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  • Une affaire de famille

    La loi est dure, mais c’est la loi. Le député Yannick Favennec, ex-UDI désormais rattaché au nouveau groupe Libertés et Territoires, avait été contraint de licencier sa femme, Eloïse, qui était alors son assistante parlementaire, après le vote de la loi pour la moralisation de la vie publique, en juillet 2017.

    Qu’à cela ne tienne, celle-ci a rejoint le groupe parlementaire de son époux en décembre dernier, en tant que chargée d’études pour le suivi de la commission des Lois et des Affaires étrangères. Une démarche parfaitement légale mais qui ne manque pas de sel lorsque l’on sait que Philippe Vigier, le président de Libertés et Territoires, avait déposé, lors de ce débat sur la moralisation de la vie politique, un amendement qui visait précisément à interdire à un groupe d’employer le conjoint ou la conjointe d’un parlementaire.

    « Ce que j’avais proposé a été rejeté par le gouvernement, explique Vigier au “Canard”. Du coup, je ne vais pas être plus royaliste que le roi. Mme Favennec avait toutes les compétences pour exercer ces missions ; elle a été sélectionnée à travers un processus auquel son époux ne participait pas. J’ai été battu, j’applique la loi. » Imparable !

    Dans le Canard enchaîné du 13 février 2019.

    Sun Feb 24 21:43:49 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?4qkbjQ
  • Lobbys en folie

    C'est une victoire énorme, discrètement arrachée par les lobbys à Bruxelles : pour faire valser le principe de précaution, place à l’ingénieux « principe d’innovation » ! Ce magnifique concept a été matraqué à partir de 2013 par une plateforme de lobbying, European Risk Forum, qui réunit des industries à risque - tabac, chimie, pétrole…

    Le principe : « Chaque fois qu’une législation est à l’étude, son impact sur l’innovation devrait être pleinement évalué et pris en compte. » Ce lobby de choc a déjà réussi un beau coup : le « principe d’innovation » figure en préambule du programme de recherche scientifique de l’Union, Horizon Europe, adopté en décembre et doté d’un budget de plus de 100 milliards d’euros !

    C’est l’une des prouesses des lobbys qui pullulent à Bruxelles. Dans un rapport fouillé, repris par « Le Monde » (7/2), une ONG, Corporate Europe Observatory, détaille toutes leurs portes d’entrée au sein de l’Union européenne. Le groupe Magritte, qui réunit les géants européens de l’énergie avec, à sa tête, Gérard Mestrallet, pédégé d’Engie, a, par exemple, fait la tournée des chefs d’Etat pour affaiblir les objectifs climatiques au moment de la COP21.

    Et chaque pays défend son industrie phare : la bagnole pour l’Allemagne, le charbon pour la Pologne, la finance et la City pour la Grande-Bretagne… A l’arrivée, les Etats sont « capturés » par les « intérêts privés », assène le rapport. Tout de suite les grands maux…

    Dans le Canard enchaîné du 13 février 2019.

    Sun Feb 24 21:41:02 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?JBrF4A
  • Tafta : l'Europe va-t-elle reprendre les négociations avec Trump ? - Basta !

    Bloqué il y a trois ans suite à de fortes mobilisations citoyennes en Europe [1] et à l’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux États-Unis, le Tafta, ce projet d’accord de libéralisation du commerce transatlantique entre l’Union européenne (UE) et les États-Unis, va-t-il revenir sur la table ? Les ministres du Commerce des pays membres de l’UE sont sur le point de valider un mandat qui autoriserait la Commission européenne à négocier un accord transatlantique visant à réduire les droits de douane sur les biens industriels, notamment automobiles, et à « harmoniser » des normes et réglementations [2]. La commission du commerce international (INTA) du Parlement européen a quant à elle voté une résolution en ce sens le 19 février.

    Soucieux d’éviter une guerre commerciale transatlantique, la Commission européenne et les États-membres multiplient les gestes pour tenter d’amadouer Donald Trump. Celui-ci laisse entendre qu’il pourrait relever les tarifs douaniers sur les automobiles européennes, notamment les grosses berlines allemandes […]

    […]

    Face à ces craintes, la Commission se limite pour l’instant à demander de « lui faire confiance » et communique sur les gains économiques attendus : les exportations européennes de biens industriels vers les États-Unis augmenteraient de 8 % en cas d’accord, tandis que les importations augmenteraient de 9 %. Avec quel impact en termes d’emplois et sur les conditions de travail ? Ou sur le climat ? Mystère. Dès deux côtés de l’Atlantique, UE et États-Unis semblent peu s’inquiéter de l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre liées à l’accroissement du commerce international.

    Sun Feb 24 19:40:03 2019 - permalink -
    - https://www.bastamag.net/Tafta-l-Europe-va-t-elle-reprendre-les-negociations-avec-Trump
  • Pourquoi détecter le mode incognito ? | CommitStrip

    Cette B.D. nous rappelle qu'il est parfaitement possible, pour un site web, de détecter si le visiteur utilise la fonctionnalité de navigation privée de son navigateur web. Avant, la détection se basait sur CSS, maintenant sur des API JS qui sont désactivées dans le mode navigation privée, demain cela se basera sur autre chose encore…

    Exemple de sites web qui mette en œuvre ce genre de détection : https://corpus.byu.edu/coca/ , https://jsfiddle.net/w49x9f1a/

    Fri Feb 22 20:25:03 2019 - permalink -
    - https://www.commitstrip.com/fr/2019/02/22/why-check-for-incognito-mode/
  • IFS et interprétation d'une variable

    Je souhaite améliorer un script bash existant. Le principal problème est qu'il utilise n fois une même commande genre mysql -u <login> -p<mdp> -B -N. Il n'y a que le -e <ma_requête_SQL> qui change entre chaque commande.

    J'ai justement un argument à changer… dans chaque appel à la commande. Bon, un coup de sed et le travail est fait, mais je me dis que je vais factoriser tout ça.

    Je crée une variable MYSQLCMD='/usr/bin/mysql -B -N -u <login> -p<mdp>' et je remplace toutes les commandes de la forme mysql -u <login> […] -e "ma_requête_SQL> par $MYSQLCMD -e ma_requête_SQL>.

    Je teste… Ça fonctionne partout… sauf à plusieurs endroits du script. L'erreur est : « mon_script.sh: ligne 138: /usr/bin/mysql -B -N -u root -p<CENSURÉ>: Aucun fichier ou dossier de ce type ». On dirait que bash cherche une commande qui se nomme « /usr/bin/mysql -B -N -u root -p<CENSURÉ> » (espaces incluses). La commande /usr/bin/mysql existe, mais pas une commande /usr/bin/mysql -B -N -u root -p<CENSURÉ> puisqu'il s'agit d'un mélange d'une commande, de ses arguments et des valeurs de ses arguments.

    set -x affiche + '/usr/bin/mysql -B -N -u root -p<CENSURÉ>' -e 'SHOW DATABASES;'. On constate que la variable $MYSQLCMD est développée comme un seul tenant… alors que sa valeur est assignée à l'aide de simples quotes, et non de guillemets. Et, surtout, ce comportement se produit uniquement à partir d'un certain endroit dans le script. Dit autrement, un $MYSQLCMD -e ma_requête_SQL> en début ou en milieu de script fonctionne très bien.

    Solution : un bout de code traînait. Un bout de code tout simple :

    IFS='
    '

    Ainsi, le séparateur des champs a été modifié. Sa valeur est passé de espace + tab + line feed à juste line feed (saut de ligne). Évidemment, cela a été fait dans une intention bien précise : itérer sur chaque ligne d'un résultat d'une requête SQL avec une boucle for… Illustration :

    IFS='
    '
    
    for line in $(mysql -B -N -u <login> -p<mdp> -D <base> -e <requête_sql) do
        [travail sur $line]
    done

    Sans la modification du séparateur, la boucle itère sur chaque colonne du résultat au lieu d'itérer sur chaque ligne du résultat.

