme un programme dit de droite ?
La presse n’a pas mis longtemps à exhumer son tweet de 2012 visant un ministre de l’Economie : « Confierais-tu la politique économique du pays à quelqu’un qui dépense 600 000 euros dans un penthouse de luxe ? » Ou cette autre saillie, en 2015 : « Ça mesemble dangereux, ces politiques qui s’isolent, vivent dans des banlieues riches, dans des maisons, qui ne savent pas ce que c’est que de prendre les transports publics. » Aïe, aïe, aïe…
Certes, le salaire d’Iglesias est plafonné à 2 200 euros, comme celui de sa femme, porte-parole de Podemos, et le couple a emprunté 540 000 euros sur trente ans. Mais ce n’est pas une excuse, dézinguent leurs propres camarades : la charte du parti impose de « vivre comme les gens ordinaires », a balancé le maire de Cadix, tandis qu’un autre élu Podemos torpillait un achat « incompatible » avec la défense « des plus nécessiteux ».
Mouiiiiiiiii le salaire est plafonné, mais Iglesias a très probablement d'autres entrées d'argent, comme des droits d'auteur ou des revenus sur capitaux issus de ses émissions TV qui l'ont amené où il est. Un peu comme Ruffin qui déclare plafonner son salaire au SMIC et vivre seulement de ça… après Merci Patron !, son succès en salle et les droits d'auteur qui en découlent… … … On se moque du monde…
Heureusement, nos Insoumis nationaux sont plus compréhensifs. « Un couple d’Espagnols s’endette sur trente ans pour acheter une maison de très grande banlieue et l’oligarchie espagnole fait mine d’appeler cela un privilège », a tweeté l’Insoumise salariée de Bolloré, sur C8 , Raquel Garrido. Tandis que Mélenchon s’en est pris aux « méthodes pourries » du « parti médiatique », lui qui avait déclaré un patrimoine de près de 1 million d’euros lors de la présidentielle de 2017.
Un débat (de pierre) de taille…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
Malgré ses déclarations, le gouvernement n’a rien à opposer aux sanctions “secondaires” US, qui vont s’imposer au monder entier.
Ce n'était pas la joie, mardi 15 mai, à la réunion convoquée par Bruno Le Maire et Jean-Yves Le Drian à Bercy. L’objectif du raout ? Rassurer une soixantaine d’entreprises françaises désireuses de travaillser en Iran, malgré l’embargo dont Donald Trump vient d’annoncer le rétablissement — après avoir dénoncé le traité signé en juillet 2015 avec le pays des mollahs.
« Les ministres nous ont expliqué que l’interdiction faite aux entreprises européennes de travailler avec l’Iran [était] inacceptable et [nous ont] assurés de leur détermination à nous défendre, explique un homme d’affaires iranien présent sur place. Mais, après l’indignation, rien. Ils sont restés secs. » Et un collaborateur du ministre des finances de confirmer, en privé : « Nous ne sommes pas optimistes. »
On le comprend. Les Américains ont mis en place une punition qui a tout de la bombe atomique : les sanctions « secondaires ». Depuis la signature de l’accord avec l’Iran, seules étaient appliquées des sanctions « primaires », ne visant que les US persons : les Américains, donc, ainsi que les étrangers travaillant aux Etats-Unis, les entreprises américaines ou leurs filiales à l’étranger — tous menacés d’amendes, voire de prison, en cas de business avec l’Iran.
Pestiféré bancaire
Cette interdiction est désormais étendue à n’importe quelle entreprise ou individu dans le monde (les fameuses sanctions secondaires). Quelle que soit leur nationalité, les traîtres à la cause pourront tomber sous le coup de mesures administratives décidées par le seul Trump, non contestables en justice. Un boulanger français exportant en Iran ses croissants fabriqués en France avec du beurre et de la farine français, sur des machines françaises, par des ouvriers français et réglés en euros, risque désormais de tomber sous le coup des 12 sanctions secondaires prévues par l’Iran Sanctions Act : inscrit au fichier international SDN (« ressortissants spécialement désignés », en français), il ne verra plus les grandes banques mondiales lui apporter leur concours. Il ne pourra plus travailler avec des fournisseurs, des clients ou des actionnaires US ; ses actifs aux Etats-Unis seront gelés, et lui-même ne pourra plus mettre les pieds sur le territoire américain sous peine d’être arrêté.
En principe, ces peines ne s’appliquent qu’aux Etats-Unis. Mais un robuste chantage les étend à la France —— sur le modèle de ce qui est arrivé en 2014 à la BNP, dont la filiale suisse avait financé (en dollars) des opérations pétrolières sous embargo américain, notamment en Iran. Les Américains lui ont laissé ce choix cornélien : soit le paiement d’une amende astronomique (8,9 milliards de dollars), soit l’interdiction de toutes ses activités aux Etats—Unis, ce qui aurait entraîné sa mort.