    Évidemment, bidouiller IFS est une mauvaise pratique. Dans ce contexte-là, on préférera utiliser une boucle while read. ;)

    Virer cette modification du séparateur résout le problème. \o/

    Tue Feb 19 20:16:14 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?luxvMw
  • Quand le gruik découvre set -e et trap ERR

    Parfois, j'ai besoin d'écrire des scripts shell banals qui enchaînent des commandes qui dépendent les unes des autres (si l'une échoue, il ne faut pas exécuter les autres) et qui sont convenablement verbeuses pour ne pas justifier un traitement des erreurs. Un unique code d'erreur peut être retourné, quelle que soit la commande qui échoue. En termes d'algorithmique, ça se représente environ comme cela :

    Si commande1 termine avec succès
    {
        Si commande2 termine avec succès
        {
            Si commande3 termine avec succès
            {
                Sortir avec le code retour 0
            }
        }   
    }
    
    Afficher 'ERREUR ! SORTIE PRÉMATURÉE !'
    Sortir avec le code retour 1



    Une méthode qui vient assez intuitivement à l'esprit pour traiter cela est : commande1 && command2 && commande3 && exit 0 || exit 1. Cela fonctionne, mais c'est peu pratique quand on enchaîne beaucoup de commandes, que les commandes prennent des tas d'arguments voire des redirections de texte dans leur entrée standard, ou que l'on souhaite documenter un peu ce que fait notre enchaînement de commandes.

    Bash propose deux commandes internes bien pratiques :

    • set -e, qui permet de terminer immédiatement le script dès qu'une commande (ou un ensemble de commandes, voir le manuel) échoue ;

    • trap <ma_commande> <signal>, qui permet d'exécuter une commande lorsqu'un signal est reçu (on dit « capturer un signal », d'où son nom ;) ).

    set -e lève le signal ERR. Donc, il est possible de le capturer avec trap <ma_commande> ERR. Il devient donc possible d'afficher un message et de positionner un code d'erreur immédiatement lorsqu'une commande parmi un enchaînement échoue.



    Appliquons cela à notre algorithme précédent :

    #!/bin/bash
    set -e
    trap "echo 'ERREUR ! SORTIE PRÉMATURÉE !' && exit 1" ERR
    
    commande1
    
    commande2
    
    commande3
    
    exit 0



    Sous ce format, il est parfaitement possible d'ajouter des commentaires voire des affichages (echo) pour des groupes de commandes qui le méritent (« Étape 1 : je fais ceci », « Étape 2 : je fais cela », etc.).

    Si les commandes sont convenablement verbeuses, alors, en cas d'erreur, on lira « Étape 1 : je fais ceci » suivi de l'affichage de la commande suivi de « ERREUR ! SORTIE PRÉMATURÉE ! ». Difficile de ne pas comprendre qu'une erreur s'est produite dans le traitement de l'étape 1.

    Je lis parfois cette mécanique utilisée avec trap EXIT. Je trouve cela moins pratique car un exit 0 déclenche tout autant la commande. Il est donc nécessaire d'arrêter de capturer le signal EXIT à la fin du script avec trap - EXIT, ce qui fait une commande de plus à mémoriser et à saisir.

    Attention : comme le souligne ban, trap est inhibée par l'entrée dans une fonction. Le programme s'arrêtera immédiatement en cas d'erreur dans la fonction, mais l'action définie avec trap ne sera pas réalisée, sauf à re-définir trap à l'entrée de chaque fonction. On peut parfaitement écrire une fonction qui appelle trap puis appeler cette fonction au début du programme et de chacune de ses fonctions. Mais c'est du bricolage. Pour ma part, je confine mon utilisation de set -e + trap au cas d'usage présenté dans ce shaarli.

    Mon Feb 18 23:05:50 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?gKD9Ow
  • Sex Education - Série TV 2019 - AlloCiné

    Comme d'autres, je suis très critique sur le contenu des cours d'éducation sexuelle dispensés à l'école publique (cours prévus par la loi depuis le début des années 2000). Comme d'autres, j'ai été curieux de voir si Netflix ferait mieux.

    Comme d'autres, je suis déçu : cette série n'atteint pas son but. Elle le manque sur l'essentiel (le plaisir et le consentement sont à peine évoqués, par exemple, les genres sont absents, et le scénario fuit sur les sujets trop ancrés pour être remis en question ou présentés sous un angle moins connu), bien que quelques séquences sont encourageantes en mode "sois qui tu es, exprime tes besoins, ne cache pas un éventuel retard, car y'aura toujours quelqu'un pour te comprendre et t'aider".

    La première saison véhicule beaucoup de clichés (l'ado sexologue, l'homosexuel efféminé, le cosplayer tabassé, le Noir de service, la gothique rebelle, le gamin violent pressuré par ses parents, etc.). Beaucoup de situations sont surjouées. Les épisodes enchaînent parfois les thématiques en les traitant très partiellement.

    Oui,c'est vrai, les personnages sont attachants. Oui, les personnages ont une personnalité plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Oui, le rythme de chaque épisode est mieux dosé que 13 Reasons Why, ce qui les rend agréables à regarder. Mais ça ne fait pas tout, notamment ça n'efface pas le fait que l'objectif (l'éducation sexuelle) n'est pas atteint.

    Quelques sujets traités : l'affirmation de soi, la quête identitaire, les conséquences des attitudes parentales sur la sexualité de leur enfant, rapports conflictuels parents/enfants/frère/sœur, harcèlement et agression en milieu scolaire, avortement, revenge porn, taille du sexe masculin, beauté / forme de la vulve, complexes lié à son corps, masturbation, homosexualité, les rumeurs qui défont une réputation, le fait d'être prêt pour une aventure sexuelle, etc.

    Sat Feb 16 23:30:58 2019 - permalink -
    - http://www.allocine.fr/series/ficheserie_gen_cserie=23024.html
  • Autopsie du Journalisme, de Hitler à Trump : Daniel Schneidermann [EN DIRECT] - Thinkerview

    Entrevue avec le journaliste Daniel Schneidermann. J'en retiens peu de choses, car l'entrevue mélange virilité mal placée (que je t'envoie un prétendu scud sur une histoire vieille de 30 ans largement documentée, et que je te taquine sur ton modèle économique et tes questions, et que je te promette un plus gros scud, etc.) et l'(auto-)promotion et la connivence.

    Quelques notes :

    • Le traitement journalistique de l'élection de Trump s'est déroulée selon le même modèle comportemental que durant la deuxième guerre mondiale : gueule de bois, sidération, les journalistes n'ont rien vu venir dans les deux cas, blablabla…

      • En 1939, le paquebot Saint-Louis part d'Hambourg avec 900 juifs allemands. Cuba ferme son port, les USA aussi (alors que Roosevelt avait promis assistance aux juifs en danger). Ce fait est à peine couvert par le New York Times, et surtout pas en Une. Le camp de Dachau est annoncé par une conférence de presse peu relayée dans le monde ;

      • La montée de l'antisémitisme et la persécution des juifs semblent être absentes de la réflexion de Churchill, selon ses mémoires ;

      • Les correspondants en Allemagne des grands journaux mondiaux souffraient, comme ceux d'aujourd'hui, du biais qui est qu'un correspondant est un journaliste politique, pas un journaliste de terrain, donc un journaliste formaté qui couvre un parti, un gouvernement, qui cherche à se faire apprécier par les dirigeants afin d'entretenir un lien permettant l'obtention d'infos, qui est calibré pour trouver que l'institution qu'il couvre est rationnelle (sinon cela remet en cause sa légitimité en tant que correspondant).
    • La boîte de prod' derrière Thinkerview produit également des contenus pour LVMH & co.
    Sat Feb 16 22:11:15 2019 - permalink -
    - https://videos.thinkerview.com/w/vFtUHAya5MTU6PBLFTTp7G
  • La vérification des informations par Facebook a rapporté 245 000 dollars à Libération pour 249 articles

    « Libération » (30/1) le reconnaît : c'est 245 000 dollars (près de 215 000 euros) que le quotidien a perçus du géant américain Facebook l'an dernier (et 100 000 dollars en 2017), sous prétexte d'aider le réseau social & démasquer les fake news que ce dernier charrie à longueur de iournée. Pour Facebook, c'est un bon moyen de s'acheter une conduite à peu de frais, tout en s’assurant la proximité des iournaux. Pour « Libé », qui s'en félicite en toute indépendance, l'argent de Facebook a permis de « financer, au sein de la rédaction, deux postes supplémentaires ». Bravo !

    On attend avec impatience la même transparence de deux autres médias indépendants, « Le Monde » et l’AFP, qui ont signé des partenariats similaires.

    Premiers chiffres sur ce programme de Facebook visant la vérification des informations.

    245 000 dollars pour 249 articles.

    Dans le Canard enchaîné du 6 février 2019.

    Sat Feb 16 20:39:16 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?cwoR3w
  • Dressez et servez chaud !

    Dans “La France gastronome” (Payot), l’historien Antoine de Baecque raconte comment le restaurant est devenu une institution. Bourgeoise ?

    Des tables individuelles, une carte avec des prix, une ambiance qui permet aux honnêtes femmes d’y paraître : cette chose nouvelle s’appelle le « restaurant ». Elle fleurit au lendemain de la Révolution française, quand la bourgeoisie triomphante savoure son succès par les papilles. Comme l’aristocratie a fait ses malles pour l’étranger, ses cuisiniers, restés en France, sont libres. Ils ont des idées, de l’imagination, une clientèle, bientôt de l’argent. Voilà Paris promu capitale de la gastronomie, nouvel art de vivre, d’abord concentré au Palais-Royal, lieu de tous les plaisirs : le jeu, les courtisanes, et les tables vite célèbres du Café de Foy et du Grand Véfour.

    La fête ne dure pas, car, en 1840, Louis-Philippe, roi des Français, fait interdire les tripots de ce quartier mal famé. Les gosiers délicats migrent alors vers les « grands boulevards », éclairés au gaz, de la Bastille jusqu’à la Madeleine. On y flâne, on y soupe chez Tortoni, Hardy et Riche. Tout est fait pour éblouir : vastes miroirs — pour voir et se faire voir —, statues, vases, colonnes, garçons gominés, nouvelle cuisine. Il faut se mettre à l’heure du temps : le « dé-jeuner » (qui rompait le jeûne de la nuit) se décalant vers midi, apparaît, pour le matin, le « petit » déjeuner. Longtemps repas du milieu de journée, le dîner glisse vers la fin de l’après-midi. Comme la sortie des spectacles avait lieu plus tôt, (vers 18-20 heures), on « soupait » en début de soirée. Quatre repas ! La modernité fait chauffer les fourneaux.

    Les chefs abandonnent leurs bonnets de rôtisseurs-traiteurs pour des toques majestueuses. Mais il faut aussi des penseurs, des théoriciens, des plumes, une littérature et une presse gourmandes, où excellent les Brillat-Savarin et autres Grimod de La Reynière. Pour ce dernier, la rupture, au début du XIX° siècle, dans les mœurs alimentaires est la « deuxième révolution française », « aussi importante que le bouleversement dans l’ordre politique ». Dans son « Grand dictionnaire de cuisine », Alexandre Dumas manie le stylo et le hachoir : « Assommez un lapin, ouvrez-lui immédiatement le ventre, tirez-en le plus de sang que vous pourrez », édicte le pantagruélique auteur. C’est du brutal !

    Organisme vivant, le restaurant ne cesse de muter. Après la guerre de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, les Bofinger, Lipp, Zeyer, Jenny arrivent à Paris et mettent à l’honneur la brasserie, ses bières et ses choucroutes. Le luxe culinaire pénètre dans les palaces, au Grand Hôtel de la place de l’Opéra voulu par Napoléon III, plus tard au Ritz, où les « brigades » d’Auguste Escoffier font merveille. On y va pour montrer un bout de sa fortune et faire entrevoir le reste. Dans « la IIIe République repue et sûre d’elle-même », la bourgeoisie du travail et de l’épargne, moins constipée qu’on ne l’a dit, pique les valeurs d’apparat à l’aristocratie finissante.

    Le livre d’Antoine de Baecque, très nourrissant, n’est jamais pesant. A chaque chapitre, on remet volontiers le couvert. Faut-il invoquer l’« identité française » ? Oui, si l’on veut dire par là que la France adore s’admirer dans le fond de son assiette.

    Dans le Canard enchaîné du 6 février 2019.

    Sat Feb 16 20:21:13 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?l598Gg
  • Le Venezuela avait de la Suisse dans les idées

    L'ultimatum lancé par la France — et par six autres pays européens — au président vénézuélien élu Nicolas Maduro a encore fait grimper la tension dans un pays déjà au bord de la guerre civile. Il a aussi semé la panique en Suisse, qui, contrairement à ses voisins, a fait montre d’une étonnante réserve. Normal : outre la faillite du pays et les manières autocratiques du régime, les griefs des anti-Maduro portent sur de colossales malversations couvertes par des banques helvétiques…

    La Suisse est aussi le royaume du trading pétrolier. Or, le 28 janvier, les Etats-Unis ont frappé durement en gelant les comptes de la compagnie pétrolière nationale, PDVSA, et en interdisant à tout Américain de traiter avec elle. Soutenu par la Russie, la Chine, la Corée du Nord, la Turquie et Cuba, Maduro hurle au coup d’Etat, qualifiant les sanctions américaines d’« illégales, immorales et criminelles ».

    En matière de moralité, pourtant, le régime vénézuélien se pose la. Ex-géant du pétrole, PDVSA employait jadis 30 000 personnes et produisait 3 millions de barils par jour. Avec Hugo Châvez, la « révolution bolivarienne » s’est invitée : son cousin a été bombardé à la tête de l’entreprise.

    Après une grève, en 2002, les rebelles sont remerciés — 19 000 licenciements ! Des pro-Chavez les remplacent, notamment au sommet. Dans le lot, une étonnante galerie de bandits, qui se sont servis dans la caisse.

    Sac de diamants

    En 2005, comme le rappelle la lettre d’information suisse spécialisée « Gotham City », Chavez confie à HSBC Suisse une partie des réserves de son pays (15 milliards de dollars), dont l’existence sera révélée en 2015 dans l’affaire des « SwissLeaks ». Unique signature sur ce compte : celle d’Alejandro Andrade, qui fut garde du corps de Châvez avant de s’occuper des finances du pays… et des siennes.

    Selon le Département d’Etat américain, il aurait détourné 2,4 milliards de dollars, s’offrant au passage 8 propriétés, des haras, 17 chevaux et 3 jets privés. En novembre, la justice américaine l’a condamné à 10 ans de prison.

    Infirmière de Chavez avant d’être nommée ministre du Budget, Claudia Diaz s’est, elle aussi, largement payée sur le rêve socialiste : immobilier, comptes secrets aux Sey- chelles, multiples propriétés dans la banlieue de Caracas, sacs de diamants cachés dans des Jet-Ski… Une curiosité.

    A la galerie des marxistes tendance évasion fiscale s’ajoutent des affairistes, petites mains et mules de toutes sortes, comme Roberto Rincon ou Abraham Shiera, des hommes d’affaires ayant versé plus de 1 milliard de dollars de pots-de-vin àla compagnie pétrolière afin de décrocher des contrats.

    La réserve dort

    Sur les bords du lac Léman, quelques banquiers dorment mal. HSBC, le Crédit suisse (où les tradeurs ont désormais interdiction de toucher aux produits financiers vénézuéliens) et la Compagnie bancaire helvétique ont accepté de cacher le plus gros de cet argent public. Selon les « SwissLeaks », 85 % des fonds vénézuéliens déposés chez HSBC appartiennent à des institutions étatiques et socialistes. A la fin de 2005, elles avaient déjà planqué 12,6 milliards de dollars sur plusieurs comptes HSBC. Les Helvètes transpirent aussi à l’idée que les USA placent leurs banques sur une liste noire, en les accusant de complicité. Ils réagissent donc fermement. Ainsi, le président de la Cour suprême, le ministre de l’Intérieur de Maduro et l’ancien président de l’Assemblée nationale ont vu leurs comptes bloqués par la Suisse.

    Afin de payer la dette nationale, Nicolas Maduro brade ses réserves d’or. Il fourgue les lingots en Russie, en Chine, aux Emirats ou en Turquie (« Les Echos », 1/2 »). Là encore, Washington a tapé du poing, sommant les « banquiers, courtiers, tradeurs et facilitateurs » de ne pas « négocier l’or, le pétrole ou d’autres matières premières vénézuéliennes ».

    Ni même les chips de banane plantain ?

    En complètement, j'avais mis de côté quelques notes sur l'histoire récente du Venezuala.

    Dans le Canard enchaîné du 6 février 2019.

    Sat Feb 16 20:06:49 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?eMbaGw
  • Bercy fait barrage aux Chinois

    Depuis l'arrestation, le 1er décembre, de Meng Wanzhou — numéro 2 du groupe chinois d’équipements de télécoms Huawei —, l’humeur n’est plus aux risettes ! Le 19 décembre, lors d’une entrevue matinale et très discrète à Bercy, Bruno Le Maire a demandé à Patrick Drahi, le pédégé d’Altice, de renoncer à son accord avec Huawei. La raison ? Sécurité nationale !