Rebelote avec Total, qui a préféré prendre les devants. Le groupe pétrolier a annoncé, le 16 mai, qu’il abandonnait le gigantesque gisement gazier de South Pars 11, justifiant ainsi sa décision : « Total ne peut se permettre d’être exposé à des sanctions secondaires américaines » qui lui feraient perdre le financement en dollars de 90 % de ses opérations dans le monde. En outre, ses 30 % d’actionnaires américains détaleraient (entraînant l’effondrement de son cours en Bourse), et ses 10 milliards de dollars d’actifs aux USA seraient gelés.
Droit du plus fort
« Si les Etats-Unis arrivent à imposer ainsi leurs décisions, estime l’avocat d’affaires Jean-Michel Darrois, ce n’est pas par le droit, c’est par la force. Si la République de Saint-Marin avait banni la BNP de son territoire, ça ne lui aurait fait ni chaud ni froid. » Les Saint-Marinais vont voir rouge !
En 1996, les Etats-Unis avaient déjà mis en place des sanctions similaires. L’Europe, alors unie, avait porté l’affaire devant l’Organisation mondiale du commerce, obligeant les USA à reculer. Mais, le 17 mai, au sommet européen de Sofia, Macron a refusé la perspective d’une « guerre stratégico-commerciale avec les Etats-Unis sur le cas de l’Iran ». Il serait d’ailleurs un peu seul : l’Allemagne ne veut pas entendre parler d’un affrontement avec les Etats-Unis et les pays d’Europe centrale, qui se défient de la Russie, chérissent l’Otan.
Grand-père à sauver
Restent « des mesures au coup par coup », indique-t-on à la Direction du Trésor. « Bruno Le Maire a demandé au secrétaire américain au Trésor des dérogations aux sanctions et l’application de la “clause du grand—père”, qui prévoit que les investissements déjà initiés en Iran ne soient pas remis en question ». Les Etats-Unis, dont le but avoué est d’asphyxier l’Iran, seront sûrement très réceptifs à la demande européenne.
Trois autres initiatives sont pour le moins mal parties. Primo, la Banque publique d’investissement (BPI) a mis fin à son projet de banque 100 % étanche par rapport au dollar pour financer en euros le commerce avec l’Iran. « Les Etats-Unis ne pourraient pas attaquer ce financement, mais les entreprises, elles, resteraient menacées par les sanctions secondaires », indique un participant à ce projet.
Deuzio, Bruxelles a réactivé, le 18 mai, le « règlement européen » de 1996 autorisant les entreprises à ne pas se conformer aux sanctions américaines. On imagine mal Total et ses pairs se faire hara—kiri aux USA pour les « autorisations » de la Commission.
Tertio, Bruno Le Maire a proposé, le 20 mai, que « le coût d’éventuelles sanctions financières imposées par les Etats-Unis soit pris en charge par l’Union européenne ». Après, bien sûr, que Bruxelles aura obtenu le vote de tous les pays européens et trouvé les dizaines — voire les centaines — de milliards à verser à Washington.
Une simple formalité.
Impérialisme US entretenu par un manque de courage politique de l'UE (pourtant fondée sur l'idée de devenir une puissance économique à même de pouvoir résister à ce genre de pressions extérieures) et par une discordance des politiques économiques des membres de l'UE face à un pouvoir fédéraliste qui, de fait, est mieux organisé. Mais d'un autre côté, le géant US est un géant parce que nous le rendons géant (nous consommons toute la merde qu'il nous propose)… Œuf et poule…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
C’est avec discrétion que François Hollande devait se rendre, dans la matinée du 22 mai, devant les frères de la loge Roger-Leray, l’« une des plus politiques », selon un dignitaire du Grand Orient de France. Cette loge a longtemps compté parmi ses membres un certain… Jean-Luc Mélenchon. Depuis qu’il n’a pas appelé explicitement à battre Le Pen au second tour de la présidentielle, le leader de La France insoumise est en délicatesse avec la maçonnerie. Certains frères ont même demandé son exclusion…
À l'occasion de cette « tenue blanche fermée » — non publique —, le grand maître de l’obédience en personne, Philippe Foussier, devrait faire le déplacement. Il connaît parfaitement Hollande. Membre du Parti socialiste, il a profité de son discours annuel, le 1er mai au Père-Lachaise, pour accuser Macron de « complaisance » avec les religions et ainsi de « porter atteinte » au principe de séparation des Eglises et de l’Etat. Pas très fraternel !
Après son triomphe dans les supermarchés, l’ancien chef de l’Etat devrait envisager une tournée des temples…
Dans le Canard enchaîné du 23 mai 2018.