    Opérateur des réseaux mobile SFR et Portugal Telecom, Drahi avait pourtant, dit un expert, négocié des équipements Huawei « à un bon prix » (nettement plus bas qu’avec ses concurrents).

    Le groupe, fondé en 1988, était censé construire le cœur de réseau de SFR, jusqu’à présent piloté par le finlandais Nokia (ex-Alcatel) et l’américain Cisco. Cet ensemble de câbles à très haut débit relie les principaux nœuds du réseau, auquel des liaisons de plus faible capacité sont raccordées. En cas de panne ou de piratage, c’est le black-out…

    Le patron d’Altice avait également prévu d’installer des antennes Huawei pour le développement de la 5G à Paris, notamment dans le quartier Balard, a deux pas du ministère des Armées. Les grandes oreilles s’étaient dressées… L’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) a illico refusé l’autorisation d’ouvrir le cœur du réseau à Huawei. Pour les antennes, en revanche, rien n’avait été prévu dans la loi. Le roi des télécoms a profité de ce vide juridique…

    A la baguette

    « L’installation dans le XVe arrondissement de Paris est purement expérimentale, se défend Arthur Dreyfuss, secrétaire général de SFR. A Vélizy, nous menons aussi une expérimentation en 5G, mais avec Nokia. Et, à Nantes, nous confronterons Nokia et Huawei. » Pour éviter qu’un autre opérateur ne serve de cheval de Troie aux Chinois, le gouvernement a présenté, le 16 janvier, un amendement à la loi Pacte visant à renforcer les pouvoirs de l’Anssi. L’agence contrôlera un éventail d’équipements beaucoup plus large avant leur déploiement.

    Cet échec chinois a laissé meurtrie la petite armée de lobbyistes travaillant pour Huawei. Son chef de file ? Jean-Louis Borloo, bombardé il y a deux ans administrateur de la filiale technologies France du groupe (« Le Canard », 8/3/17).

    C’était plus facile de travailler pour Tapie…

    Ouais, c'est sûr que Cisco et Nokia (dont la branche équipements n'appartient pas à Microsoft), tout comme la présence massive de Microsoft dans nos armées et nos écoles, ça pose moins de problèmes de souveraineté et de sécurité nationale ! Tartufes !

    Dans le Canard enchaîné du 6 février 2019.

    Sat Feb 16 19:53:13 2019 - permalink -
    - http://shaarli.guiguishow.info/?8U_TIA
  • Les ”voltigeurs” ressuscités

    Deux policiers à moto, l’un chauffeur et l’autre passager, armé d’un lanceur de balles de défense ou d’une matraque : une bonne dizaine d’équipages de cet acabit ont roulé les mécaniques, le 2 février, du côté des Champs-Elysées. Souvenirs, souvenirs… Ce dispositif rappelle les tristement célèbres « pelotons voltigeurs » de Charles Pasqua, dissous en décembre 1986, après la mort (sous leurs coups) de Malik Oussekine.

    Interrogée par « Le Canard », la Préfecture de police assure, sans rire, que cela n’a rien à voir — les motos constituant « juste, un moyen de transport pour les DAR (sic) ». Les DAR, quèsaco ? Ces « détachements d’action rapide » ont été créés par ladite Préfecture à la suite du saccage de l’Arc de triomphe lors d’une manif de gilets jaunes, le 1er décembre 2018. Ils sont constitués de 200 flics en civil — normalement à pied —, recrutés parmi les spécialistes du « saute-dessus » dans les BAC ou au sein de la brigade de répression et d’intervention.

    Pourtant, deux mois après leur lancement, l’Intérieur se mord les doigts. Bon nombre des blessés graves, notamment les victimes de lanceurs de balles de défense, sont imputables à ces DAR. Au départ, leur activité devait être strictement encadrée par la direction chargée du maintien de l’ordre (DOPC) à la Préfecture de police. En appui des gendarmes et des gardes mobiles, ils devaient interpeller les casseurs en flag.

    Motos et bouche cousue

    Mais des problèmes de commandement, consécutifs à l’affaire Benalla, ont fait passer ces détachements sous la tutelle exclusive du directeur de la police en tenue parisienne (DSPAP), qui leur a donné davantage (et un peu trop) carte blanche… Le dirlo en question a même perfectionné son joujou en créant une section moto. L’avenir de ces nouveaux voltigeurs, cependant, n’est pas assuré, la Place Beauvau réfléchissant à une reprise en main des DAR, dont les violences ont déclenché la plupart des enquêtes de la police des polices.

    Ce serait un vrai crève-cœur…

    Dans le Canard enchaîné du 6 février 2019.

    Sat Feb 16 19:42:39 2019 - permalink -
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  • Constitution, piège à Macron

    Devant les journalistes qu’il a reçus le 31 janvier, Macron n’a pas soufflé mot des difficultés constitutionnelles et pratiques soulevées par son projet de référendum.

    Comme le soulignent les spécialistes, l’article 11 de la Constitution est têtu : les référendums ne peuvent porter que sur la ratification de traités internationaux ou sur l’approbation de projets de loi précis.

    Par exemple, l’Elysée peut demander aux Français d’approuver un texte qui supprimerait l’interdiction du cumul des mandats pour les maires des petites communes. En revanche, il est impossible de poser des questions d’ordre général. Du genre : Etes-vous pour la proportionnelle ? pour la réduction du nombre de parlementaires ? contre la pluie et pour le beau temps ?

    Pas question non plus de leur demander de fixer eux-mêmes le nombre de députés élus à la proportionnelle, comme l’a suggéré naïvement le député LRM Aurélien Taché. Dans ce cas, il faudrait rédiger autant de projets de loi qu’il y a d’hypothèses de proportionnelle (10, 15, 20 %...) et prévoir une urne séparée pour la réponse à chaque question. Bonjour la queue devant les bureaux de vote, et bon courage pour le dépouillement…

    Casse-tête référendaire

    Impossible également de modifier la Constitution par référendum sans avoir obtenu auparavant un vote conforme de l’Assemblée et du Sénat. Le chef de l’Etat s’est récemment vu rappeler cette procédure — article 89 de la loi fondamentale — par le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius.

    Macron ne peut donc pas modifier les règles qui régissent les référendums pour créer le RIC ou l’un de ses dérivés sans passer au préalable sous les fourches caudines du Sénat.

    Même sa réforme phare portant sur la réduction du nombre de parlementaires s’annonce compliquée à mettre en œuvre. Sauf à récrire en préambule l’article 61 de la Constitution, qui fixe le nombre de parlementaires nécessaire au dépôt d’un recours pour faire censurer une loi fraîchement votée. Et revoilà le Sénat maître du jeu.

    Macron va finir par regretter la IVe République, dont les règles permettaient de changer la plupart des lois constitutionnelles sans avoir à passer par la case Palais du Luxembourg…

    La séparation des pouvoirs et les contre-povuoirs (comme une chambre d'un Parlement opposée au Président), ce n'est pas si mal, en fait. Nieme épisode. :)

    Dans le Canard enchaîné du 6 février 2019.

    Sat Feb 16 19:36:15 2019 - permalink -
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  • Flying Penguin Technologies: IPv6 with macvtap and libvirt

    Avec libvirt (avec ou sans l'interface graphique virt-manager), KVM et une machine virtuelle avec une interface réseau utilisant le pilote macvtap (dit « accès par pont »), le multicast ne peut pas fonctionner par défaut. Il faut désactiver explicitement le filtrage à coup de « trustGuestRxFilters='yes' » ajouté dans la définition de l'interface réseau dans la définition XML de la VM. Pour ce faire, on utilise la commande virsh edit <nom_VM>.

    Ce comportement par défaut affecte tous les usages multicast (diffusion d'un flux vidéo, déploiement d'images disque, etc.), pas seulement IPv6.

    Tue Feb 12 23:39:05 2019 - permalink -
    - http://blog.flyingpenguintech.org/2017/12/ipv6-with-macvtap-and-libvirt.html
  • Privilèges des députés : ceux qui ont été abolis et ceux qui existent encore - Le Parisien

    […] En clair ? Jusqu’à présent, les membres actuels ou anciens de l’Hémicycle disposaient d’un bonus pour couvrir leurs obsèques, celles de leur conjoint ou de leurs enfants. La somme pouvait monter jusqu’à 18 255 euros. Désormais, l’allocation sera plafonnée à 2 350 euros.

    […]

    Outre la diminution de l’allocation pour les frais funéraires, l’Assemblée nationale a acté la fin de la gratuité des trains pour ses députés honoraires. Ces ex-élus, qui ont effectué au moins trois mandats, bénéficiaient jusqu’au 1er octobre d’une carte à la SNCF. […]

    Autre catégorie visée, les anciens présidents de l’Assemblée nationale. Actuellement, ces derniers peuvent disposer pendant 10 ans d’une voiture avec chauffeur, un bureau et un collaborateur. En janvier, le bureau de l’Hémicycle a annoncé la suppression de ce privilège en 2022.

    Le régime spécial de retraite. Une économie de 10 millions d’euros par an à terme. Depuis le 1er janvier, les députés ne bénéficient plus d’un régime de retraite spécial. Un principe qui entrera réellement en vigueur quand les députés en fonction feront valoir leur droit à la retraite.

    Moins avantageuse depuis une première réforme en 2010, la retraite des députés sera maintenant celle des salariés de la fonction publique. Avant cela, ils bénéficiaient d’une pension à taux plein après 31 ans de cotisations, contre plus de 40 ans pour un salarié classique.

    De plus, la double cotisation facultative, qui permettait de cotiser 23 ans au lieu de 31 ans a aussi été supprimé. On se rapproche également du 1 € cotisé = 2 € perçus, le régime de la fonction publique.

    Notons néanmoins que le régime de retraite des députés n'est pas strictement identique à celui de la fonction publique : « Depuis le 1er janvier 2018, le mode de calcul de la retraite des députés a été entièrement revu. Il n'est pas directement calqué sur celui des fonctionnaires : la pension est calculée non pas sur le traitement des 6 derniers mois, mais sur la base de l'ensemble des indemnités perçues et soumises à cotisation. Pour chaque année passée à l'Assemblée nationale, on retient un pourcentage des indemnités versées. Ce pourcentage va décliner progressivement, en fonction de l'année de départ à la retraite, de 2,11 % en 2008 à 1,9628 % en 2033. »


    L’allocation-chômage. Autre privilège abrogé début 2018, les allocations-chômage. En cas de défaite électorale, les actuels habitués du Palais Bourbon ont désormais droit à 57 % du salaire journalier pendant 24 à 36 mois, comme les salariés de droit commun. Avant, un ancien député percevait l’équivalent de l’indemnité parlementaire de base pendant six mois (5 600 euros), puis une indemnité dégressive pendant trois mois.

    J'avais manqué ça (ça date de novembre 2017 pour les retraites…). Ça avance dans le bon sens. Notons que les sénateurs ne sont pas concernés, leur régime de retraite demeure inchangé.

    Mon Feb 11 00:31:40 2019 - permalink -
    - http://www.leparisien.fr/politique/privileges-des-deputes-ceux-qui-ont-ete-abolis-et-ceux-qui-existent-encore-19-03-2018-7617624.php
  • (2) La dangereuse grenade GLI F4 en voie de disparition - Libération

    S’il n’y aura plus de commande de GLI F4, cela ne signifie pas pour autant l’interdiction du projectile. «La GLI F4 sera utilisée jusqu’à épuisement des stocks, assure la place Beauvau à Libération… sans préciser le nombre de ces grenades encore disponibles. Elles seront progressivement remplacées par la GM2L», déjà en dotation et utilisée sur la ZAD. La différence avec la première ? «Elle contient bien un effet lacrymogène et assourdissant, mais n’a pas l’effet déflagrant de la GLI F4», selon l’Intérieur. […]

    J'avais manqué cette potentielle information (affaire à suivre), rappelée dans le numéro de janvier 2019 de Siné mensuel.

    Mon Feb 11 00:07:28 2019 - permalink -
    - https://www.liberation.fr/france/2018/06/01/la-dangereuse-grenade-gli-f4-en-voie-de-disparition_1655881
  • Identification : le secteur bancaire, royaume de la sécurité ? - Revue Banque

    Quand l'ami Aeris publie une critique de la sécurité informatique mise en œuvre par les banques dans la revue lue par tous les Directeurs des Systèmes d'Information (DSI) du monde de la banque et de l'assurance… Rien de nouveau pour nous, une petite baffe pour eux. Bien joué. \o/

    Ce papier, publié dans une revue sérieuse, a aussi le mérite de contredire le discours de tout DSI lorsque l'on évoque la possibilité d'améliorer la sécurité informatique de l'organisme pour lequel on bosse "tsss tsss tsss les banques font comme nous, c'est que ça doit pas être aussi mal que tu le prétends, boucle-la". Hé bah non, les banques ne sont pas un exemple à suivre.

    La meilleure illustration de ça, c'est quand même le site web de cette revue (lue par tous les DSI du secteur bancaire, je le rappelle) qui ne propose pas le chiffrement de la communication. Pour créer un compte, il faut saisir une adresse emails, un mot de passe, une civilité, un prénom, un nom et une adresse postale complète. Tout cela circule donc sans chiffrement entre le client et le serveur. De même, les infos collectées ne servent à rien pour mener à bien l'achat d'un exemplaire numérique. Leur collecte est donc contraire au principe de collecte minimale du RGPD. On parle bien de la revue de référence du milieu bancaire.


    Spécialiste de la sécurité informatique et cofondateur du festival Pas Sage en Seine, Nicolas Vinot s’était penché, lors de l’édition 2017, sur la sécurité des applications et des sites bancaires*. En ce début 2019, son constat reste très mitigé.

    Les banques sont souvent perçues comme des chambres fortes inviolables, et étant donné la criticité du secteur, ses clients s’attendent à ce qu’elles le soient. Mais qu’en est-il en pratique ? Il s’avère qu’en réalité, ce monde n’a que peu évolué depuis son passage à Internet… Les espaces « sécurisés » en ligne demandent généralement à l’utilisateur d’utiliser un clavier virtuel pour saisir son mot de passe à la souris sur un clavier dont la position des chiffres change à chaque connexion. Les banques espèrent ainsi que si l’ordinateur est infecté par un logiciel malveillant, le clavier virtuel empêche de lire le code secret. En pratique, c’est dorénavant le collègue de bureau ou l’enfant, attaquants bien plus probables qu’un malware, qui peut noter sur l’écran la composition de votre code… D’autant plus que les malwares, eux, ont suivi l’évolution des techniques de protection des banques et ne sont guère plus gênés par un clavier virtuel.

    Des mots de passe dignes des années 1970

    La sécurité minimale d’un mot de passe donnée par l’ANSSI [1] est de 78 bits et celle recommandée, de 128 bits. Alors que la plupart des banques imposent un mot de passe uniquement composé de 5 à 8 chiffres, soit 16 à 26 bits de sécurité… Ce qui se casse en quelques millisecondes seulement avec du matériel informatique classique [2] !

    Les banques justifient ce choix par le fait qu’après quelques tentatives, le compte est verrouillé. Il empêcherait donc un attaquant de s’infiltrer. Mais cette protection n’existe pas si la base de données de la banque finit dans la nature à la suite d’une fuite de données ou d’un piratage, comme c’est malheureusement aujourd’hui la norme. L’attaquant aura tout loisir de casser le mot de passe sans cette limitation pour ensuite se connecter en une seule tentative sur l’espace sécurisé…

    Pour garantir la sécurité de leurs clients, les banques devraient imposer des mots de passe robustes et autoriser en tout cas l’usage d’un gestionnaire de mots de passe pour leurs clients qui le souhaitent réellement. Elles mettraient aussi en œuvre la double authentification, comme a pu le faire le Crédit Coopératif avec son boîtier Sésame (malheureusement abandonné depuis), ou avec des solutions basées sur un téléphone mobile ou une clef USB.

    Il me semble que la plupart des banques valident les transactions par la saisie d'un code reçu par SMS voire généré par un boîtier qui avale la carte bancaire.


    Un suivi de l’état de l’art inexistant

    Alors qu’il existe des solutions accessibles à tous pour protéger son courrier électronique et s’assurer que seul le destinataire véritable aura accès au contenu, les banques préfèrent souvent communiquer par des mails avec un avertissement « En cas de mauvaise distribution, merci de ne rien lire et de détruire ce message », et mettent le contenu réel du message sur l’espace messagerie « sécurisé » (souvent inaccessible ou en maintenance). Par exemple, l’usage de GnuPG [3] permettrait de mettre fin au phishing, l’utilisateur pouvant avoir la certitude qu’un message provient bien de son conseiller et non d’un pirate usurpant son identité. Fini le pifomètre à la recherche de fautes d’orthographe ou d’URL inhabituelles !