Il est bien, ce documentaire sur le financement présumé de la campagne présidentielle de Sarko par Kadhafi. Toutefois, il y a quelques malhonnêtetés intellectuelles à souligner comme le fait de cumuler des factures personnelles payées par Claude Guéant sans en préciser l'étalement sur plusieurs mois ou comme la voix off qui ne lit pas exactement le document affiché à l'écran alors que la partie passée sous silence à l'oral met en lumière une discordance entre deux témoignages exposés dans le documentaire.
Je note :
Prenons les propositions de Laurent Wauquiez au sérieux. Après tout, il est le président de LR, un parti sérieux, qui vise sérieusement l’Elysée.
Après l’attaque au couteau de samedi, Wauquiez a pris sa plus belle plume pour écrire à Macron : « Il n’y a plus de place, monsieur le Président, pour cet aveuglement et cette inaction qui n’ont que trop duré. » Et d’« exiger » que Macron prenne les « mesures qui s’imposent ».
La principale : « interner de manière préventive les individus fichés les plus dangereux ». Lydia Guirous, la porte-parole des LR, de préciser dans la foulée la pensée du chef : « Les radicalisés islamistes représentent 4 000 individus sur un total d’environ 15 000 fichés S. Nous ne pouvons pas les laisser dans la nature avant qu’ils passent à l’acte. »
Voyons voir. Le même jour à la même heure, toc toc toc, dans toute la France, des milliers de flics tapent àla porte des 4 000 radicalisés. Hop ! embarqués. Ils n’ont rien à se reprocher ? C’est illégal ? Tant pis. La grande rafle est un succès. Les ennuis commencent. Où les mettre ? Dans un stade ? Dans la même prison ? Ils risquent de se monter le bourrichon. Dans cent prisons différentes, alors ? Admettons. Et ensuite ? Combien de temps y croupissent-ils ? Six mois, un an, vingt ans ? Quand décide-t-on qu’ils ne sont plus dangereux ? Ils signent un papier par lequel ils s’engagent'à rester calmes ? Après vingt ans de détention, alors qu’ils n’ont commis aucun délit ? lmpensable. Ils vont sortir fous furieux. Une seule solution : la perpète. Voilà qui est réglé.
Mais que faire si l’un de leurs proches, qui trouve bêtement cette détention injustifiée, se radicalise à son tour ? et commet un attentat ? Il faut donc rafler aussi les proches. Et les voisins, qui, c’est bien connu, font toujours semblant de n’avoir rien vu, « il avait pourtant l’air si serviable », etc.
Mettons, au bas mot, une dizaine de proches par radicalisé. Nous voilà avec 40 000 emprisonnés à perpétuité… Avec les voisins, on at— teint les 100 000. Et si, malgré tout, un excité passe entre les mailles du filet et commet un attentat terroriste ?
Alors, on entendra Laurent Wauquiez clamer que « cet aveuglement et cette inaction n’ont que trop duré »…
Gros +1. Excellente déconstruction de l'internement préventif des individus fichés sur un autre terrain que le droit, angle d'attaque qui ne marque plus les esprits actuels…
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Au palais de justice d’Aix, la cage des accusés vient d’être démontée. A Paris, le nouveau tribunal était à peine inauguré que, sous la pression des avocats, 9 de ses 14 cages vitrées en ont été ôtées. Quant à la ministre de la Justice, qui hérite ce pataquès de ses prédécesseurs, elle a ordonné la suppression de l’ensemble des boxes ceints de barreaux — oui, comme au zoo — ainsi que le gel de toute nouvelle installation de box transparent.
C'est un bon début \o/
Combien va coûter cette petite plaisanterie ? Selon les chiffres obtenus par « Le Canard » — le prix d’un box équipé d’une vitre de 2,5 cm d’épaisseur s’élevant à 55 000 euros —, l’addition atteint 12,6 millions d’euros pour les 229 enclos dispersés dans toutes les juridictions ! Sans compter leur démolition : d’après l’avis hautement scientifique des ingénieurs qui les ont installés à Paris, le ministère « va sérieusement douiller ».
Quels génies ont conçu ces grosses vitres, fendues d’une ouverture de 15, 25, voire 45 cm ? Pour s’adresser aux juges, les petits prévenus doivent se hausser sur la pointe des pieds, et les grands se courber en deux. La sono étant très fréquemment défectueuse, il n’est pas rare qu’ils soient obligés de hurler pour être entendus.
La bagarre anti-box continue. Tous les jours, des avocats demandent aux juges de « sortir les prévenus des cages ». Souvent ils gagnent, mais pas toujours… Au nom du Syndicat des avocats de France (SAF), Gérard Tcholakian vient de saisir le président de la République pour réclamer la « transposition effective » d’une directive européenne du 9 mars 2016. Cette dernière impose, sauf exception de sécurité, de « s’abstenir de présenter les suspects ou les personnes poursuivies comme étant coupables [par le recours] à des menottes, box vitrés, cages et entraves de métal ».