    Ouais, alors OpenPGP (GnuPG n'est qu'une implémentation parmi d'autres)… C'est compliqué pour les administrateurs de systèmes GNU/Linux dotés de 5-10 ans d'expérience, alors pour le novice, c'est totalement inacessible (j'ai essayé, et ça ne prend pas)… La configuration par défaut est trop permissive. La signature de la clé de ton conseillier bancaire (afin d'indiquer à GnuPG que tu fais confiance à tout ce qui est signé par elle) sera une plaie, surtout avec le turn-over qu'il y a dans ce milieu-là…


    Les banques ne mettent pas non plus en œuvre les mécanismes requis par l’état actuel des connaissances [4]. À titre d’exemple, en août 2016 a été publiée la faille Sweet32 [5] mettant en cause le protocole HTTPS. En mars 2017, sur 35 banques testées, six seulement avaient pris les mesures nécessaires pour s’en prémunir. Le protocole TLS v1.0 a été interdit en juin 2018 [6] par la norme bancaire PCI-DSS, car faillible à des attaques comme POODLE [7] ou BEAST [8] ; sur 73 banques testées en janvier 2019, 43 le supportent encore. Pire, sept banques ne supportent encore que ce seul protocole…

    Les banques ne sont pas les seules responsables

    L’état problématique de la sécurité des banques n’est pas à mettre à leur seul crédit, mais aussi indirectement à celui de leurs clients. La résistance au changement est en effet extrêmement forte dans le domaine de la sécurité. Les intérêts à court terme sont difficiles à percevoir (risques incertains et nébuleux, « rien à cacher »…) alors que les inconvénients, eux, sont immédiatement visibles (nécessité d’un gestionnaire de mots de passe ou d’un périphérique d’authentification, difficulté de connexion en situation de mobilité…). Et de manière générale, l’utilisateur final n’est que peu informé, le sujet étant technique et l’état de l’art très mouvant. Les banques n’ont finalement fait que suivre le mouvement, se limitant à une sensibilisation simpliste (vérifier la présence d’un cadenas et d’une barre verte dans la fenêtre du navigateur) et dans l’impossibilité de suivre les préconisations techniques sans accompagnement des utilisateurs qui risquent d’être récalcitrants (mise à jour des navigateurs, support)…

    J'aurais plutôt conclu sur l'éternelle friction entre le Responsable de la Sécurité des Systèmes d'Informations (RSSI) et le Directeur Administratif et Financier (DAF). Quand le RSSI souhaite retirer telle version du protocole SSL ou TLS, qu'il expose à la direction que cela va exclure les 3 % de clients qui utilisent encore IE 6 (ce chiffre date de 4-5 ans), donc augmenter le coût du support téléphonique aux clients, et que cette évaluation sommaire ne prend pas en compte l'impact que ce changement produira sur les API qui permettent le paiement déporté (TPE, redirection vers le site web de la banque depuis un site web marchand, etc.), le DAF se met à hurler "nope nope nope, argent d'abord, argent d'abord, nope nope nope" et la direction de la banque se range derrière l'avis de ce dernier. Comment espérer un autre comportement dans un monde où la course aux bénéfices est plus importante que tout ?


    [1] Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information : https://www.ssi.gouv.fr/administration/precautions-elementaires/calculer-la-force-dun-mot-de-passe/.

    [2] https://howsecureismypassword.net/.

    [3] https://www.gnupg.org/ ; logiciel open source transmettant des messages électroniques signés et chiffrés, garantissant ainsi leurs authenticité, intégrité et confidentialité, ndlr.

    [4] Cf étude réalisée par Nicolas Vinot : https://imirhil.fr/tls/banks.html.

    [5] https://sweet32.info/.

    [6] https://blog.pcisecuritystandards.org/are-you-ready-for-30-june-2018-sayin-goodbye-to-ssl-early-tls.

    [7] https://www.imperialviolet.org/2014/12/08/poodleagain.html.

    [8] https://bug665814.bmoattachments.org/attachment.cgi?id=540839.

    Nicolas Vinot
    Co-fondateur festival Pas Sage en Seine
    Spécialiste de la sécurité informatique

    * Cf étude réalisée par Nicolas Vinot : https://imirhil.fr/tls/banks.html. L’étude consiste à répertorier sur les sites les outils de sécurisation employés, en fonction de leur efficacité évaluée à partir des bonnes pratiques prônées des organismes officiels tels que l’IETF (Internet Engineeering Task Force), l’ANSSI en France (https://www.ssi.gouv.fr/uploads/2016/09/guide_tls_v1.1.pdf) et en fonction de l’état de l’art concernant les failles de sécurité connues des différents protocoles.

    Sun Feb 10 23:05:18 2019 - permalink -
    - http://www.revue-banque.fr/management-fonctions-supports/article/identification-secteur-bancaire-royaume-securite
  • Petit lexique de survie en entreprise

    Franck Lepage joue des spectacles pour désintoxiquer le public de la langue de bois. Dans ses Conférences gesticulées, ce militant de l’éducation populaire montre comment, avec l’arrivée dans la sphère politique des publicitaires comme Séguéla et autres spin doctors, le discours a cédé la place à la communication. Nous sommes petit à petit dépossédés du langage qui nous permet de critiquer la novlangue libérale. Franck Lepage décrypte pour nous les mots-clés.

    Restructuration. « Dans cette novlangue, il s’agit à tout prix d’éviter de parler de licenciement collectif. “Restructuration” est un mot neutre. Comme “réforme”. Cela signifie qu’il va y avoir un changement. Or, l’actualité montre que ces changements ne sont jamais à l’avantage des salariés. Mieux encore : utiliser la formule “plan social” ou “plan de sauvegarde de l’emploi” pour mettre en avant le verre à moitié plein. Les syndicats se trouvent démunis pour lutter contre la “sauvegarde” d’emplois ! »

    Flexisécurité. « L’emploi d’oxymores est très pratique. Les neuropsychologues soutiennent que notre esprit mémorisera toujours le terme positif plutôt que le terme anxiogène. Dans “frappe chirurgicale”, on retient “chirurgie”. Quand on entend “croissance négative”, on comprend davantage “croissance” que “récession”. En appelant flexisécurité la possibilité pour les patrons de virer leurs employés sur un claquement de doigt, Macron, lorsqu’il était ministre de l’Économie, faisait croire aux chômeurs qu’ils trouveraient plus facilement du travail. »

    DRH. « L’entreprise est avant tout le lieu d’une exploitation. Gommer, en apparence, les rapports hiérarchiques au sein de l’entreprise permet de déguiser cette violence. Ainsi, le chef du personnel est devenu le directeur des ressources humaines. Sa fonction hiérarchique est gommée au profit d’une soi-disant fonction humaine. »

    Au contraire, je pense que le terme « direction des ressources humaines » n'est pas du tout de la novlangue ni de l'hypocrisie : il reflète parfaitement que les salariés sont une ressource comme une autre (machine, capital, etc.), que l'on échange contre de l'argent, que l'on possède et, se faisant, on en fait ce que l'on veut, y compris des licenciements sans fondement (pas même économique), y compris une violence quotidienne née de l'exploitation. Ce terme décrit parfaitement la réalité.


    Entretien individuel annuel. « L’évaluation est la modalité actuelle de la domination. Ce qui est appelé “évaluation” n’est rien d’autre que du contrôle des salariés et des objectifs qu’on leur impose. C’est le principe des entretiens individuels annuels dans les entreprises. Les salariés sont mis face à leurs potentiels échecs, perçus comme inacceptables dans un système où l’on doit faire toujours plus. On appelle cela l’effet cliquet : si vous avez vendu 300 abonnements téléphoniques l’an dernier, par exemple, on attend de vous que vous en vendiez 350 l’année suivante. À 300 ou moins, vous serez en échec. Ce système est une machine à burn-out. »

    Démarche qualité. « Le même principe se cache derrière la “démarche qualité”. Personne n’est contre la qualité, en théorie. Pourtant, cela consiste à attribuer une note entre 1 et 5 à l’opérateur téléphonique d’un service après-vente, par exemple. Aujourd’hui, les hôpitaux aussi s’engagent dans la démarche qualité pour obtenir des dotations. Pour les aides-soignantes, cela se traduit par une autre réalité : quatre minutes pour faire les toilettes, pas le temps de parler aux patients. La démarche qualité transforme les services publics en services marchands. »

    Dans le Siné mensuel de janvier 2019.

    Sun Feb 10 20:46:29 2019 - permalink -
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  • Marseille, amer béton

    Une très bonne analyse d'une partie de la politique du logement à Marseille (l'insalubrité entretenue afin de déplacer les profils démographiques jugés inintéressants), avec une mise en parallèle avec le chantier de la Plaine et autres dépenses d'aménagement inutiles, ainsi qu'avec la violence policière. Tout cela permet de saisir le contexte global et d'affiner son angle de lecture de ces logements insalubres qui se sont écroulés fin 2018. C'est vraiment un très bon texte qu'il faut lire.


    Ici, la guerre sociale a démarré bien avant le mouvement des gilets jaunes. Immeubles effondrés, huit morts victimes de la spéculation immobilière qui ne cesse de s’étendre. Depuis bientôt trois mois, répressmn atteint des sommets dans la ville. Lettre ouverte d'un Marseillais.

    Comment ça, tu ne sais pas ? On ne t’a pas dit ? Attends, je te fais le tableau. La plus grande place du centre cerclée d’un mur immense, recouvert de graffitis et de messages de colère, des immeubles en ruine, d’autres murés, neuf morts, des évacuations qui ressemblent à des expulsions, plus de deux mille réfugiés dans leur propre ville, des CRS partout, armés, le centre gazé, gazé encore, les hélicos qui tournent à basse altitude pour traquer les manifestants… Eh oui, depuis octobre, Marseille est en guerre…

    Non, non, pas ce genre de guerre, même si certains jours, ça y ressemble. C’est plus insidieux. Pernicieux, même. Cette guerre a commencé il y a longtemps, contre 1es pauvres. Les pas-le-ronds, les peu-troussés. Ici, on veut du haut de gamme en centre-ville : des touristes, des cadres, des imposables. Il faut reguinder tout ça. Qui est « on » ? Les dirigeants, pardi, les technocrates, les chantres de la ploutocratie. Jean-Claude Gaudin est le maire de Marseille depuis vingt-trois ans. Eh oui, il est encore là, papy Jean-Claude. La politique clientéliste et l’abstention sont payantes… Et comme Marseille est l’un des derniers bastions populo… Allez, je te raconte notre automne ; on n’a pas vu tomber que des feuilles mortes.

    La plaine

    À quelques encablures de la Canebière, il y a un plateau au sommet duquel trône la plus grande place du centre-ville. La place Jean-Jaurès. Elle fait la jonction entre les 1er, 5e et 6e arrondissements. Ici, tout le monde l’appelle « la Plaine ». Elle est reliée au cours Julien, second ventricule de ce quartier vivant, brassé, festif et alternatif. La Plaine, par extension, c’est le nom donné au quartier. Des rues escarpées en dévalent, charriant dans leur lit des ambiances différentes de l’une à l’autre. La Plaine, c’était aussi le plus grand marché de la Ville, une institution attractive, tarifairement parlant. Ici, on se réapproprie l’espace urbain, on improvise, mais de façon organisée : assemblées populaires, banquets, animations, matchs de foot sur béton, fanfares, apéros et même concerts sauvages. C’est sûrement ce qui met le plus en rogne les dirigeants de la ville. Le quartier est aux mains de ses riverains, dépourvu de grandes enseignes internationales, truffé de snacks, de rades, de bouibouis. Alors que, réquisitionné, il serait une véritable manne financière. Un pognon monstre à se faire…

    fin 2015, la mairie de Marseille a annoncé sa volonté de requalification de la Plaine dans le cadre de l’opération « Grand Centre-Ville » de Marseille. Requalification, c’est évocateur, tu ne trouves pas ? Le chantier est confié à la Soleam(1). Son coût ? Entre 15 et 20 millions d’euros. Deux ans, peut-être trois, de travaux. Les pouvoirs publics ont laissé longtemps la situation se dégrader malgré les plaintes des habitants. La Plaine a besoin d’un coup de jeune, pas de perdre son âme. On nous parle de montée en gamme. C’est une stratégie locale. Abandonner certaines zones de la ville puis, lorsque la situation devient préoccupante, un coup de Kärcher, un coup de ponceuse, une hausse des loyers, et par là-bas la sortie si t’as pas l’oseille. La gentrificatîon par l’incurie.

    Gérard Chenoz, adjoint au maire et président de la Soleam, dirige les travaux. Tonton Gérard, on lui doit cette pépite : « Pour que les gens soient mélangés, il faut que certains partent. » Il refuse toute discussion. C’est déjà décidé avec papy Jean-Claude, le plan ne bougera pas. D’ailleurs, en conseil municipal, le maire a été clair : « Les leçons de ceux qui ne sont pas élus, qu’ils se fassent d’abord élire et, après, on en reparlera. »

    Une assemblée populaire se constitue, des initiatives citoyennes, agoras et journées festives d’informations ont lieu. La Plaine vit, bouillonne. Pendant trois ans, on tente de négocier une consultation. Rien à faire…

    ZAD

    Le 11 octobre, dernier marché et début des travaux. En fin de matinée, des dizaines de camions de CRS s’installent tout autour de la place et dans les rues adjacentes pour encadrer le chantier. La Bac et de nombreuses voitures de police en renfort. Belle démonstration de force à l’égard des habitants, qui se mobilisent instantanément. Des manifestations spontanées tentent d’empêcher les travaux. Gazages, interpellations, répression commencent. Naissance d’une Zad urbaine.

    Pendant plus de deux semaines, quotidiennement, une foule bigarrée, de tous âges, défile, manifeste, construit. En réponse : la matraque, la lacrymo, la répression. On protège le chantier, on fracasse, on rosse le peuple ; fi de l’ambiance familiale, les locaux valent pas bézef. Il y a des blessés, des scènes d’une grande violence, des minots choqués… Au cours de cette période, le plafond de l’école maternelle Canet Jean-Jaurès s’effondre. Par miracle, c’est le week-end. Cinq ans que l’école alertait sans succès les services de la ville sur les risques liés aux fortes pluies. Allô ? Y a personne. Ni pour les autres écoles qui se délitent. Pourtant, du pognon, il y en a eu pour le mur…

    Le mur de la honte, tu ne l’as pas vu à la télé ? Le 29 octobre, lors d’une conférence de presse, tonton Gérard annonce une mesure à tomber cul par-dessus tête qui prend effet dans la foulée : l’édification d’un mur qui fera le tour de la place, haut de 2,50 m. Le coût du mur ? Dis un prix… Non, plus. Plus… Tu chauffes… 390 000 euros ! La Plaine est bouchée, encerclée, inaccessible, des vigiles dans son enceinte. Les graffitis et les affiches fleurissent. La colère ? Elle grimpe. Le mépris est à son paroxysme. Les manifestations continuent mais le moral est bas. Chaque nuit, ou presque, des groupes de manifestants fondent sur la Plaine, des morceaux de murs tombent, et chaque matin, tonton Gérard fait remettre le mur en l’état. C’est le seul mur du quartier qui soit rénové d’ailleurs…

    Effondrement

    La rue d’Aubagne dévale du cours Julien à Noailles, quartier sinistré, abandonné des pouvoirs publics. Lundi 5 novembre, vers 9 heures du matin, deux immeubles s’effondrent aux numéros 63 et 65. Le premier faisait l’objet d’un arrêté de péril. il appartient a la ville. il est vide et muré depuis deux semaines. Le second. est habité. C’est un choc pour tout le monde. Premières évacuations. Le boulevard Garibaldi est bouché sur 500 mètres par des véhicules de pompiers et de secours, des tentes. Une scène d’apocalypse, une vision de guerre. Ironiquement, la circulation est détournée vers la Plaine dont l’une des deux voies est elle-même entra par le mur. Des bouchons partout, le chaos. La rue d’Aubagne est bouclée. Ce jour-là, on ne connaissait pas encore le bilan, il est connu désormais : huit morts.

    Les riverains organisent la solidarité avec les sinistrés et les premières familles évacuées. La lutte commence. Le collectif du 5 Novembre tient sa première réunion et les gens viennent si nombreux que la rue de l’Arc dégueule de monde. Trois autres immeubles menaçant de s‘effondrer sur les équipes de secours sont détruits, suspendant les recherches. Puis, toute la semaine, c’est la foire aux révelations. On savait. Tout le monde savait. Un article de Marsactu(2), qui date de 2016, mettait déià en cause la vêtusté de plusieurs immeubles dont le 65, rue d’Aubagne. En 2015, Christian Nicol(3) publiait un rapport accablant sur l’état du patrimoine immobilier de Marseille. L’expertise relevait que 40 000 logements étaient concernés. La mairie avait taxé ce rapport de « partisan ». Prévenir que la ville risquait de s’effondrer n’allait étaient concernés. La mairie avait taxé ce rapport de « partisan ». Prévenir que la ville risquait de s’effondrer n’allait pas dans le sens des affaires.