Les grands experts du ministère de la Justice y pensaient sûrement quand ils ont organisé cette mise en boîte des présumés innocents.
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
« Nous détenons des armes « du Jugement dernier », s’était flatté Vladimir Poutine, le 1er mars, dans un message au Parlement russe. Américains et Européens avaient alors jugé peu sérieux ces propos du candidat à l’élection présidentielle. Erreur : le 8 mai, à Moscou, lors de la grande parade militaire célébrant, comme chaque année, la victoire de 1945, les attachés militaires français et alliés ont découvert plusieurs récentes productions de l’industrie locale. Des « robots de combat » blindés, pilotés a distance et armés de canons crachant des obus (400 coups à la minute), par exemple, et le très moderne avion « furtif » russe, le Sukhoï SU-57.
Mais les vedettes du spectacle furent deux MiG-3l, porteurs de cette « arme du Jugement dernier », dont s’était vanté Poutine. Selon les experts occidentaux, ce missile air-sol, qui peut emporter une bombe nucléaire, est capable de parcourir 2 000 kilomètres à une vitesse de cinq à dix fois supérieure à celle du son (les experts hésitent à se montrer plus précis), et donc difficile à intercepter. Aucune armée moderne ne possède une telle arme.
La Grande Amérique, dont le prochain budget de la Défense pourrait dépasser les 716 milliards de dollars — loin devant celui de la Sainte Russie —, dispose, elle aussi, d’industriels compétents. Selon la décision très inquiétante prise par Donald Trump, une production de minibombes nucléaires sera effective dès 2019, et non pas en 2020, comme initialement prévu. A en croire un document du Pentagone cité par « Le Canard », le 7 février, ces armes « miniaturisées » peuvent permettre au président américain, et à ses successeurs, de mener un conflit limité — sous forme de « leçon » donnée à un ennemi présumé — sans provoquer de guerre mondiale… Ne reste plus à Moscou et à Pékin que de se doter du même arsenal à faire peur.
Dans cette course aux productions mortifères et aux exportations juteuses, Israël est en gros progrès. En 2017, ses industriels de l’armement (150 000 emplois directs et indirects) ont enregistré une progression de leurs exportations de 41,5 %, par rapport à l’année précédente. On trouve de tout dans leurs catalogues : avions, hélicoptères, radars, drones, systèmes de défense antiaérienne et antimissiles, satellites, etc. L’Inde (meilleur client), le Vietnam, la Birmanie, les Philippines et l’Azerbaïdjan ont ainsi accès à la haute technologie de l’Etat hébreu, qui cherche à équiper plusieurs armées africaines, car, comme les Etats-Unis, la Russie ou la France, Israël vend à n’importe qui. Sans se soucier du comportement de ses clients avec leurs voisins ou ennemis héréditaires…
La France s’attache, elle aussi, à produire des armes « incomparables », comme ce « bijou » que décrit un expert militaire. Il s’agit d’un missile sol—sol de moyenne portée, le MMP, un produit intégralement français. Portée à dos d’homme, cette petite merveille peut atteindre des objectifs à 4 ou 5 kilomètres de distance et percer des murs de béton de 2 mètres d’épaisseur ou des blindages de chars. Qui dit mieux ? Personne. Nos VRP — président Macron et ministres — vont bientôt présenter cette arme « incomparable » aux Etats du Golfe, nos clients habituels, et à qui d’autre en voudra.
Seul défaut de pareil engin : ce petit « bijou », léger, très maniable et facile à dérober, excitera l’intérêt des groupes terroristes, toujours intéressés par une technologie aisément transportable.
Jusque-là, tout va bien ?
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.
Des députés LR, souvent d’anciens maires qui ont choisi d’abandonner leur mandat en 2017 [ NDLR : conséquence de la loi de 2014 de non cumul d'un mandat de député⋅e avec un mandat d'exécutif local ], sollicitent de plus en plus Philippe et les ministres ex-Républicains (Le Maire et Darmanin), au grand amusement de ces derniers.
Le scénario est presque toujours le même : ces élus — une trentaine, selon Philippe — expliquent d’abord à leurs interlocuteurs tout le bien qu’ils pensent de la politique conduite par l’exécutif. Puis ils proposent leurs bons services pour les municipales de 2020.
« Ils savent bien qu’ils vont au casse-pipe, explique un ministre ex-LR. Sur le terrain, le parti de Wauquiez pèse à peine 10 %. Du coup, eux-mêmes ou le candidat qu(ils soutiendront ne peuvent pas être elus aux municipales. C’ est ce qui les conduit a nous faire des appels du pied. »
Et ça ne fait pas trop mal aux chevilles ?
Que c'est noble et désintéressé, le dévouement en politique… :(
Dans le Canard enchaîné du 16 mai 2018.