    La colère monte d’un cran. Accompagnée de larmes. Chacun fait le lien entre les murs qui enclavent et ceux qui s’écroulent.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Désolé, c’est barbare, les chiffres, mais ça cause. Chaque année, la mairie n’investit que 15 millions d’euros contre l’habitat indigne. Mais, outre les travaux de la Plaine, on peut noter, par exemple, une patinoire à 56 millions d’euros (et 15 millions d’euros de budget annuel), des millions investis dans le stade ou, comme seuls travaux de réhabilitation rue d’Aubagne, un îlot entier transformé en hôtel de luxe.

    « Ce dramatique accident pourrait être dû aux fortes pluies qui se sont abattues sur Marseille ces derniers jours », déclare la mairie le jour du drame. Une marche blanche est organisée, une « marche contre la pluie ». Le silence de Jean-Claude est assourdissant. Il ne démissionnera pas, c’est tout ce qu’il a dit. Officiellement, on parle de dix mille personnes, et c’est sans doute le double qui a défilé jusqu’à la mairie.

    Dans la foulée, les évacuations s’enchaînent. Des évacuations aux allures d’expulsions. Quelques minutes pour récupérer ses affaires, puis ouste ! Un car, un hôtel a l’autre bout de la ville. L’école de tes gosses est à une heure de bus ? L‘immeuble où l’on sert les repas gratuits aussi (blague : il finira. aussi évacué) ? Tant pis, les hôtels du centre, c’est pour les touristes. Tu travaillais pendant l’évacuation ? Tes affaires et tes papiers sont chez toi ? Ton chien ? Ton chat ? Désolé, c’est bouclé. Parfois muré. Dans des conditions inacceptables. Bientôt, on dépassera les deux mille sinistrés. Des réfugiés, envoyés loin de tout, du vent ! Les victimes de la guerre menée aux pauvres, de l’OPA menée sur le centre. Une guerre sociale…

    Répression

    Le 15 novembre est organisée la première marche de la colère. La manifestation est composée d’une immense foule bigarrée, solidaire, dans laquelle plusieurs quartiers sont représentés. En tête de cortège, les proches des victimes brandissent des portraits des huit personnes retrouvées dans les décombres. Fabien, Ouloume, Simona, Niasse, Julien, Taher, Chérif et Marie-Emmanuelle, visages disparus du village urbain. La foule converge vers la mairie. Sur la route, au-dessus du cortège, un balcon s’effondre. Une dame et son petit-fils tombent, une manifestante est également blessée, tous les trois partent à l’hôpital. La ville s’effrite.

    On est là en famille, déterminés, tristes, furieux. La foule arrive devant la mairie, accueillie par une palanquée de CRS. Le bureau du maire est vide. Tous les âges sont représentés, (presque) toutes les classes sociales, et tout le monde crie d’une seule voix. Les barrières volent. Des fumigènes et des pétards sur le parvis. Les CRS, immédiatement, envoient des grenades lacrymogënes dans le tas. À part les parents qui fuient effarés avec leurs gosses, la foule, plus en colère encore, continue de gronder. Colère : « Gaudin, démission ! » Et unité : « Nous sommes tous des enfants de Marseille ! » Encore des lacrymos. Puis, quand la dispersion commence, vient l’heure du carnage. Les CRS chargent et cognent, cognent, et cognent encore. La foule est repoussée iusqu’à la Canebière où se trouvent nombre de manifestants rentrant chez eux. La Bac est la aussi. Les gens sont frappés par-derrière, gazés en pleine face, tabassés. Les jeunes, les vieux, les parents, même des touristes. Des flics en civil, avec masques et matraques, fondent dans Noailles et cognent les habitants du quartier qui avaient le malheur d’être dehors. Une nuit de violences disproportionnées.

    Très vite, le collectif du 5 Novembre commence à réunir les témoignages des victimes. Pléthore. L’indignation a son comble. Quelques journalistes ont raconté ce qu‘ils ont vu. Les collectifs s’organisent pour prévenir des violences policières lors des prochaines manifs. Mais chacune sera plus violente que la précédente. Qu’elles soient festives ou frontales. Au terme d’un bal masqué devant l’hôtel de ville écrasé par les condés, des affrontements ont lieu à la Plaine. Tout le quartier se retrouve dans un nuage de gaz, les manifestants sont accueillis dans des boutiques qui tirent le rideau, pour les protéger. Deux hélicoptères tournent au-dessus des ruelles à basse altitude, pour les traquer. Coupables d’habiter là. Au centre, le mur, monolithique, s’élève comme un triste symbole.

    Convergences

    Puis la contestation devient nationale. Ça, tu as suivi. Pas les mêmes raisons, pas les mêmes batailles, mais on peut causer du même mépris, du même substrat de révolte. Le calendrier est facétieux. C’est mai en automne. Des gilets jaunes, la Marche contre les violences faites aux femmes, manifs syndicales, une manif contre les PPP (4), et une manif de riverains des quartiers Nord, toujours contre le mal-logement. Puis toujours Noailles et la Plaine. Plusieurs fois par semaine, les mouvements convergent, enflent, et bim !, voilà les lycéens, les étudiants, les dockers, une foule grandissante qui scande : « Nous sommes tous des enfants de Marseille ». Et la répression devient une habitude. Une sale habitude.

    Le 1er décembre, l’une de ces manifestations est violemment dispersée, c’est la chasse à l’homme dans les rues de Noailles et de Belsunce. Une dame de 80 ans ferme ses volets par peur, dans l’air saturé de gaz. Elle habite au quatrième étage. C’est haut. Pourtant, elle reçoit une grenade lacrymogène à tir tendu en plein visage. Elle mourra à l’hôpital de la Timone. Choc opératoire. C’est la neuvième morte de Noailles. Elle s’appelait Zineb Redouane. Elle a témoigné, choquée, la mâchoire en miettes, aux ambulanciers et aux médecins : « Ils m’ont visée. » Nul doute que le scandale aurait explosé avec un nom bien français, si possible à particule. Dans la presse nationale, dans les médias, on entendra « en marge d’une manif de gilets jaunes ». Ah, ils font l’affaire de papy Jean—Claude, les gilets jaunes ! On ne parle pas de l’insurrection locale ni de la gestion autoritaire des manifs. Marseille ? Rien de particulier…

    La colère est devenue rage. Les premières barricades, les premières voitures brûlées, les magasins de luxe pillés, un mur construit en pleine manif devant la Soleam de tonton Gérard… Puis, le 9 décembre, les blindés arrivent. La convergence est totale, luttes locales en tête. Guerre sociale et résistance. Jusqu’à la nuit, la violence atteindra son paroxysme.

    Quelques jours plus tard, alors que la mairie vote une subvention de 1,8 million d’euros pour les vestiaires du très huppé Cercle des nageurs(5) les services de la mairie notifient à une partie des délogés qu’ils n’auront désormais plus droit au petit déjeuner gratuit. Le président du conseil de territoire déclare : « Ils sont logés. Alors peut-être qu’ils ont des croissants et ils savent pas ce que c’était… ».

    Un rassemblement est annoncé le jour d’un conseil municipal ? Papy Jean-Claude annule ce dernier… Il a peur, tu sais, mais s’il passe la tempête, tout ça fera son affaire, à lui et ses copains promoteurs. La stratégie du choc. Ils reconstruiront à leur guise le quartier qu’ils ont détruit. Pas besoin de bombardements ni d’ouragan Katrina. L’incurie est une arme politique et économique.

    Marseille est en guerre, en guerre contre une partie de ses enfants. La violence, le mépris, la mort, les ruines. Souviens-t’en parce que malgré l’effroi et la répression, tout le monde le dit, il faudra redescendre dans la rue, ne rien lâcher, ne rien lâcher, parce que, ce que disent les gens, c’est notre ville, et nous avons droit à la dignité.

    Parce que nous sommes tous des enfants de Marseille.

    (1) Soleam : Société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine.

    (2) Marsactu est un journal web, indépendant, dont les journalistes consciencieux révèlent scandale sur scandale. Allez voir, abonnez-vous.

    (3) Christian Nicol : inspecteur général honoraire de l’administration du développement durable.

    (4) PPP : partenariat public-privé.

    (5) Devant le tollé, la décision sera annulée.

    Dans le Siné mensuel de janvier 2019.

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